Pourquoi ne sommes-nous pas une organisation marxiste-léniniste-maoïste ?

Version revue et augmentée de septembre 2026

Notre organisation est proche des conceptions théoriques et idéologiques et des principes d’organisation marxistes-léninistes-maoïstes1. Ce n’est pas un secret. Alors, pourquoi notre organisation n’est-elle pas une organisation marxiste-léniniste-maoïste ? Et surtout, pourquoi ne peut-elle pas l’être ?2

Nous revendiquer marxiste-léniniste-maoïste aurait un sens performatif (exprimer notre adhésion à ce mouvement), mais n’aurait pas de sens pratique ni théorique : notre pratique ne serait pas pour autant réellement marxiste-léniniste-maoïste, or, pas de théorie sans pratique. Le sens performatif peut avoir un sens concret, à un moment donné du développement d’une organisation, mais nous ne sommes pas encore dans ces conditions déterminées. Dans la stratégie et la tactique de notre groupe, nous revendiquer ou ne pas nous revendiquer marxiste-léniniste-maoïste n’impliquerait aucune transformation concrète ; donc, premièrement, nous ne pouvons pas être réellement marxistes-léninistes-maoïstes (indépendamment de notre propre volonté), et deuxièmement, nous ne pouvons pas vérifier notre compréhension du marxisme-léninisme-maoïsme ni vérifier le marxisme-léninisme-maoïsme lui-même.

Le marxisme-léninisme-maoïsme est un guide pour l’action, qui se développe dans l’action, se crée et se corrige dans l’action. Or, étant donné l’immaturité de notre groupe, notre faible niveau qualitatif, le marxisme-léninisme-maoïsme ne peut déjà exister qu’en mots (dans la forme), mais pas encore en actions (dans le fond). Nous revendiquer du marxisme-léninisme-maoïsme sans pouvoir l’appliquer dans la pratique, donc sans réellement le comprendre dans la théorie, n’aurait aucun sens. Notre pratique tend vers une pratique marxiste-léniniste-maoïste, lutte pour être marxiste-léniniste-maoïste, mais elle ne l’est pas : notre pratique n’est pas assez développée pour être qualitativement marxiste-léniniste-maoïste ; notre pratique reste trop simple, trop générale, trop réformiste, etc. Or, se revendiquer d’une théorie sans l’appliquer est absurde, cette théorie est alors vide ; car, élaborer ou comprendre réellement est impossible sans élaborer ou comprendre en pratique (la vérité est toujours concrète).

  • La qualité dépend de la quantité, notre pouvoir de transformer le monde ne peut pas « sauter par-dessus » une accumulation que nous n’avons pas encore.
  • La théorie et l’idéologie dépendent de la pratique, la compréhension et la vision du monde ne peuvent pas « sauter par-dessus » la transformation du monde.

La qualité de la théorie et de l’idéologie auxquelles nous prétendons doit correspondre à celle de la pratique que nous faisons. Sinon, nous sommes idéalistes.

En bref, car nous prenons au sérieux le marxisme-léninisme-maoïsme, nous ne sommes pas une secte marxiste-léniniste-maoïste, et nous ne pouvons pas nous permettre de l’être.

Répétons que la ligne révolutionnaire, la ligne juste, est le prérequis, mais aussi la prérogative du Parti communiste, que seul un parti communiste peut créer et porter. Ce prérequis et cette prérogative sont un principe objectif. La ligne juste se développe avec la construction du Parti communiste (construire le Parti communiste, c’est aussi développer sa ligne), mais seul un parti communiste peut l’atteindre, développer une ligne jusqu’à la rendre assez juste.

