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  • TKP-ML: Organisons le Parti et la Révolution avec les décisions du IId Congrès !

    TKP-ML: Organisons le Parti et la Révolution avec les décisions du IId Congrès !

    Publié le 11 février 2025 et traduit de la version anglaise, à l’adresse :

    https://www.tkpml.com/tkp-ml-cc-political-bureau-lets-organize-the-party-and-the-revolution-with-the-decisions-of-the-2nd-congress

    [Explication : Cette brochure est une interview d’un membre du Bureau politique du Comité central du TKP-ML, qui a récemment annoncé l’organisation de son IId Congrès].

    — Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ?

    — Je suis membre du Bureau politique du Comité central du TKP-ML.

    — Tout d’abord, je vous remercie d’avoir accepté notre demande d’interview.

    — Au contraire, nous vous remercions. Dans le monde d’aujourd’hui, les impérialistes capitalistes ne cherchent pas seulement à dominer le prolétariat international et les peuples opprimés du monde par la force. Ils s’efforcent également d’imposer une domination idéologique sur la lutte du prolétariat international et des peuples opprimés du monde par le biais des médias. Nous traversons une période où toute pratique révolutionnaire radicale, sans parler de l’idéologie communiste, est remise en question et où l’on tente de confiner presque tout travail révolutionnaire dans des limites légales. En ce sens, nous attachons une grande importance à la communication directe des points de vue de notre parti et des mouvements révolutionnaires au prolétariat international et aux peuples opprimés du monde. C’est pourquoi nous vous remercions encore une fois.

    — Il a été annoncé récemment que votre parti a tenu son IId Congrès. Naturellement, nous avons des questions sur les résolutions du Congrès et surtout sur les nouvelles décisions prises. Mais tout d’abord, pourriez-vous nous décrire les conditions dans lesquelles votre Congrès s’est réuni ?

    — Je peux aborder cette question sous deux angles. Premièrement, notre IId Congrès s’est tenu à un moment où les impérialistes et leurs puissances régionales, en particulier en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, étaient engagés dans des conflits, signalant l’approfondissement d’une nouvelle guerre impérialiste de partage. Saisissant cette opportunité, les classes dirigeantes en Turquie ont intensifié leur agression fasciste à l’intérieur du pays et au-delà de ses frontières. Cette période a été marquée par une escalade des attaques contre le mouvement révolutionnaire et communiste, avec un accent particulier sur le démantèlement du mouvement de libération nationale kurde. Toutes les organisations qui ont refusé de capituler ou de faire des compromis face au fascisme ont fait l’objet d’une répression sévère, y compris d’assassinats ciblés et d’incarcérations massives. Par conséquent, notre IId Congrès a été convoqué au milieu d’une période d’intenses campagnes de reddition et d’efforts de liquidation visant ceux qui ont résisté aux politiques fascistes — en particulier les mouvements révolutionnaires et communistes. Deuxièmement, notre Congrès devait initialement se tenir un an plus tôt, dans des conditions normales. Cependant, les tremblements de terre survenus à Maraş le 6 février 2023 ont entraîné le report de notre Congrès. Comme vous le savez, ces tremblements de terre ont eu des effets dévastateurs en Turquie et dans le nord de la Syrie. Dans un processus où des dizaines de milliers de personnes ont été massacrées, des centaines de milliers de personnes ont été blessées et des millions de personnes ont été privées de l’un de leurs droits les plus fondamentaux, le droit à un abri, notre parti a essayé de soutenir de toutes ses forces notre classe ouvrière et nos travailleurs face à ce massacre infligé à notre peuple, et a pris des mesures. Naturellement, cette situation objective a empêché la tenue de notre IId Congrès à la date prévue. Cependant, comme en toute chose, les deux côtés de la contradiction ont également joué ici. On peut parler de positivité dans la négativité. Le report objectif a involontairement donné à notre parti l’occasion d’engager des discussions plus approfondies sur les ordres du jour du Congrès, garantissant ainsi une assemblée plus complète et mieux préparée.

    — Suggérez-vous que, malgré la nécessité d’un report, vous avez transformé ce contretemps en avantage ?

    — Précisément. Pour notre parti qui opère dans des conditions fascistes, la prolongation des processus d’organisation comporte des risques pour la sécurité. L’expérience historique de notre parti atteste de cette réalité. C’est surtout dans ces périodes que l’ennemi intensifie son offensive pour empêcher la mise en œuvre réussie de la ligne « unité — lutte — plus grande unité » de notre parti. L’ennemi comprend que pour notre parti, les Congrès et les Conférences sont des moments cruciaux au cours desquels la critique et l’autocritique sont exercées, les lacunes sont évaluées et les mesures à prendre sont planifiées. Par conséquent, nous avons été confrontés à plusieurs reprises à des attaques ennemies intenses au cours de ces processus. De nombreux camarades ont été emprisonnés, et certains — y compris des cadres dirigeants — ont atteint l’immortalité à cause de ces attaques. Cette expérience historique reste profondément ancrée dans la mémoire organisationnelle de notre parti.

    En outre, soulignons un point qui n’est généralement pas mis en exergue lorsqu’il s’agit de ces pratiques organisationnelles de notre parti. Les processus de Congrès et de Conférences sont importants pour le TKP-ML, non seulement en termes d’attaques incessantes de l’ennemi contre notre parti, mais aussi en termes de fonctionnement de la démocratie au plus haut niveau en son sein. Le TKP-ML occupe une position distincte et exemplaire à cet égard. C’est l’un des aspects qui rendent le TKP-ML « spécial ». L’une des premières tâches entreprises par notre parti lors de sa Ire Conférence, après l’assassinat d’Ibrahim Kaypakkaya, a été la formulation de la charte du parti. Depuis lors, chaque direction a été évaluée lors de chaque Conférence et Congrès, des résolutions ont été adoptées et la charte du parti a été mise à jour en fonction de l’évolution des besoins de la lutte.

    Notre parti reste fidèle à son engagement de pratiquer la démocratie prolétarienne à l’intérieur et de plaider pour la démocratie populaire à l’extérieur. Depuis plus d’un demi-siècle, dans le cadre d’une lutte inflexible contre le fascisme, nous avons non seulement résisté à la répression extérieure, mais aussi veillé à l’application interne de la démocratie prolétarienne dans nos rangs. Il s’agit là d’une caractéristique indispensable qui définit le TKP-ML en tant que tel. C’est pourquoi nos Congrès et Conférences revêtent une importance considérable.

    Au cours du processus du IId Congrès, notre parti a mené des discussions approfondies et organisé des sous-Congrès par l’intermédiaire de notre organe central de discussion, les Unions du parti, en les alignant sur l’ordre du jour préétabli. Les délégués élus lors de ces sous-Congrès se sont ensuite réunis pour l’assemblée principale, concluant ainsi avec succès le IId Congrès. Nous pensons que le succès de notre Congrès revêt une importance historique pour l’histoire de notre parti, en particulier en ce qui concerne certains ordres du jour. Nous sommes convaincus qu’au fur et à mesure que notre parti traduira ses résolutions en actions dans la lutte des classes, l’importance de ces décisions deviendra de plus en plus évidente.

    — Nous pensons qu’il serait utile de clarifier une question qui a suscité une certaine confusion au sein de la communauté internationale. Votre parti existe depuis 53 ans, mais il n’a tenu que deux Congrès. Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet ?

    — Comme je l’ai souligné précédemment, de nombreuses Conférences convoquées par notre parti ont servi de processus organisationnels qui, en termes de portée et d’ordre du jour, pourraient être considérés comme équivalents à des Congrès. Lors de ces Conférences, en particulier celles des premières années, notre parti a délibéré et pris des décisions sur un large éventail de questions, allant des discussions idéologiques aux défis organisationnels. Cependant, ces Conférences étaient officiellement désignées comme des Conférences et non comme des Congrès. La raison principale de cette classification réside dans le fait que, pendant une période prolongée, notre parti n’a pas effectué d’analyse complète de la structure économique et sociale de la Turquie, ni formulé de conclusion synthétisée basée sur une telle analyse, ni développé un programme de parti formel. Lors de son Ier Congrès, notre parti a formellement articulé son programme. Lors de son IId Congrès, il a entrepris une analyse approfondie de la structure économique et sociale de la Turquie. Sur la base des résultats de cette analyse, le programme du parti a été révisé et mis à jour en conséquence. À l’avenir, notre parti a l’intention d’organiser des Conférences axées sur des questions thématiques spécifiques.

    — Quel message aimeriez-vous transmettre au peuple et au public révolutionnaire concernant l’ordre du jour de votre Congrès ?

    — Notre Congrès a analysé la structure économique et sociale de la Turquie et est parvenu à une synthèse complète. Il s’agissait là d’un point essentiel de l’ordre du jour de notre IId Congrès. Cependant, avant de développer ce point, je dois souligner que la direction centrale du parti a entrepris une évaluation approfondie de ses activités entre le Ier et le IId Congrès. Après avoir examiné le rapport d’activité présenté devant la volonté du Congrès, l’assemblée a identifié à la fois les succès et les lacunes de la direction centrale, et en a tiré des leçons essentielles.

    Deuxièmement, un autre point à l’ordre du jour du Congrès était la discussion sur la situation mondiale et nationale. Ce point était particulièrement pertinent étant donné l’intensification des contradictions au sein du système capitaliste impérialiste et le statut semi-colonial de la Turquie. En fait, il était à la fois nécessaire et important de tenir une discussion sur la situation du système capitaliste impérialiste dans un environnement où les contradictions entre les États représentant les monopoles impérialistes se sont exacerbées, évoluant parfois en conflits armés, et où les signes d’une nouvelle guerre impérialiste de partage sont devenus plus qu’évidents. D’autre part, pendant et après les jours où nous avons discuté de cet ordre du jour, une série d’événements historiques importants se sont produits dans le monde et dans notre pays. En d’autres termes, nous vivons une conjoncture si particulière que le mot peut être dépassé avant même qu’il ne sorte de notre bouche. Mais bien sûr, tout cela ne change pas nos décisions et nos analyses concernant l’essence de la question.

    Une fois de plus, je peux dire que notre Congrès a analysé l’attaque des classes dirigeantes turques dans un environnement où les développements sur la scène internationale ont directement affecté l’État turc et où les classes dirigeantes turques ont profité de ces développements pour mettre en œuvre une nouvelle politique d’attaque économique sous le nom de « Programme à moyen terme » contre la classe ouvrière et le peuple travailleur. Il est crucial d’examiner à la fois les causes profondes et les conséquences de l’agression militariste de l’État turc, qui fonctionne comme une semi-colonie au sein de l’ordre capitaliste et impérialiste au sens large et reste un élément clé de l’OTAN, l’appareil d’agression militaire de l’impérialisme européen et particulièrement de l’impérialisme américain. Cette agression s’est manifestée de la manière la plus aiguë dans notre région, en particulier au Moyen-Orient, où l’État turc a fait progresser ses ambitions militaires agressives en s’alignant directement sur les objectifs stratégiques des puissances impérialistes.

    Dans des conditions où l’agression fasciste de l’État turc contre notre peuple de nations turques et kurdes, de diverses nationalités et croyances, s’est accrue ; Dans un environnement où cette agression a été mise en pratique non seulement à l’intérieur des frontières mais aussi à l’extérieur, où un soutien militaire actif a été apporté à l’Azerbaïdjan avec Israël dans l’occupation du Haut-Karabakh, ainsi que l’agression militaire fasciste contre les acquis de la nation kurde dans le Kurdistan irakien et spécifiquement dans le nord de la Syrie, il était extrêmement important de mettre en avant une ligne révolutionnaire contre cette agression fasciste en se concentrant sur les raisons de cette politique régionale d’occupation et d’annexion de l’État turc.

    Cette agression de l’État turc contre notre peuple à l’intérieur et contre les peuples de la région à l’extérieur est ancrée dans les mêmes fondements économiques et politiques. Depuis sa création, le fascisme turc a fonctionné comme une semi-colonie de l’impérialisme, et il cherche maintenant à tirer ses propres avantages de la crise de l’impérialisme capitaliste et de l’escalade des luttes de marché entre les monopoles impérialistes. À ce stade, sous la direction de l’alliance fasciste AKP-MHP, le fascisme turc vise à consolider le « front intérieur » et à renforcer ses positions, en particulier au Moyen-Orient, dans un effort pour fortifier son hégémonie. Pour ce faire, il utilise la terreur fasciste contre toutes les contradictions, principalement la question kurde.

    Dans sa tentative de renforcer le « front intérieur » et de faire porter le fardeau de la crise économique à la classe ouvrière et aux masses laborieuses, le fascisme turc a installé « Mehmet l’Anglais » à la tête de l’économie, agissant de fait en tant que mandataire du capital financier impérialiste. Sous le prétexte du « Programme à moyen terme », une politique est mise en œuvre qui appauvrira davantage la classe ouvrière et les masses laborieuses tout en exacerbant le chômage.

    Pour les classes dirigeantes turques, le succès de ce programme est intrinsèquement lié à la répression brutale de toutes les revendications démocratiques et progressistes formulées par la classe ouvrière et les masses en général. Les aspirations démocratiques des diverses nationalités opprimées, en particulier la nation kurde, ainsi que celles des communautés religieuses marginalisées, notamment la population alévie, font l’objet d’une répression fasciste implacable. Dans les provinces du Kurdistan, la nomination d’administrateurs imposés par l’État dans les administrations municipales a une fois de plus annulé l’existence même nominale du « droit de voter et d’être élu », supprimant de fait toute prétention à la participation démocratique.

    Les revendications et les luttes des femmes et des personnes LGBTI+, dont le droit à la vie a été systématiquement érodé sous le régime AKP-MHP, font l’objet d’une répression brutale de la part de l’État. Pendant ce temps, la paysannerie, privée d’une juste compensation pour son travail et luttant pour maintenir ses moyens de subsistance, est descendue dans la rue pour protester. Cependant, l’État facilite le pillage de leurs terres en cédant des espaces agricoles et de vie vitaux à des monopoles miniers internationaux, aggravant ainsi la destruction de la nature et de l’environnement au nom du profit capitaliste. Alors que la répression fasciste s’intensifie, toute une génération de jeunes se retrouve sans aucune perspective d’avenir.

    Suite aux politiques expansionnistes et agressives du gouvernement AKP-MHP au-delà de ses frontières, notamment dans la guerre syrienne, des millions de migrants ont été positionnés comme une source de main-d’œuvre bon marché pour le capitalisme turc. Les migrants, en particulier les Syriens, ont été instrumentalisés pour alimenter le racisme et le chauvinisme, exacerbant ainsi les divisions sociales.

    Alors que les contradictions s’aiguisent et que la lutte des classes s’intensifie dans notre région, l’offensive fasciste tous azimuts contre la classe ouvrière et le peuple continue de s’intensifier, en particulier dans des conditions où les relations entre le mouvement révolutionnaire non systémique, en particulier notre parti, et les masses se sont affaiblies. La situation révolutionnaire ne cesse de mûrir.

    Dans ces circonstances, notre parti a convoqué son IId Congrès, au cours duquel il a évalué la situation des classes dirigeantes, tant au niveau international que dans notre région, et a délibéré sur l’orientation à donner à notre parti au cours de la période à venir.

    Outre son ordre du jour très chargé, notre Congrès a engagé une discussion sur la nature et la voie de la révolution en Turquie, en se basant sur une analyse de la structure économique et sociale du pays. Plusieurs décisions ont été prises à cet égard et, à la suite de ces discussions, des révisions importantes ont été apportées au programme du parti. En outre, notre Congrès a examiné et ratifié les décisions de la Conférence européenne et de la Conférence de la TIKKO. Il a également délibéré et adopté officiellement le programme et les statuts de notre Union des femmes communiste, la KKB, tels qu’ils ont été déterminés lors de son Ier Congrès.

    En outre, notre parti a également discuté de diverses questions d’organisation.

    En résumé, voici comment je peux présenter l’ordre du jour principal de notre Congrès.

    « Au cœur de la rivalité entre impérialistes se trouve la réalité de la domination des marchés ! »

    — Il est évident que l’ordre du jour de votre IId Congrès était très chargé. Dans ce contexte, je voudrais me concentrer en particulier sur l’analyse de votre parti concernant le danger d’une nouvelle guerre impérialiste de partage, que vous avez également mentionnée. Quel est le point de vue de votre parti sur cette question ?

    — Notre parti a engagé une discussion approfondie sur cet ordre du jour et a conclu que les développements mondiaux deviennent de plus en plus complexes et conflictuels, et que les contradictions entre les oppresseurs et les opprimés s’aggravent. La résolution détaillée de notre Congrès sur cette question sera communiquée séparément au public. Toutefois, je peux répondre brièvement comme suit :

    Il est évident que les stratégies militaires, politiques, économiques et sociales utilisées par les impérialistes et leurs collaborateurs pour réprimer les luttes justes et légitimes des peuples du monde et des nations opprimées ne produiront pas les résultats escomptés, que ce soit à court ou à long terme. En effet, les crises cycliques du capitalisme impérialiste, qui ne font que s’aggraver avec le temps, créent une base objective pour l’intensification de la lutte des classes.

    Aujourd’hui, une classe extrêmement restreinte d’individus ultra-riches, qui se comptent par centaines, contrôle une grande partie de la richesse mondiale. À chaque crise, cette minorité parasitaire accumule toujours plus de richesses, tandis que le pouvoir d’achat des travailleurs et des ouvriers ne cesse de diminuer. Dans un monde où le fossé entre exploiteurs et exploités s’élargit de façon dramatique, le slogan « Pas de pain, pas de paix » devient inévitablement une réalité urgente et concrète. Les conflits régionaux et les mouvements de masse spontanés qui émergent sur les différents continents sont les conséquences directes de cette réalité objective.

    À ce stade, le système impérialiste-capitaliste s’est fracturé en deux blocs dominants. D’un côté, les forces impérialistes des États-Unis, de la Grande-Bretagne et des puissances européennes ; de l’autre, les régimes impérialistes de la Chine et de la Russie. Depuis le passage du capitalisme au stade impérialiste, le seul changement réel dans cette confrontation a été le changement de position des bouchers impérialistes. Pour ces puissances prédatrices, la lutte pour le partage des marchés se poursuit sans relâche et, dans la poursuite de leurs intérêts rapaces, elles font couler le sang dans toutes les régions du monde, notamment en Asie et en Afrique, plongeant le prolétariat international et les masses opprimées dans un état de pauvreté et de misère encore plus profond.

    La lutte pour le contrôle des marchés est à la base de la rivalité interimpérialiste. Ainsi, la contradiction et le conflit restent inhérents et perpétuels dans les relations entre les puissances impérialistes. Bien sûr, dans le cadre de la formation de blocs, des compromis et des alliances temporaires sont parfois établis entre certaines forces impérialistes. De nombreuses coalitions économiques et militaires forgées par les impérialistes américains et européens au XXe siècle contre l’Union soviétique, ou plus largement le camp socialiste, existent encore aujourd’hui. Malgré la trahison des révisionnistes modernes et la désintégration du camp socialiste qui en a résulté, des institutions telles que le FMI et la Banque mondiale continuent de dicter la politique économique, tandis que l’OTAN reste l’instrument militaire central de l’agression impérialiste. Bien que l’impérialisme américain ait connu un déclin relatif de sa domination hégémonique, il continue à jouer le rôle principal au sein de ce bloc impérialiste, en maintenant une alliance étroite avec la Grande-Bretagne.

    En réponse à la formation de l’Organisation de coopération de Shanghai, dirigée par les impérialistes russes et chinois, de nouvelles alliances militaires et économiques voient le jour sur différents continents. Les États-Unis, en particulier, ont pris toutes les mesures possibles pour limiter l’influence croissante de la Chine dans la région Asie-Pacifique. Le « partenariat trilatéral » établi avec le Japon et la Corée du Sud est une manifestation directe de cette stratégie. De même, tous les efforts visant à étendre l’OTAN, machine de guerre de l’impérialisme, s’alignent sur cet objectif.

    Le monde est rapidement entraîné vers une guerre impérialiste de repartage. Les gouvernements restructurent leurs affaires intérieures en conséquence, en nommant les personnalités les plus réactionnaires, racistes, fascistes et militaristes aux postes de ministres des affaires étrangères, de la « défense », de l’intérieur et de la justice, de porte-parole et d’autres fonctionnaires clés. Les droits et libertés démocratiques des travailleurs et des ouvriers sont systématiquement supprimés et des lois fascistes oppressives sont promulguées. Les usines d’armement fonctionnent à plein régime, avec une production accrue d’avions de chasse, de missiles, de drones, de chars, d’artillerie, de munitions et d’explosifs. Les forces militaires, les équipements et les stocks sont repositionnés dans des régions stratégiques, et l’OTAN poursuit son expansion en multipliant les exercices conjoints.

    Les politiques économiques sont également façonnées en fonction des préparatifs de guerre, avec la création de ministères dédiés à la guerre. Le nationalisme, le racisme et l’hostilité envers les migrants et les étrangers sont systématiquement attisés, ce qui rend l’accès aux services essentiels de plus en plus difficile pour les migrants. Certains sont menacés d’expulsion ou de réinstallation forcée dans des pays tiers, en particulier en Afrique. Dans le même temps, la répression contre les mouvements progressistes, révolutionnaires, socialistes et communistes s’intensifie.

    Le développement inégal et ravagé par les crises des économies impérialistes, la concentration du capital, la surproduction et la volonté de contrôler de nouveaux marchés, de nouvelles ressources énergétiques et de nouvelles routes commerciales accentuent les contradictions interimpérialistes et accélèrent la marche vers une nouvelle guerre de repartage.

    L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre en cours entre les impérialistes américains, britanniques et européens, d’une part, et les impérialistes russes et chinois, d’autre part, sont des exemples concrets de ce processus en cours. De même, les conflits au Moyen-Orient et dans le Caucase représentent les premières batailles dans cette lutte pour le repartage du marché. Derrière chaque intervention impérialiste se cache le même objectif fondamental : étendre leurs sphères d’influence et échapper aux crises dans lesquelles ils sont englués. La guerre, dans sa définition la plus simple, est synonyme de militarisation accrue. Les actes d’agression d’Israël et les occupations et conflits créés en Syrie, en Ukraine et dans d’autres régions ont non seulement alimenté une course aux armements dans ces pays, mais ont également renforcé la dépendance militaire dans toute la région. Cette dépendance, à son tour, a exacerbé la dévastation économique, forcé des déplacements massifs et intensifié la décadence morale, culturelle et idéologique.

    À chaque étape de l’histoire, le principe dominant des relations interimpérialistes a été la concurrence, dictée par les intérêts des monopoles. Alors que certains États impérialistes perdent du terrain et de l’hégémonie, d’autres gagnent en importance économique et militaire. Aujourd’hui, le monde est à nouveau témoin d’une telle transition. Malgré tous les efforts de l’impérialisme américain et de ses alliés, l’influence impérialiste de la Chine sur les marchés mondiaux ne cesse de croître.

    Pourtant, malgré ces développements et ces changements quantitatifs, nous restons dans l’ère de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes. Les occupations, les conflits et les changements d’alliances induits par la rivalité interimpérialiste se déroulent exactement comme l’a décrit Lénine, comme le résultat inévitable des luttes de repartage capitaliste.

    Les contradictions croissantes entre les monopoles impérialistes ont donné naissance à de nouvelles alliances et formations de blocs, intensifiant la concurrence interimpérialiste. Alors que dans certaines régions, ces conflits se manifestent sous la forme de « guerres par procuration », comme en Ukraine, dans d’autres, ils dégénèrent en confrontations militaires directes.

    L’escalade des contradictions interimpérialistes comporte intrinsèquement le risque d’une guerre impérialiste de repartage à grande échelle. Si l’équilibre actuel des forces et la dynamique concurrentielle entre les monopoles impérialistes ont jusqu’à présent empêché un conflit mondial, la crise actuelle du capitalisme, exacerbée par la baisse des taux de profit et l’intensification des luttes pour les marchés, crée les conditions d’une troisième guerre mondiale. À cet égard, l’éventualité d’une telle guerre reste très probable.

    Dans ce contexte, notre IId Congrès a procédé aux évaluations suivantes de la situation internationale et de son évolution :

    1. La crise économique mondiale continue de s’aggraver. Bien que des tentatives aient été faites pour gérer la crise qui a commencé en 2008, le système impérialiste n’a pas réussi à surmonter ses turbulences économiques. La lutte pour le repartage des marchés s’intensifie. La concurrence entre les États capitalistes-impérialistes pour la domination et la suprématie persiste avec toute son intensité.
    2. L’alignement des blocs impérialistes s’est accentué. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union européenne forment un bloc, tandis que le social-impérialisme chinois et l’impérialisme russe constituent l’autre.
    3. Incapables de résoudre les crises en cours, les États impérialistes ont accéléré leurs efforts pour les résoudre par la guerre. La menace d’une guerre impérialiste de repartage s’accroît. Chaque année, les puissances impérialistes consacrent davantage de ressources à la militarisation et aux préparatifs de guerre. La montée des partis fascistes, l’escalade du racisme, l’hostilité croissante à l’égard des migrants et des étrangers, l’érosion des droits démocratiques et sociaux et la promulgation de lois antidémocratiques successives doivent tous être compris comme des préparatifs à une nouvelle guerre de repartage.
    4. Les récents développements dans le monde et au Moyen-Orient ont clairement montré que les principaux instigateurs de la guerre sont les impérialistes américains et britanniques.
    5. Face à l’escalade des guerres impérialistes, la formation de fronts anti-impérialistes à l’échelle mondiale et continentale est devenue un programme essentiel pour les communistes, les révolutionnaires et toutes les forces opposées à la guerre.

    En conclusion, à la lumière de ces développements, nous définissons les contradictions primaires au niveau international comme suit :

    1. La contradiction entre l’impérialisme et les nations et peuples opprimés.
    2. La contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat au sein des pays impérialistes.
    3. La contradiction entre les États impérialistes eux-mêmes.
    4. La contradiction fondamentale de l’ordre mondial est celle entre le travail et le capital. Cette contradiction détermine le principal conflit mondial, qui est la lutte entre l’impérialisme et les nations et peuples opprimés. Au sein des États capitalistes et impérialistes, cependant, la contradiction principale demeure entre le prolétariat et la bourgeoisie.

    — Quels sont les effets concrets de l’aggravation des contradictions interimpérialistes sur votre région ?

    La région dans laquelle notre parti mène sa lutte est soumise depuis plus d’un siècle à la politique impérialiste « diviser, régner, affaiblir », politique qu’ils entendent perpétuer. Le Moyen-Orient, en raison de sa position stratégique et de ses vastes ressources énergétiques, est depuis longtemps au centre des rivalités interimpérialistes.

    Après avoir été sous domination ottomane pendant des siècles, la région est devenue un champ de bataille pour l’impérialisme européen après l’effondrement de l’empire. Les impérialistes britanniques et français ont pris le contrôle de la région, la Grande-Bretagne occupant la Palestine, l’Irak et la Jordanie, tandis que la France s’emparait du Liban et de la Syrie. Dans la région du Golfe et en Égypte, les impérialistes britanniques affirment leur domination. Ils commencent par fragmenter la population en petits États dépendants. Puis, par l’intermédiaire de « rois », de « cheikhs », d’« émirs » et de « princes » — des despotes locaux parés de titres propres à la région — ils ont assuré la défense continue des intérêts impérialistes. Toutes ces politiques contre-révolutionnaires ont été orchestrées dans le cadre de la stratégie « diviser pour régner ». Les divisions ethniques, religieuses, sectaires et même tribales ont été délibérément attisées, transformant les communautés en factions guerrières toujours au bord de la violence. Les premiers à souffrir de ces politiques ont été les peuples non arabes, qui ont été systématiquement opprimés. De même, la patrie kurde a été divisée en quatre États distincts par les impérialistes et leurs alliés réactionnaires régionaux. L’énorme réseau de problèmes créés à l’aube du siècle dernier par les puissances impérialistes et les réactionnaires locaux n’a fait que se complexifier à l’époque actuelle.

