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  • Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Nous payons cher.

    Nous payons, aujourd’hui, chèrement, une lourde addition.

    Cette addition est le fruit d’un cumul d’erreurs, de manques étalés sur une longue période. Elle est le fruit maudit d’une conjonction de facteurs, de responsabilités, de failles, de déviations, d’abandons et de trahisons.

    Elle est ce qui explique la faiblesse des idées communistes, la faiblesse des organisations, des fronts, des luttes.

    Il existe, d’une part, des facteurs extérieurs, liés à la victoire de la contre-révolution en URSS, en Chine, en Albanie. Ces facteurs jouent un rôle considérable à l’échelle mondiale. Seulement ils n’expliquent pas tout.

    Il existe une responsabilité interne, intérieure, propre au mouvement communiste de l’Etat français. Une responsabilité que partage chaque militant ou militante communiste.

    S’en dédouaner, rejeter la faute sur la bourgeoisie, sur les fascistes, sur les trotskistes, sur les idées petites bourgeoises revient à pratiquer une politique de l’autruche. Nombreux sont ceux et celles qui pratiquent cela, avec un art consommé. Faire peser la faute sur des boucs-émissaires est une tendance qui existe. Elle doit être combattue.

    Les léninistes sont particulièrement bien placés pour comprendre l’inanité de cette position : ils subissent avec une régularité d’horloge les sempiternelles attaques des anarchistes et des trotskistes, les accusant d’avoir fait échouer leurs révolutions.

    Sur ce plan là, trotskistes, boukhariniens, anarchistes s’entendent à merveille. Accuser les autres forces, nier leur responsabilité et leur bilan.

    Cela, les communistes doivent le balayer. Mordre à cet hameçon reviendrait à s’aveugler.

    Comment reprocher à la bourgeoisie d’agir en fonction de ses intérêts ? La bourgeoisie agit dans son intérêt, dans un jeu qui lui est propre. Transgresser ses propres lois, agir en propagandiste anticommunistes, être aux aguets face à toute contestation, tout ceci est logique et cohérent.

    Comment reprocher à des forces politiques et idéologiques contraires d’agir en fonction de leur stratégie ? Impossible. Tout autant, cela n’a pas de sens de reprocher, fondamentalement, à des forces non-communistes de ne pas agir en communistes.

    L’application des conceptions politiques, pourtant, de peut être en négation de la loi fondamentale du darwinisme : la survie du plus adapté.

    Prenons l’exemple de Kronstadt. Indépendamment des causes de l’insurrection en tant que tel, le reproche des anarchistes est le suivant : « vous avez écrasé l’insurrection. » C’est un fait. L’insurrection, dirigé contre le pouvoir soviétique, a été écrasée par celui-ci. Le gouvernement soviétique agissait en fonction d’une logique qui lui était propre et à laquelle les insurgés étaient opposés. En cela, le conflit était inévitable.

    En revanche, si l’insurrection a échoué, cela est du fait de sa propre et intégrale responsabilité. Elle ne peut blâmer la force de l’ennemi. Sa faille première est sa propre faiblesse.

    Le premier reproche que devraient faire les anarchistes serait le suivant : « où notre stratégie fut-elle mauvaise ? » et non « l’ennemi s’est comporté en ennemi. » L’environnement politique, social, économique est quelque chose sur lequel il n’est possible que d’avoir une prise indirecte.

    Il est, certes, transformable par la dialectique, par l’action consciente, mais il n’en représente pas moins une toile de fond avec laquelle il est nécessaire de composer. Si une insurrection lancée à Lyon échoue car elle n’est pas soutenue, la raison principale n’est pas « les individus n’ont pas soutenu », elle est « nous avons échoué dans nos tâches de mobilisation, d’organisation, de structuration. »

    Lorsque les trotskistes accusent les « staliniens », ils nient le fait que leur ligne est pourrie. Lorsque les anarchistes accusent les communistes, ils oublient de s’accuser eux-mêmes de leurs fautes. A l’inverse, lorsque nous avons connu des échecs, nous avons, avec justesse, critiqué -en premier lieu- nos manques.

    Lorsque les révisionnistes font surgir la chute de l’URSS de derrière les fagots et qu’ils nient le long cheminement et le long pourrissement, ils agissent en parfaits imbéciles.

    Lorsque nous analysons 1991, nous y voyons la marque de 1956 et du XXe Congrès. Lorsque nous regardons ce congrès, nous n’y voyons pas la main seule de Nikita Khrouchtchev, mais bien l’aboutissement, une première étape, dans un processus de restauration du pouvoir de la bourgeoisie. Cette restauration n’est pas le fruit d’agents malins, de mauvais génies, elle est le fruit d’erreurs dans notre propre camp, chez nos camarades, chez ceux chez qui nous puisons nos sources.

    C’est l’analyse sans concession, l’autocritique sans pitié qui peut nous permettre d’avancer efficacement, plus solidement.

    Aujourd’hui, nos propres faiblesses pèsent pour beaucoup. Notre faiblesse en tant que force d’opposition à la bourgeoisie est le reflet de notre faiblesse en tant qu’organisations divisées, qui, elle-même est le reflet de notre faiblesse dans la manière dont nous traitons la question de l’unité et dont nous traitons les questions idéologiques.

    Qui, aujourd’hui, lit Marx ? Qui lit Engels ? Qui lit Lénine, Staline, Mao, Hoxha, Ho Chi-Minh, Dimitrov, Kaypakkaya, Gonzalo, Gramsci ?

    Personne ou presque.

    D’une part car les sources sont difficiles à trouver, qu’elles demandent de la recherche. D’autre part parce que quand des livres sont lus, ce ne sont pas des sources primaires mais des exégètes. « La pensée de Lénine » vue par tel ou tel auteur, « Comprendre Marx », par un sociologue universitaire, Trotski dépeignant Staline…

    Comment ne pas penser directement à cette citation de J. Staline, dans les Cinq Conversations avec des Économistes Soviétiques, (1941-1952).

    « Il est nécessaire que nos cadres aient une connaissance approfondie de la théorie économique Marxiste.

    La première vieille génération de Bolcheviks était très solide théoriquement. Nous avons appris le Capital par cœur, fait des tableaux synoptiques, tenu des discussions et évalué chacun notre compréhension. C’était notre force et cela nous a aidé beaucoup.

    La deuxième génération a été moins préparée. Ils étaient occupés par des questions pratiques et la construction. Ils ont étudié le Marxisme avec des livrets.

    La troisième génération a été élevée sur des articles satiriques et de presse. Ils n’ont aucune compréhension profonde. Ils doivent être pourvus avec une alimentation qui est facilement digestible. La majorité a été élevée non en étudiant Marx et Lénine mais avec des citations.

    Si la chose continue plus loin de cette façon les gens dégénéreront bientôt. »

    Cette lutte pour l’idéologie est une lutte que nous devons gagner pour remonter la pente. Sa perte est ce qui a fait accepter la dégénérescence du Parti Communiste, ce qui a permis de justifier l’intégralité des reculs idéologiques de celui-ci. Le plus souvent, les opportunistes se camouflèrent derrière une connaissance des textes supérieure, qu’ils camouflèrent en maîtrise idéologique, des arguments d’autorité, des démonstrations creuses.

    Cette perte de maîtrise idéologique se fait ressentir avec un mordant terrible. Elle explique la résurgence d’idées écrasées, battues, anéanties. Des conceptions, par ailleurs, non pas balyées par la violence physique, mais par la démonstration, par la dialectique, par l’expérience. Supprimer les traces de l’expérience a infligé une terrible amnésie au militants et militants, aux communistes et aux progressistes sincères.

    Elle a entraîné la renaissance des modes de pensée idéalistes et basées sur une analyse petite-bourgeoise de l’économie : l’anarchisme. La renaissance de ces conceptions et de ces méthodes d’analyse fait renaître toutes sortes de perversions de l’esprit telles que le post-modernisme.

    Elle a entrainé la renaissance et la survie des conceptions mencheviks, dont le trotskisme. Lequel se caractérise par une phraséologie de gauche mais un bloc systématique avec les positions sociale-démocrates, réformistes.

    Au sein des léninistes, elle a semé la confusion et le trouble. Cette privation idéologique explique l’attachement fétichiste des militants et des militantes à une structure -le PCF- plus qu’à une idéologie. La destruction de la verticalité léniniste : Théorie > idéologie > programme > structure > ligne se traduit par une inversion des priorités.

    Mettre la structure comme chapeau, comme sommet, de l’application de la théorie léniniste, est une fausseté terrible, qui condamnent ses tenants à l’inaction, à la soumission, à la lutte de tranchée dans des conditions telles que le succès est impossible. Le PCF, agissant comme une version miniature de l’Etat bourgeois, est régi par les mêmes règles : inamendable, impossible à conquérir, verrouillé, prêt à la violence et à l’exclusion. Prétendre le contraire reviendrait à avaliser les thèses réformistes ou trotskistes sur l’Etat.

    Même parmi ceux et celles qui rejettent les thèses idéalistes, réformistes, trotskistes -ou crypto-trotskistes- et révisionnistes, le plus grand désaccord règne. Nous le comprenons dans un sens. Nombre d’organisations portent un héritage important, portent une tradition et une histoire. Elles sont nées à une époque où choisir la ligne pro-albanaise ou prochinoise avait une implication concrète, directe, réelle.

    Ces décisions suivaient une logique, fille du temps d’alors.

    Aujourd’hui, nous considérons que -même si elles ont un sens- ces questions n’ont pas le caractère d’urgence qu’elles pouvaient avoir auparavant. Nous considérons que considérer le traitement de celles-ci comme des préalables à toute unification est une fausse route. Nous pensons qu’elles ne peuvent trouver, au contraire, une issue positive uniquement à travers le débat dans un cadre unique et non par l’invective et le rejet.

    Du fait de ce traitement sectaire, fétichiste, et nullement fait en direction des masses, le travail d’unification, de construction du parti, végète.

    Combien maîtrisent réellement le marxisme ? le léninisme ? le maoïsme ? une poignée sinon moins.

    Une tâche s’ouvre, pour les communistes de l’Etat français : celle d’avancer. D’avancer sur le terrain de l’idéologie, dans la lutte contre le sectarisme.

    Un grand nombre de processus d’unification ont été menés jusqu’à présent. Il est essentiel d’en tirer un bilan critique et de saisir quelles sont les erreurs, les fautes commises.

  • Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    L’anticommunisme, terreau du populisme.

    « Champagne », s’exclamait Gérard Filoche en 1991, apprenant la dissolution de l’Union Soviétique. Ce trotskiste passé au PS, comme tant d’autre, est une illustration parfaite de l’hégémonie anticommuniste. Le XXe siècle possède ce fil rouge, celui de l’opposition frontale entre les idées révolutionnaires et celles qui -consciemment ou non- étaient hostiles à la révolution socialiste.

    Par la critique de droite ou par la critique « de gauche », les voies vers le socialisme ont été consciencieusement barricadées. Elles l’ont été par une opposition frontale : le « vive le capitalisme » de la bourgeoisie, maquillé en « vive la liberté [d’exploiter] » et « vive les droits de l’homme [du bourgeois] » ; par une offensive de falsification, de mensonges éhontés contre les conceptions philosophiques, idéologiques, politiques, économiques du communisme ; par une campagne honteuse à travers les programmes scolaires, ne servant qu’à alimenter le faux parallèle entre Hitler et Staline… Chaque fois qu’une voie, un créneau s’ouvre, les anticommunistes s’en sont saisit, avec, admettons-le, un talent rare.

    Comment blâmer la bourgeoisie de s’attaquer à son pire ennemi ? Impossible. Elle agit en fonction de ses intérêts. Elle mène une lutte pour sa survie, en tant que classe sociale, contre un adversaire qui désire en finir avec elle.

    Elle n’est pas seule. D’autres lui ont emboîté le pas. Les sociaux-démocrates, en premier lieu, lesquels, dès la fin du XIXe siècle, ont révisé le marxisme, lui ont ôté toute idée de révolution, toute conception de la dictature du prolétariat. La social-démocratie se complaît dans le respect des règles édictées par la bourgeoisie, d’un jeu truqué, encadré.

    Leurs héritiers ont poursuivi cette ligne, faite de concessions, de compromis. Lorsque les événements les ont conduit au pouvoir, les ont conduit à faire face aux communistes, ces laquais de la bourgeoisie n’ont pas eu la main tremblante. La répression « de gauche » n’a rien à envier à celle organisée par l’extrême-droite.

    Le PCF, par sa transformation en parti réformiste, fut loin d’être en reste. Cette organisation est passée par les mêmes stades que la SFIO, que le SPD. La différence est que ces organisations ne se prétendent plus marxiste. Elles ne se réfèrent, désormais, plus aux classiques du socialisme scientifique, excepté de manière incantatoire, ponctuelle, opportuniste.

    Le PCF, lui, se complaît dans le fait de se réclamer d’un héritage politique. Se clamant toujours marxiste -parfois même léniniste !- il n’en escamote pas moins, consciencieusement, chacun des aspects gênants, ou les scandent sans la moindre considération pour le contexte. Les prises de position des « authentiques marxistes » du PCF sont ainsi en complet décalage avec la réalité.

    Clamer des « nationalisations démocratiques », mot d’ordre du KKE ou du PCF de 1946, dans l’Etat français impérialiste, est un non-sens. Clamer que cet Etat est dominé par les USA, est manipulée par une UE germanique ou encore qu’elle est une pauvre courroie de transmission de l’OTAN, sont tout autant de mots d’ordre faux. Faux et dangereux, car sous entendant que la ligne à tenir serait celle d’une libération nationale, d’une indépendance à conquérir. En somme, c’est faire le lit du chauvinisme et du nationalisme-impérialiste.

    Reste la critique de « gauche », puriste, idéaliste, métaphysique, celle de ceux qui ont les mains immaculées, qui n’applaudissent que les chevaliers de la pureté révolutionnaire en armure étincelante.

    L’utilisation de cette « critique de gauche » par la bourgeoisie a une histoire sur laquelle il est intéressant de revenir brièvement. Pour la résumer, nous citons ici, en avant première, une brochure prochaine sur la dictature du prolétariat.

    « La bourgeoisie a l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens » -les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, ment, viole sa propre légalité. Cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que pourtant nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources issues directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. »

    Cette critique forme l’enclume sur laquelle la bourgeoisie prend appui pour tenter d’écraser l’idéologie révolutionnaire. Conceptions basées sur de simples survols, sur une analyse superficielle, infondée, alimentée par les ouvrages scolaires, par les journaux et articles de la bourgeoisie, par les mensonges trotskistes, elle est une force réelle, toujours à l’heure actuelle.

