Étiquette : Réformes

  • Macron a parlé

    Macron a parlé

    Le 12 juillet, Emmanuel Macron, dans ce rituel habituel, s’est adressés à ses administrés. Ses annonces sont en deux volets. Une partie sur la question de la crise sanitaire, une autre sur la question de l’offensive contre les droits sociaux. Il s’agissait de déclarations attendues et prévisibles. Mais ce qui est tragique, c’est le renversement total, aux yeux d’une partie conséquente de l’opinion publique de l’importance de l’une par rapport à l’autre.

    La première nous paraît la plus importante. Elle est le dévoilement du plan d’assaut contre les droits sociaux. Nous savons désormais que la pause dans les réformes, très relative, est terminée. Macron prévient : le monde de demain ressemblera donc à celui d’avant hier. A celui d’avant le programme du CNR et les conquêtes sociales. Le temps avant les élections présidentielles est compté, et il entend bien en tirer profit pour mener, tambour battant, une série de réformes scélérates. Nous voilà prévenus : il nous faudra rassembler les forces syndicales, politiques, sociales qui ont subit un an et demi de knock out technique, et prendre le chemin des luttes.

    Nous savons que celles-ci s’empêtrent souvent dans les calendriers électoraux : certes les organisations politiques présidentiables battront le pavé, mais avec un seul mot d’ordre. « Votez, et nous ferons le reste ». Or nous savons que ces promesses creuses n’engagent à rien, mais, aussi, sont souvent irréalisables. L’État n’est pas l’arbitre neutre de la lutte entre les intérêts dans la société : il est surtout une interface qui permet à la bourgeoisie de rendre la dictature des siens acceptable, en permettant certains aménagements, certaines concessions. Mais sans jamais renoncer à l’essentiel : ses intérêts priment.

    La réforme du chômage sera donc appliquée. Le RSA baissera. Les retraites sont en ligne de mire. Et pourtant, ce qui ressort dans les discours, c’est la lutte contre la pandémie. Alors que les premiers points concernent l’avenir et l’assombrissent terriblement, les yeux sont rivés sur la lutte sanitaire. Le reste est oubliée.

    Mais, même la mise sur un pied d’égalité de la lutte sanitaire est déjà une forme de défaite intellectuelle et militante. Le fait que certains groupes choisissent de qualifier les mesures prises par l’État de dictature sanitaire, de totalitarisme, montre le divorce complet entre ces groupes et la réalité concrète, matérielle, de ce que signifie cette épidémie.

    Nous ne considérons pas que la politique menée par l’État pour lutter contre la pandémie soit idéale ou parfaite. Nous l’avons largement critiquée à plusieurs reprises, en particulier pour sa stratégie du moindre mal. Celle-ci, pour des motivations économiques mais aussi démagogiques, a été coûteuse sur tous les plans. Tant sur le plan humain, moral, qu’économique. Si aujourd’hui, la situation paraît sous contrôle, plusieurs indicateurs laissent penser qu’elle peut repartir rapidement, notamment sous la pression d’un nouveau variant. Pendant ce temps, la campagne vaccinale s’est montrée poussive. Nous interprétons le discours de Macron, par rapport à ce point là, comme étant une manière de taper du poing sur la table, tout en offrant aussi des issues : il s’agit de passer d’une vaccination encouragement (à voyager, à sortir…) à une vaccination sanction basée sur des menaces et des restrictions spécifiquement appliquées à celles et ceux qui ne se vaccinent pas. C’est une politique qui se durcit. La question de cette vaccination obligatoire pour certaines professions (santé, pompiers…etc.) ainsi que le développement du pass vaccinal ou d’application de suivi ont causé une levée de boucliers.

    C’est une expression multiforme qu’il convient d’analyser rapidement : Elle est d’une part un sentiment populaire de méfiance et de rejet de tout ce qui est proposé par le gouvernement, traduisant une absence de confiance dans celui-ci, mais également plus profondément, dans l’ensemble de la société telle qu’elle est à l’heure actuelle. Et c’est là quelque chose de dramatique quant il est question de sujets tels que la science ou la santé publique.

    Mais cette expression est aussi celle d’un discours politique. D’une part l’extrême-droite tente d’employer ces peurs et ces angoisses pour alimenter sa propre rhétorique conspirationniste. De l’autre, il existe aussi ce conspirationnisme d’extrême-gauche, qui voit dans cette manière de gérer la pandémie l’expression de tendances totalitaires.

