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  • FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    Avant-dernière partie, au final, de cette brochure-formation sur les impôts. N’hésitez pas à l’employer, à la diffuser, à la relayer. La question de l’histoire du FISC est une question trop souvent oubliée, mais ô combien révélatrice de l’état d’esprit d’une bourgeoisie féroce et parasitaire.

    La curée. 

    Avec la chute de l’URSS vient son corolaire, la chute du PCF. La bourgeoisie prend appui sur ces événements, fruits d’une longue dégénérescence, pour initier une offensive anticommuniste de premier ordre.

    Le gouvernement de l’époque, la dream team d’agents virulents de la bourgeoisie, a lancé une attaque massive contre les acquis sociaux. Attaques contre les retraites, attaques contre la Sécurit Sociale…

    Leur succès est de parvenir à plafonner les remboursement des soins. Le taux de remboursement diminue donc ce qui fait que les frais sont directement assumés, de manière inégalitaire, par les patients eux-mêmes. Dans le même temps, cela offre la possibilité de pouvoir développer les mutuelles, ces entreprises privées qui font du profit sur la bonne santé des travailleurs et des travailleuses, mais qui rechignent à verser leur dû lorsque la maladie frappe.

    En revanche, ces échanges monétarisés nouvellement créés donnent naissance à une croissance économique visible. Fait paradoxal, la misère créé de la croissance et de la richesse. Cette manière de fonctionner est présentée comme une avancée, alors qu’elle est un recul terrible et dramatique.

    Après avoir étranglé la sortie, en jugulant les versements de prestations sociales, la bourgeoisie s’attaque à l’entrée financière.

    Les luttes de 1995 bloquent temporairement l’avancée des réformes-liquidatrices. Celle si est enrayée sous le premier mandat de Chirac, lequel dissout l’Assemblée. Contre toute attente, en 1997, la « gauche plurielle » remporte les législatives anticipées. Le PS est la force politique principale, avec un premier ministre issu des rangs trotskistes, Lionel Jospin.

    Lionel Jospin et son gouvernement sont des Mitterrand light. Ils -et elles- sont portés par les luttes comme une issue politique à celles-ci. L’élan n’est plus le même que dans le début des années 1980. Il n’y a pas de période de grâce et d’avancée. Dès 1997, les mesures qui sont prises sont anti-sociales et ce gouvernement se montre le plus grand agent de la privatisation de l’histoire de la Vème République. Le Parti Socialiste initie une réforme perverse, celle des 35h. Cette réduction du temps de travail s’accompagne de la possibilité d’adjoindre des heures supplémentaires. Le patronat devrait hurler, mais il ne le fait que modérément. Pourquoi ?

    Il a obtenu un arrangement « à l’amiable ». Le temps de travail est annualisé, et donc les horaires peuvent être adaptés d’une manière qui arrange le patron et ses besoins en terme de masse salariale. In fine, cela dessert les travailleurs et les travailleuses, qui ne sont même plus maîtres de leur emploi du temps. Toutes les souplesses en terme de Code du Travail ne sont que celles de l’échine du salarié, qui doit se courber pour satisfaire son patron.

    Deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus que ses besoins, ceux-ci sont exonérés – auprès du patron. Des micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la poche du patron.

    Le salaire est impacté, mais de manière invisible, puisque l’argent perçu effectivement à la fin du mois ne change pas. Les patrons en ont profité pour se glisser dans toutes les niches fiscales possible, et optimisant au maximum leurs versements. Ainsi les cotisations sociales, les salaires élargis, ont diminué.

    Tant que l’économie allait de manière correcte, cela ne se percevait pas particulièrement. Mais lorsqu’elle s’est enrayée, tout cela s’est transformé en déficit, en ce qui est présenté comme « le trou de la sécu. »

    Le discours s’est alors porté, d’une manière particulièrement cynique, sur les malades, les personnes âgées, les fraudeurs… Tandis que les patrons ont poursuivi leur captation des richesses produites. Au final, le seul succès de ce gouvernement fut une Couverture Mutuelle Universelle pour les plus pauvres, présentée comme une succès, mais étant, au final une roue de secours tragique. Au lieu de tenter de s’attaquer à la grande pauvreté, elle est amortie.

    A la suite de ces cinq années de gouvernement PS, cinq année de création de déficit social, les masses n’ont pas mordu de nouveau à l’hameçon. Ce fut l’un des pires scores du Parti Socialiste, avec le 21 avril 2002, mettant pour la première fois en lice, au second tour des élections présidentielles, le candidat du FN. La droite revient pour dix ans.

    Elle poursuit les attaques. En tirant prétexte du déficit, elle initie un rallongement du temps de cotisation pour obtenir un départ à la retraite à taux plein. Les travailleurs et les travailleuses sont exploitées plus longtemps, tout en étant payées moins, du fait des exonérations de charge réalisées par Lionel Jospin au travers des 35h.

    Depuis, ces phénomènes ce sont sans cesse accrus, avec les attaques constantes sur ces caisses de cotisation. Seule la TVA trouve fondamentalement grâce aux yeux de la bourgeoisie.

    La bourgeoisie tire à boulets rouges, mais les attaques se précisent. Les exploiteurs flairent une possibilité de pouvoir frapper avec ampleur les système d’impôt en général. La hausse de la TVA -sous couvert de la TVA sociale ; taxe carbone…etc. L’idée étant de combler les problèmes de finances de l’Etat par les moyens les plus injustes.

    Sarkozy s’est heurté cependant à des mobilisations, des luttes. Le cycle recommence, mais à chaque fois en plus affaibli, en plus essoufflé. Les luttes amènent le Parti Socialiste au pouvoir, qui fait pire que la droite, car il shunte les organisations de lutte. Les masses sont dégoutées, et, prisonnières de la démocratie bourgeoise, se tournent vers le parti d’opposition, la droite.

    Hollande est élu, porté par l’anti-sarkozysme. Lorsqu’il ne liquide pas le code du travail, il prépare une nouvelle forme d’imposition : le prélèvement à la source. Cette réforme, incomplète, est appuyée par de grands droitiers issus des finances, Sapin et Macron.

    Qu’est ce que c’est ? L’impôt sur le revenu est annuel. On déclare ses impôts et on paie, le cas échéant ce que l’on doit. Cet impôt est payé d’un coup, et est donc lourd et compliqué. Cela demande d’une part de la rigueur, de l’autre de la trésorerie. Cela se sent passer, mais d’une certaine manière créé une proximité entre le contribuable et son argent. Il, ou elle, sait combien est versé.

    Déja, un premier éloignement avait été fait par les déclarations pré remplies. Elles n’exigent plus de réflexion particulières et peuvent être faites par internet. In fine, il s’agissait déjà d’un premier pas. Le ou la contribuable contrôle peu la déclaration, n’a pas d’échange avec les fonctionnaires des impôts, n’a pas de prise sur le fonctionnement et sur la manière dont le prélèvement se fait.

    L’impôt à la source est payé, lui, chaque mois, prélevé directement sur le salaire. C’est donc une manière progressive de verser l’écot dû, sans questions à se poser. Séduisant ? Oui.

    Mais, finalement, cela éloigne complètement l’imposé des fonctionnaires chargés de le faire. Un problème, une difficulté de paiement, et il n’y a pas de voie de recours. Cela supprime tout autant de postes de fonctionnaires, tout autant de contact entre l’administration et l’administré. Comment, dans ces conditions, contester ?

    D’autant que ce prélèvement automatique est fait par l’émetteur de la paie, le patron. Celui-ci dispose d’un accès à tous les revenus de l’imposé ou du foyer, alors que normalement il n’a pas de droit de regard à ce sujet.

    Macron semble avoir des difficultés, maintenant qu’il est au pouvoir, à mettre en place ce système. Il est repoussé à 2019. La modification du mécanisme et des conséquences sur les rentrées d’argents dans le budget de l’Etat semble lourde à gérer.

    Mais Macron prépare plus ample que cela, plus grand et plus loin : un retour à l’impôt à la Vauban.

     

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Quatrième partie : La faillite de l’attaque contre l’UCL.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Quatrième partie : La faillite de l’attaque contre l’UCL.

    La faillite de l’attaque contre l’UCL

    Dans ce communiqué, si empressés qu’ils soient d’apporter des épithètes malsonnantes, les immatérialistes ont oublié une chose essentielle. Ils ont oublié de prendre une position politique sur la situation de conflit latent entre la Corée du Nord et les USA.

    Rappelons la phrase qui nous incrimine : « Ainsi, voilà ce que nous trouvons : Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver. Il faut avoir le romantisme le plus délirant d’Alain Soral ou Dieudonné pour y voir des vertus (ils y seront d’ici quelques jours pour un voyage organisé), et il est vrai qu’un tel « anti-impérialisme » totalement national-révolutionnaire se retrouve également chez des gens se voulant de gauche (comme « Unité Communiste de Lyon » et autres révisionnistes et réformistes du genre). » (7 septembre 2017)

    Ils se sont rués sur le fait d’insinuer que l’Unité Communiste de Lyon soutiendrait un gouvernement « fasciste », de déclarer ce gouvernement digne d’être cloué au pilori, de dire que « d’un point de vue maoïste, rien n’est à sauver », uniquement pour apporter une contradiction vis-à-vis de notre communiqué.

    Mais ce communiqué n’est pas constitué uniquement de cela. « Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver.  » disent-ils. Rien, même pas les masses Coréennes. Même pas la paix. Plus fort que les interventionnistes les plus virulents, plus fort que les trotskistes et les « humanitaristes », le « PCF(mlm) » nous offre sa science : Le gouvernement et les masses de Corée sont un tout, une même bouillie infâme.

    Or, en clamant que rien n’est à sauver, ces maîtres de la rhétorique insinue que « tout est à jeter. » Partant de ce constat, le feu peut bien descendre sur la Corée du Nord, peu leur en chaut. Mais qu’en est-il de l’argument principal que nous développions dans ce communiqué, argument que leurs yeux glissants, cherchant la faille à exploiter, n’ont pas vu ? Nous avons insisté, dans ce communiqué, que nous étions opposés au bombardements, à la guerre, à l’invasion de la Corée.

    Qu’elle soit, nous ne le nions pas, un croupion de la Chine, qu’elle soit son flanc garde, qu’elle soit son glacis, la question ne se pose pas. Que sont gouvernement n’aie -une nouvelle fois nous ne désirons pas prendre de position à l’emporte-pièce- pas grand chose de prolétarien, nous sommes prêts à l’admettre. Mais qu’on nous attaque sur la position -principe important- d’opposition à la guerre impérialiste, laquelle est payée par les masses, par leur sang, un Rubicon est franchi.

    Voilà ce que disent les « Matérialistes » de la situation de la Corée et de sa quête de l’arme nucléaire : « C’est l’expression d’une incapacité à aller dans le sens de la réunification de la nation coréenne par la mobilisation démocratique, tel que c’était l’objectif dans les années 1950. Au lieu des masses, on a les bombes atomiques qui sont censées apporter la solution « miracle ». » Plus fort, là, que le Livre noir du communisme. La Corée du Nord a décidé unilatéralement de se mettre en butte avec sa voisine du sud. Elle décide seule de s’encercler de bases US, de se positionner sur un pivot géopolitique. Elle est seule et unique responsable de son destin, d’après le « PCF(mlm) »

    Quant au fait de mordre dans les articles des tabloïds Sud-Coréens, le « PCF(mlm) » s’y adonne avec une joie sans bornes : « À cela s’ajoute bien entendu l’idéologie raciste paranoïaque du régime, forçant les masses à la soumission la plus servile et infantile, avec des manuels expliquant que la Nature s’est littéralement arrêtée à la naissance de chaque dirigeant d’une véritable dynastie. » Encore échappons-nous aux licornes auxquels les nord-coréens sont censés croire.

    Mais cela éclaire sur ‘l’enquête’ que peuvent faire les « Matérialistes. » Utilise-t-elle comme source le Daily Mirror ? Rivarol ? Gala et Voici ? Des références bibliographiques auraient été les bienvenues.

    Quant au positionnement… Comment comprendre celui position du « PCF(mlm) » autrement que comme une manière de se placer au dessus de ce conflit, de refuser de prendre position, et, ironie pour des matérialistes, de ne guère vouloir mettre le nez dans la transcription pratique de ce que signifie la guerre qui couve entre la Corée du Nord et les USA.

    Au fond, les matérialistes se considèrent au dessus des questions géopolitiques, au dessus des questions d’impérialisme, au dessus de tout cela. En ce sens, ils sont dans un centrisme particulier, se disant « nous ne prenons pas position quand l’impérialisme américain frappe. » « Nous nous contentons de cible le fait que la Corée du Nord fait de la drogue, qu’elle est fasciste et qu’elle n’est pas à sauver, mais nous ne parlerons pas du fond de l’affaire. »

    Si nous pêchons par « révisionnisme » et par « réformisme », voilà devant nous des prétendus maoïstes qui agissent à la manière d’adolescents boudeurs dans leur manière de voir les choses. Nos positions, nous les avons en rapport à l’impérialisme américain, russe et français, nous les avons développées dans divers brochures, mise à disposition du public. Nous invitons nos lecteurs à être juge. Mais nous les invitons aussi à se questionner sur la position du prétendu PCF maoïste.

