Étiquette : Terrorisme

  • Attentat terroriste à Paris : Solidarité avec nos camarades kurdes

    Attentat terroriste à Paris : Solidarité avec nos camarades kurdes

    Aujourd’hui en fin de matinée, un terroriste d‘extrême-droite a tué 3 Kurdes et en aurait blessé au moins 3 autres avec une arme à feu.
    Cet attentat rappelle celui qui avait déjà coûté la vie en 2012 à trois militantes kurdes, tuées par un fasciste du MIT turque.

    Le terroriste était déjà connu pour des faits de violence et une tentative d‘homicide sur des migrants. Pour autant, il serait « inconnu des services de renseignements », ce qui en dit long sur la complaisance dont bénéficient nos ennemis.

    Pour l‘instant, le traitement médiatique reste minimal et se contente d‘utiliser un lexique très judiciaire et précautionneux. Bien que le parquet antiterroriste soit saisi et que les antécédents de l‘individu soient connus, il n‘est quasiment pas nommé « terroriste » ou « fasciste ». La première ministre parle d’un « acte odieux » et pas d‘un attentat.

    Cet événement doit nous pousser à agir et faire prendre conscience aux gens du danger que représentent les fascistes en France. Tout ceux qui seront pour une démocratie populaire seront ciblés afin protéger les intérêts capitalistes.

    Unité communiste porte toute sa solidarité aux camarades kurdes.
    Justice sera rendue.
    Les martyrs sont immortels.

  • 20e anniversaire des attentats du 11 septembre.

    20e anniversaire des attentats du 11 septembre.

    Pour l’ensemble du monde, il y a un avant et un après 11 septembre 2001. Ce jeudi matin, quatre avions étaient détournés par des membres d’Al-Qaïda. Trois se sont écrasés sur des objectifs symboliques importants, le dernier a percuté le sol non loin de Pittsburgh, après avoir été repris par les otages.

    Coalisés autour de la figure d’Oussama Ben Laden et du Mollah Omar, les terroristes avaient choisi de frapper le World Trade Center, centre économique et symbole de la skyline new-yorkaise, mais aussi le Pentagone, centre névralgique des opérations militaires US. La dernière cible est restée spéculative : Maison-Blanche, Capitole ? Impossible à dire avec certitude.

    2977 personnes sont mortes, ainsi que 19 terroristes. 25 000 personnes, selon l’estimation maximale, ont été blessés. Aujourd’hui, reste difficile de faire l’évaluation des conséquences pour la santé de la destruction des tours. L’exposition aux fumées et aux aérosols liés à la destruction de celles-ci ont produit une élévation des maladies, en particulier chez les secouristes. Au delà des pertes humaines, un grand nombre d’œuvres d’art, exposées dans les tours, ont été détruites.

    L’événement est un choc terrible, invraisemblable, dans un occident qui se croit invulnérable et en paix. Le 11 septembre est déchire un grand nombre d’illusions : celle de la fin de l’histoire et celle de la Pax Americana.

    Du 11 septembre 1990 au 11 septembre 2001 de la fin de l’histoire au temps des troubles.

    « Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. » Ce discours, prononcé le 11 septembre 1990 par Georges Bush père marque l’ouverture d’une période de suprématie américaine totale. Une période qualifiée de « Nouvel Ordre Mondial », avant que ce terme ne devienne l’apanage des conspirationnistes. La domination américaine s’articule autour des conceptions définies par Zbinew Brzezinski, politologue ancien conseiller de Carter, grand manitou de la politique extérieure US. Brzezinski voit dans les USA le premier empire universel du monde, le seul capable d’assurer un ordre de prospérité économique et d’harmonie. Charge à lui d’être le gendarme du monde et de refouler la Russie et la Chine loin des océans du commerce mondial.

    L’URSS est moribonde. Le mur est tombé. Les guérillas communistes semblent s’épuiser en vain. Les derniers régimes « voyous » sont encerclés par les USA et son hegemôn, qu’Hubert Védrine qualifie d’hyperpuissance. Ils ne peuvent plus profiter des interstices laissés par les affrontements entre occident et bloc est. La démocratie libérale déclare qu’elle a triomphé et qu’elle représente la forme de pouvoir ultime, l’aboutissement de l’histoire. Francis Fukuyama déclare que nous entrons dans l’ère de la fin de l’histoire. Désormais, elle coulera comme un fleuve tranquille, allant vers le futur radieux promis par le libéralisme, par l’Organisation Mondiale du Commerce et la mondialisation. Un été illusoire et anesthésiant s’installe.

    11 ans plus tard, jour pour jour, celui-ci subit sa première tempête. Un nouveau paradigme commence à s’installer. Un paradigme sournois, génocidaire : celui du Choc des civilisations. Samuel Huntington proclame l’incompatibilité civilisationnelle entre les mondes. En faisant cela, il déclare la fin de l’universalisme et le développement d’une vision du monde dans laquelle l’humanité doit rester divisée. De fait, la paix ne peut être obtenue par le ralliement, par le soft power, elle ne peut l’être que par le hard power, par la domination, par un ordre impérial. Cette vision du monde conquiert les esprits d’une partie des décideurs américains, les néoconservateurs. Elle est celle qui sous-tend aussi aujourd’hui les discours de Zemmour.

    Tout comme Pearl Harbor, le 11 septembre a broyé les tendances isolationnistes. Les Républicains, qui avaient critiqué la politique interventionniste de Clinton, vont s’en servir pour mobiliser les esprits américains. La politique intérieure américaine se durcit terriblement, avec notamment la mise en place du Patriot Act, qui permet à l’État de contrôler la liberté d’expression et de critique. Le war on terror se lance.

    Les USA lancent une série de guerres : en Afghanistan, pour punir les protecteurs de Al-Qaïda. Puis en 2003, les USA attaquent l’Irak. La raison est différente : les liens entre les terroristes et les grandes familles d’Arabie Saoudite ont effrayé plus d’un. Prendre le contrôle de l’Irak, c’est assurer un approvisionnement en pétrole par une autre source. C’est également couper l’herbe sous le pied d’un concurrent des années 1990 : la France, premier partenaire commercial du régime de Saddam Hussein. En lançant ces opérations, les USA déclenchent un effet domino qui ne s’arrête jamais. Non seulement les guerres ne sont pas gagnées, mais elles décrédibilisent leur puissance. De plus, groupes après groupes se forment pour lutter contre leur présence, nourrie par un antiaméricanisme érigé en valeur cardinale. Cette « radicalisation cumulative » propulse sur le devant de la scène des formes toujours plus radicales d’opposition : Daesh par exemple, qui, contrairement à Al-Qaïda, ne cherche pas une « libération » d’un territoire. L’État Islamique cherche au contraire à attirer au maximum les armées occidentales au Moyen-Orient, dans le but de les battre au cours d’une bataille apocalyptique.1

    Cette guerre sans fin et sans victoire possible2 martèle surtout les civils, pris en otage dans un conflit qui n’est pas le leur. La guerre contre le terrorisme se traduit surtout par des actes de cruauté des services de renseignement, les destruction, les déstabilisations, la mise en place de régimes fantoches… lesquels s’effondrent dès qu’ils ne sont plus portés à bout de bras.

    Le reste de l’occident, notamment Londres et Madrid3, ont été frappés par la même foudre. Dans son sillage, une peur s’est installée, la peur de l’islamisme, la peur du migrant, la peur du réfugié, la peur d’une cinquième colonne formée par les descendants de migrants et de migrantes. Cette peur, les réactionnaires s’en sont nourris. En faisant cela, ils ont attisé la haine ans la population, marginalisant, stigmatisant. Et cette stigmatisation a entraîné des adhésions plus fortes aux théories des islamistes radicaux : « l’occident ne veut pas de vous, détruisez-le ». Ce jeu (partiellement conscient au moins) de question-réponse entre extrêmes-droites nous mène à la situation actuelle. Aujourd’hui, l’ombre du 11 septembre est toujours présente, toujours plus noire et venimeuse.

    Impossible positionnement critique.

    Les victimes du terrorisme ont suscité un émoi immense. Les images des tours jumelles s’effondrant, les sauts dans le vide de ceux qui préféraient une mort rapide à la morsure des flammes, les pompiers s’engouffrant dans le nuage de poussière… le choc traumatique a marqué tant les américains que le monde entier. On ne compte plus le nombre de productions qui ont fait plus ou moins référence à cet événement. Aujourd’hui encore, nine eleven est devenu un talisman argumentaire, saisi par l’ensemble des bords politiques, jusqu’à la saturation4.

    Surtout, nimbés du statut de victime, les USA n’étaient plus critiquables. Un moment totalitaire, tel que décrit par Hannah Arendt, s’est mis en place. Le monde se coupait en deux : les alliés des USA, considérés incarnant la démocratie mondiale et ses ennemis.

    Cette chape de plomb empêchait de se poser la question des responsabilités des USA dans leur propre malheur, mais aussi de s’opposer aux opérations de vengeance mises en œuvre. Ainsi, lorsque la France s’oppose à l’invasion de l’Irak (pour des motifs d’influence dans ce pays, non par humanisme), elle est conspuée et méprisée.

    A la suite des attentats du 11 septembre, la chanteuse Axelle Red et le chanteur Renaud écrivaient « Manhattan – Kaboul », retraçant deux perceptions : celles d’une Afghane et celle d’un Portoricain américanisé. L’une tuée par les Talibans, l’autre victime des attentats du 11 septembre. Nous citons un extrait :

    Deux étrangers au bout du monde, si différents
    Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant
    Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle

    So long, adieu mon rêve américain
    Moi, plus jamais esclave des chiens
    Ils t’imposaient l’Islam des tyrans
    Ceux là ont-ils jamais lu le Coran.

    L’impression de cette chanson est celle d’une symétrie de la violence entre deux camps qui imposeraient une « violence éternelle ». Mais en réalité, elle résume celle-ci à un affrontement unilatéral : les terroristes contre les non-terroristes. Les USA y sont intégralement dédouanés de leur responsabilité dans le cycle de violences qui ont conduit à la perpétuation de cette attentat. Or, si ce texte se veut commémorer un événement terrible, ce n’est pas rendre hommage à la mémoire des victimes que de dénaturer la trajectoire qui a mené à ce que l’attentat ait lieu. La réalité étant que les USA, à la suite d’une politique criminelle, se sont défaits eux-mêmes.

    Les fantômes du 11 septembre.