    Nous n’avons pas besoin de parler des fascistes et de l’extrême-droite, leurs intentions sont claires. Mais nous voulons parler à nos amis qui se trompent dans leur manière d’analyser les choses. Il est vrai que le gouvernement (ou plutôt les gouvernements successifs) ne rechignent pas quant il s’agit d’étendre le contrôle social et de détruire les droits économiques et politiques (ce qui est, nous le maintenons, l’aspect central du discours de Macron). En revanche, cette hostilité à l’ensemble des mesures contraignantes et de lutte contre la pandémie pose question : comment l’auraient-ils abordée ?

    Nous ne voulons pas nous poser les questions uniquement en étant dans une posture d’outsiders. Cette attitude qui consiste à se placer d’une manière diamétralement opposé à l’ensemble des discours de l’Etat, confortable, est aisée. Mais elle n’est pas sans travers : en supposant un plan préétabli, cohérent, dans l’ensemble des prises de décision politiques, en considérant l’État comme un diable cynique et mû par la méchanceté, ces discours piochent aussi dans un inconscient conspirationniste. Il est d’ailleurs hilarant de voir que cette hypothèse totalitaire se heurte à des écueils insurmontables. Par exemple, ceux et celles qui disaient que le gouvernement était en guerre contre la vie sociale, qu’il préparait 1984, comment expliquent-ils ce relâchement brutal dans le confinement ? Ils ne l’expliquent pas. Ils ont simplement cessé de le dire, et passés à autre chose, à d’autres hypothèses totalitaires.

    Dans chacune de nos prises de position, nous nous posons la question de « qu’aurions nous fait ». Et il est clair que si nous étions au pouvoir, dans cette situation de pandémie, nous aurions du, nous aussi, prendre des mesures extrêmement contraignantes pour tordre le coup à cette maladie. Nous aurions du, nous aussi, faire la promotion ou imposer la vaccination. Nous arions du, nous aussi, empêcher les rassemblement festifs et sanctionner les organisateurs et les organisatrices (pas avec les mêmes modes opératoires, certes). Pas par attrait pour l’autoritarisme, non, mais bien parce que nous plaçons la nécessité comme préalable à la liberté. Et parce qu’une épidémie, et a fortiori une pandémie, n’est pas un choix individuel. C’est une responsabilité collective qui transcende notre individualité. Elle n’est pas comme marcher sur le bord d’une falaise par grand vent, où seule la sécurité de l’individu qui le fait est en jeu, elle est comme rouler ivre-mort dans une rue. Cette mise en avant des intérêts étroitement individuels et personnels, finalement pas si éloignée des ultra-libéraux à la Bolsonaro et à la Trump, montre une faillite dans l’analyse de la société et dans la compréhension du rôle de militant et de militante.

    Cela ne signifie pas tout accepter, bien au contraire ! Mais cela signifie savoir reconnaître ce qui est nécessaire et vital et ce qui est à surveiller ou à combattre. En l’occurrence il nous faut lutter contre la pandémie de manière efficace. Nous ne marcherons pas avec les anti-masques, les anti-vaccins, ou ceux et celles qui n’agissent que pour leurs petits plaisirs, leurs petites jouissances de privilégiés individualistes. Nous ne nourrirons pas la machine à produire du conspirationnisme, qui non seulement nous éloigne de nos objectifs émancipateurs, mais qui menace aussi à tout moment de nous engloutir.

    En revanche, nous considérons qu’il est vital, de rester vigilants.
    Nous devons nous préparer à des temps difficiles, pris dans la tourmente d’une campagne électorale menée autour de thématiques réactionnaires et quasiment fascisantes. Nous devons nous préparer aux offensives sociales, sociétales, et politiques. Sans tordre le cou à cette pandémie, nous ne pourrons ni répondre, ni remporter de victoire.

    Pour se retrouver dans la rue, lutter, avancer, gagner, il faut être en bonne santé !

  • Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le gouvernement LREM mène une politique de guerre totale envers les droits sociaux.

    Ce 19 mars, en cette journée de mobilisation interprofessionnelle, nous ne pouvons que faire un triste constat. Depuis 2008, les attaques se sont sans cesse intensifiées contre l’intégralité de ce que nos luttes, depuis plus d’un siècle, sont parvenues à arracher aux exploiteurs et aux exploiteuses.

