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  • Solidarité internationaliste et anti-impérialiste avec Afrin et le Kurdistan !

    Solidarité internationaliste et anti-impérialiste avec Afrin et le Kurdistan !

    Solidarité internationaliste et anti-impérialiste avec Afrin et le Kurdistan !

    Depuis plus d’un mois maintenant, l’assaut lancé par l’Etat Truc se poursuit. Sous le nom cynique de « rameau d’olivier », cet assaut éventre les villes du Rojava, jette les populations sur la route de l’exode, assassine les civils, martyrise des populations qui croyaient trouver refuge dans les zones tenues par les forces combattantes de la coalition progressiste [PKK, PYD, YPG, YPJ, TKP/ML, TIKKO, MLKP ainsi que les bataillons internationaux].

                    Malgré sa force, la deuxième armée de l’OTAN et ses mercenaires de l’Armée Syrienne Libre, piétinent misérablement. Elles n’ont pris que 450km², de leur propre aveu, tout en subissant des pertes terribles. Elles se heurtent à la ferme résolution des combattants et des combattantes progressistes et révolutionnaires, lesquelles ne cèdent pas un pouce de terrain sans l’avoir défendu avec ardeur. Chaque pouce de terrain arraché par l’armée de mercenaires turcs est arrosé de son sang. Chaque mètre carré gagné est marqué d’une tombe.

    Mais l’étau se resserre d’heure en heure. Contre plus fort que soi, l’énergie et la volonté seule ne suffit pas.

                    La communauté internationale laisse faire. Elle laisse les kurdes se faire écraser par les hordes de la réaction, de l’obscurantisme, du fascisme, de l’asservissement. Elle laisse faire, car elle ne veut pas d’un Kurdistan qui puisse devenir un exemple de ce dont les peuples sont capables, lorsqu’ils possèdent leur terre, sans les exploiteurs et les criminels.

                    L’occident -dont la France au premier chef- laisse faire, pour permettre à la Turquie fasciste de sortir renforcée du conflit syrien. Elle y voit l’occasion d’affermir ses intérêts dans cette région convoitée. Elle ne voit que la possession des ressources en sous-sol, que les moyens de pouvoir les accaparer, que les moyens de contrer les concurrents internationaux.

                    La Russie et le régime syrien laissent faire, car ils ne désirent rien au monde plus que des Forces Démocratiques Syriennes affaiblies, obligées de demander de l’aide pour survivre et ne pas périr sous le feu de l’artillerie turque.

                    Un accord de la dernière heure a été trouvé, dans lequel les Kurdes doivent renoncer à leur indépendance chèrement payée, en l’échange de promesses de la part de Damas et de Moscou. Nous ne pouvons blâmer les combattants et les combattantes du Kurdistan, sans que cela ne remette en cause la nature profonde de ces régimes.

                    Les uns et les autres sont des impérialistes cyniques, sans la moindre considération pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Plus encore, ces forces sont même hostiles au projet des organisations combattantes de la région.

                    Les forces combattantes du Kurdistan Turc et Syrien veulent l’indépendance. Elles veulent la constitution non pas d’un état bourgeois de plus, mais bien d’un État libre de démocratie populaire. Elles combattent, dans un front uni avec leurs alliés, contre l’impérialisme, le capitalisme, l’obscurantisme, le sexisme et la destruction de l’environnement.

    Et cela, les capitalistes et les impérialistes ne peuvent le tolérer !

    Nous devons être solidaires et soutenir les combattants et combattantes de la liberté !

    L’Unité Communiste de Lyon salue la lutte exemplaire du peuple Kurde et appelle à rejoindre les manifestations contre l’agression au Rojava ! 

    Offrir une solidarité concrète : une tâche internationaliste.

    L’Unité Communiste de Lyon n’a pas cru un seul instant aux promesses qu’ont fait un temps l’Etat français ou les USA aux Forces Démocratiques Syriennes. Elle ne croit pas non plus un seul instant aux promesses de Damas et de Moscou.  Certains sont ravis de celles-ci, car elle leur permet de mêler leur soutien de façade aux kurdes avec leur soutien profond à la cause de l’impérialisme russe et de ses croupions. Il s’agit du même genre d’hypocrisie sans bornes que celui de celles et ceux qui soutenaient l’Armée Syrienne Libre tout en se prétendant amis du peuple Kurde.

    L’Unité Communiste de Lyon est engagée dans plusieurs actions de solidarité concrète en direction du peuple Kurde :

     

    La Campagne de Soutien au Bataillon International de Libération au Rojava, dans le but de fournir une assistance médicale aux forces combattant contre la réaction, l’impérialisme et le fascisme. Le Bataillon International de Libération (International Freedom Batallion, IFB) est un bataillon indépendant composé de révolutionnaires venus de Turquie, d’Europe et d’ailleurs pour défendre la révolution du Rojava en se positionnant comme une force indépendante aux côtés des YPG/YPJ/QSD. Fondée le 10 juin 2015 à l’initiative du MLKP (Parti Communiste Marxiste-Léniniste en Turquie et au Kurdistan) sur le modèle des Brigades Internationales qui défendaient la révolution espagnole en 1936, elle a été rejointe par plusieurs autres groupes révolutionnaires communistes et anarchistes.

    L’Unité Communiste de Lyon est également membre des Amis de l’ICOR en France.

    L’ICOR est la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires, rassemblant 49 partis et organisations sur 4 continents. Fin 2014 l’ICOR a conclu un pacte de solidarité avec la lutte de libération kurde. À cet égard, l’ICOR a fait ses preuves de façon exemplaire. Le pacte de solidarité a fait évoluer la solidarité internationale avec la lutte du peuple kurde pour la libération nationale et sociale et le lie au mouvement révolutionnaire et ouvrier international. Les militants et militantes de l’ICOR ont ainsi participé à la construction d’hôpitaux, dans lesquels plus de 4 000 enfants sont nés depuis 2014. Le pacte de solidarité de l’ICOR a permis atteindre d’importants succès ; maintenant il est nécessaire de le développer.

    L’Unité Communiste de Lyon rend hommages aux hommes et aux femmes qui ont quitté leur pays pour se joindre à la lutte des combattants et combattantes de la liberté. C’est avec une tristesse sans bornes que nous avons appris le décès au champ d’honneur de Kendal Breizh (Bretagne),  Baran Galicia (Etat espagnol) à Afrin,  Baran Sason (Flandre) à Deir Ez Zor.

    Nous saluons ces camarades, nous saluons leur engagement militant et internationaliste.

    L’Unité Communiste de Lyon appelle à soutenir politiquement et financièrement la campagne de Soutien au Bataillon International du Rojava. Elle appelle également à soutenir les initiatives de l’ICOR.

    Par notre engagement et notre solidarité, nous contribuons à défaire les menées des impérialistes et de leurs agents fascistes et réactionnaires.

    Vive la lutte internationale des peuples ! Vive la lutte anti-impérialiste !

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    Pourquoi les Etats Baltes ?

    Dans cette optique, les Etats Baltes sont une cible intéressante et cohérente avec les intérêts de la bourgeoisie russe.

    De nombreux aspects l’expliquent, certains purement contingents,  d’autres nettement plus politiques.

    Une forte composante de défense et de consolidation sous-tend cette pression sur les Etats Baltes. Même si la nature de l’Etat  a grandement changé depuis 1941, les dirigeants russes n’ont absolument pas oublié l’invasion germano-fasciste. Ils n’ont pas oublié que les Etats Baltes ont été l’autoroute de l’invasion. Ils n’ont pas oublié qu’il n’a fallu que deux mois pour atteindre Leningrad et l’encercler.  Eloigner la frontière des centres stratégiques à sous-tendu toute la diplomatie soviétique depuis la mi-1939. Elle explique la guerre avec la Finlande, pour quelques kilomètres salvateurs ; elle expliquait l’intervention en Bessarabie et dans les Etats Baltes.

    Aujourd’hui, les cent kilomètres qui séparent Narva, en Estonie, de Saint-Pétersbourg ne protégeraient guerre plus d’une journée d’une véritable offensive militaire de grande ampleur. Pour un Etat aussi méfiant vis-à-vis de sa situation géopolitique, une telle vulnérabilité est inacceptable. Cela explique également le verrouillage extrêmement ferme de Kaliningrad, véritable bastion sur la route du Nord.

    La question des populations Russes habitant dans les pays de la Baltique est également au centre des revendications de la Russie. L’immense masse d’individus ethniquement Russes est également un souci pour les Etats Baltes de culture germanique. Ils sont traités avec suspicion, comme une cinquième colonne, comme des traitres potentiels. Derrière cela, un fond de racisme anti-slave réside, avec une mise en avant des figures de la collaboration comme catalyseur. Citoyens de seconde zone, maltraités, ces russophones se tournent, par effet de miroir, vers la Russie, forment des organisations favorables à un rattachement, deviennent effectivement des agents de la Russie. Cette situation et cette trajectoire n’ont rien de novateurs, ils sont un phénomène qui s’est reproduit à plusieurs reprises dans l’Histoire.

    Il est difficile de déterminer quelle est la part de sincérité de la Russie vis-à-vis des minorités au sein des pays Baltes. Véritable souci ou paravent ? Difficile à déterminer, mais il est fort probable que la vérité se trouve quelque part entre les deux.

    Mais la Russie trouverait également des avantages éminents à pouvoir pressurer les pays Baltes, voir même les intégrer dans sa sphère d’influence par différentes méthodes d’intensité variables. Rompre l’isolement de Kaliningrad serait, pour Moscou, une grande avancée, lui permettant de mettre en valeur, de manière nettement plus efficace, son îlot gagné sur la Prusse-Orientale. Entouré de pays de l’OTAN, en face d’une mer hostile, l’enclave de Kaliningrad vit dans un climat de siège, dans un sentiment d’insularité.

    Autre aspect essentiel, la question des terminaux pétroliers et gaziers. Pendant la guerre, les soviétiques ont été confrontés au risque de se voir coupés des apports pétroliers du Caucase. Bakou, en Azerbaïdjan avait été la cible de la IV armée, en 1942-1943. Dans le cadre d’une politique de diversification des sources d’approvisionnements, les soviétiques ont ouvert Bakou II, dans le nord de l’Oural, au Timan-Péchora et dans la plaine de Sibérie occidentale. Cette région riche en gaz et en pétrole est désormais un des poumons économiques de la Russie.

     A l’époque, l’URSS, logiquement, avait choisi de construire ses infrastructures pour qu’elles soient les plus rationnelles. Ainsi, l’exportation du gaz ne passait pas par le golfe de Finlande, victime des glaces, mais bien par les terminaux portuaires de Ventspils, de Riga, de Liepaja en Lettonie et de Klaipeda en Lituanie. Ces villes étaient alors des villes soviétiques, dont l’immense avantage était d’être libres de glace pendant la plus grande partie de l’année.

    Aujourd’hui, ces villes dépendent de pays géopolitiquement hostiles. Faire pression sur les gouvernements inamicaux de ces Etats intéresse fortement la Russie, qui se verrait bien reprendre sa liberté d’exportation d’hydrocarbures. Une partie des lignes ont été remisées sur Saint-Pétersbourg, exigeant l’achat de gaziers de catégorie « glace », capable de fonctionner en hiver. Il s’agit d’un pis-aller dont la Russie se passerait bien, , d’autant que si un pétrolier est simplement un navire qu’on remplit de pétrole, un navire gazier exige des infrastructures extrêmement lourdes de liquéfaction du gaz.

    Mais assujettir ces régions serait également une manière de franchir le cercle d’acier qui entoure la Russie. Or, l’occident et l’ONU ont fait usage d’un certain nombre de procédés pour tenter de contrer l’influence grandissante de la Russie. Ces procédés ont fait long feu.

    D’une part car cette politique a renforcé, au final, le soutien au gouvernement, en accréditant la thèse d’une volonté occidentale d’encercler et de réduire la Russie.

    De l’autre car elle a poussé la Russie à changer ses orientations économiques.

    La Russie était un état rentier. Il exportait des armes, de la technologie -particulièrement militaire et spatiale- des denrées agricoles et minières, mais, surtout, du gaz et du pétrole. Un gaz et un pétrole dont les oligarques n’avaient qu’a ramasser les rentes, sans jamais investir dans le développement économique du pays. Les infrastructure et l’industrie du pays étaient en déliquescence plus ou moins complète.

    L’occident, en bloquant les exportations de la Russie, pensait la contraindre, l’étrangler. Or, les sanctions économiques n’ont pas eu l’effet escompté. La Russie à souffert un temps de cette perte. Mais le choc passé, les sanctions se sont avérées un boomerang.

    L’Histoire compte un bon nombre d’exemples d’échecs de ces systèmes. Privés de partenaires commerciaux chez qui ils pouvaient faire leurs achats de produits de haute technicité, ces pays ont du lancer des développements en interne, restructurer leur industrie industrialisante, recréer une base économique solide et autonome. En dernière instance, la Russie ressort renforcée de ce bras de fer. Elle a survécu au plus gros de la crise. S’il est trop tôt pour pouvoir déterminer quel est le résultat final de ces sanctions, il semble clair que la baisse du PIB enregistrée est temporaire. L’économie Russe se transforme, et s’oriente des échanges avec des partenaires privilégiés : Iran, Syrie loyaliste, Asie Centrale, Chine… en lieu et place de l’Europe. La place de la Russie, géopolitiquement, s’affermit.

    Un équilibre stratégique précaire.