    C’est ce même système impérialiste-capitaliste, animé par la recherche incessante du profit et perpétuant des idéologies fascistes et racistes, qui est responsable de la dépossession du peuple palestinien, de la division du Kurdistan et de la dévastation de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie et de la Libye par le biais de l’occupation et des conflits internes. Ce système a contraint des centaines de milliers de personnes à l’exil et a déplacé des populations entières. Depuis plus d’un siècle, l’exploitation et l’oppression impérialistes — menées par l’intermédiaire de leurs régimes fantoches — ont entraîné une aggravation de la pauvreté, de la destruction et des guerres sans fin. Cependant, partout où il y a oppression, il y a aussi résistance. L’histoire est remplie de luttes héroïques de peuples et de nations opprimés. La lutte du peuple palestinien contre le sionisme israélien et la lutte de la nation kurde contre les États fascistes et réactionnaires qui la gouvernent ont été une source d’espoir pour d’autres peuples opprimés de la région, y compris les communautés religieuses et sectaires persécutées.

    Comme je l’ai mentionné précédemment, le Moyen-Orient a toujours été l’une des régions les plus conflictuelles de la planète. Les contradictions et les conflits internes ont toujours rendu la région vulnérable aux interventions étrangères. En particulier, les conflits religieux et sectaires ont non seulement entravé le progrès social, mais ont également exposé la région à des agressions extérieures. Cette réalité objective a favorisé une culture de décadence sociale, de collaborationnisme et de soumission, faisant de l’obéissance un mode de vie. La religion a joué un rôle important dans ce processus, le fanatisme religieux constituant un obstacle majeur à toute forme de développement progressiste.

    Pour les révolutionnaires et les socialistes opérant dans une région où les contradictions nationales, religieuses et sectaires sont profondément enracinées, la tâche fondamentale consiste à forger la lutte unie et la solidarité de classe des peuples opprimés. Cela exige une position ferme et claire contre les récits idéologiques trompeurs tels que « la fraternité des religions » ou « l’Islam est une religion de paix », qui n’ont aucun fondement réel dans la réalité sociale. Le même principe s’applique à tous les autres groupes religieux et confessionnels de la région.

    Au Moyen-Orient, les questions palestinienne et kurde persistent, comme par le passé. L’État sioniste d’Israël reste largement non accepté par les peuples de la région. Toutefois, son plus proche allié dans la région est l’État turc. Comme l’ont montré les attaques contre le peuple arménien dans l’Artsakh, la Turquie s’est alignée sur le régime fasciste de l’Azerbaïdjan et sur l’État sioniste d’Israël. L’État israélien, qui fournit à l’Azerbaïdjan des milliards de dollars en armement et lui dispense une formation militaire, a joué un rôle clé dans ces offensives. Alors que les classes dirigeantes turques prétendent être solidaires de la cause palestinienne, elles coopèrent simultanément avec le sionisme pour perpétrer des crimes contre le peuple arménien.

    Contrairement à certaines affirmations, la servitude de la Turquie à l’égard des États-Unis et sa complicité avec Israël n’ont pas subi de ruptures significatives. En outre, la soi-disant « amitié Poutine-Erdoğan » n’est pas fondée sur un sentiment anti-américain, mais plutôt sur une relation de concessions mutuelles et de dépendance.

    L’embargo économique étendu et multidimensionnel imposé à la Russie par les États-Unis et les puissances impérialistes occidentales a eu de graves conséquences économiques. En réponse, les classes dirigeantes russes ont cherché à contourner cette stratégie d’encerclement en s’appuyant sur l’Azerbaïdjan et la Turquie. Cela explique pourquoi les élites russes ont toléré le soutien indirect de la Turquie au gouvernement de Zelensky en Ukraine et son soutien ouvert aux groupes djihadistes en Syrie.

    Cependant, la Russie, la Chine et l’Iran ne sont pas restés passifs. Sur le plan économique, la Chine continue d’étendre son influence dans la région. L’Iran, quant à lui, a renforcé sa position par le biais de diverses milices chiites, organisées sous différents noms, qui ont joué un rôle actif dans les conflits en Syrie, en Irak et dans d’autres pays, dans le cadre de ce que l’on appelle « l’axe de la résistance ». Cependant, à la suite de l’opération du déluge d’Al-Aqsa menée par la résistance nationale palestinienne, l’Israël sioniste, soutenu par les impérialismes américain et britannique, a lancé une contre-offensive massive. Gaza a été la première cible, suivie par des attaques contre le Hezbollah au Liban. Après l’escalade des hostilités entre Israël et l’Iran, des groupes djihadistes se sont installés au pouvoir en Syrie, diminuant l’influence russe et iranienne tout en renforçant les positions de l’OTAN et d’Israël dans la région.

    La Turquie a également joué un rôle crucial dans cette transformation. L’État turc a ouvertement soutenu les factions djihadistes, facilitant l’effondrement du gouvernement syrien baasiste, l’un des principaux adversaires régionaux d’Israël. Ce faisant, la Turquie a effectivement préservé la sécurité d’Israël, qui fonctionne comme l’avant-poste impérialiste des puissances occidentales dans la région. Au-delà de son adhésion à l’OTAN, la principale motivation de la Turquie pour jouer ce rôle était la menace perçue des avancées nationales kurdes, qu’elle considère comme un danger direct pour son intégrité territoriale. La perspective de l’autodétermination kurde exacerbe la crainte de fragmentation de la Turquie.

    En outre, la question de l’Artsakh reste une préoccupation géopolitique majeure. Les classes dirigeantes de la Turquie et de l’Azerbaïdjan ont désormais les yeux rivés sur le corridor de Zangezur, un projet qui pourrait avoir un impact significatif sur la dynamique des pouvoirs régionaux. La réalisation de ce corridor couperait la connexion terrestre de l’Arménie avec l’Iran, ce qui créerait des tensions avec Téhéran. En approuvant tacitement l’occupation de l’Artsakh par l’Azerbaïdjan, les classes dirigeantes russes ont contribué au déplacement forcé du peuple arménien, un acte qui perpétue l’héritage du génocide arménien de 1915.

    Ces développements sont également susceptibles de tendre davantage les relations entre l’Arménie et la Russie, une situation que l’impérialisme américain cherche à exploiter. La réaction discrète des puissances impérialistes occidentales à l’occupation de l’Artsakh démontre leurs priorités. Leur préoccupation n’est pas le sort du peuple arménien, mais plutôt de s’assurer un accès au pétrole et au gaz azerbaïdjanais. Pour se débarrasser de leur dépendance à l’égard de l’énergie russe, les puissances occidentales sont prêtes à fermer les yeux sur un nouveau crime historique commis contre des nations opprimées. Il n’est donc pas surprenant que leurs représentants, Aliyev et Erdogan, serrent leurs mains tachées de sang.

    — Israël a répondu à l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » lancée par la Résistance nationale palestinienne le 7 octobre 2023 par des attaques génocidaires contre le peuple palestinien, suivies de frappes militaires contre le Hezbollah libanais. L’escalade des hostilités, en particulier les frappes réciproques entre Israël et l’Iran, a alimenté des spéculations croissantes sur le risque d’une guerre régionale plus large. Quelle est votre évaluation de cette situation ?

    L’État sioniste d’Israël, établi en tant qu’avant-poste impérialiste au Moyen-Orient, reste une menace directe non seulement pour le peuple palestinien, mais aussi pour toutes les nations opprimées de la région. Fondé artificiellement sur la terre palestinienne, Israël fonctionne comme le bastion militaire des intérêts impérialistes, étendant son occupation coloniale et ses politiques d’annexion avec une agressivité croissante. Outre les territoires dont il s’est emparé au cours de guerres avec des régimes arabes réactionnaires, Israël poursuit sa politique de nettoyage ethnique en désignant des terres palestiniennes comme « zones de peuplement » et en recourant aux massacres, à la répression et aux incarcérations de masse pour déplacer les Palestiniens par la force.

    Actuellement, l’État sioniste annexe méthodiquement la Cisjordanie, où il construit des colonies juives illégales, effaçant progressivement la souveraineté palestinienne. Dans le même temps, il poursuit son emprise sur les 2,5 millions de Palestiniens de la bande de Gaza, transformant la région en une prison à ciel ouvert soumise à un blocus total, déchaînant périodiquement la terreur militaire contre sa population.

    En réponse à ces agressions de longue date, la Résistance nationale palestinienne a lancé l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » le 7 octobre 2023. L’opération a été menée principalement par le Hamas, avec la participation d’organisations révolutionnaires telles que le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), entre autres. L’attaque coordonnée a visé les zones occupées d’Israël, entraînant la mort et la capture de centaines de soldats sionistes, ainsi que des pertes parmi les colons des colonies illégales.

    Cette offensive a brisé l’illusion de la supériorité militaire absolue d’Israël, provoquant une crise profonde au sein de l’élite dirigeante sioniste et de ses sponsors impérialistes occidentaux. La réaction ne s’est pas fait attendre : Israël a lancé un assaut sans précédent sur Gaza, menant des attaques aériennes et terrestres aveugles, tuant des dizaines de milliers de Palestiniens, en blessant d’innombrables autres et déplaçant de force des centaines de milliers d’entre eux.

    Le soutien inconditionnel qu’Israël reçoit de l’impérialisme américain et des puissances impérialistes occidentales a permis son assaut génocidaire contre le peuple palestinien à Gaza. Alors que les États capitalistes impérialistes et les régimes arabes réactionnaires continuent de soutenir ouvertement ou secrètement Israël — principalement par le biais de liens commerciaux et diplomatiques — les peuples du monde entier se sont solidarisés avec la Palestine. Partout dans le monde, des métropoles impérialistes aux pays du Sud, des millions de personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer les massacres perpétrés par Israël et exiger qu’il soit mis fin à ses crimes.

    L’opération du 7 octobre et les massacres perpétrés ensuite par Israël ont une fois de plus placé la résistance nationale palestinienne au centre de la politique régionale et mondiale. Cependant, la domination des forces islamistes, orientées vers la charia, comme le Hamas, reste une faiblesse critique de cette résistance. Les machines de propagande sionistes et impérialistes ont exploité cette réalité pour justifier la brutale punition collective infligée par Israël au peuple palestinien sous le prétexte de la « légitime défense ».

    La position idéologique du Hamas et du Djihad islamique, ainsi que leurs liens avec des États réactionnaires régionaux, ne diminuent pas la légitimité de la résistance nationale palestinienne. La lutte du peuple palestinien, en tant que nation opprimée et colonisée, est à la fois juste et tout à fait légitime. Toutefois, si cette résistance reste uniquement définie par le fondamentalisme religieux, elle finira par aliéner des pans importants de la société palestinienne, y compris les chrétiens et d’autres minorités religieuses, affaiblissant ainsi le mouvement plus large de libération nationale.

    Pour que la résistance nationale palestinienne réussisse, elle doit s’appuyer sur sa propre force tout en manœuvrant habilement dans les contradictions des forces impérialistes et réactionnaires régionales, sans devenir un simple instrument de leurs intérêts géopolitiques. Actuellement, il existe un réel danger que la résistance palestinienne, sous la direction du Hamas, soit subordonnée à la stratégie de l’« axe de la résistance » du régime théocratique iranien, qui sert principalement à protéger le pouvoir réactionnaire de l’Iran plutôt qu’à faire avancer la lutte révolutionnaire.

    La position de l’Iran à l’égard de la résistance palestinienne est entièrement dictée par le pragmatisme. Téhéran soutient les forces palestiniennes non pas par solidarité authentique, mais parce que sa propre doctrine de sécurité régionale s’articule autour de la lutte contre l’impérialisme américain et le sionisme. Le régime religieux iranien est parfaitement conscient qu’il reste une cible stratégique clé de l’impérialisme américain. C’est pourquoi il cherche à détourner de manière préventive les attaques potentielles en maintenant des forces supplétives au-delà de ses frontières.

    Il ne fait aucun doute que l’Iran est une cible à long terme pour l’impérialisme américain dans la région. Cependant, Washington et ses alliés n’ont pas encore lancé d’attaque directe contre l’Iran parce qu’ils le perçoivent comme une « grande proie » qui nécessite une préparation minutieuse. Comme on l’a vu en Syrie, les puissances impérialistes américaines et occidentales n’hésiteront pas à frapper si et quand les conditions le permettront. Le régime iranien est bien conscient de cette réalité, c’est pourquoi il cherche agressivement à se doter de capacités nucléaires tout en renforçant ses liens économiques et militaires avec la Russie et la Chine.

    Les accords économiques de l’Iran avec le bloc social-impérialiste chinois sont un reflet direct de la rivalité impérialiste plus large qui s’est intensifiée au Moyen-Orient ces dernières années. L’influence économique et politique croissante de la Chine dans la région est illustrée par l’expansion des BRICS qui, à partir du 22 août 2023, accueilleront l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Iran, l’Égypte et l’Éthiopie en tant que nouveaux membres, signe d’un alignement croissant des puissances régionales qui s’éloignent de l’hégémonie américaine.

    Le Caucase et le Moyen-Orient continueront à être des champs de bataille dans la lutte impérialiste pour la domination dans les années à venir. Les manœuvres stratégiques des puissances impérialistes mondiales dans ces régions indiquent que de nouvelles guerres et de nouveaux conflits sont non seulement possibles, mais très probables, à mesure que les contradictions interimpérialistes s’exacerbent.

    « Des vestiges féodaux subsistent, mais le capitalisme est devenu dominant ! »

    — Dans l’annonce de votre Congrès, vous avez déclaré qu’une analyse de la structure économique et sociale de la Turquie avait été réalisée. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

    — Oui, vous avez abordé un point très important de l’ordre du jour. Notre parti présentera progressivement au public ses conclusions sur la structure économique et sociale de la Turquie. En réponse à votre question, je peux résumer brièvement comme suit :

    L’analyse de la structure socio-économique est fondamentale pour déterminer la stratégie et les formes tactiques de la lutte pour une révolution dans n’importe quel pays. Il faut reconnaître que notre parti n’a pas été à la hauteur dans ce domaine. Cependant, cette lacune ne provient pas d’une déficience théorique mais plutôt d’une incapacité à saisir l’importance critique d’une analyse de la structure économique et sociale. C’est pourquoi, après le martyre du camarade İbrahim Kaypakkaya, notre parti ne s’est pas engagé dans des discussions de fond sur la réalité socio-économique de la Turquie pendant une longue période.

    Bien que des préparatifs importants aient été faits pour le Ier Congrès après la Ire Conférence du parti en 1978, le Congrès n’a finalement pas eu lieu en raison de la mauvaise gestion du processus par le comité central. Le coup d’État militaire fasciste de 1980 a encore perturbé ces efforts et, pendant une période prolongée, le parti n’a pas été en mesure de résoudre ses problèmes fondamentaux.

    Pour tous les partis communistes opérant dans leurs pays respectifs, la première et principale tâche a été d’analyser la structure socio-économique de la nation. Lénine a jeté les bases de la révolution russe en analysant les conditions économiques du pays et en définissant la nature et la voie de la révolution. De même, Mao a examiné la structure économique et politique de la Chine et a défini les étapes et la trajectoire de la révolution.

    Le camarade Kaypakkaya, lorsqu’il a fondé notre parti, a effectué une analyse politique et économique complète de la Turquie, définissant la première phase de la révolution comme étant la révolution démocratique populaire et déterminant son chemin comme étant la guerre populaire. Il a également effectué une analyse de classe, identifiant les ennemis et les alliés de la révolution sur la base de cette évaluation.

    Dans toute analyse des structures socio-économiques, le critère principal est de comprendre comment l’exploitation est réalisée. En d’autres termes, il est essentiel de déterminer la forme d’exploitation prédominante au sein d’une formation sociale donnée. Une fois cela établi, la relation entre les classes dominantes et les classes opprimées peut être définie et analysée. Par conséquent, saisir la relation entre les producteurs directs et ceux qui contrôlent les moyens de production est essentiel pour comprendre la base fondamentale sur laquelle repose la structure économique et sociale.

    Ce constat est bien connu, mais il mérite d’être rappelé : Dans les sociétés de classe fondées sur la propriété privée, l’exploitation a pris diverses formes. Dans les sociétés esclavagistes, les propriétaires d’esclaves subvenaient à leurs besoins en exploitant le travail des esclaves. Dans les sociétés féodales, les seigneurs féodaux extrayaient le surplus de travail des serfs. Avec l’effondrement du féodalisme et l’avènement de la société bourgeoise moderne, l’exploitation a persisté sous une nouvelle forme.

    Le mode de production capitaliste, qui a remplacé la production féodale, repose sur l’exploitation des travailleurs salariés par les capitalistes. Pour bien comprendre la production capitaliste, il faut d’abord reconnaître que le capitalisme est fondamentalement basé sur la production de marchandises. Dans la société capitaliste, le fondement des relations de production est l’exploitation des travailleurs salariés.

    Le précurseur de la formation sociale de la Turquie, l’Empire ottoman, était une société féodale administrée de manière centralisée, où la production était essentiellement basée sur la terre. Bien que l’empire ait accumulé un certain niveau de capital grâce à l’expansion territoriale et au pillage, il n’a jamais connu de révolution bourgeoise. Au début du XIXe siècle, l’État ottoman est tombé sous le contrôle des nations capitalistes dominantes de l’époque, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, devenant ainsi une semi-colonie. Cet asservissement extérieur, combiné à l’incapacité de la bourgeoisie locale à démanteler les structures féodales, a empêché une révolution industrielle de se produire. Bien que le capitalisme ait commencé à s’infiltrer dans la société ottomane, son développement est resté faible et essentiellement axé sur la consommation.

    Au cours des XVe et XVIe siècles, l’Empire ottoman a maintenu une économie commerciale relativement développée et les premières manifestations du capital manufacturier ont commencé à émerger au sein de la production urbaine à petite échelle. Sans l’exploitation coloniale des capitaux étrangers et le pillage ultérieur de l’empire par les puissances impérialistes, il est possible que le capitalisme se soit développé à l’intérieur de l’empire à travers ses propres contradictions. Au XVIe siècle, le capitalisme commercial européen avait déjà intégré l’Empire ottoman dans ses marchés. Les marchandises britanniques et françaises inondent les terres ottomanes, propageant l’économie monétaire des régions côtières vers l’intérieur. Le paiement de ces marchandises importées s’effectue en grande partie en métaux précieux, ce qui épuise rapidement le trésor de l’empire. Cependant, au lieu de diminuer, la consommation de biens étrangers continue d’augmenter. Cette situation a non seulement entraîné une augmentation de la dette extérieure, mais a également renforcé l’influence des banquiers étrangers et des usuriers locaux, qui ont profité de l’effondrement financier de l’empire. Entre-temps, afin de compenser son déclin économique, l’État ottoman a intensifié l’extraction des surplus de la paysannerie.

    Cependant, les relations de production féodales étaient intrinsèquement incapables d’accroître la production. Les économies féodales étant basées sur la production de subsistance, l’intensification de l’exploitation sans modification de la structure de production fondamentale a finalement conduit à l’effondrement du système Timar, l’épine dorsale de l’ordre féodal ottoman.

    La République de Turquie est établie sur les vestiges de l’Empire ottoman. Lors de la conférence de Lausanne, le statut semi-colonial de la Turquie a été officiellement reconnu par les puissances impérialistes. En échange, l’État turc nouvellement formé est autorisé à annexer une partie des territoires kurdes divisés.

    Lorsque la République est officiellement proclamée le 29 octobre 1923, l’économie turque reste semi-féodale et semi-coloniale. Le Congrès économique d’İzmir de 1923 a officialisé ce statut, cimentant la dépendance du pays à l’égard de l’impérialisme. Une faible bourgeoisie compradore et de grands propriétaires terriens, soutenus par les ressources de l’État, ont commencé à étendre leur pouvoir économique sous le régime kémaliste. En raison du manque de puissance économique de la bourgeoisie, l’accumulation du capital dépendait fortement de l’intervention de l’État.

    Avec l’arrivée au pouvoir du Parti démocratique (PD), les liens économiques et politiques de la Turquie avec les États-Unis se sont renforcés et les barrières à l’entrée des capitaux étrangers ont été systématiquement démantelées. Cette période a vu la consolidation de l’hégémonie impérialiste par le renforcement des liens entre les monopoles transnationaux et la bourgeoisie compradore. La doctrine Truman et le plan Marshall ont facilité l’élimination des obstacles bureaucratiques aux investissements étrangers. En 1954, le PD a adopté la loi sur l’encouragement des capitaux étrangers, qui accordait aux monopoles étrangers un accès illimité aux investissements et au commerce, plaçant ainsi l’économie nationale sous le contrôle de l’impérialisme. D’autres politiques, telles que la loi sur le pétrole, ont ouvert les ressources énergétiques de la Turquie à l’exploitation impérialiste, tandis que la loi sur l’exploitation minière a ouvert la voie à l’expansion de la domination des entreprises privées. En outre, la participation de la Turquie à la guerre de Corée a permis son entrée dans l’OTAN, ce qui a renforcé sa soumission à l’impérialisme occidental. Ainsi, en plus de l’Allemagne, de la France et d’autres pays, elle est également devenue une semi-colonie de l’impérialisme américain.

    Pendant la période du PD, la bourgeoisie compradore et les grands propriétaires terriens ont considérablement accru leur richesse. Avec le développement de la mécanisation de l’agriculture, une part importante des terres a été cultivée, ce qui a encore accru l’accumulation de capital des propriétaires terriens. Bien que l’augmentation de la production ait quelque peu stimulé le marché intérieur, le développement économique dépendant de l’impérialisme n’était pas viable à long terme. Au milieu des années 1950, en raison des politiques agricoles menées, la consommation intérieure est devenue insoutenable. La dette de la Turquie envers les pays de l’OCDE atteint 162,5 millions de dollars. En outre, un accès permanent aux devises étrangères était nécessaire pour importer les équipements et les matières premières nécessaires au « développement ».

    Les années 1960 ont été marquées par l’adoption de politiques économiques keynésiennes. Ce modèle de développement économique a entraîné une augmentation des investissements du secteur public. En outre, c’est une période où l’on met l’accent sur la « planification ». Des plans économiques préparés par les économistes des États impérialistes sont présentés aux gouvernements des pays semi-coloniaux, promettant le développement économique. À la suite de ces développements, une loi promulguée en 1961 a créé l’Organisation de planification de l’État et le Plan de développement quinquennal a été préparé.

    Comme dans tous les pays semi-coloniaux, la mise en œuvre des « plans de développement » en Turquie n’était pas indépendante des institutions impérialistes telles que le FMI et la Banque mondiale ; elle était plutôt conçue pour garantir le retour des investissements du capital impérialiste.

    Après le coup d’État militaire de 1960, on a cru que le coup d’État apporterait « quelques droits démocratiques », mais cette période, au cours de laquelle certaines concessions démocratiques ont été incluses dans la constitution sous la pression des mouvements de masse, n’a pas duré longtemps. Le coup d’État militaire de 1971 a entièrement révoqué ces droits démocratiques limités inscrits dans la constitution de 1961.

    En 1978, la Turquie était plongée dans une grave crise économique sans issue. Aucun des programmes tentés ne pouvait résoudre les problèmes économiques. En 1979, non seulement une crise économique est apparue, mais la situation s’est également transformée en une crise de gouvernance, qui s’est encore aggravée. La vague révolutionnaire montante a fusionné avec les grèves ouvrières et les manifestations étudiantes, mobilisant les masses dans les rues.

    Au cours de cette période, parallèlement à la réorganisation de la division internationale du travail par le capital impérialiste, les pays semi-coloniaux ont été restructurés en conséquence, et l’économie de la Turquie, en tant que l’un de ces marchés semi-coloniaux, a été « restructurée » pour s’adapter à ce processus.

    Le coup d’État fasciste du 12 septembre 1980 a été perpétré à la fois pour réprimer le mouvement de masse croissant et pour mettre en œuvre le « programme de restructuration ». Avec le coup d’État, des décisions ont été prises contre la classe ouvrière et tous les travailleurs dans les domaines économique et politique, et la répression s’est encore intensifiée. Le système existant a été réorganisé sous le couvert du néolibéralisme, en donnant la priorité aux intérêts des impérialistes et des classes dirigeantes turques. Pour ce faire, les travailleurs, les paysans, les petits producteurs, les employés du secteur public, les organisations communistes et révolutionnaires, le mouvement national kurde, les structures démocratiques, les syndicats, les intellectuels, etc. ont été pris pour cible. En bref, l’oppression de classe et l’oppression nationale ont atteint leur paroxysme.

    À partir de la seconde moitié du XXIe siècle, la réorganisation de la division internationale du travail par le capital impérialiste a entraîné des changements significatifs dans les marchés semi-coloniaux, y compris la Turquie. Les politiques mises en œuvre dans ces marchés semi-coloniaux ont entraîné des transformations substantielles de leurs structures économiques et sociales. En d’autres termes, les conditions de la dépendance semi-coloniale à l’égard du capital impérialiste ont été actualisées et reproduites. Parallèlement à cette actualisation et à cette reproduction, la structure économique semi-coloniale semi-féodale a subi des transformations.

    Depuis sa création, la Turquie a eu une structure économique et sociale semi-féodale et semi-coloniale. Alors que les relations de production semi-féodales étaient dominantes, l’approfondissement des conditions semi-coloniales et la dissolution des relations féodales ont conduit au développement d’un capitalisme dépendant de l’impérialisme (capitalisme compradore). Bien que les relations de production semi-féodales n’aient pas été entièrement abolies, elles se sont affaiblies et ont perdu leur statut dominant. Dans la Turquie d’aujourd’hui, des vestiges féodaux subsistent, mais le capitalisme est devenu le système dominant.

    Ce processus a non seulement transformé la structure économique et sociale, mais a également entraîné des changements significatifs dans les conditions des producteurs directs. Par exemple, en 1927, le nombre total d’entreprises en Turquie, y compris les petites entreprises, était de 65 245. Parmi elles, 43,59 % étaient engagées dans l’agriculture, l’élevage, la pêche et la chasse, employant 256 855 personnes. L’industrie textile représentait 14,34 % du total des entreprises, avec 548 025 employés. Le secteur minier comptait 556 entreprises employant 19 232 travailleurs. L’industrie du bois et des produits dérivés comptait 7 986 entreprises, employant 24 264 personnes. Les industries agricoles et textiles représentaient à elles seules près de 50 % des entreprises et des travailleurs.

    En 2021, le nombre de personnes employées dans le secteur industriel en Turquie avait atteint 6 143 000 (21,3 %). L’écart entre l’agriculture et l’industrie s’est creusé, avec 1 195 000 personnes de plus employées dans l’industrie, ce qui indique un alignement sur le taux d’urbanisation de la Turquie et démontre le développement des relations de production capitalistes au fil du temps.

    En raison des politiques impérialistes mises en œuvre dans le secteur agricole turc, la production et les relations agricoles se sont rapidement dissoutes, entraînant une migration massive de la main-d’œuvre vers les villes. Cette main-d’œuvre a été partiellement absorbée par l’industrie, mais a été principalement employée dans le secteur des services et, périodiquement, dans le secteur de la construction.

    De nombreux exemples peuvent être donnés pour illustrer les changements et les transformations de la société turque. Toutefois, ces chiffres devraient suffire. Comme je l’ai mentionné précédemment, les études de notre parti analysant la structure socio-économique seront partagées avec le public.

    — Vous avez déclaré qu’au sein de la structure semi-féodale et semi-coloniale, les relations de production féodales se sont progressivement dissoutes, renforçant le cadre semi-colonial tandis que le capitalisme devenait dominant. Que pouvez-vous dire de la nature de cette structure semi-coloniale et du capitalisme qui s’y est installé ?

    Le développement du capitalisme en Turquie ne s’est pas fait par le biais de sa propre dynamique interne. Contrairement à d’autres pays qui sont passés au capitalisme, l’accumulation du capital en Turquie a suivi une voie tracée sous le contrôle et l’exploitation impérialistes. Les fondateurs de la République de Turquie en 1923 ont, d’une part, procédé à l’accumulation initiale du capital en utilisant les ressources de l’État en raison de leur faible base financière et, d’autre part, grâce à leurs liens croissants avec l’impérialisme, ils ont commencé à émerger en tant que classe compradore, agissant en tant qu’agents locaux des intérêts impérialistes au sein du pays.