    Trois objectifs centraux ont été désignés par la lignée de politiciens et de politiciennes, de bords différents, mais qui ont appliqué strictement le même programme.

    • Détruire le contrat de travail pour baisser les salaires réels le plus bas possible.
    • Réduire les dépenses et les taxes -pour les plus riches- afin d’accroître les profits.
    • Ouvrir des nouveaux marchés aux investisseurs, par la privatisation d’un côté, par la guerre et l’agression militaire de l’autre.

    L’intégralité des réformes et des actes du gouvernement, qui sont mis en œuvre aujourd’hui, rentrent dans ces critères ou dans les conséquences logiques de celles-ci. Depuis la fusion des écoles primaires et des collèges jusqu’aux interventions militaires en Afrique ou au Moyen-Orient.

    Ces attaques ont déclenché des réactions de lutte, mais quelles réponses ont-elles eues ?

    La lutte des Gilets Jaunes, la mobilisation de la jeunesse, les combats des syndicats, la lutte pour la défense de l’environnement… toutes ont reçu comme unique réponse le mépris, la répression ou les déclarations démagogiques qui n’engagent rien ni personne.

    Le Grand Débat, promis par Macron pour mettre à plat la crise actuelle n’est, au final, qu’un levier qui lui sert à justifier son offensive anti-sociale. Toutes les propositions qui en ressortent sont des éléments du programme de celui-ci, ou des objectifs déjà désignés dans CAP2022. Le référendum, s’il a lieu, ne sera que du même genre : ce sera une question piège qui servira à conforter le gouvernement, à renforcer sa politique, à la graver dans le marbre.

    Le triumvirat Macron-Philippe-Castaner est particulièrement haï par l’ensemble de la population. Pourtant, il n’est qu’un exécutant.

    Le gouvernement agit ainsi, car il travaille pour les exploiteurs, pour les oppresseurs, pour les rentiers, les investisseurs… Il travaille pour les capitalistes, pour servir leur intérêt suprême : augmenter leurs profits au maximum.

    La crise a effrayé ces exploiteurs, la concurrence internationale les angoissent. Il est impératif pour eux que leurs taxes soient les plus basses, que les marchés soient les plus ouverts, que les salaires soient les plus bas. Cette grande bourgeoisie, avec ses immenses monopoles, ses trusts, ses cartels, exige que nos droits soient anéantis pour leurs profits. Quitte à ce que, pour cela, l’Etat nous mène la guerre jusqu’à ce que nous soyons balayés.

    Mais, à chaque pas, grandit la colère sociale, grandit la haine contre l’exploitation. En frappant fort, les exploiteurs et les exploiteuses creusent leur tombe !

    Ce qui ressort de plus de 125 jours de lutte constante en intense, c’est un constat fondamental. Le régime politique dans lequel nous vivons a jeté son masque de démocratie pour endosser celui du despotisme. Les lois actuelles contre la liberté de la presse et contre le droit de manifester l’illustrent. Le nombre d’arrestations, de blessures, de mort est tel que même l’UE et l’ONU ont du demander à l’Etat de lever le pied.

    Aujourd’hui, ce sont des droits économiques qui sont attaqués. Notre droit à un salaire, notre droit à une Sécurité Sociale, notre droit à une retraite, notre droit aux aides et aux allocations -que nous payons de notre sueur !

    Demain, ce seront nos droits politiques, nos libertés de réunion, d’expression, d’organisation qui seront ciblés. Nous ne pouvons attendre qu’on nous étrangle.

    Chaque jour, davantage d’individus pointent du doigt ce despotisme et réclament que la démocratie soit élargie, notamment par la mise en place d’un Référendum d’Initiative Citoyenne. Or, l’expérience passée a démontré que les gouvernements s’assoient sur les votes et les décisions qui sont contradictoires avec leurs projets.

    Nous entendons souvent cette rengaine « si les élections servaient à quelque chose, cela ferait longtemps qu’elles seraient interdites ». Pourtant, la conclusion qui s’impose n’est pas énoncée. Que faire ? L’Unité Communiste de Lyon considère qu’il faut prendre acte du fait que la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons est au service exclusif des intérêts de la grande bourgeoisie, de ses monopoles, de ses cartels d’entreprises et de banque. Elle n’est pas amendable. Elle n’est pas réformable.

