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  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Les élections européennes viennent de se terminer. D’une manière générale, en Europe, elles ont été marquées par la progression de l’extrême-droite. Celle-ci s’octroie même la majorité absolue en Hongrie, ou le Fidesz a fait 52,3% des voix. Dans l’ensemble, entre 2014 et aujourd’hui, les partis de droite extrême passent de 155 à 172 sièges.

    La participation générale est à la hausse. Elle est à 50,95% pour l’UE. Elle s’étale de 22,74% en Slovaquie jusqu’à 89% en Belgique. Les résultats sont donc très variables en fonction des Etats, et nous aurons, aux côtés de nos camarades de l’ICOR Europe, l’occasion de commenter plus tard la situation dans l’UE. 


    En France, qu’en est-il ? 

    La participation est à peine au-dessus de la moyenne européenne (50,97%). Les électeurs et électrices se sont donc plus mobilisés pour celle-ci qu’en 2014, où elle était de 42,43%. Il semble que la période de mobilisation et de lutte intense se soit plus traduite par une mobilisation électorale que par le fait de bouder les urnes. Cependant, il est difficile de faire encore un tableau précis de la sociologie électorale. 
    Les sondages ont été remarquablement précis. Alors que certains pensaient que Macron s’effondrerait -nous l’avions-nous même cru un moment- les résultats révèlent que LREM dispose d’une base sociale stable. Elle s’est mobilisée : elle représente donc 22% des 50% de population. Ce sont les cadres supérieurs du privé et les CSP++. Ces 11% de la population en âge de voter paraissent énormes, hypertrophiés. Mais cette prévalence importante est logique : la France, en tant que pays impérialiste, concentre des fonctions supérieures et de commandement de sa sphère de domination. L’exploitation des pays dominés permet donc de redistribuer une partie du surplus aux agents de l’impérialisme, mais également à des fonctions parasitaires, comme les managers.

    L’électorat RN est socialement beaucoup plus complexe. Cependant, il est bien moins marqué par un caractère ouvrier que ce que les propagandistes méprisants expriment. Finalement, il s’agit d’un agrégat hétérogène, constitué d’individus partageant un même constat : l’implosion progressive du « système » (avec toutes les manières d’interpréter ce terme). Face à cela, le souhait des électeurs est de rétablir l’ordre, de revenir à un hypothétique « avant » meilleur. Les uns se dressent contre les immigrés, les autres contre « le mondialisme », les Juifs, les musulmans, ou, d’autres encore, contre les mouvements LGBT… En somme contre ceux et celles qu’ils considèrent responsable de la « perdition » de la France. Il n’y a donc pas un profil unique, mais celui-ci, en revanche, est stable électoralement. 

    Chez Les Républicains, cela a été un coup dur. « Tout est à reconstruire » selon Bellamy, tandis que Eric Woerth s’en prenait à Laurent Wauquiez « A sa place, je tirerais sans doute les conséquences de ça. […] C’est le pire score de notre histoire, alors que la droite est majoritaire en France ». Ce que cela révèle est surtout qu’il n’y a pas de place pour plus d’une liste d’extrême-droite. LR s’est placée sur le même créneau que le RN, pensant le vampiriser, avec, probablement, à termes, l’objectif de faire sauter les barrières qui les séparent. En réalité, faute d’espace, leur score est un pitoyable 8,5%. Ces 4,75% des individus en âge de voter sont donc des réactionnaires, comme le RN, mais avec du patrimoine, plus âgés, plus catholiques, mais aussi moins en rupture avec les institutions. La question du patrimoine est d’ailleurs ce qui sépare, in fine, de l’électeur RN.

    La stabilité joue aussi sur les échecs des listes réactionnaires : Dupont-Aignant, Asselineau ou Philippot, sans compter les quelques listes ultras, se partagent quelques miettes. Incapable de trouver un espace, ils n’apparaissent pas comme des alternatives. 

    Pourquoi ce score est-il stable ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’immense victoire fasciste ?

    Malgré ses tentatives, l’extrême-droite n’est pas parvenue à se greffer sur le mouvement des Gilets Jaunes. Elle ne parvient pas à se faire l’écho de la colère sociale, du fait de ses ambiguïtés constantes, sur la police, sur la justice, sur l’économie. La démagogie n’est pas parvenue à absorber les légitimes revendications sociales des classes populaires. L’extrême-droite végète donc, la formule faisant son succès relatif étant également celle qui l’empêche d’être victorieuse.
    Les classes populaires demeurent toujours les premières en termes d’abstention, aucune force politique ne s’est faite leur porte-parole de leurs intérêts. Même les inconséquentes listes des « Gilets Jaunes » ont échoué. Leur tentative de surfer sur la vague ont fait long feu. 

    Le vide populaire se fait d’autant plus sentir lorsqu’on analyse ce qui s’est produit à gauche de l’échiquier politique. Seul 30% des suffrages sont allés de l’autre côté de LREM.