    Dans le contexte turc, la bourgeoisie a d’abord accumulé du capital par le pillage et l’expropriation, notamment lors des génocides arménien, grec et assyrien. Cependant, en raison de la faiblesse de sa base de capital, elle s’est fortement appuyée sur les ressources de l’État. Ce processus, souvent décrit comme « la création d’une bourgeoisie par l’État » et promu sous la rhétorique du « capital national », était en réalité un moyen pour la bourgeoisie de compenser sa faiblesse financière en utilisant les mécanismes de l’État pour assurer son accumulation initiale et soutenir son exploitation. La bourgeoisie a prospéré en tirant parti des ressources de l’État. Les kémalistes ont donné la priorité à cette stratégie après 1923, en veillant à ce que les incitations et les contrats de l’État offrent des opportunités significatives à la bourgeoisie commerciale.

    L’accumulation de capital héritée des Ottomans étant faible, la bourgeoisie s’est principalement développée par le biais du commerce. Par le biais d’accords avec les puissances impérialistes, la bourgeoisie commerciale turque est devenue de plus en plus compradore, servant d’intermédiaire aux intérêts impérialistes à l’intérieur du pays. La bourgeoisie compradore et les représentants locaux de l’impérialisme établissent des partenariats avec des monopoles étrangers, tirant d’immenses profits de la vente des marchandises acquises auprès de ces monopoles, élargissant ainsi leur base de capital.

    Lors de la fondation de l’État turc et des premières années du régime kémaliste, la bourgeoisie compradore a d’abord maintenu ses relations avec les impérialismes britannique et français. Toutefois, à partir du milieu des années 1930, elle s’est alignée sur l’impérialisme allemand. Dans sa phase initiale, la bourgeoisie compradore était principalement composée de la bourgeoisie commerciale, qui accumulait des richesses en important et en vendant des marchandises en provenance des pays impérialistes. Cependant, avec la transition vers une industrie basée sur l’assemblage, elle a considérablement augmenté ses profits. Au lieu d’importer des produits finis, comme elle le faisait auparavant, elle acquiert des composants séparément et les assemble dans des usines et des ateliers de taille moyenne nouvellement créés, augmentant ainsi ses profits.

    La mécanisation de l’agriculture a entraîné une extension des zones de production, ce qui a facilité le transfert de capitaux vers le commerce et la banque. Ces transferts de capitaux du secteur agricole ont joué un rôle crucial dans le renforcement et le développement de la bourgeoisie compradore.

    Une société qui maintient en son sein une économie de matières premières a le potentiel, avec le temps, d’évoluer vers une économie capitaliste autosuffisante. Toutefois, en Turquie, la liquidation du féodalisme n’a pas été réalisée par une révolution bourgeoise. L’Empire ottoman était un système féodal centralisé. Bien que le capitalisme ait commencé à émerger sous une forme embryonnaire, son développement a été entravé par l’intervention impérialiste, ce qui l’a empêché d’évoluer par le biais de sa dynamique interne. Au lieu de cela, les relations de production féodales ont été préservées et continuellement restructurées en fonction des nouvelles conditions, afin de garantir l’exploitation ininterrompue par l’impérialisme. Cette réalité s’applique également à la République de Turquie, établie sous la direction des kémalistes, où les relations de production semi-féodales sont restées dominantes pendant une longue période. Toutefois, au fil du temps, ces relations de production semi-féodales se sont dissoutes, cédant la place à la domination des relations de production capitalistes.

    À ce stade, la question cruciale est de savoir comment les relations semi-féodales ont été démantelées. En un siècle, le capital impérialiste a pénétré jusqu’aux coins les plus reculés du pays, soumettant toutes les unités de production à son influence. Ce processus prolongé, bien que marqué par d’importantes turbulences, a finalement conduit le système semi-féodal vers sa dissolution. Toutefois, cela ne signifie pas que tous les vestiges du féodalisme ont été éradiqués.

    Dans le même temps, cette transformation a brisé les fondements de l’économie naturelle autosuffisante du féodalisme. Les politiques mises en œuvre par le capital impérialiste et son État turc subordonné ont considérablement accéléré le processus déjà lent et douloureux de dissolution des relations économiques féodales dans les zones rurales.

    Le capital impérialiste, façonné par ses propres contradictions internes, a influencé les premières étapes du développement capitaliste en Turquie de deux manières opposées.

    Tout d’abord, elle a joué un rôle destructeur en ébranlant les fondements de l’économie naturelle, en intégrant les marchés locaux, en créant un prolétariat, en développant la circulation des marchandises et, de plus en plus, la production de marchandises. À partir de la fin des années 70, elle s’est même engagée dans des investissements industriels directs, accélérant ainsi les conditions objectives du développement capitaliste. Toutefois, ce processus a été entièrement subordonné et dépendant des intérêts impérialistes.

    D’autre part, le capital impérialiste a simultanément agi comme un obstacle au développement capitaliste en pillant les matières premières, en endettant le pays, en siphonnant le capital excédentaire accumulé, en restructurant les relations de production existantes pour servir ses propres intérêts et en empêchant l’émergence d’une industrie nationale. Il a cherché à confiner le travail social dans le cadre de relations de production arriérées sous son contrôle.

    Cet impact double et contradictoire du capital impérialiste est une contradiction inhérente à lui-même. Cette contradiction a directement façonné la société turque semi-féodale et semi-coloniale, entraînant de profondes transformations qualitatives dans sa structure économique et sociale. Alors que la domination des relations de production semi-féodales s’est érodée, les relations de production capitalistes compradores ont fini par définir le cadre économique et social du pays.

    Ce processus est une conséquence naturelle, inévitable et spontanée de l’exploitation capitaliste impérialiste. Cette réalité a également été soulignée par le camarade Ibrahim Kaypakkaya, qui a fait référence à L’impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine pour illustrer comment l’exploitation impérialiste dans des pays comme la Turquie érode naturellement et inévitablement les relations féodales, tandis que le capitalisme émergent reste dépendant de l’impérialisme, sous la forme d’un capitalisme compradore.

    Il est crucial de souligner un point ici : reconnaître la dissolution du semi-féodalisme en Turquie n’équivaut pas à attribuer un rôle progressiste à l’impérialisme. Au contraire, cette transformation s’est produite conformément au « caractère et aux objectifs » du capital impérialiste, et n’a servi qu’à étendre et à approfondir son exploitation. Ainsi, la dissolution partielle des relations féodales et le développement du capitalisme sont objectivement apparus comme le « résultat naturel, inévitable et spontané » du fonctionnement de l’exploitation impérialiste.

    L’analyse de Kaypakkaya souligne que chaque mesure prise par le capital impérialiste pour étendre son exploitation, y compris l’intensification des investissements directs, en particulier dans le capital industriel, a également contribué au développement du capitalisme. Ce développement a été directement proportionnel à l’échelle et à l’intensité des investissements industriels directs du capital impérialiste. En d’autres termes, lorsque le capital impérialiste a augmenté ses investissements pour approfondir son exploitation, il a aussi indirectement favorisé la croissance du capitalisme. Toutefois, le capitalisme qui a émergé dans ces conditions est resté subordonné à l’impérialisme, se manifestant sous la forme d’un capitalisme compradore.

    La dissolution du semi-féodalisme et la montée du capitalisme compradore en Turquie ont également remodelé la dynamique interne des classes dirigeantes. Si les relations de production semi-féodales n’ont pas été entièrement éradiquées, leur affaiblissement a influencé le positionnement politique des classes dirigeantes turques au sein du pouvoir d’État. Sous le règne de la bourgeoisie bureaucratique compradore et des grands propriétaires terriens, l’influence de ces derniers a diminué, tandis que la domination de la bourgeoisie bureaucratique compradore s’est considérablement accrue.

    Sous le règne de la bourgeoisie bureaucratique compradore et des grands propriétaires terriens, la pénétration croissante du capital impérialiste dans le marché semi-colonial de la Turquie a conduit à l’intensification et à la centralisation du capital. Ceci, à son tour, a entraîné une intégration plus profonde du capital marchand usuraire avec le capital industriel, consolidant davantage la domination de la bourgeoisie bureaucratique compradore au sein de la classe dirigeante. Toutefois, ce processus n’a pas éliminé les contradictions entre les factions de la classe dirigeante turque. Un facteur clé de ces contradictions est que chaque faction de la bourgeoisie bureaucratique compradore opère dans l’alignement des intérêts des monopoles impérialistes auxquels elle est directement liée.

    En outre, malgré la domination économique du capitalisme compradore dans les conditions actuelles, des vestiges féodaux persistent et continuent d’exercer leur influence.

    « La nature de notre révolution reste une révolution démocratique populaire, mais son essence n’est pas centrée sur la révolution agraire ! »

    — Compte tenu des transformations économiques et sociales en Turquie, y a-t-il eu des changements dans la « nature de la révolution » ou dans la « voie de la révolution » ? Quelle est la position de votre parti à cet égard ?

    — Pour qu’une révolution réussisse, il est essentiel d’analyser la structure sociale et économique du pays sur une base correcte. Toute erreur ou insuffisance dans cette analyse conduit inévitablement à des idées fausses sur la nature de la révolution, ses objectifs, ses méthodes de lutte et ses tâches révolutionnaires.

    Pour déterminer le caractère de la révolution en Turquie, il est important d’examiner les processus révolutionnaires victorieux du Parti communiste soviétique (PCbUS) et du Parti communiste chinois (PCC). Cependant, en analysant ces révolutions, il est nécessaire d’éviter les approches dogmatiques et schématiques en évaluant correctement les conditions objectives du présent.

    La comparaison entre les révolutions russe et chinoise et le processus révolutionnaire dans la Turquie d’aujourd’hui fait apparaître à la fois des similitudes et des différences. La Turquie contemporaine n’est ni la Russie tsariste ni la Chine du passé. Si la Turquie reste un pays semi-colonial où le capitalisme est la structure économique dominante, la nature de sa révolution est une révolution démocratique populaire, bien que son essence ne soit pas centrée sur la révolution agraire. Cette révolution, dirigée par le prolétariat, visera à démocratiser le pays et à atteindre la liberté politique, ce qui la rendra intrinsèquement anti-impérialiste.

    En outre, la révolution démocratique populaire cherchera à résoudre toutes les questions liées aux droits et libertés démocratiques, y compris la question nationale, la libération des femmes, l’oppression religieuse et confessionnelle, et les luttes des minorités nationales opprimées. Ce processus révolutionnaire s’approfondira et progressera vers le socialisme.

    Il ne faut pas oublier que notre époque est celle de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes. La bourgeoisie a perdu son rôle historiquement progressiste. Par conséquent, comme l’ont démontré les expériences révolutionnaires passées, toutes les tâches démocratiques ne peuvent être accomplies que par la révolution démocratique populaire dirigée par le prolétariat.

    Dans ce cas, nous devons chercher à répondre aux questions suivantes : Existe-t-il aujourd’hui en Turquie et au Kurdistan turc des revendications démocratiques qui sont devenues des questions urgentes pour les masses, similaires aux expériences mentionnées ci-dessus ? La réponse à cette question est sans aucun doute « oui ». La lutte pour la libération de l’impérialisme, la question nationale kurde, les droits des femmes, la liberté de croyance et de conscience, et bien d’autres revendications démocratiques qui ne peuvent être résolues que par une révolution démocratique populaire sont devant nous.

    Deuxièmement, tout comme en Russie, le mode de production dominant dans la structure économique de la Turquie est capitaliste. Toutefois, des vestiges de l’ancienne société féodale persistent de manière significative, façonnant la vie économique, culturelle et religieuse.

    La lutte pour les droits démocratiques et les libertés des nations opprimées et des nationalités minoritaires, ainsi que le mouvement des femmes, se poursuivent. Les revendications relatives à la liberté de croyance et de conscience continuent de figurer à l’ordre du jour. En bref, la libération du pays de l’impérialisme et la démocratisation de la société restent les principales préoccupations des travailleurs, des paysans, des ouvriers et de l’ensemble des opprimés.

    — Une révolution démocratique populaire est-elle possible dans les pays capitalistes semi-coloniaux ?

    — C’est en effet possible. Le fait que la Turquie soit un pays capitaliste en termes économiques n’invalide pas la nécessité d’une révolution démocratique populaire.

    Premièrement, la Turquie reste un pays semi-colonial, ce qui signifie que la lutte anti-impérialiste reste l’une des tâches essentielles de la révolution. Deuxièmement, la Turquie n’a jamais connu de révolution démocratique bourgeoise au sens propre du terme. Si les relations de production capitalistes sont devenues dominantes, elles n’ont fait que réduire la portée des tâches de la révolution démocratique populaire, mais n’en ont pas éliminé la nécessité.

    En résumé, les tâches suivantes restent à accomplir :

    1. Libération de l’impérialisme.
    2. Résolution de la question nationale kurde et garantie des droits de toutes les nationalités minoritaires.
    3. Éliminer l’inégalité entre les hommes et les femmes, qui se manifeste dans tous les domaines de la vie en raison de la prédominance des perspectives patriarcales et mettre fondamentalement fin à l’idéologie sexiste.
    4. Établir un caractère démocratique pour le pays et créer les conditions nécessaires à l’édification du socialisme.
    5. Garantir la liberté de religion et de conscience.
    6. Garantir tous les droits démocratiques.
    7. Garantir la liberté de pensée et d’organisation et démocratiser ainsi la société.

    Ces demandes ne peuvent être ignorées par une approche qui suppose que « tout sera résolu par la révolution socialiste ». Une telle position ne revient qu’à imposer nos désirs subjectifs aux masses. Nous nous référons ici aux revendications légitimes et démocratiques de larges segments de la société. Les communistes ne peuvent pas ignorer ces revendications ; au contraire, c’est précisément à travers ces revendications concrètes que les masses peuvent s’unir en une force cohésive. Le point essentiel est que toutes ces revendications démocratiques doivent être abordées dans une perspective prolétarienne, sans dévier de l’objectif du pouvoir politique. Notre lutte révolutionnaire doit intégrer toutes les revendications démocratiques dans son programme et sa tactique. À cet égard, la lutte pour la révolution démocratique populaire, qui sert de programme minimum à notre lutte révolutionnaire, occupe une place particulièrement importante en raison de l’inclusion de revendications concrètes. De par sa nature même, la révolution démocratique est investie de responsabilités majeures, non seulement pour mener à bien la réforme agraire, mais aussi pour garantir l’indépendance vis-à-vis de l’impérialisme, assurer le droit à la libre séparation des nations opprimées, garantir la pleine égalité des droits entre les nations et faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes. L’étendue et l’importance de ces questions dans la lutte pour la révolution démocratique ne seront pas déterminées arbitrairement, mais plutôt en relation directe avec les contradictions dominantes et les questions urgentes du pays à un moment donné. À ce stade, comme je l’ai déjà mentionné, la paysannerie en Turquie et au Kurdistan turc ne constitue qu’une petite partie de la population totale. L’écrasante majorité réside désormais dans les zones urbaines, en particulier dans les grandes villes. Par conséquent, il s’agit d’une force sociale qui ne cesse de s’affaiblir en termes de nombre. La diminution de la présence de la paysannerie nécessite une réévaluation de son rôle dans la lutte des classes. Cependant, cela ne doit pas conduire à la conclusion que la terre et les questions agricoles ne sont plus pertinentes. Malgré toutes les transformations qui ont eu lieu, ces questions restent des tâches essentielles à traiter dans le cadre de la révolution démocratique populaire.

    « La révolution, sans aucun doute, ne peut être réalisée que par la violence et la lutte armée ! »

    — Dans votre Congrès, il semble que vous ayez fait certaines révisions concernant les contradictions en Turquie et l’identification de la contradiction principale. Que souhaitez-vous dire à ce sujet ?

    — Oui, notre IId Congrès a mis à jour les points de vue du parti sur les contradictions fondamentales et la contradiction principale. Tout d’abord, l’identification correcte des contradictions et de la contradiction principale n’est possible qu’à travers une approche matérialiste-dialectique. Au cœur de tous les développements et changements dans la nature et la société se trouve l’existence de contradictions internes. Cela signifie que les contradictions ne peuvent pas être créées artificiellement par des interventions subjectives, car il s’agit de phénomènes objectifs, qui existent indépendamment de nous. Notre tâche consiste à les identifier scientifiquement et à déterminer la « contradiction primaire », qui influence la résolution de toutes les autres contradictions au cours du processus.

    À cet égard, la détermination la plus claire dans l’expérience historique du mouvement communiste international a été faite par le Parti communiste chinois sous la direction de Mao Zedong. Définissant la structure économique et politique de la Chine comme semi-coloniale et semi-féodale, le PCC a identifié la contradiction entre le féodalisme et les larges masses populaires comme la « contradiction principale » au cours du processus de la nouvelle révolution démocratique. Cette approche du MLM, comme par le passé, doit être appliquée par chaque parti maoïste en fonction des conditions concrètes de son propre pays aujourd’hui.

    Pour bien saisir la base objective qui a façonné cette compréhension, il est utile d’examiner l’analyse du président Mao en la matière. Ce qui est fondamentalement important ici, c’est la méthode scientifique qui doit être suivie. Si l’on part de la méthode scientifique du président Mao, la première conclusion est que notre révolution doit suivre la voie de la révolution démocratique populaire. Bien que le capitalisme comprador domine l’économie du pays, des vestiges féodaux persistent. Une série de tâches démocratiques, y compris la résolution de la question nationale kurde et de la question des femmes, doivent être accomplies par le biais de la révolution démocratique populaire. L’unité des travailleurs, des nations opprimées et des nationalités minoritaires, des femmes et des personnes LGBTI+ sous la direction du prolétariat ne peut être réalisée qu’à travers une perspective révolutionnaire qui englobe ces demandes démocratiques.

    Deuxièmement, c’est une réalité que les contradictions multiples parmi les contradictions primaires sont devenues plus visibles aujourd’hui. À l’heure actuelle, la contradiction fondamentale est celle qui oppose l’impérialisme, le capitalisme compradore et les vestiges féodaux, d’une part, et les larges masses populaires, d’autre part. Cependant, au cours du processus de la révolution démocratique populaire, la contradiction principale est apparue comme étant celle entre le capitalisme compradore et les vestiges féodaux d’une part et les larges masses populaires d’autre part.

    — Votre IId Congrès affirme que la voie de la révolution démocratique populaire en Turquie présente des caractéristiques qui lui sont propres. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

    — Cette question a été discutée en détail lors de notre Congrès. Comme nous l’avons déclaré dans l’annonce de notre Congrès, sur la base de l’analyse de la structure sociale et économique de la Turquie, nous avons déterminé que les principales contradictions et la contradiction principale en Turquie ont changé. À la suite de cette analyse, nous avons conclu que la révolution turque reste au stade de la révolution démocratique populaire. Nous avons une fois de plus souligné que cette révolution ne peut être réalisée que par la lutte armée.

    Par conséquent, notre IId Congrès a affirmé que la révolution turque ne suivra pas exactement la même voie que les révolutions réussies du prolétariat international et des peuples opprimés du monde, mais qu’elle portera plutôt ses propres caractéristiques. Je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas d’un nouveau sujet pour notre parti. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une discussion qui a émergé soudainement.

    La VIIe Conférence de notre parti en 2002 a établi cette perspective, qui a été discutée plus avant lors de la VIIIe Conférence en 2007 : « Notre révolution aura ses propres caractéristiques. La guerre populaire en Turquie ne sera pas une réplique exacte des exemples précédents. La Turquie a ses propres spécificités et ses différences régionales qui doivent être prises en compte. » Cette ligne a été concrètement réaffirmée.

    Il ne faut pas oublier que les conditions du semi-colonialisme ont persisté dans notre pays pendant plus d’un siècle. Bien que le féodalisme n’ait pas été éliminé par des moyens révolutionnaires, la Turquie a maintenant atteint un stade où la forme dominante d’expropriation des forces productives sociales est basée principalement sur le travail salarié, ce qui en fait un pays capitaliste. Bien que les relations de production féodales aient été largement démantelées, l’impérialisme, ses agents et ses collaborateurs n’ont pas été totalement éradiqués. L’élimination complète des vestiges féodaux ne sera réalisée que par la révolution démocratique populaire.

    La révolution dans notre pays a une double tâche, toutes deux étroitement liées : la révolution démocratique et, en tant qu’étape suivante, la révolution socialiste. La révolution démocratique établira le pouvoir démocratique révolutionnaire (dictature) de la classe ouvrière, de la paysannerie pauvre et des classes laborieuses sous la direction du prolétariat. Elle passera ensuite à la dictature du prolétariat, fondée sur la classe ouvrière et les masses laborieuses des campagnes et des villes.

    Sans rupture de tous les liens et privilèges liés à l’impérialisme, sans élimination de ses collaborateurs locaux et des modes et rapports de production réactionnaires qui leur servent de base sociale, sans renversement des classes dirigeantes et de leur régime politique (la dictature fasciste), ni la démocratisation du pays, ni la résolution de la question nationale, ni la démocratisation sociale élargie, ni le libre développement des forces productives et des rapports de production ne peuvent être réalisés. Sans ces transformations fondamentales, la transition vers le socialisme est impossible, et le socialisme lui-même ne peut être construit avec succès sans avoir d’abord développé ses fondations matérielles.

    En fonction de la nature de la révolution à venir, le chemin de la révolution se développera naturellement de manière unique. La révolution, sans aucun doute, ne peut être réalisée que par la force et la lutte armée. En examinant l’histoire des mouvements révolutionnaires de classe, il est évident qu’il existe deux voies principales vers la révolution. La première est la lutte armée prolongée, la guerre populaire, centrée sur les zones rurales, qui s’applique aux pays coloniaux et semi-coloniaux où le capitalisme n’est pas encore pleinement développé. La seconde est la voie de l’insurrection armée, qui s’applique aux pays où le capitalisme est dominant (qu’il soit intermédiaire, avancé ou impérialiste), s’appuyant sur les villes et les centres industriels comme base principale, avec des révolutionnaires travaillant au sein de la classe ouvrière pour mobiliser la classe et les masses laborieuses afin de s’emparer du pouvoir politique.

    En fin de compte, les deux voies nécessitent la violence révolutionnaire et le pouvoir des armes pour obtenir la victoire.

    Les ennemis de la classe soutiennent et maintiennent leur pouvoir par la force armée. Dans ces conditions, le prolétariat et les masses laborieuses ne peuvent prendre le pouvoir que par la lutte armée. Naturellement, des pays et des processus historiques différents donnent lieu à des circonstances uniques, et ces conditions spécifiques détermineront la forme de la lutte. Les principes généraux ne peuvent être transformés en modèles rigides. Là où il y a des conditions historiques uniques, il y aura aussi des formes et des tactiques correspondantes. Les communistes doivent agir en conséquence, en adaptant leur stratégie à ces conditions spécifiques tout en maintenant la voie révolutionnaire fondamentale.

    « Chaque révolution a ses propres caractéristiques ! »

    — Vous avez déclaré : « Les principes généraux ne peuvent être transformés en modèles rigides. Là où il y a des conditions historiques uniques, il y aura aussi des formes et des tactiques correspondantes. » Suggérez-vous que la révolution turque suivra un chemin différent de la révolution d’Octobre et de la révolution chinoise ?

    — Oui. Les révolutions ne peuvent être menées à bien en suivant une prescription fixe. Nous pensons que les révolutions ne doivent pas être évaluées indépendamment des contradictions sur lesquelles elles se développent et de leurs conditions spécifiques. Bien qu’il existe certains principes fondamentaux et indispensables, tels que la direction du parti communiste et la nécessité de la lutte armée, chaque révolution a ses propres aspects et continuera à les avoir. C’est pourquoi les pays semi-coloniaux et compradores-capitalistes contemporains ne doivent pas fermer les yeux sur la guérilla, mais l’intégrer à la stratégie de l’insurrection armée pour l’utiliser efficacement.

    Il ne faut pas croire que les insurrections armées d’aujourd’hui remporteront la victoire après une période d’affrontements relativement courte, comme ce fut le cas lors de la révolution d’Octobre en Russie. Dans les pays semi-coloniaux et compradores-capitalistes, les conditions de la lutte des classes peuvent nécessiter le repli à la campagne en cas de défaite temporaire d’un soulèvement urbain, l’utilisation de la guérilla dans les zones rurales pour soutenir la révolution, puis le retour dans les villes lorsque les conditions le permettent. Dans certaines circonstances, le déplacement de la lutte des classes à la campagne peut devenir non seulement une option, mais un impératif. Si l’activité pratique révolutionnaire n’a pas imposé cette nécessité aux communistes russes, c’est parce que les conditions historiques de la Russie à cette époque étaient favorables à la révolution. Il en va de même pour la période de la guerre civile. Les révolutionnaires russes n’ont pas fondé leur stratégie sur le mouvement révolutionnaire relativement plus faible des campagnes en puisant leur force dans la révolution urbaine plus puissante. Au lieu d’attribuer un rôle stratégique à la guérilla, ils l’ont traitée comme une tactique de soutien.

    Dans le monde d’aujourd’hui, les conditions dans les pays capitalistes semi-féodaux semi-coloniaux et semi-coloniaux diffèrent de celles des révolutions d’Octobre et chinoise. Par conséquent, au lieu d’une forme unique de lutte, nous devons parler de formes de lutte interconnectées. Sans aucun doute, dans les pays semi-féodaux et semi-coloniaux, la voie de la révolution suit la stratégie de la guerre populaire prolongée, qui est basée sur les campagnes. Dans les pays capitalistes, la révolution suit la voie de l’insurrection populaire armée, centrée sur les villes. Ces deux stratégies ne s’excluent pas mutuellement. Une lutte basée sur les campagnes doit prendre en compte les villes, et une lutte basée sur les villes doit prendre en compte les campagnes. Les contradictions et les luttes du monde contemporain sont tellement complexes et entremêlées que, dans le cadre du processus révolutionnaire, l’insurrection et la guérilla basées à la campagne peuvent s’appliquer simultanément.

    Par conséquent, il ne faut jamais oublier que la révolution sera menée sous la direction du parti communiste par la violence, avec le pouvoir des armes. L’idée que « notre pays multinational est principalement façonné par des relations de production capitalistes, que le capitalisme est dominant et que, par conséquent, les activités dans les villes ont la priorité » ne peut servir de justification au rejet de la lutte armée. Dans les villes, nous aurons des comités militaires urbains et des guérillas urbaines. Comme mentionné précédemment, ils mèneront des opérations et, dans une période d’insurrection, ces forces doivent être capables de diriger militairement la révolution contre l’ennemi.

    Il faut toujours se rappeler que notre ennemi de classe, la bourgeoisie, n’est pas la même que la bourgeoisie du début du XXe siècle. Elle a été aiguisée par ses défaites face aux révolutions, a appris des conséquences de ses erreurs et a acquis de l’expérience. Cela l’a rendue encore plus impitoyable, implacable et déterminée à affronter les révolutions avec toutes ses forces. Dans ces conditions, la guérilla doit servir de tactique à l’insurrection. Cela vaut aussi bien pour la guérilla urbaine que pour la guérilla rurale. La voie de la guerre dans ces pays, qui intègre la coordination entre la ville et la campagne, doit devenir l’approche tactique distinctive de l’avenir.

    Cependant, quelles que soient les circonstances, les révolutions du futur ne suivront pas exactement les mêmes étapes que les révolutions d’Octobre et chinoise. Elles incorporeront inévitablement des éléments nouveaux et uniques dans leur propre théorie révolutionnaire, façonnée par les développements de la lutte des classes. Tout comme la guérilla populaire prolongée et dispersée, bien qu’elle suive ses principes fondamentaux, a nécessité l’incorporation de nouvelles tactiques dans sa théorie en tenant compte des progrès de la lutte, la révolution dans chaque pays capitaliste semi-colonial doit incorporer ces facteurs favorables dans la théorie révolutionnaire pour réussir.

    « Notre politique du front doit s’adapter aux conditions changeantes ! »

    — Je voudrais également poser une question sur les unions d’action, les alliances et les politiques de front dans le processus de la révolution démocratique populaire. Votre Congrès a-t-il débattu de ces questions ? Si oui, à quelles conclusions est-il parvenu ?