    Nous voulons proposer notre démocratie, celle du peuple, celle des travailleurs, celle des exploités et des opprimés. Nous défendons le fait qu’existe une opposition extra-parlementaire : celle des Assemblées Populaires, que nous appelons à renforcer. Ce sont les centres de gravité autour desquels toutes les forces combatives doivent s’agréger. Ce sont les instances décisionnaires de la lutte sociale unifiée !

    Nous appelons également à renforcer les organisations de combat des exploités et des exploitées : les syndicats, les organisations de jeunesse, les organisations antifascistes.

    Nous appelons à nous rejoindre pour que puisse naître un véritable Parti Communiste Révolutionnaire. Nous appelons à rejoindre la coordination internationale ICOR, car nous, exploités et exploitées de France, ne sommes pas seuls. Partout, dans le monde, les opprimés et opprimées se soulèvent contre leurs maîtres. Soutenons-les !

    Ne courbons pas l’échine sous le poids de nos chaînes ! Nous sommes, nous les masses populaires, ceux qui produirons toutes les richesses du monde ! Nous sommes le moteur du monde ! Nous sommes le moteur de l’histoire !

    Nous ne « sommes rien », soyons tout !

  • Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Partie 10

    Les auteurs eux-mêmes ne laissent pas grande place au mystère et à l’interprétation. Leur conclusion résume parfaitement les ambitions stratégiques de cette volée de réformes. Une nouvelle fois, ce qui revient est le fait qu’il faut responsabiliser les administrations dans leur rationalisation et dans la réduction de leurs prérogatives. Qu’il faut introduire la rentabilité comme un objectif premier et laisser les mains libres aux « managers » pour effectuer cette mission de liquidation.

    Il apparaît comme primordial le fait de compter justement sur l’avidité de ces personnages, en termes de primes et de récompenses, pour qu’ils exercent une pression maximale sur les fonctionnaires, mais également pour qu’ils entreprennent également des licenciement et des suppressions de postes.

    Sachant la pression qui va s’exercer sur ces employés auxquels ont met un revolver sur la tempe, les mauvais génies derrière ce texte ont inventé un terme fascinant : « donner du sens ».

    « Donner du sens : Faire connaître largement aux usagers, aux agents publics et à tous les acteurs concernés le sens et les objectifs de la transformation engagée ; »

    Donner du sens signifie diriger par la peur. Responsabiliser signifie menacer, accompagner signifie contraindre. Voilà le sens de cette Lingua Quintae Reipublicae pour reprendre l’expression d’Eric Hazan.

    Que ce soient l’éducation, la santé, le droit, la justice, les prisons, les administrations, les armées, le chômage… l’ensemble des secteurs est concerné par cette politique de grande envergure. Bien des gouvernements se sont essayés à cette transformation radicale du fonctionnement de l’Etat et de ses prérogatives. Beaucoup, qui fantasment sur l’Etat-Marché de Philip Bobbit, ont vulu le faire et n’y sont pas parvenus.

    Lancer cette offensive était contradictoire avec le fonctionnement habituel de la démocratie bourgeoise sous la Vème République. Le gouvernement qui aurait fait cette transformation aurait perdu les élections au profit de son opposition. Or, les vieux briscards et les vieux carriéristes ne veulent guère se mouiller.

    Le gouvernement LREM, quant à lui, est différent dans sa nature. Il est un missile balistique, un kamikaze à usage unique. Il ne fait pas de doute qu’il s’est aliéné une très large partie de la population. Mais il remplit sa mission, commanditée directement par la haute bourgeoisie, il la remplit avec un style typiquement royaliste dans le mode de fonctionnement, mettant fin aux débats parlementaires, supprimant le rôle de certaines institutions. Ce gouvernement est le premier qui peut assumer le fait de faire cette « thérapie de choc ». Nul doute qu’il essaiera.

    Nous devons nous préparer à cette lutte qui sera essentielle. Nous devons nous y préparer et comprendre qu’elle sera une lutte où la victoire est incertaine face à l’unité de volonté de la haute-bourgeoisie.

    Les luttes qui se déroulent et qui se dérouleront ces prochaines années sont d’une nature différente à celles qui ont pu avoir lieu avant la crise de 2008. Elles montrent aujourd’hui les limites de l’économisme au sens de limitation des revendication au questions du droit du travail, du salaire… etc. Elles montrent les limites des organisations syndicales, lesquelles font leur travail, mais se sont épuisés face à plus fort qu’elles, face à des gens qui sont prêts à tenir le bras de fer jusqu’au bout, puisque leur pertes financières sont virtuelles. Elles montrent l’inanité du mot d’ordre de grève générale économique, pour ces mêmes raisons. La bourgeoisie est prête à relever le gant du défi.