    Derrière ces 11 septembre, celui de 1990, celui de 2001, il en existe un autre, en filigrane. Le 11 septembre 1973, lequel marque le coup d’État de Pinochet au Chili. Que vient faire le Chili ici ? Il vient illustrer une série de choix qui vont mener à ce que les USA subissent cette attaque.

    Durant la guerre froide, les USA et l’occident en général sont au prise avec une menace absolument terrible pour eux : le risque de victoire du socialisme dans le monde, et, indépendamment de celui-ci, le risque de leur marginalisation géopolitique, au profit d’une nouvelle centralité du monde, eurasienne. Pour contrer cette double menace, ils font feu de tout bois5, et n’hésitent pas à apporter leur soutien à tout ce qui peut contrer l’avancée du bloc soviétique. Notamment, ils organisent un grand nombre de dictatures, à l’exemple du Chili, subventionnent les mouvements d’extrême-droite (mais aussi d’extrême-gauche antisoviétiques!) en Europe, ou les narcotrafiquants d’Amérique Latine. Jouant constamment sur tous les tableaux, ils se prennent parfois les pieds dans le tapis, notamment avec l’affaire de l’Irangate6.

    En 1979, ils participent au financement, à l’entraînement et à l’équipement des réseaux anticommunistes d’Afghanistan. Parmi ces groupes, les Talibans. Les Talibans, faction radicale anticommuniste et islamiste, mouvement d’extrême-droite afghan, prennent l’ascendant sur les autres groupes. Ils finissent par dominer le pays. Maîtres chez eux, ils hébergent des groupes internationaux sous leur protection. L’un d’entre eux, fondé par Oussama Ben Laden et par Adballah Azzam, est Al-Qaïda. Ce groupe devient une « franchise » à laquelle se rallie un grand nombre de mouvements. Décentralisé, le groupe est une nébuleuse insaisissable. Il définit des objectifs simples : chasser des « lieux sacrés » la présence occidentale (dont israélienne). Possédant des moyens financiers importants, des combattants entraînés et un soutien populaire certain (lié à la déconfiture des régimes nationalistes arabes), ils sont en mesure de frapper leur ancien maître.7

    En fin de compte, la politique sinueuse des USA s’est retourné contre eux. Leur choix de nourrir des monstruosités pour servir leurs desseins leur à coûté cher. Pourtant, ils continuent toujours, en particulier lorsque celles-ci font échec aux organisations du peuple et aux organisations révolutionnaires. En effet, même avec les mollahs, on peut faire des affaires. Il sufit de voir l’alliance entre USA et Arabie Saoudite, elle aussi partenaire de la France.

    Le conspirationnisme, enfant du 11 septembre.

    La caractère « incroyable » de l’événement, au sens premier du terme, fait qu’il est le point central d’un grand nombre de théories du complot. Il apparaît impossible que le pays le plus puissant du monde puisse être pris au dépourvu par des amateurs entraînés sur flight simulator et équipés de cutters. Une cohorte de légendes urbaines apparaissent, parfois relayées par des médias mainstream, lesquels laissent la parole de manière équivalente aux conspirationnistes et à leur détracteurs. Cela s’est logiquement traduit pas une crédibilité immense accordée à quelques clowns. Après le 11 septembre, le conspirationnisme va devenir le partenaire obligatoire de chaque événement. Le développement d’internet va aussi créer un nouvel espace dans lequel les conceptions paranoïdes du monde vont s’épanouir.

    Faire l’inventaire de l’ensemble des scénarios serait fastidieux et sans intérêt. Mais ils possèdent un trait commun : ils nient la possibilité que les USA aient subit une réelle défaite et que le colosse américain ait des pieds d’argiles. Pourtant les événements qui ont suivi cet attentat ont marqué un déclin progressif de l’hyperpuissance US.

    L’affirmation de la Chine, qui rentre dans l’OMC et gagne progressivement en influence. Le retour de la Russie sur le devant de la scène8, avec notamment la victoire contre la Tchétchénie, l’irruption au pouvoir de l’inamovible Poutine, puis, surtout, la guerre en Géorgie de 2008. Un pays membre de l’OTAN pouvait être attaqué sans réaction du camp occidental. Pendant ce temps, les guerres entamées ne sont toujours pas gagnées ou sont perdues. La transformation du monde en espace multipolaire fait ressurgir le spectre des guerres symétriques, des affrontements entre puissances.

    Aujourd’hui, nous sommes dans ce monde post-9/11. Ce monde marqué par l’incertitude, l’inquiétude, la peur du terrorisme, de l’instabilité. Un monde de précarité constante, croissante, a laquelle s’est conjuguée la crise économique de 2008 et la crise climatique. Mais ce monde instable, qui est l’opposé complet d’une fin de XXe siècle figée par les blocs et les camps, est aussi un monde de perspectives nouvelles et d’opportunités de victoires. Des victoires mineraient à un monde qui serait tant la négation de l’US-Army que des Talibans : un monde d’égalité, de solidarité et de liberté réelle.

    1En toute objectivité, cela ne leur a pas porté chance.

    2« L’ennemi est le terrorisme. Cette désignation est inepte. Car le terrorisme n’est pas un ennemi : c’est une méthode de combat. » Jean-Pierre Steinhofer

    3Le gouvernement de José Maria Aznar a tenté de faire porter le chapeau à l’ETA, avant de rétropédaler honteusement.

    4Une illustration sarcastique du suremploi de l’argument du 9-11 : https://youtu.be/Gi4Z06IbSek

    5Ils faut rendre justice, ils ne sont pas les seuls : la France gaullienne, dans sa « théorie des trois mondes », va nouer une série d’alliances aussi douteuses : avec Israël, avec l’Afrique du Sud, avec l’Iran et l’Irak en même temps, mais aussi avec le Chili de Pinochet ou l’Arabie Saoudite.

    6« L’affaire Iran-Contra ou Irangate est un scandale politico-militaire survenu aux États-Unis dans les années 1980 pendant le second mandat de l’administration Reagan. Plusieurs hauts responsables du gouvernement fédéral américain ont soutenu un trafic d’armes vers l’Iran malgré l’embargo touchant ce pays. » (Wikipédia). L’argent servait à payer les escadrons de la mort, ou Contras du Nicaragua.

    7En toute impartialité, la Russie a connu la même situation. Elle va entraîner et équiper des groupes caucasiens lors de la guerre d’Abkhazie (1992-1993). Elle les retrouve en face d’elle, par la suite, dans la guerre de Tchétchénie (1994-1996).

    8Sous une forme et avec un contenu sans rapport avec celui de l’URSS.

  • Samuel Paty.

    Samuel Paty.

    A la suite de cet attentat particulièrement brutal, nous avons voulu nous accorder un délais de réflexion avant de nous exprimer. L’emportement et la précipitation entraînent (comme on l’a vu avec Mélenchon) des propos inconsidérés, lesquels peuvent s’avérer contre productifs.

    Nous exprimons nos condoléances envers les proches, les amis, la famille et les collègues de Samuel Paty. Cela nous semble être le point fondamental préalable à tout propos.

    Nous condamnons cet acte terroriste sans réserve. Nous le condamnons pour son caractère horrible et sa brutalité. Décapiter de sang-froid un individu, un inconnu, après l’avoir traqué, est un acte propre à frapper d’effroi, un cauchemar éveillé.

    Nous le condamnons également pour les conséquences qu’il aura à plus ou moins court terme. Il est un acte intégralement négatif, dont les répercussions frapperont tant les musulmans – que le terroriste prétendait défendre –, les mouvements démocratiques et sociaux, que les enseignants eux-mêmes.

    Suite à cet assassinat, de nombreux rassemblements ont été appelés. Parfois le fruit de syndicats enseignants, mais également parfois spontanés. La réaction de rejet populaire, général et massif du terrorisme est à saluer. Elle est importante dans le processus de guérison et de résilience. En dépit de la situation sanitaire qui se dégrade de jours en jours, cette mobilisation a été large et très suivie. Il est notable qu’il n’y ait pas eu d’incidents au cours de ceux-ci, aucun acte de haine à l’encontre des musulmans ou des musulmanes venus aussi témoigner de leur horreur.

    Si la mobilisation a été importante et positive, elle a également attiré une cohorte d’opportunistes et d’agents de la haine et de la division. Dans ces grands rassemblements, la question se pose : quelle classe, quel courant politique, aura l’hégémonie ?

    Car, si ici les voix étaient celles de l’apaisement et de l’union, ailleurs, sur les plateaux télévisés, celles de la division et de la haine ont dominés. Des individus, des courants politiques, qui auparavant vouaient seulement du mépris aux enseignants et aux enseignantes, se sont emparés de Samuel Paty. Ils en ont fait leur étendard. Nous pouvons affirmer sans trop prendre de risques que ce professeur incarnait, socialement et idéologiquement, l’inverse total des Morano, des Zemmour et des Valls.

    L’occasion est trop belle : Les réactionnaires sont prêts à assassiner une seconde fois Samuel Paty pour nourrir leurs projets politiques racistes.

    « Expliquer, c’est justifier ». (Valls)

    Nous ne voulons pas minimiser l’existence d’un risque terroriste. Nous ne faisons pas d’angélisme. La société capitaliste, en particulier en période de crise, est violente, cruelle, impitoyable. Elle fragmente les individus, les jetant dans la misère, dans le désespoir et la violence.

    Manuel Valls avait dit, en 2015, que « expliquer c’est justifier ». C’est superficiellement vrai. Essayer de comprendre la trajectoire de radicalisation d’un individu fait qu’on ne peut plus le rejeter dans la catégorie des « monstres » et des anomalies. Le terroriste, le radicalisé, l’assassin, le criminel ne nous apparaît plus comme un « autre », mais comme un reflet de nous même.

    Manuel Valls pense, comme d’autre, qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour lutter contre. Mais c’est aussi parce que M. Valls ne se donne pas d’autres objectifs que de gérer le risque terroriste (et de l’utiliser comme argument pour justifier son existence politique). Nous, en revanche, nous voulons y mettre un terme de manière définitive et radical.

    D’autres prétendent le faire. Mais en réalité, ils placent implicitement une élimination physique de certaines catégories de la population comme condition nécessaires à leurs projets. Nous non. Nous pensons qu’il faut connaître les racines profondes de ce mal, de ce ressentiment, de cette colère qui finit par exploser, engloutissant des innocents. Au « Expliquer, c’est justifier », nous répondons « expliquer, c’est comprendre, comprendre c’est pouvoir agir. »

    L’agresseur ayant été abattu par la police, il n’y aura pas de procès qui puisse permettre de comprendre plus en détail, d’analyser, d’étudier, le cheminement d’un jeune tchétchène de 18 ans vers un acte aussi brutal. Nous ne pensons pas, comme Mélenchon l’avait mentionné, que cela soit lié à son ethnie comme nous ne pensons pas non plus que cela soit profondément lié à l’Islam, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

    L’islamophobie nourrit l’islamisme le plus réactionnaire.

