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  • 100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    Aujourd’hui

    Aujourd’hui, il peine à pouvoir se dégager de cette situation. L’opposition interne existe, mais elle se heurte à un problème fondamental : la structure en tant que telle est devenue un frein à la rénovation du PCF. Un cercle vicieux s’est installé : quand le PCF perds, les « politiques » ont une plus grande voix au chapitre, ce qui fait que le PCF prend de meilleures positions, ce qui renforce l’emprise des élus, ce qui place en minorité l’opposition politique, ce qui réduit les scores… et le cycle recommence sans cesse, alors que la machine s’affaiblit graduellement. La véritable solution serait une déchirante remise en question de rapport du PCF à ses bastions, à ses élus, à ce qui en fait un Parti établi et intégré. Un parti dans lequel les conceptions comme l’eurocommunisme on fait leur nid.

    En somme, il lui faudrait traverser un terrible désert pour renaître à nouveau, plus grand et plus fort. Mais cette Anabase1 est difficile à avaler pour tout militant ou toute militante. Elle reviendrait à jouer la carte liquidatrice… une carte bien amère.

    Qu’en conclure ?

    Pour formuler une analyse rapide de la trajectoire du PCF celle-ci est un drame en trois actes, à l’image des tragédies grecques. Après l’acte de la construction, des expérimentations politiques, des tentatives de s’imposer comme une force politique, est venu l’acte de la guerre. Bref, brutal, mais marquant. Couvrant le PC des lauriers de la gloire. Mais il s’ensuit un troisième acte, celui de l’intégration dans la démocratie bourgeoise, du remplacement de la figure du militant par celle de l’élu, de l’institutionnalisation du Parti. Un parti qui, dès lors, n’as plus eu de cesse que de s’étioler, de se faner.

    Nous avions écrit, dans notre ouvrage En finir avec le mythe du PCF2 que ce qui fait la force du PC, aujourd’hui encore, c’est son passé, plus, bien plus, que son avenir. Mais ce passé, ces ors, à qui appartiennent-ils réellement ? Sont-ils un crédit mort, lié organiquement à un Parti qui ne les fait plus vivre ? Sont-ils au contraire un héritage vivant, réel, que chaque militant et militante, chaque groupe, chaque organisation qui se revendique de la révolution prolétarienne mondiale, peut revendiquer comme sien?

    Nous affirmons que, sans en revendiquer nullement l’exclusivité, nous portons une partie de cet héritage. La mosaïque de groupes communistes qui existent aujourd’hui sont tous, même à leur corps défendant, des héritiers d’une histoire, d’une expérience.

    Aujourd’hui, que faire ?

    Nous sommes toutes et tous les orphelins du PCF.

    Nous pensons que la question de l’organisation politique, du Parti, est une question vitale, centrale, que chaque communiste doit avoir à l’esprit.

    Le PCF est de plus en plus concurrencé, notamment par des mouvements plus libres de leurs actes, tels que LFI. Il peine aujourd’hui a se démarquer et à justifier son existence, en dépit des qualités individuelles de ses membres. Dans le paysage politique français, il est transparent, translucide, et ne parvient pas à se trouver une place. Il y a d’une part une certaine forme de censure par omission, les médias ne l’invitant pas, mais il y a également une incapacité à pouvoir générer un engouement. Replié sur lui

    La lutte de ligne que le PCF a connu se retrouve aussi, à l’échelle microscopique, dans l’hostilité entre les sectes qui prétendent chacune avoir découvert la vérité ultime, et qui considèrent toute déviation vis-à-vis de celle-ci comme une hérésie qu’il faut éliminer par tous les moyens. Qui refusent d’acter l’existence d’autres organisations politiques proches, en faisant des non-êtres, des non-organisation, des non-acteurs de la construction du parti.

    Ce sectarisme féodal, ces seigneuries, occupent le même rôle que les bureaucraties stériles : elles forment des fiefs qu’il faut défendre, même au prix de l’objectif final. Chacun, conscient des efforts immenses consentis pour se recréer un corpus théorique, idéologique, une physionomie politique, ne veut les diluer, les perdre, dans un rapprochement, une fusion.

    Lénine avait fait sienne l’adage de Napoléon « on s’engage…et on voit ». Cette volonté d’être en avant, de chercher l’opportunité tactique, de prendre des risques, de prendre des initiatives. Lénine l’a employé avec maestria dans la conduite de la politique d’unité. Les fragments de parti qui existent sont tout autant des forces que des faiblesses. Elles sont des forces dans le sens où elles ont donné une approche originale, novatrice, dépoussiérée de nombreuses questions. Hostiles les unes aux autres, elles entretiennent donc une émulation involontaire, dans laquelle chacun doit rivaliser avec les autres pour proposer un contenu d’une meilleure qualité que celui des autres. Pour avoir une meilleure communication, pour être plus inventif ou attractif.

    Mais les réponses complètes, finales, aux questions qui se posent (la synthèse de l’expérience du mouvement ouvrier, la synthèse de l’expérience révolutionnaire, une compréhension profonde de la théorie) ne peuvent être réalisées dans le féodalisme sectaire. La route vers le Parti, la route vers la fin de notre situation d’orphelins, ne peut être défrichée qu’au travers d’un bond qualitatif. Et ce bond qualitatif demande une accumulation quantitative.

    Savoir regarder dans le temps long.

    Une erreur terrible serait de prendre l’histoire du triptyque SFIC – PC – PCF comme quelque chose d’isolé, de solitaire. De croire que le PCF s’est auto-suscité, s’est auto-invoqué, et qu’il n’est pas né d’un long processus d’agrégation, de décantation, de fusions et de clivages.

    Comprenons-nous : dans la France actuelle, il existe une kyrielle d’organisations communistes se revendiquant, sous des approches diverses et parfois contradictoires, de cet immense héritage communiste. Mais beaucoup – et c’est un travers bien naturel – se figurent qu’elle pourront, dans un développement graduel, dans une accumulation uniquement quantitative, prendre la place, occuper la fonction, qu’un PC a pu occuper pendant de longues décennies.

    C’est oublier que les racines du PCF étaient présentes longtemps avant que les premiers fruits ne puissent être cueillis. Il a fallu, au cours de l’ensemble du XIXe siècle, opérer un long, un très long processus d’agrégation des différents groupes, des différentes sectes, des mini-partis. Ces agrégations n’ont pas été opérées de gaîté de cœur, et ont donné lieu à des conflits de fiefs, de chefferies, de clans. Il a fallu un cadre immense, celui de la première puis de la deuxième internationale, pour permettre de pouvoir créer un espace général de décantation idéologique, un espace d’unification, qui puisse permettre que le débat prolétarien, que le débat idéologique réel, dépasse le simple cadre de l’invective, du défi, parfois de l’insulte. C’est aussi l’autorité de la IIIe internationale, autorité conférée par la réussite de la révolution Russe, qui placé les chefferies devant des choix : s’unifier et avancer, ou être des renégats.

    Nous ne faisons pas exception à ces critiques, nous mêmes, sommes – bien involontairement ! traversés par ces tendances, par cette terrible pesanteur. Nous essayons de trouver des moyens de compenser, d’élargir notre horizon : travail unitaire, processus de construction commune avec l’UPML, intégration dans l’ICOR… Aucun de ces moyens n’est en soit suiffant. Mais ils contribuent à maintenir un memento mori3 dans notre organisation : nous n’oublions pas qu’elle est destinée à disparaître au profit de quelque chose de plus grand, de plus efficace, de plus approchant de notre but. Nous ne sommes pas le Parti, nous ne sommes pas l’embryon du Parti, nous sommes à-peine, des cellules-souche, travaillant à devenir quelque chose de nouveau.

    Ce sont des moyens de prendre conscience du fait que nous ne sommes pas une île, mais bien que nous nous incluons dans un processus qui nous dépasse, dont les objectifs sont plus importants que l’existence de nos sectes respectives.

    Apprendre du PCF, c’est savoir regarder la réalité en face. Savoir regarder les succès, les défaillances, les échecs. C’est aussi savoir conserver ce qu’il y a de juste, en tirer l’essentiel, pour en faire la synthèse la plus actuelle. Ce n’est pas importer la ligne de 1947 en 2021, en voyant la France brisée, menacée de domination. C’est comprendre le monde actuel avec l’expérience d’hier.

    Le PCF a eu son histoire, il a été ce qu’il a été, ni plus ni moins. Mais ce que sera son héritage ne dépend que de nous !

    Bibliographie indicative :

    Christofferson, M. S., & Olivera, P. (2014). Les intellectuels contre la gauche : L’idéologie antitotalitaire en France, (1968 – 1981) (2. éd. revue et augm). Agone.

    Cœuré, S. (1999). La grande lueur à l’Est : Les Français et l’Union soviétique, 1917-1939. Seuil.

    Furet, F. (1995). Le passé d’une illusion : Essai sur l’idée communiste au XXe siècle. France loisirs [u.a.].

    Hobsbawm, E. J. (2003). L’âge des extrêmes : Le court vingtième siècle : 1914-1991. Ed. Complexe.

    Hourmant, F. (2015). 2. La dénonciation de L’Archipel du Goulag. In Le désenchantement des clercs : Figures de l’intellectuel dans l’après-Mai 68 (p. 57‑91). Presses universitaires de Rennes. http://books.openedition.org/pur/24615

    Lacroix-Riz, A. (2012). L’histoire contemporaine toujours sous influence. Le Temps des cerises : Éditions Delga.

    Marcuse, H. (1971). Le Marxisme soviétique. Gallimard.

    Pinto, D. (1985). De l’antiaméricanisme à l’américanophilie. Commentaire, N°18, 874‑879.

    Traverso, E. (2012). L’ histoire comme champ de bataille : Interpréter les violences du XXe siècle. Ed. La Découverte.

    PCC (1963) D’où proviennent les divergences ? ­Réponse à Maurice Thorez et d’autres camarades (1963) | lesmaterialistes.com. (s. d.).

    1 Wikipédia définit l’Anabase ainsi : « Le terme « anabase » désigne une longue expédition militaire en référence à l’Anabasede Xénophon, employé dans le sens « ascension dans le haut pays » ou « expédition de la mer vers l’intérieur montagneux d’un pays ». Nous l’employons ici comme une « traversée du désert », à l’exemple de la Longue Marche en Chine, laquelle à transformé la nature du PCC, en faisant le Parti qui a conduit à la victoire.

    2Écrit en 2016, nous n’en disposons plus que d’exemplaires numérisés. Il sera réédité après correction de certaines erreurs factuelles sur l’histoire du PCF.

    3Souviens toi que tu dois mourir.

  • La Biélorussie à l’heure du choix.

    La Biélorussie à l’heure du choix.

    Les élections du 9 août 2020 ont redonné le pouvoir à la direction de Alexandre Loukachenko, en poste depuis 1994. Celles-ci se sont déroulées dans un climat de grande tension, notamment à la suite des élections législatives de novembre 2019, lesquelles ont donné un très large ascendant aux organisations présidentielles. Obtenant 80,08 % des voix, la coalition autour de la présidence a écrasé l’opposition, incarnée par Svetlana Tsikhanovskaïa. L’opposition a dénoncé des scrutins truqués, des pressions, des tricheries.

    Elle a appelé à des manifestations pour contester le résultat des élections. Celles-ci ont été réprimées par la police, laquelle a tiré à balles réelles, entraînant plusieurs blessés graves et des milliers d’arrestation. Le 11 août, la dirigeante de l’opposition a fui le pays, pour se réfugier dans la proche Lituanie. Depuis cet exil, elle a incité à continuer la mobilisation contre le régime.

    De son côté, le gouvernement a, lui aussi, incité à ce que ses soutiens descendent dans la rue. Une manifestation favorable au régime s’est déroulée, dans laquelle le Parti Communiste du Bélarus, formé par les anciens cadres du régime, s’est joint aux soutiens à Loukachenko, tandis que les syndicats ont rejoint principalement l’opposition. Un division du Parti Communiste, le Parti Communiste des Ouvriers de Biélorussie, a lui aussi, rejeté la position du PCB pour rejoindre les oppositionnels.

    Ces mobilisations sont appréciés de manière très variée depuis la France. Les réactions et les attitudes ont été parfois d’un soutien clair au régime, parfois d’un soutien à l’opposition. Ces visions diamétralement opposées sont le reflet de la complexité de la situation biélorusse et de l’imbrication des enjeux.

    Une situation complexe.

    Pourquoi la politique du Bélarus est elle si complexe ? Le Bélarus est un de ces pays-pivots, dont l’importance géopolitique est immense. Il représente l’une des voies qui mènent au cœur de la Russie, les autres étant par les pays Baltes et par l’Ukraine. Le Bélarus, dans la conception soviétique puis russe, fait partie de la sphère de sécurité vitale du pays. Pour la conception occidentale, marquée par les théorie de Mahan, Spykman et Brzezinski, il fait partie de ces espaces à contrôler pour refouler (roll back) la Russie vers l’Asie.

    Depuis la terrible saignée de la Seconde Guerre mondiale, la Russie ne peut tolérer un régime qui lui soit hostile dans son espace de sécurité. Elle considère qu’il s’agit, pour elle, d’une question vitale et non-négociable. Un changement radical d’orientation, de la part du régime Biélorusse, une orientation pro-occidentale, serait peut-être un casus belli. L’occident, quant à lui, avance prudemment ses pions, soutenant politiquement et financièrement les oppositions. D’autres intérêts s’entremêlent, comme les appétits chauvins polonais. Une partie des nationalistes voudraient récupérer la ville de Brest-Litovsk et revenir à la Grande Pologne du traité de Riga (1922).

    De plus le pays est une interface économique essentielle pour le transfert du gaz et du pétrole russe vers l’occident. Le pays raffine le pétrole et le revend, encaissant au passage une plus-value importante. Cependant, ce parasitisme, aux yeux de la Russie, entraîne des tensions régulières, et contribue à nourrir le projet de pipe-lines qui passeraient par le fond des mers.

    En dépit de cela, le régime de Loukachenko répond globalement aux besoins de la Russie. Il forme un flanc garde et un glacis protecteur. Quant à sa nature politique, elle fait débat. En dépit de certaines apparences et références à l’Union Soviétique, le régime est loin d’être socialiste. Une partie de l’économie est entre les mains de monopoles d’États, mais cette propriété juridique ne signifie pas que les rapports de production ne soient pas capitalistes.

    Bélarus: nouvelle manifestation de l'opposition, la pression monte ...
    Le Bélarus est hautement dépendant de la Russie pour ses approvisionnements.

    Depuis 1994, d’ailleurs, Loukachenko a accompagné la réduction de ces droits sociaux et la privatisation progressive de l’économie. Le niveau de vie des habitants de la Biélorussie s’est réduit progressivement. Il a également mis en place des mesures réactionnaires, notamment les « lois anti-parasites », qui frappent les plus démunis, les chômeurs et les chômeuses. Malgré certains fantasmes, liés au fait que les droits sociaux en termes d’accès à l’éducation, au logement, aux soins, soient maintenus, grâce notamment à la rente pétrolière, le régime se montre férocement réactionnaire sur les questions de société, notamment sur les droits des LGBT et sur le droit des femmes.

    Il possède, dans le fond, la majorité des caractéristiques d’un régime social-démocrate poussé jusqu’au bout de sa logique, pourrissant, oscillant entre redistribution des richesses et maintien d’un modus vivendi avec les intérêts de sa bourgeoisie. Il peut se comparer à une espèce de péronisme1 ou à d’autres régimes dans lesquels la bourgeoisie nationale tente de trouver un moyen terme entre indépendance et intégration dans une sphère impérialiste.

    Car les relations de voisinage sont particulièrement délicates.

    Les difficiles relations de voisinage.

    Le Bélarus est l’antichambre de la Russie, comme la Pologne est l’antichambre de l’occident. Durant la période précédant les élections, du fait de l’accroissement des tensions entre Est et Ouest, il s’est retrouvé à plusieurs reprises en situation de terrain d’enjeu.

    En théorie, le pays est dans un processus de fusion et d’intégration dans la Fédération de Russie. Dans les faits, le processus est au point mort. Les cliques qui soutiennent Loukachenko ne voulant pas perdre le contrôle de l’économie et être phagocytées par la bourgeoisie russe. Cependant, le pays maintient des exercices militaires conjoints avec la Russie. En 2017, par exemple, les exercices militaires ZAPAD-2017 se sont déroulés sur son sol, simulant une intervention vers les États Baltes et la Pologne. La situation d’avant-poste du Bélarus est d’ailleurs déplaisante (il en était de même pour la RFA et la RDA d’ailleurs.) Dans le cas d’un affrontement majeur en Europe, le pays, qui a perdu 25 % de sa population durant la dernière guerre, est certain d’être à nouveau un champ de bataille central. Cette situation n’est pas sans être déplaisante.

    Les mercenaires perdus.

    En fin juillet, l’arrestation de plusieurs centaines de mercenaires d’une société militaire privée russe a jeté de l’huile sur le feu. Ces professionnels du combat ont été officiellement soupçonnés de vouloir déclencher un scénario à la syrienne ou à la « euromaïdan », dans lequel des agents provocateurs ont sciemment fait exploser les tensions.

    Cependant, les analyses des images de l’arrestation laissent plutôt supposer qu’il s’agit d’une scénette de plus dans la grande pièce de théâtre des relations diplomatiques russo-biélorusse2. Les documents vus correspondent plus au scénario d’un transit de troupes soit vers le Donbass, soit vers les pays chauds, qu’à un projet de déstabilisation par la Russie du scrutin biélorusse.

    Les relations entre Russes et Biélorusses sont d’ailleurs loin d’être binaires et simples. La Biélorussie, qui devrait être, à terme, intégrée dans la Fédération de Russie, renâcle. Elle est un petit frère turbulent. A plus d’un titre, elle évoque la délicate relation entre la Corée du Nord et la Chine. Les deux sont, de fait, des pays dirigés par une bourgeoisie nationale. Les deux sont néanmoins inclus dans une orbite géopolitique, laquelle leur assure une protection. Mais les deux ne veulent pas d’un destin de soumission totale à une sphère impérialiste ou une autre. Il en résulte une diplomatie parfois erratique.

    En réponse à la hausse des taxes sur les échanges entre les deux pays, à partir de janvier 2020, le Bélarus s’est alors tourné vers de nouveaux partenaires commerciaux, dont les USA. Ceux-ci ont saisi la balle au bond, allant jusqu’à proposer 80 000 tonnes de pétrole début août. Sans être un changement d’allégeance, cette opération a été destinée à rappeler à la Russie que le Bélarus possède une certaine souveraineté. Elle s’est d’ailleurs soldée par une renégociation des accords énergétiques entre les deux pays.

    Il est notable que les opposants mis à l’index par le Bélarus ne sont pas tous des pro-européens. Ainsi le site OPEX 360 note : Autre opposant, Viktor Babaryko a été mis sous les verrous car soupçonné d’être à la tête d’un « groupe organisé » accusé de « fraudes » et de « blanchiment d’argent », via la banque Belgazprombank, filiale du géant gazier russe Gazprom, qu’il a dirigée. Le 14 juillet, sa candidature a été écartée par la commission électorale.

    Quand aux influences occidentales, elles sont assez transparentes. Il est certain que l’occident appuie l’opposition. Le refus de l’UE de reconnaître le résultat des élections en Biélorussie est un fort signal dirigé vers les opposants. Cependant ce soutien à l’opposition ne signifie pas que celle-ci soit une marionnette docile entre les mains d’agents de l’étranger. Comme dans l’écrasante majorité des situations politiques, les causes premières sont les contradictions internes, endogènes, et non pas l’influence externe, exogène. La lutte des classes au sein de la Biélorussie est, comme ailleurs, le principal moteur.

