Étiquette : Seconde guerre mondiale

  • Barbarossa 1/2 « Le monde entier retiendra son souffle. »

    Barbarossa 1/2 « Le monde entier retiendra son souffle. »

    Le 22 juin 1941 commençait l’opération Barbarossa. L’une des plus grandes opérations militaires de l’histoire. Après avoir vaincu la Pologne, l’Europe de l’Ouest, après avoir vaincu les Balkans, la machine de guerre nazie se lance sur l’URSS. La guerre la plus meurtrière de l’histoire démarre.

    Les Allemands alignent alors trois groupes d’armées, soit 153 divisions, dont 17 blindées et 13 motorisées. Ils réunissent quatre groupes de Panzern, soit 3 500 chars et étaient appuyés par 2 800 avions divisés eux aussi en quatre flottes distinctes. Au total 5,5 millions d’hommes prennent part à l’opération. Ils viennent d’Allemagne ; de Finlande ; de Hongrie ; de Roumanie et Italie. Tous se lancent à l’assaut de la forteresse bolchévique.

    Contrairement à une idée répandue, ils possèdent une supériorité numérique écrasante. En face d’eux, l’Armée Rouge alignait 3 millions de soldats, répartis dans 132 divisions, dont 34 blindés. Si elle possède un nombre d’avions équivalent, et bien plus de chars, elle manque d’expérience et de commandants aguerris.

    La veille de la guerre.

    Étant donné les liens diplomatiques qu’entretenaient URSS et Allemagne nazie, certains, non sans cynisme, voient cette opération comme l’addition finale de choix douteux. Nous ne reviendrons pas en détail ici sur cette question, à laquelle nous avons dédié une longue brochure en 2019. Pour résumer rapidement :

    • Le caractère abominable du régime nazi n’était pas connu à l’époque. Il ne se démarquait pas spécifiquement des autres régimes réactionnaires, tant par l’inégalité raciale (que les USA pratiquaient), par la présence de camps de concentration (La France en avait), ou par sa politique antisémite (comme celle de la Pologne). Les spécificités du nazisme, notamment son caractère génocidaire, sont apparues après l’invasion de l’URSS.
    • L’URSS (et le Komintern) comprenait la guerre à venir comme inter-impérialiste. Il fallait donc en rester à l’écart.
    • La diplomatie des années 30 s’apparente à un jeu d’échec dans laquelle les puissances capitalistes veulent à la fois éliminer l’URSS mais également protéger leurs intérêts propres.
    • De ce fait, ils ont refusé toute politique de sécurité collective qui aurait pu donner un sens à la Société des Nations. Ils ont joué la carte de l’encouragement des agressions Allemandes, tout en essayant de se mettre l’URSS dans la poche.
    • Cette politique à double face a renforcé l’Allemagne nazie tout en irritant l’URSS. L’occident lui demandait de rentrer en guerre contre l’Allemagne sans garantie d’une assistance.
    • L’Allemagne nazie lui a demandé l’inverse : ne rien faire. En échange, elle permettait à l’URSS de se doter d’un glacis défensif. (Glacis dont la méthode d’acquisition est critiquable, mais qui a contribué à la sauver).
    • L’absence d’empressement à aider la Pologne au moment de l’invasion Allemande et la précipitation dans le fait d’échafauder des plans invraisemblables pour attaquer l’URSS après son intervention ont montré quelles étaient les priorités des démocraties occidentales.

    L’URSS et l’Allemagne nazie vivent donc dans une bien étrange paix entre 1939 et 1941. Elle est une parenthèse anxieuse. Chacun a conscience du caractère temporaire de la situation, et du fait que la guerre éclatera tôt ou tard. Mais la question qui se pose, dans le fond, est « pourquoi ? ». Plusieurs raisons à cela :

    • La conquête d’un Lebensraum (souvent mal traduit en Français par « un espace vital » alors que la connotation est plus anxieuse pour les Allemands, chez qui cela signifie plus « espace nécessaire à la vie ») aux dépends de l’Est était le but géopolitique principal de l’Allemagne nazie depuis le départ. Le Generalplan Ost, définit les limites des objectifs à atteindre à la ligne Arkhangelsk / Astrakhan. Pour les nazis, cette limite définit celle dans laquelle leur race peut vivre sans être altérée. Il s’agit de la zone de répartition de leur arbre symbole : le hêtre.
    • Cette guerre possède des buts idéologiques : refoulement des Slaves, élimination des Juifs, élimination du bolchevisme… L’ensemble est là pour assurer à la fois un espace et une sécurité à la race aryenne.
    • Au delà de ces ambitions de long terme, les nazis analysaient le fait que l’Angleterre ne se rende pas comme étant une manifestation d’un soutien secret de la part de l’URSS. Paradoxalement, pour conjurer la menace d’une guerre sur deux fronts, il fallait la prévenir par l’attaque surprise. Pour les nazis, cette ruse était acceptable dans le sens où les populations de cette partie du monde étaient racialement en guerre contre leur propre race.
    • De plus l’URSS avait manifesté, lors des rencontres d’octobre 1940, un désintérêt total pour un partage du monde promis par les nazis. L’attitude de V. Molotov, qui exigeait des garanties de paix et le retrait des troupes Allemandes des régions proches de l’URSS (Finlande ; Etats Baltes ; Roumaine…), avait exaspéré Hitler. De plus, l’opinion publique et les publications de la Pravda prenaient une tournure largement pro-anglaise.
    • L’Allemagne nazie était largement dépendante, pour ses matières premières, de l’URSS. Cette dépendance allant croissant au fur et à mesure de la guerre, il lui fallait frapper pour éviter de devenir plus faible que son allié de circonstance, mais également pour pouvoir s’emparer de ces régions.
    • La guerre devenant plus longue, et les nazis étant très sensibles à l’attitude de la population Allemande, il fallait organiser un pillage en règle pour pouvoir maintenir ou élever le niveau de vie de la population et ainsi conserver une adhésion aux réalisations du régime.
    • Enfin, les nazis pensaient que l’URSS était beaucoup plus faible et moins cohérente que ce qu’elle n’était. Hitler pensait que « la construction pourrie » s’effondrerait. Mais elle a tenu bon !

    Une guerre terrible.

    Lorsque l’opération commence, elle est catastrophique pour l’URSS. Même si, contrairement à ce qu’on a pu proférer pendant une longue période, la direction soviétique ne s’est pas laissée surprendre. D’ailleurs, la fameuse semaine d’absence de Staline, supposé terrassé par l’annonce de l’invasion, est remise en cause par l’ouverture des archives du Politburo. Aussitôt l’invasion est annoncée que les rendez-vous se multiplient. La décision est prise : il n’y aura pas de paix de compromis. Dès avant l’invasion, l’armée mobilise – ce qui demande du temps – et la défense antiaérienne est mise en alerte. Cependant, il est clair que le gouvernement soviétique, et notamment Staline, ne voulaient pas donner le moindre prétexte pour que les Allemands attaquent.

    Les Allemands avancent très vite, après avoir détruit l’aviation soviétique au sol. Ils évitent les poches de résistance et réalisent des encerclements immenses, qui privent l’Armée Rouge de plus d’un million de soldats. L’immensité du pays permet au coin blindé de Guderian de se faufiler partout. L’Armée Soviétique est en pleine réorganisation après les leçons de la guerre contre la Finlande. La méfiance envers le risque bonapartiste avait poussé à dissoudre les corps blindés autonomes. Ils sont dispersés et ne peuvent s’opposer aux charges de Panzern.

    Carte des étapes de l'opération Barbarossa jusqu'au 5 ( Moscou ) et 9  décembre ( pour le secteur Sud et Rostov ) 1941. - Blog de  Carnets-de-Guerre-39-45
    Les trois secteurs de l’attaque.

    Mais lorsque les Allemands tombent sur des poches de résistance, la lutte est extrêmement âpre. La forteresse de Brest-Litovsk, encerclée le 22 juin, tombe le 29, tandis que les combats continuent sur les arrières. Les villes ne sont abandonnées qu’en ruine. La bataille de Kiev les retient de début Aout jusqu’au 26 septembre. Smolensk, verrou de Moscou, tient deux mois (10 juillet – 10 septembre). Odessa du 8 août au 16 octobre. Sébastopol tient du 24 septembre au 4 juillet…1942. Léningrad, deuxième ville du pays, n’est jamais prise. Ces opérations sont horriblement coûteuses en vies humaines et en matériel, mais elles permettent de gagner du temps. Les Allemands sont aussi épouvantés par la découverte des chars T-34 et KV-1, par la qualité de l’artillerie, des Orgues de Staline, et de l’équipement du soldat de base. De plus, la combativité individuelle est importante. A plusieurs reprises, les aviateurs soviétiques percutent volontairement les avions Allemands pour les détruire. Cette pratique du Taran, le bélier, connaît ses spécialistes. Certains ont jusqu’à trois Taran à leur actif. Surtout, les soviétiques avaient mis en place un minutieux plan d’évacuation des usines, lesquelles sont réinstallées dans l’Oural. Si les régions agricoles sont ravagées, l’URSS n’est pas vaincue.

    Les problèmes des Allemands.

    Plus les Allemands avancent, plus les problèmes surgissent.

    1. Le plan Allemand choisi par Hitler et par Hadler fonctionne en éventail. Les forces se dispersent progressivement. Hitler ne voulait pas non plus suivre la route la plus directe, utilisée par Napoléon, pour prendre Moscou. Au lieu de frapper ce centre logistique, économique et politique, il impose une série d’étapes.
    2. Les pertes sont plus lourdes que prévu et l’insécurité est totale sur les arrières du front. Les soldats s’épuisent sur les distances, alors que la motorisation de l’armée est très incomplète.
    3. Les réseaux routiers sont médiocres et permettent aux soviétiques, lors des périodes de Raspoutista, les pluies d’automne et de printemps, de reprendre leur souffle.
    4. Le temps se dégrade rapidement, tandis que les forces manquent pour clore certaines batailles comme la prise de Leningrad et de Sébastopol.
    5. L’Armée Allemande ne possède pas d’aviation à long rayon d’action qui lui permette de frapper les zones industrielles et hydro-électriques soviétiques.

    Finalement, en dépit de succès constants, les Allemands arrivent aux portes de Moscou dispersés et épuisés. L’opération Typhon, qui doit permettre de prendre la Capitale, échoue en vue de son objectif. Avec l’Hiver, les soviétiques reprennent l’offensive et dégagent la capitale, qui ne sera plus menacée. La guerre-éclair vient d’arriver à ses limites. La victoire totale lui échappe désormais, tandis que l’URSS a survécu. Mais à quel prix ?

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    Un génocide venu du ciel ?

    Ultime étape, la question des bombardements sur les populations civiles. Ils ont parfois été qualifiés de « génocide venu du ciel ». Ainsi, le militant trotskiste Jörg Friedrich publie, en 2002, Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel ciblait les bombardements Anglais et Américains sur l’Allemagne. Si l’auteur partait d’une analyse intéressante sur les buts et les moyens de cette guerre. Il allait jusqu’à mettre sur le même plan Alliés et nazis. Ainsi, il a décrit les raids comme une Shoah venue du ciel. Le choix des parallèles à d’ailleurs choqué les Allemands comme les Anglo-saxons. Les pilotes sont nommés Einsatzgruppen, les abris en feu des fours crématoires, les victimes gazées,les bibliothèques brûlées des autodafés de livres, tandis que l’auteur allait jusqu’à mettre en parallèle la déshumanisation des Allemands et la « déshumanisation des Juifs par les nazis ». Le fait que Friedrich ne rappelle pas que la guerre avait été commencée par l’invasion Allemande a eu tendance à faire écho aux « ils se valent » des militants trotskistes lambertistes en juin 1944.

    Mais si certaines expressions sont douteuses, le cœur du sujet mérite d’être abordé.

    Au regard des intentions de la part des anglo-américains, rien ne permet d’indiquer une volonté exterminatrice en tant que telle. Ni les Anglais, ni les Américains n’ont montré une volonté claire et définie de mettre fin à l’existence du peuple Allemand.