    Auraient-ils agit de la même manière pour applaudir l’invasion d’Irak par les USA en 2003, d’Afghanistan en 2001, mais également -pourquoi pas- les interventions françaises en Afrique ou en Asie.

    Tout est possible avec l’idéalisme des « matérialistes ». Y compris d’affubler de tous les noms les militants et militantes, les organisations… Mais n’est-ce pas autre chose qu’une volonté d’injurier ?

    Les accusations que profèrent le quotidien de la bêtise et de l’idéalisme mériteraient d’être écartées d’un revers de la main. Mais pourtant, nous pensons qu’il n’est pas inutile, qu’il est même souhaitable de revenir sur celles-ci. Nous pensons qu’il est important de se saisir de l’opportunité de s’exprimer sur notre positionnement politique, sur notre contenu idéologique.

    Voilà où nous voulons en venir, sommes-nous des réformistes et des révisionnistes comme le clament des « Matérialistes » ?

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Un « parti » contre les masses. Troisième partie.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Un « parti » contre les masses. Troisième partie.

    Le « PCF(mlm) » un « parti » contre les masses.

    Difficile de ne pas attaquer ces drôles, lorsque de telles positions ridicules sont proférées, salissant le drapeau rouge de la révolution, salissant le maoïsme, salissant le marxisme-léninisme, salissant l’intégralité et l’ensemble du mouvement révolutionnaire, l’ensemble de son héritage, l’ensemble de ses figures et de ses acteurs.

    Le « PCF(mlm) » a beau publier des communiqués sur le Président Gonzalo et sur la Guerre Populaire Prolongée, difficile de voir la moindre trace de combativité dans ses écrits. Les dix points de son programme feraient rougir de honte et de rage tout membre actif du mouvement communiste international, tant ils sont du domaine du ridicule. Mais la suite vaut le détour. Quant à sa Guerre Populaire Prolongée, le « PCF(mlm) » la transcrit de la manière suivante dans ses écrits : Soutenir la police, soutenir la bourgeoisie, soutenir Emmanuel Macron, mais attaquer les communistes et les syndicats.

    Difficile, là aussi, de ne pas citer leur dernière vomissure, derrière quels arguments la secte justifie sa non-participation aux manifestations du 12 septembre : « Il y a deux manières de voir les manifestations contre la réforme du code du travail qui ont eu lieu hier à l’appel de la CGT.

    Soit on y voit une expression d’un mouvement social de secteurs protégés au sein d’un pays capitaliste développé, porté par un syndicat recevant un financement très important de la part des institutions dont il est à considérer d’ailleurs comme une composante. Soit on y voit une expression de la lutte des classes.

    Il va de soi que c’est la première manière de voir les choses qui est juste, et il faut relever de la petite-bourgeoisie pour s’imaginer que la seconde interprétation puisse avoir un sens.(…) Et les travailleurs en général savent très bien que les syndicalistes sont des corrompus et des opportunistes, doublés d’un culture de beauf les rendant insupportables. Qui va se mettre en grève un mardi du côté des masses pour participer à un tel folklore totalement inutile ? (…) C’est une insulte à notre époque, aux défis de notre temps. De près comme de loin, il n’y a rien à sauver, c’est entièrement condamné par l’Histoire : c’est une preuve que face au réchauffement climatique, pour la défense de la Biosphère, pour l’instauration d’une économie planifiée, pour la relance de la culture et des valeurs de civilisation, il faut un travail de fond dans les masses, avec les masses, et non se mettre à la remorque des syndicats, des cogestionnaires, des manifestations ritualisées. »

    Derrière la phraséologie gauchiste, une nouvelle fois, point le droitisme. Puisque rien n’est à sauver maintenant, ne faisons rien ! Voilà le mot d’ordre de celles et ceux qui ont déserté la rue et les masses depuis belle lurette, si tant est qu’ils s’y soient jamais aventurés. Nous aurions pu écoper cent mouvements, cent luttes, que nous n’aurions jamais pu les rencontrer pour nous expliquer avec eux. La pureté n’est pas de ce monde, et les Matérialistes non plus.

    Un exemple même de raisonnement fallacieux. Puisque la solution n’est pas parfaite, ils la rejettent en bloc, ils l’écartent et refusent de mener la lutte de ligne. Ils replient leur drapeau et retournent « embrasser des flics. » Ils ne tracent aucune ligne de démarcation entre ce qui est « à améliorer » et ce qui est « à combattre. » Ils rejettent la CGT dans les rangs de l’ennemi. Gauchisme, toujours, prétexte à la ligne de droite : ne rien faire.

     Nous aurions pu leur rappeler cette citation de Mao : « Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d’acquérir les connaissances même les plus élémentaires. »

    La culture du « il faut », la culture du « un jour » la culture de l’utopisme et du crachat facile. Si nous suivions leur ligne, il nous faudrait rentrer dans nos chaumières et attendre. Ne pas participer aux grèves, ne rien faire. Espérer qu’un messie naisse, espérer toujours et sans fin, comme dans n’importe quelle religion, comme dans n’importe quelle secte.

    L’Unité Communiste de Lyon est fière d’avoir dans ses rangs des militants et des militantes de la CGT. Elle est fier de savoir qu’ils mènent une lutte de ligne contre les tendances opportunistes et réformistes de ce syndicats. Elle est consciente que cet outil n’est pas parfait. Mais il existe. Et, contrairement à la « ligne de masse » liquidatrice du « PCF(mlm) », cet outil possède une action sur la société, une action sur les événements. Leur culture de « beauf », ciblée par le prétendu-parti leur sert d’argument massue.

    L’argument culturel sert ici de justification à tout et n’importe quoi. « Mais une telle alliance de la CGT et de l’ultra-gauche, des merguez et des kebabs, du pastis et de la cannette qui est lancée sur la police, est totalement hors-jeu historiquement. » Comment comprendre cette phrase ? Tout lecteur objectif ne peut que se demander si nous ne rentrons pas dans une performance littéraire plus qu’un texte militant. Au loin, point même une lueur de racisme, qui flamboie.

    Si les masses n’ont pas une pratique parfaite, si les organisations syndicales ont une direction droitière et bourgeoise, à qui peut-on en imputer la responsabilité, si ce n’est à notre faiblesse dans la lutte ? Si la CGT dévie, c’est au communistes de combattre cette déviation, non de se mettre en retrait et de cracher leur venin.

    Mais les masses, les travailleurs et les travailleuses, eux-mêmes, elles-mêmes, ne sont pas à la hauteur des désirs du « PCF(mlm). »

    Cette même ligne qui crache sur les ouvriers, les insulte, les injurie, sans vouloir prendre part aux organisations de masse de la classe ouvrière, en restant à l’orée des usines. Cette ligne leur a fait écrire ceci le 27 avril 2017 : « Les ouvriers de l’usine Whirlpool d’Amiens n’ont pas été à la hauteur du mot d’ordre «¡No pasarán!»

    En acceptant hier la présence de Marine Le Pen sur le parking de l’usine Whirlpool d’Amiens, les ouvriers de cette usine qui va fermer ont été en-dessous de tout. Quelle honte ! » Belles et sages paroles. Est-ce là leur vision du maoïsme ? Est-ce là leur regard sur les masses ?

    Lorsque nous lisons leurs communiqués, comment ne peut pas penser au communiqué qui nous cible, et appliquer à eux-mêmes leur propre médecine : « Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver. »

    Chaque position du « PCF(mlm) » est à l’avenant. Dès que l’opportunité de présenter une position répugnante se présente, ils s’en saisissent. Dès que quelque action que ce soit est faite, dès qu’un mouvement naît, il est immédiatement conspué par cette secte, car imparfait. Incapable de se saisir de la réalité, incapable de proposer quoique ce soit de correct, cette organisation agit comme le Renard dans la fable de la Fontaine, ne pouvant trouver à portée de main les fruits mûrs, qu’il envie : « Mais comme il n’y pouvait atteindre :

    « Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. «  « 

    Voilà la base de leur aigreur contre notre organisation, voilà pourquoi, dans un même paragraphe, ils nous associent à Soral et Dieudonné. Rouges de honte d’être pris la main dans le sac de leur inconséquence, ils s’aigrissent et injurient leurs détracteurs.

    Voilà pourquoi nous avons donc eu l’honneur de leurs colonnes au travers d’un article sur la Corée du Nord.

    Parce que cette secte est un conglomérat qui essaie de justifier par sa peur panique du fascisme des positions réactionnaires. Elle traite la police comme un rempart pour défendre la République, alors qu’elle est l’outil premier de l’écrasement des masses. Elle traite les bourgeois comme des alliés dans un front uni, alors qu’ils sont les premiers bourreaux des exploités. Eux, trouvent grâce à leurs yeux.

    Mais en revanche, des ouvriers, des travailleurs, des exploités qui ne seraient pas assez révoltés, assez révolutionnaires, assez végan, assez straight edge. Comble du comble, ils n’auraient pas assez la culture prolétarienne pour être digne d’être dans le grand parti « PCF(mlm) ».

    Voilà pourquoi nous les avons cités. Nous maintenons ce choix. Eux nous ont répondu, avec leur coprolalie habituelle. Mais à frapper trop vite, le paladin de la pureté dérape et tombe.

    Dans leur attaque contre l’UCL, dans leur tentative de nous faire endosser la tunique de Nessus et de nous faire passer pour des réformistes, le « PCF(mlm) » échoue. Il échoue même à faire un communiqué correct sur la Corée !

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Deuxième partie : L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Deuxième partie : L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    Nous n’avons pas caché nos désaccords et notre rejet intégral des positions du « PCF(mlm) » quant à leur positionnement vis-à-vis de la police. Ce même cas de figure s’est reproduit lors des élections présidentielles. Fustigeant tout rejet des élections, tout rejet du parlementarisme, tout rejet du choix pourri de offert par la bourgeoisie, les « Matérialistes » ont appelé, sous couvert d’arguments terroristes, à voter pour Macron.

    Lorsque ces mêmes drôles ont appelé à voter pour le fossoyeur des droits sociaux, Emmanuel Macron, lorsqu’ils se sont exclamés que sa victoire était celle de l’antifascisme, nous les avons, là aussi attaqués.

    Mais plutôt que de fonctionner par la rumeur, nous allons citer nos amis :

    En effet, lorsqu’une organisation indiquent le 28 avril que « Le fascisme, c’est l’étouffement de la politique, l’asséchement de la société civile, la mort de la démocratie.

    Pour cette raison, il faut avoir un regard plus que critique sur les petits rassemblements qui se sont organisés sous le mot d’ordre « Ni Macron ni Le Pen », à Paris, Nantes, Lyon [Auquel nous avons bien sûr appelé], Toulouse, Dijon et Clermont-Ferrand, tant par des lycéens d’un côté que des anarchistes de l’autre.

    Il s’agit là, en effet, d’une démarche anti-politique, sur une ligne ultra qui a déjà existé durant la guerre d’Espagne ou le Front populaire et qui combattait l’antifascisme au nom de la « radicalité »  » que disent-elle en vérité ? « Vous devez voter Macron pour sauver la Terre. »  Le soutien à la bourgeoisie, voilà la ligne qu’indique, tout en camouflant ses angoisses derrière une phraséologie vide de sens, le « PCF(mlm). » Même leurs articles sur « Comment nous allons faire la révolution » vont dans ce sens. Pas de question du Parti, pas de question d’un « classe contre classe. »

    Non. Rien de cela. Qu’écrivent-t-ils ? « L’élan capitaliste a considérablement affaibli la démarche révolutionnaire, au point que l’idée même de révolution se soit totalement affadie. Quant à la classe ouvrière, elle n’hésite pas à se tourner vers le nationalisme, afin de ne pas être broyé matériellement par la pression de la compétition capitaliste tant en France que sur le plan de la concurrence internationale. (…) Les monopoles apparaissent toujours plus forts, les acquis s’amenuisent toujours plus, le régime devient toujours plus dur sur le plan de la répression. L’unité populaire se développe alors inéluctablement.

    Sous quelle forme va-t-elle se développer ? Sous une forme démocratique, ou tendant à une forme démocratique. »

    Grossièrement, les Matérialistes, lesquels nous attaquent en nous traitant de réformistes, ne proposent -en fait- pas de révolution. Ils proposent un bloc démocratique avec la bourgeoisie libérale, avec la social-démocratie. Ils proposent, derrière ce concept de « front uni », derrière cette pitoyable imitation de l’Espagne, de faire un front démocratique pour protéger les valeurs républicaines, pour défendre l’unité populaire incarnée -selon eux- par l’esprit Charlie. Ils jettent par dessus bords tout ce qui fait l’idéologie, tout ce qui est révolutionnaire, tout ce qui a trait au combat. Pour faire quoi ? Pour protéger les droits démocratiques, qu’ils considèrent menacés. Pour s’allier avec tout et n’importe quoi, contre un fascisme constitué des groupes d’extrême-droite et des « mafias » des cités.