    Finalement, la force qui a le plus recueilli de suffrages est constituée par EELV. C’est le produit de la mobilisation de la petite bourgeoisie progressiste urbaine, laquelle s’est déplacée pour voter « à gauche ». La nature de cette mobilisation se ressent. L’ancienne coalition de Hollande (PS-EELV-Génération-s) récolte 20% des voix. Cette résurrection de la « gauche-qui-trahit » est plus que déplorable. Ces organisations sont durablement associées à la casse sociale, à la loi El-Khomri, à la naissance de Macron. Elles captent pourtant toujours assez de voix pour empêcher qu’une autre « gauche » apparaisse comme un pôle. 

    La petite bourgeoisie des centres urbains est retournée chez elle. Ce n’est pas étonnant. Le social-libéralisme, même maquillé en vert, bénéficie toujours d’un espace possible d’existence dans la puissance impérialiste qu’est la France. 20%, cependant, soit 10% des individus possédant le droit de vote, est une « victoire » précaire.

    La gauche non-Hollande, PCF, LFI, LO (soutenue par le NPA) n’ont pas plus mobilisé les classes populaires.Les groupes trotskistes, tout en se parant des oriflammes de la révolution et en portant un discours de syndicat, ont obtenu 0,7% des voix.Le PCF, rompant avec la stratégie du Front de Gauche, a tenté sa chance seul.La tentative est louable, mais ne pouvait que tomber à plat.Entre une image trop lisse pour attirer les parties les plus radicalisées de la population et l’anticommunisme atavique de la petite bourgeoisie, il est tombé dans un entre deux coûteux.L’abstention lui a ôté les voix qu’il voulait intégrer.Il est talonné par le « parti animaliste.» Nous avons une position sur le PCF qui fait que nous ne partageons ni le fond, ni la forme de ce que ce parti est devenu.Cependant, cette contre-performance ne nous réjouit pas.Elle contribue encore davantage à invisibiliser la place du communisme dans le débat politique et réduit l’espace idéologique ouvert aux idées marxistes.

    La France Insoumise, quant à elle, est en pleine décrue.Elle se retrouve même a égalité avec le Parti Socialiste, malgré tout ce que celui-ci a fait de néfaste.Elle n’est pas parvenue à rassembler autour d’un programme un minimum progressiste.Prise au piège de sa propre stratégie, tabler sur le populisme, elle se confronte aujourd’hui a ses limites.

    L’agressivité dont elle a pu faire preuve, notamment pour se placer par rapport au PCF et à la CGT, a donné un flot très fort, mais un reflux tout aussi puissant.En cause, notamment, les contours flous, les contradictions internes, les affaires Kotarac et Kuzmanovic.L’espace que laisse la décrue de LFI n’a pas été récupéré par le PCF, il a été vampirisé, finalement, par le PS-EELV, sur un programme libéral au possible.

    Les gauches réformistes ont échoué.Le concept, confronté à la crise du capitalisme, est à bout de souffle, même pour ceux et celles qui peuvent encore y croire. La gauche révolutionnaire, extra-parlementaire, a un boulevard devant elle.Elle a une opportunité qu’elle doit saisir.

    Elle est toujours émiettée, toujours fragmentée en groupuscules, en sectes, en petits clans.Elle n’est pas parvenue à une visibilité à l’échelle du pays, ni à jouer le rôle qu’elle doit jouer.Il ne tient en revanche qu’à elle de sortir de cette situation.

    C’est ce à quoi, avec d’autres, nous appelons et nous appellerons d’une manière beaucoup plus précis prochainement.

    La situation décatie que nous voyons aujourd’hui ne peut qu’évoquer ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres »

  • Six mois de lutte et une élection.

    Six mois de lutte et une élection.

     La mobilisation des Gilets Jaunes a défié tous les pronostics. Elle a tenu et tient encore. Depuis six mois, désormais, chaque samedi est marqué par les défilés, par les affrontements avec les forces de l’ordre, par les violences policières et par le mépris du gouvernement. Depuis 6 mois, une lame de fond a déferlé, secouant de fond en comble la société française. 
    Cette lutte a jeté dans la rue des pans de la société. Elle a confronté les masses populaires et la jeunesse à l’expression même de la dictature de la bourgeoisie. Surdité face aux revendications, mépris politique, violences policières, maintien d’une politique rejeté par la très large majorité de la population…

    Il y a eu des luttes féroces les années précédentes, notamment la bataille autour du contrat de travail. Ces luttes ont été intenses et durement réprimées. Mais elles étaient restées, dans leur majorité, des luttes économiques, sur les conditions de travail, sur les normes de travail, sur le contrat, sur le salaire ou sur les services publics.

    Au cours de ces six mois, le mouvement que nous vivons actuellement, qui a commencé par un combat contre la cherté de la vie s’est mué en quelque chose d’autre. Ce quelque chose d’autre est un mouvement politique d’ampleur, radical et subversif, ciblant directement comme ennemi le régime et son caractère anti-démocratique.

