Étiquette : violences policières

  • Nahel

    Ce mardi 27 juin dernier, un enfant de 17 ans a été abattu par balle à Nanterre. Nahel a été agressé par plusieurs individus adultes qui l’ont menacé physiquement et verbalement. Plusieurs vidéos attestent du déroulement des faits, l’on entend notamment un des agresseurs énoncer très clairement des menaces de mort, « je vais te mettre une balle dans la tête », en tenant Nahel en joue avec une arme. Il s’est alors vraisemblablement enfui, avant d’être tué peu après.

    Nos pensées vont évidemment à la famille de Nahel, à tous ses proches, mais aussi à toutes celles et ceux qui peuvent se reconnaître soit en lui, soit dans le vécu commun des circonstances funestes qui ont conduit à sa mort.

    Seulement voilà, les agresseurs en arme avaient le droit de leur côté, car ils représentent l’État. Quant à Nahel, il n’avait pas le droit de conduire une voiture, car il était mineur. Mais surtout, Nahel était dans le mauvais quartier, où le « refus d’obtempérer » avec les forces de police est passible du risque aléatoire d’une peine de mort sommaire. Aux yeux de l’idéologie bourgeoise, il y a un coupable et un justicier. Il y a le délinquant, qui n’avait pas le droit de conduire une voiture sans permis, d’avoir peur lorsqu’il est agressé par des adultes et menacé avec un pistolet, ou même d’être peut-être en colère contre l’arbitraire de la domination étatique. Et il y a celui qui a le bon uniforme, mais aussi la bonne origine sociale, celle qui a pour elle le « devoir civilisateur » de la grande et glorieuse République Française. La flagrante asymétrie entre les bourreaux et la victime, qui confine à l’absurde, est donc censée ne plus exister. L’enfant qui s’est fait tirer dessus est avant tout reconnu coupable, non pas de conduite sans permis, mais de non-respect à une caste supérieure, c’est-à-dire d’être originaire d’un quartier prolétaire pour population issue des pays dominés, anciennement colonisés. La légalité métropolitaine y voit la gangrène à pacifier, autant celle qui mit le feu à Paris en 1871, que celle qui posait des bombes en Algérie en 1954.

    Cette norme à laquelle tous et toutes devraient se soumettre, c’est celle du rapport entre l’État bourgeois et le reste de la société, et entre le colonisateur et le colonisé. Il y a une filiation directe entre la politique animant la police nationale dans les « banlieues », et celle des corsaires de l’ancien régime, des cosaques de l’empire tsariste ou de la police coloniale de l’Empire Français d’outre-mer. Le droit et le pouvoir découlent du haut de la hiérarchie sociale (« l’ordre ») vers le bas. Il n’y a pas de crime trop grand pour la défense du statu quo.

    Dès la nuit du 27, puis dans celle du 28 et du 29, d’importants soulèvements ont eu lieu dans plusieurs quartiers populaires en France. L’on recense de nombreuses destructions matérielles (véhicules, mobilier urbain, mairies, commissariat, commerces, etc.). Egalement de nombreux blessés et de personnes interpelées. Les médias dominants et les représentants réactionnaires se sont empressés de dégainer leurs rengaines les plus classiques : mensonge éhonté quant au présupposé casier judiciaire de la victime1 (ce qui serait censé changer quelque chose à la qualité morale du meurtre en question), animalisation de la légitime lutte violente des dominés contre les dominants, relais d’images et de narratifs évocateurs et choquants pour susciter la peur et le dégoût envers les manifestants, et enfin la maintenant très traditionnelle injonction générale à « condamner », pour se rallier à l’union sacrée de l’ordre (celui des classes dominantes). La violence ne serait pas celle de la résistance active contre l’État, mais un déchaînement aveugle, insensé, abruti, etc.

    Il ne s’agit pas de dire que les actuels émeutiers sont des anges irréprochables. Seulement d’affirmer, premièrement, que dans tout acte de révolte contre l’état présent des choses, il y a des excès, et qu’ils sont de l’ordre de la nécessité (l’entropie sociale en surplus ne peut transformer et se dissiper d’abord que de manière chaotique). Deuxièmement, les condamner ne peut revenir qu’à faire voix unique avec les discours réactionnaires pacificateurs (il faut savoir manœuvrer pour que notre rhétorique conserve son autonomie politique de classe). Ils ont raison de se révolter.

    Rien n’est exceptionnel dans cette révolte populaire, ni le déclencheur, ni les modes d’action. L’on se souvient évidemment des émeutes de 2005 suite à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. Elle s’inscrit dans la longue histoire des mobilisations de banlieues contre les violences policières et pour la justice. Ce qu’elle fait une nouvelle fois apparaître, c’est le contraste persistant avec une autre tradition, celle des mobilisations syndicales, dont le récent mouvement contre la réforme des retraites (2019-2023) est une parfaite illustration. Contraste dans les modes d’action, dans la sociologie, mais aussi dans les mots d’ordre. Le défilé syndical et l’émeute, la population des banlieues à majorité issue des pays colonisés et la population à majorité issue de la métropole, mais surtout, d’une part des mots d’ordre économiques (« les salaires et la retraite ») et d’autre part politiques. Il n’est pas l’objet ici de dire si oui ou non les modes d’action violents des mobilisés actuels sont efficaces, mais là où la politique est incontestablement, c’est bien dans leurs mots d’ordre. Pourquoi ? Car, en filigrane seulement, mais tout de même, ils avancent la question du pouvoir politique. En substance : « la violence de l’État n’est pas plus légitime que la nôtre », « cet État et sa justice ne nous appartiennent pas », « la pax republicana, sa liberté, son égalité, et sa fraternité, n’est qu’un mensonge », « il n’y a pas de négociation à attendre », etc. La violence qui s’est déployée d’avant-hier soir jusqu’à hier soir dans toutes les banlieues de France, était éminemment politique, ce qui était aveugle, ce n’était pas celle-ci, mais les idéologues bourgeois qui ne le voyaient pas.

    Les actuels émeutiers, quelles que soient leurs idées particulières, ont compris tout de même une vérité fondamentale qui fait toujours défaut à beaucoup : qu’il n’y a rien à attendre de la république bourgeoise. Le problème dans « agent des forces de l’ordre », ce n’est pas cet « agent », mais bien « l’ordre » qui requiert et exerce une « force ». Et cet « ordre », ce n’est pas celui de Macron, c’est celui de la République Française : c’est bien elle qu’il faut renverser pour se libérer.

    Cela nous rappelle un évènement marquant de notre histoire récente, le mouvement des Gilets jaunes ayant débuté en novembre 2018. Ce qui a fait date alors ce fut 1) les mots d’ordres également politiques (« démocratie directe/populaire », « justice fiscale, sociale et environnementale », « il faut refaire 1789 ») ; 2) les modes d’action également extra-institutionnels (se distinguant tant des réformistes électoralistes et parlementaires que de la lutte et de la négociation syndicales) ; 3) sa spontanéité et son absence de direction organisée et 4) sa sociologie ne pouvant être recoupée dans aucune des deux traditions évoquées plus haut (ni une lutte des banlieues ni une lutte syndicale ou parlementaire). Sur ce 4e point, ce qui fut particulièrement remarquable, c’est cette jonction tant invoquée mais si peu observée entre les luttes des banlieues et celles des « blancs ». Les Gilets jaunes ont de facto fait cette convergence. La réalité n’est certes pas si binaire, mais ces catégories (banlieues/blancs et spontanéité/institutionnel) révèlent de processus eux bien réels.

    La colère existante dans et en dehors des banlieues, ne se reconnaissant pas dans le projet et la méthode institutionnelles des partis réformistes, associations et syndicats, mais dépassant aussi celle des révoltes comme celle qui s’observe actuellement (la colère de vivre d’un salaire à l’autre, plus universelle et ne se réduisant pas à la colère d’être un citoyen de seconde zone), a percé le silence pour créer son propre mode de revendication. En bref, à la colère populaire a répondu l’unité populaire (contre laquelle les fascistes ont été impuissants). La convergence idéologique s’est d’autant plus faite que beaucoup de Gilets jaunes issus de sociologie en majorité restée épargnée par la violence systématique de l’appareil étatique, ont découvert les samedis ce que vivent comme quotidien les banlieues. Pour beaucoup, le déclic s’est fait.

    Dans les deux cas, leurs mots d’ordre étaient immatures, tout comme leur conscience politique (encore loin d’une conscience de classe). Mais s’y trouvait cependant déjà posé le problème du pouvoir politique, en des termes et avec des catégories certes brutes, mais déjà là. Il ne faut pas voir cette mobilisation ou aucune autre comme nous aimerions qu’elle soit, il ne faut pas projeter mécaniquement sur elle le politique que nous voudrions voir, mais ne pas y discerner le politique qui y existe, c’est faire preuve d’une cécité impardonnable.