    Cependant, il est indéniable qu’un choix a été fait pour hausser considérablement le nombre de victimes civiles, en particulier chez les ouvriers et ouvrières. Il faut cependant être juste. Les raids de terreur sont récurrents dans les années 30. Les aviations françaises, anglaises, italiennes, vont s’en donner à cœur joie. Un homme s’est d’ailleurs illustré dans leur usage : l’anglais Arthur Travers « bomber » Harris. Nous y reviendrons. Mais le fait de franchir la ligne rouge, d’oser l’employer contre les Européens, revient aux Allemands. D’abord à Guernica, pendant la guerre civile espagnole, puis contre Varsovie et Rotterdam. C’est un casus belli qui permet de s’affranchir de limites morales.

    Du côté de l’oncle Sam.

    En Europe, les Américains ont misé, à l’origine, sur un illusoire « bombardement de précision » qui ciblait les usines militaires. Ces bombardements de précision n’ont pas eu le succès escompté, et ont causé de nombreuses victimes civiles. L’intention demeure louable. Il est par contre invraisemblable de faire ce qui est visible dans Memphis Belle, croire qu’un bombardier ne larguera pas ses bombes sur une usine, s’il pense qu’il peut tuer les enfants d’une école attenante. D’ailleurs, dans les faits, devant l’imprécision des raids, le carpet bombing a été mis en place : le bombardier maître de la formation vise, et tout le monde lâche ses bombes en même temps. Cette méthode est non seulement peu efficace, mais meurtrière pour les civils. En l’employant sur la France, notamment Rouen ou Boulogne-Billancourt, ces méthodes vont même réussir à gêner les anglais.

    Cette tendance au durcissement s’est accrue tout au long de la guerre. Ainsi, il a été ordonné, durant la dernière phase de la guerre, de faire mitrailler tout personne en zone de front par les chasseurs bombardiers. Chuck Yeager, l’homme qui franchit le mur du son, écrivait : « Des atrocités furent commises par les deux camps. […] Une zone de cinquante miles sur cinquante à l’intérieur de l’Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l’ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. […] Si quelqu’un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

    Dans le Pacifique, par contre, les bombardements ont été sur d’autres cibles. Il est certain que la distanciation raciale, en plus des conséquences de Pearl Harbor, jouent. Curtiss LeMay, qui s’occupait des opérations aériennes, a choisi de désigner les quartiers résidentiels en grande priorité plus que les usines. Les Américains se sont rendus comptes de la vulnérabilité immense des villes japonaises, souvent faites de bois. Les détruire était aisé.

    Les bombardements de Tokyo, qui ont fait plus de 130 000 morts, s’inscrivent dans cette logique de tuer le maximum de civils. Dans l’ensemble, la très grande majorité des agglomérations d’importance vont recevoir la visite nocturne des B-29. Dans les dernières phases de la guerre, la marine et les chasseurs bombardiers vont également être de la partie.

    L’usage de l’arme nucléaire est l’aboutissement ultime. Hiroshima et Nagasaki étaient des cibles sans grand intérêt. Le Japon est aux abois. Il a laissé entendre qu’il était prêt à négocier, en employant l’URSS comme intermédiaire. Dans les discussion, les diplomates sentent les Soviétiques indisposés. Ils ont prévu d’entrer en guerre le 15 août, à la demande des Alliés. Cependant, entre temps, l’annonce du succès du projet Manhattan rend cette intervention inutile à Truman, voire même gênante.

    L’anéantissement par le feu nucléaire à nourri un grand nombre de spéculation. Il permet d’économiser un débarquement coûteux. Il permet de donner un prétexte à l’Empereur pour capituler. Il est un avertissement à l’URSS. Il est aussi un moyen de gagner du temps et d’éviter d’avoir à faire des concessions plus tard. la pondération de ces raisons peut laisser une place à l’interprétation, leur conséquence, en revanche, est parfaitement connue. Plusieurs hauts gradés sont pour larguer la bombe sur le mont Fuji. Mais finalement, la « solution » retenue est de frapper les civils. Si Les 6 et 9 août 1945, deux villes sont réduites en poussière. Les Japonais eux-mêmes mettent plusieurs jours à comprends ce qu’il s’est passé. On ne peut pas ne pas parler du bien malchanceux Tsutomu Yamaguchi, en voyage d’affaire à Hiroshima le 6. Blessé. Mais rentré chez lui le lendemain…à Nagasaki. Il est la seule personne à avoir survécu à deux bombardements nucléaires.

    Cet emploi du feu nucléaire à d’ailleurs eu un effet paradoxal. Une grande partie de l’équipe de conception était formée de très grands génies de la science, mais qui n’étaient pas particulièrement des bellicistes. La vision de la dévastation les convaincu, dans leur quasi-intégralité, qu’il fallait à tour prix éviter qu’un seul pays possède le monopole de l’arme atomique. Un nombre important vont collaborer avec le NKVD pour transmettre à l’URSS les secrets de l’arme. Si Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés et exécutés, ils étaient des agents subalternes. Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, Niels Bohr… ont tous plus ou moins collaboré. 1

    Chez les anglais.

    Si les Américains ont fait un « deux poids, deux mesures » en fonction des cibles (et, probablement des ethnies aussi), les anglais se sont démarqués par leur constance. Harris, qui dirigeait le Bomber Command, avait porté immédiatement le choix vers des « bombardements de zone », visant la population. Son but était de briser le moral et le soutien au régime par la terreur, mais également explicitement d’anéantir la main-d’œuvre. Le choix des armes, avec des bombes favorisant les incendies bien plus que la destruction des machines-outils, ont illustré cela.

    Ce n’était pas dénué de raison. Les bombardiers anglais étaient de véritables camions à bombes. Ils n’avaient pas la « précision » de leurs homologues américains. Vulnérables, ils volaient de nuit. Mais les anglais ont démontré, avec le développement de la guerre électronique, qu’ils pouvaient être d’une précision redoutable sur des cibles précises. Les DH.98 Mosquito étaient capables de pouvoir frapper avec efficacité des lieux stratégiques. Cependant, malgré leur efficacité, le choix est demeuré axé sur les lourds bombardiers quadrimoteurs.

    Il existait un lobby des bombes, un lobby des bombardiers lourds… la Vickers-Armstrong company appuyait de tout son poids le maintien de cette politique. Elle avait également le soutien le plus total des politiciens, Churchill en tête.

    Ainsi, Hambourg, Cologne, ont connu les tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. (Coventry et Stalingrad aussi, en toute équité). Ces visites ont culminé avec Dresde. Dresde, en 1945, est une ville à proximité du front. Elle est remplie de réfugiés. Elle est un nœud ferroviaire et la 7e ville industrielle d’Allemagne. Elle subit raids après raids, USAAF et RAF se relayant nuit et jours. Cet acharnement et le très grand nombre de victimes (entre 30 000 et 140 000) ont soulevé un grand nombre de questions. Ville destinée à être occupée par l’URSS, est-elle alors jugée « à annihiler » ? Est-ce une démonstration de force ? Difficile à dire. Toujours est il que le sujet est pris en main par les néo-nazis et par les négationnistes. L’influence de David Irving, négationniste anglais, est particulièrement forte sur cette question. Un grand nombre de mythes sont issus de sa plume.

    Des morts justifiés ?

    600 000 Allemands et Allemandes sont mortes sous les bombes. Environ 350 000 Japonais et Japonaises. Aussi, à souligner, 60 000 Français et Françaises sous les bombardements Alliés. Ceux-ci perdent plus de 200 000 aviateurs dans ces raids. Ces morts ont ils permis d’écourter la guerre ?

    Ces bombardements ont bien moins nui à la capacité de production de l’Allemagne qu’annoncé initialement. La production d’avions et de chars atteint un sommet en fin 1944. De ce point de vue, c’est un échec en tant que moyen de mettre à genoux l’Allemagne. En termes d’efficacité pure, les raids sur les raffineries et le soutien tactique aux forces aux sols ont été bien plus efficaces, et moins meurtriers pour la population. L’opération Tidal wave, par exemple, qui a frappé les centres pétroliers de Ploesti, avait, dès août 1943, montré la très grande vulnérabilité de ces centres. Pourtant ils ne sont devenus prioritaires qu’en septembre 1944. En dépit de l’efficacité importante de ces raids, ils sont restés l’apanage de l’USAAF.

    Sur les villes ou sur les sites industriels, ils ont détourné, en revanche, un grand nombre de ressources et de main d’œuvre. Ils ont obligé à limiter la couverture aérienne à l’Est, tout comme à immobiliser plus de deux millions de personnes pour une défense antiaérienne incapable d’arrêter les vagues de bombardiers. On estime qu’il faut en 1942 4 057 obus par avion détruit. En 1944, il en faut 33 0002, ce qui fait que la DCA absorbe près d’un million d’obus par mois, soit 20 % de la production, et 30 % de tous les canons produits.

    Aspect essentiel, l’usure de la Luftwaffe. L’absence de tout sanctuaire pour le Reich usait les avions, obligeait à une consommation immense de carburant. Elle usait surtout les pilotes, lesquels n’avaient jamais de repos, et ne pouvaient non plus trouver le temps de former une génération capable de prendre le relève. Ainsi, lors du débarquement en Normandie, il est matériellement impossible à l’aviation Allemande de protéger à la fois l’Est, le Reich, et de frapper les plages du débarquement.

    Avant cette date, un point non négligeable : ils sont le moyen principal de pouvoir agir pour les alliés. Psychologiquement, cela a joué un rôle d’ampleur.

    Mais l’efficacité, même dans cette guerre atroce, remet-elle en cause le fait que ces raids aient pu être des crimes en soi ? Même lorsque ceux-ci ont pu être faits, pour citer le titre de l’ouvrage de Vassili Grossman Pour une juste cause ? La question n’en finit pas d’être débattue. Elle n’a probablement pas de réponse précise.

    Toujours est-il qu’ils tendent à montrer que la guerre ne se marie pas avec les conventions, avec la propreté. Elle pousse logiquement, comme tout phénomène d’entropie, à plus de brutalité et de violence.

    Rendre hommage.

    Nous avons voulu, dans ce texte, aborder la question de l’hommage d’une manière critique pour une raison fondamentale. Si nous replaçons la guerre impérialiste, la guerre raciste et la guerre coloniale dans une autre dimension, si nous la traitons comme le paroxysme de la folie, nous nous rendons vulnérables. Nous nous rendons vulnérables au fait de comprendre comment, depuis un monde qui n’est pas différent de celui d’aujourd’hui, des hommes et des femmes pas si différentes de nous, ont pu être pris dans un maelström de violence. Ni le nazisme, ni le fascisme, ni le militarisme ne sont des maladies d’autre temps et d’autres lieux. L’histoire n’est pas terminée et s’écrit toujours, toujours avec des lettres de sang.

    75 ans après, nous pensons qu’il est plus que jamais important de rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu, de quelque manière que ce soit, le nazisme, le fascisme et le militarisme. Il est d’autant plus important de le faire que les conditions pour une nouvelle crise meurtrière sont réunies.

    En dépit du « plus jamais ça », non seulement le nazisme, dans son fond, n’a pas été éradiqué, mais ses ramifications tentaculaires sont toujours actives. Tant qu’il existe l’impérialisme, le capitalisme, la réaction, il existera une place dans l’écosystème politique pour un nazisme-bis. Parce qu’il est un moyen éhonté pour les exploiteurs, pour les exploiteuses, pour perpétuer, défendre et étendre leur ordre. Il reste une arme de crise. Si nous remisons le nazisme, le fascisme, le militarisme au rang des accidents de l’histoire, si nous le plaçons dans une dimension intégralement distincte de la démocratie libérale, nous nous privons des moyens d’en déceler les prémices.

    La pandémie de COVID-19, qui nous prive des célébrations de ce 8/9 mai, nous montre que, contrairement aux thèses de Fukuyama et de la fin de l’histoire, nous sommes replongés dans la crise économique, sociale et politique d’une profondeur importante. Dans une crise qui prend des accents sinistres. A nouveau, les tensions crispent les États. L’hypothèse d’un affrontement entre la Chine et les USA, l’hypothèse d’un effondrement rapide de l’Europe. L’hypothèse de l’émergence de nouveaux régimes fascistes, racistes et prêts au pogroms.

