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  • Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Gagner les élections, une victoire ?

    Le fait de gagner une élection est une chose. Le fait de mettre en place la politique désirée en est une autre. Détenir le sésame présidentiel, détenir la majorité à l’Assemblée ne signifie pas l’instauration du socialisme.

    Après avoir bravé les obstacles pour se présenter ; après avoir franchi les fossés et les pièges mis en place par l’appareil d’Etat, par la propagande anticommuniste, même après avoir -légalement- rempli toutes les conditions, la bataille ne ferait que commencer.

    La bourgeoisie, une nouvelle fois, ne joue pas à la lutte des classes, elle mène une lutte sans merci contre ceux et celles qui voudraient amoindrir et saper sa position sociale, ses intérêts économiques, à celles et ceux qui voudraient apporter la négation de son pouvoir.

    Pour elle, la constitution d’une force politique visant à s’opposer à ses intérêts représente quelque chose qu’elle traite sérieusement. Il a déjà été évoqué les entraves qu’elle met en œuvre pour éviter cela. Mais l’accession au pouvoir, même purement formel, d’un organisation ennemie de ses intérêts ne signifie qu’une chose : une déclaration de guerre. Si jamais les choses s’envenimaient, il serait certain que la classe des exploiteurs et des exploiteuses ne s’embarrasserait nullement de démocratisme pour régler le problème. Cependant, explorer les différents verrous dont elle dispose est intéressant.

    Premier écueil : le poids de la dette et la voix des créanciers.

    L’Etat français est endetté de manière très importante. Cette dette est à la fois détenue par des individus privés, sous forme de bons du trésor, mais également par des banques. Les emprunts d’Etat ne sont pas forcément extraordinairement rentables, mais ils ont ce mérite d’être -en règle générale- d’une grande stabilité. Les Etats en faillite sont une grande gêne, à la fois pour ceux qui y vivent, à la fois pour les autres Etats, lesquels craignent le développement de troubles importants.

    Cependant, les créanciers ont, de facto, voix au chapitre, en tant que possédants d’une partie de la dette de l’Etat. Leur faire avaler le programme économique -anticapitaliste- du gagnant, ceci est une difficulté majeure.

    Lors de l’accession au pouvoir du Front Populaire, ce n’est que par un mouvement de masse puissant, imposant, une lame de fond, que cette obstacle a pu être franchi. Et encore, la Banque de France, à l’époque, fit constamment pression pour maintenir au minimum l’application du programme, menaçant sans cesse d’en couper les vivres. Le programme du Front Populaire, dont de nombreux courants politiques aiment se revendiquer, était pourtant à cent lieues d’un programme bolchevik. Sa mise en œuvre répondait à une ligne défensive contre le fascisme et contre la bourgeoisie la plus réactionnaire.

    Cet accès au pouvoir n’avait rien en commun avec une révolution prolétarienne.

    Dépasser l’écueil du refus obstiné des créancier est, en soi, une lutte à mort. L’obstacle n’est pas infime, c’est déjà un casus belli pour la bourgeoisie. Dans le cas de François Hollande, élu en 2012, son programme réformiste bas de gamme n’a pas même pu être appliqué. La pression de la dette, la pression des lobbys et du MEDEF ont rendu inapplicable celui-ci. La lâcheté intrinsèque au réformisme n’explique pas tout.

    Sous-estimer ce problème est particulièrement dangereux. Cette questions des finances n’est nullement à prendre à la légère. Une banqueroute du système économique, une monnaie qui se déprécie fortement, une crise économique peut avoir des répercutions très fortes, créer une situation de faiblesse, favoriser la montée d’acteurs paraétatiques et de mafias, voire de seigneurie de la guerre. L’armée et la police peuvent très bien choisir de se mutiner, se vendre au plus offrant, se muer en mercenaires.

    Ce type de questions échappe totalement aux réformistes, lesquelles croient en une constance et une inviolabilité de la légalité bourgeoise. Les utopistes, eux aussi, butent sur ce type d’écueil, dans le sens où ce type d’obstacle leur est pleinement étranger. Souvent, le fétichisme du « pouvoir » ne se double pas d’une réflexion profonde sur la signification de ce que cela représente, sur les méthodes à mettre en œuvre pour parvenir à la société communiste. Les ZAD par exemple, sont des zones où l’autorité de l’Etat cède temporairement le pas à une autorité exercée par les militants. Cependant, leur capacité d’expansion, selon le modèle actuel, est extrêmement limitée : toute menace sur le pouvoir de la bourgeoisie entrainerait une répression qui ne se contenterait pas de lacrymogènes et de matraques. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question plus loin.

    Mais, après tout, supposons que le budget soit débloqué, que le pouvoir étatique puisse fonctionner sous la direction -en régime bourgeois- d’un parti « réformiste-radical. » Celui-ci devrait, logiquement, mettre en œuvre son programme.

    Seulement, entre le pouvoir formel et l’exercice du pouvoir réel, se trouve un océan terrible.

    Deuxième écueil : La fin de non recevoir de la part de la bourgeoisie.

    En supposant que le budget puisse être débloqué, que la bourgeoisie concède, sous le pression, l’argent nécessaire au fonctionnement de l’Etat, seule une infime partie du chemin est franchi. Il reste à appliquer le programme. Or, un coup d’œil sur les programmes proposés en 2017 est illustratif : l’ambition de certains candidats à l’élections présidentielle est importante. Pour mémoire, celui de Philippe Poutou est le suivant :

     1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Premier point :1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    Appliquer ce type de programme ne pourrait se faire sans franchir les chausse-trappes de l’organisation du pouvoir bourgeois. Celles et ceux qui, naïvement, croient qu’il est possible de faire éclater ce barrage, se bercent d’illusion. Mais mettons de côté ces « petits détails. »

    L’Assemblée, si tant est que la majorité soit entre les mains des apprentis sorciers de la révolution, légifère ainsi les lois du candidat Poutou.. Le conseil constitutionnel les valident, l’exécutif les applique . Le SMIC monte ainsi à 1700€ par mois, nets d’impôts. Le candidat trotskiste peut exulter.

    Mais, dans le fond, cette idée est révélatrice d’une compréhension ultra-superficielle de l’économie. Au même titre que le revenu universel, ce genre de promesse est un miroir aux alouettes. Un SMIC augmenté ne veut pas dire une augmentation de la richesse.

    La bourgeoisie recherche le profit maximal. Elle calque ses prix sur la capacité d’achat de la population. Si le SMIC est, comme à l’heure actuelle, de 1480.27€ par mois en brut et de 1149.07 net, la bourgeoisie aligne ses prix en conséquence. Augmenter le SMIC se traduirait par une inflation des prix. Donc l’augmentation du pouvoir d’achat promise n’aurait pas lieu. En revanche, la baisse de valeur de la monnaie, induite de fait, pourrait éventuellement avoir un effet bénéfique sur le remboursement des emprunts, puisque la valeur de ceux-ci diminuerait. Cependant, cela n’est pas le but premier mis en avant par les trotskistes du NPA.

    Quant au revenu universel, celui-ci revient à allouer une somme d’argent -faible- à chaque individu, charge à lui de faire face à l’ensemble des aléas de l’existence en comptant sur celui-ci. En Finlande, par exemple, la mise en œuvre de ce revenu s’est traduite par une suppression des aides sociales et des allocations. D’une part ce revenu fournit un argent de poche inutile aux bourgeois, de l’autre elle institutionnalise un entretien de la misère. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’agit pas sur l’exploitation, sur le fait que la plus-value est produite par les travailleurs et que les bourgeois s’en emparent.

    Ces rengaines, régulièrement ânonnées par les économistes les plus plats, sont des vœux pieux. Bien souvent l’idée qui se trame en arrière-plan est l’idée d’augmenter la part reversée aux ouvriers, aux travailleurs, aux travailleuses. Elle est de réduire leur taux d’exploitation. Seulement, cela ne fonctionne pas si simplement. Annoncer 1700€ net, cela ne mange pas de pain, cela rallie les suffrages, bien que les résultats ne furent pas au rendez-vous. Un discours simple, clair, limpide. Mais faux. Une impasse.

    En promettant plus que ce qui est possible d’être fait, ce qui est présenté comme une manière de rallier les suffrages se mue en piège : une promesse non tenue, la première d’une longue série.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    Incapable de pouvoir réduire le taux d’exploitation, cette candidature désire pourtant frapper fort : réquisitionner les banques. Planifier l’économie -pour éviter la catastrophe écologique. Un nouveau vœu pieux.

    Le NPA ne promet ni plus ni moins que le socialisme sans la révolution. Autrement dit, la réforme. Cependant, là n’est pas la question. Admettons que le pouvoir soit entre les mains de Philippe Poutou.

    Celui-ci déclare donc la réquisition des banques, des grandes entreprises, en conformité avec son programme. Cela en se basant uniquement sur la légalité bourgeoise.

    Mettons nous un instant dans la peau du patronat. Celui-ci a suivi la campagne du candidat du NPA avec un haussement de sourcil. Tant que celui-ci s’agite et ne propose que des réformes cosmétiques, le patronat peut bien le tolérer. Une inflation importante de la monnaie, par l’augmentation du SMIC, peut même être bénéfique pour certains patrons.

    Mais toucher à la propriété privée….

    Le pouvoir se caractérise de la manière suivante : il s’agit de la possibilité de prendre des décisions et de les appliquer. Or, le patronat, qui transgresse régulièrement ses propres règles, s’inclinerait t’il devant un hurluberlu qui réclame le contrôle sur les banques, sur les grandes entreprises, sur un grand pan de l’économie capitaliste ?

    Les usines se lock-outent sans problème en cas de tentative de réquisition par la force, au pire des cas se sabotent. Quant à l’argent, au capital, il offre sans problème les services de sécurités privées, voire de Sociétés Militaires Privées, de groupes fascistes, contre lesquels un pouvoir qui se refuse à faire usage de la coercition ne peut pas grand chose.

    Les richesses peuvent se mettre en sûreté, notamment à l’étranger. Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il paie les services de propagandistes, de prête-plumes capable de vomir la propagande anticommunistes la plus virulente. Au cours de l’Histoire, le patronat n’a eu de cesse de financer les inventeurs de grands mensonges, ceux-là même qui ont tant marqués les esprits que même un grand nombre de gauchistes les répètent et les répandent toujours. Cette année, pour les cent ans de la Révolution d’octobre, la bourgeoisie a choisi comme symbole d’éditer une version colorisée de Tintin au pays des Soviets, ce pamphlet anticommuniste, que même Hergé dénonça. De là à voir des rééditions spéciales de Soljenitsyne, de la Ferme des animaux, du Livre noir, il n’y a qu’un pas.

    De plus, la bourgeoisie, contrairement aux larges masses, possède certaines caractéristiques culturelles, notamment la culture du commandement, de l’organisation. Cela n’a pas de secret pour elle, car l’organisation de la société, pour son plus grand profit, est sa tâche première. Elle est sa fonction sociale.

    La bourgeoisie sait organiser, mais sait également désorganiser. Ses experts, ses spécialistes, ses rouages essentiels, si utiles au fait de faire fonctionner le régime capitaliste, désormais se retournent. Même si la bourgeoisie perd le contrôle formel de la société, elle est toujours présente. Les contradictions ne s’effacent pas du jour au lendemain.

    Un bourgeois n’est pas qu’un patron possédant la propriété formelle, qu’un rentier. La bourgeoisie est une classe qui ne s’efface pas d’un coup de baguette magique. Elle conserve des rôles, conserve des fonctions, conserve des tâches qui lui sont propre, et que seule la résolution progressive des contradictions entre travail manuel et intellectuel peut permettre d’annihiler.

    La vérité est que, dans l’esprit des réformistes radicaux, la question du pouvoir se pose comme une question platement démocratique, comme une question de rapport entre une minorité et une majorité. Les discours des candidats à l’élection présidentielle se plaçaient tous sous ce prisme : respect des institutions et du jeu démocratique – bourgeois, ainsi que du jeu parlementaire. Conquête, dans la légalité, d’une majorité électorale, puis victoire électorale.