    Ce choc a ébranlé tant la bourgeoisie que les forces habituelles de la lutte sociale. La CGT, par exemple, est, au cours du 52e congrès, qui se tient actuellement, en pleine ébullition. La direction de celle-ci paie le prix de son refus de s’engager en plein dans la bataille qui se joue, tandis que la base participe au mouvement des Gilets Jaunes. 
    Les organisations politiques, particulièrement les organisations politiques progressistes ou révolutionnaires, ont été, elles aussi, transformées. Celles qui ont rejeté l’idée de participer à la lutte, elles aussi, périclitent. En ayant voulu ignorer l’existence du mouvement des Gilets Jaunes, elles se sont marginalisées elles-mêmes. Lorsqu’elles veulent, maintenant, s’intégrer dans le mouvement, c’est avec une grandiose difficulté, car elles ne partagent pas une somme d’expérience commune, un vécut de lutte particulier, ce qui leur donne un côté suranné, désuet…et arriviste. 

    Pour les autres, c’est une fantastique somme d’expérience et une grande leçon de politique réelle qui leur a été donnée. Leurs militants et militantes en ressortiront grandis et aguerris. 

    Les masses populaires aussi. Toute une génération sera marquée par la défiance envers les institutions, envers les forces de l’ordre, envers une justice de classe, inique et arbitraire. 

    Macron et la classe bourgeoise, qu’il sert, a tenté de répondre, sans jamais céder sur son programme, à la crise de régime que constitue ce mouvement. D’un côté par la force brute, en autorisant la police à faire un usage massif des gaz, des matraques, des LBD… 
    Elle a tenté aussi et tentera de semer le chaos et la division en montant des « affaires », comme l’affaire Finkielkraut, dans le but de pouvoir opérer une contre-offensive idéologique. Elle ne reculera devant rien pour reconquérir le terrain perdu, dès que la mobilisation sera tue.

    De l’autre côté, elle a opéré en tentant d’utiliser la colère des Gilets Jaunes et des masses pour la mettre à son propre service. Le Grand débat à servi à cela : tenter de faire un effet levier pour appuyer sa politique réactionnaire. Mais la brutalité du régime n’a pas eu raison de la colère, tout comme les faux débats ne l’ont pas calmée. 
    Restent alors deux armes : la première est le temps, le temps qui use, qui épuise, qui décourage… le temps qui amène aussi à la période de creux de l’été. Été que Macron saisira certainement pour lancer de nouvelles attaques, contre les droits sociaux, contre la retraite, contre les salaires… La liste est encore longue.
    La seconde est celle de la diversion. Et l’arme numéro 1 de la diversion est, à l’heure actuelle, la mise en œuvre d’une élection des plus inutiles : celles des Européennes. 

    Le miroir aux alouettes des Européennes. 

    Les élections européennes cristallisent, aujourd’hui, une part de l’attention de ceux et celles qui se mobilisent. Pour certains et certaines, elles incarnent une forme d’espoir.
    Un espoir de changement, en supposant qu’une liste qui s’approche des intérêts des Gilets Jaunes puisse s’imposer. 
    Un espoir de sortir d’un hypothétique « carcan » de Bruxelles.
    Un espoir d’infliger une sanction à LREM et à ses alliés, dans le but d’infléchir la politique gouvernementale, voir d’en obtenir un changement. 

    Nous comprenons ces espoirs, nous comprenons que beaucoup vont se diriger vers les urnes avec des états d’esprit complètement différents les uns des autres. Certains avec conviction, d’autres, à la manière d’un jeu de loto, car « on ne sait jamais », malgré la sombre impression que les votes ne changent, en définitive, pas grande chose.

    Nous, UCL, mais aussi l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste, avons fait le choix de ne pas donner de consigne de vote. Nous pensons que ce scrutin est avant tout une diversion, qui détourne de la lutte, pour entraîner vers les urnes. D’autant que l’impact de ce scrutin est infinitésimal. 

    Premier point fondamental : qui domine qui ? L’Union européenne possède une nature particulière. Elle est une alliance entre les Etats impérialistes que sont l’Allemagne et la France – avec une forme de participation éloignée du Royaume-Uni. Cette alliance entre les impérialismes est le fruit d’une nécessité reconnue de longue date. 

    Dans les faits, l’histoire de la fin du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle européen est l’histoire de cette alliance. Mais, même si elle est reconnue par l’un comme l’autre comme le seul moyen de pouvoir faire face à la naissance de géants industriels, une question n’est pas résolue : qui dévorera qui ? Car, s’il existe des tendances à ce que les industries, les banques, les cartels fusionnent, il n’en demeure pas moins qu’ils sont également en concurrence. C’est ce qui explique les guerres, les occupations, les tentatives de forcer les choses. Mais même à l’heure actuelle, alors que des concentrations se font, alors que des accords se nouent, il reste toujours un certain nombre de choses qui ne se négocient pas. Ainsi, la Deutsche Bank, endettée, a vu son rachat par la BNP Paribas interdit. 

