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  • L’horreur de la guerre.

    L’horreur de la guerre.

    1918-2018

    Partie 4 – L’horreur de la guerre.

    La mobilisation des Gilets Jaunes ayant monopolisé les attentions et les énergies, cette série d’articles sur le centenaire de la Première Guerre mondiale a donc pris un retard conséquent. 

    La Première Guerre mondiale est un massacre. Sans rentrer dans les détails des opérations et des différentes batailles, il est néanmoins important de comprendre les raisons qui ont mené à ce que au moins 18,6 millions de morts aient été causées.

    Depuis le milieu du XIXe siècle, l’industrie s’est développée et la technologie militaire a procédé à des bonds de géants. Songeons qu’entre le char de Pharaon et le carrosse de Napoléon, 4000 ans s’écoulent. Entre la Guerre de Sécession et la bombe atomique, moins d’un siècle.

    La guerre devient industrielle. La médiocre artillerie de la Grande Armée fait place à des canons semi-automatiques. Les cuirassés de plusieurs dizaines de milliers de tonnes écument les mers, chassés par les sous-marins. Les armes à feu, qui tiraient un coup à la minute, sont désormais des armes automatiques capables de tirer sans discontinuer jusqu’à l’épuisement des munitions. Les massacres de soldats, paradoxalement, sont le produit d’une amélioration des conditions sanitaires. Les soldats meurent moins de maladie, moins de faim, qui étaient les deux principales causes de mortalité dans les guerres de l’ère moderne. Si le fusil tire désormais plus vite, plus loin, le soldat est toujours au début de la guère, désespérément nu face à l’artillerie, face aux mitrailleuses, face aux gaz. Les antibiotiques n’existent pas et une blessure infectée se mue rapidement en gangrène.

    Surtout, la défense est terriblement plus forte que l’attaque. Hormis quelques semaines d’assaut en 1914 et en 1918, les fronts sont stationnaires. Le feu refoule toute tentative de percée. Lorsque celles-ci réussissent, les forces combattantes n’ont pas la mobilité pour les exploiter. Alors, les opérations se limitent à des tirs d’aritllerie intense suivis de très coûteuses charges pour gagner quelques mètres. Cela se retrouve sur tous les fronts, y compris les plus exotiques, comme en Afrique. Les troupes coloniales sont par ailleurs grandement mises à profit pour servir de chair à canon. S’il existe une controverse quand au fait de savoir si les « tirailleurs sénégalais » ont été sacrifiés pour économiser la chair « blanche », les conditions des troupes coloniales à l’arrière sont sous le signe de la ségrégation. Même en mer, l’affrontement tourne à la guerre de positions : la Royal Navy bloque la flotte de haute mer Allemande dans ses ports. Seuls les sous-marins, arme révolutionnaire, peuvent se soustraire au blocus et imposer un contre-blocus pour affamer l’Angleterre, dépendante de ses colonies.

    Contrairement à une idée longtemps présentée dans les manuels d’Histoire, lorsque la guerre est déclarée, elle ne suscite que peu d’enthousiasme. Une grande partie de la population des différents bélligérents la regardent avec gravité. La fleur au fusil, censée illustrer le patriotisme, est une fiction. Cependant, la croyance générale est que la guerre sera courte, y compris au sein de l’état-major, qui ne dispose que de très peu de réserves en termes d’obus. Cette croyance va voler rapidement en éclat.

    Une grande partie de l’état-major français, tout comme en 1939-1940, à fait ses armes dans les colonies. Ce sont des soudards plus habitués à châtier les populations rétives ou à réprimer les contestations qu’à faire face à une armée moderne et habilement commandée. Joffre, le poulain de Mélenchon, est ainsi un ancien du Tonkin, du Soudan et de Madagascar. Nivelle, lui, a fait ses armes en Indochine, contre les Boxers en Chine, puis en Algérie. Ils sont des partisans de la charge à la baïonnette au canon, sans la moindre once d’estime pour le sang et la vie humaine.

    Jean de Pierrefeu, dans Plutarque a menti ; Joffre et Compagnie, écrit en 1923, expliquait :

    « La France avant 1914 possédait un Etat-Major digne d’être appelé bergsonien, dont la doctrine acceptait le discrédit de l’intelligence et favorisait le culte de l’intuition. Constatation stupéfiante, incroyable, dont au premier abord on reste suffoqué, mais qui apparaît après examen comme l’expression de la pure vérité! Et cet État-major poussait la conviction aux dernières limites ; il laissait loin derrière Bergson lui-même qui n’aurait jamais osé accorder à l’intuition le pouvoir merveilleux de préparer la revanche de 1870, sans au moins convier l’intelligence à collaborer à cette tâche difficile. L’auriez-vous cru, notre Joffre, physiquement si bien assis sur ses bases, si complètement rattaché par sa santé, son bon appétit, au monde des solides que le bergsonien fait profession de dédaigner, se ralliait à cette conception de somnambule et de médium. Il adhérait à une doctrine qui, comptant sur les impondérables autant que sur les régiments, cherchait à faire jaillir la victoire de l’inconscient des batailles en utilisant l’élan vital des troupes qu’entraîne l’instinct profond du succès. La table de L’État-major où fut rédigé le plan XVII était, si j’ose dire, une table tournante. Ne croyez pas que j’exagère le moins du monde : nul n’ignore, à l’heure actuelle, que la doctrine de guerre de L’État-major en août 1914 était celle de l’offensive à outrance. »

    Les deux successeurs à la tête de L’État-major, Pétain puis Foch, eux, ont eu un parcours tout autre. Leur carrière s’est bâtie autour de l’étude de la défaite française face à la Prusse. Fondamentalement, leur comprehénsion de la situation militaire et opérationnelle a été nettement plus importante. Pétain comprenait la supériorité du feu sur le choc, donc de l’artillerie sur la charge offensive. Il en a tenu compte en stoppant les offensives à tout prix, et s’est fait bâtir une légende. Foch, officier de cavalerie, avait compris la question de la rupture de front et de l’exploitation de celui-ci. C’est ce qui lui permit notamment d’inclure les chars dans son dispositif opérationnel, et d’obtenir la percée tant recherchée.

    Que ces qualités relatives n’induisent pas en erreur, ces militaires réfléchissent en termes de victoire et de défaites pour l’impérialisme français, non en termes d’humanisme ou de grandeur d’âme. Aucun n’a eu la moindre pitié pour ceux qui refusaient de se laisser tuer.

    Une grande partie des hauts-dirigeants militaires souffre de ces mêmes infirmités en termes de conceptions de l’art militaire. Le summum est atteint avec les généraux de l’armée tsariste, qui n’hésitent pas à se couper l’herbe sous le pied pour recueillir les lauriers de la gloire. A Tannenberg en août 914, Rennenkampf, général Russe, refuse ainsi de venir en aide à son homologue Samsonov, encerclé, par haine et par rivalité. Ce dernier se suicide, tandis que Rennenkampf, persuadé d’atteindre Königsberg, ne fait que courir tout droit dans un piège. Les Russes perdent 78 000 hommes, 93 000 capturés, contre 5 000 tués et 7 000 blessés chez les Allemands.

    Ces derniers, eux-mêmes, sont pris par le piège de leur propre efficacité. En rupture complète avec la politique de Bismarck, qui visait avant toute chose à éviter une guerre sur deux fronts, ils tentent une audacieuse manœuvre. L’idée maître de Moltke « le jeune » est de procéder en deux temps. Frapper la France et la Belgique, les écraser en un temps record, puis faire face à la Russie, plus longue à mobiliser.