     Oui, cette question figurait parmi les points à l’ordre du jour de notre IId Congrès et a été discutée en détail. Il est largement reconnu que la lutte des classes ne suit jamais un chemin droit pour atteindre son but. La structure économique et sociale de chaque pays, la nature de son État, les conflits et les contradictions entre ses classes jouent un rôle important dans la détermination des objectifs de la révolution. Cela joue également un rôle important dans l’élaboration des programmes que les partis communistes développent. Chaque parti communiste a un programme minimum et un programme maximum. Ces programmes servent de cadre crucial pour définir la stratégie et les méthodes de lutte dans la lutte des classes.

    Le but ultime de tous les partis communistes du monde est d’unir tous les pays par le biais des révolutions qu’ils mèneront dans les différentes nations et de lutter pour la création d’un monde sans classes. C’est pourquoi Lénine, lorsqu’il a déclaré que « l’État disparaîtra un jour », a indiqué que l’établissement d’un monde sans classes et sans frontières était l’objectif final. Dans tous les pays, la progression des partis communistes dans la lutte des classes n’est pas possible sans des alliances d’action, des coalitions et la formation de fronts. En outre, la thèse de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao selon laquelle la classe ouvrière ne peut réaliser la révolution qu’en s’unissant à d’autres couches laborieuses reste valable aujourd’hui.

    Selon la loi dialectique, rien ne reste permanent indéfiniment. Tout existe dans l’unité et la contradiction. Les alliances d’action, les coalitions et les fronts ne sont pas non plus permanents mais temporaires. Une fois qu’ils ont atteint leur objectif, ils ont rempli leur mission et se dissolvent.

    Ainsi, qu’il s’agisse d’une alliance d’action, d’une coalition ou d’un front, tous ces accords sont conclus en fonction d’objectifs à court, moyen ou long terme. Les parties assises à la table des négociations se réunissent autour d’une cause et d’un objectif communs et font des concessions mutuelles pour parvenir à un accord. Le principal critère de formation de ces alliances est la reconnaissance et l’acceptation politiques mutuelles de toutes les composantes participantes.

    Les alliances d’action, les coalitions et les fronts — tous ces éléments représentent fondamentalement l’unification des forces. Ce sont des actes par lesquels le parti communiste s’unit à des forces révolutionnaires, patriotiques et progressistes extérieures à lui dans la lutte pour la révolution. Cependant, la question qui nous occupe n’est pas seulement une question de force. Il s’agit aussi de trouver un terrain d’entente avec des forces qui, quelle que soit leur puissance, marchent vers la même position indépendamment du parti communiste.

    En tant que force d’avant-garde, les partis communistes doivent non seulement s’unir à la classe ouvrière, mais aussi gagner d’autres forces au sein de la société. L’obtention d’un soutien ne se fait pas toujours par une action unique. Le processus de conquête des différentes classes et couches intermédiaires a varié d’un pays à l’autre. Les classes sociales et les groupes intermédiaires qu’il faut gagner dans un pays capitaliste-impérialiste ne sont pas les mêmes que dans un pays colonial ou semi-colonial.

    Les objectifs et le contenu de chaque alliance, coalition et front d’action ne sont pas identiques. Cette distinction est directement liée à la nature des forces en présence et aux objectifs qu’elles cherchent à atteindre. Il existe une différence fondamentale entre les forces qui s’unissent pour renverser l’État et celles qui s’unissent pour obtenir des réformes, les droits des travailleurs, la libération des prisonniers politiques, les droits des femmes ou d’autres gains spécifiques. Dans les alliances d’action, les coalitions et les formations de front, une fois qu’un accord mutuel est conclu, il est essentiel que les forces participantes conservent leur indépendance. Aucune force au sein de l’alliance ne peut interférer avec l’agenda d’une autre en dehors du cadre convenu. Les accords qui définissent les alliances d’action, les coalitions et les fronts sont strictement limités aux objectifs et aux méthodes convenus pour atteindre ces objectifs.

    L’un des principes fondamentaux de toutes ces formations est l’indépendance de l’agitation et de la propagande. Cela signifie que tout en participant à un front commun ou à une alliance, chaque parti ou groupe conserve le droit de propager ouvertement ses propres objectifs en dehors de cette formation. Cependant, la liberté d’agitation et de propagande est liée au principe de ne pas saper ou affaiblir l’alliance elle-même.

    Dès lors qu’un accord détaillé a été conclu à l’avance et qu’un engagement a été pris d’adhérer à des décisions en dehors des principes fondamentaux, critiquer les décisions prises par la majorité contredit l’esprit de l’unité d’action ou des alliances. Cette question revêt une importance particulière pour notre parti. Sur cette base, pour que l’unité d’action se concrétise, les organisations et les partis issus des rangs du peuple doivent mettre en œuvre la démocratie populaire entre eux et accepter inconditionnellement le principe de « liberté dans la propagande et l’agitation, unité dans l’action ».

    L’évaluation de notre parti ne s’applique pas seulement aux unités d’action. Cette approche correcte est également valable pour les alliances et le concept de front. Les unités d’action sont des formations qui couvrent des périodes relativement courtes. Cela est également lié au fait que les unités d’action ont tendance à se concentrer sur une seule question et à s’attacher à un objectif spécifique. L’objectif est concret. Il englobe ce qu’il vise, et une fois le but fixé atteint, il prend fin. La pratique des dizaines d’unités d’action auxquelles notre parti a participé l’a démontré concrètement.

    Les alliances impliquant le parti communiste sont des collaborations à relativement long terme. Leur contenu, leur portée et leurs objectifs dépendent des forces qui les constituent. Par rapport aux unités d’action, les alliances sont des formations dont le degré de centralisation est plus élevé. Cela est directement lié à leur nature à long terme et à l’ampleur des objectifs qu’elles englobent. Dans les alliances, les règles à suivre, ainsi que l’agitation et la propagande, sont déterminées et mises en œuvre par les forces participantes.

    Le front, quant à lui, est une alliance de classe.

    — Y a-t-il eu une discussion sur l’approche de votre parti en matière de stratégie de front ? Quelles sont les conclusions de votre IId Congrès à ce sujet ?

    — Parmi les points à l’ordre du jour de notre Congrès figurait une discussion sur l’approche de notre parti en matière de stratégie de front. Je peux dire que notre Congrès a abordé cette question en tenant compte du fait que la lutte des classes n’est ni statique ni dogmatique. Comme chacun sait, la lutte des classes est riche d’expériences historiques. Au-delà des principes universels, chaque lutte révolutionnaire a tiré des leçons de ses propres conditions. Les alliances et les fronts formés en Russie, en Chine, au Vietnam, en Bulgarie, en Albanie, en Grèce et dans d’autres pays n’ont pas été identiques. Les conditions spécifiques de chaque pays et le positionnement des différentes classes ont conduit à des variations significatives dans la nature des alliances et des fronts établis.

    Il y a eu des changements dans notre pays en ce qui concerne la dynamique des classes et les alliances de classes. J’ai déjà exposé l’approche de notre parti en ce qui concerne l’unité d’action, et cette perspective reste valable aujourd’hui. De même, notre position sur les alliances est bien connue. À cet égard, il n’y a pas d’histoire significative d’alliances dans notre pays ; l’expérience première a plutôt été basée sur l’unité d’action. Notre nouvelle politique en matière de stratégie de front doit être adaptée aux conditions changeantes. Lier cette question à des conditions rigides ne ferait que nous limiter. Concrètement :

    Tout d’abord, outre l’unité d’action, il convient que des alliances soient de temps à autre à l’ordre du jour en réponse aux développements dans notre pays, et que notre parti prenne part à ces alliances. Toute alliance, de même que des formations similaires telles que l’unité de forces, est le produit de conditions spécifiques dictées par la situation concrète. Lorsque de telles formations apparaissent, elles doivent être structurées autour d’un objectif et d’un programme clairement définis, englobant toutes les forces antifascistes, progressistes et patriotiques. En conséquence, de telles alliances peuvent périodiquement devenir pertinentes pour notre agenda.

    Deuxièmement, la politique de front actuelle de notre parti ne répond pas de manière adéquate aux besoins concrets de la situation actuelle. Jusqu’à présent, notre parti a lié l’établissement d’un front à la formation d’un « pouvoir politique rouge » et a soutenu l’idée qu’« un front ne peut être établi sans la création d’un pouvoir politique rouge ». Cependant, cette thèse ne correspond plus aux réalités de notre pays. Compte tenu de l’évolution des conditions et des besoins, il est nécessaire de redéfinir cette politique en conséquence. Notre politique de façade doit s’adapter aux conditions changeantes. Il n’est pas correct de lier l’établissement d’un front à une condition absolue. Il peut y avoir des développements qui permettent de former un front en fonction des circonstances. Par exemple, en cas d’occupation impérialiste de notre pays, la formation d’un front anti-impérialiste pourrait s’avérer nécessaire. De même, face à l’intensification de l’agression fasciste, la formation d’un front de résistance peut s’inscrire à l’ordre du jour révolutionnaire. Comme c’est le cas aujourd’hui, un tel front de résistance pourrait être établi en réponse aux attaques incessantes du fascisme. Il n’est pas faux de plaider pour la formation d’un front sous la direction du parti communiste. Cependant, en faire une condition préalable absolue n’est pas correct. L’acceptation de la direction du parti communiste est directement liée à son influence dans la lutte des classes. Si le parti communiste occupe une position décisive et efficace dans la lutte, les autres forces sociales et classes graviteront naturellement vers lui, acceptant sa direction au sein d’un front.

    — Le Parti communiste maoïste (MKP) a lancé un appel à l’« unité » à l’adresse de votre parti. Votre Congrès a-t-il évalué cet appel ?

    — Oui, notre Congrès a évalué la lettre du Parti communiste maoïste (MKP) contenant son appel à l’« unité ». Toutefois, avant de répondre directement à votre question, je voudrais préciser que la lettre du MKP a d’abord été publiée dans notre organe de discussion interne, le Parti Birliği [Unité du Parti], où les cadres de notre parti se sont engagés dans un débat approfondi. Cela signifie que l’appel à l’unité du MKP a été discuté lors de tous nos sous-Congrès et, en fin de compte, lors de notre IId Congrès, où une décision finale a été prise.

    À la suite de ces discussions, notre IId Congrès a décidé que, bien que l’appel à l’unité du MKP ait été lancé dans un esprit révolutionnaire, les différences idéologiques et politiques existantes, ainsi que le manque de cohésion idéologique au sein du MKP, nous ont amenés à répondre négativement à la proposition.

    Toutefois, notre Congrès a également souligné que, malgré les différences idéologiques et stratégiques significatives qui nous séparent, le MKP est issu de la même tradition, défend le MLM et l’héritage d’İbrahim Kaypakkaya, et reste donc une force importante avec laquelle nous souhaitons maintenir une coopération plus étroite. Il s’agit notamment de s’engager dans des actions conjointes, d’explorer les possibilités d’efforts organisationnels communs, de mener des discussions idéologico-politiques bilatérales et de s’aligner plus étroitement au sein d’alliances ou de plates-formes plus larges où les deux parties sont impliquées. Ces propositions seront concrétisées par de nouvelles discussions avec MKP et mises en œuvre en conséquence.

    « Être idéologiquement inébranlable, politiquement compétent, organisationnellement flexible et militairement innovant ! »

    — Que souhaitez-vous exprimer concernant l’orientation de votre parti pour la période à venir ?

    — Nous considérons que notre IId Congrès revêt une importance historique dans le contexte de l’histoire de notre parti. Lors de notre Ier Congrès, des mesures cruciales ont été prises en réponse aux offensives ennemies et aux tentatives de coup d’État liquidationniste, notamment la réorganisation de la volonté du parti, la formulation de son programme et la création de l’Union des femmes communistes. Il s’agit là de développements décisifs. Notre IId Congrès a poussé ces étapes historiques encore plus loin. En s’engageant principalement dans des discussions sur la structure socio-économique, il a révisé et mis à jour notre programme de parti, en fournissant une définition plus claire et plus concrète de la nature et de la voie de la révolution en Turquie.

    En outre, notre IId Congrès a réaffirmé la continuité de la ligne « Proche mais en avant… », qui a été adoptée en tant que résolution lors de notre Ier Congrès. Il a confirmé que l’orientation stratégique décrite sous le titre « La direction principale de l’orientation, les liens fondamentaux : Clarté idéologique et profondeur politique ; force organisationnelle et détermination militaire » reste largement valable.

    Notre Ier Congrès a été suivi par des changements notables dans les conditions mondiales et nationales, ainsi que dans la lutte de notre parti. Il est évident que la crise du capitalisme impérialiste s’est encore aggravée, intensifiant la concurrence entre les monopoles impérialistes et révélant des signes de plus en plus clairs d’une nouvelle guerre de repartage. La guerre qui se déroule en Ukraine entre les puissances impérialistes, associée au rôle d’Israël en tant que gendarme de l’impérialisme au Moyen-Orient, marqué par son occupation, ses massacres et ses attaques génocidaires visant principalement le peuple palestinien, ainsi que les peuples du Liban et de la Syrie, illustre cette trajectoire.

    Les occupations et les guerres en Ukraine, en Palestine et en Syrie soulignent également l’offensive idéologique incessante de la bourgeoisie impérialiste contre le prolétariat international et les peuples opprimés du monde. Alors que la guerre en Ukraine est fondamentalement une lutte pour les marchés et la domination entre les impérialistes américains et européens et les impérialistes russes, elle est faussement présentée comme une guerre contre le communisme. S’il est vrai que la Russie moderne repose sur l’héritage historique des camarades Lénine et Staline et des républiques socialistes soviétiques, la réalité est que la Russie d’aujourd’hui n’est pas gouvernée par la classe ouvrière. L’URSS a été dissoute et la Russie contemporaine est devenue une puissance impérialiste sur la scène mondiale. Malgré ce fait, les impérialistes américains et européens qui font la propagande de leur guerre contre la Russie en la qualifiant de « lutte contre le communisme » doivent être considérés comme la poursuite de leur assaut idéologique contre le prolétariat international et les peuples opprimés.

    Une situation similaire peut être observée dans les massacres et les attaques génocidaires d’Israël contre la nation palestinienne. L’opération « Déluge d’Al-Aqsa » de la résistance nationale palestinienne le 7 octobre 2023, visant les territoires occupés, a provoqué une onde de choc en Israël et dans les centres capitalistes impérialistes. Cette réaction découle de la conviction des capitalistes impérialistes et d’Israël que leur supériorité technologique les rend invincibles, ainsi que de la possibilité qu’une telle attaque puisse servir d’exemple et d’inspiration pour le prolétariat international et les peuples opprimés du monde dans leurs luttes.

    La présence d’organisations réactionnaires et djihadistes comme le Hamas, qui dirige actuellement la résistance nationale palestinienne, et leur position idéologique — ainsi que leurs actions malavisées qui visent parfois des civils — ne doivent pas jeter une ombre sur la légitimité et la justesse de la lutte palestinienne contre l’oppression, les massacres, l’occupation et l’annexion. La bourgeoisie impérialiste qualifie de « terroristes » tout individu, groupe ou organisation qui manifeste sa solidarité avec la résistance palestinienne. Dans les centres impérialistes-capitalistes, les symboles de la résistance nationale palestinienne sont interdits et les actions de solidarité sont criminalisées.

    Il est bien connu que de nombreuses organisations islamistes, en particulier au Moyen-Orient, sont des produits du projet de « ceinture verte » de l’impérialisme américain. Aujourd’hui, ces organisations, directement soutenues par des programmes de « formation et d’équipement » conformes aux politiques bourgeoises impérialistes, sont utilisées comme outils dans des « guerres par procuration ». L’exemple le plus récent est celui de la Syrie, où ces organisations ont été utilisées pour tenter de renverser le régime de Bachar el-Assad. Ces organisations réactionnaires, qui agissent parfois hors du contrôle de leurs bailleurs de fonds, voient leur existence et leurs actions — en particulier les attaques visant les civils — utilisées pour justifier l’agression impérialiste, ce qui conduit à qualifier les luttes du prolétariat international et des peuples opprimés de « terrorisme ».

    Le concept de « terreur » sert d’outil pratique à la propagande contre-révolutionnaire dans les interventions et assauts militaires régionaux et locaux des impérialistes. Pour la bourgeoisie impérialiste, toute personne, toute organisation ou même tout État qui refuse de se soumettre, qui résiste à l’exploitation ou qui ne s’aligne pas sur ses politiques actuelles est qualifié de « terroriste ».

    En bref, dans le monde d’aujourd’hui, la lutte du prolétariat international et des peuples opprimés est systématiquement qualifiée de « terrorisme » par la bourgeoisie impérialiste, la lutte des classes étant criminalisée sous cette étiquette. Les efforts visant à liquider et à anéantir les forces révolutionnaires sont présentés comme légitimes aux yeux des masses. Nous assistons à une intensification de l’offensive idéologique visant à liquider et à soumettre les forces révolutionnaires. Étant donné les contradictions croissantes entre les impérialistes et les signes de plus en plus nombreux d’une nouvelle guerre de partage, ce n’est pas une prophétie que de dire que ces attaques vont s’intensifier. Dans la période à venir, non seulement les offensives idéologiques contre le mouvement communiste et la lutte révolutionnaire au sens large s’intensifieront, mais les tentatives de liquidation physique se multiplieront également.

    L’un des points cruciaux ici est de maintenir notre indépendance idéologique au milieu de la concurrence et des conflits entre les camps impérialistes. Dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a pas d’État prolétarien au pouvoir. Les forces concurrentes sont engagées dans une lutte pour le partage des marchés mondiaux. Les communistes ne doivent s’aligner sur aucune puissance impérialiste et ne doivent pas non plus négliger les principaux instigateurs des guerres régionales et impérialistes.

    — Une situation similaire ne s’applique-t-elle pas également à la Turquie ? La structure économique semi-coloniale ne façonne-t-elle pas les politiques périodiques des classes dirigeantes turques ? L’agression fasciste croissante, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières de la Turquie, ainsi que ses politiques d’occupation et d’annexion, ne visent-elles pas précisément cet objectif ?

    — Oui, la Turquie fait partie intégrante du monde capitaliste-impérialiste et, de plus, elle est membre de l’OTAN, l’appareil d’agression militaire de l’impérialisme. En ce sens, elle ne peut être évaluée indépendamment de la crise et des contradictions au sein de l’impérialisme capitaliste. La rhétorique soi-disant « nationale et indigène » du gouvernement AKP-MHP n’est rien d’autre qu’une propagande creuse, raciste et chauvine.

    Ainsi, dès sa fondation, l’État turc, en tant que semi-colonie de l’impérialisme, a été soumis à la même dynamique. Les classes dirigeantes turques sont non seulement économiquement dépendantes des centres impérialistes, mais aussi idéologiquement subordonnées à eux. Il est bien connu que, parallèlement aux politiques économiques formulées dans les centres impérialistes et mises en œuvre dans les pays semi-coloniaux comme la Turquie, des offensives idéologiques sont également déployées pour garantir leur application.

    En raison de cette dépendance, les offensives idéologiques formulées et mises à l’ordre du jour dans les centres impérialistes sont adaptées et mises en œuvre en fonction des conditions semi-coloniales de la Turquie. La dépendance des classes dirigeantes turques à l’égard des capitaux impérialistes et la faiblesse de leur base de capital domestique font que la bourgeoisie compradore maintient son emprise par le biais d’attaques idéologiques contre la classe ouvrière et les masses laborieuses et d’offensives contre-révolutionnaires directes.

    La moindre revendication de droits par les masses est accueillie non seulement par la terreur d’État fasciste, mais aussi par une répression systématique visant à soumettre idéologiquement, à neutraliser et à éliminer les forces d’avant-garde issues de la lutte des classes. Cette agression ne se limite pas à la répression physique ; elle s’accompagne de campagnes de liquidation idéologique, de destruction et de cooptation visant les figures de proue de la lutte révolutionnaire.

    Le fascisme, dans le cas de l’État turc, n’est pas simplement une forme de gouvernement qui a existé depuis sa fondation jusqu’à aujourd’hui. Il persiste plutôt en tant que méthode continue de gestion des contradictions qui émergent dans le cadre de la lutte des classes. La permanence du fascisme doit être considérée en conjonction avec la permanence de la situation révolutionnaire.

    Les contradictions profondes de la société turque et de la société du Kurdistan turc obligent les classes dirigeantes à mettre en œuvre le fascisme non seulement comme mode de gouvernance, mais aussi comme forme d’organisation de l’État bien ancrée. Cela signifie que le fascisme n’est pas une réponse temporaire aux crises politiques, mais une nécessité structurelle pour les classes dirigeantes de maintenir leur domination et de supprimer les forces révolutionnaires.

    La question nationale kurde est l’une des contradictions les plus pressantes auxquelles l’État turc est actuellement confronté. La lutte nationale du peuple kurde est systématiquement qualifiée de « terrorisme » par les classes dirigeantes turques, à l’instar de la manière dont les puissances impérialistes encadrent les mouvements de libération nationale qui menacent leurs intérêts. Des millions de personnes qui rejettent et résistent à la négation de leurs droits nationaux sont qualifiées de « terroristes ». Même les droits démocratiques les plus élémentaires de la nation kurde sont systématiquement bafoués.

    Le stade atteint par le mouvement national kurde aujourd’hui a placé l’État turc dans une crise existentielle. Cela a conduit le fascisme turc à déployer toutes ses ressources et capacités pour écraser, coopter ou neutraliser le mouvement kurde. Tout en menant des campagnes d’annihilation militaire sur un front, l’État poursuit simultanément des politiques dites « de paix » sous la rhétorique trompeuse de « mille ans de fraternité ».

    Les communistes qui reconnaissent la nation kurde comme une nation distincte ayant le droit à la libre séparation, y compris le droit d’établir un État indépendant, sont constamment pris pour cible par l’État turc. De même, toute personne exprimant sa solidarité avec le mouvement national kurde, à quelque niveau que ce soit, est automatiquement placée dans la catégorie « terreur » de l’État et soumise à une répression fasciste implacable.

    Une approche similaire est adoptée à l’égard des luttes économiques et démocratiques de la classe ouvrière et des masses laborieuses au sens large. Toute action ou initiative échappant au contrôle et à l’approbation des classes dirigeantes est qualifiée d’« activité terroriste ». La ligne politique indépendante de la classe ouvrière se heurte à la « stratégie de contre-insurrection » de l’État fasciste.

    Les revendications syndicales des travailleurs et les manifestations économiques sont confrontées aux matraques de la police, à la répression militaire, aux détentions et aux arrestations. Les luttes des minorités nationales, en particulier de la nation kurde, sont qualifiées de « séparatisme ». La résistance des Alévis et d’autres communautés religieuses minoritaires est qualifiée d’« hérésie ». Les mouvements féminins et LGBTI+ sont décrits comme l’œuvre d’« agents étrangers cherchant à détruire la structure familiale ». Les manifestations d’étudiants en faveur des droits académiques et démocratiques sont banalisées et considérées comme les actions de « quelques individus malavisés ». Les manifestations de paysans réclamant une compensation équitable pour leurs produits et s’opposant à la destruction de l’environnement sont présentées comme le fait de « provocateurs ».

    Dans tous les domaines de la lutte, les classes dirigeantes ont recours à la manipulation idéologique et à la répression étatique pour supprimer et délégitimer les mouvements de masse, en veillant à ce que toute tentative de remise en cause de leur autorité soit violemment écrasée.

    Dans l’ensemble, les luttes de la classe ouvrière et des masses laborieuses sont systématiquement qualifiées de « terrorisme » par l’État turc et font l’objet d’une « stratégie de contre-insurrection ». Toute tendance ou tout mouvement qui sort des limites de l’ordre établi est immédiatement visé par la répression. La classe dirigeante ne craint rien de plus que l’organisation et la mobilisation indépendantes des masses. Alors que toute action qui remet en cause le système fait l’objet d’une répression fasciste, les tendances réformistes à l’intérieur du cadre existant sont délibérément encouragées. Dans ce contexte, alors même que le système parlementaire lui-même est devenu une simple formalité, le légalisme, les illusions parlementaires et les approches réformistes sont promus comme des canaux acceptables de l’activité politique.

    Pour notre parti, toute force politique qui dépasse les limites du système, qui s’organise dans la clandestinité et qui intériorise une éducation idéologique prolétarienne est, par essence, engagée dans un processus de transformation révolutionnaire et de consolidation militante. Nous vivons une période où les pratiques révolutionnaires radicales sont de plus en plus remises en question et où les activités révolutionnaires sont confinées dans des limites légales. Dans une telle période, il est crucial pour toute force révolutionnaire de s’orienter vers des méthodes de lutte extra-systémiques. Tout mouvement qui n’a pas la perspective de s’emparer du pouvoir politique restera inévitablement prisonnier des limites imposées par le système. En résumé, la période actuelle exige une approche militante à tous les niveaux de la lutte.

    Cette réalité exige que les cadres, les membres et les militants de notre parti possèdent une conscience idéologique ferme et claire. Concrètement, cela signifie qu’il faut reconnaître que si les conditions objectives d’une révolution démocratique populaire en Turquie existent, nos forces subjectives restent insuffisantes. Il y a des lacunes significatives dans la canalisation des luttes spontanées des masses dans la lutte révolutionnaire plus large, mais cette situation même rend encore plus impératif notre engagement actif dans ces luttes à tous les niveaux.

    Il ne faut pas oublier que toutes les révolutions réussies ont commencé avec un petit nombre de cadres dévoués et, au fil du temps, ont gagné en force au fur et à mesure que les partis communistes fusionnaient avec les luttes de la classe ouvrière et du peuple, pour finalement remporter la victoire. Les expériences historiques des révolutions victorieuses démontrent sans équivoque que les partis communistes dotés de solides fondements idéologiques, d’une direction politique compétente, d’une souplesse organisationnelle et de la capacité de mettre en œuvre des stratégies militaires créatives adaptées aux conditions concrètes ont appris avec succès des luttes spontanées des masses. En synthétisant ces expériences grâce à la science du MLM et en les mettant en pratique, ils ont ouvert la voie au succès révolutionnaire.

    La principale leçon que nous pouvons tirer des expériences révolutionnaires réussies ou non est claire : toute pratique qui ne rompt pas avec le système, qui ne le vise pas directement et qui ne s’efforce pas de transformer les contradictions internes en une force de rupture systémique est vouée à l’échec. C’est pourquoi l’ensemble du travail de notre parti, y compris les activités légales sur le terrain, sera orienté vers une rupture révolutionnaire avec le système. Nous agissons avec la ferme conviction que la révolution en Turquie ne peut être réalisée que par la lutte armée. Nous sommes convaincus qu’aucune autre voie ou méthode ne mènera à la victoire. Cela exige une clarté idéologique, et toutes nos activités, qu’elles soient directes ou indirectes, serviront cet objectif ultime.

    À condition de maintenir la clarté idéologique, nos échecs peuvent être transformés en succès, nos faiblesses en forces et nos lacunes peuvent être surmontées grâce à une approche politique correcte. Tant au niveau mondial qu’en Turquie, nous sommes à l’aube de grands bouleversements. Nous sommes à la veille de nouveaux soulèvements « Gezi » et de révoltes « Serhildan ». Dans une période où les signes d’une nouvelle guerre impérialiste de repartage deviennent de plus en plus évidents et où les classes dirigeantes turques se positionnent en conséquence, nous sommes convaincus que les cadres, les membres, les militants et les sympathisants de notre parti s’orienteront vers ce processus turbulent et précaire avec la détermination et la préparation nécessaires.

    — Merci d’avoir répondu à nos questions.

    — Je vous remercie également d’avoir offert cette opportunité à notre parti.

  • Questions sur les pays impérialistes

    1. Introduction

    La théorie de l’impérialisme contemporain est l’une des principales luttes de ligne dans le mouvement communiste international.

    Les 5 points sur l’impérialisme de Lénine, développés dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), font toujours autorité. Ils définissent une époque par rapport à une autre, le capitalisme impérialiste (monopoliste, pourrissant et agonisant) par rapport au capitalisme (concurrentiel, progressiste et ascendant).

    « Il nous faut commencer par donner la définition la plus précise et la plus complète possible de l’impérialisme. L’impérialisme est un stade historique particulier du capitalisme. Cette particularité est de trois ordres, l’impérialisme est :

    1. le capitalisme monopoliste ;
    2. le capitalisme parasitaire ou pourrissant ;
    3. le capitalisme agonisant.

