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  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Questions et perspectives sur le second tour

    Questions et perspectives sur le second tour

    L’issue du premier tour, si elle n’a pas été une surprise, n’en demeure pas moins un choc : l’extrême droite s’impose donc pour la première fois deux élections de suite au second tour, tandis que se confirme l’effondrement des partis traditionnels de la Vᵉ République. Une nouvelle fois, le choix laissé au second tour est un Charybde ou un Scylla, deux bourreaux.

    Dès l’annonce des résultats, des lignes se sont formées. Le camp de l’extrême-droite s’est doté d’une rhétorique populiste dont le but est de se faire passer, à nouveau, pour l’antisystème. Les libéraux se sont parés des vertus de la démocratie et de sa défense. Les premiers omettent qu’ils sont des parasites qui vivent de subsides publics et de détournements de fond, qu’ils sont des boutiquiers avant tout. Les second essaient de nous faire oublier qu’ils ont cloué au pilori une partie de la gauche, accusée d’être les agents d’un hypothétique « islamo-gauchisme » et qu’ils ne se sont pas privés de dépasser parfois l’extrême-droite par sa propre droite.

    Il en résulte une pression importante sur l’ensemble de la société, avec des injonctions morales à faire barrage ou à ne pas laisser se mettre en place un nouveau quinquennat de Macron. Nous ne sommes pas des îles, et nous aussi nous sommes perméables à ces questionnements. Plutôt que donner des consignes qui n’ont pas de sens, nous préférons prendre le temps de les analyser et d’essayer de déterminer des perspectives au-delà de cette date dont l’importance même est à nuancer.

    Nous le disons d’emblée : il n’y a pas de « bonne réponse » électorale à ce type de question. Mais il existe en revanche des pistes d’action et des perspectives possibles pour avancer réellement.

    De quoi décide une élection ?

    Si nous reprenons la formulation de l’économiste Samir Amin, les élections dans le système capitaliste servent à une unique chose : elles définissent la péréquation du profit. C’est à dire qu’elles définissent comment sont répartis les richesses extraites de l’exploitation capitaliste et de la surexploitation impérialiste. Ainsi elles définissent, dans la mesure des rapports de force, la répartition entre les salaires, les droits sociaux, les budgets de l’État… mais elles ne remettent pas en cause les fondements même de la source de ces profits. Au delà de ces fonctions économico-politiques, une élection détermine aussi un sens d’évolution des pratiques sociales et des rapports entre individus : égalité entre les genres, tolérance ou xénophobie, etc.

    Mais l’un des points cardinaux des gouvernements élus est aussi et surtout d’assurer la stabilité et la croissance des revenus issus de l’exploitation. La stabilité des marchés est ce qui détermine si la grande bourgeoisie et les grands cartels économiques vont soutenir le gouvernement ou vont le torpiller. En 1924, elle avait choisi de le torpiller pour éviter de payer des impôts sur le revenu (impôts qui ont été mis en place par la force des choses par la suite, mais que les plus grands bourgeois évitent de payer.) En 1936, elle avait l’intention de le faire, mais ce n’est que par une mobilisation immense de grèves pour soutenir l’action du Front Populaire que des compromis ont dû être pris (et par l’action d’un contexte géopolitique de montée en tensions). D’ailleurs les exemples de victoires sociales montrent qu’il n’existe pas de muraille de Chine entre gouvernement et contre-pouvoirs extra-parlementaires. Mai 1968, en dépit de toutes les critiques, avait été plus efficace que le mandat de Hollande pour gagner des avancées sociales.

    Cette sacro-sainte stabilité des marchés et du système d’exploitation est un pivot central. Elle est le canevas, le grand consensus, dans lequel se construit la politique. Ceux qui s’en écartent sont politiquement marginalisés ou traités en ennemis. De toute manière, en dehors de la politique proprement dite, il existe toute une technostructure de l’État qui possède elle aussi ses propres intérêts. Cette technostructure dont les ramifications vont jusqu’à la Françafrique est un poids considérable et un ancrage fort dans une certaine stabilité politique. Le terme d’État profond ayant été phagocyté par les conspirationnistes, nous lui préférons la métaphore de « fonctions neurovégétatives d’État » c’est à dire l’administration, l’armée, l’ensemble des fonctions non-élues, et les fonctions économiques centrales qui garantissent à notre pays d’être une grande puissance impérialiste (complexe militaro-industriel, banques, diplomatie…). Obtenir le pouvoir, c’est obtenir au moins sa neutralité.