    En infériorité numérique, l’Allemagne manœuvre sur ses lignes intérieures, grâce à son excellent réseau de chemin de fer. Le plan Schlieffen doit permettre une victoire rapide, en ne laissant qu’un rideau de protection contre l’Empire Russe. L’offensive est stoppée in extremis sur la Marne. La Russie peut mobiliser malgré la piètre qualité de son commandement. Le coup de poker a échoué.

    Stratégiquement, les empires centraux sont sur la défensive. Mais comme la défense est nettement avantagée face à l’attaque dans cette guerre, les fronts restent stables. Il n’est pas possible de réunir de forces suffisantes pour obtenir une percée et une exploitation. Il est impossible de déborder à l’ouest et il est impossible d’exploiter les percées à l’est ou dans les colonies. Le front s’enlise.

    Dans la plupart des guerres précédentes, les situations de blocages étaient celles où la négociation et la diplomatie devaient agir. Elles étaient les moments où des accords devaient être trouvés pour permettre le règlement de la guerre. Pas dans celle-ci.

    Plus les difficultés de la guerre s’amoncellent, plus les moyens qui sont mis en œuvre pour les dépasser deviennent immenses. Au lieu d’une régulation par la diplomatie, la tendance à la guerre totale, découverte par Clausewitz, prend le pas. Les sociétés se militarisent, la population dans son ensemble est mobilisée, l’industrie se reconfigure…et les États s’endettent auprès des marchands de canons.

    Dans sa Théorie de la Grande Guerre, traduite en 1886 en français, Clausewitz s’exprime ainsi : « A la guerre les efforts insuffisants ne conduisent pas seulement à des résultats négatifs mais bien aussi à des dommages positifs, les adversaires sont portés à se surpasser l’un l’autre, ce qui les pourrait mener à la limite extrême des efforts si les exigences de la politique ne faisaient ici contre-poids et ne les contraignaient à restreindre la dépense de leurs moyens à ce qui est précisément nécessaire à l’obtention du but cherché. » Il s’agit justement d’une limite qui n’a pas été prise en compte. La guerre est menée pour obtenir des concessions limitées -à la base. Des territoires, des colonies, mais pas l’extermination d’une force par l’autre. Cette « guerre d’ajustement » devient une guerre totale.

    Or, plus les moyens mis en œuvre deviennent important, plus les gouvernements et les Etats-majors en veulent « pour leur argent. » Dans un sens, la guerre passe d’une « politique par d’autres moyens », à l’aspect principal des opérations. Céder devant l’ennemi revient à s’exposer au fait de tout perdre.

    Cette mobilisation transforme les sociétés.

    Les hommes valides ont été mobilisés pour le front. La plupart sont paysans et représentent une main d’œuvre non négligeable, notamment à l’époque des moissons. Comme la guerre est prévue comme courte, cela ne devait pas poser de problèmes particuliers. Mais elle s’éternise. Cet allongement du conflit n’était pas prévu par les militaires et par les gouvernements. Elle se traduit d’un côté par une pénurie de munitions si grave qu’elle provoque la chute du gouvernement libéral de Herbert Henry Asquith en Angleterre. De l’autre, elle se traduit par une reconfiguration de la société. Elle est mise sur le pied de guerre, changeant les rapports économiques et sociaux. La bourgeoisie s’impose elle-même une contribution à la guerre, en rupture avec sa politique fiscale d’avant-guerre, qui, pour la France, consistait à rejeter toute idée d’impôt proportionnel à la richesse. Cet impôt temporaire finira pas rester à demeure…jusqu’à sa remise en cause progressive, à l’heure actuelle.

    Comme la guerre dévore les hommes et ne relâche que des cercueils et des infirmes, ils doivent être remplacés. Les femmes et les coloniaux comblent les vides. Pour les premières, le fait d’assumer les tâches productives donne du poids aux revendications d’accès à l’égalité politique. Pour les seconds, la découverte de la vulnérabilité de la métropole, l’expérience de la guerre, laisse des marques indélébiles.

    La guerre impose aux sociétés dans leur ensemble une épreuve immense. Elle met sous pression l’intégralité des rapports sociaux. Cette épreuve révèle les antagonismes immenses qui les traversent. Certaines s’adaptent, tiennent. D’autres s’effondrent irrémédiablement.

  • Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    L’Unité Communiste de Lyon sera présente à la manifestation des 3 L et au meeting du MLPD-ICOR à Berlin, le week-end du 12-13 janvier. Elle appelle tout ceux qui s’y trouvent à rejoindre les activités organisées durant ce week-end et à défiler conjointement dans le cortège international organisé par l’ICOR. En janvier 2019, les révolutionnaires en Allemagne et au niveau international commémorent le centenaire de la révolution de Novembre en Allemagne, abattue par la contre-révolution. En janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont été assassinés. Tous les ans, le deuxième dimanche de janvier, la « Manifestation des LLL », pour Lénine, Liebknecht et Luxembourg affirme que le combat pour le socialisme continue.

    Nous publions ci-dessous un article à ce sujet du Rote Fahne (Drapeau Rouge), magazine du Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne (MLPD), no. 22/ 2018.

    Il y a 100 ans – la révolution de Novembre

    Depuis 50 ans – la construction du Parti par le MLPD

    1918: Il y a un siècle, en Allemagne, la révolution de novembre a mis fin au régime impérial et à la première guerre mondiale.

    A l’époque, l’Allemagne était traversée par un souffle révolutionnaire. Aujourd’hui bien sûr, on ne peut pas encore parler de situation révolutionnaire. Néanmoins, un changement d’état d’esprit progressiste se développe au sein des masses. C’est le moment idéal pour réfléchir, en s’inspirant de la révolution de novembre, à une révolution, une véritable transformation de la société. Radicalement à gauche, révolutionnaire, pour vrai socialisme, c’est ce que défend le MLPD qui se targue avec fierté d’avoir en 50 ans construit un parti de type nouveau.

    En 1914, l’Allemagne alors néo-impérialiste a déclenché la première Guerre Mondiale. C’était le résultat de la lutte entre impérialistes pour un nouveau partage du monde. Au début de la guerre, le nationalisme allemand a su éveiller jusqu’au sein des masses populaires une vraie ferveur belliqueuse. Mais quatre années de vies humaines perdues, une famine à grande échelle et la misère ont fait perdre aux masses leurs illusions et brisé la volonté de tenir propagée par la conduite psychologique de la guerre.

    Une situation révolutionnaire

    Les situations révolutionnaires ne peuvent pas être provoquées ou créées arbitrairement. Certes les révolutionnaires auraient bien renversé le Kaiser dès l’éclatement de la guerre. Mais une révolution a besoin de facteurs objectifs et subjectifs pour parvenir à maturation: cela implique une situation dans laquelle les dominants ne peuvent plus régner comme avant. C’est pourquoi les profondes crises économiques et politiques agitant l’impérialisme sont de la plus haute importance.

    Malgré l’armistice conclu avec la Russie –qui venait de vivre sa révolution d’Octobre – l’impérialisme allemand tanguait en 1918 vers sa défaite militaire. Les gens étaient totalement épuisés et réclamaient la paix. Depuis le début de la guerre, 800 000 femmes et enfants étaient morts de faim et de dénuement. Les masses populaires ne pouvaient et ne voulaient plus être dirigées comme avant. En janvier/février, 500 000 travailleurs participèrent à une grève générale politique. La ligue révolutionnaire Spartacus joua un grand rôle. Menée par les deux grands révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, cette grève exprimait une critique de la politique social-chauvine du SPD jadis révolutionnaire.

