Étiquette : Réactionnaire

  • A fronts renversés.

    A fronts renversés.

    Avant-hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, ont débattu. Un débat entre droite et extrême-droite en somme. Sauf que les distinctions entre les deux paraissent de plus en plus floues, de plus en plus indiscernables.

    Il paraît loin, le débat de 2017, classique, simple, entre droite libérale et droite fasciste. Le débat Darmanin – Le Pen préfigure une nouvelle phase politique pour la France.

    C’est une bataille à front renversés.

    La droite élargie contre la boutique.

    Deux trajectoires divergentes se rencontrent.

    D’une part un RN qui, finalement, peine pour trouver la stratégie gagnante. La boutique familiale, qui s’est nourrie de son rôle d’outsider, d’opposition grognante, ne parvient toujours pas à passer pour un parti d’État, capable de gouverner. Il atteint le sommet de sa formule et ne progresse plus que marginalement. Pour gagner encore quelques voix, il se dédiabolise à tout va, tout en espérant ne pas perdre son identité, pour ne pas se couper de sa base historique : les déçus, les déclassés, les perdus, les isolés… ceux qui peuvent être happés par son discours qui monte les uns contre les autres.

    A l’inverse, Darmanin incarne le rêve secret d’une partie de la droite : celui de la droite élargie, d’un nouveau Parti de l’Ordre, hégémonique du centre à l’extrême-droite, massif, immense…et sans vergogne. A l’image de celui qui l’a présenté dans ce débat.

    Cette droite, Darmanin en est le parfait avatar. A t’il la moindre idée personnelle ? La moindre conviction ? Difficile à dire. Le député Charles De Courson l’avait décrit ainsi : « c’est un opportuniste, au sens étymologique du terme. Il s’adapte aux circonstances, sans grande convictions ». Plus explicite, Christiane Taubira l’avait frappé de sa verve proverbiale : “Lorsqu’une personne est à ce point pauvre, indigente moralement, politiquement, culturellement, lorsqu’une personne est à ce point indifférente aux dégâts considérables qu’il peut produire par ses paroles qui sont des insultes, qui sont surtout des déchets même de la pensée humaine, je n’en attends rien”.

    Dans son rapport avec les autres, en particulier avec les femmes, il a tout du prédateur opportuniste. Il flaire la faiblesse, il sait l’exploiter sans la moindre once de vergogne, tout en en tirant, on ose le supposer, une fierté dominatrice.

    Dans le débat, il ne s’est pas gêné pour aller plus loin, pour être plus agressif, plus brutal dans ses propos que le RN. Le visage de Marine Le Pen, au cours de ce débat, dit tout : elle est ébahie de voir un adversaire « centriste » plus agressif et plus brutal qu’elle. Au lieu de parler du salafisme, au lieu de parler du fondamentalisme, de la radicalisation, Darmanin cible directement l’Islam, les musulmans, les musulmanes. Comparativement, Le Pen est passée pour une démocrate bon teint.

    Il n’en pense probablement pas grand-chose. Mais il sait flairer l’occasion. Il sait que ses arguments, sans cesse martelés depuis plus de vingt ans, trouvent un auditoire. Il ouvre même grand les vannes de la haine : lui, ministre de l’intérieur d’un gouvernement centriste, il avalise la haine la plus crasse, l’intolérance. Il la légitime. Il pousse tous les autres à se polariser autour d’elle.

    Et tous ceux, toutes celles, qui seront entraînés dans son sillage seront éclaboussés, pataugeront dans la même boue infâme. Telle Marie-Georges Buffet, du PCF, qui se retrouve a poser des amendements pour que les résultats d’une enquête sur les «dispenses de piscine de complaisance »… pour demander à ce que les résultats soient publics.

    La triste présidentielle :

    L’avenir se décide bientôt. Que nous le voulions ou non, la présidentielle qui se prépare sera cruciale. Son centre de gravité se dessine aujourd’hui : il sera la question musulmane. Et, autour de celle-ci, s’adjoint son compagnon d’infortune, qui lui est artificiellement amalgamé : le débat sur la sécurité.

    En dernière instance, nous pourrions même écrire que c’est l’islamo-gauchisme qui est le cœur de la prochaine présidentielle. L’islam comme paravent, mais, dans le fond, l’étranglement des classes dangereuses, l’écrasement de ceux qui veulent un avenir meilleur. Plus la crise économique s’approfondit, plus la crise politique couve.