    Nous citons ici quelques extraits d’un florilège du ridicule : « Le mouvement « Je suis Charlie » a été historiquement une vague progressiste de nature petit-bourgeoise, permettant de vrais débats, sans pouvoir aller jusqu’au fond des choses, mais tout de même. C’est pour cette raison que la fraction la plus conservatrice de la société a été totalement opposé à ce phénomène, tout comme par ailleurs l’extrême-gauche devenue ultra-gauche. En fait, le mouvement « Je suis Charlie » correspond à tout un pan de la société qui est l’allié objectif de toute bataille pour une démocratie populaire. » (9 janvier 2017)

    « Dans le film « Le dictateur », le discours fait par le sosie du dictateur Adenoïd Hynkel est d’une très grande beauté et d’une énorme signification. Dans ce film de 1940, Charlie Chaplin synthétise les valeurs de l’unité antifasciste.

    On aurait tort de ne pas rapprocher ce texte de l’« esprit Charlie ». On y retrouve une approche très similaire, à la fois volontaire et bon enfant, consciente des exigences de l’époque et candide, résolument progressiste et avec des exigences démocratiques essentielles… » (3 février 2016)

    C’est bien avec les « Je suis Charlie » que se fera le front antifasciste ! (7 janvier 2016)

    Tout ça parce qu’ils sont effrayés par les fascistes, perdent toute contenance devant eux, et se jettent dans les bras de la collaboration avec la police, avec les institutions, avec les partis bourgeois. Tout cela par peur et par inconséquence. Quitte à déformer la vérité.

    Mao, que le « PCF(mlm) » se garde bien de citer, écrivait le 25 décembre 1947 : « Nous devons bannir de nos rangs tout idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux. »

    N’ayant aucune confiance dans les masses, la secte câline donc le candidat de la bourgeoisie et implore sa pitié, implore la protection de son bouclier. Et pendant ce temps, nous le martelons, nous sommes considérés comme les réformistes, dans l’affaire !

    Lors du dernier débat de l’élection présidentielle, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les Matérialistes furent les seuls à trouver qu’elle avait pris l’ascendant. Dans un article intitulé « Bloquer Marine Le Pen à tout prix, même avec Emmanuel Macron », leur première phrase était la suivante :  « C’est sorti ? ça va mieux ? c’est bien ! » : pour que Marine Le Pen soit en mesure de prendre de si haut Emmanuel Macron, de se moquer ouvertement de lui, cela en dit long sur les faiblesses très graves de ce dernier lors du débat télévisé hier soir à l’occasion du second tour des élections présidentielles de 2017. L’intégralité des médias et même les partisans du FN sont d’accord pour conclure que leur fuhrerin s’est faite écraser. Mais les Matérialistes désirent tant, désirent à tout prix que Macron soit faible, qu’il ai l’air faible, sans quoi leur stratégie serait invalide.

    Il faut donc déformer la réalité. « Emmanuel Macron n’a pas fait le poids face à l’anticapitalisme romantique de Marine Le Pen. disent-ils. Cela passe par le vote pour Emmanuel Macron et on sait que les arguments s’opposant à cela sont nombreux.

    Mais ils sont tous faux : dès que l’on en prend un, on s’aperçoit qu’il n’a pas de substance, qu’il ne tient qu’au ressentiment, à l’anticapitalisme romantique, à l’incompréhension de ce qu’est le fascisme. (…) [U]n score conséquent du Front National lui offrirait une belle dynamique pour les élections législatives de juin, lui permettant ainsi de former des cadres et d’avoir accès à une encore plus importante exposition médiatique. » Les événements ont démontré que tout cela était faux. Le FN n’a pas gagné, n’a pas pris le contrôle de l’Assemblée. Grâce aux Matérialistes ? Non.

    Les prétendus-maoïstes se sont simplement prêtés à la farce de croire qu’ils avaient une influence quelconque sur les masses, en devenant les larbins de Macron, tout en se décrédibilisant auprès de leur auditoire.  Afin de préserver l’avenir, le progrès possible, donc contre le fascisme et la guerre ! concluent-ils. Comme si ce paravent nous protégerait d’un fascisme hypothétique, lequel n’aura pas besoin du FN pour se mettre en œuvre, si besoin est.

    Mais la victoire de Macron, en revanche, a donné naissance à des clameurs de joie et de chaleur de leur part. Présidentielles 2017 : « Marine Le Pen s’est brisée sur l’antifascisme

    Emmanuel Macron a reçu 65,8% des voix et c’est un succès de l’antifascisme. Avec 34,3% des voix, Marine Le Pen a clairement perdu : elle n’a pas réussi à rendre hégémonique un courant populiste et réactionnaire. » Heureusement, ils n’ont pas poussé le mauvais goût pour aller jusqu’à mettre une image de la prise du Reichstag, ornée du drapeau de l’Armée Rouge.

    Pour poursuivre : Et c’est pourquoi aussi ce succès repose sur la mobilisation massive des masses de culture socialiste et communiste, qui sont il est vrai orientées vers le réformisme, mais qui savent ce que signifie le fascisme. Jusqu’à aller, comble du réformisme-troskiste sur lequel est basé la pensée « PCF(mlm) », à déclarer : Si la Gauche ne parvient pas à se modifier de fond en comble, alors, malgré cette défaite de Marine Le Pen, elle disparaîtra simplement. De là à rejoindre le PS et les frondeurs, un petit pas reste à effectuer.

    La perle, le summum de la production de nos détracteurs est le suivant : un programme de dix points que le « PCF(mlm) » souhaite faire adopter. C’est dans ces dix points que le décalage intégral entre les prétendus matérialistes et la réalité se dévoile comme étant un divorce complet :

    1) il a été juste de mobiliser contre le fascisme et d’appeler à voter Emmanuel Macron le 7 mai 2017 ;

    2) le mouvement « Je suis Charlie », totalement oublié à Gauche, doit voir un musée lui être consacré Place de la République à Paris ;

    3) la France est née au XVIe siècle seulement avec François Ier et a été défini par le classicisme ;

    4) l’humanisme et les Lumières ont été des démarches progressistes universelles ;

    5) les huit guerres de religion contre le calvinisme doivent particulièrement être prises en compte ;

    6) il n’est pas acceptable que l’État rémunère les professeurs de l’école privée ;

    7) la destruction de l’environnement doit être analysée comme une catastrophe morale et comme expression du caractère erroné de l’anthropocentrisme ;

    8) le véganisme doit être entièrement respecté comme démarche progressiste, et soutenu ;

    9) les grands monopoles doivent être présentés comme l’ennemi principal et la base du fascisme et de la tendance à la guerre ;

    10) le but d’une société utopique doit être défendue.

    Il ne reste plus qu’a faire adopter ce programme de « transition » à la gauche et la révolution poindra à l’horizon. Le délire est total.

    Voilà ce qui justifie que nous parlions parfois, que nous évoquions cette secte, pour dénoncer sa ligne catastrophique, sa ligne sectaire, sa ligne pseudo-gauchiste, mais fondamentalement réformiste et droitière.

    Tous les arguments sont jetés dans la bataille pour justifier ce positionnement. Ceux et celles qui sont sur une ligne du rejet des élections ne sont, pour le « PCFmlm » que des gauchistes qui ne comprennent pas dans quelle nouvelle guerre d’Espagne nous sommes. Qui ne voient pas le danger du fascisme et le besoin d’une jonction Antifa-Macron. Qui sont, forcément, eux aussi, des agents du fascisme.

    Où alors est utilisé, en second couteau, le fait que les observateurs et les commentateurs ne font que rester dans leurs quartiers, dans leurs secteurs. Qu’ils n’embrassent pas de leur regard l’ensemble de la situation catastrophique.

    C’est aller bien vite en besogne, et oublier que, même au sein de notre jeune organisation, certains ont milité pendant des années dans des secteurs difficiles, dans des petites villes et des zones périurbaines où la norme était au fascisme. Et que pourtant, ils n’ont pas fait ce choix de devenir des Républicains. Non, ils ont lutté auprès des masses, avec les organisations de la classe ouvrière, avec la jeunesse populaire, avec la CGT.

    Mais la PCF(mlm) ne peut que rejeter cela ! Il exècre toute lutte de terrain, sous prétexte de demeurer dans une « offensive culturelle ». Au final il prend même position contre la mobilisation du 12 septembre.

    Car à leurs yeux, cela n’est pas assez pur, cela n’est pas assez authentique. Donc, « rien n’est à sauver. »

    La suite demain.

  • Nouvelle brochure numérisée : Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique – Alexei Danko

    Nouvelle brochure numérisée : Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique – Alexei Danko

    Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique

    Alexei Danko

    Cet article d’Alexei Danko, traduit par le Dr. Adélard Paquin, apporte un intéressant éclairage sur la lutte des classes en URSS et sur le combat de la bourgeoisie pour obtenir la restauration du capitalisme. Ces pensées corroborent les thèses que nous développions sommairement au sein de notre brochure sur le 9 mai 1945 quant au lien entre la guerre et l’affaiblissement du PC(b)US.
    Ainsi, Alexei Danko déclare :

    « La guerre et les conséquences militaires sévères ont infligé des pertes énormes à l’Union soviétique non seulement d’un point de vue de classe, d’un point de vue matériel et en termes de population, mais ont aussi renforcé un certain nombre de tendances dangereuses pour la dictature du prolétariat. »

    Mais, loin de s’arrêter à cet aspect, Alexei Danko effectue un état des lieux sans concession sur les rapports de classes au sein de l’URSS et sur les insuffisances de la direction politique précédente.

    La lecture de cette brochure ne peut qu’être encouragée pour tout militant ou toute militante. Elle est une fenêtre supplémentaire sur les questions relatives au délitement idéologique et politique de l’Union Soviétique.

  • Le Versailles de Macron  – Un coup d’oeil sur son plan de guerre.

    Le Versailles de Macron – Un coup d’oeil sur son plan de guerre.

    Le Versailles de Macron.

    Un coup d’oeil sur son plan de guerre.

    Tout un symbole. En choisissant Versailles comme lieu de rassemblement du congrès des parlementaires, le nouveau président de la République fait un choix en terme de communication particulièrement révélateur de sa conception du pouvoir.

    Car le château de Versailles ne fait pas particulièrement partie de la symbolique habituelle du cirque républicain. En revanche, il est à la fois un rappel de l’Ancien Régime, de l’absolutisme, mais également, dans notre histoire, une évocation douloureuse du pouvoir réactionnaire et anto-ouvirer d’Adolphe Thiers et des bouchers sanguinaires qui liquidèrent la Commune de Paris.

    Difficile de dire si ce choix est conscient, assumé, ou si il résulte d’une erreur fondamentale de communication. Si, lors de la campagne présidentielle, celle d’Emmanuel Macron était réglée comme du papier à musique, elle patine, depuis, à de nombreuses reprises. Entre les propos dénotant un mépris de la vie humaine tenus par Macron -sur les Kwassa-kwassas– ou par Gérard Collomb -quant aux réfugiés privés d’eau et de sanitaires- et les phrases à l’emporte pièce sur celles et ceux qui « ne sont rien », l’art oratoire du nouveau gouvernement n’est plus aussi réussit qu’auparavant. Mais, erreur ou non, il existe néanmoins une forme de logique derrière ce choix.

    Opter pour ce lieu, cela rentre en droite ligne dans la logique de président Jupitérien, au dessus des partis et au dessus des parlementaires. A travers cela, Macron affirme son intention de diriger avec le minimum de législatif, avec le minimum de débats, avec le minimum d’opposition mais bien avec une avancée à marche forcée. Annoncer que, chaque année, il présentera un discours similaire, renforce l’image d’un président qui dirige et qui donne le ton, plutôt que d’un exécutant des décisions d’un corps législatif censé, dans le mythe de la démocratie bourgeoise, représenter les électeurs.

    Le choix est logique. Macron a été élu avec une longueur d’avance confortable, dans une élection où 25% des inscrits ne se sont pas exprimés. Son parlement, quant à lui, a été formé au cours d’une élection ou plus de la moitié des inscrits s’est abstenu et ou 10% ont voté blanc ou nul. Entre deux piliers, autant s’appuyer sur le plus solide et le plus crédible. Autant également s’appuyer sur celui qui peut centraliser le plus de compétences.

    Lors de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il réduirait le nombre de parlementaires d’environ 300, considérant que le nombre pléthorique de ceux-ci ne se justifiait pas. La forte abstention lui donne un prétexte supplémentaire. Dans son esprit, si le parlement est boudé par les électeurs, il n’a plus de raison d’être et, en revanche, le pouvoir présidentiel devient l’incarnation la plus pure et la plus sincère de la démocratie. Il n’exclut pas de le doubler de référendums, dont le caractère démocratique est plus que douteux dans un Etat où l’écrasante majorité des médias dépend d’une seule et unique classe.

