Étiquette : Racisme

  • Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Mais cette faiblesse est apparente !

    Les fascistes en sont conscients. D’où cette curieuse dissonance cognitive quand ils parlent de l’extrême-gauche. D’un côté, ils soulignent sa faiblesse, son apathie, sa supposée fragilité. De l’autre, ils piochent allègrement dans le répertoire de la Guerre Froide pour souligner sa nature supposément criminelle, totalitaire, dictatoriale. Cette dissonance renforce d’ailleurs l’impression d’un discours pleurnichard de leur part, dans lequel les surhommes semblent bien embêtés par cette poignée de gauchistes.

    Mais cette dissonance est aussi un reflet intéressant : celle de l’imbrication entre tactique et stratégie, mais aussi entre court terme et temps long. Pour le moment, pour les fascistes, le mouvement de gauche extra-parlementaire n’est pas forcément en mesure de les entraver dans l’immédiat. Mais sur le long terme, et dans la stratégie d’ensemble, elle est la grande menace pour eux, notamment car elle veut bouleverser la société, tandis que les fascistes s’arc-boutent vers le passé.

    D’ailleurs, ce constat est partagé par la bourgeoisie. C’est en pleine conscience de ces faits qu’elle réagit. Elle a tiré elle même ses conclusions des mouvements révolutionnaires, et s’y adapte. La campagne de persécution contre l’islamo-gauchisme ressemble à s’y méprendre à une attaque à la fois de diversion, mais aussi à un travail préventif.

    • Une diversion dans le sens où les gouvernements réactionnaires ont toujours tiré un très grand bénéfice de l’inégalité de traitement et de la division de ceux qui subissent l’exploitation. En appuyant des campagnes racistes, mais aussi en les initiant (nous n’oublions pas qu’un provocateur comme Hortefeux avait organisé un débat sur l’identité nationale… à Vichy!), les exploiteurs peuvent jouer les uns contre les autres. Et faire ainsi perdre tout le monde.
    • Une prévention dans le sens où rien n’est réellement figé. Si, à l’heure actuelle, la gauche extra-parlementaire est fragile et divisée, il n’en reste pas moins qu’elle possède, dans l’ensemble, une volonté de faire ce que personne d’autre ne peut faire : défendre l’intérêt politique des exploités et des exploitées. Plus le temps passe, plus la situation économique est délétère, donc plus les possibilités que les discours de ce type (Révolution, Commune, Démocratie Populaire) fraient leur chemin sont grandes.
    • Il est clair que des luttes importantes vont naître ces prochaines années, et qu’elles seront bien plus féroces et bien plus politiques que celles qui ont existé avant. Dans ce cadre, s’en prendre aux « gauchistes » est une bonne manière de pouvoir stériliser un terrain dangereux, et détourner les luttes sociales vers des issues sociales-chauvines ou sociales-impérialistes : c’est à dire vers l’accompagnement de la bourgeoisie dans ses projets impérialistes, en espérant en tirer des miettes.
    • On retrouve alors une pratique à plusieurs niveaux :
      • Se moquer ou dénigrer les mouvements révolutionnaires (notamment par le matraquage anti-communiste). Dans le même temps intégrer leurs réalisations dans une narration républicaine-libérale (comme le PS avec la Commune de Paris).
      • Limiter les possibilités d’expression de ces courants dans les médias.
      • Utiliser la corruption et intégrer dans le jeu républicain les éléments les plus influents pour les affaiblir.
      • Utiliser la répression et l’intimidation au dessus de cela lorsque les choses prennent une tournure moins favorable… etc.
      • En fin de compte, faire appel à une répression extra-judiciaire et extra-légale : c’est le rôle des fascistes.

    La bourgeoisie ne fait pas cela parce qu’elle est méchante, mais bien parce qu’elle a des intérêts, qu’elle en est très consciente, et qu’elle se mobilise pour les défendre.

    Il est clair que les fascistes sentent, flairent, que le vent souffle en leur faveur.

    Nous ne pouvons pas écarter que des risques existent, et qu’ils faut les prendre au sérieux. L’extrême-droite est décomplexée. Elle a raison de l’être : c’est elle qui dicte les mots d’ordre de la campagne présidentielle et législative : sécurité, immigration, terrorisme… Elle est parvenue à glisser sa présence tentaculaire dans l’ensemble des compartiments de la société et à polariser l’ensemble de l’échiquier politique.

    En somme, elle est parvenue à imposer une certaine hégémonie au sens où Gramsci l’entend. Ainsi, des partis comme le PCF, qui n’ont pas la capacité de proposer eux-même un projet de société, se positionnement par rapport aux mots d’ordres de l’extrême-droite, en leur accordant un certain bien-fondé du même coup.

    Elle se heurte aussi à un phénomène : celui de la longue transition libérale. Cette longue transition est l’aboutissement d’un processus entamé avec les Lumières et 1789, qui vise à établir une égalité juridique entre les citoyens et les citoyennes d’un même pays. Dans les faits, les mouvements LGBT+, les mouvements féministes, antiracistes… s’inscrivent dans ce processus d’instauration de l’égalité juridique. Ils ne sont pas révolutionnaires en soi, ils sont des processus démocratiques.

    Mais ces processus démocratiques mettent en exergue des limites : le lien entre discrimination raciale et sociale, le lien entre féminisme et patriarcat, le poids de la tradition, du passé, de la culture du viol…etc. Et s’en est déjà trop pour certains, notamment pour les fascistes, qui exigent deux choses :

    • Le retour à une société d’avant les lumières : c’est à dire le rejet des principes d’universalité de l’Homme en tant qu’espèce, les principes d’égalité juridique… etc. Ils s’opposent donc au projet universel dans lequel s’inscrit un large spectre allant des libéraux aux anarchistes, et lui opposent des particularisme : raciaux, identitaires, traditionnels… qui doivent servir à cloisonner les peuples entre eux, et à sanctionner, au nom de leur identité, leur droit à la domination.
    • Le retour à une société organique, d’ordre, dans laquelle la communauté est placée au dessus de tout, et dans laquelle les rapports sociaux sont noués autour de ce principe premier. Mais par communauté, par cette conception étroite de la Nation, les réactionnaires n’entendent rien d’autre que l’intérêt suprême de la bourgeoisie.

    Et c’est leur seul projet : un projet d’enfermement, d’incarcération de la population. Un projet de soumettre et d’écraser la population pour la mouler dans un rôle : celui de laquais de la bourgeoisie.

    Se regarder en face :

    Il y a un contre-discours à construire et à développer, un contre-discours qui soit capable d’expliquer les évolutions du monde. Non pour les défendre, mais bien pour tracer des perspectives de succès. Si la gauche parlementaire s’est réfugiée toujours plus dans les compromis et dans la soumission au contrat républicain avec la bourgeoisie, la gauche extra-parlementaire subit aussi des influences néfastes. Il ne faut pas écarte un certain conspirationnisme de gauche, qui s’est affirmé cette dernière année, notamment en réaction aux politiques confuses de lutte contre la pandémie.

    Mais il y a aussi cet insupportable renoncement à regarder la réalité en face, à rester dans un sentiment d’irréalité. Mise au défi de tracer des perspectives, l’extrême-gauche ne parvient pas à s’imposer. Elle est prisonnière de sa faiblesse, de ses divisions, de ses luttes de chefferie. C’est là un obstacle que chacun connaît, mais que, par peur, personne ne veut traiter sérieusement. Même nous, nous avons ces germes entre nous. Même nous, nous avons aussi peur. Mais il nous faut accepter cela: avancer ou bien accepter de disparaître.

    Zemmour a apporté son soutien à Papacito, tout comme toute une partie de l’extrême-droite. Mais les fascistes ont beau fantasmer sur les muscles puissants, les armes, les « helicopter rides »… Il n’en reste pas moins que nous avons quatre choses à leur dire :

    1. S’il est vrai que le gauchisme ne protège pas des balles, les balles n’assassinent pas la mémoire. Tandis que les nôtres sont morts au mont Valérien et vivent toujours dans les luttes, les leurs sont tombés sous les balles des cours martiales d’après guerre, et leur nom n’inspire plus que la réprobation.
    2. S’il est vrai aussi que l’extrême-gauche n’est pas islamophobe, elle contribue à lutter contre les pratiques réactionnaires dans l’ensemble de la société, y compris dans les quartiers populaires. En revanche, on ne peut que noter que les fascistes ont le même programme que Daech en terme de société. Ils sont peut-être simplement jaloux ?
    3. Il est assez amusant de voir que, en dehors de twitter et des réseaux sociaux, leur action se limite à des ratonnades et à des agressions de bas étage. Et tandis que nous avons des camarades, des connaissances, des amis qui sont tombés dans les batailles illustres du Rojava, eux sont ceux qui signaient des contrats pour Lafarge, ou qui vendaient des armes aux terroristes.
    4. Leurs régimes, fascistes ou d’inspiration fascistes, sont tous tombés. Et ils ne sont même pas toujours tombés du fait de l’action populaire, même si elle joue un rôle plus que central dans l’effondrement de certains d’entre eux. Ils sont aussi tombés car ils étaient devenus inutiles, et que leurs frasques dispendieuses n’étaient plus nécessaires pour stabiliser les marchés et pour satisfaire la bourgeoisie.

    « La bataille de l’Internet, on est en train de la gagner, peut-être la bataille électorale, regardez Zemmour (…), nous sommes la nouvelle hype ». C’est vrai, ils sont une mode. Une mode temporaire, un bouche trou, un fusible pour restaurer un ordre exploiteur. Mais même leur succès cause leur propre perte. Car, pour l’ordre capitaliste, la gauche extra-parlementaire est une menace stratégique. A l’inverse, pour nous, les fascistes sont plus une division tactique des réactionnaires, une branche de la tenaille capitaliste, mais ils restent des marionnettes et des outils des exploiteurs. Quand ils sont parvenus à leurs fins, alors, la bourgeoisie les a tout simplement congédiés. Les jetant comme de vulgaires kleenex. Car telle est aussi la dure conclusion de leur existence, en tant que paillasson des exploiteurs.

  • La chasse aux sorcières continue.

    La chasse aux sorcières continue.

    Dimanche 9 mai, treize policiers de la BAC, armés de fusils d’assaut ont encerclé et maîtrisé un homme sur le parvis de la Basilique d’Ainay à Lyon. La raison est au mieux pathétique, au pire réellement terrifiante. Dans tous les cas, elle reflète l’état de panique et la droitisation avancée tant de l’État que de la classe qu’il sert : la bourgeoisie.

    Un homme de 44 ans, habitué des promenades et des visites de lieux de cultes chrétiens pour méditer et prier, a eu, selon les paroissiens, « l’audace » d’être musulman, et de chanter en arabe les louanges de Dieu dans un lieu de culte. Il a prononcé le fameux « Allah Akbar » qui fait frémir les réactionnaires, pourtant une expression si anodine de foi pour les musulmans et les musulmanes.

    On en arrive à une situation éminemment Kafkaïenne, la haute bourgeoisie de la paroisse terrorisée par la présence de cet individu dans « leur » église, un encerclement de policiers armés et prêts à tirer, une arrestation médiatisée, et une condamnation mardi à deux mois d’emprisonnement pour « rébellion ». Répétons cela, en une poignée de jours, cet homme est passé d’un simple dimanche comme un autre à deux mois fermes à l’ombre, pour une simple prière dans un lieu de culte.

