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  • La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    Comment la bourgeoisie instrumentalise les questions politiques.

    Nous sommes à la mi-mandat de LREM et de Macron. La pression progressive des échéances électorales commence à se faire sentir. Les municipales sont au printemps 2020, c’est-à-dire demain électoralement parlant.

    Macron et sa clique ont été employés par la grande bourgeoisie comme un missile à usage unique. Son travail est de liquider la totalité des conquêtes sociales, arrachées par la lutte et par le rapport de force. Seulement, deux facteurs entrent en ligne de compte.

    LREM a bouleversé les rapports de forces traditionnels, entre LR et PS. L’approche de la fin du mandat signifie donc une élection d’une très grande importance dans une configuration impossible à prévoir.

    De même, la clique de Macron a pris goût aux mandats, à la sinécure payée par l’État, aux bureaux et aux fauteuils confortables. D’ailleurs ce confort ne s’accompagne pas d’une contrepartie particulièrement exigeante. Rarement un gouvernement à autant mis en avant l’incompétence et la médiocrité, en même temps que le mépris le plus affiché. Pour ces deux raisons, LREM essaie de s’adapter et de survivre aux prochaines échéances. Comment inscrire dans la durée une organisation conçue pour un one shot ?

    Également, sur quel cheval va miser la bourgeoisie aux élections prochaines, si jamais son poulain est grillé aux yeux des masses ?

    Deux possibilités : Une branche de gauche et une branche de droite.

    La possibilité « de gauche » est de renaître en vampirisant les luttes écologistes et en les mariant avec l’écologie libérale.

    L’écologie libérale est un créneau particulièrement intéressant pour la bourgeoisie. Bien que se basant sur une lutte juste, sur des aspirations sincères, elle permet d’obtenir exactement la même chose, dans un sens, que de crier au loup sur l’Islam et l’immigration : obtenir des voix d’individus effrayés. Et, sur la base de cet effroi, de pouvoir maintenir et légitimer l’exploitation.

    Il faut faire des concessions, il faut accepter des contraintes supplémentaires, politiques, économiques, sociales, pour servir une cause transcendantale. Cette cause peut être la race, la nation, la liberté bourgeoise, ou la planète. Mais dans les faits, il s’agit simplement d’accepter la soumission aux intérêts de la bourgeoisie.

    L’ouverture du marché de l’électricité aux énergies vertes, par exemple, a été rendue possible par une hausse de 25 % du prix de l’électricité. L’aspect premier n’est pas écologiste, mais bien de pouvoir libéraliser et privatiser une partie de la production de celle-ci. De même quel sens cela a-t-il de manger des kiwis bio s’ils sont produits en Nouvelle-Zélande et arrivent sur-emballés ? De payer une taxe écologique sur les produits achetés, ce qui fait assumer directement de coût des déchets pas les consommateurs, alors que ce sont les grands capitalistes qui imposent ce que nous consommons ?

    La bourgeoisie est passée maître dans l’art de surfer sur les revendications populaires pour en faire des produits marketing. Elle s’empare donc du désir de manger mieux, d’avoir une atmosphère plus saine, de protéger la planète.. elle s’en sert comme argument de vente hypocrite, prétendant que ses produits sont éthiques et équitables, alors qu’en réalité ils aggravent les choses.

    Elle est également capable de pouvoir retourner contre les masses leurs propres revendication. Cela s’est vu par exemple dans « Le Grand débat », où Macron a tenté d’utiliser le désir démocratique des masses pour faire adouber ses propres projets. Dans le cas de l’écologie, cela permet d’extorquer plus d’argent, de faire monter les prix, de faire accepter des sacrifices aux masses, alors que les plus grands pollueurs sont les bourgeois.

    Par ailleurs, les fascistes se sont immiscés dans de débat. En revanche, ils ont tordu le bâton dans l’autre sens. Ils font leur beurre sur l’hypocrite injonction écologiste libérale. Mais ils le font en niant le problème, en mentant sur la réalité de la catastrophe qui vient, en déclarant que la question du climat est une manœuvre d’une sordide conspiration. Ils ont fait de Greta Thunberg une cible, en s’attaquant à elle sur par l’ad hominem, en se moquant de son physique, de son mental…etc. En somme, par pur opportunisme, ils se sont placés à l’autre bout de l’échiquier politique, en espérant tabler sur le ras-de-bol d’une partie des masses populaires face à l’hypocrisie officielle. Cependant, cela les maintient dans un rôle d’outsiders, allant à contre-courant, préservant ainsi un électorat, mais étant incapable de devenir une force hégémonique.