    Le fait qu’elle n’aie jamais débouché sur quoique ce soit ne semble pas, outre mesure, décourager ses zélateurs Le fait qu’elle se marie régulièrement au réformisme non plus. Le fait qu’elle remette toujours à demain, à d’autres lieu, d’autres moments, d’autres conditions le démarrage de sa révolution, en revanche, contribue clairement à créer un découragement profond parmi les masses.

    La lutte contre l’idéologie révolutionnaire a été, nous devons l’admettre, couronnée de succès. La colère légitime des masses s’est détournée, par voie de conséquence, de cette voie. Or, cette colère, comme, le trop plein de pression d’un volcan, cherche spontanément des issues. L’insupportable accroissement de l’exploitation, l’insupportable injustice, ne peuvent que mener à des explosions de colère.

    Spontanément, les masses recherchent des moyens de juguler cette souffrance, de juguler cette exploitation criminelle. Incapables de pouvoir proposer quoique ce soit aux masses exploitées, hormis des châteaux en Espagne, des constructions de l’esprit, les croisés de l’antibolchevisme n’ont nullement capté ni l’attention, ni le soutien des masses.

    Bien au contraire, ces aventurier des abysses de l’idéologie, ont contribué à détourner les masses des voies justes. Les promesses de Révolution mondiale, d’autogestion, de révolution sociale et libertaires sont belles. Elles sont magnifiques, entourées de fleurs aux senteurs paradisiaques, à mille lieues de la guerre populaire. Mais elles ne sont que des songes.

    Dans l’immédiat, les tenants de ces lignes ne proposent guère d’autres choses que l’attente, l’inaction, le vote utile, le soutien critique aux ténors et aux tribuns.

    La terre promise d’un côté, le populisme et la colère de l’autre. Entre les promesse de changement immédiat, même réactionnaire, et les constructions de l’esprit, la rationalité fait pencher, bien souvent, plus pour le premier que pour le dernier.

    En attaquant le marxisme-léninisme, en attaquant la révolution socialiste, les réformistes, les révisionnistes, la gauche « radicale » ont sapé la voie révolutionnaire.

  • Fin de Partie

    Fin de Partie

    Emmanuel Macron est victorieux avec 65.8 % des voix, selon des dernières informations. Une nouvelle fois, ce score est conforme aux attentes, conforme aux prévisions. L’Etat français n’a pas connu de scénario du type de Trump, avec une percée imprévisible, un débordement systématique, un raz-de -marée populiste.

    Il est notable, cependant, que le Front National a réussi à s’implanter d’une manière durable, comme un pivot, dans le paysage politique de la démocratie bourgeoise. Comparativement à 2002, pas d’écrasement, pas de 82% / 18%. La mobilisation électorale s’est même avérée plus faible qu’au premier tour.

    Il est intéressant de voir qu’une coupure se produit au niveau des votes.

    Un Etat français intégré dans les réseaux et les flux de la mondialisation, intégré dans l’Union Européenne, dans des zones qui, globalement, sont des citadelles de l’impérialisme, ses métropoles des centres de commandement. Ces régions urbaines ont massivement soutenu Emmanuel Macron.

    A l’inverse, les zones périurbaines, rurales ou semi-rurales, les régions de petites industries, ont voté majoritairement pour Le Pen. La « France des villages », qui se paupérise, qui voit la mondialisation comme une menace, qui en subit la concurrence de plein fouet, ne s’est pas manifestée par une adhésion aux thèses optimistes du candidat gagnant.

    Mais dans l’ensemble, seul deux départements, l’Aisne et le Pas-de-Calais voient le Front National arriver en tête. Calais est, d’ailleurs, la plus grande ville où le Front National arrive en tête, suivie de Fréjus, sous d’autres latitudes.

    L’abstention et le silence demeurent la première force politique avec 37.3 % de la population. Un quart des inscrits n’ont pas exprimé de suffrage durant cette élection. Ceci est révélateur d’un dégoût généralisé de la politique telle qu’elle est menée, d’un détachement des masses populaires du cirque électoral.

    Cette césure est positive, non négative. Elle est la base de rejet sur laquelle se construit l’opposition extra-parlementaire, le pouvoir populaire, le camp du peuple.

    Les partis réformistes-radicaux peuvent pester-ils furent tous éliminés- ils ne font que payer le prix de leur obstination dans une voie morte, dans une voie de compromis et de compromission, dans une voie de démagogie et non de lutte.

    La tâche des communistes, mais aussi, plus largement, celle de tous ceux et toutes celles qui rejettent la démocratie bourgeoise, est de former un véritable pôle antiparlementaire, de former un véritable bloc populaire. Il est illusoire de croire que l’abstention suffira d’elle même. Le dépit se mue en rejet, mais passer de ce rejet passif en volonté positive d’établir un pouvoir populaire demande un long travail, que seules les organisations révolutionnaires peuvent mener.

    Aujourd’hui, la victoire a échu entre les mains d’Emmanuel Macron et de la frange Libérale libre-échangiste de la bourgeoisie.

    « Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons » a ainsi déclaré Emmanuel Macron. L’audace de la liquidation du code du travail, de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. L’audace de plonger dans la précarité accrue, dans une misère plus noire, plus sombre.

    Car tel est le programme d’Emmanuel Macron. Un programme de paupérisation pour les masses, un programme d’enrichissement sans bornes pour la bourgeoisie.

    Mais le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie est loin d’être une personne inintelligente. Il dispose, de plus, d’un encadrement efficace pour l’appuyer et le conseiller.

    En Marche ! a conscience de sa faiblesse face à l’épreuve des législatives. Les Républicains et le Parti Socialiste ont certes subi un revers terrible, mais leur structure peut résister, leurs relais, leurs courroies de transmission, rester fidèles.

    Il semble que l’Etat français se dirige vers un gouvernement et un parlement fonctionnant à la coalition. Or, qui dit coalition dit alliés. Pour triompher aux législatives, la nouvelle équipe présidentielle va devoir choisir une géométrie plus précise, devoir faire des choix.

    Cette recherche d’alliés se retrouve dans le discours d’Emmanuel Macron, lequel est particulièrement révélateur.

    Si, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le gagnant n’a pu rassembler ses troupes sur le Champ de Mars, il est parvenu à inclure le choix du Louvres dans son discours, en faisant le symbole d’une continuité historique remontant à l’ancien régime.

    Son arrivée sur l’estrade, dans une solitude étudiée, s’est faite non sous la Marseillaise, mais sous les accords de l’ode à la Joie, hymne de l’Europe.

    La pyramide du Louvres a focalisé toute l’attention des complotistes, la musique de Beethoven celle de tous les germanophobes. Le mélange des deux, pourtant, est brillant : décor franco-français, musique européenne.

    Le candidat de En Marche ! a manœuvré efficacement, indiquant qu’il tenait compte du fait qu’un partie de son électorat l’avait soutenu pour des raisons d’inquiétudes quant aux institutions républicaines.

    Cette manière de prendre en compte ces ralliements par dépit brosse les « barragistes » dans le sens du poil. Concession sur la forme, elle ne représente nullement une sur le fond, sur le programme économique, sur la politique à tenir. Elle représente simplement la prise en note d’une volonté de protection des droits démocratiques.

    D’une certaine manière, le « barrage » s’est retrouvé vidé de tout son contenu politique.

    Dans le même temps, poursuivant dans le ralliement, Emmanuel Macron a également salué les électeurs de Marine Le Pen, disant comprendre leur colère et leur désarroi. Un énigmatique « Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » a été prononcé. Il est difficile de déterminer son sens. S’agirait-il d’une volonté de parvenir à une synthèse sur un certain nombre de sujet ? Pour le moment, la question reste en suspens.

    Ce qui est certain, c’est que le discours a enfoncé le clou sur un certains nombre de sujets internationaux :  » La France sera au premier rang dans la lutte contre le terrorisme sur son sol et aussi bien que dans l’action à l’international. Aussi longtemps que ce combat devra durer, nous le mènerons « . La politique internationale de l’Etat français n’est pas prête de s’apaiser. L’impérialisme français peut bien se parer d’un sourire enjôleur, il n’en change pas sa nature pour autant.

    Reste à voir comment vont se concrétiser les premières mesures, les premiers choix, les orientations.

    Toujours est-il que la ligne Macron : rassembleuse et unificatrice, n’est nullement un garantie contre toute dérive autoritariste ou toute caporalisation de la société. Une union sacrée, même vendue comme « anti-fasciste » peut très bien s’accommoder d’une exploitation accrue, d’une répression d’autant plus violente qu’elle se targuerait d’être un rempart contre l’extrême-droite.

    Ceux qui voient dans Macron un démocrate convaincu ne doivent pas ôter de leurs esprits qu’il est un agent de la bourgeoisie, dont il exécute la commande.

    Si l’ordre est donné de frapper, si la situation se détériore, gare. Les libertés fondamentales ne sont, au final, que des droits formellement accordés par la bourgeoise. Ils se retirent aussi aisément qu’ils se donnent.

    Du côté des perdants, les législatives sont dans tous les esprits. Marine le Pen a déclaré : Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique, a-t-elle affirmé. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique. »

    « Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. » « C’est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat. »

    Un souffle d’inquiétude travers la « boutique. » Le concept même du Front National arrive t-il à bout de souffle ? Doit-il muter pour devenir le pôle principal d’opposition à la politique d’Emmanuel Macron ?

    L’alliance avec Debout la France, avec Nicolas Dupont-Aignan, avec Christine Boutin, est une nouveauté. Il semble que le Front National soit en passe de  devenir véritablement un front d’organisations nationalistes-chauvines, pour gagner en influence, gagner en relais, gagner en implantations.

    C’est de la réussite ou de l’échec de cette transformation que dépendra la physionomie des prochaines années, que dépendra la physionomie de la prochaine élection présidentielle.

    La France Insoumise, construction artificielle, autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, se délite progressivement. Les conflits entre les intérêts du PCF -pourrissant- et ceux du Parti de Gauche -qui ambitionne de prendre la place du Parti Socialiste- prennent une tournure antagonique. Des menaces, des pressions, des procès. La défaite se muera-t-elle en débâcle ?

    Les réformistes radicaux Poutou et Arthaud ont certes pu s’exprimer au cours de cette élection, mais n’ont rien su faire de cette tribune pour faire avancer la conscience politique des masses. En accréditant la mascarade, les trotskistes ont même contribué à solidifier le mythe de la démocratie bourgeoise. Rien n’est à attendre de ce côté.

    La réaction des révolutionnaires et des antiparlementaires est restée majoritairement marquée par le calme. Nouvelle attendue plutôt qu’un coup de tonnerre. Elle est prise avec gravité par les organisations et les militants et militantes, comme une lutte longue, sourde, et difficile à mener.

    Les cinq années qui s’ouvrent dans l’Etat français sont sous le signe de la croisée des chemins. Les aggravations de la crise du capitalisme, les aggravations des tensions politiques et internationales, se répercuteront dans le climat politique. La détérioration sociale promue par Macron jettera dans les bras de la misère et de l’exclusion sociale de parties importantes de la population. Si les organisations communistes -en premier lieu- ne sont pas à la hauteur de la tâche d’organiser et mettre en ordre de bataille les masses, ce seront les fascistes qui en bénéficieront et qui seront en mesure de lancer des mouvements de masse réactionnaires.

    La partie des présidentielle est terminée, mais plus largement elle signifie également un effondrement des marges de manœuvres réformistes et sociales démocrates.

    Elle signifie une cristallisation des tensions.

    Le lâche rempart n’existe plus.

    Il est essentiel, durant ces cinq ans, que le camp du peuple renaisse, soit fort, soit organisé et avance.

    Sans victoire sur le front de l’organisation, sur le front de l’idéologie, il n’existera que des défaites.

    En avant vers cinq années de lutte !

  • Macron l’illusion

    Macron l’illusion

    Dimanche 7 mai 2017 se tient le second tour de l’élection présidentielle. Elle oppose deux candidats empoisonnés :

    Le candidat libéral Emmanuel Macron, notoirement connu pour ses accointances envers l’Etat-major du patronat : le MEDEF. Il est l’héritier du pourrissement du Parti Socialiste, il est la somme de la déliquescence de la social-démocratie achetée par le pouvoir bourgeois.

    De l’autre la fasciste Le Pen, notoirement connue, quant à elle, pour ses accointances avec des groupes et groupuscules de sinistre réputation : G.U.D., Occident, Jeunesses Nationalistes ou Identitaires. Elle descend en droite ligne d’une idéologie portée par les collaborationnistes, par les nostalgiques de l’ordre réactionnaire, traditionnel.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait l’emporter, avec, toutefois, une marge beaucoup moins marquée que celle de Jacques Chirac contre Jean Marie Le Pen en 2002. D’une part, dans une certaine mesure, car les idées réactionnaires ont progressé, de l’autre car il existe un véritable dégoût, une véritable répugnance de la part des masses vis-à-vis de ce jeu politique pourri.

    Tout comme à l’issue du gouvernement Jospin, le PS est poussé sur le banc de touche dès qu’il a l’opportunité d’exercer le pouvoir. Il est l’incarnation directe de la faillite de la social-démocratie.

    Pour autan, Macron ne court pas un immense risque. Il bénéficie du report de nombreuses voix et sa position centrale, centriste, lui permet de ratisser très largement. De plus, énorme avantage, il bénéficie de l’appui de la plus grande majorité de la bourgeoisie, des capitalistes de l’Etat français, lesquels -contrairement aux sottises proférées par les réactionnaires et les réformistes radicaux, bénéficient grandement de l’Union Européenne. Si l’Etat français était dominé par les USA et par l’UE, comme le vocifèrent de concert de nombreux chauvins, il existerait une logique à ce que la bourgeoisie appuie de tous ses vœux le FN.

    Ce n’est pas le cas. Malgré le ralliement de poussières comme Nicolas Dupont Aignan et Christine Boutin, la bourgeoisie semble réticente à choisir cette voie. Réticente mais prudente, car le MEDEF a dors et déjà pris contact avec la direction du Front National pour ouvrir des discussions. Nous ne doutons pas que ce parti, malgré le fait qu’il joue sa carte « proche du peuple » et « sociale », s’est incliné le plus bas possible pour se plier aux désirs de la bourgeoisie de l’Etat français. Car les fascistes sont ainsi, ils sont des serviteurs zélés du patronat.