    La substitution du monopole à la libre concurrence est le trait économique capital, l’essence de l’impérialisme. Le monopolisme se manifeste sous cinq formes principales :

    1. les cartels, les syndicats patronaux, et les trusts ; la concentration de la production a atteint un degré tel qu’elle a engendré ces groupements monopolistes de capitalistes ;
    2. la situation de monopole des grosses banques : trois à cinq banques gigantesques régentent toute la vie économique de l’Amérique, de la France, de l’Allemagne ;
    3. l’accaparement des sources de matières premières par les trusts et l’oligarchie financière (le capital financier est le capital industriel monopolisé, fusionné avec le capital bancaire) ;
    4. le partage (économique) du monde par les cartels internationaux a commencé. Ces cartels internationaux, détenteurs du marché mondial tout entier qu’ils se partagent “à l’amiable” — tant que la guerre ne l’a pas repartagé — on en compte déjà plus de cent ! L’exportation des capitaux, phénomène particulièrement caractéristique, à la différence de l’exportation des marchandises à l’époque du capitalisme non monopoliste, est en relation étroite avec le partage économique et politico-territorial du monde ;
    5. le partage territorial du monde (colonies) est terminé. »1

    Ci-dessus, Lénine définit l’impérialisme, mais il ne définit pas un pays impérialiste en général. Au début du XXe siècle, tous les pays impérialistes étaient développés, mais en général, tous les pays développés ne sont pas des pays impérialistes. Les 5 points de l’impérialisme de Lénine décrivent les pays développés à l’époque de l’impérialisme, et au moment où ils ont été formulés, seuls les pays impérialistes étaient développés. Au début du XXe siècle, seule une minorité de pays impérialistes avaient des monopoles financiers exportateurs de capitaux. Or, au début du XXIe siècle, une majorité de pays ont des monopoles financiers exportateurs de capitaux. Doit-on en conclure qu’une majorité de pays sont aujourd’hui des pays impérialistes ?

    La définition léniniste d’un pays impérialiste, déduite de la définition léniniste de l’époque de l’impérialisme, est propre à un moment particulier de l’époque de l’impérialisme, celle sur laquelle Lénine écrivait (la fin de l’ancienne époque capitaliste et le début de la nouvelle époque capitaliste-impérialiste) — elle n’est pas universelle à l’époque de l’impérialisme. Doit-on donc abandonner la définition léniniste de l’impérialisme ?

    Quelle est l’essence de la définition léniniste de l’impérialisme ? Le partage du monde par les monopoles financiers, c’est-à-dire la domination économique mondiale. C’est avec la compréhension de cette essence que nous devons, aujourd’hui, départager les pays dominants (impérialistes) des pays dominés (coloniaux et semi-coloniaux). La définition léniniste de l’impérialisme est propre à un moment donné de l’époque de l’impérialisme (le début du XXe siècle) dans la forme (les 5 points), mais elle est universelle à toute l’époque de l’impérialisme dans le fond. Nous devons aujourd’hui définir la forme contemporaine de l’impérialisme, dont le fond historique a déjà été défini par Lénine en 1916.

    Le problème théorique qui nous anime n’est pas la définition de l’époque de l’impérialisme, mais la définition d’un pays impérialiste contemporain. Définir un pays impérialiste n’est pas un problème théorique scolastique. Si l’Inde ou la Turquie ne sont pas semi-coloniales, mais impérialistes, alors la stratégie des communistes en Inde ou en Turquie doit changer drastiquement. Si la Russie n’est pas impérialiste, mais semi-coloniale, alors là aussi la stratégie des communistes sur la guerre russo-ukrainienne doit changer drastiquement. De plus, comprendre la nature impérialiste ou semi-coloniale de chaque pays est nécessaire pour comprendre le système capitaliste-impérialiste contemporain, et donc, pour prévoir correctement son mouvement.

    2. Dépendance dominée ou dominante ?

    Au XIXsiècle et pendant la 1re moitié du XXsiècle, la domination impérialiste était principalement coloniale : les pays impérialistes se partageaient le monde en empires — littéralement, à Berlin en 1885. Depuis la 2de moitié du XXsiècle, la domination impérialiste est devenue principalement semi-coloniale : les pays impérialistes se partagent le monde en sphères d’influence. Cette transformation a été la transition d’une domination principalement directe et ouverte de pays annexés soumis par la conquête, en domination principalement indirecte et masquée de pays autonomes soumis par la dépendance. La dépendance est devenue la principale arme de la domination impérialiste au XXsiècle (la principale forme de la contradiction impérialisme-peuples opprimés).

    Aucun pays autonome (c’est-à-dire, non colonial) n’est à proprement parler « indépendant » de tous les autres. Les pays du centre ne sont pas « dépendants » des pays de la périphérie, parce qu’ils les dominent, mais ils ne sont pas « indépendants » d’eux non plus : sans la périphérie, le centre ne peut pas être le centre.

    La dépendance est toujours une relation réciproque, mais il y a toujours un aspect dominant et un aspect dominé dans la dépendance. Les deux aspects de la dépendance sont toujours autonomes l’un de l’autre (ils ont leur existence propre), mais ils ne sont jamais indépendants l’un de l’autre (ils n’existent pas l’un sans l’autre).

    Par exemple, les USA, le centre du centre impérialiste, ne sont pas un pays « indépendant », parce qu’il ne peut pas fonctionner tel qu’il fonctionne isolé de tous les autres pays du monde. Cependant, l’on ne peut pas dire des USA qu’ils sont un pays « dépendant », parce que dans sa relation de dépendance avec tous les autres pays du monde, il les domine tous.

    La question est moins « est-ce qu’un pays est dépendant ou indépendant ? », mais « est-ce qu’un pays est dominé ou dominant dans sa dépendance ? »

    Il faut comprendre ce qui fait la domination dans la dépendance pour comprendre pourquoi des pays autonomes sont dominants (impérialistes) ou dominés (semi-coloniaux). Pour comprendre si un pays est dominé ou dominant dans ses relations aux autres pays, on ne peut pas isoler quelques-unes de ses relations ou ses relations avec quelques pays, mais l’on doit considérer l’ensemble de ses relations avec l’ensemble des autres pays.

    Les pays impérialistes sont des puissances économiques et (géo)politiques, mais ce ne sont pas la puissance économique et (géo)politique qui font d’un pays un pays impérialiste. Décrire des pays dépendants et dominés, comme l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran comme des pays impérialistes contemporains, pour leur relative puissance économique et (géo)politique, c’est avoir une compréhension superficielle du système capitaliste-impérialiste, c’est-à-dire de la domination dans la dépendance.

    3. Exploité exploiteur ou exploiteur exploité ?

    Dans un document précédent, nous avons écrit :

    « Tous les pays capitalistes, y compris les pays dominés, luttent pour se constituer un empire, mais cela ne signifie pas que tous les pays seraient alors des pays impérialistes : seuls les pays qui réussissent effectivement à se constituer un empire duquel ils extraient des surprofits peuvent être qualifiés d’impérialistes. Un pays peut-être impérialiste et lui-même plus exploité qu’exploiteur, ce qui ne change pas le fait qu’il est lui-même exploiteur, donc impérialiste. »2

    Il n’est aujourd’hui plus possible de définir un pays impérialiste (« dominant » ou « oppresseur ») comme un pays « exploiteur ». Avec cette définition, la quasi-totalité des pays du monde sont aujourd’hui des pays impérialistes. Les pays qui ne sont plus qu’« exploités » ne sont plus qu’une infime proportion des pays du monde. Dans la chaîne mondiale de la valeur, l’ensemble des pays intermédiaires sont des pays exploités et exploiteurs, et même les pays inférieurs bénéficient à certains degrés de l’exploitation d’autres pays (c’est-à-dire, de l’échange inégal).

    L’économiste Li Minqi exprime le problème ainsi :

    « Compte tenu du développement de la division capitaliste mondialisée du travail et des interactions complexes du commerce international et des flux de capitaux, il est difficile (voire impossible) d’identifier un seul pays dans le monde d’aujourd’hui comme étant soit un exploiteur “à 100 %” dans ses relations économiques avec le reste du système-monde capitaliste, soit un exploité “à 100 %”. Plus vraisemblablement, un pays peut simultanément entretenir des relations exploiteuses avec certains pays et des relations exploitées avec d’autres. Par conséquent, pour identifier la position d’un pays dans le système-monde capitaliste, il est important de ne pas se concentrer sur un seul aspect des relations (par exemple, qualifier la Chine d’impérialiste simplement parce qu’elle a exporté des capitaux). Au contraire, il est nécessaire d’examiner toutes les relations commerciales et d’investissement concernées et de déterminer si, dans l’ensemble, le pays reçoit plus de plus-value du reste du monde qu’il n’en transfère au reste du monde. D’une part, si un pays reçoit nettement plus de plus-value du reste du monde qu’il n’en transfère, alors il est clairement qualifié de pays impérialiste au sens où il est un pays exploiteur dans le système-monde capitaliste. D’autre part, si un pays transfère beaucoup plus de plus-value aux pays impérialistes qu’il n’en reçoit du reste du monde, le pays serait un membre périphérique ou semi-périphérique du système mondial capitaliste (en fonction d’une étude plus approfondie de la position du pays par rapport aux autres pays périphériques et semi-périphériques). »3

    « Selon la théorie du système-monde, le système-monde capitaliste est divisé en trois positions structurelles : le centre, la semi-périphérie et la périphérie. Les pays du centre se spécialisent dans des processus de production quasi monopolistiques et à forte rentabilité, tandis que les pays de la périphérie se spécialisent dans des processus de production hautement compétitifs et à faible rentabilité. La plus-value est transférée des producteurs de la périphérie vers les producteurs du centre, ce qui entraîne un échange inégal et une concentration de la richesse mondiale dans le centre. En comparaison, les pays semi-périphériques ont “un mélange relativement équilibré” de processus de production centraux et périphériques. »4

    Un pays de la semi-périphérie est un pays qui perçoit une proportion de survaleur depuis les pays de la périphérie mais qui exporte une proportion plus importante de survaleur vers les pays du centre. Les pays de la semi-périphérie sont donc des pays intermédiaires dans le circuit international de la valeur, mais qui restent eux-mêmes plus exploités qu’exploiteurs.

    Il n’est plus possible de définir un pays impérialiste comme un pays « exploiteur », il est alors tentant de le définir comme un pays « plus exploiteur qu’exploité ». Cependant, cette définition intuitive pose elle aussi plus de problèmes qu’elle n’en résout. Avec cette définition, seuls les pays du centre seraient des pays impérialistes, et les pays de la semi-périphérie ne pourraient pas être des pays impérialistes — par définition.

    Par exemple, avec cette définition, la Chine ne serait pas un pays impérialiste, parce qu’elle est aujourd’hui un pays plus exploité par l’Occident (dont le Japon) qu’elle n’exploite le reste du monde.

    « […] Dans l’ensemble, la Chine reste une économie exploitée par les pays impérialistes du système-monde capitaliste, même si le degré d’exploitation a rapidement diminué ces dernières années. »5

    D’une part, la Chine est toujours un pays principalement exploité, mais d’autre part, la Chine est aussi devenue l’un des principaux pays exploiteurs du monde :

    « Si l’on additionne la population de l’Asie du Sud, de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie de l’Est à revenu faible ou moyen (à l’exclusion de la Chine), la population totale représente environ 45 % de la population mondiale. La Chine a donc établi des relations d’exploitation avec près de la moitié de la population mondiale. La Chine ne peut plus être traitée comme un simple pays périphérique dans le système-monde capitaliste. »

    La Chine est à la fois un pays exploité et un pays exploiteur :

    « […] Dans l’ensemble, la Chine continue d’occuper une position exploitée dans la division capitaliste mondiale du travail et transfère plus de plus-value au centre (pays impérialistes historiques) qu’elle n’en reçoit de la périphérie. Toutefois, le PIB par habitant de la Chine a atteint des niveaux nettement supérieurs aux niveaux de revenus de la périphérie et, en termes de flux internationaux de transfert de main-d’œuvre, la Chine a établi des relations d’exploitation avec près de la moitié de la population mondiale (y compris l’Afrique, l’Asie du Sud et certaines parties de l’Asie de l’Est). Par conséquent, il est mieux de considérer la Chine comme un pays semi-périphérique dans le système-monde capitaliste. »6

    La Chine est-elle donc un pays exploité exploiteur (un pays dominé fort) ou un pays exploiteur exploité (un pays dominant faible) ? Selon la théorie du système-monde, la Chine est un pays principalement exploité (semi-périphérique), elle ne pourrait donc pas être un pays dominant — par définition.

    La définition structuraliste d’un pays impérialiste proposée par la théorie du système-monde (le modèle centre-périphérie) pose deux principaux problèmes théoriques. Premièrement, elle implique qu’un pays qui lutte pour la domination économique mondiale (par et pour lui-même, pas comme intermédiaire d’un autre pays), et qui réussi ainsi à dominer la majorité du monde, ne serait pas impérialiste du moment que ce pays reste plus exploité qu’exploiteur — par exemple, la Chine contemporaine. Deuxièmement, elle place au même niveau une bourgeoisie qui domine la majorité du monde et une bourgeoisie qui est l’intermédiaire d’une bourgeoisie qui domine la majorité du monde ; elle ne distingue pas une bourgeoisie qui exploite réellement la majorité du monde d’une bourgeoisie qui participe à l’exploitation de la majorité du monde comme complice, auxiliaire, collaboratrice, etc., de la première — par exemple, respectivement la bourgeoisie chinoise et indienne. La théorie du système-monde est inapplicable dans la pratique politique, c’est une déviation structuraliste dans l’analyse de l’impérialisme.

    Les pays dominants (impérialistes) profitent de la dépendance et de l’échange inégal, mais profiter de la dépendance et de l’échange inégal ne fait pas d’un pays un pays dominant. Les pays dominés peuvent exploiter d’autres pays dominés, comme c’est le cas des pays dominés de la semi-périphérie (Inde, Indonésie, Vietnam, Corée du Sud, Taïwan, Mexique, Venezuela, Brésil, Argentine, République démocratique du Congo, Afrique du Sud, Pologne, Ukraine, Roumanie, Égypte, Grèce, Turquie, Arabie saoudite, Iran, etc.), mais la bourgeoisie compradore de ces pays n’est pas alors une bourgeoisie impérialiste.

    De plus, les pays dominants s’exploitent entre eux : comme nous l’avons cité dans notre précédent document, le Canada exploite l’Angleterre. Est-ce que cela signifie qu’il suffirait que l’Angleterre soit plus exploitée par d’autres pays impérialistes qu’elle n’exploite d’autres pays pour cesser d’être un pays impérialiste ?

    Pour définir un pays impérialiste, il faut une définition de classe.

    4. Surprofits intermédiaires ou autonomes ?

    Dans des documents précédents, nous avons écrit :

    « La bourgeoisie russe et chinoise ne sont pas des bourgeoisies compradores, incapables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes. Ce sont des bourgeoisies nationales et impérialistes, qui sont capables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes, et qui luttent donc pour étendre et intensifier leur domination sur la bourgeoisie compradore et les masses populaires (la bourgeoisie nationale, petite bourgeoisie, prolétariat et paysannerie) des nations opprimées. Les bourgeoisies russe et chinoise cherchent à assurer et à accroître leurs surprofits par la domination politique des États et la domination économique des marchés. La Russie et la Chine sont des pays relativement dominés, mais ce ne sont pas des pays dominés, leur bourgeoisie impérialiste est relativement faible, mais ce sont des bourgeoisies impérialistes.

    Tous les pays capitalistes, y compris les pays dominés, luttent pour se constituer un empire, mais cela ne signifie pas que tous les pays seraient alors des pays impérialistes : seuls les pays qui réussissent effectivement à se constituer un empire duquel ils extraient des surprofits peuvent être qualifiés d’impérialistes. Un pays peut-être impérialiste et lui-même plus exploité qu’exploiteur, ce qui ne change pas le fait qu’il est lui-même exploiteur, donc impérialiste. »7

    « Un pays dirigé par une bourgeoisie compradore ne peut pas être un pays impérialiste, car la bourgeoisie compradore ne peut pas accumuler de surprofits : dans l’exploitation internationale du travail et l’accumulation internationale de la valeur, elle ne joue un rôle que d’intermédiaire pour la bourgeoisie impérialiste, et elle est elle-même dominée. »8

    « Comment des pays de la semi-périphérie peuvent-ils être impérialistes, comme la Chine ou la Russie, et d’autres semi-coloniaux, comme la Turquie, l’Inde ou l’Iran ? La place de ces pays dans le système-monde est identique, pourtant leur nature est différente. Pourquoi ? Parce que dans le cas de la Chine et de la Russie, c’est une bourgeoisie nationale (bureaucratique et impérialiste) qui est au pouvoir et qui possède les moyens de production et d’échange, alors que dans le cas de la Turquie, de l’Inde ou de l’Iran, c’est une bourgeoisie compradore (bureaucratique) qui est au pouvoir et qui possède les moyens de production et d’échange : l’une bénéficie directement de la dépendance et de l’échange inégal, l’autre n’en bénéficie qu’indirectement, l’une peut accumuler des surprofits, l’autre ne le peut pas. »9

    La production mondiale est in fine une production vers le centre, et l’exploitation mondiale est in fine une exploitation par le centre : le circuit mondial de la valeur n’est pas linéaire, mais il va de la périphérie vers le centre — la valeur est extraite à la périphérie et s’accumule au centre. Cependant, la question à laquelle nous devons répondre n’est pas « quelle est la place d’un pays dans le système-monde ? » mais « quelle est la nature de classe d’un pays ? », c’est-à-dire, « quels sont les classes et quelle est la classe dominante d’un pays ? » Confondre les pays du centre avec les pays dominants, et les pays de la périphérie (et semi-périphérie) avec les pays dominés, est faux. Le problème de la définition d’un pays impérialiste n’est pas « quel pays accumule ? », mais « dans chaque pays, quelle classe accumule et comment accumule-t-elle ? » Autrement dit, « quelle est la nature de l’accumulation de chaque bourgeoisie de chaque pays ? »

    Un pays peut avoir une place intermédiaire (semi-périphérique) dans le système-monde, et être impérialiste, si sa bourgeoisie est impérialiste, ou ne pas l’être, si sa bourgeoisie est compradore.

    Pour comprendre pourquoi nous affirmons que « la bourgeoisie compradore ne peut pas accumuler de surprofits », il faut comprendre la différence entre l’accumulation compradore (intermédiaire) et l’accumulation impérialiste (autonome) de surprofits. À proprement parler, notre affirmation est inexacte : la bourgeoisie compradore accumule elle aussi des surprofits. Ceci dit, quelle est la nature de cette accumulation, et donc, quelles sont ses conditions et ses limites déterminées ?

    La bourgeoisie compradore ne peut accumuler que la proportion de surprofits que lui permet la bourgeoisie impérialiste. L’accumulation de surprofits par la bourgeoisie compradore ne peut être qu’une accumulation intermédiaire d’une fraction de l’accumulation de surprofits par la bourgeoisie impérialiste. La proportion de surprofits que la bourgeoisie compradore peut accumuler dépend du développement du capitalisme comprador, mais celui-ci dépend lui-même de la bourgeoisie impérialiste (il est un développement par et pour l’impérialisme). Les surprofits se concentrent donc toujours dans les pays impérialistes, parce que la production dans les pays dominés reste dépendante des pays impérialistes, même lorsqu’ils exploitent d’autres pays dominés, et à destination des pays impérialistes, même lorsqu’ils sont exploités par d’autres pays dominés.

    Les pays où la classe dominante est une bourgeoisie compradore — soumise à l’impérialisme — restent donc des pays dominés sur le marché mondial — soumis à l’impérialisme — même lorsqu’ils exploitent des pays dominés.

    À l’inverse, des pays impérialistes peuvent être relativement exploités sur le marché mondial, comme c’est le cas des pays impérialistes de la semi-périphérie (Chine, Russie, Italie, Espagne, etc.), mais la bourgeoisie impérialiste de ces pays n’est pas alors une bourgeoisie compradore non plus.

    La bourgeoisie impérialiste peut accumuler « librement » des surprofits, même si celle-ci est en concurrence avec d’autres bourgeoisies impérialistes et que sa production peut-être relativement dépendante et à destination d’autres pays impérialistes. Le développement du capitalisme dans ces pays n’est pas comprador, c’est-à-dire qu’il n’est pas par et pour l’impérialisme d’un autre pays. L’accumulation de surprofits, même si elle peut être comparable à une accumulation intermédiaire, n’est-elle même pas intermédiaire, c’est-à-dire qu’elle n’est pas développée par la dépendance à d’autres pays, mais par la dépendance d’autres pays.

    Ce qui nous importe, ce n’est in fine pas le degré de dépendance ou d’exploitation (d’échange inégal) sur le marché mondial, c’est la classe qui est dépendante ou exploitée, c’est-à-dire la nature de cette dépendance et exploitation : est-ce une bourgeoisie qui est l’intermédiaire d’une autre bourgeoisie dans la chaîne mondiale de la valeur, ou qui est à l’extrémité supérieure de celle-ci ? Est-ce que la domination de cette bourgeoisie sur des pays dominés est relative à la domination d’une autre bourgeoisie, ou non ? Dans le premier cas, l’accumulation est compradore (intermédiaire) ; dans le second cas, l’accumulation est impérialiste (autonome).

    La différence entre un pays impérialiste et un pays dominé est analogue à la différence entre la bourgeoisie et le prolétariat : la différence ne se situe pas dans la proportion de valeur accumulée, mais dans les rapports de production. Par exemple, la frange supérieure du prolétariat peut accumuler plus de valeur (par le salaire) que la frange inférieure de la bourgeoisie (par le profit), mais l’aristocratie ouvrière n’est pas alors une frange de la bourgeoisie et la petite bourgeoisie n’est pas alors une frange du prolétariat non plus. Pour aller plus loin, l’aristocratie ouvrière d’un pays du centre peut être plus riche que la moyenne bourgeoisie d’un pays de la périphérie, mais les rapports de production restent respectivement prolétaires et bourgeois. Dans tous les cas, le prolétariat vend sa force de travail alors que la bourgeoisie vend les marchandises produites par la force de travail exploitée du prolétariat ; le prolétariat reproduit sa force de travail (il survit), alors que la bourgeoisie reproduit son capital (elle valorise la valeur). L’accumulation de valeur du prolétariat est salariée, c’est-à-dire intermédiaire de l’accumulation de valeur de la bourgeoisie, qui est capitaliste, c’est-à-dire autonome. Par exemple, la petite bourgeoisie est soumise à la grande bourgeoisie, comme le prolétariat, mais contrairement à lui, elle est à l’extrémité supérieure de l’accumulation de valeur, pas intermédiaire dans celle-ci, et elle est autonome dans celle-ci parce qu’elle n’a pas que sa force de travail à vendre (la « dépendance » de la petite-bourgeoisie à la grande bourgeoisie est capitaliste, pas salariée). Comprendre la nature de la classe dominante d’un pays, c’est comprendre quels sont les rapports de production mondiaux qu’entretient ce pays.

    L’accumulation de surprofits compradore est intermédiaire et relative à la dépendance à d’autres bourgeoisies. L’accumulation de surprofits impérialistes est autonome et relative à la dépendance d’autres bourgeoisies. L’accumulation de surprofits par la bourgeoisie compradore est déterminée (conditionnée et limitée) par l’accumulation des bourgeoisies impérialistes auxquelles elle est dépendante.

    La bourgeoisie compradore est dominée par la bourgeoisie impérialiste, donc leur accumulation de surprofits est qualitativement différente. Comment la bourgeoisie impérialiste domine-t-elle la bourgeoisie compradore ?

    5. Économie extravertie ou autocentrée ?

    Les monopoles compradors existent, et peuvent même être très puissants, par exemple, les chaebols en Corée du Sud ou le Tata group en Inde. L’Inde a aujourd’hui des monopoles plus nombreux et plus importants que de vieux pays impérialistes, comme la France ou l’Allemagne (comme ne manque pas de le noter le MLPD, pour justifier que l’Inde est devenue une superpuissance néo-impérialiste). Comment les monopoles impérialistes dominent-ils toujours les monopoles compradors, même plus nombreux et plus importants ?

    Les monopoles impérialistes peuvent posséder directement les monopoles compradors : les actionnaires des pays impérialistes peuvent acheter des actifs compradors et mettre en minorité les actionnaires locaux. Cependant, ce n’est pas nécessairement le cas. Par exemple, pour Samsung, les actionnaires étrangers (non sud-coréens) représentent entre 30 et 40 % des actionnaires, soit une proportion importante mais non majoritaire. La relation de domination entre les monopoles compradors et les monopoles impérialistes est principalement une relation de dépendance plutôt qu’une relation de propriété.

    Tout comme les pays, les monopoles sont interdépendants à divers degrés, mais la relation de dépendance des monopoles compradors aux monopoles impérialistes est une relation de domination. Dans leur chaîne de production (et de circulation), les monopoles compradors sont soumis aux monopoles impérialistes. Les monopoles impérialistes assurent leur contrôle sur les étapes les plus rentables et les plus stratégiques de la production (et de la distribution), et délèguent les autres étapes, moins stratégiques et moins rentables, aux monopoles compradors. Les monopoles impérialistes s’assurent de leur contrôle sur la technologie et sur la vente des produits à la plus-value la plus élevée (souvent la vente finale, mais pas toujours). Aucun monopole ne contrôle directement — par la propriété — toute sa chaîne de sa production (et de circulation), mais les monopoles impérialistes s’assurent de contrôler indirectement celle-ci — par la dépendance.

    La dépendance est elle-même directe et indirecte. Les monopoles compradors dépendent directement des monopoles impérialistes dans la production et dans la réalisation du profit. Dans la production, la dépendance directe est technologique (la propriété intellectuelle), financière (les investissements) et monétaire (l’accès au marché mondial). Dans la réalisation du profit, la dépendance directe est dans le débouché des marchandises (l’accès aux marchés nationaux des pays impérialistes). Cependant, les monopoles compradors ne dépendent pas des monopoles impérialistes principalement directement, mais principalement indirectement.

    L’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran ont tous une production extravertie, c’est-à-dire un marché national construit par et pour l’exportation vers d’autres marchés nationaux, dont ils dépendent, au détriment de leur propre développement.

    Le marché national désigne la production et la consommation marchandes nationales. Le marché national ne désigne pas toute la production et la consommation d’un pays. D’une part, le marché national est relatif aux marchandises, la production et la consommation non marchandes (domestiques et semi-féodales) en sont donc exclues. D’autre part, le marché national est relatif aux capitaux nationaux (selon la propriété privée bourgeoise), la production des capitaux étrangers en est donc exclue aussi. Du point de vue bourgeois, qu’importe que ce soit du travail national qui mette en mouvement le capital étranger, le profit n’est pas national donc la production ne l’est pas non plus. Idem, qu’importe que le travail domestique et semi-féodal produisent et consomment de la valeur d’usage (en nature), celles-ci ne réalisent pas de profit donc elles n’existent pas. La production et la consommation compradore font partie du marché national, même si elles sont liées aux intérêts impérialistes avant les intérêts nationaux.

    Une économie « extravertie » n’est pas synonyme d’« exportatrice », mais antonyme d’« autocentrée ». Tous les pays exportent, mais tous les pays n’ont pas une économie extravertie (construite par et pour l’exportation). Par exemple, les pays impérialistes de la semi-périphérie, comme la Chine, la Russie, l’Italie ou l’Espagne exportent des marchandises à plus-value faible ou modérée vers les pays impérialistes du centre. Cependant, la différence fondamentale entre une économie semi-périphérique impérialiste ou compradore est dans le développement du marché national :

    • les pays impérialistes ont une économie autocentrée parce que la production et la consommation du marché national se développent principalement pour le marché national (produire la consommation du marché national, consommer la production du marché national) ;
    • les pays semi-coloniaux ont une économie extravertie parce que la production et la consommation du marché national se développent principalement pour d’autres marchés (produire la consommation d’autres marchés, consommer la production d’autres marchés).

    Le développement du marché national pour le marché national peut être par d’autres marchés, comme ce fut le cas de la Chine de la période « Réforme et ouverture ». Le développement du marché national pour d’autres marchés peut être par le marché national lui-même, comme nous allons le voir. Ceci dit, le premier développement émancipe le marché national de la dépendance alors que le second entretient et approfondit la dépendance de celui-ci.