    Conscient que le parlement ferait probablement obstacle à ce genre de réforme, d’autant que les sinécures et les fauteuils assurent de confortables revenus et une agréable carrière à ceux qui les occupent, le nouveau président indique qu’il n’hésitera pas à passer par la voie du référendum pour obtenir ce qu’il désire. « Si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum. »

    Cette réduction du nombre de parlementaires à de quoi séduire un certain nombre de votants. L’abstention a été un reflet du rejet du crétinisme parlementaire, de l’affairisme et de la corruption des élus. Une majorité d’électeurs rejettent -avec une justesse dans le diagnostic- ce système de démocratie représentative bâtie sur le fait d’appuyer des carriéristes et des professionnels de la politique, dont les intérêts de classe transcendent les étiquettes politiques.

    Dans l’esprit de la réforme, le but de Macron est de concentrer le pouvoir entre les mains d’un groupe plus réduit. Par voie de conséquence, de fermer également l’Assemblée aux forces politiques minoritaires -malgré une promesse d’une « dose de proportionnelle »– et d’aligner davantage le législatif sur l’exécutif.

    Malgré cela, Emmanuel Macron, en bon libéral, sait qu’il est important de laisser des stimulants matériels pour que les vocations ne tarissent pas. Pourtant, à la base, des concessions sont faites, cosmétiques, comme la suppression de la Cour de Justice de la République, cette instance spéciale chargée d’acquitter les ministres mis en examen. Il ne pourrait en être autrement dans un gouvernement marqué par les scandales en à peine deux mois de fonction. Mais cette apparence de durcissement camoufle mal une aggravation du laxisme.

    D’une part, la justice commune ne s’est jamais démarquée par sa tendance à frapper de sanctions dures les bourgeois, les bourgeoises et leurs confrères de l’appareil d’Etat. De l’autre, les déclarations du Président sont illustratives : « J’appelle à en finir avec la chasse à l’homme où parfois des réputations sont détruites »(…) « avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites, et où la reconnaissance de l’innocence, des mois, des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu’avait fait la mise en accusation initiale » (…) « Cette frénésie est indigne de nous et des principes de la République. » Emmanuel Macron appelle la presse à faire œuvre de silence, à taire les affaires, à laisser les choses suivre son cours. Après tout, sans ces stimulants matériels, sans ces petits à-côtés, à en croire nos élus il serait impossible de s’en sortir financièrement.

    Macron a mené sa campagne présidentielle comme un chef d’entreprise, recrutant sur la base de CV et non sur celle de l’engagement politique, nouant des liens avec des contractuels qui se sont chargés de sa communication, de l’organisation de sa campagne, de tout ces aspects généralement dédiés aux militants. Il se conçoit lui même comme un prestataire de service dédié à exécuter les tâches de son commanditaire : la bourgeoisie. De ce point de vue là, « la prolifération législative » lui apparaît comme une entrave incompréhensible.

    Dans sa conception d’exécutant des basses-œuvres, Macron veut liquider tous les obstacles. « Les engagements seront tenus. Les réformes et ces transformations profondes, auxquelles je me suis engagé, seront conduites. » « Nous n’avons pas devant nous cinq ans d’ajustements et de demi-mesures. » Macron met en place les outils sur le long terme, qui lui permettront de mener à bien une mise au pas du pays sur le rythme dicté par les intérêts de la bourgeoisie.

    Cela, il le résume ainsi : « .Marqués par une époque de cynisme, de découragement, et j’ose le dire de platitude, nombreux encore sont ceux qui spéculent sur un échec qui justifierait leur scepticisme»  (…) «il faut sortir de ce climat de faux procès où le débat public nous a enfermés trop longtemps». «Il nous faut retrouver de l’air, de la sérénité, de l’allant. »

    Cet allant, le nouveau gouvernement l’entraine dans un plan en trois phases :

    Subordonner la société aux intérêts de la bourgeoisie.

    Macron est un opérateur pour les intérêts de la bourgeoisie. Son mandat -impératif- lui commande de la mettre au pas.

    D’une part en liquidant le code du travail, qualifié  » [d’]entrave au recrutement dans 95% des cas » par Muriel Pennicaud. En pulvérisant la hiérarchie des normes, en créant un chèque en blanc sur lequel la bourgeoisie pourra inscrire son montant de misère. Ces traits particuliers ont été déjà traités en amont, sont déjà abordés en détail par les syndicats et le Front Social et demeurent dans les esprits depuis la Loi Travail. Nous ne reviendrons pas sur ceux-ci ici plus en détail que dans notre tract, lequel s’exprimait ainsi : Là où la loi El-Khomri se contentait d’inverser la hiérarchie des normes, de faire passer les accords d’entreprise au dessus des accords de branches sur la question du temps de travail, Macron va plus loin. Les nouvelles lois veulent l’étendre à des domaines tels que les salaires ou les conditions de travail. Cela signifie que le patronat, à force de pressions, peut obtenir de la part de ses employés une soumission totale.

    La farce des référendum d’entreprises sert à atomiser les travailleurs, à les fragmenter, sous le faux prétexte de démocratie. Ces référendum ne sont des opérations ayant pour but de saboter toute lutte au sein des entreprises, de court-circuiter les syndicats, en somme d’effectuer un mise au pas des travailleurs.

    Le plafonnement des indemnités de licenciement, là aussi, revient à faciliter la gestion de la masse salariale, à l’entier bénéfice des patrons. Un plafonnement à 10 mois de salaire, cela revient à un aumône de misère.

     

    D’autre part en opérant un mouvement en faux, pour détruire en sous-main les convention collectives. Cette opération, se déroulant en toute discrétion, se trame dans l’éducation secondaire et supérieure. Durant la session de 2017 du Bac, les critiques ont fusé sur l’organisation et la qualité de celle-ci. Le gouvernement s’en est saisi, s’en servant de marchepied pour appuyer une demande de plus de contrôle continu dans l’évaluation des élèves. Plus de contrôle continu, cela signifie donc un impact plus important de la notoriété de l’établissement sur la qualité du baccalauréat, donc sur sa valeur auprès du supérieur et du marché du travail. De facto, cela entraîne un déséquilibre. De plus, le retour en grâce de l’autonomisation des lycées donne naissance, par la volonté d’accroître leur gestion de leur propre budget et de leur masse salariale, un déséquilibre progressif des moyens entre les établissements, donc de leur valeur aux yeux des employeurs.

    Le CAPES déplaît aux apôtres du libéralisme. La masterisation des concours devait liquider en deux coups ce qui était perçu par ceux-ci comme un anachronisme. Or, la résistance des syndicats d’enseignants et étudiants a stoppé cette réforme à mi-chemin. Nul doute que l’arrivée au pouvoir de Macron permettra de relancer cette transformation du recrutement national en des recrutements gérés par les seuls établissements scolaires. Cumulé avec l’aspect précédent, le fait est que les lycées les plus riches pourront recruter les enseignants les plus « performants », et donc creuser le fossé entre des lycées de seconde ou de troisième zone et des lycées d’élite, réservés à la bourgeoisie et ses rejetons. Cela contribue à tirer à boulets rouges sur la valeur des diplômes délivrés.

    Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme et de présente l’Education Nationale comme un système parfait et égalitaire, mais bien de préciser que la tendance est à l’aggravation et ce, d’une manière sans cesse croissante.

    Dans le supérieur, la loi LRU progresse toujours, entraînant la mise en place de filières professionalisantes débouchant sur des diplômes ad hoc correspondant aux entreprises siégeant au conseil d’administration des universités. Les investisseurs cherchent -logiquement – des retours sur investissement, sous une forme ou une autre. Or, les licences estampillées Nitendo, Veolia, EDF ou autre n’ont de valeur qu’auprès de leur commanditaire, nullement sur le marché du travail.

    Il s’agit là du travail de sape orchestré depuis près de dix ans au sein du supérieur, pour contribuer à la destruction du code du travail et des normes de travail, en s’attaquant à la production de diplômes ayant une valeur au regard de ces normes.

    Les deux aspects conjoints : l’attaque frontale du code du travail et l’attaque en catimini des diplômes garantissent une destruction du droit du travail sous une échéance plus ou moins brève. Les répercutions s’annoncent terribles. Livrés aux appétits rapaces des patrons, sans protection, sous le menace d’un revolver chargé par la menace de la misère, il est clair que le niveau de vie des travailleurs de l’Etat français est en passe de chuter brutalement et terriblement.

    Affamer.

    Emmanuel Macron dit « Être fidèle à ce que le peuple français a voulu [et] suppose donc une certaine forme d’ascèse ». Derrière le vernis des mots se cache la réalité. Le mot d’ascèse est défini par l’encyclopédie en ligne Wikipédia de la manière suivante : « L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d’abnégation. » Cela signifie une cure d’austérité profonde et brutale. Cette cure d’amaigrissement des ressources et des aides est une des clés de voute de la politique de choc menée par Macron et ses sbires.

    « Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même » affirme t’il. Cela se transcrit dans des projets de liquidation de l’assurance maladie et de l’assurance chômage, puisque ces dernières, dans l’esprit nébuleux des bourgeois, sont tout autant d’obstacles à ce que les français se prennent en main et ses responsabilisent. « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. » Comment peser efficacement sur son « destin » -dont il n’est pas possible de ne pas souligner le contenu religieux et métaphysique- alors que toutes les protections du travail sont sapées et liquidées, alors que la protection sociale est anéantie, alors que l’Ecole n’est qu’une machine à reproduction sociale ? Cela n’est pas possible.

    « Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble. » Voici ce que nous écrivions, il y a peu, sur le devenir des aides sociales.

     

    Un torrent de misère et d’exclusion sociale menace de se déverser au cours des prochaines années. Un torrent hors de proportion avec ce qui a pu être connu lors des années et des décennies précédentes. Voilà ce vers quoi cette politique nous expédie. Mais les moyens de juguler ses effets envers la bourgeoisie sont déjà sur le point d’être mis en place.

    Ecraser.

    Fait illustratif, sur la politique d’asile, Emmanuel Macron a déclaré : « Nous ne pouvons pas continuer d’affirmer hautement notre attachement aux principes de l’asile, tout en nous abstenant de réformer en profondeur un système qui, débordé de toutes parts, ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection émanant d’hommes et de femmes menacés. » Ce genre de déclarations creuses prêterait à sourire, si leur transcription ne signifiait pas, in fine, une situation sans cesse plus dure, sans cesse plus critique pour celles et ceux qui doivent fuir leur pays.

    L’exemple de Calais est parlant. Gérard Collomb, lorsque son passe-temps d’empiler les mandats est assouvi, s’est plu à jouer les soudards coloniaux dans sa manière de traiter les réfugiés. Il aura fallu l’intervention de Jacques Toubon -défenseur des droits- et un rappel à l’ordre de la part d’ONG pour que soit pris en compte les violations manifestes des droits de l’Homme.

    Cette situation caractérise d’ores et déjà la manière dont la répression sera exercée au cours du mandat de Macron. Il promet certes de mettre fin à l’état d’urgence, mais uniquement car ses dispositions seront intégrées dans le droit commun. « Je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne » signifie dans le fond « l’état d’urgence sera désormais un fait commun. »

    Macron prépare son plan de bataille et son après guerre. Une mise au pas de l’économie, une mise au pas de la société, une instauration de la misère la plus sombre et la plus sordide. Mais il ne néglige pas son filet de sécurité, sa massue : des dispositions rendant extrêmement délicates la mise en place d’un mouvement de contestation et d’un mouvement de masse d’une manière générale. Interdictions de manifester, assignation à résidence, menaces et violences policières, dont on ne peut que constater que le bilan mortel s’alourdi de jours en jours : voici le quotidien qui attend celles et ceux qui veulent lutter.

    Une voie : la lutte.

    Sa politique kamikaze ne peut mener qu’à cela : une lutte frontale, des explosions de violence, un conflit ouvert et brutal. Il ne fait pas de doute que si jamais la police ne suffit pas, de braves auxiliaires fascistes se feront un plaisir d’apporter aide et soutien aux forces de répression, et supplierons qu’on leur laisse la possibilité d’exprimer pleinement leurs talents. Déja, Génération Identitaire s’est jeté au cou de Gérard Collomb pour l’assurer de son soutien et de sa volonté de lui offrir son aide.

    Jean-Luc Mélenchon, avec sa morgue habituelle, s’est exprimé sur son compte Facebook de la manière suivante : « Interminable pluie de truismes à Versailles. Faux marbre, bonapartisme surjoué, européisme bêlant, ennui mortel. Et sinon, combien de passages obscurs, d’égrenage de bons sentiments et d’emballages mièvres d’une férocité sociale décomplexée. Et quelle incroyable définition des «forces contraires» nichées dans «chaque esprit» ! Au total : niveau rédactionnel de chambre de commerce, pensée politique d’un dogmatisme libéral aussi désuet que lunaire. Le brasier du dégagisme n’est pas prêt de s’éteindre.

