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  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Radicalisation cumulative.

    Radicalisation cumulative.

    La proximité de l’élection présidentielle donne un formidable coup d’accélérateur aux discours réactionnaires. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis que la fin de la Guerre Froide a laissé l’Occident sans adversaire contre lequel se cimenter, sans épouvantail, il a fallu trouver de nouvelles thématiques.

    Or, à ce titre, tous les problèmes ne sont pas égaux. Régler la misère demande une remise en cause des écarts de richesses, alors que frapper les quartiers populaires par des expéditions punitives ne demande que quelques brigades. Depuis 2001, l’insécurité et le terrorisme sont devenus un duo récurent, duo auquel s’est rajouté la question des migrations.

    France Inter, en mai 2021, écrivait : La campagne pour l’élection présidentielle de 2022 n’a pas encore commencé, mais on entend déjà fuser des expressions telles que « un été Orange Mécanique » dans la bouche de Xavier Bertrand, « ensauvagement » dans les discours de Gérald Darmanin, « barbarie ordinaire » chez Bruno Retailleau, ou « un été meurtrier » et une « véritable barbarie » dans les déclarations de Marine Le Pen.

    « Le problème, c’est la généralisation à tort des faits divers”, estime le sociologue Laurent Mucchielli. « Les hommes politiques profitent de ça pour faire leur mise en scène , sur un thème très ancien. Le message est toujours le même au fond : « c’est le désordre, votez pour moi, je vais rétablir l’ordre’ ».

    Qu’importe si la réalité dit le contraire, l’essentiel est le sentiment. Et les sentiments sont l’enjeu d’un mouvement spéculatif puissant, qui balaie progressivement les inhibitions. Au fur et à mesure du temps, les rédactions des médias sont gagnées par des thèses plus agressives, plus réactionnaires. Il suffit de voir ce que publie Marianne ou Charlie Hebdo pour se rendre compte de la progression des concepts réactionnaires.

    L’Europe devant son hypocrisie.

    Exemple important en date : Julien Odoul, en parlant des migrants coincés entre la frontière du Bélarus et de la Pologne, dit simplement qu’il fallait les « laisser mourir de froid ».

    Le Bélarus, il faut le reconnaître, a su jouer une carte aussi cynique qu’intelligente. Le gouvernement de Loukachenko a mis l’Europe en face de ses responsabilités. Plus encore, il l’a tout simplement placé devant le miroir de son hypocrisie. Les migrants qui fuient la guerre et la déstabilisation causée par l’impérialisme ne sont pas aujourd’hui en perdition au milieu d’une mer devenue une fosse commune. Ils sont physiquement là, sous les yeux des caméras, coincés par des rangées de policiers anti-émeutes.

    On peut s’esclaffer du tour joué par Minsk, qui ramène à l’Europe les enfants de ses guerres. Mais, nous, nous nous désolons surtout de l’utilisation de la détresse, de questions de vie ou de mort, comme d’un moyen. Et c’est là une question inquiétante : cette réification, cette chosification des individus, qui permet à certains de dire « oui, bien sûr » il faut qu’ils meurent de froid.

    Nous pensons qu’il y a deux aspects conjoints qui concourent à ces discours :

    1. La tendance générale à la droitisation : du fait de la crise économique et sanitaire, qui devient une crise politique voire une crise de régime, il y a un besoin pour les marchés financiers et les exploiteurs. Ce besoin est simple : trouver l’agent de la stabilité, du maintien et de l’accroissement de l’exploitation. Trouver celui qui saura être le César de la bourgeoisie.
    2. Une tendance à la radicalisation des discours lié à la forme même de la course au pouvoir. La Ve République, cette monarchie républicaine née du coup d’État gaulliste, s’articule toute entière autour de la figure de l’homme providentiel, du sauveur et du chef charismatique. La croisade nihiliste initiée par le RN puis catalysée par Eric Zemmour oblige tous les candidats à s’aligner. Ceux qui veulent être audibles doivent se positionner sur les mêmes créneaux : sécuritaire, immigration, terrorisme. Ces trois points formant les extrémités d’un triangle des Bermudes de la politique. Ceux qui s’y aventurent n’en ressortent pas indemnes. Il suffit de voir les mésaventures d’un Montebourg, tentant de jouer cette carte là.