    Dans les économies autocentrées, la relation principale du développement économique est la relation entre la production pour l’équipement (la production de forces productives) et la production pour la consommation « de masse » (la consommation pour la reproduction de la force de travail). Dans les économies extraverties, la relation principale du développement économique est la relation entre la production pour l’exportation et la production pour la consommation « de luxe ».

    La consommation « de masse » est la consommation de la reproduction de la force de travail, qui est donc payée par le salaire (la vente de la force de travail). Par exemple, un prolétaire a un salaire, et avec son salaire, il achète une voiture bas de gamme. La consommation « de luxe » est la consommation de l’exploitation du travail, qui est donc payé par la partie consommée du profit (la survaleur extraite de la valeur produite par le travail). Par exemple, un bourgeois a un profit, et avec son profit, il achète une voiture haut de gamme. Le prix de la consommation « de masse » détermine le prix de vente de la force de travail du prolétaire, alors que le prix de la consommation « de luxe » détermine la proportion consommée du profit du bourgeois.10

    La relation objective (nécessaire) de la croissance économique entre les secteurs productifs n’est pas la même dans les pays autocentrés et extravertis : dans les pays autocentrés, c’est la croissance du secteur de la consommation « de masse » et de celui de l’équipement ; dans les seconds, c’est la croissance du secteur de la consommation « de luxe » et de celui de l’exportation.

    Dans les pays dominés, les revenus du capital sont principalement des revenus du capital comprador, donc la demande « de luxe » est principalement une demande compradore, c’est-à-dire que la consommation « de luxe » est principalement la consommation par le profit comprador.

    La demande « de masse » et « de luxe » existent toutes deux dans les économies autocentrées et extraverties. Cependant, leur rôle dans le développement économique n’est pas le même. Les marchés autocentrés sont principalement fondés sur la demande « de masse » des revenus du travail (les salaires). Les marchés extravertis sont principalement fondés sur la demande « de luxe » des revenus du capital (les profits).

    « Le premier [des deux mécanismes qui produisent le sous-développement] détermine le rapport entre le département des moyens de production et celui des moyens de consommation. Pour le comprendre, il faut se souvenir que les périphéries ont été construites par le centre, elles se sont laissées construire par leurs classes dirigeantes, ou alors elles ont été battues dans leur résistance. Elles ont été construites sur l’articulation entre exportation et consommation de luxe. Le premier terme est l’exportation des ressources, qui concerne, pour tout le XIXe siècle et une bonne partie du XXe, les matières premières agricoles et minérales, les produits tropicaux, les arbres de Sibérie, et pour les minéraux le cuivre, le fer, l’or, le charbon, ainsi que le pétrole et le gaz qui sont plus importants aujourd’hui. Ces exportations sont contrôlées par le capital du centre, en alliance avec les classes dirigeantes des anciens systèmes locaux, sauf dans les colonies au sens le plus strict où l’administration coloniale se substituait aux classes dirigeantes locales. De la sorte, ces exportations produisent des revenus pour une minorité. Celle-ci est parfois infime, comme en Guinée équatoriale où il s’agit du Président et de sa famille, et elle a certainement longtemps représenté autour de 5 % de la population pour l’Afrique subsaharienne sortie de la colonisation. Aujourd’hui, dans des pays comme l’Inde, le Brésil, l’Amérique latine, ou une bonne partie de l’Afrique qui rattrape, ce chiffre atteint 20 %. Mais c’est seulement 20 %, et cela signifie que 80 % ne tirent aucun bénéfice de tout cela. »11

    Dans tout marché, il y a une contradiction entre la capacité de production et la capacité de consommation (double condition à la réalisation d’un profit), qui est dépassée en permanence dans la dépendance : les pays impérialistes exportent ce qu’ils ne peuvent pas consommer, les pays semi-coloniaux importent ce qu’ils ne peuvent pas produire. Ce dépassement n’est pas un dépassement de la dépendance, mais une intensification de celle-ci (de la contradiction entre pays dominés et pays dominants) ! Avoir une capacité de production sans capacité de consommation, c’est la crise de surproduction — le profit ne peut pas se réaliser.

    6. Économie hétérogène ou homogène ?

    Le développement comprador (« par le haut ») du capitalisme dans les pays semi-coloniaux crée aussi un développement « par la fin ». Pourquoi ? Parce que dans les économies extraverties, où la demande « de luxe » est la demande principale, la production pour la consommation « de luxe » est une production en substitution d’importation, c’est-à-dire en substitution de production importée des pays impérialistes développés. Le développement « par la fin » est organique dans les marchés nationaux dominés, où la demande « de luxe » est la demande principale, parce que la production en substitution d’importation est la plus rentable.

    Dans les économies extraverties, il y a un marché national avec une demande « de masse », mais ce marché national est « biaisé » en défaveur du secteur productif de la consommation « de masse » (qui est nationale) et en faveur de la consommation « de luxe » (qui est compradore).

    Or, la production pour la consommation « de luxe » est une production à forte consommation de capitaux et de travail, c’est-à-dire qui nécessite des forces productives développées : infrastructures, usines, technologies, main-d’œuvre qualifiée, etc. Lorsque le marché national se développe dans les pays dominés, il se développe « par la fin », donc il développe en même temps sa dépendance. Plus le secteur de la production pour la consommation « de luxe » se développe, plus celui-ci dépend des investissements et des importations depuis les pays impérialistes.

    Dans les économies extraverties, la dépendance augmente avec l’augmentation des salaires et des forces productives. La demande « de masse » et d’équipement est conditionnée et limitée par l’extraversion de l’économie, c’est-à-dire qu’elles sont relatives à la dépendance. Cela reste vrai même lorsque les salaires augmentent la consommation « de masse » du marché national et que les forces productives augmentent la production vers le marché national. Pourquoi ? Parce que la production reste en substitution d’importation (même lorsqu’elle est pour la consommation « de masse »).

    Dans les économies extraverties, la relation objective (nécessaire) de la croissance économique est donc « biaisée », elle commence « par la fin ». Ce « biais » crée une croissance économique hétérogène — par opposition aux économies autocentrées, où ce « biais » n’existe pas et où la croissance économique est donc homogène. Dans les économies extraverties, la croissance du secteur productif de la consommation « de luxe » et de l’exportation est donc une augmentation de l’hétérogénéité économique, et donc, une augmentation de la dépendance. L’hétérogénéité des économies extraverties fait partie de leur dépendance : la production des économies hétérogènes dépend de la production des économies homogènes plus avancées.

    Dans les économies hétérogènes, l’augmentation des forces productives du secteur pour la consommation « de masse », parce qu’elle reste en substitution d’importation depuis des économies homogènes (en imitation du standard « de luxe » fixé par les classes dominantes locales), augmente la dépendance aux économies homogènes qui ont les forces productives (les capitaux et la force de travail complexe) qui correspondent à cette production qualitativement avancée.

    Dans les économies extraverties, la demande est « biaisée » en général, ce qui comprend la consommation mais aussi les investissements.

    Les investissements se concentrent là où ils sont les plus rentables, donc, ils se concentrent dans les pays impérialistes développés et dans le secteur exportateur. La proportion du profit réinvesti dans la reproduction du capital est réduite un minimum pour que la proportion investie dans le capital des pays impérialistes développés soit maximum. Par exemple, un bourgeois va utiliser sa rente pétrolière pour acheter des bons du trésor américain, mais pas pour développer ou diversifier son capital. Les retours sur investissement dans les pays développés sont meilleurs que ceux dans le secteur exportateur national, qui sont eux-mêmes meilleurs que ceux dans les autres secteurs nationaux. En conséquence les économies extraverties observent un double phénomène de fuite des capitaux vers les pays plus développés et de rente du capital du secteur exportateur — « rente », parce que le capital du secteur exportateur stagne. La concurrence est principalement pour la domination de la rente du secteur exportateur, pas pour le développement des forces productives (par exemple, l’augmentation de la productivité ou la diversification des secteurs productifs).

    Dans les pays extravertis, la bourgeoisie est dominée, elle investit donc relativement à sa domination. La haute bourgeoisie est liée aux intérêts des marchés développés, dans lesquels elle investit et dont elle dépend, avant d’être liée aux intérêts du marché national. Dans les pays dominés, la haute bourgeoisie ne peut être que compradore, et la bourgeoisie nationale ne peut être qu’une moyenne bourgeoisie — le grand capital est nécessairement comprador. Les bourgeois compradors investissent au court terme dans leur dépendance, là où les bourgeois impérialistes investissent au long terme dans leur autonomie (financière-monétaire et technologique), pour augmenter leur profit impérialiste et le sauvegarder contre la concurrence interimpérialiste. Pour la haute bourgeoisie compradore, se battre contre la dépendance est vain, elle cherche donc à avoir une meilleure place dans celle-ci plutôt qu’à en sortir — d’où ses investissements de court terme, qui ne sont pas « stupides », mais qui correspondent simplement à la réalité de la dépendance avec laquelle elle compose.

    Dans les économies autocentrées, les investissements ne sont pas « biaisés ». D’une part, la bourgeoisie réinvestit son profit dans son capital national, parce que cet investissement est le plus rentable et que la concurrence fait de même ; d’autre part, la bourgeoisie ne consomme pas une proportion importante de son profit, parce qu’elle n’importe pas sa consommation « de luxe », qui est produite par le marché national (homogène). Pour ces deux raisons, la proportion réinvestie du profit est haute, et la proportion consommée est basse. Dans les économies extraverties, par comparaison aux économies autocentrées, la proportion du profit réinvesti est beaucoup plus faible et la proportion du profit consommé est beaucoup plus élevée.

    Tout capitalisme comprador n’est pas un capitalisme « de rente » ou un capitalisme bureaucratique (et tout capitalisme bureaucratique n’est pas un capitalisme comprador). La « rente » (qui est étatique, c’est-à-dire bureaucratique) ne s’observe généralement que dans les capitalismes compradors les plus arriérés, où le sous-développement est le plus intense. Le développement du marché national dans les semi-colonies est toujours lent et hétérogène, mais il peut exister, voire être relativement important. Par exemple, en Corée du Sud, où l’absence de ressources naturelles abondantes et demandées rend impossible une « rente », les bourgeois bureaucratiques compradors sud-coréens ont investit dans leur capital comprador et ont produit aussi pour la demande « de masse » sud-coréenne. Le semi-colonialisme recouvre des réalités très différentes : la Corée du Sud, exportatrice de capitaux et de marchandises à plus-value élevée, est une semi-colonie, le Bangladesh est aussi une semi-colonie. Entre ces deux pays, le capitalisme comprador est quantitativement différent — relativement développé ou sous-développé — mais il est qualitativement identique — dépendant. La dépendance conditionne et limite le développement des semi-colonies, mais elle ne l’interdit pas, d’où la différence entre les pays semi-coloniaux de la périphérie (par exemple, le Bangladesh) et de la semi-périphérie (par exemple, la Corée du Sud), dont le développement est quantitativement comparable à celui des pays impérialistes de la semi-périphérie. À ce propos, l’Irlande est un pays semi-colonial du centre (le seul), dont le développement est quantitativement comparable à celui des pays impérialistes du centre.

    La dépendance, c’est-à-dire la domination impérialiste, est principalement indirecte et organique. Historiquement, le développement du capitalisme comprador dans les colonies et semi-colonies était principalement par l’autocroissance du capital, et secondairement seulement par l’exportation de capitaux.12 Aujourd’hui, le développement du capitalisme comprador dans les semi-colonies est principalement par l’extraversion et l’hétérogénéité du capital, et secondairement seulement par la propriété étrangère du capital.

    7. Respect ou subversion des monopoles stratégiques ?

    L’accumulation compradore ou impérialiste est relative au statut dominant ou dominé dans la dépendance. Cette domination est principalement indirecte (l’extraversion et l’hétérogénéité), mais elle est aussi directe. Depuis la 2de Guerre mondiale, les pays impérialistes ont monopolisé des moyens de puissance économique et politiques avec lesquels ils dominent les autres pays du monde.

    Ces monopoles sont :

    1. le monopole des ressources naturelles ;
    2. le monopole technologique ;
    3. le monopole médiatique ;
    4. le monopole financier et monétaire ;
    5. le monopole militaire.

    Par exemple, « une vingtaine de banques, qui sont toutes des pays du centre, contrôlent toutes les transactions sur le marché financier monétaire mondialisé. »13

    Dans le cas du monopole financier et monétaire, la comparaison de l’Inde et de la Chine est flagrante :

    « Le quatrième monopole est financier, c’est le marché financier et monétaire mondialisé. C’est la raison pour laquelle la Chine et la Russie sont pour eux des pays insupportables, car elles ne rentrent pas dans cette mondialisation financière. Par contre, l’Inde y rentre. »14

    « [La Chine] participe à la mondialisation commerciale, à la mondialisation des investissements, mais pas à la mondialisation financière. Les banques, en Chine, sont toutes des banques d’État chinoises. Et le yuan n’est pas une devise flexible sur le marché : le taux est décidé par la Chine. Le résultat, c’est que, mesuré en parité de pouvoir d’achat, le PIB chinois fait 18 % du PIB mondial, et mesuré en dollars courants ou en yuans courants, 16 %. La différence est très petite. L’Inde, qui participe à la financiarisation mondialisée, pèse 8 % en parité de pouvoir d’achat, mais seulement 1,2 % en dollars courants. Rentrer dans la mondialisation financière, c’est accepter l’accumulation par dépossession, à travers des dévaluations permanentes et continues qui permettent d’acheter pour une bouchée de pain des actifs locaux. »15

    Chercher à obtenir les monopoles stratégiques, c’est en soi subvertir la domination des pays impérialistes hégémoniques depuis la 2de Guerre mondiale, pour leur résister ou leur faire concurrence ; et ne pas chercher à obtenir les monopoles stratégiques, c’est en soi respecter la domination des pays impérialistes hégémoniques depuis la 2de Guerre mondiale, donc s’y soumettre.

    L’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran se soumettent en général aux monopoles stratégiques de l’Occident (dont le Japon), alors que la Russie et la Chine les concurrencent radicalement. Par exemple, la Chine investit dans la recherche technologique et cherche à imposer le yuan dans les échanges commerciaux, la Russie investit dans une puissance militaire capable de rivaliser avec celle des USA, et les banques chinoises et russes répondent à la bourgeoisie chinoise et russe avant de répondre au Fonds monétaire international ou à la Banque mondiale.

    L’Iran ne s’est que partiellement émancipé des monopoles stratégiques de l’Occident, il ne leur fait pas concurrence (il ne cherche pas à les obtenir), et il se soumet à la place à ceux des challengeurs russe et chinois. En revanche, Cuba ou la Corée du Nord continuent de résister aux monopoles stratégiques de l’Occident.

    8. Pays semi-périphériques dominés ou impérialistes ?

    La place dans le système monde — centre, semi-périphérie, périphérie — ne traduit que le degré d’exploitation dans le circuit mondial de la valeur. Un pays du centre exploite plus qu’il n’est exploité. Un pays de la périphérie est exploité plus qu’il n’exploite. Un pays de la semi-périphérie fait partie de la périphérie, mais il exploite le reste de la périphérie, et a donc une place intermédiaire, c’est-à-dire un degré d’exploitation moindre dans le circuit mondial de la valeur.

    Les pays impérialistes de la semi-périphérie sont surexploités comme les pays dominés de la semi-périphérie, mais ils ne sont pas dépendants comme les pays dominés de la semi-périphérie. Les pays de la semi-périphérie sont dans une situation d’oligopsone avec le reste de la périphérie, mais parce que les pays impérialistes de la semi-périphérie possèdent une économie autocentrée et homogène, ainsi que les 5 monopoles stratégiques, la même situation d’oligopsone ne crée pas la même situation de dépendance. Les pays impérialistes de la semi-périphérie « dépendent » de leurs exportations vers le centre, tout comme les pays impérialistes du centre « dépendent » de leurs exportations vers le centre du centre — les USA. Cependant, cette dépendance d’une bourgeoisie impérialiste à une autre bourgeoisie impérialiste est qualitativement différente de la dépendance d’une bourgeoisie compradore à une bourgeoisie impérialiste.

    Lorsqu’une semi-colonie développe son exploitation d’autres pays, elle développe en même temps son exploitation par d’autres pays, et elle ne cesse donc pas d’approfondir sa propre exploitation. Une semi-colonie de la semi-périphérie reste plus exploitée qu’exploiteuse, mais au-delà du rapport entre la survaleur importée et exportée, c’est-à-dire de l’échange inégal, une semi-colonie reste dépendante, donc dominée. C’est le cas des semi-colonies de la semi-périphérie : Inde, Corée du Sud, Brésil, Turquie, Iran, etc. Avec le développement de l’exploitation d’autres pays, la place dans le circuit mondial de la valeur change, le ratio exploiteur/exploité change, mais pas la nature du pays — semi-colonial ou impérialiste.

    L’échange inégal (la surexploitation du travail) est la conséquence de la dépendance. C’est la dépendance qui est déterminante — qui fait qu’un pays est impérialiste ou semi-colonial. Cette dépendance, c’est toujours la dépendance d’une classe à une autre — de la bourgeoisie compradore à la bourgeoisie impérialiste.

    La Chine et la Russie sont surexploitées, mais elles ne sont pas dépendantes, parce que leur bourgeoisie n’est pas compradore. Si la bourgeoisie russe et chinoise sont bureaucratiques mais pas compradores, c’est parce que le développement du capitalisme en Russie et en Chine n’a lui-même pas été comprador.

    Dans les semi-colonies, le développement du capitalisme est comprador : l’accumulation des forces productives « par le haut » et « par la fin » est le développement d’une économie extravertie et hétérogène. En Chine et en Russie, le développement du capitalisme n’a pas été comprador : l’accumulation socialiste des forces productives était le développement d’une économie autocentrée et homogène.

    « L’articulation déterminante dans un système autocentré est celle qui relie le secteur [de] la production de biens de consommation “de masse” au secteur [de] la production de biens d’équipement destiné à permettre la production [de biens de consommation “de masse”]. Cette articulation déterminante a effectivement caractérisé le développement historique du capitalisme au centre du système (en Europe, en Amérique du Nord et au Japon). Elle définit donc abstraitement le mode de production capitaliste “pur” et a été analysée, comme telle, dans le Capital. On pourrait montrer que le procès du développement de l’URSS comme celui de la Chine est également fondé sur cette articulation déterminante, bien que les modalités de ce procès soient, en ce qui concerne la Chine, originales. »16

    Le développement comprador a développé une dépendance pérenne, alors que le développement socialiste a prévenu celle-ci, alors même que l’URSS révisionniste et la Chine populaire étaient des pays dont le développement économique était moins avancé que les pays impérialistes. Par exemple :

    « Au début des années 1990, la Chine faisait clairement partie de la périphérie. Elle avait des termes d’échange de travail défavorable non seulement par rapport aux États-Unis et à d’autres pays à revenu élevé, mais aussi par rapport à tous les groupes de pays à revenu faible et intermédiaire. Depuis lors, la Chine a réussi à améliorer ses termes d’échange de travail par rapport à chaque groupe de pays. En 2015–17, […] la Chine avait clairement établi des positions d’exploitation en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. […] En outre, la Chine a également acquis un avantage significatif par rapport à d’autres pays d’Asie de l’Est à faible revenu ou à revenu intermédiaire. »17

    La réponse à la question « pourquoi la Russie et la Chine n’ont pas été semi-colonisées lors de leur ouverture respective, alors qu’elles étaient en position d’extrême faiblesse contre les pays impérialistes hégémoniques ? » n’est pas évidente, et ne peut pas être réduite à la simple volonté politique des dirigeants russes et chinois (dans le cas russe, la question est même « comment la Russie de Yeltsin a-t-elle pu ne pas être semi-colonisée ? »).

    Dans les années 1990, l’empire semi-colonial soviétique était disloqué (en ruine) et la Chine n’en avait pas du tout. Cependant, l’économie russe et chinoise, même si elles étaient toutes deux très faibles étaient autocentrées et homogènes. Ainsi, la Russie et la Chine ont développé leur économie principalement avec le développement de la dépendance d’autres pays, et non pas avec celui de leur dépendance à d’autres pays.

    Aujourd’hui, la Russie est un pays impérialiste relativement faible, qui a une économie exportatrice de marchandises à plus-value faible (produit de l’industrie extractiviste) et modérée (produit de l’industrie militaire). Idem pour la Chine, qui a une économie extrêmement exportatrice de marchandise à plus-value modérée — « l’usine du monde ». Cependant, le développement de l’économie russe et chinoise :

    1. développe principalement leur demande « de masse » (non pas leur demande « de luxe ») ;
    2. développe principalement les secteurs productifs de la consommation « de masse » et d’équipement (non pas ceux de la consommation « de luxe » et d’exportation) ;
    3. et développe leur homogénéité (non pas leur hétérogénéité).

    En Russie et en Chine, la demande est principalement la consommation « de masse » (par le salaire), et la relation objective de la croissance économique est principalement entre le secteur productif de la consommation « de masse » et de l’équipement. Avec la croissance économique, le marché national russe et chinois devient de moins en moins dominé et de plus en plus dominant.

    Avoir un marché autocentré et homogène, premièrement, ce n’est pas seulement avoir la capacité de produire une certaine quantité de marchandise, c’est aussi avoir la capacité de consommer cette quantité de marchandise. Deuxièmement, ce n’est pas seulement avoir la capacité de produire et consommer une certaine quantité de marchandise, c’est aussi avoir la capacité de produire et consommer toutes les qualités de marchandises nécessaires à une économie.

    Par exemple, avoir une industrie de pièce automobile, ce n’est pas produire des voitures. Pour produire des voitures, il faut aussi une industrie de matière première raffinée et de montage automobile. Pour avoir une industrie de matière première raffinée, il faut une industrie extractiviste, et donc un accès aux matières premières brutes. Pour avoir une industrie de montage automobile, il faut des technologies de pointe et une main-d’œuvre formée. Cela implique donc de respecter ou de subvertir les monopoles stratégiques des pays impérialistes, c’est-à-dire de se soumettre, de leur faire concurrence ou de leur résister. Enfin, pour réaliser du profit dans la production de voiture, il faut une consommation de voiture. Cela implique donc d’avoir une demande « de masse » de voitures sur le marché national, donc un prix de reproduction de la force de travail nationale élevé, et/ou d’avoir accès au marché mondial, donc, là aussi, de respecter ou de subvertir les monopoles stratégiques des pays impérialistes.

    9. Pays semi-féodaux semi-coloniaux ou semi-capitalistes ?

    Dans un document précédent, nous avons écrit :

    « Un pays composé d’une importante proportion de paysans précapitalistes dominés par des élites précapitalistes (semi-féodales) ne peut être qu’un pays dominé à l’époque de l’impérialisme, car le semi-féodalisme freine le développement économique et conserve une production dépendante et à bas coût (en situation d’oligopsone sur le marché mondial). »18

    Un pays semi-féodal, c’est-à-dire dont la paysannerie n’est que partiellement prolétarisée et dont la production agricole est encore partiellement autoconsommée, c’est-à-dire une production d’usage pour la reproduction de la paysannerie elle-même, ne peut être qu’un pays dominé.

    Au début du XXsiècle, plusieurs pays impérialistes étaient aussi des pays où les rapports de production semi-capitalistes semi-féodaux étaient les principaux rapports de production dans les campagnes. La Russie tsariste est le meilleur exemple de pays impérialiste semi-capitaliste semi-féodal au début du XXsiècle, mais l’Italie du Sud, l’Espagne et les USA du Sud (!) en sont aussi.

    Y a-t-il donc une erreur dans notre affirmation ? Non, parce que ces pays n’étaient pas des pays semi-coloniaux mais des pays impérialistes arriérés : leur développement était attardé par rapport aux autres pays impérialistes, mais il était analogue, c’est-à-dire autocentré, « par le bas » (concurrentiel).

    « La Russie au début de ce siècle n’était pas un pays périphérique mais un pays de capitalisme central attardé. Ses structures étaient différentes de celles du sous-développement, c’est-à-dire de celles du capitalisme dépendant : la marginalisation [des masses] par exemple y était inconnue. Aussi la Révolution de 1917 a-t-elle permis simplement d’accélérer le processus d’accumulation sans modifier d’une manière fondamentale le modèle de l’accumulation capitaliste. La suppression de la propriété privée des moyens de production au bénéfice de celle de l’État a été la condition de cette accélération. L’histoire a démontré qu’il était possible, dans les conditions de la Russie, de réaliser la tâche de l’accumulation comme le capitalisme l’eût fait, mais dans des formes de propriété différentes. »19

    Qu’est-ce que la marginalisation des masses ?

    « [La marginalisation des masses est] un ensemble de mécanismes d’appauvrissement des masses dont les formes sont d’ailleurs hétérogènes : prolétarisation des petits producteurs agricoles et artisanaux, semi-prolétarisation rurale et appauvrissement sans prolétarisation des paysans organisés en communautés villageoises, urbanisation et accroissement massif du chômage urbain ouvert et du sous-emploi, etc. Le chômage prendra donc ici des formes très différentes de celles qu’il a revêtues dans le modèle central de développement, le sous-emploi en général aura tendance à croître au lieu d’être relativement limité et stable, aux fluctuations conjoncturelles près. La fonction du chômage et du sous-emploi est donc ici différente de celle qu’elle remplit dans le modèle central : le poids du chômage assure une rémunération du travail minimale relativement rigide et bloquée tant dans le secteur [de l’exportation] que dans le secteur [de la consommation “de luxe”] ; le salaire n’apparaît pas à la fois comme coût et comme revenu créateur d’une demande essentielle au modèle, mais au contraire seulement comme coût, la demande ayant son origine ailleurs : à l’extérieur ou dans le revenu des catégories sociales privilégiées. »20

    Le phénomène du semi-féodalisme semi-colonial, qui est la reproduction d’un mode de production semi-capitaliste semi-féodal dans les campagnes semi-coloniales (et avec celui-ci, d’une paysannerie et de féodaux), fait partie du phénomène plus général de marginalisation des masses dans les semi-colonies. Le semi-féodalisme peut être le phénomène principal de la marginalisation des masses, mais il n’est pas le seul — la fin du semi-féodalisme n’est pas la fin de la marginalisation des masses. Le phénomène du semi-féodalisme semi-capitaliste, lui, est distinct du phénomène de marginalisation des masses.

    « L’autre mécanisme [des deux mécanismes qui produisent le sous-développement], qui repose sur le rapport entre secteurs directement et non directement capitalistes, peut être représenté par un schéma. Le secteur capitaliste au nord est grand, mais il coexiste avec un secteur non capitaliste, qui comprend le travail non payé des femmes, et les paysans avant qu’ils ne soient transformés en agriculteurs capitalistes. Dans le sud, en termes d’emploi, une fraction beaucoup plus petite de la population est capitaliste. L’ensemble de ce schéma représente bien le capitalisme, mais on peut distinguer les secteurs qu’il ne gère pas directement. Les transferts de valeur se font de ces secteurs vers les secteurs directement capitalistes, et du Sud vers le Nord. »21

    « Au Sud, l’agriculture est désormais réellement intégrée, mais pas encore complètement. Il reste une autoconsommation qui n’est pas négligeable. L’agriculteur capitaliste français, qu’il fasse de la vigne, du blé, des fruits et légumes, ou du cochon en Bretagne, pratique une autoconsommation insignifiante. En Afrique subsaharienne, ce n’est pas encore insignifiant, cela représente 30 % à 50 % de la production ; le reste est vendu et acheté sur le marché. »22

    Cette agriculture semi-féodale sous-développée n’est pas qu’un symptôme du sous-développement semi-colonial, c’est un mécanisme du sous-développement semi-colonial. L’agriculture arriérée est une faiblesse structurelle pour l’économie en question, dans la concurrence sur le marché mondial. La production agricole (à faible plus-value) à destination du marché mondial est en situation d’oligopsone aigu (une production très fortement concurrentielle), donc l’échange inégal de l’agriculture semi-coloniale avec le centre est lui aussi aigu (une production très fortement surexploitée). L’agriculture semi-féodale est autant intensément surexploitée qu’elle est sous-développée — ce qui sous-développe d’autant plus intensément l’agriculture semi-féodale.