    JLM »

    Nous ne pouvons que constater que notre tribun n’a pas su lire entre les lignes et déterminer quel terrible plan de guerre se niche dans le discours du nouveau chef d’Etat. Pourtant celui-ci est plus qu’exposé, plus que révélé et plus qu’inquiétant.

    Les forces sociales se mobilisent pour enrayer cette machine de guerre. Elles se préparent à faire face au Blitz antisocial. Cependant, à l’heure actuelle, elles demeurent faibles et dispersées. L’Unité Communiste maintient son appel à rejoindre et à soutenir le Front Social ainsi que les organisations syndicales.

    La lutte qui se mènera dans les prochaines semaines ou les prochains mois ne sera pas qu’une épreuve de force symbolique, elle contient un caractère stratégique particulièrement fort. Elle exige un effort important d’unité et de travail en commun, tant syndicalement que politiquement. Elle exige également qu’un bond qualitatif soit franchi dans la capacité à s’opposer aux menées de la bourgeoisie, laquelle est en pleine possession de ses moyens offensifs. Pierre Gattaz, président du MEDEF, désire mener la « mère de toutes les réformes. » Nous devons lui opposer une résistance à la hauteur de son désir.

    « Nous ne sommes rien, soyons tout ! »

  • Sur la dictature du prolétariat – VIII – La fin de la dictature et de l’Etat.

    Sur la dictature du prolétariat – VIII – La fin de la dictature et de l’Etat.

    La fin de la dictature et de l’Etat

     Le dictature du prolétariat demeure un pouvoir temporaire.

    Les communistes ne recherchent pas la dictature comme la bourgeoisie recherche le capital. Cette dictature est et demeure un mal nécessaire, comme le sont les purges, comme l’est la lutte contre la trahison, contre la restauration du capitalisme.

    Si la lutte des classes devient à chaque pas plus aiguë, plus forte, plus intense, au fur et à mesure que la bourgeoisie sent le sol se dérober sous ses pieds, si elle est tactiquement plus intense, elle tend stratégiquement à se conclure.

    Stratégiquement, car, à chaque pas, l’avancée du socialisme brise et broie les possibilités de restauration, broie la base sociale du capitalisme.

    La transformation des rapports de production ne se fait pas du jour au lendemain. Elle est le fruit d’une longue avancée, d’une concentration de la production, d’une élévation du niveau général de compétence technique des masses, d’une suppression progressive de la propriété privée pour la muer en propriété du peuple tout entier.

    Lorsque la lutte des classes aura été poussée jusqu’à son achèvement, l’Etat ne sera plus nécessaire. Lorsque l’Etat ne sera plus nécessaire, la dictature du prolétariat s’éteindra.

    Ainsi, Engels dans Anti-Dühring,  au sein de la partie Monsieur E. Dühring bouleverse la science, donne une explication de l’extinction de l’Etat de la manière suivante : « Le prolétariat s’empare du pouvoir d’Etat et transforme les moyens de production d’abord en propriété d’Etat. Mais par là, il se supprime lui-même en tant que prolétariat, il supprime toues les différences de classes et oppositions de classes et également en tant qu’Etat. La société antérieure, évoluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l’Etat, c’est-a dire, dans chaque cas, d’une organisation de la classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production extérieures, donc surtout pour maintenir par la force la classe exploitée dans les conditions d’oppression données par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat).

    L’Etat était le représentant officiel de toute la société, sa synthèse en un corps visible, mais cela, il ne l’était que dans la mesure où il était l’Etat de la classe qui, pour son temps, représentait elle-même toute la société: dans l’antiquité, Etat des citoyens propriétaires d’esclaves; au moyen âge, de la noblesse féodale; à notre époque, de la bourgeoisie. Quand il finit par devenir effectivement le représentant de toute la société, il se rend lui-même superflu.

    Dès qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l’existence individuelle motivée par l’anarchie antérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un Etat.

    Le premier acte dans lequel l’Etat apparaît réellement comme représentant de toute la société,- la prise de possession des moyens de production au nom de la société,-est en même temps son dernier acte propre en tant qu’Etat. L’intervention d’un pouvoir d’Etat dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l’autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses et à la direction des opérations de production. L’Etat n’est pas « aboli », il s’éteint. » (Engels 1878)

    Au plus le développement du socialisme avance, au plus les contradictions antagoniques sont résolues. Elles le sont par le fait de la dictature contre la bourgeoisie. Elles le sont aussi par la résolution des contradictions internes qui permettent l’apparition de la bourgeoisie : suppression de la petite production, collectivisation des terres et des moyens de production, mise entre les mains du peuple tout entier des usines, des mines, des sols.

    Résolution de la contradiction entre le travail intellectuel et le travail manuel, entre les villes et les campagnes, fin de la division genrée du travail…

    Ce n’est nullement pas un coup de baguette magique que ces contradictions seront résolues. Si des solutions miracle existaient, elles seraient d’ores et déjà appliquées.

    Dans notre brochure sur Les bases du communisme, nous indiquions l’objectif final suivant, le communisme :

    « Phase finale, supérieure, de la société humaine, le communisme ne peut arriver que dans un état de développement économique particulier.

    Le développement des forces productives, de manière supérieure aux besoins, rend l’argent inutile de facto.

    Tant que les besoins ne sont pas satisfaits, des écarts existent en fonction des postes, des salaires, en fonction des statuts. Cependant, avec la satisfaction complète des besoins, avec une productivité qui réponde à tous ces besoins, chacun donne de son travail en fonction de ses capacités, de ses talents, de ses compétences, et reçoit en fonction de ses besoins. Il n’est plus, donc, question de salaire, d’argent.

    L’intégration poussée de l’économie dans le secteur public supprime les échanges marchands.

    La hausse générale du niveau d’éducation, du niveau de maîtrise technique et culturelle, supprime la nécessité d’une séparation des tâches entrainant une séparation en classes.

    Les contradictions antagoniques ayant été supprimées, l’Etat n’a plus de raison d’être, en tant qu’outil d’oppression. La lutte des classe est exécutée jusqu’au bout. Désormais libérée du parasitisme, chaque avancée de la société est répercutée sur le niveau de vie, de culture, d’accès aux loisirs de l’ensemble de la société. » (UCL. 2017)

    S’il était possible de passer par un chemin qui soit plus doux, plus souriant, plus facile, cela serait fantastique. Les communistes ne choisissent pas la guerre par volonté. Dans nos rangs, nous ne tolérons pas les bouchers assoiffés de sang, les petits dictateurs d’opérette tout comme ceux qui ne luttent que pour satisfaire leurs ambitions personnelles. Si certains existent dans nos rangs, ils seront démasqués et chassés.

    Ce n’est pas par choix que nous annonçons ceci : la dictature du prolétariat est vitale et centrale. Ce n’est ni par choix, ni par joie.

    La bourgeoisie mène une guerre implacable contre les masses populaires. Elle ne recule devant aucun stratagème pour asseoir sa domination, son ordre, sa dictature. Elle prétend, dans de nombreux états, poser un cadre démocratique au sein duquel il est possible de s’exprimer. Ce cadre de démocratie bourgeoise paraît satisfaisant à certains, pourtant il n’en est rien. Il ne permet que de maquiller l’effroyable machine à broyer qui se camoufle derrière elle.

    Lors des élections de 2017, combien sont venus clamer que la victoire était à portée de main. Combien ont prétendu pouvoir placer des révolutionnaires au pouvoir, à l’Assemblée, à l’Elysée ? Combien ont pu clamer que leur candidat révolutionnaire allait tout changer ?

    Ceux-là ont axé toute leur stratégie sur ce saut périlleux en l’air. Qu’ont-ils gagné ? Rien si ce n’est l’humiliation devant les masses, lesquelles ont massivement boycotté les élections.

    S’ils présentaient une menace, ils auraient été broyés, balayés, écrasés par une bourgeoisie qui ne tolère pas la concurrence. S’ils avaient massivement gagné, ils auraient eu la guerre, larvée ou ouverte.

    Car la bourgeoisie ne tolère pas qu’on mette en danger son pouvoir.

    L’expérience entière de l’humanité illustre le besoin de révolution socialiste. Elle illustre le besoin d’une révolution qui brise le carcan de l’Etat bourgeois, qui le fracasse, pour que naisse l’Etat prolétarien.

    L’expérience entière de l’humanité appelle de ses vœux la dictature du prolétariat, pour mettre fin à l’exploitation, à l’aliénation, à la destruction des ressources naturelles.

    L’humanité d’aujourd’hui n’a qu’un seul désir, conscient ou non, celui du communisme.

    Un très long chemin de restauration idéologique, organisationnelle, politique reste à franchir.

    Une longue lutte pour défendre, revendiquer, partager cette conception essentielle qu’est la dualité insécable entre la dictature du prolétariat et la révolution. Une lutte contre les conceptions anarchistes, libérales, réformistes, lesquelles ou alors nient la nécessité révolutionnaire, ou alors refusent d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Pourtant, un regard sincère sur l’Histoire amène à une conclusion sans appel : le besoin d’une organisation forte, puissante ; d’un cœur révolutionnaire organisé, centralisé, conçu pour la prise du pouvoir.

    D’un pouvoir qui lutte pied à pied contre la bourgeoisie, contre les exploiteurs et l’opportunisme. D’un pouvoir lié aux masses, à leurs besoins, qui est à leur écoute, mais qui ne sombre pas dans la démagogie et le démocratisme plat. Construire l’organisation du prolétariat ne peut se faire sur des mots d’ordres flous, sur des slogans creux, sur une analyse superficielle de la réalité et de l’idéologie.

    Les communistes, en cette période politique charnière, ne peuvent rester sur un libéralisme, sur une tendance à sous-estimer les obstacles qui seront rencontrés. Il nous faudra être exigeants envers nous même pour surmonter la crise de l’encadrement. Il nous faudra être courageux et efficaces pour rallier les masses, pour être capable de faire renaître le Parti des Communistes et des sans-partis, le parti du peuple, le parti de la révolution prolétarienne.

  • Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives :

    Les élections législatives au sein de l’Etat français, viennent de se terminer. Elles portent, d’un point de vue d’élus, une majorité écrasante autour de la ligne présidentielle. L’abstention et le rejet forment les grands gagnants de cette élection, atteignant 57%, un taux astronomique, auquel il est important de rajouter 10% de votes blancs et nuls. Il s’agit d’un élément d’une importance considérable, sur lequel il est essentiel de revenir.

    Pour l’heure, Emmanuel Macron gagne son deuxième pari.

    Ainsi 350 sièges reviennent sa ligue, dont 42 pour le MoDem, ressuscité. Les Républicains tiennent le choc, avec 113 sièges, tandis que leurs alliés UDI en tiennent 18. Le Front National ne s’impose pas comme une force politique importante à l’Assemblée, avec 8 sièges. Quant à Debout La France, 1 siège lui est accordé.

    Côté « gauche », le PRG obtient 3 sièges, le PS est humilié avec seulement 29 sièges. La France Insoumise en obtient 17 et le PCF 10. Les divers gauches 12 et les écologistes 1.

    En termes de voix, les règles différentes entre la présidentielle et les législatives ont entrainé une répartition au grand désavantage de la FI et du FN. Les deux organisations ont vu leurs espoirs de conquérir une forte minorité s’envoler. Le centre de gravité de l’Assemblée est au coeur de la droite.

    Sans revenir en détail, l’opportunisme et l’absence totale de scrupule des différentes forces politiques cataloguées à gauche ont été le ferment de leur propre défaite. Un PS qui, désormais, évoque, aux yeux des larges masses populaires, une vermine répugnante et sans vergogne ; un PCF plein d’atermoiements et d’indécisions, incapable de mettre en place une stratégie tout comme de la faire appliquer par des militants, travaillant en fractions ; une France Insoumise dont le discours du tribun lasse et dont le sectarisme mêlé d’esprit prédateur révulse.

    Ainsi 443 sièges sont trustés par un cartel de droite, agressif et plein d’allant, prêt à ouvrir le feu sur les masses.

    La voie des réformes est ouvertes  :

    Avec une Assemblée sous cette configuration, nul doute que le nouveau gouvernement peut se permettre de lancer les offensives les plus débridées. Le plan de guerre contre les droits sociaux, lequel attend l’été pour se lancer, va ainsi être un blitz fait par ordonnances, lesquelles seront adoubée par une Assemblée aux ordres. D’autant que la configuration sourit à l’audacieux : la seconde force est formée par des Républicains idéologiquement favorables aux visées de Macron.

    La « mère de toutes les réformes » va être une bataille difficile, menée dans une période de l’année particulièrement défavorable, avec la certitude d’être en fait d’un adversaire qui ne laissera nullement le temps de riposter. Nous n’avons pas le choix de mener cette bataille, ni de ses conditions objectives. Charge aux militants et militantes de serrer les rangs et de se préparer au choc et de faire front commun, au travers des instances telles que le Front Social.

