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  • Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Gagner les élections, une victoire ?

    Le fait de gagner une élection est une chose. Le fait de mettre en place la politique désirée en est une autre. Détenir le sésame présidentiel, détenir la majorité à l’Assemblée ne signifie pas l’instauration du socialisme.

    Après avoir bravé les obstacles pour se présenter ; après avoir franchi les fossés et les pièges mis en place par l’appareil d’Etat, par la propagande anticommuniste, même après avoir -légalement- rempli toutes les conditions, la bataille ne ferait que commencer.

    La bourgeoisie, une nouvelle fois, ne joue pas à la lutte des classes, elle mène une lutte sans merci contre ceux et celles qui voudraient amoindrir et saper sa position sociale, ses intérêts économiques, à celles et ceux qui voudraient apporter la négation de son pouvoir.

    Pour elle, la constitution d’une force politique visant à s’opposer à ses intérêts représente quelque chose qu’elle traite sérieusement. Il a déjà été évoqué les entraves qu’elle met en œuvre pour éviter cela. Mais l’accession au pouvoir, même purement formel, d’un organisation ennemie de ses intérêts ne signifie qu’une chose : une déclaration de guerre. Si jamais les choses s’envenimaient, il serait certain que la classe des exploiteurs et des exploiteuses ne s’embarrasserait nullement de démocratisme pour régler le problème. Cependant, explorer les différents verrous dont elle dispose est intéressant.

    Premier écueil : le poids de la dette et la voix des créanciers.

    L’Etat français est endetté de manière très importante. Cette dette est à la fois détenue par des individus privés, sous forme de bons du trésor, mais également par des banques. Les emprunts d’Etat ne sont pas forcément extraordinairement rentables, mais ils ont ce mérite d’être -en règle générale- d’une grande stabilité. Les Etats en faillite sont une grande gêne, à la fois pour ceux qui y vivent, à la fois pour les autres Etats, lesquels craignent le développement de troubles importants.

    Cependant, les créanciers ont, de facto, voix au chapitre, en tant que possédants d’une partie de la dette de l’Etat. Leur faire avaler le programme économique -anticapitaliste- du gagnant, ceci est une difficulté majeure.

    Lors de l’accession au pouvoir du Front Populaire, ce n’est que par un mouvement de masse puissant, imposant, une lame de fond, que cette obstacle a pu être franchi. Et encore, la Banque de France, à l’époque, fit constamment pression pour maintenir au minimum l’application du programme, menaçant sans cesse d’en couper les vivres. Le programme du Front Populaire, dont de nombreux courants politiques aiment se revendiquer, était pourtant à cent lieues d’un programme bolchevik. Sa mise en œuvre répondait à une ligne défensive contre le fascisme et contre la bourgeoisie la plus réactionnaire.

    Cet accès au pouvoir n’avait rien en commun avec une révolution prolétarienne.

    Dépasser l’écueil du refus obstiné des créancier est, en soi, une lutte à mort. L’obstacle n’est pas infime, c’est déjà un casus belli pour la bourgeoisie. Dans le cas de François Hollande, élu en 2012, son programme réformiste bas de gamme n’a pas même pu être appliqué. La pression de la dette, la pression des lobbys et du MEDEF ont rendu inapplicable celui-ci. La lâcheté intrinsèque au réformisme n’explique pas tout.

    Sous-estimer ce problème est particulièrement dangereux. Cette questions des finances n’est nullement à prendre à la légère. Une banqueroute du système économique, une monnaie qui se déprécie fortement, une crise économique peut avoir des répercutions très fortes, créer une situation de faiblesse, favoriser la montée d’acteurs paraétatiques et de mafias, voire de seigneurie de la guerre. L’armée et la police peuvent très bien choisir de se mutiner, se vendre au plus offrant, se muer en mercenaires.