    Bien des raisons expliquent la situation face à laquelle nous nous trouvons. Elle représente un aboutissement qui mérite d’être analysé et détaillé. Il est le fruit de processus importants et logiques, non de surprises.

    D’une part car la colère populaire s’est orientée vers les issues qui lui étaient proposées. La bourgeoisie, depuis que cette idéologie existe, s’est évertuée à barrer la route des masses vers le communisme. 60 ans sans Parti Communiste correct se paient chèrement.

    D’autre part en s’évertuant à déplacer le centre de gravité des débats vers la réaction, les politiciens bourgeois ont accrédité les thèses du FN. Le débat sur la situation sociale, sur la misère, s’est mué en débat sur la sécurité, en débat sur l’immigration. Ceux et celles qui ont hurlé avec la meute des slogans réactionnaires, qui ont entretenu la flamme, sont des responsables de cette situation.

    Le débat sur l’exploitation s’est mué en débat sur le pouvoir d’achat.

    La fin de l’existence du « Bloc Est » -bien que révisionniste et social-impérialsite- signifia un boulevard pour la bourgeoisie et pour les réactionnaires. La crise a fait son chemin, aiguillonnant la bourgeoisie, la poussant à attaquer plus fort.

    Les organisations militantes et communistes en premier lieu -nous ne nous excluons pas en écrivant cela- ont une autocritique à faire sur l’incapacité à faire front contre la montée des idées réactionnaires et sur l’incapacité à juguler cette avancée.

    Dans la situation actuelle, le camp du progrès est non seulement faible et dispersé, mais il est également gangréné d’idées chauvines et réactionnaires. Il est gangréné d’illusions réformistes. Il est essentiel de se ressaisir et de serrer les rangs pour faire face à la tempête qui approche.

    Comme mentionné plus haut, selon toute vraisemblance, Macron est en très bonne position pour devenir le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie.

    Un grand nombre d’individus, de médias, de personnalités politiques appellent à voter Emmanuel Macron. Ils et elles s’effraient des 21% fait par le Front National au premier tour. Un nombre encore plus vaste d’organisations prennent des mots d’ordres centristes pour laisser, en sous main, la possibilité à leurs militants et militantes de « faire leur choix », ce qui revient à ne pas dénoncer le jeu, mais à l’accompagner en catimini, avec opportunisme.

    L’opposition interne du PCF est un exemple parfait : Elle condamne le ralliement de 20h02 de Pierre Laurent à Emmanuel Macron, opposant à ceci un courageux « pas de consignes de vote. » Slogan on ne peut plus libéral, qui laisse les positions de droite donner le ton.

    Les accusations fusent désormais : les abstentionnistes représentent le mal absolu, car ils risquent de laisser le pouvoir entre les mains du FN, empêchant la mise en œuvre de stratégies d’une subtilité absolue :

    • Voter massivement pour Macron pour lui faire comprendre que les votants ne veulent pas de son programme, mais qu’il est juste un barrage.
    • Voter en déclarant que ce vote est par dépit.
    • Voter après 17h00 pour faire créer un distinguo entre les partisans de Macron et ceux qui font juste barrage.

    L’imagination de ces maîtres du vote utile est sans bornes.

    Parmi les plus brillants zélateurs de ce vote, nous pouvons remarquer Charlie Hebdo, le journal autoproclamé satirique et sans respect, mais qui, dans un élan de réformisme typiquement issu du gauchisme, insulte et traite de « cons » les abstentionnistes.

    Nous écartons sans la moindre compassion des injures, ces insultes, qui sont-en vérité- autant de cris énamourés pour la démocratie bourgeoise. En particulier lorsqu’ils proviennent d’agents -conscients ou non- de l’anticommunisme et de la réaction.

    Emmanuel Macron, agent de la bourgeoisie, peut certes, pour une poignée de voix, accorder certaines concessions cosmétiques à son programme libéral. En revanche, jamais il ne transigera sur le fond de l’affaire : poursuivre la ligne de casse du CDI, la ligne de casse des acquis sociaux, la ligne antipopulaire et anti-ouvrière entamée avec joie par François Hollande.

    Mélenchon peut multiplier les appels, ils resteront sans effets. Tout au plus, M. Macron inclura, pour le satisfaire, mais également pour satisfaire l’autre bord, une composante plus chauvine à son discours.

    L’ironie la plus profonde est ailleurs. L’élection du FN au pouvoir, son accession à l’Elysée, ne signifie pas mécaniquement le fascisme. Les institutions républicaines peuvent -sans problème- tourner avec un régime d’extrême-droite. In fine, il s’agissait de la nature même du régime gaulliste qui mit en œuvre la Vème république. Un FN avec une opposition forte serait gêné aux entournures, et ne pourrait probablement pas appliquer son programme.

    En disant cela nous n’annonçons pas que l’élection du Front National serait une bonne et non une mauvaise chose. Elle signifierait une réaction accrue, une brutalité grandissante. Elle signifierait un pas en avant vers la caporalisation de la société. Elle serait également un blanc-seing donné aux amateurs de lynchages et de ratonades, aux violences policières les plus débridées.

    Pourtant, ceux qui considèrent que Macron représente le sauveur de la démocratie pourraient bien déchanter. Dans ses interviews, le candidat n’hésite pas : ficher les militants, les militantes, développer un plan préventif pour lutter contre les mobilisations -en somme des arrestations préventives, des assignations à résidence, des interdictions de rassemblement ou de manifestation-.

    Il lui sera d’autant plus aisé de diriger d’une main de fer la libéralisation à outrance que l’opposition serait anesthésiée par cette peur : faire le jeu du FN. Tout ce qui affaiblirait le pouvoir serait, en dernière instance, attaquable comme ouvrant la voie au fascisme.

    La figure rassembleuse d’Emmanuel Macron est un faux semblant. Son pouvoir ne sera pas cristallisé contre le fascisme, au contraire, il est sur la ligne droite pour effectuer en pratique les tâches qu’assignerait la bourgeoisie à ce type de régime.

    La croyance, entretenue par la compréhension idéaliste de l’Histoire, tend à imprimer un idéaltype du fasciste comme présentant un véritable gouffre par rapport au démocrate.

    C’est là faire fausse route.

    Un Macron, un Valls, tout comme un Laval, sont tout à fait en mesure de pouvoir agir d’une manière réactionnaire-fasciste sans pour autant formellement en être issu.

    Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des agents furieux du capitalisme, et qu’ils en exécutent avec zèle les ordres. Car ils sont capables de faire une synthèse que ne peut faire le FN, et de mettre au pas la société derrière un « bien commun », contre un « ennemi commun. » Ce qui, traduit, revient à ordonner de faire bloc derrière sa bourgeoisie, derrière son impérialisme, contre celui des autres. A faire bloc du côté des intérêts du patronat national.

    Les concessions, Macron les fera avec le fascisme et la réaction. Non avec le progrès.

    De fait, l’élection de Marine Le Pen ou de Macron représente deux voies à la saveur différente vers une même situation : une dictature brutale de la bourgeoisie. Fondamentalement, les deux forment des options réactionnaires proposées par la bourgeoisie, sur la forme que doit prendre le retour en arrière social : chauvin ou européiste, libre-échangiste ou protectionniste.

    Dans les deux cas, il n’existe qu’une seule et unique garantie à la protection des libertés formelles, des droits démocratiques et sociaux : le rapport de force direct. Aucun bulletin de vote ne peut garantir cela.

    La recomposition politique qui émergera des législatives est encore mal connue, difficilement appréciable. En revanche il est peu probable que les progressistes apparaissent en position de force au milieu de l’océan réactionnaire.

    La tâche des communistes, dans cette période, est de se souder, de faire front commun, de grandir en influence. Elle est de reconstituer le camp du peuple, tout en luttant contre les illusions réformistes, de lutter contre les illusions sociale-démocrates, chauvines, réactionnaires.

    Elle est de prendre les devant pour couper les fascistes de leur implantation dans les classes populaires.

    Un période de cinq ans s’ouvre devant nous, elle ne sera d’aucun repos.

    Nous devons avancer, avec fermeté, dans le renforcement des organisations communistes, dans leur unification.

    Sans ce travail, aucune avancée n’est possible.

     

     

    D’ici là, nous devons clamer notre opposition, dès la nomination du nouveau capitaine de l’impérialisme.

    Nous rejetons le jeu pourri de la démocratie bourgeoise !

    Nous voulons le pouvoir populaire !

    Nous voulons chasser la bourgeoisie !

    Tous et toutes dans la rue le 7 mai  au soir !

     

  • Rejetons les options que nous laisse l’élection. Construisons le pouvoir populaire !

    Rejetons les options que nous laisse l’élection. Construisons le pouvoir populaire !

    A L’ISSUE DU PREMIER TOUR DES ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES, LES RÉSULTATS SONT LA.

    Le pur produit du libéralisme, Emmanuel Macron, est pressenti pour être le nouveau président de l’Etat Français. En face de lui, Marine Le Pen, dirigeante du parti Fasciste, le Front National. Voici donc la configuration du match : Un combat entre une droite pro-UE, libérale, pro-OTAN et une qui est son miroir, anti-UE, xénophobe, protectionniste, pro-russe.

    Les deux représentent deux faces des intérêts des capitalistes de l’Etat Français. Les deux sont des agents de la régression sociale, de l’exploitation accrue, de l’anéantissement des conquêtes sociales. L’un et l’autre représentent les deux branches d’une tenaille faite pour attaquer les travailleurs, les travailleuses, accroitre leur oppression. Libre échangiste ou protectionniste, l’exploiteur reste exploiteur.

    Les réformistes s’empressent de déclarer que nous sommes au pied du mur, qu’il est temps d’adouber tous Macron comme un rempart face au fascisme.

    Ce fascisme, ce sont les gouvernements successifs, dont celui dirigé par le P.S. qui l’ont nourrit, qui l’agitent comme un épouvantail pour que nous avalions une fois de plus, en souriant, les couleuvres.

     

    « PESTE ET CHOLERA, CHARYBDE ET SCYLLA, CERTES, MAIS VOTEZ MACRON QUAND MÊME ! » VOILA CE QU’ON NOUS OFFRE.

    REJETONS CE CHANTAGE.

    Macron, malgré son sourire enjôleur, ses airs rassembleurs, est l’avant-garde des exploiteurs. Il est d’autant plus dangereux que, si il dispose d’une forte assisse électorale, il entraînera dans son sillage, dans un seul camp, les sociaux-démocrates valets du patronat, à la Hollande, et les réactionnaires à la Fillon. Son élection forme un redoutable pôle, une synthèse terrible des positions les plus libérales et les plus antisociales. Il représente l’aboutissement d’un long processus, entamé dès l’irruption de la crise de 2008. Son pouvoir est celui d’un comité de salut des intérêts des capitalistes et des impérialistes de l’Etat Français. Il est le sauveur du patronat français, leur messie, leur héraut le plus pur, le plus zélé.

    Nous en sommes ici aujourd’hui car une confiance aveugle a été donné aux institutions, à l’Etat, aux politiciens et aux politiciennes. Nous en sommes ici car le jeu truqué des bourgeois, fait selon leurs règles, fait selon leurs lois -qu’ils violent régulièrement, pourtant-  ne pouvait que nous y entrainer, comme une terrible lame de fond.

    Pourquoi ? Parce que la bourgeoisie est consciente de ses intérêts et qu’elle est prête à tout mettre en œuvre pour les défendre.

    La bourgeoisie a dicté le programme du président sortant, François Hollande. Elle a dicté la loi El-Khomri. Elle a dicté le 49.3 pour la mettre en œuvre. Elle dictera d’autant plus aisément celui du prochain que celui-ci sera légitimé par un grand nombre de suffrages. Les réformistes, les menteurs, les prestidigitateurs de la politique n’ont eu de cesse que d’emmener les masses populaires vers cet abattoir. Ils ont clamé que la démocratie bourgeoise est la plus pure démocratie, alors que le pouvoir réel est entre les mains du MEDEF et des organisations du patronat.

    Ils nous ont nourris de mots d’ordre stupides, sans le moindre fond, sans la moindre consistance, comme cette « révolution citoyenne par les urnes » inventée par Mélenchon.

    Hier comme aujourd’hui, tout ce que nous avons obtenu, nous l’avons arraché par la lutte. Rien n’a été donné, rien n’a été offert. Pendant cinq ans, nous avons été bernés par les courroies de transmission du PS, des sociaux-démocrates, des vermines qui nous vendent.

     

    NE LES ÉCOUTONS PLUS ! ÉCOUTONS NOTRE COLÈRE !

    LA VRAIE DÉMOCRATIE EST POPULAIRE.

    LE VRAI POUVOIR EST DANS LA LUTTE !

    N’écoutons pas les sirènes de ceux qui veulent que nous liions notre destin à celui d’Emmanuel Macron. Est-ce cela notre seul choix ? Nous prosterner devant le banquier ? Défiler, le bras tendu, devant la fasciste ?

    NON.

    Nous avons le choix de la lutte. Le choix d’avoir, de bâtir notre propre démocratie. Le choix d’avoir notre pouvoir d’opposition. Le choix du camp du peuple.

    Celui-ci n’a pas besoin des parlements, des mairies, des salons de la bourgeoisie, de ses règles étriquées, de son crétinisme. Qu’en ferait-il ? En ces lieux, les patrons donnent leurs ordres, les élus exécutent.

    NOUS VOULONS UNE OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE !

    Les politiciens ont joué leur plus beau tour de passe-passe en se clamant les seuls représentants de la démocratie. Ils et elles l’ont usurpée, l’ont réduite, l’ont broyée, hachée menue, transformée en un simple bulletin.

    Dans les organisations politiques, dans les syndicats, dans les associations, dans tout ce qui nous permet de nous organiser, là réside le pouvoir populaire !

    Dans nos assemblée, dans nos prises de décision, là réside la démocratie.

    Assez des affairistes, des opportunistes.

    Assez des carriéristes.

    Assez du rideau de fumée, des débats de technocrates, de l’absence de contrôle populaire.

    ASSEZ DU CRÉTINISME PARLEMENTAIRE, ASSEZ D’ÊTRE BERNES, D’ÊTRE UTILISES PAR DES CARRIÉRISTES, DES CHAUVINS, DES AGENTS DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS.

    Construisons aujourd’hui les bases d’une opposition, contre le pouvoir de Macron, contre la démocratie fantoche des législatives, contre le mythe de la démocratie bourgeoise. Si le fascisme de Marine Le Pen est un poison, le gouvernement instable et fragile que Macron mettra en place, si nous ne sommes pas soudé, peut aisément basculer dans quelque chose de tout à fait similaire.