    Éviter les analogies douteuses.

    Le fonctionnement par analogie est quelque chose qui mérite d’être illustratif, mais il est aussi trompeur. Nous ne sommes pas dans les années 1930. Il existe une crise économique, oui. Il existe une crise politique partielle. Mais il n’existe pas de crise de régime : c’est à dire une crise dans laquelle le gouvernement ne peut plus gouverner comme il gouverne habituellement et dans laquelle la population ne veut plus être gouvernée comme elle l’est habituellement. En dépit d’une forte abstention et de votes de protestation, le gouvernement fonctionne. Nous ne sommes pas dans une situation d’un « État gélatineux » pour reprendre la formulation de Gramsci. Les institutions fonctionnent, les fonctionnaires obéissent, et, malgré les fictions sur les « zones de non-droit », l’ordre règne.

    De plus, il n’existe pas de force politique organisée qui puisse justifier un passage au fascisme : les menaces avancées par l’extrême-droite ont trouvé leur place dans l’imaginaire collectif d’une grande partie de la population, mais elles peinent à convaincre les grands magnats de la finance et de l’industrie. Le patron de Zemmour reste ainsi un outsider chez les grands patrons. Il est un des seuls parmi cette clique réactionnaire à considérer que les solutions libérales ne sont plus celles qui conviennent. Il s’est marginalisé, même si le temps (et l’accentuation des crises) joue probablement en sa faveur. Il n’y a pas aujourd’hui de courant révolutionnaire ou même extra-parlementaire fort. Jean Luc-Mélenchon, lorsqu’on consulte son programme, ne remet pas en cause les fondements de l’exploitation ou de l’impérialisme. Il n’existe pas de force à l’étranger qui soit aussi capable de fragmenter l’unité du pays, pas de « parti de l’étranger » en dépit des fantasmes des fascistes. Il n’existe pas de raison qui puisse justifier que la grande bourgeoisie passe de l’enrichissement immense accordé par Macron à une politique aventuriste et chaotique supprimant la démocratie parlementaire et l’État de droit.

    Obtenir déjà le fait de pouvoir diriger est une lutte en soi. Il est plus aisé de diriger du centre que d’une aile politique, cela facilite les alliances et les compromis, et dote d’une marge de manœuvre. De plus, la politique est un art du compromis : LREM a été obligé de prendre en compte le votre RN, le RN serait obligé de faire l’inverse pour espérer être obéi.

    Lorsque Macron a été élu, peu le considéraient comme capable de pouvoir rassembler une majorité législative qui lui accorderait le pouvoir. Il y est parvenu par le fait qu’une grande partie de ce PS sans colonne vertébrale (dont l’archétype est Gérard Collomb) sont passés avec armes et bagages du côté de Macron.

    Car le système mis en place pour l’élection des députés favorise celui qui possède la meilleure assise territoriale. Cela signifie que malgré le résultat microscopique qu’a obtenu le PS, il est en meilleure posture d’obtenir des députés que le RN bien plus fort électoralement. Les élections législatives vont donc être une bataille pour la conquête de territoires, et il n’est pas sûr qu’une Le Pen fraîchement élue puisse avoir la majorité qui lui manque.

    Pour conjurer cette situation, elle a évoqué le passage par référendum à la proportionnelle. Cette proportionnelle avec un avantage à celui qui arrive en tête pourrait lui donner une assise suffisante pour diriger le pays avec une véritable autorité. Mais cette transformation serait un cataclysme politique, elle changerait complètement le fonctionnement de la République. Il est quasiment certain que tous les élus feraient feu de tout bois pour empêcher cela et conserver leurs postes. Une élection proportionnelle est aussi un facteur d’instabilité en soi : elle pourrait se retourner contre ceux qui la mettent en place.

    Il existe des pays d’extrême droite en Europe, mais existe il un pays fasciste ?