    La pensée révolutionnaire doit s’emparer des masses! Une révolution n’est pas une action anarchiste unique, ni un putsch, mais un soulèvement des masses. La révolution se fait d’abord dans la tête. Cela montre l’importance considérable de la lutte pour guider l’opinion publique au sein des masses. Elle précède chaque combat majeur et les marxistes-léninistes doivent la gagner grâce à un travail patient et par petites touches.

    Appels ou révolution?

    En août 1918, 250 000 soldats se rendirent à l’ennemi. L’ambiance changea totalement en octobre 1918 quand, dans la perspective de la défaite militaire, d’arrogants officiers issus de l’aristocratie voulurent inciter des dizaines de marins à participer à des batailles navales perdues d’avance. La direction politique et militaire du Reich allemand ne contrôlait plus la situation dans le pays.

    Début novembre, les marins de Kiel refusèrent massivement de partir. Beaucoup parmi eux étaient d’anciens travailleurs de l’industrie. Ils avaient mis en place des connexions et structures illégales et pactisèrent avec les travailleurs à Kiel. Le dimanche 3 novembre, ils organisèrent ensemble une manifestation géante à travers la ville. Quand des fidèles de l’empereur attaquèrent la manifestation, l’avalanche révolutionnaire se mit en branle. L’intervention de l’appareil répressif de l’Etat contre les masses populaires qui protestent constitue souvent un tournant dans l’évolution politique. En Allemagne, l’avalanche engloutit l’empire allemand, créa le droit de vote pour les femmes, instaura la mise en place de comités d’entreprises et bien d’autres droits démocratiques d’association et de coalition. Des conseils d’ouvriers et de soldats virent le jour.

    Si la guerre prit fin, ce n’est pas grâce à la perspicacité ou le retour à la raison des dirigeants, ni en raison des appels de personnes souffrant à cause de la guerre, mais grâce à la révolution. La révolution de Novembre peut s’enorgueillir de tels résultats. Mais les travailleurs révolutionnaires voulaient plus, à savoir une république populaire de « soviets » sur le modèle de la Russie socialiste. Le 9 novembre, Karl Liebknecht proclama la république socialiste. Presqu’au même moment, Philipp Schneidemann proclama la république bourgeoise. Le SPD fit tout son possible pour empêcher une révolution socialiste.

    Le rôle joué par la direction du SPD

    Jusqu’à aujourd’hui encore, le SPD revendique à tort les conquêtes de la révolution de Novembre. En réalité, il fut son ennemi le plus acharné comme le révèle Scheidemann en 1922 : « La social-démocratie n’a jamais mené une propagande antimonarchiste, une activité positive pro républicaine… Affirmer que la social-démocratie a voulu ou préparé la révolution de novembre est un mensonge de nos adversaires aussi ridicule qu’insensé ».1

    Mais quand la révolution devint inéluctable, les dirigeants sociaux-démocrates comme Scheidemann, Friedrich Ebert, Gustav Noske ou Conrad Haußmann multiplièrent avec fébrilité les initiatives pour se mettre à la tête. Une course entre forces révolutionnaires et opportunistes commença.

    Mais une révolution ne suit pas un long chemin tranquille avec une convergence soudaine de tous les courants au sein du mouvement des travailleurs – bien au contraire. Entre orientation révolutionnaire et orientation réformiste, la lutte se propage et se durcit. Et elle doit être menée jusqu’au bout avec toute la rigueur nécessaire aussi au sein du mouvement ouvrier.

    Cet affrontement ne cessa de s’intensifier. Le 16 décembre 1918, le Congrès national des comités d’ouvriers et de soldats se réunit pour la première fois. Karl Liebknecht réclama la chute du gouvernement, l’armement du prolétariat révolutionnaire, le désarmement de la contre-révolution. Néanmoins, à l’encontre du slogan «  Tout le pouvoir aux conseils », le congrès appela à l’élection de l’assemblée nationale bourgeoise.

    Après que l’armée ait tiré dès le 6 décembre sur des travailleurs révolutionnaires, ces derniers se battirent héroïquement. Entre le 6 et le 15 janvier 1919, des combats de rue firent rage dans Berlin, des rédactions de journaux furent occupées. Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, les leaders de la révolution, furent assassinés le 15 janvier par des corps francs réactionnaires, en même temps que des milliers de travailleurs/euses révolutionnaires. La déclaration de Gustav Noske, qui, en sa qualité de ministre responsable du SPD donna l’ordre de commettre ce massacre réactionnaire, est passée à l’éternité : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire ». Il est révélateur que Heiko Maas (SPD), le ministre des affaires étrangères, se réjouisse aujourd’hui encore qu’il y ait à Berlin des rues qui portent le nom « d’hommes politiques comme Ebert ». Or c’est ce dernier qui donna l’ordre d’écraser le soulèvement des spartakistes.

    Il faut des partis révolutionnaires forts

    Le principal problème rencontré par la révolution de Novembre fut l’absence d’un parti révolutionnaire capable de diriger les masses populaires vers un objectif clair. En Russie, les révolutionnaires regroupés autour de Lénine s’étaient séparés dès 1903 des opportunistes. Depuis, ils avaient bâti leur propre parti, celui des Bolcheviks, et par un travail soutenu d’information, dénoncé inlassablement le rôle nuisible de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier. Dans le cadre de la révolution d’Octobre, le premier Etat socialiste fut créé sous la direction des Bolcheviks.

    En Allemagne, les révolutionnaires sont restés bien trop longtemps dans le SPD qui n’a cessé de s’embourgeoiser. En lieu et place d’un parti révolutionnaire, ils se sont regroupés d’une manière désordonnée au sein du groupe Spartakiste. Certes, ce dernier a joué un rôle important dans la préparation et la conduite de la révolution, mais il manquait de puissance et d’expérience. Le Parti communiste vit le jour en pleine révolution, fin décembre 1918.

    L’indécis USPD (parti socialiste démocratique indépendant) se plaçait entre le parti communiste révolutionnaire et la social démocratie opportuniste et social-chauvine. De nombreux camarades révolutionnaires en faisaient partie. Mais l’USPD était hésitante et tiède dans ses engagements. „Au sein du courant révolutionnaire de la social-démocratie, les tendances conciliantes ont renforcé l’opportunisme et l’ont aidé à remporter la victoire » conclut Willi Dickhut, précurseur et co-fondateur du MLPD pour orienter la résistance illégale contre le fascisme hitlérien. 2

    Ce qui apparaît aujourd’hui comme une simple divergence d’opinion tactique peut, en des temps particulièrement troubles, devenir une question de vie ou de mort. Ce fut le cas en janvier 1919.

    En plus de nombreux acquis très concrets, la révolution de novembre conserve une grande valeur pour les luttes de libération. La conséquence la plus importante et la plus ineffaçable : la création d’un parti marxiste-léniniste et son évolution en un parti des masses, puis d’un parti de masse, revêt une signification existentielle pour l’aboutissement ou l’échec de la révolution prolétarienne.

    Même si aujourd’hui la situation n’est pas révolutionnaire, le système impérialiste mondial est néanmoins en proie à des crises chroniques en aggravation accélérées. Face à la crise mondiale des réfugiés, une transition accélérée vers une catastrophe écologique mondiale, une guerre commerciale en pleine expansion, une crise de l’Union Européenne, à l’arrivée de signes annonciateurs d’une nouvelle crise économique et financière mondiale, et une tendance générale des impérialistes à préparer la guerre, on constate un changement d’état d’esprit progressiste à l’échelle de la planète. Les masses ne veulent pas périr à cause de la barbarie impérialiste. En Allemagne, le système politique traverse une crise de confiance d’une gravité exceptionnelle envers les partis bourgeois, les institutions et le parlementarisme bourgeois. Les manifestations de masse contre l’évolution droitière du gouvernement prennent de l’ampleur, notamment après les grandes grèves syndicales du début de l’année 2018.