    Dans les rues, dans les usines, dans les universités, dans les lycées, dans les lieux de vie, dans les prisons et les hôpitaux, unissons nous contre l’offensive du capitalisme, contre l’offensive de la réaction.

     

    FAISONS FACE, ENSEMBLE !

    CLAMONS QUE NOUS REJETONS CETTE ELECTION POURRIE, CE DÉBAT TRUQUE !

    PAS UNE VOIX POUR LE JEU DES BOURGEOIS ! CONSTRUISONS NOTRE POUVOIR, CELUI DU PEUPLE !

  • 1er round électoral : premiers constats

    1er round électoral : premiers constats

    Déclaration de l’Unité Communiste de Lyon à la suite du premier tour des élections présidentielles.

    Le premier tour de l’élection présidentielle est terminé. Il est conforme à nos estimations.

    Emmanuel Macron est un favori confirmé et dispose en face de lui d’un boulevard libre pour s’assurer la victoire au second tour. Il ne fait strictement aucun doute que le report des voix lui accordera une grande longueur d’avance sur sa concurrente directe, laquelle n’en bénéficiera que de manière marginale.

    Entre les ralliements de la part de transfuges du Parti Socialiste, le soutien d’une droite déçue de son candidat, enterré par les affaires, l’appui de la bourgeoisie, Emmanuel Macron dispose d’une conjonction d’astres favorables.

    Même François Hollande, en appelant François Fillon à se retirer, l’a adoubé indirectement : il est devenu le candidat du chef du conseil d’administration de la bourgeoisie de l’Etat Français. L’impopularité de Hollande ne l’a pas desservi pour autant.

    De ce point de vue-ci, pas de surprise.

    Le Front National est en seconde position, tout comme en 2002. Mais à la grande différence d’il y a 15 ans, cette fois, sans surprise ni choc. Pas de scène de panique, pas de stupeur. Tout au plus un haussement d’épaule.

    Comment en serait-il autrement ? Le débat de la présidentielle fut le débat du Front National. Ses thèmes y furent centraux. Pendant des années, les gouvernements successifs ont invité cette organisation à devenir un centre de gravité dans le débat politique et ont légitimé ses thèses : immigration, sécurité, terrorisme, identité nationale…

    Marine Le Pen est ingrate, elle a omit de remercier Daesh pour son soutien sans faille, par ses attentats -le dernier en date du 20 avril-, pour le fait de lui avoir tant apporté. Elle a omit de remercier les chauvins de tout poil, qui défendent « la place de la France dans le Monde » ceux et celles qui présentent l’Etat Français comme dominé par l’OTAN et par l’UE. Ceux qui furent acquis à ces thèmes n’ont pas été dupes : ils et elles ont préféré l’original au light drapé de rouge-brun.

    En revanche, contrairement à 2002 où le FN était une très forte minorité, en 2017 celui-ci se retrouve majoritaire -parfois grandement- dans une série de départements et même de régions. Cette nouveauté est révélatrice du caractère hégémonique des idées réactionnaires dans certains lieux. Situation désagréable.

    François Fillon est arrivé 3ème, avec 20%, contre la plupart des pronostics. Nous lui accordions cette place pour plusieurs raisons : sa base électorale catholique est solide, imperméable aux critiques et aux affaires. Elle ne se détourne pas aisément, comme une girouette, pour un Macron vu comme un arriviste ou pour une Le Pen dont la bourgeoisie catholique méprise les manières plébéiennes.

    De plus, beaucoup d’observateurs et de commentateurs, au sein de notre camp tout comme d’une manière générale, ont été victimes d’un biais de pensée : la base sociale de Fillon est très endogame, très repliée sur elle même. Elle est celle, habituellement discrète, qui s’était mobilisée au grand jour dans les « manifs pour tous. » L’absence de contact avec ces milieux ne signifie pas leur inexistence. Les réseaux sociaux, qui ont formé un baromètre trompeur, biaisé, éloignent parfois de la réalité.

    Le vote Fillon reste, malgré tout, un vote rationnel, avec une certaine cote de confiance. Il est probable que de nombreux électeurs aient hésité un moment entre Fillon et d’autres, mais que la rationalité ait pris le pas sur l’aventurisme -supposé ou réel.

    Mélenchon 4ème fut une déception pour de nombreux soutiens. Une déception et une véritable claque. 19% alors que nombreux étaient ceux et celles qui l’imaginaient déjà au second tour.

    Autant les soutiens de Fillon sont restés silencieux, autant ceux de Jean-Luc Mélenchon ont été hyperactifs. Attaquant sur tous les fronts, en reprenant des méthodes employées lors de la campagne de Donald Trump, en intervenant systématiquement, en créant des trollfarms spammant partout et tout le temps, la campagne de la France Insoumise fut omniprésente.

    Hélas pour eux, les soutiens à Mélenchon se sont enivrés de leur propre production et se sont enfermés dans des espaces où ils et elles étaient toutes acquis et acquises à cette cause. D’où une illusion auto-entretenue d’hégémonie. Cette illusion s’est effondrée désormais.

    La défaite de Benoît Hamon est, en revanche, intégrale. Les partisans de Mélenchon lui reprochent d’avoir été inutile, d’avoir absorbé les voix manquantes. Bel exercice comptable, belle ignorance des lignes de démarcation.

    La clivage Hamon / Mélenchon est un clivage de conception profonde de la stratégie de l’impérialisme et du capitalisme français. La vision de Hamon est celle d’un impérialisme français qui reste dans ses choix d’alliance : Libre-échange, Europe et Atlantique. Elle est une vision qui se heurte à celle de Mélenchon : protectionniste, anti-UE et ouraliste. Considérer que les deux sont compatibles montre le niveau de naïveté de la part des insoumis. Elle n’était pas possible, pas concevable, et il est logique que ceux qui rejettent Hamon mais acceptent ses conceptions stratégiques aillent plus vers Macron que vers Mélenchon.

    Hamon incarne la fin du Parti Socialiste tel que nous pouvions l’avoir connu. Passant de parti majoritaire aux élections à une organisation en 5ème position, éventrée, humiliée, il est évident qu’une étape s’est franchie dans son histoire.

    Ceci incarne en plein la faillite de la social-démocratie, du menchevisme, du réformisme, de la possibilité pour une organisation qui prétend assurer un consensus entre les intérêts de la bourgeoisie et des travailleurs de ne pas sombrer dans l’opportunisme. Cette défaite est la victoire la plus importante. Elle est l’aboutissement d’un processus de décomposition, d’effondrement, de droitisation. Elle est le champ du cygne d’une organisation ayant toujours défendu une politique fausse et anti-révolutionnaire.

    La France Insoumise se voit désormais le nouveau pôle social-démocrate. A n’en pas douter, ceci représente l’aboutissement du travail de Mélenchon depuis son départ du Parti Socialiste : organiser autour de lui, de sa clique issue de l’O.C.I., le nouveau centre réformiste. Ainsi, l’ancien ministre, l’ancien P.S., aura réussi son tour de passe-passe : sauter par dessus les cadres du PS pour former son Parti Socialiste bien à lui.

    Cependant, le P.S. nous réserve certainement bien des surprises. Son appareil, son réseau associatif, ses courroies de transmissions sont toujours là, et il est douteux que le vide temporaire qu’il laisse puisse être occupé par la F.I. ou par une organisation manquant de cadres comme « En Marche ! ». Personne ne peut être plus satisfait de la défaite massive de Hamon, du succès de Macron et de Le Pen, que des cadres opportunistes, lesquels vont pouvoir, sans risquer l’opprobre générale, passer aux côtés du traître d’hier et mendier une place.

    Les poussières qui suivent, notamment Philippe Poutou, n’ont pas réussi à capitaliser sur leurs performances dans les débats. Ils ne sont pas apparus comme des alternatives crédibles, sont restés sur un électorat faible et fractionné. Etrangement, celui qui, derrière Hamon, tire son épingle du jeu, est Nicolas Dupont-Aignant, lequel incarne une forme de FN « propre, » loin des affaires, malgré ses piètres performances et ses prises de pied dans le tapis.

    L’abstention et le boycott sont restés forts, aux alentours des 22%. Nous considérons que le fait qu’un électeur sur cinq ne se soit pas exprimé est significatif de la démoralisation de ceux-ci et du dégoût pour la démocratie bourgeoise.

    Ceci représente plus que les voix de Macron (18% de l’ensemble) ; que les voix de Le Pen ( 16% ) ; que les voix de Mélenchon (15%). L’issue de ce premier tour est donc la suivante : la première force politique est le rejet du parlementarisme bourgeois, conscient, théorisé, ou non.

    Le premier tour est un séisme du fait de la disparition des deux grandes forces politiques : PS et LR. Depuis l’élection de Giscard en 1974, l’alternance était restée entre la « droite gaulliste » et la social-démocratie.

    Deuxième tour, premières manigances.

    Dès l’annonce des premiers résultats solides et fiables, les bouches se sont déliées. Sans perdre un instant, Pierre Laurent, dirigeant du PCF, s’est rué pour assurer Emanuel Macron de son soutien. Sans un suzerain P.S. pour lui assurer des places, des élus, des positions, le P.C.F. court le risque d’être victime d’un effet domino entraîné par l’effondrement de son allié et maître.

    Mélenchon et la France Insoumise sont des partenaires gênants et peuvent très bien tenter d’achever le parti zombie pour le remplacer purement et simplement. D’où la terreur du boutiquier Laurent, dont le parti dépend, plus que tout autre, des versements des élus pour tenir (55%).

    Nous nous réjouissons de cette prise de position, dans le sens où elle illustre tout l’opportunisme de cette organisation politique, toute sa soumission, toute sa décomposition et sa putréfaction.

    Philippe Poutou, qui avait voté Hollande en 2012, a appelé à participer aux manifestations anti-FN, tout en mentionnant que Macron n’était pas un rempart contre le fascisme. Si cette position n’est pas injuste en soi, elle deumeure obnubilée par l’épouvantail FN, ne se porte pas sur une position de rupture avec le réformisme bourgeois.

    Comment en serait-il autrement pour une organisation fondamentalement réformiste sous un vernis radical, qui -même dans ses clips de campagne- s’est toujours présentée comme pouvant gagner et changer les choses en étant élu ? Comment en serait-il autrement pour une organisation qui s’est aplatie, qui a quémandé le droit de concourir dans une course truquée ?

    Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a déclaré qu’il ne prenait pas position, n’étant pas mandaté pour. Cette absence de ligne est une des caractéristiques de l’opportunisme et du centrisme. En n’appelant pas à ne pas voter pour Macron ou Le Pen, le tribun laisse la porte ouverte, admet, par la négative, que cette possibilité est juste et raisonnable. En faisant ceci, mais il est loin d’être le seul, il laisse les positions les plus droitières, les plus modérées, les plus réactionnaires prendre les décisions.

    Botter en touche sur les questions clivantes est une marque de fabrique du trotskisme dont est issu Jean-Luc Mélenchon. Tout comme la question du colonialisme, face à laquelle son sbire Corbière s’est montré d’une lâcheté invraisemblable, la question d’impulser la ligne quant au vote au second tour semble paralyser la direction de la France Insoumise.

    Ne pas avoir reçu de mandat sur cette question sonne, à nos oreilles, comme farce à double-tranchant. Cela signifie que des mandats ont été donnés sur les positions ultra-chauvines, nationalistes, de chef du PG. Cela jette un éclairage passionnant sur les opinions de ceux qui auraient composé ce mandat, sur leur véritable physionomie politique.

    Les discussions internes à la France Insoumise, quant au positionnement face à ce tour, restent en suspens. Nous les suivrons avec attention.

    Ce second tour s’annonce comme une victoire aisée de la part du candidat de la bourgeoisie, mais également comme de vaines gesticulations, comme des concessions, des compromis, des ralliements. Une comedia dell’arte passionnante se dévoile, dans laquelle chacun rivalise de coups bas pour participer au gouvernement du plus jeune président de la République.

    L’arrivée des législatives, dans ce climat de décomposition, de recomposition, de chaos électoral, laisse songeur. Bien des questions sont sans réponse à l’heure actuelle.

    Macron est-il en mesure de faire surgir des cadres et des relais locaux suffisants pour permettre d’occuper l’espace qui lui est offert ? Peut-il réussir à transformer l’essai et à constituer une majorité parlementaire solide ou, au moins, fonctionnelle ?

    Le vide laissé par le PS sera t-il comblé par un simple retournement de veste de la part des membres de l’appareil ?

    Assisterons-nous à la concrétisation d’une opposition formée d’un F.N. capable de disposer d’élus nombreux ? D’un gouvernement pris en étau par une opposition parlementaire de gauche et une de droite ? Ces questions trouveront leurs réponses d’ici quelques mois. Une certitude demeure : ces cinq années seront sous le signe du vacillement, du louvoiement, de la fragilité, donc, paradoxalement, du risque de dégénération en brutalité débridée.

    Quant à nous, notre position est simple : Préparons-nous au choc. Préparons-nous à l’offensive de la bourgeoisie. Serrons les rangs et tirons les conclusions de cette campagne électorale.

    Ceux et celles qui se réjouissent de voir les sociaux-démocrates retourner dans l’opposition doivent faire le deuil de leurs illusions. La social-démocratie se caractérise par l’opportunisme et la trahison. C’est sa physionomie première.

    De même ceux qui, une fois leur candidat mis en échec, se targuent d’être des révolutionnaires dans l’âme, et tentent diverses O.P.A. sur les mouvements abstentionnistes, de boycott, allant jusqu’à tenter de faire coexister « nuit des barricades » et « JLM 2017. »

    Notre seule option est le rejet du parlementarisme, de ses cadres étriqués. Nous devons nous rassembler, tout ceux, toutes celles qui rejettent ce système truqué, sur des bases progressistes, anti capitalistes, anti impérialistes.

    Notre réponse aux idées fascistes est dans l’unité populaire, non dans le fait de plier le genou devant les droitiers et les libéraux.

    Nous devons fonder l’opposition extra-parlementaire, l’outil de la résistance.

    Nous devons frapper et briser le mythe de la démocratie bourgeoise. Dénoncer l’opportunisme, le chauvinisme, le réformisme radical.

    Nous devons construire l’outil de la victoire, le Parti Communiste.

    Osons lutter, osons vaincre !

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie V – Final

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie V – Final

    La quatrième partie de cette brochure est disponible ici.

    La brochure intégrale est disponible en PDF ci-dessous.