    Stratégiquement, cependant, la Russie n’est pas en mesure de se montrer un compétiteur. Elle ne dispose pas de la capacité de projection de force de l’OTAN. La Russie n’est pas prête d’être une puissance aéronavale rivalisant avec les USA. Ni son industrie, ni son expérience ne lui permet de se placer sur la même marche du podium. Qu’il y ait alliance avec la Chine ou non, il ne paraît pas envisageable de voir un concurrent naval à Washington avant plusieurs décennies, et ce malgré les nouveautés présentées au salon de l’armement de 2014. Celle-ci promettent un accroissement des capacités aéronavales russes.

    Le soft power est également nettement plus réduit que celui de ses concurrents. Certes, l’antiaméricanisme est de bon aloi en occident. Les USA sont raillés, moqués ou conspués. Mais pourtant, de manière quasiment atavique, la présence sécurisante de leur armée est réclamée. Une grande partie de la gauche elle-même est marquée par cette américanophilie en filigrane.

    Elle progresse, il faut le noter. La Russie à récupéré de l’expérience soviétique certaines méthodes particulièrement efficace pour déstabiliser l’adversaire. Dès la Grande Guerre patriotique, les soviétiques sont passés maîtres dans l’art de la Maskirovka, le camouflage, la tromperie, la déception -au sens étymologique du terme, à l’opposé de « perception ». Joukov, préparant la contre-offensive de Stalingrad, avait masqué l’ampleur des préparatif par des dispositifs extrêmement sophistiqués, des leurres, des faux ordres, des clairons sonnant l’offensive de manière constante, un usage de la musique comme camouflage, mais également comme moyen de démoralisation.

    Aujourd’hui, ce sont les agences de presse du Kremlin qui font ce travail. Russia Today et Sputnik, tout comme Russia Beyond the Headlines ou d’autres, sont tout autant d’agences de la Maskirovka. Il s’agit, pour les russes, de provoquer la division au sein des Etats qu’elle affronte, de susciter des tensions et des conflits, de surfer sur ceux qui existent.

    Ces agences jouent sur deux aspects : une russophilie nostalgique de l’époque soviétique, nostalgique de l’URSS -particulièrement brejnévienne- qui se retrouve chez les individus liés au PCF ou aux organisations qui en sont issu. Ceux-ci ont une sympathique plus ou moins inconsciente pour la Russie et pour son gouvernement, et son empreints d’un désir de revanche contre l’occident capitaliste. Ils ne comprennent pas le changement de nature progressif de l’URSS, entre 1956 et 1991 et ne parviennent pas à tirer un trait sur la fin de l’Union Soviétique.

    Les seconds sont situés à l’extrême-droite, ils sont des admirateurs de l’aspect dur, viril, ferme et traditionnaliste du pouvoir du Kremlin. L’homophobie, le repli autour de la famille, de la religion, autour de la race, tout cela leur plaît. Ils voient en Poutine un rempart contre la déliquescence de leurs valeurs, tout comme un rempart contre le « mondialisme ». Ces individus fantasment sur un rapprochement entre la France et les BRICS, dans une idée de coalition des dominés contre les dominants.

    Il n’existe pas de muraille de Chine, par ailleurs, entre les deux conceptions, lesquelles s’entremêlent parfois dans une bouillie informe, mais dont les aspects majoritaires et principaux demeurent des tendances réactionnaires, négatrices de l’impérialisme français tout comme de celui de la Russie.

    Sputnik, Russia Today, leur servent la soupe dont ils s’alimentent et dont ils alimentent leur propagande. Ce n’est pas un hasard, si le 20 décembre 2017, pour sa soirée de lancement, la chaîne Russia Today recevait un panel de personnalités allant de Djordje Kuzmanovic le lieutenant barbouze de Mélenchon jusqu’à Nicolas Dupont-Aignant ou François Asselineau. Ce joli monde se rassemble autour d’une même ligne : négation de l’impérialisme Russe et de celui de la France.

    Ces chaînes sont des machines à Fake News capable de pouvoir déclencher des crises importantes et de brouiller les cartes. Ainsi, Sputnik avait déclaré la présence d’un porte-avion Chinois en méditerranée, clamant le début d’une intervention de l’Empire du Milieu en Syrie. Rien n’était plus faux, mais rien n’était plus difficile à vérifier sur l’instant. Le reste du temps, les prises de position réactionnaires ou fascisantes de ces journaux servent la soupe à l’extrême-droite et aux partisans de la European Race War. Ce n’est pas un hasard si les banques Russes ont financé le Front National.

    Il ne fait désormais aucun doute sur l’influence qu’ont eu ces médias sur l’élection présidentielle et sur la défaite de la candidate démocrate Hilary Clinton. Donald Trump, cela sera certainement prouvé par les enquêtes et les interrogatoires, a été aidé par des agents et des hackers russes. Il a bénéficié d’un soutien logistique de la part de la Russie, laquelle a aidé à la montée au pouvoir de ce personnage particulièrement inefficace. Les USA ont fait et auraient fait de même, il s’agit là d’un juste retour des choses, mais qui révèle la puissance montante de la Russie.

    Mais cela ne fais pas tout. Les budgets militaires sont invraisemblablement disproportionnés: les pays de l’OTAN ont dépensé, en 2016, 866 milliards de $ pour les questions relatives à leur défense. L’ensemble des pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai ont, quant à eux, utilisé 364 milliards, soit moitié moins. Cependant, dix ans auparavant, le ratio était de 10 : 1 (796,7 milliards contre 85). Il s’agit donc d’une perspective particulièrement intéressante à étudier, d’autant que le budget ne fait pas tout.

    Le matériel occidental est victime de la loi des rendements décroissants. Un F-15 des années 80 coûtait 31.1 millions de dollars. Un F-22 du début du XIXe siècle coûte 360 millions de dollars l’unité. Un F-35 – toujours non opérationnel – est annoncé à 299 millions de dollars l’unité, mais cette information est à prendre au conditionnel. Elle ne reflète pas non plus le coût du programme commun supérieur à 1 000 milliards de dollars. Cette hyperinflation des coûts se traduit par plusieurs choses :

    ·         Des avantages marginaux d’un point de vue opérationnel, malgré le fait que le F-35 soit considéré comme un « force multiplier », permettant d’accroître l’efficacité des forces combattantes dans le secteur.

    ·         Un vulnérabilité technologique plus élevée, induisant une usure prématurée, des pannes répétitives et une indisponibilité importante.

    ·         Un format militaire réduit, limitant la possibilité de manœuvre, la possibilité d’engagement dans la durée, de rotation du matérielle. Cette réduction du format rend également beaucoup plus difficilement acceptable les pertes.

    ·         Une perte de prestige importante en cas de destruction de l’engin pour son utilisateur, tout comme un victoire morale pour l’adversaire. L’exemple même est la destruction d’un F-117 furtif par les Serbes lors de la guerre du Kosovo.

    Le matériel occidental est conçu par rapport à des idées de contraintes budgétaires. Il est fait pour durer. Les B-52 datent de la guerre du Viêt-Nam. Les M1A1/A2 datent d’avant la guerre du Golfe. A l’inverse, le matériel Russe est conçu pour la casse. Un MIG-29 doit remplir sa mission. La survie est optionnelle et la réutilisation un luxe. Il en résulte une capacité d’engagement supérieure de la part des forces de l’Est. Pourtant, cette philosophie ne signifie absence de soucis pour la survivabilité. Pour la première fois depuis les IS-3 de 1945, une rupture technologique s’est faite dans les blindés. La mise en œuvre de protections passives et actives est central dans le nouveau char de Moscou, le T-14 Aramata. Entre les munitions tueuses de roquettes, les grenades fumigènes, la tourelle télé-opérée, l’équipement futur de l’Armée Russe laisse songeur.

    Il ne faut pas sur Cependant, il ne fait pas de doute quand au fait que la trajectoire des USA soit plutôt déclinante. Le poids de la dette, l’application de la loi d’Augustine sur les coûts exponentiels, la rupture d’un certain consensus post-onze septembre… de nombreux facteurs, évoqués dans  notre brochure Les USA et le monde ainsi que dans les divers articles que nous avons pu publier à la suite de l’élection de Trump permettent de s’en faire une idée.

    Si la Chine est certainement l’acteur géopolitique qui émerge le plus nettement comme un facteur de poids, à terme, la Russie lui emboîte le pas. Depuis la chute de l’URSS, sous une direction qui prend de l’assurance, elle vise à reprendre une place de poids dans les relations internationales. Le modèle qu’elle suit, en revanche, ne peut qu’évoquer une Russie tsariste, luttant contre le progressisme, luttant contre les idées d’égalité sociale, luttant contre les avancées démocratiques, plus qu’une URSS-bis, ce que certains s’obstinent à voir.

    Si le commerce international continue de passer par Suez ou par Panama, la route du pôle nord, ouverte par le réchauffement climatique, changera profondément les points de passage. Cette ouverture des côtes nord de la Russie est à la fois une aubaine pour elle, lui permettant de mettre en valeur cette région. L’accès au fond océanique est une source de conflits potentiels, en particulier avec le voisin d’en face, Canadien. Elle est aussi une menace, car la fonte des glaces entame une partie du front nord du Heartland, l’ouvrant aux possibilités de campagne militaire.

    Notre point de vue, contrairement à ce que certains navigateurs en solitaire du léninisme ont pu écrire, est celui du constat. Nous ne sommes pas des « kollabos » de l’impérialisme américain en indiquant que la Russie possède des projets géopolitiques, et que ces projets visent à assouvir certains intérêts de sa bourgeoisie, en particulier la plus agressive. La bourgeoisie russe à oscillé un temps entre être une bourgeoisie de compradores ou une bourgeoisie impérialiste. Si les investissements bancaires russes -visés par les sanctions, par ailleurs- n’en font pas une grande puissance économique, il ne fait nul doute qu’elle a l’ambition de la devenir, ainsi que la volonté politique.

    Communistes, nous sommes hostiles aux provocations militaires de l’occident contre la Russie, tout comme nous sommes hostiles à toute provocation militaire en général. Mais nous ne pouvons tracer une équivalence URSS – Russie, alors que, déjà, nous ne traçons pas une équivalence entre URSS jusqu’à 1956 et URSS de 1956 à 1991.

  • 21 jours. Afrin tient toujours ! – communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    21 jours. Afrin tient toujours ! – communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    L’ignoble opération lancée par le gouvernement Turc, appuyée par ses mercenaires djihadistes de la prétendue Armée Syrienne Libre, fait long feu. Cette agression, nommée par pure provocation « rameau d’olivier » dure depuis maintenant trois semaine et semble s’enliser complètement.

    Pourtant la Turquie ne lésine pas sur les moyens. Bombardiers F-16, chars Allemands, artillerie Française sont utilisés pour écraser l’enclave contrôlée par les forces combattantes révolutionnaire Kurdes, sous l’égide des YPG (Unités de protection du peuple), aidés d’alliés turcs et internationaux, motivés par la solidarité internationale.

    La Turquie, dans ce conflit, cherche a annexer le Rojava à sont Etat, a fragmenter la Syrie. Elle négocie avec la Russie et avec le régime Syrien le partage de celle-ci, en échange de l’arrêt de l’aide aux Djihadistes et aux fascistes. Moscou espère certainement un rapprochement géopolitique avec la Turquie en échange de ce marché.

    Malgré les bombes, les obus, malgré les massacres d’enfants, de vieillards, Afrin résiste.

    Hommes et femmes capable de porter les armes combattent la tentative d’annexion du régime fasciste turc. Ils et elles se battent héroïquement. Entre 8 000 et 10 000 combattants et combattantes font face à la seconde armée de l’OTAN et à entre 10 et 25 000 mercenaires de l’ASL.

    Pourtant, les chars Leopard-2 éclatent toujours sous les roquettes des YPG.

    Après la terrible bataille de Kobané, les forces révolutionnaires et le peuple en arme démontrent une fois de plus qu’on ne peut les broyer sans subir la morsure du fer et la brûlure du feu !

    Comment ne pas penser, en ce début d’année 2018, à la bataille de Stalingrad, il y a 75 ans, où les soldats soviétiques ont battu les fascistes, malgré leur infériorité numérique initiale, et les ont raccompagnés jusqu’à Berlin, jusqu’au tombeau d’Hitler.

    Comment ne pas penser aux 50 ans de l’offensive du Têt, au Vietnam, où les forces de l’armée nord Vietnamienne et la résistance Vietminh brisaient la capacité des USA à poursuivre leur intervention.

    Comment ne pas penser qu’il y a 100 ans, les hommes et les femmes de la Russie Tsariste mourante se levaient et battaient toutes les armées coalisées lancés contre eux et elles.

    Chaque fois, les armées populaires ont triomphé, car elles ne s’appuient pas sur des mercenaires, elles ne s’appuient pas sur des bouchers et sur des valets. Elles s’appuient sur les aspirations justes à défendre son foyer, à protéger les siens, à défendre la construction d’un monde meilleur, libre et égalitaire.

    Même si elles subissent parfois des revers, ces armées du peuple renaissent sans cesse tant que leur lutte n’est pas menée jusqu’au bout.

    Les Hitler, les Erdogan, les fascistes vont et viennent, mais le peuple est toujours là !

    La Turquie se venge, la communauté internationale collabore !

    Face à la résistance exemplaire des combattantes et des combattants d’Afrin, Erdogan s’emplit de fureur.

    De rage, la Turquie fasciste se venge. Elle commet des crimes de guerre, bombardant les villes et les villages, elle assassine les prisonniers -au mépris de toutes les conventions. Elle mutile les corps des combattants et, surtout, des combattantes. Elle se comporte comme tout colonialiste, rempli de colère par le fait qu’on ose lui résister.

