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  • Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    L’anticommunisme, terreau du populisme.

    « Champagne », s’exclamait Gérard Filoche en 1991, apprenant la dissolution de l’Union Soviétique. Ce trotskiste passé au PS, comme tant d’autre, est une illustration parfaite de l’hégémonie anticommuniste. Le XXe siècle possède ce fil rouge, celui de l’opposition frontale entre les idées révolutionnaires et celles qui -consciemment ou non- étaient hostiles à la révolution socialiste.

    Par la critique de droite ou par la critique « de gauche », les voies vers le socialisme ont été consciencieusement barricadées. Elles l’ont été par une opposition frontale : le « vive le capitalisme » de la bourgeoisie, maquillé en « vive la liberté [d’exploiter] » et « vive les droits de l’homme [du bourgeois] » ; par une offensive de falsification, de mensonges éhontés contre les conceptions philosophiques, idéologiques, politiques, économiques du communisme ; par une campagne honteuse à travers les programmes scolaires, ne servant qu’à alimenter le faux parallèle entre Hitler et Staline… Chaque fois qu’une voie, un créneau s’ouvre, les anticommunistes s’en sont saisit, avec, admettons-le, un talent rare.

    Comment blâmer la bourgeoisie de s’attaquer à son pire ennemi ? Impossible. Elle agit en fonction de ses intérêts. Elle mène une lutte pour sa survie, en tant que classe sociale, contre un adversaire qui désire en finir avec elle.

    Elle n’est pas seule. D’autres lui ont emboîté le pas. Les sociaux-démocrates, en premier lieu, lesquels, dès la fin du XIXe siècle, ont révisé le marxisme, lui ont ôté toute idée de révolution, toute conception de la dictature du prolétariat. La social-démocratie se complaît dans le respect des règles édictées par la bourgeoisie, d’un jeu truqué, encadré.

    Leurs héritiers ont poursuivi cette ligne, faite de concessions, de compromis. Lorsque les événements les ont conduit au pouvoir, les ont conduit à faire face aux communistes, ces laquais de la bourgeoisie n’ont pas eu la main tremblante. La répression « de gauche » n’a rien à envier à celle organisée par l’extrême-droite.

    Le PCF, par sa transformation en parti réformiste, fut loin d’être en reste. Cette organisation est passée par les mêmes stades que la SFIO, que le SPD. La différence est que ces organisations ne se prétendent plus marxiste. Elles ne se réfèrent, désormais, plus aux classiques du socialisme scientifique, excepté de manière incantatoire, ponctuelle, opportuniste.

    Le PCF, lui, se complaît dans le fait de se réclamer d’un héritage politique. Se clamant toujours marxiste -parfois même léniniste !- il n’en escamote pas moins, consciencieusement, chacun des aspects gênants, ou les scandent sans la moindre considération pour le contexte. Les prises de position des « authentiques marxistes » du PCF sont ainsi en complet décalage avec la réalité.

    Clamer des « nationalisations démocratiques », mot d’ordre du KKE ou du PCF de 1946, dans l’Etat français impérialiste, est un non-sens. Clamer que cet Etat est dominé par les USA, est manipulée par une UE germanique ou encore qu’elle est une pauvre courroie de transmission de l’OTAN, sont tout autant de mots d’ordre faux. Faux et dangereux, car sous entendant que la ligne à tenir serait celle d’une libération nationale, d’une indépendance à conquérir. En somme, c’est faire le lit du chauvinisme et du nationalisme-impérialiste.

    Reste la critique de « gauche », puriste, idéaliste, métaphysique, celle de ceux qui ont les mains immaculées, qui n’applaudissent que les chevaliers de la pureté révolutionnaire en armure étincelante.

    L’utilisation de cette « critique de gauche » par la bourgeoisie a une histoire sur laquelle il est intéressant de revenir brièvement. Pour la résumer, nous citons ici, en avant première, une brochure prochaine sur la dictature du prolétariat.

    « La bourgeoisie a l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens » -les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, ment, viole sa propre légalité. Cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que pourtant nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources issues directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. »

    Cette critique forme l’enclume sur laquelle la bourgeoisie prend appui pour tenter d’écraser l’idéologie révolutionnaire. Conceptions basées sur de simples survols, sur une analyse superficielle, infondée, alimentée par les ouvrages scolaires, par les journaux et articles de la bourgeoisie, par les mensonges trotskistes, elle est une force réelle, toujours à l’heure actuelle.

    Le fait qu’elle n’aie jamais débouché sur quoique ce soit ne semble pas, outre mesure, décourager ses zélateurs Le fait qu’elle se marie régulièrement au réformisme non plus. Le fait qu’elle remette toujours à demain, à d’autres lieu, d’autres moments, d’autres conditions le démarrage de sa révolution, en revanche, contribue clairement à créer un découragement profond parmi les masses.

    La lutte contre l’idéologie révolutionnaire a été, nous devons l’admettre, couronnée de succès. La colère légitime des masses s’est détournée, par voie de conséquence, de cette voie. Or, cette colère, comme, le trop plein de pression d’un volcan, cherche spontanément des issues. L’insupportable accroissement de l’exploitation, l’insupportable injustice, ne peuvent que mener à des explosions de colère.

    Spontanément, les masses recherchent des moyens de juguler cette souffrance, de juguler cette exploitation criminelle. Incapables de pouvoir proposer quoique ce soit aux masses exploitées, hormis des châteaux en Espagne, des constructions de l’esprit, les croisés de l’antibolchevisme n’ont nullement capté ni l’attention, ni le soutien des masses.

    Bien au contraire, ces aventurier des abysses de l’idéologie, ont contribué à détourner les masses des voies justes. Les promesses de Révolution mondiale, d’autogestion, de révolution sociale et libertaires sont belles. Elles sont magnifiques, entourées de fleurs aux senteurs paradisiaques, à mille lieues de la guerre populaire. Mais elles ne sont que des songes.

    Dans l’immédiat, les tenants de ces lignes ne proposent guère d’autres choses que l’attente, l’inaction, le vote utile, le soutien critique aux ténors et aux tribuns.

    La terre promise d’un côté, le populisme et la colère de l’autre. Entre les promesse de changement immédiat, même réactionnaire, et les constructions de l’esprit, la rationalité fait pencher, bien souvent, plus pour le premier que pour le dernier.

    En attaquant le marxisme-léninisme, en attaquant la révolution socialiste, les réformistes, les révisionnistes, la gauche « radicale » ont sapé la voie révolutionnaire.

  • Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Le choix de la bourgeoisie.

    Entre 1991 -chute de l’URSS- et aujourd’hui, des étapes ont été franchies.

    La période d’enthousiasme magnifié, de sentiment de victoire pour la bourgeoisie et pour la démocratie bourgeoise, a duré un temps. Les diverses bourgeoisies des pays dominantes ont tiré un grand profit du vide qui venait de s’ouvrir. Elles ont également commencé à tâter le terrain des droits sociaux, dans l’espoir de rogner sur les concessions qui lui avaient été arrachées à la sortie de la guerre.

    A ce moment, la bourgeoisie cherchait à accroitre son taux de profit, à accroitre l’exploitation et ses bénéfices. Elle s’offrait, à elle-même, de somptueux cadeaux. Ses attaques étaient la manifestation d’un appétit dévorant, d’une rapacité sans bornes.

    En 2008, la crise des subprimes est venue clôturer durablement cet optimisme. Elle met la bourgeoisie de l’Etat français en difficulté. Celle-ci ne se bat plus tant pour accroître son taux de profit, elle se bat pour maintenir ses positions, pour ne pas glisser et déraper. Elle se montre agressive tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières. En somme, elle a durci le ton, plus seulement par amour des rentes avantageuses, mais avec un soupçon d’effroi.

    Des questions se posent sur ce qu’aurait été l’agenda de la bourgeoisie si cette crise n’avait pas eu lieu. Il est probable que des offensives auraient été menées, mais à un rythme moins effréné.

    Le président d’alors, Nicolas Sarkozy, s’est montré un bien piètre agent de son conseil d’administration. Il a bataillé pour ses commanditaires, nous ne saurions lui retirer cela, mais sur une base difficile. Le Parti Socialiste et les forces progressistes ont opposé une vive résistance. Que les motifs soient opportunistes, électoralistes ou non, le résultat est là : l’action de la bourgeoisie s’est retrouvée entravée.

    Quoi de mieux que, en 2012, de neutraliser cette opposition : en appuyant la candidature de François Hollande, la bourgeoisie opérait une manœuvre intelligente. Pari risqué, pour certains, mais pari gagné. En cinq ans, le président « socialiste » a œuvré avec un zèle fantastique pour les intérêts de la bourgeoisie française, pour son impérialisme, contre les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier.

    La difficulté résultante de cette positions est qu’un alternance devenait complexe. Le PS s’est gravement affaibli dans cette opération, s’est grandement empêtré. La droite reste marquée par les affres de ce qu’elle a fait subir. Seule solution, opérer un renversement tactique, jouer la carte non plus de l’affrontement droite-gauche, mais d’une ligne de démarcation passant entre la démocratie et le fascisme.

    De fait, le centre de gravité du débat politique a quitté la jonction entre la gauche et la droite. Elle est passé entre le « bloc Macron » et le « bloc patriote ».

    La figure rassembleuse de Macron, en butte à la figure répulsive de Le Pen, sert donc cet objectif : anesthésier l’opposition, la museler, et rassembler autour d’un faux dilemme : démocratie libérale ou fascisme protectionniste.

