Solidarité internationaliste et anti-impérialiste avec Afrin et le Kurdistan !
Depuis plus d’un mois maintenant, l’assaut lancé par l’Etat Truc se poursuit. Sous le nom cynique de « rameau d’olivier », cet assaut éventre les villes du Rojava, jette les populations sur la route de l’exode, assassine les civils, martyrise des populations qui croyaient trouver refuge dans les zones tenues par les forces combattantes de la coalition progressiste [PKK, PYD, YPG, YPJ, TKP/ML, TIKKO, MLKP ainsi que les bataillons internationaux].
Malgré sa force, la deuxième armée de l’OTAN et ses mercenaires de l’Armée Syrienne Libre, piétinent misérablement. Elles n’ont pris que 450km², de leur propre aveu, tout en subissant des pertes terribles. Elles se heurtent à la ferme résolution des combattants et des combattantes progressistes et révolutionnaires, lesquelles ne cèdent pas un pouce de terrain sans l’avoir défendu avec ardeur. Chaque pouce de terrain arraché par l’armée de mercenaires turcs est arrosé de son sang. Chaque mètre carré gagné est marqué d’une tombe.
Mais l’étau se resserre d’heure en heure. Contre plus fort que soi, l’énergie et la volonté seule ne suffit pas.
La communauté internationale laisse faire. Elle laisse les kurdes se faire écraser par les hordes de la réaction, de l’obscurantisme, du fascisme, de l’asservissement. Elle laisse faire, car elle ne veut pas d’un Kurdistan qui puisse devenir un exemple de ce dont les peuples sont capables, lorsqu’ils possèdent leur terre, sans les exploiteurs et les criminels.
L’occident -dont la France au premier chef- laisse faire, pour permettre à la Turquie fasciste de sortir renforcée du conflit syrien. Elle y voit l’occasion d’affermir ses intérêts dans cette région convoitée. Elle ne voit que la possession des ressources en sous-sol, que les moyens de pouvoir les accaparer, que les moyens de contrer les concurrents internationaux.
La Russie et le régime syrien laissent faire, car ils ne désirent rien au monde plus que des Forces Démocratiques Syriennes affaiblies, obligées de demander de l’aide pour survivre et ne pas périr sous le feu de l’artillerie turque.
Un accord de la dernière heure a été trouvé, dans lequel les Kurdes doivent renoncer à leur indépendance chèrement payée, en l’échange de promesses de la part de Damas et de Moscou. Nous ne pouvons blâmer les combattants et les combattantes du Kurdistan, sans que cela ne remette en cause la nature profonde de ces régimes.
Les uns et les autres sont des impérialistes cyniques, sans la moindre considération pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Plus encore, ces forces sont même hostiles au projet des organisations combattantes de la région.
Les forces combattantes du Kurdistan Turc et Syrien veulent l’indépendance. Elles veulent la constitution non pas d’un état bourgeois de plus, mais bien d’un État libre de démocratie populaire. Elles combattent, dans un front uni avec leurs alliés, contre l’impérialisme, le capitalisme, l’obscurantisme, le sexisme et la destruction de l’environnement.
Et cela, les capitalistes et les impérialistes ne peuvent le tolérer !
Nous devons être solidaires et soutenir les combattants et combattantes de la liberté !
L’Unité Communiste de Lyon salue la lutte exemplaire du peuple Kurde et appelle à rejoindre les manifestations contre l’agression au Rojava !
Offrir une solidarité concrète : une tâche internationaliste.
L’Unité Communiste de Lyon n’a pas cru un seul instant aux promesses qu’ont fait un temps l’Etat français ou les USA aux Forces Démocratiques Syriennes. Elle ne croit pas non plus un seul instant aux promesses de Damas et de Moscou. Certains sont ravis de celles-ci, car elle leur permet de mêler leur soutien de façade aux kurdes avec leur soutien profond à la cause de l’impérialisme russe et de ses croupions. Il s’agit du même genre d’hypocrisie sans bornes que celui de celles et ceux qui soutenaient l’Armée Syrienne Libre tout en se prétendant amis du peuple Kurde.
L’Unité Communiste de Lyon est engagée dans plusieurs actions de solidarité concrète en direction du peuple Kurde :
La Campagne de Soutien au Bataillon International de Libération au Rojava, dans le but de fournir une assistance médicale aux forces combattant contre la réaction, l’impérialisme et le fascisme. Le Bataillon International de Libération (International Freedom Batallion, IFB) est un bataillon indépendant composé de révolutionnaires venus de Turquie, d’Europe et d’ailleurs pour défendre la révolution du Rojava en se positionnant comme une force indépendante aux côtés des YPG/YPJ/QSD. Fondée le 10 juin 2015 à l’initiative du MLKP (Parti Communiste Marxiste-Léniniste en Turquie et au Kurdistan) sur le modèle des Brigades Internationales qui défendaient la révolution espagnole en 1936, elle a été rejointe par plusieurs autres groupes révolutionnaires communistes et anarchistes.
L’Unité Communiste de Lyon est également membre des Amis de l’ICOR en France.
L’ICOR est la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires, rassemblant 49 partis et organisations sur 4 continents. Fin 2014 l’ICOR a conclu un pacte de solidarité avec la lutte de libération kurde. À cet égard, l’ICOR a fait ses preuves de façon exemplaire. Le pacte de solidarité a fait évoluer la solidarité internationale avec la lutte du peuple kurde pour la libération nationale et sociale et le lie au mouvement révolutionnaire et ouvrier international. Les militants et militantes de l’ICOR ont ainsi participé à la construction d’hôpitaux, dans lesquels plus de 4 000 enfants sont nés depuis 2014. Le pacte de solidarité de l’ICOR a permis atteindre d’importants succès ; maintenant il est nécessaire de le développer.
L’Unité Communiste de Lyon rend hommages aux hommes et aux femmes qui ont quitté leur pays pour se joindre à la lutte des combattants et combattantes de la liberté. C’est avec une tristesse sans bornes que nous avons appris le décès au champ d’honneur de Kendal Breizh (Bretagne), Baran Galicia (Etat espagnol) à Afrin, Baran Sason (Flandre) à Deir Ez Zor.
Nous saluons ces camarades, nous saluons leur engagement militant et internationaliste.
L’Unité Communiste de Lyon appelle à soutenir politiquement et financièrement la campagne de Soutien au Bataillon International du Rojava. Elle appelle également à soutenir les initiatives de l’ICOR.
Par notre engagement et notre solidarité, nous contribuons à défaire les menées des impérialistes et de leurs agents fascistes et réactionnaires.
Vive la lutte internationale des peuples ! Vive la lutte anti-impérialiste !
La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.
Dans notre brochure sur la géopolitique américaine, nous avons eu l’occasion d’évoquer les problématiques particulières du rapport entre les USA et la Russie. Les Etats-Unis ne peuvent fondamentalement pas accepter une expansion incontrôlée de la Fédération de Russie, de même que de la part de la Chine, du fait d’un antagonisme géopolitique « génétique ».
Pour résumer brièvement : Dans la conception géopolitique américaine, la Chine et la Russie font partie d’une zone du monde nommée heartland : le pays du cœur. Cet espace continental, à mille lieues de toute mer, formerait un bastion imprenable, une forteresse inexpugnable, qui permettrait à la puissance qui la contrôle d’être à l’abri de tout débarquement de troupes ennemies, de tout raid d’importance, de toute conquête de long terme.
Les exemples militaires ne manquent pas. Les « courtes jambes » de la Luftwaffe, pendant la Seconde Guerre mondiale, n’ont pas permis de frapper les grands centres industriels de l’Oural, laissant intact le potentiel militaire soviétique évacué vers l’est. Dans le même ordre d’idée, l’immensité de la Chine l’a rendue impossible à conquérir par les envahisseurs japonais pendant la guerre de 1931 à 1945.
La grande terreur des USA serait de se retrouver face à une Chine et une Russie ayant un accès illimité au commerce international, capable de concurrencer l’Amérique, économiquement parlant, tout en ne pouvant être contraint militairement.
La chute de l’URSS avait, provisoirement, écarté cette menace. La victoire définitive du libéralisme et du libre-échange, dans l’esprit des tenant de la « fin de l’Histoire », devait conjurer définitivement le risque d’une nouvelle guerre mondiale.
Or, il n’en fut rien. Les Etats capitalistes n’ont que deux destins : devenir impérialistes ou finir par être sous domination d’un autre. La Russie ne déroge pas à cette règle.
Ieltsine était un bon agent, pour l’occident. Il en avait fini avec une URSS chancelante, avait livré l’économie à la prédation des investisseurs, avait livré les populations de la Russie à la misère noire. Sans qu’il soit possible de faire de lui un compradore, il n’en représentait pas moins une assurance d’une Russie faible et vulnérable.
Son dauphin, Vladimir Poutine, a imposé une autre ligne. Depuis son arrivée au pouvoir, en tant que président du gouvernement (premier ministre) le 9 août 1999, la ligne défendue par le nouvel homme fort fut une constante : une mission de restauration de la puissance et de l’influence géopolitique de la Russie dans le monde. Le discours impérial, nourri d’un mélange de nostalgie brejnévienne et tsariste, a trouvé un auditoire et un électorat. L’idée-maître était donc la suivante : La Russie ne sera plus jamais humiliée.