    Un dernier parallèle pertinent peut être fait entre Gilets jaunes et la présente mobilisation, dans ses limites. Il ne semble pas exister chez les présents révoltés de perspectives transformatrices pérennes — de projet politique construit à proposer. Les demandes qui émergent semblent minimales (« justice pour Nahel », « fin des violences policières », etc.) et la majorité du discours est occupé par l’expression d’un rejet radical mais encore stérile des institutions étatiques françaises. Les revendications des Gilets jaunes avaient plafonné dans une situation analogue (« référendum d’initiative populaire », « rétablissement de l’ISF », etc.). L’on retrouve aussi des impasses communes entre l’éphémérité de la violence désorganisée de ces émeutes et de, par exemple, celle des Blacks blocs. Ces derniers ont plutôt fait le choix stratégique d’agir en marge de manifestations syndicales, en s’y rattachant (d’abord car ils en sont issus et en sont une frange radicalisée, ensuite pour profiter de sa protection, et enfin car ils n’ont pas de quartier desquels collectivement partir spontanément), mais font face à un cul-de-sac politique similaire.

    Malgré tout le positif que l’on doit constater, le manque de direction politique est flagrant. Cependant, même s’ils n’ont pas encore compris où aller, ils ont déjà compris que « seul le peuple sauve le peuple », ce qui est une première étape dans la construction d’une conscience de classe, qui prit plusieurs mois à maturer dans le cas des Gilets jaunes.

    Impossible d’aborder ce sujet sans poser le problème du biais raciste de l’idéologie coloniale. Ainsi, même si tout acte de défiance ouverte contre le pouvoir établi doit subir les mensonges bourgeois (plus ou moins hystériques), aucun autre type de mobilisation ne souffre de ces diffamations aussi largement et aussi radicalement (que ce soit les syndicats, les Gilets jaunes ou les Blacks blocs). Là où les revendications des uns sont délégitimées, celles des banlieues sont totalement occultées pour ne laisser que des parallèles ambigus (plus ou moins volontairement) avec le pillage de Rome — pour le plus grand plaisir de ceux qui fantasment la guerre des civilisations.

    « Tout ce qui bouge n’est pas rouge », mais ces émeutes sont celles de prolétaires. Cette évidence ne pourra jamais être trop répétée. Les émeutes de banlieues sont des révoltes populaires. Pourtant, dans une grande partie de la gauche, les « émeutes de banlieues » sont exclues de cette histoire de résistance en France. Ainsi, 2005 ne ferait pas date dans l’histoire des mouvements sociaux, mais les Gilets jaunes, eux, si. Comment donner raison à ce double standard ? Il faut le contredire, et dénoncer ce qu’il révèle.

    À ce titre, il existe chez de nombreux commentateurs — de droite mais aussi de gauche — un amalgame quasi implicite entre émeutes et crime organisé et/ou islam politique : les actuels émeutiers seraient en majorité des dealers (c’est à dire, issus du sous-prolétariat), sinon de terribles islamistes. Il convient de poser quelques affirmations élémentaires. Premièrement, même si les marchés illégaux sont particulièrement développés dans les quartiers populaires, réduire ces derniers à ceux-ci n’est ni plus ni moins qu’un mensonge raciste faisant le jeu de la préfecture. Deuxièmement, la participation des dealers ne signifie pas qu’ils auraient la direction du mouvement, et avoir acheté ou vendu sur ce marché illégal n’équivaut pas à être un mafieux ou un professionnel du trafic. Troisièmement, depuis plusieurs années, partout où ils l’ont pu, les institutions du crime organisé ont joué un rôle contre-révolutionnaire et anti-populaire (en tant que para-État d’un para-marché) (l’on se souvient des dealers de Marseille qui ont tiré au paintball sur un blocage de lycée car celui-ci nuisait au business, et que illégal ou pas, les profits d’abord). Et quatrièmement, l’on peut en dire de même des institutions religieuses musulmanes, quel que soit leur degré de « radicalité » (appel au calme, vœux pieux etc.). Répétons-le une dernière fois : cette colère et cette violence sont celles du prolétariat de France (et plus particulièrement de sa frange la moins aristocratisée).

    L’on peut aujourd’hui à raison déplorer la faiblesse du camp communiste, incapable d’organiser et de proposer un débouché politique et des méthodes de lutte plus efficace et/ou moins coûteuse. Mais de cette impuissance regrettable, il ne faut pas aller jusqu’à se trouver des excuses pseudo-révolutionnaires pour condamner la casse. Lorsque la violence des opprimés s’exprime, il n’y a plus que deux camps (que l’on le veuille ou non). C’est bien un autre genre d’impasse politique — toutes proportions gardées — qui a conduit les « pétroleuses » de 1871 à incendier Paris devant l’avancée des troupes de la République. Aurait-il fallu se ranger derrière Victor Hugo pour regretter et condamner la violence « des deux côtés de la barricade » ? Ces sensibleries sur la violence dans l’abstrait sont inutiles, et surtout parfaitement inaudibles politiquement.

    Cela ne signifie pas que nous considérons que l’intégralité des actions des nuits dernières était politiquement justifiée. On ne peut pas nier le contraire, car il existe dans tout mouvement collectif des comportements antisociaux, inutiles ou contre-productifs. Mais dire cela c’est ne rien dire, car cela est vrai en tout lieu et pour tout phénomène collectif — fatalement. Ce qu’il faut en revanche impérativement noter, c’est que ces excès sont systématiquement désignés et instrumentalisés par toujours les mêmes personnes : les apôtres du sacro-saint statu quo. Soutenir « avec réserve » ou condamner le mouvement en cours car il y aurait des dommages collatéraux, c’est ni plus ni moins que défendre une ligne anti-peuple en s’alliant par lâcheté avec les injonctions morales de la très respectable bienséance bourgeoise. Une révolte populaire non plus n’est pas un dîner de gala. Il faut savoir faire preuve de discernement à la fois pour reconnaître les excès et dénoncer les idées et actes réactionnaires là où il y en a, et pour ce faire sans faillir à notre rôle en restant du bon côté de la barricade. Il faut évidemment toujours critiquer (la stratégie, les tactiques, les mots d’ordre, etc.), mais ce sans céder aux pressions réactionnaires (appels au calme, à la modération, à la négociation, à la restauration de la paix sociale, « la violence est compréhensible mais ne résout rien ! », etc.).

    À ce propos, nous devons condamner sans réserve la vandalisation du mémorial de la Shoah de Nanterre, qui était politiquement inacceptable. Mais il doit être possible de formuler ce jugement (critiquer les excès) sans qu’il ne vienne ternir notre soutien franc (défendre la violence populaire).

    Se pose à nous une question récurrente : que faire ? Le vent qui souffle depuis les banlieues nous reste paradoxalement hermétique. La tradition politique à laquelle nous appartenons (les organisations communistes extra-institutionnelles) est plus habituée à se rallier aux luttes syndicales qu’aux jets de violence spontanée. L’irruption des Gilets jaunes avait d’ailleurs posé beaucoup de problèmes à nombre d’organisations homologues à la nôtre (« y participer ? », « comment ? », etc.). Serions-nous une gauche « trop blanche » pour assister les banlieues dans ce combat ? Ou devrions-nous laisser les « premiers concernés » entre eux, au risque de faire du tourisme de l’émeute ? Il conviendra d’apporter des réponses établies à ces problèmes, avec tout le sérieux qu’ils requièrent, mais nous nous en tenons pour l’instant à proposer cette analyse préliminaire et à tracer des lignes de distinction importantes.

    1 https://www.liberation.fr/checknews/mort-de-nahel-a-nanterre-polemique-autour-du-casier-judiciaire-de-ladolescent-tue-par-la-police-20230628_YB7EPVLKEBBA3E4I36LGWJYF6Y/

  • La République fracturée.

    La République fracturée.

    Le 11 juin sera-t-il une date charnière ? Dans le journal Le Monde, le Président de la République a déclaré que “le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux”. Cette déclaration est illustrative d’un certain climat en France. Elle est inquiétante.

    Elle a d’ailleurs suscité des réactions indignées de la part des universitaires. Cela se comprend, en particulier quand on songe à la virulence des propos employés. La tonalité de l’article de Le Monde a également été au centre des réactions, tant les tournures de phrases appuyaient les propos présidentiels, les affirmant comme une vérité établie. Cette « ethnicisation des conflits » serait le fruit de la vénalité des universitaires, à la recherche d’un « bon filon ». Elle mènerait à ce que les universitaires se muent en apprentis-sorciers, jouant avec le feu et avec les ressentiments liés au passé colonial de la France. Leurs travaux et leurs publications nourriraient ainsi le communautarisme et la menace d’un conflit social-ethnique.