    LES BASES DE L’UNITÉ EXISTENT AUJOURD’HUI

    Les bases de ce travail commun existent, les bases de l’unité, dans la pratique, existent. Les besoin, le désir de réaliser ceci existe. Les conditions pour la création de ce front de lutte sont toutes réunies à l’heure actuelle. Ne manque que l’unité de volonté, l’impulsion, l’étincelle. Hormis cela, rien ne s’oppose au fait de réaliser cette étape, d’entamer la route de la rupture avec la bourgeoisie et la forme d’Etat que celle-ci met en œuvre.

    Les élections seront perdues par les masses populaires. Ce fait est inéluctable. Quelque soit le candidat ou la candidate qui accèdera à cette fonction. Dès la fin de ces élections, hormis la nouvelle parenthèse des législatives, les manigances vont reprendre. L’hydre de Lerne du Parti Socialiste, de la social-démocratie, va tenter de faire repousser de nouvelles têtes, les maquillant d’un vernis gauchiste.

    Les ramifications de ces organisations, de nouveau, vont tenter de s’implanter, de corrompre, de coopter les militants et militantes, les travailleurs et travailleuses, de se reconstituer, de redonner vie à leur corps épuisé par la défaite. Sans la possibilité de battre les idées fausses, les thèses pourries, celles-ci renaissent inlassablement, tel le flux et reflux de vagues. Des idées qui bercent d’illusions, de programmes de transitions, de révolutions permanentes et de grands soirs, qui n’ont lieu que dans les rêves. Tandis que, dans la pratique, ce sont les mêmes jeux, les mêmes cachoteries, les mêmes tractations qui reprennent, dans la mairies, dans les assemblées, dans les hôtels de région.

    Et encore ! La situation actuelle est encore celle d’un calme relatif, d’un ciel où les nuages sont épars. Des épreuves bien plus difficiles sont à prévoir, à l’avenir.

    Que cela soit le risque de guerre internationale, du fait de l’affaiblissement relatif de la chape de plomb des USA, par la montée de nouveaux acteurs internationaux, par le recours à la force armée qui s’accroît au fur et à mesure que les impérialismes déclinant dévissent.

    Dans ce cadre, quelle sera l’attitude d’un environnement militant marqué par l’hésitation ? Cent ans auparavant, la plus grande majorité des forces progressistes se sont associées aux projets criminels de l’impérialisme français. Il est fort possible que les sociaux-démocrates fassent de même, à nouveau, en ayant toujours à la bouche les notions de civilisation, de droit, d’universalité. Combien d’organisations -aujourd’hui se targuant d’être les fers de lance de la révolution- accepteront les mots d’ordre, prendront faits et cause pour l’impérialisme ?

    Les  luttes sociales, même le fameux « troisième tour social »  n’aboutiront à rien si ces événements ne débouchent pas sur une structure, ou ne trouvent pas de centre à épouser. Ce centre doit être bâti, en amont, pour que le camp du peuple puisse grandir, quantitativement puis qualitativement.

    Ce camp n’est tout simplement pas prêt. Il est divisé, faible.

    Ses tâches sont immenses, gigantesques, plus grandes que celle qu’il peut aligner aujourd’hui.

    Le dilemme est simple : ou ce camp se hisse à la hauteur de ces tâches, ou il se résigne à vivre en croupion de l’impérialisme et du réformisme.

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie IV

    Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie IV

    La troisième partie de cette brochure est disponible ici.

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    CONSTRUIRE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE

    L’opposition extra-parlementaire répond à un constat : la démocratie bourgeoise se borne strictement à l’idée que le vote est l’acte suprême, le seul légitime, le pinacle de la démocratie. Certes, certains réformistes progressistes concèdent qu’il est possible de doubler ceci d’une pointe de démocratie participative, mais cela reste aux plus bas échelons, sur des questions subsidiaires. Discuter la politique de défense ? Discuter le budget de l’Etat ? Non.

    La bourgeoisie présente la démocratie comme un blanc-seing donné, tous les 5 ans, à un député voleur, à un président menteur, et dont il est de bon ton de se contenter. La démocratie, pour la bourgeoisie, se limite aux cadres étroits qu’elle décide, qu’elle impose, dont elle décrète la légitimité. Qu’importe si elle transgresse régulièrement sa propre légalité, elle joue à domicile en permanence.

    Si les forces communistes sont déjà dispersées, que dire de celles de la nébuleuse anticapitaliste ? Cette masse, pourtant importante, est régulièrement victime de son isolement, régulièrement infectée par des thèses fausses, elle est battue dans le détail, écrasée par l’hégémonie culturelle, politique de la bourgeoisie. Cette nébuleuse, malgré ses oppositions, malgré ses différences, doit, dans ce front large, se rassembler.

    L’opposition extra-parlementaire a pour idée de réclamer le contraire. La démocratie, réelle, c’est celle de la mobilisation des masses. C’est celle des assemblées populaires, c’est celle de la rue, des syndicats, des organisations politiques, révolutionnaires, antiparlementaires. La démocratie réelle se traduit par le fait que les masses prennent des décisions et sont en mesure de les exécuter. Dans la doxa bourgeoise, seule les élus « légitime » peuvent s’exprimer publiquement, prendre position. Ce droit à l’expression, cette légitimité devront être arrachés.

    Cette idée ne saurait être, à elle seule, la voie de la révolution. Dans l’Etat actuel des choses, elle représente une solution intermédiaire, un moyen, un premier point d’ancrage, une première marche vers la rupture avec la bourgeoisie et ses jeux truqués.

    L’opposition est ouverte  tout ceux, toutes celles -individus comme organisations- qui se placent en rupture avec la démocratie bourgeoise. A partir du moment où l’engagement est mû par l’honnêteté, par la sincérité, par le respect des règles internes à l’opposition, de sa « légalité propre », en somme, il n’existe pas d’obstacles à une adhésion.

    Elle est un front commun contre l’exploitation, contre la domination, contre les divisions et diversions lancées par les ennemis du peuple. Elle est le premier rempart dans la période de défensive stratégique que traversent les classes populaires de l’Etat français.

    Ses bases n’ont besoin que d’être minimes pour être efficaces :

    Le rejet du sectarisme comme norme. L’Unité Communiste Lyon, ainsi que les structures dans lesquelles ses militants ont pu officier avant, peut en témoigner : l’anticommunisme, l’anti-léninisme n’est pas mort. Tandis que milles prétextes sont trouvés pour excuser les conflits avec les sociaux-démocrates de gauche, avec les trotskistes, entre les anarchistes, le léninisme continue d’être vu comme une horrible maladie. La formidable machine de propagande bourgeoise porte ses fruits : rendre ennemie l’idéologie de la liberté et de l’égalité. Pourtant, le travail commun existe, porte ses fruits, montre que la confiance et l’esprit d’unité, soudé par le travail de terrain, est un ciment plus efficace, plus juste, que les semblants d’affinités qui peuvent exister.

                Le refus du parlementarisme, de la démocratie représentative comme étant des modes d’expression et de gouvernement légitimes. Le refus de l’accaparation du pouvoir par une poignée de politiciens professionnels, élus sur des mandats vagues et non-contraignants.

    Le rejet du crétinisme parlementaire, ce mode de prise de décision alambiqué, par l’amendement à la virgule, par le langage technocratique. Au contraire, les prises de décisions doivent être sur le fond, claires, simples et limpides aux yeux de toutes et tous.

    Le respect des règles et de prises de décision, la lutte contre le sabotage interne, contre l’obstruction, contre le non-respect des mandats. La lutte contre l’entrisme, le noyautage, la récupération par des sous-marins de la politique.

    Le rejet du capitalisme comme mode de production et d’organisation de la société. Bien évidemment, il ne s’agit nullement de défendre un retour au capitalisme « du bon vieux temps », ou d’un féodalisme périmé. Il s’agit d’abolir la propriété privée des moyens de production et de la remettre entre les mains des masses.

    Le rejet de l’impérialisme, et, en premier lieu, l’impérialisme français. L’opposition extra-parlementaire ne saurait tolérer de chauvins, sociaux ou non, soucieux d’accroitre le « bien-être national » par l’invasion, l’annexion, la domination. Cela passe également par une reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, ce y -compris au sein de « l’hexagone » et de ses dépendances.

    L’indépendance de classe. Les balles sucrées de la bourgeoisie, qui corrompent, qui achètent, mais qui salissent et tuent aussi, sont un danger réel. Dépendre de la bourgeoisie, dépendre d’un de ses partis -qu’il soit réformiste radical ou non- signifie in fine se mettre à sa remorque. La liberté de ton, la liberté d’action ne doit dépendre que de la volonté et des forces objectivement disponibles. L’opposition ne doit pas dépendre des subsides, des subventions, de l’argent de la bourgeoisie et de ses relais. Elle ne doit compter que sur ses propres forces, ses propres ressources.

    LES OBJECTIFS DE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE.

    A l’heure actuelle, seul les salons de la bourgeoisie, ses confortables fauteuils, ses sinécures, ses cadres. Une unité, qu’elle rassemble anarchistes, libertaires, communistes, honnêtes et progressistes, doit permettre de fournir, vis-à-vis des masses, un autre discours. Dans le cas de ces élections, ce pôle aurait pu appeler à dénoncer, à boycotter ce jeu truqué. Il aurait pu avoir le poids suffisant pour être, à sa mesure, un acteur du débat, un intervenant politique, tout aussi légitime, aux yeux des masses qu’un candidat.

    Ses formes restent à définir, cependant les questions qu’elle pose ne sont nullement insolubles avec un minimum de volonté, avec un minimum de travail sérieux.

    Elle présente un double aspect : cette opposition doit être à la fois une « ligue » d’organisation, mais -en même temps – elle doit être plus que tout cela. Si elle peut être, au début, une conférence inter-organisation, mettant en œuvre un matériel commun, elle ne peut rester que cela. Sans évolution, elle reviendrait à être unitaire pour deux. . Si l’opposition reste dans un entre-soi confortable, si elle ne quitte pas sa safe-zone pour devenir un pôle, elle s’effondrera. Il est essentiel d’être critique vis-à-vis des expériences similaires. Elles sont restées dans les universités, dans les centre-ville, dans les squats. Nombre de ces contestations n’ont pas fusionné avec les masses, sont restées sourdes à leur situation, à leurs revendications, à leur état d’esprit. Réussir cette transformation,, cette fusion, est la condition sine qua non du succès. Cette réussite permettra de forger un outil puissant, un bouclier, mais également une épée avec laquelle il sera possible de frapper la bourgeoisie et ses relais -progressistes ou réactionnaires.

    L’expérience concrète du débat politique, de l’exercice, même limité, des tâches de direction, est une fantastique source d’expérience. De même, elle rentre dans la logique, par les liens, par les débats concrets qu’elle pose, de la bataille idéologique. Le travail commun formera un brise-lame pour nombre d’idées fausses. Nulle question ne doit être taboue en son sein. Notamment, celles, particulièrement épineuses, de la question nationale au sein de l’Etat français, mais également des contradictions au sein du peuple, que celles-ci soient autour des question de la division genrée du travail, du patriarcat, du racisme, de la pratique religieuse, des idées réactionnaires ou arriérées.

    De nombreux cadres, il est important d’être honnête sur ce point, ont fait leurs premières armes dans les assemblées générales majoritairement étudiantes. Ce sont dans ces lieux de débat, d’échange, de confrontation, que se sont aiguisées nombre d’éminentes capacités d’exercice des tâches d’encadrement, d’agitation ou de propagande. Cependant, ces cadres sont bien souvent de parfaits représentants de la petite bourgeoisie, enthousiasmés par les idées révolutionnaires, mais rapidement effrayés par les évolutions qu’elles peuvent prendre, et qui, parfois, retournent purement et simplement leurs veste, passant avec armes et bagages dans les rangs des carriéristes ou même de la réaction.C’est un bénéfice que peut apporter cette opposition. Elle doit être un creuset duquel naîtra une génération de militants et de militantes d’une trempe nouvelle, mais, également, issus des milieux populaires, prolétaires, ouvriers, et non plus simplement d’intellectuels de bonne volonté, aussi positive leur présence soit-elle.

    A moyen terme, l’existence de cette structure peut permettre d’en faire un centre de gravité de l’hostilité contre le système capitaliste, contre l’impérialisme. Cela peut devenir un point d’appui essentiel, fédérant les opposition, les unissant, y adjoignant ceux et celles qui veulent lutter.

    A long terme, cet outil ne remplacera jamais, pour l’impulsion d’une révolution, le Parti. Pourtant, ce travail n’en est pas moins fondamental. Nombre d’organisations, se revendiquant du communisme, pourtant l’oublient, l’omettent, voir même l’écartent.

    Ou il oublient la démocratie populaire, oublient les soviets, et ne voient, dans la question du pouvoir, que leur ordre. Ceux-ci oublient les masses et n’ont pas confiance en elles pour se saisir politiquement des questions. Ces organisations et ces individus pensent que le Parti est tout, qu’il est l’alpha et l’oméga de la vie politique et de la révolution. Ceux-ci pêchent par leur autoritarisme, par leur aventurisme.

    A l’inverse, d’autres les fétichisent à outrance, se mettent à la remorque, ne cherchent pas à apporter des conceptions politiques poussées, mais, au contraire, flattent la démagogie, les tendances réactionnaires, oublient que la lutte des classes et la lutte idéologique est partout, même au sein du peuple.

    L’Unité Communiste de Lyon considère son rapport à cette question de la manière suivante : à nos yeux, les deux sont nécessaires, le Parti, pour porter les mots d’ordre, pour impulser la ligne politique, pour fournir des cadres organisationnels. Les Soviets comme outils des masses populaires pour prendre en charge ces questions politiques, pour transformer, par leur capacité créatrice, ces mots d’ordres en réalité.

    Ces soviets sont la base du pouvoir populaire, du pouvoir révolutionnaire. Plus ils grandiront en influence, plus ils seront à même de pouvoir contester la légitimité du pouvoir bourgeois, plus ils seront à même de pouvoir opposer la leur.

    Ce sont des spéculations sur le long terme, mais ses fondements peuvent déjà être lancés. Il est même urgent qu’ils le soient.

  • Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire. PARTIE I – L’hégémonie réformiste.

    Cette brochure en plusieurs partie est disponible en entier dans le lien ci-dessous.

    L’HEGEMONIE REFORMISTE

    En cette veille d’élection, le constat est sans appel, le réformisme est la force principale au sein de la société. Les organisations évoluant dans un cadre strictement borné par la démocratie bourgeoise sont majoritaires, hégémoniques.