L’arrivée de Poutine
Malgré le fait que les observateurs occidentaux tendent systématiquement à présenter l’élection de Poutine comme le fait d’un coup d’Etat, il est indéniable que l’ancien agent du KGB dispose d’un appui important dans une population russe qui a vu son niveau de vie pulvérisé par la fin de l’Union. L’image présidentielle, virile, solide, dirigiste, plaît. L’attitude face à des questions sociales, vis-à-vis des oligarques, des nouveaux-russes tant haïs, lui a accordé une image de dirigeant sévère mais juste.
Les changements de frontières ont créé un sentiment de mutilation. Celui-ci s’est doublé d’un sentiment d’encerclement : les anciennes démocraties populaires passant dans l’Alliance Atlantique ou rejoignant l’UE, les conflits sur les anciennes marches… L’application, notamment sous la houlette de
Zbinew Bzrezinski, du roll back, a été perçue par les russes comme une volonté de les refouler hors d’Europe. L’installation de régimes antirusses et réactionnaires, en Pologne, en Ukraine, dans les Etats Baltes est apparue comme un retour du « cordon sanitaire » conçu pour isoler la Russie.
L’attitude des membres de l’Union Européenne, sans être aussi agressive frontalement, s’est traduite par la volonté de maintenir un équilibre géopolitique en Europe. Ainsi, au gré des rapports de forces, la Russie à vu se réchauffer et se refroidir tour à tour l’attitude des différents membres de l’UE.
La fin de la guerre de Tchétchénie, réglée par l’usage de la force brute, a redonné à la Russie la maîtrise de son territoire. L’arrêt des combats, malgré la poursuite d’attentats spectaculaires -mais ponctuels- fut le signal de la fin de la reconquête intérieure. Malgré le fait que la région reste en proie a une situation conflictuelle, la poigne de fer des Kadyrov père et fils a étouffé toute révolte d’ampleur.
En 2001, Chine ; Russie ; Kazakhstan ; Kirghizistan ; Tadjikistan et Ouzkekistan, initie une politique de travail commun et de coopération militaire entre ces différents Etats. Elle a été rejointe en 2017 par l’Inde et le Pakistan (!) renforçant l’influence de celle-ci. Cependant, dès sa création, elle est analysée comme une défiance face à l’occident et aux USA. Pire, elle incarne, géographiquement parlant, un avatar du Heartland unifié tant redouté.
Dès cette période un climat de Guerre Froide-bis est apparu. La Russie est revenue sur le devant de la scène comme un adversaire important. Il est apparu au grand jour que l’affaiblissement relatif des USA et de l’occident, à la suite de la crise économique avait permis à la Russie de pouvoir mener de nouveau une politique offensive. Signe avant-coureur, le 7 juin 2007, lors du G8, le président français fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, avait été mis « K.O. debout » par son homologue Russe. Après que le premier ait voulu évoquer « des sujets qui fâchent », le second lui aurait rétorqué « C’est bon t’as fini là ? […] Alors maintenant de deux choses l’une, ou bien tu continues sur ce ton et je t’écrase ou alors tu arrêtes de parler comme ça et tu verras. » Une manière de marquer le terrain d’emblée.
La même année, au mois de décembre, la Russie annonce le retour des patrouilles de bombardiers stratégiques autour de son territoire, impulsant ainsi une volonté de frapper les esprits. Les Tu-95 et Tu-22M, capables de faire effectuer des frappes nucléaires, ont ainsi repris l’air de manière régulière.
Un étape a été franchie avec la guerre de Géorgie, en 2008, dans laquelle la Russie est intervenue militairement sur le territoire d’un autre Etat souverain, la Géorgie, dans le but, manifestement cynique, d’appuyer l’indépendance de l’Ossétie du sud. Cette intervention a été la démonstration d’une maîtrise renouvelée de l’art opératif, pour une armée sous-estimée systématiquement, mais également de la faiblesse de l’OTAN et de l’occident, incapable de venir en aide au régime de Saakatchvili, pourtant allié.
Il s’agit d’un moment où une nouvelle dimension apparaît dans les discours. Tout comme à la grande époque du panslavisme, la ligne du Kremlin s’enrichit d’une rhétorique du rôle de la Grande Russie : celle d’être la protectrice des Slaves et de ses peuples.
Aujourd’hui, la Russie communique fortement sur la question des minorités nationales russes présentes -et maltraités- dans les Etats Baltes. Il est vrai que ces immenses populations (près de 40% de la population de la Baltique) sont traité d’une manière particulièrement dure, en particulier en Lettonie, où elles forment des cohortes de citoyens de seconde zone.
La Russie mène désormais une politique d’irrédentisme grand-russien, souhaitant récupérer et intégrer au sein d’un même espace national toutes les communautés russes situées hors de ses frontières nationales. Cet argument a été mis en avant dans l’invasion de la Crimée de 2014 tout comme dans les opérations de protection dans le Donbass au cours de la même année.
Fort logiquement, cette attitude a entraîné une réaction en retour. Les tentatives de la Russie de sortir de l’étau formé par des Etats hostiles se heurtent désormais à une réaction de plus en plus vive.
La France vient d’annoncer qu’elle dépêchait un contingent de 300 hommes et d’une poignée de blindés dans les Etats Baltes. Aux côtés de bataillons de la Bundeswehr dépêchés par la chancelière Angela Merkel, ce contingent contribue à renforcer la présence de l’OTAN dans la région. Le 5e régiment de Dragons, régiment de combattants sur chars, et le 7e régiment de chasseurs alpins ont ainsi été déployés en Lituanie, dans le cadre d’une coalition internationale visant à protéger les Etats Baltes.
Dans le même temps, en Norvège, le patron de l’USMC –United States Marines Corps- déclarait le 16 janvier : «J’espère me tromper mais une guerre approche» tout en appelant un renforcement de la présence militaire US en Scandinavie, tout comme des forces militaires propres de ces pays. Ainsi la Norvège a acheté 52 F-35, improprement appelés F-52 par le président Donald Trump.
Quelle inquiétude secoue donc l’occident ?
Elles sont, de fait, obsédées par un nom, par un lieu : Suwałki et sa trouée.
Rfi notait le 22 janvier : « En Lituanie, trois cents militaires français de la mission Lynx prennent officiellement leur fonction aujourd’hui au sein du bataillon multinational de l’Otan. Ils serviront pendant 8 mois sous commandement allemand, aux côtés de Croates, Belges et Norvégiens, pour un total de 1 200 militaires. »
Suwałki, c’est le graal de la région. Il s’agit d’une petite ville polonaise, à mi-chemin entre la frontière Biélorusse et celle de l’enclave de Kaliningrad. Sa trouée, 50 km, est une minuscule meurtrière, avec deux routes dont une autoroute, qui rattache les Etats Baltes au reste de l’Europe. Tenir la trouée de Suwałki revient à tenir les Etats Baltes dans une poigne d’acier.
Cet espace a donné des sueurs froides à l’occident en Septembre dernier. Et pour cause !
En septembre 2017 l’exercice militaire de la Russie, nommé Zapad-2017 (ouest-2017) a été mis en œuvre. Cet exercice avait pour objectif de simuler une invasion de la part de l’OTAN de la Biélorussie. D’après les estimations fournies et publiées par les différentes agences de presse spécialisées, cet exercice s’est déroulé dans des proportions hors normes.
En 2013, ainsi, 200 wagons de chemin de fer avaient été mis en œuvre pour transporter le matériel. En 2015, ce nombre avait même décru à 125. Pour l’exercice prévu, ce ne sont pas moins de 4 162 qui sont déployés, laissant entendre une quantité au moins 20 fois supérieures de troupes et de matériel.
Le terrain envisagé n’était pas anodin : les forces sont concentrées devant les Etat Baltes. Pour l’occident, les perspectives étaient relativement angoissantes : la géographie des Etats Baltes les rend particulièrement vulnérables à une opération surprise, étant quasiment encerclés par l’alliance -parfois orageuse- entre la Biélorussie et le Russie.
La région est extraordinairement vulnérable à une opération de déstabilisation, aux pressions diplomatiques et militaires de la part de la Russie, d’autant que le climat politique et géopolitique indiquait -et indique toujours- une possibilité de crise non négligeable.
Cet article vise à pouvoir analyser cette situation delà manière qui nous paraît la plus juste possible. L’Unité Communiste de Lyon cherche à éviter les biais de raisonnement nommés campisme et anticampisme. L’un consiste à accorder une nature particulière à l’impérialisme russe, aux BRICS ou à d’autres acteurs géopolitiques, en les couvrant d’un angélisme naïf. Il se marie d’une certaine nostalgie soviétique, qui tente de voir dans le regard de Poutine un reflet rouge.
L’autre, en revanche, est directement issu de la position géopolitique tenue pendant la Guerre Froide par les organisations qui la mettent en avant. Si l’une est nourrie de nostalgie, l’autre est nourrie d’anticommunisme viscéral. Elle se teinte également d’un occidentalisme de bon aloi, qui, In fine, trouve l’impérialisme de ces pays plus doux et plus civilisé que celui des autres.