Étant donné notre stade de développement sectaire, c’est-à-dire le niveau de notre pratique, la prétention au marxisme-léninisme-maoïsme serait une compréhension gravement superficielle de ce que sont une théorie et une idéologie révolutionnaires et de leur relation avec une pratique révolutionnaire. Nous défendons que la ligne révolutionnaire juste ne se découvre jamais aux détours d’un livre ou d’un autre, mais dans la lutte de classe avancée, c’est-à-dire dans la pratique révolutionnaire. Cette découverte n’est pas seulement la vérification d’une ligne, mais aussi et surtout son intégration subjective réelle dans la pratique qui lui donne vie. De plus, la ligne révolutionnaire juste ne préexiste pas à sa découverte, parce qu’elle est toujours relative à la situation concrète particulière dans laquelle elle naît. La ligne révolutionnaire juste est découverte en étant comprise dans la pratique (a posteriori), et elle n’existe pas avant d’être découverte ainsi (a priori). La ligne révolutionnaire juste est révolutionnaire et juste parce qu’elle est concrète, parce qu’elle guide des actions révolutionnaires.

Pour pouvoir être marxiste-léniniste-maoïste, il faut commencer par savoir ce qu’est le marxisme-léninisme-maoïsme et ce qu’il n’est pas, donc comment l’appliquer dans notre propre situation concrète. Or, appliquer le marxisme-léninisme-maoïsme à notre situation concrète, le découvrir, c’est le créer, le définir.

Nous ne prétendons pas être marxiste-léniniste-maoïste pour les mêmes raisons pour lesquelles nous ne prétendons pas être le Parti communiste : ces prétentions sans réalité ne nous aident à devenir ni marxiste-léniniste-maoïste ni le Parti communiste, mais nous freinent. L’impatience et l’arrogance pseudo-révolutionnaires reproduisent des styles de travail stéréotypés, entretiennent des habitudes amatrices, amalgament la stratégie et la tactique, sapent les bases d’un engagement sérieux et durable, érigent des erreurs en normes et des déviations en références, réduisent la science à une phraséologie, remplacent la formation théorico-idéologique par une performativité identitaire-sectaire, compensent la petitesse des faits par la grandiloquence des mots, enferment dans l’autosatisfaction et l’automystification triomphalistes, etc. Nous avons besoin d’une ligne révolutionnaire, du marxisme-léninisme-maoïsme, pas d’une parodie ou d’une mauvaise imitation de ce dernier.

La surestimation de la forme du marxisme-léninisme-maoïsme sur son fond, d’une part, et du contenu négatif du marxisme-léninisme-maoïsme (ce qu’il n’est pas) sur son contenu positif (ce qu’il est), d’autre part, substituent le développement concret du marxisme-léninisme-maoïsme par son développement abstrait. Le marxisme-léninisme-maoïsme est principalement concret, il se développe principalement dans le fond et par la positive. Le marxisme-léninisme-maoïsme ne peut pas se développer « plus vite » formellement et négativement, même si la forme et la négative dominent le début de ce développement (le fond doit renverser la forme, la positive doit remplir la négative) ; au contraire, cette erreur unilatérale limite le développement réel du marxisme-léninisme-maoïsme. Derrière un « marxisme-léninisme-maoïsme » principalement abstrait (formel, négatif), il y a principalement de l’opportunisme.

Notre organisation possède un consensus politique et un consensus théorique et idéologique. Notre consensus politique — nos 16 lignes de démarcation et principes fondateurs — est fixé parce qu’il est la condition d’une lutte des lignes saine et créative dans notre organisation. Notre consensus théorique et idéologique — le marxisme-léninisme-maoïsme — n’est pas fixé et il ne peut pas être plus qu’un consensus dans l’état actuel de notre organisation. Adhérer à nos 16 lignes de démarcation et principes fondateurs est une conclusion a priori, adhérer au marxisme-léninisme-maoïsme est une conclusion a posteriori. Nos militantes et militants se conforment à notre consensus politique, notre consensus théorique et idéologique se conforme à nos militantes et militants. Notre théorie et idéologie évoluent sur la base de notre politique, parce que les premières sont en construction et que la seconde est la fondation de cette construction : la liberté théorico-idéologique nécessite la contrainte politique. La base d’unité de notre organisation est un consensus politique pour qu’un consensus théorique et idéologique supérieur se développe dans celui-ci, sur cette base. Notre base d’unité est minimale, en ce qu’elle ne définit ni la théorie ni l’idéologie révolutionnaires, mais elle est maximale, en ce qu’elle ne peut pas définir plus sans définir trop. Notre base d’unité politique sert notre théorie et notre idéologie, elle est déduite des meilleures conditions de leur développement. Voilà pourquoi toutes nos militantes et tous nos militants doivent adhérer à notre consensus politique, mais pas à notre consensus théorique et idéologique — l’un est fixé pour que l’autre évolue. Sinon, l’a priori s’impose à l’a posteriori, le neuf se soumet au vieux.