    Elle en profite pour raser les sites archéologiques des civilisations anciennes présentes. Le temple d’Ain Dara, datant de 1400 avant J.-C. a été rasé. La Turquie se sert de l’effacement des traces archéologiques pour dénier toute légitimité aux populations quant à leurs revendications d’indépendance. Elle veut annihiler leur passé pour leur interdire un avenir.

    Dans l’Etat truc, des voix se sont levées pour condamner l’agression perfide. Le PKK, parti frère du PYD de Syrie, le TKP/ML, le MLKP…etc. se sont mobilisés. La réponse du pouvoir Turc fut invariablement la répression et l’enfermement.

    Pas après pas, le régime s’enfonce dans le fascisme le plus débridé.

    La communauté internationale a appelé Erdogan à la « modération. » Cela signifie qu’il peut tuer, massacrer, piller, violer, mais avec « retenue. » Cette attitude revient à autoriser l’agression, à l’adouber.

    La France, qui exploite les travailleurs turcs dans les usines de Renault -actuellement en lutte sociale- qui vend des canons et des armes de par le monde, qui est toujours prompte à soutenir les dictateurs et les terroristes qui font son sale boulot, que fait-elle ? Elle déclare qu’il existe un risque terroriste au Rojava, pour justifier l’occupation turque.

    Encensés un temps par l’occident pour leur succès face à Daesh, aidés par les forces spéciales US dans les combats contre l’ogre obscurantiste, les FDS sont désormais lâchés, abandonnés, traités comme des agents jetables. Loin de l’alliance stratégique avec l’occident que certains voulaient essayer de leur faire endosser, les Kurdes des FDS sont de nouveau seuls, avec comme aide notre solidarité, notre soutient financier et politique, nos camardes partis les rejoindre.

    Aujourd’hui, l’occident sacrifie les kurdes et leur cause. Elle ne l’intéresse plus.

    La Russie et le régime de Bachar Al-Assad, quant à eux, ont proposé un marché de dupe. Certains rêveraient de voir l’armée Russe comme les champions de la liberté. La vérité est que la Russie ne proposait que l’annexion du Rojava à la Syrie en échange de la protection de son armée. Une manière de révéler les intentions des impérialistes : le Rojava est un lot à se partager.

    Mais malgré ces répugnantes tractations Mais malgré ces répugnantes tractations, malgré ces tentatives pour broyer les forces combattantes du peuple, cette bataille ne fait que creuser un peu plus le tombeau de l’impérialisme et du capitalisme.

    Le Moyen-Orient souffre de la guerre depuis trop longtemps. Mais cette guerre se retourne contre ses auteurs. Du chaos, du sang, de la souffrance naissent les forces qui instaurent, qui construisent, qui défendent le monde nouveau : le monde socialiste !

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 4 – Ukraine

    La France et la trouée de Suwałki – partie 4 – Ukraine

    Ukraine.

    Parallèlement à la question de la Syrie, un autre secteur chaud a retenu la large majorité des attentions. L’Ukraine.

    Ukraine, étymologiquement parlant, est un nom qui résume son enjeu. Le nom est attesté au XVIIème siècle, et porte une signification lourde de sens. Il est issu de l’ukrainien Україна, Oukraïna ou du russe Украина, Oukraïna. Le terme signifie « bout, extrémité » en Russe ; en Bulgare il signifie « coin, terminaison, fin. » Étymologiquement parlant, l’Ukraine est une marge de l’Empire Russe, une zone tampon entre le monde Slave et le monde Germain et Latin. Carrefour des mondes, l’Ukraine est également un de ces points géopolitiques fort courtisés. Ce qui ne gâte rien, l’Ukraine est riche, riche d’une terre noire à l’Ouest, riche dans ses sous-sols à l’est. Elle attire et excite les convoitises à plus d’un titre.

    L’immense plaine Ukrainienne est le champ de manœuvre vers les Balkans, vers le sud de l’Europe, tout comme vers l’Oural. Les cavaliers d’Attila, de Gengis Khan sont passés par ce chemin. Les chars de Hitler également. Si les Etats Baltes sont le terrain de manœuvre du Nord, l’Ukraine monopolise le sud. Entre les deux, l’immense marécage du Pripet les isolent.

    L’Ukraine est une région divisée en trois. Un occident agricole, pro-UE, plutôt d’une teinte idéologiquement réactionnaire. C’est là que les nationalistes ukrainiens trouvèrent leur point d’appui, avec l’aide des services secrets Ouest-Allemands, pour continuer jusqu’en 1956 la guerre contre les soviétiques.

    L’est est de tradition ouvrière, le long du bassin du Donbass, industrialisé par l’URSS. Il est très clivé au niveau des votes, lesquels vont généralement vers des partis pro-russes. Les irrédentistes Russes ont ressorti des cartons poussiéreux du tsarisme le concept de Novorossia, Nouvelle-Russie, pour en justifier les velléités d’annexion.

    La Crimée est un cas à part. Elle n’a été intégrée dans l’Ukraine qu’avec Nikita Khrouchtchev, en 1954. Après la chute de l’URSS, en 1991, la base navale de Sébastopol est demeurée de facto sous le contrôle Russe, bien que de jure la région autonome de Crimée soit Ukrainienne. Elle compte 58% de Russes contre 24 % d’Ukrainiens, ce qui en fait la cible de l’irrédentisme grand-russe. De plus, la Crimée est un porte-avion incoulable sur la mer Noire. Elle est un bastion naturel, en témoigne les grandes difficultés qu’ont eu les Allemands à la conquérir. La base de Sébastopol est une forteresse dans la forteresse, elle est l’archétype de la base navale idéale.

    L’Ukraine est une cible de l’OTAN et, dans une moindre mesure, de l’UE. Dans Le Grand Echiquier, Zbignew Brzezinski voyait dans l’intégration de celle-ci dans les deux organisations un coup fatal porté à la puissance Russe. Consciente de cela, la Russie a tout mis en œuvre pour que cela n’arrive jamais, considérant que l’intégration géopolitique de l’Ukraine dans l’occident serait un casus belli.

    Dans cette situation, le gouvernement Ukrainien est fatalement tiraillé entre pro-russes et pro-européens. Entre 1991 et 2005, cependant, l’Ukraine demeure globalement dans des termes acceptables avec la Russie. 2005 marque l’arrivée de la « Révolution Orange », et l’irruption au pouvoir d’une coalition pro-Européenne, sous l’égide de Ioulia Tymochenko et sous la présidence de Viktor Iouchtchenko. Cette irruption a entraîné, de la part du Kremlin, une réponse politique forte, déstabilisant le gouvernement.  Le premier dure 9 mois, le second un an, le troisième – pro-Russe, sous la direction du Parti des Régions- un et demi, avant un retour de Tymochenko pour deux ans et trois mois.

    La période est marquée par des tensions importantes. Le levier de la Russie est le gaz. D’une part car l’Ukraine perçoit un loyer pour le passage des gazoducs, de l’autre car elle bénéficie de tarifs préférentiels. La Russie peut difficilement la contraindre directement, car un gazoduc ne s’éteint pas comme un interrupteur. Elle ne peut empêcher l’Ukraine de se servir. En revanche, en modulant la pression du gaz, elle peut en priver ceux qui sont en bout de file, notamment la France. C’est une France mécontente qui fait, au final, pression sur l’Ukraine pour qu’elle tempère ses exigences.

    En 2010, le retour du Parti des Régions au pouvoir, pour quatre ans, marque un retour d’une lune de miel entre les deux Etats. Viktor Ianoukovytch est élu et a comme premier ministre Mykola Azarov. Tymochenko, accusée de corruption, est emprisonnée, soulevant la colère de ses partisans.

    En 2013, la crise gronde. L’Ukraine est au bord de la faillite économique. Le salaire moyen est maigre (160€/mois), le pays est en surendettement complet. Il est la proie des vautours impérialistes. D’un côté l’UE refuse un prêt de 20 milliards d’Euros tout en promettant une aide financière, de l’autre la Russie propose 15 milliards de dollars contre l’ouverture des barrières douanières.

    L’attitude peut paraître étrange, mais l’UE ne veut pas offrir une somme colossale en prêt à un gouvernement qui lui est géopolitiquement hostile, argent qui sera, de plus, dépensé chez les Russes. Elle préfère traiter au cas par cas en fonction des intérêts des entreprises Européennes. Les Russes ont moins d’états d’âme, sachant que toute somme prêtée leur reviendra, avec intérêts, dans la poche, tandis que les produits Russes peuvent inonder le marché Ukrainien.

    L’annonce du rejet de l’accord avec l’UE, le 21 novembre 2013 a entrainé une onde de colère. Elle s’est transformée en mouvement appelé Euromaïdan, rassemblant plusieurs centaine de milliers de personnes. Ce mouvement de protestation s’est étendu sur plusieurs mois, avec des images spectaculaires d’affrontements entres partisans du pouvoir, opposants et police. 84 morts ont été recensés, avec un schéma de glissement vers la violence similaire à celui de la Syrie.

    Le mouvement prend fin avec une fuite du gouvernement Ukrainien vers la Russie, entraînant la mise en place d’un gouvernement pro-européen, particulièrement marqué à droite voire à l’extrême-droite néo-fasciste.

    Les fascistes ont d’ailleurs joué un rôle particulièrement important dans le mouvement de Maïdan. Si la très grande majorité des mobilisés portent des revendications libérales et une volonté d’ouverture vers l’UE, les fascistes ont réussit à pouvoir s’imposer comme une force de poids. Le Kremlin, les pro-russes, les anti-euromaïdan et les campistes ont eût tôt fait de cataloguer tout opposant au régime sous se terme là, niant la dimension géopolitique importante, cruciale, de la question.

    En revanche, il est indéniable que ce mouvement a donné un allant immense aux groupes d’extrême-droite Ukrainiens.  Ainsi, à Odessa, les militants de Pravyi Sektor incendièrent la maison des syndicats, tuant 32 personnes. Dans le gouvernement de Poroshenko, les fascistes de Svoboda et de Secteur Droit disposent d’une assise importante.

    A la suite de la mobilisation, une partie de l’oligarchie économique et industrielle de l’Ukraine se rallie au nouveau gouvernement, y compris dans la partie traditionnellement pro-russe. Dans les régions à forte présence russophone, des vexations sont mises en place, notamment contre la pratique de la langue.

    Le clivage s’est transformé en conflit.

    La Crimée a mis en œuvre, dans la foulée, un référendum sur l’indépendance. Le 16 mars 2014, elle proclame, avec 83% de votants et 96.77% de vote pour, sa sécession de l’Ukraine et son rattachement à la Russie. Le déroulement du référendum a été l’objet de vives critiques de la part des opposants, tandis que ses zélateurs l’ont applaudi des deux mains. Toujours est-il que la Russie, dans la foulée, est entrée en Crimée pour en prendre le contrôle. Les « hommes polis », comme les surnomment les Ukrainiens, cagoulés et silencieux, prennent le contrôle des institutions de la péninsule.

    Il s’agit là d’un fait incroyable. La Russie a pu ainsi prendre possession de ce territoire sans tirer un coup de fusil, sans un coup de canon. Après une telle opération, il aurait été logique de voir une levée de boucliers, voir même une escalade. Il n’en fut rien. Immédiatement après cette entrée fracassante, la Russie la minore de manière maximale. La désescalade est efficace. Des sanctions sont prises, économiquement, mais leur effet est -au final- contre-productif. Le marché russe chute de 10%, mais la banque centrale Russe relève ses taux d’intérêt pour stabiliser la monnaie. La Russie augmente de 80% le prix du gaz fourni à l’Ukraine, pour étrangler le pays et pour compenser ses pertes.

    De plus, la partie la plus pro-Russe de l’Ukraine est aussi entrée en rébellion contre le pouvoir. Elle a initié, sous un vernis soviétisant, la République Populaire de Donetsk et la République Populaire de Lougansk. Cette république autoproclamée est difficile à analyser. Les informations qui en sortent transitent souvent par le mémoire déformant du Kremlin ou de ceux qui lui sont hostiles. Il n’est pas évident de déterminer le caractère politique de cette région, bien qu’elle ait immédiatement suscité l’adhésion des forces campistes. Il est par contre notable que Hubert Fayard, ex-membre du Front National, soit le représentant de la République de Donetsk en France, illustrant un mélange des genres toujours vivant.

    En Avril 2014, les militants et militantes rejetant le nouveau gouvernement prennent d’assaut les bâtiments officiels et se déclarant indépendants. Le conflit prend une tournure militaire. Le pouvoir Ukrainien envoie son armée pour juguler la contagion et détruire les insurgés. L’opération est indiquée comme antiterroriste, mais ressemble à une guerre.

    Les villes sont bombardées, les villages sont incendiés. L’Ukraine utilise des chars, des avions de combat, des hélicoptères. Les insurgés répondent avec des armes fournies par la Russie et aux « égarements » de troupes Russes et du FSB de l’autre côté de la frontière.  Aux milices d’autodéfense des deux républiques répondent des groupes armés ukrainiens, dont l’un Azov, s’est taillé une sinistre réputation de bataillon néo-nazi. La ligne de front évolue peu, et, depuis 4 ans, le conflit semble s’être enlisé. Les bombardements sporadiques continuent, mais, là aussi, comme en Crimée, la situation semble être partie pour durer.