    Finalement, le « barrage » contre le RN est devenu une synthèse. Le fait que le programme économique, politique, social de l’extrême-droite soit déjà au pouvoir montre une chose : ce qui est déterminant, ce sont les intérêts des exploiteurs. Ils donnent le ton, dictent leur loi. Le durcissement de la politique est simplement une manière de le faire accepter à une population qui n’en peut plus, qui n’en veut plus.

    Même la gauche réformiste, inoffensive, est absente. Elle ne parvient pas à imposer sa présence sur les plateaux de télévision et dans les médias. Et quand elle parvient à le faire, elle est quasiment inaudible. Elle ne parvient pas à marquer de points notables.

    Le spectre du communisme.

    Dans ce débat, au lieu d’être le spectre, l’esprit frappeur, mentionné par Marx, le communisme est un bien fade fantôme. La situation actuelle est pourtant prévisible. Dès avant 2017, nous déclarions que la victoire au centre obligerait à un affrontement brutal lors des prochaines élections. Aujourd’hui, nous voilà dans l’antichambre de la catastrophe. Le quatre années qui viennent de s’écouler ont permis un relatif développement des organisations communistes. Mais l’étape supérieure, celle qui permet un vrai bond qualitatif, qui réunisse les forces qui veulent se battre, n’a pas été franchie.

    L’année qui s’écoule doit être sous le signe du travail commun, de l’unité, de la volonté d’unification. Nous en faisons notre Delenda Carthago1, notre mantra, notre obsession. Nous sommes en face de nos responsabilités, en tant que communistes, en tant qu’antifascistes, en tant que militantes et militants. Nous ne pouvons nous en défausser sur d’autres. Notre faiblesse est de notre faute, intégralement.

    Ne laissons pas notre pays devenir une terre fasciste, que ce soit sous la férule d’un RN ou d’un candidat d’une coalition répugnante. A nous de faire porter le débat ailleurs. A nous de sortir de jeux truqués, qui ne visent qu’à choisir qui sera l’administrateur de la dictature des exploiteurs.

    Nous avons la possibilité de réclamer la notre fraction du pouvoir réel. Nous l’avons vu dans les AG de Gilets Jaunes. Ces embryons de démocratie populaire existent. A eux de devenir le véritable pouvoir ! A eux d’être l’opposition extra-parlementaire !

    1Delenda Carthago est une locution latine traditionnellement attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet. (Source, Wikipédia)

  • Bastion social n’est plus.

    Bastion social n’est plus.

    Bastion Social n’est plus. Les dirigeants locaux du groupe issu du GUD ont reçu, le 13 mars, une lettre indiquant la dissolution de leur organisation. Le délai maximal pour faire appel étant le 21 mars, la dissolution sera donc actée par le Conseil des ministres. 
    Cette dissolution avait été annoncée par Emmanuel Macron à la suite de plusieurs actes antisémites et racistes commis par des membres de l’extrême-droite. Mais, cette dissolution, tout comme d’une manière générale les fermetures administratives des locaux fascistes, ne font que sanctionner le fait que ces groupes sont considérés comme ayant dépassé certaines bornes, mais jamais une condamnation sur le fond de leur activité et de leur discours idéologique.

    À Lyon, comme dans d’autres villes, les luttes contre l’implantation des Bastion Sociaux ont pesé dans la balance. Elles ont contribué à démasquer aux yeux de tous et toutes la collusion entre les autorités locales, municipale ou préfectorales, avec l’extrême-droite. L’Unité Communiste de Lyon considère que ce travail, sans pour autant être forcément la raison première de la dissolution de Bastion Social, a permis de limiter ses capacités à s’implanter et ont contraint les mairies à opérer des fermetures administratives. Mais il n’y a jamais eu de condamnation explicite formulée par les pouvoirs publics. Cette absence de condamnation est le vernis de la collusion.
    Celle-ci s’est également manifestée dans les larges facilités avec lesquelles les groupes fascistes ont pu mener des opérations contre les milieux progressistes et révolutionnaires, en témoigne ainsi, pour mémoire, l’affrontement du Pont Lafayette, en février dernier. 