    Ce type de questions échappe totalement aux réformistes, lesquelles croient en une constance et une inviolabilité de la légalité bourgeoise. Les utopistes, eux aussi, butent sur ce type d’écueil, dans le sens où ce type d’obstacle leur est pleinement étranger. Souvent, le fétichisme du « pouvoir » ne se double pas d’une réflexion profonde sur la signification de ce que cela représente, sur les méthodes à mettre en œuvre pour parvenir à la société communiste. Les ZAD par exemple, sont des zones où l’autorité de l’Etat cède temporairement le pas à une autorité exercée par les militants. Cependant, leur capacité d’expansion, selon le modèle actuel, est extrêmement limitée : toute menace sur le pouvoir de la bourgeoisie entrainerait une répression qui ne se contenterait pas de lacrymogènes et de matraques. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question plus loin.

    Mais, après tout, supposons que le budget soit débloqué, que le pouvoir étatique puisse fonctionner sous la direction -en régime bourgeois- d’un parti « réformiste-radical. » Celui-ci devrait, logiquement, mettre en œuvre son programme.

    Seulement, entre le pouvoir formel et l’exercice du pouvoir réel, se trouve un océan terrible.

    Deuxième écueil : La fin de non recevoir de la part de la bourgeoisie.

    En supposant que le budget puisse être débloqué, que la bourgeoisie concède, sous le pression, l’argent nécessaire au fonctionnement de l’Etat, seule une infime partie du chemin est franchi. Il reste à appliquer le programme. Or, un coup d’œil sur les programmes proposés en 2017 est illustratif : l’ambition de certains candidats à l’élections présidentielle est importante. Pour mémoire, celui de Philippe Poutou est le suivant :

     1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Premier point :1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    Appliquer ce type de programme ne pourrait se faire sans franchir les chausse-trappes de l’organisation du pouvoir bourgeois. Celles et ceux qui, naïvement, croient qu’il est possible de faire éclater ce barrage, se bercent d’illusion. Mais mettons de côté ces « petits détails. »

    L’Assemblée, si tant est que la majorité soit entre les mains des apprentis sorciers de la révolution, légifère ainsi les lois du candidat Poutou.. Le conseil constitutionnel les valident, l’exécutif les applique . Le SMIC monte ainsi à 1700€ par mois, nets d’impôts. Le candidat trotskiste peut exulter.

    Mais, dans le fond, cette idée est révélatrice d’une compréhension ultra-superficielle de l’économie. Au même titre que le revenu universel, ce genre de promesse est un miroir aux alouettes. Un SMIC augmenté ne veut pas dire une augmentation de la richesse.

    La bourgeoisie recherche le profit maximal. Elle calque ses prix sur la capacité d’achat de la population. Si le SMIC est, comme à l’heure actuelle, de 1480.27€ par mois en brut et de 1149.07 net, la bourgeoisie aligne ses prix en conséquence. Augmenter le SMIC se traduirait par une inflation des prix. Donc l’augmentation du pouvoir d’achat promise n’aurait pas lieu. En revanche, la baisse de valeur de la monnaie, induite de fait, pourrait éventuellement avoir un effet bénéfique sur le remboursement des emprunts, puisque la valeur de ceux-ci diminuerait. Cependant, cela n’est pas le but premier mis en avant par les trotskistes du NPA.

    Quant au revenu universel, celui-ci revient à allouer une somme d’argent -faible- à chaque individu, charge à lui de faire face à l’ensemble des aléas de l’existence en comptant sur celui-ci. En Finlande, par exemple, la mise en œuvre de ce revenu s’est traduite par une suppression des aides sociales et des allocations. D’une part ce revenu fournit un argent de poche inutile aux bourgeois, de l’autre elle institutionnalise un entretien de la misère. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’agit pas sur l’exploitation, sur le fait que la plus-value est produite par les travailleurs et que les bourgeois s’en emparent.

    Ces rengaines, régulièrement ânonnées par les économistes les plus plats, sont des vœux pieux. Bien souvent l’idée qui se trame en arrière-plan est l’idée d’augmenter la part reversée aux ouvriers, aux travailleurs, aux travailleuses. Elle est de réduire leur taux d’exploitation. Seulement, cela ne fonctionne pas si simplement. Annoncer 1700€ net, cela ne mange pas de pain, cela rallie les suffrages, bien que les résultats ne furent pas au rendez-vous. Un discours simple, clair, limpide. Mais faux. Une impasse.