    La bourgeoisie peut donc compter sur cette possibilité. LREM peut très bien absorber une partie des revendications du mouvement écologiste, en insistant sur le fait qu’elle met en place une transition d’importance.

    Europe Écologie Les Verts pourrait, également, servir de nouveau porte drapeau à la bourgeoisie. Le mouvement a déjà partagé le pouvoir avec le Parti Socialiste. Il est composé d’un grand nombre d’opportunisme, dont l’exemple type est Jean-Vincent Placé. Cette expérience du pouvoir lui a permis de montrer qu’il n’avait aucune vergogne à appliquer un programme antisocial, réactionnaire, ou de justifier les interventions impérialistes, au nom de l’humanitaire. Pour la bourgeoisie, cela serait une sortie « par le haut » de la crise de régime qui vient.

    Seconde possibilité : la sortie par la droite.

    Cela fait maintenant plusieurs années que les questions relatives aux migrants et les questions relatives à l’Islam occupent le devant de la scène. Après la crise de 2008, elles ont pris une propension invraisemblable, aidée par le Débat sur l’Identité Nationale, initié en 2009 par le transfuge du PS Eric Besson.

    Aujourd’hui, cette question a contaminé l’intégralité des organisations politiques, avec des réactions variées. Quelles que soient les opinions sur ce sujet, chaque groupe politique est forcément polarisé par cette question. Elle a mené à des tensions internes importantes dans certains mouvements, allant jusqu’à une scission dans le cas de LFI. Plusieurs acteurs, sans la moindre vergogne, s’emparent de cette question comme un fonds de commerce, dans l’espoir de pouvoir gagner des voix sur la thématique.

    Il s’agit d’un calcul cynique qui ne tient absolument pas compte des réalités sociales, du vécu des individus, qui amalgame allégrement les Français et françaises issues d’une immigration d’il y a 50 ans et les migrants et migrantes. Qui amalgame dans un seul creuset la question de l’Islam et du terrorisme.

    Dernièrement, la campagne islamophobe s’est encore accrue. La convention de la droite, animée par Marion Maréchal Le Pen, réunissant le gratin de l’immonde, a ainsi donné naissance à des discours plus virulents les uns que les autres. Eric Zemmour, ainsi, est allé jusqu’à dire que nous vivons une campagne d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel. En dépit d’un certain tollé autour de ces discours, bien peu l’ont réellement condamné sur le fond. Il faut dire qu’il trouve des relais puissants, y compris dans les déclarations de la présidence de la République. Macron a ainsi évoqué « l’hydre islamiste » et la nécessité de le combattre.

    La situation est suffisamment en plein dérapage pour que des phénomènes invraisemblables se produisent. Jean-Michel Apathie a ainsi été traité de collabo par Zineb El-Rhazoui. Il demandait que Eric Zemmour soit, comme Dieudonné pour son antisémitisme, censuré, puisque condamné pour incitation à la haine raciale. À ce genre de propos se rajoutent une campagne savamment orchestrée sur les réseaux sociaux, faisant feu de tout bois : rumeurs sur des réseaux « pédo-satanistes » ; légendes sur les incendies industriels ; mensonges sur des conspirations islamistes ; inversion des rapports de pouvoir entre les États impérialistes et les pétromonarchies…

    La division des masses populaires et la fragmentation par la peur est une méthode classique des réactionnaires et des bourgeois pour parvenir à leur fin. Qu’importent, finalement, les explications sur la radicalisation de nombreux individus. Manuel Valls, en 2015, déclarait que « expliquer, c’est justifier », refusant qu’on puisse chercher à comprendre pourquoi des individus sans histoire se tournent vers le terrorisme. Il s’agit d’employer les événements dramatiques à des fins électoralistes.