    Dans beaucoup de pays d’Europe (mais aussi dans le monde) l’extrême-droite est au pouvoir. Pourtant, le nombre de régimes qu’on peut qualifier de fasciste est difficile à quantifier. Une victoire électorale ne signifie pas forcément les coudées franches. Même Mussolini à mis plusieurs années entre sa prise du pouvoir et la possibilité de faire passer les lois fascistissimes. Hitler s’est vu conférer le pouvoir dans le cadre d’une crise de régime qu’il avait contribué à créer, et il en tiré profit pour mettre en place la loi habilitante. Mais ni le PiS en Pologne, ni Orban en Hongrie, ni le FPÖ en Autriche n’ont mis en place le fascisme. Et celui-ci pourrait très bien venir de personnalités n’étant pas marqué à l’extrême-droite, si jamais le climat devait s’y prêter.

    Rien n’est jamais certain, mais les probabilités d’un succès RN, même avec la présidence, restent mince. En revanche, nous observons déjà un sentiment de victoire qui pousse les fascistes à se lancer dans des attaques et des agressions. C’est là un vrai danger quelque soit l’issue du scrutin, mais particulièrement en cas de victoire du RN. Même si les marges de manœuvre politique sont minces, une partie de la technostructure, en particulier les institutions militaires et policières, sont déjà acquises à l’extrême-droite. Elles en profiteraient certainement pour outrepasser encore davantage les lois dans l’exercice de la répression. Nous ne sommes pas tous égaux devant cette répression : nous pouvons camoufler nos idées, mais ceux qui sont ciblés pour leur peau, leur genre, leur situation sociale ne peuvent rien y faire. Il y a une certaine responsabilité à avoir.

    Si nous devions résumer : Macron est moins dangereux pour le droits politiques et pour le climat politique que Le Pen mais posséderait des marges de manœuvre plus grandes pour agir comme il le souhaite. A l’inverse, Le Pen serait un blanc seing pour les violences racistes et xénophobes (particulièrement policières), mais aurait des marges de manœuvre plus étroites pour avancer sur des projets politiques.

    Dans le fond, victoire ou non, il aurait mieux fallu Mélenchon au second tour. Il aurait certainement perdu. Mais le centre de gravité du débat public aurait été polarisé autour d’autres thématiques, d’autres questions. Il aurait pu permettre aussi une expression plus confortable de nos conceptions et de nos stratégies, plus que de devoir choisir entre deux anti. Mais nous ne choisissons pas les conditions du combat.

    Que faire ?

    Nous considérons qu’il existe trois scénarios majoritaires et un minoritaire.

    1. Voter Macron pour faire barrage et réduire le score relatif du RN dans le but de
      1. Éviter son accession au pouvoir.
      2. Réduire son score relatif pour essayer de déplacer le curseur du centre de gravité électoral de l’extrême droite vers le centre.
    2. S’abstenir ouvertement.
      1. Pour ne pas se compromettre dans le fait de voter pour le bourreau qui a dirigé pendant cinq ans.
      2. Pour réduire le score absolu des candidats et délégitimer une élection dans laquelle une minorité de la population s’est exprimée.
    3. S’en moquer complètement et focaliser sont attention et son travail sur d’autres terrains de lutte.
    4. Nous ajoutons un scénario minoritaire : voter le Pen pour essayer de déclencher une catastrophe dans laquelle nous serions obligé de prendre nos responsabilités.

    Ces scénarios, à l’exception du dernier, ont une certaine légitimité. Cependant, l’action des forces progressistes et révolutionnaire serait bien tristement limitée si elle se bornait à un bulletin (ou non).

    Du Front antifasciste à l’opposition extra-parlementaire.

    L’idée d’un Front Antifasciste a été notamment lancée par Philippe Poutou, candidat malheureux à la Présidentielle. Cette idée est louable, mais n’est guère neuve : il existe le plus souvent des coordinations unitaires dans les grandes villes. On peut s’interroger sur le fait que le NPA, qui a connu une série de déconvenues ces derniers temps, entre le départ de Révolution Permanente et un déclin en termes de militants, n’essaie pas de réanimer son organisation en tenant de mettre à son compte cette idée. Quoiqu’il en soit, le problème de ces fronts est dans leur nature même : il s’agit d’un élément tactique défensif, qui permet de lutter de manière coordonnée contre l’ennemi ultra réactionnaire, mais il n’est pas en mesure de devenir un outil stratégique offensif, capable de porter un programme. Il reste à définir une synthèse commune qui puisse, on peut l’espérer, servir de creuset à une nouvelle alliance. De même nous ne pouvons nous limiter à dénoncer le fascisme sans aborder les crimes des libéraux.