    A cela, pas de surprise. A l’heure actuelle, il n’existe pas de pôle révolutionnaire au sein de l’Etat français suffisamment influent pour que ses idées agissent sur la société. De plus, la spontanéité des masses se tourne vers la réforme, l’amélioration du quotidien, de la vie de tous les jours, vers l’économisme. Dépasser ce stade demande plus que le vécu individuel, que le regard au niveau de l’horizon ; cela demande une prise de hauteur, apportée par la théorisation, par l’idéologie politique.

    Il s’agit d’un travail à part entière. Tant que les forces révolutionnaires -au sens très large- ne le font pas d’une manière efficace, il n’y a lieu de s’étonner de l’hégémonie réformiste. Pester, reprocher aux masses cela, ce serait faire un fort mauvais procès. Les thèses révolutionnaires, seuls les révolutionnaires sont en mesure de les apporter.

    Or, elles sont faibles et dispersées.

    Profitant de ce vide, particulièrement en période d’élection, certaines organisations prétendent être les porte-étendards de la révolution. Ces organisations sont essentiellement bâties autour des conceptions trotskistes : Lutte Ouvrière ; le Nouveau Parti Anticapitaliste ; la France Insoumise.

    Elles se caractérisent par un discours au vernis radical, mais par une position politique foncièrement droitière ; menchevik ; réformiste ; trade-unioniste -au mieux ; sociale-chauvine -au pire.

    A celles-ci, ils serait possible d’accoler, dans une certaine mesure, le dauphin du Parti Socialiste, Benoît Hamon. Bien que ne surfant pas sur l’image du révolutionnaire, son discours sur le salaire universel, vaste arnaque, s’adressait à un public-cible très à gauche tout en satisfaisant les désirs des plus libéraux.

    Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste possèdent un code génétique relativement similaire. Leur ascendance trotskiste donne naissance à certaines similitudes que la scissionnite trotskiste n’a pas effacé.

    Elles se basent toutes sur un constat similaire, issu du menchevisme de Trotski : la révolution est impossible à l’heure actuelle. C’est un des facteurs de la théorie de la révolution mondiale de Trotski. Elle se base sur l’idée qu’il n’est possible de construire le socialisme qu’à l’échelle mondiale. Son corolaire est qu’il est donc nécessaire d’attendre la présence de tous dans les starting-blocks de la révolution. Comme cela n’a pas lieu, du fait des inégalités de développement du capitalisme dans le monde, en attendant, ces organisations font du réformisme. Cet attente trouvait, un temps, une excuse dans le poids de l’URSS, dont ces organisations ont célébré la chute. Désormais privées de leur excuse favorite, elles en cherchent d’autres, dont le « reflux du mouvement ouvrier », éternel, intangible, justifiant tout.

    Le deuxième aspect est celui du programme de transition. Les masses, selon ces organisations -mais elles ne sont pas les seules- ne sont pas en mesure de comprendre la nécessité stratégique de la révolution. Il est essentiel, pour ne pas les effrayer, de n’en parler qu’à mots couverts. Par contre, le programme se fait sur la base de revendications impossibles à satisfaire sous le capitalisme, mais qui ne le remettent pas fondamentalement en cause. L’exemple typique est « l’interdiction des licenciements », foncièrement incompatible avec le fonctionnement du libéralisme et du capitalisme, avec son caractère vacillant, mais qui n’est pas une négation de ce mode de production. Dans la même veine, les « nationalisations démocratiques sous contrôle ouvrier », impossible à mettre en œuvre sans la contrainte la plus sévère sur la bourgeoisie. Ni possibilité d’obtenir ceci sous la dictature de la bourgeoisie, ni socialisme. Un entre-deux qui amène, invariablement à l’échec et à la désespérance. La construction du rapport de force se nourrit de victoires, non de cul de sac. D’autant plus que cette position tend à faire stagner le niveau de conscience politique, à le tirer en arrière, à le maintenir dans la charrette réformiste, voir à combattre les éléments les plus avancés, les plus révolutionnaires.

    Le dernier aspect commun, surtout marqué au sein du N.P.A., est le centrisme. Ce centrisme permet à la fois de concilier l’inconciliable mais également de rejeter toute prise de position claire. Ainsi, le N.P.A., peut à la fois faire des meeting et des manifestations avec des organisations hostiles à la cause kurde, sur le dossier de la Syrie, mais également saluer la lutte du peuple kurde Cet aspect à double face, cette absence de physionomie, est un trait majeur du trotskisme. Le « ni-ni », « ni vote-ni abstention » ; « ni paix-ni guerre », suit la même ligne. Il s’agit toujours de ne pas définir de ligne, de rester flou vague, de racoler le plus largement. Dans les faits, ce vide entre deux positions sert systématiquement la position la plus libérale, la plus droitière, que seule la fermeté peut combattre.

    Lutte Ouvrière, pour revenir dans le vif du sujet, est, comme son nom l’indique, marquée par un ouvriérisme caricatural. Cela consiste à rester fondamentalement collé au ras du sol d’un point de vue idéologique, de rester dans l’économisme le plus plat, de soutenir chaque lutte sociale, même réactionnaire, sous le prétexte qu’il faut unir tous les travailleurs. Aux yeux de L.O., avant d’être le valet de la bourgeoisie, le policer, la policière, est un ou une prolétaire. Ceci était l’argument-massue de cette organisation dans son soutien aux manifestations de la Police, lesquelles demandaient, en somme, le droit de tuer impunément.

    Dans la pratique, cela se traduit par le fait de ne pas vouloir poser la moindre question qui puisse faire clivage -féminisme, luttes de libération nationale, antifascisme- pour maintenir « l’unité de la classe ouvrière. » Cela revient à tenter systématiquement une synthèse entre les positions droitières, réactionnaires et les positions progressistes. Cela revient à un opportunisme de bas étage. Au lieu de faire avancer idéologiquement les question, d’isoler la droite et de soutenir la gauche, L.O. applique la recette, évoquée plus haut, du centrisme :unir, rassembler, nier les clivages.

    Le programme suit parfaitement cette logique : tout en dénonçant le patronat, la candidate de Lutte Ouvrière ne pose que des revendication économiques, plates. Hausse des salaires, baisse du temps de travail.

    La question du pouvoir, la question de la dictature du patronat n’est à aucun moment réellement évoquée. Derrière cela se trame toujours l’héritage génétique du programme de transition . L.O. n’ose pas parler de révolution, maintient un cap réformiste, petit-bourgeois. Ainsi, en dernière instance, c’est le passage par les urnes qui forme l’architecture de sa stratégie.

    Le N.P.A., pousse un peu plus loin la logique. Si L.O. évoque fatalement une secte, l N.P.A. se joue, au contraire, sur une façade joliment peinte, avenante, jeune et radicale. Pourtant, idéologiquement parlant, la distance est relativement faible entre les deux branches du trotskisme.

    L’économisme,  le trade-unionisme, du N.P.A. donnent à celui-ci un programme tout aussi digne d’un super-syndicat, mais ne répondant pas aux questions politiques.

    Ainsi, le texte du tract appelant au meeting de Vénissieux du mardi 11 avril 2017, les titres des trois premiers points sont éloquents :

    1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Comment ? Jamais le tract de le mentionne. Comment vaincre l’opposition de la bourgeoisie, laquelle accepterait sans broncher les décisions des votants ? Incroyable naïveté ou mensonge assumé.

    Le tract lui même se tire une balle dans le pied en clamant : « le débat est ennuyeux car il fait l’impasse sur les solutions radicales qu’il faut mettre en place pour sortir de la crise. » In fine, la solution du N.P.A. ? Votons.

    En revanche, tandis que Lutte Ouvrière est particulièrement avare de commentaires sur le sujet, ou alors avec une maladresse terrible, le Nouveau Parti Anticapitaliste, quant à lui, est particulièrement prolixe sur les sujets de société. Ainsi, la question des violences policières, des luttes LGBT+, du racisme, sont régulièrement évoquée. Cela contribue à son caractère d’organisation de la jeunesse réformiste-radicale.

    Dans la lignée trotskiste, le NPA reste profondément lié à la social-démocratie, qu’il essaie inlassablement de tirer vers la gauche, de radicaliser, sans comprendre la nature de classe de celle-ci. C’est un des aspects qui ont fait que Philippe Poutou s’est montré particulièrement conciliant avec Benoît Hamon au cours des débats, ainsi qu’avec son concurrent direct : Jean-Luc Mélenchon.

    Cette organisation sort d’une période où elle était au creux de la vague. Elle a, en effet, connu maints déboires durant le début de cette campagne : Difficulté de réunir les parrainages ; manque de cohésion interne ;  manque d’unité de volonté lié au fonctionnement en tendances et en fractions.

    Une fois franchi le goulot d’étranglement des signatures, une fois franchi les premiers déboires, cette organisation a réussi quelques coups d’éclat. Cependant, cet allant, cet entrain, avec lequel Philippe Poutou se lance dans la course, ne peut faire oublier le fond de l’affaire : la course est truquée et le N.P.A. ne dénonce pas ce truquage.

    Les militants du N.P.A. ont beau clamer le contraire, dire que « en leur fort intérieur », ils et elles sont pour la révolution, le discours tenu vers les masses n’est pas en conformité avec ce désir. La communication politique de l’organisation amène même vers le sens inverse. Aspect révélateur, dans la pétition, lancée pour l’accès à la présidentielle de leur candidat,  les héritiers de la Ligue ne dénoncent pas la démocratie bourgeoise. Ils et elles dénoncent le fait que l’élection se placerait sous le signe du « recul démocratique » si jamais Philippe Poutou ne pouvait participer. A contrario, cela signifie que sa présence entraine, mécaniquement, une avancée démocratique. Cela contribue donc à accorder un semblant de légitimité au jeu pourri.

    Le 4ème mur, celui de la dénonciation de la démocratie bourgeoise, n’est toujours pas brisé. La pièce de théâtre continue.

    La France Insoumise -dirigée par Jean-Luc Mélenchon- est un cas de figure autre. Elle franchit avec entrain et panache une ligne de démarcation essentielle : celle du chauvinisme. Celui de Mélenchon est outrancier, furieux, débridé. La France Insoumise est ainsi titulaire d’une triplé de fautes.

    Premièrement, comme chez les deux précédents, l’économisme plat. Les changements proposés par la clique de Mélenchon sont du domaine du détail, toujours la même ritournelle. Augmentation des salaires, sans prise en compte de l’inflation, réduction du temps de travail, amélioration de la protection sociale…etc.

    La politique, quant à elle, est un mélange de messianisme et de programme de transition. Comment une VIe République aboutirait-elle à autre chose qu’a une constitution sanctionnant les rapports de forces au sein de la société ? Comment une limitation « morale » de la finance peut-elle être mise en œuvre sans recourir à la force ? Comment croire que des nationalisations amèneraient à autre chose qu’a un transfert de la propriété formelle des moyens de production à l’Etat, non au peuple ? La planification écologique, elle aussi, est une chimère. Elle n’est nullement applicable autrement que dans un système socialiste d’économie planifiée. Or, ce système, qui exige de briser le pouvoir de la bourgeoisie, Jean-Luc Mélenchon ne l’apporte pas ; la France Insoumise ne l’apporte pas.

    Ce qu’apporte, en revanche, ce programme, c’est un immense appui aux menées impérialistes de la bourgeoisie la plus réactionnaire et la plus chauvine.

    L’obsession de Mélenchon est toxique : celle d’une idée de l’Etat français comme d’une espace dominé, colonisé, par l’ennemi germanique et américain. Dans sa conception du monde, non seulement la France Insoumise ne reconnaît pas l’impérialisme français, mais elle souhaite l’acoquiner avec d’autres : le russe et le chinois. Dans un sens, Jean-Luc Mélenchon fait plus fort que Deng Xiaoping, il invente une nouvelle théorie des trois mondes. Un monde constitué d’une sphère germano-américaine – les superpuissances; suivie d’une faite de puissance intermédiaires -France, Chine, Russie ; puis d’un Tiers-monde dont la France devrait, avec les BRICS, prendre le leadership.

    Ainsi, pour citer son ouvrage, L’ère du peuple : « Dès lors, quel crève-coeur de voir la France rabougrie ! À cette heure notre République devrait se  dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballottée par les événements, tenue en laisse par Mme Merkel. » Voici une illustration de la conception de ce triste sire, obsédé, tel un Foch, par le voisin d’outre-Rhin.

    « Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. »  En l’occurrence, c’est cette même France, celle qui impose des dirigeants, qui maitrise le Franc CFA, qui bombarde, qui exploite, qui vole, qui devrait, sans transformation aucune, prendre la tête de l’alliance mondiale est peuples heureux.

    L’obsession de Mélenchon possède deux noms : OTAN et UE. En revanche, la capitalisme, l’impérialisme français ne sont jamais un réel problème.

    L’économie de la mer, mise en avant par la F.I., est une ode à la grandeur des Zones Economiques Exclusives de l’Etat français. Une ode à la possession territoriale, à la maîtrise des océans, à l’exploitation ou la surexploitation des ressources halieutiques.

    Toujours dans cet ouvrage de la main du chef : « Et avec 11 millions de kilomètres carrés, il dispose du deuxième territoire maritime du monde, juste derrière les États-Unis d’Amérique ! Cet espace représente plus de 16 fois notre territoire terrestre. La France continentale étale mille kilomètres de côtes. Mais 97 %  territoire maritime se situe dans les pays d’outre-mer si souvent regardés de haut ou délaissés par d’ignorants prétentieux.

     

    Je suis consterné par l’indifférence qui règne face au potentiel que cette situation contient. La France a le quarante et unième territoire terrestre du monde. Mais en l’additionnant à son espace maritime, notre pays est un géant. Le sixième du monde, juste derrière le Brésil mais devant la Chine ou l’Inde ! Ce territoire s’est encore accru de 10%   dans les années 2000 sans tirer un coup de fusil. Cela parce que notre pays a pu remettre à temps à l’ONU les preuves scientifiques de la continuité physique des nouveaux territoires maritimes connus avec ceux déjà attribués aux Français !

     

    Dès lors, sur cette nouvelle mappemonde, la France n’est pas la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle François Hollande en s’intégrant servilement aux politiques de l’empire nord-américain. C’est une puissance à vocation universaliste, présente sur les cinq continents dans leur contexte maritime. Mais la présidence actuelle ne connaît rien au sujet et ne s’y intéresse pas. »

    « En ce sens c’est une « nation universaliste ». La France l’est d’une  façon très physique. Elle est présente sur les cinq continents. Sa plus longue frontière est avec le Brésil, ce que l’on oublie car on néglige l’existence de l’immense et magnifique Guyane française. »

    L’Empire ne court pas de grands risques avec les sociaux-chauvins de cette trempe.