    L’effervescence révolutionnaire viendra. Pourra-t-elle conduire à la libération de la société ? La réussite dépendra avant tout de notre préparation aujourd’hui .

    Contrairement à 1918, la classe ouvrière dispose aujourd’hui en Allemagne d’un parti révolutionnaire : le MLPD ! Sa création devint nécessaire après que le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands), auparavant révolutionnaire, à partir du XXème congrès du PC soviétique ait succombé à la dégénération révisionniste. Le MLPD a défendu les conquêtes révolutionnaires et s’inscrit dans l’ancien mouvement communiste. Néanmoins, il a tiré dès le départ des conclusions créatives des forces et des faiblesses de celui-ci et des conditions changées de la lutte des classes.

    Il s’emploie avec patience et obstination à ce que les expériences en matière de lutte de la classe ouvrière et des travailleurs s’interpénètrent avec la théorie révolutionnaire. Il mène des combats non pas pour des réformes éphémères mais en tant qu’école de la lutte des classes. Cette action commence par les questions concernant les entreprises et les nombreux compromis pourris acceptés par les dirigeants syndicaux de droite. De nos jours, l’opportunisme penche à nouveau fermement en faveur du social chauvinisme, et également pour une trêve avec ses propres monopoles, son propre impérialisme. Ce genre de trêve, nous savons comment il peut finir, les 17 millions de morts de la première guerre mondiale peuvent en témoigner.

    Au cours des 50 années de son édification depuis 1968, le MLPD a développé de nombreuses caractéristiques originales pour un parti marxiste-léniniste d’un type nouveau, comme par exemple son caractère prolétarien, ses fondements théoriques solides, son autofinancement, son système de travail minutieux, une relation des plus étroites entre direction et base, un programme très élaboré et le centralisme démocratique en guise de principe d’organisation. Pour éviter les erreurs, il s’appuie sur un système d’autocontrôle. A l’aide de la critique de principe et de l’autocritique envers les masses et au sein du parti, le MLPD poursuit son développement fécond. Il apprend à mieux exercer le rôle de leader qu’il doit assumer dans la lutte pour l’instauration du socialisme et son développement ultérieur.

    Consultations, échanges et interaction des révolutionnaires – entre la Russie, l’Allemagne et les autres pays – n’ont été possibles au début du dernier siècle que par courrier. Il n’existait pas encore d’organisation internationale comme l’Internationale Communiste qui fut créée quelques années plus tard. C’est une question dont s’occupe le MLPD avec obstination. Il a initié avec d’autres la mise en place de la Coordination Internationale des Partis et Organisations Révolutionnaires (ICOR) en 2010. Aucune révolution ne doit être écrasée de nos jours dans l’isolement. C’est ce qui figure sur les drapeaux des désormais 51 organisations membres de l’ICOR. Cette organisation révolutionnaire mondiale est désormais représentée et active sur quatre continents.

    Pas de Partis ?

    Mais la classe dirigeante a elle aussi tiré des leçons de la révolution de novembre. De nos jours, elle s’efforce chaque fois que c’est possible d’atténuer les contradictions de classe. En amont d’évolutions potentiellement révolutionnaires, elle envoie des fonctionnaires appartenant soi-disant à des partis parlementaires de gauche progressistes et à des ONGs dans les mouvements sociaux, manifestations de protestation ou luttes des travailleurs. Leur mission est de faire perdre le cap ou de diviser le cas échéant. Ce n’est pas par hasard si leurs prétentions destructrices s’exercent contre les partis. Leurs partis bourgeois sont de plus en plus discrédités aux yeux des masses. C’est pourquoi leur haine s’exprime à l’encontre du MLPD. En effet, en l’absence de partis révolutionnaire, il ne peut pas y avoir de luttes réussies pour changer la société, et encore moins de renversement fondamental des rapports (révolution). Le parti de la classe des travailleurs est incontournable pour s’organiser et en raison de son expérience en matière de luttes sociales et de changement collectif dans le mode de pensée. Tous ceux qui aspirent à une alternative sociale ont intérêt à le renforcer.

    Note de base 1 : citation du livre de Willi Dickhut: Prolétarischer Widerstand gegen Faschismus und Krieg, page 641

    Note de base 2 : ibid, p. 669

    L’opportunisme dans le mouvement des travailleurs : courant bourgeois qui ne voit pas les caractéristiques basiques du développement du capitalisme et sacrifie les intérêts de classe du prolétariat pour des intérêts immédiats, qui refuse aux masses la capacité à se libérer par leurs propres moyens et rejette la révolution et se prononce en faveur de la coopération avec la bourgeoisie.

    Révisionnisme : courant idéologique bourgeois au sein du mouvement ouvrier qui se revendique en paroles du marxisme-léninisme ou du marxisme, mais qui en dénature la doctrine de base. Au lieu de prôner la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour le socialisme et la dictature du prolétariat, les révisionnistes militent en faveur de la voie pacifique « vers le socialisme ».

  • La Paix trahie.

    La Paix trahie.

    1918-2018

    Partie 3 – La paix trahie

    Le mouvement pacifiste possède une longue histoire. Il s’était particulièrement incarné, durant le milieu du XIXe siècle, par notamment le congrès des amis de la paix universelle, qui avait pour vocation de défendre la négociation et l’équilibre entre les nations. En dernière instance, sa mission était plus un contrefort de la Sainte-Alliance qu’une organisation progressiste.

    Bien que présidé par Victor Hugo, le congrès de 1849, par exemple, est marqué par un fond particulièrement réactionnaire et clérical. Ce qui est mis en avant, c’est la nécessité d’un paix harmonieuse et naturelle, telle que voulue par Dieu. Derrière ce pacifisme se cache l’idée qu’il serait possible que les puissants s’entendent pour exploiter le plus pacifiquement possible les masses, et se partager le monde par le dialogue et non pas l’affrontement.

    Le congrès condamne par ailleurs les guerres pour une raison particulièrement justifiée, nous reviendrons dessus à la fin de cette brochure : elles sont le ferment des révolutions. Les positions socialistes sont de plus en plus marginalisées. Elles vont, par ailleurs, en être exclues progressivement.

    Ce pacifisme réactionnaire va se retrouver de plus en plus marginalisé, tandis que naît, avec un élan irrésistible, une nouvelle ligne de défense de la paix entre les Nations, la ligne progressiste-révolutionnaire. Autour du mot d’ordre de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », un nouveau camp de la paix apparaît.

    Il s’incarne dans les diverses internationales, lesquelles mentionnent explicitement la nécessité de lutter en premier lieu contre sa propre bourgeoisie nationale et de pratiquer le défaitisme révolutionnaire : autrement dit, mettre la lutte des classes au premier plan, avant la lutte entre les nations, les Etats, des peuples.

    Au sein de l’Internationale Ouvrière, fondée en 1889, la ligne défendue est fondamentalement celle de ce défaitisme. Ainsi, au congrès de Copenhague, en 1910, le texte publié réaffirme que « les guerres ne sont actuellement causées que par le capitalisme et particulièrement par la concurrence économique internationale des Etats capitalistes sur le marché du monde… » ainsi que  » la chute du capitalisme signifie la paix universelle  « .