    Mauvaise compréhension de la réalité.

    Lénine écrivait dans le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer   dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à  leur avantage. »

    Acculée au désespoir, la bourgeoisie choisira la guerre ; le fascisme ; la réaction la plus sinistre, plutôt que de laisser son pouvoir, son contrôle sur l’économie lui échapper. Lorsque confrontée à cette situation, en URSS, elle fit feu de tout bois, avec chaque arme possible.

    La bourgeoisie a beau être une classe en concurrence avec elle-même, elle n’en est pas moins aux aguets quant aux menaces qui pèsent sur ses intérêts. La fraternité qui unit les bourgeoisies dans leur lutte contre les révolutions socialistes n’est plus à démontrer. Une nouvelle fois, dans la RSSFR naissante, la bourgeoisie et les réactionnaires de l’Empire Russe ont bénéficié de l’intervention militaire directe de la part des autres bourgeoisies dans le but d’écraser dans l’œuf la révolution bolchevique.

    Au final, seule la contrainte et les pouvoirs spéciaux peuvent obliger la bourgeoisie à accepter la transformation de la société. D’une manière ou d’une autre, un conflit surgit, un conflit qui ne peut être gagné sans disposer d’une armée, d’une police de milices au service du peuple et des masses, par la dictature du prolétariat.

  • Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est une lutte de longue haleine. Elle s’est manifestée d’une multitude de manières, au travers de méthodes différentes, avec des stratégies et des tactiques diverses et variées.

    L’expression de la lutte des classe s’est faite selon des méthodes spontanées, comme le luddisme, par la grève sur le tas, par des colères et des émeutes. Elle s’est faite au travers des organisations syndicales. Elle s’est faite également sous une forme politique, au travers de partis, notamment des partis ouvriers et communistes.

    La lutte s’est faite pacifiquement ou dans la violence, dans la victoire ou dans la défaite, dans la solidarité ou dans la trahison. Elle a accouché d’une somme d’expériences immense, dont les théoriciens, les idéologues mais également les praticiens ont su -ou non- tirer profit.

    L’utilisation de cette somme de matière a permis de déduire des lois sur le fonctionnement du système capitaliste, de la bourgeoisie, de l’Etat, des lois qui, en retour, on permis de développer une théorie révolutionnaire adaptée.

    La décantation, le travail de critique et de tri n’a pas été effectué par des sages sur leur montagne. Ce sont des individus, des organisations, ancrées dans la réalité de la lutte des classes, ancrées dans les masses, ancrées dans un lien étroit entre théorie et pratique. Ceux et celles qui n’ont pas fait vivre ce lien se sont égarés, ont dévié. Ou dans une dérive aventuriste, dans une fuite en avant éperdue ; ou, à l’inverse dans la désespérance, dans le fait de se vautrer dans la collaboration de classe, dans la trahison, dans l’opportunisme. L’une et l’autre, généralement, finissent par se rejoindre dans un renoncement à la révolution et à la lutte.

    Le réformisme est un courant particulièrement puissant au sein de la société. Il représente, en quelque sorte, la « norme » de base du rapport au pouvoir, du rapport à l’environnement politique. Spontanément, les masses et les individus sont réformistes, même sous la forme d’un réformisme radical. Etre confronté à l’exploitation pousse à s’en soustraire, à lutter. C’est là un phénomène logique et normal. Mais le fait de remettre en cause l’organisation de l’économie, le fait de remettre en cause l’Etat et son mode de fonctionnement, demande quelque chose qui ne peut se contenter du regard étroit d’un seul individu. Elle demande de se hisser au delà de l’horizon du simple vécu individuel, elle demande un apport théorique supérieur. Devenir l’architecte d’un nouveau système politico-économique, cela demande un travail plus poussé, encore au delà. Cela ne peut apparaître spontanément.

    C’est ainsi que ceux et celles qui rejettent l’idéologisation, la propagande, l’organisation des masses, sous prétexte qu’elle corrompt leur pensée pure et naïve, ne sont au final que les agents du réformisme le plus plat et le plus éhonté.

    Le réformisme se traduit, dans un sens, par une subordination de la stratégie à la tactique. Elle considère que les « buts de la guerre », pour reprendre la formulation de Clausewitz, se conditionnent aux « moyens de la guerre », les tactiques. Le réformisme est avant tout un pragmatisme : avancer autant que possible, autant que faire ce peu, essayer d’amender les choses, essayer d’encercler la société capitaliste et l’emmener, démocratiquement, en respectant les formes et la légalité, vers une autre étape, socialiste.

    Cette absence de compréhension du caractère antagonique des contradictions entre le prolétariat -exploité- et la bourgeoisie -vivant de cette exploitation- est un des paramètres qui explique cette ligne. En ne comprenant pas la nature de l’Etat : émanation directe du pouvoir de la classe dominante ; en ne comprenant pas le fait que la bourgeoisie soit active, agissante ; le réformisme fait le lit de la collaboration de classe, du clientélisme, de l’opportunisme.

    Sans faire de procès d’intention, la faillite de la compréhension ne naît par forcément d’une révision cynique de la théorie. Elle découle potentiellement d’une erreur sincère. Mais cette erreur forme une plaie qui se surinfecte aisément de la lâcheté, de l’envie de carrière, du renoncement.

    A l’inverse, son miroir, le gauchisme, ne prend en compte que les « buts de la guerre » mais pose une négation sur les moyens, sur les tactiques. Cette négation des étapes produit l’effet suivant : l’idéologie est prisonnière d’un palais des glaces, se heurtant sans cesse à des écueils invisibles, incapable de comprendre les moyens de les franchir, incapable de pouvoir développer une tactiques qui soit adaptée.

    Cette absence de pensée tactique accouche d’un opportunisme spontanéiste, prêt à voir dans les « expressions pures » du peuple, une étincelle de révolution, même lorsque les mots d’ordres sont au lynchage et aux pogroms. Elle accouche d’un aventurisme, d’une surestimation de la capacité à rallier les masses, à convaincre les tenants de positions arriérées. Elle confine donc au sectarisme.

    Les deux sont reliés dialectiquement, sont les frères jumeaux l’un de l’autre et mènent l’un à l’autre. La route du gauchisme au droitisme est une route de la pureté au compromis, du compromis à la compromission, de la compromission à la trahison.

    Ces deux fautes idéologiques, ces deux déviations, sont dans l’incapacité de créer les conditions permettant à l’humanité de faire ce gigantesque bond en avant du capitalisme vers le socialisme. La première parce que son horizon est celui de la lutte parlementaire, du crétinisme, la seconde car elle se contente de la critique et de l’utopisme.

    Il existe bien des « sages de la montagne », qui, du haut de leur sommet, lorgnent sur la société avec leur longue vue, dessinent d’improbables arabesques sur des tableaux noirs, perfectionnent leur maquette de société future. Ces sages sont d’illustres compteurs d’histoires, sont capable de peindre de merveilleuses fresques. Ce qui leur manque, en revanche, c’est un chemin entre la société actuelle et la société merveilleuse, rêvée, parfaite et imperfectible.

    Bien souvent, ces « sages » se muent en gardiens d’une idéologie ossifiée, sclérosée, fétichisée. Exposés comme autant de trésors, ces dogmes inapplicables, inappliqués donc, ne servent que pour pourfendre les impurs, les impies, ceux qui ne prient pas la sagesse de l’utopisme, sa pureté, ceux qui se salissent les mains à changer la société.

    Le marxisme, en opposition à l’utopisme, se base sur un constat qui n’est pas nouveau : ainsi, dès 1845, Marx, dans ses Thèses sur Feuerbach, écrivait : « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde : il s’agit maintenant de le transformer. » Fondamentalement, les clichés instantanés de la société, aussi précis soient-ils, ne servent à rien. De même les maquettes d’une société future ne servent, dans le fond, à rien non plus. Tant que rien ne permet de transformer l’un en l’autre, tant que rien n’illustre les processus dialectique qui opèrent au sein de la vieille société, qui permettent de l’emmener vers la nouvelle, ces travaux demeurent une perte de temps.

    Là réside l’idée majeure du marxisme. Apporter la jonction entre les deux, la jonction entre le monde actuel et le monde meilleur : la société communiste ; sans classe ; sans Etat ; sans exploitation. Le marxisme n’est pas un utopisme qui définit les règles d’une société parfaite, inventée. Il est un outil de combat pour transformer le monde.

    Autour de ce constat s’est accumulé une synthèse d’expériences, perpétuellement enrichies par de nouveaux apports, par l’étude, par l’analyse des rapports sociaux, des rapports économiques, par le décryptage du vivant.

    Seulement l’application ne s’est pas faite dans un laboratoire, dans un environnement confiné, dans le virtuel. Elle s’est faite dans la lutte frontale, syndicale, politique, révolutionnaire, contre la bourgeoisie, contre les fascistes. Elle s’est faite dans la paix et dans la guerre, dans la lutte légale et illégale.

    Les victoires de l’idéologie marxiste ont amené au pouvoir des partis communistes, lesquels se sont retrouvés avec la responsabilité écrasante de devoir construire le socialisme, étape de transition vers le communisme. Or cette tâche ne s’est pas faite sous la forme d’un examen, d’une évaluation, où les réponses sont connues, où un corrigé parfait existe. Elle s’est faite en se heurtant à des problèmes concrets et réels, à des périls mortels. Elle s’est faite à travers une expérimentation constante.

    Ces expériences ont, de fait, échoué. Il n’existe plus ni URSS, ni République Populaire de Chine -excepté formellement- ni d’autres pays socialistes. Cet échec révèle que des erreurs ont été commises, que des insuffisances sont apparues. Les marxistes authentiques cherchent à comprendre ces erreurs, à les analyser, à en tirer des corrections pour qu’elles ne se reproduisent pas.

    Elles ont créé une somme titanesque de ressources et de documents à analyser. Les rejeter en bloc reviendrait à se priver intégralement de cette manne de connaissances.

    Pourtant, la moindre imperfection suffit, pour les gardiens du dogme et de la pureté, pour rejeter l’ensemble. Ironie des ironies, ces mêmes gardiens, attendant la pureté parfaite pour que vienne l’avènement de la société sans faille, végètent. Confrontés, bien malgré eux, au réel, ils s’excommunient, s’injurient, s’accusent. Incapable de faire face à la réalité, d’être maîtres de leur situation, ces purs se vautrent dans la compromission, dans la concession, dans l’opportunisme. D’aventuristes de la pureté, ils finissent leur trajectoire dans les bras de la social-démocratie, dans le réformisme, dans l’anticommunisme viscéral, voire dans le fascisme.

    Lorsque mis en face de leurs contradictions, ces aventuriers agissent bien souvent comme des bêtes prises au piège. Mordent, attaquent, mais ne parviennent pas à apporter une réponse satisfaisante, autre que superficielle, aux problèmes qui se posent actuellement, aux questions de la société actuelle, à comment bouleverser l’ordre capitaliste, le battre, et de ses ruines faire émerger la société socialiste, la société communiste.

    Or, le choix, le marxisme-léninisme dans son ensemble, indépendamment des débats qui ont cours en son sein, pose la question des étapes. Nullement dans le but cynique d’instaurer une dictature, une bureaucratie, un Etat inutile. Ces étapes ne sont pas le fruit d’une soif de guerre, de sang, d’une volonté de nuire à autrui, de causer de la souffrance et du tort. Elles sont des passages obligés car, dans la lutte des classes, le terme de lutte n’est pas usurpé. Elle peut, certes, se dérouler pacifiquement, sans violence directe, sans conflagration, mais également prendre une tournure brutale et sans pitié.

    Le maintient de l’exploitation par le capitaliste prime sur la légalité. Si les travailleurs menacent les intérêts du patronat, gare à eux ! Que dire, alors, de la situation révolutionnaire, laquelle vise à nier le pouvoir de la bourgeoisie, à le détruire.