    Elles montrent les limites de la démocraties bourgeoise, de la sociale-démocratie qui collabore sans cesse avec la bourgeoisie, qui cherche des moyen-termes là où il n’y a que l’antagonisme.

    La lutte qui se prépare, tout comme la situation politique générale montre la nécessité d’une organisation politique de combat, d’une organisation communiste. Elle montre également la nécessité d’un front politique contre l’offensive de la bourgeoisie. D’un front politique qui puisse mener une lutte extra-parlementaire, dans tous les secteurs, dans tous les compartiments de la société. Qui pose la question de la dictature de la bourgeoisie, qui pose la question de la démocratie populaire et qui la revendique comme étant légitime.

    Informons-nous, formons-nous, organisons-nous et battons-nous !

  • Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Partie 9

    La dernière partie du dossier enfonce le clou. Elle insiste sur ce qui est le fondement de ce document, c’est à dire le fait de réduire au minimum l’apanage de l’Etat, de réduire au minimum son activité, et de livrer de nouveaux marchés aux capitalistes sans cesse avides de profits. Le dossier va dans leur sens, en laissant libre court à la rapacité de la bourgeoisie et en ôtant les barrières et les brides qui pouvaient la contraindre.

    La suppression des doublons, proposition importante du document, est ainsi un blanc-seing donné aux entreprises pour transgresser les règles. « Pour les contrôles auxquels les entreprises sont soumises, il faut rationaliser et mieux coordonner en mutualisant davantage et allant vers un guichet unique pour certains types de contrôles. La cohérence des contrôles, leur priorisation, leur pertinence, leur sécurisation et leur acceptation par les usagers seraient à l’évidence mieux assurées si une seule structure était chargée de leur coordination ; »

    In fine, ce qui en ressort, c’est le fait que les contrôles seront plus lâches, moins resserrés, et rationalisés à outrance, ce qui signifie, en langage de la RGPP, que le service sera saturé et incapable de faire face aux problématiques réelles du terrain. Mieux encore, les génies à l’œuvre derrière ce pamphlet pensent trouver une solution miracle en délégant au privé le contrôle, notamment sanitaire, mais également en inventant l’auto-contrôle sanitaire. Sachant l’énergie que les capitalistes mettent à respecter les lois et les normes, il ne fait de doute que l’intégralité des problèmes seront réglés, d’un coup de baguette magique.

    « ► faire réaliser, au-delà de ce qui se pratique déjà, certains contrôles par des opérateurs privés. Aujourd’hui des organismes à vocation sanitaire (OVS) reçoivent délégation par le préfet pour procéder à l’exercice de contrôles pour le compte de l’État. On pourrait étendre les délégations à des opérateurs privés à d’autres contrôles, y compris dans le domaine de la concurrence et de la protection du consommateur et de la répression des fraudes. On pourrait également développer les démarches d’auto-contrôle par les structures faisant l’objet d’inspections, à partir de référentiels d’auto-diagnostic reconnus. »

    Dans les cartons, également, le projet de mettre fin à plusieurs aides de l’État, au prétexte qu’il faille « Mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée » « La France dépense 2,2 points de plus que ses voisins en interventions sectorielles (aides à des entreprises ou des secteurs divers). Ces aides – directes ou sous forme de niches sociales et fiscales – peuvent avoir un effet positif sur l’économie, mais il faut s’en assurer, d’autant qu’elles peuvent atteindre des montants conséquents (une quarantaine de milliards d’euros environ). Or, elles ne font pas l’objet d’une évaluation systématique et perdurent sans que leur efficacité soit avérée. Elles sont par ailleurs peu lisibles pour les entreprises et fortement consommatrices de moyens humains (environ 15 000 ETP, dont près de 1 500 dans 110 agences). »

    Il est vrai que le caractère bureaucratique de certaines formes de gestion du capitalisme est lui même générateur d’un parasitisme. Mais derrière cette idée de rationalisation et de concentration, c’est surtout le moyen pour l’Etat d’avoir la haute main sur l’intégralité des dépenses qui est visé. Donc, de fait, d’accroître la capacité d’initiative de la part des servants zélés du capitalisme.