    Pourtant, en regardant objectivement les choses, le croisement des origines et des milieux sociaux possède une certaine réalité. Ou plutôt une réalité certaine. La stratification et la division du travail en fonction des origines est visible et constatable. Si la question sociale est primordiale, les deux entretiennent un rapport étroit. Ce rapport a été étudié tant à l’école1, dans le monde du travail2 ( Air France, Accor, Altran, Arkéma, Renault, Rexel et Sopra Steria – pour « présomption de discrimination à l’embauche »), mais également dans la vie de tous les jours3, particulièrement face à la police. Le scénario demeure le même : les « classes dangereuses » portent bien souvent le visage des colonisés. Et quand ce n’est pas le visage, c’est la culture populaire, formée par la fusion progressive de mots, d’usages, de références culturelles, qui est visible. Certes, certains et certaines peuvent sortir de cette situation, c’est un fait indéniable et constamment mis en avant pour essayer de démontrer que la « méritocratie républicaine » n’est pas morte. Mais il s’agit d’une poignée, d’une minorité, et qui n’échappe pas toujours aux stigmatisations.

    Dire, comme le fait Macron, que la césure dans la société est apportée par l’extérieur, revient à mentir. La République était déjà fracturée bien avant les migrations. Elle était fracturée en classes. Les discriminations raciales, issues du colonialisme, le racisme, les vexations, les mises en concurrences, se sont rajoutées. Sur-infectant la plaie, lui donnant un caractère explosif.

    L’erreur d’analyse n’est pas une trahison.

    Alors, certes, certains chercheurs ou certaines chercheuses ont alimenté des discours douteux. Le découpage en studies séparées et cloisonnées, venu d’Amérique du Nord, contribue en effet au développement d’une pensée qui tend à s’intéresser plus aux expressions des inégalités qu’a leurs causes. Elles tendend également à ne pas vouloir chercher d’issue et à se complaire dans le travers du langage performatif ou dans l’essentialisation. à écouter certains ou certaines de ses adeptes, il suffirait d’adopter les bons mots et les bons réflexes pour mettre fin à des discriminations paradoxalement reconnues comme systémiques. Cette conception des choses n’engage qu’à « respecter le statut de victime », mais ni a avoir une action affirmative pour lutter contre ce qui fait de ces individus « des victimes ».

    Ce n’est pas notre point de vue. Par contre, au-delà des différences de conception, nous savons faire la part des choses. Entre ceux et celles qui essaient de progresser et d’avancer, même avec parfois des faillites et ceux et celles qui, au nom de l’absence de solution parfaite et immédiate, refusent de prendre en compte quoi que ce soit. C’est pour cela que nous jugeons les attaques contre ces recherches comme révélatrices et dangereuses. En disqualifiant la parole des chercheurs et des chercheuses, autour d’une rhétorique anti-intellectuelle populiste, le pouvoir macronien laisse la place aux agitateurs réactionnaires.

    Un affrontement entre deux élites.

    Tandis que les élites intellectuelles sont marginalisées, les élites médiatiques, elles, reprennent en chœur les discours réactionnaires. Ils en sont les caisses de résonances. Ces élites méritent d’être désignées : ce sont ces élites, comme Onfray ou Zemmour. Elles ne doivent pas leur influence et leur statut à la qualité de leurs productions, mais bien uniquement et exclusivement à leur accès aux médias. Grâce à l’autopromotion, aux réseaux de copinage, il leur a été possible de créer une « bulle spéculative intellectuelle ». Mais, en réalité d’analyse intellectuelle, la pensée produite n’est qu’un contrefort à la réaction.

    Le discours présidentiel est dangereux car il alimente un fantasme d’une trahison des intellectuels, qui deviendraient des vecteurs de contamination et de chaos au sein de la société. Dans un sens, elle possède la plupart des caractéristiques d’une explications conspirationnistes de la société, dans laquelle l’harmonie d’origine aurait été réduite en cendre par l’action concertée et collective d’un groupe social déterminé.

    Cette approche paranoïde a tendance à nourrir l’hypothèse d’un ennemi intérieur, ce qui fait écho, par ailleurs, à la déclaration de Macron. Celle-ci revenait sur la guerre d’Algérie et sur les fractures coloniales. Les banlieues sont-elles vues comme des repaires de Fellaghas ? C’est probablement ce qui transparaît.

    En dernière instance, plus que la recherche, ce sont les réactionnaires qui ethnicisent les conflits sociaux et politiques en France. La fabrique de l’islamo-gauchisme, cet amalgame explosif, suit le même chemin que la fabrique du judéo-bolchevique. Un amalgame qui permet de créer des forces qui s’opposent à l’harmonie de la société, qui échappent au cadre de la Nation (ou de la civilisation) par leur essence. Cette grille de lecture marche si bien avec les discours de Zemmour ou de Morano qu’elle en devient effrayante. Elle amène également à Onfray.

    Nous en revenons à ce que nous avons écrit à son propos il y a quelques jours :

    Après avoir navigué quelque temps entre deux eaux, le mouvement de Michel Onfray, « Front Populaire », se dévoile progressivement. « Ni de droite, ni de gauche », bien au contraire. Une formule qui fleure bon le réchauffé. Elle amalgame une équipe de desperados, allant du social-fasciste Georges Kuzmanovic, (qui a fait l’objet de certains de nos articles) ; Le gaulliste-catholique Philippe De Villiers mais également le Docteur Raoult. Nul doute qu’il s’agisse d’un tremplin pour se positionner en vue des échéances électorales, et proposer un populisme de droite décomplexée.

    Dernièrement, Onfray a réagit aux violences policières. Non pour défendre les victimes de celles-ci, mais pour exiger un durcissement de l’attitude du gouvernement.

    Il se lâche : inventant  » des centaines de territoires perdus de la République« , avec des membres du gouvernement qui conduisent donc « une politique en faveur des seules minorités dans le plus total mépris de la majorité […] nous ne sommes plus en démocratie mais dans une oligarchie qui gouverne en fonction des intérêts d’une poignée de gens. Nous sommes en régime communautariste et racialiste qui a choisi pour ennemi le mâle blanc hétérosexuel. » Il va plus loin : « nous sommes dans un régime communautariste et racialiste anti-blanc, autrement dit un apartheid inversé.« 

    Pour la police, le misérabilisme pointe : « La plupart des policiers sont des prolétaires, exploités, sous-payés, mal considérés, exposés, pas soutenus par leur hiérarchie… » Or, en se référant à l’analyse marxiste, il oublie de dire ce que Marx disait : les policiers ne sont pas des prolétaires. Ils sont des détachements spéciaux de répression, coupés de la société, dressés à mordre.4

    Sur de sinistres rails.

    Onfray menace : « il n’y a que deux solutions : soit rien faire et laisser dire pour obtenir une prétendue paix sociale, alors que cette fausse paix prépare une vraie guerre civile […] Soit appréhender ces présumés coupables afin de les remettre à la justice pour que la loi soit dite, c’est la jurisprudence républicaine.  » Son choix est fait : « Le pouvoir sait que la police, idem avec l’armée, est loyale et ne retournera pas ses armes contre lui. Mais jusqu’à quand ? Le jour où cette guerre civile que fomente le pouvoir aura envahi les rues, on saura répondre à cette question. « 

    Une déclaration de guerre, tonitruante, raciste, appelant au pogrom : voilà le fond de cette déclaration. Onfray retourne la réalité comme une chaussette pour qu’elle colle à ses vues, à ses désirs. Il invente une France dominée, envahie de l’intérieur, menacée de l’extérieur. Une France dominée par un « régime macronien, l’État maastrichtien, l’ordre mondial américain« . Il serait possible d’y croire, mais au lieu d’une lutte des classes, il y voit un affrontement civilisationnel. Au lieu de libérer les masses populaires, il veut les écraser dans le sang. Surtout, niant ces phénomènes, il cherche l’ennemi extérieur et intérieur, avec ses ramifications.

    La question qui devient de plus en plus centrale, c’est sur la solution que propose Onfray et ceux qui partagent son point de vue. Si Macron accusent la conspiration intellectuelle de ruiner le pays, Onfray va beaucoup plus loin. Puisque celui-ci ne peut déboucher sur une « intégration » ou sur une « synthèse », puisque la distinction est trop importante. Contradiction antagonique dans la société, elle ne peut se résoudre que par l’anéantissement de l’un part l’autre. C’est là la finalité du discours d’Onfray et d’autres : l’idée d’une solution par le vide et par l’élimination de l’ennemi intérieur.

    Un avenir incertain.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution de la situation. Nous regardons également avec la même inquiétude la direction que prend une partie du mouvement communiste, lequel se démasque comme étant un communisme-conservateur rigide et culturellement réactionnaire. La décantation des contradictions sociales tend à s’accroître davantage, et les choix politiques prêtent de plus en plus à conséquence.

    Nous mettons très haut en avant la question de l’unité populaire. Elle ne peut pas faire l’impasse de la question du racisme. Non pas par loisir, ou pour l’amour de la polémique, non pas pour fragmenter le mouvement ouvrier et révolutionnaire. Mais bien pour qu’il puisse s’unifier sur la base d’une véritable alliance, sincère et solide.