    D’une manière générale, nous pensons que les élections ne constituent qu’une action parmi d’autres dans la lutte politique. Si elles accordent des postes et des fauteuils, elles ne constituent pas l’intégralité de la démocratie et du politique. Nous pensons que l’un des points centraux de notre action, notre au sens du courant progressiste-révolutionnaire, est l’extra-parlementarisme. Nous avons pu voir, au moment des Gilets Jaunes, une politisation importante : c’est à dire la prise en compte du fait que l’action de transformation de la société ne passe pas que par les relais politiques officiels. Cette politisation n’a pas toujours débouché dans la direction souhaitée et à pu dégénérer en conspirationnisme ou en positions réactionnaires. Mais elle à permis à des gens qui n’avaient jamais pu décider dans leur vie de participer à un espace dans lequel ils avaient une souveraineté. Cette politisation est le prélude à la constitution, un jour, de doubles pouvoirs, de conseils, qui seront des outils dans le renversement de l’ordre injuste.

    Mais il nous faut pour cela grandir : tant numériquement que dans notre conception des choses. Cela veut dire être capable d’aller au-delà de la leçon de morale et d’écouter aussi. D’écouter ceux et celles qui n’ont pas voté et d’apporter des réponses aux questions profondes qui sont sous-jacentes. D’écouter ceux qui ont voté pour des réactionnaires alors que ce n’est pas leur intérêt de classe et de chercher à comprendre aussi quelles sont les raisons qui peuvent les avoir poussé à écouter un argumentaire anti-populaire. C’est d’être capable de saisir les vraies raisons profondes, et de les inclure dans une perspective qui ne divise plus les exploités et les exploitées, mais qui soit capable de les réunir contre leurs bourreaux : la grande bourgeoisie « bien de chez nous ».

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Déclaration de l’Unité des Cercles Communistes sur l’élection présidentielle.

    Déclaration de l’Unité des Cercles Communistes sur l’élection présidentielle.

    La dictature de la bourgeoisie sous le masque démocratique

    Les élections présidentielles, présentées comme le grand moment « démocratique » de la nation, se déroulent dans un contexte de répression sans précédent depuis des décennies. Nous dénonçons l’hypocrisie bourgeoise qui, derrière le masque d’une campagne « démocratique », agit systématiquement pour réprimer et affaiblir la contestation populaire. Nous rejetons cette hypocrisie et exigeons:

    La libération de tous les prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites contre plus de 2000 personnes pour s’être opposés à la loi Travail, et son abrogation.

    La libération de tous ceux qui se sont soulevés contre les récents crimes policiers.

    L’ensemble des scandales actuels dans lesquels sont impliqués plusieurs candidats ne font que creuser la profonde fracture entre la bourgeoisie, exploiteuse et corrompue, et le prolétariat exploité ou privé d’emploi. C’est dans de telles conditions que l’on nous somme d’exercer notre « devoir » de voter, pour donner une légitimité à ce système d’injustice social. Il faut se rappeler la nature véritable des élections et du parlementarisme sous le capitalisme. La bourgeoisie présente les élections au suffrage universel comme le summum de la vie démocratique.

    Une démocratie pour les exploiteurs !

    Elle tente de dissimuler le caractère de classe de cette démocratie.

    A savoir : la possibilité de se porter candidat aux élections se fait suivant le principe de cooptation par les élus en place ; les « 500 signatures ». Ce principe est le meilleur moyen d’empêcher le prolétariat de présenter ses candidats. Quels élus bourgeois accorderont leur signature pour voir un parti menaçant de bouleverser l’ordre sur lequel ils sont assis ? Ainsi le principe des 500 signatures est l’expression même de la démocratie bourgeoise, dans l’intérêt de la bourgeoisie, par lequel elle exclue toute possibilité à un véritable parti prolétarien de peser sur les élections, et par lequel elle assure son hégémonie politique dans le cadre du suffrage universel. De plus, même si les intérêts prolétariens pouvaient être représentés aux élections, l’appareil d’Etat bourgeois briserait toutes possibilités pour les prolétaires de renverser l’ordre capitaliste.

    La privation du droit de vote pour les immigrés est une attaque toute entière contre l’influence du prolétariat dans la vie politique – des millions de travailleurs sont concernés ! Il se peut qu’un ouvrier travaille plus de 10 ans en France et paye des impôts, sans avoir le droit de vote. Les émigrés quant à eux, français vivant hors de France, peuvent voter dans un pays où ils ne résident pas, et ne travaillent pas. Inutile de préciser que ces derniers sont essentiellement des bourgeois et des petits bourgeois. Tandis que tous les bourgeois ont le droit de vote, il n’en est pas de même pour tous les travailleurs. Le principe nationaliste qui régit les élections ne fait donc qu’affermir la domination de la bourgeoisie française sur les prolétaires français et étrangers.