    Si l’islamisme, contrairement aux fantasmes de la part d’une grande partie du monde politique, est lié à l’extrême-droite, il possède une différence importante dans leur point de départ. Les chemins qui amènent des Anders Brievik ou des Brendon Tarrant à commettre des tueries sont ceux de dominants qui sont terrifiés de perdre leur position dans la société. Ils estiment que leur mode de vie, que leur civilisation, que leur ethnie est encerclée, menacée d’extinction. Chez les musulmans, c’est l’idée d’un combat pour la survie d’une minorité, pour se défendre contre l’anéantissement. Si l’un part d’ « en haut » et l’autre d’ « en bas », les deux se rejoignent, et se répondent.

    Si on se pose la question du « qui de la poule ou de l’œuf », la réponse est relativement aisée : les fascistes, les suprémacistes, les xénophobes possèdent une mainmise sur l’appareil d’État, sur les institutions, sur les forces de répression et sur la justice. Ils « jouent à domicile » et possèdent un avantage écrasant par leur classe sociale.

    Avant, ils parlaient de race, aujourd’hui, ils ont appris à contourner le racisme en parlant de religion. Mais le fond reste le même. Ils considèrent qu’une partie de la population de France est inassimilable, incompatible, et donc à liquider.

    Ces institutions paraissent hostiles ou indifférentes. Personne n’est venu représenter le gouvernement devant les mosquées brûlées de Lyon, tandis que Darmanin s’est déplacé pour une Église à Rillieux-la-Pape. Quand un acte anti-musulman ou raciste est mené, il faut discuter sans fin pour en comprendre les tenants et les aboutissants par une longue enquête. Cela convainc les musulmans (mais aussi d’une manière générale les minorités présentes en France) qu’ils sont des individus de seconde zone, auxquels ont peut s’en prendre impunément, qu’on peut tuer au détour d’une ruelle, lors d’un contrôle qui « tourne mal ».

    Dans le même temps, les prédicateurs islamistes tiennent exactement le même discours. Ils considèrent que ces politiques montrent que l’occident les rejette, qu’ils sont incompatibles avec ses « valeurs », et qu’il faut soit arracher par la force des zones « libérées », soit partir.

    La prophétie auto-réalisatrice se crée.

    L’école.

    De gauchistes fainéants, gavés de vacances, les enseignants sont subitement devenus des remparts contre l’islamisme. Le 27 août, Emmanuel Macron refusait l’embauche de nouveaux professeurs, déclarant que « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

    Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est ainsi adressé aux enseignants en des termes inhabituels. Après avoir nié tout malaise dans les lycées, nié toute contamination COVID19, conspué les « enseignants décrocheurs », il s’est montré en façade bienveillant et conciliant.

    S’ouvre d’ailleurs aujourd’hui, 22 octobre, un expéditif Grenelle de l’Éducation, qui doit permettre de réaliser une rentrée ad hoc le 2 novembre. Encore un bel effet d’annonce. Peut-être se traduira-t-il par quelques effets cosmétiques, qui servent à convaincre que le gouvernement fait quelque chose. Mais que va il en sortir d’utile ? Blanquer a été nommé pour aligner progressivement l’Éducation Nationale sur le modèle managérial de l’entreprise privé. Il a contribué à transformer les enseignants et enseignantes en prestataires de service qui doivent être rentabilisé.

    Le ministre promet un « recadrage pédagogique » à la rentrée. Nul ne sait ce que cela signifie pour le moment, mais il est certain que cela ne répondra en rien au problème de fond : le fait que l’école cristallise les tensions présentes dans la société. Elle est le reflet de la confrontation entre les classes – bien que la bourgeoisie ait ses propres lieux ailleurs –, de la confrontation entre les groupes sociaux, de l’affrontement aussi entre l’État et la population. De ce point de vue là, nulle mesure ne peut changer cela.

    La situation de l’école est paradoxale. Elle est supposée former des citoyens français, acquis aux valeurs de la République et à un certain mythe consacrant la France comme la championne des droits de l’homme. La rencontre avec la réalité brise ce discours. Expliquer que la police protège à des enfants qui ont été témoins de violences policières ; que la justice est équitable face aux affaires Sarkozy, Balkany… ; que la France est la patrie des droits de l’Homme alors qu’elle entretient des relations néo-coloniales avec de nombreux pays… La confrontation entre l’imaginaire et le concret ne peut que déboucher sur une fragmentation de la confiance entre les élèves et l’institution.

    D’autant que les arguments sont hypocrites. La liberté de pensée et d’expression est constamment entravée par l’Etat. Sacralité du président de la République, omerta sur les crimes policiers et sur les génocides commis par la France. En revanche, la liberté des propagandistes racistes, elle, est garantie.

    De même, la lutte contre la radicalisation, construite uniquement comme une charge contre les musulmans (en interprétée par ceux-ci comme tel !) est, dès le départ, incapable de pouvoir remplir son but. Elle ne laisse pas d’espace d’élaboration commune, de construction d’un vécu commun, elle ne permet pas l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. En ne comprenant pas les contacts qu’il y a entre l’extérieur et l’intérieur des établissements, en oubliant que des Zemmour et des Morano existent, l’Éducation Nationale ne peut pas permettre de créer cette espace commun d’échange pour résoudre réellement les problèmes. La critique et la discussion deviennent alors des vexations et des stigmatisations dans l’esprit de ceux qui les subissent.

    Le pire est que la colère contre l’État, contre les inégalités, contre les institutions, se reportent justement sur ces enseignants, seuls, isolés. Lâchés par une administration qui ne veut pas reconnaître de problèmes, par un ministre qui pense que tout est affaire de rentabilisation. C’est ce qui rend ce crime encore plus terrible, c’est qu’il est un coup porté contre quelqu’un qui, à la mesure de ses moyens, essayait d’enrayer la marche vers la brutalisation de la société.

    Demain.

    Ce meurtre est arrivé comme un déclencheur dans un pays où le climat est à la crise et à la violence. La pandémie n’a pas été gérée convenablement. La crise économique menace. Aujourd’hui est plus incertain qu’hier, demain est une énigme. Dans ce contexte, dans cette tension, il est extrêmement aisé de jouer la carte de la provocation. Il faut regarder avec lucidité la situation. Nous devons nous interroger sur l’état de la société française. Une société dans laquelle la tension est telle, la pression est tellement intense, que des caricatures puissent pousser au crime.

    Les musulmans et les musulmanes n’ont pas plus, ni moins, de sens de l’humour que les autres. Ils n’ont pas plus, ni moins, de tolérance quant à leur religion. Toutes les religions, tous les groupes sociaux, ne sont cependant pas égaux en France. Après avoir été l’ennemi racial, ils sont devenus les inassimilables. Ils sont passés de gens qui ne « veulent pas s’intégrer » à des individus qui sont incompatibles avec la société.

    Les discours se sont lâchés. Il n’existe plus de frein. Un consensus se fait à la droite du PS : celui que les peines de prison, l’État de droit, la bienveillance, sont d’un autre temps. Le temps de la détention de sûreté, le temps de la répression préventive est venue. Elle est déjà initiée par Darmanin, ayant arrêté des individus « sans rapport à l’affaire », mais « pour faire passer le message ». Derrière les discours qui indiquent que la « peur doit changer de camp », il y a une question : n’est-ce pas celle-ci qui pousse à la violence ? La peur qu’ont déjà certains musulmans, certaines musulmanes, pour leur vie, qui les jettent dans les bras des ultras de la réaction ?

    La campagne raciste et islamophobe produit des fruits vénéneux de part et d’autres comme nous l’avons systématiquement dénoncé. Elle nourrit les aspirations à la haine, à la destruction, à l’anéantissement physique de population et d’individus.

    Elle a réduit à néant l’espace de dialogue, de débat, d’échange entre les différentes communautés qui existent en France. Elle crée les conditions d’une montée aux extrêmes des tensions, à un point tel que celle-ci ne trouvent plus d’autres issues que la violence.

    Plus la tension monte dans la société, plus son entropie, sa tendance au chaos, se développe. Elle en devient intenable. La racine de ces crimes ne pourra être extirpée par la force brute, la criminalisation, les vexations et la haine.

    Se prépare la double offensive. L’union sacrée contre l’islamo-gauchisme, éternelle renaissance du judéo-bolchevisme est une union sacrée mêlant racisme et mise au pas des exploités. L’accusation, portée contre LFI, l’UNEF, Solidaires…etc a pour but de ressusciter de vieux fantasmes. Celui de l’ennemi intérieur, irréductible, inassimilable. Celui qui fragmente la belle harmonie de la société capitaliste, venant semer le désordre entre le patron et son employé, la femme et le mari, rompant la belle alliance nationale, construite pour porter au plus haut les couleurs de la France et l’intérêt de sa bourgeoisie.

    Au vu de la crise qui se profile, cela ne mange pas de pain que de frapper préventivement syndicats, partis politiques de gauche, organisations progressistes. Ce balayage préventif, pré-électoral, assure les coudées franches aux réactionnaires. Car le monde de demain, celui d’après la pandémie, celui d’après les élections, risque de ressembler au monde d’hier. Ou d’avant-hier. Un monde de défiance, de tensions, de brutalité et de menaces internationales. Un monde dans lequel la bourgeoisie renoncera à cette interface qu’elle nomme démocratie. Un monde dans lequel elle prendra les commandes directement, brusquement, pour assurer sa propre survie.

    Nous.

    Notre position est la suivante. Nous sommes hostiles aux réactionnaires quel qu’ils soient.

    Nous regardons les fascistes et les islamistes comme la même manifestation d’une idéologie anti-populaire, anti-révolutionnaire. Mais l’un est celui des dominants qui refusent de perdre leur place.

    L’autre est celui des opprimés, du ressentiment détourné de ses bourreaux vers une lutte fratricide et sororicide.

    Nous rejetons l’un comme l’autre. Nous rejetons ces réponses identitaires à des problèmes concrets.