    L’objectif, à terme, semble d’établir une zone qui suivrait, grossièrement, le contour du bassin versant du Don, voir du Dniepr, et de rassembler les zones majoritairement russophones ou russophiles dans la fédération de Russie. Le fait que la Russie puisse, par des guerres interposées, avancer ses pions dans le secteur est une preuve de l’accentuation de sa puissance militaire et géopolitique. Le fait qu’elle cible les zones russophones et russophiles laisse supposer qu’elle peut reproduire le même schéma sur les Etats baltes, ce qui suscite l’inquiétude de l’occident et de l’OTAN. Les premiers, dans les derniers débats au sein de l’Organisation Atlantique ciblent désormais précisément la Russie comme la menace principale pour la paix et la sécurité des membres de l’alliance. Elle préconise donc un renforcement de la présence militaire en direction des frontières russes. Elle préconise, en premier lieu, de la renforcer dans la Baltique.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    Printemps Arabes

    Parti de Tunisie en  2011, le « printemps Arabe » s’est répandu comme une traînée de poudre à travers le proche et le Moyen-Orient. Ce mouvement s’est finalement heurté à deux types de régimes.

                    Des régimes fantoches, comme celui de Ben Ali et de Moubarak, l’un et l’autre étant des marionnettes sans grand soutien populaire, rapidement tombés de leurs piédestaux.

                    Des régimes autoritaires, mais disposant d’une assises sociale ou clanique, dans lesquels les tentatives de coups de force ont fait long feu et se sont transformés dans leurs nature, du fait de l’intrusion étrangère, pour devenir des leviers d’un bouleversement géopolitique.

    Les deux cas de figure dans lesquels la situation s’est éternisée sont la Lybie et la Syrie. Dans les deux cas, les Russes avaient des intérêts forts dans le secteur.

    En 2011, il ne fait pas de doute que Nicolas Sarkozy n’a pas oublié l’incartade avec Poutine, pourtant jugé encore faible. Cela joue probablement un rôle dans le fait que la France soit en tête d’opérations visant à soutenir les rebelles anti-Kadhafi en Libye. Kadhafi, accueilli en grande pompe en France en 2007, comme un ami par le président français, est vu comme un ennemi mortel en 2011. Celui qui servait de barrière anti-migrant a commis le crime de lèse-majesté d’octroyer une base navale aux Russes à Benghazi. Surfant alors sur le printemps Arabe, les Français, soutenus par les USA -et non l’inverse !- font tomber son régime, pour le remplacer par le chaos.

    Fait intéressant, l’Italie et l’Allemagne s’opposent ou s’abstiennent lors des votes à l’ONU concernant ces sujets. L’Allemagne était alors engagée dans la construction du projet de pipeline sous-marin Nord Stream 1, dont l’administrateur n’était autre de l’ancien chancelier Gerhard Schroeder. Celui-ci devait permettre de contourner les Etats Baltes et la Pologne [ainsi que le Belarus, au grand dam de celui-ci] pour délivrer le précieux gaz, provenant de Bakou II, à l’Europe occidentale. 2011, d’autre part, c’est l’accident du Fukushima, à la suite duquel l’Allemagne stoppe ses centrales nucléaires, augmentant d’autant sa dépendance énergétique. Ce projet à fini par capoter à la suite de questions de découpage des fonds marins, mais a été remplacé par un second projet, lequel n’est pas concerné par les sanctions contre la Russie.

     L’Italie, quant à elle, était en discussion sur la construction d’un autre pipeline, South Stream, permettant, quant à lui, de contourner l’Ukraine, la Turquie, la Roumanie. Ce projet, en concurrence avec celui des USA, nommé Nabucco, aurait arrosé directement la Bulgarie, la Serbie, puis l’Italie. Celui-ci a été abandonné le 1er Décembre 2014, d’une part du fait des entraves mises en place par l’UE, de l’autre comme mesure de rétorsion de la part de la Russie, qui a diminué l’approvisionnement en gaz de l’Europe.

    Syrie.

    A Lattaquié, l’armée Russe a pris ses quartiers, construisant une base aérienne, à quelques pas à peine de la frontière avec la Turquie. A Tartous, le long de la mer méditerranée, ils avaient installé une base navale. Celle-ci est essentielle à la stratégie Russe de débordement du cercle de fer qui l’entoure.

    La Syrie était une cliente de longue date de la Russie et la France. La première pour des liens géopolitiques datant de l’époque de l’URSS, la seconde pour le mandat donné par la S.D.N. après la Première Guerre mondiale.

    La France s’est toujours prévalue d’être la protectrice tutélaire des Chrétiens d’Orient, ce qui lui octroyait un informel mais très concret droit de regard sur les affaires au Levant. Les liens de clientèle avec le Liban et avec la Syrie ont néanmoins perduré, sous des formes également mafieuses.

    La concurrence de la part de la Russie a, en revanche, toujours été regardée comme une intrusion malvenue. L’accroissement de cette présence a joué un rôle certain dans l’appui de notre Etat à l’opposition contre Bachar Al-Assad. Comme en Côte d’Ivoire, la France, déçue par son laquais, choisit d’en placer un autre. Gbagbo contre Ouattara, Bachar Al-Assad contre l’ASL. A cette plaie s’est surajouté, comme une surinfection, la question de la base Russe, qui aiguillonne tous les acteurs géopolitiques. Avec la question Turque, la question Kurde, la question confessionnelle et la présence d’un Etat en faillite, l’Irak, la région est un bocal de nitroglycérine. 

    Au lieu d’une permutation propre et nette, l’affaire a cafouillé dans les grandes largeurs. Depuis 2011, la Syrie s’enfonce dans le chaos, dans un billard à quatre bandes, entre Loyalistes, ASL, Forces Démocratiques Syriennes, que nous soutenons au travers, notamment, de la participation à la campagne sur le Bataillons International] et Etat Islamique.

    Le passage d’une contestation pacifique et basée sur des revendications démocratique a un guerre civile est délicat à retranscrire. Les responsabilités sont floues et confuses. Il ne fait pas de doute que le régime a cherché à étouffer la contestation, cependant la présence d’agents provocateurs hostiles au régime, tirant aveuglément dans la foule, est attestée par plusieurs témoins.

    D’une manière générale, cette brochure n’a pas vocation à trancher cette épineuse question. Toujours est-il qu’un soutien logistique et des moyens technologiques ont été fournis aux rebelles, leur permettant de se montrer particulièrement efficaces contre l’armée loyaliste.

    La Russie a fait de même de son côté, le 15 septembre 2015, Vladimir Poutine déclare « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire  ». Mais là où elle a réussit à œuvrer particulièrement intelligemment, c’est dans le fait de saisir la balle au bond. L’irruption du terrorisme de l’Etat Islamique en France et en occident ont permis de transgresser les barrières de l’engagement militaire.

    Si l’occident est resté d ans une politique du drone strike et des opérations limitées, la Russie a fait preuve d’un investissement très important dans le conflit. Surtout, elle l’a fait de manière efficace. Au lieu d’actions sporadiques, elle a utilisé ses troupes en appui tactique des forces loyalistes. A partir du 30 septembre 2015, celle-ci ne reculent plus.

    Les pertes sont modiques (26 hommes, deux hélicoptères et un bombardier détruit par la Turquie) alors que les résultats sont immenses. Deux effets sont notables : le premier est une démonstration de force et de capacité d’intervention qui stupéfie les observateurs. La Russie use, parfois sans grand discernement, de ses armes de pointe. Dès le premier jour, elle met en scène un lancer de missiles 3M-54 Kalibr, dont nous avons parlé plus tôt. Cela ne se justifie pas techniquement, pas plus que l’emploi de Tu-22M pour bombarder au jugé. Mais l’occasion est trop belle pour ne pas tenter d’en étal.

    La seconde est politique : elle dore un blason fort terni. Les campistes se pâment et portent aux nues la moindre avancée comme si elle était le fait de l’Armée Rouge ; les fascistes saluent Poutine et Bachar comme des remparts à l’Islamisme ; la droite fait de même. Finalement, seul le PS, les trotskistes et certains anarchistes restent solidaires de l’ASL. Le camp pro-occidental s’étiole.

    Dans un sens, la guerre de Syrie est une nouvelle guerre d’Espagne, d’un point de vue géopolitique. Chaque camp s’y jauge, jauge ses adversaire, fait preuve se sa capacité opérationnelle à soutenir telle ou telle force. La différence est que le camp du progrès, incarné par les FDS, est nettement moins puissant et nettement moins soutenu.

    Ce conflit est l’occasion d’une rencontre entre deux acteurs géopolitiques opposés.

    La Turquie soutient l’ASL et, en sous-main, fourni une assistance à l’Etat Islamique. Son objectif stratégique est de conquérir le nord de la Syrie, de rafler les régions riches de ce secteur et de détruire les bases arrières de la guérilla du PKK. Elle a donc des visées antagoniques à celles de la Russie, sur la question de l’intégrité territoriale de la Syrie, mais également vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN, qui soutiennent de manière croissante la très efficace armée des FDS, notamment l’YPG. Le brouillard de guerre est total.

    Le 24 novembre 2015, la Turquie abat un Su-24M Russe, qui avait franchi son espace aérien. Un pilote est tué. Un froid s’installe, avec des sanctions prises. Elle met un an a se dénouer.

    Son dénouement, en revanche, est incroyable. La Russie et la Turquie se rapprochent et concluent un accord. Cela permet de terminer la bataille d’Alep-est, la Turquie donnant l’ordre à l’ASL de se retirer et de remonter frapper les arrières des forces Kurdes. Elle illustre une capacité de la Russie à pouvoir trouver des modus vivendi entre forces antagoniques, au prix de la vie des progressistes sincères.

    Aujourd’hui, ce conflit est en passe de se régler. l’EI est en déroute. Le temps du partage, pour la Russie, est venu. Elle a proposé aux YPG et aux combattants du Rojava de réintégrer la Syrie et de se mettre sous sa protection, en échange de la perte de l’indépendance. Face au refus de ceux-ci, elle se contente de regarder la Turquie tenter d’écraser la poche d’Afrin.

    Le régime d’Erdogan, pourtant membre de l’OTAN, vacille sur son alignement. C’est un signe. Erdogan  flaire que son engagement au côté de l’UE est un jeu de dupe. Malgré ces liens économiques avec l’Allemagne, malgré que l’Europe le soutienne, l’entrée dans l’Union se heurte à une fin de non recevoir constante. Il est l’allié gênant, le larbin faisant le sale boulot, tandis que ses maîtres gardent les mains propres. Persona non grata en occident, il s’ouvre au chant des sirènes moscovites.

    Le 21 novembre 2016, nous écrivions dans La Turquie fait les yeux doux à l’organisation de  Shanghai : « Cherchant sa place dans un échiquier géopolitique au sein duquel elle voudrait exister en tant que puissance régionale, pas seulement en tant que zone d’opération, logiquement, elle monnaie.

    Elle a monnayé sa politique sur les migrants auprès de l’UE, acceptant subsides et investissements, mais n’obtenant pas ce qu’elle souhaite, une reprise des discussion sur son adhésion. Critiqué -mais pas condamné- par l’Union Européenne et l’ONU à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur le pays depuis Juillet, ciblant principalement les progressistes de HDP et les kurdes, le président de l’Etat Turc a donc répondu par une pique.

    Erdogan a donc déclaré: « Certains pourraient me critiquer mais je fais part de mes opinions. Par exemple, je me demande pourquoi la Turquie ne rejoindrait-elle pas l’Organisation de Shanghai? » De même, il menace d’un référendum sur le processus d’adhésion à l’UE avant la fin de l’année si celle-ci ne reprend pas les négociations.

    Bonne marchande, elle monnaie son allégeance à l’autre coté, pour flairer si l’Organisation de Shanghai lui offre mieux. Quant à savoir si il s’agit d’un virage complet ou d’un bluff pour faire monter les enchères, difficile à dire.

    Pour autant cela est révélateur de la situation particulière dans laquelle se trouve l’équilibre militaire: La Turquie, depuis son apparition, à la partition de l’Empire Ottoman, a été l’objet de toutes les attentions, pour bloquer l’URSS naissante, pour verrouiller ses détroits, à l’inverse, de pressions de l’URSS pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour qu’elle intervienne; mais également bastion de l’OTAN et de la réaction pendant la guerre froide. »

    Les alliances sont instables et sont souvent empreintes d’esprit de girouette. Mais elles sont révélatrices des rapports de forces internationaux. Aujourd’hui, des Etats opportunistes peuvent déclarer leur souhait de se lier à la Russie, non par amour, mais bien parce qu’elle semble apporter un nouveau souffle impérialiste, un nouveau partage du monde, dans lequel certains aimeraient se voir jouer le rôle de gagnants.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 2 – La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 2 – La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    Dans notre brochure sur la géopolitique américaine, nous avons eu l’occasion d’évoquer les problématiques particulières du rapport entre les USA et la Russie. Les Etats-Unis ne peuvent fondamentalement pas accepter une expansion incontrôlée de la Fédération de Russie, de même que de la part de la Chine, du fait d’un antagonisme géopolitique « génétique ».

    Pour résumer brièvement : Dans la conception géopolitique américaine, la Chine et la Russie font partie d’une zone du monde nommée heartland : le pays du cœur. Cet espace continental, à mille lieues de toute mer, formerait un bastion imprenable, une forteresse inexpugnable, qui permettrait à la puissance qui la contrôle d’être à l’abri de tout débarquement de troupes ennemies, de tout raid d’importance, de toute conquête de long terme.