    Aujourd’hui, la France est-elle dominée par l’UE ? Non. Elle est un élément moteur de celle-ci. De plus, son impérialisme est principalement orienté sur l’Afrique, avec des possessions sur les autres continents. Là-bas, là où réside le fond de ses intérêts, elle ne tolère aucune concurrence et n’hésite pas à lutter pied à pied pour se maintenir, contre la pression chinoise, russe, ou même américaine. 
    Ce n’est pas l’UE qui dicte sa loi à la France (ou à l’Allemagne) mais ce sont ces Etats qui utilisent l’interface de l’Europe pour dicter la leur aux pays les moins puissants.
    Il y en a qui en bénéficient, ou plutôt des fractions de leurs bourgeoisies en bénéficient. D’autres, comme la Grèce, sont aux abois, tenus par leurs dettes aux ordres de la France – qui possède la majorité de celles-ci, contrairement à une idée répendue – et de l’Allemagne. 


    La crise de l’UE, que nous constatons actuellement, est avant tout la répercussion de la crise des impérialismes qui la constituent. Ces crises soumettent cette alliance, temporaire par sa nature même, à une telle force de marée qu’elle menace de se disloquer.

    Le vote peut-il y changer quelque chose ?

    Dans l’Union européenne, le Parlement européen ne bénéficie que de prérogatives faibles. Il prend des résolutions, mais leur application est soumise entièrement à la discrétion des gouvernements nationaux. Dans les faits, certains de ces gouvernements sont écrasés par le poids des dettes, contractées non pas envers l’ « Europe », mais envers des établissements financiers privés (BNP Paribas, Crédit Agricole…) C’est cet étau financier qui les oblige à adopter ce que les cartels bancaires imposent également à l’Europe. Ca n’est pas l’UE en tant que tel.
    L’UE n’est pas unie, ni fédérale. Elle reste un des rares exemples de système confédéral, dans lequel la loi des pays prime sur celle de l’ensemble. Le vrai cœur du pouvoir est dans ce qu’on n’élit pas. Le Conseil des ministres européens est, en réalité, le centre de gravité des décisions.
    Le Parlement européen est, en dernière analyse, un cadeau fait aux organisations politiques pour s’assurer de leur fidélité au projet européen, pour leur offrir un nouveau moyen d’engranger de l’argent. Elle est une des « balles sucrée » qu’offre régulièrement la grande bourgeoisie.

    Les questions fondamentales ne sont pas soumises au vote, en Europe comme en France. Elles ne se négocient pas ainsi. Bien que ce concept revienne dans les argumentaires des réactionnaires, il est difficile de contester qu’il existe une forme « d’Etat profond. » Cet « Etat profond » correspond à des questions fondamentales liées à l’imbrication de la grande bourgeoisie monopoliste et de l’appareil d’Etat. 
    Ainsi, l’impérialisme français, les interventions militaires, les ventes d’armes lourdes, les soutiens diplomatiques, l’activité des services secrets, en somme le « système végétatif » de la sphère économique et politique profonde des Etats impérialistes est hors de portée des bulletins de vote. Les enjeux sont trop essentiels pour qu’ils puissent faire l’objet d’un débat public.

    Au sein de l’UE, par extension, se reproduit ce même type de schéma. L’UE, comme les institutions « supranationales », est avant tout une arène dans laquelle les affrontements entre cartels monopolistiques -et les Etats qui y sont liés- sont arbitrés, dans l’idéal le plus pacifiquement possible. Une norme européenne, par exemple, qui va déterminer comment un bien doit être produit, correspond à la manière de produire d’un groupe monopoliste particulier, qui va l’imposer aux autres. 
    Emmanuel Macron a lancé un appel à combattre le RN, en voulant ainsi engranger des voix supplémentaires et se poser en rempart de la démocratie et du progrès. Il essaie de rallier derrière lui les partisans de l’Union Européenne et de placer le curseur du débat politique entre partisans de la « Renaissance » et liquidateurs. 
    Mais dans les faits, d’une part LREM a repris les éléments de programme des identitaires, notamment sur la « défense des frontières de l’Europe ». De l’autre, même si le RN était tout-puissant, il ne quitterait pas l’UE, ni aucun des candidats, quel qu’il soit. Même l’UPR, qui place comme leitmotiv son « article 50 », ne le fera pas non plus.
    L’expérience du Brexit montre qu’une séparation de l’UE, avec la rupture des accords qui l’accompagnent, est une rupture beaucoup plus économique que politique. Il s’agit, pour un grand nombre de cartels, d’un véritable déchirement, au sens physique du terme. La bourgeoisie s’y opposera donc de toutes ses forces.
    Cependant, l’UE peut s’effondrer. Elle peut s’effondrer, mais les résultats seraient un choc immense pour les marchés, mais également pour une grande partie du tissu industriel et bancaire de notre impérialisme. Il existe des signes de cet effondrement, mais il sera probablement cataclysmique.