    Nous pensons qu’il est plus que jamais important de montrer que nous n’aurons pas la moindre tolérance pour les positions de Zemmour, d’Onfray, de Morano ou d’autres. Nous appelons à la solidarité, à l’entraide, à l’unité contre ceux qui veulent fragmenter les classes populaires et faire voler en éclat l’unicité de leurs intérêts.

    1Durpaire, F., & Mabilon-Bonfils, B. (2016). Fatima moins bien notée que Marianne : L’islam et l’école de la République. Éditions de l’Aube.

    2https://www.20minutes.fr/societe/2713191-20200207-discriminations-embauche-sept-entreprises-epingles-testing

    3Jobard, F. (2009). Police, justice et discriminations raciales. In É. F. D. Fassin (Éd.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française (p. 211 229). La Découverte. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00556749

    4A lire, d’ailleurs, notre commentaire sur les positions de Lutte Ouvrière : https://unitecommuniste.com/france/proletaires-sous-l-uniforme/

  • USA – France : destins croisés.

    USA – France : destins croisés.

    Face aux violences policières et des crimes racistes, les USA s’embrasent.

    A la suite du meurtre en direct de Georges Floyd, asphyxié par un policier, d’immenses manifestations ont lieu. Accusé d’avoir utilisé un billet de 20$ contrefait, il a été maintenu, écrasé au sol, un genou sur le cou, jusqu’à sa mort. Ses supplications, enregistrées par les passants impuissants, illustre l’atrocité de la brutalité policière.

    Ces manifestations ont embrasé le pays. Face aux provocations et à la répression, elles se muent en émeutes, prenant parfois l’apparence d’insurrections. Une lame de fond secoue la société américaine. Elle est révélatrice de pratiques qui ne sont plus acceptées, notamment une police surarmée, entraînée à tuer, nourrie au racisme et à la haine fanatique du noir, de l’hispanique, de la classe dangereuse.

    Ces derniers jours, elles se sont encore accrues. La Maison Blanche a été ciblée, obligeant Donald Trump à descendre se réfugier dans un bunker. De nombreux journalistes ont été arrêtés, tandis qu’une équipe de TF1 a essuyé des tirs. Des images laissent penser que, à certains endroits, l’armée à ouvert le feu sur les manifestants. En une semaine, 13 morts et 5 000 arrestations ont eu lieu.

    Selon Le Parisien du 2 juin :

    « Sur un ton martial, Donald Trump a apporté sa réponse ce lundi soir, avec le bruit des hélicoptères en fond sonore. Le président des Etats-Unis a décidé d’invoquer L’Insurrection Act de 1807. Ce texte permet de recourir à l’armée sur le territoire américain afin de mettre un terme aux troubles civils. Promettant « la loi et l’ordre », Donald Trump a ainsi appelé la garde nationale à « dominer les rues ». Il a mis la pression sur les gouverneurs, affirmant que si ces derniers ne parvenaient pas à rétablir l’ordre par les moyens mis à leur disposition, alors l’armée sera déployée. »

    Une répression terrible se prépare. Elle s’inclut plus largement dans une dégradation accélérée de la situation économique des USA. L’économie a été durement impactée par la crise sanitaire, tandis que le chômage a explosé. Les Stimulus Check de 1200$, censés relancer l’économie, ont été absorbés par les règlements de dettes ou la consommation de première nécessité. Les perspectives sont sombres. Et l’issue est incertaine.

    Les réactions face aux violences policières ont, dans l’ensemble, été unanimes. Elles sont largement condamnées comme illustratives d’une société malade, marquée par les séquelles de la Guerre de Sécession, par l’empreinte de la ségrégation, par les inégalités criantes… Ce sont des faits avérés. Mais le fait de voir qui les profèrent démasque l’hypocrisie.

    Ceux qui, en France, condamnent avec véhémence l’attitude de la police américaine, au nom des « droits de l’homme » tiennent le raisonnement inverse quand les choses se déroulent dans l’hexagone. Les droits de l’homme, sont comme l’internationalisme pendant la Première Guerre mondiale. Les autres doivent respecter à la lettre ce principe. Tandis que « nous », nous trouvons toujours des raisons de mener une realpolitik qui nous en exonère.

    Reconnaissons aux fascistes la médaille de la cohérence : ils applaudissent toujours, systématiquement, la violence policière. A leurs yeux, elle est la solution à tous les maux. Ils « oublient » simplement de le faire quand ils tentent de noyauter les Gilets Jaunes, ou quand eux-mêmes en sont directement victime.

    On oublie trop souvent qu’en France, la police mutile et tue aussi.

    Il faut oser dire quelque chose qui paraît iconoclaste.

    Non, la police ne fait pas « mal son travail ».

    Au contraire, elle le fait très bien. Et c’est là le problème. Les policiers et les policières ne sont pas des prolétaires sous l’uniforme. Dès son origine, la police a été conçue pour une mission principale : assurer l’ordre et l’exploitation optimale des travailleurs et des travailleuses. Elle n’est pas au service de la justice métaphysique, flottant dans le ciel, mais elle est un rouage d’une machinerie froide : celle de l’État bourgeois. Ce n’est pas une émanation du peuple, mais bien un corps étranger, isolé, arraché à sa classe, dressé à mordre, à traquer, à réprimer.

    À ce titre, elle sélectionne et aiguille, en interne, les éléments les plus brutaux vers les secteurs les plus au contact. Pour ce qui est d’autres catégories, dont les CRS, à l’origine conçus pour casser les grèves, l’encasernement permet d’isoler et de modeler, parfois avec un dressage à la prussienne. Le processus de formatage est performant et il explique beaucoup de chose. Pour ceux et celles qui font du maintien de l’ordre, tout passant est potentiellement un ennemi et tout policier se sent ciblé. Ce caractère socialement étranger explique l’absence de vergogne et la brutalité sans scrupules.

    Dans le fond, il est possible de trouver des « gens bien » et des policiers et policières qui sont persuadés de poursuivre un idéal de justice. Cependant ils et elles sont écrasés par le cadre normatif de l’institution. Ils sont tenus à protéger leurs collègues les plus réactionnaires par le poids du corporatisme et la défense de l’uniforme. Ceux et celles qui tentent de « sauver l’institution » sont marginalisés, placardisés, isolés de leurs collègues. Leurs issues sont soit de quitter la profession, soit d’accepter la situation, soit de se lancer dans une lutte donquichottesque, laquelle ne mène qu’à les user et à les pousser au suicide.

    Les manifestations pour les victimes de celle-ci, notamment le collectif pour Adama Traoré, mobilisent largement. Pourtant, dans la très large majorité des discours politiques et médiatiques, un négationnisme du crime policier est hégémonique. Même une personnalité objectivement de gauche, comme François Ruffin, participe à cela. Il pouvait déclarer à propos de l’affaire Benalla que celui-ci s’est démarqué, par son comportement, des policiers. Ces derniers ne se seraient « jamais comportés ainsi ».

    Ainsi, Castaner, qui est issu du PS, s’est montré plus droitier, beaucoup plus droitier que Jacques Chirac. En reconnaissant la responsabilité de l’État et de la Police dans les crimes Vichystes, Chirac mettait fin à une séparation mentale entre le monde du pétainisme et celui d’aujourd’hui. Cela était rendu possible par le fait que les enjeux étaient limités. Le capitalisme était triomphant, ivre de sa victoire sur son adversaire idéologique. Reconnaître cette continuité était une concession sans grandes conséquences.

    Aujourd’hui les temps ont changé. Quelles que soient les conceptions idéologiques, il existe un accord de fond sur un sujet : demain sera pire que hier. Ce climat économique, sanitaire, et politique explique la réaction de Castaner. Pour un peu, elle serait la même que celle des anti-dreyfusards traumatisés par 1870. Comme le régime tient presque intégralement sur la répression, comme son soft power est au point mort, la seule option est une unité totale, organique, entre l’État et sa police. l’idée même de reconnaître un manquement ou un crime semble inconcevable, tant elle mettrait en péril l’ensemble de la construction.

    Au désespoir d’exister politique, la droite et l’extrême-droite, pris de vitesse par LREM, essaient de défendre des positions maximalistes. Eric Ciotti essaie ainsi de faire interdire la possibilité de filmer les policiers, tandis que Marine Le Pen pleurniche en réclamant toujours plus d’armes. Tout est mis en branle pour permettre que les fissures soient colmatées. Les médias sont complaisants au possible, les agitateurs réactionnaires soulignent les violences dans les banlieues et appellent à toujours plus de répression, mais l’École joue aussi un rôle.