Nous sommes une jeune organisation composée de jeunes militantes et militants, notre niveau politique, théorique et idéologique ne sont pas marxistes-léninistes-maoïstes. Pour remplir notre tâche, la formation de révolutionnaires professionnels, la recréation d’une théorie et d’une pratique révolutionnaires, en France, notre priorité immédiate nous parait toujours être de combattre le dogmatisme vide et bruyant : l’adhésion iconographique et hagiographique. En l’état, faire de la conclusion d’au moins plusieurs années d’étude et de combat un préalable à l’adhésion à notre groupe ne nous parait pas être la méthode correcte de recrutement ou de lutte de ligne, pour la formation ni pour la reconstruction communistes.

Notre qualité, en tant qu’organisation, est principalement la qualité de nos cadres. La théorie et la pratique de notre organisation dépendent des cadres de notre organisation. La compréhension et la transformation du réel sont principalement les problèmes des cadres d’une organisation. Ce sont principalement les cadres, par leur formation et leur travail, qui rendent possible le développement théorique et pratique. Dans une organisation, l’aller-retour théorie-pratique se fait principalement par les cadres, à travers elles et eux. Or, la qualité d’une théorie et d’une pratique dépend de la qualité de l’organisation qui les produit, qui élabore et applique cette ligne politique. La qualité de l’organisation dépend de la qualité des cadres qui la font vivre.

Notre organisation possède-t-elle des cadres ? Non. Notre organisation est-elle assez avancée pour produire des cadres ? Non plus. Notre organisation n’a pas une qualité assez élevée pour former des communistes d’une qualité assez élevée pour qu’elles et ils soient des cadres. Notre organisation ne forme pour l’instant que des protocadres, elle n’est donc qu’une organisation proto-révolutionnaire, qui ne porte qu’une ligne proto-révolutionnaire. Qualifier nos cadres, notre organisation ou notre ligne politique de « marxistes-léninistes-maoïstes » ne serait pas correct, ne serait pas digne de ce que doit être le marxisme-léninisme-maoïsme pour nous.

Notre organisation a besoin du marxisme-léninisme-maoïsme parce qu’elle a besoin de la théorie et de l’idéologie révolutionnaires supérieures du prolétariat, de notre époque. Or, le marxisme-léninisme-maoïsme n’a encore nulle part dans le monde été développé assez haut pour être universel à tous les pays, dont la France ; et le marxisme-léninisme-maoïsme n’a pas encore été développé assez haut en France non plus. Nous avons besoin de la théorie et de l’idéologie révolutionnaires supérieures du prolétariat, et nous voulons la découvrir dans le marxisme-léninisme-maoïsme, mais la chercher n’est pas encore l’avoir découverte ni pouvoir déjà la découvrir. En France, dans la situation présente du mouvement communiste international, découvrir le marxisme-léninisme-maoïsme, c’est l’inventer.

Voilà pourquoi, s’il existe un consensus qui évolue autour du marxisme-léninisme-maoïsme dans notre organisation, nous ne pouvons pas faire le saut qualitatif d’« être » une organisation marxiste-léniniste-maoïste.

Cependant, notre sérieux, notre humilité et notre patience en face de la difficulté et de l’importance de la tâche de reconstruction du Parti et d’une ligne juste, aujourd’hui en France, ne signifient pas que notre organisation serait donc éclectique ou passive devant cette tâche.

Notre organisation est construite sur le principe d’unité-critique-unité, c’est-à-dire par et pour la lutte des lignes à l’intérieur et à l’extérieur de notre organisation.

Selon Mao (De la juste solution des contradictions au sein du peuple, 1957) :

« “Unité critique unité”.