    La question de l’UE, en dernière analyse est paradoxale. Il faut lutter contre l’UE pour ce qu’elle est, une coordination d’impérialismes, traînant à leur suite des impérialismes croupions et des laquais serviles. 
    Il faut lutter contre ce que cette coordination fait subir à ceux qui sont sous son joug implacable, aux dégâts qu’elle cause, sur la nature, par rapport aux risques de guerre, sur la destruction des droits sociaux. 
    Mais ce sont des luttes tactiques. La victoire stratégique est ailleurs. Elle est dans le renversement du système impérialiste-capitaliste. 
    Et là, l’UE apparaît comme secondaire. La sortie de l’UE sera refusée par « l’Etat profond », par les forces économiques, les cartels et des conglomérats. Il n’existe pas de pouvoir démocratique assez fort, en régime bourgeois, pour l’obtenir. Et si les masses populaires avaient le pouvoir réel entre leurs mains, la question de l’UE ne se poserait plus, balayée qu’elle serait par la chute du capitalisme. 
    Nous pensons que mettre en avant l’UE (comme l’OTAN) comme une étape ou un préalable, c’est mal analyser ce qu’est la nature profonde de ces institutions et les limites du pouvoir populaire en régime bourgeois. 

    C’est pour cela que nous pensons que ceux qui insistent obstinément sur ces points, finalement, nient la question stratégique de la conquête du pouvoir par les masses populaires.

    Nous n’en sommes cependant pas même là. 

    Aujourd’hui, quel mot d’ordre ? Boycott ? Abstention ?

    Nous pensons que le terme boycott ne recouvre pas forcément une réalité pratique. Un boycott suppose une campagne active qui viserait à perturber la bonne tenue du scrutin, à l’image de celui organisé en Inde par la guérilla. À l’heure actuelle, il ne semble pas que cela soit dans les projets de ceux qui tiennent cette position. Nous le comprenons, certes, mais il se limite à un acte, en réalité, passif. Il reste incantatoire s’il n’est pas accompagné d’une ligne pratique, concrète et immédiate pour les masses populaires. 

    Aujourd’hui, nous pensons que rentrer dans un débat sans fin sur la question d’un vote aussi marginal, aussi peu essentiel, batailler là-dessus, revient à perdre une énergie colossale pour quelque chose qui ne nous intéresse pas. Cela revient à nourrir un point de focale qui ne nous intéresse, finalement, pas. Autant nous focaliser alors, sur ce qui est fondamental.

    Nous avions défendu le boycott lors des élections présidentielles, pour proposer comme issue la question de l’opposition extra-parlementaire dont l’objectif est de rassembler toutes les forces progressistes qui ne se retrouvent pas dans la politique bourgeoise. 

    À nos yeux, cette opposition doit rassembler les forces politiques, syndicales, associatives, mais aussi les mouvements de lutte qui ne se retrouvent plus dans les cadres étroits et tronqués de la fausse démocratie électorale. Nous pensons que la légitimité n’est pas dans ces salons de discussion entre bourgeois bien-séants. Elle est à réclamer par les masses populaires, pour elles.


    Elle est le fait de réclamer que nous représentons une « fraction du pouvoir réel ». 

    Nous pensons que l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, avec ses assemblées populaires et ses assemblées des assemblées (Commercy, Saint-Nazaire, plus tard Montceau-les-Mines) forment une incarnation embryonnaire de cette opposition. C’est, de fait, elle -avec les discussions de rond-point, plus que tout autre chose, qui a donné le ton lors des sept derniers mois de lutte.
    Nous pensons que c’est cela qu’il faut défendre, plus qu’un débat sur la question du vote, pour que cette expérience ne s’évapore pas, mais puisse être synthétisée et former une nouvelle base de départ pour d’autres luttes d’ampleur. Ce sont ces assemblées, éminemment politiques, qui ont formé le plus grand saut qualitatif au cours de la lutte des Gilets Jaunes, lui conférant son caractère politique de lutte la plus poussée de ces dernières décennies. 


    Il reste un travail fantastique à faire. 

    À la fois dans les luttes, pour qu’elles se rejoignent et se renforcent mutuellement, autour d’un centre constitué par les assemblées populaires et démocratiques. Elles continueront d’éclore tant que les attaques perdurerons. Et elles perdureront.
    Nous appelons également à ce que les organisations politiques révolutionnaires soient renforcées. Nous appelons à ce qu’elles travaillent conjointement, pour faire face à la gravité de la situation sociale et économique, mais également, car, jusqu’à présent, la présence communiste révolutionnaire est restée bien trop anecdotique, à l’exception de succès locaux, dans le mouvement des Gilets Jaunes. Non pas en tant que force visant à contraindre la lutte à adopter des mots d’ordre qui ne sont pas les siens, en lançant des incantations, mais bien en faisant le travail politique qui permette aux revendications de triompher.