    Nous considérons que le ferment de la misère, celle dont se nourrissent les fascistes de tous types, est l’exploitation capitaliste. Son abolition ne résoudra pas tout d’elle même, mais elle créera le cadre qui permettra de mettre fin aux expressions réactionnaires. Lorsque Marx parle de « l’opium du peuple », il n’en parlait pas comme d’une drogue dangereuse, mais comme d’un baume protecteur, qui permet d’oublier la souffrance de la misère, la souffrance concrète de la lutte des classes. Ce n’est pas en attaquant un « mauvais » remède qu’on supprime la maladie.

    Le fait que certains ou certaines soient croyante, dans un dieu ou un autre, ne nous importe peu. Ce n’est pas la foi qui compte, mais les actes et les pratiques sociales. Ce sont elles, lorsqu’elles sont réactionnaires, qu’il faut combattre. Cela demande aussi de savoir ce qui est du ressort du débat, de l’éducation, et ce qui est du ressort de la répression. Si nous étions au pouvoir, nous n’aurions aucune hésitation à frapper les agents de la haine et de la division. Mais nous ne sommes pas là.

    Aujourd’hui, le camp du peuple, au sens populaire du terme, est faible, éparpillé. Il fait face à un raz de marée réactionnaire, prêt à déferler, à diviser, à créer des diversions et à accroitre les conflits au lieu de les résoudre.

    Nous, membres de l’Unité Communiste, appelons toutes les forces politiques qui partagent le même projet que nous à se connaître, se reconnaître, travailler ensemble. Le temps joue contre nous. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront les victoires, ou les défaites de demain.

    Nous appelons, lorsque cela est possible, à participer aux actions de défense des droits démocratiques et politiques. Nous appelons également à dénoncer toute tentative de l’extrême-droite d’avancer ses pions, y compris sous un maquillage « de gauche », ou « républicain ».

    Nous rappelons notre attachement au respect des victimes. Elles ne sont pas nous, nous ne sommes pas elles. Nous ne voulons pas prétendre parler en leur nom, à moins que nous puissions estimer partager la même parole. Nous n’avons que répugnance pour ceux qui s’en emparent, les assassinent à nouveau, et en font des marionnettes de leurs projets.

    Soyons soudés et avançons ensemble. Pour unifier les exploités et exploitées. Pour frapper nos bourreaux.

    En dessous : notre déclaration au lendemain de l’attentat.

    À la suite de l’assassinat particulièrement atroce qui a frappé Samuel Paty, nous voulons formuler la déclaration suivante. Celle-ci sera enrichie progressivement au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête de du déchiffrement du processus qui a conduit à ce meurtre. Nous tenons à rester prudent et prudentes dans notre analyse.

    Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances envers sa famille et ses proches, ses amis et ses collègues. Cela nous apparaît comme étant primordial avant toute autre considération. De même nous considérons que ce crime est à condamner sans réserve.

    Nous le considérons, en revanche, comme terriblement révélateur du climat actuel. Comme illustrant une montée en tension extrêmement importante, nourrie par une cohorte de pompiers-pyromanes.

    Imaginer qu’on puisse mourir pour avoir projeté des caricatures, en particulier dans un lieu qui est supposé être celui du débat, de l’échange, de la discussion, est quelque chose qui paraît invraisemblable. Et pourtant cela a eu lieu.

    Un jeune homme de 18 ans, qui n’était nullement connu pour un quelconque fanatisme religieux, a jugé qu’un professeur d’histoire-géographie méritait la mort pour cela.

    C’est dire quel est l’état de la société française, quel est son degré de fragmentation, à quel point elle est proche d’un point de rupture.

    Cette rupture, cette tension, est due à un contexte anxiogène, à des absences de perspectives sociales, politiques, à la misère et à la précarité. Cela en forme le socle. Nombre d’individus se sentent menacés, dans leurs conditions d’existence, dans leur mode de vie, voir dans leur sécurité physique elle-même.

    Dans ce climat de peur, des agents de la discordes, de la haine, déversent leur venin. Ils se sont emparés de la liberté d’expression, valeur fondamentale, et s’en servent comme d’un maillet pour écraser leurs cibles.

    Polémistes racistes et prédicateurs haineux se tendent la main pour que ce conflit éclose.

    Cette tension s’accumule et finit par provoquer ces actes barbares. C’est la même main qui guidait le couteau de l’assassin, comme celle qui guidait les balles de Anders Brievik, ou d’autres assassins.

    Nous voulons que cette haine s’éteigne. Nous savons que nous avons bien plus en commun, notre souffrance, nos peurs, nos espoirs, que ce qui nous sépare. Nous savons que la très grande majorité des gens recherchent la même chose.

    Nous pensons que la climat actuel, les ambitions politiques, et l’angoisse privent l’école d’une de ses fonctions. Celle de créer le cadre apaisé, calme, d’un débat, d’une discussion, d’un lieu qui permette à la jeunesse d’exprimer ses sentiments…Et ses ressentiments. Et de créer les bases qui permettront à la nation, au sens populaire du terme, au sens de la communauté vivante qui constitue le peuple, d’élaborer en commun une société nouvelle. Une société dans laquelle il n’existera nulle exclusion, nulle haine, nulle discrimination.

    Nous sommes persuadés que c’est également le projet que défendait Samuel Paty. Qu’il s’agissait d’un projet émancipateur, unificateur.

    Hélas, que pèse la volonté d’un homme, d’une femme, face à la machine à broyer des déterminismes sociaux, face à la puissante machine de guerre politique qui cherche à contrer ses efforts. Face à un ministère qui a ôté tous les moyens et l’indépendance de l’école, tout en se réclamant son « ami », pour en faire un fer de lance de la reproduction des inégalités.

    Bien peu.

    Et tant que cela ne changera pas, il existera des actes de violence aveugle, de haine, qui frappent non pas les bourreaux, mais ceux qui essaient d’aider, ceux qui essaient de faire apprendre, de faire connaître, mais qu’on sacrifie dans la tourmente d’une société qui s’effondre.

  • Les complications du procès Charlie Hebdo

    Les complications du procès Charlie Hebdo

    Le procès Charlie Hebdo débute. Il a pour vocation de juger les personnes liées à l’attentat commis le 7 janvier 2015, qui avait causé la mort de 12 personnes et blessé 11. Si les principaux acteurs de l’opération sont morts à la suite de l’assaut de Dammartin-en-Goële deux jours plus tard, d’autres passent devant les magistrats. Des individus accusés d’avoir aidé à préparer l’attentat, de l’avoir financé, de s’être associé aux terroristes. Certains sont absents physiquement, telle la compagne de Coulibaly, probablement en Syrie, mais aussi le fasciste Claude Hermant, fournisseur d’arme de l’opération…et indicateur de police. Les pistolets Tokarev des terroristes provenant de son réseau. Jugé pour trafic d’arme en Belgique, il a écopé d’une peine de 8 ans de prison ferme en dépit de sa défense, basée sur le fait qu’il assurait un « travail d’infiltration ».

    Ce procès, cinq ans après les faits, rappelle que, quoiqu’on puisse penser de Charlie Hebdo, de ses dessinateurs ou des terroristes, il existe un avant et un après. L’année 2015 a, par la suite, été marquée à nouveau par des attaques, celles-ci culminant avec l’attaque contre le Bataclan, le 13 novembre.

    L’ère de l’esprit Charlie devait marquer une étape nouvelle, une communauté soudée, une union nationale pour les droits de l’homme, pour la liberté d’expression, pour le droit au blasphème… Esprit Charlie ou non, cette période a été surtout celle d’un accroissement des mesures répressives, notamment l’intégration de l’État d’urgence dans la Constitution, mais également par le développement d’une campagne islamophobe et raciste, se nourrissant de la peur panique des individus. Cette campagne n’a pas cessé depuis.

    Nous n’avons pas communiqué à cette époque, pour cause, nous n’existions pas. Mais, individuellement, nous avions posé des analyses sur ce que cela signifiait. Or, nous en sommes parvenus à la conclusion que :

    1) Nous condamnions cet attentat. 2) nous ne partagions pas l’analyse de Charlie Hebdo et que nous considérions qu’ils avaient commis des fautes politiques. 3) que nous considérions que les hommages étaient hypocrites. 4) que nous n’avions aucune raison d’accepter l’injonction morale d’être « Charlie ».

    Nous condamnons sans réserve cet attentat.

    Les individus qui ont commis cet attentat étaient des fanatiques réactionnaires, associés à l’hydre fasciste Daesh. Contrairement à Al-Qaïda, qui opéraient dans une idée de chasser la présence étrangère au Moyen-Orient, Daesh a mené activement une campagne pour favoriser les interventions militaires, pour que l’occident envoie un maximum de troupe, dans le but de les pousser à l’affrontement. Pour nourrir ses bataillons, Daesh a également sciemment fait en sorte que la situation devienne toujours plus complexe pour les musulmans en occident, dans le but de les attirer dans ses filets. Objectivement, ils étaient les alliés des fascistes ici, poursuivant les mêmes objectifs. Les fascistes essaient de rendre la vie impossible aux musulmans, en les déclarant incompatibles avec la « civilisation européenne », favorisant le séparatisme. Daesh a repris ces arguments en disant « regardez, vous n’avez pas de place dans ces pays, rejoignez-nous. » L’un et l’autre on nourrit une prophétie autoréalisatrice. Par ailleurs, nous ne manquerons pas de signaler à nouveau que le programme de Daesh et celui de l’extrême-droite est littéralement le même sur le fond.

    De leur côté, les instances musulmanes en France ont considéré que Charlie Hebdo les avait attaqué par la plume, et qu’il faudrait répondre par la plume. Elles ont essayé de calmer le plus rapidement possible le jeu. Seulement, pour répondre par la plume, faut-il qu’elle soit accessible et que son message soit audible. Les musulmans et musulmanes de France, le plus souvent, sont traités comme un sujet d’actualité. Mais ont-il l’occasion de s’exprimer ? Rarement. Le plus souvent on s’exprime à leur place ou contre eux. Il en résulte un ressentiment, une frustration, une colère larvée qui s’est exprimée contre les symboles les plus visibles de ce climat, dont Charlie Hebdo. Dans un monde parfait, idéal, un tel ressentiment n’aurait pas de raison d’être. Mais nous ne sommes ni dans un monde parfait ou égalitaire. Pour beaucoup, les caricatures de Charlie Hebdo se sont adjointes à une longue pluie de vexations, de moqueries, d’injures. Pourtant, nous récusons le fait que la direction de Charlie Hebdo ait agit par malice ou par islamophobie consciente.