    Lyon a été une illustration de la manière dont les notables considèrent les fascistes. Certes, il existe des franges qui sont sincèrement choquées de leur existence, de leur présence, de leur implantation, mais, dans l’ensemble, les autorités se sont montrées conciliantes et n’ont jamais rien organisé pour entraver leur développement.
    Au contraire, les discours de la bourgeoisie contribuent à avaliser les thèses réactionnaires défendues par les fascistes. Ce n’est pas accidentel, par ailleurs, cela correspond à une stratégie de la part de la bourgeoisie de répondre à la situation de crise et aux troubles sociaux par l’emploi de méthodes chaque fois plus musclées. 

    Bastion Social, pris isolément, est un point insignifiant. Ceux qui le constituaient étaient des apprentis Sturmabteilungen ne possédant que des conceptions politiques d’un niveau extrêmement bas. Cependant, Bastion Social n’est pas un point isolé. Il représente un des aspects de l’enchevêtrement des réseaux et des liens réactionnaires, au même titre que les autres groupes du même type. 
    Bastion Social est nourri, alimenté et protégé par certaines franges de la bourgeoisie le plus réactionnaire, qui voit dans ces groupes la possibilité de répondre à un besoin pour elle : celui de nervis et de bas exécutants.
    Bastion Social représente une des faces d’une construction naissante, qui porte les mêmes positions politiques, celle d’une droite élargie, appelée par les vœux de nombreux ténors de la politique. Un élargissement qui entremêlerait les réseaux de notables de LR, les orateurs du RN et les bras des groupes fascistes. 

    Étant donné la situation sociale -et par voie de conséquence politique- dans laquelle se trouvent les masses populaires ; étant donné la situation géopolitique et géoéconomique dans laquelle nous nous trouvons, il est clair que le capital recherche une issue politique qui lui permette de se maintenir face aux troubles, de briser les mobilisations sociales, qui seront davantage explosives au fur et à mesure de l’aggravation économique ; mais aussi de pouvoir mobiliser en soutien à l’impérialisme français.

    Le projet avance, tissant sa toile. La réaction vive qui a suivi l’attaque, dans la nuit du 27-28 mars, de l’école de Marion Maréchal Le Pen, a montré les relais importants dont dispose l’ex-députée du Vaucluse. Elle peut se permettre, désormais, dans ses communiqués, de se présenter, sans que cela choque, comme un rempart contre la violence : « L’extrême gauche montre un visage, une fois de plus, violent, totalitaire et sectaire qui doit indigner tous les défenseurs de la liberté. » Le tout en choisissant comme parrain de promotion le général antisémite Georges Loustaunau-Lacau, suffisamment controversé pour que Saint-Cyr, qui l’avait choisi également, soit obligé de rebaptiser sa promotion.

    Du côté de la droite « traditionnelle », les actes trahissent les pensées profondes sur le désir d’évolution politique. Ainsi, il n’est pas possible d’isoler cela du fait que, également, des individus comme Nicolas Sarkozy et Eric Zemmour aillent soutenir Viktor Orbàn alors que son parti est sous le coup de sanctions de la part de son propre camp ! Sarkozy a ainsi déclaré : « Quelqu’un qui est capable de gagner les élections trois fois de suite, dans une époque aussi instable et difficile, pour moi ça force le respect, a déclaré l’ex-président à propos de Viktor Orban.Tu as fait ce que je n’ai pas été capable de faire.C’est peut-être ça qu’on te reproche, d’avoir gagné.Mais moi j’aime bien avoir des amis qui gagnent.Je ne veux pas avoir que des amis qui perdent. », tandis que Zemmour pris la parole sur le « grand remplacement ».

    Mais aussi que Laurent Wauquiez, ténor des Républicains, puisse adjoindre dans son projet de programme des points qui feraient pâlir d’envie les plus réactionnaire. Aux côtés de François-Xavier Bellamy, qualifié de Steeve Bannon français « C’est donc un programme contenant pas moins 75 propositions qui a été présenté.Frontières, civilisation, immigration constituent les priorités du parti.Il s’agit de « lutter contre l’immigration illégale » mais aussi d’ »arrêter l’immigration de masse ».