    La course à devenir l’homme providentiel1, passe par la pratique de la surenchère. Une surenchère qui sélectionne et amplifie les éléments les plus radicaux du programme, dans le but de se démarquer, d’exister médiatiquement et politiquement. Ce darwinisme programmatique est encore davantage amplifié par le fait que les médias français sont hautement concentrés entre les mains de peu d’acteurs. Ces acteurs économiques ont leur propre ordre du jour, et, pour obtenir la possibilité d’être répercutés par eux, il faut nager dans leur sens et faire du sensationnel2.

    LR en pleine radicalisation.

    Ainsi, hier s’est tenu la primaire de la droite. De cet affrontement de personnalités LR, il faut retenir deux choses :

    1. Le partage du temps. 0 % sur l’écologie ; 5 % sur la pandémie. Plus de la moitie du temps a été consacrée à deux thématiques, la sécurité et l’immigration. C’est une donnée statistique révélatrice des priorités des républicains. Lorsque d’autres sujets ont été évoqués, ils le sont sous des angles tout aussi réactionnaires. Ainsi, on se souvient d’un Xavier Bertrand qui veut rapprocher « le salaire net du brut » : c’est à dire supprimer une partie de celui-ci, formé par les cotisations sociales.
    2. La prestation de Eric Ciotti, aventurier nihiliste de cette primaire, mais néanmoins centre de gravité du débat. Libération note ainsi la promesse d’un «quoi qu’il en coûte sécuritaire» ; l’évocation de la notion de «Français de papiers»3 ; la dénonciation d’une «immigration massive, essentiellement d’une culture arabo-musulmane, [qui] remet en cause notre héritage» ou encore la suggestion d’employer l’armée dans les «500 zones de non-droit» du pays. C’est là un vocabulaire de l’extrême-droite qui illustre une radicalisation cumulative : c’est à dire une sélection des éléments les plus négatifs et les plus extrêmes et leur amplification par la surenchère.

    La radicalisation cumulative : un simple discours.

    Cette radicalisation cumulative a été décryptée par les analystes du IIIe Reich. Il ne s’agit pas de faire une équivalence plate et insipide ou un point Godwin, mais bien de souligner le processus à l’œuvre4 : « La sélection des éléments idéologiques (Weltanschauung) négatifs qui eut lieu pendant le processus de prise du pouvoir et au cours de l’évolution postérieure du Troisième Reich (eux seuls furent mis en pratique) signifiait en même temps une radicalisation, un perfectionnement et une institutionnalisation de l’inhumanité et de la persécution. Les utopies positives continuèrent à n’être que des objectifs lointains et à relever de la propagande.5 » Incapable de pouvoir solutionner les questions les plus brûlantes de notre actualité, les candidats à l’élection se recentrent alors sur un contenu répressif.

    On pourrait se rassurer en se disant « ce ne sont que des métaphores idéologiques , qu’il ne s’agit que d’une « fascisation du langage » et que jamais ces programmes ultra-réactionnaires ne seront mis en action. Ils ne correspondent qu’a de la publicité de bas étage. » C’est en effet une possibilité, mais elle est précaire. En temps de crise, l’autorité de l’homme providentiel, cette autorité charismatique, faite de discours et d’imprécation, doit être suivie d’actes. Max Weber le notait : « La durée de l’autorité charismatique est dans son essence spécifiquement instable : le détenteur peut perdre son charisme (…). Il doit accomplir des miracles s’il veut être un prophète, des exploits s’il veut devenir un chef militaire.6 »

    De plus, il existe une influence importante de ces discours dans la pratique sociale de la part de la population, dans la définition de normes de comportement et dans la construction d’un imaginaire social et politique. Répétés depuis des années, ces discours laissent des traces, des séquelles. Ils programment pour une radicalisation pratique.