    Crier avec les loups ?

    La physionomie politique de l’équipe de Charlie Hebdo soulève des questions importantes. Dans les faits, ses publications possédaient, dans le contexte de leur publication, un caractère islamophobe, raciste, et contribuant à une campagne établissant un climat pogromiste anti-arabe en France. Mais contribuer ne veut pas dire en être à l’initiative, ni en être pleinement conscient.

    Nous ne pouvons pas penser qu’elle soit consciemment islamophobe. Certes, il y avait dans leur équipe des éléments qui, comme Zineb El Rhazaoui, des fanatiques islamophobes, allant jusqu’à s’acoquiner avec les pires fascistes et à réclamer que la police tire à « balles réelles » sur les délinquants. Mais, dans l’ensemble, les membres de cette équipe rédactionnelle étaient des individus d’un autre temps, d’une autre époque, qui ne comprenaient pas les enjeux actuels et le fait qu’ils contribuaient à attiser un climat de haine. Une génération issue de l’esprit libertaire, antiautoritaire et antitotalitaire, marquée par le gauchisme mal décanté, et qui réclamait un droit de se moquer de tout, tout le temps. Ce positionnement « de principe », ne prenait pas en compte un autre facteur : la réalité du vécu de ceux et celles qui étaient la cible des quolibets et des moqueries.

    Quelque part, on y retrouve un peu un schéma similaire au racisme anti-blanc. Personne n’aime être traité de « sale noir, blanc, arabe… ». Mais si ces injures sont détestables, leurs conséquences ne sont pas les mêmes et le vécu n’est pas le même. Être traité de sale blanc est désagréable, mais cela n’a pas d’incidence sur l’emploi, le logement, la carrière professionnelle, les rapports avec la police… Il en est de même pour les publics ciblés par Charlie Hebdo. Se moquer de la religion catholique, qui, malgré tout, est toujours puissante, hégémonique, ne lui est qu’un coup d’épingle. En revanche, contribuer à une campagne raciste de grande ampleur n’a pas le même impact.1

    Republier les caricatures de Mahomet, issue de journaux d’extrême-droite, dans le but de défendre la liberté d’expression, admettons. Mais dans quelle mesure les musulmans l’entravent-ils ? En quoi la publication dans un journal français de celles-ci fournissait-elle une aide à la lutte démocratique dans les pays qui subissent réellement une chape de plomb religieuse ? Finalement, sous prétexte d’égalité de traitement, c’est un piédestal qui a été donné aux racistes et aux fascistes.

    Cependant, nous ne pensons pas que les membres tués de la rédaction, que les survivants seraient particulièrement heureux de voir comment se passe la campagne de solidarité avec leur journal. Le fait de savoir que Nadine Morano, qu’Eric Zemmour, que Marine Le Pen soient « Charlie » ne devrait guère leur correspondre. Après avoir été tués par les terroristes, ils sont assassinés à nouveau. Assassinés par rapport aux valeurs qu’ils estimaient – malgré leurs erreurs – défendre. De journal irrévérencieux, libertaire, anticlérical, ils sont maintenant devenus un fer supplémentaire aux lances des réactionnaires les plus vicieux, les plus putrides et les plus agressifs.

    Ces réactionnaires, non seulement se sont emparés des corps des victimes, mais ils en ont fait des promontoires pour clamer leur haine et leur détestation raciste. Ils ont réussi le tour de force de poser une injonction morale : celle d’être Charlie. Durant l’année 2015, mais également par la suite, être Charlie est devenu une condition sine qua non. Oser porter une voix dissidente était devenue une trahison. Il a été imposé aux élèves des lycées et collèges de l’être, avec une remontée d’information sur ceux et celles qui ne l’étaient pas. On l’a exigé de chaque composante politique. C’est devenu, nous pesons nos mots, un de ces moments totalitaires dont Hannah Arendt faisait l’analyse dans ses écrits. Mais à la limite, pourquoi pas ? Seulement cette injonction était hypocrite.

    L’injonction morale : le piège.

    Il existe une injonction morale à être Charlie. Cette injonction morale est dirigée vers une partie de la gauche. L’extrême-droite n’a eu aucun problème à se dire « Charlie », à l’exception de celle qui tente de draguer l’Islam politique. Cela n’avait aucun coût pour elle et cela lui permettait d’encaisser des bénéfices maximum.

    La bourgeoisie possède une morale bien à elle. Hypocrite, que ce soit consciemment ou non. Elle impose des lois qui lui sont favorables, mais triche constamment avec les règles qu’elle a elle même fixées. Elle ment, invente des faits, réécrit l’histoire pour qu’elle légitime son ordre, s’approprie les efforts des autres et les victoires sociales comme étant des cadeaux qu’elle a accordé. Sa presse transmet ses valeurs, son idéologie, son analyse des choses. Tout en clamant que chacun peut s’exprimer, elle ne crée absolument pas les conditions permettant que cela soit réalisable. Elle gave d’argent public ses sbires, sa presse, sa propagande.

    Elle a son État, sa police, sa justice, son armée, ses services secrets et spéciaux. Elle n’hésite pas à museler, menacer, assassiner lorsque le besoin s’en fait cruellement sentir. Quant à elle, la loi ne s’applique qu’avec des précautions immenses, que lorsque ce sont des bourgeois et des bourgeoises et leurs clans eux même qui ont été lésés. Ses enfants ont des réseaux d’éducation qui leur sont propres, avec des chemins détournés, qui permettent même aux plus inutiles d’entre eux de faire carrière.

    A l’inverse, elle exige de ses adversaires qu’ils renoncent à tout. Qu’ils doivent se conformer à une éthique, à une morale, à des formes démocratiques, respectueuses des droits, à tout un fatras de choses qui ne servent qu’à rendre impossible tout changement. Même lorsqu’il s’agissait de choses aussi minimes que de gagner des élections pour porter un programme réformiste (ou écologiste libéral aujourd’hui), le joker du totalitarisme a été immédiatement brandi.

    Et cela fonctionne très bien. La rhétorique de la gauche devant défendre à tout prix la liberté d’expression, les droits de l’homme, devant renoncer à faire usage de la violence, est porteuse et influence énormément la manière dont les organisations fonctionnent. Elles renoncent ainsi à porter un projet de transformation radicale de la société et de se doter des moyens organisationnels et techniques de le réaliser. Il en résulte une mentalité servile, défaitiste.

    Dans l’affaire Charlie et dans l’injonction à avoir l’esprit Charlie, les réactionnaires poursuivent cette politique. Ils poussent, au nom de grands principes intangibles, à ce que les progressistes fassent front commun avec leurs bourreaux, avec les patrons, les fascistes, les réactionnaires.

    Critiquer, oui. Mais progresser surtout !

    Oui, il faut critiquer les travers réactionnaires de chaque religion, mais pas dans un rapport abstrait à cela, dans un rapport concret. C’est-à-dire que, jusqu’à preuve du contraire, l’obstacle à la réalisation du programme communiste – lequel intègre la liquidation des pratiques réactionnaires, n’est pas incarné par ceux et celles qui pratiquent l’islam. Ceux qui représentent l’obstacle à l’évolution de la société, c’est la bourgeoisie de France – la France étant un pays impérialisme, non une colonie. C’est par l’accès aux leviers du pouvoir et par l’implantation dans les masses qu’il est possible de pouvoir, par la suite, combattre les expressions réactionnaires des religions.

    La caricature est utile pour faire avancer les consciences. Elle possède la même valeur que tout discours politique ou toute propagande. Elle peut porter un message progressiste, utile, ou un message réactionnaire. Dans le cas de Charlie Hebdo, une analyse basique de document, du niveau de celui appris au collège, nous renseigne rapidement. Les caricatures de Mahomet ou représentant des africaines violées par Boko Haram sont des caricatures à destination d’un lectorat majoritairement peu concerné par ces problématiques-là Elles ne sont ni destinée aux africaines, ni aux musulmans. Quant à leur message, lequel est il ? Fait-il avancer la conscience de personnes influencées par les idées réactionnaires ? Non. Il vise à faire ricaner sur leur sort, à se moquer. Il s’agit d’un message politique blessant, sans plus, qui vient s’ajouter à la longue litanie de vexations, de brimades, dirigées contre des minorités ethniques, religieuses, culturelles.

    Qu’attendre du procès ?

    Le procès des auteurs de l’attentat, dans le climat actuel, risque d’être transformé en procès des musulmans et des musulmanes de France. Et, ce, contre l’opinion même des victimes, devenues les jouets d’une machinerie de propagande inarrêtable. Renouveler l’injonction morale, qui soudait police et population, qui anesthésiait les voix dissidentes, est complexe. Pourtant, le gouvernement, la bourgeoisie, les réactionnaires, non seulement tablent dessus, mais en ont besoin pour affronter la tempête sociale et épidémiologique qui s’annonce.

    Les esprits progromistes s’échauffent toujours plus. La division de ceux et celles qui subissent l’exploitation est un enjeu, chaque année, plus grand. Plus grand pour les réactionnaires, pour éviter une colère d’ampleur. Plus grand pour nous, les révolutionnaires, pour créer l’unité populaire qui nous manque, et qui nous permettra de mettre fin à l’exploitation, à la misère, mais également à la présence des idées réactionnaires dans la société. Nous observons attentivement le développement de ce procès et ses retombées, mais l’omniprésence réactionnaire nous sidère. Et pour cause. Ce procès risque d’être, en fin de compte, la troisième mort des victimes et une victoire sur tous les tableaux pour leurs bourreaux.

    1On peut arguer que nous confondons ici Islam et origine ethnique. A un moment, il faut être sérieux et arrêter de se voiler la face (sans jeu de mot). La campagne islamophobe est une campagne raciste déguisée en débat sur la religion.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    Printemps Arabes

    Parti de Tunisie en  2011, le « printemps Arabe » s’est répandu comme une traînée de poudre à travers le proche et le Moyen-Orient. Ce mouvement s’est finalement heurté à deux types de régimes.

                    Des régimes fantoches, comme celui de Ben Ali et de Moubarak, l’un et l’autre étant des marionnettes sans grand soutien populaire, rapidement tombés de leurs piédestaux.

                    Des régimes autoritaires, mais disposant d’une assises sociale ou clanique, dans lesquels les tentatives de coups de force ont fait long feu et se sont transformés dans leurs nature, du fait de l’intrusion étrangère, pour devenir des leviers d’un bouleversement géopolitique.