    Le comparution devant la cour a été aussi le théâtre de pathologisation de l’individu, on a cherché des éléments qui pouvaient expliquer rationnellement qu’un musulman « ose » venir dans une église à l’heure de la messe pour prier. On en oublierait presque que la Chrétienté et l’Islam partagent grandement la même source confessionnelle, le même dieu et les mêmes figures prophétiques. Penser qu’un homme visite des églises pour leur aspect calme et religieux est un bon moyen pour lui de méditer et exercer sa foi ne rentre pas dans une logique évidente quelconque.

    Cette histoire effarante, nous la devons au climat pogromiste dans lequel baigne la société française depuis des décennies. Elle est aussi une pierre de touche.

    D’une part, il est reproché aux musulmans et aux musulmanes de ne « pas s’intégrer » et de ne pas « faire d’efforts ». De l’autre, on les traite comme une diaspora menaçante, et on les marginalise constamment. Il y a là une prophétie auto-réalisatrice en germe.

    Mais la vérité, derrière les discours, est que les réactionnaires ont déjà tranché cette question. C’est ce qu’on retrouve derrière l’émergence de termes tels que « grand-remplacement », « français de papier » ou « islamo-gauchisme ». Tout en maquillant de pleurnicherie et de regrets leurs actes, toute une partie de l’échiquier politique a pris la décision de classer tous ces individus, pour des motivations foncièrement racistes, dans la catégorie des gens dont il faut se débarrasser. L’Islam est un prétexte, la réalité est celle d’une préparation mentale à l’épuration ethnique.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution politique et sociale de notre pays. Un pays qui, pourtant, est l’un des seuls qui ne définit pas la Nation comme une communauté ethnique. Nous savons que 2022 sera une date paroxysmique pour les discours réactionnaires. Nous l’avions dit, il y a 4 ans : « nous (au sens large) avons 5 ans pour être prêts à y faire face. » Nous voilà au seuil de l’échéance.

  • Commémoration pour Ilan Halimi : 15 ans déjà.

    Commémoration pour Ilan Halimi : 15 ans déjà.

    Rassemblement contre les crimes antisémites et tous les actes racistes.

    Ne pouvant pas être présents et présentes, nous avons choisi de ne pas apposer de signature fantôme. Cependant, la lutte contre l’antisémitisme constitue un point non-négociable de notre programme minimal.

    Nous condamnons tout autant les actes antisémites que la rhétorique qui les alimente. Souvent, les Juifs et les Juives ont été utilisés comme des victimes expiatoires, des boucs-émissaires, des diversions. Les pogroms d’hier ou le négationnisme d’aujourd’hui sont tout autant de moyens utilisés pour détourner la colère populaire. Pour se protéger, les exploiteurs et les bourreaux trouvent des stratagèmes, dont celui du racisme.

    Pour autant, nous considérons que certains défenseurs autoproclamés sont de faux alliés. Manuel Valls, par exemple, s’est emparé de cette question, puisant d’ailleurs allégrement dans un inconscient antisémite. De même, l’État d’Israël, par sa politique, prend en otage les Juifs et les Juives en imposant un positionnement par rapport à sa politique d’État.

    Nous pensons qu’il faut lutter sans relâche contre l’antisémitisme et contre le racisme sous toutes ses formes et sous toutes ses expressions. A nos yeux, le remède ne peut se situer que dans l’unité populaire, le front commun contre les bourreaux communs : les exploiteurs capitalistes.

    Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes, Juives et Juifs Révolutionnaires, Mémorial 98 et le Collectif des Juifves VNR appellent à une commémoration pour Ilan Halimi, assassiné il y a 15 ans.

    Rassemblement contre les crimes antisémites et tous les actes racistes. Dimanche 14 Février – 14h – Jardin Ilan Halimi, 54 rue de Fécamp, 75012

    Il y a 15 ans, Ilan Halimi était kidnappé, séquestré, torturé et assassiné parce que Juif. Il était retrouvé le 13 février agonisant sur les rails du RER C. Ilan manque à sa famille et à ses proches. Et nous ne l’oublierons jamais. Ce sont les stéréotypes antisémites les plus anciens qui ont mené à son assassinat : les Juifs seraient riches et maniganceraient dans l’ombre. Depuis 2006, de l’école Ozar Hatorah à Toulouse jusqu’à l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, onze hommes, femmes, enfants ou personnes âgées ont été tuées en France parce que Juives.

    Les actes antisémites et les violences racistes sont en augmentation, ici et ailleurs dans le monde. Les vingt-quatre jours qui ont amené à la mort tragique d’Ilan Halimi nous obligent à une détermination sans faille contre l’antisémitisme et contre toute forme de racisme. C’est pourquoi le dimanche 14 février à 14h nous appelons, en sa mémoire, ainsi qu’à celle de toutes les victimes de crimes antisémites et racistes, à un rassemblement au jardin Ilan Halimi, 54 rue de Fécamp. Nous demandons explicitement qu’aucun drapeau national ne soit brandi, afin de ne pas détourner le sens de cette commémoration.

    A l’appel de :

    Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes, Juives et Juifs révolutionnaires, Mémorial 98, Collectif des Juifves VNR

    Avec le soutien d’organisations juives, de lutte contre l’antisémitisme et d’organisations antiracistes: Ayeka, Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE), Une Autre Voix Juive (UAJV), Comité Adama Traoré, Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie (ACORT), Collectif Nta Rajel, Association Ibuka, Collectif Golema, Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), SOS Racisme, QTPOC autonomes Confédération Générale du Travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant-e-s, la FIDL, Union Départementale des Syndicats CGT de Paris, L’UNEF (l’Union Nationale des Etudiants de France) Vigilance Informations Syndicales Antifascistes (VISA), CNT STE75 et Sup-recherche région parisienne,

    Ensemble, Fédération Anarchiste (FA), Génération.s, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti de Gauche (PG), Union Communiste Libertaire (UCL), Parti Communiste Français (PCF), La France Insoumise (LFI), Attac France, Action révolutionnaire LGBQTI, Collectif Ecolo-Libertaire Anti-fasciste & Féministe (ELAfF), Collectif Irrécupérables, Collectif féministe révolutionnaire (CFR), Collectif Paris Queer Antifa, Collectif Agitations, Editions syndicalistes, IPAM/CEDETIM, Jeune Garde, La Horde, Collectif Jaggernaut (revue), Les Amis de La Révolution Prolétarienne (revue), SIAMO, Séminaire ETAPE, Transgrrrls, RESOME, Aplutsoc – Arguments Pour la Lutte Sociale, PEPS ( Pour une Ecologie Populaire et Sociale), Fondation Copernic

    Nous appelons sur place à un respect strict des mesures sanitaires : port du masque, respect des gestes barrières et distanciation physique seront de rigueur.

    A lire sur ce sujet :

    https://unitecommuniste.com/france/halte-a-linstrumentalisation-de-la-lutte-contre-lantisemitisme/
  • « 11 septembre » – une provocation raciste !

    « 11 septembre » – une provocation raciste !

    Judith Waintraub, journaliste du Figaro, déjà condamnée auparavant pour des propos diffamatoires, s’est permise une nouvelle sortie le 11 septembre. Elle a ainsi retweeté un extrait d’une émission sur la cuisine étudiante, dont la principale intervenante était voilée. Son commentaire était laconique : « 11 septembre ».

    Immédiatement, le tweet a été liké par un grand nombre de personnalités de la sphère réactionnaire, dont la toujours incisive Nadine Morano. Il a été partagé, commenté, publié et republié. Valeurs Actuelle a qualifié son tweet de « commentaire sur le voile », ce qui est un mensonge éhonté, typique d’une certaine presse. D’autres ont soigneusement évité de qualifier ce tweet pour ce qu’il est réellement, se contentant de la considérer comme étant « polémique » ou « controversé ». En revanche, seul quelques médias ont considéré qu’il était une provocation raciste et dangereuse.

    Fort logiquement, une réaction de colère, avec des propos menaçant, est née en retour. Certains propos ont été du domaine de la menace de mort. Ils ont été largement mis en avant, entraînant deux effets : une solidarité avec Judith Weintraub de la part de la très grande majorité des politiques et des personnalités, et, de l’autre, le fait que le fond de l’affaire a été ainsi complètement noyé.

    Des individus se sont montrés nuancés dans leur soutien contre les menaces de mort, comme Pierre Askolovitch ou Nadia Hai. La principale intéressée les a rejetés et a qualifié ainsi la ministre du logement de « pathétique ». D’un autre côté, les fanatiques se sont réveillés, refusant absolument toute discussion sur le tweet d’origine. On y retrouve des habitués : Manuel Valls, Zineb El-Rhazaoui, Nadine Morano…à nouveau.

    Des apprentis gestapistes, à l’affût d’un scoop, ont scruté le profil de la jeune femme voilée, et y ont trouvé… des commentaires sur le racisme qu’elle pouvait subir. Il n’a pas fallu plus pour la qualifier d’islamiste radicale conspirant contre la France.

    Nous dénonçons ce climat extrêmement dangereux dans lequel nous entrons chaque jour un peu plus. Un climat qui permet à une provocatrice d’extrême-droite de lancer ce type de propos, attisant un climat de pogrom, tout en récoltant le soutien majoritaire.

    Derrière l’idée d’essentialisation, du fait que le voile, la croyance religieuse, conduise inéluctablement au terrorisme, il y a une pente dangereuse. Une pente qui amène d’un rapport méprisant, condescendant, vers les musulmans et les musulmanes de France, à une tentation éliminatoire. D’autant que, et c’est ce qui ne transparaît que trop bien dans l’amalgame : insécurité – immigration – islam – grand remplacement, ce n’est pas l’Islam et sa pratique qui est finalement la cible centrale.

    L’un dans l’autre, les fascistes n’ont pas grand-chose à reprocher aux plus réactionnaires des croyants : leur programme social et économique est le même ! Ce sont en revanche bel et bien la couleur de peau, l’origine ethnique, qui sont ciblés. Ce n’est donc pas tant une assimilation, une intégration, qui est le bout du bout de la politique défendue par les réactionnaires, mais bien la disparition.

    Considérer, car c’est ce qui constitue la conséquence des discours sur l’incompatibilité civilisationnelle entre les musulmans et la France, que ces personnes n’ont, par essence, pas de place ici, revient à poser la question de la déportation. Considérer que, par essence, ces personnes présentent une menace, c’est prendre un sentier dont on ne connaît que trop bien les conséquences funestes.

    Nous portons un regard sur la question de la religion et de ses aspects réactionnaires. Nous soutenons ceux et celles qui luttent contre ceux-ci. Mais nous considérons que notre rôle est de permettre à ces personnes de triompher, non de faire tomber une chape de plomb discriminante, stigmatisante, qui, au contraire, renforce les plus réactionnaires.

    Nous ne nous sentons nullement tenu, par une injonction quelconque, de condamner les réactions de colère face à ce tweet. Nous nous contenterons de prévenir que celui-ci est une provocation, qu’il avait vocation à provoquer cette réaction et à exploiter politiquement la colère contre Mme Weintraub. Il s’inscrit dans une stratégie de montée en tension, savamment orchestrée. Nous appelons à la dénoncer pour ce qu’elle est : une provocatrice de bas étage, minable, et rêvant d’une guerre raciale.