    Les exemples militaires ne manquent pas. Les « courtes jambes » de la Luftwaffe, pendant la Seconde Guerre mondiale, n’ont pas permis de frapper les grands centres industriels de l’Oural, laissant intact le potentiel militaire soviétique évacué vers l’est. Dans le même ordre d’idée, l’immensité de la Chine l’a rendue impossible à conquérir par les envahisseurs japonais pendant la guerre de  1931 à 1945.

    La grande terreur des USA serait de se retrouver face à une Chine et une Russie ayant un accès illimité au commerce international, capable de concurrencer l’Amérique, économiquement parlant, tout en ne pouvant être contraint militairement.

    La chute de l’URSS avait, provisoirement, écarté cette menace. La victoire définitive du libéralisme et du libre-échange, dans l’esprit des tenant de la « fin de l’Histoire », devait conjurer définitivement le risque d’une nouvelle guerre mondiale.

    Or, il n’en fut rien. Les Etats capitalistes n’ont que deux destins : devenir impérialistes ou finir par être sous domination d’un autre. La Russie ne déroge pas à cette règle.

    Ieltsine était un bon agent, pour l’occident. Il en avait fini avec une URSS chancelante, avait livré l’économie à la prédation des investisseurs, avait livré les populations de la Russie à la misère noire. Sans qu’il soit possible de faire de lui un compradore, il n’en représentait pas moins une assurance d’une Russie faible et vulnérable.

    Son dauphin, Vladimir Poutine, a imposé une autre ligne. Depuis son arrivée au pouvoir, en tant que président du gouvernement (premier ministre) le 9 août 1999, la ligne défendue par le nouvel homme fort fut une constante : une mission de restauration de la puissance et de l’influence géopolitique de la Russie dans le monde. Le discours impérial, nourri d’un mélange de nostalgie brejnévienne et tsariste, a trouvé un auditoire et un électorat. L’idée-maître était donc la suivante : La Russie ne sera plus jamais humiliée.

    L’arrivée de Poutine

    Malgré le fait que les observateurs occidentaux tendent systématiquement à présenter l’élection de Poutine comme le fait d’un coup d’Etat, il est indéniable que l’ancien agent du KGB dispose d’un appui important dans une population russe qui a vu son niveau de vie pulvérisé par la fin de l’Union. L’image présidentielle, virile, solide, dirigiste, plaît. L’attitude face à des questions sociales, vis-à-vis des oligarques, des nouveaux-russes tant haïs, lui a accordé une image de dirigeant sévère mais juste.

    Les changements de frontières ont créé un sentiment de mutilation. Celui-ci s’est doublé d’un sentiment d’encerclement : les anciennes démocraties populaires passant dans l’Alliance Atlantique ou rejoignant l’UE, les conflits sur les anciennes marches… L’application, notamment sous la houlette de

    Zbinew Bzrezinski, du roll back, a été perçue par les russes comme une volonté de les refouler hors d’Europe. L’installation de régimes antirusses et réactionnaires, en Pologne, en Ukraine, dans les Etats Baltes est apparue comme un retour du « cordon sanitaire » conçu pour  isoler la Russie.

    L’attitude des membres de l’Union Européenne, sans être aussi agressive frontalement, s’est traduite par la volonté de maintenir un équilibre géopolitique en Europe. Ainsi, au gré des rapports de forces, la Russie à vu se réchauffer et se refroidir tour à tour l’attitude des différents membres de l’UE.

    La fin de la guerre de Tchétchénie, réglée par l’usage de la force brute, a redonné à la Russie la maîtrise de son territoire. L’arrêt des combats, malgré la poursuite d’attentats spectaculaires -mais ponctuels- fut le signal de la fin de la reconquête intérieure. Malgré le fait que la région reste en proie a une situation conflictuelle, la poigne de fer des Kadyrov père et fils a étouffé toute révolte d’ampleur.

    En 2001, Chine ; Russie ; Kazakhstan ; Kirghizistan ; Tadjikistan et Ouzkekistan, initie une politique de travail commun et de coopération militaire entre ces différents Etats. Elle a été rejointe en 2017 par l’Inde et le Pakistan (!) renforçant l’influence de celle-ci. Cependant, dès sa création, elle est analysée comme une défiance face à l’occident et aux USA. Pire, elle incarne, géographiquement parlant, un avatar du Heartland unifié tant redouté.  

    Dès cette période un climat de Guerre Froide-bis est apparu. La Russie est revenue sur le devant de la scène comme un adversaire important. Il est apparu au grand jour que l’affaiblissement relatif des USA et de l’occident, à la suite de la crise économique avait permis à la Russie de pouvoir mener de nouveau une politique offensive. Signe avant-coureur, le 7 juin 2007, lors du G8, le président français fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, avait été mis « K.O. debout » par son homologue Russe. Après que le premier ait voulu évoquer « des sujets qui fâchent », le second lui aurait rétorqué « C’est bon t’as fini là ? […] Alors maintenant de deux choses l’une, ou bien tu continues sur ce ton et je t’écrase ou alors tu arrêtes de parler comme ça et tu verras. » Une manière de marquer le terrain d’emblée.

    La même année, au mois de décembre, la Russie annonce le retour des patrouilles de bombardiers stratégiques autour de son territoire, impulsant ainsi une volonté de frapper les esprits. Les Tu-95 et Tu-22M, capables de faire effectuer des frappes nucléaires, ont ainsi repris l’air de manière régulière.

    Un étape a été franchie avec la guerre de Géorgie, en 2008, dans laquelle la Russie est intervenue militairement sur le territoire d’un autre Etat souverain, la Géorgie, dans le but, manifestement cynique, d’appuyer l’indépendance de l’Ossétie du sud. Cette intervention a été la démonstration d’une maîtrise renouvelée de l’art opératif, pour une armée sous-estimée systématiquement, mais également de la faiblesse de l’OTAN et de l’occident, incapable de venir en aide au régime de Saakatchvili, pourtant allié.

     

    Il s’agit d’un moment où une nouvelle dimension apparaît dans les discours. Tout comme à la grande époque du panslavisme, la ligne du Kremlin s’enrichit d’une rhétorique du rôle de la Grande Russie : celle d’être la protectrice des Slaves et de ses peuples.

    Aujourd’hui, la Russie communique fortement sur la question des minorités nationales russes présentes -et maltraités- dans les Etats Baltes. Il est vrai que ces immenses populations (près de 40% de la population de la Baltique) sont traité d’une manière particulièrement dure, en particulier en Lettonie, où elles forment des cohortes de citoyens de seconde zone.

    La Russie mène désormais une politique d’irrédentisme grand-russien, souhaitant récupérer et intégrer au sein d’un même espace national toutes les communautés russes situées hors de ses frontières nationales. Cet argument a été mis en avant dans l’invasion de la Crimée de 2014 tout comme dans les opérations de protection dans le Donbass au cours de la même année.

    Fort logiquement, cette attitude a entraîné une réaction en retour. Les tentatives de la Russie de sortir de l’étau formé par des Etats hostiles se heurtent désormais à une réaction de plus en plus vive.

  • Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Afrin tiendra, Afrin gagnera !

    Hier, l’Unité Communiste de Lyon était présente à la manifestation en solidarité avec Afrin et les forces Kurdes, face à l’agression perfide et criminelle orchestrée par la Turquie et ses alliés djihadistes. Afrin, prise entre le marteau fasciste et l’enclume impérialiste, résiste toujours, se bat toujours ! La force du peuple n’est pas aisément brisée par les bandits et les criminels. Les YPG/YPJ combattent toujours, et coûtent aux fascistes de lourdes pertes.

    Nous avons pris la parole lors de cette manifestation, pour exprimer notre solidarité avec celles et ceux qui subissent les bombardements et l’invasion sanglante. L’opération militaire menée contre l’enclave, avec la complicité passive de la Russie et de l’occident, rentre dans le cadre d’une phase de dépeçage de la Syrie, dépeçage dans lequel la Turquie souhaite absorber le Rojava, et l’intégrer à son Etat, à cette prison des peuples.

     Mais nous voulions également nous adresser à celles et ceux qui, ici, ont eu l’esprit empoisonné par la propagande de l’Etat français en faveur de l’ASL, mais également par celle des pseudo-amis du peuple que prétendent être la Russie et son laquais Bachar Al-Assad.

    Enfin, nous voulions nous adresser aux fascistes turcs, venus clamer leur amour pour Erdogan, leur soutient à l’agression et aux crimes de guerres. Ces braves guerriers, à Lyon, n’en ont pas moins détalé devant les mobilisés, après une tentative honteuse de provocation.

    Pourquoi nous-sommes nous adressés à eux et elles ?

    Depuis le début de la guerre en Syrie, un mélange d’ignorance et d’opportunisme règne. Intoxiqués, certains ont cru les mensonges sur la nature de l’Armée Syrienne Libre, sur son caractère fondamentalement réactionnaire et obscurantiste, sur son rôle de laquais de la Turquie, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de l’occident.

     Beaucoup, aveuglés par une fausse association URSS / Russie, ont opté pour un soutien au régime de Bachar Al-Assad, à l’Iran, à la Russie, mordant ainsi à pleine dents dans les fausses-promesses des agences de propagande réactionnaire que sont Russia Today et Sputnik. Le campisme fait toujours des ravages.

    Cette ignorance est pardonnable. Mais ce qui ne l’est pas est le double jeu de certains, de certaines, qui soutiennent les Kurdes et les Forces Démocratiques Syriennes par opportunisme, par effet de mode. Qui travaillent sur deux fronts sans la moindre vergogne, en toute connaissance de cause, et qui un jour sont sous les drapeaux de l’ASL et de la Turquie, et le lendemain sous ceux de Partizan, du PKK, du MLKP. Nous nous sommes adressés à eux, en compagnie d’autres organisations, pour leur demander de comprendre que cela n’est pas possible, qu’il faut choisir.

    Il est possible d’être critique, mais dans le débat entre camarades, pas dans le soutien aux forces qui écrasent, qui égorgent, qui pillent, violent et tuent.

    L’attaque sur Afrin les a forcé à choisir.

    Quant aux fascistes turcs, ils suivent aveuglement Erdogan, débordant d’un orgueil honteux de celui qui voit ses bombes faucher enfants et vieillards dans les rues de villes martyrs. Ils le suivent aveuglement car ils sont persuadés que la Turquie sera gagnante dans cette guerre. Que des massacres ressortira une Turquie affermie, plus grande, plus puissante, plus libre.

    Erdogan lui-même doit partager, dans une certaine mesure, cette illusion, cette croyance que cette opération lui permettra d’affirmer son Etat comme une puissance régionale, comme un acteur incontournable.

    Ni l’un ni l’autre ne se rendent compte qu’ils ne sont, au final, que des petites marionnettes dans un jeu de dupe, dans un jeu dans lequel ils seront absolument tous perdants. En fait de grandeur, la Turquie ne sert que de valet, de serviteur, de laquais, aux grandes puissances impérialistes, qui jouent là le partage du monde. Elle est une variable d’ajustement, un pion, qui sert à la Russie, aux USA, à la France, pour définir la carte du monde.

    En fait de nationalisme, ces fascistes ne font qu’œuvrer à mettre en esclavage leur Etat. En fait de grandeur, ils seront par la suite utilisés comme paillasson par les autres puissances. En fait de gain, ils ne contribuent qu’a se soumettre, qu’a agir en parfaite chair à canon pour le compte de leurs maîtres. Aujourd’hui, le monde les courtise. Demain ils seront partagés eux aussi, réduits en miettes, balayés, hachés menus et massacrés.

    Car telle est l’inéluctable logique de la guerre impérialiste, car telle est l’inéluctable nature de la situation actuelle. Les impérialistes n’ont pas de fidélité ni d’honneur. Hier, ce furent les Kurdes qui furent trahis par leurs alliés de la veille, demain, qui sait ce qu’il en sera de la patrie que les fascistes prétendent défendre ?

    Ces « nationalistes » devraient plutôt brûler leur drapeau que de le brandir, cela serait plus cohérent. Car ils travaillent pour les bourreaux du peuple turc, qui sont également les bourreaux du peuple Kurde. Erdogan est un valet qui se donne des airs de seigneur. Mais il travaille  contre son peuple, contre les masses populaires de l’Etat truc, contre ceux qui souffrent, qui sont exploités et opprimés.

    Si les « nationalistes » turcs étaient cohérents, ils jetteraient à bas le drapeau de l’oppression. Erdogan est l’ennemi des Turcs, des Turques, des Kurdes. Il est l’ennemi des classes populaires de ces deux nations. Ses serviteurs fascistes sont tout autant les ennemis de ces deux peuples, et ne conduisent qu’à la ruine et à la misère.

    Les barricades ont ceci de fantastique qu’elles n’ont que deux côtés. Et celui que prennent les « nationalistes » turcs est celui de l’esclavage, celui de la servilité auprès des grandes puissances impérialistes, celui d’un valet qui brûle de bien agir pour être récompensé par son maître.

    Celui des Turcs révolutionnaires, celui des organisations de lutte Kurde, celui des forces progressistes et des forces communistes, est le seul camp de la liberté, le seul camp de la défense des peuples, le seul camp de la justice, de la paix et de la prospérité pour tous ceux et celles qui souffrent dans la longue nuit de l’impérialisme.

    Les agents de l’impérialisme échoueront devant la ferme résolution des combattants et des combattantes d’Afrin, du Rojava, des FDS, des organisations révolutionnaires. Car la force du peuple ne peut être muselée par les chaînes, elle triomphera toujours !

    Vive les forces combattantes ! Vive la lutte anti-impérialiste et antifasciste !