Nous voulons éviter ces écueils pour pouvoir analyser les choses avec rigueur et justice. A nos yeux, il s’agit de la seule manière de pouvoir, par la suite, se positionner d’une manière juste et rationnelle. Cette brochure est ainsi faite sans procès d’intention, sans accuser de perfidie quiconque. Elle est conçue comme une analyse s’intéressant à la manière dont la Russie se comporte en fonction de ses intérêts. Il s’agit d’actions logiques et cohérentes, rentrant dans un plan établi par la bourgeoisie de cet Etat.
La Russie ne se laisse pas faire.
L’un des avantages stratégiques de la Russie dans le secteur est la possession de l’enclave de Kaliningrad. Elle est le Berlin-ouest contemporain. Une épine fichée profondément dans le pied de l’adversaire. L’ancienne Prusse Orientale, partagée avec la Pologne en 1945, est un bastion, un avant poste et un point d’interdiction.
D’un point de vue géopolitique, la possession de la base navale de Kaliningrad est un atout considérable pour la Russie. Bastion installé de l’autre coté du cordon sanitaire, balcon sur la mer Baltique et forteresse verrouillant celle-ci. L’ancienne Prusse-Orientale est également un garrot autour des états Baltes, les étranglant tant du côté de la terre que d’un point de vue terrestre.
Sur l’échiquier Russe, ce petit territoire est une pièce maîtresse. Même sans confrontation chaude avec l’adversaire occidental, la présence de missiles antinavires Kalibr ou Bastion / Onyx ainsi que de batteries antiaériennes S-300 ou S-400 permet d’opter pour instaurer un déni d’accès aux forces navales de l’OTAN.
Les Kalibr font peur. Ces missiles à longue portée (entre 300 et 2 600 km) sont équipés pour approcher furtivement leur cible, à une vitesse subsonique et au ras de l’eau. Une fois à proximité, ils prennent de la vitesse pour frapper leur cible avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir. Les missiles peuvent même effectuer des manœuvres évasives contre les défenses visant à les abattre. Ils peuvent être lancés à partir de sous-marin, de navires, ou même de simple conteneurs accrochés au châssis d’un camion, donc sont très simples à faire opérer.
Les missiles tirés depuis les navires russes, en Caspienne ou dans la mer Noire, sur les cibles syriennes, étaient un avertissement lancé à l’OTAN sur la possibilité pour la Russie de menacer leurs positions terrestres, mais aussi de montrer la capacité de frappe actuelle contre les forces maritimes américaines.
Cette obsession de faire échec aux groupes aéronavals et de développer une capacité de frappe antinavire prend le pas sur le besoin d’armes stratégiques, déjà disponibles en grand nombre. La création et l’installation, sur de nombreux sous-marins, de lanceurs universels de missiles à changement de milieu, donne du poids à la force de frappe conventionnelle russe, ambitionnant d’arriver à faire jeu égal avec celle de l’OTAN.
Le renouvellement en termes de missiles hypersoniques antinavires russes laisse présager une nouvelle période de vulnérabilité pour les forces de l’OTAN. Tirés depuis des avions de combat, la nouvelle gamme de missiles Zircon est destinée à briser la capacité de projection de forces des USA : sa flotte de guerre.
Les défenses antimissiles et les défenses à courte portée comme les Phalanx peuvent certainement stopper, en créant un écran d’acier, certains missiles. Or, les simulations d’attaque ne mettent pas en jeu un seul appareil lanceur d’engin, mais bien un nombre massif. Le coût financier et humain d’une attaque de saturation resterait toujours inférieur au coût opérationnel et politique de la perte d’un seul porte avion de l’US Navy. Les marges de manœuvres liées à la supériorité navale se réduisent.
Les missiles S-400 Triumph sont l’autre bête noire de l’OTAN. Ces missiles sont conçus pour abattre les appareils furtifs B-2 ou F-22, et donc verrouiller les cieux. Ils peuvent frapper à 60 km depuis le sol, tandis que la version aéroportée, n’ayant pas la montée à effectuer, peut liquider toute cible aérienne à 400 km de distance, atteinte en à peu près 4 minutes, du fait de la vitesse foudroyante du missile.
Une mise en alerte de la base de Kaliningrad et de son système de missile signifierais une paralysie de la flotte de l’OTAN, pourtant pilier essentiel des possibilité de projection de force.
De plus, la Russie dispose d’une défense stratégique importante, qui la met dans un relatif abri vis-à-vis des pressions extérieures. La Russie déploie une centaine d’Anti Ballistic Missiles autour de la région de Moscou, et probablement en protection des zones stratégiques. Dans le cas d’une neutralisation mutuelle au niveau de la force de frappe nucléaire, ce sont les forces conventionnelles qui seront déterminantes.
La nouvelle doctrine Russe sur l’emploi des forces nucléaires est moins agressive que celle de la période de l’invasion de la Géorgie. La guerre dans le Caucase était une réelle prise de risque, à l’époque. Il n’était pas forcément évident de connaître la réaction occidentale. En 2008, les déclarations russes tendaient à insister lourdement sur l’usage de l’arme atomique de manière préemptive en cas de menace sur la sécurité nationale.
Aujourd’hui, et ce malgré l’invasion de la Crimée, la doctrine russe s’est montrée plus souple, n’indiquant plus qu’un usage « en cas d’une agression massive à l’arme conventionnelle mettant en danger l’existence même de l’Etat. » Dans le cas de figure Criméen, l’invasion rapide a été doublée d’une dissuasion de toute tentative de faire barrage à celle-ci, par la menace de l’arme nucléaire. D’une manière particulièrement intelligente, la Russie a immédiatement opté pour une désescalade après son coup de force ukrainien. Cet effort important s’est immédiatement doublé d’une attitude pacifique envers les autres acteurs, d’une absence de poursuite en nouvelle-Russie, en somme d’une mise en œuvre d’une politique d’attente que soit acté le fait accompli.
La dissuasion nucléaire occidentale apparaît comme faiblarde comparativement à celle de la Russie. Politiquement, il paraît invraisemblable de voir la France utiliser l’arme nucléaire contre un acteur, aussi menaçant soit-il. Cela exigerait une unité de volonté qui n’apparaît pas, à l’heure actuelle.
Appliquée au cas de la trouée de Suwałki, un coup de force suivi d’une désescalade pourrait aboutir, le précédent ukrainien l’indiquant, à une politique d’acceptation doublée de sanctions symboliques et temporaires.
D’autant que l’OTAN est faible dans le secteur et que sa marge de manœuvre est drastiquement limitée.
Une OTAN Faible tactiquement.
La grande majorité des armées de l’OTAN sont des armées bâties sur le modèle d’une intervention expresse. Elles ne sont pas conçues pour un affrontement symétrique entre deux forces possédant un gabarit globalement similaire. De plus, les forces de l’OTAN et Russes sont construites autour de philosophies diamétralement opposées.
A la suite de la crise ukrainienne, l’OTAN a organisé une campagne de réassurance en direction des Etats Baltes et de la Pologne. De l’aveu même de Antoni Mancierwiecz, les forces occidentales ne pourraient absolument pas être en mesure de stopper une offensive militaire de la part de l’armée russe. Ce n’est par ailleurs pas son but, qui serait uniquement de la dissuader. Par ailleurs, le même interlocuteur semble être convaincu qu’un seul bataillon de l’OTAN présent serait un danger suffisant pour faire renoncer la Russie à tout projet. Le risque d’un entraînement paraît suffisamment dissuasif.
L’OTAN a déployé un certain nombre de forces, hétéroclites et relativement faibles en prévision de l’exercice ZAPAD – 2017 : Une brigade US composée de 84 blindés Abrams. Un petit millier de britanniques, équipés en Challenger 2 ; Une poignée de chars Leclerc (4) ; ainsi qu’un contingent multi national dirigé par le Canada, comprenant des unités espagnoles, italiennes polonaises, slovènes et albanaises. Pour une des rares fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands sont également mobilisés, armés d’obusiers mobiles et de chars de combat Léopard 2.
Les forces de l’OTAN sont dans une triple situation d’infériorité : Militairement, ils ne représentent rien face aux troupes russes et biélorusses qui pourraient être engagées dans une épreuve de force. Ils disposent, en outre, d’un matériel tout terrain déficient, inadapté aux conditions des Etats Baltes. Si jamais les états occidentaux souhaitent intervenir, le format de leur armée le permet difficilement et ne leur permet pas d’espérer une supériorité quelconque. Géographiquement, ils sont pris au piège dans une poche facile à isoler par la voie terrestre. Politiquement, l’unité de volonté russe apparaît comme relativement forte comparée à celle des pays occidentaux. La Russie peut politiquement accepter des pertes humaines et matérielles, chose difficile à tolérer pour l’OTAN.
Pour saisir d’une manière globale la situation géopolitique sous-jacente, l’Unité Communiste de Lyon propose de faire un retour dans le passé.