    Autre exemple, le soutien à la transition énergétique du fait de sa non-rentabilité et de l’inefficacité constatée des résultats des initiatives précédentes selon les critères de la RGPP serait liquidée. « Pour le soutien à la transition énergétique, le montant de l’ensemble des dépenses de la politique nationale de l’énergie, y compris les versements aux opérateurs, s’élève à 16,8 Md€. Le coût pour la collectivité est donc très significatif. Pourtant, les choix dans ce domaine sont malaisés parce qu’il n’est pas évident de déterminer quelle technologie soutenir. En effet, il n’y a pas de consensus sur le coût de revient futur de ces énergies. »

    Cette politique de gestion des questions énergétiques ne peut effectivement ne déboucher que sur des déconvenue étant donné la manière dont elle est menée. Dans des secteurs aussi lourds que les investissements dans les infrastructures de production d’énergie, la rentabilité n’est qu’une lointaine lumière. C’est d’ailleurs pour cela que la très grande majorité des frais de développement et de construction étaient assumés par les contribuables. C’est pour cela également que la bourgeoisie elle-même n’a pas tant bronché lorsque les nationalisations ont été mise en œuvre en 1944-1945 et après le choc pétrolier, car cela lui permettait de faire assumer le coût faramineux de ces évolutions par la plus grande partie de la population tandis qu’elle récupérerait les fruits de celui-ci quand le seuil de rentabilité serait atteint.

    Des phrases cryptiques qui pourraient laisser un brin d’espoir telles que celles qui suivent, ne sont, en réalité, que des proclamation de la fin de cette politique de transition vers les énergies renouvelables.

    « aider les collectivités territoriales à s’assurer que leurs projets de soutien aux énergies renouvelables sont techniquement réalistes et rentables. Cette rentabilité doit être évaluée d’un point de vue économique mais également social. »

    Aider les collectivités à s’assurer ne signifie pas les aider financièrement à soutenir des projets, mais bien les aider à diagnostiquer la rentabilité de ces projets. En somme, il s’agit de faire intervenir une inquisition comptable chargée de pourchasser la dépense.

    A cela s’ajoute d’autres projets tout aussi gênants pour la réductions des dégâts causés sur l’environnement notamment le fait de supprimer les incitations à la rénovation thermique.

    « supprimer le taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation thermique et le faire passer au taux intermédiaire »…

    Nul doute que l’opportuniste François de Rugy se fera sans la moindre vergogne le réalisateur de ces réformes.

    D’une manière générale, cette fin de l’intervention dans certains secteurs signe la fin d’une certaine forme d’égalisation du développement des infrastructures. Comme mentionné plus haut, les projets du gouvernement actuel mènent à une reconcentration des moyens et à une métropolisation accrue. Une des infrastructure concernée par les réformes prévues est celle des aéroports locaux, qui, à l’heure actuelle, bénéficient d’une péréquation avec leurs homologues internationaux.

    « Dans le domaine du transport aérien, il existe un très grand nombre de petits aéroports qui ont besoin de subventions d’exploitation pour être pérennes économiquement. On peut s’interroger sur la nécessité de maintenir les niveaux actuels de soutien pour l’ensemble de ces petits aéroports. »

    « supprimer la péréquation de la taxe d’aéroports, sauf pour les aéroports dont la desserte est nécessaire à l’aménagement du territoire ; »

    Pour ces aéroports, cela signifie donc le fait d’être étranglés financièrement et de devoir, comme les universités au final, augmenter leurs frais internes pour rester à flot. Cela signifie de fait des réductions de personnels ou des fermetures.

    Pour les administrations, la chasse aux économies conduit les rédacteurs à sortir du chapeau une chimère constante : l’externalisation. « Mutualiser davantage l’achat public et développer les externalisations »

    « Les administrations doivent s’assurer qu’elles ne peuvent pas remplir leur mission à moindre coût, en mutualisant leurs achats, en externalisant une partie des leurs tâches, en achetant sur étagère, etc …

    Ce principe sera plus facile à appliquer dans un contexte où les managers auront plus d’autonomie et seront intéressés aux économies : en effet, si ceux-ci peuvent profiter des économies qu’ils génèrent, ils intégreront plus volontiers des démarches d’optimisation des coûts. »

    Nous ne savons pas si la phrase que nous soulignons signifie une récompense financière ou une récompense en terme de carrière, mais toujours est-il qu’elle mérite d’être pointée du doigt pour illustrer le rôle de garde-chiourme et de contremaître que ces managers vont être amenés à jouer, en plus d’être des parasites au sein des administrations.