    Il faudrait que :

    traiter les demandes d’asiles « en dehors de la France »

    Ramener les « bateaux de migrants sur les côtes africaines »

    « Multiplier les vols groupés organisés par Frontex pour expulser les immigrés illégaux »

    « Dénoncer le pacte de Marrakech » qui « encourage l’immigration et promeut le multiculturalisme » »

    Cette sémantique n’est donc plus l’apanage unique des fascistes, mais devient celui d’une droite « classique ». Son programme aussi.

    Ces rapprochements programmatiques entre différentes factions de droite et d’extrême-droite laissent planer la possibilité que ces forces n’en forment qu’une au moment des élections de 2022, lesquelles feront date, par la configuration exceptionnelle qu’elle proposeront. Un centre anéanti, une gauche knock-out, et une pression sociale immense.

    En dernière analyse, la question du Bastion Social n’est pas insécable de celle d’une situation générale, dans laquelle il joue un rôle visible, de surface, mais néanmoins intimement lié aux choix stratégiques du grand capital. La dissolution du Bastion Social est une victoire limitée, mais une victoire qui doit servir d’appui pour accroître la capacité à couper les tentacules des officines de recrutement de l’extrême-droite. 

    L’Unité Communiste de Lyon appelle au rassemblement et à la coopération entre les forces qui luttent contre le capitalisme et le fascisme. Elle appelle à la participation aux mouvements de lutte, dans un esprit combatif et d’élévation du niveau politique. Elle appelle également au fait de renforcer la lutte antifasciste dans le but de former une véritable réponse politique correspondante à la situation dans laquelle nous nous trouvons. 

  • Solidarité avec les « enfarineurs » de Toulon

    Solidarité avec les « enfarineurs » de Toulon

    Solidarité avec les « enfarineurs » de Toulon

     

    Nous republions ici le communiqué fait par les « enfarineurs » du FN à Toulon, qui subissent une répression complètement disproportionnée par rapport aux faits reprochés. Nous les assurons de notre solidarité et de nous leur adressons un chaleureux salut.

    Le pub catholique intégriste toulonnais Le Graal organise chaque mois une conférence prétendument historique qui masque un creuset des idées d’extrême-droite, rassemblant frontistes, royalistes et intégristes. Deux militants toulonnais ont été condamnés à 4 mois de sursis pour avoir dénoncé la conférence en lançant de la farine.

    Depuis 2015 l’ordre intégriste des Missionnaires de la miséricorde gère le pub Le Graal (377 avenue de la République – Toulon). Entre autres activités, le bar accueille les « Causeries du Graal ». Derrière cette appellation neutre se cachent les cercles royalistes qui réunissent la fachosphère toulonnaise pour écouter des « historiens » tels qu’un des fondateurs de Génération identitaire, des responsables de l’Action Française Provence ou encore des journalistes de Rivarol, TV Libertés ou encore Boulevard Voltaire. Au-delà de la nébuleuse intégriste et royaliste ces rencontres sont fréquentées par les élus frontistes.

    Le 25 avril 2 militants antifascistes, Sylvain et Andréa, se présentent devant le bar pour perturber de manière non violente une rencontre sur l’impérialisme colonial. Depuis l’extérieur ils jettent au sol un sac de farine et une boule puante et s’enfuient. Andréa est rattrapé par des participants qui le livrent à la police. Tout de suite 2 conseillers municipaux FN portent plainte, Amaury Navarranne (chef de file FN Toulon) et Hervé Toulzac (commandant de police à la retraite). Deux jours plus tard une participante déclare s’être fracturée le bras dans l’agitation alors que le PV dressé le soir même ne constate pas de blessé·e…

    La machine répressive se met en branle avec une disproportion croissante :

    • Andréa passe 42h en garde-à-vue sans avoir accès à son traitement médical. La police interpelle Sylvain le lendemain, il passera 21h en GAV.
    • Interrogatoire humiliant, pervers par son insistance à vouloir arracher l’aveu d’un extrémisme
    • Le sujet de mise en examen tombe : « violence commise en réunion », requalifié en « violence commise volontairement ayant entrainé une ITT>8jours » suite à la troisième plainte.
    • Fichage génétique, digital, photographique
    • La juge des libertés et de la détention les place sous contrôle judiciaire avec pointage hebdomadaire au commissariat et interdiction de quitter le territoire national
    • Le réquisitoire du parquet demande 4 mois de prison avec sursis
    • Condamnation à 4 mois d’emprisonnement avec sursis + 3100€ de dommages et intérêts