    Dans les discours qui mentionnent l’islamo-gauchisme, ce sont les mêmes éléments fondamentaux que ceux qui ont donné naissance au judéo-bolchevisme. Ces discours de haine, ces discours de division doivent être combattus.

    C’est comme cela que nous rendons hommage aux victimes et aux combattants et combattantes de la Liberté. Au soldat mort en Normandie, à la partisane Yougoslave, au FTP-Main d’Oeuvre Immigrée, à la pilote de l’aviation soviétique, au combattant coréen qui libérait son pays, au Tommy tombé à Villers-Bocage, à la résistante Allemande qui a dit « non »…Mais aussi à ceux et celles qui ont, dans les champs, dans les trains, dans les usines, porté ces fronts.

    Et à ceux qui n’avaient rien demandé. Qui ont subit cette guerre. Qui, parce que né Juif, née Tzigane, se sont retrouvés un matin dans un train vers la nuit et le brouillard. Ceux et celles qui se sont trouvés dans le viseur Norden d’un bombardier. Ceux et celles qui ont reçu un V1 ou un V2. Ceux et celles qui ont été empoisonnés, torturés, violés par des soldats d’un pays qu’ils ou elles ne connaissaient pas.

    Rendons leur hommage en détruisant les causes de toutes les guerres.

    En luttant contre le capitalisme et l’impérialisme.

    En luttant contre le colonialisme et le néo-colonialisme.

    En luttant contre le fascisme et son influence dans les masses.

    En luttant pour la révolution socialiste et pour la paix.

    En menant jusqu’au bout la lutte des classes pour éradiquer l’exploitation et l’oppression.

    En faisant en sorte que demain ne soit pas avant-hier.

    1A lire à ce sujet, les mémoires de Soudoplatov, qui a géré ces réseaux.

    2Les obus de DCA Allemands ne possédaient pas de fusée de proximité qui leur permettaient d’être efficace en passant à proximité de la cible. A titre de comparaison, avec l’adoption de ce système et de calculateurs analogiques, la DCA alliée s’est montrée autrement plus redoutable.

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. II : Le nazisme.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. II : Le nazisme.

    Le nazisme : la mobilisation par la peur et la conspiration.

    Qu’est ce qui peut pousser un peuple comme les autres à se lancer dans un conflit de cette nature ? Pour beaucoup de contemporains, témoins de cette époque, il était difficile à croire que le régime nazi irait au bout de la logique évoquée dans Mein Kampf. Au moment où Hitler arrive au pouvoir, son anticommunisme et son antisémitisme ne le démarque pas spécialement d’autres acteurs politiques. Il est un fanatique parmi d’autres. Même arrivé au pouvoir, la plupart des Juifs pensent qu’il ne fait que passer, que sa politique est de la réclame, et que si les choses promettent d’être difficiles, elles ne seront qu’une épreuve parmi d’autres. L’antisémitisme est un fond de commerce courant dans tous les pays. Ni la France, ni la Russie Tsariste, ni la Pologne ou les USA ne se démarquent particulièrement de l’Allemagne.

    De plus, il paraît douteux que le peuple Allemand, peuple de l’Aufklarung, de la réforme protestante, de Goethe, de Marx et de Kant, aille jusqu’à réaliser les projets du Führer. C’est ce qui explique une émigration plutôt tardive…Émigration qui aboutissait parfois dans les camps de concentration de la IIIe République, dans lesquels plusieurs centaines de juifs sont morts de faim avant même la guerre. Tout au plus, certains s’imaginaient que cela était possible chez les semi-sauvages de la steppe, mais pas dans la Bavière civilisée.

    Pourtant ce qui est arrivé est arrivé. Les nazis sont parvenus à mobiliser le peuple Allemand, à le remodeler, à en faire des soldats fanatisés. Même ceux et celles qui pouvaient adhérer aux grands syndicats, soutenir le SPD ou le KPD ont fini par revêtir l’uniforme feldgrau, ou le noir de la SS. Ce « tour de force », les nazis l’ont réalisé en instrumentalisant les peurs et les espoirs.

    Les fascistes possèdent une certaine maestria pour ce qui est de partir de peurs et d’inquiétudes réelles, du sentiment populaire, et de le détourner pour le mettre à profit de ceux qui causent la très grande majorité de leurs maux. Les nazis ont ainsi employé plusieurs angoisses présentes dans la société Allemande de l’entre-deux-guerres et les ont transformés en mouvement de masse réactionnaire pour servir les objectifs de la grande bourgeoisie Allemande.

    Le traumatisme de 1918 et la Ruhr

    La population Allemande a été traumatisée par la défaite de 1918 et par le traité de Versailles. L’Allemagne a été injustement reconnue comme étant la seule responsable de la boucherie de 1914-1918. Une guerre, pourtant, désirée largement par la plupart des impérialistes.1 Le guerre dévore les hommes et les ressources. Tous les pays s’endettent. Il faut donc un butin de guerre pour le compenser. C’est l’Allemagne qui est désignée comme devant payer l’addition.

    Le traité de Versailles, imposé par la France, exige des réparations de guerre sans fin. Leur paiement ruine l’Allemagne et l’empêche de se relever. Chômage, hyperinflation, misère… Un terreau favorable pour le fascisme.

    D’autant que la sortie de la guerre ne s’est pas faite par une défaite militaire classique. L’Allemagne et son armée étaient épuisées, à bout de souffle. Si la Révolution Russe et la paix de Brest-Litovsk soulageait la pression sur son front Est, l’entrée en guerre des Américains et l’amélioration du ravitaillement pour les Alliés ne laissait pas entrevoir d’espoir. D’immenses grèves naissent en janvier 1918. Elles décantes en une série de luttes sociales, qui ne laissent comme choix au Kaiser que celui de céder du terrain. Un régime parlementaire naît, tandis que l’armée se délite. Le 9 novembre, la République est proclamée et le 11, l’armistice est signée.

    La guerre civile Allemande prend le relais jusque 1919. Les futurs nazis participent à la répression des pro-soviets. Ils vouent une haine incommensurable à tous ceux et celles qui ont défendu l’idée de paix. Ils les accusent d’avoir livré l’Allemagne à ses bourreaux avides de sang et d’or. Le fait qu’une partie de ces révolutionnaires aient été juifs ou étrangers a permis aussi de construire une mythologie : celle de la conspiration judéo-bolchevique, apatride, travaillant en sous-main pour le grand capital internationalisé. Cette idée de la présence de traîtres à la patrie, d’agents de l’étranger, insaisissables, qu’il fallait extirper, a nourri la rhétorique nazie.

    Le découpage des frontières qui a suivit le traité de Versailles a été un autre trauma. L’Allemagne se trouvait séparée par le couloir de Dantzig, couloir qui l’éloignait du cœur historique de la germanité : Königsberg et la Prusse Orientale. La ville de Kant était désormais séparée du reste de l’Allemagne. Cette séparation joue un rôle de premier plan dans le discours ultra-nationaliste, en se servant d’elle comme illustration d’une volonté d’anéantissement philosophique et culturel de la germanité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, parmi les intellectuels du régime nazi, on retrouvait un nombre important de docteurs dans ce domaine.2

    L’occupation de la Ruhr par l’armée française a été le dernier point phare. La France, la Belgique et l’Angleterre envahissent en janvier 1923 cette partie de l’Allemagne. Elle prend fin en 1925, mais la France maintient ses positions jusque 1930. L’occupation, pendant 7 ans, d’une grande partie du territoire Allemand a mis au contact les populations du pays et la troupe française. Celle-ci a parfois noué des relations avec la population Allemande, ou parfois s’est sont comportée de manière exécrable avec elle. Notamment, comme dans toutes les occupations militaires, nous retrouvons des viols et des violences. Les nazis les ont utilisées, en particulier lorsqu’elles impliquaient des soldats coloniaux, pour dessiner un plan d’extermination génétique, cette fois, de la population. La « honte noire », liée à la naissance de 24 000 métis, est devenu un sujet récurent.

    Construire le nazi.

    Tandis que les militantes et militantes du KPD mettaient en avant la lutte des classes, se devaient d’expliquer la complexité de la situation internationale et économique, les nazis ont joué la carte de l’approche brutale. En tout premier lieu, ils ne se sont jamais privés de recourir au mensonge politique. Hitler s’en vantait d’ailleurs dans Mein Kampf. A partir du moment où la vérité et la cohérence n’encombrent plus les discours, tout est permis. Ne cherchant pas à expliquer, mais à mobiliser, il leur était possible d’appuyer les pires penchants individualistes et populistes dans la société. En utilisant une « ligne de masse » perverse, ils ont permis aux pires aspects de la société de s’exprimer.

    Ils ont placé la race et sa protection au dessus de tout, transcendant les divisions de classe. Ils ont limité l’exploitation à l’action de quelques profiteurs, ou à celui du capital étranger, avide d’or. Le climat de panique, le sentiment d’encerclement, les campagnes de terreur menées par les nazis, ont permis de générer un état d’esprit propice pour une guerre. Ils n’ont pu le faire qu’en réussissant, aussi, à s’appuyer sur une masse de chômeurs, de déclassés, de la petite bourgeoisie terrifiée par le fait de tout perdre. Ils se sont appuyés sur ceux qui étaient individualisés, atomisés, et qui étaient pris dans l’étau.

    Les nazis les ont poussés à se haïr, à traquer l’ennemi racial, le souilleur, le communiste… Ils ont également nourri une certaine mentalité chez la population Allemande. Une Rassenseele, une âme de race. Cette âme de race est fondamentale dans la construction du futur SS. Elle est un mélange du mépris typique du colonialiste, qui estime que c’est sa supériorité (génétique, culturelle…) qui lui donne le droit à dominer le monde. Elle est facile à inculquer et ne demandait aucun effort. Au lieu d’être basée sur la culture, elle en était la négation. Comme cette âme était présente « par essence » chez les Allemands, chaque expression, chaque pulsion, chaque acte viscéral en était une émanation qu’il ne fallait pas combattre, mais exalter.

    De ce point de vue là, les nazis ont bel et bien intégré l’idée nietzschéenne du surhomme : celui qui agit au-delà du bien et du mal. Pour canaliser cet encouragement à la brutalité et la violence, les nazis ont construit un régime de caserne, en s’appuyant sur le militarisme prussien. Ils ont aussi inventé une langue brutale, militaire, faite d’abréviations et de sonorité martiales. La Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich. Elle s’enrichit d’emprunts étrangers nombreux, mais également d’un vocabulaire ayant pour but de modeler la vision du monde. La Weltanschauung, compréhension du monde par l’intuition, application de la grille de lecture raciale au monde, permettait ainsi aux Rassengenossen, aux camarades de race, de repérer ce qui était volksfremd, étranger au peuple. Il leur était alors possible, en s’appuyant sur le Führerprinzip, le principe de commandement, de monter des Strafexpedition, expéditions punitives, pour frapper ceux qui n’étaient pas völkisch, c’est à dire « germaniques ». Une mentalité de race de seigneur, vouée à dominer le monde et à écraser les autres. Mais pas si différente de celle des colonisateurs, ailleurs.3

    Cette violence exaltée s’est adressées surtout à celles et ceux qui étaient les plus réceptifs. Ce qui n’avaient pas une conscience de classe développée par le travail en commun. Cette ligne politique séduit tant les plus miséreux, qui rêvaient d’un Socialisme-National, mais également de rassurer ceux et celles qui vont leur permettre de fonctionner et d’atteindre leur but : les bourgeois.

    Les nazis, et Hitler en leur sein, seraient restés une clique d’agitateurs si ils n’avaient pas obtenu leur soutien. La grande bourgeoisie n’a pas misé exclusivement sur le NSDAP, mais elle en a fait un de ces pions. Il formait un moyen de contrer efficacement l’action du KPD et des syndicats. De plus, il avait un avantage : l’absence total de rejet de l’action terroriste et de l’action répressive. En employant les défauts constitutionnels de la République de Weimar, les nazis ont provoqué incidents sur incidents jusqu’à ce qu’une crise de régime naisse. Cette cirse de régime leur a permis de placer leur porte-lance au pouvoir.