    La croyance dans une prétendue vertu de la gestion privée, au nom du fait que la concurrence tirerait les prix vers le bas et la qualité vers le haut atteint ici le pinacle de l’absurde. Que cet argument soit utilisé dans des secteurs où il peut exister plusieurs offres, admettons. Et encore, car la tendance à la création d’ententes, de trusts, de cartels, de monopoles est inscrite dans les gènes du capitalisme.

    Mais lorsque cet argument est employé pour des questions telles que l’externalisation des cantines ou la privatisation des autoroutes, le ridicule saute aux yeux. Jamais deux sociétés autoroutières ne construirons côte-à-côte deux autoroutes. Jamais, dans un collège, il n’y aura de concurrence entre deux cafétérias. Les coûts en terme infrastructure sont hors de proportion avec les bénéfices escomptés par les investisseurs et les actionnaires. C’est d’ailleurs pour cela que ces derniers se font une joie immense de voir que ces frais sont endossés par les contribuables, tandis que l’exploitation leur a été concédée à vil prix.

    « dans le domaine du transport routier, en plus de la décentralisation prévue (voir proposition n° 18), mettre à l’étude le transfert dans les concessions autoroutières existantes d’un peu plus d’une quinzaine de tronçons, représentant environ 150 km, pour lesquels cela semble cohérent et qui ont été identifiés par le ministère en charge des transports Plus largement, on pourrait développer l’externalisation du réseau routier des collectivités et de l’État selon un découpage territorial pertinent (par axes ou par territoires), au-delà de ce qui est déjà pratiqué »

    Voici une exemple de ce type d’offrandes à la bourgeoisie. En fait de marchés concurrentiels, ce sont des marchés captifs qui sont offerts. Des marchés sur lesquels les immenses corporations que sont Bouygues ; Sodexo ; Vivendi… peuvent pratiquer les tarifs qui leur conviennent -les plus élevés possibles donc- pour s’assurer des marges colossales, tout en prenant en otage -la bourgeoisie ne se prive pas d’employer ce terme, pourquoi ne le ferions-nous pas?- les usagers.

    Ce qui devient amusant, c’est que ce système d’externalisation sera appliqué également aux armées.

    ► externaliser davantage la fonction d’habillement, de restauration et d’entretien courant de l’immobilier pour le ministère des Armées. L’habillement est déjà en partie externalisé. Il s’agirait donc d’étendre les marchés pour des économies d’échelle plus importantes. Pour l’alimentation et l’entretien du parc immobilier, ces prestations sont déjà réalisées dans le secteur privé pour d’autres entreprises ou ministères et l’externalisation permettrait d’offrir des coûts plus compétitifs ;

    « ► dans le domaine de la défense, rechercher systématiquement à satisfaire le besoin opérationnel en réalisant une acquisition « sur étagère » (déjà existante) plutôt que de lancer le développement d’une solution qui serait créée spécifiquement pour l’armée française et donc peut-être plus coûteuse ; »

    Cette phrase illustre incompréhension et la naïveté dont font preuve les rédacteurs du texte, lesquels ne sont, au final que des exécutants. Croire que l’immense complexe militaro-industriel saura se satisfaire de commandes aussi peu profitables revient à se bercer d’illusion. Si les industries comme Dassault ou comme Thalès insistent autant pour que la loi d’Augustine -la loi de l’inflation logarithmique des coûts militaires- se concrétise, c’est parce qu’ils en tirent d’immenses profits. Comme ces entreprises n’ont pas de concurrents, il leur est possible de pratiquer des tarifs hors du commun, faisant du matériel français un des plus onéreux au monde. 78 Millions d’€ l’unité pour un Rafale contre 15 pour un MiG-29 ou 60 pour un Su-35; 15,9 M€ pour un char Leclerc contre 6,1 pour un Abrams et 3 pour un T-90… Cela explique le fait que le matériel français ne se retrouve que dans des marchés protégés, cloisonnés, parfois même d’ailleurs de manière contradictoire avec l’efficacité militaire.