    La terreur et « l’alliance sacrée » contre le terrorisme permet de tout justifier, y compris des hausses du coût des assurances. Elle est moins avantageuse qu’une unité contre un adversaire abstrait, mais elle est tout à fait envisageable comme solution pour conjurer provisoirement la crise de régime. Il n’est absolument pas impossible que les partis sociaux-démocraties ou libéraux puissent intégrer, pour essayer de devenir les poulains de la bourgeoisie, des pans entiers du programme ultra-réactionnaire.

    Sauf que les voix, le plus souvent, se portent sur l’original plus que la copie. Les campagnes réactionnaires, même reprises par des sociaux-démocrates, nourrissent, en dernière instance les réactionnaires d’origine. Le PS, LR, LREM, en alimentant la paranoïa, ne font qu’adouber les discours fascistes.

    Il existe une écologie prolétarienne. Une écologie révolutionnaire. Celle-ci ne se contente pas de parler de normes de pollution (qui ne sont pas respectées), de simples logos, de discours creux. Elle pose la question d’une manière on-ne-peut-plus pragmatique : Puisque la source du mal n’est pas dans la consommation, mais dans la production, puisque cette production n’est pas compatible avec la survie de la planète, nous devons la contrôler.

    On ne vote pas sur les moyens de production. On ne vote pas sur l’extraction de l’uranium, sur le pétrole, sur les ressources stratégiques de l’État et des capitalistes monopolistiques. Il s’agit de sujets trop importants pour qu’il puisse être même envisagé de le discuter dans les chambres d’enregistrement que sont les Parlements. C’est cela que nous devons cibler : le contrôle populaire, un « absolutisme populaire » pour reprendre l’expression de Marc Ferro. Cela ne veut pas dire que les initiatives individuelles, le 0 déchet, l’écologie locale soit à dénigrer, comme certains le font. Non, ils sont des portes d’entrées vers une compréhension plus grande et plus profonde de la question écologiste. Nous les saluons.

    Nous n’avons pas d’opinion sur Extinction Rébellion, nous attendons de voir. Nous pensons cependant que ce mouvement contribue à poser publiquement la question de l’écologie. Mais la transformation de cette énergie en mouvement révolutionnaire ne dépend pas d’elle-même, elle ne dépend que des communistes.

    La seule et unique voie qui permet également de lutter contre le terrorisme et contre l’influence obscurantiste demande aussi des transformations. Dans les pays dominés, c’est l’occupation militaire et l’exploitation impérialiste qui forment la base du terrorisme. C’est également la guerre qui pousse à la fuite, au fait de rechercher l’asile dans des endroits plus sûrs, où pour sortir d’une misère sans fond. Nous sommes pour la liberté de circulation, de visite, d’installation. Cependant, cette « liberté » n’en est pas une pour ceux et celles qui fuient leur pays. Elle est une condition de survie. La plupart quittent leur terroir, leurs familles la mort dans l’âme.

    C’est l’exclusion sociale et la misère qui pousse aussi ceux qui désespèrent à se tourner vers des idéologies ou des courants religieux réactionnaires. Nous pensons que c’est la lutte contre l’exploitation, la fragmentation de la société, l’orientation vers une issue révolutionnaire positive, qui permet de saper les bases de recrutement de réseaux réactionnaires. Ce ne sont pas les interdictions, les brimades, les vexations ou les lois qui peuvent avoir une incidence.

    Les contradictions sur la question des croyances est une contradiction au sein du peuple. Elle se résout par le débat. Il ne nous importe pas que les individus croient en Dieu, n’importe lequel. Cela n’est pas la question. Ce qui est déterminant est la question des pratiques sous-jacentes. Nous pensons qu’il faut lutter sans la moindre relâche contre la stigmatisation et l’instrumentalisation raciste. Qu’il faut soutenir les tendances de gauche, progressistes, partout où elles se trouvent. Et l’expérience a démontré qu’elles existaient largement.

    Ne nous laissons pas abuser. Combattons contre l’instrumentalisation de l’écologie, luttons contre les discours réactionnaires et racistes, maquillés en « lutte contre l’obscurantisme ». Surtout, construisons l’unité qui permet d’avancer et de remporter les victoires : l’unité des communistes, des révolutionnaires !