    L’inscription de nombreux éléments de l’état d’urgence dans le droit commun, la normalisation de l’exception juridique, tout ceci contribue à laisser supposer une féroce répression, menée d’une main ferme par un ministre de l’intérieur brutal et sans scrupules : Gérard Collomb.

    Victoire tactique, défaite stratégique pour la bourgeoisie :

    Certains esprits chagrins pourraient considérer que nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous même, ayant appelé à l’abstention, au boycott, au rejet de ces élections. Il serait aisé de voir, à travers cette déclaration, un reniement de la position que nous avons tenu dernièrement.

    Il n’en est rien.

    Si, tactiquement, les élections législative sont une grande victoire pour la bourgeoisie la plus libérale et la plus agressive, elles sont aussi une victoire à la Pyrrhus.

    57% d’abstention parmi les inscrits; 10% de bulletins blancs ou nuls parmi les exprimés, ceci est une gifle portée contre l’ensemble du système de pseudo-démocratie représentative. Au total, ce sont environ les 2/3 des personnes pouvant voter qui ont refusé de s’exprimer.

    Au final, le dégagisme promu par Mélenchon a marché. Il a marché au delà de ses espérances, puisque les votants et les non-votants l’ont appliqué également sur son concepteur. Politicien bourgeois et carriériste comme les autres, Mélenchon a vu son œuvre se retourner contre lui : son organisation fut tout autant boycottée que les autres. La « grève générale civique », comme il l’a nommée, ne l’a pas épargné.

    La défaite de la démocratie bourgeoise est stratégique. Elle ouvre une voie réelle à l’action extra-parlementaire, à la légitimité de celle-ci, à la naissance d’une opposition qui ne soit pas dans les salons, dans les bureaux de la bourgeoisie, dans des négociations avec elle, mais dans l’affrontement direct, dans l’illustration de l’antagonisme qui existe entre les intérêts des bourgeois et ceux du peuple.

    Certes, le pouvoir de la bourgeoisie va mener une offensive débridée contre les droits des travailleurs. Certes la répartition des sièges en fait un colosse. Mais un colosse aux pieds d’argiles. La légitimité d’un tel pouvoir ne peut être que faible. Elle ne peut être que précaire. Pouvoir d’une minorité, imposé par la minorité, pour les intérêts d’une poignée d’exploiteurs.

    La lutte contre cette Assemblée marque une nouvelle étape dans la lutte des classes au sein de l’Etat français. Une nouvelle dimension s’ouvre, marquée par le rejet du parlementarisme, de la représentation des masses par une poignée d’experts politiques bourgeois.

    Nul doute que ces deux élections consécutives ouvrent la voie à une période d’instabilité qui débouchera immanquablement sur une situation nouvelle.

    Reste à déterminer quelle forme prendra cette situation. Dominée sans partage par une bourgeoisie appuyée sur des fascistes, ou sous la pression des masses populaires.

    Nous avons cinq ans pour que naisse véritablement les bases de cette opposition frontale à la bourgeoisie et à ses laquais. Cinq ans pour que les communistes avancent dans leur unification et dans la fondation de l’outil qui nous manque. Cinq pour que tous ceux et celles qui rejettent le capitalisme puissent faire front. Cinq pour que nous avancions sur la voie du pouvoir populaire.

    Vers l’opposition extra-parlementaire , vers le rejet du pouvoir de la bourgeoisie, vers le parti du peuple !

    Vive les trois fronts !

    Le Front Social, contre les réformes du gouvernent, contre l’exploitation.

    Le Front antifasciste, contre les menées des réactionnaires, de la répression, des fascistes et des assassins au service de la bourgeoisie.

    Le Front d’unification des communistes, pour forger l’outil du combat victorieux !

  • Sur la dictature du prolétariat – VI – La Dictature du prolétariat.

    Sur la dictature du prolétariat – VI – La Dictature du prolétariat.

    LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT 

    La dictature du prolétariat est, bien souvent, un sujet traité caricaturalement par les éditorialistes et les propagandistes bourgeois. L’image qui en est donnée est celle d’une dictature militaire ou militariste, « totalitaire », par essence criminelle et coercitive. L’enseignement secondaire s’est échiné à faire de ce régime un frère jumeau du nazisme, à en faire un régime d’extermination et de génocide.

    Surtout, il en est fait une approche dépolitisée. Dans l’esprit de nombreuses personnes, il s’agit d’une dictature mise en œuvre pour l’orgueil d’un individu unique, d’un dirigeant avide de pouvoir -et avide du pouvoir pour le pouvoir-. Le contenu social et politique en est escamoté en totalité. Tandis qu’aujourd’hui, dans l’Etat français, la suppression de la durée légale du travail est discutée, de même que le salaire minimum, le Parti Communiste d’Union Soviétique, dirigé par Staline, militait ardemment pour que celle-ci passe à 5h ou 6h par jour, sans perte de salaire.

    Alors que le logement représente la première dépense des foyers, le loyer était plafonné à 10% des salaires en URSS. Alors que le coût des études explose ; que la sécurité sociale est menacée de liquidation, l’un et l’autre étaient gratuits en Union Soviétique. Un fils d’ouvrier comme Brejnev, un enfant de paysans comme Khrouchtchev -bien que des leaders révisionnistes et liquidateurs- ont pu accéder aux plus hautes fonctions. Combien d’exemples similaires dans les pays capitalistes? Aucun.

    Ceci n’est pas dû à une intervention du Saint-Esprit, mais à une chose essentielle : la dictature du prolétariat.

    Que la dictature du prolétariat soit une dictature, ceci est une évidence. Ceci n’est nullement caché. Ceci est revendiqué, même au sein de son intitulé. « Méchanceté » de la part des communistes ? Non. Il s’agit d’une attitude conséquente et cohérente.

    En novembre 1847, à quelque mois de la publication du Manifeste du Parti Communiste, Engels faisait  l’exposé suivant :

    « En esquissant à grands traits les phases du développement du prolétariat, nous avons retracé l’histoire de la guerre civile, plus ou moins latente, qui travaille la société actuelle jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie. »

     « Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution » (littéralement: l’élévation) « du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. »

     « Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. »

     Lénine dans L’Etat et la Révolution, ajoute à ces extraits les commentaires suivants :

     « L’on trouve formulée ici l’une des idées les plus remarquables et les plus importantes du marxisme au sujet de l’Etat, celle de la « dictature du prolétariat » (comme devaient s’exprimer Marx et Engels après la Commune de Paris); nous y trouvons ensuite une définition de l’Etat, intéressante au plus haut point, et qui est également au nombre des « paroles oubliées » du marxisme: « L’Etat, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante.« 

     Voilà le pourquoi de la dictature du prolétariat. Elle est une nécessité, du fait de l’obstination de la bourgeoisie à vouloir, par la force, maintenir son ordre injuste. Cependant, elle n’est en rien la même forme d’Etat que l’Etat bourgeois. Lorsque les réformistes annoncent que la victoire peut s’obtenir par les urnes, que les travailleurs doivent conquérir l’Etat, ils omettent le fait que l’Etat bourgeois est une dictature dirigée contre les travailleurs et que l’Etat prolétarien est une dictature dirigée par les travailleurs et les travailleuses, contre leurs anciens exploiteurs.

     Lénine, dans La maladie infantile du communisme, explique ainsi la dictature du prolétariat :

     « La dictature du prolétariat est une lutte acharnée, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions du vieux monde. La force de l’habitude enracinée chez des millions et des dizaines de millions d’hommes, voilà la force la plus redoutable. Sans un parti, un parti de fer endurci dans la lutte, sans un parti jouissant de la confiance de tous les membres honnêtes de la classe en question, sans un parti habile à suivre l’état d’esprit des masses et à influer sur lui, il est impossible de mener cette lutte avec succès. »

    La dictature du prolétariat n’est pas une dictature « apolitique », détachée de la lutte des classes -quel régime pourrait l’être ?- mais elle est l’antithèse de la démocratie bourgeoise. Elle est un régime de démocratie pour l’alliance des masses populaires, des opprimés des exploités, elle est une dictature contre la bourgeoisie, les classes dominantes et leurs laquais. Cela lui donne un double aspect, propre à tous les régimes politiques : elle est une dictature-démocratique.

    Dans Les principes du Léninisme, Joseph Staline présente trois points fondamentaux à cette dictature:

     1. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour la répression des exploiteurs, la défense du pays, la consolidation des relations avec les prolétaires des autres pays, le développement et la victoire de la révolution dans tous les pays ;

    2. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour détacher définitivement de la bourgeoisie les travailleurs et les masses exploitées, pour renforcer l’alliance du prolétariat avec ces masses, pour faire participer ces dernières à la réalisation du socialisme et assurer leur direction politique par le prolétariat ;

    3. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour l’organisation du socialisme, l’abolition des classes, l’acheminement vers une société sans classes, sans Etat. »

    Si vis pacem, para bellum. « Si vous voulez la paix, préparez la guerre. »

    Dans un cas comme dans l’autre, le pouvoir populaire naissant se confronte à une lutte des classes aigue. Aigue et durable. Dans chacun des cas, l’application de son programme passe par la force, face au refus de la bourgeoisie de se plier aux règles d’un jeu démocratique qui n’est censé servir que ses intérêts. Même si la bourgeoisie est chassée, point de « démocratie pure » à l’horizon :

    « On peut défaire d’un coup les exploiteurs, par une insurrection victorieuse dans la capitale ou une révolte des troupes. Mais à part quelques cas très rares, exceptionnels, on ne peut les anéantir d’un seul coup. On ne peut d’un coup exproprier tous les propriétaires fonciers et tous les capitalistes d’un pays de quelque importance. Ensuite, l’expropriation à elle seule, en tant qu’acte juridique ou politique, est loin de résoudre le problème, car il faut destituer en fait les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, les remplacer en fait par une autre gestion – gestion ouvrière des usines et des domaines. Il ne saurait y avoir d’égalité entre les exploiteurs qui, durant de longues générations, s’étaient distingués par leur instruction, par leur train de vie et par les habitudes acquises, et les exploités dont la masse, même dans les républiques bourgeoises les plus avancées et les plus démocratiques, reste accablée, inculte, ignorante, craintive, divisée.

    Longtemps après la révolution, les exploiteurs conservent nécessairement une série de réels et notables avantages : il leur reste l’argent (impossible de le supprimer d’un coup), certains biens mobiliers, souvent considérables; il leur reste des relations, des habitudes d’organisation et de gestion, la connaissance de tous les…secrets…de l’administration (coutumes, procédés, moyens, possibilités); il leur reste une instruction plus poussée, des affinités avec le haut personnel technique (bourgeois par sa vie et son idéologie); il leur reste une expérience infiniment supérieure de l’art militaire (ce qui est très important), etc., etc. Si les exploiteurs ne sont battus que dans un seul pays, et c’est là bien entendu le cas typique, la révolution simultanée dans plusieurs pays étant une rare exception, ils restent toutefois plus forts que les exploités, puisque les relations internationales des exploiteurs sont immenses. Qu’une partie des masses exploitées les moins développées, parmi les paysans moyens, artisans, etc., marchent et soient susceptibles de marcher avec les exploiteurs, c’est ce qu’ont montré toutes les révolutions antérieures, y compris la Commune (car parmi les troupes versaillaises, – ce qu’a « oublié » le savantissime Kautsky, – il y avait aussi des prolétaires) ». [Le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne. Lénine.]

    Pour revenir sur le programme de Philippe Poutou, dès les deux premiers points, il est compréhensible que ce programme ne soit nullement en mesure d’être applicable. Comment « Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société. » lorsque la dictature de la bourgeoisie, la dictature du profit, n’est pas balayée. Dans cette guerre de tranchée, dans ce Stalingrad inversé qu’est la lutte institutionnelle, la position réformiste-radicale est de s’y jeter à corps perdu. En pure perte.

    La bourgeoisie brime et opprime l’expression des travailleurs, dans leur lutte syndicale. Elle brime d’autant plus leur expression politique. Elle met en œuvre tous les pièges possibles, imaginables, pour corrompre, pour perdre les militants et militantes communistes, pour dégouter les masses, pour les emmener vers le chemin de la réaction, du chauvinisme, de l’adhésion aux thèses idéalistes pourries. Si une menace émerge, elle fera front contre elle, s’arc-boutant de toutes ses forces, auxquelles peuvent s’additionner celles de l’étranger. Si cette menace se concrétisait électoralement, elle serait prise dans un labyrinthe dont elle ne pourra pas sortir vainqueur. Si elle pouvait tenter de mettre en œuvre son programme, celui-ci ferait face à une politique de refus, d’hostilité, de terre brûlée, organisée par la bourgeoisie. Sabotages, assassinats, propagande ennemie : voici ce que rencontrent ceux qui veulent renverser le pouvoir bourgeois.

    Le pire étant que ces organisations en ont conscience. Mais elles font le choix conscient de mentir aux masses et de les aiguiller dans cette voie fausse, pour ne pas les effrayer. Pour ne pas les repousser en leur annonçant la couleur : la lutte des classes peut devenir une guerre.