Plus explicitement, c’est partir du désir d’unité et arriver, en résolvant les contradictions par la critique ou la lutte, à une nouvelle unité reposant sur une base nouvelle. D’après notre expérience, c’est la méthode correcte pour résoudre les contradictions au sein du peuple. En 1942, nous l’avons utilisée pour résoudre les contradictions qui existaient au sein du Parti communiste entre les dogmatiques et la masse des membres du Parti, entre le dogmatisme et le marxisme.

Les dogmatiques “de gauche” avaient employé dans la lutte à l’intérieur du Parti la méthode “lutter à outrance, frapper sans merci”.

C’était une méthode erronée. En critiquant le dogmatisme “de gauche”, nous n’avons pas employé cette vieille méthode ; nous en avons adopté une nouvelle : partir du désir d’unité et arriver, en distinguant le vrai du faux par la critique ou la lutte, à une nouvelle unité reposant sur une base nouvelle.

C’est la méthode qui fut employée en 1942 au cours du mouvement de rectification. Quelques années plus tard, lors du VIIe Congrès du Parti communiste chinois tenu en 1945, l’unité de tout le Parti fut réalisée, ce qui permit la grande victoire de la révolution populaire.

L’essentiel est ici de partir du désir d’unité. Car s’il n’y a pas subjectivement ce désir d’unité, la lutte une fois déclenchée, les choses finissent toujours par se gâter irrémédiablement.

N’est-ce pas là en revenir au fameux “lutter à outrance, frapper sans merci” ? Et que reste-t-il alors de l’unité du Parti ? C’est justement cette expérience qui nous a conduits à la formule : “Unité critique unité”.3 »

La critique-autocritique pour l’unité des communistes, la lutte de ligne contre les idées fausses et pour les idées justes, dans et en dehors de notre organisation, est notre méthode de lutte contre les déviations en pratique et en théorie, c’est-à-dire pour la juste résolution des contradictions dans le mouvement communiste. La dispersion pratique et théorique et les idées fausses sont les conséquences de déviations, c’est-à-dire d’une formation fausse, d’une théorie et d’une pratique incorrectes, que vient corriger la critique-autocritique dans le mouvement communiste.

Encore selon Mao (Pour un style correct de travail dans le Parti, 1942) :

« Dans notre lutte contre le subjectivisme, le sectarisme et le style stéréotypé du Parti, il est deux préceptes que nous ne devons pas perdre de vue : en premier lieu, “tirer la leçon des erreurs passées pour en éviter le retour”, en second lieu, “guérir la maladie pour sauver l’homme”.

Il est indispensable de dénoncer sans aucune exception les erreurs commises, en dehors de toute considération de personne, de soumettre à une analyse et à une critique scientifiques tout ce qu’il y a eu de négatif dans le passé, afin d’agir à l’avenir avec plus de circonspection et de travailler mieux. Tel est le sens du premier précepte.

Toutefois, en mettant en évidence les erreurs et en critiquant les défauts, nous poursuivons le même but qu’un médecin : il soigne le malade pour lui sauver la vie et non pour le faire périr.

Quelqu’un souffre de l’appendicite : le médecin enlève l’appendice et sauve ainsi la vie du patient.

Si celui qui a commis une erreur ne dissimule pas sa maladie par crainte du traitement et ne persiste pas dans son erreur au point de ne plus pouvoir être guéri, mais manifeste honnêtement, sincèrement, le désir de se soigner, de se corriger, nous nous en réjouirons et nous le guérirons, afin qu’il devienne un bon camarade.

Cette tâche, nous ne pourrons jamais la remplir avec succès si, cédant à l’impulsion du moment, nous frappons sans merci.

Pour soigner une maladie idéologique ou politique, il faut se garder de toute brutalité : la seule méthode juste et efficace, c’est de “guérir la maladie pour sauver l’homme”.4 »

Notre organisation, comme toute organisation communiste, ne peut pas transiger sur la critique-autocritique, sur la lutte des lignes. La critique-autocritique n’est pas une option, une méthode qui pourrait être différée ou modérée dans notre organisation ou dans le reste du mouvement communiste. Limiter la critique-autocritique, c’est limiter la progression politique de notre organisation et du mouvement communiste, en théorie et en pratique.