    Jamais d’ailleurs la grande bourgeoisie ne s’est retournée contre Hitler. Tout au plus a t’elle convenu de qu’il faudrait mieux négocier avec les anglo-américains plutôt que de laisser les soviétiques avancer plus loin. Seuls quelque uns eurent à souffrir du régime nazi, comme Hugo Junkers, qui fut dépossédé de ses usines. D’autres joueront un rôle de protecteur, comme le célébrissime Oskar Schindler. Mais dans l’ensemble, l’appât du gain, les immenses commandes publiques, la possibilité d’expérimenter sur des cobayes humains et l’esclavage ne les ont pas heurtés.

    La guerre.

    La suite est connue. Arrivé au pouvoir Hitler liquide les parties les plus « populaires » de son Parti, les SA. C’est la nuit des longs couteaux. Il profite de l’incendie du Reichstag pour mettre en place la Gleichschaltung, la « synchronisation » du pays, avec l’appui des autres partis de droite. Une fois maître du pays, il se positionne internationalement comme un pangermaniste qui agit au nom du droit des peuples, mais aussi comme le rempart contre l’Union Soviétique et le communisme. Non seulement il reçoit un soutien moral de la part des autres bourgeoisies, aux prises avec le mouvement ouvrier, mais également une aide de la part des gouvernements des pays capitalistes.

    Grâce à la politique d’apaisement, il peut constituer progressivement le IIIe Reich en englobant progressivement de plus en plus de territoires. Cela avec la complicité active de l’Angleterre (qui d’ailleurs autorise le réarmement naval en 1935) et passive de la France (qui se méfie un peu plus, mais suit le mouvement). Cela va jusqu’à l’humiliation du traité de Munich, en 1938, démembrant la Tchécoslovaquie au profit de l’Allemagne, de la Pologne et de la Hongrie. L’Union Soviétique, qui a été la seule à mobiliser pour défendre les Tchécoslovaques, se retrouve prise au piège. Aurait-elle pu intervenir ? Probablement oui, mais en se heurtant immédiatement à une coalition occidentale et japonaise.

    Les premières proposition faites pour un front anti-fasciste mondial n’ont lieu qu’à partir de mars 1939. Elles sont faites avec des atermoiements tels qu’ils enveniment la situation encore davantage. Staline indique qu’il ne fera pas le sale travail pour les autres. De son côté, le régime nazi propose une position simple : pas de guerre. Contre les espoirs occidentaux, l’URSS parvient à se tenir en dehors de la guerre en trouvant un modus vivendi avec l’Allemagne. Cet accord, signé le 23 août 1939, continue de faire couler beaucoup d’encre. Pourtant il n’était pas différend, dans sa nature, des accords que possédaient les Polonais avec les Allemands, ou avec les démocraties libérales. La seule différence était sa conclusion : elle prenait à leur propre piège ceux qui voulaient lâcher l’Allemagne à la gorge de l’URSS.

    Les victoires de l’Axe lui ont permis de régner sur un espace immense, de piller intégralement la population, la livrant à la famine, aux mauvais traitements et à la terreur. Malgré ce pillage constant, l’Axe s’est retrouvée dépassé. Dépassée et sapé de l’intérieur par de puissant mouvements de résistance, y compris au sein des camps de concentration.

    La guerre culmine dans l’horreur dès ses premières heures. Tandis qu’à l’Ouest, la Gestapo suveille les populations, à l’Est, c’est la politique du vide. D’abord par la Shoah par balles, puis par les camps. Dès janvier 1942 est mis en place le principe de la Solution Finale, lequel vise à exterminer intégralement la population Juive ainsi que les Tziganes. Après les victoires décisives de Midway, de Stalingrad et de El-Alamein, mais également après la victoire de la bataille de l’Atlantique, l’Axe est sur la défensive. Mais même sous les bombes, même sous les attaques de chasseurs-bombardiers, malgré la délitement des voies de communication et le manque de combustible, les convois de la mort roulent. Jusque dans la défaite, les nazis n’ont jamais renoncé à ce projet.

    1Jean-Luc Mélenchon parlait encore, pour le centenaire de 1918, de boucherie déclenchée par le Kaiser.

    2Sur ce sujet : Croire et détruire de Christian Ingrao fait référence.

    3Les mots-valise sont une spécialité de l’extrême-droite, qui fonctionne par instillation et par amalgame. Ils permettent de faire passer un message sans le justifier. Ainsi, l’utilisation de termes comme les banksters ou les merdias, est souvent employée par les conspirationnistes ou par les populiste. Elle évite la question de la classe sociale. D’une manière générale, on ne m’enlèvera jamais de l’idée que là où on maltraite la langue, on maltraitera aussi les Hommes. [E.V]

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75 ans auparavant, la Seconde Guerre mondiale prenait fin en Europe.

    La victoire soviétique à Berlin mettait fin au « Reich millénaire » de Adolf Hitler. Les troupes de toutes les Républiques soviétiques, commandées par les maréchaux Joukov, Koniev, Rokossovski et Tchouïkov brisaient la résistance autour des lieux stratégiques du pouvoir nazi. Le Führer était mort. Mussolini était mort. Les régimes cobelligérant et collaborationnistes étaient défaits. Seul le Japon se dressait encore comme un obstacle à la paix. L’Europe découvrait la réalité du génocide Juif, celle du génocide Tzigane. Elle découvrait aussi l’étendue des dévastations et des crimes de guerre.

    Les efforts combinés de la coalition anti-fasciste ont permis de mettre un terme au projet de partage du monde de l’Axe. Ils ont également stoppé le projet d’annihilation de populations entières. 75 ans après, il ne faut pas l’oublier ou en faire une exception du passé. La victoire contre le nazisme doit être célébrée et doit être commémorée. 40 millions d’Européens et d’européennes, de tout âge, de toutes confessions, de tout bord sont morts. A cela, il faut ajouter plus de 20 millions de victimes en Asie. La grande majorité de celles-ci sont des civils et des civiles, principalement des citoyens et des citoyennes de la Chine et de l’URSS.

    Ne les laissons pas tomber dans l’oubli, ne les laissons pas non plus être le marchepied de gens cyniques. Oui, il faut célébrer la victoire contre le fascisme, le nazisme et le militarisme japonais. Mais cette célébration, pour ne pas être creuse, doit être accompagnée d’un certain recul, d’un regard critique sur la manière dont doivent être considérée tant la guerre que la victoire finale. La Seconde Guerre mondiale est une guerre d’étape. Elle s’intercale dans un court XXe siècle (1914-1991) marqué par la Première Guerre mondiale, les révolutions, la montée des fascismes, la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre Froide. Elles n’est pas un événement isolé. Elle est donc dans un ensemble qui ne peut être découpé artificiellement en tranches, mais qui forme, au contraire un continuum. C’est ce qui explique la nature particulière, complexe, contradictoire, et le paroxysme de violence de son événement central.

    La Seconde Guerre mondiale est une guerre à la croisée des chemins.

    Elle est à la fois une guerre « classique » de repartage des sphères d’influence entre puissances ; à la fois une guerre coloniale et à la fois s’inscrit dans une croisade anti-communiste mondiale.

    C’est cette conjonction qui a servi de catalyseur.

    La guerre impérialiste.

    La Seconde Guerre mondiale s’inscrit donc dans une lutte entre les puissances impérialistes. Une lutte avec un camp formé par les puissances traditionnelles, France, Usa, Angleterre, possédant des empires coloniaux ou des sphères d’influences déjà bien délimitées, anciennes. De l’autre, le camp des outsiders : l’Allemagne, qui avait tout perdu après le traité de Versailles, l’Italie fasciste , à la victoire mutilée, le Japon militariste, qui ne parvient pas à venir à bout de la Chine.

    Dans un monde plein, partagé depuis 1885 entre les grandes puissances, le mouvement de l’un joue forcément sur les autres. Seule la Chine et l’URSS restent des espaces qui ne sont pas inclus dans ces jeux des puissances. L’une trop vaste, trop peuplée, trop chaotique pour être découpée en colonies. L’autre choisissant la voie du socialisme et de l’anti-impérialisme, s’érigeant elle-même en puissance économique et industrielle, se dotant des moyens de se défendre.

    Pour les trois oustsiders, il faut soit s’en prendre à ces espaces à conquérir, soit risquer la confrontation. Or, leurs concurrents, tout comme leurs proies, ne restent pas les bras ballant. Soit elles prennent la mesure de la menace, comme les USA avec le Japon, qui lui coupe progressivement les vivres, soit elles essaient de les exciter à la guerre pour servir leurs propres intérêts, comme l’Angleterre avec l’Allemagne. Il s’en suit une des pages les plus répugnante de l’histoire diplomatique, dans laquelle les puissances européennes jouent un jeu dangereux, nourrissant la bête nazie avec des compromis, tout cela en ayant l’espoir qu’elle saute à la gorge de l’URSS.

    La croisade antisoviétique.

    Pourquoi l’URSS ? Pour une raison double. D’une part, 1/6e du monde était hors de l’emprise des investissements étrangers, hors des griffes des bandits impérialistes. Et pour eux, il s’agissait d’un terrible supplice de Tantale. Un immense espace, des perspectives d’une dimension incroyable, tout cela excitait leur appétit. Le souvenir de la perte des investissements et des prêts concédés au Tsar aiguillait également les appétits féroces.

    De l’autre, il y avait l’importance primordiale de lutter contre le bastion de la Révolution, contre le bolchevisme, contre l’émergence d’un pôle libéré de la bourgeoisie et du capitalisme. Cette croisade a été le fil conducteur du XXe siècle. Elle s’est manifestée dès les premiers jours de la République des Soviet par l’envoi de troupes pour mater les révolutionnaires. Par la construction d’un cordon sanitaire, autour de pouvoir politiques dictatoriaux. Par les menaces de guerre, les tentatives d’isolement, les coups de force. Entre 1917 et 1941, l’Union soviétique a été plus d’une fois sur le pied de guerre. Elle était encerclée par des puissances hostiles, qui voulaient sa perte. Deux d’entre elles avaient déjà battu l’Empire Tsariste, le Japon entre 1904-1905, l’Allemagne entre 1914-1917. Hitler et ses sbires ont été dressés a traquer le bolchevisme. Ils ont d’ailleurs été encouragés par la politique complice de l’appeasement à se doter des moyens de le faire.

    L’Union soviétique menait une double politique, une politique de soutien aux communistes tout comme une realpolitik d’État. Avec l’approche toujours plus pressante de la guerre, cette dernière prenait le pas sur la première. Il n’en demeure pas moins que l’Union Soviétique était traitée comme une pestiférée par les autres puissances impérialistes. C’est ce qui explique le cynisme de leur diplomatie. Les pays impérialistes, d’ailleurs, ne parvenaient pas à trouver de consensus sur la manière dont venir à bout de l’URSS. Ils étaient en concurrence les uns avec les autres. C’est pour cela qu’ils ourdissaient plans sur plans, non seulement pour bien se positionner eux-mêmes, mais pour faire tirer les marrons du feu par les autres.

    D’où le rejet de la sécurité collective proposée par le gouvernement soviétique et défendue par Litvinov. A cela, ils ont répondu par le choix des jeux d’alliance. Des jeux d’alliances retors, pour faire se prendre à la gorge Allemagne et URSS. Des jeux retors qui se sont retournés, en dernière instance, contre eux. Leur avidité ayant causé leur perte.

    La guerre coloniale et raciste.

    Si les deux autres points sont souvent évoqués, il manque un dernier aspect, essentiel pourtant. Celui qui vient donner un caractère spécifique à la guerre. Elle est fanatiquement anticommuniste, raciste et colonialiste. D’ailleurs, il faut commencer par reconnaître une chose : Les nazis n’avaient pas le monopole des régimes racistes et génocidaires.

    Depuis la Guerre Froide, la tendance est à une comparaison cynique entre l’URSS sous la direction stalinienne et l’Allemagne nazie. Cette comparaison mérite d’être analysée. Tout comme toute analyse, elle demande un protocole scientifique. Si on isole complètement du reste du monde les deux régimes, on retrouve sans problème des similitudes dans la forme que pouvait prendre le pouvoir, notamment si on limite le champ d’étude à la période de la « Grande Terreur » ou a des épisodes dans lesquels la répression a été employée de manière parfois démesurée, comme dans la collectivisation forcée.

    Mais ce comparatisme isolé nous prive de regarder ce qui se passait ailleurs au même moment. Si nous comparons l’Allemagne nazie avec la France et l’Angleterre « démocratique », effectivement la répression telle qu’elle est employée en Allemagne ne trouvera pas un répondant aussi fort dans ces pays. Et ce même si la IIIe République avait ses camps de concentration et n’avait pas forcément d’hésitation à faire tirer sur la foule. Pour les USA, on retrouve par contre les lynchages de noirs, l’inégalité juridique consacrée, le suprémacisme raciste exalté.

    Allons plus loin. Qu’est ce qui constitue la France et l’Angleterre à cette époque ? La métropole, malgré ses grandes zones de misère, n’en est pas moins alimentée, sous perfusion, par le système colonial. C’est ce système colonial qu’on ôte de toute logique comparative, hypocritement. Or, il est le fondement de la puissance des deux pays libéraux, il est d’ailleurs ce qui lui permet d’être libéral. Un regard même simpliste, même superficiel, vers les colonies permet de replacer les choses à leur juste place. C’est dans le système colonial, la déshumanisation, le racisme exacerbé, justifié, que se trouvent les racines du nazisme, que se trouvent les fondements qui ont permis de pousser jusqu’à l’extermination de peuples.

    Le but premier de l’Allemagne n’était pas tant la conquête du monde dans son ensemble, que l’établissement d’une zone coloniale sur le continent Européen. L’Empire colonial Allemand de la fin du XIXe, construit tardivement dans des zones éloignées, a été isolé en un tour de main par les puissantes flottes anglaises, françaises et japonaises.

    Pour ne pas revivre la même situation, le blocus, la vulnérabilité, la faim, l’Allemagne nazie à repris le drang nach Osten. La Marche vers l’est. Elle s’est défini comme objectif de construire cet empire sur les espaces occupés par les peuples slaves.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le nazisme a appliqué sur ces régions les mêmes méthodes et les même moyens que l’Europe démocratique et civilisée avait employé en Afrique ou en Asie, ou que le Japon employait en Chine. Ses soudards, enivrés de leurs droits seigneuriaux, conférés par leur prétendue supériorité raciale, se sont comportés avec la même morgue et le même mépris de la vie humaine que les occidentaux quelques années auparavant.

    Quand Tocqueville anticipe le nazisme.

    Rappelons les écrits de Tocqueville en 1841 : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux.

    […]

    Je dirai aussi que les grandes expéditions me paraissent de loin en loin néces­saires :

    1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

    2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader. »

    Tocqueville, par ailleurs, se rend bien compte de quel type d’hommes le colonialisme accouche :

    « On ne peut se dissimuler que l’officier qui une fois a adopté l’Afrique, et en a fait son théâtre, n’y contracte bientôt des habitudes, des façons de penser et d’agir très dangereuses partout, mais surtout dans un pays libre. Il y prend l’usage et le goût d’un gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier. C’est là une éducation que je ne me soucie pas de généraliser et de répandre. Sous le point de vue militaire, j’admire ces hommes ; mais je confesse qu’ils me font peur et que je me demande ce que nous ferions d’un grand nombre d’hommes semblables, s’ils rentraient parmi nous. »

    Lorsque l’Allemagne envahit la France, la Belgique, la Hollande… elle impose un ordre d’occupation criminel, appuyé sur les collaborationnistes (souvent motivés par l’anticommunisme et le racisme eux-aussi.) Mais la guerre à l’est se dote d’une dimension supplémentaire : il faut éradique la civilisation, la culture, les élites. Il faut réduire en esclavage l’intégralité de la population. Même ceux qui regardaient d’un bon œil l’arrivée des nazis ont déchanté.

    Derrière les méthodes de Tocqueville point déjà le kommissarbefehl et les Einsatzgruppen. Encore que Tocqueville ne recherchait que le contrôle et la domination, pas encore l’espace vide d’hommes prêt à être colonisé par les européens. Il est d’ailleurs difficile de ne pas souligner la continuité qui existe entre cette guerre et les suivantes. Notamment le fait que, au moment même ou l’armistice est signée en Europe, la France entame le massacre des Algériens.

    C’est la conjugaison de ces trois facteurs, guerre impérialiste, guerre anticommuniste, guerre coloniale qui donne son contenu à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, aux villes éventrées, aux millions et aux millions de morts et de mortes. A « l’ensauvagement » d’un continent.

  • Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler, chancelier et Fuhrer du Reich, se suicidait dans le bunker de la chancellerie. Le soir même, le drapeau rouge, marqué du marteau et de la faucille, flottait sur Berlin. Quelques jours auparavant, Benito Mussolini, le Duce de l’Italie, périssait sous les balles des partisans italiens, avant d’être exposé publiquement avec sa maîtresse.

    La guerre mondiale en Europe touchait à sa fin. Elle avait englouti près de 40 millions d’européens, dont une très grande majorité de civils. Certains États, comme la RSS de Biélorussie, ont perdu un habitant sur 4.

    Hitler, en tant qu’individu, était un fanatique. Un fanatique impérialiste, anticommuniste et antisémite. Il était également le fils d’une époque. Il n’a pas inventé sa théorie criminelle, il l’a reprise. Il a repris l’antisémitisme courant, notamment nourri par le tsarisme. Il a repris les désirs coloniaux et le mépris racial propre à ce système. Il a repris la haine du communisme, puisque celui-ci refusait la guerre mondiale et la hiérarchie en classes.

    Des individus comme Hitler, il en a existé et il en existe des milliers dans le monde. Heureusement tous n’arrivent pas au pouvoir. Et ils n’arrivent pas seuls à celui-ci.

    Ce n’est ni son charisme personnel, ni ses talents, qui lui ont permis de pouvoir occuper les fonctions suprêmes du Reich. Hitler, comme Mussolini, comme l’amiral Horty en Hongrie, ou comme Franco, ont été installés, portés au pouvoir. Ils étaient des outils. Des outils qui servaient, consciemment ou non, les intérêts politiques et géopolitiques d’acteurs puissants.

    Hitler, comme les autres, était un rempart. Un rempart de la réaction contre la menace de la révolution prolétarienne. Il était l’outil des cartels industriels et bancaires pour permettre de nettoyer une Allemagne encore secouée des soubresauts de sa révolution. Derrière les arguments de la race au dessus de tout, de la nation transcendant et abolissant les classes, derrière la « lutte du sang contre l’or » se nichaient les intérêts très solidement matérialistes de Thyssen, de Krupp, de Blohm & Voss. Éliminer les bolcheviques, éliminer toute structure sociale et culturelle qui ne soit pas inféodée aux buts criminels du régime, mobiliser l’Allemagne pour la guerre impérialiste.

    Hitler et son régime de crime ont trouvé bien des gens pour l’applaudir. En France, malgré la peur du réarmement, il a été soutenu comme un moyen de contrer l’URSS. En Angleterre, surtout, tout a été mis en œuvre pour que l’Allemagne nazie soit en mesure de faire la guerre et de la remporter. Si Churchill s’est montré un farouche anti-nazi durant la Seconde Guerre mondiale, il ne faut pas oublier que lui aussi, conjointement à Neuville Chamberlain, il l’a salué.

    En investissant Hitler d’un pouvoir considérable, ni les dirigeants de cartels ni les politiciens pensaient avoir trouvé le laquais parfait. Cela amène a une considération : la grande bourgeoisie Allemande a soutenu le régime jusqu’à son effondrement inéluctable. En dépit d’une certaine autonomisation de l’empire financier SS ou des Reichswerken Hermann Göring, l’État nazi n’a jamais été coupé de sa base de classe. Il a représenté une interface brutale, terroriste, mais chargée de la même mission que les autres États bourgeois : assurer au mieux possible les intérêts de ses commanditaires. Et si Hitler et sa clique sont arrivé et venus, dans la victoire ou défaite, les groupes industriels et leurs patrons sont restés en place.

    Leur soutien n’a été retiré au Fuhrer qu’au moment où la défaite était inéluctable et où il fallait négocier…avec l’occident.

    En revanche, le pion que les Anglais et Français se réjouissaient d’avoir les a mordu à la gorge. Contre toute attente, l’accord tactique entre les deux ennemis mortels a bouleversé les plans des impérialistes et des fauteurs de guerre.

    La guerre est connue. Elle a été terrible. Elle a saigné le monde. Durant son règne de terrer, le régime nazi a pu entreprendre la mise en esclavage de tout un continent. Le régime a également entrepris froidement, méthodiquement, l’extermination de pans entiers de sa population sur des critères de naissance. Cette barbarie criminelle a représenté l’application suprême des thèses génocidaires nées dans le colonialisme.

    Elle a également atteint partiellement les buts qu’elle s’était fixé. Elle a ravagé le camp du socialisme, mettant à bas l’immense travail accompli par les peuples d’URSS, au prix d’efforts incroyables. Il n’est pas possible d’ailleurs d’isoler cette saignée de 27 millions de personnes de la réapparition de tendances droitières, réclamant une NEP-bis.

    En dépit de ses efforts, en dépit du poids immense d’une Europe réduite en esclavage, l’hitlérisme n’est pas parvenu à ses fins. Il a été miné de l’intérieur, par la résistance, y compris au sein des camps de travail. Il a été broyé par l’extérieur, face aux armées de la coalition anti-fasciste.

    Dans une série de batailles, principalement contre l’Armée Rouge, l’Allemagne nazie a été battue, écrasée. A ce titre, nous trouvons injustifiable que son rôle soit minimisé ou qu’elle puisse être renvoyée dos à dos à la Wehrmacht et la SS. Mais il est tout aussi idiot de nier le rôle vital du prêt-bail, et la solidarité, l’abnégation, des autres belligérants.

    Le 30 avril 1945, au milieu des ruines, Hitler mettait donc fin à sa vie.

    Mais son ordre à survécu. Il a survécu dans l’administration de la RFA, dans ses services secrets, l’organisation Gehlen. Il a survécu dans toutes les dictatures de l’après-guerre, dans lesquelles des individus comme Hans-Ulrich Rudel ou Klaus Barbie ont joué des rôles important. Il a survécu dans la guerre froide. Dans les opérations militaires dirigées contre l’URSS jusqu’en 1956, dans les réseaux d’assassins et de terroristes, tels que la loge P2, Gladio et les stay behind de la CIA.

    Il survit encore dans l’actualité récente avec les groupes fascistes en mèche avec l’État Allemand du NSU mais aussi de la leaderless resistance aux USA, ou encore du blood & honor partout dans le monde.

    Philosophiquement, il a survécu dans le colonialisme, le suprémacisme, le racisme et l’antisémitisme. Il est resté un monstre tapi dans l’ombre, mais bien pourtant bien réel. Un monstre qui se nourrit des peurs.

    A chaque crise, à chaque moment d’incertitude, il réparait. Aujourd’hui, alors que la pandémie secoue de fond en comble la société, le discours chauvin, xénophobe, raciste et conspiratif renaît avec une ampleur nouvelle. Il cherche les bouc-émissaires des malheurs du monde, il cherche les réponses simplistes aux problèmes profonds. Il cherche la mobilisation réactionnaire pour de nouvelles guerres et de nouvelles Shoah.

    Il y a 75 ans comme aujourd’hui, il est impératif de combattre avec la dernière extrémité cette création. Alors que se profile à l’horizon une ère de luttes immenses, ne laissons jamais les agents de la réaction, les valets du patronat, diviser ceux qui croulent sous les poids des mêmes chaînes : celles des exploiteurs, des bourgeoisies, des impérialismes.

  • 75e anniversaire de la libération des camps.

    75e anniversaire de la libération des camps.

    Il y a 75 ans, les troupes soviétiques pénétraient en Allemagne. Elles découvraient l’univers exterminatoire nazi. Si le système concentrationnaire était connu depuis sa création en 1933, celui-ci était placé sous le sceau du secret. Seuls ses bourreaux et quelques survivants, échappés ou libérés, avaient pu en parler. Ils n’avaient pas été crus. Ceux qui partaient dans les convois partaient vers le néant, vers la nuit et le brouillard.

    Près de 4 millions de personnes ont pris ce chemin. A cela s’ajoute ceux et celles tuées par les balles, par la faim, par la maladie, par la guerre elle-même. Une poignée, un nombre minuscule en sont revenues. Nos pensées vont vers ces victimes, vers leurs proches, leurs descendants et leurs descendantes. Pour que leur voix soit entendue, pour qu’elle soit écoutée, il a fallu des années de lutte.

    Révélé à la face du monde, le crime nazi est, 75 ans après, un marqueur de l’horreur absolue. Les survivants et survivantes ont dépeint un univers invraisemblable. Un univers de règles absurdes, infâmes, où les châtiments, l’arbitraire et la mort sont omniprésents. Une société parallèle, dans laquelle toutes les normes et les convenances qui caractérisent la civilisation sont abolies. Un monde mu par un objectif : rentabiliser et industrialiser la mort des êtres humains.

    Les nazis ont accordé une priorité immense à ce projet. Cette priorité était si grande qu’elle justifiait la priorité des convois vers les camps d’extermination. En 1944/1945 alors que le réseau ferré était disloqué, que le combustible était rationné et que les locomotives étaient attaquées sans répit par l’aviation, les convois roulaient toujours.

    Les nazis ont nourri une vision millénariste1 et eschatologique2 de leur rôle. Un rôle d’élimination de toute ce qui pourrait « corrompre » leur race. Les études sur la mentalité des élites nazies3 montrent que ces derniers s’étaient nourries d’un sentiment d’encerclement, de menace, de conspiration. Leur réponse a été le génocide.

    À ce projet se sont rajoutés des intérêts très matériels, qui sont ceux qui ont permis l’arrivée au pouvoir de cette clique de bandits. La lutte contre le communisme, condensé dans la nébuleuse du judéo-bolchevisme. L’expansionnisme de l’impérialisme allemand. La volonté de devenir la puissance dominante du continent Européen, puis du monde. Ce qui a fourni la base matérielle à la machine génocidaire nazie, c’est le grand capital.

    Au nom de la lutte contre le judéo-bolchevisme, en prétendant agir pour la survie de la race, le grand capital allemand et le gouvernement nazi ont conjointement organisé, froidement une élimination systématique de tout ce qui pouvait s’opposer à son ordre. En instrumentalisant les angoisses de la société allemande, les dirigeants nazis et la grande bourgeoisie allemande ont préparé le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité.

    Les nazis n’ont pas inventé la déshumanisation des cibles et des victimes. L’impérialisme et le colonialisme l’avaient fait avant eux. Le colonialisme a justifié racialement, derrière l’argument de la civilisation ou de la supériorité génétique, la domination la plus brutale. Le nazisme est à la croisée des chemins, entre l’extermination des populations en Afrique, entre l’extermination mi-raciale, mi-politique des Arméniens, entre l’application stricte du colonialisme en Europe de l’Est.

    Cette filiation entre le nazisme et l’impérialisme avait déjà été dénoncée par Aimé Césaire :

    « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral.

    […]

    c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable.

    […]

    Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique »4

    Les SS se sont construits des fortunes personnelles sur le détournement des richesses, sur les vols, les extorsions et les spoliations. Mais ils n’ont pas été seuls. Les propriétés foncières et immobilières des Juifs ont été un enjeu de spéculation et d’enrichissement dans tous les pays occupés -France comprise !5

    Dans chaque pays, les nazis ont pu trouver des relais pour faciliter leur travail d’extermination. L’État français, dès avant la guerre, avant la mort de la IIIe République, avait ouvert des camps de concentration pour y interner les Juifs allemands, les communistes et les combattants républicains. Sous le régime de Vichy, les autorités ont non seulement offert leur aide, mais ont même dépassé les attentes des nazis. Des fortunes se sont bâties sur ces crimes, comme celle de L’Oréal, comme celle de Coco Chanel, comme celle de Louis Renault.

    Aujourd’hui, certains pays tentent de taire la réalité de cette collaboration. Les antisémites polonais, en dépit du statut de victime de ce pays, n’ont pas hésité à contribuer à l’anéantissement des juifs. La Pologne a ainsi tenté d’interdire l’évocation de cette collaboration.6

    Après la guerre, à l’Ouest, les fonctionnaires nazis sont restés en place, ont continué leur travail, se protégeant mutuellement. Après une rapide épuration, il faut attendre le milieu des années 1960 pour que des procès aient lieu. D’autres nazis sans emplois ont trouvé leur place dans les services secrets, à la CIA ou dans l’organisation Gehlen. Ils étaient trop précieux, leur savoir faire trop important, pour ne pas l’utiliser contre l’Union soviétique. Dans bien des cas, les bourreaux n’ont été jugés que lorsqu’ils n’avaient plus d’utilité aux yeux de leurs nouveaux employeurs. De même, la condamnation de la collaboration étatique n’est arrivée qu’a un moment, 50 ans après, où elle ne risquait guère plus d’incriminer quelque fonctionnaire zélé.

    Des individus sans scrupule ont essayé d’instrumentaliser l’existence du système concentrationnaire nazi. Les crypto-nazis comme Ernst Nolte, historien Allemand, en ont fait une réponse à la violence bolchevique. Ils ont justifié l’existence du nazisme comme le moyen de défense de la civilisation contre l’hydre communiste. Le but ultime étant à la fois de salir le mouvement révolutionnaire, mais également de réhabiliter le national-socialisme.

    Quoiqu’on puisse penser du système répressif soviétique, celui-ci n’a jamais eu comme ambition d’exterminer des parties de la population. Ceux qui ont essayé d’inventer une similarité dans les moyens et dans les buts, entre les nazis et les communistes, se sont heurté au prisme de la réalité. Le système carcéral soviétique était le reflet de la lutte aiguë entre les classes sociales et de l’extraordinaire difficulté de la construction du socialisme. Surtout, même dans les moments de répression les plus violents, dont l’ampleur échappait à leurs initiateurs premiers7, le but n’a jamais été d’exterminer les individus, et ceux-ci n’étaient pas ciblés d’office en raison de leur naissance.8 Dékoulakisation ou grandes purges ont ciblé des individus en rapport à leur positionnement social ou idéologique, pas pour leur race ou leur religion.

    Aujourd’hui, alors que seuls des fanatiques anticommunistes la défendent, l’assimilation entre le nazisme et le communisme est toujours influente dans la société. Elle sert souvent, par effet d’amalgame, à salir la lutte politique contre la bourgeoisie. Amalgamer l’histoire soviétique, avec ses travers et ses défaillances, et la Shoah, constitue l’un des plus épouvantables tours de passe-passe de la bourgeoisie.

    Nous ne pouvons accepter que les génocides soient utilisés sans vergogne. Il est inacceptable que le souvenir du génocide Juif soit un argument pour rendre imperméable à la critique la politique d’Israël. Nous n’acceptons pas non plus ceux qui font la démarche inverse, et qui utilisent l’impérialisme et le colonialisme israélien comme une justification du génocide. Les deux sont répugnants.

    D’autres, au contraire, veulent effacer le souvenir de ces crimes pour mieux les réaliser à nouveau. Les négationnistes et les révisionnistes ont encore pignon sur rue, à l’heure actuelle.

    Aujourd’hui, certains rêvent toujours de faire revivre cet univers d’extermination. Aujourd’hui, des équations toute aussi inquiétantes émergent. Le paradigme de l’islamo-gauchisme prend la place du judéo-bolchevisme, occupe la même fonction. Les nuages noirs du conspirationnisme, de l’escalade militaire, de la caporalisation de la société, s’amoncellent à nouveau. Il n’existe aucune garantie qu’un nouvel orage ne se déchaîne pas.

    Commémorer, ce n’est uniquement que regarder vers le passé. C’est également prendre conscience que les conditions qui ont permis à la conférence de Wannsee d’avoir lieu sont toujours réunies. Comme le disait Alain Resnais dans nuit et brouillard :

    «  Il y a nous, qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

    1Le millénarisme, ou chiliasme, est une doctrine religieuse qui soutient l’idée d’un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l’Antéchrist et préalablement au Jugement dernier.

    2L’eschatologie est le discours sur la fin du monde ou la fin des temps. Il relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers événements de l’histoire du monde ou l’ultime destinée du genre humain, couramment appelée la « fin du monde ».

    3Ingrao, C. (2011). Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS. Pluriel.

    4Aimé Césaire : “Discours sur le colonialisme” (1950)

    5http://www.memorialdelashoah.org/evenements-expositions/expositions/archives-des-expositions/la-spoliation-des-juifs.html

    6https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/loccupation-de-la-pologne-par-les-nazis-face-brillante-face-sombre

    7Getty, J. A. (1994). Origins of the great purges : The Soviet Communist Party reconsidered, 1933 – 1938 (Reprinted). Cambridge Univ. Press.

    8https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – partie 4 : « Oradour Malgache ».

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – partie 4 : « Oradour Malgache ».

    « Oradour Malgache ».

                La colonie de Madagascar -laquelle demeure toujours une de ces abominables néo-colonies- a été intégrée de force dans l’Empire Français à la suite d’une « expédition de pacification » dirigée par le général Gallieni entre 1896 et 1905. Auparavant, l’île commençait une industrialisation basique, disposait d’une politique de scolarisation et d’écoles de médecine.

                Le colonialisme a ravagé tout cela. La mission de Gallieni cause la mort de 100 000 personnes environ. A l’issue de celle-ci, un système proche du code de l’indigénat est mis en place, ainsi qu’une politique de division juridique des habitants en fonction de leur « race ». Les écoles perdent leur public, et l’industrialisation se mue en « mise en valeur », à savoir une exploitation sauvage, forcenée, de l’Île. Ainsi, les malgaches doivent 30 jours de travail gratuit par an, sous la forme de corvée, pour développer les infrastructures utilisées par les colons. De plus, soumis au code de l’indigénat depuis 1904, les colonisés peuvent être mis à l’amende et emprisonnés sans jugement.

                Dès 1913, des mouvements de résistance apparaissent, dont Vy Vato Sakelika (fer, pierre, ramification) fondée par des étudiants en médecine. Mais la répression frappe avec une intensité terrible. Malgré le soutien de l’Internationale Communiste, le mouvement est écrasé au cours d’affrontements dans les années 30.

                Pendant la guerre, les colonisateurs sont des fidèles de Vichy. Les anglais prennent le contrôle de l’Ile en 1942, après une bataille de 7 mois, au cours de laquelle -fait assez exceptionnel- la Japon vient au secours de Vichy. Cette bataille est néanmoins d’une intensité faible, avec 107 tués côté alliés et 150 côté français.

    Si la « France Libre » prend le contrôle des affaires en 1943, la situation des colonisés ne s’améliore guère. Le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, parti indépendantiste communisant sans être communiste, gagne les élections dans le Territoire d’Outre-Mer en 1946. Bien que légaliste et souhaitant simplement une indépendance dans le cadre de l’Union Française, le MDRM est néanmoins combattu par l’administration coloniale. Marcel de Coppet, membre de la SFIO, fut nommé Haut-Commissaire de la République à Madagascar. Il appliqua une politique du diviser pour mieux régner en jouant sur la division entre les côtiers et l’intérieur des terres, soutenant ainsi le parti collaborationniste PADESM, ou Parti des Déshérités de Madagascar.

    Repoussant les référendums sur l’indépendance, souhaités par le MDRM, Coppet prit des mesures visant à « limiter les menées anti-françaises », autrement dit, une forme d’état d’urgence. Il prend des dispositions pour contrer les succès électoraux du MDMR. Les manœuvres successives de l’administration coloniale mettent le feu aux poudres.

    Bien que le bureau du MDMR ait appelé au calme, la base militante prend la décision d’une insurrection le 29 mars 1947. Les français le savent également et sont sur le qui-vive. L’insurrection commence par l’attaque d’une caserne à Moramanga, attaque repoussée par les troupes présentes. L’île s’embrase.