    En promettant plus que ce qui est possible d’être fait, ce qui est présenté comme une manière de rallier les suffrages se mue en piège : une promesse non tenue, la première d’une longue série.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    Incapable de pouvoir réduire le taux d’exploitation, cette candidature désire pourtant frapper fort : réquisitionner les banques. Planifier l’économie -pour éviter la catastrophe écologique. Un nouveau vœu pieux.

    Le NPA ne promet ni plus ni moins que le socialisme sans la révolution. Autrement dit, la réforme. Cependant, là n’est pas la question. Admettons que le pouvoir soit entre les mains de Philippe Poutou.

    Celui-ci déclare donc la réquisition des banques, des grandes entreprises, en conformité avec son programme. Cela en se basant uniquement sur la légalité bourgeoise.

    Mettons nous un instant dans la peau du patronat. Celui-ci a suivi la campagne du candidat du NPA avec un haussement de sourcil. Tant que celui-ci s’agite et ne propose que des réformes cosmétiques, le patronat peut bien le tolérer. Une inflation importante de la monnaie, par l’augmentation du SMIC, peut même être bénéfique pour certains patrons.

    Mais toucher à la propriété privée….

    Le pouvoir se caractérise de la manière suivante : il s’agit de la possibilité de prendre des décisions et de les appliquer. Or, le patronat, qui transgresse régulièrement ses propres règles, s’inclinerait t’il devant un hurluberlu qui réclame le contrôle sur les banques, sur les grandes entreprises, sur un grand pan de l’économie capitaliste ?

    Les usines se lock-outent sans problème en cas de tentative de réquisition par la force, au pire des cas se sabotent. Quant à l’argent, au capital, il offre sans problème les services de sécurités privées, voire de Sociétés Militaires Privées, de groupes fascistes, contre lesquels un pouvoir qui se refuse à faire usage de la coercition ne peut pas grand chose.

    Les richesses peuvent se mettre en sûreté, notamment à l’étranger. Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il paie les services de propagandistes, de prête-plumes capable de vomir la propagande anticommunistes la plus virulente. Au cours de l’Histoire, le patronat n’a eu de cesse de financer les inventeurs de grands mensonges, ceux-là même qui ont tant marqués les esprits que même un grand nombre de gauchistes les répètent et les répandent toujours. Cette année, pour les cent ans de la Révolution d’octobre, la bourgeoisie a choisi comme symbole d’éditer une version colorisée de Tintin au pays des Soviets, ce pamphlet anticommuniste, que même Hergé dénonça. De là à voir des rééditions spéciales de Soljenitsyne, de la Ferme des animaux, du Livre noir, il n’y a qu’un pas.

    De plus, la bourgeoisie, contrairement aux larges masses, possède certaines caractéristiques culturelles, notamment la culture du commandement, de l’organisation. Cela n’a pas de secret pour elle, car l’organisation de la société, pour son plus grand profit, est sa tâche première. Elle est sa fonction sociale.

    La bourgeoisie sait organiser, mais sait également désorganiser. Ses experts, ses spécialistes, ses rouages essentiels, si utiles au fait de faire fonctionner le régime capitaliste, désormais se retournent. Même si la bourgeoisie perd le contrôle formel de la société, elle est toujours présente. Les contradictions ne s’effacent pas du jour au lendemain.

    Un bourgeois n’est pas qu’un patron possédant la propriété formelle, qu’un rentier. La bourgeoisie est une classe qui ne s’efface pas d’un coup de baguette magique. Elle conserve des rôles, conserve des fonctions, conserve des tâches qui lui sont propre, et que seule la résolution progressive des contradictions entre travail manuel et intellectuel peut permettre d’annihiler.

    La vérité est que, dans l’esprit des réformistes radicaux, la question du pouvoir se pose comme une question platement démocratique, comme une question de rapport entre une minorité et une majorité. Les discours des candidats à l’élection présidentielle se plaçaient tous sous ce prisme : respect des institutions et du jeu démocratique – bourgeois, ainsi que du jeu parlementaire. Conquête, dans la légalité, d’une majorité électorale, puis victoire électorale.