    Le 25 novembre 1912, à Bâle, le manifeste publié lors du congrès mentionne : « Le Congrès […] demande aux travailleurs de tous les pays d’opposer à l’impérialisme capitaliste la force de la solidarité internationale du prolétariat ; il avertit les classes dirigeantes de tous les pays de ne pas accroître encore, par des actions de guerre, la misère infligée aux masses par le mode de production capitaliste (…). Que les Gouvernements sachent bien que dans l’état actuel de l’Europe et dans la disposition d’esprit de la classe ouvrière, ils ne pourraient, sans péril pour eux-mêmes, déchaîner la guerre. »

    Mais entre ces belles paroles et la confrontation avec la réalité, un océan a surgi. Au sein de l’IO, de très puissantes tendances révisionnistes et opportunistes existaient. Ces positions s’étaient déjà exprimées autour de Bernstein (question coloniale), Jaurès (réformisme) ou Kautsky (question électorale, question du « super-impérialisme » et participation aux gouvernements). Mais l’épreuve de la guerre allait être le test final de la viabilité et de la solidité des positions de cette Internationale.

    Or, la confrontation avec la réalité fit tout bonnement voler en éclat la façade d’internationalisme de l’IO. Tournant casaque, les sociaux-démocrates sont passés des discours prêchant l’amitié entre les peuples à des discours chauvins, patriotiques, propres à soumettre les travailleurs des villes et des campagnes aux ordres de la bourgeoisie impérialiste. Le vernis s’est craquelé, l’heure était à l’union sacrée.

    En France, devant le cercueil de Jean Jaurès, Léon Jouhaux, dirigeant de la CGT, déclare ainsi :  « Jaurès a été notre réconfort dans notre action passionnée pour la paix. Ce n’est pas sa faute, ni la nôtre, si la paix n’a pas triomphé. Avant d’aller vers le grand massacre, au nom des travailleurs qui sont partis, au nom de ceux qui vont partir, dont je suis, je crie devant ce cercueil toute notre haine de l’impérialisme et du militarisme sauvage qui déchaînent l’horrible crime.

    Cette guerre, nous ne l’avons pas voulue, ceux qui l’ont déchaînée, despotes aux visées sanguinaires, aux rêves d’hégémonie criminelle, devront en payer le châtiment.

    Acculés à la lutte, nous nous levons pour repousser l’envahisseur, pour sauvegarder le patrimoine de la civilisation et d’idéologie généreuse que nous a légué l’histoire. Nous ne voulons pas que sombrent les quelques libertés si péniblement arrachées aux forces mauvaises. Notre volonté fut toujours d’agrandir les droits populaires, d’élargir le champ des libertés. C’est en harmonie avec cette volonté que nous répondons  » présent  » à l’ordre de mobilisation. »

    Guesde, dirigeant de la SFIO, fit de même.

    Jouhaux utilisa l’argument du fait que la France est une république et l’Allemagne un empire. Les Allemands utiliseront l’argument du colonialisme Français et de l’alliance avec la Russie tsariste. Dans les deux cas, ces arguments étaient fallacieux et ne servaient qu’à justifier la capitulation des opportunistes face à l’épreuve de force de la guerre.

    Lénine écrivait en 1915 : « Les vues de Guesde ont été exposées ces derniers temps de la façon peut-être la plus détaillée par le guesdiste Charles Dumas, dans sa plaquette intitulée : La paix que nous voulons. Ce « chef de cabinet de Jules Guesde », qui signe ainsi la page de titre de la brochure, « cite »naturellement les déclarations antérieures des socialistes faites dans un esprit patriotique (de même que le social-chauvin allemand David rapporte des déclarations analogues dans sa dernière brochure sur la défense de la patrie), mais il ne mentionne pas le manifeste de Bâle. Plékhanov passe également sous silence ce manifeste, en présentant avec une suffisance extraordinaire des platitudes chauvines. Kautsky est semblable à Plékhanov : citant le manifeste de Bâle, il en omet tous les passages révolutionnaires (c’est-à-dire tout son contenu essentiel !), probablement sous prétexte des interdits de la censure… La police et les autorités militaires, dont la censure interdit de parler de la lutte des classes et de la révolution, viennent « très opportunément » en aide à ceux qui ont trahi le socialisme. »

    Karl Kautsky inventa la thèse du « super impérialisme », application de la concentration capitaliste à l’échelle mondiale. Il avançait l’idée que, au final, la domination impérialiste totale mettrait d’une part fin aux guerres, mais qu’elle serait également la condition sine qua none du passage au socialisme. Cette négation du rebattage constant des cartes et de la nature pourrissante du stade du capitalisme monopoliste, qui rend la concurrence entre les bourgeoisies possibles, mais inévitable même, a servi d’argument fallacieux. En somme, soutenir son propre impérialisme serait la meilleure voie vers l’unification de la terre dans un seul marché, donc vers la révolution mondiale.

    Cette manœuvre s’est reproduite dans quasiment tous les pays belligérants. Chaque fois des arguments ont été avancés, fallacieux, pour justifier le fait de se plier à l’ordre de partir en guerre. Le chauvinisme, le sentiment de supériorité morale, le sentiment d’être moins infâme que ceux d’en face a servi à justifier les décisions qui signèrent la mort de la seconde internationale. En Russie, les mencheviks, autour de Plékhanov, inventent la thèse du « défensisme révolutionnaire », il s’agit dont de défendre le Tsar tout en croyant dur comme fer que la révolution naîtra de la victoire. En somme, il s’agit d’une trahison pure et simple.

    Les paroles internationalistes se sont envolées, ne laissant que la participation et le soutien -qu’il soit critique ou non, quelle importance !- à la guerre. Le conflit mondial a sonné le glas de cette position comme position révolutionnaire, l’a démasquée au monde entier, et en particulier aux masses, comme étant l’expression d’une trahison pure et simple, comme étant un appel à participer à la boucherie infâme. Autour de l’Union Sacrée, le mouvement socialiste s’est jeté dans les bras de sa bourgeoisie et à tout mis en œuvre pour que la guerre « se passe le mieux possible », brisant les luttes sociales, les grèves, les protestations…et se disqualifiant aux yeux de l’histoire comme une voie pour la libération des travailleurs.

    Cette disqualification n’a pas empêché l’hydre social-chauvin de renaître sans cesse. Aujourd’hui, toujours, il est plus que d’actualité. Un grand nombre d’organisations de gauche sociale-démocrate avance systématiquement des principes internationalistes, mais recule devant toute pratique concrète allant dans ce sens. En dernière instance, leur loyauté à l’impérialisme français est sans faille, et ils tentent de le justifier par touts les moyens, y compris les plus fallacieux. L’un des exemples est le fait que cela renforcerait les autres impérialismes ou que cela aurait un impact sur le niveau de vie des masses populaires. Même les organisations reconnaissant la lutte des classes et la nécessité de la mener mettent un genou à terre dès qu’il s’agit de questions internationales. Là, les classes n’existent plus, existe seul l’intérêt de la France, maquillé de couleurs spectaculaire, de civilisation et de lumières. La ligne sociale-chauvine reste ainsi particulièrement forte dans les Etats impérialistes.

    En revanche, cette décantation idéologique a permis l’affirmation indépendante de la ligne révolutionnaire et internationaliste. Le congrès de Zimmerwald, ainsi, fut l’un des actes de naissance d’un mouvement communiste nettoyé des failles portées par les chauvins et les réformistes. Lénine, dans son exil, s’était ainsi d’une manière sans cesse croissante affirmé comme l’un des piliers théorique de la lutte contre l’opportunisme et pour l’organisation internationale comme nationale des moyens de battre, dans la guerre, l’impérialisme, le capitalisme et, à terme, la guerre elle-même.

  • La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    1914-1918 : le centenaire.