    L’irruption du fascisme forma, par exemple, l’une des réponses de la bourgeoisie aux menaces qui pesaient sur elle. Le fondement du fascisme n’était nullement une perversion morale, mais était, au contraire, ancré profondément dans la lutte des classes.

    Le fondement des dictatures réactionnaires, des croisades anti-bolcheviques, suivait une logique similaire : écraser la menace.

    Non pas parce que la bourgeoisie serait intrinsèquement mesquine, sadique, incapable d’empathie. Simplement parce que celle-ci possède des intérêts, qu’elle en a une conscience particulièrement aigüe et qu’elle se dote des moyens et des politiques adaptées à l’ambition de les accroître et de les défendre.

    Nous disons, au contraire, que, s’ils pensent comme un prolétaire ou comme un bourgeois, c’est qu’ils sont l’un ou l’autre. Un prolétaire a une conscience de classe prolétarienne parce qu’il est prolétaire.

    Ce que nous devons bien remarquer, c’est que la théorie idéaliste comporte une conséquence pratique. Si l’on est bourgeois, dit-on, c’est que l’on pense comme un bourgeois ; donc, pour ne plus l’être, il suffit de changer la façon de penser en cause et, pour faire cesser l’exploitation bourgeoise, il suffit de faire un travail de conviction auprès des patrons. C’est là une théorie défendue par les socialistes chrétiens ; ce fut celle aussi des fondateurs du socialisme utopique.

    Mais c’est aussi la théorie des fascistes qui luttent contre le capitalisme non pour le supprimer, mais pour le rendre plus « raisonnable » ! Quand le patronat comprendra qu’il exploite les ouvriers, disent-ils, il ne le fera plus. Voilà une théorie complètement idéaliste dont on voit les dangers. (G. Politzer, 1941)

    La lutte des classe n’est pas à sens unique, elle n’est pas que de la part du prolétariat montant « à l’assaut du ciel. » Elle est à double sens. La bourgeoisie, également, mène une lutte contre le prolétariat, contre son unification, contre son organisation, contre son idéologie, contre la révolution.

    Avant celle-ci, pendant celle-ci, après celle-ci, la bourgeoisie lutte jusqu’à la mort, jusqu’à sa disparition, contre le pouvoir du peuple et pour la restauration de son ordre.

    Cette raison est le socle de la nécessité de la dictature du prolétariat. Non par goût, mais par besoin.

  • Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    -Brochure complète ici-

    Quelles tâches pour les communistes ?

    Un travail fantastique est à effectuer de la part des organisations communistes.

    Nous l’avons développé dans plusieurs brochures, notamment du réformisme à l’opposition extra-parlementaire, au sein de mener la bataille idéologique, tout comme dans d’autres articles sur le sujet.

    Nous avons cinq ans devant nous.

    Non pas du fait de l’agenda arbitraire des élections, mais bien du fait que certains processus arriveront à maturité. Ces processus, mêlés au poids de la crise, font que la situation politique et économique au sein de l’Etat français sera explosive.

    Il est de la responsabilité du mouvement communiste et des forces progressistes d’être prêts à faire face, en pleine connaissance de cause, à la déferlante réactionnaire qui s’annonce.

    Plusieurs étapes et plusieurs mouvements sont à opérer pour qu’aboutisse la reconstruction d’un camp communiste, pour qu’il soit influant, capable de rassembler, d’être un centre de gravité. Ce camp doit être un camp indépendant, en termes de classe. Les organisations-croupion de la bourgeoisie, consciemment ou non, sabotent toute avancée politique, toute avancée de lutte, en se cloitrant dans des slogans creux et faux.

    Lorsque Jean-Luc Mélenchon, en prévision des législatives, parle de « bombe atomique » constituée par le bulletin de vote, il ment consciemment. Lorsque le NPA lui rétorque que la grève est l’arme principale des travailleurs, cette organisation pêche par économisme plat et par apolitisme.

    Cette incapacité à comprendre le caractère politique de la lutte et la nécessité de rompre avec le réformisme sont tout autant de préalables pour que renaisse l’influence de l’idéologie communiste.

    A l’heure actuelle, il est compréhensible que les organisations communistes existantes suivent chacune une voie qui leur est propre, qui est l’application de leur stratégie. Difficile de les en blâmer. Souhaiter, du jour au lendemain, que  tous et toutes oublient complètement les contradictions, les différents, les conflits est illusoire. Ceci se comprend aisément.

    Seulement, il n’est pas impossible de poser les bases de cette unité dès maintenant. Elles sont d’autant plus essentielles que le temps ne joue pas particulièrement en faveur des forces progressistes. L’entropie, la tendance au chaos propre aux Etats capitalistes et impérialistes, pousse à une conflictualité plus grande, plus aigüe.

    Cependant cette tendance à l’entropie n’épargne pas les organisations communistes les unes par rapport aux autres, tout comme en leur sein. Sans lieux de débat, sans lien les unissant et permettant de poser un cadre formel aux problématiques des rapports entre les différents courants, entre les différentes organisations, entre les différentes conceptions, il n’est pas possible d’avancer.

    Tant que n’émerge pas une structure, même basique, permettant de lutter contre cette montée aux extrêmes dans les rapports entre les organisations, l’unification peinera. Cela n’empêche nullement les rapprochements bilatéraux, les unifications ou les fusions entre organisations qui le souhaitent. Cependant, il est important que les organisations communistes au sein de l’Etat français, de même que les organisations luttant contre l’impérialisme français dans les régions dominées, ne s’ignorent pas, puissent disposer de liens, d’échanges, de débats et de discussions. Tout ce qui permet une meilleure unité d’action et une influence plus importante sur la société est positif et nécessaire.

    Mutualiser est essentiel. L’accès aux sources, aux classiques, aux analyses, aux travaux, reste généralement restreint. Le débat autour de ces travaux reste généralement du domaine de l’échange confidentiel, non de la déclaration publique sur laquelle chacun peut se positionner, formuler une critique, permettre l’avancée idéologique.

    L’Unité Communiste de Lyon n’est pas une organisation massive, disposant de moyens immenses. Cependant, elle tient à faire sa part dans ce domaine, en numérisant et en mettant à disposition le plus grand nombre possible de travaux, de documents, de brochures, permettant à tous et toutes d’avoir accès à celles-ci.

    A travers plusieurs projets, l’Unité veut poser les bases d’un pool de documents, permettre de créer un cadre de travail permettant le rassemblement, le traitement, la traduction des documents, et leur publication. Ce centre de travail sera ouvert à toutes les bonnes volontés.

    Un des points fondamentaux de l’unification idéologique passe par le débat de fond. Dans l’état actuel des choses, il paraît important qu’un unique média de débat émerge, comme lieu de discussion sur les questions relatives aux bases minimales de l’unification. Ce cadre de débat doit être en mesure de répondre au traitement positif des conflits et des désaccords, en somme de créer un environnement propice aux rapprochements et au traitement des clivages idéologiques.

    L’Unité Communiste de Lyon s’inclut dans un processus d’unification, l’Unité des Cercles Communiste. Cette unification ne se fait pas sur des présupposés, sur des injonctions, sur l’adhésion à des thèses non maîtrisées, à des lignes de démarcations lancées de manière incantatoire, sans démonstration. Elle se base sur une adhésion minimale, mais surtout sur la volonté d’avancer ensemble, de progresser ensemble en recherchant la voie la plus juste.

    Marx s’exprimait ainsi : « L’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle est capable de résoudre. » D’une certaine manière, de nombreuses organisations communistes posent en préalable des questions abstraites, absconses, et qui n’ont pas d’incidence immédiate dans l’état actuelle de la lutte des classes et de la lutte politique au sein de l’Etat français. Ainsi, le fait de trancher à l’emporte-pièce la question de la Guerre Populaire Prolongée, comme une ligne de démarcation, sans démontrer quoique ce soit autour, est une illustration parfaite de l’inconséquence et de l’intellectualisme qui grèvent certaines organisations.

    Même si ce travail d’unification est long et fastidieux, il est nécessaire. Si ce travail de débat, de reconstruction idéologique paraît terriblement pénible, il n’en est pas moins essentiel.

    Qu’autant qu’il ne se limite pas qu’aux seuls communistes, qu’il ne se limite pas qu’à ceux et celles qui adoptent la révolution et la dictature du prolétariat. Il existe tout une sphère politique, militante, syndicale, qui rejette le système capitaliste, mais dont l’idéologie ne permet pas de tracer un chemin vers une société sans classes ni Etat. Les communistes doivent travailler vis-à-vis de ceux et celles qui restent prisonnier d’un réformisme radical, faute de débouchés politiques.

    L’existence de cette nébuleuse est à l’image de celles existant dans l’espace. Nuages de gaz sans consistance, ces nébuleuses existent comme des pouponnières d’étoiles, qui n’attendent qu’une gravité suffisante pour s’agréger et se rassembler, jusqu’à atteindre la masse critique qui leur permette de briller. Le même schéma se reproduit, figurativement, ici. Ce centre de gravité est l’organisation communiste.

    Par le travail unitaire, le travail de front, mais également en produisant un débat de fond, l’idéologie la plus juste émergera.

    Dans les masses, il existe un immense engouement pour la lutte, une immense aspiration à la Liberté et à l’Egalité. Cette immense aspiration est vampirisée par les réactionnaires, par les opportunistes, par les sociaux chauvins, par les obscurantistes. Elle est vampirisée car, là aussi, les organisations communistes sont faibles.

    Il n’existe aucun remède miracle permettant de mettre fin à cette faiblesse, ou de s’attendre à ce que, spontanément, ceux et celles qui ne sont pas communistes se mettent à en adopter les points de vue. Cet apport provient de l’extérieur, de la rencontre entre l’idéologie scientifique et le mouvement spontané.

    Dans l’état actuel des choses, dans l’état actuel du mouvement et de l’avancée idéologique, l’Unité Communiste de Lyon porte le mot d’ordre de construction d’une opposition extra-parlementaire.

    D’une part pour faire front, en rassemblant les exploités, les opprimés, les opposants au capitalisme, dans un cadre permettant d’être indépendant des institutions de la bourgeoisie, de ses jeux truqués, de ses pièges et de sa corruption.

    Pour permettre d’être un point central de la contestation, d’être un centre politique pouvant rivaliser, en termes d’influence, avec les organisations de la bourgeoisie, nourries de subventions, de dons, d’argent provenant de l’exploitation.

    Pour avancer politiquement, pour agir politiquement d’une manière visible et publique, d’une manière -certes minimale- mais réelle. Pour poser les bases de la démocratie populaire, permettre à de nouveaux cadres issus des masses de naître, de se former, de s’exercer.

    Pour, in fine, qu’un darwinisme des idées, au sein de ce front, apparaisse et fasse émerger la ligne la plus juste, la plus révolutionnaire.

    Nous considérons que cette ligne est la ligne à suivre. A l’heure actuelle, la situation interne à l’Etat français et la situation internationale restent stables. Ce temps de respiration doit être employé au maximum pour permettre de poser les bases de l’arme offensive que sera ce lien entre toutes les organisations communistes ; de poser les bases du bouclier formé par le front uni entre les forces anticapitalistes et anti-impérialistes; de poursuivre et d’accroître l’influence de chacune des organisations communistes au sein de l’Etat français.

    L’exposé de la situation et de son évolution impose des mesures énergiques. Des mesures de lutte interne contre les tendances déviationnistes postmodernistes, relativistes, contre leur anticommunisme primaire. Contre l’influence du réformisme et de l’opportunisme petit-bourgeois. Contre le sectarisme dont sont souvent victimes les organisations, les cercles, les clans.

    Une nouvelle fois, les tâches du mouvement communiste sont immenses. Elles ne s’abaisseront jamais à son niveau actuel. Le mouvement communiste doit grandir, se battre, se montrer exigeant idéologiquement, politiquement, organisationnellement, envers lui-même.