    Mauvaise compréhension de la réalité.

    Lénine écrivait dans le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer   dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à  leur avantage. »

    Acculée au désespoir, la bourgeoisie choisira la guerre ; le fascisme ; la réaction la plus sinistre, plutôt que de laisser son pouvoir, son contrôle sur l’économie lui échapper. Lorsque confrontée à cette situation, en URSS, elle fit feu de tout bois, avec chaque arme possible.

    La bourgeoisie a beau être une classe en concurrence avec elle-même, elle n’en est pas moins aux aguets quant aux menaces qui pèsent sur ses intérêts. La fraternité qui unit les bourgeoisies dans leur lutte contre les révolutions socialistes n’est plus à démontrer. Une nouvelle fois, dans la RSSFR naissante, la bourgeoisie et les réactionnaires de l’Empire Russe ont bénéficié de l’intervention militaire directe de la part des autres bourgeoisies dans le but d’écraser dans l’œuf la révolution bolchevique.

    Au final, seule la contrainte et les pouvoirs spéciaux peuvent obliger la bourgeoisie à accepter la transformation de la société. D’une manière ou d’une autre, un conflit surgit, un conflit qui ne peut être gagné sans disposer d’une armée, d’une police de milices au service du peuple et des masses, par la dictature du prolétariat.

  • Match retour Poutou – Bourgeoisie :  0 – 2

    Match retour Poutou – Bourgeoisie : 0 – 2

     

    Le NPA vit, en 2017, son annus horribilis. Une campagne qui peine à démarrer , une absence visible d’unité de volonté et, dans les médias, des interventions qui dérapent.

    Ainsi, la pétition de supplications, #2017poutoudoitenetre, à donné une image plus que déprimante d’une organisation qui se fardait, auparavant, d’un vernis radical. Celle-ci, rédigée sur un ton destiné à fendre les cœurs, ne posait pas de critique politique de la campagne présidentielle, de la démocratie bourgeoise, du capitalisme.

    Ce qui formait la base du discours, à l’origine, était l’idée d’utiliser les élections comme tribune pour dénoncer le capitalisme, l’impérialisme, l’exploitation. La tactique a pris le pas, visiblement, sur la stratégie. Prêt à tous les compromis pour remporter cette bataille -tactique-, le NPA est incapable, désormais, de mettre en place sa stratégie. En voulant jouer sur les deux tableaux, en voulant à la fois glaner des voix et conserver une image radicale, le NPA a donné naissance à une stratégie hybride. Un peu de l’un, un peu de l’autre, peu de résultats. Comme dans la nature, les hybrides sont bien souvent stériles.

    L’absence d’unité de volonté s’est montrée à plusieurs reprise. Des militants et militantes NPA ont ainsi déclaré qu’ils et elles hésitaient entre l’abstention et le vote Poutou. Beau coup de poignard dans le dos du candidat. Plusieurs raisons à cela, contradictoires sans s’exclure mutuellement : d’une part un sincère attachement à l’idée que cette élection est une bataille perdue d’avance, et un constat que le NPA peut y laisser des plumes et y perdre en crédibilité.  D’autre part, le fait que le mouvement de boycott prend de l’ampleur : Boycott 2017 ; Génération Ingouvernable. Le NPA, organisation sans physionomie politique, voit certaines de ses fractions hésiter à rejoindre cette ligne. Flairant la bonne affaire, ils et elles cherchent à se positionner, à faire leur nid. Si Poutou échoue, ou plutôt lorsqu’il échouera, sans surprise, sans vergogne, les militants NPA déclarerons les élections nulles et clameront que leur idée était -dès le début- de boycotter.