Nous avons décidé, comme document accompagnant cette partie, de fournir le Message à la Tricontinentale, document particulièrement illustratif sur les positionnements politiques du Che et sur sa critique de la politique de coexistence pacifique défendue par l’URSS et par les partis révisionnistes. En espérant que cette lecture soit instructive.
Partie III
L’international à la vie, à la mort.
Après la crises des missiles de Cuba, le Che poursuit ses voyages. Charismatique, orateur de talent, il est l’envoyé idéal pour nourrir les relations nouvelles que Cuba souhaite établir avec le reste du monde en lutte. Ainsi, en 1963 il est en Algérie, pour une visite de quatre jours qui, finalement, dure trois semaines. Là, il noue des liens, et entame un travail avec l’aile gauche du F.L.N., incarnée par Ben Barka.
En 1964, il fait un discours à l’ONU dans lequel il explique la situation de Cuba et fustige la politique étrangère des USA. Il y revendiqué le fait d’avoir fusillé et fait fusillé des ennemis « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. »
Par la suite, il reprend ses voyages. Chine -où il vient sans prévenir Fidel Castro, déclenchant son ire- Egypte, Algérie, Ghana, Guinée, Mali, Bénin, Congo, Corée du Nord… il traverse le tiers-monde. En chemin, il fait étape en France et en Irlande.
Sa pensée politique évolue et se rapproche des conceptions chinoises. Pour la direction politique cubaine, un fossé se creuse. Dans son discours d’Alger, prononcé au début de 1965, le Che cible même l’URSS, en termes voilés certes, mais attaque ses manquements aux grands principes communistes. « Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. »
Si le discours est reproduit dans les journaux cubains, la visite en Chine est passée, elle, sous silence. Elle formait, il faut le dire, un terrible crime de lèse-majesté envers l’URSS, laquelle le considère désormais comme un agent de la Chine. Lui même montre des singes d’adhésion progressive aux conceptions défendues par Mao Zedong, quant à la nature sociale-impérialiste de l’Union Soviétique.
A Cuba, les tensions avec Castro et avec les représentants soviétiques sont fortes. Ernesto Guevara disparaît du devant de scène. Démoralisé par la situation, rongé par l’inaction et par le travail de bureau, brûlant de réaliser son affirmation, construire « deux, trois, plein de Viêt-Nam « , Che part pour le Congo, pour tenter d’apporter un soutien militaire à la lutte contre l’impérialisme.
Après 7 mois de combat contre les troupes de Mobutu, l’opération est un échec critique, les pertes sont lourdes tant en termes d’hommes que de prestige. Il passe près de deux ans dans la clandestinité, ne voulant pas rentrer à Cuba.
Hésitant entre retourner combattre dans son pays et lutter en Bolivie contre le gouvernement fasciste, le Che finit ultimement par choisir de rejoindre les rangs de l’Armée de Libération Nationale de Bolivie. Là où il trouva la mort. C’est dans la jungle, en 1967, que le Che rédige son message à la tricontinentale. Ce message consacre une divergence de vue avec la direction soviétique et son ralliement net à la ligne de Mao Zedong.
Pendant cet exil plus ou moins imposé, un des plans de Che Guevara, dont Ben Barka fut l’architecte principal, voit le jour. L’idée de la tricontinentale, ou Organización de Solidaridad de los Pueblos de África, Asia y América pour son nom complet, est relativement simple. Elle est conçue dans l’esprit d’une entraide technique, politique et militaire entre les différents états subissant l’impérialisme. Elle se caractérisa par ce slogan : « trois continents, une révolution. »
S’inscrivant dans une idée de moyen terme entre Chine et URSS, cette conférence faite du 3 au 15 janvier 1966 définissait les objectifs suivants :
·Lutter contre l’impérialisme et le colonialisme. Assurer l’émancipation des peuples dominés et opprimés.
·Relier et unifier les mouvements de lutte, issus de la conférence de Bandung, et travailler en commun avec la Chine et l’URSS, malgré leur situation de rupture.
·Rejoindre la lutte pour une révolution à l’échelle mondiale.
·Lutter contre les régimes d’Apartheid.
·Lutter contre la menace de l’arme nucléaire.
Malgré une situation peu évidente, du fait des tensions internationales de l’époque, 82 Etats y participent. Ben Barka, enlevé par la France, ne peut s’y rendre. En soi, la conférence est un succès, mais un succès éphémère. Pourtant, elle posait des bases saines, lesquelles méritaient d’être étudiées et diffusées, encore à l’heure actuelle.
Comme tous les personnages importants de l’Histoire, bien des théories entourent de limbes la mort du Che. La tentation du complot, du règlement de compte, à longtemps circulé. Si le désaccord avec Fidel Castro et l’URSS était marqué, si la rupture était consommée -le Che fit, par ailleurs, un testament politique avant son départ de Cuba- il n’existe pas de preuve d’une complicité entre la CIA et les forces pro-soviétiques. Si Cuba ne fit rien pour aider Ernesto et sa poignée de guérilléros, l’île ne fit rien non plus pour envenimer les choses.
D’une manière générale, les raisons de la défaite du Che et de ses troupes résident dans plusieurs choses : le climat politique n’était plus le même que 8 ans auparavant. Les USA sont extrêmement méfiants quant à la situation internationale. Le relatif laisser-faire rencontré face à Batista n’a plus court. L’opération est mal menée, avec des forces faibles et peu fiables. Surtout, la guérilla peine à obtenir le soutien des masses.
Autre facteur, les conceptions militaires se sont nourries de l’expérience du Viêt-Nam et de la Guerre d’Algérie. Les dispositifs de COIN [Contre-insurrection] sont pleinement opérationnels. Le Che est tombé contre plus fort que lui.
Les raisons de son exécution restent débattues. Toujours est-il qu’un procès public aurait été certainement nuisible, comme le fut le procès de Georges Dimitrov par les nazis à Leipzig, ou comme le fut, plus tardivement, la tentative de juger Honecker. Bien souvent, les tribunaux de la bourgeoisie se retournent contre elle.
Toujours est-il que le 9 octobre 1967, à 13h10, Che Guevara mourait sous les balles. Selon Mario Terà, qui affirme être celui qui l’a tué, dans une interview de 1977 à Paris Match, ses derniers mots furent « Soyez sereinet visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme ! »
Ainsi mourrait un Homme.
Mais, comme tous les martyrs, en l’assassinant, les criminels le rendirent immortel. Car les idées et l’héritage politique du Che ne mourut pas.
Il y a 50 ans, Ernesto Che Guevara mourait, assassiné.
Après de nombreuses années consacrées à la lutte pour la lutte contre l’emprise de l’impérialisme US, pour la révolution et le socialisme, il était assassiné par les forces paramilitaires de l’État bolivien, pilotées par la CIA. Klaus Barbie, alors en « cavale », se serait vanté de l’avoir torturé lui-même, pour le compte du régime de La Paz.
Che, son image, ses portraits, ses citations, forment autant d’icônes pour le mouvement révolutionnaire international. Sa jeunesse, son charisme, l’allant, l’entrain révolutionnaire qui l’accompagne en font un symbole. Le Che, quoiqu’il en soit, demeure pour beaucoup, en particulier dans la jeunesse, une porte d’entrée vers la lutte, une porte d’entrée vers la combativité. Il incarne un romantisme révolutionnaire qui, s’il ne se suffit à lui seul, s’il n’est pas ce qui apportera la victoire, permet à de nombreux et nombreuses camarades d’entrer dans le combat contre l’impérialisme et la bourgeoisie.
A être omniprésente, cette image en ressort, hélas, bien souvent délavée, édulcorée, vidée de son sens et de son contenu.
Les capitalistes, en quête de profits, ne se sont pas privés, après l’avoir tué, de vendre sa peau et son image. Des millions de produits à son effigie sont ainsi mis dans le commerce chaque année, générant des revenus considérables. Ironie que le Che puisse créer du PIB chez les impérialistes, sur des T-shirts produits par le tiers-monde.
Les trotskistes, les anarchistes, les révisionnistes ont tenté de l’accaparer. Le NPA de Besancenot se revendique ainsi de lui et de Léon Trotski -lequel passe nettement moins auprès des jeunes, malgré les louanges qu’en chante l’Education Nationale. Les anarchistes le rêvent en libertaires camouflés, qui s’ignore. L’un et l’autre le rêvent en anti-stalinien, en anti-soviétique, en –in fine– anticommuniste.
Dans un sens, ils n’ont pas tort sur un point, et le Che, en cela, fait la nique aux révisionnistes. Tout communiste qu’il était, le révolutionnaire ne s’est pas comporté en laquais de Moscou et s’est élevé contre le tournant Khrouchtchevien. Cela lui permit de déclarer « C’est dans ce que l’on a appelé les erreurs de Staline que réside la différence entre un comportement révolutionnaire et un comportement révisionniste. Il (Staline) comprend le danger des rapports (de marché) mercantilistes et essaie d’en sortir progressivement en brisant l’opposition. La nouvelle direction (Khrouchtchev) par contre cède aux impulsions de la superstructure et place l’accent sur l’activité mercantile. »
Sa critique du manuel révisionniste d’économie politique resta, ainsi, jusqu’en 2006 dans un classeur fermé.