    Dès le début du mois d’avril, 18 000 militaires français débarquent. Ils sont plus de 30 000 par la suite. La méthode de répression est classique : torture, meurtres, razzias, viols… Elle se double d’une terreur psychologique dans les méthodes d’exécution : captifs jetés vivants depuis des avions. Malgré une longue guérilla organisée par les colonisés, qui connaissent le terrain, l’écrasement est rapide. En effet, les insurgés n’ont que des sagaies et des couteaux, face à des bombardiers A-26, des chars, des lance-flammes.

    89 000 morts côtés insurgés. 1 900 côté forces coloniales, ainsi que 850 européens dont 350 militaires. Voilà le bilan de l’opération de « pacification à la française ». Des procès sommaires et des exécutions de suspects eurent lieu tout au long de l’année 1948 contre les militaires malgaches accusés de nationalisme.

                Pour la France seule, pour la « patrie des droits de l’hommes », le bilan est illustratif. Pourtant il ne prend pas en compte les crimes en Afrique sub-saharienne, ni les petits « à côtés » du système colonial. Anglais et Américains firent de même, en Corée comme en Malaisie, égorgeant ceux qui brandissaient le drapeau de la liberté, de l’espoir, de l’indépendance.

                Voilà pourtant ceux et celles qui jouent la carte de l’amnésie sur leurs crimes, mais rappellent à l’envi la moindre faute, la moindre faille, le moindre conflit au sein du camp socialiste. Pourtant, les meurtriers de Sétif, de Madagascar, d’Indochine, tout comme ceux de Treblinka ou d’Auschwitz, n’ont pas d’océan qui les séparent. Les uns comme les autres étaient les machines à tuer de l’exploitation et de l’aliénation des masses, les chiens de garde de l’ordre ancien.

    Décidément, non, la guerre ne s’est pas arrêtée en 1945, lors de la signature de la capitulation à Reims. L’antagonisme entre l’Axe et les Alliés a simplement pris une dimension différente. D’autres contradictions sont devenues principales, celles entre le socialisme et le capitalisme, celle entre la libération nationale et l’oppression coloniale. Les ex-fascistes ont trouvé à être employés sous un autre uniforme, tout en poursuivant leur croisade contre le bolchevisme et contre la Liberté.

                Tant que l’impérialisme existera, les guerres seront inévitables. Tant que la lutte des classes sera le moteur de l’Histoire, tant qu’elle ne sera pas éteinte par la résolution des contradictions entre exploiteurs et exploités, les conflits perdureront. Tant que la bourgeoisie existera en tant que classe sociale, tant qu’elle ne sera pas liquidée, les massacres, les crimes, les génocides ponctueront l’Histoire, formant tout autant de jalons abominables.

                La bourgeoisie dresse cyniquement les masses populaires d’un Etat contre celle des autres, elle dresse des opprimés contre d’autres, et mène campagne, au travers de sa propagande tout comme l’enseignement scolaire, pour justifier la pratique des guerres d’agression. Les communistes ont la tâche de lutter pied-à-pied contre chaque manœuvre de la bourgeoisie de leur Etat ou de l’impérialisme qui étrangle leur nation. Il n’existe aucun espoir de paix et de prospérité tant que le capitalisme existe, tant qu’il est le régime dominant sur Terre. Ni dans un équilibre multipolaire avec le prétendu espoir des « BRICS », ni dans la domination et l’exploitation « pacifique » d’un hypothétique « super-impérialisme » à la Kautsky ou à la Trotski.

                Seule la révolution socialiste, seules les révolutions devrions-nous dire, peuvent mettre à bas le système d’oppression et d’exploitation organisé par les bourgeoisies et les impérialismes. Seule la construction du socialisme peut mettre fin à l’existence des classes sociales, aux contradictions de développement à l’échelle de la planète tout comme dans les Etats eux-mêmes. La réalisation du communisme à l’échelle mondiale -chemin parcouru d’étapes, d’embûches- mettre fin, de manière définitive, aux guerres sur notre planète.

     

  • Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre.

    Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre.

    Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre le 8/9 mai, le 06 août et le 1er septembre 2018

    Résolution de l’ICOR, 09 mai 2018

     

    Le 8 mai 1945 le fascisme hitlérien était démantelé – décisivement par l’Union soviétique socialiste. Après la fin de la IIe Guerre mondiale avec plus de 55 millions de morts les masses populaires dans le monde entier ont été d’accord : Plus jamais une guerre impérialiste mondiale doit avoir lieu.

    En flagrante opposition à cela, c’est une tendance générale de préparation de guerre impérialiste qui se développe depuis un certain temps et qui augmente nettement le danger général d’une guerre. Le président américain, Trump, risque une confrontation armée directe avec son rival russe, en menaçant d’intervenir en Syrie avec des missiles contre le régime syrien d’Assad. Les États-Unis comme superpuissance impérialiste sont l’ennemi principal de tous les peuples. La raison principale de leur agressivité croissante est le fait qu’ils sont retombés dans la lutte compétitive avec la Chine. À cet effet, ils déclenchent une guerre commerciale avec les rivaux et cherchent à refouler les sphères de puissance et d’influence de la Russie. Les États-Unis et la Russie modernisent leurs armes nucléaires dans l’objectif de gagner la capacité de la première frappe. L’OTAN a augmenté ses dépenses militaires de 895 milliards de $ (2015) à 945 milliards de $ (2017). Ses membres doivent augmenter les dépenses militaires à 2% du produit national brut. 23 pays de l’UE ont conclu le pacte militaire PESCO (Permanent Structured Cooperation) en novembre 2017 et élargissent leurs interventions à l’étranger.

    Les moyens des préparatifs psychologiques de guerre deviennent de plus en plus perfides. Les agresseurs dominants tentent d’obtenir l’appui des masses sur une base chauvine. Le chauvinisme signifie la division des peuples, un nationalisme et racisme extrêmes. Mais dans le processus de la polarisation se renforce aussi la volonté de paix des peuples qui ne veulent ni qu’on les excite les uns contre les autres ni périr dans la barbarie de la guerre impérialiste.

    Le foyer des tentatives impérialistes d’élargir leur sphère d’influence est actuellement la Syrie. Avec ses attaques aériennes en Syrie les États-Unis, comme fauteur de guerre principal dans le monde, provoquent de plus en plus une confrontation militaire directe entre les impérialistes. La Russie s’appuie sur le régime réactionnaire d’Assad. Approuvée et soutenue par les États-Unis, la Russie et l’Allemagne, la Turquie fasciste expulse la population kurde d’Afrîne. Le Proche Orient est l’endroit des plus grandes réserves de pétrole et du passage de pipelines. C’est surtout pour cette raison que les anciens et nouveaux impérialistes de l’UE, l’Iran et l’Arabie saoudite jouent un rôle dans le repartage du Moyen Orient. Des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées ou contraintes de fuir. Israël sioniste voudrait s’approprier le sud de la Syrie et attaque les positions syriennes avec des avions de combat. Cependant il refuse toute solution pacifique et provoque sans cesse de nouveaux conflits. Le 30/3/2018, la journée commémorative du mouvement de libération palestinien, il a assassiné 18 Palestiniens. La lutte commune pour la liberté des peuples palestinien et kurde est d’une importance stratégique.

    D’autres foyers de menace de guerre sont le sud de la Mer de Chine et l’Ukraine.

    La construction d’un Rojava, libéré et démocratique par les combattants kurdes des YPG, YPJ et PYD est une épine dans le pied de tous les impérialistes. Ici de nombreux ethnies, hommes et femmes vivent ensemble sur un pied d’égalité. En relation avec la fête Newroz en mars 2018, l’ICOR a organisé la solidarité avec la lutte de libération kurde contre l’occupation fasciste d’Afrîne. Des milliers de personnes ont suivi son appel. À l’échelle mondiale près de 1,5 million de personnes sont descendues dans la rue au mois de mars. L’étroite coopération avec d’autres forces progressistes a créé d’autres fondements pour la construction d’un front uni anti-impérialiste, antifasciste à l’échelle mondiale.

    L’ICOR considère que cette tâche est d’une importance stratégique et la défendra activement lors de sa journée de lutte contre le fascisme et la guerre parmi la classe ouvrière, les larges masses et les organisations révolutionnaires du monde.

    Face au danger aggravé de guerre, c’est un défi au mouvement mondial pour la paix de construire ce front uni de façon accélérée et de poursuivre le renforcement de l’ICOR. Notre perspective consiste à renverser l’impérialisme qui est à l’origine du danger croissant d’une guerre mondiale. Ce n’est qu’au socialisme que les peuples pourront vivre ensemble dans la paix et profiter des conquêtes de l’humanité pour l’unité de l’homme et de la nature.

    L’ICOR appelle à diverses activités pour la paix lors de la journée de lutte internationale contre le fascisme et la guerre, le 8/9 mai 2018 (victoire sur le fascisme hitlérien), tout comme – adaptées à la situation qui se présente – le 6 août (lancement de la bombe atomique sur Hiroshima) et 1er septembre (ouverture de la IIe Guerre mondiale par l’Allemagne hitlérienne).

     

    Arrêtons les fauteurs de guerre impérialistes !

    Pour l’interdiction et la destruction des toutes les armes ABC !

    Tous les impérialistes hors de la Syrie !

    Solidarité avec les luttes de libération kurde et palestinienne !

    Pour la paix, la liberté et le socialisme !

    Signataires (en date du 09./05/2018, d’autres signataires sont possibles):

    1. RCP   Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)
    2. PCPCI   Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire, Côte d’Ivoire
    3. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    4. SDP   Social Democratic Party (Parti social-démocrate), Kenya
    5. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    6. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    7. PCT   Parti Comuniste du Togo Togo
    8. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    9. MLOA   Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
    10. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    11. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    12. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    13. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    14. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    15. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    16. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    19. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    22. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    23. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    24. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    25. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    26. PS-GdT   Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Vénézuela

     

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945. Partie 1

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945. Partie 1

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945.

    Partie 1

    Le 8 mai 1945 est à la fois une date splendide et une date trompeuse. Le jour de commémoration, en occident, de la victoire des forces coalisées contre celles de l’Axe en Europe est paradoxal.

    La victoire contre le nazisme est une victoire qu’il convient de célébrer. Elle est importante et ne doit pas tomber dans l’oubli. Le nazisme a massacré, massacré une quantité invraisemblable d’êtres humains.

    Massacré sous des prétextes racistes, sous des prétextes antisémites et sous des prétextes anticommunistes. 26.9 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques ; 5.8 millions de polonais et de polonaises ; 1 million de Yougoslaves ; 5 950 400 Juifs et Juives.

    Tous assassinés dans un crime froid et innommable, fait au nom de la pureté de la race et de la croisade antibolchevique. Croisade à laquelle les collaborateurs de l’Europe entière ont participé, à laquelle les Etats croupions ont prêté main forte. Et, rappelons-le, tous n’étaient pas des membres de l’extrême-droite. La guerre d’anéantissement à entraîné dans son sillage des tenants de la gauche. Renégats de la SFIO ; renégats antisoviétiques.

    Se souvenir de Baby Yar, de Lidice, de Sobibor ou de Oradour est une chose importante. Importante car l’ogre génocidaire renaît sans cesse, dès que les tensions sociales, dès que les tensions inter-impérialistes se durcissent. Il est important de sans cesse se souvenir que certains, que certaines, parmi les plus vils et les plus avides des exploiteurs et des oppresseurs, sont toujours prêt à faire sortir de l’ombre des escadrons de la mort, dans le but de conserver ou d’accroître leur pouvoir -et leurs profits.

    Mais se souvenir, aussi, de Stalingrad, des Glières, des marais du Pripet, tout comme des cieux de l’Allemagne et des plages de Normandie, s’est se rappeler qu’il n’est pas si aisé d’enfermer les masses, de les écraser. Se rappeler de la résistance au sein même du camp de Buchenwald, c’est se souvenir du fait que, même dans l’abîme, les hommes -et les femmes- épris et éprises de liberté et de justice, ne se laissent pas passer sans mot dire dans le broyeur à os fasciste.