    Comme le mentionnait le Manifeste :  « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

    Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

    Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

    Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

    Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

    Nous devons le faire : la bourgeoisie a perdu du terrain. Elle a perdu de l’espace pour ses manigances, face à la résistance populaire, face aux luttes. Cet espace, elle n’accepte pas de le considérer comme perdu. Elle ourdi sa contre-offensive idéologique.

    Elle trace aussi ses plans pour l’avenir. Car lorsque les droits économiques sont touchés, le lendemain, ce sont les droits politiques. Nous devons garder à l’esprit que la plus grande épreuve de force est encore devant nous.

  • Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    L’antisémitisme est un problème réel qui doit être considéré avec sérieux et avec gravité. Le Parti Socialiste a, ces derniers jours, lancé un large appel à un front uni contre l’antisémitisme. Nous considérons qu’il est, effectivement, nécessaire de lutter contre ce fléau. Cependant, nous ne pouvons pas prendre au sérieux la manœuvre initiée par le PS. Elle ne peut être considérée comme un acte sincère, mais uniquement comme une opération de communication.

    La période que nous vivons est marquée par les difficultés économiques, par l’accaparement des richesses par la grande bourgeoisie et ses monopoles. Il en résulte des tensions sociales importantes, explosives, qui se manifestent de différentes manières. Certaines de ces manières sont saines et justes, comme les luttes, comme la remise en cause de l’ordre bourgeois et de son régime despotique.

    D’autres, attisées par l’extrême-droite et une sphère conspirationniste et confusionniste à son service, détournent la colère des exploités. Leurs vomissements de haine attisent les braises du racisme, de l’islamophobie, de l’antisémitisme, mais également du sexisme ou de toute une série de -phobies qui permettent de fragmenter toute idée d’unité contre les exploiteurs.

    Récemment, l’un de ces vieux démons assoupis, celui de l’antisémitisme, est revenu sur le devant de la scène. Les inscriptions « Juden », les tags antisémites, les croix gammées (devant le PCF de Vienne par exemple), les publications racistes… ont été légion.

    Elles ont culminé, selon les médias et les ténors de la politique, avec l’agression du « philosophe » Finkielkraut. Durant l’acte XIV des Gilets Jaunes, Alain Finkielkraut, comme durant Nuit Debout, a déclenché un incident. Il est venu agir en agent provocateur. Si son cinéma est le même qu’il y quelques années, la réaction n’est plus la même. Les invectives dont il a fait l’objet étaient, pour certaines, porteuses de sous-entendus particulièrement douteux. Elles ont été montées en épingle par de nombreuses forces politiques. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a ainsi apporté un soutien public à Alain Finkielkraut, dénonçant ceux et celles qui l’auraient traité de « sale juif ». Légitime. A ceci près que le terme n’a jamais été prononcé, de l’aveu même de la victime.

    C’est là où le bât blesse et où le manque total de sérieux dans le traitement de l’antisémitisme apparaît publiquement. Ce sont ces déclarations qui déforment la réalité et instrumentalisent les faits qui démasquent ceux qui les profèrent. Ce ne sont pas des alliés des Juifs et des Juives qui subissent l’antisémitisme. Ce sont, au contraire, des vautours qui n’ont d’autre hâte que de trouver des sujets à utiliser pour attaquer les masses populaires. Griveaux, qui a rendu hommage à Pétain et qui a confondu dans ses citations l’antisémite Charles Maurras avec le résistant Marc Bloch, représente-t-il l’avant-garde de la lutte contre le racisme ?

    Qu’irions-nous faire, nous, communistes, révolutionnaires, dans des rassemblements impulsés par le PS ? Comment pourrions-nous accepter de serrer les mains des Wauquiez, des Collomb, des bourreaux des masses populaires, de ceux qui écrasent les exploités ? Qu’irions-nous dire, aux côtés de ceux qui pratiquent le colonialisme et le néocolonialisme. Qu’irions-nous faire auprès de ceux qui vomissent la haine et la division, qui instrumentalisent les souffrances, et qui, dans le même temps, ne se privent pas de faire commerce avec les pires régimes du monde.

    La proposition du Parti Socialiste, en vérité, n’est ni plus ni moins qu’un piège.

    Le choix n’en était pas un. Signer signifiait accepter d’être tout sourire aux côtés des agents de la régression sociale et politique. Cela signifiait également avaliser un discours qui décale le débat public des questions économiques et sociales vers des questions identitaires, ethnico-raciales. Un discours qui alimente les tensions entre les communautés, ce qui est le jeu favori des politiciens et des politiciennes depuis les 30 dernières années.

    Ce discours qui occulte les revendications des Gilets Jaunes, qui occulte le mouvement social et politique, et qui l’enferme dans une grille de lecture, par ailleurs suggérée par BHL, par l’antisémitisme.