    S’INFORMER ET LUTTER ENSEMBLE CONTRE L’EXTRÊME- DROITE TOULONNAISE ; ORGANISE AVEC LA CODEX83 ⇒ RDV LE 19 OCTOBRE À 19H00 AU LOCAL 6 RUE

    CORNEILLE TOULON

    POUR AIDER ANDRÉA ET SYLVAIN A PAYER LEUR FRAIS D’AVOCAT (1680€) ET LES DOMMAGES & INTÉRÊTS (3100€) : ⇒ RDV SUR www.lepotcommun.fr/pot/81r4wkdr ou par courrier a « le local 6 rue corneille 83000 Toulon » ; chèque à l’ordre « le Local » écrire au dos du chèque « en soutien aux enfarineurs »

    Contact : anti-repression-toulon@protonmail.com

    Pour en savoir un peu plus :

    Le Café histoire de Toulon organise les derniers mercredis de chaque mois une conférence historique au pub catholique le Graal à Toulon. Ces conférences prétendument historiques masquent en fait un creuset des idées d’extrême-droite, rassemblant frontistes, royalistes et intégristes. Des militants ont été condamnés à 4 mois de sursis pour avoir tenté de lever le voile.

    En 2015 l’ordre catholique intégriste des Missionnaires de la miséricorde rachète un bar LGBT toulonnais en plein centre- ville (le Texas, 377 avenue de la République), pour le transformer en lieu d’évangélisation, « ainsi le bar de Sodome va devenir le pub de la Miséricorde » comme le précise le communiqué de l’ordre…

    Entre autres activités le bar accueille les derniers mercredis de chaque mois les « Causeries du Graal », organisées par le « Café histoire de Toulon ». Selon le site de la paroisse (géré par l’ordre des Missionnaires de la Miséricorde) il s’agit de « redécouvrir les racines chrétiennes de la France à travers son histoire, sa culture et son patrimoine religieux », en discutant « sur un thème historique ou d’actualité, lié à l’héritage d’Athènes, Rome et Jérusalem ». Chaque causerie est l’occasion d’entendre un·e intervenant·e, local·e ou non, présenté·e par des titres génériques comme « professeur·e » ou « journaliste ».

    QUI SE CACHE DERRIERE LE CAFE HISTOIRE DE TOULON ?

    Tout porte donc à croire qu’il s’agit là de conférences d’histoire ou de rencontres permettant d’analyser le monde à partir d’un prisme chrétien, c’est d’ailleurs la manière dont les conférences sont relayées par des sites comme Salon Beige. Mais, dès lors que l’on enquête sur les organisateurs et les intervenants c’est un tout autre visage qui apparait. Toujours sur le site de la paroisse on apprend que les causeries du Graal sont pilotées par son équipe « Culture et patrimoine ». Sans être cité sur le site, le nom de Philippe Lallement apparait à divers endroits (par exemple : ici (voir à 1 :15) et là) comme animateur/coordonnateur. Or ce dernier est un membre majeur de la mouvance royaliste : président de la section varoise de la Fédération Royaliste de Provence (FRP) (qui a fusionnée avec l’Action Française (AF) en avril 2018) et idéologue des universités d’été de l’AF. D’ailleurs, avant l’ouverture du Graal, la FRP organisait également des rencontres sous le nom de « café histoire » également animées par le même Philippe Lallement…

    Même constat concernant les intervenants invités à discourir : bien que jamais présentés de la sorte, une majeur partie d’entre-eux sont directement liés à des groupuscules/organisations/médias d’extrême-droite, Action Française pour une grande partie (ex : Jean Gugliotta, président PACA de l’AF/ Antoine de Crémiers, animateur de la section aixoise de l’AF et idéologue AF), mais aussi des contributeurs de Boulevard Voltaire (comme Antoine de Lacoste) ou Rivarol (comme Anne Brassié), on y trouve aussi Julien Langella, un des fondateurs de Générations identitaires.