    La question qui se pose, cependant, est celle de l’évolution à l’issue d’un mandat qui va entrainer une paupérisation accrue, une colère sociale profonde et puissante, et dans laquelle l’alternance ne sera pas une possibilité directe. Ou le rassembleur jouera la carte de la réaction et de la coercition, ou il cédera sa place à quelqu’un capable de le faire.

    Le Front National n’est pas mécaniquement l’issue idéale de la bourgeoisie. Mieux vaut une union nationale pour les intérêts sacrés de la patrie que quelqu’un portant le clivage. Cependant, cette organisation est une carte maîtresse dans les mains d’une bourgeoisie sans scrupules.

    Le FN est un jouet de longue date. Ce n’est pas la première fois qu’il est utilisé comme moyen de pression ou de division. Sa parole à été, de ce fait, adoubée comme faisant partie de l’échiquier politique.

    Elle l’a été pour plusieurs raisons. D’une part pour des raisons tactiques, comme sous François Mitterrand, pour permettre de créer une césure au sein de l’opposition, pour manœuvrer habilement et permettre de rester majoritaire. Le Front National a divisé la droite -principalement entre gaullistes et partisans de l’Algérie, formant deux blocs distincts, hostiles et opposés.

    Dans le même temps, l’hostilité viscérale d’une part de la population envers le FN est un moyen de rassembler. Le Parti Socialiste s’est arrogé le contrôle absolu sur SOS Racisme, de Julien Dray et Harlem Désir, en faisant une docile courroie de transmission. Clamer la nécessité de voter utile pour ne pas faire le jeu du FN est -parfois- le dernier argument qui reste. Après des années de compromis, de soumissions évidente et éhontées aux intérêts de la bourgeoisie, aux intérêts des impérialistes et des rentiers de l’Etat Français, la social-démocratie et ses agents ont eu à avoir recours à ce subterfuge pour ne pas être simplement effacés.

    La seconde raison est celle de l’opportunisme politique, de la tendance au populisme, à la démagogie, au fait de chercher à rallier le plus à droite possible les électeurs, au lieu de combattre idéologiquement les positions fausses.

    Du Redshift au Blueshift.

    Deux périodes se succèdent. La première s’ouvre avec la fin du Second Empire et se poursuit jusqu’à 1991. Elle est une période qu’il est possible de caractériser, en reprenant un terme d’optique, par une période de redshift ou de « décalage vers le rouge ».

    Tout comme les ondes sonores, les ondes lumineuses subissent l’effet doppler. C’est ce qui fait qu’un objet qui s’éloigne ou qui s’approche voit -sensiblement ou non- sa luminosité changer et se décaler ou vers le rouge redshift, ou vers le bleu blueshift. C’est également, d’une manière qu’il est possible de constater dans la vie courante, le phénomène qui fait qu’un véhicule arrivant vers un observateur possède une sonorité plus aigüe que lorsqu’il s’en éloigne.

    Dans un sens, dans la période contemporaine, les idées progressistes ont, peu à peu, écrasé les idées réactionnaires, les conceptions rétrogrades. Ainsi, à la fin Second Empire, les monarchistes et les bonapartistes étaient une force politique indéniable. Le Parti Radical, en revanche, apparaissait comme une organisation -d’où son nom- radicale. Sa place sur l’échiquier politique était ainsi nettement plus « à gauche » qu’aujourd’hui.

    Au fur et à mesure de l’avancée du développement socio-économique et de son impact sur les conceptions politiques, de nouvelles forces sont apparues à sa gauche, et celui-ci fut inexorablement poussé vers la droite. Des thématiques « extrémistes » [congés payés, droit de vote des femmes…] se sont finalement imposées, progressivement, à la fois dans la société, à la fois au sein du discours de la large majorité des organisations politiques, comme une nouvelle norme.

    Hier, l’apocalypse était promise à celles et ceux qui accorderaient la journée de 10 h aux enfants. Désormais, parler du travail des enfants serait considéré comme une véritable folie.

    Ce redshift était le reflet, la conséquence directe, d’une lutte menée, idéologiquement, politiquement, culturellement, non seulement contre les positions arriérées et rétrogrades, mais bien contre les dogmes de la bourgeoisie.

    Même lorsque celles-ci ne remettaient pas en cause le capitalisme, l’impérialisme, ces luttes ont apporté des progrès indéniables dans l’amélioration des conditions de travail, dans l’amélioration des conditions de vie, dans la lutte contre la tendance à la paupérisation relative et absolue, laquelle est une des tendances inhérentes au capitalisme.

    Seulement, même si elles sont positives, ces victoires, tant qu’elles ne forment pas un coup fatal, restent temporaires. Tant que la lutte des classes n’est pas menée à son terme, les retours arrières sont possibles. Tant que l’ennemi n’est pas réduit à néant, il peut se relever et combattre. Un regard sur l’expérience de l’URSS, de la Chine, de l’Albanie, permet de s’en convaincre.

    A partir des années 70, après l’irruption du choc pétrolier, la bourgeoisie raidit le ton. Elle le fait pour plusieurs raisons : d’une part la pression de la crise l’aiguillonne, la  place sur la défensive. Elle craint pour elle-même. Un autre facteur est le fait que la menace communiste est -en pratique- conjurée. Les déviations idéologiques du P.C.F. en font désormais un parti social-chauvin, un parti faisant corps avec la cause de l’impérialisme français, acheté, corrompu, vendu. Son alignement sur la ligne de Nikita Khrouchtchev, après 1956, a sonné l’heure de la liquidation de toute volonté révolutionnaire en son sein. D’autant que le PCF fut rarement un bon élève, dès 1947, déjà, Andreï  Jdanov pointait du doigt le danger de sa compromission, danger qui s’est progressivement mué en réalité.

    Déjà marqué par des atermoiements, par des oscillations, notamment sur la question algérienne, le PCF s’est confortablement aligné sur la position d’un Moscou révisionniste, lui permettant de justifier chacune de ses errances idéologiques.

    En 1975, le P.C.F. a accompli une première phase de sa mutation. Il est devenu une organisation social-démocrate, révisionniste, réformiste. Cette ligne chauvine légitime un discours réactionnaire, lui sert de marchepied, facilite la renaissance de l’extrême-droite. Les mots d’ordre tels que « produire français », tels que ce « patriotisme économique », ou encore la « question de l’immigration » évoquée par Georges Marchais.

    Ainsi, pour citer sa lettre de 1981 au recteur de la Mosquée de Paris, il s’exprimait ainsi :

    « Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… »

    Quant au grand frère soviétique, lui-même est en perte de vitesse. Léonid Brejnev, malgré sa restauration cosmétique de l’image de Staline, dirige une URSS de neige et de rouille. Une URSS dont le social-impérialisme -dénoncé par Hoxha et Mao- s’est déjà illustré dans la répression du printemps de Prague et s’incarne désormais dans l’invasion de l’Afghanistan. Dans les esprits les plus avisés du camp occidental, elle n’est quasiment plus qu’une gêne géopolitique, un camp rival, et n’est plus l’implacable ennemi idéologique d’avant, ce camp ennemi irréductible. Certains groupes fascistes se plaisent même -un comble- à la louer, faire l’apologie de sa résistance face à une « putréfaction de l’occident », la voyant comme une force culturellement conservatrice.

    La bourgeoisie comprend, elle aussi, la dialectique. Ses kremlinologues devinent que l’URSS s’affaiblit, s’étiole. L’affaire Farewell lui en fournit la preuve matérielle. Cet agent double offrit sur un plateau à la DST un état des lieux de l’Union. Celui-ci est, pour l’occident, plus que réjouissant. L’Union Soviétique se meurt, dépend terriblement de son espionnage pour compenser son retard technique, elle croule sous les dettes, perd en influence idéologique et politique…

    L’arrivée de Gorbatchev est vue comme le chant du signe, mais les fruits pourrissaient auparavant. Le contre-choc pétrolier, Tchernobyl, l’achève. La Glasnost et la Perestroïka ouvrent le couvercle d’une marmite bouillante : l’URSS explose.

    Avec son affaiblissement et sa mort, vient l’agonie sans fin d’un PCF, lequel accroît sa vassalisation auprès du Parti Socialiste, se met à sa traine, en devient le fidèle sujet, le laquais. Même l’intermède Mitterrandien, les nationalisations, organisées par le Parti Socialiste, ne sont qu’un paravent. L’Etat fournit un parachute aux entreprises en difficulté, le temps que celle-ci se redressent, grâce aux deniers publics -donc en somme par une baisse du salaire réel des travailleurs de ces mêmes entreprises- jusqu’à ce qu’elles puissent être revendues ou restituées à leurs propriétaires.

    La fin de la Guerre Froide achève cet arc narratif.

    Dès lors, les concessions -vécues comme temporaires- de la part du patronat aux travailleurs et travailleuses, n’ont plus lieu d’être. Elles peuvent désormais être récupérées, et l’offensive libérale se met en œuvre. Désormais, le blueshift, le décalage vers la droite, devient la nouvelle norme. Il n’existe plus de garde-fou, même révisionniste, pour entraver l’action d’une bourgeoisie triomphante.

    Réforme des retraites, allongement du temps de cotisation, du temps de travail, réduction des remboursement de la sécurité sociale, défiscalisation des heures supplémentaires… Ces thèmes ne sont plus l’apanage de la droite, ils deviennent désormais une ligne défendable pour les anciens-sociaux démocrates.

    Surtout, il s’agit du grand retour de la paupérisation relative et absolue, de plein fouet. Les travailleurs non seulement s’appauvrissent relativement à leur patrons, l’écart social se creusant toujours ; mais ils le sont également en terme de valeur absolue. Plus le temps passe, plus le salaire réel, plus le pouvoir d’achat diminue, plus les travailleurs et travailleuses sont misérables.