    Les deux cas de figure dans lesquels la situation s’est éternisée sont la Lybie et la Syrie. Dans les deux cas, les Russes avaient des intérêts forts dans le secteur.

    En 2011, il ne fait pas de doute que Nicolas Sarkozy n’a pas oublié l’incartade avec Poutine, pourtant jugé encore faible. Cela joue probablement un rôle dans le fait que la France soit en tête d’opérations visant à soutenir les rebelles anti-Kadhafi en Libye. Kadhafi, accueilli en grande pompe en France en 2007, comme un ami par le président français, est vu comme un ennemi mortel en 2011. Celui qui servait de barrière anti-migrant a commis le crime de lèse-majesté d’octroyer une base navale aux Russes à Benghazi. Surfant alors sur le printemps Arabe, les Français, soutenus par les USA -et non l’inverse !- font tomber son régime, pour le remplacer par le chaos.

    Fait intéressant, l’Italie et l’Allemagne s’opposent ou s’abstiennent lors des votes à l’ONU concernant ces sujets. L’Allemagne était alors engagée dans la construction du projet de pipeline sous-marin Nord Stream 1, dont l’administrateur n’était autre de l’ancien chancelier Gerhard Schroeder. Celui-ci devait permettre de contourner les Etats Baltes et la Pologne [ainsi que le Belarus, au grand dam de celui-ci] pour délivrer le précieux gaz, provenant de Bakou II, à l’Europe occidentale. 2011, d’autre part, c’est l’accident du Fukushima, à la suite duquel l’Allemagne stoppe ses centrales nucléaires, augmentant d’autant sa dépendance énergétique. Ce projet à fini par capoter à la suite de questions de découpage des fonds marins, mais a été remplacé par un second projet, lequel n’est pas concerné par les sanctions contre la Russie.

     L’Italie, quant à elle, était en discussion sur la construction d’un autre pipeline, South Stream, permettant, quant à lui, de contourner l’Ukraine, la Turquie, la Roumanie. Ce projet, en concurrence avec celui des USA, nommé Nabucco, aurait arrosé directement la Bulgarie, la Serbie, puis l’Italie. Celui-ci a été abandonné le 1er Décembre 2014, d’une part du fait des entraves mises en place par l’UE, de l’autre comme mesure de rétorsion de la part de la Russie, qui a diminué l’approvisionnement en gaz de l’Europe.

    Syrie.

    A Lattaquié, l’armée Russe a pris ses quartiers, construisant une base aérienne, à quelques pas à peine de la frontière avec la Turquie. A Tartous, le long de la mer méditerranée, ils avaient installé une base navale. Celle-ci est essentielle à la stratégie Russe de débordement du cercle de fer qui l’entoure.

    La Syrie était une cliente de longue date de la Russie et la France. La première pour des liens géopolitiques datant de l’époque de l’URSS, la seconde pour le mandat donné par la S.D.N. après la Première Guerre mondiale.

    La France s’est toujours prévalue d’être la protectrice tutélaire des Chrétiens d’Orient, ce qui lui octroyait un informel mais très concret droit de regard sur les affaires au Levant. Les liens de clientèle avec le Liban et avec la Syrie ont néanmoins perduré, sous des formes également mafieuses.

    La concurrence de la part de la Russie a, en revanche, toujours été regardée comme une intrusion malvenue. L’accroissement de cette présence a joué un rôle certain dans l’appui de notre Etat à l’opposition contre Bachar Al-Assad. Comme en Côte d’Ivoire, la France, déçue par son laquais, choisit d’en placer un autre. Gbagbo contre Ouattara, Bachar Al-Assad contre l’ASL. A cette plaie s’est surajouté, comme une surinfection, la question de la base Russe, qui aiguillonne tous les acteurs géopolitiques. Avec la question Turque, la question Kurde, la question confessionnelle et la présence d’un Etat en faillite, l’Irak, la région est un bocal de nitroglycérine. 

    Au lieu d’une permutation propre et nette, l’affaire a cafouillé dans les grandes largeurs. Depuis 2011, la Syrie s’enfonce dans le chaos, dans un billard à quatre bandes, entre Loyalistes, ASL, Forces Démocratiques Syriennes, que nous soutenons au travers, notamment, de la participation à la campagne sur le Bataillons International] et Etat Islamique.

    Le passage d’une contestation pacifique et basée sur des revendications démocratique a un guerre civile est délicat à retranscrire. Les responsabilités sont floues et confuses. Il ne fait pas de doute que le régime a cherché à étouffer la contestation, cependant la présence d’agents provocateurs hostiles au régime, tirant aveuglément dans la foule, est attestée par plusieurs témoins.

    D’une manière générale, cette brochure n’a pas vocation à trancher cette épineuse question. Toujours est-il qu’un soutien logistique et des moyens technologiques ont été fournis aux rebelles, leur permettant de se montrer particulièrement efficaces contre l’armée loyaliste.

    La Russie a fait de même de son côté, le 15 septembre 2015, Vladimir Poutine déclare « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire  ». Mais là où elle a réussit à œuvrer particulièrement intelligemment, c’est dans le fait de saisir la balle au bond. L’irruption du terrorisme de l’Etat Islamique en France et en occident ont permis de transgresser les barrières de l’engagement militaire.

    Si l’occident est resté d ans une politique du drone strike et des opérations limitées, la Russie a fait preuve d’un investissement très important dans le conflit. Surtout, elle l’a fait de manière efficace. Au lieu d’actions sporadiques, elle a utilisé ses troupes en appui tactique des forces loyalistes. A partir du 30 septembre 2015, celle-ci ne reculent plus.

    Les pertes sont modiques (26 hommes, deux hélicoptères et un bombardier détruit par la Turquie) alors que les résultats sont immenses. Deux effets sont notables : le premier est une démonstration de force et de capacité d’intervention qui stupéfie les observateurs. La Russie use, parfois sans grand discernement, de ses armes de pointe. Dès le premier jour, elle met en scène un lancer de missiles 3M-54 Kalibr, dont nous avons parlé plus tôt. Cela ne se justifie pas techniquement, pas plus que l’emploi de Tu-22M pour bombarder au jugé. Mais l’occasion est trop belle pour ne pas tenter d’en étal.

    La seconde est politique : elle dore un blason fort terni. Les campistes se pâment et portent aux nues la moindre avancée comme si elle était le fait de l’Armée Rouge ; les fascistes saluent Poutine et Bachar comme des remparts à l’Islamisme ; la droite fait de même. Finalement, seul le PS, les trotskistes et certains anarchistes restent solidaires de l’ASL. Le camp pro-occidental s’étiole.

    Dans un sens, la guerre de Syrie est une nouvelle guerre d’Espagne, d’un point de vue géopolitique. Chaque camp s’y jauge, jauge ses adversaire, fait preuve se sa capacité opérationnelle à soutenir telle ou telle force. La différence est que le camp du progrès, incarné par les FDS, est nettement moins puissant et nettement moins soutenu.

    Ce conflit est l’occasion d’une rencontre entre deux acteurs géopolitiques opposés.

    La Turquie soutient l’ASL et, en sous-main, fourni une assistance à l’Etat Islamique. Son objectif stratégique est de conquérir le nord de la Syrie, de rafler les régions riches de ce secteur et de détruire les bases arrières de la guérilla du PKK. Elle a donc des visées antagoniques à celles de la Russie, sur la question de l’intégrité territoriale de la Syrie, mais également vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN, qui soutiennent de manière croissante la très efficace armée des FDS, notamment l’YPG. Le brouillard de guerre est total.

    Le 24 novembre 2015, la Turquie abat un Su-24M Russe, qui avait franchi son espace aérien. Un pilote est tué. Un froid s’installe, avec des sanctions prises. Elle met un an a se dénouer.

    Son dénouement, en revanche, est incroyable. La Russie et la Turquie se rapprochent et concluent un accord. Cela permet de terminer la bataille d’Alep-est, la Turquie donnant l’ordre à l’ASL de se retirer et de remonter frapper les arrières des forces Kurdes. Elle illustre une capacité de la Russie à pouvoir trouver des modus vivendi entre forces antagoniques, au prix de la vie des progressistes sincères.

    Aujourd’hui, ce conflit est en passe de se régler. l’EI est en déroute. Le temps du partage, pour la Russie, est venu. Elle a proposé aux YPG et aux combattants du Rojava de réintégrer la Syrie et de se mettre sous sa protection, en échange de la perte de l’indépendance. Face au refus de ceux-ci, elle se contente de regarder la Turquie tenter d’écraser la poche d’Afrin.

    Le régime d’Erdogan, pourtant membre de l’OTAN, vacille sur son alignement. C’est un signe. Erdogan  flaire que son engagement au côté de l’UE est un jeu de dupe. Malgré ces liens économiques avec l’Allemagne, malgré que l’Europe le soutienne, l’entrée dans l’Union se heurte à une fin de non recevoir constante. Il est l’allié gênant, le larbin faisant le sale boulot, tandis que ses maîtres gardent les mains propres. Persona non grata en occident, il s’ouvre au chant des sirènes moscovites.

    Le 21 novembre 2016, nous écrivions dans La Turquie fait les yeux doux à l’organisation de  Shanghai : « Cherchant sa place dans un échiquier géopolitique au sein duquel elle voudrait exister en tant que puissance régionale, pas seulement en tant que zone d’opération, logiquement, elle monnaie.

    Elle a monnayé sa politique sur les migrants auprès de l’UE, acceptant subsides et investissements, mais n’obtenant pas ce qu’elle souhaite, une reprise des discussion sur son adhésion. Critiqué -mais pas condamné- par l’Union Européenne et l’ONU à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur le pays depuis Juillet, ciblant principalement les progressistes de HDP et les kurdes, le président de l’Etat Turc a donc répondu par une pique.

    Erdogan a donc déclaré: « Certains pourraient me critiquer mais je fais part de mes opinions. Par exemple, je me demande pourquoi la Turquie ne rejoindrait-elle pas l’Organisation de Shanghai? » De même, il menace d’un référendum sur le processus d’adhésion à l’UE avant la fin de l’année si celle-ci ne reprend pas les négociations.

    Bonne marchande, elle monnaie son allégeance à l’autre coté, pour flairer si l’Organisation de Shanghai lui offre mieux. Quant à savoir si il s’agit d’un virage complet ou d’un bluff pour faire monter les enchères, difficile à dire.