    La lutte doit se mener sur chaque front. Sur chaque secteur. Mais elle doit surtout se mener pour faire émerger un saut qualitatif, lequel est une nécessité vitale pour que naisse un véritable parti communiste révolutionnaire ; pour que naisse une idéologie capable de synthétiser la somme de l’expérience du mouvement révolutionnaire et ouvrier.

  • Nouvel ouvrage : Révolution et contre-révolution au XXe siècle – Georges Politzer – 1941

    Nouvel ouvrage : Révolution et contre-révolution au XXe siècle – Georges Politzer – 1941

    La question du fascisme  est sur toutes les lèvres. Cependant, la connaissance de son contenu idéologique reste -trop souvent- superficielle, parcellaire, basée sur des idées générales.

    Georges Politzer en fournit, depuis la gueule du loup, une analyse essentielle. Pour son grand malheur, ce philosophe communiste était bien placé pour le connaître, vivant dans l’Etat français occupé.

    Sa brochure, écrite vraisemblablement dès fin 1940, mais publiée en 1941 clandestinement, répond au discours de l’idéologue du IIIème Reich : Alfred Rosenberg. L’architecte de la pensée nazie voulait régler son compte aux idées de la Révolution Française, des Lumières, du socialisme scientifique. Au final, dévoilant son jeu, il révèle la vraie nature de son projet : un simple projet d’asservissement de l’humanité, maquillé en libération de « l’or par le sang. »

    Cette lecture est plus que nécessaire pour comprendre les bases théoriques du fascisme – nazi et, ainsi, entreprendre de le combattre idéologiquement parlant.

    Georges Politzer, fusillé au Mont Valérien le 23 mai 1942, ne vit pas le drapeau rouge de la révolution hissé sur le Reichstag, la tanière de la bête. Mais en l’assassinant, comme tant d’autres, les fascistes l’ont rendu immortel.

    A nos yeux, l’héritage de Georges Politzer, bien que membre du PCF, revient à ceux et celles qui poursuivent la ligne marxiste-léniniste. Cet héritage de saurait revenir à des révisionnistes et des falsificateurs, lesquels, au lieu de l’honorer, l’assassinent une fois de plus.

    Honorons sa mémoire et sa lutte -tandis que, dans deux semaines, cela fera 75 ans qu’il fut assassiné- en poursuivant son combat.

    Nous citons les dernières lignes de son ouvrage : 

    Et c’est ainsi que l’Union soviétique apparaît, dans tous les domaines, comme l’espoir des peuples. M. Rosenberg voudrait faire croire que l’obscurantisme règnera pendant des millénaires ! Mais à la vérité, il n’y a pas de puissance au monde qui puisse faire oublier la science et la raison, sauvegardées et protégées par l’Union soviétique qui crée la civilisation exempte de barbarie, la civilisation socialiste.

    Et comment voudrait-on faire croire aux peuples que la misère à laquelle ils sont voués est inscrite dans les lois de la nature et qu’ils doivent la subir avec résignation ? Ils voient bien que la misère ne règne que là où subsiste le capitalisme et qu’elle a disparu à tout jamais, comme les crises et le chômage, là où le capitalisme a été renversé.

    Sur la sixième partie du globe, où règne le socialisme construit sous la direction du parti de Lénine et de Staline, le renversement du capitalisme a donné aux peuples miséreux de l’ancienne Russie tsariste le bien-être croissant.

    Il est prouvé, pour la première fois dans l’histoire, par la vie concrète de 193 millions d’hommes, que le bonheur est bien de ce monde. Le pays qui a réalisé le socialisme et qui, grâce à cela, est devenu la puissance économique et militaire la plus forte, était un pays battu en 1 917.

    Demeuré capitaliste, il eût été dépecé par les impérialismes et réduit à l’état de pays vassal.

    Le renversement du capitalisme a rendu possible sa libération et son essor sans précédent.

    Il a permis en même temps de transformer l’ancienne Russie tsariste qui fut, selon la formule de Lénine, « une prison pour les peuples », en union fraternelle où les peuples égaux collaborent dans l’esprit de l’amitié stalinienne.

    L’exemple de l’Union soviétique nous montre ainsi que c’est en renversant le capitalisme dans notre pays que nous pourrons reconquérir la liberté et l’indépendance de la France ; que c’est l’émancipation sociale qui nous ouvrira la voie de la libération nationale.

    L’œuvre immense de la construction du socialisme fut accomplie sous la direction du continuateur génial de Lénine, sous la direction de Staline.

    C’est vers lui que se tournent les travailleurs exploités et les peuples opprimés du monde entier, parce qu’ils reconnaissent en lui le guide authentique de l’humanité en marche vers sa libération, celui qui dirige les peuples en s’appuyant sur la science du marxisme-léninisme qu’il a lui-même enrichie, et qui incarne, comme Lénine, le chef des peuples d’un type nouveau, unissant la connaissance des lois de l’histoire à une aptitude sans précédent à les appliquer, dirigeant les peuples en faisant appel à la raison et au dévouement à un idéal véridique ; aimé des masses immenses qui ont appris par leur expérience à voir en lui le pilote sûr de leurs destinées.

    La voie du Parti communiste français est la voie du grand Staline.

    C’est la voie de la victoire.

    La Révolution victorieuse d’Octobre 1917 a vengé l’héroïque Commune de Paris, noyée dans le sang par Thiers et les Versaillais qui avaient imploré et obtenu l’aide de Bismarck, en échange de quoi ils ont signé un lourd traité.

    Notre lutte est celle des Communards qui avaient uni indissolublement la cause de l’émancipation des travailleurs et celle de la liberté de la patrie.

    Cette lutte donnera à la France et au monde le pain, la liberté et la paix.

  • Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

    Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

     

    Nous publions, à l’issue du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un compte rendu le plus exhaustif possible du débat et de ses implications idéologiques.

    L’intégralité de la brochure est disponible en cliquant sur l’image ou -avec les autres brochures- dans la rubrique « téléchargements ».

    Nous republions ici l’introduction et la conclusion de cette brochure, que nous ne pouvons qu’inviter à lire.

    18 millions de téléspectateurs, au sein de l’Etat français, ont suivi le débat tant attendu entre Emmanuel Macron – candidat de En Marche ! et Marine Le Pen, la candidate du Front National.

    Cette confrontation était grandement attendue, grandement scrutée, tant par les habitants de l’Etat français que par le reste du monde, tant elle devait illustrer la confrontation entre deux visions du monde, entre deux idéologies opposées.

    Devait, car, fondamentalement, il existe une racine commune entre les deux candidats, des bases communes, sur lesquelles nous allons revenir.

    Sans entretenir de faux suspens, la grande majorité des observateurs ont vu s’effondrer la candidate du Front National, incapable de pouvoir mener une réelle offensive idéologique, se cantonnant à des coups d’épées dans l’eau, dans un ad hominem constant. Cette tactique, pour des raisons sur lesquelles nous allons revenir, était une faillite complète.

    Dans ce paysage qui tendrait à décerner la couronne de laurier au candidat de En Marche, une voix dissonante, celle de l’OVNI du marxisme : Les Matérialistes. Tellement arc-boutés dans leur idée de soutenir Macron à tout prix, du fait qu’il faille faire rempart contre le fascisme lepéniste, que ces apprentis-analystes forcent le trait, déforment la réalité, pour faire de Mme Le Pen la perdante. De la part d’une organisation capable de soutenir les manifestations de policier au nom de l’esprit « Charlie » et de l’unité populaire, qu’attendre d’autre si ce n’est -pour  reprendre les mots de leur héraut- des « sauts de cabri » en l’air ?

    Pour les marxistes, il existe une matière à analyser qui s’est illustrée lors de ce débat. Donner Macron vainqueur ne signifie pas prendre partie pour lui. Analyser sa stratégie, lors de ce débat, comme cohérente, ne signifie pas l’aduler. Lui trouver une maîtrise dans les sujets qu’il a pu aborder ne signifie pas que nous soyons en accord avec ses conclusions. Seulement nous devons -impérativement- reconnaître les forces et les faiblesses des agents de la bourgeoisie – comme celles de nos alliés – et ne pas projeter de fantasmes sur eux.

     

    Conclusion : 

    Ce débat transcrit avec une certaine fidélité l’état et les attentes de la société actuelle.

    Marine Le Pen a joué la carte de la punchline en espérant que ce soit la seule chose qui reste dans la tête des téléspectateurs à l’issue du débat. Insinuations, coups de poker, bluffs… Les débats précédents, après tout, n’avaient laissé en mémoire que les piques de M. Mélenchon ou de M. Poutou.

    Invité sur le plateau de Quotidien, Jacques Attali, soutien d’Emmanuel Macron, avait caractérisé cette campagne comme une campagne de l’anecdote. Il s’agit d’un fait indéniable. La société de l’information, loin d’être une société de l’approfondissement, se traduit par une société de la phrase d’accroche, du slogan, de l’enseigne lumineuse en néon.

    Cette tendance, présente également dans notre camp, a rendu inaudible la propagande -au sens premier du terme, la démonstration d’une notion- pour ne conserver que l’agitation. Or, l’explication, l’explicitation, l’analyse demande du temps, demande de l’énergie. La bourgeoisie entretient sciemment les « remous de surface » pour camoufler les courants de fond. Les clashs par tweet, en 140 caractères, est un format qui avantage la rhétorique, non la théorie.

    La conflictualité qui existe entre deux stratégies de la bourgeoisie est révélatrice : l’Etat français est à la croisée des chemins. Fatigué, usé, tailladé par la concurrence -surtout asiatique- l’impérialisme français est dans un creux. Il doit porter son choix dans l’offensive ou dans la défensive. Ce sont, en dernière instance, les lignes défendues dans ce débat.

    Cette conflictualité est également révélatrice d’une césure au sein de la société. Les gouvernements successifs, le recul des conceptions politiques progressistes, l’abandon de la lutte idéologique ont légitimité, nourri et couvé les conceptions réactionnaires. Elles arrivent à maturité.

    La bourgeoisie a réussi son plus grand tour de passe-passe : orienter la colère populaire dans le cul-de-sac réactionnaire. Orienter dans son sens la rage populaire.

    Dans notre courte analyse Macron l’illusion, nous indiquions le fond de notre pensée. Le programme du FN est connu, il est clairement un programme fascisant, xénophobe et raciste. De ce point de vue ite missa est. La messe est dite.

    Celui de Macron n’amène pas vers un soleil radieux, vers des lendemains qui chantent.

    L’application de ce programme, de cette ubérisation de la société, entrainera une précarité plus grande, plus forte. Il débouchera immanquablement sur une misère plus intense et plus sordide, sur une paupérisation accrue des masses. Par son libéralisme, il facilitera la concentration du capital et la ruine des petites entreprises au profit d’entreprises à caractère monopolistique.

    Son discours impérial et agressif ne laisse rien supposer d’autre qu’une multiplication des d’interventions militaires, un accroissement des actes d’agression et d’ingérence commis à l’encontre d’autres nations, pour étendre la sphère de l’impérialisme français et ses tentacules.

    La massification de la concurrence internationale laisse supposer une diminution des salaires, des droits des travailleurs, pour que la bourgeoisie française puisse demeurer compétitive.

    Les législatives prochaines dévoileront la véritable nature politique des cinq prochaines années. Une assemblée en recomposition débouchera probablement sur un gouvernement de coalition. Avec qui ? La question est importante.

    Marine Le Pen se voit déjà en figure principale de l’opposition. Son plus cher désir est de voir le centre de gravité du débat se placer entre le libéralisme et le fascisme. L’opportunisme de Mme Le Pen, cependant, la pousse à hurler au vol lorsque le PS appliquait ses conceptions.

    Le danger est celui d’une synthèse entre les deux camps. S’ils ne peuvent s’entendre sur la stratégie de fond, le projet de société lepéniste peut très bien frayer son chemin jusqu’aux plus hautes sphères.