    Au-delà de la dissimulation de l’identité royaliste des organisateurs et de l’obédience d’extrême-droite de ses intervenants, le Café Histoire organise aussi la confusion en suggérant une labellisation de certaines conférences. C’est le cas pour la causerie de Jacques Saint-Pierre soi-disant présentée par le Souvenir Napoléonien (SN), alors même qu’elle ne figure pas au répertoire des conférences de l’association. Il faut tout de même reconnaître que Jacques Saint-Pierre est membre du SN… et de l’Action Française. De même, le flyer de la conférence sur les vichysto-résistants par Michel Franceschetti affiche les logos du CD05 et de l’Institut François Mitterrand qui ont financé ses recherches universitaires parues au PUG, mais certainement pas sa participation à des réunions royalistes !

    Reste le public. Les informations sont rares, le visionnage des vidéos tournées pendant les conférences permet d’entendre la parole décomplexée des spectateurs mais sans vraiment pouvoir les catégoriser. En revanche une action antifasciste a permis de révéler la présence de plusieurs responsables du FN à ces conférences (voir détail plus bas).

    On peut donc raisonnablement conclure que les causeries du Graal constituent en fait des rassemblements d’extrême- droite auxquels l’ordre des Missionnaires de la miséricorde divine offre une couverture. C’est finalement une parade classique de l’extrême-droite la plus réactionnaire : se réunir et recruter sous couvert de conférences prétendument historiques. Le Graal sert ainsi à réaliser la jonction entre les tradis et les frontistes, avec la bénédiction de Mgr Rey, l’évêque local réputé pour ses liens sulfureux avec le FN.

    Il convient d’ailleurs de noter que des cafés histoires du même type existent dans tout PACA, et ce depuis déjà quelques années. Ainsi, même si on ne sait pas vraiment qui l’organise on est obligé de noter que le Café histoire de Draguignan dispose du même graphiste et des mêmes conférenciers que celui de Toulon. A Aix-en-Provence, le café histoire est quant à lui très clairement rattaché à l’Action Française.

    DU SURSIS POUR DES MILITANTS ANTIFASCISTES

    Las de la tenue régulière de ces évènements 2 militants antifascistes décident de perturber de manière non-violente la rencontre du 25 avril 2018 intitulée « Napoléon III et le Mexique catholique ». L’objectif était double : protester contre le contenu de l’évènement et signifier aux sympathisants d’extrême-droite que Toulon n’est pas une ville où l’extrême-droite peut pavaner. Les moyens retenus sont : le jet d’une boule puante et de farine, et un slogan : « anti-impérialiste » en écho avec le sujet de la conférence.

    Le soir du 25 avril les militants réalisent donc cette action éclair puis partent en courant. Andréa est rattrapé par des participants qui le livrent à la police, il va passer près de 42h en garde-à-vue. La police vient chercher Sylvain à son domicile le lendemain pour 21h de garde-à-vue. Interrogatoire menotté, humiliations, violences psychologiques, perquisition insistante… Trois personnes portent plaintes. Tout de suite après l’action, 2 conseillers municipaux FN toulonnais ont déposé plaintes : Amaury Navarranne et Hervé Toulzac (commandant de police à la retraite). Puis, 2 jours après l’événement, Christine Perrimond-Trouchet qui déclarerait s’être fracturée l’avant-bras dans l’agitation qui a succédé à l’action.

    Dans un premier temps ils sont mis en examen pour « violence commise en réunion sans incapacité », puis, suite à la troisième plainte, pour « violence commise volontairement ayant entrainé une ITT >8jrs ». Au procès le parquet requiert 4 mois de prisons avec sursis. Le jugement est rendu en référé le 28 août : la justice condamne Andréa et Sylvain à 4 mois de prison avec sursis et 3100€ de dommages et intérêts.

    En-dehors de la disproportion de la réponse policière et judiciaire cette procédure met en lumière plusieurs choses. C’est tout d’abord la participation de responsables du FN, révélée par leurs plaintes, qui intrigue : on dépasse largement le microcosme des cathos tradis et des royalistes pour entrer dans la nébuleuse de l’extrême-droite qui manifestement a trouvé un moyen de s’accorder sur Toulon. Il convient également de noter que les organisateurs de la conférence n’ont pas porté plainte comme s’ils ne voulaient pas que l’on s’intéresse trop à eux, ce qui ne les empêchera pas de publier directement leur réaction sur un site royaliste.

    Moins médiatisés que les locaux du Bastion social, les cafés histoire d’extrême-droite n’en sont pas moins des organisations dangereuses qui permettent à l’extrême-droite d’avancer masquée pour tisser des liens entre ses fractions.