    Partie 2 : La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    Chaque bourgeoisie s’est investie dans cette guerre atroce. L’historien Jacques R. Pauwels a ainsi travaillé sur la question des raisons des entrées en guerre des différents Etats. Dans 1914-1918 : la grande guerre des classes, il fait un retour sur la boucherie impérialiste.

    A l’exception de la Serbie, qui ne pouvait que rejeter l’ultimatum Austro-hongrois -conçu d’ailleurs pour être inacceptable, et hormis la République de Chine qui croyait naïvement pouvoir chasser certains occupants en entrant dans le conflit, tous les camps se valent. Chacun recherche l’affrontement, ou cherche à pousser l’autre à l’affrontement, pour des raisons on ne peut plus crapuleuses. Cela demande de revenir un brin en arrière, tant dans l’histoire de la diplomatie que dans l’histoire de l’économie.

    Car ce qui caractérise cette guerre, c’est sa veulerie et sa crapulerie.

    Durant le XIXe siècle, les jeux de la diplomatie européennes poussent à essayer de créer un équilibre entre les différentes puissances. Chaque nation garde en mémoire le souvenir de l’aventure napoléonienne et des ravages qu’elle a pu causer, et la ligne directrice de chaque empire, royaume ou république, est de tenter de limiter les risques d’apparition d’un hégémonie nouvelle. La Sainte-Alliance, fondée en 1815, avait pour but de veiller à cela, en faisant appel à des valeurs religieuses surannées, rassemblant la Prusse, l’Autriche et la Russie. Véritable chape de plomb contre le développement des aspirations à la liberté, elle a fait de la première partie du XIXe siècle un contre-coup de l’élan révolutionnaire de la fin du XVIIIe.

    Cette politique s’est peu à peu décantée, donnant naissance progressivement à des puissances globalement équilibrées, mais, de ce fait, intrigant constamment les unes contre les autres. Une Allemagne ciblant l’Autriche, mais se méfiant d’une alliance entre France et Russie, une Autriche tentant de maintenir un souffle de vie dans la Sainte-Alliance, tout en tenant de se liguer avec l’Allemagne pour éviter une descente vers l’Adriatique de la Russie. Un Empire Ottoman grignoté de toute part, mais trouvant dans des amitiés avec l’Allemagne la possibilité de se maintenir, une France essayant de se lier avec la Russie pour emprisonner les puissances centrales… Et une Angleterre soufflant le chaud et le froid, voulant à tout prix maintenir la division.

    Ce jeu d’équilibre aurait pu continuer éternellement si, parallèlement à cela, le capitalisme n’était pas rentré dans une nouvelle phase, celle de l’impérialisme.

    A la fin du XIXe siècle, un bouleversement s’est produit dans le fonctionnement du capitalisme. Les besoins de capitaux toujours plus grands des industries les ont poussées à se rapprocher et à fusionner avec les banques. Les capitaines d’industries se sont alors mués en investisseurs, toujours à l’affût des placements les plus juteux. Or, si le marché national pouvait être intéressant pour les produits de consommation, pour la vente de marchandise, des profits incommensurables se trouvaient par delà les mers et les océans. Pour les engranger, il faut des conquêtes. Pour réaliser ces conquêtes et les tenir, les bourgeoisies s’appuient -et s’appuient toujours- sur les Etats, sur les armées. Les pavillons nationaux sont avant tout les pavillons des cartels, des trusts, des monopoles industriels et bancaires.

    Alors que les conquêtes coloniales, commencées avec la conquête de l’Amérique, servaient à la base à découvrir et conquérir de nouveaux marchés, ainsi que, parfois, à résorber un « trop-plein » de population, elles se sont muées de plus en plus en terrain d’investissement, produisant des superprofits monstrueux. Les colonies et les dominions devenaient une obsession pour les bourgeois qui les tenaient, et ne pas en posséder revenait à courir le risque d’être écrasé.

    Pour les Etats lancés tard dans l’aventure, comme l’Allemagne, ce retard devenait menaçant. Pour l’Autriche Hongrie, enclavée, cela devenait, là aussi, une situation ingérable. Quant à l’empire Ottoman, les conquêtes occidentales se faisaient même sur son dos. En 1885, le partage du monde, signé à Berlin, laissait l’Italie, le Japon, l’Allemagne lésés. Lésés et furieux. D’autant que, à cette date, à l’exception de l’Abyssinie et de la Chine, le monde est partagé. Chaque mouvement se fait désormais en se heurtant à des possessions, des protectorats et des zones d’influences d’autres puissances.

    Logiquement, à la tête d’un immense empire colonial, la France aurait dû pulvériser sans la moindre difficulté l’Allemagne, dont les minuscules possessions ne sauraient être comparées à la magnificence de l’Empire français. Pourtant, elle s’est maintenue. Ce paradoxe illustre une des caractéristiques fondamentales de l’impérialisme : son caractère putréfié.

    En situation de monopole sur un pré carré, la bourgeoisie française ne s’est guère posée de problèmes. Les investissements ont pour but de rapporter le plus possible, ce qui implique, finalement, de ne placer que le minimum dans le développement technologique et industriel, le minimum dans la possibilité d’expansion du niveau de vie des masses populaires, et de faire montre en flèche les fortunes d’une poignée de parasites. La « tonte de coupons » est ce qui est le plus prisé en termes de rendement. Mais pendant ce temps, l’industrialisation, le développement de biens de consommation, piétinent. Les colonisés meurent sous les coups de l’administration coloniale, massacrés, surexploités… mais les populations de métropoles ne voient guère la couleur de ces richesses non plus. Quelques miettes, tout au plus. La France de cette époque est un pays miséreux et arriéré, hormis dans les citadelles de l’impérialisme.

    De son côté, la bourgeoisie Allemande avance à marche forcée pour compenser son retard. Pour contrer la France, elle mise tout sur l’industrialisation, sur l’artillerie lourde, sur les voies ferrées. Déjà en 1870, face à la Prusse, cette mobilité supérieure à fait ses preuves. Contre l’Angleterre, elle développe activement une marine de guerre ultra-moderne, équipée de machineries à mazout, alors que les dreadnoughts anglais dépendent du charbon -moins calorifère, plus pénible à transporter, demandant un équipage pléthorique. La weltpolitik du Kaiser permet de s’approvisionner auprès des puits de pétrole de l’empire Ottoman. L’Allemagne prépare une entrée fracassante sur la scène internationale. Elle peut même narguer à plusieurs reprises la France au Maroc, en déployant ses navires de guerre flambants neufs dans les eaux du protectorat. La bourgeoisie Allemande a repoussé dans le temps ses projets d’oisiveté et d’aisance pour se préparer à arracher sa place au soleil. Voilà ce qui explique que l’Allemagne puisse développer son industrie et mener un paternalisme social de front, tandis que la France agricole demeure dans un sous-développement industriel et social.

    Au fur et à mesure que le XIXe siècle cède sa place au XXe, les impérialismes se regardent avec une agressivité toujours plus grande. Chacun cherche à jouer ses cartes.

    Il n’existe, dans ce conflit, aucun Etat dont les bourgeoisies n’aient pas eu des motifs criminels. Il est impossible de dégager un « camp du bien » et un « camp du mal » qui puisse s’illustrer, l’un vis-à-vis de l’autre, par des qualités morales supérieures, par une volonté d’agir pour la liberté, pour la protection des peuples, pour mettre fin à l’escalade furieuse et criminelle orchestrée par les impérialistes et par les marchands de canons.