    En dépit du fait que les enseignants et les enseignantes ne soient pas forcément en accord avec le gouvernement, qu’ils puissent individuellement reconnaître les violences policières, la pratique enseignante est contrainte. Elle exige que la République Française soit dépeinte comme l’incarnation même des droits de l’homme et des libertés démocratiques. Comme la protectrice des faibles et des opprimés. Le programme d’histoire est d’ailleurs construit intégralement dans ce cheminement de pensée : aller de la démocratie athénienne jusqu’aux formes de gouvernance. Les autres systèmes démocratiques sont laissés de côté.

    Cela marche très bien. Sortis du cadre normatif de l’école, la très grande majorité des élèves sortent confiants dans les Institutions, dans la justice et la police. Le problème c’est que cette image se fracture. Elle se fracture car l’exposition à la violence de l’État, au mensonge médiatique, à la cruauté policière devient une expérience de plus en plus universelle. Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, elle n’est plus l’apanage des « classes dangereuses » ou du militantisme, elle a été expérimentée dans sa chair par une part davantage importante de la société.

    Vue de l’extérieur : la France, un pays malade de sa police.

    Dès qu’on sort d’une approche franco-française de la question, le regard change.

    Aux yeux des observateurs étrangers, la République française est une République autoritaire, avec des pouvoirs extrêmement concentrés. Son régime se caractérise par la violence, à l’intérieur – par la répression brutale des manifestations et des classes populaires – comme à l’extérieur, par les interventions armées constantes.

    Aujourd’hui, il est possible pour une très grande partie de la population de s’imaginer mourir, sous les regards impuissants des passants, le larynx écrasé par le genou d’un policier. Il est possible de se dire qu’une personne en uniforme, arbitrairement, peut vous tuer sans courir de risques autres qu’une déplaisante réprimande. Et ce qui apparaissait comme l’apanage de pays pauvres, dictatoriaux, ou défaillants, est désormais devenue aussi une menace de « pays riche ».

    Cette fragmentation du mythe et l’effondrement progressif de la confiance dans les institutions mène à une situation d’instabilité et une potentielle crise de régime. La question de savoir quelles en seront les conséquences. Le « classement du mouvement Antifa comme organisation terroriste » n’empêchera pas cette fragmentation d’avoir lieu, aux USA. En revanche, elle indique la direction du plan de secours de la bourgeoisie. Quitte à choisir, elle préfère largement ouvrir les vannes du fascisme, qui lui garantira le maintien de l’ordre et de ses privilèges. En France aussi. Il n’est pas exclu que cette instabilité soit utilisée pour développer des mots d’ordre conspirationnistes et pour rassembler autour des ultra-réactionnaires.

    Nous, en tant que militants et militantes révolutionnaires, communistes, progressistes, avons un rôle à jouer. Plus le temps passe, plus notre impuissance doit nous questionner. Ce que nous avons vécu comme répression, tant policière que politique, n’est rien comparativement à ce que nous pourrons vivre plus tard, quand la crise sera à son paroxisme.

    Nous avons une responsabilité forte. Soit nous nous contentons d’accepter, soit nous décidons d’avancer en commun, pour construire une démocratie populaire.

    Aucune tolérance pour la violence policière !

    Aucune tolérance pour l’ordre bourgeoisie !

    Exigeons la justice !

    Unissons nos forces !

  • Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat (For the People – Twin Cities)

    Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat (For the People – Twin Cities)

    Cette déclaration a été écrite par les camarades de l’organisation For The People – Twin Cities, basé à Minneapolis, cœur des protestations aux États-Unis d’Amérique, et publié sur le journal The People’s Voice News. En voici la traduction.

    Une seule étincelle peut déclencher un incendie de commissariat, sur la victoire historique des habitants de Minneapolis au 3e district

    Dans la nuit du 28 mai, le peuple, les masses colonisées (en particulier les masses New Afrikan) de Minneapolis ont remporté une énorme victoire. Ils se sont soulevés, au nom de la justice pour George Floyd et tous les noirs et indigènes qui ont été assassinés par l’État colonisateur, et ont chassé les porcs de leur forteresse d’étain, ont pris leurs armes, les ont redistribuées et ont brûlé la station. Le peuple réclame ce qui lui revient de droit par un militantisme pur et dur. L’État colonial-impérialiste des soi-disant « États-Unis » s’effondre sous nos yeux. Le peuple comprend les mensonges du réformisme et de l’électoralisme, leurs fausses promesses, et il a déclaré « Plus jamais ça ! Assez, c’est assez ! ». Ainsi ils ont appris leur propre pouvoir, et que lorsqu’ils sont unis, rien ne peut les arrêter.

    En outre, il convient de noter que ce qui a été démontré à Minneapolis ce soir-là (et les soirées qui ont suivi) symbolise les principes de la guerre populaire prolongée en microcosme. Pendant trois jours, le peuple s’est rassemblé à l’extérieur du commissariat, jetant des bouteilles, tirant des feux d’artifice sur les cochons, éteignant les gaz lacrymogènes, pillant un magasin Target [chaîne américaine de grande distribution, NDT.] pour redistribuer les richesses, abattant les barricades… Ils étaient inébranlables. Ils sont passés d’une stratégie défensive, définie par des retraites et des regroupements tactiques occasionnels, à un équilibre stratégique dans lequel les masses avaient acquis la position nécessaire pour commencer à défier véritablement la ligne de défense du commissariat, et enfin à l’offensive stratégique, qui a culminé avec la prise d’assaut, l’expropriation et la destruction du commissariat. Rien ne pouvait les arrêter, et ils ne tardèrent pas à déclarer la victoire, les porcs détruisant leur propre barricade pour échapper à la juste colère des masses. Et avec le feu de la forteresse d’étain en arrière-plan, le peuple buvait, dansait, riait, faisait la fête. Un vestige vaincu, le peuple en liesse. Le tigre de papier était battu par le vent et la pluie.

    Un nouvel avenir est possible, et, osons le dire, à notre portée. Un optimisme révolutionnaire est justifié. Le nihilisme et le défaitisme reflètent un révolutionnaire qui n’écoute pas le peuple, qui ne suit pas la ligne de masse, qui ne fait aucune enquête sociale mais s’assied et exige des autres qu’ils s’engagent dans des débats idéologiques mesquins et insipides, ou dans des projets réformistes inutiles. Ce n’est pas un allié du peuple, et le peuple le sait. Ils comprennent mieux leur propre lutte militante que quelqu’un qui s’est assis et a mémorisé toutes les œuvres de Lénine et de Mao mais n’a pas réellement appliqué ce savoir pour lutter et se battre à leurs côtés.

    La situation est révélatrice de qui, parmi les masses, est le plus avancé et le plus militant, et c’est avec eux que l’avenir de l’humanité est possible. Nous devons nous unir à eux, nous devons nous battre à leurs côtés et apprendre avec eux par la lutte et par le combat.

    Et si l’optimisme révolutionnaire est justifié, nous devons aussi reconnaître que ces soulèvements sont spontanés. Ils manquent de direction et d’organisation claire, même avec leur succès profond, et à mesure que les succès des soulèvements spontanés s’accumulent, nous voyons la nécessité d’élaborer un plan de longévité avec le peuple. Notre tâche principale en tant que communistes est de travailler sans relâche pour transformer le caractère de ce soulèvement de celui de rébellion spontanée à celui de révolution organisée et soutenue, et nous savons qu’en ce qui concerne l’apprentissage de la réalisation de cette tâche, il n’y a pas de meilleur enseignant que l’expérience dans le creuset de la lutte elle-même. Les porcs se fatigueront et s’affaibliront, et nous raffermirons nos forces et notre pouvoir. Laissons le peuple porter cette première victoire parmi tant d’autres à venir. C’est le début d’un mouvement qui ne peut être arrêté ; pas quand le peuple est conscient du pouvoir qu’il a entre les mains, des centaines de mains qui ont pris d’assaut le commissariat. C’est la juste rage du peuple qui brûle, un feu et qui ne sera étouffée par aucun porc et aucun État colonisateur. Maintenant plus que jamais, nous voyons par notre propre expérience ce que Mao voulait vraiment dire quand il disait « une seule étincelle peut allumer un feu de prairie »… Ou dans ce cas, un feu de commissariat.

    Ensemble et en avant !

    For the People – Twin Cities

    Traduction: E. Deka

  • Confinement : toujours plus de violences policières.

    Confinement : toujours plus de violences policières.

    Véritable marqueur des tensions sociales, les violences policières ne se sont pas taries avec le confinement. Au contraire, elles se sont épanouies, comme des fleurs vénéneuses. Depuis le début de la pandémie, il est difficile de faire le compte des personnes brutalisées, des personnes blessées, parfois très grièvement, mais également des morts discrètes, qu’on ne compte pas.