    Vive la lutte révolutionnaire !

    Nous adjoignons à ce message la déclaration des Amis de l’ICOR concernant la situation d’Afrin.

    les Amis de l’ICOR déclarent avec le message de solidarité ci-dessous leur entière solidarité et leur soutien à la lutte internationale contre l’agression de la part de la Turquie contre Afrin et Rojava !

    Amis de l’ICOR – France24 janvier 2018

    Message de solidarité avec la lutte de libération du peuple kurde :

    Le 20 janvier 2018, le régime fasciste turc d’Erdogan vient d’ouvrir un nouveau front de guerre dans le nord de la Syrie. Après la victoire sur Daesh, remportée surtout par les femmes et les hommes des forces d’autodéfense du peuple YPJ/YPG et ses alliés arabes des Forces Démocratiques de Syrie, les différentes puissances impérialistes veulent se partager la Syrie entre elles.

    Cela ouvre une nouvelle phase dans cette guerre et crée une nouvelle zone de combat militaire mettant encore plus en danger la paix mondiale.

     L’acte agressif de la Turquie vient avec la bénédiction de l’impérialisme américain, de l’OTAN et du régime russe de Poutine. Le gouvernement français est un proche allié du régime d’Erdogan, qui a été reçu tout récemment par Macron. Nous savons d’expérience qu’aucun pouvoir impérialiste n’est et n’a jamais été un allié honnête des justes luttes de libération. Les seuls vrais alliés se trouvent dans le prolétariat international et chez les peuples du monde qui luttent pour la liberté, la démocratie et le véritable socialisme.

    Les Amis de l’ICOR en France se dresseront contre toute agression impérialiste en Syrie. Nous continuerons à soutenir la lutte de libération kurde dans le cadre du Pacte de solidarité passé avec l’ICOR

    Les amis d’ICOR se joignent à la protestation mondiale et à la résistance active contre l’agression fasciste :

    Stoppons la guerre d’agression fasciste de la Turquie contre Afrin et Rojava au Nord de la Syrie!

    Soutien à la lutte de libération du peuple kurde et de tous les peuples opprimés !

    Combattons ensemble l’impérialisme. Pour le socialisme révolutionnaire !

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 1

    La France et la trouée de Suwałki – partie 1

    La France et la trouée de Suwałki.

    Partie 1

    Que vient faire la France dans les Etats Baltes ?

    La France vient d’annoncer qu’elle dépêchait un contingent de 300 hommes et d’une poignée de blindés dans les Etats Baltes. Aux côtés de bataillons de la Bundeswehr dépêchés par la chancelière Angela Merkel, ce contingent contribue à renforcer la présence de l’OTAN dans la région. Le 5e régiment de Dragons, régiment de combattants sur chars, et le 7e régiment de chasseurs alpins ont ainsi été déployés en Lituanie, dans le cadre d’une coalition internationale visant à protéger les Etats Baltes.

    Dans le même temps, en Norvège, le patron de l’USMC –United States Marines Corps- déclarait le 16 janvier : «J’espère me tromper mais une guerre approche» tout en appelant un renforcement de la présence militaire US en Scandinavie, tout comme des forces militaires propres de ces pays. Ainsi la Norvège a acheté 52 F-35, improprement appelés F-52 par le président Donald Trump.

    Quelle inquiétude secoue donc l’occident ?

    Elles sont, de fait, obsédées par un nom, par un lieu : Suwałki et sa trouée.

     

    Rfi notait le 22 janvier : « En Lituanie, trois cents militaires français de la mission Lynx prennent officiellement leur fonction aujourd’hui au sein du bataillon multinational de l’Otan. Ils serviront pendant 8 mois sous commandement allemand, aux côtés de Croates, Belges et Norvégiens, pour un total de 1 200 militaires. »

    Suwałki, c’est le graal de la région. Il s’agit d’une petite ville polonaise, à mi-chemin entre la frontière Biélorusse et celle de l’enclave de Kaliningrad. Sa trouée, 50 km, est une minuscule meurtrière, avec deux routes dont une autoroute, qui rattache les Etats Baltes au reste de l’Europe. Tenir la trouée de Suwałki revient à tenir les Etats Baltes dans une poigne d’acier.

    Cet espace a donné des sueurs froides à l’occident en Septembre dernier. Et pour cause !

    En septembre 2017 l’exercice militaire de la Russie, nommé Zapad-2017 (ouest-2017) a été mis en œuvre. Cet exercice avait pour objectif de simuler une invasion de la part de l’OTAN de la Biélorussie. D’après les estimations fournies et publiées par les différentes agences de presse spécialisées, cet exercice s’est déroulé dans des proportions hors normes.

    En 2013, ainsi, 200 wagons de chemin de fer avaient été mis en œuvre pour transporter le matériel. En 2015, ce nombre avait même décru à 125. Pour l’exercice prévu, ce ne sont pas moins de 4 162 qui sont déployés, laissant entendre une quantité au moins 20 fois supérieures de troupes et de matériel.

    Le terrain envisagé n’était pas anodin : les forces sont concentrées devant les Etat Baltes. Pour l’occident, les perspectives étaient relativement angoissantes : la géographie des Etats Baltes les rend particulièrement vulnérables à une opération surprise, étant quasiment encerclés par l’alliance -parfois orageuse- entre la Biélorussie et le Russie.

    La région est extraordinairement vulnérable à une opération de déstabilisation, aux pressions diplomatiques et militaires de la part de la Russie, d’autant que le climat politique et géopolitique indiquait -et indique toujours- une possibilité de crise non négligeable.

    Cet article vise à pouvoir analyser cette situation delà manière qui nous paraît la plus juste possible. L’Unité Communiste de Lyon cherche à éviter les biais de raisonnement nommés campisme et anticampisme. L’un consiste à accorder une nature particulière à l’impérialisme russe, aux BRICS ou à d’autres acteurs géopolitiques, en les couvrant d’un angélisme naïf. Il se marie d’une certaine nostalgie soviétique, qui tente de voir dans le regard de Poutine un reflet rouge.

    L’autre, en revanche, est directement issu de la position géopolitique tenue pendant la Guerre Froide par les organisations qui la mettent en avant. Si l’une est nourrie de nostalgie, l’autre est nourrie d’anticommunisme viscéral. Elle se teinte également d’un occidentalisme de bon aloi, qui, In fine, trouve l’impérialisme de ces pays plus doux et plus civilisé que celui des autres.

    Nous voulons éviter ces écueils pour pouvoir analyser les choses avec rigueur et justice. A nos yeux, il s’agit de la seule manière de pouvoir, par la suite, se positionner d’une manière juste et rationnelle. Cette brochure est ainsi faite sans procès d’intention, sans accuser de perfidie quiconque. Elle est conçue comme une analyse s’intéressant à la manière dont la Russie se comporte en fonction de ses intérêts. Il s’agit d’actions logiques et cohérentes, rentrant dans un plan établi par la  bourgeoisie de cet Etat.

    La Russie ne se laisse pas faire.

    L’un des avantages stratégiques de la Russie dans le secteur est la possession de l’enclave de Kaliningrad. Elle est le Berlin-ouest contemporain. Une épine fichée profondément dans le pied de l’adversaire. L’ancienne Prusse Orientale, partagée avec la Pologne en 1945, est un bastion, un avant poste et un point d’interdiction.

    D’un point de vue géopolitique, la possession de la base navale de Kaliningrad est un atout considérable pour la Russie. Bastion installé de l’autre coté du cordon sanitaire, balcon sur la mer Baltique et forteresse verrouillant celle-ci. L’ancienne Prusse-Orientale est également un garrot autour des états Baltes, les étranglant tant du côté de la terre que d’un point de vue terrestre.

    Sur l’échiquier Russe, ce petit territoire est une pièce maîtresse. Même sans confrontation chaude avec l’adversaire occidental, la présence de missiles antinavires Kalibr ou Bastion / Onyx ainsi que de batteries antiaériennes S-300 ou S-400 permet d’opter pour instaurer un déni d’accès aux forces navales de l’OTAN.

    Les Kalibr font peur. Ces missiles à longue portée (entre 300 et 2 600 km) sont équipés pour approcher furtivement leur cible, à une vitesse subsonique et au ras de l’eau. Une fois à proximité, ils prennent de la vitesse pour frapper leur cible avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir. Les missiles peuvent même effectuer des manœuvres évasives contre les défenses visant à les abattre. Ils peuvent être lancés à partir de sous-marin, de navires, ou même de simple conteneurs accrochés au châssis d’un camion, donc sont très simples à faire opérer.

    Les missiles tirés depuis les navires russes, en Caspienne ou dans la mer Noire, sur les cibles syriennes, étaient un avertissement lancé à l’OTAN sur la possibilité pour la Russie de menacer leurs positions terrestres, mais aussi de montrer la capacité de frappe actuelle contre les forces maritimes américaines.

    Cette obsession de faire échec aux groupes aéronavals et de développer une capacité de frappe antinavire prend le pas sur le besoin d’armes stratégiques, déjà disponibles en grand nombre. La création et l’installation, sur de nombreux sous-marins, de lanceurs universels de missiles à changement de milieu, donne du poids à la force de frappe conventionnelle russe, ambitionnant d’arriver à faire jeu égal avec celle de l’OTAN.

    Le renouvellement en termes de missiles hypersoniques antinavires russes laisse présager une nouvelle période de vulnérabilité pour les forces de l’OTAN. Tirés depuis des avions de combat, la nouvelle gamme de missiles Zircon est destinée à briser la capacité de projection de forces des USA : sa flotte de guerre.

    Les défenses antimissiles et les défenses à courte portée comme les Phalanx peuvent certainement stopper, en créant un écran d’acier, certains missiles. Or, les simulations d’attaque ne mettent pas en jeu un seul appareil lanceur d’engin, mais bien un nombre massif. Le coût financier et humain d’une attaque de saturation resterait toujours inférieur au coût opérationnel et politique de la perte d’un seul porte avion de l’US Navy. Les marges de manœuvres liées à la supériorité navale se réduisent.

    Les missiles S-400 Triumph sont l’autre bête noire de l’OTAN. Ces missiles sont conçus pour abattre les appareils furtifs B-2 ou F-22, et donc verrouiller les cieux. Ils peuvent frapper à 60 km depuis le sol, tandis que la version aéroportée, n’ayant pas la montée à effectuer, peut liquider toute cible aérienne à 400 km de distance, atteinte en à peu près 4 minutes, du fait de la vitesse foudroyante du missile.

    Une mise en alerte de la base de Kaliningrad et de son système de missile signifierais une paralysie de la flotte de l’OTAN, pourtant pilier essentiel des possibilité de projection de force.

    De plus, la Russie dispose d’une défense stratégique importante, qui la met dans un relatif abri vis-à-vis des pressions extérieures. La Russie déploie une centaine d’Anti Ballistic Missiles autour de la région de Moscou, et probablement en protection des zones stratégiques. Dans le cas d’une neutralisation mutuelle au niveau de la force de frappe nucléaire, ce sont les forces conventionnelles qui seront déterminantes.

    La nouvelle doctrine Russe sur l’emploi des forces nucléaires est moins agressive que celle de la période de l’invasion de la Géorgie. La guerre dans le Caucase était une réelle prise de risque, à l’époque. Il n’était pas forcément évident de connaître la réaction occidentale. En 2008, les déclarations russes tendaient à insister lourdement sur l’usage de l’arme atomique de manière préemptive en cas de menace sur la sécurité nationale.

    Aujourd’hui, et ce malgré l’invasion de la Crimée, la doctrine russe s’est montrée plus souple, n’indiquant plus qu’un usage « en cas d’une agression massive à l’arme conventionnelle mettant en danger l’existence même de l’Etat. » Dans le cas de figure Criméen, l’invasion rapide a été doublée d’une dissuasion de toute tentative de faire barrage à celle-ci, par la menace de l’arme nucléaire. D’une manière particulièrement intelligente, la Russie a immédiatement opté pour une désescalade après son coup de force ukrainien. Cet effort important s’est immédiatement doublé d’une attitude pacifique envers les autres acteurs, d’une absence de poursuite en nouvelle-Russie, en somme d’une mise en œuvre d’une politique d’attente que soit acté le fait accompli.

    La dissuasion nucléaire occidentale apparaît comme faiblarde comparativement à celle de la Russie. Politiquement, il paraît invraisemblable de voir la France utiliser l’arme nucléaire contre un acteur, aussi menaçant soit-il. Cela exigerait une unité de volonté qui n’apparaît pas, à l’heure actuelle.

    Appliquée au cas de la trouée de Suwałki, un coup de force suivi d’une désescalade pourrait aboutir, le précédent ukrainien l’indiquant, à une politique d’acceptation doublée de sanctions symboliques et temporaires.

    D’autant que l’OTAN est faible dans le secteur et que sa marge de manœuvre est drastiquement limitée.

    Une OTAN Faible tactiquement.

    La grande majorité des armées de l’OTAN sont des armées bâties sur le modèle d’une intervention expresse. Elles ne sont pas conçues pour un affrontement symétrique entre deux forces possédant un gabarit globalement similaire. De plus, les forces de l’OTAN et Russes sont construites autour de philosophies diamétralement opposées.

    A la suite de la crise ukrainienne, l’OTAN a organisé une campagne de réassurance en direction des Etats Baltes et de la Pologne. De l’aveu même de Antoni Mancierwiecz, les forces occidentales ne pourraient absolument pas être en mesure de stopper une offensive militaire de la part de l’armée russe. Ce n’est par ailleurs pas son but, qui serait uniquement de la dissuader. Par ailleurs, le même interlocuteur semble être convaincu qu’un seul bataillon de l’OTAN présent serait un danger suffisant pour faire renoncer la Russie à tout projet. Le risque d’un entraînement paraît suffisamment dissuasif.