    Par rapport à leurs parents, la nouvelle génération connaît des difficultés plus grandes à trouver un emploi, occupe des postes moins rémunérés, en somme s’appauvrit.

    Cette misère, couplée à une poursuite, par la bourgeoisie -mais aussi par la « gauche radicale »- de l’offensive anticommuniste, ne peut conduire qu’au populisme et à un cul-de-sac politique.

  • Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Un dilemme imposé.

    Si les résultats de cette élection étaient prévisibles, ils n’en ont pas moins suscité quelques sueurs froides. Notamment le fait que la finale se soit déroulée entre la ligne libérale et la ligne chauvine-protectionniste. Marine Le Pen contre Emmanuel Macron fut un duel perçu comme le match du fascisme contre la démocratie. C’est une exagération quelque peu abusive de la situation. Cependant, elle soulève quelque chose d’important, c’est le fait que ce dilemme fut la seule chose que les urnes eurent à proposer.

    Cette confrontation, pourtant, n’est pas tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Preuve en est la très faible réaction -quasi inexistante à certains endroits- à l’annonce du résultat. Contrairement à 2002, pas de scène de choc, de stupeur, peu de manifestations spontanées, peu d’appels à sortir, peu de récits présentant la chose comme une fin du monde.

    Un désarroi, un dégoût -certes- mais nullement un engouement, un élan pour un front républicain devant défendre la République contre une hypothétique percée fasciste. La raison en est simple : cette configuration était attendue, prévisible. Elle n’est pas le résultat d’un blitz du FN, mais clôture un long processus, entamé depuis des années.

    24% pour Emmanuel Macron ; 21% pour Marine Le Pen au premier tour, 66.06% au second, contre 33.94 %, avec 25% d’abstention -un record. Une élection atypique, laquelle a porté des candidats en rupture par rapport à la tendance au bipartisme.

    Par ailleurs, cette campagne permet d’assister à l’essoufflement des partis traditionnels. Ceux-ci ne semblent pas avoir les faveurs des électeurs. Ils évoquent, chacun dans leur style particulier, les trahisons, les mensonges, les déceptions. Ils évoquent un concept passé de mode, archaïque, nébuleux.

    Une « mode » apparaît, celle du « mouvement ». Ainsi, En Marche !, la France Bleue Marine, la France Insoumise, ne sont pas des partis. Ils sont des organisations ad hoc, des mouvements, censés, dans l’imaginaire des électeurs, casser les clivages traditionnels, briser les oppositions. Surtout, ils apparaissent comme quelque chose de transparent, de clair. Comme découlant de l’autorité d’un chef, d’un dirigeant, entouré de son équipe.

    Ils sont à l’image de cette histoire de France romancée, cette histoire-bataille faite de grands hommes et de grandes femmes, faite d’actes d’héroïsme sous l’action d’un leader, d’un général -d’un maréchal pour certains. Elle nie le rôle des masses, le rôle des forces sociales, le rôle de l’idéologie.

    Cette conception basée sur un pouvoir incarné, sur le fait de placer la confiance dans un leader plus que dans une conception politique, est -par essence- une illustration de l’influence réactionnaire.

    Marine Le Pen ; Emmanuel Marcon ; Jean-Luc Mélenchon étaient suivis par des individus qui tenaient un discours contradictoire avec les positions de leur dirigeant, mais qui projetaient sur eux leurs propres désirs, leurs propres fantasmes.

    Il suffit de débattre avec les fanatiques de Mélenchon pour s’en convaincre : sur la question de l’impérialisme français, le tribun s’est toujours montré d’un chauvinisme assumé. Sur les rapports internationaux, il place la France en dominion de l’Allemagne et des USA. Pourtant, nombre de ses soutiens restent persuadés de son internationalisme, de son fond « rouge », et refusent d’accepter la réalité.

    L’entretien du flou devient un point de ralliement, le fait de donner des principes généraux dans lesquels chacun peut voir ce qu’il veut voir. Au final, comme sur la question de la colonisation pour la FI, le chef ne tranche pas tout, mais chacun peut se revendiquer de sa pensée. Cela permet de tenir des positions contradictoires sans pourtant, en apparence, perdre en cohérence. En somme, il s’agit d’une victoire du modèle d’organisation gaulliste.

    A l’inverse, chez les organisations communiste, la ligne de démarcation est un point fondamental, les débats se tranchent, parfois d’ailleurs avec une ardeur qui confine à la précipitation. Non pas par goût du totalitarisme, mais car la cohérence, l’unité d’action, l’unité de volonté, est la base du mouvement révolutionnaire.

    En revanche, quand l’objectif est de ratisser large, le flou peut dominer sans le moindre soucis.

    Et cela, pour Macron, a fonctionné à merveille.

    L’aventure en solo, tentée par Lecanuet, Rocard et d’autres, est, aujourd’hui, la première à être couronnée de succès. Une anomalie dans un système considéré comme favorisant grandement le bipartisme et la stabilité.

    De même, la place dans la « niche écologique » de la droite traditionnelle est prise par Marine Le Pen.

    Emmanuel Macron à manœuvré particulièrement habilement, en apparaissant comme une alternative crédible, comme un centre de gravité permettant aux rats, quittant les navires-fantômes, de le rejoindre. Portant la synthèse entre les positions opportunistes de la ligne Hollande et celles des libéraux, ce coup de poker s’est montré payant.

    Macron illustre à la perfection la conception gaulliste des organisations : un candidat, un front constitué de manière tactique, peu de programme. L’essentiel est l’arrivée au pouvoir, le reste se négocie par la suite.

    Il est possible, dans une certaine mesure, de trouver une analogie dans les tactiques militaires employées par le passé.

    Le leader de En Marche ! serait, ainsi,  un émule de Heinz Guderian et de ses divisions de Panzern : fracturant le front fixe de ses adversaires, coupant leurs voies de communication, s’infiltrant, contournant… A aucun moment il ne cherche l’anéantissement frontal de ses adversaires, mais uniquement à les encercler, à les forcer à la reddition. Même contre plus fort que soi, cette tactique peut s’avérer payante.

    Dans sa lutte contre deux forces massives, les Républicains et le PS, il est vrai que le nouveau venu a bénéficié d’augures favorables : un Fillion hors jeu et un PS décati. Cependant, rendons à César ce qui revient à César, son esprit tactique fut à la hauteur du challenge.

    A l’inverse, la lente montée en pression du Front National évoque celle d’un général de la Première Guerre mondiale. Elle correspond à une avancée effectuée face à une défense extrêmement puissante, qui balaie ses tentatives de gains territoriaux.

    Le FN envoie ses hordes réactionnaires à l’assaut et gagne peu. Mais ce que cette organisation gagne, elle le garde solidement. Son électorat est, en effet, fidèle. Ce ne sont pas les appels d’un Mélenchon qui lui feront changer d’avis. Ainsi, cette organisation, tranchée après tranchée, gagne peu à peu un espace qui demeure le sien.

    Dans les débats, ironie des ironies, sa méthode devient un Stalingrad fasciste. Une artillerie faite de rumeurs, de fake news, d’ « infaux » ; des débats dans la boue de son idéologie réactionnaire, dans une rhétorique fallacieuse digne d’un combat de rue oratoire. Le FN frappe et laisse des séquelles. Même lorsque la vérité éclate, il reste, dans l’esprit du public, les stigmates de l’attaque.

    Maîtres du chaos, les fascistes cherchent systématiquement à masquer leurs lignes. Attaques sur la gauche, attaques sur la droite… tout est permis tant que cela accroît l’influence de l’organisation, de ses relais, de son idéologie.

    Même si ses élus sont des champions de la corruption, même si leurs mairies sont des capharnaüms, le FN reste l’organisation capable de canaliser la colère, de canaliser les voix de nombreux sans-partis.

    L’échec face à Macron, lors du débat du second tour, ne doit pas masquer la réalité : le fait que celui-ci ait eu lieu est déjà, en soi, une illustration de l’avancée de ses positions au sein de la société. Et ce, malgré que les « courtes jambes » du FN, son incapacité à développer une stratégie cohérente, aient offert les lauriers de la victoire à Emmanuel Macron.

    Surtout, au fur et à mesure de son matraquage, celui-ci a réussi un tour de force impressionnant : il s’est placé au centre du débat idéologique. Ce sont désormais ses mots d’ordres qui dictent la position des autres organisations, sa vision du monde qui prend une place hégémonique.

    Cette incapacité à triompher de son adversaire est une défaite tactique, mais ne remet pas en cause le fait que le Front National devienne un acteur de l’opposition. De marginal, le Front National est devenu un point de bascule dans le débat. Les positions des organisations politiques tendent, de plus en plus, à se prendre relativement à la position du FN. Ses thèmes de campagne : la question des immigrés, la question de la domination par l’Europe, la question de la sécurité, sont devenus les enjeux centraux des débats.

    Ce succès n’est nullement celui d’une étoile filante, mais tout ceci est bel et bien le fruit d’un long processus. De nombreuses forces ont été les acteurs de cette progression, y compris -tristesse- dans le camp des progressistes.

    La bourgeoisie ne dépend pas des fascistes, à l’heure actuelle, pour assurer sa sauvegarde. Cependant une opposition formée par le FN est un bénéfice faramineux. Elle forme une contre-assurance idéale.