    Les rapports de production semi-capitalistes semi-féodaux dans l’agriculture arriérée des pays semi-coloniaux sont rentables pour les pays impérialistes : directement, parce que l’échange inégal est le plus intense ; indirectement, parce que les masses de paysans et semi-prolétaires paupérisés sont une armée de réserve qui fait pression sur le prix de vente de la force de travail. Les rapports de production semi-capitalistes semi-féodaux ne sont donc pas dissous mais maintenus, et ne sont donc en général pas « transitoire », parce que leur transformation en rapport de production pleinement capitaliste est contingente. D’une part, l’agriculture semi-féodale est restée non intégrée au marché national et mondial jusqu’à relativement récemment. D’autre part, son intégration au marché national et mondial n’a pas été une intégration pleine et entière, qui dissout les rapports de production semi-féodaux dans les rapports de production entièrement capitalistes, mais une intégration marginalisée, qui maintient les rapports de production semi-féodaux.

    Les pays impérialistes, où le semi-féodalisme était transitoire, n’ont pas souffert de la faiblesse structurelle de l’agriculture semi-féodale comme les pays semi-coloniaux. L’agriculture n’était pas marginalisée, ce qui signifie d’une part qu’elle était intégrée au marché national et mondial, et d’autre part que cette intégration dissolvait le semi-féodalisme. De plus, l’agriculture a été largement externalisée dans d’autres pays, ce qui a permis de prolétariser les masses et de nourrir le prolétariat croissant à bas prix (baisser le prix de reproduction de la force de travail vendue). Ainsi, les investissements se sont concentrés dans l’industrie hautement rentable sans laisser une agriculture arriérée se perpétuer. Le semi-féodalisme a été progressivement éliminé et n’a pas créé une économie dépendante. Au début du XXe siècle, en Russie et dans les autres pays impérialistes semi-féodaux, le développement économique autocentré et homogène (par le bas) était attardé mais analogue à celui de tous les autres pays impérialistes.

    « L’Angleterre ayant été à l’origine du capitalisme industriel, tous les autres pays aujourd’hui développés ont été d’une certaine manière, à quelque moment, “attardés” par rapport à elle. Mais aucun de ces pays n’avait jamais été périphérique au sens où nous l’avons défini. Avec un décalage dans le temps, l’Europe continentale et l’Amérique du Nord ont rattrapé (puis dépassé en ce qui concerne les États-Unis et l’Allemagne) l’Angleterre, dans des formes largement analogues à celles du modèle anglais. Le Japon est parvenu en définitive au même modèle d’un capitalisme achevé de première grandeur, mais déjà les formes de la période de transition présentaient-elles quelques particularités intéressantes, notamment le rôle central de l’État. La Russie constitue la dernière expérience d’un modèle d’accumulation semblable […]. »23

    Dans un cas, le semi-féodalisme était une transition du féodalisme au capitalisme impérialiste : l’agriculture arriérée était à proprement parler un « vestige féodal » qui était intégré et transformé dans l’économie. Dans l’autre cas, le semi-féodalisme est un symptôme du semi-colonialisme : l’agriculture arriérée est marginalisée (non intégré, ou intégré mais non transformé) dans l’économie dépendante, ce qui perpétue la dépendance de l’économie et l’arriération de l’agriculture.

    Dans un cas, le semi-féodalisme était éliminé par le développement économique autocentré et homogène. Dans l’autre cas, le semi-féodalisme est maintenu par le développement économique extraverti et hétérogène (dont la marginalisation de l’agriculture arriérée est une composante !).

    Dans un cas, le semi-féodalisme est un développement économique en retard (« attardé ») par rapport à d’autres développements économiques plus avancés. Dans l’autre cas, le semi-féodalisme est un développement du sous-développement économique.

    Dans un cas, le semi-féodalisme était une contingence de l’impérialisme. Dans l’autre cas, le semi-féodalisme est une nécessité de l’impérialisme.

    Voilà pourquoi, dans le système capitaliste-impérialiste contemporain, un pays qui possède « une importante proportion de paysans précapitalistes dominés par des élites précapitalistes » ne peut être qu’un pays semi-colonial. D’une part, tous les pays capitalistes-impérialistes qui étaient encore semi-féodaux au début du XXe siècle ont d’une manière ou d’une autre terminé leur transition hors de celui-ci. D’autre part, tous les pays encore semi-féodaux aujourd’hui ont une économie extravertie et hétérogène (dépendante) où l’arriération de l’agriculture n’est pas une contingence mais une nécessité : l’agriculture est marginalisée dans le marché national et mondial, cette intégration marginalisée entretient une faiblesse structurelle et une situation d’oligopsone de l’économie, et avec elle, la dépendance et l’échange inégal.

    La marginalisation des masses informe de la nature du capitalisme d’un pays et donc de sa classes dominantes : un pays qui connaît une marginalisation des masses est nécessairement un pays dominé par une bourgeoisie compradore. Aujourd’hui, le mode de production semi-capitaliste semi-féodal ne subsiste plus que dans des pays semi-coloniaux, à la marge du mode de production capitaliste comprador.

    10. Conclusion

    Le capitalisme comprador (semi-colonial) est extraverti. La relation nécessaire du développement extraverti est différente de celle du développement autocentré, c’est celle entre le secteur productif de la consommation « de luxe » et celui de l’exportation. La relation nécessaire du développement extraverti est donc une relation nécessaire du développement dépendant (une croissance dominée) et du sous-développement (une croissance lente et hétérogène).

    Dans le capitalisme comprador, la croissance des forces productives et de la demande « de masse » est lente ou stagnante, et les exportations et la demande « de luxe » sont disproportionnées. La demande « de luxe » est une demande d’importation (qui ne développe pas les forces productives du marché national), ou une demande de substitution d’importation (qui développe les forces productives du marché national « par la fin ») ; et la demande « de masse » est très faible. Les masses sont marginalisées dans le marché national et mondial : la reproduction de leur force de travail n’est qu’un coût sans être un débouché dans la réalisation du profit. En conséquence, tandis que les centres urbains peuvent être relativement avancés, les périphéries urbaines (les banlieues) et rurales (les campagnes) restent relativement arriérées. Dans l’agriculture, les rapports de production semi-capitalistes semi-féodaux peuvent rester les rapports de production dominants.

    Les semi-colonies se développent, mais leur développement est dépendant, et avec celui-ci la marginalisation des masses ne disparaît pas, elle évolue relativement à la dépendance. Lorsque le capitalisme comprador dissout le semi-féodalisme, les masses de paysans paupérisés à la campagne sont remplacées par des masses de chômeurs et de sous-employés en ville, les communes semi-féodales sont remplacées par des bidonvilles : la marginalisation principalement rurale devient principalement urbaine. Le développement dépendant ne « rattrape » pas le sous-développement, il n’émancipe pas les masses semi-coloniales.

    Le capitalisme comprador est « arriéré » (sous-développé), mais il n’est pas « attardé » par rapport au capitalisme impérialiste, parce qu’il est différent de celui-ci (comme le prolétariat n’est pas une bourgeoisie « attardée »). Les rapports de production du capitalisme compradore ne sont pas moins capitalistes que les rapports de production du capitalisme impérialiste, mais ces rapports de production capitalistes sont différents parce qu’ils existent respectivement dans des pays dominés ou dominants dans les rapports de production capitalistes-impérialistes mondiaux. Le capitalisme comprador n’est pas distinct du capitalisme impérialiste par ses rapports de production capitalistes nationaux, mais par ses rapports de production capitalistes-impérialistes mondiaux : le capitalisme comprador est le capitalisme des pays dominés par l’impérialisme et le capitalisme ne peut pas exister autrement dans les pays dominés par l’impérialisme. Le capitalisme comprador est organique aux rapports de production capitalistes dans les pays dominés — il n’est pas unilatéralement imposé de l’extérieur par les pays dominants. Les rapports de production capitalistes nationaux existent tels qu’ils sont dans les pays dominés et les pays dominants parce que les rapports de production capitalistes-impérialistes mondiaux existent tels qu’ils sont entre les pays dominés et dominants.

    Le capitalisme comprador ne peut pas se transformer en capitalisme non comprador par le développement comprador : seul le développement socialiste peut renverser la domination impérialiste. Pour s’émanciper du capitalisme comprador, les pays dominés doivent s’émanciper du capitalisme. La bourgeoisie d’un pays dont le capitalisme est comprador est nécessairement une bourgeoisie compradore, elle ne peut pas échapper aux rapports de production capitalistes dominés qui ont été créés par le développement capitaliste dominé, à moins de s’affranchir des rapports de production capitaliste en général. La domination impérialiste n’est pas causée par certains rapports de production capitalistes dominés qui pourraient être isolés et abolis séparément des rapports de production capitalistes en général.

    Dans le système capitaliste-impérialiste, les rapports de production capitaliste sont soit dominants, soit dominés, soit autarciques ; et les rapports de production capitalistes dominés ne peuvent pas directement devenir dominants ou autarciques, ils doivent d’abord être abolis (en général) avant d’être restaurés (dominants ou autarciques). La Chine est aujourd’hui un pays impérialiste parce que le capitalisme chinois s’est développé depuis le socialisme chinois. Cuba et la Corée du Nord sont aujourd’hui des pays autarciques parce que le capitalisme cubain et nord-coréen se sont développés depuis le socialisme cubain et nord-coréen. Le développement du capitalisme depuis une semi-colonie ou une dictature du prolétariat n’est pas qu’une différence quantitative dans le rythme du développement (lent ou rapide), mais une différence qualitative dans le capitalisme qui est développé (comprador ou non comprador). Le développement du capitalisme dans un pays détermine quelle classe capitaliste naît et domine dans ce pays. Le semi-colonialisme se perpétue dans un pays principalement par la bourgeoisie compradore qui domine le capitalisme comprador, et secondairement par la bourgeoisie impérialiste qui domine ce pays. Pour qu’un pays semi-colonial cesse de l’être, il doit y avoir une rupture radicale avec le semi-colonialisme, c’est-à-dire une rupture socialiste.

    Le capitalisme comprador ne se transforme pas en capitalisme impérialiste dans son développement, il se transforme en capitalisme comprador développé. Les pays semi-coloniaux peuvent devenir des puissances économiques et (géo)politiques, mais cette puissance doit rester fondamentalement compradore en l’absence d’une transformation révolutionnaire (socialiste).

    L’Inde est un exemple type du capitalisme comprador développé.

    L’Inde est une puissance économique et géopolitique. Elle a de grands et nombreux monopoles. Elle domine et exploite d’autres pays (par exemple, le Népal, le Sri Lanka ou le Bangladesh). Elle a une force de projection régionale et possède des armes de destruction massive. L’Inde est-elle donc un pays impérialiste ?

    L’Inde est un pays autonome dominé par la dépendance indirecte et directe à d’autres pays. L’Inde a une économie extravertie et hétérogène, dans laquelle les masses sont encore largement marginalisées — l’agriculture est encore en partie semi-capitaliste semi-féodale. L’Inde est soumise aux monopoles stratégiques d’autres pays, particulièrement technologique et financier-monétaire.

    Des pays dominés par d’autres pays, pas dans quelques de leurs relations (comme tous les pays), mais dans l’ensemble de leurs relations, ne sont pas des pays impérialistes. Des pays dominés peuvent être relativement dominants, de la même manière que des pays dominants peuvent être relativement dominés, ce qui ne change pas que dans l’ensemble de leurs relations les uns sont dominés et les autres sont dominants. L’Inde est une semi-colonie, c’est-à-dire un pays autonome dominé. La puissance économique et (géo)politique de l’Inde est dépendante, c’est-à-dire, compradore.

    Chaque pays impérialiste, semi-colonial ou colonial a sa propre histoire, donc son propre développement. Aucune catégorie abstraite et générale ne peut rendre superflue l’étude concrète et particulière du développement de chaque pays. Par exemple, à l’époque de l’impérialisme, l’existence de pays capitalistes autonomes ni impérialistes ni semi-coloniaux était extrêmement improbable et imprévisible. Pourtant, le développement particulier du capitalisme à Cuba et en Corée du Nord a été le développement d’un capitalisme non impérialiste et non comprador (autocentré et homogène). Observer la puissance économique et (géo)politique de certains pays semi-coloniaux, ou la disparition du semi-féodalisme devant le capitalisme comprador dans certains pays semi-coloniaux, est correct. Nier cette réalité du développement comprador ne rend pas de service à la théorie de l’impérialisme contemporain. En revanche, en conclure que ces pays ne sont plus des semi-colonies, parce que leur réalité s’éloigne de celle des semi-colonies au XXsiècle et des autres semi-colonies contemporaines, n’est pas correct. Pourquoi ? Parce que cela reviendrait à nier une autre réalité, qui est principale et essentielle : la dépendance.

    Des transformations improbables et imprévisibles se sont déjà produites dans la courte mais dense histoire du mode de production capitaliste, et la transformation de pays semi-coloniaux en pays impérialistes sans transformation socialiste est improbable et imprévisible mais pas impossible. Cependant, pour attester qu’une telle transformation s’est déjà réalisée dans certains pays, il faut démontrer que la dépendance — la principale forme de la domination économique de l’impérialisme contemporain — a été dépassée par ces pays. Or, les arguments qui cherchent à démontrer que l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran sont aujourd’hui des pays impérialistes portent généralement sur une forme désuète de l’impérialisme (telle que décrite par Lénine), et non pas sur la forme contemporaine de l’impérialisme (la dépendance). Se tromper sur la forme de l’impérialisme, c’est rater le fond de l’impérialisme. En bref, pour démontrer que l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran sont aujourd’hui des pays impérialistes, il ne faut pas démontrer leur puissance, il faut démontrer que leur puissance n’est plus dépendante.

    Derrière la question de la dépendance, il y a la question de classe : est-ce que la classe dominante est une bourgeoisie impérialiste ou une bourgeoisie compradore, l’accumulation de ses surprofits est-elle autonome (par et pour elle-même) ou intermédiaire (par et pour une autre bourgeoisie) ?

    La dépendance est la forme contemporaine de la domination économique impérialiste dont le fond historique a été décrit par Lénine. Définir l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ou l’Iran comme des pays impérialistes contemporains, c’est se concentrer sur l’apparence de l’impérialisme (par exemple, l’exportation de capitaux, l’exportation à plus-value modérée ou élevée, ou l’expansionnisme), et négliger l’essence de l’impérialisme (la domination économique mondiale). Cette méthode unilatérale n’est pas fidèle à la méthode marxiste de Lénine. Premièrement, parce que c’est l’essence de la théorie léniniste de l’impérialisme qui est principale. Deuxièmement, parce que la théorie léniniste de l’impérialisme s’est fondée sur l’avant-garde des théories bourgeoises de l’impérialisme du début du XXsiècle. Aujourd’hui, notre tâche théorique est donc de retenir l’essence de la théorie léniniste de l’impérialisme et de nous fonder sur l’avant-garde des théories bourgeoises de l’impérialisme de notre époque, pour les dépasser dans une théorie marxiste supérieure de l’impérialisme contemporain.

    11. Post-scriptum, réalité et fiction du PIB

    Pour comprendre l’impérialisme contemporain, il ne faut pas fuir la science bourgeoise, il faut l’utiliser intelligemment. À ce propos, le PIB est l’un des outils des sciences bourgeoises qui se sont le mieux intégrés dans la science marxiste, mais pas toujours pour le meilleur. Le bon ou le mauvais usage du PIB comme outil scientifique bourgeois est relatif à la réalité qu’il décrit réellement, au-delà de l’idéologie bourgeoise (ses biais). Or, considérer que certains outils scientifiques bourgeois peuvent être idéologiquement « neutres » est une déviation idéologique bourgeoise commune dans la science marxiste. Tous les outils scientifiques bourgeois doivent être intégrés dans la science marxiste, mais aucun outil scientifique bourgeois n’est idéologiquement neutre ! La réalité (scientifique) et la fiction (idéologique bourgeoise) du PIB sont un bon exemple. Le PIB per capita, à parité de pouvoir d’achat, et simple, représentent chacun une certaine réalité et une certaine fiction.

    • Le PIB per capita permet de comprendre les relations de domination économique internationales, c’est-à-dire la place de chaque pays dans le système de la dépendance et de l’échange inégal.

    Le PIB per capita représente le degré de domination d’un marché sur le marché mondial :

    « Selon la théorie du système-monde, le système-monde capitaliste est divisé en trois positions structurelles : le centre, la semi-périphérie et la périphérie. Les pays du centre se spécialisent dans des processus de production quasi monopolistiques et à forte rentabilité, tandis que les pays de la périphérie se spécialisent dans des processus de production hautement compétitifs et à faible rentabilité. La plus-value est transférée des producteurs de la périphérie vers les producteurs du centre, ce qui entraîne un échange inégal et une concentration de la richesse mondiale dans le centre. En comparaison, les pays semi-périphériques ont “un mélange relativement équilibré” de processus de production centraux et périphériques.

    Idéalement, pour déterminer la position relative de divers pays dans le système-monde capitaliste, il faudrait mener une étude détaillée des flux de main-d’œuvre entre les pays, en évaluant si et dans quelle mesure un pays bénéficie ou pâtit du transfert de plus-value. Cependant, les données détaillées sur les flux commerciaux et la productivité du travail ne sont pas disponibles pour les périodes historiques antérieures. Néanmoins, la position d’un pays dans la hiérarchie mondiale des échanges inégaux est généralement fortement corrélée à sa position dans la hiérarchie mondiale du PIB per capita. Par conséquent, les informations statistiques sur la hiérarchie mondiale du PIB per capita et la répartition des populations mondiales selon les différents niveaux de revenus peuvent être utilisées pour déterminer les seuils approximatifs de division du système-monde en trois positions structurelles. »24

    • Le PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) permet de comprendre le niveau de développement des forces productives, c’est-à-dire la force économique brute de chaque pays.

    Le PIB à PPA représente la totalité de la valeur marchande produite par un pays, c’est-à-dire la somme des moyennes de temps de travail socialement nécessaire incorporé dans sa production de marchandises. Cependant, le PIB à PPA invisibilise la domination des marchés en égalisant artificiellement la valeur des monnaies et en masquant en partie les inégalités d’accès à certaines marchandises stratégiques (comme les hautes technologies) et/ou de luxe (comme l’automobile, le transport aérien, ou la chirurgie de pointe), dont les prix sont équivalents dans les pays riches et pauvres.

    Le PIB simple représente une moyenne des rapports de force économique entre pays : il ne tient compte ni de la réalité du temps de travail social ni des différences de prix entre temps de travail social, c’est-à-dire de la domination entre pays.

    Aucune de ces méthodes statistiques n’est satisfaisante pour avoir une compréhension marxiste d’un pays, mais les bouder ou les dénigrer serait une erreur — elles représentent une réalité partielle (bourgeoise), mais une réalité quand même (scientifique).

    • Le PIB per capita permet de ne pas surestimer l’impérialisme chinois (qui a le 1er PIB du monde, mais le 72PIB per capita du monde en 2021, entre le Mexique et la Turquie).
    • Le PIB à PPA permet de ne pas sous-estimer l’impérialisme russe (qui a le PIB de l’Espagne, mais le PIB à PPA de l’Allemagne).
    • Le PIB per capita permet aussi de ne pas sous-estimer les pays impérialistes européens (qui ont des PIB inférieurs à certaines semi-colonies, mais des PIB per capita largement supérieurs).

    Le PIB per capita et à PPA permettent de comprendre que les pays impérialistes challengeurs ne sont pas moins des pays impérialistes que les pays impérialistes hégémoniques, mais restent relativement faibles comparé à ces derniers ; et que les pays impérialistes européens sont toujours puissants et autonomes — à la tête desquels, l’impérialisme français. La France est un petit impérialisme comparé aux USA, mais elle n’est pas un « sous-impérialisme » dépendant de l’impérialisme américain ou allemand, ni un pays dominé par ces derniers.

    1 V. I. Lénine, L’impérialisme et la scission du socialisme, 1916.

    2 « Exposé des positions d’Unité communiste sur la guerre russo-ukrainienne », Unité communiste, 26 janvier 2024 (révisé en octobre 2024).

    3 Li M., « China : Imperialism or Semi-Periphery? », Monthly Review, 1er juillet 2021.

    4 Ibidem.

    5 Ibidem.

    6 Ibidem.

    7 « Exposé des positions d’Unité communiste sur la guerre russo-ukrainienne », Unité communiste, 26 janvier 2024 (révisé en octobre 2024).

    8 « La déviation structuraliste, l’impérialisme et la guerre russo-ukrainienne », Unité communiste, 21 septembre 2024.

    9 Ibidem.

    10 S. Amin, « Le modèle théorique d’accumulation et de développement dans le monde contemporain. La problématique de transition », Revue Tiers Monde, n52, 1972, p. 703-712.

    11 S. Amin in U. Lojkine et P. Guerpillon, « La dernière grande leçon de Samir Amin », Le Grand Continent, 13 août 2018.

    12 A. Emmanuel, « Le colonialisme des “poor-whites” et le mythe de l’impérialisme d’investissement ? », L’Homme et la société, n22, 1971, p. 67-96.

    13 S. Amin in U. Lojkine et P. Guerpillon, « La dernière grande leçon de Samir Amin », Le Grand Continent, 13 août 2018.

    14 Ibidem.

    15 Ibidem.

    16 S. Amin, « Le modèle théorique d’accumulation et de développement dans le monde contemporain. La problématique de transition », Revue Tiers Monde, n52, 1972, p. 704.

    17 Li M., « China : Imperialism or Semi-Periphery? », Monthly Review, 1er juillet 2021.

    18 « La déviation structuraliste, l’impérialisme et la guerre russo-ukrainienne », Unité communiste, 21 septembre 2024.

    19 S. Amin, « Le modèle théorique d’accumulation et de développement dans le monde contemporain. La problématique de transition », Revue Tiers Monde, n52, 1972, p. 714.

    20 Ibidem, p. 710-711.

    21 S. Amin in U. Lojkine et P. Guerpillon, « La dernière grande leçon de Samir Amin », Le Grand Continent, 13 août 2018.

    22 Ibidem.

    23 S. Amin, « Le modèle théorique d’accumulation et de développement dans le monde contemporain. La problématique de transition », Revue Tiers Monde, n52, 1972, p. 714-715.

    24 Li M., « China : Imperialism or Semi-Periphery? », Monthly Review, 1er juillet 2021.

  • Nous saluons le TKP-ML à l’occasion de son IId congrès !

    Nous saluons le Parti communiste de Turquie — marxiste-léniniste (TKP-ML) à l’occasion de son IId congrès !

    Dans les conditions économiques et politiques difficiles que connaît aujourd’hui la Turquie, le TKP-ML a convoqué et tenu son IId congrès. Depuis la France, nous l’avons reçu avec un grand enthousiasme, pour plusieurs raisons qui sont selon nous importantes non seulement pour la lutte des révolutionnaires en Turquie mais aussi pour celle des révolutionnaires en France.

    Nous pensons que le TKP-ML donne un exemple dans son application de la méthode scientifique communiste aux problèmes de la révolution en Turquie.

    Nous saluons l’analyse de la transformation des conditions objectives et des tâches révolutionnaires en Turquie, avec l’observation de la transformation des rapports de production semi-féodaux à la campagne, et la priorité donnée au travail dans le prolétariat urbain.

    Nous saluons l’affirmation que la révolution en Turquie doit être menée par la lutte armée du début jusqu’à la fin.

    Dans l’histoire du mouvement communiste, le changement des conditions et des tâches de la lutte révolutionnaire a souvent été l’occasion d’une victoire pour l’opportunisme de droite ou de gauche.

    Les opportunistes de droite ont plusieurs fois invoqué la transformation des rapports de production semi-féodaux pour renoncer à la lutte armée et adopter le légalisme bourgeois, sous prétexte d’adapter la stratégie révolutionnaire aux nouvelles réalités. À l’inverse, les opportunistes de gauche ont plusieurs fois refusé de voir toute transformation dans les rapports de production, et ont donc refusé d’adapter leur stratégie aux nouvelles réalités. Les opportunistes de droite et de gauche esquivent chacun à leur manière les problèmes concrets de la pratique et de la théorie révolutionnaires, et condamnent la révolution.

    Nous pensons que l’affirmation du TKP-ML sur la lutte armée continue du début jusqu’à la fin de la révolution en Turquie contient une portée en partie universellement juste dans toutes les révolutions — que doivent retenir tous les révolutionnaires. Il n’y a pas de révolution sans lutte armée. Celle-ci ne peut pas être simplement attendue. La lutte armée ne naît pas spontanément, pas plus que la lutte pour le pouvoir politique. Le problème de la lutte armée se pose différemment dans chaque révolution, mais il se pose toujours. Chaque révolution doit être faite selon sa propre stratégie correspondant à ses conditions particulières. Mais dans tous les pays, les révolutionnaires ne doivent pas attendre une situation révolutionnaire pour poser la question militaire et préparer la conquête armée du pouvoir !

    La révolution communiste en France sera très différente de la révolution démocratique en Turquie, mais il n’est possible d’apprendre à faire la guerre qu’en la faisant. La pratique de la guerre de guérilla urbaine en Turquie est une expérience nouvelle et précieuse pour la théorie de la guerre révolutionnaire en général, y compris dans les pays capitalistes-impérialistes comme la France.

    Nous saluons l’affirmation de l’engagement dans la libération nationale des peuples opprimés de Turquie, car la lutte des peuples de Turquie contre le chauvinisme et le racisme et pour leur droit à disposer d’eux-mêmes fait partie de la révolution démocratique en Turquie.

    Nous saluons l’affirmation du rôle d’avant-garde de la libération des femmes, car le combat des femmes contre le patriarcat et pour l’égalité de genre fait partie de la révolution démocratique en Turquie, et qu’elle est décisive pour l’organisation des masses de femmes.

    Nous saluons l’affirmation de l’importance du front uni démocratique dans la révolution démocratique en Turquie, qui existe actuellement dans le Mouvement révolutionnaire uni des peuples (HBDH) et dans le Mouvement révolutionnaire uni des femmes (KBDH), pour unir tous les révolutionnaires dans leur lutte commune.

    Nous pensons que ces affirmations sur la nécessité de la libération nationale des peuples opprimés, de la libération des femmes du patriarcat, et du front uni, contiennent également une portée en partie universellement juste dans toutes les révolutions — que doivent également retenir tous les révolutionnaires.

    Le TKP-ML est pour nous une source d’enseignements et d’inspiration dans la lutte pour la reconstruction d’un Parti communiste et d’un mouvement révolutionnaire dignes de ce nom en France. Le TKP-ML est un guide pour les militantes et militants révolutionnaires de France.

    Vive le TKP-ML, la révolution démocratique en Turquie, l’internationalisme prolétarien et le marxisme-léninisme-maoïsme !

  • TKP-ML : İbrahi̇m Kaypakkaya est notre flambeau inextinguible !

    À l’occasion de son 50e anniversaire d’immortalité
    İbrahi̇m Kaypakkaya est notre flambeau inextinguible !

    Nous sommes dans la 50e année de l’assassinat du camarade İbrahim Kaypakkaya par l’État fasciste turc après des mois de torture dans la prison d’Amed. Le camarade Kaypakkaya était accompagné d’un petit nombre de camarades et d’un vieux fusil lorsqu’il a déclaré : « Notre but et notre objectif est de faire de tous les moyens de production la propriété de la société », comme il l’a exprimé à la face de ses geôliers. Son objectif était de réaliser la révolution démocratique populaire, le socialisme et le communisme dans notre géographie.

    Sa percée a été la réalisation du communisme dans notre géographie après de nombreuses années. Après Mustafa Suphi, il a clairement déclaré que les idées qui avaient été défendues au nom du communisme pendant un demi-siècle étaient en fait des collaborateurs de classe et suivaient la politique de telle ou telle clique des classes dirigeantes. Le camarade Kaypakkaya ne s’est pas contenté de cela. Il a déclaré que le fondement de l’État fasciste turc reposait sur le génocide, que les classes dirigeantes turques avaient réalisé leur accumulation de capital par l’effondrement des richesses des nations et nationalités minoritaires et que le kémalisme, l’idéologie fondatrice de l’État, était une idéologie fasciste en collaboration avec l’impérialisme.