    Voilà pourquoi nous célébrons cette date comme un événement nécessaire.

    Mais cela doit-il occulter son caractère fondamentalement paradoxal ?

    Les Bastions de l’anticommunisme réinstallés.

    Paradoxal dans le sens où, avant même que les braises du fascisme soient consumées, des projets fébriles se sont mis en branle pour préparer les guerres suivantes.

    Les gouvernements occidentaux, qui, avant-guerre, avaient regardé d’un bon œil la montée de l’extrême-droite en Europe, n’avaient pas oublié le problème posé par l’existence de l’Etat prolétarien, par l’Etat soviétique.

    Ce qui différencie Neuville Chamberlain -grand « apaiseur » des années 30, admirateur secret des fascistes et des nazis- et Churchill -présenté comme son contraire- n’est pas une muraille de Chine. La seule différence est que Churchill était moins aveuglé par son anticommunisme et était plus à même de comprendre que la bête féroce, la bête hitlérienne, pourrait bien se retourner contre ceux qui l’avaient auparavant nourrie, pensant l’amadouer. Churchill, partisan de la méfiance, était prêt à faire bloc y compris avec sa bête noire de toujours pour protéger les intérêts de la couronne britannique et de sa bourgeoisie.

    Cependant, il n’a eu de cesse, causant par ailleurs une immense irritation chez ses alliés US, de pousser à ce que les opérations militaires visant à l’ouverture d’un second front aient lieu le plus possible là où les intérêts anglais résidaient : dans les Balkans. Le haut-commandement anglais, en effet, n’avait rien de plus empressé en tête, une fois que le sort des armes paraissait acquis, que de court-circuiter la progression de l’Armée Rouge, que de lui couper l’herbe sous le pied, que de tenter de réinstaller des gouvernements réactionnaires.

    Il fit deux tentatives. L’une fit long feu, en Pologne, où les anglais envoyèrent des agents au service du gouvernement nobiliaire et réactionnaire, dans le but d’occuper le pouvoir avant l’arrivée de la RKKA. Les caciques de l’anticommunisme en ont fait un prétendu exemple de la perfidie de l’Armée Rouge et de son haut commandement, en prétendant que l’URSS avait laissé l’insurrection de Varsovie, entre août et octobre 1944, se faire balayer.

    Il ne fait pas de doute que les soviétiques ne portaient pas dans leur cœur les agents de Bor. Cependant, ces derniers pensaient l’armée Allemande en déroute, et avaient sous-estimé les capacités de celle-ci à écraser les oppositions. L’Armée Rouge elle-même paya, devant Varsovie, un prix terriblement fort, à la suite de l’effort qui lui fut demandé pour aider le débarquement en Normandie. Faire un nouvel et colossal effort, avec des lignes de communication distendues, sans supériorité aérienne, pour soutenir des agents anticommunistes, voilà qui était trop demandé.

    La seconde, elle, fonctionna. Elle eut lieu en Grèce. Cet État était une obsession pour l’Angleterre et pour son gouvernement. Elle essaya, chaque fois que des débats avaient lieu sur la stratégie à suivre dans les campagnes alliées, d’imposer les Balkans comme théâtre d’opération. La logique sous-jacente était celle de pouvoir contrôler l’accès aux détroits, d’empêcher les futures Républiques Populaires d’avoir accès à l’Adriatique et l’Egée. Elle débarqua donc le 14 octobre 1944, entrant dans un pays quasiment vidé de ses occupants, trop pressés d’échapper à la tenaille formée par l’Armée Rouge et les partisans Albanais et Yougoslaves.

    Pour faire cela, il lui fallait remettre en place un gouvernement réactionnaire, à l’image de celui de Metaxas, avant-guerre, qu’on ne peut qualifier autrement que de fascisant. Seulement la résistance était majoritairement communiste, et l’ELAS était la force hégémonique. Seule, sans appui US, l’Angleterre débarqua donc en Grèce pour y ramener le roi Georges II. Chemin faisant, les soldats britanniques entreprirent méthodiquement d’écraser, en pleine guerre, les forces communistes.

    Déjà, la Guerre Froide se préparait, déjà certains esprits bellicistes entreprenaient des démarches pour qu’elle s’inscrive dans la continuité de la Seconde Guerre mondiale.

     

    -La Suite : Reinhard Gehlen, Klaus Barbie et Stepan Bandera contre l’URSS.

  • 75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 3

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 3

    La contre-offensive.

    Nous publions en plusieurs parties cet article, mais il est intégralement disponible, ainsi que son annexe ici :

     

    L’offensive début le 19 novembre, dès le départ, les alliés Roumains et Italien sont pulvérisés. L’armée soviétique fonce, balayant tout sur son passage, écartant toutes les difficultés par la vitesse, la manœuvre, par l’habitude de la neige et du froid. Le deuxième jour, la ligne de vie des fasciste, la ligne de chemin de fer de Kalatch est prise. Elle signe la condamnation à mort de l’armée de Paulus.

    L’armée Allemande tente de se défendre, elle mord comme un animal pris au piège. Mais celui-ci est trop fort, trop puissant, trop minutieux pour lui laisser le moindre échappatoire. Les Allemands sont rejetés loin de Stalingrad. Ceux qui y sont toujours sont au mieux des prisonniers, au pire des condamnés à mort.

    Goering, le maître de la Luftwaffe, l’orgueilleux et pompeux seigneur, promet de ravitailler la poche, le Kessel. 500 tonnes sont à livrer hebdomadairement pour que l’armée résiste. Il s’agit d’une tâche impossible, dans laquelle l’aviation de transport et de bombardement paie un prix immense, tandis que la DCA soviétique et les chasseurs rouges s’en donnent à cœur joie. 

    Le froid est extrême, la faim est intense dans la poche. Les blessés meurent faute de soin, pendant que s’obstinent à une résistance sans objet les généraux fascistes. Pour retenir les troupes soviétiques le plus longtemps possible, ils sacrifient le sang de leurs hommes.

    Les bombardements, les assauts, brisent les hommes de la VIème armée. Elle est a bout de souffle. Elle s’éteint. Après plusieurs entrevues n’ayant pas débouché sur des possibilités de reddition, les soviétiques écrasent finalement la poche.

    Les Allemands rêvaient de traverser la Volga, ils le firent sous la forme de colonnes de prisonniers, chargés par la suite de reconstruire ce qu’ils avaient détruit. Les nazis furent furieux que leurs généraux ne se suicidèrent pas. Friedrich Paulus déclara, rejetant cette coupe de cigüe qu’était sa nomination au grade de Maréchal : « Les morts ne s’intéressent plus à l’histoire militaire. »

    Le 2 février, il y a 75 ans, une moisson de généraux se rendaient ainsi à l’Armée Rouge des Ouvriers et Paysans. 5 mois d’une bataille acharnée, dans laquelle un demi million de soldats soviétiques et 300 000 civils tombèrent, tandis que 600 000 hommes et femmes étaient blessées. Elle coûta aux nazis et à leurs alliés 400 000 hommes et 110 000 prisonniers. Ces pertes terribles, terrifiantes, furent amèrement pleurées par les soviétiques, mais purent être surmontées. Les Allemands, en revanche, perdaient l’élite de leurs troupes et ne s’en relevèrent pas.

    En réaction, le 18 février 1943, Gobbels fit son discours du Sportpalast, devant 14 000 membres du NSDAP, dans lequel il appela à la guerre totale et à la mobilisation intégrale de l’industrie et de la population Allemande. Ce discours hystérique fardé de rhétorique ne servit qu’à une chose : prolonger les souffrances des civils pris dans la guerre, pris dans l’étau d’un système criminel et despotique. Trop peu, trop tard pour vaincre. Juste à temps pour permettre les massacres, les ravages, les crimes. La fuite en avant ne servit que de sursis aux élites nazies.

    Elle coûta aux fascistes la guerre. Après Stalingrad, les fascistes ne stopperont les soviétiques qu’a deux reprises :

    à Kharkov, entre fin février et juillet, ce qui déboucha sur la plus grande bataille de chars de l’histoire, Koursk, où l’armée  Allemande fut pulvérisée et où sa colonne vertébrale fut brisée.

    à Varsovie, du fait de ses trop grandes lignes de communication, et où les fascistes en profitèrent pour écraser l’insurrection de Varsovie, orchestrée par un groupe de nationalistes anticommunistes, qui voulaient profiter de l’arrivée de l’Armée Rouge pour restaurer la Pologne dictatoriale et nobiliaire. Ce geste criminel coûta des milliers de vies humaines pour un résultat nul.

    Stalingrad est bel et bien le tournant de la guerre.

    Dans le monde entier, les peuples reprennent espoir. Les résistances comprennent qu’elles ne sont plus des combat d’arrière garde, mais bien l’avant garde du monde nouveau qui émergera de la victoire.

    Les autres fronts, vidés de leurs réserves, s’effondrent. L’Afrique est libérée de la présence Allemande et Italienne. En juillet 1943, les alliés peuvent ainsi débarquer en Sicile et prendre pied sur le continent.

    Sans la bataille de Stalingrad, rien de cela n’aurait été possible. Ni débarquement, ni libération. Si les capitulards, les collaborateurs, les agents du compromis et de la trahison n’avaient pas connu les procès de Moscou, n’avaient pas été traqués par le NKVD, rien de cela n’aurait été possible.

    L’URSS a serré les dents, serré les poings, serré les rangs pour que le monde soit libre.

    A ce moment, le monde entier le savait et l’honorait. Aujourd’hui, par anticommunisme ou pour des raisons géopolitiques, certains veulent taire cette victoire des défenseurs de la liberté.

    Pourtant l’épée de Stalingrad, forgée sous les ordres du roi Georges VI, demeure un symbole de la dette du monde vers ces peuples. « Aux cœurs d’aciers de Stalingrad, le roi George VI fait présent de cette épée en témoignage de la reconnaissance du peuple britannique »

    Présent à la remise de celle-ci, à Téhéran, Roosevelt nota : « lorsque Staline prit l’épée sur son coussin de velours, il eu les larmes aux yeux, je les ai vues, ensuite il rabaissa l’épée dans un mouvement de noblesse spontané ».

    Vorochilov, dans sa maladresse proverbiale, la fit tomber par terre à grand fracas, chose que les actualités ont pudiquement coupé.

    Aujourd’hui, l’appel de la mère patrie, cette immense statue de béton de 85 mètres de haut, rappelle le sacrifice des peuples soviétiques. Ne les oublions pas. N’oublions pas non plus que certains immondes personnages tentent de les classer dans les « morts du communisme. »

    L’URSS paya plus cher que cette triste liste de décès Les concessions qu’elle dû faire envers l’armée, les ingénieurs, les cadres d’usine se payèrent chèrement. L’URSS ne fut plus jamais la même. Comme nous l’avons mentionné dans notre brochure sur le 9 mai 1945, les agents de la restauration des rapports capitalistes, les liquidateurs de l’économie planifiée, les anesthésistes de la lutte des classe reprirent des forces.

    Nikita Khrouchtchev, qui fut commissaire politique à Stalingrad, est illustratif de cela. Les liens que celui-ci tissa avec l’armée, avec les ingénieurs, le propulsèrent, avec Mikoïan et Kossyguine, comme les leviers de l’offensive de droite au sein du PC(b)US. Après la guerre, s’appuyant sur ces concessions, ces sinistres personnages vont œuvrer à liquider la ligne léniniste, ce qu’ils parviendront à faire. En 1952, au XIXe congrès du PC(b)US, la ligne défendue par les bolcheviks est minorisée. En 1956, elle est marginalisée et remisée, tandis que les masses sont épuisées par les 27 millions de sacrifiés pour la paix et la liberté.

    Hélas, l’expression ‘ »les meilleurs s’en vont les premiers » n’est pas que vacuité. Les meilleurs militant bolcheviks ont fait don de leur vie, de leur chair, pour sauver le monde. L’URSS, en tant qu’Etat socialiste, s’est ainsi offert lui-même tout entier.

    Ne l’oublions, cela aussi, jamais !