    Fondamentalement, les choix sont restreints. Entre deux courants de la réaction et du recul social, certains trouvent la possibilité de choisir. Dans un sens nous ne saurions les blâmer. Sans organisation communiste puissante, capable d’avoir une action sur la société, comment reprocher à celles et ceux qui ne voient d’autre planche de salut que le vote de céder ? Nous ne le pouvons pas.

    Nous devons, en revanche, comprendre que le premier acteur de notre faiblesse n’est pas la bourgeoisie. Elle mène sa politique, en fonction de ses intérêts. Nous ne pouvons reprocher à des anticommunistes ou des non-communistes de ne pas agir en communistes.

    Nous sommes les premiers acteurs de notre faiblesse. Nous sommes aussi ceux de notre reconstruction.

    La situation sociale n’est pas sur une voie d’amélioration, au contraire. La crise s’approfondit, bien qu’elle paraisse-en surface- cicatrisée. Nous bénéficions d’un sursis que nous devons mettre à profit impérativement pour forcir, gagner en unité, en efficacité, en influence.

    Pour que naisse un camp du peuple, pour que naisse un phare capable de guider les masses, leur colère légitime, leur désir de lutte, vers une issue positive, constructive, révolutionnaire.

    Nous ne devons pas nous relâcher en poursuivre le travail. Contre le jeu de la bourgeoisie, développons l’autonomie ! Construisons les bases de l’opposition extra-parlementaire. Unissons-nous et avançons sur la voie de la construction du Parti. Renforçons les unités communistes !

  • 1er round électoral : premiers constats

    1er round électoral : premiers constats

    Déclaration de l’Unité Communiste de Lyon à la suite du premier tour des élections présidentielles.

    Le premier tour de l’élection présidentielle est terminé. Il est conforme à nos estimations.

    Emmanuel Macron est un favori confirmé et dispose en face de lui d’un boulevard libre pour s’assurer la victoire au second tour. Il ne fait strictement aucun doute que le report des voix lui accordera une grande longueur d’avance sur sa concurrente directe, laquelle n’en bénéficiera que de manière marginale.

    Entre les ralliements de la part de transfuges du Parti Socialiste, le soutien d’une droite déçue de son candidat, enterré par les affaires, l’appui de la bourgeoisie, Emmanuel Macron dispose d’une conjonction d’astres favorables.

    Même François Hollande, en appelant François Fillon à se retirer, l’a adoubé indirectement : il est devenu le candidat du chef du conseil d’administration de la bourgeoisie de l’Etat Français. L’impopularité de Hollande ne l’a pas desservi pour autant.

    De ce point de vue-ci, pas de surprise.

    Le Front National est en seconde position, tout comme en 2002. Mais à la grande différence d’il y a 15 ans, cette fois, sans surprise ni choc. Pas de scène de panique, pas de stupeur. Tout au plus un haussement d’épaule.

    Comment en serait-il autrement ? Le débat de la présidentielle fut le débat du Front National. Ses thèmes y furent centraux. Pendant des années, les gouvernements successifs ont invité cette organisation à devenir un centre de gravité dans le débat politique et ont légitimé ses thèses : immigration, sécurité, terrorisme, identité nationale…

    Marine Le Pen est ingrate, elle a omit de remercier Daesh pour son soutien sans faille, par ses attentats -le dernier en date du 20 avril-, pour le fait de lui avoir tant apporté. Elle a omit de remercier les chauvins de tout poil, qui défendent « la place de la France dans le Monde » ceux et celles qui présentent l’Etat Français comme dominé par l’OTAN et par l’UE. Ceux qui furent acquis à ces thèmes n’ont pas été dupes : ils et elles ont préféré l’original au light drapé de rouge-brun.

    En revanche, contrairement à 2002 où le FN était une très forte minorité, en 2017 celui-ci se retrouve majoritaire -parfois grandement- dans une série de départements et même de régions. Cette nouveauté est révélatrice du caractère hégémonique des idées réactionnaires dans certains lieux. Situation désagréable.

    François Fillon est arrivé 3ème, avec 20%, contre la plupart des pronostics. Nous lui accordions cette place pour plusieurs raisons : sa base électorale catholique est solide, imperméable aux critiques et aux affaires. Elle ne se détourne pas aisément, comme une girouette, pour un Macron vu comme un arriviste ou pour une Le Pen dont la bourgeoisie catholique méprise les manières plébéiennes.

    De plus, beaucoup d’observateurs et de commentateurs, au sein de notre camp tout comme d’une manière générale, ont été victimes d’un biais de pensée : la base sociale de Fillon est très endogame, très repliée sur elle même. Elle est celle, habituellement discrète, qui s’était mobilisée au grand jour dans les « manifs pour tous. » L’absence de contact avec ces milieux ne signifie pas leur inexistence. Les réseaux sociaux, qui ont formé un baromètre trompeur, biaisé, éloignent parfois de la réalité.

    Le vote Fillon reste, malgré tout, un vote rationnel, avec une certaine cote de confiance. Il est probable que de nombreux électeurs aient hésité un moment entre Fillon et d’autres, mais que la rationalité ait pris le pas sur l’aventurisme -supposé ou réel.

    Mélenchon 4ème fut une déception pour de nombreux soutiens. Une déception et une véritable claque. 19% alors que nombreux étaient ceux et celles qui l’imaginaient déjà au second tour.

    Autant les soutiens de Fillon sont restés silencieux, autant ceux de Jean-Luc Mélenchon ont été hyperactifs. Attaquant sur tous les fronts, en reprenant des méthodes employées lors de la campagne de Donald Trump, en intervenant systématiquement, en créant des trollfarms spammant partout et tout le temps, la campagne de la France Insoumise fut omniprésente.

    Hélas pour eux, les soutiens à Mélenchon se sont enivrés de leur propre production et se sont enfermés dans des espaces où ils et elles étaient toutes acquis et acquises à cette cause. D’où une illusion auto-entretenue d’hégémonie. Cette illusion s’est effondrée désormais.

    La défaite de Benoît Hamon est, en revanche, intégrale. Les partisans de Mélenchon lui reprochent d’avoir été inutile, d’avoir absorbé les voix manquantes. Bel exercice comptable, belle ignorance des lignes de démarcation.

    La clivage Hamon / Mélenchon est un clivage de conception profonde de la stratégie de l’impérialisme et du capitalisme français. La vision de Hamon est celle d’un impérialisme français qui reste dans ses choix d’alliance : Libre-échange, Europe et Atlantique. Elle est une vision qui se heurte à celle de Mélenchon : protectionniste, anti-UE et ouraliste. Considérer que les deux sont compatibles montre le niveau de naïveté de la part des insoumis. Elle n’était pas possible, pas concevable, et il est logique que ceux qui rejettent Hamon mais acceptent ses conceptions stratégiques aillent plus vers Macron que vers Mélenchon.

    Hamon incarne la fin du Parti Socialiste tel que nous pouvions l’avoir connu. Passant de parti majoritaire aux élections à une organisation en 5ème position, éventrée, humiliée, il est évident qu’une étape s’est franchie dans son histoire.

    Ceci incarne en plein la faillite de la social-démocratie, du menchevisme, du réformisme, de la possibilité pour une organisation qui prétend assurer un consensus entre les intérêts de la bourgeoisie et des travailleurs de ne pas sombrer dans l’opportunisme. Cette défaite est la victoire la plus importante. Elle est l’aboutissement d’un processus de décomposition, d’effondrement, de droitisation. Elle est le champ du cygne d’une organisation ayant toujours défendu une politique fausse et anti-révolutionnaire.

    La France Insoumise se voit désormais le nouveau pôle social-démocrate. A n’en pas douter, ceci représente l’aboutissement du travail de Mélenchon depuis son départ du Parti Socialiste : organiser autour de lui, de sa clique issue de l’O.C.I., le nouveau centre réformiste. Ainsi, l’ancien ministre, l’ancien P.S., aura réussi son tour de passe-passe : sauter par dessus les cadres du PS pour former son Parti Socialiste bien à lui.

    Cependant, le P.S. nous réserve certainement bien des surprises. Son appareil, son réseau associatif, ses courroies de transmissions sont toujours là, et il est douteux que le vide temporaire qu’il laisse puisse être occupé par la F.I. ou par une organisation manquant de cadres comme « En Marche ! ». Personne ne peut être plus satisfait de la défaite massive de Hamon, du succès de Macron et de Le Pen, que des cadres opportunistes, lesquels vont pouvoir, sans risquer l’opprobre générale, passer aux côtés du traître d’hier et mendier une place.

    Les poussières qui suivent, notamment Philippe Poutou, n’ont pas réussi à capitaliser sur leurs performances dans les débats. Ils ne sont pas apparus comme des alternatives crédibles, sont restés sur un électorat faible et fractionné. Etrangement, celui qui, derrière Hamon, tire son épingle du jeu, est Nicolas Dupont-Aignant, lequel incarne une forme de FN « propre, » loin des affaires, malgré ses piètres performances et ses prises de pied dans le tapis.

    L’abstention et le boycott sont restés forts, aux alentours des 22%. Nous considérons que le fait qu’un électeur sur cinq ne se soit pas exprimé est significatif de la démoralisation de ceux-ci et du dégoût pour la démocratie bourgeoise.

    Ceci représente plus que les voix de Macron (18% de l’ensemble) ; que les voix de Le Pen ( 16% ) ; que les voix de Mélenchon (15%). L’issue de ce premier tour est donc la suivante : la première force politique est le rejet du parlementarisme bourgeois, conscient, théorisé, ou non.

    Le premier tour est un séisme du fait de la disparition des deux grandes forces politiques : PS et LR. Depuis l’élection de Giscard en 1974, l’alternance était restée entre la « droite gaulliste » et la social-démocratie.

    Deuxième tour, premières manigances.

    Dès l’annonce des premiers résultats solides et fiables, les bouches se sont déliées. Sans perdre un instant, Pierre Laurent, dirigeant du PCF, s’est rué pour assurer Emanuel Macron de son soutien. Sans un suzerain P.S. pour lui assurer des places, des élus, des positions, le P.C.F. court le risque d’être victime d’un effet domino entraîné par l’effondrement de son allié et maître.

    Mélenchon et la France Insoumise sont des partenaires gênants et peuvent très bien tenter d’achever le parti zombie pour le remplacer purement et simplement. D’où la terreur du boutiquier Laurent, dont le parti dépend, plus que tout autre, des versements des élus pour tenir (55%).

    Nous nous réjouissons de cette prise de position, dans le sens où elle illustre tout l’opportunisme de cette organisation politique, toute sa soumission, toute sa décomposition et sa putréfaction.

    Philippe Poutou, qui avait voté Hollande en 2012, a appelé à participer aux manifestations anti-FN, tout en mentionnant que Macron n’était pas un rempart contre le fascisme. Si cette position n’est pas injuste en soi, elle deumeure obnubilée par l’épouvantail FN, ne se porte pas sur une position de rupture avec le réformisme bourgeois.

    Comment en serait-il autrement pour une organisation fondamentalement réformiste sous un vernis radical, qui -même dans ses clips de campagne- s’est toujours présentée comme pouvant gagner et changer les choses en étant élu ? Comment en serait-il autrement pour une organisation qui s’est aplatie, qui a quémandé le droit de concourir dans une course truquée ?

    Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a déclaré qu’il ne prenait pas position, n’étant pas mandaté pour. Cette absence de ligne est une des caractéristiques de l’opportunisme et du centrisme. En n’appelant pas à ne pas voter pour Macron ou Le Pen, le tribun laisse la porte ouverte, admet, par la négative, que cette possibilité est juste et raisonnable. En faisant ceci, mais il est loin d’être le seul, il laisse les positions les plus droitières, les plus modérées, les plus réactionnaires prendre les décisions.

    Botter en touche sur les questions clivantes est une marque de fabrique du trotskisme dont est issu Jean-Luc Mélenchon. Tout comme la question du colonialisme, face à laquelle son sbire Corbière s’est montré d’une lâcheté invraisemblable, la question d’impulser la ligne quant au vote au second tour semble paralyser la direction de la France Insoumise.

    Ne pas avoir reçu de mandat sur cette question sonne, à nos oreilles, comme farce à double-tranchant. Cela signifie que des mandats ont été donnés sur les positions ultra-chauvines, nationalistes, de chef du PG. Cela jette un éclairage passionnant sur les opinions de ceux qui auraient composé ce mandat, sur leur véritable physionomie politique.

    Les discussions internes à la France Insoumise, quant au positionnement face à ce tour, restent en suspens. Nous les suivrons avec attention.

    Ce second tour s’annonce comme une victoire aisée de la part du candidat de la bourgeoisie, mais également comme de vaines gesticulations, comme des concessions, des compromis, des ralliements. Une comedia dell’arte passionnante se dévoile, dans laquelle chacun rivalise de coups bas pour participer au gouvernement du plus jeune président de la République.

    L’arrivée des législatives, dans ce climat de décomposition, de recomposition, de chaos électoral, laisse songeur. Bien des questions sont sans réponse à l’heure actuelle.

    Macron est-il en mesure de faire surgir des cadres et des relais locaux suffisants pour permettre d’occuper l’espace qui lui est offert ? Peut-il réussir à transformer l’essai et à constituer une majorité parlementaire solide ou, au moins, fonctionnelle ?

    Le vide laissé par le PS sera t-il comblé par un simple retournement de veste de la part des membres de l’appareil ?

    Assisterons-nous à la concrétisation d’une opposition formée d’un F.N. capable de disposer d’élus nombreux ? D’un gouvernement pris en étau par une opposition parlementaire de gauche et une de droite ? Ces questions trouveront leurs réponses d’ici quelques mois. Une certitude demeure : ces cinq années seront sous le signe du vacillement, du louvoiement, de la fragilité, donc, paradoxalement, du risque de dégénération en brutalité débridée.

    Quant à nous, notre position est simple : Préparons-nous au choc. Préparons-nous à l’offensive de la bourgeoisie. Serrons les rangs et tirons les conclusions de cette campagne électorale.

    Ceux et celles qui se réjouissent de voir les sociaux-démocrates retourner dans l’opposition doivent faire le deuil de leurs illusions. La social-démocratie se caractérise par l’opportunisme et la trahison. C’est sa physionomie première.

    De même ceux qui, une fois leur candidat mis en échec, se targuent d’être des révolutionnaires dans l’âme, et tentent diverses O.P.A. sur les mouvements abstentionnistes, de boycott, allant jusqu’à tenter de faire coexister « nuit des barricades » et « JLM 2017. »

    Notre seule option est le rejet du parlementarisme, de ses cadres étriqués. Nous devons nous rassembler, tout ceux, toutes celles qui rejettent ce système truqué, sur des bases progressistes, anti capitalistes, anti impérialistes.

    Notre réponse aux idées fascistes est dans l’unité populaire, non dans le fait de plier le genou devant les droitiers et les libéraux.

    Nous devons fonder l’opposition extra-parlementaire, l’outil de la résistance.

    Nous devons frapper et briser le mythe de la démocratie bourgeoise. Dénoncer l’opportunisme, le chauvinisme, le réformisme radical.

    Nous devons construire l’outil de la victoire, le Parti Communiste.

    Osons lutter, osons vaincre !

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie V – Final

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie V – Final

    La quatrième partie de cette brochure est disponible ici.

    La brochure intégrale est disponible en PDF ci-dessous.

    LES BASES DE L’UNITÉ EXISTENT AUJOURD’HUI

    Les bases de ce travail commun existent, les bases de l’unité, dans la pratique, existent. Les besoin, le désir de réaliser ceci existe. Les conditions pour la création de ce front de lutte sont toutes réunies à l’heure actuelle. Ne manque que l’unité de volonté, l’impulsion, l’étincelle. Hormis cela, rien ne s’oppose au fait de réaliser cette étape, d’entamer la route de la rupture avec la bourgeoisie et la forme d’Etat que celle-ci met en œuvre.

    Les élections seront perdues par les masses populaires. Ce fait est inéluctable. Quelque soit le candidat ou la candidate qui accèdera à cette fonction. Dès la fin de ces élections, hormis la nouvelle parenthèse des législatives, les manigances vont reprendre. L’hydre de Lerne du Parti Socialiste, de la social-démocratie, va tenter de faire repousser de nouvelles têtes, les maquillant d’un vernis gauchiste.

    Les ramifications de ces organisations, de nouveau, vont tenter de s’implanter, de corrompre, de coopter les militants et militantes, les travailleurs et travailleuses, de se reconstituer, de redonner vie à leur corps épuisé par la défaite. Sans la possibilité de battre les idées fausses, les thèses pourries, celles-ci renaissent inlassablement, tel le flux et reflux de vagues. Des idées qui bercent d’illusions, de programmes de transitions, de révolutions permanentes et de grands soirs, qui n’ont lieu que dans les rêves. Tandis que, dans la pratique, ce sont les mêmes jeux, les mêmes cachoteries, les mêmes tractations qui reprennent, dans la mairies, dans les assemblées, dans les hôtels de région.

    Et encore ! La situation actuelle est encore celle d’un calme relatif, d’un ciel où les nuages sont épars. Des épreuves bien plus difficiles sont à prévoir, à l’avenir.

    Que cela soit le risque de guerre internationale, du fait de l’affaiblissement relatif de la chape de plomb des USA, par la montée de nouveaux acteurs internationaux, par le recours à la force armée qui s’accroît au fur et à mesure que les impérialismes déclinant dévissent.

    Dans ce cadre, quelle sera l’attitude d’un environnement militant marqué par l’hésitation ? Cent ans auparavant, la plus grande majorité des forces progressistes se sont associées aux projets criminels de l’impérialisme français. Il est fort possible que les sociaux-démocrates fassent de même, à nouveau, en ayant toujours à la bouche les notions de civilisation, de droit, d’universalité. Combien d’organisations -aujourd’hui se targuant d’être les fers de lance de la révolution- accepteront les mots d’ordre, prendront faits et cause pour l’impérialisme ?

    Les  luttes sociales, même le fameux « troisième tour social »  n’aboutiront à rien si ces événements ne débouchent pas sur une structure, ou ne trouvent pas de centre à épouser. Ce centre doit être bâti, en amont, pour que le camp du peuple puisse grandir, quantitativement puis qualitativement.

    Ce camp n’est tout simplement pas prêt. Il est divisé, faible.

    Ses tâches sont immenses, gigantesques, plus grandes que celle qu’il peut aligner aujourd’hui.

    Le dilemme est simple : ou ce camp se hisse à la hauteur de ces tâches, ou il se résigne à vivre en croupion de l’impérialisme et du réformisme.

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie IV

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie IV

    La troisième partie de cette brochure est disponible ici.

    La brochure intégrale est disponible en PDF ci-dessous.

     

    CONSTRUIRE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE

    L’opposition extra-parlementaire répond à un constat : la démocratie bourgeoise se borne strictement à l’idée que le vote est l’acte suprême, le seul légitime, le pinacle de la démocratie. Certes, certains réformistes progressistes concèdent qu’il est possible de doubler ceci d’une pointe de démocratie participative, mais cela reste aux plus bas échelons, sur des questions subsidiaires. Discuter la politique de défense ? Discuter le budget de l’Etat ? Non.

    La bourgeoisie présente la démocratie comme un blanc-seing donné, tous les 5 ans, à un député voleur, à un président menteur, et dont il est de bon ton de se contenter. La démocratie, pour la bourgeoisie, se limite aux cadres étroits qu’elle décide, qu’elle impose, dont elle décrète la légitimité. Qu’importe si elle transgresse régulièrement sa propre légalité, elle joue à domicile en permanence.

    Si les forces communistes sont déjà dispersées, que dire de celles de la nébuleuse anticapitaliste ? Cette masse, pourtant importante, est régulièrement victime de son isolement, régulièrement infectée par des thèses fausses, elle est battue dans le détail, écrasée par l’hégémonie culturelle, politique de la bourgeoisie. Cette nébuleuse, malgré ses oppositions, malgré ses différences, doit, dans ce front large, se rassembler.

    L’opposition extra-parlementaire a pour idée de réclamer le contraire. La démocratie, réelle, c’est celle de la mobilisation des masses. C’est celle des assemblées populaires, c’est celle de la rue, des syndicats, des organisations politiques, révolutionnaires, antiparlementaires. La démocratie réelle se traduit par le fait que les masses prennent des décisions et sont en mesure de les exécuter. Dans la doxa bourgeoise, seule les élus « légitime » peuvent s’exprimer publiquement, prendre position. Ce droit à l’expression, cette légitimité devront être arrachés.

    Cette idée ne saurait être, à elle seule, la voie de la révolution. Dans l’Etat actuel des choses, elle représente une solution intermédiaire, un moyen, un premier point d’ancrage, une première marche vers la rupture avec la bourgeoisie et ses jeux truqués.

    L’opposition est ouverte  tout ceux, toutes celles -individus comme organisations- qui se placent en rupture avec la démocratie bourgeoise. A partir du moment où l’engagement est mû par l’honnêteté, par la sincérité, par le respect des règles internes à l’opposition, de sa « légalité propre », en somme, il n’existe pas d’obstacles à une adhésion.

    Elle est un front commun contre l’exploitation, contre la domination, contre les divisions et diversions lancées par les ennemis du peuple. Elle est le premier rempart dans la période de défensive stratégique que traversent les classes populaires de l’Etat français.

    Ses bases n’ont besoin que d’être minimes pour être efficaces :

    Le rejet du sectarisme comme norme. L’Unité Communiste Lyon, ainsi que les structures dans lesquelles ses militants ont pu officier avant, peut en témoigner : l’anticommunisme, l’anti-léninisme n’est pas mort. Tandis que milles prétextes sont trouvés pour excuser les conflits avec les sociaux-démocrates de gauche, avec les trotskistes, entre les anarchistes, le léninisme continue d’être vu comme une horrible maladie. La formidable machine de propagande bourgeoise porte ses fruits : rendre ennemie l’idéologie de la liberté et de l’égalité. Pourtant, le travail commun existe, porte ses fruits, montre que la confiance et l’esprit d’unité, soudé par le travail de terrain, est un ciment plus efficace, plus juste, que les semblants d’affinités qui peuvent exister.

                Le refus du parlementarisme, de la démocratie représentative comme étant des modes d’expression et de gouvernement légitimes. Le refus de l’accaparation du pouvoir par une poignée de politiciens professionnels, élus sur des mandats vagues et non-contraignants.

    Le rejet du crétinisme parlementaire, ce mode de prise de décision alambiqué, par l’amendement à la virgule, par le langage technocratique. Au contraire, les prises de décisions doivent être sur le fond, claires, simples et limpides aux yeux de toutes et tous.

    Le respect des règles et de prises de décision, la lutte contre le sabotage interne, contre l’obstruction, contre le non-respect des mandats. La lutte contre l’entrisme, le noyautage, la récupération par des sous-marins de la politique.

    Le rejet du capitalisme comme mode de production et d’organisation de la société. Bien évidemment, il ne s’agit nullement de défendre un retour au capitalisme « du bon vieux temps », ou d’un féodalisme périmé. Il s’agit d’abolir la propriété privée des moyens de production et de la remettre entre les mains des masses.

    Le rejet de l’impérialisme, et, en premier lieu, l’impérialisme français. L’opposition extra-parlementaire ne saurait tolérer de chauvins, sociaux ou non, soucieux d’accroitre le « bien-être national » par l’invasion, l’annexion, la domination. Cela passe également par une reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, ce y -compris au sein de « l’hexagone » et de ses dépendances.