    Une jambe arrachée ici, un policier tirant sur son voisin là-bas, un tabassage digne de la Guerre d’Algérie… Les cas ne manquent pas. Ils s’accumulent, nourrissant une colère sourde. Plusieurs pages, comme quarantine watch, se sont donné comme mission de recenser les cas de violence, pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Sur la base des opérations policières, il est possible de faire quelques constats sur leur origine, sur les réactions politiques, mais également sur leur instrumentalisation.

    • Un critère de classe fondamental. Il explique notamment la différence de traitement entre les quartiers populaires et les infractions massives au confinement et à la distanciation sociale qui ont eu cours dans le Paris bourgeois. La messe intégriste de la secte qui occupe l’Église de Saint Nicolas du Chardonnet ou le bal improvisé n’ont pas entraîné de vives réactions. En revanche, un grand nombre d’agressions massives et brutales ont été constatées dès que la composition sociale du quartier change. Quand cela se déroule de l’autre côté du périphérique, c’est même un traitement quasiment colonial qui s’est imposé.
    • Un critère qu’on ne pourrait qualifier autrement que comme racial. Dans les propos tenus par les policiers qui ont été filmés, cet aspect est revenu constamment. Nous ne pouvons pas oublier qu’il y a qu’il y a quelques années, le membre de Unité SGP-Police – Force Ouvrière Luc Poignant, déclarait que dire « bamboula » était convenable. Ces méthodes de traitement montrent aussi un héritage, une tradition issue de la colonisation, avec notamment un maintien de l’ordre par la terreur et une exacerbation des comportements racistes.
    • Une exacerbation par la pandémie mais aussi par l’impunité permise du fait des rues désertes. La pandémie apporte à cela la peur de la contamination, la peur du contact et de la proximité. Elle fait que les rapports sont d’autant plus violents qu’ils sont anxiogènes. Cette anxiété (certainement partagée) trouve son exutoire brutal d’autant plus facilement que les rues sont désertes. Dans le vide du confinement, personne ne vous entend crier et personne ne peut venir vous aider.

    Nous regardons ces images avec un grand effroi.

    Il y a certainement, parmi les policiers et les policières des individus qui sont sincèrement choqués de la manière dont les choses se passent, des propos, des actes, et de l’absence de déontologie honteuse. Il existe des individus qui pensent pouvoir réussir à transformer le cadre de la police pour en faire une institution garante de la sécurité de tous et respectueuse des lois. Mais ces voix sont noyées dans la masse, elles sont écrasées. Pourquoi ? Parce que l’institution en elle-même est construite pour réprimer les classes populaires, pour maintenir un ordre basé sur l’injustice et sur l’inégalité sociale. Elle est un cadre normatif qui broie les individus et les trie pour en sélectionner les plus féroces et les plus corrompus. Pour les idéalistes présent et présentes dans la police, il n’existe que trois chemins. Se normaliser et accepter, partir dans une lutte donquichottesque contre l’institution, ou la sortie par la démission ou le suicide.

    Conçue depuis sa naissance comme un outil d’ordre social, elle ne peut avoir d’autre nature. Et, par voie de conséquence, d’autre comportement.

    Face à cela, face à ces images et ces propos ignobles, des lignes de défense se sont dressées. Elles ne font que déshonorer ceux et celles qui les emploient.

    Il est dit que les quartiers populaires ne respectent pas le confinement. C’est partiellement vrai, puisqu’il a été possible de voir que le Paris bourgeois ne se privait pas de certaines libertés. C’est partiellement vrai, mais aussi compréhensible. L’aspect romantique et bohème du confinement demeure un grand privilège de classe. Dans les quartiers populaires, la grande majorité des emplois sont d’une nature qui ne les rend pas adaptable au télétravail. Le trajet métro-boulot-confinement est nettement plus dur à vivre, en dernière instance, qu’un confinement constant avec une adaptation de l’activité professionnelle.

    Il se déroule aussi dans des conditions de promiscuité et d’espace urbain qui ne permettent pas le même confort de vie. Si les quartiers de centre-ville permettent des sorties respectant le 1h & 1km, ce n’est pas le cas des grandes cités. Ce n’est pas un hasard si, à Lyon, les contrôles massifs ont eu lieu dans des points de jonction entre le centre et la périphérie populaire, comme à la station Vaux-en-Velin la Soie. Ils ont débouché sur un très grand nombre de procès verbaux et d’amendes. Celles-ci, conçues pour être dissuasives, sont extrêmement inégalitaires.

    Les violences ont aussi été mises dos à dos. C’est souvent la spécialité des réformistes, lesquels ne veulent pas jeter l’opprobre sur la police tout en ne se coupant pas d’un rêve de conquérir le réservoir électoral potentiel que sont les quartiers populaires. Cette manière d’appeler au calme sans comprendre, sans expliquer, sans donner un sens à la colère, est une manière également de renforcer l’impunité. Cette incapacité à pouvoir dénoncer les abus particuliers des policiers, mais surtout le caractère systémique de la violence est une constante. Même si des individus comme François Ruffin sont des personnalités sympathiques, il est toujours édifiant de se dire qu’ils peuvent sortir des énormités invraisemblables. Au début de l’affaire Benalla, il avait ainsi déclaré que l’attitude de la brute macronienne était distinguable de celle de la Police, qui « ne se comporte par comme ça ». Certes, entre temps les Gilets Jaunes ont eu lieu, et les lignes ont bougé. Mais il reste toujours nombre de démocrates pour expliquer comment ils mettront en place une répression « de gauche » une fois au pouvoir.

    Plus loin dans le spectre droitier, il existe l’immense nébuleuse de charognards. Ceux et celles qui font des quartiers populaires des zones de non-droit, qu’il faudrait pacifier par la force. Ceux et celles qui en font une affaire « religieuse » ou « culturelle », autant de cache-sexes pour ne pas dire ce qu’ils pensent profondément. Car la loi, même bourgeoise, sanctionne le fond de leur pensée raciste, pogromiste et génocidaire. Ceux-ci non seulement n’expliquent pas la tension, mais ils la désirent. Ils désirent plus de sang, plus d’intolérance et plus de violence.

    Alors ils salissent les victimes, en retournant les culpabilités. Ils nient les évidences en demandant qu’elles soient remises dans un contexte, contexte construit par le mensonge. Alors ils inventent des conspirations, des complots, des collusions entre l’État et un pseudo islam tentaculaire, apatride et antipatriotique. Un pseudo islam qui fait écho à l’invention qui avait été faite le siècle dernier, autour de l’antisémitisme et du judéo-bolchevisme.

    Quelque soient les formes que peuvent prendre les négations, elles nourrissent toutes la même politique : asservir ceux et celles qui souffrent.

    Durant le mouvement des Gilets Jaunes, une réelle unité est née, notamment contre les violences policières. Elle s’est basée sur la confrontation avec le mépris policier, avec l’impunité et les déferlement de haine. Cette solidarité à toujours été attaquée par les fascistes, lesquels ne peuvent s’empêcher de désirer plus d’ordre et plus de répression. Ils n’ont jamais voulu condamner ouvertement l’attitude de la police ni la dénoncer pour ce qu’elle est. Et pour cause, ils ne souhaitent que la rendre plus féroce. Ainsi, la jeunesse des quartiers populaires est souvent pointée du doigt comme bénéficiant d’une tolérance importante de la part des autorités ou de la police. C’est un comble ignoble.

    Le confinement nous isole, nous rendant vulnérables à la manipulation mentale. Celle-ci est d’ailleurs accrue par les algorithmes des réseaux sociaux, qui enferment les individus dans des bulles mentales. Ce type de terrain est connu pour être le champ d’opération favori de l’extrême-droite la plus perverse. Elle essaie de créer un environnement angoissant, hostile, démoralisant, en lançant théories fumeuses sur théories fumeuses et en essayant de fragmenter les solidarités.

    Tous les faisceaux lancés par ces groupes n’ont qu’un but : mettre fin au déconfinement pour relancer l’économie, sous prétexte d’un intérêt suprême de la nation. Derrière cet « intérêt suprême », en réalité, c’est celui d’une bourgeoisie exploiteuse et impitoyable. Cette même bourgeoisie qui impose la misère dans les quartiers populaires, chez les Gilets Jaunes, chez les ouvriers et ouvrières, chez les employés et employées, chez les paysans et les paysannes.

    Face à ces manœuvres, nous affirmons la nécessité de l’unité populaire, d’un front commun de tous ceux et de toutes celles qui courbent l’échine sous les matraques, sous les dettes, sous l’exploitation. La violence contre les uns est le prélude à la violence contre les autres.

    Nous n’acceptons pas la brutalité.

    Nous n’acceptons pas le racisme.

    Nous n’acceptons pas le mépris de classe.

    Nous n’acceptons pas l’impunité !

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Une réponse à la secte PCF(mlm) – première partie.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Une réponse à la secte PCF(mlm) – première partie.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ?

     Une réponse à la secte PCF(mlm)

    Une première approche.