    Les masses comprennent la violence de l’exploitation, de la police, de la bourgeoisie. Elle les marque dans leur chair, dans leur vie. La peur de la misère, la peur de l’exclusion sociale, la peur de perdre le peu qui est accordé par le patronat. Ces organisations ne le comprennent pas, car, fondamentalement, elles ne s’adressent pas aux travailleurs, aux travailleuses, aux exploités, aux opprimés. Elles s’adressent à la petite bourgeoisie radicale.

    Là se trouve l’essence du programme de transition trotskiste et du programme réformiste-radical des dissidents du P.C.F., de tous ceux et celles qui ne posent que des revendications impossibles, dans l’espoir que les masses, insatisfaites,  se mettent à développer spontanément des mots d’ordres révolutionnaires. Dans les faits, elles ne font que maintenir les mythes de la bourgeoisie, de la démocratie. Elles ne font que soutenir l’œuvre des révisionnistes du marxisme, nier la dictature de la bourgeoisie, nier le besoin d’un parti révolutionnaire, nier le besoin de la révolution, nier le besoin de la dictature du prolétariat contre la bourgeoisie pour permettre l’avènement du socialisme.

    « La transition du capitalisme au communisme, c’est toute une époque historique. Tant qu’elle n’est pas terminée, les exploiteurs gardent inéluctablement l’espoir d’une restauration, espoir qui se transforme en tentatives de restauration. A la suite d’une première défaite sérieuse, les exploiteurs qui ne s’attendaient point à être renversés, qui n’en croyaient rien et n’en admettaient pas l’idée, se lancent dans la bataille avec une énergie décuplée, avec une passion furieuse, avec une haine centuplée pour reconquérir le « paradis » perdu, pour leurs familles qui menaient une si douce existence et que, maintenant, la « vile populace » condamne à la ruine et à la misère (ou au « vil » labeur … ). Et derrière les capitalistes exploiteurs c’est la grande masse de la petite bourgeoisie qui – des dizaines d’années d’expérience historique dans tous les pays en font foi – hésite et balance, qui aujourd’hui suit le prolétariat et demain, effrayée des difficultés de la révolution, est prise de panique à la première défaite ou demi-défaite des ouvriers, s’affole, s’agite, pleurniche, court d’un camp à l’autre … tout comme nos menchéviks et nos socialistes -révolutionnaires. Et devant cette situation, à une époque de guerre acharnée, aiguë, où l’histoire met à l’ordre du jour le problème de l’existence ou de la non-existence des privilèges séculaires et millénaires, on disserte sur la majorité et la minorité, la démocratie pure, l’inutilité de la dictature, l’égalité entre exploiteurs et exploités !! » [Le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne. Lénine]

    Plutôt que courir le risque d’être balayé, il est préférable d’anticiper le danger, de s’en prémunir. D’où la nécessité de ne pas omettre la question de l’autodéfense et de la protection.

    Dans notre brochure sur les bases de l’idéologie communiste, nous mentionnions : « La Révolution, expliquait Mao Zedong, n’est pas un diner de gala. Elle est issue d’un acte de violence par lequel une classe a chassé l’autre du pouvoir. La raison d’être de la dictature du peuple est de lutter contre la machine ne guerre bourgeoise et contre sa volonté de retour. La police, la justice, la milice, l’armée populaire sont les outils de la lutte contre les menées réactionnaires de la bourgeoisie. »

    Tout comme la démocratie athénienne était la démocratie des propriétaires d’esclaves, et l’exercice d’une dictature à l’égard de ces derniers ; tout comme le féodalisme était une relative « démocratie » de la Noblesse et du Clergé, mais une dictature sur la paysannerie ; tout comme le capitalisme est la démocratie des capitalistes, la dictature du prolétariat est une démocratie du peuple et une dictature sur les ennemis du peuple.

    Elle est un pouvoir dictatorial, non pas par amour du sang, mais bien car elle est un régime de guerre. De guerre des anciennes classes possédantes contre ceux qui les ont fait chuter de leur paradis perdu. Elle est un régime de guerre contre ceux qui veulent renverser le pouvoir populaire, mais également contre une nouvelle bourgeoisie qui pourrait émerger.

    Elle est un outil de transformation de la société. Elle est un moyen juridique, un moyen d’organisation économique, non pas -comme le mentionnent certains « auteurs »- pour faire du prolétariat une nouvelle bourgeoisie, mais bien pour achever la lutte des classes par la résolution des contradictions entre exploiteurs et exploités. Elle est un régime de démocratie populaire, où le peuple n’exerce pas un simili-pouvoir au travers d’un bulletin de vote, mais par son outil de décision et d’application : le soviet.

    Que sont les soviets ?

    Voici la définition faite dans Sur la route de l’insurrection.

    « Les soviets sont un nouvel appareil étatique qui, en premier lieu, instaure la force armée des ouvriers et des paysans, force qui n’est pas, comme celle de l’ancienne armée permanente, détachée du peuple, mais reliée étroitement à ce dernier, qui, dans le domaine militaire, est incomparablement supérieure à toutes celles qui l’ont précédée et qui, au point de vue révolutionnaire, ne peut être remplacée par aucune autre. En second lieu, cet appareil instaure avec les masses, avec la majorité du peuple, une liaison si étroite, si indissoluble, si facilement contrôlable et renouvelable qu’on en chercherait vainement une semblable dans l’ancien appareil étatique. En troisième lieu, cet appareil qui est électif et dont le peuple peut, à son gré, sans formalités bureaucratiques, changer le personnel, est par là même beaucoup plus démocratique que les appareils antérieurs. En quatrième lieu, il donne une liaison solide avec les professions les plus diverses, facilitant ainsi la réalisation, sans bureaucratie aucune, des réformes les plus différentes et les plus profondes. En cinquième lieu, il donne la forme d’organisation de l’avant-garde des 94 paysans et des ouvriers, c’est-à-dire de la partie la plus consciente, la plus énergique, la plus avancée des classes opprimées, et permet par là même à cette avant-garde d’élever, instruire, éduquer et entraîner dans son sillage toute la masse de ces classes, qui jusqu’à présent était restée complètement en dehors de la vie politique, complètement en dehors de l’Histoire. En sixième lieu, il permet d’allier les avantages du parlementarisme à ceux de la démocratie immédiate et directe, c’est-à-dire de réunir, dans la personne des représentants électifs du peuple, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.« 

    Ce sont ces outils qui forment l’aspect démocratique de la dictature du prolétariat. Ils forment la liaison entre les masses et la direction politique. Il s’agit d’un lien essentiel, fondamental. Si celui-ci se rompt, par l’aventurisme du PC ou par des déviations droitières, la dictature du prolétariat sera en extrême-difficulté. Car la dictature du prolétariat a besoin de la direction d’un parti communiste tenant une ligne juste. Si le Parti Communiste est contaminé par l’esprit droitier, si la ligne révolutionnaire disparaît dans les remous de la lutte interne, là, en l’occurrence, les risques avancés par les libertaires s’avéreront fondés.

    Si le Parti Communiste n’est plus communiste, s’il perd le pouvoir, si une nouvelle bourgeoisie en prend le contrôle, le processus de la transformation de la société stoppe. C’est ce qui fait que la lutte s’exerce également à l’intérieur du Parti comme de la société. S’il existe un débat démocratique entre les forces favorables à la révolution sur la manière de transformer la société, ce débat démocratique ne peut tolérer l’hostilité, la réaction et les agents de la bourgeoisie. Non pas par esprit de vengeance, pas fascination pour la censure et la répression. Mais bien car la construction du socialisme est un processus fragile et soumis à des menaces constantes.

    Dans le confort actuel, dans le cadre cotonneux, même illusoire, de la démocratie bourgeoise, cela peut paraître difficile à saisir. Il convient de garder à l’esprit ce que signifie l’aggravation de la lutte des classes sous le socialisme. La bourgeoisie est acculée à la défensive, elle montre les dents. Les anciens bourgeois, richissimes parasites sociaux, les banquiers, les rentiers ne veulent pas perdre leurs immenses privilèges sociaux, leurs immenses fortunes.

    S’ils en ont la possibilité, ils écraseront dans le sang l’opposition. Tout comme la Commune de Paris fut écrasée, tout comme les Républiques des soviets, de Bavière, de Berlin, de Hongrie. S’ils peuvent s’appuyer sur des éléments faibles, hésitants, au sein des rangs des communistes, ils le feront. L’histoire de l’URSS est marquée du sang d’une longue série de sabotages, de conspirations, d’assassinats -parfois avec la complicité de membres hauts placés du PC(b)US, comme ce fut le cas avec Boukharine ou Trotsky.

    Ces faits ne sont pas du ressort unique d’une hypothétique méchanceté propre à tel ou tel individu ou de l’esprit vicieux de tel ou tel acteur. Ils sont le reflet d’un aspect essentiel de la lutte des classes : elle ne s’arrête pas à la révolution et à la prise du pouvoir. Elle se poursuit avec la transformation de la société.

    Au plus le socialisme avance, au plus les résistances à la nouvelle société se font fortes et intenses. D’autant que, certains rapports issus de « l’ancien monde » perdurant, certaines nécessités en termes d’experts, de spécialistes, d’officiers et de hauts fonctionnaires, peuvent donner -et ont donné, par le passé- naissance à une nouvelle bourgeoisie, une bourgeoisie d’Etat, une nomenklatura et des « hommes de l’appareil », ces apparatchiks. L’existence de ces individus, la continuité de la lutte des classes, est un des aspects qui rend la dictature du prolétariat nécessaire jusqu’au bout, sans le moindre relâchement de la vigilance, tant du Parti que des masses.

    La lutte ne se mène pas que contre les anciennes classes possédantes, mais contre -également- les nouveaux bourgeois.

  • Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    L’impasse du réformisme.

    Campagne contre plus fort que soi.

    Est-il possible de blâmer les réformistes ou les utopistes ? Oui et non.

    Oui, le sens où l’histoire à illustré à maintes reprises que la révolution ne pouvait être qu’un acte de « violence, par lequel une classe en remplace une autre. » Oui, dans le sens où le rejet de « l’autoritarisme » fait le lit de l’inaction. Oui dans le sens où la collaboration de classe n’amène qu’au compromis. Le compromis à la compromission. La compromission à la trahison.

    Non, dans le sens où l’idéologie communiste est tellement affaiblie, a été tellement diminuée et mutilée qu’elle a pratiquement perdu l’intégralité de son influence sur la population. Adhérer à l’idée révolutionnaire se fait comme une question de principe, plus comme le fait de comprendre celle-ci comme une nécessité vitale. Les communistes, aujourd’hui, de nouveau, doivent faire la démonstration de la nécessité de cette révolution.

    Or, qu’arriverait-il si les réformistes étaient en mesure d’être à l’orée du pouvoir ?

    Admettons, dans cette brochure, un cadre imaginaire, dans un pays qui peut évoquer l’Etat français. Au sein de ce pays, un grand mouvement naît, soutenu par une fraction importante des masses populaires. Ce mouvement n’a pas même besoin de menacer directement les intérêts de la bourgeoisie. Il peut même, sur certains plans, accompagner les projets des impérialistes français, à l’image de la France Insoumise.

    Or, il lui suffit de les écorner un tantinet, de leur déplaire, de vouloir les contraindre et les contrarier.

    En l’occurrence, le cas de figure s’est observé, dans la campagne de pour les présidentielles, dans l’hostilité grandissante de la part d’une partie de la bourgeoisie à la candidature du social-chauvin Mélenchon. Celui-ci, pourtant, n’est pas une menace stratégique majeure. Il n’a rien en commun avec l’irruption d’une cohorte de bolcheviks. Fondamentalement, il est un pur produit des organisations nationales-trotskistes -les lambertistes. Il a longuement été un membre de l’appareil du Parti Socialiste, sous l’étiquette duquel il fut ministre de l’enseignement professionnel. Aujourd’hui son programme prône une réorganisation de l’impérialisme français, un nouveau jeu d’alliance, mais pas une rupture. En revanche, ce qui gène la bourgeoisie est le fait qu’il demande des miettes plus importantes pour l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie, lesquelles forment la base sociale de son électorat.

    Malgré cela, les unes des journaux de la bourgeoisie se firent agressives : le Figaro, ainsi, titrait que Jean-Luc Mélenchon ruinera la France, qu’il la mènera au bord de la rupture, de l’explosion.

    Déjà, la machine de propagande se raidit, se dresse, durcit le ton et la voix.

    Les débats publics entre candidats ont été globalement dominés par les candidats présents sur les ailes. Les cas de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou ont été ainsi illustratifs.

    Malgré leur score faible, ces deux candidats ont été dérangeants. Ils ont été dérangeants car ils mettaient en péril l’ordre normal des choses. Pourtant, à aucun moment ils ne brisèrent la scène du théâtre électoral, en en dénonçant sa vraie nature.