Selon Staline (Contre la vulgarisation du slogan de l’autocritique, 1928) :

« Le slogan de l’autocritique ne doit pas être considéré comme quelque chose de temporaire et d’éphémère. L’autocritique est une méthode spécifique, une méthode bolchevique, pour former les forces du Parti et de la classe ouvrière en général à l’esprit du développement révolutionnaire. Marx lui-même a parlé de l’autocritique comme d’une méthode de renforcement de la révolution prolétarienne. (K. Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, 1851.) En ce qui concerne l’autocritique dans notre Parti, ses débuts remontent à la première apparition du bolchevisme dans notre pays, à sa naissance même en tant que tendance révolutionnaire spécifique dans le mouvement de la classe ouvrière.

[…]

Par conséquent, les camarades qui pensent que l’autocritique est un phénomène passager, une mode qui est vouée à disparaître rapidement, comme toute mode, ont tout à fait tort. En réalité, l’autocritique est une arme indispensable et permanente dans l’arsenal du bolchevisme, une arme qui est intimement liée à la nature même du bolchevisme, à son esprit révolutionnaire.

[…]

Il n’y a qu’une seule conclusion : sans autocritique, il ne peut y avoir d’éducation correcte du Parti, de la classe et des masses ; et sans éducation correcte du Parti, de la classe et des masses, il ne peut y avoir de bolchevisme.5 »

L’unité de « Unité communiste », celle pour laquelle lutte notre organisation, dans ses moyens et sa fin, dans ses méthodes et son but, est la même unité pour laquelle luttaient Marx, Engels, Lénine, Staline, Dimitrov, Mao, etc., c’est-à-dire l’unité des révolutionnaires autour d’une ligne révolutionnaire.

Selon Lénine (Unité, 1914) :

« L’unité est une bonne chose et un bon slogan. Mais ce dont la cause des travailleurs a besoin, c’est de l’unité des marxistes, et non de l’unité entre les marxistes et les opposants et déformateurs du marxisme.

Et nous devons demander à tous ceux qui parlent d’unité : l’unité avec qui ? Avec les liquidateurs ? Si c’est le cas, nous n’avons rien à voir les uns avec les autres.

Mais s’il s’agit d’une véritable unité marxiste, nous devons le dire : […] nous appelons à l’unité de toutes les forces du marxisme, à l’unité d’en bas, à l’unité dans les activités pratiques.

Pas de flirt avec les liquidateurs, pas de négociations diplomatiques avec les groupes de démolisseurs du corps social ; concentrez tous vos efforts sur le rassemblement des travailleurs marxistes autour des slogans marxistes, autour de l’ensemble du corps marxiste. Les travailleurs conscients de leur classe considéreront comme un crime toute tentative de leur imposer la volonté des liquidateurs ; ils considéreront également comme un crime la fragmentation des forces des marxistes authentiques.

Car la base de l’unité, c’est la discipline de classe, la reconnaissance de la volonté de la majorité, l’action concertée dans les rangs de cette majorité et en phase avec elle. Nous ne nous lasserons jamais d’appeler tous les travailleurs à cette unité, à cette discipline et à ces activités concertées.6 »

Encore selon Staline (Des principes du léninisme, 1924) :