A trop en faire une icône consensuelle, on finit par tuer une nouvelle fois l’homme et sa pensée. Parfois, et l’ironie est grande, ce sont chez ces ennemis que sonnent les plus sincères hommages. La bourgeoisie et les fascistes, à vouloir attaquer le contenu politique de ce que défendait le Che sont parfois les seuls à en parler, à ne pas remiser ces faits « gênants » au placard, à savoir que le Che n’était pas un plat démocrate, pas un gentil réformiste, pas une icône, mais un soldat de la révolution prolétarienne mondiale, sous l’étendard du bolchevisme.
C’est à cela que nous voulons rendre hommage.
Né en 1928 Argentine, Ernesto Guevara n’est pas d’une famille prolétaire, bien qu’elle fut progressiste. Issu de l’union de membres de la haute bourgeoisie et de la noblesse -il descend du vice-roi espagnol du Pérou- il fait partie de ceux qui devinrent des traitres à leur classe, à l’image de Marx, d’Engels, de Lénine pour ne citer qu’eux, et qui choisirent les rangs du peuple.
Brillant étudiant, athlète de qualité, il poursuit des études de médecine. Avec son ami Alberto Granado, ils décident d’interrompre celles-ci pour prendre une année sabbatique et voyager. Ce voyage fut, pour lui, l’occasion de découvrir deux choses essentielles.
La première, la réalité du capitalisme, de la misère, de l’exploitation, de l’inégalité, d’une incroyable brutalité au sein des républiques bananières d’Amérique latine, dont les dirigeants répondaient tous aux compagnies américaines et, par effet de rebond, à Washington.
La seconde était cruciale dans sa conception politique et stratégique : celle de concevoir l’Amérique Latine non comme un ensemble d’Etats à l’Européenne, mais comme un espace de manœuvre unifié, comme un espace de lutte où les frontières ne sont pas étanches. Le fait d’appréhender l’espace de cette manière fut un des fondements de sa manière de penser le combat contre l’impérialisme.
Le premier voyage du Che : 1952 – 1953
Car l’impérialisme pèse lourd, en Amérique Latine. Les USA sont une chape de plomb terrible. A son retour, après avoir obtenu ses examens en juin 1953 -ce que certains anticommunistes comme Pierre Rigoulot, co-auteur du Livre noir le contestent, par pure acharnement- il participe au Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, avant de rompre avec eux du fait de leurs positions racistes.
Déçu, il repart et arrive au Guatemala. Où qu’il aille, il retrouve cette misère noire et une répression impitoyable. Dans ces Etats asservis économiquement aux entreprises américaines, les revendications des sociaux-démocrates les plus modérés étaient alors vus comme un casus belli. Le fait de s’opposer à l’ordre colonial relevant de la peine de mort. Les mots « réforme agraire », « instruction gratuite », ou « politique d’emploi » étaient synonyme de danger révolutionnaire, et justifiaient les menaces, les pressions, les sabotages, les meurtres ou les coup d’Etat.
Mais, en Amérique du Sud comme dans sur la plus grande partie de la planète, le vent d’est soufflait plus fort que le vent d’ouest. La révolte grondait, et Ernesto Guevara entendait ne pas reste à l’écart de celle-ci. Au Guatemala, alors qu’il aide la population, en s’appuyant sur sa formation médicale, il retombe sur de vieilles connaissances, les représentants du Mouvement du 26 juillet [ M-26-7], dirigé par quelqu’un qui devint inséparable de Guevara, Fidel Castro.
Le deuxième voyage du Che : 1954 – 1956
Il fait une rencontre nouvelle, également, dans ces cruciales années 1953-1954 : la Guerre Froide. Alors que l’URSS, par le truchement de la Tchécoslovaquie, soutient le gouvernement progressiste de Arbenz, nouvellement élu, en lui transmettant des armes, la CIA organise un coup d’Etat pour juguler les aspirations démocratiques de la population, tout en liquidant la menace de contagion communiste. Cette rencontre indique à Ernesto, affublé du sobriquet de « Che », une chose essentielle : le pouvoir ne se gagne pas, il se conquiert. Il ne tombe pas avec aisance dans la main des masses, il exige un combat.
Après le coup d’Etat, sa route croise celle de deux frères : Fidel et Raoul Castro. Leur mouvement n’est pas un inconnu pour Ernesto Guevara, mais il n’en avait pas rencontré les dirigeants. Au Mexique, où ils sont réfugiés, les trois hommes se rencontrent. Ils devisent sur un grand nombre de choses. Le Che est séduit, semble t-il, par la volonté de combat des frères et décide de rejoindre me M-26-7.
Originellement, le Che est un médecin de terrain. Il est embarqué à ce titre dans l’expédition du Granma, un petit navire chargé de troupes, destiné à faire débarquer un Etat-major dans l’île de Cuba. Cuba, à cette époque, est le bordel de l’Amérique. L’île est dévouée à la prostitution, au jeu, au activités mafieuses. Son dirigeant, Fulgencia Batista, est une marionnette entre les mains des USA et des mafieux. Malgré cela, les USA n’apprécient guère ses services et se méfient de lui. Il n’a pas la poigne de ses compères du continent, et, sous sa direction, Cuba est en roue libre.
Le débarquement échoue lamentablement. Mal préparé, avec une logistique désastreuse, doublée d’une probable trahison, le groupe subit de lourdes pertes. La vingtaine de survivants rejoint les collines de la Sierra. Dans une région montagneuse, rurale, agricole, difficile de compter sur les forces de la classe ouvrière. Coupés des régions industrialisées, les forces révolutionnaires se nouent avec les masses rurales, se mettent à leur école… en somme passent par la même transformation que celle qu’a pu connaître le PCC, en Chine, après son éviction des côtes par la campagne d’extermination menée par les nationalistes.
Cela marche. La révolution, par les foyers ou focos, fonctionne et chasse le régime pourri de Batista. Cette victoire, malheureusement, se traduit par une compréhension erronée de la question du Parti, considérant que les focos s’y suppléent parfaitement et le rendent non nécessaire. La systématisation de ce concept, base du guévarisme, représente un malheureux travers gauchiste.
Le 1er janvier 1959 incarne la dernière révolution réussie, victorieuse, par les armes. Les autres ont malheureusement fait long feu depuis, ou, dans le cas du Népal, se sont enlisée dans une inextricable situation.
Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.
Quelle menace peut bien représenter la Corée du Nord pour la paix mondiale ? Il faudrait qu’elle soit pourtant immense pour justifier que chaque semaine, chaque jour, de nouveaux articles de presse, de nouveaux discours qui la ciblent comme l’ennemi à abattre. Jours après jours les appels à attaquer ce pays se multiplient, tout comme nombre d’articles soulignant sa terrible dangerosité.
Certes jours derniers, la Corée du Nord a notamment annoncé avoir procédé à un nouvel essai nucléaire, celui d’une bombe à hydrogène. Cet essaie entrainant une série de nouveaux appels à sanctions, notamment de la part du dirigeant US Donald Trump. Celui-ci, d’après les analystes de l’IRIS [Institut de Recherche et d’Initiative Stratégique] n’exclurait pas une utilisation de frappes « chirurgicales » et un recours à la force armée, option déjà envisagée à plusieurs reprises.
Son dirigeant, son arsenal nucléaire, ses forces conventionnelles, ses hackers semblent autant d’épées de Damoclès au dessus d’un monde présenté comme en paix. Elle est régulièrement, dans les films (The interview) ; dans les jeux vidéos (Crysis) montrée comme un monstre agressif et criminel.
Cette campagne pour attaquer la Corée du Nord serait, dans le fond, une croisade pour l’humanité, pour l’humanitaire, pour la démocratie, pour la paix et pour l’amour et la fraternité entre les peuples. Une croisade orchestrée au premier chef par des individus magnifiques, des paladins de la paix, tels Donald Trump et Emmanuel Macron.
Et cela marche. Cela marche même particulièrement bien, puisque même des opposants virulents à ces cliques sont prêts à marcher en première ligne pour écraser -de nouveau- Pyongyang sous les bombes. Ils peignent d’ores et déjà Kim Jong-Un en nouvel Hitler et rêvent de le massacrer.
Que les choses soient claires, il ne s’agit pas pour nous de porter aux nues le Juche, de clamer les grandeurs de la direction du Parti du Travail de Corée, ou encore de tresser des couronnes à son dirigeant. Ce n’est pas notre propos. Nous pensons que bien des éléments sont à critiquer sur la situation Nord Coréenne. Nous ne saurions pour autant en faire une critique point par point, car, une nouvelle fois, les éléments et la connaissance précises de la situation manquent.
Par un paradoxe fascinant, la propagande contre la RPDC dispose d’une portée immense. Y compris dans les rangs des forces de gauche, parmi même un grand nombre de révolutionnaires déclarés. Celles et ceux qui, dans les déclarations des capitalistes, sont capables de voir ce qui relève de la propagande, ici, voient leur esprit si critique anesthésié quant le sujet vient à la Corée. Tout comme sur l’URSS, sur la Chine populaire ou sur l’Albanie, un deux poids deux mesures est fait. Ainsi, tout est cru, tant que cela frappe le pays.