    Le protectionnisme et les accords bilatéraux sont, également, un chant de sirène destiné a appâter le chauvin et le naïf en économie. Se replier sur les liens néocoloniaux, se couper de la concurrence internationale, du capital apatride… Dans le fond, ce projet revient à tenter de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers, de brimer, brider, ramener en arrière le capitalisme. La solution est pourtant non dans la contrition des lois du capitalisme, mais dans leur dépassement, vers le socialisme, vers le communisme.

    Quant aux militants de la F.I. ; une grande partie est très certainement de bonne foi. Tout comme la base du N.P.A., leur discours est souvent trois tons plus à gauche que la réalité du programme. A demi-mots, ils et elles admettent qu’il s’agit d’une ligne volontairement démagogue, chargée de rallier des suffrages. Ils et elles admettent le programme de transition, le discours sur l’UE et l’OTAN comme n’étant nullement suffisant. En revanche, ce qui n’est jamais accepté, c’est l’accusation de chauvinisme et de nationalisme outrancier.

    Celle-ci est systématiquement rejetée avec force. Pourtant, aucun texte ne permet de démontrer l’hostilité à l’impérialisme français de la F.I. ; ni même la reconnaissance de son existence. A l’inverse, il existe une littérature, de la main même de Jean-Luc Mélenchon, qui stipule l’inverse. La lecture du Hareng de Bismarck, de L’ère du peuple, est -à ce titre- instructive.

    Cette frilosité à l’égard de la critique de gauche rend, par ailleurs, la communauté des zélateurs de Mélenchon particulièrement agressive et hostile.

    Négation de la dictature du patronat ; négation du caractère truqué des élections ; négation du caractère de classe de l’Etat ; économisme et programme de transition. Voici ce qui trace le pentacle du réformisme-radical.

     

  • Dernière ligne droite avant les élections.

    Dernière ligne droite avant les élections.

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    Le dénouement des élections approche à grands pas. Un, ou une, nouveau leader du conseil d’administration du capitalisme et de l’impérialisme français va émerger.

    Après ces élections, l’ordre bourgeois restera inchangé.

    Ceci est une certitude.

    Non seulement du fait des sondages, du fait des votes, mais bien du fait du jeu lui-même. Seule la naïveté politique peut permettre de croire que la bourgeoisie donne l’opportunité aux travailleurs, aux travailleuses, de la renverser par les urnes.

    Car la bourgeoisie n’est pas stupide, loin de là. Elle est vive, réactive, elle anticipe. Contrairement aux discours moralistes, ce n’est nullement par méchanceté qu’elle agit ainsi, mais bien parce qu’elle est très consciente de ses intérêts de classe et très motivée à les défendre.

    Elle a organisé un système de répression, un système chargé d’arbitrer les conflits en sa faveur, chargé de gérer le plus pacifiquement possible l’exploitation. Ce système est l’Etat bourgeois. Telle est sa nature, telle est sa mission.

    L’Etat n’est pas neutre, n’est pas une entité coupée de la lutte des classes, flottante, une île au dessus des conflits. C’est un fer de lance de l’oppression de classe. Ceux qui pensent qu’il est possible de changer sa nature, de la bouleverser, d’en faire la conquête, sont dans l’illusion, dans un réformisme naïf. Il en est de même pour ceux et celles qui se présentent aux élections aujourd’hui.

    L’élection, tel le carnaval des fous, fait vivre la croyance en la possibilité de remettre en cause le pouvoir. Ce qui se déroule, chez ceux et celles qui, à travers les urnes, pensent changer les choses est une joute illusoire. Une joute, d’un David réformiste radical contre les Goliath des partis institutionnels. Si, dans l’Ancien Testament, David vainquit Goliath dans un combat franc, à mort. Dans les élections, David – NPA / LO- porte la réforme et combat dans une arène construite par et pour Goliath.

    Pour poursuivre dans la métaphore, cela revient à jouer dans un casino, à une table de joueurs tricheurs, propriétaires de l’établissement, et d’espérer néanmoins gagner.

    L’Unité Communiste de Lyon, comme une grande partie des organisations communistes, a pris une position claire sur le boycott des élections.

    Nous revenons un instant sur ce mot d’ordre :

    Il est, dans la gauche réformiste, de bon ton de tirer à boulets rouges sur les abstentionnistes. Avec la grâce et la candeur d’un cours d’Education Civique, les militants et militantes de ces organisations expliquent doctement que ne pas voter prive du droit de critiquer le résultat des urnes. Que cette démarche est un sabotage de la lutte menée, que ce mot d’ordre fait le jeu du Front National ou d’autres hommes de paille.

    N’est-ce-pas une splendide inversion de logique ? Si nous acceptions de jouer ce jeu truqué, en déclarant qu’il est valide, valable, qu’il est dans les règles, nous serions-là- moralement liés à son résultat. En d’autres termes, si nous jouons le jeu, nous devons en accepter l’issue.

    Lorsque François Hollande fut élu, notre organisation n’existait pas encore. Mais ses militants portaient déjà ce mot d’ordre. La gauche qui a élu Hollande, Mélenchon y compris, avait donc donné sa voix, sa validation, à l’homme, au gouvernement, qui liquida le plus le code du travail et la protection sociale dans la Vème République.

    Quelle légitimité ces porteurs du fléau ont-ils à le critiquer après coup ? Aucune.

    Dans les publications de 2012, émises par nos militants, nous annoncions ce résultat. La bourgeoisie avait choisi Hollande comme son fer de lance. Le soutenir signifiait se compromettre avec lui. Voter signifiait accepter le jeu truqué. Voter signifiait donc le considérer comme légitime et démocratiquement élu.

    Dans un placardage anti-électoral, daté de 1906, signé d’Albert Libertad : Le criminel c’est l’électeur, les anarchistes pointaient du doigt, avec une rare raison, ce jeu truqué. Ce texte n’est pas vieilli, n’est pas obsolète. Il est encore un credo,  moralisateur certes, mais, sur le fond, juste.

    Nous ne jouons pas les jeux truqués de la bourgeoisie, nous ne leur donnons pas notre validation.

    Nous ne faisons pas mystère de notre principe : stratégie ferme, tactique souple. Nous pourrions participer aux élections, si notre organisation était suffisamment grande, puissante, influente. Nous le pourrions d’une manière tactique.

    C’est là ce qui nous démarque de LO / NPA, lesquels clament que leur présence est tactique, mais leur discours les contredit. Dans celui-ci, ceci est présenté comme, non seulement une, mais LA stratégie de leur organisation. Derrière leur vernis révolutionnaire ne se cache que du vieux menchevisme, du vieux réformisme.

    Un candidat communiste n’aurait de poids, d’intérêt, que dans la recherche de la rupture : dans un choc frontal avec la social-démocratie, dans un choc frontal avec les institutions, dans une dénonciation du fond et de la forme de cette élection. Cette opportunité d’agitation et de propagande devrait déboucher sur des mots d’ordre mettant en avant la démocratie populaire, les soviets, la dictature du prolétariat comme seule véritable démocratie. Hors, ce n’est nullement le cas. La bataille se perd dans les détails, dans les tranchées. L’idéologie communiste, qui est un scalpel tranchant, s’émousse dans les batailles de chiffres, de pourcentages, dans les détails.

    Voilà, selon nous, ce qu’un candidat communiste devrait faire, non pas chercher la bataille de tranchée, la bataille économiste, mais la bataille politique, la rupture de front.

    La bourgeoisie s’est prémunie contre l’arrivé de ces trouble-fêtes en mettant en place des barrières : les 500 signatures, avec une procédure encore alourdie, sont un écueil, un brise-lame. Celui-ci franchi, les frais conséquents d’une campagne ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Il faut -comme Jean-Luc Mélenchon, comme Marine Le Pen, emprunter. Aux banques, contre des sourires narquois, contre des garanties ; à la Russie, faisant, quelque part, du parti le plus nationaliste, une cinquième colonne des intérêts russes. Belle ironie.

    Si le NPA a été écrasé dans la bataille de détail qu’était ONPC, le réformiste radical Poutou a brillé au débat à 11. Capable de pouvoir mener l’offensive, plutôt que de rendre les coups, il a pu torpiller François Fillon et Marine Le Pen. Les cris d’horreur, les attaques ad hominem lancées contre lui par les gardiens de la réaction sont le miroir de ce succès. Les tweets de Luc Ferry en sont l’illustration, l’attaquant sur ses habits, sur son ton, non sur le fond de l’affaire.

    Le refus d’un deuxième grand débat par Mélenchon et Macron, le premier attaqué sur la gauche par Lutte Ouvrière, le deuxième invisible, sont également le reflet de la position des partis plus imposants, laquelle est de ne pas vouloir se laisser attaquer par les « petits ».

    Tel le petit torpilleur s’attaquant au cuirassé, les petits candidats ont décroché des coups secs mais effrayants.

    Nous ne cachons pas notre antipathie vis-à-vis du trotskisme. Que cela soit le menchevisme du NPA, le soutien qu’il apporte à des agents de l’impérialisme français en Syrie, son centrisme débilitant. Nous n’avons jamais caché non plus notre opposition à la ligne opportuniste de Lutte Ouvrière, qui soutint la police lors de ses manifestations.

    Pourtant, nous rendons à César ce qui revient à César. Au cours de ce débat, ces deux intervenants furent en mesure de décrocher quelques salves bien ajustées sur les positions des « grands. »

    Cela a fait hurler.

    Les partisans de Mélenchon ont conspué Nathalie Arthaud, dans des hululements de meute, outrés du crime de lèse-majesté commis à l’encontre de leur leader.

    La bourgeoisie s’est exprimée rapidement pour insulter, colmater les brèches, contre attaquer. A ce titre, Bruno-Roger Petit, journaliste à Challenge, s’est fendu d’un article d’un ridicule achevé sur le « danger Poutou ».

    Sur son propre terrain, sur ses propres règles, au milieu de ses chausses trappes et de ses pièges, la bourgeoisie hérisse déjà le poil. Pourtant la menace est faible.

    Un débat suffit à l’irriter.

    Rappelons-nous des campagnes anticommunistes, de calomnies, de mensonges, faites contre l’URSS et ses dirigeants. C’est le destin de tous ceux qui s’opposent à la bourgeoisie que d’en être victime. Ironie de la chose, ceux qui sont ciblés par ses articles, aujourd’hui, sont les colporteurs les plus zélés de l’anti-léninisme.

    Dans quelques semaines, cette campagne sera terminée. Avant que le rideau ne retombe, avant que la scène ne soit close, un dernier tour d’horizon et quelques derniers pronostics.

    Tour d’horizon des présidentielles.

    Un socle, un monolithe unit les débatteurs : l’impérialisme français. Aucun ne le reconnaît, aucun ne le cible comme LE premier ennemi.

    Si certains, quant à la Guyane, soutiennent la lutte, cela reste un soutien économiste. Cette lutte est présentée comme légitime, mais elle est prise sous un angle purement syndical, non sous un angle de colonialisme, de libération nationale, de lutte contre l’impérialisme. En cela, tous partagent un fond chauvin.

    La question nationale, au sein de l’hexagone, est gentiment glissée sous le tapis. La question de la Polynésie, portée par Oscar Temaru, tout comme celle de Mayotte, de la Nouvelle-Calédonie, n’est abordée que sous l’angle des « avantages » qu’offrent ces possessions à l’impérialisme français, jamais sous leur vrai nom : des colonies.

    Celui qui peut le plus peut le moins. Celui qui refuse d’aborder le moins n’abordera jamais le plus. La Corse, la Bretagne, le Pays Basque, pour ne citer qu’eux, sont absents des débats. Comment en serait-il autrement lorsqu’il est clair qu’aucun des candidats n’accepterait le moindre renoncement à une terre « française » ? Nous annonçons, par là même, notre intention de produire une brochure sur la question nationale dans l’Etat français.

    D’une manière générale, il n’existe que deux positions sur l’impérialisme :

    Celle des fiers promoteurs, qui n’hésitent pas à clamer que la France est une grande puissance, qu’elle est motrice dans l’Europe, que c’est une fierté de vendre des armes. C’est la position hégémonique au centre.

    Celle, pleurnicharde, geignarde, des négateurs, qui prétendent que la France est un pays dominé. Dominé par l’OTAN, par les USA, par Mme Merkel. C’est la position hégémonique sur les ailes, excepté le NPA et LO, qui condamnent moralement l’impérialisme tout en adoptant une position -comme usuellement- centriste. Ou bien en soutenant « l’intervention humanitaire » ; ou en soutenant les agents de l’impérialisme français et occidental en général.

    Il est fascinant de voir que le trotskisme, dont l’alpha et l’oméga était la haine contre l’URSS, s’accommode toujours très bien d’un atlantisme de bon ton.

    Hormis ce bémol, tout candidat est purement et simplement un agent de l’impérialisme français.

    La première position, le tour en est fait rapidement. Elle est axée autour du libre échange, du libéralisme triomphant, de la mondialisation heureuse et joyeuse. Elle est celle d’une espèce de rêve américain adapté à la France, par ailleurs l’atlantisme se confond régulièrement avec elle Son illustration la plus parfaite est Emmanuel Macron, le banquier aux dents longues.

    La seconde est biface. Elle est protectionniste, ouraliste. Si elle s’oppose au libéralisme – en façade, elle ne s’oppose pas au capitalisme en tant que tel.

    La face fascisante, fascistoïde, de Mme Le Pen et de ses satellites, qu’ils soient sur des orbites stables -Dupont Aignant- ou carrément excentriques -Asselineau et Cheminade. Suppression des droits sociaux, xénophobie, fond de commerce sur la haine de l’islam et des arabes… une ligne classique.

    La face sociale-chauvine, dont le tenant, Mélenchon, est régulièrement présent dans nos colonnes. Cette gauche chauvine ne peut que nous évoquer les Doriot et les Déat. Social, oui, Mélenchon l’est. Impérialiste, oui, aussi.

    La nouvelle indépendance française, promue par la France Insoumise, signifie qu’elle n’était pas indépendante avant. Son obsession de la menace allemande, de l’OTAN, des USA, évoque les chauvins de la seconde internationale, internationalistes en façade, mais toujours prêts à défendre la mission civilisatrice et la supériorité de leur impérialisme sur celui des autres.