    Ainsi, nous pouvons noter la radicalisation progressive des discours. Nous sommes passés de discours critiquant la mauvaise intégration des étrangers et de leurs enfants à des discours exigeant de leur part une assimilation (donc l’abandon de leurs pratiques culturelles). Puis nous sommes passés à des discours soulignant le fait que celle-ci était impossible du fait d’une incompatibilité civilisationnelle. Le fait est que, aujourd’hui, c’est ce caractère inassimilable qui est mis en avant par une extrême-droite toujours plus influente, au nom du fait que « le premier droit des peuples européens est de rester eux-mêmes » (Julien Odoul).

    Radicalisation des problèmes, radicalisation des solutions.

    A cette radicalisation du « problème » s’adjoint une radicalisation des solutions. Il ne s’agit plus tant de « faire des français » et d’intégrer dans la Nation que d’ethniciser et d’ « identitariser » la question de la Nation française. C’est le résultat des débats sur l’identité nationale, par exemple. Rendus incompatibles avec cette nouvelle vision de la nation, les étrangers, leurs enfants et les migrants doivent donc être chassés du territoire. Derrière le vocable policé de remigration se trouve la notion bien connue de déportation.

    Mais aussi derrière la perception de la question des migrants, là aussi, se trouve une nouvelle gradation. Nous passons de l’idée qu’il ne faut pas venir en aide aux migrants à l’idée qu’il faille les empêcher d’arriver (ou les brimer sadiquement, comme les expéditions punitives dans les camps de réfugiés). Aujourd’hui, Julien Odoul a franchi timidement une nouvelle étape : celle du laisser mourir. Demain, cela sera probablement, discrètement, celle du « faire mourir ».

    Nous, militants et militantes, qui nous opposons à ces processus, qui assistons à ce naufrage, sommes souvent bien pris au dépourvu. L’approche de l’élection présidentielle restreint encore davantage notre espace d’expression et la possibilité d’aller à contre-courant du discours dominant. Les stratégies qui sont prévues pour la période des élection (boycott, participation « citoyenne », soutien à un candidat…) ne peuvent pas décemment nous suffire. Nous savons au fond de nous que ces stratégies ne pourront pas avoir une influence sur les événements.

    Deux choses nous paraissent importantes : celle de progresser sur le chemin de l’unité des communistes et celle de progresser aussi sur le chemin de l’alliance des forces révolutionnaires et antifascistes. Ces deux chantiers sont d’une importance capitale, et l’urgence de la situation les rend chaque jour plus nécessaire.

    Nous savons qu’un long chemin nous sépare de la construction de cette alliance : sectarisme, hostilité, ignorance mutuelle, habitudes de travail en petit groupe, mais aussi des incompatibilités idéologiques. Cependant, l’importance de la lutte et la nécessité de pouvoir se hisser à la hauteur de ses enjeux demande un travail important, essentiel. Nous avons fait le choix de le commencer internationalement au travers de l’ICOR et d’alliances internationales. Mais cela ne suffira pas. Nous devons faire plus que ça : parvenir à une alliance des forces qui luttent ici, à la fin des conflits et des rivalités, et à l’émergence d’un véritable pôle de résistance. Un pôle capable d’analyser scientifiquement la situation, mais aussi de mobiliser, au-delà d’un milieu militant étriqué, l’ensemble de ceux et de celles qui ont intérêt à résister à cette transformation réactionnaire du monde, et qui ont intérêt à faire naître un nouveau monde.

    1Il ne faut pas y voir là un sexisme quelconque de l’auteur, mais bien une analyse. Les femmes ont été court-circuitées dans cette montée en tension virile.

    2Parmi les signes inquiétants que nous pouvons observer : l’identité entre les unes du Figaro et le programme de Zemmour.