    Nous considérons en revanche que ceux et celles qui, en tout premier lieu, ont parlé de leur soutien à cette « journaliste », ont commis une erreur politique. La condamnation du tweet aurait dû être leur priorité absolue. Nous le condamnons sans la moindre réserve.

    Nous appelons toutes les personnes qui, comme nous, partagent ce constat que le climat devient de plus en plus dangereux et explosif, à coopérer. Nous les appelons à s’organiser et à faire face : politiquement, organisationnellement, à cette menace dangereuse, à ce poison fasciste.

    Ne laissons aucune place aux provocateurs fascistes !

    Ne cédons ni à la division, ni à la provocation.

  • Ensauvagement ?

    Ensauvagement ?

    Depuis l’été, le terme d’ensauvagement est revenu sans cesse sur le devant de la scène politique. Le Ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’a ainsi employé à plusieurs reprises pour qualifier une certaine « banalisation de la violence ».

    Popularisé par le livre de Laurent Obertone, La France Orange mécanique, ce terme s’est progressivement intégré dans la rhétorique de l’extrême-droite. Il s’est, depuis, étendu à une sphère politique toujours plus importante, contaminant la droite radicale, puis la droite traditionnelle, trouvant même des points d’appui dans une certaine gauche ambiguë. Paradoxalement, il n’est pas né à l’extrême-droite. Ainsi, pour nous, le terme d’ensauvagement ne peut que renvoyer au discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire :

    Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […], au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (Extrait du Discours sur le colonialisme, Césaire, 1955).

    Mais dans l’esprit, et dans la bouche de ceux qui l’emploient, ce n’est pas ce processus de violence par lequel l’impérialisme et le colonialisme décivilisent les individus. C’est au contraire un implicite colonial et raciste, qui renvoie à une imagerie de hordes ravageant tout sur leur passage, de khanats de bandits. Cette rhétorique, qui oppose civilisation – et quelle civilisation des individus à la haute moralité, tel que Darmanin incarnent ! – et barbarie sert la soupe à la réaction la plus virulente. Cette croisade pour la civilisation, reprise par les ténors de la droite – qui essaient ainsi de justifier leur existence, mais qui influence aussi la « gauche », est inquiétante.

    Une société plus violente ?

    La société est-elle plus violente qu’avant ? Pas forcément. Les méthodes de calcul, qui oscillent au gré des objectifs politiques, tendent à montrer que si le sentiment d’insécurité augmente, les actes de délinquance, surtout violente, ne vont pas forcément croissant.1 En revanche, il est clair que la situation économique se dégradant depuis 2008, avec une accélération terrible depuis début 2020, joue sur l’état moral et la disposition à la colère. La violence économique, l’exclusion sociale, l’absence de perspectives jouent fortement sur les dispositions à l’émeute.

    En revanche, il y a un impératif, pour les organisations politiques réactionnaires ou réformistes, d’employer cette thématique d’actualité. Elle est un axe de bataille qui n’a pas besoin de résultats visibles, de réussites…elle est mobilisatrice, fédératrice, et se nourrit d’émotion et de chiffres creux.

    L’omniprésence de la violence passe également par les réseaux sociaux, qui sont tout autant de caisses de résonance. Ces réseaux font que certains actes qui ne trouvaient place que dans les journaux locaux, peuvent désormais prendre une immense ampleur. De plus, l’instantanéité du web fait que la distance temporelle est abolie. Nous pouvons avoir le sentiment que tout arrive en même temps de partout. Cette abolition du temps et de l’espace est, là encore, instrumentalisée à des fins politiques par les réactionnaires. Lorsque cela ne suffit pas, il est possible également d’abolir les faits, comme l’affaire Augustin, pour inventer un crime, ou de monter en épingle le tournage d’un clip de rap avec des armes factices, en le faisant passer pour réel.

    La délinquance : une manière de parler d’autre chose.

    « Le laxisme de la gauche. » cette ritournelle à nourri les campagnes de la droite et de l’extrême-droite depuis des années. L’exigence de la fermeté implacable, la rigueur sévère. Valérie Pécresse appelle ainsi à la tolérance zéro : « Une justice efficace, c’est une justice qui n’a pas la main qui tremble. C’est une justice qui sait sanctionner, rapidement et efficacement, là où ça emmerde vraiment les voyous. » Dommage que cela ne semble pas s’appliquer aux Fillon, aux Sarkozy et aux Balkany.

    La question de la délinquance est donc pratique. Mais là où l’ensauvagement apporte une dimension supplémentaire, supérieure, c’est dans la liaison systématique qui peut être faite entre celle-ci, l’immigration, l’islam, et, derrière cela, la race. Il en est de même pour racaille (bien que des combinaisons soient possible, telle que racaille colorée ou racaille immigrée.) ou pour barbare, qui sont des termes qui ne sont utilisés que et uniquement dans certaines circonstances. Elles visent en effet un public qui doit être perçu comme étant différent de la population française. Darmanin, prenant des airs surpris, s’est défendu d’amalgamer ces questions. La réputation du personnage, cynique et retors, nous fait douter quelque peu.

    Or, si les discours anti-migrants ont le vent en poupe, ceux qui parlent d’une incompatibilité civilisationnelle prennent de plus en plus d’espace et d’importance. Ils contribuent à créer des catégories nouvelles, comme ces Français de papiers dont parlait déjà Nadine Morano. En établissant des stratifications entre des « vrais français » et de « faux français », elle contribue à donner l’impression d’un ennemi intérieur. Or, si l’ennemi est désormais « français » mais incompatible civilisationnellement, il faut néanmoins l’extirper. Et là, Nadine Morano ne pipe mot, mais il est clair que son esprit dérive vers des solutions particulièrement brutales et définitives, pour ne pas employer d’autres termes.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    Mais que les fascistes et ceux qui sont sous leur influence soient dans cette logique, pourquoi pas. Le problème est quand, chez les progressistes et les révolutionnaires, le traitement des questions relatives à la délinquance, aux violences, aux incivilités, qui sont de vraies questions, trouve ses réponses dans de bien répugnantes places.

    Il faut être sincère. Dans une partie de la gauche révolutionnaire, il existe un certain angélisme quant à la délinquance. Cet angélisme se nourrit aussi de fantasmes d’exotisme, lesquels, eux aussi, plongent dans un inconscient raciste et essentialiste.

    Et être capable de voir, d’une part, les choses telles qu’elles sont réellement. C’est-à-dire être capable de discerner, dans les classes populaires, qu’une partie d’entre elle peut effectivement se livrer à des activités mafieuses, à des comportements prédateurs, à la délinquance.

    Mais une fois décrite cette réalité, faut-il encore en comprendre la raison, et comprendre ce qu’il faut en faire. Car il ne s’agit pas, comme l’écrivait Marx, de décrire, mais de transformer.

    Nous avons parlé, lors des événements de Dijon, du « comprendre ». De pourquoi ces caporégimes féodaux se forment dans les zones misérables. De ce que représente dans le fond, ces groupes et de pourquoi nous considérons que la lutte qui est menée contre eux est hypocrite et inefficace.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/communiques/dijon-resister-a-linjonction-de-condamner/

    Quant au comment, le PCF s’est exprimé en disant, « Trafic d’armes, trafic de drogues, trafic de personnes, reprenons le pouvoir dans toutes les rues de la République. » Cette phrase a été commentée largement. Elle est un bassin révélateur de premier ordre pour constater l’abandon de toute volonté de transformation de la société par ce Parti. Beaucoup l’ont reprise à leur compte, notamment ceux que nous nommerons par commodité les « communistes conservateurs ». Ceux-ci, derrière l’argument du réalisme, laissent, décomplexés, libre cours à leurs penchants réactionnaires. Tentés par une le fait de chasser sur les terres de l’extrême-droite, comme Kuzamnovic avant eux, ils pensent la drainer vers la gauche. En réalité, ils avalisent ses positions, les popularisent, les renforcent.

    A lire sur la question :

    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/

    Et le fait de croire que l’envoie de la police, de l’armée, d’escadrons de la mort pourrait permettre de restaurer « le pouvoir dans toutes les rues de la République » est au mieux idéaliste, au pire franchement réactionnaire.

    Notamment car, tels des hydres, ces formes d’économies se reconstituent spontanément, car elles sont la seule – ou en tout cas la meilleure – perspective économique pour toute une partie de la population, notamment les plus jeunes.

    Ensuite car, historiquement, la police, dont le travail est principalement de garantir l’ordre visible, à généralement négocié et trouvé des moyens termes avec les gangs les plus puissants. La Bac de Marseille Nord, le « super-flic » Michel Neyret à Lyon, ont tous été mouillé dans cette affaire gagnant-gagnant : un gang dominant assure la paix et le commerce, la mairie est heureuse et la police arrondit ses fins de mois. Les déchaînements de violence, à Marseille, ont été à la suite de la purge dans la police, qui a décapité le gang dominant.

    Car il faut savoir de quoi parlons-nous ? De la petite délinquance de survie, des petits boutiquiers mafieux, qui font leur business parce qu’il est leur perspective économique principale ? Ou de la grande délinquance, des véritables réseaux puissants et internationaux, lequel n’est pas coupé de l’économie formelle, mais, au contraire, en est une excroissance. Il n’existe pas de véritable séparation entre cette économie informelle et l’économie de surface. Les gangs les plus influents possèdent également des actifs légaux, et sont des notables importants. Ils ont un poids politique dans les élections, surtout locale (pensons à Serge Dassault, par exemple, qui distribuait des billets pour acheter les votes), ou jouent parfois aussi des rôles d’ampleur dans la politique et la géopolitique. La french connexion, ainsi, finançait la lutte anticommuniste autour de Gaston Deferre. Le gang des Lyonnais, quant à lui, finançait les réseaux gaullistes. Quant aux trafiquants d’êtres humains, l’affaire Epstein montre que les consommateurs finaux ne sont pas toujours dans de sombres quartiers mal famés.

    La violence et la délinquance sont intrinsèquement liées à l’exploitation et au parasitisme capitaliste.

    La bourgeoisie est la première à se livrer au banditisme détourné. Elle vole la plus-value des travailleurs, vol légal, institutionnalisé, encadré. Elle les vole une deuxième fois, par les impôts (que nous séparons bien sûr des cotisations sociales, bien que les deux soient devenus la même chose), lesquels servent à payer leurs geôliers, leurs bourreaux, mais également à fournir certains bourgeois en argent public. Elle les vole enfin une troisième fois en trichant systématiquement avec la loi. Tant que cela n’est pas liquidé, il existera des bandits. Le dénuement, l’absence de perspective, mais aussi l’envie de richesse, l’envie de trouver une place dans une société qui rejette, qui ostracise, explique l’attrait pour l’argent facile.

    Tant que la bourgeoisie et ses valeurs seront hégémoniques, il existera également des « barbares ». Barbares car ils prennent modèle sur les maîtres de l’économie, lesquels sont l’incarnation même du cynisme le plus éhonté. Ce terme barbare soulève d’ailleurs une question autrement plus fascinante que toutes les autres : celle de savoir qui est le barbare de qui. Revenons à Césaire et à son texte. Ce que Aimé Césaire analyse, c’est bien la manière dont l’occident à importé une barbarie d’un genre nouveau, scientifique, rationnel, économiquement viable. L’occident a montré, depuis le milieu du XIXe siècle, qu’il était tout à fait possible d’agir en barbare, tout en se peignant en civilisateur. En se proclamant référence universelle de la morale et de l’éthique, il s’est accordé le droit de juger des actions des autres.