    Tout comme les leçons de géographie maritime par un Jean-Luc Mélenchon devenu instituteur de la IIIème République : « regardez, jamais le soleil ne se couche sur la France. » La fascination morbide pour les Z.E.E. étendues, pour les zones contrôlées, pour la présence sur chaque continent de l’Etat Français est révélatrice du fond ultra-chauvin et nationaliste du candidat.

    Derrière les beaux discours, lorsque le vernis social s’écaille, il ne reste qu’une chose : « l’impérialisme français sera renforcé et donnera de beaux fruits. » Ite missa est.

    Et, lorsqu’il tempête, c’est contre la finance, le mauvais capitalisme, le capital apatride. Par contre, le bon, l’industriel, le patriote, apporte la richesse. Son projet n’est pas de dépasser le premier, mais de ramener le capitalisme à son « bon stade ». Mélenchon, comme de nombreux réformistes, y compris des réactionnaires, veut faire tourner la roue de l’histoire à l’envers.

    Bêtise ?

    Nous ne pouvons le croire. Son parcours parle pour lui. Mélenchon est passé par l’O.C.I. ; l’Organisation Communiste Internationaliste ; qui porte bien mal son nom. Il ne peut ignorer les lois du développement du capitalisme, de l’impérialisme. Il ne peut ignorer ce que signifie « impérialisme français ».

    Donc, s’il ne le dit pas, ce n’est pas qu’il l’ignore, c’est qu’il ment consciencieusement. Pour quelle raison ? Probablement celle, commune aux trotskistes, qui est cette croyance dans le fait qu’il faut mentir aux masses.

    Dans la tête des supers-syndicats.

    La critique du capitalisme et la lutte des classes sont, dans cette élection, le monopole de deux forces : Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste.

    Cependant, cette critique reste superficielle, trade-unioniste, économiste, syndicale. C’est là une caractéristique des organisations trotskistes, c’est leur apolitisme.

    L’idée maître des organisations et des militants et militantes trotskistes est un rapport particulier aux masses. Dans ce cadre là, il est tout à fait possible d’inclure, par ailleurs, le duo « natriste » -National-Trotskiste- formé par Mélenchon et Corbière.

    Les trotskistes considèrent que les masses sont attardées, incapables de comprendre les conceptions politiques. Qu’elles sont effrayées par ces questions et que, par voie de conséquence, il ne faut pas leur en parler. Les mots d’ordre doivent donc rester platement au niveau du vécu direct, concret, des travailleurs. Salaire, conditions de travail, oui. Plus loin, non.

    Ainsi, les trotskistes, particulièrement L.O., sont maîtres dans le fait de parler aux ouvriers de leurs propres problèmes. Ils et elles font un travail d’enquête réel, et sont capables de savoir ce qui se passe dans les usines qu’ils et elles ciblent.

    Mais, tandis que les communistes considèrent qu’il faut être capable, pour appliquer la ligne de masse, de reformuler et de politiser les problèmes concrets des travailleurs, les trotskistes se contentent de leur parler de ce qu’ils et elles connaissent déjà. Et pour cause ! Ce sont ces travailleurs et travailleuses qui les en ont informés. Cela n’avance pas, ne décolle pas, ne permet pas une prise de conscience politique.

    Les revendications des trotskistes ne parlent donc jamais de révolution, de pouvoir de politique, mais de revalorisation du SMIC, d’interdiction des licenciements, de taxation du capital. Jamais cela ne pose la question du Parti autrement que sous une forme vague et confuse.

    Ou ces revendications sont sottes : un SMIC à 1800€ se solde par une inflation qui dévore tout. Cela n’avance à rien, au lieu de créer de la richesse, cela revient à faire simplement baisser la valeur de la monnaie.

    Ou elles font partie du programme de transition : des revendications qui sont impossible à satisfaire sous le capitalisme, donc qui démontrent les limites de ce système, donc qui font que les masses se soulèvent, avec colère, contre ce système et l’écrasent. Beau plan.

    Dans le monde réel, non seulement les candidats ne sont pas élus, mais leur programme voué à l’échec marche dans un sens : il échoue. Il déclenche la désespérance chez les masses, brise leur combativité.

    La césure entre le NPA et LO s’est vue dans leur attitude vis-à-vis de la sociale démocratie : Poutou a attaqué la droite [Fillon, Le Pen], mais n’a pas attaqué un seul instant Mélenchon. Nathalie Arthaud, quant à elle, a croisé le fer avec le leader de la France Insoumise, attaquant son programme et ses mensonges sur une illusoire VIème République.

    Le premier considère la social-démocratie comme son allié, dans une tradition de « tirer vers la gauche » celle-ci, dans le fait que, in fine le trotskisme vit aux crochets de celle-ci ; la seconde le voit comme un traitre, sans toutefois le dénoncer non plus comme cela.

    Bonne ou mauvaise prestation, le résultat est le même, le jeu des bourgeois est resté un cadre valable pour la bataille politique, le 4ème mur est resté intact.

    Aucun des candidats de la « gauche de la gauche » n’a brisé ce mythe et n’a dénoncé la dictature de la bourgeoisie.

    Du côté du favori.

    Macron, selon toute vraisemblance, est plutôt bien parti pour devenir le plus jeune président de l’Etat Français. Les capitalistes, depuis la disgrâce de François Fillon, se tournent vers lui. Lorsque Hollande demande à ce dernier de se retirer -officiellement- c’est la voix de l’Elysée, de l’Etat Français, qui exige la fin de la campagne du candidat Républicain. C’est le président du conseil d’administration des intérêts de la bourgeoisie qui s’exprime.

    Fillon n’est pas un concurrent de Benoît Hamon. Il ne lui ôte guère de voix. Celui dont il grignote les plates-bandes est le candidat de En Marche. Ce n’est pas une attaque, en soi, contre Fillon, mais bien un appel à la raison pour faire gagner le poulain du MEDEF.

    Tant le ralliement de Valls que la parole de Hollande sont donc des appels à faire élire ce candidat, contre, même, le dauphin légitime.

    La bourgeoisie appelle Macron de ses vœux. Il est probable, avec le report des voix, qu’il parvienne au pouvoir. Il brûle d’impatience de servir ses maîtres, d’être leur plus fidèle laquais. C’est son seul programme, être leur parfait outil leur parfait moyen d’opprimer et d’exploiter.

    Hamon, quant à lui, est l’enfant déshérité. Le Parti Socialiste, à travers sa primaire, l’a adoubé. Adoubé pour mieux le renier après. Fils légitime, il est pourtant abandonné par les ténors du parti, lesquels comprennent  que le vent souffle dans les voiles du requin Macron.

    Dépourvu d’appareil, il aura besoin de cadres expérimentés. Ceux et celles, qui, au Parti Socialiste, veulent conserver leur place, leur sinécure, se rallient dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, premier parmi les opportunistes, à ouvert la voie. Non seulement en soutenant ouvertement le candidat de En marche ! , mais en censurant même ses détracteurs.

    Entre l’échec, la perte de places et le déshonneur, la tradition sociale-démocrate s’applique avec rigueur : trahir, s’humilier, s’avilir n’est pas un problème. Le PS ne sombre pas avec dignité, mais, tel des parasites quittant leur hôte mort, partent à la recherche d’un sang neuf à vampiriser.

    Le Parti Socialiste, en tant que tel, peut survivre. Organisme primitif et lâche, digne héritier des tendances opportunistes de la seconde internationale, fusionné avec le trotskisme, son absence totale de physionomie politique peut le lui permettre. Mais il est blessé, pour le moment.

    Hamon, en tant que tel, est un personnage secondaire de cette élection. Il serait hautement improbable qu’il puisse se hisser au deuxième tour.

    Fillon, de favori, est maintenant le pestiféré. Les affaires se sont accumulées avec une telle intensité, avec une telle régularité d’horloge, qu’elles en ont formé un magnifique opéra. Fillon, pour notre grand bonheur, nous offre un spectacle digne du crépuscule des dieux. De scandales en scandales, de maladresses publiques en mépris glaciaux, François Fillon décroche une palme d’or des campagnes calamiteuses. Lui non plus ne sera probablement pas sélectionné pour l’épreuve finale.

    Tout comme le Parti Socialiste, les Républicains devraient survivre à cette catastrophe. Le national-catholicisme, des soutiens du candidat, est un bloc solide homogène, qui ne risque pas d’être fragmenté.

    Le vote des déçus de Fillon se reportera-t-il sur Le Pen ou Macron ? Mystère.

    Menace ou épouvantail ?

    La menace Le Pen est un fond de commerce, pour la social-démocratie pour fixer, figer le débat. « Faire le jeu du FN » est devenu une ritournelle constante, utilisée pour saper le travail des organisations refusant le jeu de la bourgeoisie. Combien de fois l’avons-nous entendu ? Combien de fois, depuis le 21 avril 2002, n’avons-nous pas eu à répondre à ces accusations ?

    Certains courbent l’échine. Certains sont effrayés.

    A demi-mot, les langues se délient : voter Macron serait la solution, le barrage républicain, le sursaut démocratique.

    Chacun communique, mais chacun devra assumer, le temps venu, le coût politique de sa stratégie.

    Nous ne sommes pas des partisans de Bordiga, pour nous la social-démocratie, la démocratie bourgeoise, libérale et le fascisme sont deux choses différentes. Nous ne les mettons pas sur le même pied et nous ne scanderions pas « Allende et Pinochet ; même combat. »

    Seulement, notre but est la révolution prolétarienne. Elle implique d’affronter la démocratie libérale, bourgeoise, de rompre avec elle, de s’organiser de manière indépendante. Elle implique aussi de clamer haut et fort la nécessité de ce combat.

    Or, que font ceux qui tremblent devant Le Pen : immédiatement, ils et elles proclament que la république, la démocratie est menacée, qu’il faut remballer le drapeau rouge, sortir le bleu-blanc-rouge, marcher avec les démocrates et les libéraux contre le fascisme.

    En somme, dès qu’un peu de tension apparaît, ils et elles se muent en démocrates plats, se réfugient derrière la police républicaine, se cachent derrière la bourgeoisie progressiste.

    Dès qu’un durcissement apparaît, ils et elles se débandent et s’éparpillent en priant pour ne pas être déportés.

    C’est là une manière de mal considérer les étapes.

    Oui, les réactionnaires gagnent du terrain. C’est un fait. Oui, ils sont présents et leur idéologie dispose d’une assise.

    Oui, la candidate frontiste dispose d’un appui dans la population.

    Nous sommes dans une période de tensions internationales, de tensions liées à la crise. Nous sommes dans une période d’offensive délibérée du capitalisme, qui reprend ce qu’il a du concéder lorsque les organisations ouvrières, communistes, révolutionnaires, étaient fortes. Le capitalisme se dépouille de ses concessions : assurance chômage, assurance maladie, conventions collectives…

    Nous revenons à ce que Marx identifiait comme la tendance à la paupérisation relative et absolue. Nous sommes plus pauvres qu’avant, tant relativement qu’en valeur absolue, plus précaires, plus vulnérables.

    C’est dans ce contexte que les organisations de lutte, les organisations du peuple doivent porter l’offensive, doivent attaquer la bourgeoisie et son ordre injuste, doivent se mettre à la tête de la colère populaire -ce que tentent de faire les fascistes.

    Et que proposent ces « antifascistes » qui ne méritent pas leur nom ?

    De défendre ce système, de défendre la démocratie bourgeoise.

    Non, nous ne voulons pas de cette ligne pourrie.

     

    S’abstenir et boycotter sont une étape: mais nous avons besoin de plus !

    Il n’est pas possible de mettre sur le même plan le vote et le boycott. Nous ne pouvons considérer que l’une ou l’autre des positions est strictement équivalente. Boycotter de manière revendiquée est, pour les communistes, une manière de rompre avec la démocratie bourgeoise. Elle est une manière d’inciter à la confrontation, de dénoncer ce jeu pourri, de poser les fondations d’autre chose.

    Car nous devons faire plus.

    L’Unité Communiste de Lyon porte le mot d’ordre d’opposition extra-parlementaire.

    Nous considérons que nous avons une triple tâche, en tant qu’organisation communiste dans l’Etat français.

    Nous en avons une dans la volonté de construire un Parti Communiste révolutionnaire, capable de pouvoir traiter les questions politiques qui se posent à l’heure actuelle au sein de l’Etat français -y compris celle de la question des nations dominées et colonisées. Nous travaillons et voulons travailler avec les organisations communistes partageant notre fond commun, à la constitution de ce Parti.

    Ce travail, nous le menons également vis-à-vis des masses, en particulier ouvrières, lesquelles sont la raison d’être de notre organisation. Nous ne sommes pas des opportunistes. Nous ne sommes pas une organisation qui a besoin des masses. Nous sommes dans la ligne de Mao : nous sommes là pour servir le peuple.

    Une en tant qu’organisation voulant mener la bataille idéologique, voulant reprendre le débat traversant toutes les organisations politiques luttant contre le capitalisme, voulant permettre à un débat positif, productif, et efficace d’être mis en œuvre pour triompher. Une lutte visant également à attaquer les positions retardées ou réactionnaires, les broyer; les éjecter. A l’inverse, permettre de systématiser le positif, de systématiser l’universel, de promouvoir ce qui est juste.

    Mais les bases d’une certaine unité existent déjà. Elles existent autour de lignes de démarcations simples.  Le rejet de l’impérialisme français, le rejet du capitalisme, le refus du crétinisme parlementaire et du parlementarisme bourgeois.

    Ces éléments simples suffisent à couler les fondations d’une opposition extra-parlementaire. Une opposition qui existe, hors des salons, hors des hémicycles, hors des bureaux de la bourgeoisie. Une opposition au sein de la société civile, formée des organisations politiques, des associations des syndicats. Une opposition qui peut s’exprimer d’une voix unique, forte.

    Une opposition qui doit devenir un centre de gravité en dehors du jeu des bourgeois.

    Une opposition qui combat l’hégémonie de cette classe.

    Qui oppose aux jeux pourris sa démocratie : directe, populaire, impérative.

    Sa légitimité : fondée sur la mobilisation des masses.

    Son organisation du pouvoir : fondé sur le modèle des soviets.

    Voici les tâches qui s’ouvrent à tous les militants honnêtes, dans cette période où le dégoût de la démocratie bourgeoise est fort, où l’abstention est imposante.

    Nous devons forger l’organisation des communistes et des sans-partis.

    Nous devons jeter les bases du rejet de la bourgeoisie !