    Nous ne pouvons pas accepter ce discours. Nous ne pouvons pas accepter ces attaques ouvertes ou détournées contre le mouvement social. Or, ne pas signer cet appel prête le flanc à l’accusation de collusion avec les réactionnaires, avec les racistes, avec les fascistes.

    Ainsi, LFI a choisi au départ, d’ignorer l’offre de signature, tandis que le RN n’a pas été invité. Nous ne pensons pas que LFI soit un nid d’antisémites camouflés et conspirant contre les Juifs et les Juives. Nous pensons que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a été placé au pied du mur par cette offre : choisir entre une crédibilité politique d’opposition et entre un réel antiracisme, il a ployé le genou sous la pression. Le PCF a poursuivi sa logique propre : après une interview dans laquelle Fabien Roussel indiquait dénoncer les « casseurs » à la police, après des déclarations demandant plus de policiers pour « encadrer » les manifestations, le PCF accepte de serrer les mains des bourreaux. Les grands succès du congrès du PCF sont payés aujourd’hui, par la ligne Brossat-Roussel.

    Quant au RN, nous pensons au contraire que le mouvement fasciste aurait été bien trop heureux de signer cet appel pour continuer son processus de dédiabolisation.

    Que penser de tout cela ? Nous ne pouvons comprendre cet appel, qui est une véritable injure à ceux et celles qui souffrent du racisme, que comme une manœuvre visant à constituer un centre « démocratique » contre des ailes « populistes ». Or, assimiler, derrière le mot de « populisme », extrême-droite et extrême-gauche, dans le but évident de diaboliser cette dernière, donne des conséquences funestes. Elle créée le corollaire de rendre l’extrême-droite fréquentable, banalise ses thèses, popularise ses analyses, et lui décerne la couronne d’alternative convenable à l’échec du système. Voici, fondamentalement, le travail de pompier pyromane que la « macronie » et ses médias, mènent.

    Les perspectives des organisations politiques du « centre » ne sont pas réjouissantes. Le travail qu’elles ont fait pour le compte de la grande bourgeoisie les ont démasquées, les unes après les autres, comme travaillant contre les intérêts populaires. A force de servir d’interface pour les directives des exploiteurs, elles ne paraissent plus des portes de sorties politiques crédibles aux yeux des masses.

    D’une part, ce qui est condamné aujourd’hui, par une ligue allant de la « gauche » issue ou inféodée du PS à la droite qui drague lourdement sa voisine extrême, est à géométrie variable. S’ils sont prêt à disséquer avec ferveur les lourds sous-entendu lancés contre Finkielkraut, ils se sont montrés eux-mêmes de grands adeptes du sous-entendu quand celui-ci pouvait leur servir d’arme. Ils ont avalisé qu’il était acceptable de traiter certaines populations, Rroms, musulmans… comme des individus de second ordre. En somme, ils ont autorisé le racisme larvé comme un argument politique contemporain.

    Dans le fond, aux yeux de ces individus, même inconsciemment, la question du racisme ne prend qu’une dimension tactique. Elle est une manœuvre qui permet de marquer des points, qui permet de s’afficher, qui permet de faire parler de soi. Le FN/RN, montant les homosexuels contre les musulmans pendant des élections, puis faisant l’inverse pendant la Manif Pour Tous. Valls proclamant une fidélité inconditionnelle à la « communauté » juive et à Israël « je suis lié (…), de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël », proclamant les juifs comme étant « à l’avant-garde de la République » et aujourd’hui défilant avec la droite Franquiste en Espagne. Valls , par ses propos, a insinué qu’il existerait une élite auquel il faudrait prêter allégeance.

    Or, les Juifs et Juives de France, qui n’avaient rien demandé de plus que le fait qu’on les laisse tranquille et de ne pas être assimilés de force à la politique d’Israël, se sont vus impliqués, à leur corps défendant dans les propos d’un premier ministre qui fait appel à un inconscient antisémite. En dernière analyse, ces propos ont nettement plus contribué à mettre en danger les Juifs et les Juives de France qu’a leur apporter le moindre réconfort. Voilà à quoi mène la loyauté « éternelle » de ces agitateurs.

    Les responsabilités sont écrasantes !

    Car il existe une part de responsabilité terrible d’un certains discours politique dans la montée de l’antisémitisme. Il existe bien sûr, celui, direct, qui vise les juifs en les parant de tous les traits les plus néfastes, en inventant des mensonges et des calomnies, en déclenchant des attitudes pogromistes. C’était celui des fascistes, des nazis, de l’Okhrana, cette sinistre police du Tsar.

    Il existe un autre, vicieux, insidieux, qui utilise le rejet et la répulsion que procure la politique d’Israël à de grandes parties de la population française comme mondiale, et de s’en emparer, pour tenter de justifier les crimes passés, de les légitimer a posteriori et, en dernier lieu, de réhabiliter les régimes qui les ont commis. C’est celui de Soral, par exemple.