    Dernièrement, la secte dénommée « Les Matérialistes », a publié un communiqué concernant la situation en Corée du Nord. Ce communiqué, inscrit dans une catégorie nommée « vers la guerre », est marqué par plusieurs éléments typiques, presque traditionnels, de ce groupuscule a l’existence presqu’intégralement virtuelle.

    Ce communiqué -mais il est loin d’être le seul, ni le premier dans ce style- n’est conçu que autour d’un seul axe : attaquer une organisation. C’est son seul et unique objectif, celui de salir la réputation d’un groupe politique, et l’accusant sans preuves, sans citations.

    Pour ceux et celles qui ne connaissent pas « Les Matérialistes », auparavant PCMLM [Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste], désormais PCF(mlm) [Parti Communiste de France marxiste-léniniste-maoïste], il est important de faire un bref rappel.

    Beaucoup ont eu l’occasion d’atterrir, un jour, sur leur site. Il est particulièrement bien nourri, regorge d’articles et -nous devons l’admettre- fournit également une quantité de documents numérisés particulièrement importante. De ce point de vue là, il s’agit de ressources inestimables, qui sont par ailleurs régulièrement consultées par de nombreux militants et militantes. C’est un fait que nous ne pouvons occulter.

    Mais, une fois rendu à César ce qui revient à César, quant vient l’heure de parler de politique, de parler concrètement de pratique, le ton change. Cette organisation s’est fait, d’ailleurs, une véritable spécialité d’étiqueter chacun de ses détracteurs comme étant, sans exceptions, ou presque, des fascistes. Chacun, à son tour, se voit attribué cet insigne honneur.

     Comme une forme de bizutage, chaque organisation communiste de l’Etat français, lorsqu’elle arrive à un certain degré de notoriété, se découvre un jour attaquée par le « PCF(mlm) ». Nous ne pouvons qu’éprouver une certaine fierté dans le fait que cette grande étape, celle d’être -plus ou moins clairement- assimilé comme étant des fascistes par eux, arrive si tôt. Nous les en remercions.

    Nous savons apprécier les couronnes que nous tressent nos adversaires et nos ennemis. Même les épines les plus acérées sont comme les lauriers de la gloire lorsqu’elles proviennent de groupes de ce genre.

    Nous, de notre plume, leur retournons donc la politesse.

    Sommes nous des acharnés, à vouloir faire cela ? Nous répondrons à la toute fin.

    S’agit-il de polémiquer avec le « PCF(mlm) » ? Non. Non, car polémiquer induit un débat, le sous-entend. Or, il est, par définition, impossible de débattre avec une secte. Recroquevillée sur une foi, sur un dogme, la secte ne peut que parer les coups, que riposter et mordre, mais ne peut pas débattre. Elle exploserait immédiatement.

    Or, pour le « PCF(mlm) », la revendication de l’héritage maoïste est dévoyée, lessivée, vidée de son contenu. De guide pour l’action, le maoïsme devient une référence religieuse, il est utilisé comme le ferait une inquisition, pour attaquer, mais jamais pour bâtir. Qu’on-t-il jamais bâti, ces individus ? Un parti de poussières autoproclamé.

    Non, nous ne polémiquerons pas. Mais nous ripostons, car nous n’acceptons pas les accusations, car nous n’acceptons pas la souillures. Nous répondons pour exposer, au vu et au su de tous nos lecteurs, la farce qu’est cette secte.

    Dans le communiqué incriminé, nous nous devons de souligner deux aspects essentiels : d’une part la méthode d’attaque terroriste et par l’insinuation, d’autre par le fait que ce communiqué noie le poisson et évite intégralement de prendre position, confirmant son origine génétique : une bête conçue pour nous mordre, rien de plus.

    « Ainsi, voilà ce que nous trouvons : Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver. Il faut avoir le romantisme le plus délirant d’Alain Soral ou Dieudonné pour y voir des vertus (ils y seront d’ici quelques jours pour un voyage organisé), et il est vrai qu’un tel « anti-impérialisme » totalement national-révolutionnaire se retrouve également chez des gens se voulant de gauche (comme « Unité Communiste de Lyon » et autres révisionnistes et réformistes du genre). » (7 septembre 2017)

    Ce communiqué réussit donc le tour de force de nous citer dans le même paragraphe que Dieudonné et Alain Soral. Nous pensons que nos positions relatives à la question du fascisme et de l’impérialisme français sont claires et nettes. Il aurait été de bon ton de citer notre communiqué au titre de preuve, pour en extraire les parties incriminées. Mais peut-être est-ce déjà trop demander ? Et cela aurait nuit à la manœuvre.

    Cette insinuation, qui fleure bon l’accusations sous-jacente d’antisémitisme, est d’autant plus savoureuse qu’elle prête le flanc à la contre attaque. Car, bien que cela soit en filigrane, il est possible, de déduire que Israël possède une place particulière dans le cœur de cette organisation. Il est tout à fait possible de consulter la page Mit naganes in di hent – Culture juive et antisémitisme pour s’en rendre compte.

    Par ailleurs, un bref regard sur les positions du PCF(mlm) et de ses formes précédentes est éloquent. Depuis 2006, les positionnements sur le soutien à la Palestine ont peu à peu disparu, pour faire place à une critique en règle -ou plutôt un bombardement- des positions des organisations palestiniennes et des soutiens à cette cause. Chaque manifestation contre l’impérialisme israélien est traitée avec une suspicion de « fascisme » et d’antisémitisme telle qu’elle justifie, in fine, le soutien à la seule « démocratie » du Moyen-Orient.

    Nous sommes taxés d’être des « nationaux-révolutionnaires » ou d’autres sornettes de ce genre. Soit. Nous ne comprenons pas ce que cela signifie, mais il est évident que, sous les doigts des rédacteurs du communiqué qui nous attaquait, cela n’avait probablement pas valeur de compliment.

    Le communiqué enchaîne les attaques sur le fait que nous soyons des « révisionnistes et des réformistes », sans jamais citer quels passages de nos textes, pourtant très aisément disponibles, leur permettent de parvenir à ce constat. Au sein de notre communiqué relatif à la Corée du Nord, effectivement, nous ne développons pas de positions révolutionnaires, le communiqué ayant volonté à dénoncer une escalade militaire entre blocs géopolitiques antagoniques. A dénoncer cette escalade et à dénoncer la campagne de propagande comparant le régime de Pyongyang à un régime génocidaire et fou.

    L’attaque contre le communiqué que nous avons publié sur la Corée n’est qu’un prétexte.

    Nous ne doutons pas que ce cache derrière quelques rancœurs. Probablement les critiques -citées pour le coup- concernant certaines des positions développées au fil des différents communiqués de cette secte.

    Lorsque les policiers ont manifesté pour réclamer de meilleurs moyens de maintenir l’ordre bourgeois et de commettre des meurtres impunément, nous les avons effectivement attaqués, tout comme Lutte Ouvrière. Lorsqu’ils ont exigé un musée de « l’esprit Charlie », nous n’avons pu même contenir certains rires, tant la déclaration ne pouvait prêter qu’à cela.

    Pour mémoire, le 22 octobre 2016, dans un article intitulé « A propos du mouvement des policiers et du rôle de la police » voici ce que nous retrouvons comme diatribes : « Depuis mai 68, où il n’y a pas eu de morts, aux manifestations contre la Loi Travail, où la police a servi littéralement de punching-ball aux anarchistes, il y a une continuité [dans la désescalade de la violence] très subtile [trop, probablement] menée par la direction policière, tout à fait dans l’esprit républicain – franc-maçonnerie.

    Cela ne signifie bien sûr pas qu’il n’y a pas de la casse, avec un prix humain certain, comme Malik Oussekine ou Rémi Fraysse, mort il y a deux ans. Toutefois, la police ne torture pas, ne tabasse pas, ne tire pas : les violences se passent à la marge des normes. [C’est nous qui le soulignons]

    Quant à la situation dans les cités, seule la petite-bourgeoisie radicalisée peut tenter de prétendre que c’est là une généralité, alors que cela se passe totalement aux marges de la société française et, qui plus est, avec une présence importante des mafias.« 

    En pleine mobilisation réactionnaire, partageant, pour le coup, des positions similaires avec Lutte Ouvrière, voilà ce que disaient les laquais de la police que sont « les Matérialistes » : « La police comme tradition, comme courant de pensée, n’existe plus ; la police est désormais un organe de répression peuplé non plus de volontaires choisissant une appartenance idéologique et culturelle, mais d’individus tentant une carrière comme une autre. (…)

    Tout policier sait par exemple que les deals de drogues ne sont en France pas réellement inquiétés ; cette contradiction entre leur rôle officiel et la réalité saute aux yeux. Les situations de ce type étant tout à fait nombreuses, les malaises sont très grands chez les policiers.

    Ceux-ci tendent, de par le poids idéologique de la réaction, à l’extrême-droite, mais une minorité en tire un point de vue républicain social tout à fait antifasciste.