    La bourgeoisie n’a pas besoin, par ailleurs, du FN pour instaurer un régime caporalisé et durci. Comme nous le mentionnons dans notre analyse du débat du second tour : « Il n’existe pas de muraille de Chine, ni de dispositions légales protectrices, qui peuvent intégralement prémunir contre un passage de la démocratie bourgeoise à un système de type fasciste. Si certains esprits mécanistes considèrent que Le Pen est directement égale à « fascisme » et, à l’inverse, que Macron est directement et immuablement égal à « démocratie », politiquement ceci est une fausseté. Les facultés de résilience de la société civile peuvent tout à fait entraver les tentatives de Le Pen d’appliquer son programme à la lettre, tandis qu’elles peuvent être neutralisée par le centrisme apparent de Macron. Dans une situation difficile ou critique, un centriste peut très bien recevoir l’ordre d’appliquer un régime caporalisé. N’oublions pas que les fossoyeurs de la révolution Spartakiste d’Allemagne, que ceux qui tentèrent d’étrangler la révolution bolchevik, portaient l’un et l’autre la Rose du socialisme, étaient tout deux des gens « de gauche », progressistes et démocrates. »

    Toujours est-il que, à l’heure actuelle, Emmanuel Macron, le plus jeune président de la République, est le héraut parfait de la bourgeoisie. Mais cet adoubement est, là aussi, le fruit d’un long trajet.

  • Corruption au Brésil: nouveau rebondissement

    Corruption au Brésil: nouveau rebondissement

    Il y a un peu plus d’un an, la présidente brésilienne Dilma Rousseff du Parti des Travailleurs (PT), héritière de la politique de Lula, souffrait un coup d’État parlementaire mené par la bourgeoisie mécontente, qui a porté Michel Temer du PMDB (Parti Mouvement Démocratique Brésilien), alors vice-président de Dilma Rousseff dans une coalition gauche-droite.

    (suite…)

  • Fin de partie – I – Le nouveau gouvernement de l bourgeoisie.

    Fin de partie – I – Le nouveau gouvernement de l bourgeoisie.

    Fin de partie.

    L’Unité Communiste de Lyon livre, au travers de cette série d’article, visant à constituer une brochure, un bilan de la trajectoire qui amena a ce dilemme imposé : Macron contre Le Pen.

    L’élection présidentielle a amené au pouvoir Emmanuel Macron, l’agent parfait de la bourgeoisie. Son élection est conforme aux désirs actuels de ce corps social : une plus grande liberté d’exploiter, un recul des contraintes posées par le code du travail, une intégration plus poussée dans les échanges de la mondialisation et dans l’Union Européenne, tout en poursuivant les guerres impérialistes.

    D’autant qu’Emmanuel Macron a promis : ses réformes du code du travail seront passées par voie d’ordonnance dès cet été. Une thérapie de choc, en somme, laquelle joue sur « l’état de grâce », cette période d’anesthésie qui suit l’élection présidentielle, pour court-circuiter une opposition désordonnée et affaiblie.

    Lors de la constitution de son gouvernement, le nouveau président à dévoilé ses cartes en nommant un premier ministre « Les Républicains », Edouard Philippe. La suite, annoncée le 17 mai, illustre la nature du pouvoir que le leader d’En Marche ! veut constituer :

    D’autres LR, tels que Bruno Le Maire -envoyé à l’économie.

    Plusieurs membres de l’aile droite du Parti Socialiste : Jean-Yves Le Drian -qui conseilla Macron sur les questions de défense ; Gérard Collomb -le maire cumulard de Lyon, nommé à l’intérieur ;

    Des centristes, comme François Bayrou -nommé garde des sceaux ; Sylvie Goulard -députée européenne, rédactrice d’un rapport sur la nécessité de privatiser les CROUS et sur le remplacement des bourses par des prêts bancaires.

    Ses alliés personnels, comme Richard Ferrand ; Agnès Buzin.

    Un écologiste opportuniste, Nicolas Hulot.

    Les promesses d’un ministère « plein et entier » dédié au droit des femmes, celle d’une application de la parité -non seulement en nombre, mais en position – ne sont pas tenues. Aucun ministère stratégique n’est laissé à la direction d’une femme. Depuis 25 ans, cette année, aucune femme n’a occupé le poste de premier ministre.

    La composition du gouvernement est un kaléidoscope dont le centre de gravité n’est pas particulièrement marqué à gauche. Le plan de En Marche ! est certainement de provoquer des implosions au sein des partis limitrophes. Ainsi, Eric Ciotti qualifiait la cooptation des certains membres des Républicains de « gifle » plus que de « main tendue. »

     A noter la présence de membres de la « société civile ». En l’occurrence Muriel Penicaud, dont il est nécessaire de citer le parcours, rapporté ici par RTL : Cette femme de 62 ans n’appartient pas à un quelconque parti politique et devra faire ses preuves au ministère du Travail. Un monde qu’elle connaît particulièrement bien en ayant travaillé dans de nombreuses entreprises privées mais aussi publiques comme Danone, Dassault Systèmes, Orange ainsi que par la SNCF. Avant sa nomination, Muriel Penicaud était la patronne de l’agence publique Business France, chargée de la politique de promotion de la France et des entreprises tricolores auprès des investisseurs étrangers.

    Son poste ? Ministre du travail. Ite missa est.

    Déception pour ceux et celles qui avaient entrevu l’espoir que l’élu se souviendrait des voix qu’ils et elles avaient apportées, dans le but de faire barrage à l’extrême-droite. Jeu de dupes que l’Unité Communiste de Lyon avait dénoncé.

    Macron n’est pas un ignare en termes de tactique. Il n’a pas omis que son élection est le fruit d’un contexte particulier. Seulement, dans sa perception de la situation, le centre de gravité politique se trouve, désormais, entre lui et Marine Le Pen.

    Position confortable que celle-ci, puisqu’elle l’adosse à un « mur républicain », lui permettant de mener une politique droitière tout en se parant des ors de la défense de la démocratie.

    Peu de menaces constituées ont résisté à l’onde de choc de l’élection. La configuration de l’élection législative le démontre amplement.

    Les Républicains, coincés, tiraillés par les forces de marée, ne sont pas en mesure de ravir l’hégémonie de En Marche ! Comment se démarquer d’une force politique qui applique le programme rêvé ? Difficile. Seule l’avidité terrible, la soif de places, de fauteuils, d’argent public justifie l’existence de cette formation.

    A gauche, le Parti Socialiste, bien que déclaré cliniquement mort par de nombreux observateurs, n’est, en réalité, pas fini. Ses relais, ses réseaux, ses associations liées, lui permettent de résister au reflux. Exemple illustratif, l’UNEF s’est empressée de se présenter comme la principale force d’opposition syndicale étudiante.

    Le PCF et la France Insoumise sont en conflit. Après une campagne ayant donné un succès électoral respectable, les deux s’entre-déchirent. Comment pourrait-il en être autrement ?

    L’un est le miroir de l’autre. Le PCF dispose des élus, de l’implantation, des postes, des sièges, des places-fortes. Ce sont ses lignes Maginot, ses garanties de survie. Or, cette garantie ne se maintient que grâce à des accords électoraux avec leur suzerain : le Parti Socialiste. Sans ceux-ci, le PC serait, à terme, balayé.

    D’un point de vue d’influence politique, en revanche, il est inaudible. Inaudible car incapable de se démarquer politiquement, d’être autre chose qu’une force politique de second rang, dépendante uniquement de ses alliances.

    Le PCF pertinemment qu’il a beaucoup à perdre. Même son « opposition interne » en a une conscience aigüe, et ne prendra aucun risque. L’argent public, les contributions des élus, forment la majeure partie des ses ressources financières, et aucune faction du PCF n’est prête à les perdre. Ce n’est donc pas pour demain qu’une ligne classe contre classe apparaîtra, au mépris de la possession des mairies et des circonscriptions.

    Inverse complet, la FI, dirigée par Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard et Alexis Corbière, quant à elle, a tout à gagner. Tout a gagner et des appétits conséquents. En effet, sa pérennité passe par le fait de pouvoir conquérir des positions, de disposer d’élus, de pouvoir poursuivre une dynamique au delà des présidentielles. Problème : cette formation se base sur la même niche électorale que le PCF ou que le PS « frondeur. »

    D’où des conflits entre les deux forces : Le PCF veut s’approprier l’image de la FI et de son dynamisme, la FI, à l’inverse, veut ses bastions.

    Cela s’est traduit dans les faits par l’usage de l’image de Jean-Luc Mélenchon sur des affiches et des flyers, du logo de la France Insoumise, par des candidats n’étant pas soutenus par le chef suprême. De l’autre, le parachutage du leader à Marseille créé des émois. En 2012, il avait cherché une bataille des chefs entre Marine Le Pen et son humble personne, en 2017, nettement refroidi, il se positionne simplement pour une place au chaud.

    L’opportunisme se manifeste de toute part, se maquillant d’idéologie. Toujours est il que la rupture est consommée.

    Dans le fond, la bataille ne peut se jouer qu’à l’extérieur. Que hors des salons, que dans la lutte, dans la confrontation politique, syndicale, sociale avec une bourgeoisie pourrissante.

    Pourtant, là également, l’onde de choc a laissé des séquelles. Les épaves sombrantes ont entraîné dans leur sillage nombre de militants et de militantes « bien intentionnés. »

    Les génies de l’arithmétique politique ont œuvré : adouber Macron comme protection contre Le Pen. Si l’Unité Communiste de Lyon serait bien en peine de reprocher à des individus ce choix, elle condamne l’opportunisme politique de certaines formations, lesquelles se sont couchés devant l’épouvantail lepéniste.

    Quelle consistance politique peut ressortir du fait d’appeler à voter pour En Marche ! au second tour -voire au premier- pour ensuite appeler à descendre dans la rue ? Aucune. En tenant ce discours inaudible, inconséquent, brouillé et brouillon, ces organisations ont déversé un poison paralysant dans les oreilles de ceux et celles qui leur prêtaient attention.