    3https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    4Processus qu’on retrouve d’ailleurs dans des régimes intégralement opposés au nazisme, comme dans l’URSS.

    5Martin Broszat. « Soziale Motivation und Führerbindung ». Op. cit., p. 405. Egalement, der Staat Hitlers. « Der rein negativ ». Op. cit., pp. 433-434. Hans Mommsen. « national Socialism: Continuity and Change » in Walter Laqueur (éd.) Fascim. Op. cit., p. 199.

    6Max Weber. Grundriss der Sozialökonomik. III. Abteilung Wirtschaft und Gesellschaft. Tübingen, 1925, p. 755. Sur la routinisation et la bureaucratie, p. 753.

  • Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Edit : Cet article se focalise non pas sur la question de l’homme qui s’en est pris à Zemmour, mais sur la question du soutien à ce dernier. Le fait que nous puissions comprendre les mécanismes qui conduisent à s’en prendre à Zemmour et à exprimer de la colère contre lui n’a pas valeur de soutien aux propos employés et à leur forme. Les injures sont bien souvent basées dur des éléments réactionnaires, ou reflétant également une culture de l’agression et du viol.

    Le 2 mai, dans Paris, Eric Zemmour a été reconnu dans la rue par un homme, lequel, tout en filmant, l’a suivi sur une dizaine de mètres en l’injuriant, avant de lui cracher dessus. La vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux au travers de Snapchat. Depuis, elle est devenue un sujet de débat, et un fer de lancer pour la droite la plus réactionnaire. Mais qu’en est il réellement ?

    En premier lieu, il faut cesser les simagrées. Cette agression reste du domaine verbal. De la part d’une frange qui accuse sans cesse ses contradicteurs de pleurnicherie, le fait que cet épiphénomène, que ce sont événement soit monté en épingle est quelque peu ironique. Cette violence est sans commune mesure avec celle subie sous les coups de la police, ou la violence quotidienne du harcèlement de rue fait aux femmes.

    Mais qu’on se rassure, Zemmour est bien entouré. Il a été couvert de baisers par son milieu social, gauche et droite confondue. Le Président de la République s’est même entretenu avec lui pendant 45 minutes. Le voilà choyé et dorloté par les siens, par ceux qui considèrent que son venin rentre dans le cadre de la démocratie.

    Cette menue affaire a cependant suscité des inquiétudes auprès de sa classe. Elle l’a inquiétée car elle rappelle que, au-delà des caméras, au-delà des réseaux sociaux, il existe une réalité pragmatique et concrète. Il existe des conséquences aux actes et aux propos. Même une personne aussi droitière que le Pape François 1er l’avait rappelé en disant « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing« .

    Zemmour face à Zemmour ?

    « L’homme qui crache sur Zemmour n’est autre qu’un autre Zemmour » a publié Claude Askolovitch. « C’est un triste spectacle de voir Éric Zemmour ainsi se rencontrer, devenu celui que l’on chasse et qui baisse la tête, lui qui d’habitude porte beau la vindicte et le mépris des autres. » Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvons pas faire de l’homme qui l’a interpelé un « Zemmour » lui-même. Cette équivalence omet un aspect fondamental : qui engendre qui ? Quelle violence engendre quelle violence.

    Nous ne sommes pas des fanatiques. Nous ne nous réjouissons jamais de la violence pour la violence. Mais nous ne pouvons mettre sur le même plan la violence de celui qui, depuis des décennies encaisse sans broncher et celle de son persécuteur.

    Or, il convient de rappeler un moment que Zemmour n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas une victime de violence gratuite. C’est une personne qui s’est fait un nom comme porte-parole de la haine raciale et homophobe en France, haine pour laquelle il a été condamné à plusieurs reprises. Dans le confort cossu de ses lieux d’interventions, il peut vomir cette haine sans cesse, la déversant vers ces auditeurs, influençant leurs idées et leurs conceptions.