    Il s’agit d’une divertissante contradiction par ailleurs qui illustre celles que connaît la bourgeoisie, du fait de sa nature de classe et de sa courte vue. D’une part, il existe une volonté de réduire le format des armées et les coûts pour diminuer les impôts, de l’autre la volonté de vendre au prix le plus fort le matériel militaire. Cette conjonction commune fait que l’armée français est dans une situation fort déplaisante, avec une poignée de matériel de pointe, mais qui n’a qu’un format de « poing blindé » ou de corps expéditionnaire, incapable de pouvoir remplir les tâches de contrôle du territoire que lui impose l’impérialisme français, devant se baser sur des supplétifs locaux et low cost. Ironiquement, l’impérialisme lui même nourrit sa défaite par son caractère putréfié.

    Pour ce qui est de compenser les gouffres dans la trésorerie des administrations et des services publics, les auteurs ont eu un éclair de génie :

    « Faire payer directement l’usager de certains services publics »

    Application directe du libéralisme, cette conception qui veut que l’utilisateur soit le payeur fait son chemin. Ainsi, cela veut s’appliquer à la SNCF nouvellement privatisée.

    ► transports. Les déplacements des individus et des marchandises créent des coûts pour les pouvoirs publics : entretien des infrastructures de transport, investissement pour augmenter les capacités d’accueil (nouvelles rames de train, par exemple)… Ces déplacements engendrent également des coûts cachés notamment du fait de la pollution. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs choix pour ses déplacements, qui peuvent limiter ces coûts cachés. Par exemple, on peut choisir le covoiturage plus aisément qu’auparavant. Il n’est donc pas anormal de demander à ceux qui ne font pas le choix de réduire les coûts qu’ils engendrent pour la société d’en prendre une plus grande partie à leur charge ; [C’est nous qui le soulignons]

    En somme, celui qui ne prend pas le train ne cotise pas au fonctionnement du chemin de fer. A l’utilisateur de payer plein tarif. Logique. Sauf que, ironie de la chose, les RFF (réseaux ferrés de France) restent entre les mains de l’Etat et donc sont financés par le contribuable. Or, les rails ne rapportent pas grand chose et coûtent cher. Le bénéfice se fait sur le matériel roulant, propriété privée. Donc, dans l’équation truquée, non seulement tout le monde paie de sa poche l’entretient des voies, mais l’utilisateur paie les bénéfices à l’exploitant.

    Quant à l’invocation du covoiturage, elle est savoureuse. Finalement, pour compenser la baisse de leur niveau de vie et la hausse des coûts, les utilisateurs se doivent de mettre en commun leur propriété privée. Cela ne peut que rappeler le Manifeste lorsque les auteurs s’expriment ainsi : « Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons. »

    A cela, les auteurs rajoutent une petite nouveauté sous couvert d’écologie :

    « favoriser la mise en œuvre d’un péage urbain dans les principales métropoles. Un tel péage, qui existe dans de nombreuses métropoles (Londres, Stockholm…) vise à limiter la congestion et la pollution dans les centres urbains et à inciter l’utilisation des transports en commun. Il rend visible le coût pour la société d’une utilisation de la voiture pour les déplacements en ville. Ce péage peut être modulé en fonction du niveau de pollution de la voiture (gratuité pour les véhicules électriques par exemple) »

    Sur le principe, l’idée peut paraître sympathique. Mais dans l’application, ce péage est un péage sur critères sociaux déguisés. Les voitures électriques demeurant l’apanage de certaines catégories sociales. A l’inverse les véhicules les plus polluants ne sont pas forcément les grosses cylindrées, mais bien souvent les vieux tacots. Certes la mesure rend visible le coût de la pollution, mais la sanction économique frappe particulièrement ceux et celles qui n’ont pas le choix, laissant les rues des grandes villes aux bourgeoisie qui paient l’obole.

    Ce qui ressort de cette dernière partie, avant d’aborder une conclusion, c’est le caractère particulièrement avare des mesures mises en place. Avare envers les usagers, envers les plus précaires, envers les plus pauvres, mais, en revanche, d’une générosité sans bornes envers les commanditaires de ces réformes : la grande bourgeoisie et particulièrement celle des métropoles. Cependant, on ne peut retirer le caractère fondamentalement irréaliste, même en régime bourgeois, de certaines propositions, qui lèsent les grands trusts du complexe militaro-industriel. Croire que les dépenses publiques vont se tarir, dans un secteurs aussi important pour ces grands bourgeois, c’est sombrer dans l’idéalisme le plus béat.