    Pire encore sont ceux qui se sont placés en recul, n’ont tenu aucune ligne, ont pris des positions libérales.

    Effrayés par le clapotis des remous de surface de la politique, ils ont replié leur drapeau, ont détourné le regard, et n’ont pas apporté la moindre contribution à l’avancée politique des masses.

    En voyant la menace fasciste partout, en se croyant à chaque instant au bord du précipice, ces organisations se sont livrées pieds et poings liés à la démocratie bourgeoise.

    La bourgeoisie, à l’heure actuelle, n’a nul besoin du fascisme pour balayer les contestations, pour balayer les oppositions. Malgré 25% d’abstention, la démocratie bourgeoise n’est pas enrayée et reste un système valable aux yeux des bourgeois et des bourgeoises.

    S’intéresser au résultat est un des aspects du travail militant. Etre capable de comprendre la trajectoire qui amène à cette situation en est un autre, qui mérite d’être creusé.

  • Qui a entarté BHL ?

    Qui a entarté BHL ?

     

    Mercredi 10 mai, le philosophe -s’il est possible de s’exprimer ainsi- Bernard-Henri Lévy, dit BHL, grand ambassadeur de l’impérialisme français, s’est fait une nouvelle fois entarter. Ce gimmick, tant ce type de désagrément lui arrive de manière récurrente, a eu lieu tandis qu’il présentait son film, Peshmerga, à Belgrade. Une banderole a été, par la suite, déployée, indiquant en anglais « Bernard Levy (sic.) advocate imperialist murders » – BHL excuse les meurtres impérialistes-

    L’action a été revendiqué par la SKOJ (Savez komunističke omladine Jugoslavije, Ligue des jeunes communistes de Yougoslavie), organisation de jeunesse liée au NKPJ (Nova Komunistička Partija Jugoslavije, Nouveau parti communiste de Yougoslavie).

    D’abord stoïque, la force de l’habitude, le philosophe de l’ingérence est cependant sorti de ses gonds face à la banderole du SKOJ, les invectivant avec brusquerie. Sur les réseaux sociaux, BHL s’est empressé d’associer cette expression politique avec les guerres de Yougoslavie qualifiant les jeunes communistes serbes de « nostalgiques de Milosevic », les accusant de collusion avec le pouvoir autoritaire serbe. Récemment, l’arrivée aux affaires d’Alexandar Vucic, ancien ministre de l’information sous Milosevic, s’est en effet traduite par une restriction des libertés, notamment de la presse. BHL associe les jeunes militants communistes à ce régime, dans une tentative de salir leur engagement.

    Celui-ci affirme également que « l’agression » dont il a été victime est une réponse à ses prises de position, favorables aux musulmans bosniaques, durant la guerre civile de 1991-1995.

    Renvoi au régime de Milosevic, accusation indirecte de soutien aux nettoyage ethnique, BHL excelle encore une fois dans l’art de la calomnie.

    Les militants en cause -n’en déplaise à BHL- n’ont cependant rien à voir avec les forces politiques traditionnelles de Serbie, que ce soit les nationalistes repentis de Vucic, les démocrates pro-occidentaux, ou la vieille garde ultra-nationaliste, pro-russe, de Vojislav Seselj. Ils sont issus du camps du peuple, de la lutte, du progrès.

    La SKOJ, et par extension, le NKPJ, se revendiquent du marxisme-léninisme. Ils dénoncent la trahison titiste, le révisionnisme, ainsi que la xénophobie et le nationalisme. Ils sont une force de progrès dans un pays ravagé par les conflits interethniques, mis à genoux par l’impérialisme.

    Impérialisme dont BHL se veut effectivement l’avocat, lui qui, lors des bombardements de Belgrade de 1998-1999, avait déclaré que la ville aurait due être bombardée 8 ans plus tôt, dès l’éclatement de la fédération Yougoslave, en 1991.

    1991 marque, en effet, la chute du régime légué par le maréchal Tito. « Inventeur » de ce socialisme autogestionnaire, si beau aux yeux de l’occident et d’une partie de l’extrême gauche. Socialisme autogestionnaire que Enver Hoxha, le dirigeant de l’Albanie socialiste, avait défini comme « le morcellement de la propriété étatique socialiste en propriété de groupes particuliers de travailleurs, qui l’administrent soi-disant directement. » Dans les faits, le modèle titiste n’a eu de cesse que de creuser sa propre tombe, d’entretenir des rapports capitalistes, une forte concurrence intérieure, faute de planification. Cette concurrence, cette inégalité de développement, a été la base des dissensions entre nations, lesquelles ont mené aux terribles guerres yougoslaves. Elles ont mené aussi au dépeçage de la Yougoslavie, à son morcellement en parts de marché, négociées par les puissances impérialistes.

    Le NKPJ dénonce le démantèlement de cette dernière non pas comme le résultat d’une lutte de libération nationale, non pas comme une avancée vers l’affirmation de nouvelles nations, mais comme le partage d’un gâteau par des bourgeoisies compradores, agitant le drapeau du chauvinisme tout en se mettant à la remorque des intérêts des impérialistes.

    Le NKPJ, loin de se comporter en successeur de Milosevic, se positionne dans une optique de révolution socialiste, et d’union librement choisie des peuples yougoslaves, sur la base d’une égalité, non seulement en droit, mais réelle. Elle forme l’une des rares forces politiques soutenant cette position.

    Ce programme politique n’a rien de commun avec la caricature du pseudo-philosophe, dont la simple présence à Belgrade est une insulte faite à un peuple encore meurtri par la guerre impérialiste.

    D’autant que son film, Peshmerga, mérite un petit détour. Ce film documentaire est une ode, avant tout, à la gloire de son auteur, dont le narcissisme ne connaît aucune limites. Mais il est également une glorification des troupes de Barzani, du Kurdistan Irakien.

    Barzani est titulaire d’un exploit personnel, il est le seul individu qui ait réussit à faire parler de Kurdistan au président-dictateur de l’Etat turc, qui est même parvenu à lui faire hisser son drapeau. Ceci serait a applaudir à deux mains, si cela ne camouflait pas un marché de dupes.

    Les dirigeants des Peshmerga ont abandonné à plusieurs reprises les combattants du Rojava, les laissant seuls face à Daesh, n’hésitant pas non plus à être les exécutants des basses œuvres des occidentaux et du gouvernement turc.

    Ce documentaire respecte une loi quasi-immuable : ceux que BHL applaudit sont généralement des agents de l’ennemi.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que tout ce qui contribue à dénoncer le laquais de l’impérialisme français BHL est un acte positif. Elle accorde son soutien aux forces qui luttent pour l’indépendance, contre la domination impérialiste et criminelle.

    En chemise ouverte, en costume, en treillis, tous les agents de l’impérialisme sont les ennemis de l’humanité.

  • Moon Jae-In est devenu président de la République de Corée.

    Moon Jae-In est devenu président de la République de Corée.

    Alors que les habitants de l’Etat français avaient les yeux fixés sur l’élection présidentielle, de l’autre côté du globe se déroulait un événement majeur: celles de la Corée du Sud. Importantes à la fois politiquement mais également géopolitiquement, étant donné les lignes défendues par les différents acteurs.

    A la suite de la destitution de la « princesse » Park Geun-Hye, fille de Park Chung-Hye, ex-dictateur, une élection anticipée dut être organisée. L’ancienne présidente fut la digne héritière de l’idéologie de son père : autoritarisme, contenu anti-ouvrier, mais également liaisons étroites avec les sectes anticommunistes et réactionnaires. La corruption entrainée par ces liens fut le casus belli d’un mouvement de protestation massif, lequel déboucha une procédure de destitution.

    Dépités par le parti au pouvoir, de nombreux sud-coréens ont tournés leurs suffrages vers le candidat de l’alternance : Moon Jae-In, du Parti Démocrate. Ce parti est une formation politique de centre-gauche, marquée par un contenu social-libéral. 41.4% des voix plébiscitent celui qui s’était illustré comme une des figures de proue de la défense des droits de l’homme et dans la lutte contre la corruption. Là où la situation devient géopolitiquement intéressante, c’est que l’organisation qui accède au pouvoir est partisane d’une désescalade vis-à-vis du voisin du Nord.

    Moon Jae-In est un ancien avocat qui s’est fait un nom et une réputation dans la défense des droits de l’homme, des syndicalistes, des droits sociaux. Sa lutte contre le despotisme lui valut même un séjour en prison et une interdiction d’exercer. Il émerge comme étant aux antipodes de Park Geun-Hye, « princesse » issu des élites, descendante de généraux… En effet, lui-même est issu des classes populaires de la Corée, il est marqué par des prises de position progressistes, hostiles à la présence américaine, favorable à un renouement du dialogue. Ce sont deux conceptions de la Corée du Sud qui se rencontrent et s’affrontent.

    Cette campagne s’est faite sous des torrents d’accusation. Hong Jun-Pyo, le candidat à la succession de Park, à ainsi insisté sur ces points : Moon Jae-In serait un agent de Pyongyang, un terrible bolchevique…Or, son élection n’est pas une révolution prolétarienne, n’est même pas une hypothétique « révolution citoyenne par les urnes. » Elle reste dans des cadres institutionnels, dans le jeu de la démocratie bourgeoise -étroite certes- de la Corée du Sud.

    En revanche, elle s’attire l’ire des grands truts, les chaebols¸ car sa ligne insuffle un vent de libéralisation, dans un marché clos et dominé par ces immenses conglomérats industriels. Elle joue également sur la carte d’une hausse des salaires, d’une autorisation des syndicats – considérés comme une Vème colonne du nord et donc réprimés fortement.