    La France en est un bon exemple. Elle arrive à reprocher à Poutine de tenter d’occire un opposant, alors qu’elle se réserve le droit d’arbitrer, par les bombes s’il le faut, les élections en Afrique. Elle enseigne à ses élèves qu’elle est le pays des droits de l’homme et la démocratie la plus parfaite, tandis que ses dirigeants sont à genoux devant le capital et que sa république est considérée comme née d’un coup d’État militaire dans les historiographies étrangères.

    Elle est capable d’être à la fois le centre intellectuel (avec de grandes guillemets sur ce que ce terme signifie) de l’antitotalitarisme et de l’anticommunisme, tout en ayant encore des camps de concentration et des colonies.

    Pour les petits bourgeois, ces contradictions passent. Elles ne sont pas expérimentées dans la chair. Elles restent une abstraction. Mais quand la réalité des violences policières, du racisme, de l’exclusion sociale est un vécu quotidien, comment ne pas songer devenir barbare ?

    Un vrai parti révolutionnaire doit être capable de mener la lutte dans les quartiers. Pas contre celles et ceux qui y habitent, qui pour la plupart ne rêvent que d’un avenir meilleur, mais bien pour les mobiliser, les unir, les souder contre leur bourreau, contre leur exploiteur. Oui, les mafias jouent un rôle réactionnaire, mais elles ne se maintiennent que parce que l’espoir a été assassiné, et que personne n’a été capable d’en insuffler un nouveau. Croire que les quartiers ouvriers de Moscou, de Gori, de Shanghai étaient différents, que les problématiques étaient différentes à l’époque révolutionnaire, c’est acter le fait de renoncer à transformer la société. C’est se contenter de gérer la violence, par l’étau policier, et non de la détruire en sapant ses fondations sociales. C’est cette unité populaire qui anéantira les mafias et les trafics, non les razzias policières.

    1A voir dessus : https://www.youtube.com/watch?v=bMZ4YVrIY_s

  • La République fracturée.

    La République fracturée.

    Le 11 juin sera-t-il une date charnière ? Dans le journal Le Monde, le Président de la République a déclaré que “le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux”. Cette déclaration est illustrative d’un certain climat en France. Elle est inquiétante.

    Elle a d’ailleurs suscité des réactions indignées de la part des universitaires. Cela se comprend, en particulier quand on songe à la virulence des propos employés. La tonalité de l’article de Le Monde a également été au centre des réactions, tant les tournures de phrases appuyaient les propos présidentiels, les affirmant comme une vérité établie. Cette « ethnicisation des conflits » serait le fruit de la vénalité des universitaires, à la recherche d’un « bon filon ». Elle mènerait à ce que les universitaires se muent en apprentis-sorciers, jouant avec le feu et avec les ressentiments liés au passé colonial de la France. Leurs travaux et leurs publications nourriraient ainsi le communautarisme et la menace d’un conflit social-ethnique.

    Pourtant, en regardant objectivement les choses, le croisement des origines et des milieux sociaux possède une certaine réalité. Ou plutôt une réalité certaine. La stratification et la division du travail en fonction des origines est visible et constatable. Si la question sociale est primordiale, les deux entretiennent un rapport étroit. Ce rapport a été étudié tant à l’école1, dans le monde du travail2 ( Air France, Accor, Altran, Arkéma, Renault, Rexel et Sopra Steria – pour « présomption de discrimination à l’embauche »), mais également dans la vie de tous les jours3, particulièrement face à la police. Le scénario demeure le même : les « classes dangereuses » portent bien souvent le visage des colonisés. Et quand ce n’est pas le visage, c’est la culture populaire, formée par la fusion progressive de mots, d’usages, de références culturelles, qui est visible. Certes, certains et certaines peuvent sortir de cette situation, c’est un fait indéniable et constamment mis en avant pour essayer de démontrer que la « méritocratie républicaine » n’est pas morte. Mais il s’agit d’une poignée, d’une minorité, et qui n’échappe pas toujours aux stigmatisations.

    Dire, comme le fait Macron, que la césure dans la société est apportée par l’extérieur, revient à mentir. La République était déjà fracturée bien avant les migrations. Elle était fracturée en classes. Les discriminations raciales, issues du colonialisme, le racisme, les vexations, les mises en concurrences, se sont rajoutées. Sur-infectant la plaie, lui donnant un caractère explosif.

    L’erreur d’analyse n’est pas une trahison.

    Alors, certes, certains chercheurs ou certaines chercheuses ont alimenté des discours douteux. Le découpage en studies séparées et cloisonnées, venu d’Amérique du Nord, contribue en effet au développement d’une pensée qui tend à s’intéresser plus aux expressions des inégalités qu’a leurs causes. Elles tendend également à ne pas vouloir chercher d’issue et à se complaire dans le travers du langage performatif ou dans l’essentialisation. à écouter certains ou certaines de ses adeptes, il suffirait d’adopter les bons mots et les bons réflexes pour mettre fin à des discriminations paradoxalement reconnues comme systémiques. Cette conception des choses n’engage qu’à « respecter le statut de victime », mais ni a avoir une action affirmative pour lutter contre ce qui fait de ces individus « des victimes ».

    Ce n’est pas notre point de vue. Par contre, au-delà des différences de conception, nous savons faire la part des choses. Entre ceux et celles qui essaient de progresser et d’avancer, même avec parfois des faillites et ceux et celles qui, au nom de l’absence de solution parfaite et immédiate, refusent de prendre en compte quoi que ce soit. C’est pour cela que nous jugeons les attaques contre ces recherches comme révélatrices et dangereuses. En disqualifiant la parole des chercheurs et des chercheuses, autour d’une rhétorique anti-intellectuelle populiste, le pouvoir macronien laisse la place aux agitateurs réactionnaires.

    Un affrontement entre deux élites.

    Tandis que les élites intellectuelles sont marginalisées, les élites médiatiques, elles, reprennent en chœur les discours réactionnaires. Ils en sont les caisses de résonances. Ces élites méritent d’être désignées : ce sont ces élites, comme Onfray ou Zemmour. Elles ne doivent pas leur influence et leur statut à la qualité de leurs productions, mais bien uniquement et exclusivement à leur accès aux médias. Grâce à l’autopromotion, aux réseaux de copinage, il leur a été possible de créer une « bulle spéculative intellectuelle ». Mais, en réalité d’analyse intellectuelle, la pensée produite n’est qu’un contrefort à la réaction.

    Le discours présidentiel est dangereux car il alimente un fantasme d’une trahison des intellectuels, qui deviendraient des vecteurs de contamination et de chaos au sein de la société. Dans un sens, elle possède la plupart des caractéristiques d’une explications conspirationnistes de la société, dans laquelle l’harmonie d’origine aurait été réduite en cendre par l’action concertée et collective d’un groupe social déterminé.

    Cette approche paranoïde a tendance à nourrir l’hypothèse d’un ennemi intérieur, ce qui fait écho, par ailleurs, à la déclaration de Macron. Celle-ci revenait sur la guerre d’Algérie et sur les fractures coloniales. Les banlieues sont-elles vues comme des repaires de Fellaghas ? C’est probablement ce qui transparaît.

    En dernière instance, plus que la recherche, ce sont les réactionnaires qui ethnicisent les conflits sociaux et politiques en France. La fabrique de l’islamo-gauchisme, cet amalgame explosif, suit le même chemin que la fabrique du judéo-bolchevique. Un amalgame qui permet de créer des forces qui s’opposent à l’harmonie de la société, qui échappent au cadre de la Nation (ou de la civilisation) par leur essence. Cette grille de lecture marche si bien avec les discours de Zemmour ou de Morano qu’elle en devient effrayante. Elle amène également à Onfray.

    Nous en revenons à ce que nous avons écrit à son propos il y a quelques jours :

    Après avoir navigué quelque temps entre deux eaux, le mouvement de Michel Onfray, « Front Populaire », se dévoile progressivement. « Ni de droite, ni de gauche », bien au contraire. Une formule qui fleure bon le réchauffé. Elle amalgame une équipe de desperados, allant du social-fasciste Georges Kuzmanovic, (qui a fait l’objet de certains de nos articles) ; Le gaulliste-catholique Philippe De Villiers mais également le Docteur Raoult. Nul doute qu’il s’agisse d’un tremplin pour se positionner en vue des échéances électorales, et proposer un populisme de droite décomplexée.

    Dernièrement, Onfray a réagit aux violences policières. Non pour défendre les victimes de celles-ci, mais pour exiger un durcissement de l’attitude du gouvernement.

    Il se lâche : inventant  » des centaines de territoires perdus de la République« , avec des membres du gouvernement qui conduisent donc « une politique en faveur des seules minorités dans le plus total mépris de la majorité […] nous ne sommes plus en démocratie mais dans une oligarchie qui gouverne en fonction des intérêts d’une poignée de gens. Nous sommes en régime communautariste et racialiste qui a choisi pour ennemi le mâle blanc hétérosexuel. » Il va plus loin : « nous sommes dans un régime communautariste et racialiste anti-blanc, autrement dit un apartheid inversé.« 

    Pour la police, le misérabilisme pointe : « La plupart des policiers sont des prolétaires, exploités, sous-payés, mal considérés, exposés, pas soutenus par leur hiérarchie… » Or, en se référant à l’analyse marxiste, il oublie de dire ce que Marx disait : les policiers ne sont pas des prolétaires. Ils sont des détachements spéciaux de répression, coupés de la société, dressés à mordre.4

    Sur de sinistres rails.

    Onfray menace : « il n’y a que deux solutions : soit rien faire et laisser dire pour obtenir une prétendue paix sociale, alors que cette fausse paix prépare une vraie guerre civile […] Soit appréhender ces présumés coupables afin de les remettre à la justice pour que la loi soit dite, c’est la jurisprudence républicaine.  » Son choix est fait : « Le pouvoir sait que la police, idem avec l’armée, est loyale et ne retournera pas ses armes contre lui. Mais jusqu’à quand ? Le jour où cette guerre civile que fomente le pouvoir aura envahi les rues, on saura répondre à cette question. « 

    Une déclaration de guerre, tonitruante, raciste, appelant au pogrom : voilà le fond de cette déclaration. Onfray retourne la réalité comme une chaussette pour qu’elle colle à ses vues, à ses désirs. Il invente une France dominée, envahie de l’intérieur, menacée de l’extérieur. Une France dominée par un « régime macronien, l’État maastrichtien, l’ordre mondial américain« . Il serait possible d’y croire, mais au lieu d’une lutte des classes, il y voit un affrontement civilisationnel. Au lieu de libérer les masses populaires, il veut les écraser dans le sang. Surtout, niant ces phénomènes, il cherche l’ennemi extérieur et intérieur, avec ses ramifications.

    La question qui devient de plus en plus centrale, c’est sur la solution que propose Onfray et ceux qui partagent son point de vue. Si Macron accusent la conspiration intellectuelle de ruiner le pays, Onfray va beaucoup plus loin. Puisque celui-ci ne peut déboucher sur une « intégration » ou sur une « synthèse », puisque la distinction est trop importante. Contradiction antagonique dans la société, elle ne peut se résoudre que par l’anéantissement de l’un part l’autre. C’est là la finalité du discours d’Onfray et d’autres : l’idée d’une solution par le vide et par l’élimination de l’ennemi intérieur.

    Un avenir incertain.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution de la situation. Nous regardons également avec la même inquiétude la direction que prend une partie du mouvement communiste, lequel se démasque comme étant un communisme-conservateur rigide et culturellement réactionnaire. La décantation des contradictions sociales tend à s’accroître davantage, et les choix politiques prêtent de plus en plus à conséquence.

    Nous mettons très haut en avant la question de l’unité populaire. Elle ne peut pas faire l’impasse de la question du racisme. Non pas par loisir, ou pour l’amour de la polémique, non pas pour fragmenter le mouvement ouvrier et révolutionnaire. Mais bien pour qu’il puisse s’unifier sur la base d’une véritable alliance, sincère et solide.

    Nous pensons qu’il est plus que jamais important de montrer que nous n’aurons pas la moindre tolérance pour les positions de Zemmour, d’Onfray, de Morano ou d’autres. Nous appelons à la solidarité, à l’entraide, à l’unité contre ceux qui veulent fragmenter les classes populaires et faire voler en éclat l’unicité de leurs intérêts.

    1Durpaire, F., & Mabilon-Bonfils, B. (2016). Fatima moins bien notée que Marianne : L’islam et l’école de la République. Éditions de l’Aube.

    2https://www.20minutes.fr/societe/2713191-20200207-discriminations-embauche-sept-entreprises-epingles-testing

    3Jobard, F. (2009). Police, justice et discriminations raciales. In É. F. D. Fassin (Éd.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française (p. 211 229). La Découverte. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00556749

    4A lire, d’ailleurs, notre commentaire sur les positions de Lutte Ouvrière : https://unitecommuniste.com/france/proletaires-sous-l-uniforme/

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    Un génocide venu du ciel ?

    Ultime étape, la question des bombardements sur les populations civiles. Ils ont parfois été qualifiés de « génocide venu du ciel ». Ainsi, le militant trotskiste Jörg Friedrich publie, en 2002, Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel ciblait les bombardements Anglais et Américains sur l’Allemagne. Si l’auteur partait d’une analyse intéressante sur les buts et les moyens de cette guerre. Il allait jusqu’à mettre sur le même plan Alliés et nazis. Ainsi, il a décrit les raids comme une Shoah venue du ciel. Le choix des parallèles à d’ailleurs choqué les Allemands comme les Anglo-saxons. Les pilotes sont nommés Einsatzgruppen, les abris en feu des fours crématoires, les victimes gazées,les bibliothèques brûlées des autodafés de livres, tandis que l’auteur allait jusqu’à mettre en parallèle la déshumanisation des Allemands et la « déshumanisation des Juifs par les nazis ». Le fait que Friedrich ne rappelle pas que la guerre avait été commencée par l’invasion Allemande a eu tendance à faire écho aux « ils se valent » des militants trotskistes lambertistes en juin 1944.

    Mais si certaines expressions sont douteuses, le cœur du sujet mérite d’être abordé.

    Au regard des intentions de la part des anglo-américains, rien ne permet d’indiquer une volonté exterminatrice en tant que telle. Ni les Anglais, ni les Américains n’ont montré une volonté claire et définie de mettre fin à l’existence du peuple Allemand.

    Cependant, il est indéniable qu’un choix a été fait pour hausser considérablement le nombre de victimes civiles, en particulier chez les ouvriers et ouvrières. Il faut cependant être juste. Les raids de terreur sont récurrents dans les années 30. Les aviations françaises, anglaises, italiennes, vont s’en donner à cœur joie. Un homme s’est d’ailleurs illustré dans leur usage : l’anglais Arthur Travers « bomber » Harris. Nous y reviendrons. Mais le fait de franchir la ligne rouge, d’oser l’employer contre les Européens, revient aux Allemands. D’abord à Guernica, pendant la guerre civile espagnole, puis contre Varsovie et Rotterdam. C’est un casus belli qui permet de s’affranchir de limites morales.

    Du côté de l’oncle Sam.

    En Europe, les Américains ont misé, à l’origine, sur un illusoire « bombardement de précision » qui ciblait les usines militaires. Ces bombardements de précision n’ont pas eu le succès escompté, et ont causé de nombreuses victimes civiles. L’intention demeure louable. Il est par contre invraisemblable de faire ce qui est visible dans Memphis Belle, croire qu’un bombardier ne larguera pas ses bombes sur une usine, s’il pense qu’il peut tuer les enfants d’une école attenante. D’ailleurs, dans les faits, devant l’imprécision des raids, le carpet bombing a été mis en place : le bombardier maître de la formation vise, et tout le monde lâche ses bombes en même temps. Cette méthode est non seulement peu efficace, mais meurtrière pour les civils. En l’employant sur la France, notamment Rouen ou Boulogne-Billancourt, ces méthodes vont même réussir à gêner les anglais.

    Cette tendance au durcissement s’est accrue tout au long de la guerre. Ainsi, il a été ordonné, durant la dernière phase de la guerre, de faire mitrailler tout personne en zone de front par les chasseurs bombardiers. Chuck Yeager, l’homme qui franchit le mur du son, écrivait : « Des atrocités furent commises par les deux camps. […] Une zone de cinquante miles sur cinquante à l’intérieur de l’Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l’ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. […] Si quelqu’un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

    Dans le Pacifique, par contre, les bombardements ont été sur d’autres cibles. Il est certain que la distanciation raciale, en plus des conséquences de Pearl Harbor, jouent. Curtiss LeMay, qui s’occupait des opérations aériennes, a choisi de désigner les quartiers résidentiels en grande priorité plus que les usines. Les Américains se sont rendus comptes de la vulnérabilité immense des villes japonaises, souvent faites de bois. Les détruire était aisé.

    Les bombardements de Tokyo, qui ont fait plus de 130 000 morts, s’inscrivent dans cette logique de tuer le maximum de civils. Dans l’ensemble, la très grande majorité des agglomérations d’importance vont recevoir la visite nocturne des B-29. Dans les dernières phases de la guerre, la marine et les chasseurs bombardiers vont également être de la partie.

    L’usage de l’arme nucléaire est l’aboutissement ultime. Hiroshima et Nagasaki étaient des cibles sans grand intérêt. Le Japon est aux abois. Il a laissé entendre qu’il était prêt à négocier, en employant l’URSS comme intermédiaire. Dans les discussion, les diplomates sentent les Soviétiques indisposés. Ils ont prévu d’entrer en guerre le 15 août, à la demande des Alliés. Cependant, entre temps, l’annonce du succès du projet Manhattan rend cette intervention inutile à Truman, voire même gênante.

    L’anéantissement par le feu nucléaire à nourri un grand nombre de spéculation. Il permet d’économiser un débarquement coûteux. Il permet de donner un prétexte à l’Empereur pour capituler. Il est un avertissement à l’URSS. Il est aussi un moyen de gagner du temps et d’éviter d’avoir à faire des concessions plus tard. la pondération de ces raisons peut laisser une place à l’interprétation, leur conséquence, en revanche, est parfaitement connue. Plusieurs hauts gradés sont pour larguer la bombe sur le mont Fuji. Mais finalement, la « solution » retenue est de frapper les civils. Si Les 6 et 9 août 1945, deux villes sont réduites en poussière. Les Japonais eux-mêmes mettent plusieurs jours à comprends ce qu’il s’est passé. On ne peut pas ne pas parler du bien malchanceux Tsutomu Yamaguchi, en voyage d’affaire à Hiroshima le 6. Blessé. Mais rentré chez lui le lendemain…à Nagasaki. Il est la seule personne à avoir survécu à deux bombardements nucléaires.

    Cet emploi du feu nucléaire à d’ailleurs eu un effet paradoxal. Une grande partie de l’équipe de conception était formée de très grands génies de la science, mais qui n’étaient pas particulièrement des bellicistes. La vision de la dévastation les convaincu, dans leur quasi-intégralité, qu’il fallait à tour prix éviter qu’un seul pays possède le monopole de l’arme atomique. Un nombre important vont collaborer avec le NKVD pour transmettre à l’URSS les secrets de l’arme. Si Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés et exécutés, ils étaient des agents subalternes. Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, Niels Bohr… ont tous plus ou moins collaboré. 1

    Chez les anglais.

    Si les Américains ont fait un « deux poids, deux mesures » en fonction des cibles (et, probablement des ethnies aussi), les anglais se sont démarqués par leur constance. Harris, qui dirigeait le Bomber Command, avait porté immédiatement le choix vers des « bombardements de zone », visant la population. Son but était de briser le moral et le soutien au régime par la terreur, mais également explicitement d’anéantir la main-d’œuvre. Le choix des armes, avec des bombes favorisant les incendies bien plus que la destruction des machines-outils, ont illustré cela.

    Ce n’était pas dénué de raison. Les bombardiers anglais étaient de véritables camions à bombes. Ils n’avaient pas la « précision » de leurs homologues américains. Vulnérables, ils volaient de nuit. Mais les anglais ont démontré, avec le développement de la guerre électronique, qu’ils pouvaient être d’une précision redoutable sur des cibles précises. Les DH.98 Mosquito étaient capables de pouvoir frapper avec efficacité des lieux stratégiques. Cependant, malgré leur efficacité, le choix est demeuré axé sur les lourds bombardiers quadrimoteurs.

    Il existait un lobby des bombes, un lobby des bombardiers lourds… la Vickers-Armstrong company appuyait de tout son poids le maintien de cette politique. Elle avait également le soutien le plus total des politiciens, Churchill en tête.

    Ainsi, Hambourg, Cologne, ont connu les tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. (Coventry et Stalingrad aussi, en toute équité). Ces visites ont culminé avec Dresde. Dresde, en 1945, est une ville à proximité du front. Elle est remplie de réfugiés. Elle est un nœud ferroviaire et la 7e ville industrielle d’Allemagne. Elle subit raids après raids, USAAF et RAF se relayant nuit et jours. Cet acharnement et le très grand nombre de victimes (entre 30 000 et 140 000) ont soulevé un grand nombre de questions. Ville destinée à être occupée par l’URSS, est-elle alors jugée « à annihiler » ? Est-ce une démonstration de force ? Difficile à dire. Toujours est il que le sujet est pris en main par les néo-nazis et par les négationnistes. L’influence de David Irving, négationniste anglais, est particulièrement forte sur cette question. Un grand nombre de mythes sont issus de sa plume.

    Des morts justifiés ?

    600 000 Allemands et Allemandes sont mortes sous les bombes. Environ 350 000 Japonais et Japonaises. Aussi, à souligner, 60 000 Français et Françaises sous les bombardements Alliés. Ceux-ci perdent plus de 200 000 aviateurs dans ces raids. Ces morts ont ils permis d’écourter la guerre ?

    Ces bombardements ont bien moins nui à la capacité de production de l’Allemagne qu’annoncé initialement. La production d’avions et de chars atteint un sommet en fin 1944. De ce point de vue, c’est un échec en tant que moyen de mettre à genoux l’Allemagne. En termes d’efficacité pure, les raids sur les raffineries et le soutien tactique aux forces aux sols ont été bien plus efficaces, et moins meurtriers pour la population. L’opération Tidal wave, par exemple, qui a frappé les centres pétroliers de Ploesti, avait, dès août 1943, montré la très grande vulnérabilité de ces centres. Pourtant ils ne sont devenus prioritaires qu’en septembre 1944. En dépit de l’efficacité importante de ces raids, ils sont restés l’apanage de l’USAAF.

    Sur les villes ou sur les sites industriels, ils ont détourné, en revanche, un grand nombre de ressources et de main d’œuvre. Ils ont obligé à limiter la couverture aérienne à l’Est, tout comme à immobiliser plus de deux millions de personnes pour une défense antiaérienne incapable d’arrêter les vagues de bombardiers. On estime qu’il faut en 1942 4 057 obus par avion détruit. En 1944, il en faut 33 0002, ce qui fait que la DCA absorbe près d’un million d’obus par mois, soit 20 % de la production, et 30 % de tous les canons produits.

    Aspect essentiel, l’usure de la Luftwaffe. L’absence de tout sanctuaire pour le Reich usait les avions, obligeait à une consommation immense de carburant. Elle usait surtout les pilotes, lesquels n’avaient jamais de repos, et ne pouvaient non plus trouver le temps de former une génération capable de prendre le relève. Ainsi, lors du débarquement en Normandie, il est matériellement impossible à l’aviation Allemande de protéger à la fois l’Est, le Reich, et de frapper les plages du débarquement.

    Avant cette date, un point non négligeable : ils sont le moyen principal de pouvoir agir pour les alliés. Psychologiquement, cela a joué un rôle d’ampleur.

    Mais l’efficacité, même dans cette guerre atroce, remet-elle en cause le fait que ces raids aient pu être des crimes en soi ? Même lorsque ceux-ci ont pu être faits, pour citer le titre de l’ouvrage de Vassili Grossman Pour une juste cause ? La question n’en finit pas d’être débattue. Elle n’a probablement pas de réponse précise.

    Toujours est-il qu’ils tendent à montrer que la guerre ne se marie pas avec les conventions, avec la propreté. Elle pousse logiquement, comme tout phénomène d’entropie, à plus de brutalité et de violence.

    Rendre hommage.

    Nous avons voulu, dans ce texte, aborder la question de l’hommage d’une manière critique pour une raison fondamentale. Si nous replaçons la guerre impérialiste, la guerre raciste et la guerre coloniale dans une autre dimension, si nous la traitons comme le paroxysme de la folie, nous nous rendons vulnérables. Nous nous rendons vulnérables au fait de comprendre comment, depuis un monde qui n’est pas différent de celui d’aujourd’hui, des hommes et des femmes pas si différentes de nous, ont pu être pris dans un maelström de violence. Ni le nazisme, ni le fascisme, ni le militarisme ne sont des maladies d’autre temps et d’autres lieux. L’histoire n’est pas terminée et s’écrit toujours, toujours avec des lettres de sang.

    75 ans après, nous pensons qu’il est plus que jamais important de rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu, de quelque manière que ce soit, le nazisme, le fascisme et le militarisme. Il est d’autant plus important de le faire que les conditions pour une nouvelle crise meurtrière sont réunies.

    En dépit du « plus jamais ça », non seulement le nazisme, dans son fond, n’a pas été éradiqué, mais ses ramifications tentaculaires sont toujours actives. Tant qu’il existe l’impérialisme, le capitalisme, la réaction, il existera une place dans l’écosystème politique pour un nazisme-bis. Parce qu’il est un moyen éhonté pour les exploiteurs, pour les exploiteuses, pour perpétuer, défendre et étendre leur ordre. Il reste une arme de crise. Si nous remisons le nazisme, le fascisme, le militarisme au rang des accidents de l’histoire, si nous le plaçons dans une dimension intégralement distincte de la démocratie libérale, nous nous privons des moyens d’en déceler les prémices.

    La pandémie de COVID-19, qui nous prive des célébrations de ce 8/9 mai, nous montre que, contrairement aux thèses de Fukuyama et de la fin de l’histoire, nous sommes replongés dans la crise économique, sociale et politique d’une profondeur importante. Dans une crise qui prend des accents sinistres. A nouveau, les tensions crispent les États. L’hypothèse d’un affrontement entre la Chine et les USA, l’hypothèse d’un effondrement rapide de l’Europe. L’hypothèse de l’émergence de nouveaux régimes fascistes, racistes et prêts au pogroms.

    Dans les discours qui mentionnent l’islamo-gauchisme, ce sont les mêmes éléments fondamentaux que ceux qui ont donné naissance au judéo-bolchevisme. Ces discours de haine, ces discours de division doivent être combattus.

    C’est comme cela que nous rendons hommage aux victimes et aux combattants et combattantes de la Liberté. Au soldat mort en Normandie, à la partisane Yougoslave, au FTP-Main d’Oeuvre Immigrée, à la pilote de l’aviation soviétique, au combattant coréen qui libérait son pays, au Tommy tombé à Villers-Bocage, à la résistante Allemande qui a dit « non »…Mais aussi à ceux et celles qui ont, dans les champs, dans les trains, dans les usines, porté ces fronts.

    Et à ceux qui n’avaient rien demandé. Qui ont subit cette guerre. Qui, parce que né Juif, née Tzigane, se sont retrouvés un matin dans un train vers la nuit et le brouillard. Ceux et celles qui se sont trouvés dans le viseur Norden d’un bombardier. Ceux et celles qui ont reçu un V1 ou un V2. Ceux et celles qui ont été empoisonnés, torturés, violés par des soldats d’un pays qu’ils ou elles ne connaissaient pas.

    Rendons leur hommage en détruisant les causes de toutes les guerres.

    En luttant contre le capitalisme et l’impérialisme.

    En luttant contre le colonialisme et le néo-colonialisme.

    En luttant contre le fascisme et son influence dans les masses.

    En luttant pour la révolution socialiste et pour la paix.

    En menant jusqu’au bout la lutte des classes pour éradiquer l’exploitation et l’oppression.

    En faisant en sorte que demain ne soit pas avant-hier.

    1A lire à ce sujet, les mémoires de Soudoplatov, qui a géré ces réseaux.

    2Les obus de DCA Allemands ne possédaient pas de fusée de proximité qui leur permettaient d’être efficace en passant à proximité de la cible. A titre de comparaison, avec l’adoption de ce système et de calculateurs analogiques, la DCA alliée s’est montrée autrement plus redoutable.

  • Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

    Edit : Cet article se focalise non pas sur la question de l’homme qui s’en est pris à Zemmour, mais sur la question du soutien à ce dernier. Le fait que nous puissions comprendre les mécanismes qui conduisent à s’en prendre à Zemmour et à exprimer de la colère contre lui n’a pas valeur de soutien aux propos employés et à leur forme. Les injures sont bien souvent basées dur des éléments réactionnaires, ou reflétant également une culture de l’agression et du viol.

    Le 2 mai, dans Paris, Eric Zemmour a été reconnu dans la rue par un homme, lequel, tout en filmant, l’a suivi sur une dizaine de mètres en l’injuriant, avant de lui cracher dessus. La vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux au travers de Snapchat. Depuis, elle est devenue un sujet de débat, et un fer de lancer pour la droite la plus réactionnaire. Mais qu’en est il réellement ?

    En premier lieu, il faut cesser les simagrées. Cette agression reste du domaine verbal. De la part d’une frange qui accuse sans cesse ses contradicteurs de pleurnicherie, le fait que cet épiphénomène, que ce sont événement soit monté en épingle est quelque peu ironique. Cette violence est sans commune mesure avec celle subie sous les coups de la police, ou la violence quotidienne du harcèlement de rue fait aux femmes.

    Mais qu’on se rassure, Zemmour est bien entouré. Il a été couvert de baisers par son milieu social, gauche et droite confondue. Le Président de la République s’est même entretenu avec lui pendant 45 minutes. Le voilà choyé et dorloté par les siens, par ceux qui considèrent que son venin rentre dans le cadre de la démocratie.

    Cette menue affaire a cependant suscité des inquiétudes auprès de sa classe. Elle l’a inquiétée car elle rappelle que, au-delà des caméras, au-delà des réseaux sociaux, il existe une réalité pragmatique et concrète. Il existe des conséquences aux actes et aux propos. Même une personne aussi droitière que le Pape François 1er l’avait rappelé en disant « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing« .

    Zemmour face à Zemmour ?

    « L’homme qui crache sur Zemmour n’est autre qu’un autre Zemmour » a publié Claude Askolovitch. « C’est un triste spectacle de voir Éric Zemmour ainsi se rencontrer, devenu celui que l’on chasse et qui baisse la tête, lui qui d’habitude porte beau la vindicte et le mépris des autres. » Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvons pas faire de l’homme qui l’a interpelé un « Zemmour » lui-même. Cette équivalence omet un aspect fondamental : qui engendre qui ? Quelle violence engendre quelle violence.

    Nous ne sommes pas des fanatiques. Nous ne nous réjouissons jamais de la violence pour la violence. Mais nous ne pouvons mettre sur le même plan la violence de celui qui, depuis des décennies encaisse sans broncher et celle de son persécuteur.

    Or, il convient de rappeler un moment que Zemmour n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas une victime de violence gratuite. C’est une personne qui s’est fait un nom comme porte-parole de la haine raciale et homophobe en France, haine pour laquelle il a été condamné à plusieurs reprises. Dans le confort cossu de ses lieux d’interventions, il peut vomir cette haine sans cesse, la déversant vers ces auditeurs, influençant leurs idées et leurs conceptions.

    Si nous étions dans un monde idéal et égalitaire, il suffirait aux personnes qui subissent ces assauts constants de répondre par la même voie. Mais nous ne sommes pas dans ce monde, et ces personnes sont condamnées à subir l’influence grandissante des Zemmour ou des Morano. Elles le subissent comme une pluie battante, contre laquelle il n’existe ni protection, ni abri.

    Zemmour, un petit florilège de la haine :

    « Pourquoi on est contrôlé [par la police] 17 fois [par jour] ? Mais parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ; c’est comme ça, c’est un fait. »

    « Il y a des trafics dans ces quartiers, […] il y a de la polygamie aussi. Il y a beaucoup de délinquance, […] entre le trafic de drogue et la délinquance en col blanc, il y a une petite différence. »

    « Je pense que l’autonomie totale en matière sexuelle est un mythe, et le consentement mutuel est un mythe. »

    « Moi, je ne suis pas exactement un immigré, moi, je suis un peu comme un Martiniquais ou un Alsacien, c’est-à-dire que c’est la France qui est venue chez moi et qui m’a conquis et je la bénis, moi, de m’avoir colonisé. »

    « Je pense que les religions monothéistes sont très sévères avec l’homosexualité parce qu’à l’époque il y avait très peu de monde sur la Terre. Et je pense que d’ailleurs, c’est une de, comme ça, de mes idées, que la tolérance moderne, entre guillemets, pour l’homosexualité vient de la surpopulation actuelle. »

    Certains de ces exemples ont valu à Eric Zemmour une condamnation. Voilà le portrait du personnage. Grossiers montages, amalgames, absences de statistiques, mise en exergue des arguments raciaux sur le contexte social… Zemmour est une machine à haine. Il est bien plus que simplement le représentant d’une frange réactionnaire-radicale de la bourgeoisie. Il en est devenu le porte-parole, le symbole. Il fait partie de ces individus qui travaillent d’arrache-pied à constituer un amalgame empoisonné : le mythe islamo-gauchiste, revival du judéo-bolchevisme.

    En embuscade, certains fourbissent aussi leurs armes. Ils sont prêt à partir en campagne. La droite et l’extrême-droite ont été d’une inutilité totale durant le confinement. Et pour cause : la saturation des hôpitaux était la conséquence finale de l’application de leurs programmes. La solidarité leur est étrangère, sauf quand elle sert à ratisser des voix ou a stigmatiser d’autres. Leur programme politique est au point mort. Il faut donc des faits divers pour nourrir la machine à haïr. Lorsqu’ils réclament la « liberté d’expression », il faut comprendre qu’ils réclament l’impunité pour déverser leur poison haineux. Cette liberté d’expression est hypocrite.

    Dans le climat actuel, nous ne pouvons que regarder avec inquiétude l’infiltration raciste et l’agitation réactionnaire. Dans les périodes de crise et d’incertitude, nous ne savons que trop bien quelles sont les perspectives des fascistes, sûrs du soutien d’une bourgeoisie qui rêve de faire marcher au pas les travailleurs et les travailleuses.

    L’inquiétude nourrie par l’omniprésence des thèses conspirationnistes, les campagnes antisémites et les campagnes racistes anti-noirs et anti-arabes, camouflées derrière la « critique de l’Islam » servent les mêmes groupes.

    Briser les rhétoriques fascistes:

    Nous pensons qu’il faut combattre pied-à-pied ces thèses. Qu’il faut lutter contre la recherche d’un bouc-émissaire racial ou religieux. Que la parole des Zemmour n’a pas droit de cité, que son racisme fait de lui non seulement un délinquant, mais aussi un individu qui apporte une caution morale aux attentats racistes et xénophobes, comme la tuerie de Christchurch ou celle de Hanau.

    Que Zemmour, maintenant ait peur, dans la rue, de subir des conséquences de ces propos, cela ne peut pas ne pas être une forme de rétribution.

    Pas de soutien aux apprentis sorciers de la haine !

  • Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Résolution de l’ICOR sur l’Inde :

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde

    Soutenez le mouvement anti-CAA/NPR/NRC en cours en Inde Shaheen Baghs

    Le parti fasciste Bharatiya Janatha (BJP) dirigé par le président de l’Inde, Modi, le front politique du RSS fasciste (Rashtriya Swayamsevak Sangh ou « Force volontaire nationaliste ») ont accéléré leurs efforts pour saper les droits actuels de citoyenneté. Ces droits ont été fixés dans la loi sur la citoyenneté de 1955, qui garantit la citoyenneté à tous les résidents et résidentes ainsi que le droit du sol à celles et ceux qui sont nés dans le pays. Au nom de l’aide aux réfugiés du Pakistan, de l’Afghanistan et du Bangladesh, lesquels se sont réfugiés en raison de la discrimination religieuse, la “Loi d’amendement de la citoyenneté” (Citizenship amendement act) a été adoptée par le Parlement le 12 décembre 2019. Elle donne la citoyenneté à tous les réfugiés en provenance de ces pays qui sont entrés en Inde jusqu’en 2015, à l’exception des musulmans. Ceci constitue une violation des principes laïques de la Constitution indienne.

    Selon un amendement antérieur à la “loi de 1955 sur la citoyenneté”, adopté lors du précédent gouvernement BJP de 1999 à 2004, le gouvernement Modi a émis l’ordre de préparer un Registre national de la population (National Population Register). Celui-ci doit être mis en place entre le 1er avril au 30 septembre 2020, ainsi qu’un nouveau Registre national de la citoyenneté (National Register of Citizenship) sur la base de la Loi CAA. 

    Dans le cadre de l’enquête du NPR, tous les citoyens sont tenus de donner leurs coordonnées ainsi que celles de leurs parents, y compris les documents relatifs aux terres/maisons dont ils sont propriétaires. Ceux qui ne possèdent pas de tels papiers seront alors appelés « citoyens douteux » (DC – Doubtful Citizens). Non seulement la majorité des musulmans, mais aussi les scheduled castes (Dalits) et les scheduled tribes (Adivasis) ainsi que d’autres groupes défavorisés sont sans terre et sans logement, analphabètes. En outre, ils se déplacent fréquemment vers de nouveaux domaines de travail. Ils disposent généralement de très peu de documents. La plupart d’entre eux ne sont pas acceptés. Les passeports, les cartes d’électeur, etc. ont été jugés insuffisants pour fournir la preuve de citoyenneté. On estime que 200 millions de personnes pourraient devenir des « citoyens douteux » (DC) lorsque le NPR sera réalisé. Ils disposeront de trois mois pour prouver leur citoyenneté devant les tribunaux pour étrangers. En cela, presque tous échoueront, comme cela s’est produit récemment en Assam, où un NRC a été préparé.

    Ensuite, la CAA veillera à ce que les musulmans notés comme « citoyens douteux » (DC) perdent leur citoyenneté. Les autres, les hindous, les sikhs, les jaïns, les bouddhistes, les parsis et les chrétiens, peuvent obtenir la citoyenneté sur la base de la CAA. Mais ils ne peuvent l’obtenir si, et seulement si, ils prouvent qu’ils et elles ont émigré du Pakistan, de l’Afghanistan ou du Bangladesh en raison de persécutions religieuses. 99 % d’entre eux ne peuvent pas le prouver.

    Ainsi, dans cette première phase du nettoyage ethnique communautaire, près de 200 millions de personnes, dont la moitié des musulmans, deviendront apatrides. Ils seront jetés dans des camps de détention en cours de construction partout en Inde. Ceci est en accord avec le rêve du parti fasciste RSS de construire l’Inde comme un « Rashtra (nation) hindou ». Voilà la teneur du programme politique de Modi. 

    Conscients de ce danger, peu après la promulgation de la CAA, les étudiants et étudiantes se sont révoltés dans de nombreuses universités. L’Etat a tout fait pour donner une image religieuse à cette révolte. Ainsi, les étudiants des universités dirigées par des musulmans comme l’Université Jamia Millia islamia de Delhi et l’AMU à Aligarh, dans l’État fédéral d’Uttar Pradesh, ont été brutalement attaqués par les forces de police. Les forces de police sont noyautées par des agents endoctrinées par l’idéologie du RSS. 

    Bientôt, les étudiants et étudiantes de presque toutes les universités et autres institutions du pays entier se sont révoltés. Les Dalits et les Adivasis ont commencé à sortir dans la rue. Toutes les forces démocratiques laïques et de nombreux partis non-BJP les ont rejoint, élargissant le mouvement. 

    Les femmes de Shaheen Bagh, à Delhi, ont lancé un sit-in massif, pacifique et indéfini à partir du 17 décembre. Elles revendiquent, elles aussi, l’abolition du triptyque CAA/NPR/NRC. Ce sit-in est rapidement devenu un symbole de résistance, et des mouvements similaires ont éclos dans toutes l’Inde.

    Le mouvement populaire pacifique avait commencé à s’étendre. Il a fait perdre au BJP les élections aux assemblées des États du Jharkhand et de Delhi, dans lesquels Modi faisait campagne sur la base de la CAA et de majorités Hindutva. Des bandits du RSS, lourdement armés, appuyés sur des lumpen prolétaires, ont organisé un pogrom dans le nord-est de la capitale, Delhi. La police et l’administration sont restées des spectatrices muettes lorsque les musulmans et les musulmanes ont été attaqués. Les agresseurs et agresseuses ont torturé et tué beaucoup, ils ont attaqué les femmes, détruit des milliers de maisons et de magasins, brûlé ou pillé leurs biens, forçant des milliers de personnes à fuir vers des camps de secours.

    Même après une semaine, le gouvernement central, les gouvernements des États fédéraux et le pouvoir judiciaire et la police n’ont pas montré une préoccupation quelconque à les aider. Le gouvernement Modi tente de cibler les musulmans et de créer une atmosphère de terreur d’État et de peur pour réprimer la résistance du peuple et imposer les CAA/NPR/NRC à tout prix. Le CPI(ML) Red Star ainsi que de nombreuses autres forces activement impliquées dans le mouvement mobilisent les masses pour boycotter le NPR. Si le NPR n’est pas entravé, une tragédie humanitaire d’une ampleur colossale peut arriver sous le régime guidé par le RSS fasciste. 

    La diaspora indienne dans le monde entier s’est déjà prononcée contre ce nettoyage ethnique communautaire sous le prétexte des NPR/NRC. De nombreux gouvernements et des forces démocratiques dans le monde ont exprimé leur inquiétude. Le commissaire des Droits de l’homme des Nations unies tente d’intervenir dans l’audience de la Cour suprême sur cette question. Mais le gouvernement Modi tente avec arrogance de détourner l’attention de l’opinion publique internationale en prétendant qu’il s’agit d’une question interne à l’Inde !

    Dans cette grave situation, l’ICOR condamne fermement ce nettoyage ethnique communautaire à grande échelle par le gouvernement Modi. Nettoyage qui a conduit à ce que des dizaines de millions de personnes, des minorités religieuses, (principalement des musulmans et des musulmanes) ainsi que des personnes opprimées soient privées de leur citoyenneté.  Leur destin est d’être concentrés dans des camps de détention. L’ICOR soutient la résistance populaire actuelle contre cette situation et appelle toutes ses organisations membres à apporter leur soutien au peuple indien en ce moment critique.

    Plus que jamais l’appel commun de l’ILPS et de l’ICOR à construire un «Front uni international anti-fasciste et anti-impérialiste» s’avère une nécessité. Les forces communistes, anti-fascistes et démocratiques doivent faire face au développement à droite de nombreux gouvernements en cette période de crise profonde du monde capitaliste. 

    Prolétaires et peuples opprimés, unissons nous!

    Signataires (en date du 18/3/2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    3. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    4. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    5. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    6. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    7. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    8. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    9. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    10. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    11. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    12. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    13. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    14. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    15. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    16. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    19. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    22. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    25. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Macron et l’immigration : une diversion.

    Macron et l’immigration : une diversion.

    Emmanuel Macron, dans son discours de mi-mandat, s’est exprimé sur un certain nombre de sujets. Il a désigné ses cibles. Le champ de bataille de l’automne sera donc la question des retraites, qui sont en passe d’être remplacées par un système extrêmement désavantageux. Cette offensive grand style illustre la précipitation avec laquelle les donneurs d’ordre de Macron veulent frapper. Plus d’une année de luttes constantes n’ont pas permis d’infléchir sa politique, nul doute qu’il ira jusqu’au bout là aussi.

    Si les Gilets Jaunes comme les mobilisations syndicales n’ont pas fait ployer le gouvernement, en revanche, elles ont désolidarisé la plus grande partie de la population de celui-ci, ainsi que des gardiens de l’ordre bourgeois.

    Macron a joué une partie de son mandat sur un discours d’une prétendue unité nationale, rassembleuses, pour se mettre en opposition avec le FN/RN, mais également car cela correspond à ses vues quasi-royalistes.

    Cependant, ce dont il a besoin à l’heure actuelle, c’est de diviser les exploités, de tenter de vampiriser une partie de l’électorat d’extrême-droite, à la fois pour neutraliser les oppositions, mais également pour tenter de ne pas tout perdre aux élections municipales. Il s’agit donc de la raison principale, fondamentale, du fait que l’immigration tombe du ciel, soudainement.

    Macron a donc indiqué qu’il fallait « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur ». Dans ces défis se trouve celui de l’immigration et des réfugiés. Il a fustigé « l’humanisme » qui se mue en « laxisme » et a montré les muscles contre l’arrivée de réfugiés. Plusieurs annonces ont été faites pour indiquer que la France allait réduire ses aides et ses dispositifs d’accueils, qui, de plus « coûtent trop cher ». Ainsi il a été évoqué l’idée de réduire l’AME (Aide Médicale d’Etat)

    L’idée de supprimer ou de restreindre l’AME pour « rendre la France moins attractive » est un de ces non-sens terribles dont les démagogues sont coutumiers. Des individus qui seraient motivés à risquer leurs vies pour un accès aux soins sont rarement des personnes uniquement en quête de confort. De plus, l’AME n’est pas qu’un service rendu à des immigrés rapaces et avides, mais elle est également une mesure de sécurité pour l’ensemble de la population. L’accès aux soins pour tous, sans la moindre distinction revient moins cher, in fine, que le risque de voir des épidémies se développer chez des populations fragiles et, de plus, difficile à suivre. En dernière instance, l’argument est douteux.

    Les 17 000 morts enregistrées en Méditerranée entre 2014 et 2018 ne sont pas liées à un simple désir de soins médicaux abordables. Ces départs sont le fait de conséquences plus profondes.

    Des lois aux conséquences racistes.

    Nous ne pensons pas que Macron soit raciste. Cependant, il réfléchit en tacticien, et se dit qu’il s’agit d’un créneau comme un autre, sur lequel, à peu de frais, il pourrait gagner du terrain. Par ailleurs, plusieurs cas d’interventions particulièrement défavorables aux migrants et migrantes ne sont, pourtant, pas prises par des personnalités d’extrême-droite. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique. L’université est cataloguée « de gauche », tout comme sa présidente Nathalie Dompnier. Elle a pourtant fait usage de la répression et livré à la police les migrants et les migrantes qui espéraient, avec l’aide du milieu militant lyonnais, y trouver refuge.

    Les lois qui sont éditées contre les migrants et les migrantes tout comme l’activité de certains et certaines qui aggravent leur situation ne sont pas sui generi des lois racistes. Ce n’est pas une conspiration néo-nazie secrète qui opère pour imposer un Apartheid racial. En revanche, de facto, elle a des conséquences raciste du fait de la provenance des flux migratoires qui sont dans le collimateur de ces lois.

    De même elles sont construites aussi pour satisfaire un électoral imprégné par les idées réactionnaires et racistes. De ce point de vue là, LREM ou LR n’ont d’ailleurs pas le monopole de la crasse veulerie. Le PS, lorgnant sur le pouvoir, a surfé dessus. Certaines fractions de LFI, notamment celles qui ont été éjectées, telle Kuzmanovic, ou qui ont trahi, tel Kotarac, ne l’ont pas fait que idéologiquement : il s’agissait avant tout d’une tactique électoraliste d’apprenti-sorcier fasciste. En Allemagne, Aufstehen ! a, aussi, tenté cette démarche. Or, elle ne marche pas. Elle adoube simplement le discours raciste.

    Ceux qui appliquent ces lois se retranchent aussi, et c’est le cas de la direction de Lyon 2, derrière l’idée du moindre mal, typique des sociaux-démocrates. Ils se voient comme des boucliers, devant faire des concessions, accepter certaines contraintes pour sauvegarder l’essentiel. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique : ce sont, pour la plupart, des personnes sincèrementde gauche, progressistes, mais qui doivent, par leur fonction, appliquer la politique du gouvernement. En dernière instance, c’est le réformisme et la congestion qui est disqualifiée dans l’ensemble. Elle ne peut mener, indépendamment de la bonne foi des individus qui la pratiquent, qu’a la défaite.

    Macron a déclaré : « la gauche a abandonné le sujet pendant des années »« Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » La méthode n’a rien de neuf. Elle consiste à séparer et fragmenter les classes populaires. Les « bourgeois », vus comme des intellectuels pétris d’idéalisme et de bons sentiments (un comble!) sont disqualifiés pour donner leur avis sur la question. Derrière ce terme de bourgeois, en réalité, il s’agit de tous ceux et celles qui pourraient avoir un accès aux médias et aux moyens de publications et qui pourraient contester le positionnement du gouvernement.

    Il ne faut donc que s’intéresser à ceux qui « subissent l’immigration » parce qu’ils « la croisent ». Surtout, il ne faut s’intéresser qu’à ceux qui ne peuvent donner leur avis, ou dont on sélectionnera soigneusement les propos pour qu’ils confirment que le gouvernement va dans le bon sens.

    Dans la réalité, non seulement les classes populaires sont un creuset d’intégration nettement plus performant que la culture normative des élites, mais l’antagonisme n’est pas constatable. Dans les faits, dans la réalité concrète, au sein des usines les distinctions entre origines s’effacent dans le labeur commun. L’intégration dans la classe ouvrière ou dans le prolétariat de France fait que cette séparation est abstraite : écrire « Les classes populaires vivent avec. » revient à oublier qu’une partie des classes populaires de France est constituée par ces migrants et ces réfugiés, à partir du moment où l’État a cessé de s’acharner contre eux et elles. Le vote RN ou réactionnaire confirme d’ailleurs ceci : ce n’est pas dans les régions où les migrants et les migrantes sont les plus nombreux que celui-ci est le plus fort, mais dans les régions où l’économie est déjà en berne, non du fait de la présence de migrants et de migrantes, mais des choix d’investissement capitalistes.

    Pas de concurrence entre travailleurs de France ou d’ailleurs.

    Or, les migrants et les prolétaires ne sont pas en concurrence, contrairement à ce que clament les fascistes. Dans 95 % des cas, ces personnes étaient déjà incluses dans la sphère économique de France avant d’arriver sur le territoire métropolitain. Il s’agit plus de déplacement de main d’œuvre entre les diverses régions que de réelle arrivée nettes. Et, si des personnes en situation irrégulière sont employés avec des salaires de misère par des embaucheurs français, – publics ou privés ! – c’est, d’une part par la rapacité et la cupidité des employeurs et employeuses, de l’autre par la situation de clandestinité qui leur est imposée.

    Ces irrégularités seraient d’autant plus aisées à résoudre avec la régularisation massive des arrivants, plutôt que leur traque sans pitié, mais également par la mise en place d’un plus grand nombre d’inspecteurs et d’inspectrices du travail. En poussant le trait plus loin et en se faisant les avocats des patrons et des patronnes, il est par ailleurs faux de croire que l’arrivée de réfugiés impacte négativement l’économie. Elle génère de la croissance supplémentaire, comme le cas de la Suède l’a démontré. Les arguments économiques sont nuls et non avenus, et ne font que démasquer leurs auteurs pour ce qu’ils sont : des menteurs et des menteuses. L’immigration est un argument démagogique, rien de plus.

    Du reste les mécaniques de l’immigration sont connues. Mais elles ne sont pas crapuleuses et veules, elles ne sont pas non plus le fruit d’un désir d’invasion, comme le prétendent certains agitateurs d’extrême-droite. Elles ne sont pas non plus liées au « sous-développement » comme le clament les humanitaires.

    Charles Bettelheim avait raison de récuser de terme de « sous-développement » des pays de départ. Ils ne sont pas « moins développés » que les pays « avancés », ils sont exploités. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas acquis les caractéristiques de développement des pays « avancés », c’est uniquement qu’ils sont utilisés sans vergogne dans la division internationale du travail, comme un réservoir de main d’œuvre et de matière première. Ils ne pourront donc jamais acquérir les caractéristiques du « développement » sans se libérer du joug de leurs exploiteurs. Ces pays ne sont donc pas « moins avancés » mais sont maintenu dans une situation de misère et de surexploitation, notamment par la France, dans le but de pouvoir extorquer des superprofits. Ce maintien économique dans la misère se double de son pendant politique : maintenir la corruption, la soumission et l’écrasement des masses populaires (et de la bourgeoisie nationale) de ces pays. C’est là que se trouvent les raisons fondamentales de la migration, du départ, souvent déchirant et toujours dangereux. Les guerres et les catastrophes sont une conséquence de cet état d’assujettissement.

    Dans le fond, les fascistes voudraient conserver l’un, l’exploitation, l’asservissement des peuples, mais « simplement » en faire des prisons à ciel ouvert, ou des charniers maritimes. Ils sont contents des superprofits qui permettent à la grande bourgeoisie de France impérialiste de se gaver. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont régulièrement employés comme barbouzes pour ses basses œuvres, ou qu’ils négocient les contrats avec Daesh : ils incarnent le courant impérialiste le plus dénué de scrupule.

    Leur argument, finalement, est que l’apport extorqué par la violence et la brutalité, est ce qui permet de pouvoir faire de notre pays un pays riche. L’argument est donc de considérer que ces richesses profitent à l’ensemble de la Nation et qu’elle permet à celle-ci de s’assurer sa place au soleil. Cela n’est pas leur apanage exclusif. Dans le fond, les sociaux-chauvins pensent la même chose. Telle Sparte « égalitaire » régnant sur ses esclaves, ils peuvent aller jusqu’a penser, au fond d’eux, que l’impérialisme est nécessaire au fait de pouvoir conserver et faire grandir des droits sociaux. Quelque part, tout au fond, ils songent à un front uni entre l’impérialisme et le prolétariat français pour maintenir les superprofits. C’est là la base de l’aristocratie ouvrière, corrompue par l’impérialisme.

    Mais la réalité est toute autre. L’impérialisme et le système d’exploitation néo-colonial, loin d’enrichir, même en métropole, au contraire appauvrit tout le monde, à l’exception d’une poignée de parasites.

    Les superprofits sont captés par cette couche de la grande bourgeoisie monopoliste et ne bénéficient principalement qu’à eux. Il en résulte une économie de rente, qui ne contribue pas à développer ni les pays dominés, ni même la métropole. Les rendements ne seraient pas aussi bons pour les investisseurs ! Certes, une pluie de petite miettes retombent, celles sur lesquelles comptent les fascistes et les chauvins. Mais ces petites miettes sont minuscules, misérables en regard de l’océan qui est vampirisé par ce système économique parasitaire. Cela se voit dans le décalage du niveau de vie entre la bourgeoisie et le prolétariat métropolitain. Entre les super-exploiteurs, les exploités, et les super-exploités en colonie.

    En réalité, la chute de l’impérialisme français et du système capitaliste français n’appauvrirait pas, à terme, le prolétariat de France. Au contraire, elle lèverait les entraves sur le développement d’une économie qui rejette le parasitisme et qui est mise au service de la grande bourgeoisie monopoliste. Dans les régions néocoloniales, les effets, là aussi, seraient fantastiques.

    Les nouvelles relations qui pourraient naître entre une France socialiste (ou quelle que soit la forme que cette structure prendrait) et ses anciennes régions dominées, basées sur le principe de l’échange réciproque et équitable, permettrait tant le développement réel de l’un que de l’autre, pour le bénéfice réciproque.

    Non seulement il n’existe pas de contradiction antagonique entre les intérêts des migrants, des migrantes, et du prolétariat de France, mais il existe une communauté d’intérêts : lutter contre le premier bourreau des uns et des autres, la grande bourgeoisie monopoliste de France. Ce combat ne peut être mené que si les uns et les autres partagent les mêmes organisations de lutte, syndicales, politiques, mais également un programme politique commun. C’est une des tâches que l’ICOR s’est fixé et permet de résoudre : permettre le travail conjoint, dans un cadre unique, tant du prolétariat des pays impérialistes que celui des pays dominés par l’impérialisme. C’est là une tâche immense, mais incontournable, pour permettre de lutter contre le chauvinisme, mais également de développer une stratégie commune contre un ennemi commun.