    Les Alliés ont déclaré qu’ils représentaient le camp du droit quand les puissances centrales étaient celui de la force. C’est une vérité incontestable. Les Alliés se sont appuyé sur des traités forgés lorsqu’ils étaient en position de suprématie. Leur droit était celui des puissances impérialistes anciennes, dominantes, mais en perte de vitesse, qui avaient étouffé sous les traités inégaux le développement des concurrents internationaux, dont l’Empire Allemand. La force était celle de ceux qui voulaient s’imposer, gagner leur « place au soleil », pour reprendre la formulation de Bismarck. Ce droit prenait les borugeoisies de ces pays à la gorge, leur mettait le revolver sur la tempe. Ou prendre une place plus importante, ou être broyées.

    Dire, comme l’a fait Mélenchon, qui, décidément, ne peut s’empêcher de s’exprimer à tort et à travers, que la guerre est la faute du Kaiser, revient à mentir. Tout a été fait pour que la guerre ait eu lieu. Seulement, les Alliés ont manœuvré pour bénéficier de l’avantage moral de jouer le rôle de défenseurs, non d’agresseurs. Mais chaque belligérant a présenté sa cause comme étant juste, seulement, l’histoire n’a retenu que le slogan du vainqueur.

    La France des Lumières, elle aussi, avait ses revendications. Blessée par la défaite de 1870, la bourgeoisie française n’avait pas toléré la perte de l’Alsace-Lorraine. Non que les Alsaciens, locuteurs de l’Allemand, ne lui manquent particulièrement, mais, en revanche, ses ressources en sous-sol et son patrimoine industriel, oui.

    Les gouvernements français successifs vont pousser par ailleurs cet esprit revanchard jusqu’à l’obsession. Ainsi, dans le manuel d’apprentissage de la lecture Le tour de la France par deux enfants, glorifiant la grandeur de la mère-patrie, les protagonistes sont des orphelins qui quittent l’Alsace. Le système scolaire français tire d’ailleurs ses racines de cette volonté de revanche : l’éducation Allemande, vue comme meilleure, est une des raisons qui poussent à la création de l’Education Nationale. Elle est vue comme particulièrement utilitariste : augmenter les compétences techniques de la Nation et l’unifier sous le patriotisme en prévision de la guerre. L’enseignement de l’Histoire est d’ailleurs fait uniquement sous cet angle là : instiller l’idée que la France est une grande nation, belle et humaniste, et que les Alsaciens croupissent dans l’obscurantisme en attendant la libération. Il s’agit également de l’argument qui sous-tend la colonisation. Il s’agit d’une mission civilisatrice au premier plan.

    L’aspect colonial joue de manière très importante dans la rivalité franco-allemande, mais également dans l’alignement diplomatique de l’Angleterre. Les Allemands sont devenus des rivaux. Bien que rivale de la bourgeoisie impérialiste française durant les conquêtes coloniales, bien qu’ayant mené un « grand jeu » contre l’expansion de celle de la Russie dans l’Asie Centrale, la bourgeoisie anglaise redoute le développement de l’Allemagne. Surtout, elle est particulièrement soucieuse de protéger la Belgique, qu’elle considère comme un dangereux balcon vers ses côtes. Pour s’assurer la division de l’Europe et sa sécurité, elle est prête à mobiliser ses troupes.

    La Russie tsariste veut sortir de son enclavement. Elle a chèrement payé sa vulnérabilité lors de la Guerre Russo-japonaise en 1904-1905, où ses navires de guerre, épuisés après 9 mois de mer du fait de la fermeture de Suez par les Anglais, ont été pulvérisés par les Japonais. Elle cherche à s’affranchir des Dardanelles, pour ne pas être coincée par l’Empire Ottoman. Elle s’appuie sur le panslavisme pour affirmer son rôle de grand-frère sur les autres peuples slaves et les unifier sous sa tutelle. L’empire, prison des peuples, est un Etat arriéré et putréfié, qui fonctionne à la mobilisation réactionnaire, autour de l’antisémitisme notamment. La révolution de 1905 a poussé le Tsar à lâcher du lest, mais, aux yeux des grands seigneurs, ce ne sont que des concessions temporaires, qui seront reprises par la suite.

    L’Autriche et l’Empire Ottoman, dans ce conflit, sont plus des proies qu’autre chose. Ces empires d’un style suranné tombent en déliquescence. Tout comme l’Empire Russe, ils se maintiennent par les coups de forces et la répression. Mais au sein d’eux bouillonne un tumulte d’agitation nationale. La Russie et l’Angleterre lorgnent sur les Balkans, cette dernière et la France louchent aussi avec envie sur le Levant et le Moyen-Orient, d’autant que cela permettrait de couper l’Allemagne de ses positions dans la région.

    Chacun court vers la guerre. Même ceux qui sont neutres savent que ce n’est que leur engagement qui leur permettra de siéger à la table des gagnants et te toucher leur pactole à la fin de la guerre. Des USA au Portugal, le monde retient son souffle en attendant de voir le conflit qui va se dérouler.

  • 1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018: Centenaire de la Grande Guerre impérialiste

    Partie 1 : Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    Un siècle nous sépare désormais de la Grande Guerre. Un siècle nous sépare du premier conflit mondial. Avec 9 720 4453 militaires tués ; 8 871 248 civils morts ; 21 228 813 blessés, une évidence s’impose : les morts sont les perdants de la guerre. Qui en sont les gagnants ?

    Cette guerre, en France, est omniprésente. Chaque ville, chaque village, possède son monument au mort, qui commémore le sacrifie ultime fait par tant de jeunes hommes. Qui oublie celui enduré par tant de colonisés. Un sacrifice pour rien.

    Omniprésente, aussi, dans les discours. Omniprésente et brûlante. En témoigne les scandaleuses interventions du Président de la République.

    Pétain, un « grand soldat », malgré « des choix funestes », a déclaré Emmanuel Macron, le 7 novembre 2017. « Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire ». Dans son hommage aux Invalides, le Président de la République a ainsi exprimé son point de vue sur l’Etat-major français durant la Première Guerre mondiale.

    Tollé immédiat et sain de la part d’une grande partie de la population. Tollé international, digne de celui qui accompagne les réhabilitation de Stepan Bandera en Ukraine ou des SS Lettons. Bien que tentant de faire passer tout cela pour un couac, les documents exfiltrés le démontrent : l’hommage était prévu.

    Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un tweet indiquant son point de vue : Le Maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois s’en est trop ! L’histoire de France n’est pas votre jouet.

    Nous n’allons pas revenir sur la confusion entre Foch et Joffre, qui illustre un niveau de connaissance historique relativement bas, donc non pas sur ce que Mélenchon a écrit -et qui a été confirmé par ses lieutenants- mais sur ce qu’il a voulu dire.

    Car ce débat est révélateur d’une certaine communauté de vue entre les deux personnalités politique, sur ce qu’est la Première Guerre mondiale. Ils se sont exprimés et la messe est dite.

    A nous de donner notre point de vue.

    Nous ne saurions partager le fond de ce qui a été exprimé plus haut. Et pour cause, indépendamment des débats sur Joffre, Pétain, Nivelle, Foch… Quant à savoir qui était le meilleur, nous considérons qu’il faut regarder le sens et le fond de cette guerre avant de s’exprimer. Certes, il est toujours possible de discuter des mérites militaires des uns et des autres, de louer le talent de certains généraux ou maréchaux, cela est vrai. Il y a certainement bien des leçons à apprendre. Mais l’important, l’aspect central réside ailleurs.

    Entre nos deux protagonistes, il y a un débat. Ce débat est possible car il se déroule dans la cadre d’une conception commune du sens de la Première Guerre mondiale. L’un et l’autre ne contestent pas sa légitimité. L’un et l’autre voient dans les ceux qui ont dirigé les opérations, des patriotes aux mérites variés, contestables, mais oeuvrant pour une cause juste, la défense de la mère patrie.

    En choisissant une historiographie nationaliste « patriote » nationaliste-chauvine, Emmanuel Macron se piège lui-même et s’oblige à rendre hommage au Maréchal Pétain. En ne remettant pas en cause les motivations invoquées par la France pour se lancer dans cette boucherie abominable, il est obligé de légitimer de fait la politique de l’Etat-major de l’Armée Française, de cette cohorte de réactionnaires aux gants blancs, qui envoyaient à la mort les masses populaires de la métropole et des colonies. Cela amène à Pétain. Pétain, dans l’historiographie du Roman National, est un « père la victoire » qui a redonné confiance aux soldats. Il est vu comme le vainqueur de Verdun, comme un militaire de génie. Le fait qu’il ait pu, par la suite, devenir le symbole de la collaboration active avec le nazisme apparaît comme deux choses complétement étrangères l’une à l’autre.

    Macron, vainement, essaie de détacher les Pétain l’un de l’autre, d’en faire deux personnes séparées et complètement détachées l’une de l’autre. La bourgeoisie fait tout le temps ce genre de pirouettes en l’air, pour essayer construire une histoire positive, une histoire qui puisse faire adhérer les masses populaires, une histoire tour-de-magie, civique, édifiante…et bourgeoise, voire pire !

    Cette histoire idéaliste, nationaliste, l’autorise à tout découper en tranches et d’isoler ce qui l’intéresse de ce qu’elle veut rejeter ou faire oublier. Le pseudo « historien » réactionnaire Lorànt Deutsch -par ailleurs porté aux nues par la mairie PS de Paris- présentait cela comme sa « liberté de science« . Le Dr. Rosenberg, idéologue du nazisme, disait la même chose sur la « liberté nationale-socialiste de la science« . Une liberté de tordre les faits, de les déformer, de les inventer. De relire tout avec une grille de lecture qui corresponde aux intérêts du temps présent. Nous ne pensons pas que Macron essaie de défendre le régime de Vichy, mais il est prisonnier du fait qu’il doit encencer les crimes de la France, et donc ses agents zélés qui les ont commis.

    Par contre, il a ouvert une boite de pandore dont a surgi Eric Zemmour et Robert Ménard, entre autres. Robert Ménard a intelligemment produit une phrase ambiguë, célébrant le soldat Pétain, mais fustigeant sa « sinistre fin de règne ». Fin de règne qui peut tout aussi bien signifier l’arrivée de Vichy tout comme la fuite vers Sigmaringen après la Libération. Chacun y lit ce qu’il veut y lire. Zemmour, invité sur BFM-TV, en profit pour vomir sa bile.  « Je ne fais pas grand crédit aux tribunaux de la Libération. C’est la justice des vainqueurs. » « Il y a dans la vie de Pétain des épisodes qui sont glorieux »… Il serait intéressant de connaître la gloire qu’il peut y avoir à sacrifier le sang des travailleurs pour la grandeur de l’impérialisme français. Pour finir, un argument massue adressé au Crif : «Vous êtes stalinien, vous effacez Trotsky ! », belle manœuvre, révélatrice.

    Existe-t-il donc une dualité autour de Pétain ? Existe-t-il un dédoublement du personnage ? Non. Nous pourrions même dire que nous avons une conception moniste du Pétain.

    Pour nous, qui avons une vision matérialiste historique et dialectique de l’histoire, le Pétain de Verdun et le Pétain de 1940 sont une seule et même personne : Une, réactionnaire de A à Z. Compétent, certes, mais un réactionnaire de premier ordre, jetant, pour les intérêts de la bourgeoisie de France, les travailleurs sous les balles. Toujours le même qui massacrait dans le Rif pour la grandeur de l’Empire colonial. Encore la même engeance, en 1940, échaudé par le Front Populaire et le Communisme, qui voit dans l’irruption de Hitler et dans l’occupation Allemande un moyen de poursuivre la même politique : écraser et saigner les prolétaires pour les intérêts des grands trusts.

    Une fois n’est pas coutume, nous nous appuyons sur un historien réactionnaire, Ernst Nolte, lequel considérait la période 1914-1945 comme une guerre continue de 31 ans. Pétain était un officier supérieur dans une guerre de trois décennies, qui ne peuvent être détachées les unes des autres. Il est le même homme, à toujours tenu la même ligne, à toujours été le même passéiste, agrarien, réactionnaire et pourrissant, comme l’impérialisme qu’il défendait.

    De ce point de vue-là, Mélenchon, qui plus est en se trompant de personnage, confondant Foch et Joffre, défend un autre cheval. Mais joue la même course : une course à la défense de la « nation », une course à la défense des « intérêts » de la France, de son impérialisme.

    Derrière le patriotisme cher à l’un ou l’autre se cache une adhésion au projet impérialiste expansionniste et agressif de la France de 1914. Et les Maréchaux de 1918 étaient des ennemis du peuple, étaient ses fossoyeurs.

    Cette manière de voir révèle fondamentalement les problèmes qu’ont les politiciens bourgeois à se positionner sur la Première Guerre mondiale. Or, pour la gauche, pour la sociale-démocratie, cette expérience de la guerre a été un véritable catalyseur. Cent ans après, elle reste une ligne de démarcation fondamentale entre le social-chauvisme et le réformisme d’un côté, et la ligne révolutionnaire et internationaliste de l’autre.

    Il est très facile pour quiconque, à part une poigne de nostalgiques de Vichy ou de trotskistes -pour des raisons opposées, de se positionner dans la Seconde Guerre mondiale. Il existe un camp du bien et un camp du mal. Où qu’on soit, le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais représentent le « mal », tandis que la coalition alliée représente le « bien ». De ce point de vue là il y a un consensus sur les responsabilités de la guerre et sur les déclenchements : Invasion de la Pologne ; Invasion de l’URSS ; Attaque de Pearl Harbor.

    Mais la Première Guerre mondiale est plus problématique. Il existe deux manières de la comprendre. Soit elle est justifiée, soit elle ne l’est pas. Mais il n’y a pas d’entre deux. Soit elle est déclenchée par un tourbillon de faits, mais il existe un agresseur et un agressé, soit il s’agit d’une provocation orchestrée par les différents impérialismes pour le repartage du monde. Qu’ils le disent explicitement ou non, Macron et Mélenchon choisissent la première option, celle du soutien à la guerre, celle du fait de justifier la boucherie -quitte à mégoter sur des détails.

    Nous, nous choisissons la seconde. A nos yeux, la Première Guerre mondiale est une guerre injuste, arbitraire, dans laquelle les bourgeoisies impérialistes se sont lancées des montagnes de chair broyée au visage avant de déterminer qui posséderait quelle colonie. Un jeu mortel, sanglant. Un jeu auquel chaque Etat partie prenante a accepté de se livrer.

    Mais où il n’existe, nulle par, un camp du bien, un Etat moralement supérieur, plus civilisé, plus altruiste, plus doux, ayant volonté à construire un monde meilleur. Aucun impérialisme n’est au-dessus de l’autre, tous se valent dans leur caractère exploiteur, criminel, massacreur ou génocidaire.

    Le choix à faire durant la première guerre mondiale était celui que les Bolcheviks ont fait, isolés, quasiment seul. Le choix du défaitisme révolutionnaire. Le choix de construire l’Etat du prolétariat, non seulement pour mettre fin à la guerre, mais pour gagner la paix !