    Alors que les Kurdes ne sont même pas mentionnés dans notre géographie, il a soutenu qu’ils constituent une nation et qu’ils ont le droit de faire sécession librement, c’est-à-dire d’établir un État séparé. Il a clairement indiqué que l’État turc applique une politique fasciste de persécution non seulement à l’égard de la nation kurde, mais aussi à l’égard d’autres nationalités et croyances minoritaires.

    Il a soutenu que la révolution démocratique populaire basée sur l’alliance ouvrière et paysanne sous la direction de la classe ouvrière dans notre géographie est nécessaire et possible, que toutes sortes de miracles peuvent être créés tant qu’il y a des masses et des partis, et que le peuple dispose de trois armes. Lors de la rupture de 1971, il a formé le visage communiste du mouvement révolutionnaire de notre région en se tournant vers la Grande révolution culturelle prolétarienne. C’est pourquoi ses vues et la ligne qu’il défendait ont été assassinées par l’État des classes dirigeantes turques en le définissant comme « le plus dangereux du communisme révolutionnaire ».

    En assassinant İbrahim Kaypakkaya, l’État turc a voulu empêcher le marxisme, le léninisme et le maoïsme d’être une voie de salut pour la classe ouvrière et le peuple dans notre géographie. Il a agi pour protéger son pouvoir établi en tant que dictature de classe fasciste sur la classe ouvrière et les travailleurs. Cependant, bien qu’ils aient physiquement éliminé İbrahim Kaypakkaya, ses idées ont été maintenues en vie par le parti qu’il avait fondé. Au cours du demi-siècle qui a suivi l’assassinat du camarade Kaypakkaya, partout où il y avait une résistance et une lutte de classe dans notre géographie, Kaypakkaya y était maintenu en vie. Dans l’action révolutionnaire des masses, il a vécu sous forme de slogans dans les langues, de drapeaux dans les mains, d’écrits sur les murs, de balles rouges dans les cibles ennemies détruites dans les zones rurales et urbaines.

    Le camarade İbrahim Kaypakkaya a été le pionnier et le leader de la création d’une tradition qui a atteint des centaines d’immortels et des milliers de vétérans, des dizaines de milliers de prisonniers et des centaines de milliers de partisans dans la période qui a suivi son assassinat. Dans la lutte des classes de notre géographie, il a continué à être le leader communiste de la classe ouvrière et des travailleurs des nations turques et kurdes, de diverses nationalités et croyances.

    Le miracle que les thèses qu’il a avancées en tant que jeune dirigeant communiste en prenant part à la lutte de classe de notre région continuent à guider la lutte de classe d’aujourd’hui est caché dans sa participation et son organisation de la lutte anti-impérialiste de la jeunesse étudiante, des grèves et des résistances de la classe ouvrière, des occupations de terres par les paysans et, enfin, de la lutte armée comme seul moyen de libération et de pouvoir de la classe ouvrière et du peuple.

    En effet, alors qu’İbrahim Kaypakkaya présentait ses idées montrant à la classe ouvrière et au peuple travailleur comment prendre le pouvoir et se libérer, il s’est nourri de la pratique de la lutte des classes dans notre géographie. Il a constamment appliqué le principe d’être un révolutionnaire dans la pratique, d’être présent partout où il y a de la résistance et de la lutte. Il a habilement synthétisé les leçons qu’il a tirées de toutes les luttes auxquelles il a participé avec la science du marxisme-léninisme-maoïsme. C’est pourquoi il s’est distingué en tant que dirigeant communiste. Et c’est pourquoi, même s’il a été physiquement détruit, ses idées ont continué à vivre et à se battre dans la pratique de la lutte des classes.

    Les idées d’Ibrahim Kaypakkaya en Turquie et au Kurdistan turc, au Rojava dans notre géographie, dans la lutte de notre peuple de diverses nationalités et croyances, au sommet des montagnes, dans les villages et les villes, dans les usines et les quartiers pauvres, dans les écoles, dans les prisons de torture, dans les prisons en tant que clé de la libération, ont continué à montrer la voie, à montrer la voie.

    Un demi-siècle après son assassinat, l’État des classes dirigeantes turques, qu’il a osé détruire, se prépare à entrer dans son deuxième siècle. La république centenaire de l’exploitation, de l’oppression et du massacre se prépare à de nouvelles guerres et luttes de classes qui l’ébranleront et la détruiront dans ses fondements. Avec tout ce qu’il a de réactionnaire, de pourri et de pourrissant, l’État turc se réorganise encore et encore pour exploiter, opprimer et massacrer davantage la classe ouvrière et les peuples de notre géographie.

    Les classes dirigeantes turques se préparent contre les mouvements de masse et les luttes de classe qui se développeront contre elles, tout en s’appuyant sur les impérialistes pour maintenir leur pouvoir. Elles veulent également saisir le morceau qui se trouve dans nos gorges et usurper la miette de la liberté. Ils visent la poursuite de l’exploitation, du pillage et de la rente, du vol et de la corruption.

    Dans ces conditions, la vie et la pratique de la lutte du dirigeant communiste révolutionnaire, Ibrahim Kaypakkaya, qui a pris sur lui d’être partout où il y a une rébellion et une résistance, et de faire de toutes les actions et pratiques auxquelles il a participé une partie de la lutte pour le pouvoir politique, continue d’enseigner et de guider ceux qui cherchent le chemin de la libération.

    Le camarade İbrahim Kaypakkaya est vivant et se bat. Tant que les masses et son parti existeront, il continuera à vivre et à se battre.

    İbrahim Kaypakkaya est une torche qui éclaire notre chemin !

    Parti communiste de Turquie-marxiste-léniniste (TKP-ML)
    Comité central
    Mai 2023

  • ATIK : Nous sommes aux côtés de notre peuple dans la région du tremblement de terre

    Appel aux dons

    Le lundi matin, 6 février, vers 04h20, un séisme de magnitude 7,7 s’est produit dans le district de Pazarcik, dans la province de Kahramanmaras. En plus de Maraş, il a été ressenti dans de nombreuses régions telles que Malatya, Mardin, Bingöl, Elazığ, Siirt, Sivas, Van, Muş, Bitlis, Hakkari, Adana, Osmaniye, Batman, Urfa, Kilis, Diyarbakır, Antep, Hatay, le nord de la Syrie et les provinces du Rojava. Le tremblement de terre a causé d’importants dégâts et des pertes en vies humaines. Selon les dernières déclarations officielles, des milliers de personnes ont perdu la vie dans la région du Kurdistan de Turquie, tandis qu’environ 6 000 personnes auraient été blessées. Les efforts de sauvetage deviennent plus difficiles avec l’ajout des conditions hivernales et des difficultés de transport causées par la destruction de nombreuses maisons, bâtiments et hôpitaux, ainsi que les graves dommages des aéroports et des routes. De plus, des dizaines de répliques ont ensuite été enregistrées, avant un nouveau séisme de magnitude 7,5 et il y a encore beaucoup de monde sous les décombres. Les équipes de secours et d’aide n’ont toujours pas été en mesure d’atteindre de nombreuses zones, et les personnes poursuivent les efforts de sauvetage avec leurs propres forces. Par conséquent, il est vrai que le nombre de personnes qui ont perdu la vie et ou sont blessées est beaucoup plus élevé que les chiffres officiels annoncés.

    Cependant, les informations diffusées dans les médias ne restent qu’à l’intérieur des frontières de la Turquie. Dans le nord de la Syrie et la région du Rojava, des centaines de personnes ont perdu la vie et des milliers d’autres ont été blessées… En plus d’être une zone transfrontalière et de guerre, les conditions météorologiques difficiles aggravent le problème dans la région.

    Comme ATIK, Nouvelle Femme et YDG; Tout d’abord, tout en transmettant nos pensées à notre peuple, nous partageons sa douleur, exprimons nos condoléances aux proches de ceux qui ont perdu la vie, souhaitons un prompt rétablissement à nos blessés et déclarons que nous sommes à leurs côtés.

    Nous savons que l’État fasciste turc, qui détruit la nature avec ses politiques de rente qui servent ses propres intérêts, en augmentant l’exploitation. L’actuel représentant de l’État fasciste, R.T.Erdoğan et de ses collaborateurs AKP + MHP verseront une fois de plus des larmes de crocodile face à la catastrophe que vit aujourd’hui notre peuple et diront que leur douleur est grande. Notre peuple vivant au Kurdistan de Turquie, dont le fascisme ne vient à l’esprit qu’en période électorale, a été ignoré pendant des années avec les politiques de destruction et de négation, et ses ressources vitales ont été délibérément détruites par les politiques de guerre. Malgré le fait que la Turquie soit une zone sismique, au lieu de construire des bâtiments parasismiques, ceux qui invitent aux catastrophes avec les politiques de construction menées sous le nom de «transformation urbaine» visant les intérêts du pouvoir, avec des bâtiments établis à d’énormes hauteurs, tentent de rallier les réactions de la population en versant des larmes de crocodile après les catastrophes.

    Mais en vain… Ils ne sont plus capables de cacher le fait que l’ampleur de la victimisation dans les catastrophes naturelles n’est pas naturelle et que les seuls responsables sont les agents de l’État et leurs politiques d’intérêt.

    Renforçons notre solidarité avec nos victimes du tremblement de terre !

    En tant que (ATIK) La Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe, Yeni Kadin (Nouvelle Femme) et YDG (Nouvelle jeunesse démocratique). Nous avons lancé une campagne de dons dans le but d’être solidaires avec notre peuple victime des tremblements de terre au Kurdistan de Turquie et au Rojava et de diffuser la campagne directement au public.

    Nous appelons tout notre peuple, en particulier toutes nos institutions opérant dans les géographies européennes, et les forces démocratiques locales et immigrées à se mobiliser contre cette catastrophe, à rejoindre la campagne et à la renforcer. Guérissons les blessures de notre peuple touché par le tremblement de terre avec les dons que vous envoyez au numéro de compte bancaire que nous avons publié ci-dessous !

    Ce n’est pas le tremblement de terre, ce sont les politiques de l’État qui tuent !

    Les portes frontalières devraient être ouvertes pour apporter leur solidarité aux victimes du tremblement de terre du Rojava !

    Compte de don :

    ATIK

    NG BANK N.V. AMSTERDAM

    “Spende Erdbeben2023”

    IBAN: NL08 INGB000 6068972 BIC / SWIFT: INGBNL2A

  • ATIK : Encore une fois, contre le fascisme et le racisme, NOUS NE NOUS TAIRONS PAS !

    ATIK : Encore une fois, contre le fascisme et le racisme, NOUS NE NOUS TAIRONS PAS !

    Faşizme, Irkçılığa Karşı Bir Kez Daha ; SUSMAYACAĞIZ !

    Dans l’attaque raciste fasciste du 23 décembre contre le Centre culturel kurde Ahmet-Kaya, à Paris dans le 10 ᵉ arrondissement, trois personnes sont mortes et plusieurs ont été blessées, dont une demeure en état d’urgence absolue. Les attaques contre les associations kurdes et les organisations de Turquie, les pressions, les dissolutions d’associations, les interdictions de drapeaux et de banderoles, ces activités criminalisées par la loi ont finalement atteint leur plus haut niveau de répression avec cette attaque armée. Nos associations, qui ont été ciblées en pointant leurs activités politiques dans les États de l’UE, sont maintenant la cible des organisations fascistes-racistes européennes conjointement à la menace du réseau d’espionnage créé par l’état fasciste turc en Europe.

    Cette attaque n’est pas indépendante de l’orientation des États de l’UE envers les organisations de la Turquie et du Kurdistan. En France, en Allemagne, en Autriche et en Suisse, les perquisitions au domicile, les dissolutions d’associations et l’arrestation et l’enfermement de leurs employés sont mise en œuvre pour réprimer les activités les plus démocratiques en les incluant dans le champ du « terrorisme », comme dans le cas de 129 lois A-B en Allemagne. Les prisons européennes sont ainsi remplies de militants politiques de la Turquie et du Kurdistan. Les organisations fascistes et racistes motivent leurs attaques en mobilisant les mêmes arguments que les États européens.

    Presque toutes les institutions mettent depuis longtemps en garde contre le racisme croissant dans les pays de l’UE. Récemment, il a été révélé que ces organisations racistes ont commencé à prendre les armes en Allemagne et en France. Les attaques contre les immigrés et leurs institutions politiques sont de la responsabilité de ceux qui ferment les yeux sur cette escalade.

    D’autre part, le réseau d’agents créé par la République fasciste turque sur le sol européen constitue l’autre face à ces attaques dans les sales négociations qu’elles entament avec les États de l’UE. Cette récente attaque, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez, assassinés le 9 janvier 2013 également à Paris, montre que les activités secrètes et ouvertes et les négociations menées par la République fasciste dans les pays de l’UE peuvent avoir une ampleur grave.

    En tant qu’ATIK (La Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe) ; nous déclarons une fois de plus que nous nous tenons aux côtés du peuple kurde et de ses institutions, qui sont la cible de destructions et d’attaques, confrontés à des massacres dans toutes les régions où ils se trouvent, tuées et brûlées avec des produits chimiques pas plus tard qu’hier, et dont l’existence ne peut être tolérée même dans les pays dits démocratiques. Tout en réaffirmant que nous resterons au côté du peuple kurde sur le terrain, avec un esprit de lutte uni, nous appelons les forces démocratiques locales et immigrées en Europe à se joindre fermement aux actions de résistance, à en entreprendre, et à condamner le massacre qui a eu lieu.

    — Épaule contre épaule contre le fascisme, le racisme et toutes les sortes d’attaques !

    — Nous n’oublierons pas le massacre de Paris, nous ne le laisserons pas tomber dans l’oubli.

  • Attentat terroriste à Paris : Solidarité avec nos camarades kurdes

    Attentat terroriste à Paris : Solidarité avec nos camarades kurdes

    Aujourd’hui en fin de matinée, un terroriste d‘extrême-droite a tué 3 Kurdes et en aurait blessé au moins 3 autres avec une arme à feu.
    Cet attentat rappelle celui qui avait déjà coûté la vie en 2012 à trois militantes kurdes, tuées par un fasciste du MIT turque.

    Le terroriste était déjà connu pour des faits de violence et une tentative d‘homicide sur des migrants. Pour autant, il serait « inconnu des services de renseignements », ce qui en dit long sur la complaisance dont bénéficient nos ennemis.

    Pour l‘instant, le traitement médiatique reste minimal et se contente d‘utiliser un lexique très judiciaire et précautionneux. Bien que le parquet antiterroriste soit saisi et que les antécédents de l‘individu soient connus, il n‘est quasiment pas nommé « terroriste » ou « fasciste ». La première ministre parle d’un « acte odieux » et pas d‘un attentat.

    Cet événement doit nous pousser à agir et faire prendre conscience aux gens du danger que représentent les fascistes en France. Tout ceux qui seront pour une démocratie populaire seront ciblés afin protéger les intérêts capitalistes.

    Unité communiste porte toute sa solidarité aux camarades kurdes.
    Justice sera rendue.
    Les martyrs sont immortels.

  • ATIK : 41 mineurs tués à Amasra !

    ATIK : 41 mineurs tués à Amasra !

    La Turquie a été secouée par la nouvelle de l’explosion dans une mine de charbon à Amasra dans la province de Bartin dans laquelle 41 travailleurs ont perdu la vie et de nombreux autres ont été blessés. La mort de 41 des 90 mineurs d’Amasra affiliée à l’institution de Turquie du charbon (TTK), à la suite de l’explosion dans la carrière vers 18 h 15 (17 h 15 heures de Paris) le 14 octobre 2022, ce qui constitue un nouvel indicateur de la non-valeur accordée à la vie des ouvriers travaillant dans les mines.

    De nombreux responsables de l’État, en particulier Erdogan, et des partis d’opposition, n’ont pas tardé à déclarer leurs tristesses, les uns après les autres. Surtout dans le cadre de l’entrée de la Turquie en période électorale, ils sont presque dans une course pour se créer une opinion publique favorable grâce aux mineurs qui ont perdu la vie.

    Les massacres dans les mines en Turquie se poursuivent.

    La faible importance accordée à la santé et à la sécurité des travailleurs dans les mines en Turquie se traduit par les accidents miniers qui se produisent chaque année. Ces accidents se produisent parce que la plupart des mines sont sous le contrôle de l’État, ou parce qu’elles sont privatisées et vendues à des entreprises proches du gouvernement, et parce que les mesures d’inspection et de sécurité nécessaires ne sont pas appliquées de manière adéquate. L’absence de ces précautions a été révélée une fois de plus à Amasra.

    Dans l’audit effectué par la Cour des comptes dans la mine d’Amasra, en 2019; bien qu’il ait été signalé que la teneur en gaz était élevée dans les zones de travail, que le risque d’explosion soudaine de gaz augmentait, que le nombre de travailleurs était réduit de manière dangereuse et que les dysfonctionnements n’étaient pas éliminés, aucun changement n’a été effectué. Selon d’autres audits de la Cour des comptes, il a été fait état de 190 accidents du travail en 2019 et 164 en 2020 à la mine d’Amasra.

    De même, des centaines de travailleurs ont perdu la vie dans des accidents miniers ces dernières années en raison de précautions insuffisantes. Par exemple; 301 travailleurs ont perdu la vie à la suite de l’incendie qui s’est déclaré dans la mine, le 13 mai 2014, dans le district de Soma à Manisa. 38 travailleurs ont perdu la vie lors de l’inondation du 28 octobre 2014 dans la mine de charbon de lignite du district d’Ermenek à Karaman. 16 travailleurs ont perdu la vie dans l’accident survenu dans la mine de cuivre, le 17 novembre 2016, dans le district de Şirvan à Siirt. Ce ne sont là que quelques exemples d’accidents dans les mines de l’histoire de la Turquie, au cours desquels des centaines de travailleurs ont perdu la vie.

    Ceux qui frappent les mineurs au sol ne peuvent pas éliminer la victimisation.

    Immédiatement après l’explosion de la mine, le gouvernement tente de dissimuler l’accident en faisant des déclarations successives. Dans sa déclaration, Erdoğan a dit qu’il « ne permettrait pas la victimisation et soutient les familles », mais il pense que les travailleurs ont oublié comment les mineurs ont été frappés à Soma dans le passé. De même, les familles qui ont perdu leurs proches dans le massacre de la mine de Soma savent très bien que c’est un gros mensonge qu’elles ne permettront pas la victimisation. L’ensemble du public a suivi de près la façon dont ils ont été traînés au sol à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau lors de leur marche vers Ankara pour leurs revendications, sans parler du fait qu’ils n’ont pas pu recevoir d’indemnisation pour les proches qu’ils ont perdus pendant des années.

    L’opinion public est bien conscient du fait que Yusuf Yerkel, qui faisait partie de la délégation lors de la visite d’Erdoğan aux travailleurs qui ont survécu au massacre de Soma, a donné des coups de pied aux travailleurs au sol, sous les yeux d’Erdoğan, et qu’il a presque été récompensé, et encore moins puni, et nommé attaché commercial au consulat général de Francfort avec un salaire mensuel élevé. Les mineurs n’ont jamais oublié et n’oublieront jamais comment Erdoğan a défendu le massacre en disant « c’est dans la nature du travail » en référence au massacre de Soma.

    Nous n’avons pas oublié les massacres de travailleurs, nous ne vous laisserons pas oublier !

    L’histoire de la République fasciste turque est une histoire de massacre sous de nombreux aspects. Les massacres, notamment contre les ouvriers et les travailleurs, font également partie de cette histoire. Des dizaines de travailleurs perdent la vie chaque année dans les mines, les constructions, les usines et les chantiers navals. Les revendications de droits des travailleurs, les grèves et même les marches pour la paix sont constamment attaquées par la République fasciste turque. Un exemple de cela : Le 10 octobre 2015, 103 travailleurs ont été tués dans les bombes qui ont explosé lors de la marche des travailleurs à Ankara pour des revendications de paix.

    En tant qu’ATIK (La Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe), nous commémorons nos collègues qui ont perdu la vie dans l’explosion de la mine d’Amasra, nous exprimons nos condoléances à leurs familles et à leurs collègues. Nous appelons les syndicats et les forces démocratiques en Europe à lutter ensemble pour que les responsables du massacre des travailleurs d’Amasra rendent des comptes. Nous n’oublierons pas le massacre de la mine d’Amasra, nous ne le laisserons pas tomber dans l’oubli.

  • ATIK : 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix

    ATIK : 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix

    Nous ne paierons pas les frais de vos guerres !

    Le 1ᵉʳ septembre 1939, la 2ᵉ guerre de repartage impérialiste s’est déclarée par l’invasion allemande de la Pologne. C’est aussi le jour où les partisans de la paix dans le monde sont descendus dans la rue pour protester contre les guerres injustes. Le 1ᵉʳ septembre 2022, l’importance de descendre dans la rue contre les guerres injustes, la pauvreté et les massacres, a un sens encore plus important. Les guerres régionales au Moyen-Orient ont maintenant été transférées aux frontières de l’Europe. Le 24 février, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une nouvelle étape a été franchie. D’une part, les États-Unis, soutenus par l’Union européenne (UE), et, d’autre part, la Russie, soutenue par la Chine et donc l’Union de Shanghai. Les guerres par procuration au Moyen-Orient se poursuivent avec l’intervention directe des impérialistes Russes en Ukraine. Cette invasion approfondit le conflit entre les puissances impérialistes.

    L’État fasciste turc, qui profite des évènements, commet de nouveau des massacres contre les Kurdes. L’État turc, qui voit les gains des Kurdes issus des grandes luttes au Rojava comme une menace pour son territoire, mène constamment des opérations dans la région frontalière où vivent les Kurdes, où elle commet des massacres à l’arme chimique.

    La guerre est un massacre.

    Ces dernières années, des centaines de milliers de personnes ont perdu la vie dans des guerres régionales en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Ukraine. En outre, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 23 millions de personnes quittent leur pays chaque année et demandent l’asile dans un autre état à cause des guerres, d’environnements conflictuels et d’un partage inégal des ressources naturelles. Au cours de la dernière période, ce nombre a encore augmenté avec l’intense migration de réfugiés due à la guerre en Ukraine. Au total, environ 105 millions de personnes vivent en tant que réfugiés, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants.

    La guerre, c’est la faim et la pauvreté.

    La crise financière et économique dans laquelle se trouve le système impérialiste à d’abord pris de l’ampleur avec la pandémie puis avec la guerre en Ukraine. Des milliards d’aides aux grands monopoles pendant la pandémie Covid-19 ont été ponctionnés aux dépens du peuple, par divers moyens. Dans ce processus, sous prétexte du déclenchement de la guerre en Ukraine, des hausses de prix excessives ont été pratiquées dans le monde entier pour les denrées alimentaires de base et toutes les nécessités de survie, en particulier l’énergie. Cela a entraîné un appauvrissement croissant dans les pays européens. Selon le rapport publié par la Banque mondiale à la mi-mars, 3,4 milliards de personnes dans le monde vivent sous le seuil de pauvreté. Selon le même rapport, 760 millions de personnes dans le monde vivent dans la faim. Selon les résultats de cette recherche, 11 personnes meurent de faim chaque minute dans le monde.

    Malgré la hausse des prix en Europe, les bas salaires aggravent l’appauvrissement des masses. Selon les dernières données publiées par Eurostat, l’office statistique européen, l’inflation annuelle dans la zone euro, où se trouvent 19 pays, était d’environ 8,9 % en juillet. Tandis que les masses s’appauvrissent, les riches amplifient leurs richesses. Selon le rapport publié par Oxfam en mars ; au total, 2 755 milliardaires du monde ont augmenté le volume de leurs fonds de 8,6 milliards à 13,8 milliards, une augmentation de 5 milliards depuis 2020. Ces chiffres montrent que ceux qui représentent les un pour cent du monde augmentent toujours leur richesse en temps de guerre, tandis que ceux qui représentent quatre-vingt-dix-neuf pour cent du monde sont confrontés à la faim et à la pauvreté.

    Agissez dans la rue contre la guerre et la misère !

    La cause de cette guerre et de cette pauvreté est le système lui-même. Système qui se nourrit de crises, de guerres et d’exploitation. D’autre part, nous n’avons qu’une seule arme, c’est la lutte commune des travailleurs et des ouvriers contre le système. À cette occasion ; en tant qu’ATİK, le 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix, nous appelons les forces démocratiques locales et immigrées en Europe à s’unir contre la guerre et la pauvreté et à développer la lutte commune dans les rues.

  • ICOR : Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste

    ICOR : Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste

    Résolution du webinaire du front uni anti-impérialiste et antifasciste avec plus de 100 participants d’au moins 25 pays le 15 mai 2022

    Après presque trois mois de guerre injuste contre l’Ukraine, les participants sont d’accord : cette guerre doit cesser immédiatement ! Nous condamnons l’agression impérialiste de la Russie, qui a déclenché la guerre avec l’invasion de l’Ukraine. Nous condamnons la provocation impérialiste de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, qui se poursuit depuis des décennies. Pendant des années, des milliards ont été injectés en Ukraine afin d’étendre les armements de ce pays. Les États-Unis ont 800 bases militaires dans le monde entier afin d’imposer leur domination mondiale, et ils continuent d’être le principal fauteur de guerre dans le monde.

    Avec la livraison continue d’armes lourdes et le changement de l’objectif de la guerre par une victoire de l’Ukraine, la grande menace d’une 3e guerre mondiale, avec le potentiel de devenir une guerre nucléaire, est devenue très réelle et proche.

    Nous sommes solidaires de la lutte héroïque du peuple ukrainien contre l’invasion barbare de l’impérialisme russe. Cependant, nous distinguons clairement les masses et le gouvernement ultra-réactionnaire de Zelensky, qui coopère ouvertement avec les fascistes. Nous sommes solidaires de tous les camarades et organisations internationalistes en Russie, qui s’opposent à cette invasion dans des conditions les plus difficiles. Aux camarades des deux pays, nous disons : continuez votre travail, mais protégez également vos organisations et continuez à les développer dans les nouvelles conditions.

    Nous exigeons le retrait de toutes les troupes russes d’Ukraine et des troupes de l’OTAN de la frontière russe et de l’Europe de l’Est. Tous ceux qui ont causé cette guerre doivent payer les dommages. La guerre a exacerbé la crise environnementale et l’approvisionnement alimentaire à un point tel que des vies sont menacées. Cela provoquera des soulèvements de la faim, que nous devrons reprendre dans notre lutte.

    Nous voulons tous promouvoir la construction du front uni anti-impérialiste et antifasciste avec encore plus de vigueur. Nous combinons cela avec la construction de nos organisations révolutionnaires et diffusons la perspective d’un avenir socialiste. Alors les guerres impérialistes, la réaction interne, l’exploitation et l’oppression des travailleurs prendront fin. Gagnons la jeunesse pour cela.

    Résistance active contre la menace d’une 3ème guerre mondiale, contre la militarisation de la société, la répression, le (social-)chauvinisme et l’anticommunisme contre tout ce qui est progressiste ! L’épine dorsale de la résistance active sont les travailleurs du monde ; ses forces les plus actives sont la jeunesse !

    Nous condamnons également la politique israélienne sioniste et impérialiste contre le peuple palestinien et le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh et l’attaque provocatrice et méprisante lors de ses funérailles.

    Nous continuons à condamner fermement les attaques de la Turquie fasciste contre le mouvement de libération kurde et les attaques contre le nord de l’Irak et le nord de la Syrie, qui violent le droit international.

    Nous prévoyons les activités suivantes :

    Faisons du 6 août (jour de commémoration d’Hiroshima) une journée internationale de lutte contre la mort nucléaire ! Retrouvons-nous pour le prochain webinaire le 24 juillet 2022, pour discuter du contenu, faire des préparatifs et échanger nos expériences sur les activités prévues.

    Nous soutenons le processus préparatoire de la Conférence mondiale des femmes en Tunisie, qui se déroulera à Tunis du 3 au 10 septembre. Dans ce cadre, une première mesure est le soutien des camarades femmes russes, qui organisent une journée d’action le 22 mai contre la répression du mouvement des femmes en Russie, sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique ». (Voir le précédent article du blog)

    Vive la solidarité internationale !

    Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !