Étiquette : Révolution culturelle

  • Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Leur légalité et la notre.

                    La bourgeoisie joue une jeu hypocrite. Elle se targue de présenter un modèle neutre, équitable, juste et démocratique. Elle se targue de mettre en avant des valeurs universelles, de traiter d’une manière égale en poids chaque individu. « Les faits sont têtus » écrivait Lénine. Et les faits illustrent chaque jour l’étendue de ce mensonge. La société capitaliste est une implacable machinerie à inégalité et à discrimination. Non seulement elle les reproduit, dans l’école « républicaine », mais elle les accentue. Elle creuse le fossé immense entre le prolétariat et la bourgeoisie, elle le rend insondable. La captation sans cesse croissante des richesse, la spoliation toujours plus forte, tout ceci contribue à concrétiser la tendance à la paupérisation, non seulement relative, mais également absolue. La bourgeoisie est toujours plus riche, tandis que le prolétariat est s’appauvri, en particulier dans les pays dominés par l’impérialisme.

                    La bourgeoisie dit que le jeu fonctionne ainsi, que les courageux et les courageuses, les entreprenants et entreprenantes, sont récompensés. Elle clame que chacun reçoit son dû, que les dés ne sont pas pipés. Elle clame également que le prolétariat, si il parvient à gagner les élections, pourra faire le monde comme il le souhaite. En somme, elle se prétend fair play. Pourtant rien n’est plus faux.

                    La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle a conçu l’Etat bourgeois comme un outil au service de sa domination, au service de son ordre, au service de ses intérêts de classe. La loi est avec elle, la force est avec elle. Elle en détient le monopole, tout en prétendant que ce n’est pas le cas. Dans les faits, croire naïvement que la bourgeoisie peut se laisser retirer ses privilèges sans se lancer dans la guerre est une illusion terrible. La bourgeoisie se moque de la présomption d’innocence. Elle se moque de la rétroactivité des lois. Elle se moque des vices de procédure et des nullités. Elle applique intégralement l’adage du si vis pacem, para bellum pour défendre ses intérêts supérieurs de classe. L’Histoire illustre que le sang coule quand les masses se révoltent. Ceux et celles qui pensent que cet Etat se conquiert de l’intérieur, par la réforme, sont condamnés à échouer ou a trahir.

    Lénine écrivait : « Nous » disons donc à la bourgeoisie: Vous, exploiteurs et hypocrites, vous parlez de démocratie alors qu’à chaque pas vous dressez des milliers d’obstacles pour empêcher les classes opprimées de participer à la vie politique. Nous vous prenons au mot, et afin de préparer les masses à la révolution, pour vous renverser, vous autres exploiteurs, nous demandons, dans l’intérêt de ces masses, que votre démocratie bourgeoise soit élargie.

    Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon. »

                    Nous ne sommes pas des hypocrites. Nous actons le fait que la lutte des classes est le moteur de l’histoire. Les institutions ne sont pas neutres, les lois, les systèmes de pouvoir non plus. Nous actons que l’Etat a un contenu de classe. Nous actons également que la bourgeoisie se rebellera, frappera, tuera. Notre légalité n’est pas une neutralité fausse, mais une légalité de lutte des classes aigüe. La légalité de la dictature du prolétariat est une légalité complexe. Elle n’est pas celle d’une forteresse coupée du monde, fonctionnant en autarcie complète, hors de tout danger, comme le présentent les « historiens » du Livre Noir. Elle est une légalité qui doit être adaptée à la situation de lutte des classes forte et accrue au sein de l’Etat prolétarien, mais également en situation de guerre avec l’impérialisme mondial et avec les bourgeoisies dans leur ensemble.

                    Les rapports ont parfois été pacifiques, parfois brutaux entre les Etats prolétariens et leurs bourgeoisies. Mais à chaque pas que franchit la construction et l’affirmation du socialisme, les différentes fractions de la bourgeoisie ont senti progressivement le sol se dérober sous leurs pieds. Leur rôle social, lié à leur maîtrise de certaines fonctions, de certaines expertises, de certains savoirs, s’est peu à peu effrité, avec l’élévation générale du degré de formation des masses. Contrairement à ce que pensaient une grande partie des marxistes, cela n’a pas contribué à assagir ces cliques, mais à les jeter, au contraire, dans la lutte à corps perdu.

                    L’histoire bourgeoise, là encore, triche. Elle représente les opposants au pouvoir socialiste comme des démocrates défendant les droits de l’Homme, comme de sympathiques individus ayant foi dans une voie meilleure, plus juste, plus humaine. Chez l’intégralité des forces anticommunistes, de « gauche », comme de droite, il réside un consensus sur cette question. Surfant sur la sympathie spontanée qu’il est possible d’avoir pour les opprimés, la bourgeoisie a réussi à faire passer des fascistes, des théocrates, des bourgeois pour des victimes innocentes. Il n’est pas rare de trouver des ouvrages d’extrême-droite sur l’URSS ou la Chine dans les librairies libertaires. Pourtant, c’est mal comprendre les buts que se fixaient ces opposants -restauration du tsarisme, du capitalisme, instauration du fascisme…- et les moyens qu’ils et qu’elles mettaient en œuvre :  assassinats et terrorisme.

                    Lorsque plusieurs personnages centraux de l’URSS étaient assassinés, empoisonnés, avaient des accidents étranges, quand des mines de charbon explosent ou que des barrages menacent de s’effondrer, quand les opposants font front avec les Japonais pour ravager la Chine, le temps n’est plus à la discussion.

                    Les Etats socialistes ont eu à faire face à cette véritable guerre secrète menée par la bourgeoisie et ses alliés et tout était à découvrir. Les partis communistes et les masses ont expérimenté différentes manières de faire, d’avancer pour résoudre ces conflits, pour mettre fin aux tentatives de restauration faites par les vieilles classes possédantes, tout comme en avançant pour saper les bases matérielles de l’apparition de nouvelles classes bourgeoises. Les « historiens » présentent cela comme une société en guerre ouverte et constante.

                    La vérité est que la bourgeoisie profite de chaque interstice pour pouvoir avancer ses pions et briser les tentatives du prolétariat pour se libérer de l’exploitation. Chaque relâchement, chaque ralentissement de la lutte a des conséquences terribles. Lorsque, en URSS, à l’approche de la guerre, le Parti Communiste a voulu tempérer la lutte des classes aigüe pour faire bloc contre la menaces fasciste, la bourgeoisie, les droitiers, les défaitistes, les liquidateurs ont saisi l’opportunité pour frapper. Djerzinski (1917-1926) et Menjinski (1926-1934) avaient, en tant que dirigeants de la sûreté, agi avec discernement et efficacité, leurs successeurs, choisis parmi les modérés, se sont avérés des dangers complets : Iadoga (1934-1936) et Iéjov (1936-1938) . Cette modération fut justement leur faiblesse la plus grande. Elle les a rendu vulnérables à deux maux terribles : la compromission et le traitement bureaucratique des questions. Les deux se sont rendus coupables de collusion avec certaines franges de la bourgeoisie, tandis que le dernier appliqua mécaniquement une répression imbécile, avec une politique de quotas. Ils le payèrent de leur vie l’un et l’autre.

                    A la suite de cette période, il y eu une oscillation dans l’autre sens, rendue nécessaire par l’intenable situation dans laquelle l’URSS s’était retrouvée, du fait des activités de ces agents doubles. Elle vit l’arrivée de Béria (1938-1953), lequel était un individu d’une fiabilité douteuse, mais étant l’opposé complet des précédents. Issu d’un milieu d’une pauvreté affreuse, aventurier détestant la bureaucratie -au début- il a été le fer de lance, avec Vychinski, d’une réponse radicale aux menaces intérieures. La militarisation progressive du NKVD, le commissariat du peuple aux affaires de l’intérieur, notamment avec la création du SMERSH sous la férule de Abakoumov, illustra une nouvelle dérive, laquelle joua un rôle dans l’arrivée au pouvoir de la droite du PC(b)US en 1956, devenant même un outil de répression contre les Léninistes.

                    Ayant observé cette situation, les proches de Mao ont essayé une voie autre, jouant principalement sur la mobilisation des masses contre les dérives et contre les abus qui pouvaient avoir lieu, se fiant à elles pour déceler et détruire les menaces intérieures. Cette voie a culminé avec la Grande Révolution Culturelle, laquelle devait balayer la poussière de l’ancien monde. Ce mouvement de masse représentait une autre expérimentation, avec des caractéristiques de démocratie jamais vues avant dans le traitement des questions politiques, avec une prise directe des masses populaires sur la question du pouvoir et de la direction politique. Seulement, cette expérimentation n’était pas parfaite non plus, et des faiblesses sont apparues : augmentation du pouvoir de l’armée, déstructuration du Parti Communiste Chinois, épuisement de l’énergie populaire sur le long terme… Si les jugements populaires et les Dazibaos ont été des avancées incontournable dans la démocratie au sein des masses, ils n’étaient pas parfaits non plus.

            Pourtant. Pourtant l’intégralité des systèmes socialistes ont misé sur le fait de réhabiliter, de réintégrer celles et ceux qui avaient pris le chemin de la lutte contre le socialisme. Hormis dans les moments de crise, où la justice d’exception s’est appliquée, le choix fut celui de laisser une possibilité de s’amender et de progresser, y compris aux vielles classes possédantes. Les régimes socialistes ne sont pas le régime nazi, où la seule porte de sortie est la mort. Nombre d’individus ayant commis des fautes ont purgé une peine, ont travaillé puis ont été libérés et ont réintégré la société. Le but de la répression est invariablement resté leur neutralisation, tandis que le but du système carcéral est resté invariablement la réhabilitation par un travail en commun, utile et productif. Mais pour la bourgeoisie, le fait de travailler de ses mains, d’être au service du peuple, de passer 6 mois dans une commune populaire, rien n’est plus insupportable.

                    Il n’existe pas de solution idéale. Nombre de courants politiques buttent sur cette question, préférant ne rien dire, ne rien faire, plutôt que de prendre le risque de faire quelque chose qui ne soit pas la perfection incarnée. Ils rejettent intégralement les expériences socialistes sur la base  de questions de principe, sans comprendre à quoi ils et elles seront confrontés lorsque la révolution sera autre chose qu’une idée.

                    Nous ne sommes pas aveuglés par les mensonges de la bourgeoisie. Sa démocratie est une démocratie confinée, qui maquille misérablement une dictature de classe, injuste, impitoyable, sanguinaire. Deux mondes se côtoient, l’un celui des exploiteurs, l’autre celui des exploités. Il n’existe nul consensus possible de l’un vers l’autre, nulle loi commune. Il n’existe que la lutte.

                    Gagner cette lutte passe par le fait d’acter que des justices d’exception, des justices de guerre sont inévitable. Mais que cette étape, ce chemin difficile, est la voie unique vers l’abolition des inégalités de classe, vers la réalisation d’une société dont la guerre aura été extirpée. Une société juste. Une société communiste.   

  • Sur la Dictature du Prolétariat – VII – Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

    Sur la Dictature du Prolétariat – VII – Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

    Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

    ..

    L’histoire et les rapports sociaux ne s’écrivent pas en un jour. La victoire de la révolution prolétarienne sur près de la moitié de la planète s’est retrouvée réduite à néant. C’est là l’une des grandes tragédies de l’histoire contemporaine. Une victoire considérée comme acquise, balayée par la restauration du capitalisme. La bourgeoisie s’est emparée de ces déboires pour en faire une illustration d’une « faillite génétique du système communiste. »

    La chute de l’URSS, du camp socialiste, la restauration du capitalisme en Chine Populaire, tout ceci s’est mué en argument massue.

    Cet argumentaire a été, involontairement, appuyé par les révisionnistes. Indépendamment de son courage pendant la guerre d’Algérie, face à l’impérialisme français, le livre d’Henri Alleg Le grand bond en arrière: reportage dans une Russie de ruines et d’espérance publié en 1998, est illustratif. La restauration apparaît comme un phénomène incompréhensible, imprévisible, impossible à prévoir. Elle est décrite comme le fait d’une clique d’opportunistes, d’une poignée d’agents de la restauration du capitalisme.

    Elle n’est pas vue comme une conséquence d’un processus dont le point de bascule fut la déstalinisation. Accuser Ielstine d’être le responsable de la fin de l’URSS revient à nier le processus qui lui a permis de l’effectuer. Rejeter la faute sur Gorbatchev, en faire le diable lui-même, revient, là aussi, à observer une écume de surface pour comprendre les abysses.

    Pourtant étudier cette question est un des points essentiels pour comprendre la plus grande défaite de la classe ouvrière.

    Cela d’ailleurs ne peut amener qu’à une parenthèse fascinante sur l’état d’esprit politique des forces révisionnistes actuelles.

    D’une part se trouvent celles qui ont définitivement rejeté le socialisme, qui prennent fait et cause pour le réformisme, pour la social-démocratie, qui rejettent l’URSS, la dictature du prolétariat, la révolution. La direction du PCF fait partie de ce groupe. Dans un sens, sa position, fausse, est néanmoins cohérente.

    La position des « léninistes » orbitant autour du PCF, quant à elle, est nettement plus ambigüe. Bien souvent, les membres de ces organisations défendent Staline contre les positions pro-1956. Mais d’une part, la défense est purement cosmétique, de l’autre elle est paradoxale. Cosmétique car elle ne s’accompagne pas de conclusions politiques et organisationnelles. Paradoxale car elle implique certaines choses. Bien que rejetant généralement Mao Zedong, les tenants de cette position soutiennent les critiques d’Enver Hoxha sur la déviation soviétique. Mais ils escamotent le fait que le PCF s’est porté en première ligne de l’attaque contre le Parti du Travail Albanais. Ils escamotent la contre attaque commune sino-albanaise contre la ligne déviationniste de l’organisation française. Par ce fait, ils ne condamnent qu’en surface les thèses fausses du PCF, qu’ils se refusent à expliciter. Cette position est une impasse idéologique et organisationnelle.

    La dictature du prolétariat n’est pas qu’un mot jeté en l’air, qu’un fétiche. Elle correspond, sous le socialisme, à une lutte intense, frontale entre une bourgeoisie toujours puissante, toujours ancrée dans la société, toujours maîtresse et experte, face à un prolétariat qui n’a qu’un avantage limité sur son ennemi. Ce sont des aspects déjà évoqués plus haut.

    Mais cette lutte des classes sous le socialisme ne se contente pas d’une simple lutte contre les ennemis d’hier. Elle se poursuit contre la génération, spontanée, d’autres ennemis du socialisme et du communisme, ainsi Lénine dans, La maladie infantile du communisme. 1920 : « La dictature du prolétariat, c’est la guerre la plus héroïque et la plus implacable de la nouvelle classe contre un ennemi plus puissant, contre la bourgeoisie dont la résistance est décuplée du fait de son renversement (ne fût-ce que dans un seul pays) et dont la puissance ne réside pas seulement dans la force du capital international, dans la force et la solidité des liaisons internationales de la bourgeoisie, mais encore dans la force de l’habitude, dans la force de la petite production. Car, malheureusement, il reste encore au monde une très, très grande quantité de petite production : or, la petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie constamment, chaque jour, à chaque heure, d’une manière spontanée et dans de vastes proportions. Pour toutes ces raisons, la dictature du prolétariat est indispensable. » (Lénine. 1920)

    Relâcher, comme le prônent les anarchistes, la dictature du prolétariat, laisser le libéralisme régner, cela revient à encourager la bourgeoisie à se reconstruire et à se restaurer. En URSS, le poids de la guerre, les concessions qui ont du être accordées par le régime, ont entrainé un relâchement de la lutte des classes aigüe qui caractérisait les années 30.

    Pour reprendre ce que nous écrivions dans notre brochure : 9 mai 1945 : n’oublions jamais l’URSS.

    « Dans cette terrible épreuve, le régime soviétique a opéré une manœuvre en tenaille contre ses ennemis. Il a durci le ton face aux agents du défaitisme, face à la Vème colonne fasciste en son sein, face aux capitulards, aux bonapartistes, aux traitres. Sans les grandes purges, il est douteux que l’URSS n’ait pas eu à faire face à des trahisons, des défections, des contre-révolutions.

    Mais il a du également faire des compromis vers certaines couches de la population, pourtant ciblées par la lutte des classes. Les ingénieurs en chef, les généraux, les directeurs d’usines, les experts en tous genres ont bénéficiés d’un relâchement.

    Ces concessions étaient le fruit de l’urgence, de la nécessité, de l’importance de faire bloc contre la menace de guerre et contre sa concrétisation.

    La constitution de 1935, par exemple, illustre ce bloc national : la lutte des classes est moins mise en avant. Le Parti Communiste est présenté, à certains moments, comme le Parti du Peuple tout entier. En somme un bloc se prépare. Il se paie déjà par certains reculs, issus des tendances réactionnaires présentes au sein de la société.

    Ainsi, à partir de fin 1942, le NKVD relâche son contrôle sur l’armée. Les grades et le statut d’officier sont rétablis. Anthony Beevor et Alexander Werth mentionnent même les « fils d’or » utilisés pour fabriquer les épaulettes des généraux. Surtout, le statut de commissaire politique devient non-contraignant et uniquement « éducatif ».

    Des ingénieurs en chef, condamnés dans les années 30, sont libérés de prison et remis à la tête de leurs usines. De même pour des officiers peu fiables, élevés à l’école tsariste.

    Le Parti Communiste favorise l’entrée, comme une récompense, à de nombreux soldats, de nombreux officiers, en somme à une base sociale qui se déprolétarise.

    Tout ceci s’est payé, chèrement.

    Dès la fin de la guerre, la direction du PCUS resserre l’étau autour des éléments douteux. Mais le pays est épuisé, il n’aspire qu’à la paix, il n’aspire qu’à panser ses plaies. Un mouvement de masse, une phase aigue de la lutte des classes, ne paraissent pas possible.

    Au moment où l’URSS apparaît à son zénith, sa direction se contamine de révisionnistes, de réformistes, de militaires, qui formeront l’ossature du régime Khrouchtchévien, du régime Brejnévien.

    L’aile gauche du Parti Communiste s’est ainsi retrouvée minoritaire, repoussée, et finalement balayée lors de la vacance du pouvoir causée par le décès de J. Staline.

    Le PCUS devenu révisionniste, bon nombre de partis lui emboitèrent le pas, trop heureux de voir leurs propres déviations validées. » (UCL. 2017)

    Sur le sujet, en 1969, Enver Hoxha s’exprimait ainsi :  » Le révisionnisme Khrushcheviste en Union soviétique a subi plusieurs étapes, en conformité avec lequel ses formes, ses  méthodes et sa tactique de lutte et l’action pour effectuer en pratique son cours anti-marxiste et déloyal et le camoufler, ont aussi changés (…)

    Dans le domaine idéologique les révisionnistes ont remplacé les idées et la ligne cohérente marxiste-léniniste de Staline sur toutes les questions fondamentales avec les idées et la ligne antimarxiste du  révisionnisme moderne. Les opportunistes et Trotskistes divers, Bukharinistes et les ennemis Zinovievistes, les nationalistes et les autres, en Union soviétique ont été proclamés comme ‘les victimes de Staline’ et ont été  placés sur le piédestal des ‘martyrs’ et des ‘héros’… Ils ont lancé le slogan d’unité avec les social-démocraties à l’échelle nationale et internationale ‘dans la lutte commune pour le socialisme,’ et la voie a été pavée pour le rapprochement complet idéologique, politique et organisationnel et la fusion des partis communistes avec les partis sociaux-démocrates (…) » (Hoxha. 1969)

    Les attaques contre les abus de Staline n’ont servi qu’à une seule et unique chose : saper la base de la dictature du prolétariat et de la lutte interne menée au sein de l’URSS, pour la remplacer, en catimini, par la conciliation de classe, par la démagogie, par l’endormissement des travailleurs, persuadés d’être définitivement victorieux. En réhabilitant les « victimes du stalinisme », en prétendant améliorer le marxisme-léninisme, les révisionnistes n’ont pas réhabilité des individus, ils ont réhabilité des lignes politiques droitières, restauratrices du capitalisme.

    Les agents de Khrouchtchev ont purement et simplement liquidé la dictature du prolétariat.

    « Dans le domaine politique Khrouchtchev et son groupe ont sali et ont renoncé à la théorie marxiste-léniniste et à la pratique de la lutte des classes et à la dictature du prolétariat, l’appelant ‘une altération staliniste’ et proclamant la période entière historique de la direction de Staline ‘une période sombre, anti-démocratique, une période des violations de la légalité socialiste, de terreur et de meurtres, de prisons et de camps de concentration.’ La route a été ainsi ouverte pour la liquidation de la dictature du prolétariat et pour son remplacement par la dictature bureaucratique et contre-révolutionnaire de la nouvelle aristocratie ‘socialiste’ qui est née et se développait, tout cela étant couvert de slogans trompeurs de ‘démocratisation’ et de ‘la restauration de la liberté et  la justice socialiste’ prétendument ‘perdue et  maintenant regagnée.’ » (Hoxha. 1969)

    Nikita Khrouchtchev s’est fait un nom comme commissaire politique à Stalingrad, se couvrant des lauriers de la gloire. Il s’y est fait des amis, également, membres de l’armée, crypto-bonapartistes, favorables au retour du rôle des officiers. Derrière ces officiers se trouvaient des membres du Parti et des ingénieurs en chef, tous horrifiés, fondamentalement, à l’idée de perdre les privilèges acquis lors de la guerre. Terrifiés également d’avoir à faire face à de nouvelles purges, lesquelles démasqueraient certainement leurs petits « à-côté », leurs abus, leurs petits royaumes.

    Ces individus, que la lutte des classes aurait du désigner pour une réhabilitation et une rééducation par un travail prolétarien, ont fait leur nid, ont tissé leurs toiles, ont entamé un travail de sape pour occuper les postes politiques, pour en chasser les camarades honnêtes et sincères. Ils n’ont pas agi que pour se doter de places, ils ont transformé économiquement l’URSS, stoppant la progression du socialisme.

    « Dans le domaine économique, les Khrushchevistes ont déclaré comme faux et incorrect la ligne de Staline et les méthodes de développement et la gestion de l’économie socialiste dans toutes les branches, particulièrement dans celui de l’agriculture, et ont rejeté les directives de Staline sur la nouvelle amélioration et le développement des relations socialistes de production dans la période historique de la transition du socialisme au communisme et, cela sous le prétexte de surmonter  ‘la stagnation’  de l’économie et les difficultés prétendument créées suite à la ligne ‘dogmatique’ de  Staline, entreprise par une série de ‘réformes’ qui ont frayé la voie à la dégénération graduelle de l’ordre socialiste économique et à l’opération non contrôlée des lois économiques du capitalisme. » (Hoxha. 1969)

    Voilà donc le noeud central du problème, que les « communistes  » fidèles à l’URSS jusqu’au bout. La transformation des rapports économiques, la monétarisation des échanges au sein de l’Union Soviétique, l’accroissement des écarts de salaires, du niveau de vie. Au lieu de suivre la ligne du développement harmonieux de l’économie, combinant alliance des ouvriers et des paysans avec le respect des forces de la nature, les révisionnistes ont réintroduit, en fraude, des rapports de types capitalistes.

    C’est là le facteur qui, in fine fut fatal à l’Union Soviétique. C’est celui qui transforma une URSS capable de rattraper et de dépasser les pays capitalistes en une loque, victime de la stagnation économique, pourrie par le poids du complexe-militaro industriel, véritable parasite.

    Voilà une illustration de ce qui se déroule lorsque l’étau de fer de la dictature du prolétariat est relâché alors que la bourgeoisie n’est pas encore vaincue. Voilà à quel drame est arrivé l’Union Soviétique, voyant l’ennemi reprendre vie au sein de son propre corps.

    Quant à la Chine, l’auteur Tchang Tchouen-Kiao s’exprime ainsi, en 1975, alors que la clique de bandits de Deng Xiaoping est à l’orée du pouvoir : «En effet, de nouveaux éléments bourgeois sont apparus les uns après les autres. Ils sont personnifiés par la clique des renégats Khrouchtchev et Brejnev. En général de très bonne origine de classe, ces gens-là ont presque tous grandi sous le drapeau rouge, ont adhéré du point de vue de l’organisation au Parti communiste, ont été formés dans les universités, et sont devenus de prétendus experts rouges. Or, ils sont de nouvelles herbes vénéneuses nées sur le vieil humus du capitalisme. Après avoir trahi leur propre classe, usurpé la direction du Parti et de l’État et restauré le capitalisme, ils sont devenus les chefs de file de la dictature qu’exerce la bourgeoisie sur le prolétariat, réussissant dans une entreprise où Hitler avait échoué. Le spoutnik lancé, le drapeau rouge est tombé» : cette expérience historique, nous ne devons jamais l’oublier, et surtout pas au moment où nous nous efforçons d’édifier un puissant pays ». (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    Cette conclusion de la part de Tchang Tchouen-Kiao est à la fois d’une justesse terrible tout comme un constat glaçant : la bourgeoisie cherche à renaître systématiquement. Elle est non seulement un danger permanent, elle est le plus redoutable. Un ennemi en uniforme est un ennemi qui se voit, qui se désigne, qui peut être chassé. Lorsque l’ennemi se vêt comme l’allié, lorsqu’il parle comme l’allié, lorsqu’il prétend être l’allié, il devient le plus redoutable.

    « L’expérience historique nous apprend également que, devant les victoires que la dictature du prolétariat remporte l’une après l’autre, la bourgeoisie fait mine d’accepter cette dictature, mais qu’elle ne travaille pas moins, dans ses actes, à restaurer la dictature de la bourgeoisie. C’est justement ce qu’ont fait Khrouchtchev et Brejnev. Ils n’ont pas changé le nom des Soviets, ni celui du Parti de Lénine, ni celui des Républiques socialistes. Pourtant sous le couvert de ces appellations qu’ils conservent, ils ont vidé la dictature du prolétariat de son contenu, et en ont fait une dictature de la bourgeoisie monopoliste opposée aux Soviets, au Parti de Lénine et aux Républiques socialistes. Ils ont avancé un programme d’État du peuple tout entier et de parti du peuple tout entier, programme révisionniste trahissant ouvertement le marxisme. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    La force du révisionnisme en URSS a résidé dans le fait de prétendre accompagner la dictature du prolétariat et la ligne du Parti, contrairement aux cliques de Trotski et de Boukharine qui s’y opposaient. L’un des thèmes favoris de ces renégats fut le fait de clamer que le Parti Communiste était devenu le « Parti du peuple tout entier. » C’est là leur point d’attaque principal. Certaines organisations prétendent que la responsabilité en revient à Staline, qui, dans le milieu des années 1930, avait été le premier à employer ce terme. Il s’agit là d’un débat qui mérite qu’on ouvre une parenthèse rapide. Lorsque Staline évoque « le Parti du peuple tout entier », il le fait dans un contexte de marche à la guerre, de besoin de souder les rangs en prévision du titanesque conflit qui s’annonce. Cette déclaration est faite de manière publique, à destination de l’ensemble de la population soviétique, elle n’est pas une thèse interne au Parti Communiste d’Union Soviétique. Si elle temporise la lutte des classes menée fermement au début des années 30, elle ne s’accompagne pas moins d’un gigantesque mouvement de lutte contre la cinquième colonne fasciste au sein de l’URSS. Elle forme donc une déclaration diplomatique, non une thèse politique. C’est là où le travail sur les sources prend tout son sens.

    La lecture de l’ouvrage les problèmes économiques du socialisme en URSS de 1952 illustrent le fait que l’aile gauche du PC(b)US, et Staline en chef, avaient une conscience particulièrement précise de la menace interne à l’URSS. Cette menace s’est, hélas, concrétisée de la manière la plus brutale. Mais là où Staline déclarait un message de temporisation, les Khrouchtchev et les Brejnev en ont fait une théorie : la lutte des classes est terminée.

    « Pareilles choses se sont aussi produites dans notre pays. Liou Chao-chi et Lin Piao n’ont pas simplement propagé la théorie de «l’extinction de la lutte de classes» ; quand ils réprimaient la révolution, ils ont agité ce même drapeau. Lin Piao n’avait-il pas un mémento en quatre points dont l’un s’énonçait : «ne jamais oublier la dictature du prolétariat» ? En effet, il ne l’oubliait jamais, seulement il convient d’insérer ici le mot «renverser», ce qui donne : «ne jamais oublier de renverser la dictature du prolétariat». Selon les propres aveux de ces gens-là, il s’agissait d’«attaquer les forces du président Mao en arborant le drapeau au président Mao». Parfois, ils se montrent «soumis» au prolétariat et même affichent un air plus révolutionnaire que quiconque, lançant des mots d’ordre «de gauche» pour fomenter des troubles et mener des activités de sape. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    En Chine également, la même situation s’est produite. Ce n’est pas par l’hostilité, mais bien par l’insinuation et le sabotage interne que s’est mise en branle la terrible lutte. Si en URSS, la carte de la modération et de la douceur a été portée par l’aile droite, en Chine, Lin Piao et Liu Shaoqi se sont drapés dans l’étendard de la révolution. Le premier en se prétendant le fer de lance de la dictature démocratique du peuple, le second en prétendant incarner la perfection. L’un comme l’autre ont usé de mots d’ordre « de gauche » pour agir à droite, pour saper le travail de construction du socialisme.

    Les révisionnistes et les saboteurs n’ont négligé aucun terrain d’action, fut-ce t-il culturel comme économique ou juridique. Cependant, chacun de leurs pas allaient dans la direction de la restauration du capitalisme.

    « Tu veux la transformation socialiste ? Il prétend consolider l’ordre de démocratie nouvelle. Tu veux l’établissement des coopératives et des communes populaires ? Il dit que c’est trop tôt. Tu estimes qu’il faut faire la révolution dans l’art et la littérature ? Il soutient que présenter quelques pièces de fantômes ne fera aucun mal. Tu veux restreindre le droit bourgeois ? Il le trouve excellent et dit qu’il faut plutôt l’élargir. Ces champions des vieilleries bourdonnent, tel un essaim de mouches, autour de ce que Marx dénommait les «stigmates» et les «défauts» de l’ancienne société. Ils portent un intérêt tout particulier à prêcher aux jeunes et aux adolescents, en profitant de leur inexpérience, que le stimulant matériel est comme un fromage fermenté qui, s’il sent fort, n’en est pas moins savoureux. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    La dictature du prolétariat n’est pas un luxe, n’est pas une simple promenade heureuse. Elle est une lutte menée, dure, exigeante, contre les ennemis du prolétariat et du pouvoir populaire. Comme mentionné dans la partie précédente, la lutte est constante, et, surtout, il n’existe aucune garantie formelle ou organisationnelle qui puisse permettre de s’assurer d’une absence de déviation idéologique et politique.

    Dans les expériences menées par l’URSS et la Chine, deux méthodes de lutte ont été mise en œuvre, l’une et l’autre avec leurs succès et leurs revers. Avant toute chose, il ne faut surtout pas oublier que la construction du socialisme est une expérimentation. Il s’agit probablement de l’aspect le plus important de cette brochure. Contrairement à un examen en université, où une note ainsi qu’une une correction est donnée, au sein de la lutte des classe réelle il n’existe ni corrigé, ni note. Les erreur se paient cher, par des pertes et des fleuves de sang.

    Opérer un rejet de la Chine et de l’URSS sur la base de leurs imperfections et d’un argument téléologique du type de « si il y a eu échec, cela signifie que tout était pourri », est dangereux et contre-productif. Aujourd’hui, le mouvement révolutionnaire et le mouvement ouvrier bute sur des écueils déjà résolus par le passé, mais dont la mémoire fut écartée. Connaître son histoire permet de ne pas avoir son seul âge propre, de n’être pétri que de sa propre expérience et de son unique vécu, mais de bénéficier de celui-ci doublé de l’âge et de l’expérience entière de l’humanité.

    L’image de Staline est marquée par la question des purges au sein du Parti Communiste d’Union Soviétique. Purges qui ont frappé un certain nombre de militants de cette organisation. Il s’agit souvent, dans l’historiographie bourgeoise, d’événements qui sont mis en avant comme la volonté d’un seul homme d’aboutir à un pouvoir absolu. Cette compréhension idéaliste des choses est éloignée de la vérité. A ce sujet et au sujet des opérations menées par l’opposition au socialisme en URSS, la lecture de l’ouvrage de Michel Sayers et Albert E. Kahn La grande conspiration, la guerre secrète contre la Russie Soviétique (1947) est particulièrement enrichissant. Sur la base des rapports d’enquête de la part de la police soviétique, mais également de source disponibles pour le grand public (ouvrages de Trotski, de Goebbels, mémoires d’espions, câbles diplomatiques…), les auteurs entreprennent de défricher une grande partie des affaires internes de l’URSS, particulièrement celles relatives aux purges.

    Les purges sont le reflet de la lutte des classes au sein des partis communistes. Le fait qu’elles soulèvent les cœurs, qu’elles entraînent une réaction de rejet, est tout à fait humain. Nous tendons toujours à pencher du côté de l’opprimé, nous souhaitons tous voir l’accusé innocent -d’autant plus quand celui-ci est la cible d’un Etat ou d’une institution-. La bourgeoisie joue sur cet état de fait, avec brio. Elle réussit même ainsi à faire défendre les oppresseurs et les traitres par leurs victimes. Hélas les bons sentiments n’entraînent pas de victoires. Toujours est-il que plus la lutte des classes avance, plus certaines questions, auparavant secondaires, prennent un aspect principal et, surtout, antagonique. Des individus -même parfois d’anciens camarades- basculent, au fur et à mesure de l’avancée de cette lutte et des transformations, dans un autre camp. Un Boukharine, effrayé par l’avancée de la révolution et par la collectivisation, va ainsi peu à peu rejoindre des cercles, des groupes antibolcheviques, se lier à des ennemis de la révolution.

    Le rôle de tel ou tel individu n’est pas immuable, un révolutionnaire d’un jour peut, lorsque la lutte des classes avance, se muer en ennemi irréductible de la révolution prolétarienne.

    Certains membres du Parti Communiste d’URSS sont parvenus à se constituer des petits royaumes, des empires personnels, des endroits où ils pouvaient agir  en maître. Comme mentionné plus haut, ils ont agité le drapeau rouge, ont fait mine d’agir pour le socialisme, tout en entretenant le marché noir, en fermant les yeux sur les abus, en tirant divers bénéfices et divers profits de leur situation. La dictature du prolétariat leur servait d’argument pour faire taire les récriminations des masses.

    Démasqués, ils furent pourchassés, et punis.

     En URSS, le Parti Communiste procéda d’une manière respectueuse des formes juridiques : les procès. Si aujourd’hui la simple évocation de ceux-ci emplit de méfiance, pour les contemporains, les commentaires étaient tout autres. Ainsi John Davies, ambassadeur des USA en URSS, lui même avocat, décrivit dans son ouvrage Mission à Moscou (1944) ces procès comme appraissant, à ses yeux, une authentique traque faite contre un terrorisme interne.

    Tout examen un tant soit peu sérieux des affaires jugées démontrent qu’elles étaient basées sur une nécessité pressante et urgente de liquider une cinquième colonne politique et militaire. Les procès se sont basés sur une enquête extraordinairement longue. Pour des individus ayant déjà eu un rôle à double face en 1917, comme Zinoviev et Kamenev, ces enquêtes se sont étendues sur 20 ans.

    Le seule véritable reproche qui peut être fait à cette campagne fut son caractère dirigé du haut vers le bas et institué d’une manière bureaucratique. Les masses soviétiques ont observé l’opération d’épuration, sans en être réellement acteurs.

    Lorsque, après 1945, l’offensive des éléments droitiers se fit au grand jour, les masses n’étaient non seulement pas habituées à être mobilisées pour porter la lutte dans le Parti, mais elles étaient également épuisées par la guerre. Cette conjonction fut fatale.

    Cette expérimentation ne fut pas un succès, ce que comprirent les chinois. Ainsi, la réplique fut faite sous la forme de la Révolution Culturelle.

    En 1966, Hongqi, le Drapeau Rouge, journal de la République Populaire de Chine, appelait à la Révolution Culturelle : Cette révolution est une lutte des classes extrêmement aiguë et complexe en vue de l’épanouissement de l’idéologie prolétarienne et de l’élimination de l’idéologie bourgeoise dans les domaines de la superstructure et de l’idéologie. C’est une lutte à mort entre la restauration de la bourgeoisie et la contre-restauration du prolétariat.

    De cette lutte dépendent la question de savoir si la dictature du prolétariat et les bases économiques du socialisme dans notre pays pourront ou non se consolider et se développer, la question de savoir si notre Parti et notre Etat dégénéreront ou non ; de cette lutte dépendent la destinée et l’avenir de notre Parti et de notre Etat et de la révolution mondiale. Nous ne pouvons en aucun cas rester indifférents devant cette lutte.

    Cette lutte contre les Liu Shaoqi et les Lin Piao, les maoïstes l’ont mené en tentant de ne pas reproduire les mêmes insuffisances que durant les purges. Au lieu de lancer un mouvement du « haut vers le bas », cette révolution dans la révolution s’est faite « du bas vers le haut. » Faire feu contre le commandement général si celui-ci trahissait, tel était le mot d’ordre d’alors. Elle se dirigeait également comme un mouvement chargé de balayer la superstructure réactionnaire de la Chine, où le poids du confucianisme, du bouddhisme et du taoïsme impactait l’esprit des masses, les poussant à la soumission.

    Dans les faits, les masses, organisées en comité de gardes rouges, se sont soulevées contre les abus de mandarins, d’hommes de l’appareil, de petits seigneurs rouges. Cette désignation, par les masses elles-mêmes, des ennemis et des faux-alliés, fut une opération extrêmement hardie. Elle s’est basée sur la confiance envers les masses plus que celle envers le Parti.

    Au niveau de la mobilisation et au niveau de l’implication des masses, le phénomène fut un véritable succès. Là où il le fut moins, ce fut dans la désarticulation du Parti Communiste, lequel n’était plus, temporairement, en mesure de jouer un rôle directeur dans la société. L’armée pris alors le relais, menant à la montée d’éléments prosoviétiques ou bonapartistes, à l’image de Lin Piao. La vacance de la direction, due aux morts très rapprochées de Mao et de Zhou Enlaï, laissa un vide au moment du reflux de la Révolution Culturelle. Ce vide fut profitable à la droite du PC, formée d’individus du type de Deng Xiaoping, lesquels se sont rués vers l’opportunité du pouvoir.

    De plus, certains facteurs sont entrés en ligne de compte : dans son ouvrage sur la Chine Populaire La Chine en marche, le journaliste K.S. Karol note qu’une grande part de la nouvelle génération de chinois, nés après la guerre civile, chose qui fait écho à la situation de la génération de soviétiques arrivés à l’âge adulte après la guerre, ne comprennent pas forcément le sens de la dictature du prolétariat. Le journaliste soulignait avec justesse qu’ils n’aspiraient qu’à l’accroissement de l’accès aux biens de consommation, à plus de liberté au sens libéral du terme, à ce que l’ambiance de lutte et de stimulation politique laisse place à un confort matériel plus grand.

    Ce sont là des revendications qui ont un caractère légitime, fondamentalement. Elles sont compréhensibles, cependant elles ont ouvert des brèches pour l’irruption de démagogues, de libéraux camouflés, qui leur ont ultimement offert des cadeaux empoisonnés. Là réside une des grandes tragédies, celle de la lutte entre la satisfaction immédiate des désirs et celles de la satisfaction plus lointaine des besoins.

    Les chinois ont pu -pour une fraction d’entre eux- s’enrichir et devenir une bourgeoisie nouvelle, maquillée de socialisme, qui correspond à celle qui dirige le Parti Communiste Chinois à l’heure actuelle, de même que les grandes firmes d’Etat du type de Norinco.

    Les soviétiques ont eu du soda et du maïs. Ils ont pu avoir l’illusion, par la mise en place de la Division Internationale « Socialiste » du Travail, d’un plus haut niveau de vie. Mais, en bout de piste, ce que leur ont apporté les révisionnistes fut une destruction de l’URSS, la division par deux de leur niveau de vie, 20 ans d’espérance de vie en moins et le retour de la mafia comme de la tuberculose.

    Ces expériences ont illustré deux choses essentielles quant à la dictature du prolétariat : Elle est la continuité de la lutte pour l’exercice réel du pouvoir populaire. Elle est tout aussi essentielle que la révolution elle-même, car sans cela, le prolétariat et son alliance n’a aucune chance de se maintenir et de contrer les tentatives de restauration faites par la bourgeoisie.

    Elle est un bouclier, une épée et un moyen de transformation : un bouclier pour le pouvoir populaire, pour se protéger. Une épée pour frapper la bourgeoisie. Un moyen de transformation pour permettre de mener jusqu’à son terme la lutte des classes.

    Si elle n’est pas parvenue à son terme, cela n’en signifie pas la faillite. Cela en souligne simplement la perfectibilité. Faire une croix sur la dictature comme mode d’exercice du pouvoir, cela revient à vouloir, pour des questions d’image et de morale, sacrifier toutes chances de succès.

    La bourgeoisie le sait, c’est pour cela qu’elle appuie tant ce point et s’échine à maquiller de démocratie sa dictature. Les communistes, eux, ne doivent pas mentir aux masses. Ils ne doivent pas peindre en démocratie leur exercice du pouvoir, ils doivent en expliquer la raison et la nécessité. C’est là que réside la clé de l’adhésion du peuple au nouveau pouvoir.

    « Et toutes ces menées abjectes, ils les camouflent sous une appellation socialiste. Certaines canailles, en se livrant à la spéculation, à la concussion et au vol, ne prétendent-elles pas faire de la coopération socialiste ? Et ces instigateurs criminels qui empoisonnent les jeunes et adolescents, n’affectent-ils pas de témoigner de la sollicitude envers les continuateurs de la cause du communisme ? Il nous faut étudier leurs tactiques et synthétiser notre expérience pour exercer encore plus efficacement la dictature intégrale sur la bourgeoisie. » De la dictature intégrale sur la bourgeoisie. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)