Les mensonges odieux sont ainsi repris et amplifiés. Les légendes sur la circulation de biographies racontant que Kim Il Sung savait composer des sonates à deux ans, le fait que les Coréens du nord croiraient dans des licornes ou dans des dragons… Toute logique s’efface quand les arguments anticommunistes apparaissent. Equipe de foot fusillées, exécutions au canon de 23mm, tout est permis, sans restriction.
Cette propagande cherche à présenter la direction de la RPDC comme folle furieuse et inconséquente.
Pyongyang rasée par les bombardiers US pendant la guerre de Corée.
Sans soutenir positivement la Corée, nous ne doutons pas que les dirigeants de la Corée du Nord ne sont pas les enfants turbulents, les voyous, prêts à lancer leurs armes nucléaires pour assouvir une fictive volonté de domination mondiale. La guerre, le peuple coréen n’en connaît que trop bien le prix. Les dévastations de la guerre de Corée, fruit de la volonté de partition imposée par les USA, marque encore les esprits. Les bombardements, les armes bactériologiques, les viols commis par les troupes de l’ONU… 4 millions de morts en tout, causés uniquement pour faire barrage à la lame de fond révolutionnaire et anti-impérialiste, entre 1950 et 1953.
Nul doute que le gouvernement nord-coréen n’est pas la seigneurie de la guerre qu’on nous présente. Nul doute que la politique de sanctuarisation du territoire, qui justifie l’arme atomique, répond à une menace, une pression extérieure. L’armée coréenne n’a pas la force de conquérir la péninsule. Elle n’est qu’une force de sauvegarde, donc le budget étrangle la population et entretient un pléthorique corps d’officiers.
Un prix a payer pour ne pas être balayé, pour conserver une indépendance politique. Le régime Nord Coréen se débat dans une nasse qui lui a été très majoritairement imposée par un environnement extérieur hostile.
Depuis les années 50 les pressions contre cet Etat pacifique n’ont pas cessé. La RPDC n’a de revendication territoriale qu’un fond marin, dont le tracé frontalier fut fait à son grand désavantage, elle ne mène pas d’invasion, de bombardements, d’annexion, n’occupe pas d’autres pays, ne pratique pas la politique de la sanction punitive contre les nations jugées turbulentes.
Dans ce contexte, comment la blâmer de développer l’arme nucléaire ? Après tout, le monopole de la possession de cette arme par les « grands » est la garantie de leur dissuasion. Les « petits » devraient donc être vassalisés pour être protégés ? Est-ce là une leçon de justice, que de refuser les moyens de se protéger à l’agressé ?
Pourtant, c’est précisément ce qui se déroule sous nos yeux. Et, pour s’être mal comportée, on inflige à sa population les carences, les embargos. On inflige le barrage à celles et ceux qui n’ont d’autres torts que de vouloir se protéger des menaces constantes.
Certains arguent que les « libérer » du régime leur rendraient service. Que le régime est mauvais et néfaste. Bien que les sources de ces arguments soient partiales et -parfois- ridicules, là n’est, de toute manière, pas la question. Il n’est pas nécessaire d’être un amoureux du régime pour trouver curieux cette campagne. Il n’est pas nécessaire d’être un partisan du Juche pour flairer quelque chose de nauséabond dans cette affaire.
Depuis quand, sous prétexte que le régime nous déplait, marchons-nous avec les fauteurs de guerre, avec les criminels, avec les éventreurs de villes et les violeurs ? Nous n’acceptons pas une seule bombe impérialiste.
Combien d’abominables dictatures sanglantes et corrompues existent par delà le monde ? Combien d’entre-elles font passer la Corée du Nord pour un paradis ?
Elles n’ont pas la faveur des médias un tant soit peu indépendants, elles sont parfois sermonnées par les dirigeants du « monde civilisé »… entre deux signatures de contrats. Elles ne souffrent d’aucunes menaces, d’aucune sanctions. Pourquoi cette incohérence ?
Pourquoi un régime égalitaire comme la RPDC est il ciblé, tandis que les monarchies obscurantistes du Golfe vivent en paix, tandis les birmans génocident allègrement, avec la complicité du « prix nobel de la paix » Aung San Suu Kyi, soutenue par les agents impérialistes et notamment ceux de la firme Total?
Les bonnes dictatures collaborent économiquement avec les impérialistes. Certes, certaines font tâche et les exactions commises sont parfois gênantes. Mais tant qu’elles livrent l’or noir, leurs ressources souterraines, tant qu’elles luttent contre les mouvements de libération nationale, elles sont des amies des différents blocs impérialistes. Gare à eux, cependant, de ne pas commettre l’outrecuidance de se croire indépendants !
La Côte d’Ivroire de Gbagbo était un parangon de vertu pour la France, jusqu’à ce que son gouvernement se décide à signer des contrats avec les chinois. Même chose pour un Kadhafi, invité d’honneur de Sarkozy, à l’époque, par la suite éliminé après avoir ouvert Benghazi aux navires russes. Même chose encore concernant la famille Assad, amie de la France jusqu’à l’alignement sur l’orbite moscovite.
L’avis sur ces régimes s’est radicalement mué en un temps record, lorsque les laquais n’ont plus aussi bien obéi. Or, l’un des reproches, si ce n’est le plus fondamental fait à la Corée du Nord, c’est bel et bien de laisser son marché intérieur hors de la mondialisation, hors des appétits sournois, c’est bel et bien d’être hors-jeu. Mais c’est bel et bien, et ce, malgré elle, le fait d’être aussi un pivot géopolitique.
Car, que cherchent les USA à provoquer ainsi l’escalade ?
1) Effrayer la Chine.
Fondamentalement, la pression sur la Corée du Nord est une manière de s’attaquer à plus faible que soi, de faire une démonstration de force. Une démonstration de force dirigée indirectement contre la puissance montante de la région, contre le nouvel acteur incontournable : la Chine.
Trump ne tarit pas d’éloges envers Poutine -pour le moment- mais ne manque pas d’invectiver l’Empire du milieu. Elle est de plus en plus perçue comme une menace stratégique pour la primauté des USA dans le Pacifique, d’autant que près de 90% du commerce mondial circulera dans cet océan d’ici quelques décennies.
Or la Chine ne restera pas cloîtrée sur son territoire, elle cherche à s’étendre, à investir, à acheter, à vendre. Fatalement, se pose la question des lignes de communication et de leur sécurité. Fatalement se pose la question de la projection de force -à laquelle la Chine tente de répondre par ses commandes de porte-avions. Fatalement, se pose la question de la rivalité, dans un monde plein, entre USA et Chine.
2) Discipliner la Corée du Sud.
La chute du régime de Park Chung-Hye et l’élection de Moon Jae-In ne laissent pas les USA indifférents. Ces événements ont suscité très rapidement l’envoi de navires de guerre vers les eaux coréennes. Le passage d’un régime farouchement anti-RPDC à une ligne ouverte au dialogue est loin de faire les affaires des américains.
La Corée est un des secteurs stratégiques dans la pensée géopolitique américaine. Elle est un des points à tenir coûte que coûte. Cela expliquât notamment l’engagement militaire de la guerre de Corée. Dans l’esprit US, la paix et la réunification de la Corée sont exclus. Ils donneraient naissance à une péninsule trop faible pour jouer un rôle géopolitique fort, entre les deux puissances : Japon et Chine. Dès lors, la Corée serait immanquablement intégrée dans une orbite.
Celle du Japon est exclue, tant la colère et le ressentiment des coréens contre l’occupation japonaise est vivace. Tant les crimes et les massacres, jamais reconnus, marquent les mémoires.
Une Corée unifiée deviendrait partie intégrante du dispositif chinois et ferait peser une insupportable menace sur le Japon.
Bien que le régime de Moon Jae-In soit particulièrement intéressé par les ressources minières et la main d’œuvre de la Corée du Nord, bien qu’il s’agisse là d’appétits économiques voraces, cette volonté de paix est le reflet d’un sincère désire et d’un sentiment qui existe dans la population sud-coréenne. Elle est positive en ce sens là. l’affaiblissement de la chape de plomb dictatoriale délivre le pays. Même les rumeurs des tabloïds pitoyables, inventant mensonges sur mensonges sur la RPDC ne suffisent pas à créer un sentiment belliqueux chez eux.
La présence militaire US s’est renforcée, et les essais nucléaires coréens servent de justification à ce renforcement. Les USA, cependant, s’en servent pour maintenir une domination et une occupation sur la péninsule, dans le but de la rattacher de force à leur orbite géopolitique.
3) Restaurer la domination dans le Pacifique
Avec le relatif affaiblissement US, le Pacifique menace de ne plus valoir son nom. Le recul de l’influence étasunienne fait émerger des régimes qui ne s’alignent plus avec l’unique polarité possible dans la région depuis 1945.