    Dans cette société extrêmement caporalisée, digne d’une caserne, cette prise de position est déjà un séisme. La Corée du Sud, dans sa marche forcée vers l’industrialisation, s’est hissé parmi les pays du Nord au détriment des droits sociaux, syndicaux, démocratiques, dans une atmosphère d’occupation militaire -par les USA- et de paranoïa entretenue par les gouvernements successifs.

    La Corée n’est pas n’importe quelle région du globe.

    Elle est un des éléments clé du dispositif de sécurité US, l’un des piliers de son front Pacifique contre les deux adversaires géopolitiques : Chine et Russie. Elle est perçue comme un verrou devant être maintenu fermé à tout prix. D’où l’organisation, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’un sabotage constant des tentatives de réunification ; d’où la guerre de Corée ; d’où le stationnement de 29 000 soldats US de la USKF [United States Korea Forces] au Sud. Ces troupes d’occupation ont été, par le passé, impliquées dans des affaires de prostitution, d’exactions, de trafic d’êtres humains. Les relations entre ces troupes et la population sont complexes et tendues. Elles sont une épée de Damoclès au dessus des gouvernements dissidents de la ligne imposée par Washington.

    Pour eux, la division coréenne permet de la maintenir dans leur sphère, dans leur orbite. Très marquée par un sentiment antijaponais, la péninsule réunifiée ne manquerait pas de se tourner alors vers des liens avec son voisin chinois, lui fournissant ainsi un promontoire capable de gêner militairement le Japon, second poste clé de la géopolitique US. Une Corée divisée est essentielle pour maintenir la Chine encerclée. Cependant, en Corée du Sud, la population est globalement lasse de ce climat, d’autant qu’à force de crier au loup en permanence, la menace du méchant voisin du nord perd de son effet.

    Lorsque le candidat gagnant propose d’ouvrir des discussions, de reprendre les liens diplomatiques et, même, de visiter le voisin du nord, cela ne peut susciter que de vives inquiétudes. Inquiétudes de la part d’une bourgeoisie hostile à toute idée marxiste et de la part des américains, résolument hostiles à tout rapprochement.

    Cela explique la campagne de calomnies, mais également la décision de Trump de mettre en œuvre du bouclier antimissile Thaad, près du village frontalier de Soseong. Le président US a également informé de l’envoi d’une flotte de guerre vers la péninsule. Fake news, de la part du président, le groupe aéronaval faisant route vers l’Australie.

    Ironiquement, cette pression inamicale, de la part de l’allié gênant, a certainement penché dans la balance électorale. D’autant que, cerise sur le gâteau, le malhabile dirigeant de la première puissance mondiale a annoncé que la Corée du Sud assurerait l’intégralité des frais du déploiement. Un geste de politique intérieure qui, pour son grand malheur, fut très bien entendu à l’extérieur.

    Même la municipalité de Séoul, marquée très à droite, s’est offusquée de ces déclaration et de cette « prise d’otage » de la part des Etats-Unis.

    Le score électoral du programme de « détente » de Moon Jae-In révèle la lassitude du peuple sud-coréen. La diatribe martiale de l’ancienne administration, l’inflexibilité vis à vis de Pyongyang, encouragée par la maison blanche, s’émoussent. Le sud semble vouloir s’orienter vers la normalisation des relations, préalable à la paix.

    Dans une certaine mesure, Moon se place sur une position semblable à celle du membre du SPD Willy Brandt, chancelier de RFA entre 1969 et 1974, connu pour son Ostpolitik, permettant une reconnaissance mutuelle des deux Allemagne. Il est possible qu’il cherche ainsi à atteindre deux objectifs : Créer une division du travail entre les deux Corée, mais également pousser le régime nord-coréen à s’ouvrir au pluralisme, et à se libéraliser économiquement.

    Moon représente une position de bourgeoisie nationale progressiste, au niveau de son pays, mais néanmoins solidement pourvue en appétits propres sur son étranger proche.

    Cependant, ce programme social-libéral suffit à attirer des foudres terribles. La réorientation géopolitique qu’il induit pousse à l’agressivité les fractions les plus réactionnaires de sa bourgeoisie, les chaebols, les sectes anticommunistes ainsi que les USA en perte de vitesse face à la Chine.

    La Corée du Sud est vulnérable à un coup de force, à une déstabilisation visant à lui faire regagner sa place de verrou. La capacité de Moon à faire appliquer son programme est une des inconnues qui rentre en ligne de compte. L’hostilité de la part des réactionnaires et des impérialistes en est une autre.

    En tant qu’organisation communiste, nous regardons les bourgeoisies nationales avec un œil circonspect. Si cette élection propulse, certes, un candidat progressiste, elle n’est nullement une garantie de paix ou une garantie d’avancée.

    Les bourgeoisies nationalistes sont vives à trahir leurs mandats, vives à se coucher. Nous savons que la seule issue réellement positive provient du prolétariat coréen, de ses organisations de masses et de ses partis. La lutte du peuple de Corée avance, soutenons-la !

     

  • 9 mai 1945, n’oublions jamais l’URSS !

    9 mai 1945, n’oublions jamais l’URSS !

    Nous commémorons, ces jours-ci, la victoire de la coalition antifasciste contre la bête fasciste – nazie. 

    Commémorer cette victoire exige de revenir sur l’importance de l’Armée Rouge des Ouvriers et Paysans, laquelle fut un des artisans essentiels de la victoire. Il est important, également, de rendre hommage à l’Union Soviétique, ses habitants, son gouvernement, sa direction politique, laquelle à mené un long combat contre les envahisseurs et ont payé le prix fort les rêves de l’impérialisme, de la croisade raciste et bolchevique.
    Nous publions cette brochure,, rédigée par nos soins, pour apporter notre pierre à l’entretient de cette mémoire, à l’entretient de cet héritage politique.

    Le document étant relativement long : 18 pages ; nous en reproduisons ici l’introduction et la conclusion.

    Le 9 mai 1945, le canon se taisait en Europe.

    Une journée après l’armistice de Reims avec les forces occidentales, l’armée Allemande et le gouvernement du nouveau Führer Karl Donitz capitulaient sans condition devant les forces soviétiques.

    Près de 4 ans après l’invasion de l’URSS par les forces allemandes, l’Armée Rouge des Ouvriers et Paysans prenaient Berlin et terrassaient la bête nazie.

    27 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques, sans distinction d’âge, de qualité, de religion ou d’ethnies, avaient perdu la vie. Par les balles, les bombes, les massacres, les camps de prisonniers dont on ne revient pas. Certaines Républiques Socialistes, comme la R.S.S. de Biélorussie, ont perdu ainsi près de 25% de leur population.

    Environ 6 millions de juifs avaient été victimes de la Shoah, que celle-ci fut par balle ou dans les camps de la mort.

    Entre les mains des bouchers nazis, environ 1.8 millions de Polonais sont morts ; entre 130 000 et 500 000 Roms furent assassinés ; environ 200 000 handicapés ; entre 10 000 et 15 000 homosexuels.

    L’occupation Allemande, à l’Est ou à l’Ouest, s’est traduite par la terreur, la famine, les privations, les dénonciations et la répression. Des fleuves de sang ont été versés pour assouvir le fantasme de domination impériale des capitalistes d’Allemagne et de leurs alliés.

    Dans Berlin en ruine, c’est à ce règne de terreur que les soldats et les soldates de l’Armée Rouge sont venus mettre fin. Ils et elles ont mis à bas cette construction criminelle, ce moloch assoiffé du sang des peuples.

    Nous leur rendons hommage aujourd’hui, ainsi qu’à tous les combattants et les combattantes -qu’ils et elles fussent avec uniforme ou sans- qui se sont battus, par quelques moyens que ce soit, au sein du front antifasciste.

    Par là même, nous rendons hommage à la résistance oubliée des Coréens, des Chinois, des Indochinois, des Indonésiens, contre l’oppression coloniale japonaise et contre la double oppression franco-japonaise sur l’Indochine.

    Défendre l’Histoire, défendre le 9 mai.

    L’occident l’oublie, la Russie de Poutine le porte aux nues, en le vidant de son contenu anti-impérialiste. Le 9 mai est une lutte, une bataille.

    D’une part pour que l’oubli n’emporte pas les héros de Stalingrad, de Leningrad, de Rostov-sur-le-Don ; pour que l’histoire n’efface pas le souvenir de la résistance soviétique, de la résistance communiste. Pour que le mythe de la Wehrmacht propre et sans reproche n’efface pas la responsabilité de l’appareil militaire. Pour que les causes de cette guerre ne soient pas oubliées.

    Pour qu’elle ne recommence pas de nouveau, pour que le XXIe siècle ne soit pas celui d’une Troisième, d’une Quatrième Guerre mondiale, d’un nouveau charnier pour les peuples.

    De l’autre pour qu’elle ne soit pas dépolitisée, vidée de son contenue, transformée en un immonde chauvin, impérialiste, revanchard et nationaliste. Pour que la mémoire du drapeau rouge ne serve pas de marchepied à un nouvel irrédentisme grand-russe, à un nouveau chauvinisme pan-quelque chose, pan-slave comme pan-germanique.

    Pour que l’honneur de ceux qui sont tombés pour la Liberté, de ceux et celles qui ont donné leur vie, à qui celle-ci a été volée, ne soient pas tombés en vain. Qu’ils et elles ne soient pas assassinés une nouvelle fois par la révision, la falsification de l’histoire.

    Pour citer le verbatim du film d’Alain Resnais (1957) Nuit et brouillard :

    « Neuf millions de morts hantent ce paysage.

    Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part parmi nous il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus…

    Il y a tous ceux qui n’y croyaient pas, ou seulement de temps en temps.

    Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

    Tant que l’impérialisme, tant que le capitalisme, de néo-colonialisme ne seront pas finis, ne seront pas devenus des époques du passé, le monstre concentrationnaire restera.

    « Certains camarades affirment qu’étant donné les nouvelles conditions internationales, après la deuxième guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables. Ils estiment […] que les Etats-Unis d’Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir mutuellement ; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l’expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d’entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux ; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables. Ces camarades se trompent. Ils voient les phénomènes extérieurs affleurant à la surface, mais ils n’aperçoivent pas les forces profondes qui, bien qu’agissant momentanément de façon invisible, n’en détermineront pas moins le cours des événements. En apparence, la « sérénité » règne partout : les Etats-Unis d’Amérique ont réduit à la portion congrue l’Europe occidentale, le Japon et les autres pays capitalistes ; l’Allemagne (de l’Ouest), la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, le Japon, tombés dans les griffes des U.S.A., exécutent docilement leurs injonctions. Mais on aurait tort de croire que cette « sérénité » puisse se maintenir « pour l’éternité » ; que ces pays supporteront sans fin la domination et le joug des Etats-Unis d’Amérique ; qu’ils n’essaieront pas de s’arracher du joug américain pour s’engager sur le chemin de l’indépendance. […] Pour supprimer l’inévitabilité des guerres, il faut détruire l’impérialisme. » (Staline, 1952)

    N’oublions pas.

    Aujourd’hui, la menace couve, la menace gronde.

    Pour qu’elle n’éclate pas, le camp de la paix doit être fort, décidé, uni.

    Ne laissons jamais la boucherie recommencer.

     

     

  • Fin de Partie

    Fin de Partie

    Emmanuel Macron est victorieux avec 65.8 % des voix, selon des dernières informations. Une nouvelle fois, ce score est conforme aux attentes, conforme aux prévisions. L’Etat français n’a pas connu de scénario du type de Trump, avec une percée imprévisible, un débordement systématique, un raz-de -marée populiste.

    Il est notable, cependant, que le Front National a réussi à s’implanter d’une manière durable, comme un pivot, dans le paysage politique de la démocratie bourgeoise. Comparativement à 2002, pas d’écrasement, pas de 82% / 18%. La mobilisation électorale s’est même avérée plus faible qu’au premier tour.

    Il est intéressant de voir qu’une coupure se produit au niveau des votes.

    Un Etat français intégré dans les réseaux et les flux de la mondialisation, intégré dans l’Union Européenne, dans des zones qui, globalement, sont des citadelles de l’impérialisme, ses métropoles des centres de commandement. Ces régions urbaines ont massivement soutenu Emmanuel Macron.

    A l’inverse, les zones périurbaines, rurales ou semi-rurales, les régions de petites industries, ont voté majoritairement pour Le Pen. La « France des villages », qui se paupérise, qui voit la mondialisation comme une menace, qui en subit la concurrence de plein fouet, ne s’est pas manifestée par une adhésion aux thèses optimistes du candidat gagnant.

    Mais dans l’ensemble, seul deux départements, l’Aisne et le Pas-de-Calais voient le Front National arriver en tête. Calais est, d’ailleurs, la plus grande ville où le Front National arrive en tête, suivie de Fréjus, sous d’autres latitudes.

    L’abstention et le silence demeurent la première force politique avec 37.3 % de la population. Un quart des inscrits n’ont pas exprimé de suffrage durant cette élection. Ceci est révélateur d’un dégoût généralisé de la politique telle qu’elle est menée, d’un détachement des masses populaires du cirque électoral.

    Cette césure est positive, non négative. Elle est la base de rejet sur laquelle se construit l’opposition extra-parlementaire, le pouvoir populaire, le camp du peuple.

    Les partis réformistes-radicaux peuvent pester-ils furent tous éliminés- ils ne font que payer le prix de leur obstination dans une voie morte, dans une voie de compromis et de compromission, dans une voie de démagogie et non de lutte.

    La tâche des communistes, mais aussi, plus largement, celle de tous ceux et toutes celles qui rejettent la démocratie bourgeoise, est de former un véritable pôle antiparlementaire, de former un véritable bloc populaire. Il est illusoire de croire que l’abstention suffira d’elle même. Le dépit se mue en rejet, mais passer de ce rejet passif en volonté positive d’établir un pouvoir populaire demande un long travail, que seules les organisations révolutionnaires peuvent mener.

    Aujourd’hui, la victoire a échu entre les mains d’Emmanuel Macron et de la frange Libérale libre-échangiste de la bourgeoisie.

    « Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons » a ainsi déclaré Emmanuel Macron. L’audace de la liquidation du code du travail, de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. L’audace de plonger dans la précarité accrue, dans une misère plus noire, plus sombre.

    Car tel est le programme d’Emmanuel Macron. Un programme de paupérisation pour les masses, un programme d’enrichissement sans bornes pour la bourgeoisie.

    Mais le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie est loin d’être une personne inintelligente. Il dispose, de plus, d’un encadrement efficace pour l’appuyer et le conseiller.

    En Marche ! a conscience de sa faiblesse face à l’épreuve des législatives. Les Républicains et le Parti Socialiste ont certes subi un revers terrible, mais leur structure peut résister, leurs relais, leurs courroies de transmission, rester fidèles.

    Il semble que l’Etat français se dirige vers un gouvernement et un parlement fonctionnant à la coalition. Or, qui dit coalition dit alliés. Pour triompher aux législatives, la nouvelle équipe présidentielle va devoir choisir une géométrie plus précise, devoir faire des choix.

    Cette recherche d’alliés se retrouve dans le discours d’Emmanuel Macron, lequel est particulièrement révélateur.

    Si, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le gagnant n’a pu rassembler ses troupes sur le Champ de Mars, il est parvenu à inclure le choix du Louvres dans son discours, en faisant le symbole d’une continuité historique remontant à l’ancien régime.

    Son arrivée sur l’estrade, dans une solitude étudiée, s’est faite non sous la Marseillaise, mais sous les accords de l’ode à la Joie, hymne de l’Europe.

    La pyramide du Louvres a focalisé toute l’attention des complotistes, la musique de Beethoven celle de tous les germanophobes. Le mélange des deux, pourtant, est brillant : décor franco-français, musique européenne.

    Le candidat de En Marche ! a manœuvré efficacement, indiquant qu’il tenait compte du fait qu’un partie de son électorat l’avait soutenu pour des raisons d’inquiétudes quant aux institutions républicaines.

    Cette manière de prendre en compte ces ralliements par dépit brosse les « barragistes » dans le sens du poil. Concession sur la forme, elle ne représente nullement une sur le fond, sur le programme économique, sur la politique à tenir. Elle représente simplement la prise en note d’une volonté de protection des droits démocratiques.

    D’une certaine manière, le « barrage » s’est retrouvé vidé de tout son contenu politique.

    Dans le même temps, poursuivant dans le ralliement, Emmanuel Macron a également salué les électeurs de Marine Le Pen, disant comprendre leur colère et leur désarroi. Un énigmatique « Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » a été prononcé. Il est difficile de déterminer son sens. S’agirait-il d’une volonté de parvenir à une synthèse sur un certain nombre de sujet ? Pour le moment, la question reste en suspens.

    Ce qui est certain, c’est que le discours a enfoncé le clou sur un certains nombre de sujets internationaux :  » La France sera au premier rang dans la lutte contre le terrorisme sur son sol et aussi bien que dans l’action à l’international. Aussi longtemps que ce combat devra durer, nous le mènerons « . La politique internationale de l’Etat français n’est pas prête de s’apaiser. L’impérialisme français peut bien se parer d’un sourire enjôleur, il n’en change pas sa nature pour autant.

    Reste à voir comment vont se concrétiser les premières mesures, les premiers choix, les orientations.

    Toujours est-il que la ligne Macron : rassembleuse et unificatrice, n’est nullement un garantie contre toute dérive autoritariste ou toute caporalisation de la société. Une union sacrée, même vendue comme « anti-fasciste » peut très bien s’accommoder d’une exploitation accrue, d’une répression d’autant plus violente qu’elle se targuerait d’être un rempart contre l’extrême-droite.

    Ceux qui voient dans Macron un démocrate convaincu ne doivent pas ôter de leurs esprits qu’il est un agent de la bourgeoisie, dont il exécute la commande.

    Si l’ordre est donné de frapper, si la situation se détériore, gare. Les libertés fondamentales ne sont, au final, que des droits formellement accordés par la bourgeoise. Ils se retirent aussi aisément qu’ils se donnent.

    Du côté des perdants, les législatives sont dans tous les esprits. Marine le Pen a déclaré : Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique, a-t-elle affirmé. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique. »

    « Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. » « C’est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat. »

    Un souffle d’inquiétude travers la « boutique. » Le concept même du Front National arrive t-il à bout de souffle ? Doit-il muter pour devenir le pôle principal d’opposition à la politique d’Emmanuel Macron ?

    L’alliance avec Debout la France, avec Nicolas Dupont-Aignan, avec Christine Boutin, est une nouveauté. Il semble que le Front National soit en passe de  devenir véritablement un front d’organisations nationalistes-chauvines, pour gagner en influence, gagner en relais, gagner en implantations.

    C’est de la réussite ou de l’échec de cette transformation que dépendra la physionomie des prochaines années, que dépendra la physionomie de la prochaine élection présidentielle.

    La France Insoumise, construction artificielle, autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, se délite progressivement. Les conflits entre les intérêts du PCF -pourrissant- et ceux du Parti de Gauche -qui ambitionne de prendre la place du Parti Socialiste- prennent une tournure antagonique. Des menaces, des pressions, des procès. La défaite se muera-t-elle en débâcle ?