    Pour autant cela est révélateur de la situation particulière dans laquelle se trouve l’équilibre militaire: La Turquie, depuis son apparition, à la partition de l’Empire Ottoman, a été l’objet de toutes les attentions, pour bloquer l’URSS naissante, pour verrouiller ses détroits, à l’inverse, de pressions de l’URSS pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour qu’elle intervienne; mais également bastion de l’OTAN et de la réaction pendant la guerre froide. »

    Les alliances sont instables et sont souvent empreintes d’esprit de girouette. Mais elles sont révélatrices des rapports de forces internationaux. Aujourd’hui, des Etats opportunistes peuvent déclarer leur souhait de se lier à la Russie, non par amour, mais bien parce qu’elle semble apporter un nouveau souffle impérialiste, un nouveau partage du monde, dans lequel certains aimeraient se voir jouer le rôle de gagnants.

  • Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Hier, l’Unité Communiste de Lyon était présente à la manifestation en solidarité avec Afrin et les forces Kurdes, face à l’agression perfide et criminelle orchestrée par la Turquie et ses alliés djihadistes. Afrin, prise entre le marteau fasciste et l’enclume impérialiste, résiste toujours, se bat toujours ! La force du peuple n’est pas aisément brisée par les bandits et les criminels. Les YPG/YPJ combattent toujours, et coûtent aux fascistes de lourdes pertes.

    Nous avons pris la parole lors de cette manifestation, pour exprimer notre solidarité avec celles et ceux qui subissent les bombardements et l’invasion sanglante. L’opération militaire menée contre l’enclave, avec la complicité passive de la Russie et de l’occident, rentre dans le cadre d’une phase de dépeçage de la Syrie, dépeçage dans lequel la Turquie souhaite absorber le Rojava, et l’intégrer à son Etat, à cette prison des peuples.

     Mais nous voulions également nous adresser à celles et ceux qui, ici, ont eu l’esprit empoisonné par la propagande de l’Etat français en faveur de l’ASL, mais également par celle des pseudo-amis du peuple que prétendent être la Russie et son laquais Bachar Al-Assad.

    Enfin, nous voulions nous adresser aux fascistes turcs, venus clamer leur amour pour Erdogan, leur soutient à l’agression et aux crimes de guerres. Ces braves guerriers, à Lyon, n’en ont pas moins détalé devant les mobilisés, après une tentative honteuse de provocation.

    Pourquoi nous-sommes nous adressés à eux et elles ?

    Depuis le début de la guerre en Syrie, un mélange d’ignorance et d’opportunisme règne. Intoxiqués, certains ont cru les mensonges sur la nature de l’Armée Syrienne Libre, sur son caractère fondamentalement réactionnaire et obscurantiste, sur son rôle de laquais de la Turquie, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de l’occident.

     Beaucoup, aveuglés par une fausse association URSS / Russie, ont opté pour un soutien au régime de Bachar Al-Assad, à l’Iran, à la Russie, mordant ainsi à pleine dents dans les fausses-promesses des agences de propagande réactionnaire que sont Russia Today et Sputnik. Le campisme fait toujours des ravages.

    Cette ignorance est pardonnable. Mais ce qui ne l’est pas est le double jeu de certains, de certaines, qui soutiennent les Kurdes et les Forces Démocratiques Syriennes par opportunisme, par effet de mode. Qui travaillent sur deux fronts sans la moindre vergogne, en toute connaissance de cause, et qui un jour sont sous les drapeaux de l’ASL et de la Turquie, et le lendemain sous ceux de Partizan, du PKK, du MLKP. Nous nous sommes adressés à eux, en compagnie d’autres organisations, pour leur demander de comprendre que cela n’est pas possible, qu’il faut choisir.

    Il est possible d’être critique, mais dans le débat entre camarades, pas dans le soutien aux forces qui écrasent, qui égorgent, qui pillent, violent et tuent.

    L’attaque sur Afrin les a forcé à choisir.

    Quant aux fascistes turcs, ils suivent aveuglement Erdogan, débordant d’un orgueil honteux de celui qui voit ses bombes faucher enfants et vieillards dans les rues de villes martyrs. Ils le suivent aveuglement car ils sont persuadés que la Turquie sera gagnante dans cette guerre. Que des massacres ressortira une Turquie affermie, plus grande, plus puissante, plus libre.

    Erdogan lui-même doit partager, dans une certaine mesure, cette illusion, cette croyance que cette opération lui permettra d’affirmer son Etat comme une puissance régionale, comme un acteur incontournable.

    Ni l’un ni l’autre ne se rendent compte qu’ils ne sont, au final, que des petites marionnettes dans un jeu de dupe, dans un jeu dans lequel ils seront absolument tous perdants. En fait de grandeur, la Turquie ne sert que de valet, de serviteur, de laquais, aux grandes puissances impérialistes, qui jouent là le partage du monde. Elle est une variable d’ajustement, un pion, qui sert à la Russie, aux USA, à la France, pour définir la carte du monde.

    En fait de nationalisme, ces fascistes ne font qu’œuvrer à mettre en esclavage leur Etat. En fait de grandeur, ils seront par la suite utilisés comme paillasson par les autres puissances. En fait de gain, ils ne contribuent qu’a se soumettre, qu’a agir en parfaite chair à canon pour le compte de leurs maîtres. Aujourd’hui, le monde les courtise. Demain ils seront partagés eux aussi, réduits en miettes, balayés, hachés menus et massacrés.

    Car telle est l’inéluctable logique de la guerre impérialiste, car telle est l’inéluctable nature de la situation actuelle. Les impérialistes n’ont pas de fidélité ni d’honneur. Hier, ce furent les Kurdes qui furent trahis par leurs alliés de la veille, demain, qui sait ce qu’il en sera de la patrie que les fascistes prétendent défendre ?

    Ces « nationalistes » devraient plutôt brûler leur drapeau que de le brandir, cela serait plus cohérent. Car ils travaillent pour les bourreaux du peuple turc, qui sont également les bourreaux du peuple Kurde. Erdogan est un valet qui se donne des airs de seigneur. Mais il travaille  contre son peuple, contre les masses populaires de l’Etat truc, contre ceux qui souffrent, qui sont exploités et opprimés.

    Si les « nationalistes » turcs étaient cohérents, ils jetteraient à bas le drapeau de l’oppression. Erdogan est l’ennemi des Turcs, des Turques, des Kurdes. Il est l’ennemi des classes populaires de ces deux nations. Ses serviteurs fascistes sont tout autant les ennemis de ces deux peuples, et ne conduisent qu’à la ruine et à la misère.

    Les barricades ont ceci de fantastique qu’elles n’ont que deux côtés. Et celui que prennent les « nationalistes » turcs est celui de l’esclavage, celui de la servilité auprès des grandes puissances impérialistes, celui d’un valet qui brûle de bien agir pour être récompensé par son maître.

    Celui des Turcs révolutionnaires, celui des organisations de lutte Kurde, celui des forces progressistes et des forces communistes, est le seul camp de la liberté, le seul camp de la défense des peuples, le seul camp de la justice, de la paix et de la prospérité pour tous ceux et celles qui souffrent dans la longue nuit de l’impérialisme.

    Les agents de l’impérialisme échoueront devant la ferme résolution des combattants et des combattantes d’Afrin, du Rojava, des FDS, des organisations révolutionnaires. Car la force du peuple ne peut être muselée par les chaînes, elle triomphera toujours !

    Vive les forces combattantes ! Vive la lutte anti-impérialiste et antifasciste !

    Vive la lutte révolutionnaire !

    Nous adjoignons à ce message la déclaration des Amis de l’ICOR concernant la situation d’Afrin.

    les Amis de l’ICOR déclarent avec le message de solidarité ci-dessous leur entière solidarité et leur soutien à la lutte internationale contre l’agression de la part de la Turquie contre Afrin et Rojava !

    Amis de l’ICOR – France24 janvier 2018

    Message de solidarité avec la lutte de libération du peuple kurde :

    Le 20 janvier 2018, le régime fasciste turc d’Erdogan vient d’ouvrir un nouveau front de guerre dans le nord de la Syrie. Après la victoire sur Daesh, remportée surtout par les femmes et les hommes des forces d’autodéfense du peuple YPJ/YPG et ses alliés arabes des Forces Démocratiques de Syrie, les différentes puissances impérialistes veulent se partager la Syrie entre elles.

    Cela ouvre une nouvelle phase dans cette guerre et crée une nouvelle zone de combat militaire mettant encore plus en danger la paix mondiale.

     L’acte agressif de la Turquie vient avec la bénédiction de l’impérialisme américain, de l’OTAN et du régime russe de Poutine. Le gouvernement français est un proche allié du régime d’Erdogan, qui a été reçu tout récemment par Macron. Nous savons d’expérience qu’aucun pouvoir impérialiste n’est et n’a jamais été un allié honnête des justes luttes de libération. Les seuls vrais alliés se trouvent dans le prolétariat international et chez les peuples du monde qui luttent pour la liberté, la démocratie et le véritable socialisme.

    Les Amis de l’ICOR en France se dresseront contre toute agression impérialiste en Syrie. Nous continuerons à soutenir la lutte de libération kurde dans le cadre du Pacte de solidarité passé avec l’ICOR

    Les amis d’ICOR se joignent à la protestation mondiale et à la résistance active contre l’agression fasciste :

    Stoppons la guerre d’agression fasciste de la Turquie contre Afrin et Rojava au Nord de la Syrie!

    Soutien à la lutte de libération du peuple kurde et de tous les peuples opprimés !

    Combattons ensemble l’impérialisme. Pour le socialisme révolutionnaire !

  • De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    Depuis novembre 2015, l’Etat français vit au rythme de l’état d’urgence.

    A la suite de l’attaque contre la rédaction du journal Charlie Hebdo, en janvier 2015, puis de l’attentat massif du 13 novembre de la même année, l’état d’urgence fut mis en place. Celui-ci, hérité de la Guerre d’Algérie, dotait l’Etat de possibilité étendues de répression. Sans revenir en détail sur ces mesures, l’aspect essentiel est le fait qu’elles contournaient l’échelon judiciaire pour remettre les questions de sécurité entre les mains de l’administration. L’accent était mis sur un traitement préventif des menaces sur la sécurité publique, non sur un traitement « curatif ».