« La théorie selon laquelle on “peut venir à bout” des éléments opportunistes par une lutte idéologique au sein du parti, selon laquelle on doit “surmonter” ces éléments dans le cadre d’un parti unique, est une théorie pourrie et dangereuse, qui menace de vouer le parti à la paralysie et à un malaise chronique ; elle menace de donner le parti en pâture à l’opportunisme ; elle menace de laisser le prolétariat sans parti révolutionnaire ; elle menace de priver le prolétariat de son arme principale dans la lutte contre l’impérialisme. Notre Parti n’aurait pas pu s’engager sur la grande route, il n’aurait pas pu prendre le pouvoir et organiser la dictature du prolétariat, il n’aurait pas pu sortir vainqueur de la guerre civile, s’il avait eu dans ses rangs des Martov et des Dan, des Potressov et des Axelrod. Si notre Parti a réussi à constituer son unité intérieure et la cohésion sans précédent qui règne dans ses rangs, c’est avant tout parce qu’il a su se purifier à temps de la souillure de l’opportunisme, parce qu’il a su chasser du Parti les liquidateurs et les mencheviques. La voie du développement et du renforcement des partis prolétariens passe par leur épuration des opportunistes et des réformistes, des sociaux-impérialistes et des sociaux-chauvins, des sociaux-patriotes et des sociaux-pacifistes.

Le Parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes.7 »

Encore selon Lénine (La lutte dans le Parti socialiste italien, 1920) :

« Si l’on conserve dans ses rangs des réformistes, des mencheviques, la révolution prolétarienne ne peut vaincre et ne peut se maintenir. C’est une évidence de principe. Et cela est confirmé avec éclat par l’expérience de la Russie et de la Hongrie… En Russie se sont présentées maintes fois des situations tellement difficiles que le régime des Soviets eût certainement été abattu si les mencheviques, les réformistes, les démocrates petits-bourgeois étaient restés dans notre Parti… en Italie où, de l’aveu général, on s’achemine vers des combats décisifs du prolétariat contre la bourgeoisie, pour la prise du pouvoir d’État. Dans un tel moment, il est absolument indispensable non seulement d’éliminer du Parti les mencheviques, les réformistes, les partisans de Turati, mais il pourrait même devenir utile d’écarter de tous les postes responsables d’excellents communistes susceptibles d’hésiter et enclins à défendre “l’unité” avec les réformistes… À la veille de la révolution et au moment de la lutte la plus acharnée pour sa victoire, la moindre hésitation au sein du Parti peut tout perdre, faire avorter la révolution, arracher le pouvoir au prolétariat, parce que ce pouvoir n’est pas encore solide, parce que les assauts qu’il subit sont encore trop violents. Si à un semblable moment les chefs hésitants s’éloignent, cela n’affaiblit pas mais renforce le Parti, le mouvement ouvrier et la révolution.8 »

 En conclusion, encore selon Mao (Contre le libéralisme, 1937) :

« Nous sommes pour la lutte idéologique positive, car elle est l’arme qui assure l’unité à l’intérieur du Parti et des groupements révolutionnaires dans l’intérêt de notre combat.

Tout communiste et révolutionnaire doit prendre cette arme en main.

Le libéralisme, lui, rejette la lutte idéologique et préconise une entente sans principes ; il en résulte un style de travail décadent et philistin qui, dans le Parti et les groupements révolutionnaires, conduit certaines organisations et certains membres à la dégénérescence politique.9 »

Le marxisme, en tant que science et qu’arme de la révolution communiste, est radicalement incompatible avec toutes les formes d’éclectisme. L’unité théorique et pratique communiste est une nécessité révolutionnaire, pour la construction du Parti communiste et la victoire de la révolution, d’où le nom de notre organisation, qui est aussi notre slogan : « unité communiste ! » Nos méthodes doivent correspondre à notre but, nos moyens à notre fin ; donc, l’unité des communistes que nous voulons créer correspond à celle que nous devons créer, celle dont le Parti et la révolution ont besoin. Pourquoi recherchons-nous l’unité des communistes ? Pour mieux comprendre et transformer le monde. Est-ce que cette unité peut être atteinte par la conciliation, le compromis, la médiation, la transaction, etc. ? Non. L’éclectisme ne fait pas l’union, mais la division des communistes, il fractionne le mouvement communiste en autant de désaccords qu’il peut y avoir. Chaque divergence devient une nouvelle démarcation, car elles ne peuvent plus se confronter ni se résoudre. La seule voie vers l’unité, c’est la résolution des contradictions dans le mouvement communiste, la lutte des aspects contraires entre eux : l’unité-critique-unité, c’est-à-dire la critique-autocritique et la lutte des lignes.