    Le peuple biélorusse otage des impérialismes.

    L’opposition, à l’heure actuelle, s’est soudée autour de l’image de Svetlana Tsikhanovskaïa. Elle porte un programme de plate-forme libérale, rassemblant pèle-mêle les intérêts des directeurs de trust d’Etat – lesquels désireraient devenir des patrons à part entière – mais également les aspirations populaires à plus de démocratie et au maintien des conquêtes sociales de l’ère soviétique. La question du leadership, de la direction du mouvement de contestation, est cruciale pour déterminer son évolution. Elle est aussi ce qui déterminera sa nature de classe profonde. Elle oscille, logiquement, à la recherches d’appuis et d’alliés, y compris internationaux. Pour une analyse plus poussée, nous renvoyons au communiqué du PMR ICOR.

    https://unitecommuniste.com/icor/declaration-du-parti-maoiste-russe-pour-une-bielorussie-sans-loukachenko-et-sans-capitalistes/

    Dans certains argumentaires, nous trouvons que cette lutte de classe « fait le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre. Dans le monde plein, saturé, quadrillé par les impérialismes, c’est un fait, oui. Chaque mouvement des uns et des autres impacte les rapports de forces internationaux. Mais cette vérité était déjà celle qui, il y a 103 ans, poussait certains à rejeter toute sortie de la guerre de la Russie soviétique, accusant les bolcheviques de faire le jeu de l’impérialisme allemand, voir Lénine d’être l’agent du Kaiser. Au moment des grands empires, certains et certaines éminentes marxistes rejetaient ainsi les mouvements nationaux, sous prétexte qu’ils avaient « raté leur entrée dans l’histoire » et que tout mouvement national était une dilution de l’avancée vers la révolution prolétarienne.

    C’est oublier que, même si les rapaces impérialistes tentent de planter leurs griffes dans chaque mouvement, ce sont les luttes populaires, les combats aux marges des citadelles de l’impérialisme qui contribuent à l’affaiblir. La lutte des bolcheviques, dans le maillon faible de l’impérialisme qu’était l’Empire russe, n’était pas si éloignée de cela. Il en est de même pour la lutte des Kurdes, accusée de « faire le jeu des américains ».

    Dans les faits, la déstabilisation du régime, si le gouvernement l’emporte, risque effectivement de mettre à mal les marges de manœuvre de Loukachenko. Mais, au lieu de « démocratiser » le pays, le résultat pourrait très bien être de le jeter encore davantage dans l’orbite de Moscou. Loukachenko et Poutine se sont d’ailleurs contactés pour s’assurer mutuellement de leur solidarité en cas d’aggravation de la situation.

    La population du Bélarus est elle en dehors de l’histoire, réduite à jouer le rôle de soutien d’un impérialisme ou d’un autre ? Doit-on leur interdire de lutter sous prétexte que cela pourrait « faire le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre ? Elle n’est pas guidée par des bolcheviques, malgré la présence de groupes qui combattent avec sincérité contre l’ingérence et contre le capitalisme. Cependant, ce n’est que dans l’action, dans la lutte, que peut émerger une direction révolutionnaire, liée aux masses populaires, capable de trouver le chemin escarpé vers une société juste.

    Quelle position ?

    Cette question est difficile à trancher, comme toutes les questions réelles et concrètes, une fois qu’on sort des bornes rassurantes du cas d’école. Elle est néanmoins révélatrice des clivages et des perceptions variées au sein du mouvement révolutionnaire et du mouvement communiste. Entre ceux qui feront confiance intégralement aux hommes et aux femmes biélorusses pour choisir un régime conforme à leurs intérêts et ceux qui considèrent que l’impérialisme est trop fort.

    Tant que les impérialismes existent, il ne peut exister de « démocratie » pour les espaces qui sont des enjeux géopolitiques. Cette constatation est valable tout aussi bien pour les régimes polonais, hongrois, turcs, ukrainiens… Ces espaces sont trop précieux pour ne pas être contrôlés d’une main de fer. Lorsqu’on regarde des pays dans lesquels les changements de régime ont abouti, les résultats ne sont pas forcément rassurants. Le cas de la Pologne, de la Hongrie, de l’Ukraine est inquiétant. Ces pays sont employés comme glacis protecteurs pour l’Europe, tout comme fers de lance pour frapper les intérêts russe en plein cœur. Mais croire qu’il faut obtenir des garanties de succès avant d’avancer, c’est surtout renoncer éternellement. Chaque lutte présente les caractéristiques d’un coup de poker plus que d’une partie d’échec, comme l’avait déjà déterminé Clausewitz.

    Le destin du peuple de Biélorussie, de ses masses populaires, est là. Soit parvenir à s’extraire de la lutte entre impérialismes, soit demeurer sous le joug de l’un ou de l’autre et de ses pions. L’apport que nous pouvons faire, ici, depuis la France, ne peut passer que par le soutien aux organisations communiste et populaires de ces pays. Les déclarations et les analyses n’ont de sens que si elles sont accompagnées par des actes. Il faut avoir confiance dans les masses du Bélarus pour assurer la double tâche qui est la leur : à la fois conserver l’indépendance nationale de ce pays enclavé et piégé dans le jeu des puissances, et à la fois permettre une politique de progrès social, d’émulation et d’égalité. Cette double tâche ne peut s’assigner depuis l’extérieur. En revanche, il est possible de soutenir des organisations dans lesquelles il faut avoir un certain degré de confiance.

    Bien sûr, la décantation de la situation au Bélarus est potentiellement explosive. Elle crée une instabilité dans la région, instabilité qui peut profiter à des fauteurs de guerre. C’est dans ce cadre-là que le mouvement anti-guerre des puissances impérialistes doit être capable de montrer sa force et sa solidarité. Or, il demeure dispersé, et dans un refus de travailler conjointement. C’est une regrettable attitude, qui entrave son développement et son renforcement. Pourtant, plus l’entropie, la tendance au chaos, fait son lit, appuyée par la crise, plus nos responsabilités en tant que communistes sont grandes.

    Construire le front international pour pouvoir jouer un véritable rôle.

    Le choix de notre organisation, en dépit de sa taille, est de coopérer dans le cadre du Front Uni Antifasciste, animé par l’ICOR et l’ILPS, mais également de s’inscrire dans la coordination ICOR comme membre à part entière. Nous pensons que c’est cette participation et le soutien que nous pouvons accorder aux organisations qui luttent sur le terrain qui peut donner sens à notre positionnement. Nous avons ainsi republié la position du Parti Maoïste de Russie, que nous considérons comme juste et précise. Nous attendons des nouvelles des positions de nos camarades biélorusses membres de l’ICOR. Nous invitons les individus qui veulent contribuer à faire grandir cette coordination à rejoindre les amis de l’ICOR et les organisations membres.

    Derrière le positionnement des organisations politiques, il se pose une question de fond, question ouverte : qu’est ce qui doit primer ? La lutte des classes ou les considérations géopolitiques ?

    Nous appelons à la solidarité avec les inculpés de la lutte, ici et ailleurs. Nous appelons à soutenir les organisations populaires en Biélorussie. Nous appelons à organiser et animer un mouvement anti-interventionniste et anti-guerre en France et en Occident.

    1En référence au courant politique autour de Juan Perón, en Argentine, lequel se basait sur une certaine justice sociale et une redistribution des richesses, sans jamais n’avoir tendu vers le socialisme. Le péronisme était un régime de bourgeoisie nationale qui essayait de s’ériger de manière autonome. Cependant le destin des bourgeoisies, dans l’ère impérialiste, est simple : tendre vers l’impérialisme elle-même ou tendre vers le faire de devenir cliente (compradore) d’un impérialisme.

    2http://www.opex360.com/2020/07/30/letrange-arrestation-de-mercenaires-de-la-societe-militaire-privee-russe-wagner-en-bielorussie/

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Le grand bluff : l’équivalence nazisme – URSS

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Le grand bluff : l’équivalence nazisme – URSS

    Le plus grand tour de force du vingtième siècle est certainement là. Avoir réussi à construire une équation étrange, bancale, dans laquelle URSS et IIIe Reich portent l’intégralité de la responsabilité des morts de la Seconde Guerre mondiale. Dans laquelle ils sont moralement équivalents. Elle utilise comme prisme d’explication une soit-disant « affinité sélective » entre Hitler et Staline, par delà des projets politiques et géopolitiques diamétralement opposés.

    Cette narration est un abyme d’hypocrisie. D’une part car elle escamote toute la trajectoire qui amène à la guerre. Elle fait oublier le jeu complice entre les « démocraties libérales » et le IIIe Reich, les pactes constants, les projets d’encerclement ou d’intervention commune. Mais derrière cela, elle est aussi hypocrite car elle possède une morale à géométrie variable.

    • Elle divise le monde de manière manichéenne entre « les démocraties libérales » et les « États autoritaires ». Cela se traduit par des schémas simplistes, en particulier dans les manuels scolaires. L’incontournable carte d’Europe en 1938, avec ses régimes politiques, est déjà grossière. Elle devient ridicule lorsqu’on apprend que l’Algérie,la Tunisie et le Maroc sont aussi des démocraties libérales.
    • Elle créé une dissonance cognitive. La nature du régime métropolitain est mise en avant comme une vertu, tandis que sont remis de côté et écartés toutes les attitudes criminelles issues de la colonisation. Quand la guerre est évoquée, par exemple, il n’est jamais fait mention des camps de concentration français de la IIIe République, ni de la déportation des japonais, encore moins de la famine organisée du Bengale. Tous ces événements sont occultés pour donner une narration simple : « nous sommes le camp du bien, nous avons du faire un compromis avec le camp du moindre mal (l’URSS, mais uniquement dans le sens où elle n’avait pas fait la Shoah), contre le camp du mal absolu ». Tout crime est un accident, un fait anecdotique, mais jamais une conséquence de l’organisation économique de la société et de ses conséquences politiques ou géopolitiques.
    • En revanche, quand on s’intéresse à l’URSS, la narration devient différente. Le gouvernement possède un pouvoir absolu et l’intégralité de ce qui se déroule sur son territoire est de sa responsabilité directe et volontaire. Chaque mort, y compris celles causées par l’invasion Allemande, est imputée à la responsabilité totale et exclusive de la direction politique.

    Deux exemples à 10 ans d’intervalle :

    • En 1932-1933, une famine terrible frappe l’URSS. Les travaux actuels1 tendent à lui trouver plusieurs explications : météo, épidémie de maladie frappant les champs, baisse des moyens de labour, exode rural du fait de l’industrialisation. Il se surajoute à cela des troubles issus de la collectivisation, terminée peu avant. L’explication finale de cette famine « absolue », c’est à dire où la nourriture n’existe pas car elle n’a pas été produite, est qu’il s’agit d’une volonté du gouvernement. Peu importe si des aides ont été mises en place et si les exportations ont été réduites au minimum.
    • A l’inverse, la famine du Bengale, en 1943, est une famine relative. La récolte, dans cette colonie anglaise, est bonne. Mais elle est réquisitionnée par les anglais pour leur approvisionnement exclusif. Il en ressort que les prix des denrées alimentaires flambent. 3 millions de personne meurent de faim devant des magasins remplis. La réaction de Churchill, apprenant la situation, est la suivante : « Je hais les Indiens. C’est un peuple bestial, avec une religion bestiale. » ;  « Famine ou pas famine, les Indiens se reproduisent comme des lapins »2
    • Ce double traitement permet de faire tenir l’équation invraisemblable : Faire une équivalence entre nazisme et communisme. Pourtant, à regarder la structure économique, la structure politique, les buts et les moyens de la répression, URSS et IIIe Reich s’éloignent. Ce qui se rapproche, dans cette grille de lecture, ce n’est d’ailleurs pas démocraties libérales et socialisme, mais libéralisme et nazisme. L’un étant la continuité de l’autre en cas de crise de régime.

    Cette équation pitoyable n’est pas tombée de nulle part. Elle a été construite. Hannah Arendt, qui s’est déshonorée en contribuant, d’une manière fort médiocre, a joué un rôle. Trotski l’avait déjà anticipé, parlant d’étoiles jumelles pour Staline et Hitler. Mais, dans l’opinion publique, notamment en France, les deux étaient nettement séparés.

    La querelle des historiens : sauver le nazisme.

    A partir des années 1980, il y eut une offensive idéologique d’ampleur. Cette offensive a pris naissance en Allemagne. En 1986, un historien Allemand ouvre une boite de pandore : Jürgen Habermas, par une tribune dans Die Zeit, dénonce les tendances des historiens Allemands à se montrer extrêmement conciliants avec la période nazie et à chercher à exonérer les Allemands de leur responsabilité dans la Shoah. Le débat se creuse entre intentionnalistes, pour qui la Shoah était le projet de départ du nazisme, et fonctionnalistes, qui le présentent comme une réaction de défense. Léon Poliakov, spécialiste du nazisme, présente cette dernière thèse ainsi : « Le seul motif pour lequel Hitler et les nazis auraient commis un crime asiatique ne serait-il pas qu’ils se considéraient, eux-mêmes et tous les leurs, comme des victimes réelles ou potentielles d’un crime “asiatique” ».

    Jürgen Habermas répondait aussi à Ernst Nolte, un historien réactionnaire. Ce dernier présentait une équation dangereuse typique des fonctionnalistes : « Le nazisme et ses crimes sont une réponse à l’effroi causé par les crimes bolcheviques. »

    «  Auschwitz […] était avant tout une réaction engendrée par les événements destructeurs de la révolution russe […] la soi-disant extermination des juifs sous le Troisième Reich fut une réaction ou une copie déformée et pas l’acte premier ou un original. » ; « L’archipel du Goulag n’est-il pas plus originel qu’Auschwitz ? L’assassinat pour raison de classe perpétré par les bolcheviks n’est-il pas le précédent logique et factuel de l’assassinat pour raison de race perpétré par les nazis ? »3

    S’il est vrai que la naissance du nazisme est liée à la peur de la bourgeoisie pour sa domination, les conséquences de cette équation sont néanmoins répugnantes. Derrière cela, Notle rejetait ne cherchait pas uniquement à créer une stricte équivalence entre les deux. Il rejetait la responsabilité de la Shoah sur l’action soviétique et révolutionnaire. Implicitement, il posait également un dilemme : si on accepte le communisme, il faut accepter le nazisme. En dernière instance, les idées de ces derniers n’avaient pas besoin de cette légalité pour se perpétuer. Elles ont simplement trouvé une autre forme.

    La thèse fonctionnaliste a trouvé des alliés. Elle était appuyée par l’appareil idéologique de Reagan. Le 18 avril 1985, celui-ci avait déclenché « la controverse de Bitburg ». En présentant des SS morts comme des victimes du communisme, il ouvrait la voie à une mise en équivalence des deux, puis à une réhabilitation sournoise du nazisme. Les mouvements réactionnaires ont ainsi demandé la possibilité d’honorer les combattants de la Waffen-SS et de la Werhmacht comme des « combattants de la liberté ». Nolte faisait partie d’eux.

    En France, enseigner le totalitarisme

    De nombreux autres réactionnaires anticommunistes, sans oser aller jusqu’au bout de cette logique, se sont néanmoins emparés de l’équation. En France, ce sont des personnes comme François Furet ou Pierre Rigoulot, mais également le renégat Stéphane Courtois. Ils ont contribué, à la fin de la guerre froide et au début des années 1990, à s’engouffrer dans la brèche. Il en ressort alors des monuments de bêtisé, comme Le livre noir du communisme, ou Le passé d’une illusion. L’histotainement, ce mélange d’histoire et d’amusement, à produit des documentaires grand public, comme Staline, le tyran rouge, ou Apocalypse Staline. L’ouverture des archives a poussé tous les pornographes de la terreur à se jeter sur tout ce qu’ils pouvaient trouver, mettant en exergue les détails les plus sordides.

    Cela serait resté l’apanage des tabloïds si l’Education Nationale n’avait pas été une des cibles de la réaction. La parenthèse de l’histoire critique, ouverte dans les années 1980, se ferme. Les années 1990 sont marquées par le retour à une histoire notionnelle et morale. Le programme d’histoire est notamment réécrit par Science Po. Serge Berstein, qui préside la commission chargée de la révision des programmes, pousse son agenda : désormais les régimes totalitaires sont enseignés ensemble, dans un comparatisme total. L’histoire fasciste, nazie et stalinienne sont prise comme des illustrations de la notion de totalitarisme. Toute dissonance est désormais tue. Berstein s’appuie sur tout ce qui nourrit sa thèse, notamment de très nombreux extraits de Trotski, pour faire triompher une idée centrale : le communisme a été trahi et il est équivalent au nazisme.

    Dans le manuel de Hachette 2020, les colonies sont des démocraties libérales.

    Paradoxalement, la recherche scientifique et universitaire est dans un divorce total. L’ouverture des archives fait s’effondrer la spéculation sur les morts et sur les massacres. L’analyse des structures du régime tend à infirmer l’idée d’une intention totalitaire. Les spécialistes du stalinisme, comme Getty, Fitzpatrick, Blum… ceux du nazisme comme Ian Kershaw, ceux du totalitarisme, tel Enzo Traverso ont dénoncé cette équation. Mais pourtant, depuis 35 ans, elle est toujours utilisée. Diaboliser l’URSS, diaboliser le communisme, en faire un nazisme rouge.

    Pourtant il existe une part de vrai dans l’idée qu’il faut comparer la Shoah et les crimes les uns aux autres. La Seconde Guerre mondiale en Europe, avec son unité de temps, de lieu, et d’action, est le décor d’une tragédie grecque. Elle donne un canevas qui facilite le comparatisme.

    1Il est conseillé de lire la production de Mark Tauger sur cette question, notamment Famine et transformation agricole en URSS.

    2Madhusree Mukerjee. Le Crime du Bengale. La part d’ombre de Winston Churchill

    3Ernst Nolte Un passé qui ne veut pas passer.

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    La carte de Belin est la plus ridicule, combinant la famine intentionnelle avec l’absence de caractérisation des régimes autres que Européens. Il ne faudrait pas définir trop chercher à la comparaison !
  • La bataille pour l’histoire. III

    La bataille pour l’histoire. III

    Comprendre l’histoire pour convaincre.

    Comprendre l’histoire en profondeur permet de dépassionner sa défense. Il est normal que la très grande majorité des individus soient horrifiés par le fait que nous puissions défendre – même de manière critique – l’Union soviétique. Comment ne pas les comprendre ? Comment ne pas prendre en compte le fait que l’Éducation Nationale, l’histotainement, ou les publications à grand tirage n’influencent pas les masses ? La bourgeoisie a fait de la condamnation du communisme une priorité absolue. Les publications actuelles, qui mettent en avant le Goulag ou les « crimes staliniens » sont une piqûre de rappel constant pour vacciner les prolétaires et les classes populaires contre la révolution. Nous devons comprendre cela, ou nous serons isolés.

    De même, nous devons comprendre les engagements de ceux qui veulent lutter ou qui luttent. Quelqu’un qui se tourne vers l’anarchisme ou le trotskisme, ou même le réformisme radical, le fait en tout premier lieu parce qu’il ou elle pense qu’il s’agit d’une voie juste. Une voie qui apparaît juste car moins lourdement condamnée par l’Éducation Nationale ou par les médias bourgeois. De prime abord, il est parfaitement logique qu’une personne sincère et bien intentionnée ne se rue pas dans les bras des « fossoyeurs de la révolution », les « autoritaires », tels que sont qualifiés les léninistes. Cette conception se voit d’ailleurs dans le rapport ambigu entre trotskistes et anarchistes. Trotski était l’un des dirigeants bolcheviques les plus brutalement anti-anarchistes. Pourtant, il est vu plus positivement que Staline par les libertaires. Il ne s’agit pas donc d’une position conçue sur la base d’une réflexion historique, mais bien d’une image mentale.