Le régime de Duterte, aux Philippines, à ainsi rompu un certains nombre d’accords commerciaux avec les USA, notamment sur le plan militaire. Pourtant, depuis sa conquête en 1898-1899 par les USA, prise aux Espagnols, les Philippines étaient vues comme un des flanc-garde de l’océan Pacifique, véritable oceanus nostrum des USA.
Même la fidèle Taiwan montre parfois des oscillations inquiétantes, tandis que l’île est un verrou essentiel dans le dispositif de containement américain, toujours actif.
Le Japon, lui aussi, réarme et se rééquipe. Il se rééquipe face à la montée de la Chine, pour épauler les USA. Mais cette montée en puissance contrôlée et appuyée n’est pas sans évoquer celle du Japon de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, lorsque l’Angleterre le soutint contre la Russie. Pourtant, cela n’a nullement empêché les deux alliés de se retrouver aux prises l’un contre l’autre, lorsque les circonstances changèrent.
La montée en puissance, militairement, des différents acteurs facilite ces escalades, lesquelles peuvent parfois être aussi explosives qu’un baril de poudre.
Les communistes n’applaudissent pas les bombardiers impérialistes.
Dans ce contexte de montée des tensions, les doivent combattre la propagande de guerre impérialiste. Il n’existe nulle raison valable de porter la mort, de porter le feu sur la RPDC. Cette possible escalade doit être combattue. D’autant que si jamais l’Etat français s’invite dans l’affaire, cela ne sera nullement par humanisme, mais bien par un vorace appétit de marchés.
Nous sommes pour la paix entre les peuples et entre les nations. Les invasions, les guerres de rapines, les annexions et les déstabilisations n’entraînent que mort de dévastation, pour le profit des grands capitalistes, payés pas le sang des masses.
Nous sommes pour la révolution prolétarienne et la solidarité internationale. Nous sommes hostiles à toute action militaire contre le régime nord-coréen. Nous considérons que son opposition à l’ingérence étrangère et à l’impérialisme américain est juste.
Même au sein des dictatures réactionnaires, et nous ne caractérisons pas la RPDC ainsi, la voie du changement ne peut passer qu’au travers de l’action des masses de ces mêmes états. Celles et ceux qui applaudissent les bombardements en prétextant que ceux-ci vont améliorer la situation apportent, de fait, un soutien aux agresseurs impérialistes.
Même un opposant complet au régime de Kim Jong-Un se doit de comprendre cela.
Les bombardements et les invasions n’apportent que le malheur, la misère et la domination impérialiste.
Halte à l’escalade contre la République Populaire et Démocratique de Corée ! Halte au jeu dangereux des agresseurs.
Paix entre les peuples ! Guerre entre les classes !
Alors que les habitants de l’Etat français avaient les yeux fixés sur l’élection présidentielle, de l’autre côté du globe se déroulait un événement majeur: celles de la Corée du Sud. Importantes à la fois politiquement mais également géopolitiquement, étant donné les lignes défendues par les différents acteurs.
A la suite de la destitution de la « princesse » Park Geun-Hye, fille de Park Chung-Hye, ex-dictateur, une élection anticipée dut être organisée. L’ancienne présidente fut la digne héritière de l’idéologie de son père : autoritarisme, contenu anti-ouvrier, mais également liaisons étroites avec les sectes anticommunistes et réactionnaires. La corruption entrainée par ces liens fut le casus belli d’un mouvement de protestation massif, lequel déboucha une procédure de destitution.
Dépités par le parti au pouvoir, de nombreux sud-coréens ont tournés leurs suffrages vers le candidat de l’alternance : Moon Jae-In, du Parti Démocrate. Ce parti est une formation politique de centre-gauche, marquée par un contenu social-libéral. 41.4% des voix plébiscitent celui qui s’était illustré comme une des figures de proue de la défense des droits de l’homme et dans la lutte contre la corruption. Là où la situation devient géopolitiquement intéressante, c’est que l’organisation qui accède au pouvoir est partisane d’une désescalade vis-à-vis du voisin du Nord.
Moon Jae-In est un ancien avocat qui s’est fait un nom et une réputation dans la défense des droits de l’homme, des syndicalistes, des droits sociaux. Sa lutte contre le despotisme lui valut même un séjour en prison et une interdiction d’exercer. Il émerge comme étant aux antipodes de Park Geun-Hye, « princesse » issu des élites, descendante de généraux… En effet, lui-même est issu des classes populaires de la Corée, il est marqué par des prises de position progressistes, hostiles à la présence américaine, favorable à un renouement du dialogue. Ce sont deux conceptions de la Corée du Sud qui se rencontrent et s’affrontent.
Cette campagne s’est faite sous des torrents d’accusation. Hong Jun-Pyo, le candidat à la succession de Park, à ainsi insisté sur ces points : Moon Jae-In serait un agent de Pyongyang, un terrible bolchevique…Or, son élection n’est pas une révolution prolétarienne, n’est même pas une hypothétique « révolution citoyenne par les urnes. » Elle reste dans des cadres institutionnels, dans le jeu de la démocratie bourgeoise -étroite certes- de la Corée du Sud.
En revanche, elle s’attire l’ire des grands truts, les chaebols¸ car sa ligne insuffle un vent de libéralisation, dans un marché clos et dominé par ces immenses conglomérats industriels. Elle joue également sur la carte d’une hausse des salaires, d’une autorisation des syndicats – considérés comme une Vème colonne du nord et donc réprimés fortement.
Dans cette société extrêmement caporalisée, digne d’une caserne, cette prise de position est déjà un séisme. La Corée du Sud, dans sa marche forcée vers l’industrialisation, s’est hissé parmi les pays du Nord au détriment des droits sociaux, syndicaux, démocratiques, dans une atmosphère d’occupation militaire -par les USA- et de paranoïa entretenue par les gouvernements successifs.
La Corée n’est pas n’importe quelle région du globe.
Elle est un des éléments clé du dispositif de sécurité US, l’un des piliers de son front Pacifique contre les deux adversaires géopolitiques : Chine et Russie. Elle est perçue comme un verrou devant être maintenu fermé à tout prix. D’où l’organisation, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’un sabotage constant des tentatives de réunification ; d’où la guerre de Corée ; d’où le stationnement de 29 000 soldats US de la USKF [United States Korea Forces] au Sud. Ces troupes d’occupation ont été, par le passé, impliquées dans des affaires de prostitution, d’exactions, de trafic d’êtres humains. Les relations entre ces troupes et la population sont complexes et tendues. Elles sont une épée de Damoclès au dessus des gouvernements dissidents de la ligne imposée par Washington.
Pour eux, la division coréenne permet de la maintenir dans leur sphère, dans leur orbite. Très marquée par un sentiment antijaponais, la péninsule réunifiée ne manquerait pas de se tourner alors vers des liens avec son voisin chinois, lui fournissant ainsi un promontoire capable de gêner militairement le Japon, second poste clé de la géopolitique US. Une Corée divisée est essentielle pour maintenir la Chine encerclée. Cependant, en Corée du Sud, la population est globalement lasse de ce climat, d’autant qu’à force de crier au loup en permanence, la menace du méchant voisin du nord perd de son effet.
Lorsque le candidat gagnant propose d’ouvrir des discussions, de reprendre les liens diplomatiques et, même, de visiter le voisin du nord, cela ne peut susciter que de vives inquiétudes. Inquiétudes de la part d’une bourgeoisie hostile à toute idée marxiste et de la part des américains, résolument hostiles à tout rapprochement.
Cela explique la campagne de calomnies, mais également la décision de Trump de mettre en œuvre du bouclier antimissile Thaad, près du village frontalier de Soseong. Le président US a également informé de l’envoi d’une flotte de guerre vers la péninsule. Fake news, de la part du président, le groupe aéronaval faisant route vers l’Australie.
Ironiquement, cette pression inamicale, de la part de l’allié gênant, a certainement penché dans la balance électorale. D’autant que, cerise sur le gâteau, le malhabile dirigeant de la première puissance mondiale a annoncé que la Corée du Sud assurerait l’intégralité des frais du déploiement. Un geste de politique intérieure qui, pour son grand malheur, fut très bien entendu à l’extérieur.
Même la municipalité de Séoul, marquée très à droite, s’est offusquée de ces déclaration et de cette « prise d’otage » de la part des Etats-Unis.
Le score électoral du programme de « détente » de Moon Jae-In révèle la lassitude du peuple sud-coréen. La diatribe martiale de l’ancienne administration, l’inflexibilité vis à vis de Pyongyang, encouragée par la maison blanche, s’émoussent. Le sud semble vouloir s’orienter vers la normalisation des relations, préalable à la paix.
Dans une certaine mesure, Moon se place sur une position semblable à celle du membre du SPD Willy Brandt, chancelier de RFA entre 1969 et 1974, connu pour son Ostpolitik, permettant une reconnaissance mutuelle des deux Allemagne. Il est possible qu’il cherche ainsi à atteindre deux objectifs : Créer une division du travail entre les deux Corée, mais également pousser le régime nord-coréen à s’ouvrir au pluralisme, et à se libéraliser économiquement.
Moon représente une position de bourgeoisie nationale progressiste, au niveau de son pays, mais néanmoins solidement pourvue en appétits propres sur son étranger proche.