    Si nous étions dans un monde idéal et égalitaire, il suffirait aux personnes qui subissent ces assauts constants de répondre par la même voie. Mais nous ne sommes pas dans ce monde, et ces personnes sont condamnées à subir l’influence grandissante des Zemmour ou des Morano. Elles le subissent comme une pluie battante, contre laquelle il n’existe ni protection, ni abri.

    Zemmour, un petit florilège de la haine :

    « Pourquoi on est contrôlé [par la police] 17 fois [par jour] ? Mais parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ; c’est comme ça, c’est un fait. »

    « Il y a des trafics dans ces quartiers, […] il y a de la polygamie aussi. Il y a beaucoup de délinquance, […] entre le trafic de drogue et la délinquance en col blanc, il y a une petite différence. »

    « Je pense que l’autonomie totale en matière sexuelle est un mythe, et le consentement mutuel est un mythe. »

    « Moi, je ne suis pas exactement un immigré, moi, je suis un peu comme un Martiniquais ou un Alsacien, c’est-à-dire que c’est la France qui est venue chez moi et qui m’a conquis et je la bénis, moi, de m’avoir colonisé. »

    « Je pense que les religions monothéistes sont très sévères avec l’homosexualité parce qu’à l’époque il y avait très peu de monde sur la Terre. Et je pense que d’ailleurs, c’est une de, comme ça, de mes idées, que la tolérance moderne, entre guillemets, pour l’homosexualité vient de la surpopulation actuelle. »

    Certains de ces exemples ont valu à Eric Zemmour une condamnation. Voilà le portrait du personnage. Grossiers montages, amalgames, absences de statistiques, mise en exergue des arguments raciaux sur le contexte social… Zemmour est une machine à haine. Il est bien plus que simplement le représentant d’une frange réactionnaire-radicale de la bourgeoisie. Il en est devenu le porte-parole, le symbole. Il fait partie de ces individus qui travaillent d’arrache-pied à constituer un amalgame empoisonné : le mythe islamo-gauchiste, revival du judéo-bolchevisme.

    En embuscade, certains fourbissent aussi leurs armes. Ils sont prêt à partir en campagne. La droite et l’extrême-droite ont été d’une inutilité totale durant le confinement. Et pour cause : la saturation des hôpitaux était la conséquence finale de l’application de leurs programmes. La solidarité leur est étrangère, sauf quand elle sert à ratisser des voix ou a stigmatiser d’autres. Leur programme politique est au point mort. Il faut donc des faits divers pour nourrir la machine à haïr. Lorsqu’ils réclament la « liberté d’expression », il faut comprendre qu’ils réclament l’impunité pour déverser leur poison haineux. Cette liberté d’expression est hypocrite.

    Dans le climat actuel, nous ne pouvons que regarder avec inquiétude l’infiltration raciste et l’agitation réactionnaire. Dans les périodes de crise et d’incertitude, nous ne savons que trop bien quelles sont les perspectives des fascistes, sûrs du soutien d’une bourgeoisie qui rêve de faire marcher au pas les travailleurs et les travailleuses.

    L’inquiétude nourrie par l’omniprésence des thèses conspirationnistes, les campagnes antisémites et les campagnes racistes anti-noirs et anti-arabes, camouflées derrière la « critique de l’Islam » servent les mêmes groupes.

    Briser les rhétoriques fascistes:

    Nous pensons qu’il faut combattre pied-à-pied ces thèses. Qu’il faut lutter contre la recherche d’un bouc-émissaire racial ou religieux. Que la parole des Zemmour n’a pas droit de cité, que son racisme fait de lui non seulement un délinquant, mais aussi un individu qui apporte une caution morale aux attentats racistes et xénophobes, comme la tuerie de Christchurch ou celle de Hanau.

    Que Zemmour, maintenant ait peur, dans la rue, de subir des conséquences de ces propos, cela ne peut pas ne pas être une forme de rétribution.

    Pas de soutien aux apprentis sorciers de la haine !