    L’OTAN a déployé un certain nombre de forces, hétéroclites et relativement faibles en prévision de l’exercice ZAPAD – 2017 : Une brigade US composée de 84 blindés Abrams. Un petit millier de britanniques, équipés en Challenger 2 ; Une poignée de chars Leclerc (4) ; ainsi qu’un contingent multi national dirigé par le Canada, comprenant des unités espagnoles, italiennes polonaises, slovènes et albanaises. Pour une des rares fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands sont également mobilisés, armés d’obusiers mobiles et de chars de combat Léopard 2.

    Les forces de l’OTAN sont dans une triple situation d’infériorité : Militairement, ils ne représentent rien face aux troupes russes et biélorusses qui pourraient être engagées dans une épreuve de force. Ils disposent, en outre, d’un matériel tout terrain déficient, inadapté aux conditions des Etats Baltes. Si jamais les états occidentaux souhaitent intervenir, le format de leur armée le permet difficilement et ne leur permet pas d’espérer une supériorité quelconque. Géographiquement, ils sont pris au piège dans une poche facile à isoler par la voie terrestre. Politiquement, l’unité de volonté russe apparaît comme relativement forte comparée à celle des pays occidentaux. La Russie peut politiquement accepter des pertes humaines et matérielles, chose difficile à tolérer pour l’OTAN.

    Pour saisir d’une manière globale la situation géopolitique sous-jacente, l’Unité Communiste de Lyon propose de faire un retour dans le passé.

  • Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Quelle menace peut bien représenter la Corée du Nord pour la paix mondiale ? Il faudrait qu’elle soit pourtant immense pour justifier que chaque semaine, chaque jour, de nouveaux articles de presse, de nouveaux discours qui la ciblent comme l’ennemi à abattre.  Jours après jours les appels à attaquer ce pays se multiplient, tout comme nombre d’articles soulignant sa terrible dangerosité.

    Certes jours derniers, la Corée du Nord a notamment annoncé avoir procédé à un nouvel essai nucléaire, celui d’une bombe à hydrogène. Cet essaie entrainant une série de nouveaux appels à sanctions, notamment de la part du dirigeant US Donald Trump. Celui-ci, d’après les analystes de l’IRIS [Institut de Recherche et d’Initiative Stratégique] n’exclurait pas une utilisation de frappes « chirurgicales » et un recours à la force armée, option déjà envisagée à plusieurs reprises.

    Son dirigeant, son arsenal nucléaire, ses forces conventionnelles, ses hackers semblent autant d’épées de Damoclès au dessus d’un monde présenté comme en paix. Elle est régulièrement, dans les films (The interview) ; dans les jeux vidéos (Crysis) montrée comme un monstre agressif et criminel.

    Cette campagne pour attaquer la Corée du Nord serait, dans le fond, une croisade pour l’humanité, pour l’humanitaire, pour la démocratie, pour la paix et pour l’amour et la fraternité entre les peuples. Une croisade orchestrée au premier chef par des individus magnifiques, des paladins de la paix, tels Donald Trump et Emmanuel Macron.

    Et cela marche. Cela marche même particulièrement bien, puisque même des opposants virulents à ces cliques sont prêts à marcher en première ligne pour écraser -de nouveau- Pyongyang sous les bombes. Ils peignent d’ores et déjà Kim Jong-Un en nouvel Hitler et rêvent de le massacrer.

    Que les choses soient claires, il ne s’agit pas pour nous de porter aux nues le Juche, de clamer les grandeurs de la direction du Parti du Travail de Corée, ou encore de tresser des couronnes à son dirigeant. Ce n’est pas notre propos. Nous pensons que bien des éléments sont à critiquer sur la situation Nord Coréenne. Nous ne saurions pour autant en faire une critique point par point, car, une nouvelle fois, les éléments et la connaissance précises de la situation manquent.

    Par un paradoxe fascinant, la propagande contre la RPDC dispose d’une portée immense. Y compris dans les rangs des forces de gauche, parmi même un grand nombre de révolutionnaires déclarés. Celles et ceux qui, dans les déclarations des capitalistes, sont capables de voir ce qui relève de la propagande, ici, voient leur esprit si critique anesthésié quant le sujet vient à la Corée. Tout comme sur l’URSS, sur la Chine populaire ou sur l’Albanie, un deux poids deux mesures est fait. Ainsi, tout est cru, tant que cela frappe le pays.

    Les mensonges odieux sont ainsi repris et amplifiés. Les légendes sur la circulation de biographies racontant que Kim Il Sung savait composer des sonates à deux ans, le fait que les Coréens du nord croiraient dans des licornes ou dans des dragons… Toute logique s’efface quand les arguments anticommunistes apparaissent. Equipe de foot fusillées, exécutions au canon de 23mm, tout est permis, sans restriction.

    Cette propagande cherche à présenter la direction de la RPDC comme folle furieuse et inconséquente.

    Pyongyang rasée par les bombardiers US pendant la guerre de Corée.

    Sans soutenir positivement la Corée, nous ne doutons pas que les dirigeants de la Corée du Nord ne sont pas les enfants turbulents, les voyous, prêts à lancer leurs armes nucléaires pour assouvir une fictive volonté de domination mondiale. La guerre, le peuple coréen n’en connaît que trop bien le prix. Les dévastations de la guerre de Corée, fruit de la volonté de partition imposée par les USA, marque encore les esprits. Les bombardements, les armes bactériologiques, les viols commis par les troupes de l’ONU… 4 millions de morts en tout, causés uniquement pour faire barrage à la lame de fond révolutionnaire et anti-impérialiste, entre 1950 et 1953.

    Nul doute que le gouvernement nord-coréen n’est pas la seigneurie de la guerre qu’on nous présente. Nul doute que la politique de sanctuarisation du territoire, qui justifie l’arme atomique, répond à une menace, une pression extérieure. L’armée coréenne n’a pas la force de conquérir la péninsule. Elle n’est qu’une force de sauvegarde, donc le budget étrangle la population et entretient un pléthorique corps d’officiers.

    Un prix a payer pour ne pas être balayé, pour conserver une indépendance politique. Le régime Nord Coréen se débat dans une nasse qui lui a été très majoritairement imposée par un environnement extérieur hostile.

    Depuis les années 50 les pressions contre cet Etat pacifique n’ont pas cessé. La RPDC n’a de revendication territoriale qu’un fond marin, dont le tracé frontalier fut fait à son grand désavantage, elle ne mène pas d’invasion, de bombardements, d’annexion, n’occupe pas d’autres pays, ne pratique pas la politique de la sanction punitive contre les nations jugées turbulentes.

    Dans ce contexte, comment la blâmer de développer l’arme nucléaire ? Après tout, le monopole de la possession de cette arme par les « grands » est la garantie de leur dissuasion. Les « petits » devraient donc être vassalisés pour être protégés ? Est-ce là une leçon de justice, que de refuser les moyens de se protéger à l’agressé ?

    Pourtant, c’est précisément ce qui se déroule sous nos yeux. Et, pour s’être mal comportée, on inflige à sa population les carences, les embargos. On inflige le barrage à celles et ceux qui n’ont d’autres torts que de vouloir se protéger des menaces constantes.

    Certains arguent que les « libérer » du régime leur rendraient service. Que le régime est mauvais et néfaste. Bien que les sources de ces arguments soient partiales et -parfois- ridicules, là n’est, de toute manière, pas la question. Il n’est pas nécessaire d’être un amoureux du régime pour trouver curieux cette campagne. Il n’est pas nécessaire d’être un partisan du Juche pour flairer quelque chose de nauséabond dans cette affaire.

    Depuis quand, sous prétexte que le régime nous déplait, marchons-nous avec les fauteurs de guerre, avec les criminels, avec les éventreurs de villes et les violeurs ? Nous n’acceptons pas une seule bombe impérialiste.

    Combien d’abominables dictatures sanglantes et corrompues existent par delà le monde ? Combien d’entre-elles font passer la Corée du Nord pour un paradis ?

    Elles n’ont pas la faveur des médias un tant soit peu indépendants, elles sont parfois sermonnées par les dirigeants du « monde civilisé »… entre deux signatures de contrats. Elles ne souffrent d’aucunes menaces, d’aucune sanctions. Pourquoi cette incohérence ?

    Pourquoi un régime égalitaire comme la RPDC est il ciblé, tandis que les monarchies obscurantistes du Golfe vivent en paix, tandis les birmans génocident allègrement, avec la complicité du « prix nobel de la paix » Aung San Suu Kyi, soutenue par les agents impérialistes et notamment ceux de la firme Total?

    Les bonnes dictatures collaborent économiquement avec les impérialistes. Certes, certaines font tâche et les exactions commises sont parfois gênantes. Mais tant qu’elles livrent l’or noir, leurs ressources souterraines, tant qu’elles luttent contre les mouvements de libération nationale, elles sont des amies des différents blocs impérialistes. Gare à eux, cependant, de ne pas commettre l’outrecuidance de se croire indépendants !

    La Côte d’Ivroire de Gbagbo était un parangon de vertu pour la France, jusqu’à ce que son gouvernement se décide à signer des contrats avec les chinois. Même chose pour un Kadhafi, invité d’honneur de Sarkozy, à l’époque, par la suite éliminé après avoir ouvert Benghazi aux navires russes. Même chose encore concernant la famille Assad, amie de la France jusqu’à l’alignement sur l’orbite moscovite.

    L’avis sur ces régimes s’est radicalement mué en un temps record, lorsque les laquais n’ont plus aussi bien obéi. Or, l’un des reproches, si ce n’est le plus fondamental fait à la Corée du Nord, c’est bel et bien de laisser son marché intérieur hors de la mondialisation, hors des appétits sournois, c’est bel et bien d’être hors-jeu. Mais c’est bel et bien, et ce, malgré elle, le fait d’être aussi un pivot géopolitique.

    Car, que cherchent les USA à provoquer ainsi l’escalade ?

    1) Effrayer la Chine.

    Fondamentalement, la pression sur la Corée du Nord est une manière de s’attaquer à plus faible que soi, de faire une démonstration de force. Une démonstration de force dirigée indirectement contre la puissance montante de la région, contre le nouvel acteur incontournable : la Chine.

    Trump ne tarit pas d’éloges envers Poutine -pour le moment- mais ne manque pas d’invectiver l’Empire du milieu. Elle est de plus en plus perçue comme une menace stratégique pour la primauté des USA dans le Pacifique, d’autant que près de 90% du commerce mondial circulera dans cet océan d’ici quelques décennies.

    Or la Chine ne restera pas cloîtrée sur son territoire, elle cherche à s’étendre, à investir, à acheter, à vendre. Fatalement, se pose la question des lignes de communication et de leur sécurité. Fatalement se pose la question de la projection de force -à laquelle la Chine tente de répondre par ses commandes de porte-avions. Fatalement, se pose la question de la rivalité, dans un monde plein, entre USA et Chine.

    2) Discipliner la Corée du Sud.

    La chute du régime de Park Chung-Hye et l’élection de Moon Jae-In ne laissent pas les USA indifférents. Ces événements ont suscité très rapidement l’envoi de navires de guerre vers les eaux coréennes. Le passage d’un régime farouchement anti-RPDC à une ligne ouverte au dialogue est loin de faire les affaires des américains.

    La Corée est un des secteurs stratégiques dans la pensée géopolitique américaine. Elle est un des points à tenir coûte que coûte. Cela expliquât notamment l’engagement militaire de la guerre de Corée. Dans l’esprit US, la paix et la réunification de la Corée sont exclus. Ils donneraient naissance à une péninsule trop faible pour jouer un rôle géopolitique fort, entre les deux puissances : Japon et Chine. Dès lors, la Corée serait immanquablement intégrée dans une orbite.

    Celle du Japon est exclue, tant la colère et le ressentiment des coréens contre l’occupation japonaise est vivace. Tant les crimes et les massacres, jamais reconnus, marquent les mémoires.

    Une Corée unifiée deviendrait partie intégrante du dispositif chinois et ferait peser une insupportable menace sur le Japon.

    Bien que le régime de Moon Jae-In soit particulièrement intéressé par les ressources minières et la main d’œuvre de la Corée du Nord, bien qu’il s’agisse là d’appétits économiques voraces, cette volonté de paix est le reflet d’un sincère désire et d’un sentiment qui existe dans la population sud-coréenne. Elle est positive en ce sens là. l’affaiblissement de la chape de plomb dictatoriale délivre le pays.  Même les rumeurs des tabloïds pitoyables, inventant mensonges sur mensonges sur la RPDC ne suffisent pas à créer un sentiment belliqueux chez eux.

    La présence militaire US s’est renforcée, et les essais nucléaires coréens servent de justification à ce renforcement. Les USA, cependant, s’en servent pour maintenir une domination et une occupation sur la péninsule, dans le but de la rattacher de force à leur orbite géopolitique.

    3) Restaurer la domination dans le Pacifique

    Avec le relatif affaiblissement US, le Pacifique menace de ne plus valoir son nom. Le recul de l’influence étasunienne fait émerger des régimes qui ne s’alignent plus avec l’unique polarité possible dans la région depuis 1945.