  • Le Service National Universel

    Le Service National Universel

    Un piège.

    La question d’un retour d’un service national est une constante.

    Croire la jeunesse en perdition, sans repères, sans valeurs, sans amour pour la patrie est une ritournelle constante, dans la bouche d’un certain électorat conservateur, que celui-ci assume ou non, par ailleurs, son conservatisme.

    Emmanuel Macron, entre deux offensives contre les droits sociaux, a tendu l’oreille à cet appel. Il faut dire que, contrairement au fait de s’en prendre à bras le corps aux raisons profondes du chômage, ce qui risquerait d’incommoder ses soutiens, ce cri réactionnaire était aisé à satisfaire.

    1,5 milliards d’euros ont été mis en place pour cette opération. A titre de comparaison, seul 70 millions d’euros ont été alloués aux urgences. Cependant, il est possible de relativiser à l’inverse. Cela ne représente qu’un minuscule 1,5 % de la fortune de Bernard Arnault. Cela démontre qu’il existe des réserves de moyens non-employés, qui auraient pu certainement être mieux utilisés. Nous ne pensons pas que le gouvernement soit stupide. Si ces lignes de budget sont employées dans ce domaine, c’est bel et bien qu’il y a un espoir d’un retour sur investissement d’une manière ou d’une autre.

    En termes d’économies, en remplaçant ponctuellement des travailleurs et des travailleuses par des engagés volontaires, tout comme le Service Civique. L’un et l’autre permettent de sous-payer, voire de faire travailler à prix coûtant une partie de la jeunesse.

    Soit en termes politiques, selon lesquels on considère comme justifiable d’injecter une somme colossale dans un cadre d’embrigadement de la jeunesse. D’autant que le public est particulièrement malléable, entre ses 15-16 ans, sortant à peine du collège.

    La question d’un embrigadement de la jeunesse se pose depuis de longues années. Elle est une ritournelle constante, basée sur le dépit de la fin du service militaire. Celui-ci était vu comme un creuset pour la construction de la Nation, inculquant des pratiques et des valeurs censées incarner la République.

    Durant cette vacance, le travail de diffusion de ces valeurs a été transféré à l’Éducation Nationale. Mais, l’Éducation Nationale n’a jamais paru un vecteur crédible aux yeux des plus réactionnaires, contrairement à l’Armée. Pourtant, elle a réussi un travail on ne peut plus impressionnant dans son œuvre de propagande, les programmes scolaires d’Histoire étant en tout premier lieu à visée civique.

    Ainsi, ils sont orchestrés dans le but de démontrer que :

    1) La démocratie bourgeoise est le seul système politique viable.

    2) Le capitalisme est le seul système économique possible.

    3) La France est la seule véritable démocratie à l’échelle mondiale.

    4) Qu’elle bénéficie d’un exceptionnalisme dans son histoire et dans ses actions dans le monde.

    5) Qu’elle est à l’avant-garde de la diffusion des idées des Lumières et de l’Humanisme dans le monde, et que, par voie de conséquence, ses interventions sont justifiées et morales.

    De ce point de vue là, il s’agit d’un succès monumental, ces idées étant profondément ancrées dans l’esprit d’une grande partie de la population, à l’exception de ceux et celles qui, dans leur vécu ou celui de leur pays d’origine, ont eu une confirmation de ce qu’est la nature réelle de l’activité française dans le monde.

    Mais ce n’est pas tout. En 1968, l’enseignement de la « morale » a été supprimé des programmes, au grand dam de toute une frange de la population, qui n’a eu de cesse de réclamer son retour. En 1999, le PS, alors au pouvoir, remet dans les programmes la question de l’Enseignement Civique, Juridique et Social. Celui-ci permet de diffuser les « valeurs de la République » et de faire savoir qu’elle est « parfaite » dans son fonctionnement. Une nouvelle fois, cette connaissance de papier est démentie par la réalité de la confrontation avec l’appareil d’État et ses représentants.