    L’indépendance de classe. Les balles sucrées de la bourgeoisie, qui corrompent, qui achètent, mais qui salissent et tuent aussi, sont un danger réel. Dépendre de la bourgeoisie, dépendre d’un de ses partis -qu’il soit réformiste radical ou non- signifie in fine se mettre à sa remorque. La liberté de ton, la liberté d’action ne doit dépendre que de la volonté et des forces objectivement disponibles. L’opposition ne doit pas dépendre des subsides, des subventions, de l’argent de la bourgeoisie et de ses relais. Elle ne doit compter que sur ses propres forces, ses propres ressources.

    LES OBJECTIFS DE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE.

    A l’heure actuelle, seul les salons de la bourgeoisie, ses confortables fauteuils, ses sinécures, ses cadres. Une unité, qu’elle rassemble anarchistes, libertaires, communistes, honnêtes et progressistes, doit permettre de fournir, vis-à-vis des masses, un autre discours. Dans le cas de ces élections, ce pôle aurait pu appeler à dénoncer, à boycotter ce jeu truqué. Il aurait pu avoir le poids suffisant pour être, à sa mesure, un acteur du débat, un intervenant politique, tout aussi légitime, aux yeux des masses qu’un candidat.

    Ses formes restent à définir, cependant les questions qu’elle pose ne sont nullement insolubles avec un minimum de volonté, avec un minimum de travail sérieux.

    Elle présente un double aspect : cette opposition doit être à la fois une « ligue » d’organisation, mais -en même temps – elle doit être plus que tout cela. Si elle peut être, au début, une conférence inter-organisation, mettant en œuvre un matériel commun, elle ne peut rester que cela. Sans évolution, elle reviendrait à être unitaire pour deux. . Si l’opposition reste dans un entre-soi confortable, si elle ne quitte pas sa safe-zone pour devenir un pôle, elle s’effondrera. Il est essentiel d’être critique vis-à-vis des expériences similaires. Elles sont restées dans les universités, dans les centre-ville, dans les squats. Nombre de ces contestations n’ont pas fusionné avec les masses, sont restées sourdes à leur situation, à leurs revendications, à leur état d’esprit. Réussir cette transformation,, cette fusion, est la condition sine qua non du succès. Cette réussite permettra de forger un outil puissant, un bouclier, mais également une épée avec laquelle il sera possible de frapper la bourgeoisie et ses relais -progressistes ou réactionnaires.

    L’expérience concrète du débat politique, de l’exercice, même limité, des tâches de direction, est une fantastique source d’expérience. De même, elle rentre dans la logique, par les liens, par les débats concrets qu’elle pose, de la bataille idéologique. Le travail commun formera un brise-lame pour nombre d’idées fausses. Nulle question ne doit être taboue en son sein. Notamment, celles, particulièrement épineuses, de la question nationale au sein de l’Etat français, mais également des contradictions au sein du peuple, que celles-ci soient autour des question de la division genrée du travail, du patriarcat, du racisme, de la pratique religieuse, des idées réactionnaires ou arriérées.

    De nombreux cadres, il est important d’être honnête sur ce point, ont fait leurs premières armes dans les assemblées générales majoritairement étudiantes. Ce sont dans ces lieux de débat, d’échange, de confrontation, que se sont aiguisées nombre d’éminentes capacités d’exercice des tâches d’encadrement, d’agitation ou de propagande. Cependant, ces cadres sont bien souvent de parfaits représentants de la petite bourgeoisie, enthousiasmés par les idées révolutionnaires, mais rapidement effrayés par les évolutions qu’elles peuvent prendre, et qui, parfois, retournent purement et simplement leurs veste, passant avec armes et bagages dans les rangs des carriéristes ou même de la réaction.C’est un bénéfice que peut apporter cette opposition. Elle doit être un creuset duquel naîtra une génération de militants et de militantes d’une trempe nouvelle, mais, également, issus des milieux populaires, prolétaires, ouvriers, et non plus simplement d’intellectuels de bonne volonté, aussi positive leur présence soit-elle.

    A moyen terme, l’existence de cette structure peut permettre d’en faire un centre de gravité de l’hostilité contre le système capitaliste, contre l’impérialisme. Cela peut devenir un point d’appui essentiel, fédérant les opposition, les unissant, y adjoignant ceux et celles qui veulent lutter.

    A long terme, cet outil ne remplacera jamais, pour l’impulsion d’une révolution, le Parti. Pourtant, ce travail n’en est pas moins fondamental. Nombre d’organisations, se revendiquant du communisme, pourtant l’oublient, l’omettent, voir même l’écartent.

    Ou il oublient la démocratie populaire, oublient les soviets, et ne voient, dans la question du pouvoir, que leur ordre. Ceux-ci oublient les masses et n’ont pas confiance en elles pour se saisir politiquement des questions. Ces organisations et ces individus pensent que le Parti est tout, qu’il est l’alpha et l’oméga de la vie politique et de la révolution. Ceux-ci pêchent par leur autoritarisme, par leur aventurisme.

    A l’inverse, d’autres les fétichisent à outrance, se mettent à la remorque, ne cherchent pas à apporter des conceptions politiques poussées, mais, au contraire, flattent la démagogie, les tendances réactionnaires, oublient que la lutte des classes et la lutte idéologique est partout, même au sein du peuple.

    L’Unité Communiste de Lyon considère son rapport à cette question de la manière suivante : à nos yeux, les deux sont nécessaires, le Parti, pour porter les mots d’ordre, pour impulser la ligne politique, pour fournir des cadres organisationnels. Les Soviets comme outils des masses populaires pour prendre en charge ces questions politiques, pour transformer, par leur capacité créatrice, ces mots d’ordres en réalité.

    Ces soviets sont la base du pouvoir populaire, du pouvoir révolutionnaire. Plus ils grandiront en influence, plus ils seront à même de pouvoir contester la légitimité du pouvoir bourgeois, plus ils seront à même de pouvoir opposer la leur.

    Ce sont des spéculations sur le long terme, mais ses fondements peuvent déjà être lancés. Il est même urgent qu’ils le soient.

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie III

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie III

    La deuxième partie de cette brochure est disponible ici. 

    La brochure intégrale est disponible en PDF ci-dessous.

     

    CRÉER LE CAMP DU PEUPLE – UNIR LES COMMUNISTES

    L’Unité Communiste ne revendique nullement la paternité de cette idée. Elle a pour ambition d’apporter, en revanche, sa pierre à l’édifice. Les mouvements comme Génération Ingouvernable, comme Nuit Debout -dans une certaine mesure- ou comme Boycott 2017 se basent, fort probablement, sur un constat similaire.

    Il est clair, il est limpide, que les militants et militantes anticapitalistes et anti-impérialistes ont besoin d’un centre. Celui-ci est à bâtir, il est manquant. Son rôle de centralisation, d’impulsion, son rôle d’expression politique manque.

    La stratégie de l’Unité Communiste de Lyon est la révolution socialiste. Elle est son objectif stratégique décisif, permettant de construire l’Etat prolétarien, de développer le socialisme, d’aller vers le communisme.

    Cependant, il existe des étapes, des tactiques intermédiaires.

    En l’état actuel des choses, au sein de l’Etat français, il existe un kaléidoscope d’organisations se revendiquant du communisme. Certaines sont inspirées par le révisionnisme khrouchtchévien, par le social-chauvinisme, d’autres sont sur une ligne qui rejette ces conclusions fausses et mortifères.

    Déjà, quelque part, un premier tri s’opère entre ceux avec lesquelles il est possible de travailler à la construction d’une organisation et celles qui restent et qui resteront, ad vidam eternam, des croupions du PCF.

    Les forces qui se battent pour la naissance d’un parti communiste sont dispersées. Leurs rapports sont inégaux en intensité comme en qualité. Certaines débattent entre elles, d’autres se refusent à entretenir des liens. Certaines sont dans des conflits violents, tandis que d’autres sont en bons termes. Certains ont une portée à l’échelle de l’Etat français, entretiennent des liens internationaux. D’autres, à l’inverse sont sur des bases parfois locales -comme l’UCL- ou parfois même fondamentalement localistes. Elles peuvent être le fruit d’un héritage pesant tout comme être neuves. En somme chacune est le fruit d’une logique qui lui est propre, est dans une situation qui lui est propre.

    Aux yeux de l’Unité Communiste de Lyon, aucune ne peut, à l’heure actuelle, assumer les tâches de partis. Cela évoque plus une période de cercles en cours d’unification. Cette étape est une étape qu’il est nécessaire de dépasser.

    Dans ce cadre, l’Unité Communiste de Lyon ne prétend pas être le centre autour duquel tout doit s’agglomérer, d’être le barycentre du militantisme communiste.

    Comment cette étape peut être dépassée ?

    Par le travail mutuel, commun, tant théorique que pratique.

    Par une attitude de rejet du sectarisme, par la volonté de vouloir trouver les issues positives aux conflits.

    Par le débat mutuel, par le fait de tracer des lignes de démarcation minimales, suffisantes que le reste des débats puisse avoir lieu au sein d’une seule organisation.

    C’est pour cela que l’Unité Communiste de Lyon est membre de l’Unité des Cercles Communistes, dans le but de dépasser cette étape, mais également de travailler avec sincérité et

    Ce cadre de débat n’existe pas. Il est a bâtir. L’Unité Communiste de Lyon souhaite constituer, tout d’abord dans son environnement proche, puis, par la suite, pour l’élargir, un Cercle de Recherche et d’Initiatives Matérialistes. Non seulement pour permettre de lancer des initiatives, mais pour permettre de mutualiser, de centraliser les documents, les matériaux, ayant trait au marxisme et à ses continuateurs. Le but final étant de passer d’un cercle à un centre, lequel pourrait faire office de point de convergence.

    L’Unité Communiste de Lyon, ne saurait, ainsi, être hostile à une forme de conférence des organisations communistes de l’Etat français, dans le but de promouvoir une unité d’action, une rationalisation des efforts, et d’avancer sur le chemin de l’unification.

    Dépasser l’étape actuelle permettrait d’atteindre un degré supérieur, celui de l’organisation politique. L’achèvement du processus d’unification, mais également le fait que les organisations en sortant puissent assumer les tâches d’un parti, cela clôturera cette période et permettra de déclarer la naissance du Parti Communiste.

    Ces tâches sont celles d’être le fer de lance de la lutte contre la bourgeoisee, de diriger l’alliance des prolétaires et des classes opprimées vers le combat, d’être un point de ralliement pour les communistes et les sans-partis.

    Pour l’Unité Communiste de Lyon, cette organisation doit être en mesure de produire la synthèse la plus poussée de l’expérience du mouvement ouvrier, révolutionnaire, communiste. Cela passe par plusieurs lignes de démarcation, dont celle, essentielle, du rejet du révisionnisme, du réformisme, du trotskisme. L’Unité Communiste de Lyon considère que les apports de Mao Zedong forment le sommet d’un pyramide idéologique. Cependant, elle considère qu’elle ne refuse aucun débat fait sur la base de l’honnêteté et de la sincérité, tant pour tremper au feu de la critique son idéologie que pour l’améliorer, l’épurer, la compléter.

    C’est cette tâche qui est la plus centrale, la plus essentielle, la plus stratégique. Un long travail reste à fournir, avant que cette organisation ne naisse. Cela signifie t-il, tant qu’elle n’existe pas, que l’attentisme doit régner ? Non. D’autres fronts existent.