    Malgré cela, leur discours formait, déjà, un casus belli pour la bourgeoisie. Elle a donc mobilisé son appareil médiatique pour les combattre. Accusations et insinuation ont plu contre eux.

    Pourtant, imaginons, dans notre exemple fictif, un candidat crédible, sérieux, sur un programme qui soit offensif et résolument anticapitaliste et anti-impérialiste. Que pourrait-il faire au sein de cette scène ? Il se heurterait à un grand nombre d’obstacles, dont certains forment de véritables fortifications anti-vote populaires.

    La bourgeoisie à beau se targuer d’être démocratique, il n’en est rien. Elle dresse à chaque pas des obstacles immenses pour empêcher les masses de participer à la vie politique, pour la réserver à des bourgeois et des bourgeoises, à des professionnels. La politique dans la démocratie représentative bourgeoise, est une affaire de spécialiste, non l’affaire des masses.

    D’une part, pour lancer une campagne, il est nécessaire de disposer d’un sésame absolu: les 500 signatures.

    Ces 500 signatures, à quémander auprès d’élus, sont une barrière qui permet de faire un premier tri. D’une part cela signifie qu’un parti sans élus, sans soutiens de l’institution, ne peut se présenter. Même une organisation massive et influente peut être bloquée par ce barrage. Disposer d’une base électorale forte, mais sans élus pour appuyer les candidatures signifie être éjecté du système électoral.

    Les candidatures appuyées sur une base locales sont également rejetées. Un candidat comme Oscar Temaru, sur lequel l’Unité Communiste de Lyon s’est exprimé, ne peut, malgré la base dont il dispose en Polynésie, malgré le soutien des indépendantistes Corses, Basques, Bretons, se présenter. Car les 500 signatures se doublent de l’impératif d’être réparties sur l’ensemble du territoire de l’Etat Français. En somme elle réservent le pouvoir et son exercice aux organisations ayant une assise partout dans l’Etat français.

    La question de l’argent se pose : une campagne coûter cher. Une campagne demande souvent des finances importantes. Même si certains coûts peuvent être compensés par une mobilisation importante, ceux-ci existent. Quels mécènes offriraient à leur ennemi les moyens financiers de parler contre eux ? Quelles banques accepteraient de financer ceux qui veulent les supprimer ? De nouveau, l’obstacle technique se double d’une composante politique : La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle ne prête pas pour respecter la démocratie, mais comme un investissement ; et bien fou serait celui qui investirait dans quelqu’un voué à éliminer le pouvoir bourgeois.

    Un parti fasciste comme le FN, lui-même, a connu des difficultés à trouver des finances. Le FN s’est ainsi tourné vers les créanciers russes, lesquels se sont fait une joie de fournir à l’extrême-droite française l’argent qui lui manquait. Non par sympathie, mais bien dans l’idée que ce groupe politique deviendrait son agent docile et dévoué, le représentant de ses intérêts en Europe occidentale. L’argent est le nerf de la guerre.

    D’autant que la bourgeoisie est mobilisée, sur le pied de guerre. Le prolétariat, quant à lui, n’est pas en ordre de bataille, subit l’influence de l’idéologie bourgeoise..etc. De plus, tous les prolétaires n’ont pas le droit de vote.

    L’une des bases sociales du prolétariat de l’Etat français est formée d’individus n’ayant pas la citoyenneté requise pour s’exprimer politiquement. Ils et elles sont privés du droit de vote, alors qu’ils et elles travaillent, vivent, paient des taxes et des impôts -plus que la bourgeoisie- au sein de l’Etat français. Mais le droit de vote Niet! Les expatriés, eux, elles, souvent droitiers, en disposent. Cela accroît tout autant le déséquilibre des forces.

    D’une manière générale, la bourgeoisie emploie tous les mécanismes possibles pour creuser l’écart.

    Supposons ces obstacles franchis, comment croire que la bourgeoisie laisserait s’exprimer aisément les candidats du peuple ? Comment croire qu’elle ne lui mettrait pas des bâtons dans les roues ? Comment croire que cette organisation pourrait tenir des meetings, pourrait avoir pignon sur rue ?

    La pluralité de points de vue, dans la presse des états de démocratie bourgeoise, est une chose très relative. Si un certain panel de vue peut exister, dans les faits, celui-ci est étroitement borné par les limites de la légalité bourgeoise.

    De plus, la presse indépendante est un mythe. La très grande majorité des journaux dispose d’un maître qui impose sa ligne éditoriale. Humainement, de nombreux journalistes sont du côté du progrès et de la justice. Ici, leurs qualités personnelles ne sont pas mises en question. Cependant, leur travail n’est pas libre, il est dirigé par une ligne éditoriale, laquelle est résolument hostile à la révolution et au socialisme.

    Les magazines d’histoire, les journaux, y compris irrévérencieux, font le coup de feu avec la réaction et la bourgeoisie. Dans chaque mensuel, dans chaque édition de revues d’histoire, l’anticommunisme trouve sa place. En temps normal, un « bruit de fond » anticommuniste demeure. En temps d’élection, en temps de menace -même minime- ce « bruit de fond » se muera en déchainement de harpies.

    Elle se heurterait à l’hostilité de la bourgeoisie. Celle-ci le taxerait d’illuminé, de fou, d’apprenti-sorcier, se moquerait de lui. Si le moquerie ne suffisait pas, elle passerait aux menaces, aux pressions, aux coups bas. Si les coups bas ne suffisent pas, la violence deviendrait un recours possible.

    Les « accidents » arrivent également.

    Voilà quel serait le destin d’un candidat marxiste-léniniste par exemple. L’intégralité du « système » se liguerait contre lui, contre sa voix, contre sa candidature.

    Or que peut la voix du peuple, sans les moyens de la presse bourgeoise, sans les moyens de ses médias, sans les moyens de ses relais, sans les finances considérables que peut aligner le grand capital pour sa défense ? Peu de choses. D’autant que la bourgeoisie, elle, dispose de moyens de propagande hors de proportion.

    Ainsi, lors des élections Italiennes de 1946 et de 1948, les USA ont dépensé une fortune pour convaincre la diaspora italienne d’influencer le vote au pays. Les slogans anticommunistes se sont affichés sur tous les murs, sur tous les panneaux publicitaires, en somme partout où il était possible d’influencer le jeu pour stopper la progression du front populaire organisé par le PCI. Un appel à la terreur systématique s’est imposé, dans le but d’effrayer la population, de la dissocier des candidats qui défendaient pourtant ses intérêts. En fin de compte, le front subit une cuisante défaite électorale, ne ramenant que 20 puis 30% des voix.

    Dans ces conditions, croire qu’il est possible de rallier à la cause du communisme -ou de l’anarchisme- une majorité, est illusoire. La bourgeoisie n’est pas neutre, n’est pas passive, elle est résolument hostile à une expression démocratique du peuple qui ne corresponde pas à ses désirs.

    Pourtant, le socialisme est à portée de main. La socialisation du travail, l’industrialisation poussée massive, la possibilité d’automatisation poussée des métiers pénibles, tout pousse vers le socialisme. Tout, sauf les mentalités, maintenues en arrière par le poids de l’idéologie bourgeoise. Le monde tarde à accoucher du socialisme.

    Les anarchistes pensent que le travail des révolutionnaires est d’accoucher les esprits, de faire naitre l’étincelle révolutionnaire dans les esprits de l’ensemble du prolétariat, ce qui, magiquement, donnera naissance au communisme. Plaçant cela comme préalable à toute offensive, ils se murent dans une attente tragique et stérile.

    La vérité est que la dialectique matérialiste joue contre les révolutionnaire. L’inertie des mentalités par rapport à la situation réelle fait qu’il est plus aisé de jouer une carte conservatrice que révolutionnaire. La force de l’habitude, le poids des idées réactionnaires, du réformisme, est fort, écrasant.

    Attendre que la majorité soit convaincue des idées révolutionnaire revient à attendre le retour du messie.

    En 1920, l’Internationale Communiste, alors naissante, mentionnait « Tant que le pouvoir gouvernemental n’est pas conquis par le prolétariat et tant que ce dernier n’a pas affermi, une fois pour toutes, sa domination et prévenu toute tentative de restauration bourgeoise, le Parti Communiste n’englobera dans ses rangs organisés qu’une minorité ouvrière. Jusqu’à la prise du pouvoir et dans l’époque de transition, le Parti Communiste peut, grâce à des circonstances favorables, exercer une influence idéologique et politique incontestable sur toutes les couches prolétariennes et à demi-prolétariennes de la population, mais il ne peut les réunir organisées, dans ses rangs. Ce n’est que lorsque la dictature prolétarienne aura privé la bourgeoisie de moyens d’action aussi puissants que la presse, l’école, le Parlement, l’Église, l’administration, etc., ce n’est que lorsque la défaite définitive du régime bourgeois sera devenue évidente aux yeux de tous, que tous les ouvriers, ou du moins la plupart, commenceront à entrer dans les rangs du Parti Communiste. » 

    Notre Etat est un état impérialiste. Cela lui permet, moyennent une pression plus importantes sur ses colonies et néocolonies, de disposer d’une certaine marge de manœuvre. La bourgeoisie impérialiste peut accorder quelques concessions, dans le but de corrompre une grande partie de la nébuleuse des classes moyennes.  Accorder des miettes plus importantes à ces classe vacillantes permet de les rallier. Dans une certaine mesure, les lois sociales, faites vers les classes populaires, sont également issues de la même idée : concéder temporairement pour anesthésier. Cela marche.

    Ces concessions ont été accordées du temps de l’URSS, du temps du Parti Communiste influent, dans le but d’entrainer une désescalade dans la lutte des classes. Ces concessions n’ayant plus de raison d’être, elles sont retirées. Si besoin est, elle peut revenir en arrière, donner de nouvelles miettes aux classes populaires de l’Etat français. Cela ne constitue pas la solution idéale pour elle, mais forme néanmoins un fusible.

    Le programme de Mélenchon aux présidentielles était par ailleurs d’exiger ces miettes de l’impérialisme, en échange d’un soutien aux politique d’agression et d’expansion. Ce n’est pas le programme des communistes, lesquelles ne veulent pas une modification de la redistribution d’une partie de la plus-value extorquée par les capitalistes, mais veulent abolir l’exploitation et détruire l’impérialisme.

    Toujours est-il que ces concessions serviront à détourner les voix des hypothétiques candidats léninistes, pour les ramener vers les magiciens de le redistribution : les sociaux démocrates et les sociaux chauvins.

    Si la bourgeoisie était sur le point de perdre les élections, dans notre hypothèse, elle les annulerait purement et simplement.

    Des situations de ce type ont eu lieu dans le passé, mais demeurent spécifiques à des cas précis. Elles ont eu lieu dans des situations où une bourgeoisie nationale s’opposait à une bourgeoisie compradore, cliente d’un impérialisme ou d’un colonisateur. Deux exemples : le Viêt-Nam, où les élections du sud furent remises aux calendes grecques ; la Corée, où les USA ont provoqué des élections séparées entre Nord et Sud pour acter la division, et permette aux partis issus de la colonisation de se présenter et d’avoir la majorité. Dans les deux cas, l’expression populaire s’est retrouvée bafouée de a à z.

    Pour se prémunir contre l’irruption de forces populaires, revendicatives, au niveau des assemblées bourgeoises, pour les museler, la bourgeoisie garde la haute main sur le découpage électoral, sur la forme que prennent les circonscriptions, pour permettre de se garantir une majorité stable, un pouvoir stable.

    Même le système bicaméral, avec son Sénat, avec son conseil constitutionnel, avec ses verrous et des chausse-trappes, est conçu comme un château-fort pour éviter tout basculement des institutions. Les institutions sont conçues avec leurs fusibles, leurs sécurités, leurs redondances.

    L’Etat est une excroissance de la bourgeoisie et de ses intérêts. Il n’est pas une institution neutre, quelque chose de flottant, volant au dessus de la société. L’Etat est architecturé pour correspondre à une mission : permettre l’exploitation la plus pacifique et la plus efficace possible des prolétaires et des semi-prolétaires par la bourgeoisie.

    L’Etat est là pour encadrer la société, pour réprimer les tentatives de renversement de la bourgeoisie par le prolétariat. Il est là également pour défendre et étendre les intérêts de la bourgeoisie, trompeusement nommés « intérêts nationaux », contre les menées des concurrents internationaux.

    Si on regarde l’Etat sous ce prisme là, sous celui de sa nature profonde, il devient nettement plus évident que celui-ci ne peut être conquis, puisque sa mission est intégralement contradictoire avec les intérêts du prolétariat.

    Cependant, cette brochure à l’esprit large et peut accepter quelques concessions avec la réalité, à des fins de démonstration.

    Admettons que celui-ci ; ou celle-ci, gagne. Pourrait-elle clamer victoire immédiatement, déclarer que le capitalisme est fini, que la bourgeoisie, dans le respect des institutions, pourrait donner le pouvoir et les moyens de production aux masses populaires ? Non. Même un accès au pouvoir formel ne signifie nullement une victoire.