    Après les attentats de 2015, le gouvernement, PS, toujours, cède et accepte que soit mis en place, à nouveau, en Enseignement Moral et Civique. Celui-ci reprend les thématiques de l’ECJS, mais les double par une composante intangible, formées de valeurs supposément françaises. Ces valeurs ont pour but de défendre un fond culturel et civilisationnel envers une menace tout aussi intangible. Ses objectifs, une nouvelle fois, sont de mettre les enseignants au service d’une mission de propagation de conceptions sur l’État et sur la France, qui n’ont rien de commun avec une lecture critique de son fonctionnement et de son histoire.

    Il n’y a rien d’étonnant en cela que les termes employés par le SNU soit globalement les mêmes que ceux qui sont employés pour décrire l’EMC. Leurs objectifs sont les mêmes, la seule distinction étant l’intensité de la démarche et le fait qu’elle ne soit pas confiée à des enseignants et enseignantes, envers lesquels une méfiance existe.

    « Les objectifs assignés au SNU sont au nombre de trois :

    • Cohésion sociale et territoriale ;
    • Prise de conscience, par chaque génération, des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ;
    • Développement de la culture de l’engagement. »

    Ces objectifs ne peuvent être séparés d’une idée politique sous-jacente, qui est de créer une cohésion sur la base d’une illusion, d’instiller l’esprit réactionnaire et chauvin, et de trouver des recrues pour le travail de l’Armée.

    Le déroulement du SNU se fait dans une ambiance de casernement de deux semaines, avec des horaires stricts et un très grand nombre d’activités dans le but de maintenir dans une stimulation constante les jeunes. Le fait que le temps entre l’extinction des feux et le lever représentent tout juste huit heures ne semble pas émouvoir outre mesure les concepteurs.

    Les ambitions donc de comprendre quels sont les enjeux de la défense nationale, autour d’un jeu stratégique, dont nous sommes particulièrement curieux de connaître le contenu. Nul doute que celui-ci serait particulièrement révélateur sur la perception géostratégie de la part de l’Armée.

    Elle est également autour de la question de la Mémoire nationale. La première sortie en force du SNU, durant la commémoration de l’appel du 18 juin, à Bourges, a illustré la manière dont les intervenants et intervenantes se font une idée de cette mémoire. « Pétain, vainqueur de Verdun ». Benjamin Griveaux est désormais dépassé. Il serait là aussi intéressant de connaître les fondements qui sous-tendent une analyse historique aussi teintée.

    D’autres ateliers, moins fondamentaux, s’axent autour de « réflexes-défense » et de « cyberdéfense », ce dernier étant effectivement au centre des questionnements de l’état-major.

    En tout, ce sont 104 intervenants et intervenantes qui sont prévues pour l’ensemble des préparations. Cette liste, une nouvelle fois, mériterait de pouvoir être consultée.

    Il est révélateur d’un changement de stratégie dans la question de la défense. Auparavant, la norme choisie dans les Livre Blanc successifs était celle de la réduction du format des armées, pour ne garder qu’un noyau cuirassé permettant des opérations de type coloniales. Or, la nouvelle sortie du Livre Blanc de 2019-2025 prend le complet inverse. Les formats sont étendus à nouveau, dans le but de « faire face aux nouvelles menaces ». C’est dans ce cadre que le SNU doit être compris, comme conçu conjointement au développement d’une Armée française qui envisage des conflits symétriques dans un cadre international.

    L’objectif de recréer un lien « Armée-Nation » est dans cet état d’esprit là. Dans l’idée que, aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, il est possible qu’un conflit de repartage du monde entre les grandes puissances puisse naître.

    Une fois ces deux semaines passées, il est possible d’entreprendre « une période d’engagement d’une durée d’au moins trois mois, liée à la défense et la sécurité (engagement volontaire dans les armées, la police, la gendarmerie, les pompiers, la sécurité civile), à l’accompagnement des personnes, à la préservation du patrimoine ou de l’environnement ou encore au tutorat, sans que cette liste soit limitative. » (Site .gouv)

    En somme, nous revenons aux deux retours sur investissements : politique, mais aussi également pour remplacer des emplois. Le fondement ne va pas plus loin.

    Lors du lancement du projet, le 18 juin, les résultats ont plutôt prêté à rire. De nombreux malaises suite à l’insolation, des chants répétitifs de la Marseillaise, des saluts au drapeau stéréotypés et sans émotion, des conférences où les intervenants et intervenantes ont tenu des propos idéologiquement douteux…

    Cependant, demain, il est possible que cette machinerie prête moins à rire.