    Le front idéologique est primordial. La bataille d’anéantissement idéologique est une tâche qui s’ouvre d’ores et déjà. Elle consiste en la recherche et l’affrontement avec les conceptions fausses, en la renaissance d’un débat de fond, d’un « broyeur à thèses erronées. » Cela explique la publication de pour en finir avec le mythe du PCF, ayant volonté à être une première réponse à une première question « pourquoi l’Unité Communiste de Lyon n’est pas au PCF. »

    Les communistes s’adressent à toutes les classes. A leur base sociale, le prolétariat, mais y compris à la bourgeoisie progressiste et la petite-bourgeoisie, dont certains éléments peuvent être ralliés. Surtout, la science n’est plus entre les mains de la bourgeoisie pourrissante et réactionnaire, laquelle la déforme, la contraint, pour qu’elle ne contrarie pas ses projets. Les communistes doivent arracher la légitimité scientifique, démontrer la supériorité du matérialisme-dialectique, du matérialisme-historique, dans tous les domaines, sciences humaines comme « dures. »

    Cette tâche est importante, doit être poursuivie. Elle est essentielle pour faire avancer les débats autour de l’héritage théorique et idéologique. Elle est ce qui doit donner naissance à la théorie communiste la plus avancée, la plus actuelle, la plus adaptée à la situation de l’Etat français.

    Ces débats, ces travaux, n’aboutiront pas avant un temps conséquent. Ils sont, là aussi, un pan de la stratégie. Cela signifie t-il qu’il faille végéter en attendant des succès prochains ? Attendre ? Non. Cela signifie la tâche impérative pour les communistes de « marcher sur leurs deux jambes. »

    A l’heure actuelle, en revanche, il est possible de travailler, avec toutes les forces qui respectent certaines lignes de démarcation minimales, à la fondation d’une opposition extra-parlementaire.

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie II

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie II

    La partie I de cet article est disponible ici

    La brochure en format PDF est disponible ci-dessous: 

    LE CAMP RÉVOLUTIONNAIRE GANGRENÉ PAR LE RÉFORMISME

    Que ces idées soient répandues dans la société, soit.

    Ce qui devient plus grave, c’est qu’elles sont aussi, in fine; très présentes chez ceux qui, pourtant, se targuent de les rejeter.

    Ainsi, même au sein des sphères idéologiquement anarchistes ou communistes, habituellement promptes à clamer leur idéologie révolutionnaire, la pression des élections entraine un phénomène dialectique particulier. Tout comme, en géologie, la chaleur et la pression donne naissance à des roches métamorphiques, ici, elle donne naissance à une chose d’une nature nouvelle. Les discours révolutionnaires se craquellent, et, derrière leur vernis, réapparait le fond réformiste. Quant à la radicalité, elle s’évanouit au profit du pragmatisme réformiste.

    Pourquoi ?

    Fondamentalement, la raison est un certain pragmatisme stratégique. Ce pragmatisme stratégique est articulé autour d’une idée maître : l’idée que la stratégie s’accommode très bien de louvoiement incessants, qu’il est possible de pouvoir courir deux cibles en même temps. C’est là une faille de raisonnement majeure, laquelle aurait hérissé le poil de Clausewitz lui-même.

    Ce pragmatisme stratégique est le reflet, dans une certaine mesure, d’un rapport étroitement individuel aux questions politiques: certains, ainsi, avancent qu’il est possible de participer et de militer pour les premiers et deuxièmes tours électoraux, mais également d’être présent pour le troisième tour social. Factuellement, ceci est vrai.

    Cependant, les questions politiques ne sauraient se satisfaire d’un traitement individuel.

    Ceux qui votent par dépit, quelle ligne tiennent-ils, tiennent-elles, devant les masses ? « Votez en bonne foi, si ça ne marche pas, on s’émeutera. » Cette ligne est non seulement fausse, mais toxique. Toxique car elle inféode les masses au bon vouloir des urnes, à ce jeu pourri et truqué. Ce discours flatte la démocratie bourgeoise, estime qu’elle peut déboucher sur une issue positive, qu’elle représente le pouvoir populaire. En somme, elle lui donne une légitimité qu’elle ne devrait pas avoir.

    Si Jean-Luc Mélenchon gagnait, demain, son programme serait inapplicable, comme l’était celui de François Hollande, pourtant outrancièrement modéré. Non pas par manque de volonté personnel, non pas par lâcheté, mais tout simplement parce que le cadre ne le permet pas. Ce cadre est celui, dessiné par la bourgeoisie, pour satisfaire ses intérêts tout en maintenant la pression populaire à un niveau acceptable. Le résultat serait un gouvernement croupion des intérêts de la bourgeoisie, d’autant plus féroce dans sa répression des mouvements sociaux du fait que la bourgeoisie n’aie strictement aucun remords à le faire haïr.

    Cette double stratégie ne correspond qu’a brouiller les pistes, à semer le désarroi et la démoralisation au sein des masses, à les guider vers l’abattoir social-démocrate. En un sens, elle ressemble au programme de transition comme un fruit pourri en ressemble à un autre.

    Si, tactiquement, il est possible de se présenter à des élections, ceci ne saurait être compris autrement que comme un baromètre, un appui tactique, une tribune : dénoncer leur teneur, leurs cadres étroits, dénoncer le fait que le pouvoir réel est ailleurs.  En l’occurrence, aucun candidat, aucune candidate ne le fait, toutes et tous respectent cet espace clôt comme un lieu de démocratie.

    Ce pragmatisme est également le reflet d’autre chose, d’une faille dans la solidité idéologique. Bien souvent, les lois objectives de la société, les lois du capitalisme, sont ravalées au rang de fétiches. Elles sont priées, elles bénéficient d’un culte, mais, dans le fond, sont perçues comme des superstitions, des croyances. La nature de classe de l’Etat, l’impossibilité de l’amender, la dictature de la bourgeoisie… ces concepts fondamentaux sont soudain relativisés, réduits, oubliés, en face de l’irruption du réel. Bien souvent, l’adhésion idéologique reste superficielle, la compréhension peu profonde, et cela se ramène bien souvent à une sympathie pour tel ou tel courant, mais non au fait d’en devenir militant.

    D’une part parce que ces faits absolus sont traités de manière relative, d’autre part parce que la pression, la peur, l’emporte sur la raison.

    L’Education Nationale fait un travail de qualité dans son formatage des esprits. La promotion du vote est un enjeu constant. En sixième, en seconde, la démocratie athénienne et la république romaine servent à légitimer la forme de gouvernement actuel comme étant la meilleure, issue de 2000 ans de maturation. La Révolution française s’y adjoint, ainsi que d’autres chapitres, pour enfoncer le clou : le système démocratique bourgeois n’est pas parfait, mais il est le meilleur. Tout ce qui s’en écarte emmène irrémédiablement vers cette nébuleuse dépolitisée nommée « totalitarisme. »

    Faisant d’une pierre deux coups, elle imprime une image de terreur dans la tête de chaque écolier : le communisme est le mal ; Hitler est égal à Staline…etc. Cette anticommunisme, bien imprégné, fournit une couche solide, efficace, pour prémunir la jeunesse contre l’adhésion aux idées communistes. Elle forme un des socles du cordon sanitaire, qui ne se retrouve pas contre le trotskisme et l’anarchisme.

    L’Education Civile -maintenant également Morale- fait le reste : voter est l’acte démocratique suprême, celui qui couronne la vie politique, le seul légitime. Ne pas voter est un acte de trahison : celui qui ne vote pas perd tout ses droits de critiquer, il laisse le « mal » gagner.

    Pourtant ce chantage produit sa propre contradiction. Debut avril, l’Unité Communiste a ainsi publié une brochure nommée Dernière ligne droite avant l’élection. Ce passage permet de répondre à cet argument :

    « N’est-ce-pas une splendide inversion de logique ? Si nous acceptions de jouer ce jeu truqué, en déclarant qu’il est valide, valable, qu’il est dans les règles, nous serions -là- moralement liés à son résultat. En d’autres termes, si nous jouons le jeu, nous devons en accepter l’issue.

    Lorsque François Hollande fut élu, notre organisation n’existait pas encore. Mais ses militants portaient déjà ce mot d’ordre. La gauche qui a élu Hollande, Mélenchon y compris, avait donc donné sa voix, sa validation, à l’homme, au gouvernement, qui liquida le plus le code du travail et la protection sociale dans la Vème République.

    Quelle légitimité ces porteurs du fléau ont ils à le critiquer après coup ? Aucune.

    Dans les publications de 2012, émises par nos militants, nous annoncions ce résultat. La bourgeoisie avait choisi Hollande comme son fer de lance. Le soutenir signifiait se compromettre avec lui. Voter signifiait accepter le jeu truqué. Voter signifiait donc le considérer comme légitime et démocratiquement élu.

    Dans un placardage anti-électoral, daté de 1906, signé d’Albert Libertad : Le criminel c’est l’électeur, les anarchistes pointaient du doigt, avec une rare raison, ce jeu truqué. Ce texte n’est pas vieilli, n’est pas obsolète. Il est encore un credo,  moralisateur certes, mais, sur le fond, juste.

    Nous ne jouons pas les jeux truqués de la bourgeoisie, nous ne leur donnons pas notre validation. »

    De fait, ce travail de terrorisme civique est un exemple d’intelligence, il est un succès à tout point de vue et a su magnifiquement mouler les esprits. Il est le point de naissance de cette peur atavique qui s’empare de nombreux militants et militantes. De plus, il se marie parfaitement avec un autre aspect, celui de l’épouvantail frontiste.

    La peur du F.N. est telle que même des organisations communisantes appellent à lui faire barrage, en votant pour le candidat favori de la bourgeoisie lui-même, Emmanuel Macron. Ainsi, le tour de passe-passe, le chantage au vote utile, contre la droite et l’extrême-droite, fonctionne. La balle est au centre.

    L’ironie de la chose est d’autant plus palpable que la vérité, triste, est que chaque gouvernement, à peu de choses près, aura comme programme celui que les grands monopoles, les trusts, les cartels de la bourgeoisie choisiront pour elle ou lui. La marge de manœuvre est, d’une manière générale, tellement restreinte qu’elle en est inexistante en pratique.

    D’autres formes de participation honteuses existent, souvent maquillée sous les ors du centrisme. Celles-ci mettant sur le même plan l’abstention et le vote, la participation au jeu des bourgeois et sa dénonciation. Dans le discours de ces organisations, ni l’un ni l’autre ne suffit. C’est une vérité que même les réformistes franc n’hésitent pas à tenir. Cependant, en mettant sur le même niveau la dénonciation du système démocratique-bourgeois et la participation à ce jeu, cela revient à ne pas dénoncer le cadre de cette dernière et à la considérer tout aussi valable que la première.

    Cela revient donc à ne pas dénoncer le système électoral pour ce qu’il est réellement, une mascarade ; à ne pas poser politiquement les questions ; à soutenir en sous-main les candidatures de certaines listes. C’est une manière parfaitement centriste d’aborder les choses.

    Ceux et celles qui déclarent leur opposition au capitalisme, qui ont conscience de tout cela, qui militent contre ce système, mais qui acceptent ses règles et son jeu, s’inféodent au réformisme.

    Pourtant, il serait faux de se contenter de monter sur un piédestal et de clamer cela. Les organisations révolutionnaires ont leur part de responsabilité dans l’hégémonie réformistes. Etant les seules forces d’opposition réelles au capitalisme, à l’impérialisme, elles sont même dans une situation de responsabilité totale et absolue.

    Ce qui fait la force du système capitaliste, ce n’est pas qu’il est -dans l’absolu- solide. Ce système est un colosse au pieds d’argile, miné de contradictions internes, pourrissant et putréfié. Sa force est relative. Elle est relative à la faiblesse des organisations révolutionnaires.

    La présence des idées réformistes, au sein des masses comme au sein des militants et militantes anticapitalistes, est le fruit de la faiblesse et de la désorganisation du camp révolutionnaire au sein de l’Etat français.

    Comment reprocher à la bourgeoisie, à la petite-bourgeoise, à l’aristocratie ouvrière, aux réformistes de ne pas être contre le système électoral ? Celui-ci sert particulièrement bien leurs intérêts, sert leur cause.

    Seules les organisations révolutionnaires peuvent porter un discours révolutionnaire, il ne saurait surgir de la bouche de leurs ennemis, ni ex-nihilo.