    Au final, à la date du premier novembre 2017, laquelle met officiellement fin à cette situation, le bilan est le suivant : 4 469 perquisitions, 754 assignations à résidence, dont 350 dans la première phase. 625 armes trouvées, sans que le lien avec des activités terroristes puisse être systématique. 25 000 fichés S dont 9 700 en rapport à la « radicalisation. »

    Si le gouvernement annonce fièrement une trentaine d’attentats déjoués, dans les faits le bilan de l’état d’urgence est plus qu’en demi-teinte. In fine le taux de succès des perquisitions et des autres opérations s’est montré particulièrement bas, et, de plus, de moins en moins efficace. Dans la très large majorité des cas, les suspects ont été arrêtés sur des soupçons derrière lesquels aucune preuve n’existait, dans le cadre d’une politique du chiffre et de l’image. Les critiques contre l’usure des forces de police et de l’armée ont été pointées du doigt par les cadres de ces administrations, de même que par les analystes spécialisés en sécurité.

    Mais les bénéfices secondaires de l’état d’urgence ont permis certaines choses réjouissantes pour la bourgeoisie et ses gouvernements successifs : l’usage systématique de la répression contre les mobilisations sociales et politiques. L’état d’urgence et les largesses accordées par la loi aux policiers -soutenues par Lutte Ouvrière, ne l’oublions pas, et par la secte « Les Matérialistes »- ont permis une surenchère de brutalité et de violence contre les parts les plus exploitées et les plus opprimées de la population : les travailleuses, les travailleurs et les individus originaires de l’immigration.

    La liste sans cesse plus longue de victimes des violences policières l’illustre. La liste tout aussi croissante d’incarcérés ou d’inculpés des mouvements sociaux également. Comme le chante l’Internationale : l’Etat opprime et la Loi triche.

    Pour la bourgeoisie, qui lançait, à ce moment, une vague immense d’offensive contre les conquêtes sociales, l’état d’urgence tombait à point nommé. Surfant sur ces événements, sur ce choc, sur ce traumatisme, il lui a été possible de combattre avec une virulence nouvelle la lutte, fondamentale, contre la Loi Travail, en 2016.

    Une nouvelle ère s’est ouverte dans la répression. Mais cette situation a également donné un fantastique grain à moudre aux réactionnaires et aux fascistes. Les apprentis-Mussolini se sont enrichis d’un appui de poids : l’ex premier ministre Manuel Valls. Celui-ci, en défendant une thèse ultra-réactionnaire, celle selon laquelle expliquer le terrorisme, même sociologiquement, revenait à le justifier, s’est démasqué comme une des pointes de la réaction. Aujourd’hui encore, il est un des piliers de la réaction la plus virulente au sein de l’Etat français.

    D’une manière générale, comme nous l’avions développé dans un article passé, le terrorisme est une arme de l’extrême-droite.

    Les forces révolutionnaires et progressistes ont fait usage de méthodes violentes et brutales. Bombes, exécutions, fusillades… Mais non en visant les masses et la population. L’usage tactique de l’attentat est une chose, comme opération militaire visant à cibler des points vulnérables ou symboliques de l’ennemi, à l’exemple de l’attaque du 24 avril faite par les Naxalbaris, contre une école militaire. Le terrorisme en est une autre, l’usage de la terreur contre les masses, est l’arme exclusive des réactionnaires et des fascistes. Les fascistes de Daesh et de l’extrême-droite sont, dans ce cadre, les deux faces d’une seule et même pièce.

    Aujourd’hui, l’état d’urgence est fini. Mais vient l’Etat d’urgence.

    Entrant en vigueur le 1er novembre, la nouvelle loi antiterroriste vient transcrire la grande majorité des dispositions contenues dans l’état d’urgence dans le droit commun. De fait, l’état d’urgence n’est pas aboli, il est intégré comme nouvelle norme.

    La loi antiterroriste est un véritable pain béni pour la bourgeoisie. Une nouvelle fois, la bourgeoisie trouve une capacité à utiliser les opportunités qui s’ouvrent à elle. Si l’impérialisme, le capitalisme, l’exploitation, la misère, les discriminations forment le terreau du terrorisme, la bourgeoisie n’a pas dirigé ces attaques. Les complots dont se nourrissent l’extrême-droite n’ont pas lieu d’être. En revanche, elle tire profit.

    En l’occurrence, le caractère durable des menaces provenant du terrorisme international permet de justifier tout un panel de mesures qui sont tout autant de « bénéfices secondaires. »

    La politique d’Emmanuel Macron est une politique de kamikaze social, nous le maintenons. Elle entrainera misère, paupérisation, destruction du niveau de vie et de l’état de santé général des plus larges masses. Elle entrainera fatalement une réaction sociale, organisée ou confuse, cadrée ou explosive.

    Que ce soit la Ligue des Droits de l’Homme ou Amnesty International, un grand nombre d’acteurs et d’ONG ciblent le contenu de cette loi, pour ses caractéristiques foncièrement dangereuses.

    Premièrement, ce qui est ciblé est le maintient de l’autorité préfectorale, administrative, comme couperet. Le préfet devient l’homme fort, la femme forte, de ce nouveau dispositif. Tout comme dans l’état d’urgence, c’est sa décision qui permet les assignations à résidence, tout comme les « visites domiciliaires », ces perquisitions qui ne disent plus leur nom.

    Les contrôles aux frontières ou au sein de l’Etat pourront être plus fréquents et plus poussés « si la situation l’exige », un terme flou et non contraignant juridiquement. Toute personne refusant le contrôle ou pouvant avoir un profil suspects peut être refusé à l’entrée d’un événement, y compris public.

    La propagation « d’idées et de théories menaçantes », sur des « documents écrits » ou des « propos tenus » dans les lieux -de culte dit la loi- peut permettre leur fermeture pendant 6 mois. Une nouvelle fois, il est délicat juridiquement de comprendre qu’est ce qui peut être interprété comme tel. Si le Sénat avec rejeté ces termes, le gouvernement a fait pression pour les maintenir, insistant sur le fait qu’il n’est plus nécessaire de disposer de preuves matérielles pour agir.

    Sans être directement intégrée à la loi, celle-ci pose un cadre juridique autorisant le fichage des voyageurs internationaux. Ce passenger name record pourra recenser toutes les informations relatives aux déplacement des individus. Le journal Les Echos.fr note ainsi, le 30 octobre : Nom, dates de vol, itinéraire, type de bagage, adresse, et même le moyen de paiement des billets pourront être exploités. Un système équivalent devrait également être mis en place pour le transport maritime.

    Une manière de suivre à la trace.

    De même, la police des frontières dispose désormais d’un rayon d’action étendu. Avant limité aux intérieurs des gares, ports, aéroports, il se dilate maintenant à 20km tout autour de ces sites. Cela couvre donc près de 2/3 du territoire. La durée de rétention double également, passant de 6 à 12 heures.

    Sachant que l’ex-maire de Lyon et ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait précisé que  « les personnes dont la nationalité étrangère peut être déduite d’éléments objectifs extérieurs à la personne même de l’intéressé » seraient ciblés, il est clair que des dérives dangereuses se présentent  d’ores et déjà.

    La seule concession est au niveau de l’assignation à domicile, laquelle s’assouplit pour s’intégrer dans une vie de tous les jours et dans la vie professionnelle. Cependant, cette nouvelle signifie surtout la possibilité de banaliser cette mesure d’exception.

    La bourgeoisie sait se saisir des opportunités pour accroître son arsenal répressif, en tablant sur le choc et sur le traumatisme pour faire passer ses intérêts en douce. Ainsi le fichage ADN des délinquants et criminels sexuels, mesure passée à la suite de nombreuses affaires et scandales, s’est étendu, en douce, à tous les placés en garde à vue, formant ainsi une titanesque base de données. Ce dossier sert notamment à la traque des militants et militantes.

    Nul doute que la nouvelle loi pourra aisément s’appliquer pour écraser les mouvements populaires, les mouvements progressistes, les luttes sociales. Cet arsenal est suffisamment souple et non contraignant pour pouvoir se transformer en hachoir à classe populaire.

    Paradoxalement, cette loi est un aveu de faiblesse pour le gouvernement français. Un aveu du fait que le soft power de la démocratie bourgeoise et du modèle capitaliste est déclin. La désillusion frappe une très large majorité de la population, ainsi que le ressentiment et la colère.

    Mais également, cet ultima ratio qu’est l’état d’urgence n’est plus. En cas de nouvelles menaces, d’où qu’elles proviennent par ailleurs, que pourrait faire l’Etat ?

    L’Etat de siège, forme suprême de la suppression des libertés démocratiques et des libertés publiques, est-il encore réalisable ?

    Les analystes militaires, et le numéro 131 de Défense & Sécurité Internationale dédie un article sur le sujet, considèrent que le format de l’armée française ne lui permet pas d’être utilisée sur des opérations de longue durée, y compris sur le territoire français. Elle n’est plus conçue que sur un modèle « à l’anglaise », d’un corps ultra-mobile et surentrainé, là pour faire des expéditions militaires courtes et intenses. Réduite encore par les logiques d’économie et de gel des budgets -ce qui provoqua le départ du chef d’Etat major des Armées- la détérioration de la capacité d’action illustre le fait suivant : l’Etat français est un colosse aux pieds d’argiles, usé. Mais l’usure rend agressif. La loi antiterroriste l’illustre. L’armée française et la police se tourneront-ils vers la contractualisation pour compenser ? Les questions restent en suspens.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce cette loi répressive comme une tentative d’étrangler les mobilisations et l’expression démocratique au sein de l’Etat français. Elle dénonce cette loi comme une menace pour les respect même des procédures judiciaires et des droits de la défense. Cette loi créé les bases d’une société du soupçon permanent et du traitement administratif de la répression. Elles est fondamentalement un retour aux lettres de cachet de l’Ancien Régime.

    Nous n’avons guère d’illusion sur la valeur de la démocratie bourgeoise. Nous n’avons guère d’illusion sur le fait que la bourgeoisie ne s’encombre pas de sa propre légalité, lorsque celle-ci l’entrave.

    Nous ne doutons pas que la bourgeoisie n’aura de cesse d’étrangler les mouvements progressistes et révolutionnaires, sous les prétextes de sécurité de l’Etat et de la Nation.

    La seule sortie positive de la situation de menace liée au terrorisme international est la destruction du terreau qui le génère. L’impérialisme et la misère qu’il sème, l’exclusion sociale, la fragmentation et l’atomisation des individus, la discrimination en sont, nous le répétons, les facteurs d’origine.

    Seule une révolution socialiste, au final, peut briser le terreau intérieur.

    Seule la destruction de l’impérialisme, l’extérieur.

    Ni lois liberticides, ni prisons ne le peuvent !