    Mais il en existe une autre forme, tout aussi perverse, qui consiste à s’emparer de la mémoire de ceux qui ont perdu la vie ou qui ont été persécutés. Qui consiste en une prise en otage des souffrances de millions de personnes pour servir des projets politiques, économiques ou géopolitiques. Cette manière de créer un ensemble artificiel, déniant aux juifs et aux juives leur opinions, leurs positionnements politiques, considérant que toute critique politique du sionisme et d’Israël devient un acte antisémite, est une manœuvre qui n’apporte qu’un climat de haine et de crainte.

    C’est la politique qu’a suivi Manuel Valls, en considérant que le rejet du sionisme en tant qu’idéologie politique est l’antichambre de l’antisémitisme. C’est la politique du gouvernement israélien, qui expose aux violences sa propre population, pour ensuite les instrumentaliser en en faire une justification d’une politique colonialiste.

    Lorsque le député LREM Sylvain Maillard justifie un projet de loi assimilant antisionisme et antisémitisme en déclarant : « On peut critiquer le gouvernement d’Israël, mais pas remettre en cause l’existence même de cet État« , il ne rend pas service aux juifs et juives de France ou d’ailleurs. Figer la critique de l’existence d’un ensemble juridique ne présume pas d’une haine contre ses habitants, ou contre les Juifs et Juives. En revanche il adoube une politique douteuse qui consiste à assimiler l’un à l’autre.

    Qu’importe les conséquences dramatiques pour la vie de ceux et de celles que ces déclarations, qui n’ont jamais été demandées, impliquent. Ce qui importe, c’est le gain politique. Quitte à surfer, comme l’a fait Valls, sur un inconscient antisémite, qui assimile, comme l’écrivait l’antisémite Soral, les Juifs à une « communauté organisée ». L’un est le miroir de l’autre.

    En s’exprimant ainsi, Valls a placé la question du débat au-delà de la politique, mais sur le terrain ethnico-confessionnel. Il a enfermé le débat dans le bourbier de l’antisémitisme, chose par ailleurs confortée par son rejet de toute analyse sur les attentats. « Expliquer, c’est justifier », avait-il clamé. Au lieu d’interdire réellement les spectacles antisémites de Dieudonné et les logorrhées du même acabit de Soral, ce qui était non seulement possible, mais nécessaire, il les a monté en épingle. Il les a utilisées pour appuyer son image, sa communication, et non seulement a fait une publicité immense autour de ceux-ci, mais les a également légitimés. Ils sont devenus des points de repères pour ceux et celles que la politique coloniale et impérialiste d’Israël pouvaient révolter, grandissant leur audience. Soral, Dieudonné, Valls, furent de grands gagnants dans l’affaire. Les perdants et perdantes furent les victimes de racisme.

    Le bal des hypocrites.

    Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes, mais nous en condamnons également une instrumentalisation par des forces sans vergogne. Nous avons également une difficulté considérable à considérer comme des alliés valables des organisations qui arrivent à défendre des lois vouant à la mort les réfugiés qui fuient les guerres. Nous ne pouvons prendre au sérieux ces groupes qui paient uniquement de formules creuses ou dangereuse un engagement antiraciste dissonant. Nous ne pouvons marcher ou serrer les mains de ceux qui utilisent le racisme pour faire avancer leur propre agenda.

    Leurs larmes sont des larmes de crocodiles. Elles sont superficielles et hypocrites. Devrons-nous avoir à tolérer, demain, ces mêmes pleurnicheries sur le sort qui attend ceux qui meurent aujourd’hui par leur faute ?

    Comme nous le mentionnions en introduction, l’antisémitisme est un sujet sérieux. Nous le prenons au sérieux. C’est pour cette raison que nous rejetons l’appel lancé par Olivier Faure en direction d’agitateurs dangereux.

    C’est également pour cette raison que nous nous rallierons aux appels à lutter contre l’antisémitisme faites par ceux qui ont à cœur de lutter réellement contre celui-ci. Pour Macron, Grivaux, le PS et les autres, l’ennemi ce n’est pas l’antisémitisme. L’ennemi, ce sont les « classes dangereuses » incarnées par les Gilets Jaunes. Pour les combattre, ces derniers n’hésitent pas, avec un cynisme absolu, à les jeter dans les bras de l’antisémitisme, au risque de renforcer ce dernier.

    La grande majorité des Gilets Jaunes, comme ceux qui, à Lyon se sont recueillis lors de la commémoration de la libération des camps de la mort, n’ont rien à voir avec l’antisémitisme. Pour le reste, la lutte contre l’extrême-droite et contre les préjugés réactionnaires qui lui servent de terreau, reste pour nous un combat quotidien, sur lequel nous n’acceptons aucune leçon de la part des politiciens. Nous ne baissons pas notre garde sur cette question, mais nous dénonçons la politique de l’amalgame avec l’extrême-droite, politique d’autant plus cynique que les fascistes sont l’as caché dans la manche de la bourgeoisie.