    Comment, dans tout cela, ne pas être gêné aux entournures lorsque la France Insoumise, par l’entremise d’Adrien Quatennens, déclare que l’idée était bonne, mais -pour rester dans le rôle de l’opposition – qu’un vrai service de 9 mois aurait été nécessaire.

    À nos yeux, ce n’est pas une question de durée, de moyens, mais de fond. Un service de ce type, tout comme le service militaire, est, en tout premier lieu un moyen d’endoctrinement politique au service de « la France », en réalité des intérêts de la bourgeoisie française.

    Un système comme celui-ci ne peut être qu’un vecteur de conceptions réactionnaires, qu’un outil visant, non pas à « aider la jeunesse à s’émanciper », mais bien, au contraire, à la faire marcher au pas.

    Dans l’ensemble des pays socialistes, la jeunesse participait à des mouvements. Ces mouvements avaient vocation à développer des choses positives, une émulation, un esprit d’entraide, car le cadre politique était différent. Il est d’ailleurs divertissant de voir que cela a toujours été brutalement attaqué par les anticommunistes.

    Dans un cadre politique réactionnaire, un Service National Universel ne peut être que réactionnaire et servir des projets d’agression militaire.

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 2

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 2

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    partie 2 :Une alliance révélatrice

    L’accord signé entre les deux organisations à mis mal à l’aise plus d’un observateur. Le mouvement des 5 étoiles, se voulant un mouvement de démocratie directe, autour de cinq valeurs : “eau, à l’environnement, aux transports, (…) développement et (…) énergie”. Thématiques qui évoquent le progressisme, sur le papier. Sur le papier, car dans les faits, l’intérêt porté à des thématiques et des sujets de détermine pas la manière dont ils seront traités, et surtout le contenu politique de ce traitement. Comme tous les mouvements populistes, le mouvement des 5 étoiles ne le fait jamais clairement. Il ne détermine pas de position précise, pour conserver sa possibilité d’avoir la base la plus large -même si elle est contradictoire- et ainsi gagner en influence. Seulement le flou, en idéologie comme en politique, profite systématiquement aux tendances les plus libérales et les plus droitières. L’absence de physionomie politique signifie une illusion de démocratie, mais en pratique l’opportunisme et la conciliation avec les réactionnaires.

    C’est là la faillite du populisme depuis ses origines. Le mouvement russe des narodnichestvo, à la fin du XIXème siècle peut être considéré comme un des ancêtres du populisme. Dans les faits, sa thèse était celle d’une « croisade vers le peuple », dont le but était de réaliser les souhaits des larges masses populaires. Déja, à ce moment là, ce mouvement non-marxiste était périmé dans sa conception théorique tout comme dans son moyen politique d’organisation. Ce mouvement s’est d’ailleurs scindé en deux branches, l’une qui s’est engagée dans la voie du terrorisme individuel, l’autre dans le réformisme. Les deux branches ont pris des voies qui étaient des impasses stratégiques, mais qui révèlent une tendance de gauche aventuriste et une tendance de droite opportuniste.

    Dans un sens, cette dualité existe toujours au sein des organisations non-marxistes. Les organisations libertaires sont quelque part les héritières de ce passé, dans leur volonté de « réaliser les souhaits des masses » sans prendre en compte les questions clivantes en leur sein, en voulant ne jamais faire « d’oppression » au point de pouvoir tout tolérer, dans la mesure où cela participe à l’épanouissement individuel. Elles ont un caractère d’aventurisme, mais un fond qui demeure libertaire et de facto, bien que la bonne volonté et les bonnes intentions de leurs adhérents ne soient pas à mettre en doute, un contenu libéral. Leur volonté est sincères, mais leur méthode de raisonnement, partant de principes pour aller vers la réalité concrète, et non de la réalité concrète pour déterminer une stratégie, les conduit dans une gestion des questions politiques sans autres angles que celui de la tactique. Cependant on ne saurait les dire « populistes » au sens actuel du terme.