    Cette image mentale est parfois tellement intériorisée que la briser est une lutte de longue haleine. Dans plusieurs débats, les arguments de nos contradicteurs étaient basés sur le « sentiment » que le stalinisme, le maoïsme, Staline, ou autre, étaient de telle ou telle manière, qu’il s’y était passé telle ou telle chose. Cette conviction profonde est en partie nourrie par l’idéalisme et accentuée par ses déclinaisons les plus poussées, comme le post-modernisme, pour lequel les idées et les récits individuels sont plus porteurs de vérités que les faits1. Pour permettre de la battre en brèche, il est fondamental de savoir présenter une histoire compréhensible, cohérente, qui puisse permettre de prendre appui sur les éléments justes déjà présents. Cette histoire demande à être condensée.

    Mais au-delà du débat historique historisant, souvent ramené à l’acte de foi, il existe quelque chose de plus profond et de plus essentiel : le travail militant vers ceux et celles qui partagent les conceptions anticommunistes. Convaincre du bien-fondé de la révolution ne se fait pas sur la base d’un engagement identitaire, historiographique, mais bien sur la démonstration, là aussi, d’une stratégie permettant de construire cette révolution. Même chez les anticommunistes des classes populaires, il existe des idées justes. C’est sur elles qu’il faut prendre appui. Il nous faut apporter ce que ces courants idéologiques ne peuvent apporter : un réel approfondissement des questions et de la trajectoire vers la révolution. Le réexamen des questions historiques est non seulement secondaire, mais il se fera de lui-même plus tard. Pour parler caricaturalement, on devient « stalinien » par sa pratique avant de l’être par son adhésion historique.

    C’est là où une solide compréhension en profondeur est utile : elle permet de rattacher les événements à leur signification profonde. L’adhésion aux conceptions maoïstes sur la base de la Révolution Culturelle n’est pas la même chose que d’adhérer à la question d’une révolution culturelle sans majuscule, luttant contre les travers d’un pouvoir imparfait, vulnérable à la lutte des classes sous le socialisme. Ergoter sur la dénomination précise sans prendre en compte son sens profond revient à saboter le débat.

    À l’inverse, recruter sur la base unique de l’adhésion à un corpus vague n’est pas intéressant. C’est pour cela que nous renonçons en tant qu’organisation à trancher d’une manière nette et définitive notre positionnement sur certains débats. La question du maoïsme, par exemple. Si certains de nos membres se revendiquent de Mao et de l’expérience de la Chine, ce n’est pas une obligation pour adhérer. En effet, il existe d’immenses étapes à franchir avant d’avoir à se poser la question du maoïsme en tant qu’approfondissement ou que rupture dans le léninisme. Préempter sur ces questions serait baser l’adhésion sur le folklore et non pas sur la compréhension profonde de ce que cela signifie. En revanche nous considérons comme préalable le fait de ne pas rejeter l’étude de cette expérience.

    Beaucoup d’organisations et de petits groupes s’attachent à régénérer la connaissance de notre propre histoire. Mais elles font face, seules, à cette somme ingérable de travail. Or, logiquement, beaucoup mettent en premier lieu la connaissance pointue.

    Nous avons eu ainsi des discussions animées avec des militants et des militantes qui plaçaient très haut dans leur échelle des priorités la prise de position sur des sujets extrêmement précis. Nous-mêmes, dans nos premières années d’existence, avons surestimé grandement l’importance de ces « questions de principe ». Or, ce que nous a enseigné l’expérience de ces quelques années de travail, c’est que les questions étaient prises à l’envers. Elles ne peuvent être tranchées sans que les moyens matériels de le faire n’existent. En réalité, c’est l’unité sur des bases simples, de principes politiques accessibles, qui permet de disposer d’une masse critique permettant de réaliser ces tâches supérieures. À trop fonctionner comme des « mini-partis », nous tendons à nous épuiser dans la construction d’une connaissance parcellaire que nous érigeons comme vérité absolue. C’est là une dérive sectaire que nous devons combattre.

    Comprendre l’expérience socialiste pour la défendre. Défendre l’expérience socialiste pour la comprendre.

    Comprendre l’expérience socialiste en sortant d’une approche mythologique permet de la défendre. Défendre cette expérience permet aussi de permettre qu’elle ne soit pas remisée à l’index, censurée, interdite, et que son étude puisse être autre chose que la transgression d’un tabou.

    L’histoire de l’Union soviétique est souvent résumé à la dictature absolue de la part d’un dirigeant ou d’une poignée de dirigeants, qui agissent avec un mépris constant de la vie humaine. Il s’agit d’un postulat de départ commun aux anticommunistes. L’idée même que la direction soviétique ait pu tenter d’agir pour enrayer les famines, pour soulager les populations, pour améliorer leur quotidien est vu comme une hérésie.

    Pourtant, a contrario, l’expérience des états socialiste est bien plus profonde que cela. Les expérimentations se sont heurtées à des situations imprévues, inédites, et les forces actives ont tenté d’y faire face comme elles le pouvaient : souvent avec des hésitations, des oscillations, des errements, des incompréhensions. Il faut la défendre contre les mensonges, les inventions et les calomnies. Ainsi il n’est pas acceptable que, en 2020, les gouvernements européens puissent publier une résolution anticommuniste basée sur une historiographie datant d’il y a 40 ans. Une historiographie d’autant plus vieillotte qu’elle est aussi teintée par un épais fond d’extrême-droite. Mais pour à la fois répondre à cela et pour apporter une réponse construite, il nous faut les moyens de produire un matériel de qualité. L’acte de foi ne suffit pas.

    Il s’agit de quelque chose qui doit nous séparer des autres chapelles et des autres courants. Ceux-ci sont marqués par le mythe : il existe une mythologique anarchiste, trotskiste et révisionniste. Malgré les trajectoires différentes, elles partagent un trait commun : l’explication de leur échec par la responsabilité principale d’un facteur exogène.

    Dans la tradition orale des courants anarchistes et trotskistes, c’est l’ogre stalinien qui tient le rôle-clé. Derrière ce vocable polysémique se trouve des réalités extrêmement variées, mais un même scénario. Une confiance aveugle et naïve de la part d’individus crédules, abusés par les « staliniens », êtres sans foi ni loi, poignardés dans le dos et trahis. À aucun moment ce ne sont des processus objectifs, les mécompréhensions de la lutte des classes ou une ligne inadaptée qui sont mises en cause. Même en prenant en compte une supposée roublardise constante des « staliniens », cette histoire ne les sert guère : elle ne fait que démontrer leur inadaptation à la réalité concrète. Or, nous ne choisissons pas les conditions dans lesquelles nous menons notre combat, et nous sommes condamnés à nous adapter à ces « paramètres contingents », ou condamnés à périr.

    Le dogmatisme intemporel des trotskistes et des anarchistes leur permet d’éviter les remises en causes, de sauvegarder la pureté et l’infaillibilité des grands chefs. Car, quoiqu’ils le nient, ces courants sont tout autant victime du culte de la personnalité que les autres.

    Le courant révisionniste place, quant à lui, la compréhension des échecs chez d’autres acteurs exogènes. À la place de l’omniprésent et omnipotent stalinien, c’est « l’agent de l’étranger » qui est mis en avant. Il est vu comme le principal acteur de la décomposition de l’URSS. Nul n’est invulnérable à cela. Henri Alleg, personne héroïque au demeurant, décrit ainsi la chute de l’URSS (dansLe grand bon en arrière)comme étant causée par les interventions extérieures ou par le surgissement d’éléments capitalistes ex-nihilo. Pour lui, il est impossible que cela puisse provenir de la lutte des classes en URSS. Il évacue cette question, car elle ne peut exister dans l’Union soviétique.

    Ces historiographies puisent dans un inconscient conspirationniste. Elle place la responsabilité de leurs échecs dans l’action d’un groupe restreint de personnes (ou d’une personne parfois !), possédant des relais secrets et appliquant un agenda cryptique. Cette clé d’explication, simplissime, permet de tout ramener à l’action ou la duperie de la part de la direction stalinienne (ou des « staliniens » d’ailleurs). Elle résiste à toute analyse objective. Les exemples ne manquent pas.

    Lorsque l’URSS n’aide pas la République espagnole contre le franquisme, c’est une trahison. Lorsqu’elle l’aide, c’est car Staline met en place une duperie.

    Lorsque Staline purge l’appareil, c’est pour installer le pouvoir de la bureaucratie. Mais comme la bureaucratie est la principale victime de ces purges, c’est pour tromper les masses que l’action.

    Lorsque Staline refuse d’échanger son fils contre des généraux nazis, c’est un homme cruel, mais s’il acceptait, que dirait-on ?

    Il se crée alors une espèce de couche épaisse, qui emprisonne l’esprit et le rend imperméable à tout argument.

    Il est, néanmoins, notable que le courant léniniste et la direction de Staline portent une part de responsabilité dans l’apparition de phénomènes de ce genre. Elle-même a usé et abusé de ce type d’explications, résumant les difficultés de la construction du socialisme par l’action d’agent étrangers, de vieilles classes, de saboteurs. Contrairement aux conspirationnistes d’aujourd’hui, qui sont des prestidigitateurs, la grande majorité des travaux sur cette question laisse supposer que ces conceptions étaient extrêmement répandues dans la société soviétique. Elles existaient dans la paysannerie comme dans les plus hautes sphères de la direction. 2

    Staline, le chef national du NKVD, Ezhov, et des agents haut placés du NKVD croyaient sincèrement que la nation était criblée de complots et de conspirations. Rittersporn soutient que de telles théories ont été utilisées à la fois par la population et par ceux au pouvoir pour expliquer les difficultés de la vie quotidienne et le dysfonctionnement chronique du système, qui ont été attribués à diverses conspirations et sabotages. Il laisse entendre que cette réponse était ancrée dans les croyances rurales traditionnelles selon lesquelles les machinations des mauvais esprits étaient à l’origine de malheurs banals. J. Arch Getty & R. T. Manning, Stalinist terror, new perspectives, 1993, p. 7)

    Il convient de nuancer cependant cela. L’assassinat de Kirov est ainsi rapidement imputé, par la population, à l’action d’une conspiration. Ce n’est pas le cas de la direction soviétique, qui, au premier abord, n’avait pas évoqué cette hypothèse. Si elle conduit à condamner moralement Zinoviev et Kamenev, elle n’est pas le prélude à une opération d’ampleur. Sa première conséquence est l’échange des documents du Parti, en 1936. Ce n’est qu’après, sous l’impulsion de Iejov, que cette affaire devient l’élement-clé d’une hypothèse conspirationniste.3

    Après 1937-38, puis, surtout, après la guerre, cette clé d’explication a peu à peu été remplacée par une analyse plus profonde, avec une meilleure compréhension de la lutte des classes internes au socialisme, notamment dans Les problèmes économiques du socialisme en URSS (1952), qui ont contribué, sur le tard, à améliorer les choses et à déceler les causes endogènes. Mais, entre temps, la très grande difficulté de compréhension des conséquences des choix politiques, la distorsion des directives en fonction des réalités locales et des potentats locaux, s’est payée extrêmement cher. Mais cette peur n’était pas sans raisons concrètes et matérielles :

    Les staliniens n’ont jamais eu l’impression qu’ils étaient à la tête du pays. Les transports et les communications étaient médiocres, les représentants étaient peu nombreux, surtout en dehors des villes. Il n’y a même pas eu de ligne téléphonique vers l’Extrême-Orient soviétique avant les années 30. Dans la partie européenne relativement développée de la Russie, la plupart des communications avec les comités du parti se faisaient par télégraphe ou par lettres livrées à motocyclette. La boue et la neige isolaient de nombreux villages du régime pendant des mois de l’année. Les responsables locaux du parti interprétaient rarement les directives de Moscou en fonction de leurs objectifs locaux et les interprétaient mal. Le Comité central s’est plaint tout au long de la décennie du manque d’ »exécution des décisions » et a passé beaucoup de temps à créer des mécanismes pour contrôler les dirigeants locaux mécréants et désobéissants.

    Les régimes établis qui reposent sur une base d’acceptation populaire générale et d’ordre consensuel n’ont pas besoin de recourir à la terreur; ils peuvent compter sur le consensus (et/ou l’hégémonie au sens gramscien) pour assurer la stabilité et, comme l’a noté Pierre Bourdieu, «  »Une fois qu’un système de mécanismes s’est constitué, capable d’assurer objectivement la reproduction de l’ordre par son propre mouvement, la classe dominante n’a plus qu’à laisser le système qu’elle domine suivre son propre cours pour exercer sa domination ; mais tant qu’un tel système n’existe pas, elle doit travailler directement, quotidiennement, pour produire et reproduire des conditions de domination qui, même alors, ne sont jamais entièrement dignes de confiance. »

    Les bolcheviks, même dans les années 1930, n’ont jamais bénéficié d’un tel niveau d’acceptation et ont toujours craint pour la sécurité du régime. Ils ne pouvaient pas simplement « laisser le système qu’ils dominent suivre son cours » et estimaient qu’ils devaient y travailler. Ils pensaient qu’ils devaient « travailler directement, quotidiennement, personnellement, pour produire et reproduire des conditions de domination qui, même alors, ne sont jamais entièrement dignes de confiance ».4

    Ce sentiment d’encerclement et ce manque de confiance ne pouvait que se comprendre. Il rapproche, de ce point de vue, l’expérience de la terreur de 1937 d’événements comme les procès des sorcières de Salem. Il existe cependant un réel danger de voir ce sentiment d’isolement prendre le pas sur tout raisonnement cohérent. Pour pouvoir le comprendre, il est nécessaire de pouvoir enrichir son point de vue d’autres sources.

    L’hypothèse même de s’appuyer sur les travaux de scientifiques bourgeois passe parfois pour une hérésie. Elle remettrait en cause l’infaillibilité des grands théoriciens du marxisme. Pourtant cet enrichissement est plus que salutaire pour plusieurs raisons :

    • Indépendamment des immenses qualités de ceux qui ont pu travailler à la constitution de la théorie marxiste, ils n’en restent pas moins des individus, non des sur-hommes ou des sur-femmes. Ces individus ont commis des erreurs, ont lancé des ballons d’essai, se sont ravisés…etc. Comme il existe une progression, une trajectoire, leurs travaux sont de facto de qualité inégale.
    • La construction des expériences socialistes s’est faite dans un contexte extrêmement difficile, dans lequel les décisions prises par la direction avaient un caractère expérimental. Les acteurs eux-mêmes ne peuvent pas forcément avoir le recul nécessaire sur leurs propres actions. Elles pouvaient avoir également des effets imprévisibles, comme la stagnation de 1936-1940.
    • Certains choix politiques et économiques ont eu des effets de retro-action absolument imprévus : c’est le cas du stakhanovisme par exemple, qui, en mettant l’accent sur le travail individuel, entraînait parfois des dysfonctionnements dans le travail collectif. Paradoxalement, les cadres techniques, en voulant intégrer les stakhanovistes dans le plan de travail, ont été accusés de sabotage.
    • Beaucoup de ceux qui ont écrit sur ces questions, à cette période, se sont trouvés pris au piège entre deux tâches contradictoire : d’une part analyser l’URSS et son fonctionnement, de l’autre la défendre. L’un implique des critiques, l’autre un soutien sans faille. Le plus souvent, les organisations communistes (dont le PCF), ont mis à l’index toute critique de l’URSS, entravant l’émergence d’une histoire « objective ».
    • Pour ces mêmes raisons, les études tout à fait honorables, réalisés par des scientifiques sincères ont été boudées par les militants et militantes. D’autres ont été écrites sur la base de matériaux premiers de mauvaise qualité, et donc ont donné des résultats négatifs (comme les tomes 2 & 3 de La lutte des classes en URSS, basées en grande partie sur les travaux du trotskiste Pierre Broué.
    • Ultimement, les expériences socialistes ont échoué. Il n’est donc pas possible de se fier uniquement à l’opinion de leurs principaux acteurs pour tout analyser et tout comprendre.

    Pourtant, un travail critique est plus utile pour nous, actuellement, qu’un travail apologique mais creux. Et, en dernière instance, ces travaux tendent à mieux défendre l’URSS et le communisme que la propagande bas-de-gamme. Ces travaux permettent de voir que l’Union soviétique de la période stalinienne était loin d’être monolithique, d’être une mécanique froide et rodée. Sa direction elle-même était très éloignée d’un bloc figé, soumis et tremblant de peur devant la seule personne de Staline. Le portrait qu’en font les chercheurs et les chercheuses actuelles est très éloigné de cela. Il est celui d’une société bouillonnante, pleine de contradictions, dans laquelle la population est loin d’être passive. La direction moscovite apparaît parfois lointaine, tandis que ses vues ne sont pas toujours appliquées par les échelons inférieurs du Parti.

    Ce nouveau portrait remet en cause le récit téléologique, l’histoire policière et totalitaire de l’URSS. Des événements aussi imbriqués que les Grandes purges, les Grands procès et la Grande terreur apparaissent désormais comme étant les fruits de processus distincts les uns des autres. Elles permettent de voir également qui étaient les condamnés, quelle était leur sociologie, les élites étant nettement plus vulnérables que les ouvriers et ouvrières.

    La société soviétique apparaît plus concrètement, avec sa relation avec le pouvoir, mais également les relations de ses différents corps les uns avec les autres. Ainsi les cibles de la répression ne sont pas toujours décidées au sommet, mais peuvent provenir de réunions plénières de partis et de sans-partis (comme la « purge par en bas » de 1935). Les paysans dénoncés comme koulaks par les autres villageois ne sont pas toujours les plus riches, mais parfois les moins bien intégrés dans le kolkhoze ou dans la communauté. Les ingénieurs dénoncés comme saboteurs par les ouvriers sont parfois simplement mal aimés, ou inquiet de la désorganisation produite par le stakhanovisme…5

    Il est possible également d’en savoir plus sur le point de vue de la direction elle-même, sur son univers mental, sur sa perception des menaces et des difficultés. Staline ne peut plus être, dans l’état actuel des choses, considéré comme un « roi solitaire », mais au contraire ne peut plus être isolé de son équipe.6 Ces travaux redessinent les perspectives de compréhension des rapports de pouvoir au sein du Comité Central du PC(b)US. Les rapports sont plus ou moins tendus, plus ou moins conflictuels, plus ou moins confraternels… Mais surtout, une forme de pluralisme politique émerge, pluralisme dans les limites de la construction du socialisme. Si les fractions ont été interdites en 1921, il existe toujours des tendances et des clans.

    Dans les années 1930, par exemple, la ligne de fracture passe entre Molotov et Ordjonikidé, qui vont jusqu’à se confronter l’un à l’autre en plein congrès (1934), sur la question du rythme d’industrialisation. Plus tard, elle est entre Jdanov et Iejov, l’un pensant que les problèmes au sein du parti se résolvent par la hausse du niveau théorique et politique, l’autre par le fait de « démasquer » les traîtres. Staline, loin d’être un personnage faible, ne semble pas pourtant faire preuve d’un avis tranché sur l’ensemble des questions, s’en remettant à ses subordonnés.

    Surtout, alors que la doxa totalitaire en fait quelqu’un dont le pouvoir atteint un sommet dans la période 1945-1953, il se montre de plus en plus absent, chaque fois davantage isolé, et finalement presque sur le banc de touche après un XIXe congrès catastrophique pour la gauche de son équipe.

    1À ce titre, il est possible de consulter cet article qui s’intéresse au post-modernisme https://unitecommuniste.com/france/fin-de-partie-vi-le-postmodernisme-contre-le-communisme/

    2Stalin, national NKVD chief Ezhov, and highly placed NKVD operatives sincerely believed that the nation was riddled with plots and conspiracies. Rittersporn maintains that such theories were used by both the populace and those in power to explain the hardships of daily life and the chronic disfunctioning of the system, which were attributed to various conspiracies and sabotage. He intimates that this response was rooted in traditional rural beliefs that the machinations of evil spirits accounted for commonplace misfortunes. ( J. Arch Getty & R. T. Manning, Stalinist terror, new perspectives, 1993, p. 7)

    3Sur cette question, nous ne pouvons que conseiller la lecture de Appendix: the Kirov assassination, dans Origins of the Great purges.

    4 The Stalinists never felt that they reallv control the country. Transportation and communication were poors, representatives were few in number, especially outside the cites. There was not even a telephonic line to the Soviet Far East until the 30s. In the relatively developed European part of Russia, most communication with party committees were by telegraph or letters delivered by on motorcycles. Mud and snow isolated numerous villages from with the regime for months out of the year. Local party officials lrequently interpreted and misinterpreted Moscow’s directives in suited their local purposes. The Central Committee complained y throughout the decade about the lack of « fulfillment of decisions  » and spent a great deal of time creating mechanisms to check up on miscreant and disobedient local leaders.

    Established regimes that rest on a base of general popular acceptance and consensual order do not need to resort to terror; they can rely on consensus (and/or hegemony in a Gramscian sense) to ensure stability and . As Pierre Bourdieu noted, « Once a system of mechanisms has Constituted capable of objectively ensuring the reproduction ut the order by its own motion, the dominant class have only to let the system the they dominate take its own course in order to exercise their domination; but until such a system exists, they have to work directly, daily, to produce and reproduce conditions of domination which are even then never entirely trustworthy. » The Bolsheviks, even into the 1930’s never enjoyed this level of acceptance and constantly feared tot the safety of the regime. They could not simply « let the system they dominate take course » and felt that they had to work at it. They thought they had to « work directly, daily, personally, to produce and reproduce conditions of domination which are even then never entirely trustworthy. » (J. Arch Getty & O. V. Naumov, The road to terror, Stalin and the self destruction of the bolsheviks, 1932-1939. ed.2012, p.15)

    5A ce sujet, il est plus que conseillé de lire Getty, J. A., & Manning, R. T. (Éd.). (1993). Stalinist terror : New perspectives. Cambridge University Press, qui compile plusieurs articles sur ces questions.

    6 Fitzpatrick, S. (2018). Dans L’équipe de Staline : De si bons camarades.

  • 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    L’anniversaire du 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine est une date importante.

    Cet anniversaire possède un sens double. D’une part il est à célébrer, car il marquait une victoire révolutionnaire. Il est l’incarnation d’une victoire contre l’impérialisme, contre la réaction, pour la construction d’une société meilleure.

    De l’autre, il est également l’aboutissement d’un cheminement à étudier, celui de 22 ans de guerre civile chinoise, mais également le point de départ de la construction d’un nouveau monde, durant près de 30 ans. Cette lutte pour le pouvoir populaire, tout comme ce que ce pouvoir populaire a fait, forment une somme immense d’expérience, qui doit nous servir pour les combats de demain. Nous ne devons pas les oublier.

    Aujourd’hui, honorons les héros de la lutte révolutionnaire !

    La lutte pour la révolution en Chine a été une lutte sur de nombreux fronts. Contre les colonisateurs tout d’abord, qui s’étaient découpés l’Empire du Milieu en parts, se réservant des zones d’influence à coups de canonnières. Ces colonisateurs, s’ils n’avaient pas formellement pris possession du pays, détenaient la réalité du pouvoir, appuyés sur des seigneurs de la guerre à leur service. Ils réduisaient à l’état d’esclaves les masses populaires chinoises.

    Depuis la première République de Chine, proclamée en 1911 par le Dr. Sun Yat Sen, et la République Populaire de Chine, 38 ans de combats constants. Combats contre les impérialistes et leurs laquais seigneurs de la guerre, pour libérer la Chine. Combats contre la droite du Kuomintang, qui voulait faire de la Chine une dictature militaire et écraser la juste lutte populaire. Combats pour construire le Parti Communiste, seul à même de pouvoir réaliser les mots d’ordre de Sun : Les « Trois Principes du Peuple » : Démocratie, Socialisme et Nationalisme anti-impérialiste.

    Enfin, a partir de 1927, la longue guerre civile. Une guerre civile qui a transformé chacun des camps. Les Kuomins, de nationalistes anti-impérialistes, sont devenus les agents de facto des Japonais, puis des impérialistes américains, préférant lutter contre le PCC que de défendre les idéaux du Dr. Sun. Chang Kaï Check, le dictateur du Komintang, a ainsi donné la Mandchourie aux agresseurs japonais, en 1931.

    Cette guerre civile a transformé aussi le PCC. L’anabase de la Longue Marche, cette traversée de la Chine, en a changé l’encadrement. Les dirigeants d’avant, formés par le Komintern, sincères dans leur engagement, mais incapables de percevoir la réalité de la Chine, sont progressivement écartés. Dans les grottes de loess de Yennan, le PCC est devenu le parti de la victoire. Il s’est lié aux masses, principalement paysannes dans la région. La direction du PCC, dans laquelle Mao est devenu le personnage central, a partagé la vie des masses populaires, leur misère, mais également leurs aspirations à une vie meilleure. Cette liaison avec les masses, cette relation fusionnelle, la ligne de masse, est devenu le ferment de la victoire. La naît la conception de la Guerre Populaire Prolongée.

    Durant la longue guerre anti-japonaise, de 1937 à 1945, pendant laquelle entre 20 et 60 millions de Chinois perdent la vie le Kuomintang se montre incapable de défendre le pays. Il se marginalise, se coupe des masses populaires, devient intégralement dépendant des USA et des occidentaux. De plus, il ne respecte pas la trêve avec le PCC.

    À l’inverse, celui-ci perfectionne la guérilla, en liaison avec les masses, comme « un poisson dans l’eau ». Lorsque l’armée Showa évacue progressivement, le PCC est désormais en position de force. Lorsque la guerre civile reprend, dès 1946, la situation n’est plus celle d’avant-guerre. Les kuomins sont chassés, refoulés, et doivent évacuer à Formose, où ils bâtissent un régime de terreur.

    Le premier octobre 1949, Mao Zedong, a Beijing, proclame la République Populaire de Chine. Cette accession au pouvoir est faite à l’inverse du système bolchevique. En URSS, la proclamation du pouvoir est le préalable à sa conquête effective, par la Guerre civile. En Chine, c’est le contrôle territorial et l’administration du territoire qui est le préalable à la proclamation de la RPC.

    Elle est un choc pour le monde entier. Le pays le plus peuplé du monde est passé du côté de la révolution prolétarienne. Près de la moitié de la population mondiale est désormais sous le drapeau rouge. La réaction du monde « libre » sera d’ailleurs féroce : tenter à tout prix de contenir l’expansion du communisme, en instaurant un réseau de dictatures d’extrême-droite : Taïwan, Thaïlande, Vietnam-Sud, Corée du Sud… Ce cordon sanitaire justifie tout, y compris les massacres, comme en Indonésie, ou les guerres les plus brutales, comme celle de Corée.

    La construction du socialisme en Chine bénéficie de l’apport de l’URSS, qui, malgré ses plaies béantes, tente de faire son possible pour aider au décollage économique de son pays-frère. De même, contrairement à l’URSS, le PCC était déjà une organisation avec une solide expérience en termes d’administration des régions libérées. En dépit du caractère particulièrement primitif des forces productives, il paraît possible de passer rapidement à une économie planifiée et d’industrialiser le pays. La vie des masses change rapidement. Les femmes, horriblement opprimées, connaissent l’égalité. La situation de servage de facto des paysans est abolie. L’éducation entre dans les campagnes, avec les soins et la culture.

    Les biens de consommation étaient rares dans la Chine féodale. Ils se répandent progressivement, bien que l’abondance ne soit pas encore là. La Chine connaît la dernière famine de son histoire. Surtout, le paysan et la paysanne chinoise avant n’avaient pas d’espoir de connaître une vie meilleure. Ils peuvent désormais faire des études, quitter la campagne, espérer une vie meilleure, voir un autre destin. Des ouvriers et ouvrières, des paysans et des paysannes deviennent des élus, des cadres dirigeants.

    Seulement, tout ne fonctionne pas toujours comme prévu. Une conjonction de phénomènes négatifs impacte très fortement cette tentative de faire un « Grand bond en avant ». Sécheresse, rupture avec l’URSS, départ des ingénieurs soviétiques, surestimation des possibilités. En somme, l’effort demandé est simplement trop important et la base industrielle prévue n’est pas obtenue. Mais elle existe. Dans le même temps, les cent fleurs sont lancés, en 1957, pour permettre qu’une émulation socialiste, critique, puisse s’épanouir. De nombreux réactionnaires, théocrates, féodaux, tentent d’en profiter pour lancer attaque sur attaques contre le gouvernement socialiste. Ils sont réprimés, notamment, car le contexte de la période est particulièrement difficile.

    Durant cette période, en effet, un schisme se produit entre URSS et RPC. Souvent, il est mentionné que Staline et Mao ne s’entendaient pas. Cela n’est pas vrai. Les informations qu’avaient Staline sur la révolution chinoise provenaient d’agents et d’intermédiaires du PCC en poste à Moscou. Or, il s’agissait précisément de militants et de cadres que la direction du PCC jugeait trop peu fiables pour les maintenir sur le terrain. Ce biais a joué dans la perception de Staline de la Révolution. Il a reconnu d’ailleurs publiquement son erreur.

    La véritable raison de la discorde n’est pas dans la question du leadership entre URSS et Chine, mais elle est dans la déstalinisation. Le PCC était d’accord pour critiquer Staline, en 1956. Mais la manière dont cette critique a été faite, mettant tout le monde devant le fait accompli, et le fond de l’affaire, changer la ligne politique du PCUS, ont poussé à la rupture. Khrouchtchev, derrière la déstalinisation, préparait la satellisation de l’Europe de l’Est, l’intégration dans une hypocrite division internationale socialiste du travail. Surtout, il capitulait devant l’occident sur l’idée d’une révolution, jugeant que l’heure était venue pour un monde coupé en sphère d’influences.

    Le Parti du Travail d’Albanie et le PCC ont fait front contre le révisionnisme khrouchtchevien. Quand il est apparu que Moscou ne changerait pas de ligne, la rupture fut consommée. Deux camps socialistes, l’un révolutionnaire, l’autre révisionniste, sont apparus. Ceux qui rejetaient la capitulation, voulaient soutenir les mouvements révolutionnaires et libérer les pays dominés ont été chassés des Partis Communistes révisionnistes. Ils ont monté leurs propres organisations. Par moquerie, ils ont été appelés maoïstes. Le nom est resté.

    Les rapports avec l’URSS prennent une tournure parfois conflictuelle. Elle soutient l’Inde contre la Chine dans le conflit du début des années 1960, tout comme elle multiplie les accidents de frontière au nord. Cette tension continuelle pousse la Chine à, finalement, prendre une position équidistante internationalement, et à la juger sur le même plan que les USA.

    En Chine même, l’échec du Grand Bond en Avant fragilise la position de Mao dans le PCC. Une nouvelle équipe dirigeante, animée par Liu Shaoqi et Deng Xiaoping dirigent la Chine dans une espèce de NEP-bis. La bride est laissée aux cadres locaux du PCC, qui se comportent parfois en potentats locaux, se fondent des petits royaumes. La planification elle-même est en péril, tandis que les écarts sociaux se creusent. Une crise se profile.

    Celle-ci arrive à maturité en 1966. Un immense mouvement de masse, la Révolution Culturelle, créé une révolution dans la révolution. Partis des centres urbains, les Gardes Rouges, ouvriers, ouvrières, étudiants et étudiantes, s’en prennent aux cadres corrompus, aux révisionnistes, aux seigneurs locaux. Elle bouleverse l’ordre établi, cible le confucianisme, réactionnaire. Au mot d’ordre de « feu sur le commandement général », les Gardes Rouges soumettent à la critique et à l’autocritique tous les dirigeants. Liu Shaoqi est fusillé, Deng est envoyé en prison. Mao Zedong, Zhou Enlai, redeviennent les points focaux du régime. La réorganisation du Parti fait que l’Armée Populaire de Libération joue un rôle structurant. Seulement sa direction elle-même est tiraillée par la lutte des classes : Lin Piao est un relais des Soviétiques dans le pays, il représente une menace bonapartiste. Il s’enfuit vers l’URSS et est abattu en vol.

    La révolution culturelle connaît des soubresauts, mais finit par se calmer quelques années après. La Chine est cependant désorganisée et doit se reconstruire. La production a chuté du fait des troubles.

    L’influence de la Révolution Culturelle est immense et international. Elle marque les étudiants et les étudiantes de mai 1968 en France, tout bourgeois qu’ils pouvaient être. Elle marque le mouvement des droits civiques aux USA. Surtout la Chine est un symbole des pays dominés. Elle est le fer de lance de la libération des peuples colonisés. Elle attire. Intellectuels progressistes, militants et militantes révolutionnaires, travailleurs et travailleuses en lutte voient en elle un nouveau phare, surtout avec le pâlissement de l’URSS.

    La période est paradoxale, la Chine cherche à s’ouvrir et à quitter le cordon sanitaire qui a été dressé autour d’elle. Du fait de l’attitude de l’URSS, elle accepte les offres d’ouverture des USA, menant à la rencontre Mao-Nixon, grand choc international. Elle parvient cependant à rentrer à l’ONU et a prendre la place de Taïwan.

    En termes de politique intérieure, l’équipe dirigeante est vieillissante. Les nouveaux cadres sont souvent compétents, mais idéologiquement peu sûrs. La porte du révisionnisme est restée ouverte. Finalement, ceux qui ont gagné en influence ne sont pas les plus fervents militants, mais ceux qui ont été le plus capable de passer pour cela. Elle ne comprend pas le besoin de rigueur politique, d’une économie parfaitement maîtrisée, de la lutte idéologique.

    Le décès de Mao et de Zhou Enlaï, en 1976, cause une vacance de la direction. Celle-ci est occupée par des conciliateurs, des modérés, qui non seulement libèrent les inculpés de la Révolution Culturelle, mais leur ouvre la voie vers le pouvoir.

    Très rapidement, dès 1977, Deng Xiaoping revient sur le devant de la scène. Il met en place, sous le nom de « modernisation » une politique capitaliste. Surtout, il va semer une confusion terrible avec la « théorie des trois mondes ». Mao avait déjà employé cette formule, avec un contenu autre. Chez Deng, celle-ci justifie tout : alliances avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid, travail avec la RFA…Etc. Tout ce qui peut affaiblir les « superpuissances » est jugé comme positif. Elle va contribuer à désorganiser le mouvement maoïste, qui ne voit pas forcément le changement d’équipe comme un point de non-retour. Certains, comme Hoxha, vont analyser cela téléologiquement. Seul allié de la Chine, il considère que si elle n’est pas parvenue au socialisme, c’est que sa direction a fait intégralement fausse route. Il la rejette en bloc, déniant toute qualité à Mao.

    Après Deng, la Chine se dirige irrémédiablement vers une économie de marché, une intégration dans les échanges inégaux de la mondialisation. S’il est indéniable qu’elle a développé économiquement le pays, il n’en demeure pas moins que la RPC n’est plus une puissance socialiste, mais qu’elle est capitaliste et impérialiste.

    En dépit des efforts faits par le PCC pour ne pas connaître le même sort que le PCUS, le révisionnisme a triomphé. Le PCC n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour essayer de contourner les difficultés. Maintien d’une démocratie interne vivante au sein du Parti, où les luttes de ligne étaient faites de manière ouverte, autour d’une culture de débat. Appel constant aux masses pour juger de la qualité de l’action du Parti et de ses membres. Le PCC mettait également au premier plan, au-dessus de l’importance du Parti même, la question de la lutte idéologique, primant sur la discipline du Parti. C’est là un des fondements de la Révolution Culturelle.

    Nous avons beaucoup à retenir de cet anniversaire.

    L’héritage de cette révolution est toujours vivant. Il doit le rester à plus d’un titre.

    D’une part comme la mémoire d’évènements, de succès, de réalisations faites par les masses populaires, sous la direction d’un Parti Communiste qui mérite ce qualificatif. La bourgeoisie essaie de nous enlever cette mémoire en la salissant, en répandant des calomnies sur son compte, en mentant à son sujet. Lorsque cette histoire ne présente plus d’intérêt, elle la fait oublier. Sur plus d’un thème, sur plus qu’une période, il existe un vide de connaissances, de savoir. Elle a été effacée. Nous avons un travail à réaliser pour lui redonner vie.

    Mais l’histoire ne suffit pas. Elle n’est qu’une chose morte si elle n’est pas reliée à la politique et à la lutte actuelle.

    Dans cet héritage, nous retrouvons des questions fondamentales, tant philosophique, sur la compréhension de la dialectique, du « un se divise en deux », que des aspects politiques ou pratiques. La stratégie de la Guerre Populaire Prolongée est ainsi un des apports, tranchant avec les théories insurrectionnelles. Elle pose la question de l’accession révolutionnaire au pouvoir comme le fruit d’un processus, non d’une seule épreuve de force. De même, la démocratie nouvelle est un élément fondamental pour l’alliance entre les classes populaires.

    Dans la pratique, l’enquête, la lutte de ligne, la ligne de masse, le débat franc et ouvert sont des principes qui préexistaient auparavant dans les écrits d’autres, mais que Mao et le PCC avaient systématisés.

    Dans le monde entier, toutes les organisations qui combattent pied à pied l’impérialisme et le capitalisme sont inspirées par l’exemple chinois. Ceux qui ont rejeté cet héritage ont généralement rejeté, en même temps, l’idée de la lutte révolutionnaire et du combat contre les forces capitalistes et impérialistes. Le drapeau rouge de la révolution, dans les pays dominés et exploités, s’est nourri de cette expérience.

    Dans les pays impérialistes même, cette influence se fait sentir, même si parfois, elle a servi à esquiver la question incontournable de Staline et de l’URSS. Aux USA comme en Allemagne, des organisations se sont montées, construites, et se sont démarquées du révisionnisme sous l’emblème du Marxisme-Léninisme-Maoïsme. En France l’omniprésence du PCF et l’échec du mouvement maoïste des années 1970-1980 ont limité sa diffusion. Mais celle-ci existe néanmoins. Nous même ne pouvons renier notre inspiration et notre intégration dans l’héritage de la Révolution chinoise.

    Pourquoi ne sommes-nous pas une organisation maoïste ?

    A lire sur notre site.

    L’UCL est une organisation qui a été fondée par des militants maoïstes. Dans un sens elle est une organisation maoïste, dans un autre sens elle ne l’est pas.

    Elle l’est dans son intégration du bilan de l’expérience du combat révolutionnaire en Chine. Elle l’est dans le sens où elle intègre la lutte de ligne au sein de l’organisation, la lutte de masse, la nécessité du combat révolutionnaire et d’une stratégie révolutionnaire.

    Elle l’est dans sa politique non sectaire d’unité, dans sa volonté de travailler conjointement, entre communistes, mais aussi auprès des masses populaires, dans les organisations de masse, dans les émanations de la résistance ouvrière. Elle est ce qui explique notamment notre investissement dans les Assemblées Générales de Gilets Jaunes, à Lyon.

    Elle ne l’est pas dans le sens où notre organisation n’a pas vocation à réunir uniquement et exclusivement sur la base du maoïsme, ni de faire l’unité sur cette base unique et étriquée. À nos yeux, le maoïsme est une forme particulièrement poussée de la compréhension du léninisme, du communisme, du matérialisme-dialectique. Le placer en préalable nécessaire pour adhérer à une organisation n’a pas de sens. Le but d’une organisation communiste, a fortiori d’un parti, est de permettre d’organiser l’avant-garde de la classe ouvrière et du prolétariat. Pour nous, l’adhésion a un parti politique est sur une base politique, celle de l’accord avec le programme, même minimal. Nous pensons que toute personne qui se revendique du communisme, qui veut travailler à construire un parti révolutionnaire, qui veut construire le socialisme et la démocratie populaire a sa place dans nos rangs. Le respect des principes de fonctionnement démocratique, la volonté de pratiquer le débat prolétarien, d’avancer idéologiquement et politiquement est la base. De plus, nous, jeunes militants, n’avons pas la prétention de dire que nous maîtrisons complètement ce qu’est le maoïsme, du moins suffisamment pour arbitrer qui, objectivement, l’est, et qui ne l’est pas. Nous pensons, de plus, qu’il ne suffit de clamer être maoïste pour l’être.

    En dernière instance, c’est la pratique qui fait le maoïsme, pas l’identité.

    Nous avons une confiance inébranlable dans le fait que les apports de la révolution chinoise sont positifs. Nous n’avons pas à redouter d’en faire la démonstration et de convaincre que le bilan de cette révolution peut servir d’exemple.

    Nous pensons que l’enseignement de la Chine démontre que les masses peuvent être organisées largement, participer au Parti Communiste et aux tâches les plus poussées de la révolution. Ce n’est pas le verrouillage qui garantit la « pureté idéologique » de l’organisation, mais la lutte de ligne interne. Or, ce n’est pas l’adhésion au concept de la lutte de ligne ou au concept de la ligne de masse qui fait le maoïste, mais sa pratique concrète, au sein des luttes. Le rejet du sectarisme, la capacité à comprendre le point de vue des masses populaires, des travailleurs et des travailleuses, à rallier les plus avancés, à isoler et faire isoler les positions les plus retardées.

    Pour le moment, personne n’a pu trouver de recette miracle contre la déviation opportuniste et le révisionnisme. Ni Hoxha, dont le régime ne survit pas à sa mort, ni Mao Zedong, ni aucune organisation qui s’en inspire. Il ne peut y avoir que des pistes de réflexion, des conseils, des pratiques qui ont permis de lutter contre celui-ci. Mais ni les organisations puristes et concentriques, ni les organisations souples et ouvertes n’ont réussi à trouver une solution miracle. Elle n’existe pas, surtout, elle n’est pas dans les verrous bureaucratiques.

    Nous pensons que seule la liaison constante, humble, avec les masses, peut permettre de lutter contre ces tendances à la présomption, à l’aventurisme ou, au contraire, au libéralisme.

    Nous pensons que si Mao ou n’importe quel autre grand dirigeant communiste était en vie actuellement, il jugerait avec sévérité le travail réalisé en France. Il nous conseillerait certainement de jeter le folklore par-dessus bord et de travailler vers les masses, de nous mettre à leur école, au lieu de superposer des conceptions mal maîtrisées, coupées de la réalité de la lutte des classes.

    Nous pensons qu’il faut nous rappeler que ce sont les masses populaires, les ouvriers et ouvrières, les prolétaires qui font la révolution en pratique, qui effectuent la transformation des rapports de production et des rapports sociaux. L’organisation est là pour servir le peuple, non fétichiser des grands dogmes. Les masses sont les véritables héros, écrivait Mao.

    Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d acquérir les connaissances même les plus élémentaires. «Préface et postface aux Enquêtes à la campagne» (Mars et avril 1941)

    C’est pour cela que nous invitons largement à travailler ensemble, conjointement, à l’élaboration du futur parti communiste révolutionnaire, synthèse des expériences du mouvement ouvrier, synthèse des expériences du mouvement révolutionnaire international. Nous voulons qu’il soit le creuset dans lequel le meilleur de ces expériences pourra servir à forger l’outil de la victoire.

  • 100 millions sinon rien. Partie 4

    100 millions sinon rien. Partie 4

    Nous assumons tout.

    Poser la question cruciale du bilan, notamment humain, des expériences socialistes, est un sujet particulièrement complexe. Il impose de passer par un certain nombre de préalables fondamentaux. Faire l’impasse sur ces points ne peut qu’amener à des conclusions absurdes, comme celles que propose l’introduction du Livre Noir. Celle-ci est un exemple type de malhonnêteté. Elle est base sur l’amalgame de données imbéciles (les morts liés à l’opération Barbarossa imputés au bilan de Staline), sur une exagération constante des chiffres, mais aussi sur des principes douteux de « meurtres au second degré », allant jusqu’à intégrer les « enfants à naître » dont les parents ont été « tués » pour gonfler les statistiques. Mais surtout, la méthode de recherche consiste à traiter de manière intégralement isolée du reste du monde la question de la répression.

    Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, en prenant uniquement l’exemple de la France impérialistes, nous nous rendons vite compte que le bilan humain n’est pas forcément à l’avantage du « monde libre et démocratique ».

    Quoiqu’en disent les historiens et historiennes actuelles, l’histoire du communisme n’est pas un sujet neutre. Écrire sur les expériences socialistes revient à prendre position sur elles, sur leur légitimité, sur leurs succès, leurs réussites, leurs erreurs et leurs échecs. Elle revient également, et ce, à leur corps défendant parfois, à prendre position dans une bataille idéologique et sociale. Or, quoiqu’en disent ceux qui proclament le communisme comme mort et enterré, cette bataille demeure, à l’échelle mondiale, tout aussi vivante et brûlante qu’il y a un siècle.

    En témoigne la réaction de M. Lecaussin, dans son article, horrifié par le risque (in fine surestimé) de voir un candidat PCF dépasser les 5% aux élections électorales.

    Or, la neutralité, dans la lutte des classes, est impossible. Les historiens et historiennes jouent un rôle dans cette lutte. Mais la transmission, la vulgarisation et l’enseignement en joue un autre. Cette histoire-là, elle, est à charge. Elle n’est d’ailleurs pas l’apanage de la bourgeoisie de manière exclusive. La « gauche anti-totalitaire » la retransmet également sans vergogne. Diffuser les écrits du tsariste antisémite Soljenitsyne leur pose moins de cas de conscience que de diffuser les écrits marxistes, léninistes, ou maoïstes. Par un « étrange » phénomène, les trotskistes parviennent d’ailleurs souvent à se faire une place dans ces librairies libertaires, tout comme dans les bonnes grâces des rédacteurs de manuels scolaires.

    L’histoire telle qu’elle est apprise, telle qu’elle est diffusée, pose certains problèmes supplémentaires.L’ Le sensationnalisme, tout d’abord. Il faut vendre, et il est plus facile de vendre sur la base de couvertures dignes du Nouveau Détective que sur la base d’une analyse critique.

    La seconde est le fait que l’enseignement de l’Histoire répond à une commande de la part de l’État, où le caractère d’enseignement civique est retenu avant tout. L’histoire des expériences socialistes est utilisée comme un repoussoir pour permettre de faire adhérer aux valeurs républicaines et démocratiques de l’occident capitaliste. L’apprentissage de l’Histoire, qui créé un référentiel commun de valeurs et de conceptions communes, est conçu, là aussi, comme une machine anticommuniste.

    Mais, malgré cela, la vérité finit par remonter.

    D’un point de vue de données statistiques, il est nettement plus facile de couper court aux spéculations sur l’Union soviétique que sur tout autre État socialiste. C’est pour cette raison, et uniquement pour cette raison que nous nous focalisons sur celle-ci. Nous pouvons défendre politiquement la Chine, l’Albanie, ou d’autres, mais nous ne pouvons pas nous appuyer sur la même littérature, sur une quantité d’écrits aussi développée.

    En vérité, l’ouverture des archives a été un coup particulièrement dur, mais pas pour ceux auquel il était possible de s’attendre. L’école historiographique totalitaire a été celle qui a subi de plein fouet la révélation de ses trucages. Au contraire, l’historiographie sociale, mais aussi l’historiographie anti-révisionniste, en est, au contraire, sortie renforcée. Aujourd’hui, un grand nombre de mythes se dissipent.

    Empêtrés dans leurs mensonges, ces « historiens-propagandistes » ne pouvaient se renier. Ils ont alors accusé les preuves. Ainsi, Robert Conquest, l’un des grands architectes de cette thèse, s’est empressé de dénoncer ces archives comme truquées. Alexandre Soljenitsyne s’est placé à sa suite.

    Pourtant, près de trente ans après cette ouverture, force est de constater qu’il n’est plus possible d’ignorer ces chiffres. Prenons le temps de les connaître.

    Les véritables chiffres

    D’après Les victimes de la répression pénale dans l’U.R.S.S. d’avant-guerre : une première enquête à partir du témoignage des archives, écrit en 1993 par J. Arch Getty ; Gábor T. Rittersporn et Viktor N. Zemskov, les chiffres de la répression sur la période de 1921-1953, soit 32 ans, se présentent de la manière suivante : 799,455 exécutions et 1,473,424 décès. Il est important de souligner que la moitié des décès (560 000 environs) se produit durant les trois années terribles : 1941-1944, pendant lesquelles l’Union soviétique perd 27 millions de citoyens et de citoyennes face à l’invasion par la coalition dirigée par l’Allemagne nazie. À cette date, le taux de mortalité annuel est d’environ 17% par an. Ce chiffre est énorme, mais il est le reflet de la situation terrible de l’URSS à l’époque. Les autres années, le taux de décès reste aux alentours des 3%. L’ensemble amène le bilan du système carcéral soviétique à 2,272,879 personnes. Nous sommes loin des 7 millions de fusillés avancés par Anton Antonov-Ovseenko par exemple.

    D’autres aspects, comme la famine de 1921, celle de 1930 ou de 1947 posent des questions. Les réponses statistiques, là, sont difficiles à fournir. Toujours est-il que les chiffres ont dégonflé. Ils ont été revus de plusieurs fois à la baisse.

    Ces chiffres, surtout avant leur « dégonflage » ont été utilisés comme un fer de lance pour criminaliser le communisme. Ce n’est pas un hasard que des organisations d’extrême-droite comme « Jeune Nation », aujourd’hui dissoute, les aient affichés longuement. D’une part, ils servaient à dissuader de soutenir le communisme. D’autre part, ils ont été utilisés pour réhabiliter, en catimini, le fascisme et le nazisme. Ainsi, les fascistes ont insisté sur le fait que le nazisme ait tué « 6 millions de personnes », tandis que « Staline » en aurait tué 30 ou 40. Non seulement cette bataille des chiffres est stupide, mais elle est malhonnête.

    Le bilan du communisme utilisé pour défendre le nazisme.

    Elle est malhonnête car elle essaie de comparer deux choses qui ne sont pas comparables. Cette question a été le centre de l’Historikerstreit, la querelle des historiens Ouest-Allemands. Ce débat, à la base sur la question de l’exceptionnalité de la Shoah s’est porté par la suite sur une série d’autres questions. Ernst Nolte, historien allemand, avait ainsi lancé une thèse incendiaire, portée notamment par les milieux ultra-conservateurs, jusqu’aux néo-nazis. Cette thèse stipulait que le régime nazi n’avait été qu’une simple réaction au « meurtre de classe » orchestré par le communisme. « Auschwitz […] était avant tout une réaction engendrée par les événements destructeurs de la révolution russe […] la soi-disant extermination des juifs sous le Troisième Reich fut une réaction ou une copie déformée et pas l’acte premier ou un original. meurtre»

    Le but final de la démarche étant, on le conçoit assez aisément, de commencer par mettre sur le même plan le régime soviétique et le nazisme, puis, par la suite, pour réhabiliter le second. Nolte s’est retrouvé appuyé par le président américain Ronald Reagan, qui, le 18 avril 1985, présenta 49 Waffen-SS, tués par les Soviétiques au combat, comme des victimes du communisme. À cela s’est adjoint, également, un brûlot du trotskiste Jörg Friedrich Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel mettait sur le même plan Alliés et nazis, dans un éternel retour au « Ils se valent » de 1944.

    En France, ce sont des renégats du communisme, François Furet et surtout Stéphane Courtois, qui se sont fait les apôtres de cette thèse. Dans le Livre Noir, Stéphane Courtois se permet ainsi d’écrire : « La mort de faim d’un enfant de koulak ukrainien […] « vaut » la mort de faim d’un enfant juif du ghetto de Varsovie. »

    Ce qu’omettent de préciser ces propagandistes, est que, à l’exception des victimes directes de la répression (les 799,455 exécutions, nous verrons postérieurement le contexte dans lequel elles ont eu lieu), a aucun moment le but du régime soviétique fut de tuer. Aujourd’hui, il n’existe plus d’historien sérieux qui puisse affirmer, sans flancher, que l’intention de commettre un « génocide » qu’il soit « de classe » ou « national » ait été au centre de la collectivisation, des purges, ou des situations de famine. Même Nicolas Werth, qui reste lié, par son passé, à un certain paradigme totalitaire, se contente d’un « plutôt oui. » (L’histoire de l’URSS)

    De l’autre côté, nombre de démographes et d’historiens, français ou américains, rejettent désormais cette idée, et la renvoient dans le rayon des fantasmes anticommunistes. La vérité étant qu’un pensionnaire du Goulag, quelles que soient les conditions, avaient des chances nettement supérieures de survivre, d’être libéré et d’être réintégré dans la société soviétique.Dans Le stalinisme au quotidien, rédigé en 2002, Sheila Fitzpatrick consacre d’ailleurs une partie de son ouvrage à ceux qui étaient réhabilités. Dans le même temps, le démographe Alain Blum, dans Naître, vivre et mourir en URSS (2004), évoque cela d’une manière laconique, disant en substance « A ne vouloir parler que des morts, on en oublie les vivants. »

    Mais que signifient les chiffres ? Il est toujours désolant de présenter un bilan humain. Qu’il soit passé de 7 millions à 800 000 n’y change rien. Il ne le rend pas plus, en termes numéraires, justifiable. Il serait de dix fois moins qu’il serait tout aussi impératif de l’expliquer.

    Mais la question est, en premier lieu, politique.

    Elle pose la question de savoir pourquoi ce bilan humain a-t-il été lourd. Elle pose la question, également, de savoir s’il pouvait en être autrement. Le fait de tout assumer signifie aussi devoir aussi dire quand des erreurs ont été commises, quand des fautes, des insuffisances, des travers sont apparus. De savoir dire pourquoi ces travers ont parfois été payés injustement, par des fleuves de sang.

    Ultimement, ces expériences n’ont pas débouché sur une victoire. Ni l’URSS, ni la Chine, ni l’Albanie ou d’autres ne sont parvenues à franchir l’étape de la construction du socialisme.l’ Elles sont pourtant allées plus loin que toutes les utopies et que toutes les rêveries sur le chemin de l’émancipation de l’humanité.

    Expériences improvisées, elles ont dû faire face à des questions qui n’avaient jamais été envisagées auparavant. Elles ont donc dû expérimenter des voies pour permettre de progresser, non pas dans un environnement neutre, mais bien dans une hostilité internationale, dans une lutte des classes intense, avec une population qui, dans une large mesure, aspirait grandement à mener une vie normale et calme. Les difficultés ont été immenses : passer d’une organisation conçue pour la révolution à une organisation pour administrer un pays, faire face aux questions du développement économique, à la production, à la distribution…Combattre aussi les tentatives de restauration, l’inertie, la tendance à ce que le Parti se mue en petites chefferies… etc.

    Il nous appartient de les regarder en face pour comprendre comment et pourquoi ces échecs sont apparus. Aujourd’hui nous le faisons en portant un regard sur la question de l’Union soviétique.

  • « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire, camarades ? »

    « Que venez-vous faire Camarades
    Que venez-vous faire ici
    Ce fut à cinq heures dans Prague
    Que le mois d’août s’obscurcit 
    »

    Il y a 50 ans, l’armée soviétique intervenait dans Prague. Les chars marqués de l’étoile rouge défilaient dans la capitale devant un monde médusé. Certains, en cette date, veulent en faire une victoire de la révolution. Nous ne partageons pas ce point de vue. L’écrasement du printemps de Prague est, à nos yeux, à condamner sans réserve. Cependant cela signifie-t-il embrasser la prétendue thèse du socialisme à visage humain de Dubcek et en faire un héros ? Les choses ne sont pas si simple.

    Retour en arrière.

    A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est libérée par l’Armée Rouge. Après avoir été coupée en deux par l’occupant, dont une partie directement administrée par les pires bourreaux du Reich, elle est réunifiée sous un gouvernement unique. Sa situation est unique à plus d’un titre en Europe Orientale.

    D’une part il s’agit d’un Etat qui, pour sa partie occidentale, est très industrialisé. En 1938, il s’agissait de la première économie d’Europe centrale et orientale. Les usines Skoda et la firme d’aviation Avia sont ainsi particulièrement réputées. Contrairement à d’autres Etats de la région, il existe une importante classe ouvrière, laquelle prend par à la résistance populaire contre l’envahisseur et accueille favorablement l’Armée Rouge.

    Après la guerre, un Front National se met en place, dans lequel le Parti Communiste Tchécoslovaque est présent. Il existe une pluralité politique, qui explique notamment que la Tchécoslovaquie, contrairement à l’URSS, soutienne Israël dans la première guerre israélo-arabe, forçant par ailleurs l’embargo.

    Les années d’après-guerre sont des années de lutte sociale d’importance, dans lesquels le PCT joue un rôle moteur et gagne en influence. En 1946, il fait 38% aux élections, et détient le poste de premier ministre, celui du ministère de l’intérieur et celui de la défense. L’annonce du plan Marshall cristallise les tensions, mais les Tchécoslovaques le vivent avant tout comme une provocation, étant donné qu’il vise notamment à restaurer le potentiel économique et militaire Allemand. L’annonce de l’Alliance Atlantique, en janvier 1948 provoque des remous, étant vue comme une absolution des crimes militaires de l’Allemagne Nazie. Une très grande partie de la classe ouvrière et même des éléments conservateurs applaudissent la position de l’URSS et des PC des différents Etats sur la question des prêts américains.

    La prévalence du Parti Communiste aiguise l’opposition. Celle-ci se met hors jeu par elle-même, menaçant de démissionner ou boycottant les réunions du Front National. Peu à peu, les partis conservateurs et agrariens s’isolent, de même que la droite du Parti-Social Démocrate. Leur tentative de déstabilisation par la désertion échoue cependant.

    Une tentative de coup orchestrée par les partisans de l’atlantisme est éventée, déclenchant une riposte par les milices ouvrières. Les conspirateurs sont arrêtés tandis que des mobilisations populaires portent aux nues le nouveau gouvernement social-démocrate – communiste, dirigée par Klement Gottwald.

    La République Populaire de Tchécoslovaquie est proclamée le 9 mai 1948.

    Au moment des troubles qui suivent la mort de Staline, Klement Gottwald décède dans des circonstances plus que suspectes, de même que d’autres personnalités défendant la ligne de Staline. Son remplaçant, Antonin Novotny suit pieusement les décisions soviétiques.

    En 1960, la République Populaire devient la République Socialiste.

    En 1966, à l’imitation de la réforme de 1964 en URSS, le PCT, dirigé par Antonin Novotny, proclame une réforme dans le fonctionnement économique et politique de la République Socialiste de Tchécoslovaquie. Derrière la prétention que le socialisme est achevé et que la lutte des classes a été menée à son terme, les dirigeants révisionnistes du PCUS initient, en réalité, le retour à un fonctionnement économique libéral, basé sur la concurrence, sur la rentabilité, sur le taux de profit et sur la loi du marché.

    Cette réforme joue un rôle particulièrement important dans le déclenchement du printemps de Prague, dans le sens où elle met fin à une politique de réduction des contradictions sociales et économiques au sein de la société, met fin au fonctionnement de l’économie planifiée. Elle introduit la notion de rentabilité et de responsabilité des directeurs d’entreprise. Quelque part, elle est une forme d’imitation du fonctionnement économique de la Yougoslavie titiste, avec son « autogestion » économique qui a signifié constamment baisse des salaires et concurrence entre usines.

    Cette réforme s’inscrit également dans une grogne générale provoquée par l’adoption, au cours de la 15 ème session du Conseil du COMECON -Le Conseil pour l’Assistance Mutuelle – des principes de base de la « division internationale socialiste du travail ». Cette division satellisait économiquement les démocraties populaires et les figeaient sur un secteur d’activité, au bénéfice de l’URSS, laquelle a été alors caractérisée par Enver Hoxha et Mao Zedong comme étant sociale-impérialiste.

    Ces deux éléments ont eu un impact important sur la population des démocraties populaires. Dans les faits, pour la première fois depuis la libération du pays par les troupes soviétiques, le niveau de vie diminue. Tout comme à Berlin en juin 1953, ce sont les baisses des salaires qui sont le fondement de la révolte.

    Novotny, élève modèle pour les révisionnistes de Moscou, est donc la cible de la vindicte populaire. Léonid Brejnev, intervenant directement dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie, ordonna donc son remplacement par Alexander Dubcek. Celui-ci était le représentant d’une ligne encore davantage droitière au sein du PCT. Mais, pour l’application de sa ligne, présentée comme du « socialisme à visage humain » -soit le rétablissement d’un fonctionnement ouvertement capitaliste au sein de la Tchécoslovaquie- il se devait d’échapper à l’orbite moscovite. Tel était l’intérêt des classes privilégiées de son État.

    L’insoumission de Dubcek lui valu une inamicale pression de la part du grand-frère, notamment par le fait que les troupes soviétiques manœuvraient en Tchécoslovaquie depuis juin. Les négociations sur les transformations à l’œuvre ont cours en août. Le 3, les dirigeants de la RDA, de la Pologne, de l’URSS, de la Hongrie, de la Bulgarie et de la Tchécoslovaquie signent une déclaration commune qui autorise l’intervention armée de l’URSS si jamais un système bourgeois s’y établirait. A la suite de cette déclaration, l’URSS replie ses troupes hors des frontières du pays tout en les laissant à proximité.

    L’intervention en tant que tel est le fruit d’un cafouillage. Un coup de force fait par les membres pro-moscovites du Parti devait être opéré. Seulement, la manœuvre de l’appareil fit long feu. L’intervention militaire, sous prétexte d’un appel non signé à l’aide, commença dans la nuit du 20 août. Les forces engagées étaient immenses, supérieures à celles que l’Allemagne nazie avait lancées sur l’URSS en 1941. La résistance fut faible, mais entre 72 et 90 morts furent à déplorer.

    Les dirigeants tchécoslovaques furent, dans leur grande majorité, arrêtés et emmenés à Moscou. Des manifestations eurent lieu pendant une semaine à Prague, avant que les choses ne se tassent. Le protocole de Moscou, qui assujettissait la Tchécoslovaquie… Libérée, la clique de Dubcek signe un protocole de soumission à Moscou, entérinant le statut de colonie de son Etat.

    L’invasion de la Tchécoslovaquie fut un aveu à plusieurs degré. Un aveu sur la nature des relations entre l’URSS et ses Etats frères, traités en satellites. Elle était également un aveu de faillite sur le fonctionnement de la nouvelle voie économique choisie par la direction du PCUS depuis le XIXe congrès, actée par le XXème. Elle illustrait une aggravation de la lutte des classes au sein des démocraties populaires.

    L’intervention fut condamnée par la Chine, en conflit avec l’URSS depuis plusieurs années, mais également par l’Albanie, qui se retira du Pacte de Varsovie. Cette décision était particulièrement courageuse, étant donné la situation géographique de l’Albanie, a portée d’un coup de force de la part de Moscou.

    L’Albanie et la Chine ont porté par ailleurs un regard particulièrement lucide sur la nature de l’opération menée par Moscou en Tchécoslovaquie, analyse à laquelle nous souscrivons pleinement.

    Dans les faits, ce que révèle cette opération et la manière dont ont réagi les dirigeants de la Tchécoslovaquie est illustratif de l’évolution de la nature politique de l’Union Soviétique, mais également de tout le camp autour d’elle au cours de cette période.

    D’une part, l’URSS ne reproche pas l’évolution de la doctrine économique de la Tchécoslovaquie. Elle ne lui reproche même pas son évolution politique, y compris la réhabilitation de dirigeants condamnés au cours des procès de l’après-guerre. Les dirigeants bourgeois d’avant-guerre sont encensés, tandis que l’opprobre est jetée sur la direction de Gottwald, sur la « terreur stalinienne » et sur le « Komintern ». Même la politique de Novotny est critiquée par la droite, tandis que les noms des réactionnaires fleurissent de nouveau.

    La direction de Novotny a détaché les masses populaires de la volonté de construire le socialisme et a préparé les esprits au passage au libéralisme, tandis que les sentiments bourgeois et chauvins se développaient.

    Mais cela n’était toujours pas une contradiction antagonique avec Moscou. Ce qui a provoqué le casus belli était uniquement la volonté de ne plus se soumettre aux ordres de Moscou et à son injuste système de division internationale « socialiste » du travail. Ce qui a provoqué le casus belli n’est autre que le fait que la bourgeoisie tchécoslovaque veuille tenter l’aventure en solo, en position intermédiaire entre est et ouest, en électron libre restaurant un capitalisme national. En cela, ils se sont appuyé sur ceux et celles qui appelaient à une liberté métaphysique, mais qui avaient audience auprès des masses populaires, déçues de la politique de compradore de Novotny.

    Hoxha, peu avant la crise, écrivait : « La réaction tchécoslovaque, la bourgeoisie tchécoslovaque, partie intégrante de la réaction mondiale et de la bourgeoisie ultra-réactionnaire européenne et liée à elle par de multiples attaches, se rend parfaitement , compte de ce qu’est la dictature du prolétariat. Elle a lutté elle-même par les armes et en engageant des légions entières contre le pouvoir soviétique instauré par Lénine en Union soviétique. Maintenant, elle ne se borne pas à prôner cette lutte contre la dictature du prolétariat, elle la livre avec esprit de suite. Elle utilise comme toile de fond la fumée et la boue que les khrouchtchéviens ont jetées sur la dictature du prolétariat et son œuvre glorieuse en Union soviétique ; elle dépeint la juste et ferme lutte que le Parti bolchevik, Staline en tête, et le pouvoir soviétique ont menée d’une manière exemplaire contre les gardes blancs, les trotskistes, les déviationnistes traîtres au parti, au socialisme et au marxisme-léninisme, comme un épouvantail pour en éloigner les gens et prendre sa revanche »

    Pourtant ces contradictions n’étaient pas suffisamment aigües pour que Dubcek donne l’ordre de résister -alors qu’une partie des officiers subalternes étaient partisans de la résistance- ni distribuer d’armes aux masses populaires. In fine le conflit s’est réglé dans un entre-soi de révisionnistes, tandis que les seuls a verser leur sang étaient des membres des masses populaires. Enver Hoxha l’a démontré dans ses articles écrits à l’époque :

    « Lorsque les occupants révisionnistes soviétiques ont entrepris cette action, ils pensaient que la direction tchécoslovaque s’agenouillerait devant eux. Cette direction révisionniste a en fait capitulé, laissant ses frontières ouvertes et ne donnant pas l’ordre de les défendre, puis elle a capitulé une deuxième fois à Moscou et s’est mise au service des occupants. Les Soviétiques s’évertueront à trouver des hommes sûrs qui leur soient absolument soumis pour former pour le moins un gouvernement quisling relativement stable. »

    Chose que les soviétiques ont fait un an après, profitant de la leucémie contractée « à Moscou » par Dubcek.

    Mais dans l’intervalle, les soviétiques ont usé de la conviction par le blindé. Méthode que Khroutchev n’a pas hésité à utiliser, en 1957, contre le Comité Central du PCUS, pour arracher de force le pouvoir, avec l’aide de l’armée et de Joukov, et chasser Molotov, Kaganovitch, Malenkov, Chelipov et Boulganine. Revisitant la diplomatie de la canonnière, Khrouchtchev a jeté les bases de la diplomatie Brejnevienne avec ses pays frères. Encerclé, occupé, le pays doit signer un traité.

    « Ce «traité» est un exemple scandaleux du cynisme et de l’infamie des révisionnistes soviétiques, un nouveau témoignage de leur politique agressive et impérialiste. Dès le début, dès le premier article se découvre dans ce document l’essence même de la «diplomatie des chars», car il fait état de l’«accord» entre l’agresseur et sa victime, «accord» qui a été conclu une fois le fait accompli, c’est-à-dire après l’occupation militaire complète, sous la menace des canons et des blindés. »

    « Le diktat, préparé à Moscou et signé à Prague, loin d’apporter une solution à la crise qui tenaille la clique révisionniste soviétique et le front révisionniste en Tchécoslovaquie et ailleurs, ne fait qu’aggraver encore la situation politique, économique et sociale déjà assez difficile en Union soviétique et les rapports entre les divers pays et cliques révisionnistes. »

    Et de fait, après le printemps de Prague, l’URSS, encore auréolée de sa victoire contre le fascisme et de sa participation au camp de la résistance contre l’agression impérialiste au Vietnam, a senti son soutien populaire pâlir. Même dans son propre camp, les voix se sont élevées. La Roumanie a refusé de participer à l’opération. Le PCF et le PCI ont condamné l’occupation. En somme, des fissures se sont formées. Pendant un temps, le PCUS a été isolé.

    Le Pacte de Varsovie lui-même a été sous le feu des critiques. Hoxha écrivit : 

    « Les récents événements de Tchécoslovaquie confirment ce que nous avions depuis longtemps prévu, à savoir que le Pacte de Varsovie n’a plus le caractère qui a présidé à sa création. A l’exception de la Roumanie, tous les pays qui en sont membres et où sont au pouvoir les cliques révisionnistes, ont attaqué la Tchécoslovaquie lâchement et à la manière fasciste, ils ont utilisé ce pacte comme un moyen d’oppression et d’asservissement contre un pays qui en est signataire. »

    De fait, tout comme le mur de Berlin, l’intervention en Tchécoslovaquie a été comprise comme un aveu de faiblesse pas l’occident, qui n’a eu de cesse de l’exploiter en usant du prétexte de «défense des droits de l’homme ». Elle n’a pas raffermi la position de l’URSS, mais a illustré le fait que la ligne économique et politique choisie depuis le XX ème congrès du PCUS entraînait par elle même la déliquescence du camp socialiste.

    Aujourd’hui encore, les anticommunistes usent de cette arme contre le mouvement communiste. L’Humanité, sans vergogne, en parle ainsi en ces termes : « Un choc à la dimension de l’espoir qu’avait éveillé le printemps de Prague, ce nouveau cours emprunté depuis le début de l’année par le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) pour insuffler la démocratie dans la vie politique et sociale, après des années d’arbitraire. Ce projet de « socialisme à visage humain », en rupture avec l’héritage stalinien, était largement soutenu par la population. Il ne modifiait pas la position stratégique du pays, qui demeurait membre du pacte de Varsovie, alliance militaire des États socialistes, et du Comecon, organe d’intégration économique de l’URSS et de ses alliés. » Sans la moindre vergogne pour l’histoire et pour la position des « staliniens » qui ont, dans leur intégralité, condamné l’opération, ces porte-plumes du capitalisme « à visage humain » tentent de tout mélanger en un brouet infâme pour tout condamner d’un bloc : La ligne révolutionnaire et la ligne révisionniste.

    50 ans après nous condamnons toujours cette intervention militaire orchestrée sous couvert de solidarité, mais conçue pour défendre l’impérialisme. Pour autant nous ne nous associons pas aux larmes de crocodiles des bourreaux d’ailleurs, qui pleurent hypocritement. Nous défendons l’héritage de la construction du socialisme, de la lutte contre le révisionnisme, nous défendons le fait que la dictature du prolétariat demeure, malgré les difficultés auxquelles elle s’est heurtée, la seule voie permettant de remettre réellement le pouvoir entre les mains des masses populaires.

  • Vox populi, vox Dei ? Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Vox populi, vox Dei ? Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Vox populi, vox Dei ?

    Le questionnaire liquidateur du PCF.

    Notre position sur la question du PCF ne souffre guère d’ambiguïté. Elle est intégralement expliquée au sein de la publication que nous avions effectuée, un an auparavant, dans Pour en finir avec le Mythe du PCF. Aujourd’hui, cet ouvrage est en rupture de stock, nous prévoyons ainsi d’en éditer une deuxième version, corrigée, enrichie, améliorée.

    Au sein de ce livre, nous avons voulu retracer les raisons de la dégénérescence idéologique du PCF, laquelle s’est manifestée, avec une gravité croissante, tant dans le choix de rendre les armes en 1945, d’accepter le programme social-chauvin des « nationalisations démocratiques », les positions sur l’Algérie, sur mai 1968… les exemples sont loin de manquer.

    D’une manière générale, le PCF s’est parfaitement glissé dans le lit de la ligne du PCUS après la déstalinisation. C’est au nom de la coexistence pacifique de Nikita Khrouchtchev que le PCF a combattu l’idée d’indépendance de l’Algérie, sous prétexte que celle-ci pourrait déclencher une guerre ouverte.

    Aujourd’hui, le Parti Communiste Français n’est plus que l’ombre de lui-même, tant idéologiquement qu’organisationellement. Cela s’illustre par les visées annexionistes du mouvement de la France Insoumise, lequel se verrait bien prendre la place du PCF et du PS dans de nombreux endroits.

    Cela ne signifie pas que nous logeons ses membres à la même enseigne. Nous comprenons, dans une certaine mesure, l’ardeur avec laquelle certains essaient de se battre en son sein. Comment les en blâmer ? Nous ne nions pas qu’il existe une sincère opposition à la ligne décidée par la direction du PCF, que celle-ci est constituée de militantes et de militants qui sont des camarades, dévoué à la lutte contre la bourgeoisie. Mais cette oppositions est enferrée dans un piège sans fin. Dans les rangs de celle-ci se retrouvent autant des personnes avec lesquelles nous sommes dans un relatif accord idéologique -considérant comme déterminant le XXème congrès du PCUS dans l’effondrement du camp socialiste. D’autres, en revanche, s’approchent plutôt d’une ligne  typiquement campiste ou révisionniste. Ils sont dans la négation de la restauration capitaliste qui suit la déstalinisation, dans une adhésion intégrale à la ligne brejnevienne, et ne comprennent les facteurs intérieurs qui expliquent l’échec de l’URSS.

    Avec les uns comme les autres, il nous paraît important de mener le débat, de poser scientifiquement les questions idéologiques, pour qu’elles soient tranchées et pour que chacun, chacune, avance.

    Mais quel que soit leur position idéologique, celle-ci est enchaînée par la maîtrise de l’appareil dont dispose la direction du PCF. Lors du dernier congrès, que nous avons abondamment commenté dans notre ouvrage, l’opposition s’est ainsi plainte que la direction avait avancé la date de dépôt des textes, dans le but de brusquer leur rédaction et de rendre impossible une discussion autour de leur contenu.

    A la fête de l’Humanité de 2016, le stand des oppositionnels de Saint-Quentin est ainsi attaqué par une escouade de gros-bras de la sécurité, de peur que les militants et militantes ne gênent une discussion prévue le lendemain. L’affaire bénéficie d’un écho remarquablement faible, de la part de victimes souffrant d’un syndrome de Stockholm, mais préférant demander, par voie de plainte, l’arbitrage de la justice bourgeoise. Hallucinant.

    Le prochain congrès se déroule d’ores et déjà sous les mêmes auspices, avec une volonté de ne pas avoir de débat idéologique au sein du PCF, uniquement une adhésion à des formules déjà déterminées, basées sur le réformisme le plus plat et le plus servile.

    Aujourd’hui, c’est une autre torpille que lance le PCF contre tout débat idéologique en son sein. Celle-ci est pourtant sous une forme, à priori, relativement innocente. Il s’agit d’un simple questionnaire adressé à 500 000 personnes.

    Pourtant, ce questionnaire porte en lui des germes ravageurs.

    Nous, qui nous retrouvons notamment dans l’héritage issu de l’expérience chinoise, n’avons pas de problème avec les enquêtes. Elles sont même nécessaires et incontournables pour comprendre la réalité sociale. Sans enquête, il ne peut y avoir qu’une compréhension livresque, morte, fétichisée de la réalité sociale, des aspirations des masses, de leur état d’esprit. Lorsque Mao explique la nécessité de l’enquête, celle-ci se fait dans le but de comprendre toute la dialectique interne de la société qu’il étudie.

    Le fait de mener l’enquête fait partie du travail militant, est un aspect essentiel, car il permet de se saisir des aspirations légitimes des masses, de les analyser, de les reformuler, d’en systématiser les aspects justes et de combattre les aspects erronés. Le tout permettant, non comme une chose séparée, mais bien dans le cadre de l’activité politique, de disposer de mots d’ordres justes et correspondants à l’état d’esprit des masses, mais également de permettre une progression politique de celles-ci.

    Dans le cas du présent questionnaire, la démarche n’est pas la même.

    « Vous voulez être entendus

    Comme nous, vous en avez assez de voir la parole populaire méprisée, ignorée, trahie.

    Le Parti communiste lance une grande consultation citoyenne dans le pays pour débloquer la situation. Pour avoir un grand débat public, faire émerger les exigences populaires, ouvrir des solutions face à la crise. Un grand débat pour donner votre avis sur la France, l’Europe, le monde.

    Nous avons tous un bout de la solution

    Vos exigences, exprimées et rassemblées doivent former un mandat populaire à rendre incontournable. Donc, à vous d’écrire la politique, à vous la parole !

    Prenez la parole !

    Le questionnaire, proposé 500 000 personnes dans le pays est un point de départ. Vos réponses seront synthétisées au niveau national et rendues publiques. »

    Si l’idée peut apparaître louable, elle est, pourtant, fondamentalement dangereuse.

    D’une part car la forme même du questionnaire rend toute analyse faussée. Elle n’apprend rien sur les désirs des masses. Que signifie le fait de cocher telle ou telle case ? La bourgeoisie et le prolétariat n’aspirent-ils pas à la prospérité et à la sécurité, ainsi qu’a la possibilité d’avoir moins de travail et plus de loisir ? Pourtant, derrière ces questions, le contenu de classe imprime une réalité différente.

    Quels sont les contenus des items suivants ?

    « Renforcer et transformer l’Education Nationale pour faire réussir tous les jeunes ? », qui peut se dire contre ? Mais cependant, cela signifie t-il une éducation privatisée, à l’exemple des friskols, ou une éducation de masse, ouverte à tous, laïque, critique et populaire ?

    « Je veux un meilleur salaire ? », « je veux des meilleurs conditions de travail », « je veux un emploi stable », « je veux un meilleur vivre-ensemble »… chacune de ces propositions peuvent être lues d’un point de vu bourgeois, libéral, droitier, ou peuvent être lues d’un point de vue populaire. Encore qu’il aurait pu être de bon ton, pour au moins sauvegarder les apparences, de parler de l’abolition du salariat.

    Chacun aspire le meilleur pour soi et ses proches, seulement cette aspiration se réalise, pour la bourgeoisie par l’écrasement, l’asservissement, l’aliénation des masses. Pour le prolétariat, cela passe, au contraire, par la lutte révolutionnaire et l’anéantissement de la bourgeoisie et de son ordre.

    Pourquoi ne pas demander, tant qu’a tomber dans la platitude, si la lutte contre la mort paraît une bonne ou une mauvaise chose ?

    Ce questionnaire ne cherche pas à stimuler la combativité des masses, ni à connaître les aspirations de celles-ci, il ne cherche qu’a superposer des conceptions déjà hégémoniques au sein du PCF sur les conceptions de celles-ci.

    Vox populi, vox Dei ? L’argument du désir des masses, du désir d’une population vidée de son contenu de classe, est un argument creux, démagogue. En faisant cela, le PCF se met à la remorque de conceptions qui peuvent être réactionnaires, sous prétexte qu’elles puissent être hégémoniques. Le rôle d’un Parti est de  stimuler, de diriger la lutte, de la faire progresser politiquement, non de devenir un porte-parole neutre de la population -comme si cela avait un sens- y compris des thèses fausses et erronées.

    Si 95% des sondés disent que le communisme est mauvais, le Parti Communiste – si tant est que ce terme ait encore un sens pour lui – doit-il se mettre à le clamer ? Ou, au contraire, devrait-il lutter contre ces idées fausses, en faisant, au sein des masses, d’une part la démonstration de la supériorité du système socialiste sur le capitalisme, et le fait, en pratique, que l’idéologie marxiste-léniniste est celle qui permet la libération des masses ? C’est ce que ferait un parti communiste. Un Parti Communiste est capable de déterminer la part juste des idées des masses, et les aspects faux. Il soutient les unes et lutte contre les autres.

    Admettons que le communisme soit majoritairement rejeté par le prolétariat. Les militants communistes peuvent, pour autant, s’appuyer sur la minorité la plus avancée, la moins touchée par les verbiages anticommunistes. Mais les militants et militantes doivent aussi, en s’appuyant sur le vécu des masses, sur leurs conditions de vie, sur l’exploitation et la domination qu’elles subissent, démontrer que la lutte contre la bourgeoisie et pour la révolution est la seule voie qui apporte une résolution. Même si cela demande de lutter, parfois de manière aigue, contre des conceptions fausses. Au faux vox populi, nous préférons le vox proletari.

    Un parti opportuniste, amorphe, démagogique comme le PCF, lui, ne cherche qu’a canaliser vers la réforme la colère des masse, où de s’appuyer sur elle pour avancer sont propre programme. Programme qui correspond aux intérêts de la classe qu’il sert réellement : la petite-bourgeoise et l’aristocratie ouvrière corrompue par l’impérialisme.

    Le « mandat populaire » est vide de contenu de classe.

    Comment serait-il crédible que ce questionnaire puisse être démocratique et valable ? Quel contrôle peut être effectué sur l’utilisation du contenu ? En supposant que les 500 000 personnes qui rempliraient ce questionnaires seraient, pour un part, constitués de mauvais esprits qui tenteraient d’envoyer le PCF dans une voie plus ridicule encore que celle qu’il prend actuellement, que ferait la direction des résultats ? Les adouberait-elle, ou les enterrerait-elles ?

    La citation attribuée à Staline -une parmi tant, non-sourcée- indique qu’il aurait déclaré, avec justesse, que l’important n’est pas tant le vote que celui qui le compte.

    Combien d’organisation, de mouvements, font le coup de la plate-forme internet pour permettre l’expression publique et populaire, prétendument, mais pour ensuite n’en tenir aucunement compte ? N’est-ce pas déjà le cas de la France Insoumise, voir même celui de La République En Marche, une façade de démocratie, mais un contrôle interne opaque et obscur.

    Le nouveau paradigme du mouvement, prenant le pas sur les partis, le permet pleinement. Un mouvement, pour reprendre la citation de Mélenchon n’est  «ni vertical, ni horizontal, il est gazeux, c’est-à-dire que les points se connectent de façon transversale: on peut avoir un bout de sommet, un bout de base, un bout de base qui devient un sommet…». Un parti, en revanche, fonctionne autour de statuts, de règles, de congrès, de conférences, d’assemblées générales, d’instances démocratiques et décisionnelles. Ces mêmes instances, déjà torpillées par le PCF, sont maintenant en passe d’être liquidées complètement.

    In fine ce questionnaire se prétend « exploratoire », mais il est manipulatoire. Il sert a faire adouber un programme déjà dessiné sur le fond, au sein du PCF. Ce programme électoral -à défaut de programme politique réel- tente d’utiliser la vox populi, la voix populaire, pour justifier un programme intégralement réformiste.

    A défaut de choix, ce questionnaire sert à préparer le terrain à un programme social démocrate de bas étage, dans le seul but de court-circuiter les adhérents qui s’accrochent à une idée révolutionnaire. Le prochain congrès du PCF sera dominé par cette voix du peuple que prétend incarner ce questionnaire. Il est déjà le texte de congrès. Il incarne déjà la ligne opportuniste, apolitique, économiste qui sera mise en oeuvre.

    Car là réside le drame. Combien de militants et de militantes sincères s’accrochent pour garder une « vieille maison » auquel ils et elles ont vouées -nous utilisons désormais l’accord de proximité- leurs vies ? Suffisamment pour que cela soit triste. Nous les comprenons, nous comprenons qu’ils et elles puissent vouloir renflouer le Titanic, puissent vouloir sauver ce qui fut, à une autre époque, le poing d’acier du prolétariat en lutte.

    Le PCF est irrécupérable. Sa structure n’est pas celle qui convient à un parti de type léniniste. Il n’est plus qu’un outil rouillé de conquête ou -plutôt- de conservation de quelques mairies, de quelques bastions. Il n’est pas un outil qui correspond à la tâche révolutionnaire, il n’est pas un parti révolutionnaire.

    Nous ne voulons pas, pour autant, construire nous-mêmes un mur de Berlin entre les militants et militantes PCF sincères et nous. Celles et ceux qui partagent le même fond idéologique sont dans la même bataille, livrent le même combat. Nous pensons qu’ils et elles ont tort sur cette question cruciale, et nous regrettons qu’ils soient les otages d’une direction, de cliques, qui se servent d’eux, les essorent, les mettent à leur service comme recruteurs « de gauche », pour maintenir en vie un zombie.

    Aujourd’hui, symbole de la déliquescence de ce zombie, Pierre Laurent compte supprimer la référence au communisme. Même au seuil de la mort, ce recul demeure grave. Même si le PCF ne l’a guère portée dignement, la destruction de cette référence idéologique demeure dans la droite ligne d’une tentative d’éliminer le communisme de la scène publique, de l’exterminer.

    A celles et ceux qui souhaitent répondre au questionnaire, nous ne pouvons que les inciter à le subvertir au maximum et à diffuser cette subversion. Celle-ci ne peut, à nos yeux, que passer par la mise sur la table, de la manière la plus massive et la plus large, d’un élément central, essentiel, incontournable de la définition politique du communisme : la dictature du prolétariat.

    Quelque soient les symboles, les noms, les termes employés dans les textes de congrès, ils n’ont pas de sens si ils ne forment pas le socle, la base, autour de laquelle tout s’agrège -cadres, structure, organisation, principes de direction.

    Nous ne pouvons qu’appeler les militants et militantes du PCF à acter que leur parti ne correspond plus à cela. Nous ne pouvons que les appeler à en faire le deuil et à avancer. Avancer vers la construction de l’outil qui manque aux masses, à l’heure actuelle : un parti léniniste, un parti pour battre la bourgeoisie, un parti pour construire le socialisme, capable de diriger l’action des masses vers la victoire.

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Partie finale.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Partie finale.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste et révisionniste ?

    Alors que nous publions au fur et à mesure ce texte, le 19 septembre une première réponse des matérialistes vient d’émerger. Une nouvelle fois, rien n’est démontré et tout est asséné. Asséné le fait qu’il faille s’isoler. Asséné le fait qu’il faille rester discret. Asséné le fait de ne pas militer dans les syndicats, dans les masses. Asséné le fait qu’ils détiennent la ligne parfaite, mais qu’ils ne sont pas en mesure de la partager.

    C’est bien là une manière erronée et idéaliste de voir les chose, de croire qu’il faille s’isoler des masses et de leurs luttes, de leurs forces et de leurs travers, pour s’instruire. C’est bien là, encore, la preuve que les Matérialistes sont des alchimistes d’alcôves, non des chercheurs.

     C’est là la marque de l’absence complète de matérialisme de la part de la secte.  Qu’écrivait, à ce sujet, le philosophe Georges Politzer: Etre matérialiste en pratique, c’est agir conformément à la philosophie en prenant pour facteur premier et le plus important la réalité, et, pour facteur second, la pensée.

    Nous allons voir quelles attitudes prennent ceux qui, sans s’en douter, tiennent la pensée pour le facteur premier et sont donc à ce moment idéalistes sans le savoir.

    Comment appelle-t-on celui qui vit comme s’il était seul au monde ? L’individualiste. Il vit replié sur lui-même ; le monde extérieur n’existe que pour lui seul. Pour lui, l’important, c’est lui, c’est sa pensée. C’est un pur idéaliste, ou ce qu’on appelle un solipsiste. (Voir explication de ce mot, première partie, chap. II.)

    L’individualiste est égoïste, et être égoïste n’est pas une attitude matérialiste. L’égoïste limite l’univers à sa propre personne.

    Celui qui apprend pour le plaisir d’apprendre, en dilettante, pour lui, assimile bien, n’a pas de difficultés, mais garde cela pour lui seul. Il accorde une importance première à lui-même, à sa pensée.

    L’idéaliste est fermé au monde extérieur, à la réalité. Le matérialiste est toujours ouvert à la réalité ; c’est pourquoi ceux qui suivent des cours de marxisme et qui apprennent facilement doivent essayer de transmettre ce qu’ils ont appris.

    Celui qui raisonne sur toutes choses par rapport à lui-même subit une déformation idéaliste.

    Il dira, par exemple, d’une réunion où il a été dit des choses désagréables pour lui : « C’est une mauvaise réunion ». Ce n’est pas ainsi qu’il faut analyser les choses ; il faut juger la réunion par rapport à l’organisation, à son but, et non pas par rapport à soi-même.

    Le sectarisme n’est pas non plus une attitude matérialiste. Parce que le sectaire a compris les problèmes, qu’il est d’accord avec lui-même, il prétend que les autres doivent être comme lui. C’est donner encore l’importance première à soi ou à une secte.

    Le doctrinaire qui a étudié les textes, en a tiré des définitions, est encore un idéaliste lorsqu’il se contente de citer des textes matérialistes, lorsqu’il vit seulement avec ses textes, car le monde réel disparaît alors. Il répète ces formules sans les appliquer dans la réalité. Il donne l’importance première aux textes, aux idées. La vie se déroule dans sa conscience sous, forme de textes, et, en général, on constate que le doctrinaire est aussi sectaire.

    Croire que la révolution est une question d’éducation, dire qu’en expliquant « une bonne fois » aux ouvriers la nécessité de la révolution ils doivent comprendre et que, s’ils ne veulent pas comprendre, ce n’est pas la peine d’essayer de faire la révolution, c’est là du sectarisme et non une attitude matérialiste. (Principes élémentaires de philosophie)  Pourtant, malgré les démonstration de sa vacuité politique, de son absence de pratique, de ses prises de position inconséquentes, elle persiste. Elle persiste à mordre tout ce qui est un miroir de son inutilité. Ainsi le « PCF(mlm) »  nous attaque comme étant des « réformistes » et des « révisionnistes. » A cela, nous répondons.

    L’Unité Communiste de Lyon est une organisation jeune. Elle l’est doublement. Elle est jeune car elle n’a qu’un an et demi de vie active derrière elle. Elle n’a donc pas eu le temps de trancher toutes les questions qui se posent à elle. Elle est jeune car les militants et les militantes qui la composent sont, eux aussi, en grande partie, jeunes.

    Pourtant, nous avons essayé d’avancer certaines thèses générales, certains positionnements, en somme, nous avons tracé des lignes de démarcation qui font notre physionomie politique. Si nous les comparons avec celles que nous avons précité chez le « PCF(mlm) », nous ne trouverons guère de points de jonction. Il est vrai que notre soutien va à la Palestine -même si nous ne soutenons pas forcément le programme politique de toutes les composantes de la résistance ; que nous condamnons les revendications -passées et présentes- des manifestations de policiers ; que nous avons appelé à la constitution progressive d’une opposition extra-parlementaire plutôt que de voter pour Emmanuel Macron. Il est vrai aussi que nous appelons aux manifestations contre la Loi Travail. Cela nous démarque de nos détracteurs.

    Nous avons également formulés nos bases politiques dans divers textes, lesquels nous servent de références et nous serviront jusqu’au congrès. Ces textes sont disponibles sur notre site. Dans les brochures sur la question du socialisme, des bases du communisme, du maoïsme, sur la question de la dictature du prolétariat, nous avons, nous le pensons, bien établi nos bases théoriques. Celles-ci sont inspirée de l’expérience de la Commune de Paris, de la Révolution d’octobre, de la guerre civile chinoise. Celles-ci rejettent les conceptions réformistes de Karl Kautsky tout comme celles des trotskistes et des anarchistes.

    Nous reconnaissons la nécessité d’une organisation révolutionnaire, le Parti Communiste, bâtie autour d’un objectif : la révolution prolétarienne, la destruction du pouvoir de la bourgeoisie ainsi que la construction du socialisme, fut-ce sur une seule portion de la Terre.

    Nous reconnaissons la nécessité de la dictature du prolétariat et le fait que cette dictature du prolétariat soit l’outil principal de la lutte contre la restauration du capitalisme, mais également pour la construction du socialisme.

    Cela pourrait n’être que des leçons bien apprises, et rester de papier. Après tout, malgré leur fonds documentaire immense et richement doté, les matérialistes ne sont pas capable de faire d’autres choses que d’ânonner des textes pour se légitimer. Bien qu’il soit probablement difficile de trouver des textes de Mao défendant la police de l’Etat bourgeois.

    Dans nos prises de position publiques, ainsi que dans nos communiqués, nous avons défendu un embryon de programme, limité, temporaire, comprenant des étapes, dans le but de partir de la situation actuelle et de tenter de pouvoir avancer -politiquement et organisationellement. Ces mots d’ordre ne pouvaient se contenter d’être des appels à la révolution. Ils se devaient d’avoir un caractère intermédiaire -même très basique- et transitoire. Cela n’empêche pas que nous pensons que la stratégie générale est celle de préparer la Révolution Prolétarienne, non un bloc défensif autour de la démocratie bourgeoise.

    Effrayés par le fantasme du fascisme, le « PCF(mlm) » s’obstine à avoir comme stratégie un front uni, une ligue défensive. Il n’a décidemment pas compris le fait que la bourgeoisie et le capitalisme ne se dirige pas immanquablement vers cela. Que la nécessité du fascisme correspondait, au moment de sa mise en place, au moment où la bourgeoisie lui a ouvert grand les bras, à la répression du mouvement révolutionnaire.

    Dans la situation de l’enfant effrayé par l’ombre de l’homme qui a vu l’ombre du loup, la secte est tellement obnubilée par cette peur du fascisme qu’elle est prête à toutes les alliances, à tous les compromis, à toutes les reptations. Pour eux, être straight edge est une condition sine qua non  pour être quelqu’un de fréquentable -d’où leurs crachats sur les merguez-pastis CGT, ou encore sur le Kebab-bière des autonomes- mais en revanche, il est possible de marcher avec Gattaz.

    Nous ne partageons pas cela. Nous pensons que nous sommes effectivement faibles, nous sommes dispersés, nous sommes atomisés et éclatés en sectes. Mais nous devons avancer avec cette stratégie générale : l’heure n’est pas à la compromission avec le patronat et la bourgeoisie, mais bien à la construction d’une force indépendante, offensive, révolutionnaire.

    Nous ne sommes pas le parti communiste qui dirigera la révolution, nous sommes une organisation qui demeure au niveau du cercle, laquelle a pour vocation de s’unifier, d’avancer, de disparaître. Nous ne sommes donc pas sur un pied d’égalité, au niveau organisationnel, avec le Grand Parti qu’est le « PCF(mlm) », nous n’avons pas sa grandiose influence sur les masses non plus. Pourtant, nous ne considérions pas que des appels à la révolution, de but en blanc, soient le mot d’ordre de 2016, ni celui des élections de 2017, ni celui du mouvement qui vient. Sans outils adaptés, il nous est impossible de pouvoir faire autre chose que des sauts de cabri en l’air en criant « révolution. » C’est là un fait. Il faut mentionner que, pour lui, le Parti est achevé, le Parti est prêt, il est construit et architecturé pour sa mission : diriger les masses pour la révolution. Seulement, entre inscrire « Parti » partout et entre en assumer d’une manière réelle les tâches, un océan se forme, océan que les courtes jambes du « PCF(mlm) » l’empêchent de franchir. Nous reviendrons là dessus, mais toujours est-il que nous ne prenons pas de leçons de la part de ceux qui s’isolent et se coupent des masses, jours après jours.

    Durant les élections, tandis que les révolutionnaires du « PCF(mlm ») appelaient à voter pour Emmanuel Macron -comme si leur influence changerait un tant soit peu la donne- nous développions le mot d’ordre d’opposition extra-parlementaire. Opposition qui se caractérise, effectivement, par un contenu réformiste – il s’agit d’une mesure transitoire – mais permettant une prise de parole, une prise de position, un gain d’influence de conceptions extra et anti parlementaires. Il s’agissait également de la possibilité d’initier des embryons de débat et de démocratie populaire, dans la mesure des moyens et de l’influence des forces politiques hostiles à la démocratie bourgeoise. Il s’agit, également, pour nous, de politiser les questions qui peuvent être développées dans des groupes comme Front Social, et de quitter la sphère de lutte économiste pour aller vers le politique.

    De ce point de vue, tactique, nous avons agit d’une manière réformiste. Mais le fond de l’affaire se juge sur la stratégie. La nôtre est d’avancer dans le but de forger les organisations révolutionnaires. Le PCF(mlm) a également eu, durant les élections, une ligne réformiste. A la différence que ce dernier, après avoir vomi son communiqué, a replié son drapeau et est rentré paisiblement dans ses pénates. Nous avons, de notre côté, participé aux mobilisations antiparlementaires, tels que le rassemblement du 4février 2017 à Lyon, pour rejeter les candidatures de Le Pen, de Macron et de Mélenchon. L’Unité Communiste de Lyon à un bilan d’activité qui est le reflet de ses forces encore naissantes, mais qui n’a pas de leçon à recevoir d’un monde virtuel animé par des gourous, suivi par des zélotes.

    Quant à l’accusation de révisionnisme, elle mérite d’être creusée. Nous avons expliqué plus haut que nous rejetons les conceptions de la seconde internationale, que nous rejetons celles des anarchistes et des trotskistes. Nous avons, dans plusieurs publications, attaqué les conceptions issues du XXème congrès du PC(b)US, de même que celles défendues par le PCF aujourd’hui. Nous pensons que l’attaque de « révisionnisme », chez le PCF(mlm), est un automatisme que ne sous-tend aucune recherche ou aucune logique. Dès que quelque chose rentre en contradiction avec ses délires de secte, il s’y attaque avec rage.

    Peut-être s’empressent-t-ils d’attaquer le fait que nous ne tracions pas une ligne dans le sable entre Mao Zedong et Enver Hoxha. Nous ne l’avons pas tracé, non pas par volonté d’éclectisme, mais bien parce que nous considérons que ceux et celles qui, parfois hâtivement, tracent cette ligne dans le sable ne la tracent que se réfugier confortablement dans une case, la défendre avec fétichisme et dogmatisme, et être incapable de pouvoir faire un travail scientifique, un travail de chercheur, pour déterminer ce qui est juste et ce qui est faux. Nous pensons que ceux qui opèrent ainsi opèrent dans le dogme et non dans la réalité.

    Dans notre brochure intitulée Fin de partie, nous abordions cette question. « Même parmi ceux et celles qui rejettent les thèses idéalistes, réformistes, trotskistes -ou crypto-trotskistes- et révisionnistes, le plus grand désaccord règne. Nous le comprenons dans un sens. Nombre d’organisations portent un héritage important, portent une tradition et une histoire. Elles sont nées à une époque où choisir la ligne pro-albanaise ou prochinoise avait une implication concrète, directe, réelle.

    Ces décisions suivaient une logique, fille du temps d’alors.

    Aujourd’hui, nous considérons que -même si elles ont un sens- ces questions n’ont pas le caractère d’urgence qu’elles pouvaient avoir auparavant. Nous considérons que considérer le traitement de celles-ci comme des préalables à toute unification est une fausse route. Nous pensons qu’elles ne peuvent trouver, au contraire, une issue positive uniquement à travers le débat dans un cadre unique et non par l’invective et le rejet.

    Du fait de ce traitement sectaire, fétichiste, et nullement fait en direction des masses, le travail d’unification, de construction du parti, végète.

    Combien maîtrisent réellement le marxisme ? le léninisme ? le maoïsme ? une poignée sinon moins.

    Une tâche s’ouvre, pour les communistes de l’Etat français : celle d’avancer. D’avancer sur le terrain de l’idéologie, dans la lutte contre le sectarisme.

    Un grand nombre de processus d’unification ont été menés jusqu’à présent. Il est essentiel d’en tirer un bilan critique et de saisir quelles sont les erreurs, les fautes commises. »

    Bien des individus qui se revendiquent pas forcément de Mao Zedong sont prêts à reconnaître la nécessité de la lutte des classes sous le socialisme, de manière également aigue et révolutionnaire, sans pour autant adhérer à la forme du concept de la Révolution Culturelle. Pourtant, ils adhérent au fond de ce concept. Faut-il les vouer aux flammes ? Faut-il les exclure sans rémission ? Faut-il avancer avec eux et progresser, sur la base d’un travail commun, vers une analyse commune ? Nous pensons qu’on ne peut faire l’économie de ce travail. Ainsi, nous comptons inclure, au sein de notre congrès prochain, les thèses suivantes dans nos textes de référence.

    « Nous nous revendiquons de l’expérience du mouvement communiste international, de son histoire, de son héritage. Certains de nos membres sont maoïstes, d’autres ne le sont pas. Notre organisation, au stricto sensu, ne l’est pas. Pourquoi ?

    Nous considérons, dans notre majorité, que le maoïsme, que l’expérience de la Chine, mais également que les expériences qui sont menées par les groupes communistes révolutionnaires, à travers le monde, représentent les expériences les plus poussées, les plus abouties idéologiquement parlant.

    Seulement, nous sommes dans un contexte qui n’est pas le même, nous sommes dans un niveau de développement organisationnel et idéologique dix crans en dessous de ce qu’illustrent les philippins, les afghans, les indiens ou bien d’autres encore.

    Suffit-il ne s’en revendiquer comme d’un fétiche, de prétendre importer leur modèle dans l’Etat français pour parvenir à leur niveau ? Il s’agit d’une incompréhension de comment les choses fonctionnent, de comment la dialectique et l’organisation avance. Il s’agit d’une incompréhension de comment un parti se construit et de comment sa construction se manifeste par des bonds qualitatifs.

    Il ne suffit pas de se retrancher derrière une adhésion, derrière un sponsor de radicalité, il reste à faire la démonstration d’une ligne juste.

    Nous, dans notre grande majorité, considérons que la Révolution Culturelle est le pinacle de la lutte pour le socialisme, pour le communisme. Nous nous en revendiquons. Seulement l’événement en tant que tel n’a pas de sens si il est réduit à sa dimension historique, s’il n’est pas analysé pour son sens idéologique, politique, sa transcription pratique. 

    Quand nous nous revendiquons de cette révolution, nous nous revendiquons d’une certaine conception de la lutte des classes au sein de l’organisation et du lien actif des communistes avec les masses, de leur mise en mouvement pour mener la lutte contre les déviationnistes. 

    Des individus ou des groupes qui méconnaissent la Révolution Culturelle ne peuvent-ils pas adhérer cependant aux conclusions politiques que nous tirons de cet événement ? Nous n’en doutons pas.

     

    Nous voulons mener la bataille d’anéantissement idéologique. Nous voulons croiser le fer et pourfendre les idées fausses. Nous voulons tirer à boulet rouge sur les défauts de la cuirasse des autres forces, tandis qu’elles fassent de même. Non par amour de la joute, mais bien car les plantes vigoureuses ne poussent pas sous serre.

    Nous écoutons nos ennemis pour ces raisons. Nos ennemis nous apprennent beaucoup de nos faiblesses, cherchent et trouvent les failles, les erreurs, les manques. Ils sont nos éducateurs les plus dévoués.

    Nous voulons pouvoir faire de même avec nos camarades. Nous voulons créer un espace de débat dans lequel les questions peuvent être exposées, les raisonnements illustrés et expliqués en détail, avec patience. Cet espace manque cruellement.

    Ce n’est que dans cet espace que l’unification idéologique peut se faire.

    Cette bataille se fait dans nos rangs comme hors de nos rangs.

     

    Régénérer l’idéologie communiste passe par la démonstration de la véracité de celle-ci, de la véracité des apports de ses continuateurs. Certains camarades commettent une faute terrible, compréhensible, mais terrible tout de même, qui est de sauter directement aux conclusions et d’invalider tout processus de pensée, sous prétexte que sa conclusion est fausse. Certains camarades apportent des raisonnements justes, aux conclusions tronquées. Les communistes ont un travail de maïeutique à mener, faire accoucher les idées justes, lesquelles pointent souvent derrière des raisonnements incomplets ou trop étroits. Rejeter en bloc ce qui n’est pas parfait revient à s’enterrer dans un utopisme sans fin, comme le font les anarchistes.

    N’oublions jamais nos propres failles, n’oublions jamais qu’aucun d’entre nous n’est né communiste. Nous avons appris la théorie, l’idéologie, l’histoire. Elle n’est pas innée, elle n’était pas métaphysiquement en nous. Certaines personnes, certaines organisations ont eu la patience de nous aiguiller, de débattre, de nous aider à nous débarrasser de nos idées fausses. Notre tâche n’est pas de faire tomber des couperets, sauf dans des cas où une ligne rouge serait franchie, mais de faire avancer et progresser l’ensemble de nos camarades.

    Comme nous l’avons mentionné plus haut, nous comprenons des maoïstes dans notre organisation. Pourtant, nous ne rejetons pas comme un bloc les apports faits par Enver Hoxha, en les jugeant hérétiques, nuls et sans intérêt. De même que nous ne rejetons pas certains écrits de Plekhanov. La déviation de Hoxha après la mort de Mao Zedong rend elle caduque les apports du PTA à la lutte contre le révisionnisme soviétique ? La trahison de Plekhanov rend elle fausse la théorie sur la conception moniste de l’Histoire ? A l’inverse, ceux qui se plaisent à évoquer la rencontre Mao-Nixon ; celle-ci rend elle intégralement faux tout ce que Mao a pu produire, tout ce que l’expérience chinoise peut avoir développé comme matériaux à étudier ? »

    Bien des attaques sur le « révisionnisme » servent en fait à camoufler une chose. Le Parti Communiste est un parti politique, l’adhésion y est sur la base de la politique défendue. Il n’est pas possible d’attendre et d’espérer que les adhérents maîtrisent de A à Z l’idéologie pour adhérer. Souvent, cet argument sert à maintenir dans des rangs subalternes, non-décisionnels, ad vidam eternam les nouveaux adhérents. Souvent, cela sert à faire du groupe dirigeant un référentiel ultime, en terme de pureté et de perfection idéologique. Souvent, cela sert à justifier l’existence d’une secte supplémentaire.

    Pourquoi ? Parce que certains sont dans la terreur d’avoir à perdre leur petit royaume, parce qu’ils ont peur de la remise en cause, peur de la bataille idéologique, peur de devoir lutter pour défendre des conceptions idéologiques et pour faire progresser les individus. Ils capitulent devant la difficulté – ils capituleront devant la bourgeoisie -, ils capitulent devant l’angoisse, ils capitulent devant leurs propres lacunes, comblées à coup de dogmes, comblées à coup de folklore.

    Nous avons construit l’Unité dans un but : faire l’unité. Nous l’avons construite dans une stratégie, celle de la faire fusionner -et non pas d’être phagocyté !- avec d’autres organisations, sur la base d’un débat franc et ouvert, bâti sur l’idée d’un accord stratégique minimal. Nous l’avons construite pour qu’elle meure, mais qu’elle engendre des descendants moindres, mais plus forts et plus influents.

    Une base minimale qui soit celle à partir de laquelle il est possible de travailler conjointement, dans le cadre d’une seule organisation, pour avancer en commun. Cette base d’organisation n’a pas besoin d’être immense, elle n’a pas besoin d’être suraffûtée, elle à besoin d’être nécessaire et critique. Elle doit correspondre aux besoins de l’heure actuelle, doit correspondre aux attentes du moment, doit permettre d’initier la nouvelle machine de lutte et d’organisation.

    Les groupuscules comme ‘Les Matérialistes’ et leur prétendu PCF(mlm) peuvent très bien choisir de poursuivre leur chemin idéaliste, leur volonté de pureté et de se placer sur un piédestal. Ils peuvent continuer leur chemin vers les cimes de la pensée, mais ils demeureront des cerveaux en bocal, isolés, rejetant tout.

    Ce sont, après tout, pour ces raisons que personne ne les a jamais vu faire de diffusion, de manifestation, d’événement publics, d’intervention vers la classe ouvrière. Car ils ne sont que des sages de la montagne, ces même sages que nous évoquions dans notre brochure sur la dictature du prolétariat.

    Nous avons expliqué, dans ce texte, les raisons de nos désaccords. Nous ne doutons pas qu’ils vont, à la lecture de ces lignes, bouillir de rage, se mettre dans une colère noire, répondre par un déversement d’injures, d’insultes, par un flot continuel de critiques et de menaces voilées. Ils ont d’ores et déjà commencé à fourbir leurs armes, blessés qu’ils sont dans leur orgueil.

    Mais nous n’en avons cure. Nous nous adressons aux masses, aux militants, aux militantes, qui, les deux pieds dans la réalité, rencontrent la vie. Nous laissons la poussière prendre encore la poussière. Nous les laissons décanter, fermenter, et finalement rejoindre un humus de groupes en décomposition.

    Nous ne répondrons plus à ces alchimistes dans leur tour d’ivoire, étant donné qu’ils rejoignent, par leurs prises de position, le camp des réactionnaires, des exploiteurs. Nous en avons fini avec eux.

    Peut-être commettons-nous des erreurs, peut-être en commettrons-nous d’autres, des graves et des moins graves. Mais nous les ne les commettons que car nous nous confrontons à la réalité, au terrain, à ses évolutions. Que car tous travaillons, justement, dans la matière et non dans l’idée.

    Nous continuerons à avancer, avec des erreurs et des manques, mais nous avancerons, notamment pour briser l’esprit de secte et de cercle qui parasite le mouvement communiste de l’Etat français.

    Pour briser les chapelles et les ministères de prêtres qui se parent de rouge, mais ne savent qu’être les bergers de la bourgeoisie.

    Sommes-nous, alors des acharnés, à vouloir répondre de la sorte ? Probablement. Mais, malgré son jeune âge, malgré ses faiblesses, malgré ses erreurs, l’Unité Communiste de Lyon ne tolérera jamais d’être conspuée de la sorte. Elle ne tolérera jamais qu’une secte d’adulateurs de la police, de crypto-fascistes, de petits intellectuels bas de gamme émette des injures à son encontre.

    Nous leur avons rendu la politesse, en leur faisant l’honneur de les citer, d’apporter des preuves. Nous avons tracé une ligne de démarcation entre eux et nous, entre les philosophes et les alchimistes de l’idéalisme et ceux qui veulent avancer, combattre, et non se placer dans une tour d’ivoire.

    Non un dogme, mais un guide pour l’action, voilà ce qu’est censé être le communisme. Les Matérialistes en ont fait un fétiche et un dogme de l’inaction.

    Nous portons toujours haut le drapeau de la révolution prolétarienne, celui-là même que le PCF(mlm) rejette et salit.

    En avant vers la construction d’un vrai Parti !

    Le communisme est la jeunesse du monde !

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Quatrième partie : La faillite de l’attaque contre l’UCL.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Quatrième partie : La faillite de l’attaque contre l’UCL.

    La faillite de l’attaque contre l’UCL

    Dans ce communiqué, si empressés qu’ils soient d’apporter des épithètes malsonnantes, les immatérialistes ont oublié une chose essentielle. Ils ont oublié de prendre une position politique sur la situation de conflit latent entre la Corée du Nord et les USA.

    Rappelons la phrase qui nous incrimine : « Ainsi, voilà ce que nous trouvons : Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver. Il faut avoir le romantisme le plus délirant d’Alain Soral ou Dieudonné pour y voir des vertus (ils y seront d’ici quelques jours pour un voyage organisé), et il est vrai qu’un tel « anti-impérialisme » totalement national-révolutionnaire se retrouve également chez des gens se voulant de gauche (comme « Unité Communiste de Lyon » et autres révisionnistes et réformistes du genre). » (7 septembre 2017)

    Ils se sont rués sur le fait d’insinuer que l’Unité Communiste de Lyon soutiendrait un gouvernement « fasciste », de déclarer ce gouvernement digne d’être cloué au pilori, de dire que « d’un point de vue maoïste, rien n’est à sauver », uniquement pour apporter une contradiction vis-à-vis de notre communiqué.

    Mais ce communiqué n’est pas constitué uniquement de cela. « Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver.  » disent-ils. Rien, même pas les masses Coréennes. Même pas la paix. Plus fort que les interventionnistes les plus virulents, plus fort que les trotskistes et les « humanitaristes », le « PCF(mlm) » nous offre sa science : Le gouvernement et les masses de Corée sont un tout, une même bouillie infâme.

    Or, en clamant que rien n’est à sauver, ces maîtres de la rhétorique insinue que « tout est à jeter. » Partant de ce constat, le feu peut bien descendre sur la Corée du Nord, peu leur en chaut. Mais qu’en est-il de l’argument principal que nous développions dans ce communiqué, argument que leurs yeux glissants, cherchant la faille à exploiter, n’ont pas vu ? Nous avons insisté, dans ce communiqué, que nous étions opposés au bombardements, à la guerre, à l’invasion de la Corée.

    Qu’elle soit, nous ne le nions pas, un croupion de la Chine, qu’elle soit son flanc garde, qu’elle soit son glacis, la question ne se pose pas. Que sont gouvernement n’aie -une nouvelle fois nous ne désirons pas prendre de position à l’emporte-pièce- pas grand chose de prolétarien, nous sommes prêts à l’admettre. Mais qu’on nous attaque sur la position -principe important- d’opposition à la guerre impérialiste, laquelle est payée par les masses, par leur sang, un Rubicon est franchi.

    Voilà ce que disent les « Matérialistes » de la situation de la Corée et de sa quête de l’arme nucléaire : « C’est l’expression d’une incapacité à aller dans le sens de la réunification de la nation coréenne par la mobilisation démocratique, tel que c’était l’objectif dans les années 1950. Au lieu des masses, on a les bombes atomiques qui sont censées apporter la solution « miracle ». » Plus fort, là, que le Livre noir du communisme. La Corée du Nord a décidé unilatéralement de se mettre en butte avec sa voisine du sud. Elle décide seule de s’encercler de bases US, de se positionner sur un pivot géopolitique. Elle est seule et unique responsable de son destin, d’après le « PCF(mlm) »

    Quant au fait de mordre dans les articles des tabloïds Sud-Coréens, le « PCF(mlm) » s’y adonne avec une joie sans bornes : « À cela s’ajoute bien entendu l’idéologie raciste paranoïaque du régime, forçant les masses à la soumission la plus servile et infantile, avec des manuels expliquant que la Nature s’est littéralement arrêtée à la naissance de chaque dirigeant d’une véritable dynastie. » Encore échappons-nous aux licornes auxquels les nord-coréens sont censés croire.

    Mais cela éclaire sur ‘l’enquête’ que peuvent faire les « Matérialistes. » Utilise-t-elle comme source le Daily Mirror ? Rivarol ? Gala et Voici ? Des références bibliographiques auraient été les bienvenues.

    Quant au positionnement… Comment comprendre celui position du « PCF(mlm) » autrement que comme une manière de se placer au dessus de ce conflit, de refuser de prendre position, et, ironie pour des matérialistes, de ne guère vouloir mettre le nez dans la transcription pratique de ce que signifie la guerre qui couve entre la Corée du Nord et les USA.

    Au fond, les matérialistes se considèrent au dessus des questions géopolitiques, au dessus des questions d’impérialisme, au dessus de tout cela. En ce sens, ils sont dans un centrisme particulier, se disant « nous ne prenons pas position quand l’impérialisme américain frappe. » « Nous nous contentons de cible le fait que la Corée du Nord fait de la drogue, qu’elle est fasciste et qu’elle n’est pas à sauver, mais nous ne parlerons pas du fond de l’affaire. »

    Si nous pêchons par « révisionnisme » et par « réformisme », voilà devant nous des prétendus maoïstes qui agissent à la manière d’adolescents boudeurs dans leur manière de voir les choses. Nos positions, nous les avons en rapport à l’impérialisme américain, russe et français, nous les avons développées dans divers brochures, mise à disposition du public. Nous invitons nos lecteurs à être juge. Mais nous les invitons aussi à se questionner sur la position du prétendu PCF maoïste.

    Auraient-ils agit de la même manière pour applaudir l’invasion d’Irak par les USA en 2003, d’Afghanistan en 2001, mais également -pourquoi pas- les interventions françaises en Afrique ou en Asie.

    Tout est possible avec l’idéalisme des « matérialistes ». Y compris d’affubler de tous les noms les militants et militantes, les organisations… Mais n’est-ce pas autre chose qu’une volonté d’injurier ?

    Les accusations que profèrent le quotidien de la bêtise et de l’idéalisme mériteraient d’être écartées d’un revers de la main. Mais pourtant, nous pensons qu’il n’est pas inutile, qu’il est même souhaitable de revenir sur celles-ci. Nous pensons qu’il est important de se saisir de l’opportunité de s’exprimer sur notre positionnement politique, sur notre contenu idéologique.

    Voilà où nous voulons en venir, sommes-nous des réformistes et des révisionnistes comme le clament des « Matérialistes » ?