    Les réformistes radicaux Poutou et Arthaud ont certes pu s’exprimer au cours de cette élection, mais n’ont rien su faire de cette tribune pour faire avancer la conscience politique des masses. En accréditant la mascarade, les trotskistes ont même contribué à solidifier le mythe de la démocratie bourgeoise. Rien n’est à attendre de ce côté.

    La réaction des révolutionnaires et des antiparlementaires est restée majoritairement marquée par le calme. Nouvelle attendue plutôt qu’un coup de tonnerre. Elle est prise avec gravité par les organisations et les militants et militantes, comme une lutte longue, sourde, et difficile à mener.

    Les cinq années qui s’ouvrent dans l’Etat français sont sous le signe de la croisée des chemins. Les aggravations de la crise du capitalisme, les aggravations des tensions politiques et internationales, se répercuteront dans le climat politique. La détérioration sociale promue par Macron jettera dans les bras de la misère et de l’exclusion sociale de parties importantes de la population. Si les organisations communistes -en premier lieu- ne sont pas à la hauteur de la tâche d’organiser et mettre en ordre de bataille les masses, ce seront les fascistes qui en bénéficieront et qui seront en mesure de lancer des mouvements de masse réactionnaires.

    La partie des présidentielle est terminée, mais plus largement elle signifie également un effondrement des marges de manœuvres réformistes et sociales démocrates.

    Elle signifie une cristallisation des tensions.

    Le lâche rempart n’existe plus.

    Il est essentiel, durant ces cinq ans, que le camp du peuple renaisse, soit fort, soit organisé et avance.

    Sans victoire sur le front de l’organisation, sur le front de l’idéologie, il n’existera que des défaites.

    En avant vers cinq années de lutte !

  • Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

    Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

     

    Nous publions, à l’issue du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un compte rendu le plus exhaustif possible du débat et de ses implications idéologiques.

    L’intégralité de la brochure est disponible en cliquant sur l’image ou -avec les autres brochures- dans la rubrique « téléchargements ».

    Nous republions ici l’introduction et la conclusion de cette brochure, que nous ne pouvons qu’inviter à lire.

    18 millions de téléspectateurs, au sein de l’Etat français, ont suivi le débat tant attendu entre Emmanuel Macron – candidat de En Marche ! et Marine Le Pen, la candidate du Front National.

    Cette confrontation était grandement attendue, grandement scrutée, tant par les habitants de l’Etat français que par le reste du monde, tant elle devait illustrer la confrontation entre deux visions du monde, entre deux idéologies opposées.

    Devait, car, fondamentalement, il existe une racine commune entre les deux candidats, des bases communes, sur lesquelles nous allons revenir.

    Sans entretenir de faux suspens, la grande majorité des observateurs ont vu s’effondrer la candidate du Front National, incapable de pouvoir mener une réelle offensive idéologique, se cantonnant à des coups d’épées dans l’eau, dans un ad hominem constant. Cette tactique, pour des raisons sur lesquelles nous allons revenir, était une faillite complète.

    Dans ce paysage qui tendrait à décerner la couronne de laurier au candidat de En Marche, une voix dissonante, celle de l’OVNI du marxisme : Les Matérialistes. Tellement arc-boutés dans leur idée de soutenir Macron à tout prix, du fait qu’il faille faire rempart contre le fascisme lepéniste, que ces apprentis-analystes forcent le trait, déforment la réalité, pour faire de Mme Le Pen la perdante. De la part d’une organisation capable de soutenir les manifestations de policier au nom de l’esprit « Charlie » et de l’unité populaire, qu’attendre d’autre si ce n’est -pour  reprendre les mots de leur héraut- des « sauts de cabri » en l’air ?

    Pour les marxistes, il existe une matière à analyser qui s’est illustrée lors de ce débat. Donner Macron vainqueur ne signifie pas prendre partie pour lui. Analyser sa stratégie, lors de ce débat, comme cohérente, ne signifie pas l’aduler. Lui trouver une maîtrise dans les sujets qu’il a pu aborder ne signifie pas que nous soyons en accord avec ses conclusions. Seulement nous devons -impérativement- reconnaître les forces et les faiblesses des agents de la bourgeoisie – comme celles de nos alliés – et ne pas projeter de fantasmes sur eux.

     

    Conclusion : 

    Ce débat transcrit avec une certaine fidélité l’état et les attentes de la société actuelle.

    Marine Le Pen a joué la carte de la punchline en espérant que ce soit la seule chose qui reste dans la tête des téléspectateurs à l’issue du débat. Insinuations, coups de poker, bluffs… Les débats précédents, après tout, n’avaient laissé en mémoire que les piques de M. Mélenchon ou de M. Poutou.

    Invité sur le plateau de Quotidien, Jacques Attali, soutien d’Emmanuel Macron, avait caractérisé cette campagne comme une campagne de l’anecdote. Il s’agit d’un fait indéniable. La société de l’information, loin d’être une société de l’approfondissement, se traduit par une société de la phrase d’accroche, du slogan, de l’enseigne lumineuse en néon.

    Cette tendance, présente également dans notre camp, a rendu inaudible la propagande -au sens premier du terme, la démonstration d’une notion- pour ne conserver que l’agitation. Or, l’explication, l’explicitation, l’analyse demande du temps, demande de l’énergie. La bourgeoisie entretient sciemment les « remous de surface » pour camoufler les courants de fond. Les clashs par tweet, en 140 caractères, est un format qui avantage la rhétorique, non la théorie.

    La conflictualité qui existe entre deux stratégies de la bourgeoisie est révélatrice : l’Etat français est à la croisée des chemins. Fatigué, usé, tailladé par la concurrence -surtout asiatique- l’impérialisme français est dans un creux. Il doit porter son choix dans l’offensive ou dans la défensive. Ce sont, en dernière instance, les lignes défendues dans ce débat.

    Cette conflictualité est également révélatrice d’une césure au sein de la société. Les gouvernements successifs, le recul des conceptions politiques progressistes, l’abandon de la lutte idéologique ont légitimité, nourri et couvé les conceptions réactionnaires. Elles arrivent à maturité.

    La bourgeoisie a réussi son plus grand tour de passe-passe : orienter la colère populaire dans le cul-de-sac réactionnaire. Orienter dans son sens la rage populaire.

    Dans notre courte analyse Macron l’illusion, nous indiquions le fond de notre pensée. Le programme du FN est connu, il est clairement un programme fascisant, xénophobe et raciste. De ce point de vue ite missa est. La messe est dite.

    Celui de Macron n’amène pas vers un soleil radieux, vers des lendemains qui chantent.

    L’application de ce programme, de cette ubérisation de la société, entrainera une précarité plus grande, plus forte. Il débouchera immanquablement sur une misère plus intense et plus sordide, sur une paupérisation accrue des masses. Par son libéralisme, il facilitera la concentration du capital et la ruine des petites entreprises au profit d’entreprises à caractère monopolistique.

    Son discours impérial et agressif ne laisse rien supposer d’autre qu’une multiplication des d’interventions militaires, un accroissement des actes d’agression et d’ingérence commis à l’encontre d’autres nations, pour étendre la sphère de l’impérialisme français et ses tentacules.

    La massification de la concurrence internationale laisse supposer une diminution des salaires, des droits des travailleurs, pour que la bourgeoisie française puisse demeurer compétitive.

    Les législatives prochaines dévoileront la véritable nature politique des cinq prochaines années. Une assemblée en recomposition débouchera probablement sur un gouvernement de coalition. Avec qui ? La question est importante.

    Marine Le Pen se voit déjà en figure principale de l’opposition. Son plus cher désir est de voir le centre de gravité du débat se placer entre le libéralisme et le fascisme. L’opportunisme de Mme Le Pen, cependant, la pousse à hurler au vol lorsque le PS appliquait ses conceptions.

    Le danger est celui d’une synthèse entre les deux camps. S’ils ne peuvent s’entendre sur la stratégie de fond, le projet de société lepéniste peut très bien frayer son chemin jusqu’aux plus hautes sphères.

    Fondamentalement, les choix sont restreints. Entre deux courants de la réaction et du recul social, certains trouvent la possibilité de choisir. Dans un sens nous ne saurions les blâmer. Sans organisation communiste puissante, capable d’avoir une action sur la société, comment reprocher à celles et ceux qui ne voient d’autre planche de salut que le vote de céder ? Nous ne le pouvons pas.

    Nous devons, en revanche, comprendre que le premier acteur de notre faiblesse n’est pas la bourgeoisie. Elle mène sa politique, en fonction de ses intérêts. Nous ne pouvons reprocher à des anticommunistes ou des non-communistes de ne pas agir en communistes.

    Nous sommes les premiers acteurs de notre faiblesse. Nous sommes aussi ceux de notre reconstruction.

    La situation sociale n’est pas sur une voie d’amélioration, au contraire. La crise s’approfondit, bien qu’elle paraisse-en surface- cicatrisée. Nous bénéficions d’un sursis que nous devons mettre à profit impérativement pour forcir, gagner en unité, en efficacité, en influence.

    Pour que naisse un camp du peuple, pour que naisse un phare capable de guider les masses, leur colère légitime, leur désir de lutte, vers une issue positive, constructive, révolutionnaire.

    Nous ne devons pas nous relâcher en poursuivre le travail. Contre le jeu de la bourgeoisie, développons l’autonomie ! Construisons les bases de l’opposition extra-parlementaire. Unissons-nous et avançons sur la voie de la construction du Parti. Renforçons les unités communistes !