    Populisme, aujourd’hui, a pris un sens nouveau. Un sens ambivalent, à la fois relié à l’extrême droite tout comme à certains groupes « de gauche ». D’une part le terme est devenu péjoratif, personne ou presque ne se revendique « populiste », mais sa définition elle même a changé. Le dictionnaire en ligne « la toupie » le définit ainsi : « En politique, le populisme désigne l’idéologie ou l’attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l’opposer à l’élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant « accaparé » le pouvoir… accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre. Pour les « populistes », la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. Prônant une démocratie plus directe, ils ont donc pour objectif de « rendre le pouvoir au peuple ». »

    Derrière ce terme, un grand nombre d’organisations se retrouvent. Ce qui les unifie derrière un patrimoine génétique commun, c’est leur analyse déformée des rapports sociaux, où une nébuleuse « le peuple » s’oppose à une autre nébuleuse « l’élite », « l’establishment » …etc. Si l’apparence est louable, le font est nettement plus pervers. « Peuple », n’y a t’il pas de terme qui soit plus flou, plus vague, sans contenu de classe, sans conception des contradictions au sein de la société et de la place dans l’appareil de production capitaliste ?

    Ce qui démarque le populisme du marxisme, au delà de l’analyse, c’est que le second a vocation a combattre les conceptions rétrogrades, les conceptions réactionnaires, les erreurs qui se trouvent dans les raisonnements que peuvent avoir les masses. Elle reconnaît le fait que l’idéologie dominante, donc les idées dominantes, sont celles des classes dominantes, soit celles de la bourgeoisie. De plus, les organisations communistes combattent dans le but de transformer les rapports sociaux -dont principalement les rapports de production, de rapports capitalistes en rapports socialistes. Il ne s’agit pas pour autant de surimposer une volonté extérieure par la force, mais bien de soutenir les idées justes qui préexistent au sein des masses, de leur permettre de s’affirmer et de devenir hégémoniques.

    Le but des populistes, quant à lui, est justement d’aduler les pensées dominantes au sein des masses, de les flatter, de les exacerber. Il s’agit non pas de transformer les rapports e production, les rapports sociaux, de faire évoluer les pensées, mais simplement de « réaliser les rêves » du « peuple ». Dès lors, il s’agit de parler avec « bon sens », de dire ce que le « peuple » veut entendre. Les exploités et exploitées trouvent le système économique injuste, il suffit de se proclamer « anti-système » et de pointer du doigt les travers évident que celui-ci peut avoir, en promettant de le changer. Les impôts sont haïs ? Ils seront baissés… La démagogie est le fond de commerce du populisme. Elle est également sa faille la plus profonde.

    Les réactionnaires ont trouvé dans le populisme une manière de pouvoir avancer leurs thèses. Il suffit de flatter ce qu’il y a de plus réactionnaire dans la société pour engranger des voix. Pour échapper au classement dans l’échiquier politique, les populistes ont fait le choix de se déclarer « ni de droite, ni de gauche », mais présentent des conceptions transcendantales : la nation, le peuple… Il n’est pas même nécessaire de rechercher la cohérence, car celle-ci est contre-productive dans la course au pouvoir. Il s’agit par ailleurs de détourner la colère ou le sentiment d’injustice que peuvent connaître ceux qui subissent l’exploitation -tout comme même la petite bourgeoisie qui se sent menacée par la grande ou par la concurrence- et de le détourner vers d’autres parties des exploités et exploitées. Ainsi, la question de l’immigration est utilisée comme épouvantail constant. L’argument de l’existence de « parasites » qui drainent les finances des contribuables d’un côté, et qui prennent les emplois de l’autre est pourtant on-ne-peut-plus-creux. Mais en surinfectant une xénophobie atavique, viscérale, il est tout à fait possible d’y greffer le racisme. Les sirènes de la démagogie sont séduisantes, mais ne mènent qu’a l’arrivée au pouvoir des laquais des franges de la bourgeoisie les plus réactionnaires et les plus chauvines.

    Si l’extrême-droite utilise beaucoup la démagogie, elle n’en a pas le monopole. Une partie de la gauche s’en est également emparée, dans le but, là aussi, de se hisser vers les hautes sphères de la politique et vers les lieux de pouvoir.