La division des marxistes, c’est la division du marxisme ; l’unité des marxistes ne peut donc être que l’unité du marxisme, l’unité des révolutionnaires autour de la théorie et de l’idéologie révolutionnaires. Or, l’unité du marxisme ne peut être réalisée que par la lutte pour l’unité, selon la juste résolution des contradictions entre marxistes. Toute tentative d’émousser cette lutte, de l’atténuer, de la calmer, de l’étouffer, etc., pour la reporter ou la neutraliser ne peut réaliser que l’inverse de ses intentions : l’entretenir et l’aggraver. Tout « répit » acheté temporairement se paye à terme par un éclatement plus grand des forces et des idées du marxisme. Cette logique est opportuniste, parce qu’elle est fausse : elle aboutit à l’opposé de son objectif. Unir les marxistes, c’est unir autour du marxisme, unir le marxisme lui-même ; sinon, c’est unir autour de l’opportunisme, unir malgré le marxisme. La base d’unité des marxistes est la volonté de radicalement transformer le monde, de faire la révolution ; or, toute base d’unité non marxiste est une base fragile et faible, qui ne peut pas faire la révolution.

L’unité sans principes ne peut pas se justifier par le principe supérieur d’unité. Pourquoi ? Parce qu’une unité sans principes n’est pas l’unité au prix de grands sacrifices (comme on pourrait naïvement le croire), mais la faillite de l’unité — une chimère ! Le compromis est toujours une nécessité tactique, mais une erreur stratégique ; le principe d’unité est stratégique, il dirige les principes tactiques, mais il ne doit jamais être dirigé par eux ! L’éclectisme est en réalité une double condamnation de l’unité : il condamne les moyens de l’unité en interdisant la lutte entre marxistes — entre organisations et lignes — et il condamne la fin de l’unité en liquidant le marxisme — l’organisation et la ligne révolutionnaires. Par la méthode éclectique, le mouvement communiste reste faible et divisé, il ne s’unit pas et il ne se renforce pas non plus. La qualité du mouvement communiste stagne à un faible niveau de développement, le sectarisme se reproduit avec l’amateurisme pratique et théorique. Les idées fausses ne sont pas éliminées et les idées justes ne sont pas adoptées, les deux subsistent, à l’avantage inévitable des idées fausses (plus nombreuses et plus séduisantes) sur les idées justes. Sans boussole ni phare théorique et idéologique, les communistes errent et s’égarent. Si nous ne pouvons pas prétendre avoir une telle boussole ou être un tel phare nous-mêmes, nous savons que sans ceux-ci nous ne sommes rien. L’œcuménisme est une négation mécanique des contradictions du mouvement communiste, et non pas leur négation dialectique — leur dépassement vers une qualité supérieure. L’œcuménisme, c’est l’unité en parole, mais la division en fait.

Notre organisation se revendique du libre débat théorique et idéologique, de la lutte scientifique pour les idées justes (les seules idées qui nous importent), mais pas de la « liberté de critique » opportuniste, c’est-à-dire de la liberté d’avoir des idées fausses. Le libre débat théorique et idéologique que nous défendons est libre sur la base de la lutte contre l’opportunisme, c’est-à-dire dans les limites du consensus politique de notre organisation.

Notre organisation existe pour œuvrer immédiatement à la reconstruction d’une organisation et d’une ligne révolutionnaires, pour la France du XXIe siècle.

  • Notre méthode pour résoudre la contradiction entre les individus et les groupes (sectes, appareils, fractions, etc.) dans le mouvement communiste est la critique-autocritique et la lutte des lignes, pour l’unité des communistes.
  • Notre méthode pour résoudre la contradiction entre les idées justes et les idées fausses dans le mouvement communiste est la lutte théorique et idéologique, pour la ligne juste.
  • Notre méthode pour résoudre la contradiction entre nos moyens (la condition sectaire) et nos fins (prendre le pouvoir) dans le mouvement communiste est la lutte pour la formation de cadres communistes professionnels, pour le Parti communiste.