    Le régime de Duterte, aux Philippines, à ainsi rompu un certains nombre d’accords commerciaux avec les USA, notamment sur le plan militaire. Pourtant, depuis sa conquête en 1898-1899 par les USA, prise aux Espagnols, les Philippines étaient vues comme un des flanc-garde de l’océan Pacifique, véritable oceanus nostrum des USA.

    Même la fidèle Taiwan montre parfois des oscillations inquiétantes, tandis que l’île est un verrou essentiel dans le dispositif de containement américain, toujours actif.

    Le Japon, lui aussi, réarme et se rééquipe. Il se rééquipe face à la montée de la Chine, pour épauler les USA. Mais cette montée en puissance contrôlée et appuyée n’est pas sans évoquer celle du Japon de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, lorsque l’Angleterre le soutint contre la Russie. Pourtant, cela n’a nullement empêché les deux alliés de se retrouver aux prises l’un contre l’autre, lorsque les circonstances changèrent.

    La montée en puissance, militairement, des différents acteurs facilite ces escalades, lesquelles peuvent parfois être aussi explosives qu’un baril de poudre.

    Les communistes n’applaudissent pas les bombardiers impérialistes.

    Dans ce contexte de montée des tensions, les doivent combattre la propagande de guerre impérialiste. Il n’existe nulle raison valable de porter la mort, de porter le feu sur la RPDC. Cette possible escalade doit être combattue. D’autant que si jamais l’Etat français s’invite dans l’affaire, cela ne sera nullement par humanisme, mais bien par un vorace appétit de marchés.

    Nous sommes pour la paix entre les peuples et entre les nations. Les invasions, les guerres de rapines, les annexions et les déstabilisations n’entraînent que mort de dévastation, pour le profit des grands capitalistes, payés pas le sang des masses.

    Nous sommes pour la révolution prolétarienne et la solidarité internationale. Nous sommes hostiles à toute action militaire contre le régime nord-coréen. Nous considérons que son opposition à l’ingérence étrangère et à l’impérialisme américain est juste.

    Même au sein des dictatures réactionnaires, et nous ne caractérisons pas la RPDC ainsi, la voie du changement ne peut passer qu’au travers de l’action des masses de ces mêmes états. Celles et ceux qui applaudissent les bombardements en prétextant que ceux-ci vont améliorer la situation apportent, de fait, un soutien aux agresseurs impérialistes.

    Même un opposant complet au régime de Kim Jong-Un se doit de comprendre cela.

    Les bombardements et les invasions n’apportent que le malheur, la misère et la domination impérialiste.

    Halte à l’escalade contre la République Populaire et Démocratique de Corée ! Halte au jeu dangereux des agresseurs.

    Paix entre les peuples ! Guerre entre les classes !

  • Contre les manigances de la bourgeoisie, défendre le journalisme d’investigation.

    La situation ne date pas d'hier, mais l'ampleur que celle-ci prend est plus qu'inquiétante. La révélation, par le journal le Canard Enchaîné, du Penelopegate a entrainé une réaction virulente. Celle-ci est particulièrement révélatrice de l'état d'esprit, inquiétant, dans lequel se trouve la bourgeoisie de France.

    L'attitude de crier à la théorie du complot, au lynchage médiatique, de crier à l'invention de faits était, auparavant, un apanage plutôt réservé à l'extrême-droite. Combien de fois les fascistes et consorts ont-ils déversé leur haine sur les "journalopes" ?

    Nous aurons, par ailleurs, l'occasion de revenir sur ce mot-valise et sur tant d'autres, mais le propos, pour le moment, n'est pas ici.

    La presse n'est pas étrangère à la lutte des classes. Un tour d'horizon des publications suffit pour s'en convaincre. La carte tracée par le Monde Diplomatique / Acrimed l'illustre parfaitement. Il n'est nullement étonnant que nous ne trouvions guère de publications favorables aux idées communistes, que nous ne trouvions que peu de médias luttant contre l'influence des conceptions et des idées bourgeoises. Nous en prenons bien-sûr acte. Nous ne tarissons pas de critiques à l'égard de certains journaux, de certains médias. Ce n'est pas un hasard si, au classement de la liberté de la presse, l'Etat Français arrive 45ème.

    Encore faut-il être capable de pouvoir discerner deux choses différentes : ce qui est du ressort de la retranscription de faits à travers une grille de lecture réactionnaire et l'invention pure et simple de faits. C'est une ligne de démarcation qui devient majeure, en ces temps de faits alternatifs. C'est celle que nous posons entre une presse bourgeoise du type du Figaro, du Point, de BFM-TV ou autres, et celles issues de la fachosphère, les F.Desouche, les Minute, les Dreuz, les La Gauche m'a tuer, mais aussi les Infowars des USA… etc. C'est dans cette catégorie également que nous classons les médias de la Maskirovka [le camouflage / la tromperie] en commande directe depuis le Kremlin: Russia Today; Russia beyond the headlines et Sputnik.

    Cette distinction est essentielle, car c'est ce qui permet de poser les bases d'une activité militante, le fait de disposer d'informations factuelles. Nous ne comptons pas sur les médias bourgeois pour l'analyser, mais bien sur nos propres forces. Cependant, sans informations, sans intelligence, aucun travail n'est possible.

    Nous même, dans nos propres rangs, devons combattre la tendance qui peut exister à la déformation des faits, à l'invention, laquelle est en infraction complète avec la phrase de Lénine "Seule la vérité est révolutionnaire." Nous avons, nous aussi, notre lot de censeurs, d'adeptes de Dame Anastasie parmi ceux qui se disent dans nos rangs.

    Les journalistes d'investigation jouent un rôle important, en faisant éclater les scandales que la bourgeoisie tente d'enterrer. Le Canard Enchaîné est critiquable sur un certains nombres de points, par ailleurs soulevés dans plusieurs publications  [Le Vrai Canard ; Un délicieux canard laquais…], mais un simple coup d'œil au nombre d'affaires révélées par celui-ci nous montre combien il peut être une épine dans le pied d'une bourgeoisie qui, en plus d'établir les règles, n'hésite pas à les transgresser. 

    Le scandale Stavinsky, l'affaire des diamants de Giscard d'Estaing, l'affaire Maurice Papon, les faux électeurs de Tibéri, mais encore le scandale du sang contaminé ou les tractations, les arrangements, les manigances de nombreux hommes et femmes politiques de ces dernières années… Ce journal a plusieurs fois été au centre de l'actualité.

    Plusieurs fois, le Canard Enchaîné a été attaqué pour ses publications, pour ses révélations. C'est une chose logique. La bourgeoisie, prise la main dans le sac, ne fait généralement pas œuvre de contrition et d'autocritique. Comme un enfant capricieux, elle trépigne, elle accuse, elle rejette la faute. Nombre de fois, elle ne s'exprime pas sur le fond de l'affaire, mais se contente d'attaquer le fait qu'elle soit révélée.

    Ainsi, lorsque cet homme, auprès du journaliste de Quotidien, pourtant émission de TF1, comparait le fait de révéler un scandale et celui de conduire un train pour Auschwitz. Difficile de ne pas voir, dans les propos de ce militant, une pointe d'agressivité mal placée. Rien de neuf.

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    Sauf qu'une terrible lame de fond réactionnaire, alimentée par les tensions internationales, par l'aggravation de la lutte des classes en période de crise, déferle. Elle donne naissance à ce fruit vénéneux, celui de la traque aux journalistes, celui de l'affrontement entre les médias et les politiques, notamment initié par Donald Trump.

    Historiquement fond de commerce de l'extrême-droite, l'acharnement médiatique, même autour de faits indubitables, est devenu une ligne comme une autre. Aux USA, la campagne de Trump s'est déroulée dans une ambiance d'opposition aux médias, y compris ceux -comme Fox News- marqués pour leur sympathie pour les Républicains.

    Comptant sur les médias alternatifs et sur les faits alternatifs, cette campagne -comme nous le développions dans notre dossier sur la guérilla informationnelle– a surpris tous les observateurs pour sa capacité à déborder les facultés d'analyse des spécialistes.

    Dès lors, quelle raison reste-t-il pour ne pas employer cet argument ? Aucune. Ainsi, quand Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, ouvre le meeting de François Fillon, il fait huer les journalistes par les militants présents. Quand Fillon prend la parole, il ouvre le feu directement contre eux, les accusant d'avoir voulu le salir.

    Le ton est donné, la campagne se fera contre les journalistes, contre la vérité, contre les faits.

    C'est une brèche ouverte, elle avalise le fait que la tricherie, le mensonge frontal, sont désormais une ligne comme une autre. Les faux existent depuis longtemps, comme armes de la réaction. Pensons ainsi au Protocole des sages de Sion, créé de toutes pièces par l'Okrhana. Pensons aux fausses accusations, aux inventions, de la propagande anticommuniste. Les exemples ne mentent pas. Mais ce qui marque une nouvelle étape, c'est le caractère ouvert et l'aplomb considérable des menteurs.

    Dans les années 1940, avant d'être parmi les victimes du Mont Valérien en 1942, le philosophe communiste Georges Politzer publia un ouvrage: Révolution et contre révolution au XXe siècle.  Cet ouvrage caractérise pleinement la conception de la vérité qu'ont les bourgeois en période de crise.

    En citant ceci, nous ne sommes pas en train de considérer que la bourgeoisie de France est devenue ouvertement fasciste. Nous considérons, en revanche, qu'elle utilise des méthodes qui s’apparentent à celles utilisées par les réactionnaires et les chauvins de toute espèce. Seulement, les fascistes n'ont pas hésité à clamer qu'ils avaient comme ambition de déformer la vérité, chose que la bourgeoisie se défend de faire.

    Dans cette conférence, intitulée : « la liberté de la science », M. Rosenberg a fait la déclaration suivante :" Il y a une conception catholique et une conception protestante de l'histoire. A côté des conceptions religieuses de l'histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées. Nous croyons qu'il est temps d'annoncer une façon allemande de considérer l'histoire" (M. Rosenberg, "Blut und Ehre", tome 2 ; page 210).

    M. Rosenberg constate donc qu'il y a une déformation ecclésiastique et une déformation chauvine de l'histoire. Il en tire la conclusion qu'il est temps d'ajouter aux déformations déjà existantes une déformation nouvelle, la déformation « allemande », c'est-à-dire, selon lui, national-socialiste.

    Déformer ainsi les faits, c'est ce que M. Rosenberg appelle « la liberté national-socialiste de la science ».

    Déformer l'histoire, c'est refaire l'histoire du passé selon les besoins du présent ; c'est subordonner l'histoire aux exigences d'une propagande.

    (…)

    Dans "Mein Kampf", M.Hitler établit la comparaison entre la propagande politique et la réclame.

    "Que dirait-on, écrit-il, d'une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu'il y a aussi d'autres bons savons ? On secouerait la tête. Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique" ("Mein Kampf", édition allemande de 1 935, page 200).

    M.Hitler montre lui-même qu'il conçoit la propagande politique comme une réclame politique, conduite selon les principes de la publicité commerciale. Il soutient que la propagande vraie est, comme la publicité vraie, celle qui réussit, et que la propagande n'a pas à chercher la vérité objective dans la mesure où elle est favorable à d'autres pour l'exposer ensuite avec sincérité doctrinale aux masses."

    Mais la réalité ne se truque pas éternellement. Les faits reviennent au galop quand ils sont chassés. Il n'est pas possible d'abolir la lutte des classes par le mensonge, ni d'abolir aucun des faits issus de lois objectives de l'économie et de la société.

    Si nous savons que la presse bourgeoise ne nous sera jamais favorable, nous savons aussi que la vérité teintée par la réaction est préférable au mensonge et à l'analyse complotiste. Inutile de s'offusquer de l'inégalité de traitement qui nous est accordée, à nous qui voulons défendre le camp du peuple.

    C'est une des fautes des candidats de la gauche réformiste radicale, tels que Jean-Luc Mélenchon, dont les militants ont dénoncé l'inégalité de couverture de son meeting de Lyon. En rentrant dans ce jeu dangereux de l'attaque contre les médias, non de l'explication de la place de ceux-ci dans la lutte des classes, le candidat de la gauche insoumise dérape. Ce dérapage est le miroir de la grande faiblesse stratégique de cette candidature : sa négation de cette lutte.

    La question médiatique est une question centrale dans la diffusion de l'idéologie communiste. Nous savons que dans ce cadre précis, la presse bourgeoise nous sera résolument verrouillée et hostile. Nous ne pouvons compter que sur nos propres médias pour cette tâche essentielle.

    Cependant, indépendamment de ce but positif, nous considérons qu'il est essentiel que la liberté d'enquête et de révélation des journalistes soit défendue. Nous avons pu voir, avec la révélation de nombreuses pratiques de la Police, combien le droit démocratique à l'information est un droit précieux.

    Le fait de pouvoir contrer les fausses nouvelles, les rumeurs, est une chose essentielle. Lorsque la Police ment pour prétendre qu'elle sauve des enfants de voitures en feu, nous devons le savoir.

    Les attaques des réactionnaires, des bourgeois, des fascistes et de la police, contre ceux qui viennent fouiller dans leurs affaires, sont révélatrices. Elles sont une illustration du fait que ceux qui cherchent à faire éclater la vérité sont des alliés objectifs des progressistes dans la lutte des classes.

    Nous ne pouvons que saluer le travail des journalistes d'investigation honnêtes, et nous ne pouvons qu'espérer que les scandales, que peuvent révéler ces travaux, servent de catalyseur à une colère populaire juste.

    Contre les falsificateurs, les révisionnistes et les menteurs !

    Encore une fois, la vérité seule est révolutionnaire.