    Les gouvernements passent, les capitalistes restent !

    Pour notre classe, discuter quel homme, quel parti va diriger la France n’est pas important par rapport au problème fondamental : quelle classe sociale détient le pouvoir d’Etat ? Quelle classe sociale possède les moyens de production, d’échange, et les armes ? Il est évident que la grande bourgeoisie fait tout pour faire élire Macron en tant qu’alternative « ni droite, ni gauche », répondant au discrédit des partis qui ont dirigés la France pendant des décennies. Le Front National pourrait être renforcé par une partie des partisans de Fillon si celui-ci est évincé au premier tour. Dans le cas où Le Pen devancerait Macron, les idéologues de la bourgeoisie et les paniquards petits-bourgeois vont refaire sonner les trompettes du « vote utile » pour tromper le prolétariat une fois de plus.

    De la droite au PS, en passant par le centre et même des membres du soi-disant P« C »F, Macron reçoit des soutiens francs. Ceci est un fait qui démontre comment les lignes des différents courants de la démocratie bourgeoise s’entrecroisent pour défendre le même but : le maintient de la domination des monopoles capitalistes sur l’ensemble de la société.

    Quant au reste de la social-démocratie qui croit toujours à une « union de la gauche » : union du PS, des Verts et de Mélenchon jusqu’au P« C »F ! L’union pathétique qu’ils prônent n’est qu’une politique de collaboration de classe pour défendre un chimérique capitalisme « de gauche ».

    L’Etat français tente aujourd’hui de défendre ses intérêts impérialistes dans la concurrence capitaliste mondiale. C’est ce fait inhérent au système impérialiste qui est à l’origine des guerres d’agressions qu’il mène contre les peuples du monde et de la politique de destruction des droits sociaux conquis par le prolétariat de France. C’est ainsi qu’une terrible guerre économique frappe le prolétariat par les fermetures d’entreprises, les délocalisations, la spéculation, la baisse des salaires etc. Mais il est évident qu’aucunes guerres, aucunes réformes de la bourgeoisie ne pourra freiner la prochaine grande crise capitaliste.

     

    Les masses populaires agissent et s’organisent !

    Il existe un fort courant qui veut poursuivre la lutte contre la loi Travail, contre la répression, contre cette mascarade électorale. La marche du 19 mars contre le racisme et les violences policières ; les multiples grèves et protestations dans les entreprises ; l’appel à un rassemblement populaire le 22 avril place de la République en sont quelques exemples. Il existe dans les quartiers populaires des mobilisations et des révoltes qui n’ont pas encore montrées tout leur potentiel. L’heure est à la convergence politique entre les différents courants du mouvement populaire ! Dans cette situation, les communistes doivent montrer l’exemple des mouvements dont ils sont les héritiers : La Commune de Paris de 1871, la Révolution d’Octobre et la Révolution culturelle en Chine.

    Car remettre en question le parlementarisme bourgeois ne peut pas se réduire à la critique. Cette remise en question commence là où les masses s’organisent sur leurs lieux de travail et de vie, y débattent, y prennent des résolutions sur l’ordre social qu’elles souhaitent établir. Dans les mobilisations contre la répression anti-ouvrière, dans les assemblées qui ont eu lieux dans quelques cités populaires et celles du mouvement Nuit Debout, on a vu, et on va continuer  à voir ce genre d’exemple qui ne demande qu’à s’étendre, et à prendre un caractère, non seulement de contestations, mais de décisions politiques.

    Unir pour reconstruire

    Aujourd’hui des cercles communistes révolutionnaires s’unissent pour contribuer à la création d’un véritable parti du prolétariat en France. Cette tache de conquérir l’indépendance politique du prolétariat face aux partis bourgeois qui tentent de le maintenir sous son influence est une priorité. La lutte contre le capitalisme commence par cette nécessité, la création d’un parti dont les buts fondamentaux sont la destruction du capitalisme et l’instauration du socialisme.

    Unité des Cercles Communistes

    CONTACT : uniccom@tutanota.com