Dans notre situation (la condition sectaire), notre tâche principale est la construction du Parti, la formation de cadres communistes professionnels. Les (proto)cadres communistes se forment principalement dans la pratique, principalement par la participation aux luttes spontanées du prolétariat et du peuple, secondairement par nos propres luttes autonomes de celles-ci. Le travail dans le mouvement ouvrier ou populaire prime sur celui dans le mouvement communiste (c’est la pratique principale), mais le travail pour les communistes prime sur celui pour le prolétariat et le peuple (c’est la tâche principale). Notre lutte politique doit être principalement dans les masses, mais elle doit être principalement pour les communistes elles et eux-mêmes. Former et organiser les communistes est un impératif stratégique, former et organiser les masses est un impératif tactique.

Aujourd’hui en France, l’opportunisme est hégémonique dans le mouvement communiste : le spontanéisme de droite (économiste, « démocratiste ») ou de « gauche » (autonomiste), le réformisme à la « base » (syndicaliste) ou au « sommet » (parlementariste), sous de nombreuses formes (le mouvementisme, l’immédiatisme, l’attentisme, le suivisme, l’étapisme, etc.) avec de nombreux corollaires (l’éclectisme, le pacifisme, l’électoralisme, le social-chauvinisme/impérialisme/colonialisme, etc.). Aujourd’hui en France, tout le mouvement communiste est conquis à divers degrés par le programme minimum, l’autonomie de classe, le syndicalisme révolutionnaire ou le vote « tactique ».

Entre nous et notre destination, il n’y a aucun « raccourci ». Nous ne pouvons progresser hors de la marginalité et de l’impuissance politiques qu’en dépassant l’hégémonie opportuniste dans une hégémonie révolutionnaire. Nous ne pouvons dépasser l’hégémonie opportuniste qu’en augmentant notre niveau quantitatif de formation et d’organisation politiques communistes. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui veulent intégrer le parti révolutionnaire et faire la révolution. Très peu sont celles et ceux qui veulent faire les sacrifices nécessaires pour construire le parti révolutionnaire et préparer la révolution — commencer par le commencement, sans garanties de succès !

Nous devons donc représenter une rupture et une alternative réellement révolutionnaires. Nous devons donc combattre l’opportunisme en général, le réformisme et le révisionnisme en particulier. Nous devons donc extraire les communistes de la lutte de classe légale et pacifique pour des réformes. Nous devons donc créer des vies révolutionnaires, entièrement dévouées à la révolution communiste.

Nous devons donc élever le niveau politique général, c’est-à-dire le niveau de la théorie, de l’idéologie et de la pratique de la lutte de classe :

  • la théorie, la compréhension du monde (la pensée) ;
  • l’idéologie, la vision du monde (la sensation, en accord avec la pensée) ;
  • la pratique, la transformation du monde (l’action, en accord avec la pensée et la sensation).

Nous ne sommes pas des cadres, mais nous essayons de l’être. Nous ne sommes pas le Parti, mais nous essayons de l’être. Nous ne sommes pas marxistes-léninistes-maoïstes, mais nous essayons de l’être.

1 Cf. TKP/ML, Marxisme-léninisme-maoïsme contemporain, 1998.

2 Nous donnons une première réponse à cette question dans Sur Unité communiste (2023), que nous développons dans « 2020-2024, continuité et rupture » (2024), puis dans les « Notes sur le Parti communiste » (2024). La lecture de ce bref document ne peut pas remplacer celle de ceux cités ci-dessus, mais nous voulons donner ici un résumé de notre position.

3 Mao Z., De la juste solution des contradictions au sein du peuple, 1957.

4 Mao Z., Pour un style correct de travail dans le Parti, 1942.

5 J. V. Staline, Contre la vulgarisation du slogan de l’autocritique, 1928.

6 V. I. Lénine, Unité, 1914.

7 J. Staline, « Le Parti », Des principes du léninisme, 1924.

8 V. I. Lénine, La lutte dans le Parti Socialiste Italien, 1920 cité in J. Staline, « Le Parti », Des principes du léninisme, 1924.

9 Mao Z., Contre le libéralisme, 1937.