    Pour cette raison, il est idiot de mener campagne contre les « violences policières » [également, nous le soulignons], de protester devant des commissariats et autres activités petites-bourgeoises en quête d’une police neutre. » (19 mai 2016)

    L’article, dans son intégralité, serait à citer. Il est un monument, une Joconde de bêtise et de fanatisme à la Duterte : tuer les dealers et faire respecter l’ordre, voilà le sens profond de ces articles. L’application du slogan trotskiste du « policier étant un travailleur sous l’uniforme » est poussée jusqu’au bout. La dénaturation du marxisme est totale. Le PCF(mlm) réussit le tour de force de se faire le suppôt de la police, quitte à l’exempter de tous les crimes. Ainsi le 12 février 2017, en pleine affaire Théo, la secte ose : « Le premier aspect [du crime commit], c’est bien sûr la nature de la violence policière et son contexte précis, qui tous deux sont tout à fait bien circonscrits.

    En effet, il ne s’agit pas de la Police nationale en générale, mais d’une unité militarisée, la « Brigade Spécialisée de Terrain ». » Nous sommes rassurés. Nous sommes sûrs et certains que les victimes des violences policières sauront apprécier.

    Mais le « PCF(mlm) » tente de se raccrocher à la gauche en écrivant : « Tout le monde aimerait, en réalité, disposer d’une police au service réel du peuple. Cela ne sera cependant possible que dans une démocratie populaire. » Probablement que oui. Mais un océan sépare ces deux situations, un océan dans lequel les auteurs de ce torchon se noient. Un jour, la police, l’Etat, l’armée seront populaire. Mais, comme des alchimistes, les pseudo-matérialistes pensent que le plomb de la police bourgeoise peut se transmuter directement en or de la police prolétarienne, au service des masses. D’une part c’est un tour de passe-passe, l’URSS ou la Chine faisant usage de milice, non de police, d’autre part cela revient, bel et bien, à escamoter la nature de classe des institutions.

    Police, Etat…. Ne mutent pas. Les institutions de la dictature du prolétariat ne sont pas les mêmes que celles de la bourgeoisie. Elles naissent du démantèlement de l’ancien monde, sont d’un autre bois, d’une autre chair, d’une autre nature de classe, du fait de leur contenu politique.

    Il faut ne pas avoir fréquenté les quartiers populaires, ne pas avoir fréquenté les manifestations, ne jamais sortir de chez soi et ne jamais quitter sa gated-community pour voir les choses ainsi. Il faut dire que, hormis le 11 janvier 2015, où ils sont sortis fanfaronner au milieu de la multitude « je suis Charlie », la présence du PCF(mlm) ou de ses ramifications, dans les manifestations, tient purement et simplement du domaine du mirage.

    Les adulateurs de Renaud que sont le « PCF(mlm) » peuvent claironner autant qu’ils veulent, ils agissent en idéalistes et essaient de déformer la réalité pour la faire coller à leurs désirs et à leurs fantasmes. Ecraser les dealers, écraser les « communautarismes », fantasmer sur les mafias. Cela rejette, in fine, les Matérialistes dans une position de soutien à l’Etat bourgeois et aux forces de l’ordre. Ils peuvent, eux aussi, revendiquer une palme du crypto-fascisme.

    Comment ne pas attaquer un positionnement aussi réactionnaire ?

    Et pourtant ! Ils parviennent à faire plus fort encore, quant à leur posture vis-à-vis d’Emmanuel Macron, lors de son élection. Ils parviennent à se vautrer davantage dans l’opportunisme, dans la collaboration de classe, dans le fait de devenir un paillasson de la bourgeoisie.

    La suite sera publiée demain.

  • Prolétaires sous l’uniforme ?

    L'organisation trotskiste Lutte Ouvrière s'est fendue d'un communiqué sur les manifestations des policiers qui est plus que révélateur de ses conceptions idéologiques. 

    Niant la violence de classe de la part de la bourgeoisie, elle prend le parti de soutenir la police, gémissant sur le fait que les attaques contre les policiers soient des actes condamnables. "On ne peut évidemment qu’être choqué des agressions gratuites répétées à l’encontre des policiers."

    La violence du peuple répond à la violence de la bourgeoisie. A la violence de l'exploitation, à la violence de la discrimination, à la violence du racisme institutionnalisé.

    Que nous puissions débattre des moyens par lesquels elle s'est exprimé est une possibilité, en effet, mais en nier le fond de classe, s'est être un allié de la bourgeoisie. 

    "Leur hiérarchie les dépêche contre des locataires s’opposant à une expulsion ou des parents d’élèves à une fermeture de classe et contre les travailleurs en grève et les manifestations ouvrières." Est un fait indéniable. Cependant, bien qu'ils en soient le bras armé, parfois contre leur gré, leurs revendications, ainsi que celle de leur mobilisation ne sont pas des revendications progressistes. 

    Les policiers ne dénoncent pas, en gentils hommes et femmes empreints d'amour, "La dégradation de la situation (…) subie dans toutes les cités, dans tous les quartiers. " Non, ils réclament plus d'armes, plus de libertés, plus de moyen pour mener à bien leur mission d'oppression. Ils réclament des moyens pour servir plus efficacement la bourgeoisie et écraser plus efficacement le peuple.

     "l'une des premières revendications porte sur le matériel. Les policiers se plaignent souvent d'avoir des locaux vétustes, du matériel informatique hors d'usage ou des véhicules et des protections qui ne sont pas adaptées." Selon le journaliste Hakim Abdelkhalek , "Bernard Cazeneuve promet d'accélérer la modernisation de tous ces équipements. Sur ce point, Manuel Valls avait déjà promis des véhicules anticaillassage ainsi que des protections antifeu."

     

    Une des revendication "porte sur les missions. Les policiers se disent fatigués, épuisés moralement et physiquement. Au total ils ont accumulé 18 millions d'heures supplémentaires." D'ailleurs, le journaliste ajoute que ce mercredi 19 octobre au soir, "Bernard Cazeneuve promet de recentrer le travail des policiers sur leur cœur de cible. Les policiers demandent par exemple à être déchargés de certaines missions comme la protection de certains bâtiments publics."

    C'est une erreur de conception que de croire que la bourgeoisie " s’intéresse aussi peu à la vie des quartiers populaires qu’à celle de leurs forces de répression sur le terrain. " Bien au contraire, l'utilisation de l'Etat d'urgence, les méthodes inspirées par l’expérience coloniale sont autant de moyens mis en oeuvre pour contrôler ces quartiers. Ce qui ne leur importe pas le moins du monde, en revanche, c'est la misère qui y règne. Tant qu'elle n'explose pas. 

    "Les possédants ont besoin d’une police pour protéger leurs biens et leur ordre social, cette police largement utilisée par exemple lors du mouvement contre la loi El Khomri." Voilà une vérité bien assénée. Une vérité qui devrait pousser l'organisation trotskiste à réfléchir à deux fois avant de pleurer sur les malheurs des agents de la bourgeoisie. 

    "L’espoir, aussi lointain puisse-t-il paraître aujourd’hui, réside dans plus de conscience, plus d’organisation, plus de solidarité, plus dans confiance dans la classe ouvrière et le combat pour changer le monde." Encore une fois, Lutte Ouvrière effleure la vérité pour ensuite s'enfoncer dans la bêtise. 

    Lino, du groupe de musique Arsenik, écrivait que "si l'espoir fait vivre, ceux qui vivent d'espoir meurent de faim." Poser les questions en terme d'espoir est un bien piètre vœu. Communistes, nous posons les questions non en terme d'espoir mais en terme de tâches à remplir. Et lutter contre les détachements armés de la bourgeoisie, les démoraliser, instiller le défaitisme chez eux est une tâche. Non soutenir leurs revendications et leurs rêves fascisants, tremplin de l'extrême-droite. 

    Que les manifestations de policiers soient le reflet d'une aggravation des contradiction dans la société française est un fait. Cependant, ramper devant les factions idéologiquement les plus réactionnaires, fussent-ils simples agents de la bourgeoisie, est une position fausse. Fustiger ceux qui ne tolèrent plus la présence de l'Etat, de la Police, de l'Armée dans leurs quartiers est révélateur de la tendance fondamentalement réactionnaire qui réside dans l'idéologie de L.O.

    Le discours du "prolétaire sous l'uniforme", déjà tenté par les trotskistes durant la seconde guerre mondiale, cherchant a saboter la Résistance, se reproduit aujourd'hui de nouveau.

    Nier le contenu réactionnaire de ces manifestations, c'est croire que "tout ce qui bouge est rouge", c'est saper le lien avec les classes populaires, qui subissent l’oppression de la police et de la justice chaque jour. 

    Aujourd'hui comme demain, nous n'oublions pas qui nous tire dessus, qui nous arrête et qui nous opprime. Et nous n'allons pas soutenir leur quête pour faciliter cela!