Cependant, ce programme social-libéral suffit à attirer des foudres terribles. La réorientation géopolitique qu’il induit pousse à l’agressivité les fractions les plus réactionnaires de sa bourgeoisie, les chaebols, les sectes anticommunistes ainsi que les USA en perte de vitesse face à la Chine.
La Corée du Sud est vulnérable à un coup de force, à une déstabilisation visant à lui faire regagner sa place de verrou. La capacité de Moon à faire appliquer son programme est une des inconnues qui rentre en ligne de compte. L’hostilité de la part des réactionnaires et des impérialistes en est une autre.
En tant qu’organisation communiste, nous regardons les bourgeoisies nationales avec un œil circonspect. Si cette élection propulse, certes, un candidat progressiste, elle n’est nullement une garantie de paix ou une garantie d’avancée.
Les bourgeoisies nationalistes sont vives à trahir leurs mandats, vives à se coucher. Nous savons que la seule issue réellement positive provient du prolétariat coréen, de ses organisations de masses et de ses partis. La lutte du peuple de Corée avance, soutenons-la !
Présidentielle en Corée du sud : une démocratisation ?
Quelque mois auparavant, dans nos colonnes, nous avions abordé la question de la Corée du Sud et de la destitution prochaine de sa présidente. En effet, après la révélation de liens entre la présidente Park Geun-Hye et une des multiples sectes anticommuniste des manifestations monstres se sont déroulées au pays du matin calme.
Cette destitution ouvre non seulement la voie à de nouvelles élections, lesquelles auront lieu le 9 mai 2017., mais également a une possible alternance avec le Parti Démocrate Unifié, plutôt partisan d’une ouverture vers la Corée du Nord.
La présidente destituée.
La mobilisation populaire, les manifestations de grande ampleur qui ont secoué Séoul, ont porté leurs fruits. La présidente Park Geun-Hye, fille de l’ancien dictateur Park Chung-Hee, a été destituée. Etant inculpé dans pas moins de treize affaires de corruption, d’abus de pouvoir, ou de coercition, elle se trouve actuellement en détention provisoire.
Manifestations en Corée du Sud – Source 20 Minutes
Cette président était la dirigeante autoritaire d’un pays à la société caporalisée. En Corée du Sud, le simple fait de défendre les droit sociaux peut être vu comme une trahison au profit du voisin du nord, tenir un piquet de grève peut valoir cinq années d’emprisonnement.
Dans ce cadre, la chute de la présidente Park peut être vue comme une première étape d’un processus de démocratisation en Corée du Sud.
En effet, à l’instar de l’État espagnol, la dictature anti-communiste ne s’est jamais réellement dissoute. Elle s’est parée des ors de la démocratie bourgeoisie, s’est libéralisée pour éviter l’opprobre générale et l’explosion des tensions internes. Cela ne doit pas tromper pour autant, tout comme dans l’Etat espagnol, les institutions et les dispositifs juridiques issus de la dictature sont toujours présents, toujours prêts à servir.
L’élection à venir n’est nullement une révolution prolétarienne. Cependant, elle peut potentiellement être un signe d’une certaine démocratisation de la société, étouffée par le poids des réactionnaires et la présence militaire US.
Un favori en faveur de l’autonomisation du pays
Les sondages préalables à l’élection du 9 mai donnent le démocrate Moon Jae-In favori. Il était le principal opposant à Park. Son programme présente une volonté d’apporter un « changement de gouvernement ». Plus de droits sociaux, la défense des droits de l’homme, régulièrement bafoués par une police qui n’a rien à envier au Kempetaï de l’époque coloniale.
Fait intéressant, son parti est un promoteur d’une ouverture au nord. En effet, le Parti Démocrate propose des sommets réguliers, un accord de paix -la situation est toujours formellement un armistice- et -chose étonnante- une politique commune de défense ainsi qu’une reconnaissance mutuelle. Ce sont dans ses aspects qu’il est important de chercher une explication à la manœuvre militaire US.
Le Japon Showa en 1931
Ce projet représente, même si son application se heurte à une cohorte d’obstacles, une déclaration de volonté fracassante. Une première rupture avec la situation actuelle, celle de l’assujettissement de la Corée du sud par les USA, celle de son maintient en caserne militaire, en chien de garde du front Pacifique.
La propagande bourgeoise fait de la République Populaire Démocratique de Corée le seul et unique responsable des conflits, tant de la Guerre de Corée que des tensions actuelles. Ceci représente une falsification de l’Histoire. En effet, comme ce fut le cas dans les zones d’occupation en Allemagne, en Indochine / Viêt-Nam et dans la péninsule coréenne, les occidentaux ont entériné la partition. Ceci n’est pas une affabulation, il s’agit -simplement- d’une stricte application de la doctrine du containement.
Dans le cas de la Corée du Sud, les USA, qui occupaient la ligne en dessous du 38° parallèle, ont autorisé la participation des partis issus de la collaboration et du colonialisme japonais. Certains historiens américains actuels comparent, non sans humour, la Guerre de Corée comme étant l’équivalent d’une attaque de la France sur la France de Vichy.
Cet attachement, renouvelé sans cesse, des USA à la Corée du Sud est la résultante de plusieurs facteurs : la Corée est profondément antijaponaise, suite au passé colonial, dont le Japon, par ailleurs, s’obstine à nier les crimes.
Entre le géant japonais pro-US et le géant Chinois, la Corée n’hésiterait probablement pas dans ses choix d’alliance, si elle était livrée à elle-même et réunifiée.
Cela menacerait ce verrou US, lequel contenait l’accès maritime de l’URSS au Pacifique ; lequel contient l’accès de la Chine à ce même espace aujourd’hui.
Nous ne faisons pas d’angélisme cependant, l’exploitation de la main d’œuvre du Nord par le Sud est une idée qui séduit le candidat. Celui-ci ne veut pas, non plus, limiter le pouvoir des capitalistes Coréens, au contraire, son souhait est de leur donner plus d’allant, plus d’entrain.
Mais ceci pourrait nuire aux intérêts US, lesquels regardent d’un mauvais œil tout velléité d’indépendance.
Un revers pour les États-Unis
Si Moon Jae-in est élu, et applique son programme, cela signifiera un nouveau revers pour les Etats-Unis en Asie.
Rodrigo Duterte
Aux Philippines, l’élection du pro-Poutine Rodrigo Duterte a été un coup dur pour Washington, qui perd son plus vieil allié dans la région. Le Japon est toujours présent, mais subit le poids d’une dette colossale. Les relents ultranationalistes, nostalgiques de l’ère Showa qui transparaissent dans les discours de Abe Shinzo, laissent supposer une certaine volonté de faire cavalier seul.
Les USA ne peuvent se permettre de perdre la péninsule coréenne. Cela serait un signal extraordinairement néfaste. Tandis que le discours officiel est basé sur l’isolationnisme, la nouvelle administration a pourtant réitéré des promesses d’aide accrues à la Corée du Sud, contre le voisin terrible.
La seule région où les Etats-Unis sont encore en position de force reste l’île de Taiwan. L’île est un bastion du Guomindang depuis la fuite de son armée en 1949, face à la victoire de l’Armée Populaire de Libération. Les tensions menacent de prendre une tournure belliqueuse à tout moment.
De la Syrie à la Corée : la riposte US.
Porte-avion « USS Carl Vinson » ; à Busan, Corée du Sud, le 15 mars 2017. – Source Reuters
Aussi curieux que cela puisse paraître, la frappe -assez inefficace au demeurant- des missiles Tomahawks contre une base militaire syrienne, est une démonstration de force visant la Corée et la Chine.
La ligne de l’administration Trump, à l’heure actuelle, semble être l’inverse de celle de Richard Nixon. Au lieu de jouer la carte de l’ouverture vers la Chine contre l’URSS, il semble que les USA soient plus dans une idée de réduire la pression sur la Russie pour contrer une Chine nettement plus menaçante.
Ainsi, avant la frappe, le président Trump a averti son homologue russe, pour qu’aucun soldat russe ne soit touché. Il serait improbable de croire que l’information ne fut pas transmise aux syriens.
Appliquant une politique du « frapper un singe pour effrayer un tigre », les USA visent ainsi à répondre aux démonstrations de force de la Corée du Nord, et, à travers elle, à avertir la Chine.
Le départ, ces jours derniers, d’un groupe aéronaval dans la région, est ainsi une nouvelle politique de la canonnière. Elle vise à faire pression sur un allié vacillant, à colmater une brèche.
Certains rêvent de guerre mondiale, d’une apocalypse qu’ils et elles appellent de leurs vœux. Ce fantasme survivaliste, ce fantasme eschatologique, est un danger, non une joie. Nous, communistes, sommes pour la paix entre les nations. Nos luttes concernent la liberté et l’égalité.
Dans ce cadre, nous considérons que le recul des impérialistes est une chose positive, et nous soutenons tout processus de paix en Corée. La guerre est faite pour les bourgeoisies, et est payée par les travailleurs et les travailleuses.
Au Moyen-Orient ; en Corée ; halte aux agressions impérialistes !