    Comme en 2012, où les fractions du NPA s’étaient attaquées les unes les autres, pour la répartition de la trésorerie, notamment, Philippe Poutou se retrouve avec un staff diminué, divisé, tiraillé. Ce n’est pas une situation enviable. Nous ne doutons pas de sa sincérité, ni du fait qu’il soit humainement sympathique. Cela ne facilite pas, évidemment, le fait de le voir haché menu par les piranhas de la bourgeoisie.

    Lors de sa première prestation, dans l’émission On N’est Pas Couché, présenté par Laurent Ruquier, le candidat s’est fait écharper, humilier, par le présentateur et son équipe. Déjà, nous avions commenté cela dans notre article Les communistes ne rampent pas devant la parodie de démocratie des bourgeois.

    Le nouveau round, samedi, a été commenté par Julien Salingue par ces termes : Philippe Poutou invité chez Ruquier hier soir, ou le nouvel épisode de « Un ouvrier, c’est là pour fermer sa gueule ».

    L’arrogance et le mépris social dont fait preuve cette petite caste, incapable de supporter la moindre critique, sont à vomir.

    En effet, malgré un avertissement sec la dernière fois, malgré cette humiliation, le candidat du NPA a été dominé, écrasé, par le jeu de perturbation des présentateurs, des intervenants, lesquels ont taillé en pièce son discours, au point de le rendre inintelligible. Une stratégie politique, même fausse, demande du temps pour être étayée, développée, expliquée. Cela n’était nullement le cadre ou le lieu, le format de l’émission, de base, ne s’y prêtant pas. Même avec les meilleures intentions du monde, Philippe Poutou partait déjà perdant, face à la répartie, la punchline, qui est le point central de cette émission.

    Pour enfoncer le clou, les présentateurs ont même insisté sur l’aspect de double face du candidat, souriant ici, mais incisif sur les réseaux sociaux.

    Cette séquence, même pour nous tenons la ligne de l’abstention, qui considérons que la stratégie du NPA est fausse et opportuniste, n’en est pas moins désagréable à regarder.

    Sur les réseaux sociaux, on s’étonne, on s’indigne, on crie à l’insolence au mépris de classe.

    Mais, et nous nous adressons à tous les militants et militantes, à quoi vous attendiez-vous ?

    Seriez-vous devenus naïfs au point de croire que les médias, les émissions de divertissement, sont neutres ou amicales envers les militants progressistes ? Qu’ils vont accueillir avec des sourires, avec de la tendresse, de la compassion, ceux qui défendent l’idée d’un partage des richesses -même réformiste- comme Philippe Poutou ?

    Cette indignation, qu’elle soit légitime ou jouée sur un air faussement choqué, doit cesser.

    Elle doit se muer en résolution.

    Que croit-on ? Que la bourgeoisie est fair-play, qu’elle accepte qu’on l’attaque, qu’on la dénonce, qu’on la pointe du doigt comme la responsable des maux de la terre ? Non, elle se rebiffe.

    Elle corrompt.

    Si elle ne peut corrompre, elle humilie et salit.

    Si cela ne suffit pas, elle tue.

    La grande faiblesse de Philippe Poutou, comme de nombreux « révolutionnaires », qui, au final, sont des humanistes romantiques, c’est de ne pas avoir attaqué. D’avoir voulu être le gentil, la victime des méchants. Cela colle bien à l’image de son parti, de sa révolution romantique, rêvée, jamais construite.

    Nous ne sommes pas là pour être les gentils, pour être les victimes, nous sommes ici pour battre la bourgeoisie.

    Nous ne sommes pas ici pour être humiliés mais pour gagner.

    Nous savons que, lorsque la bourgeoisie fait mine de nous donner la parole, c’est pour -au mieux- faire une répétition d’un « diner de cons », au pire pour nous assaillir sous les tonnes de mensonges anticommunistes.

    Il ne saurait en être autrement dans une société divisée en deux classe antagoniques.

    Ce qui est, fondamentalement, le véritable scandale, c’est de croire encore en la bienveillance de nos ennemis, que de leur tendre le cou pour qu’ils nous décapitent.

    Ce qui est fondamentalement notre faiblesse, c’est -une fois sorti des discours- cette tendance que nous avons à être bernés par des pièges grossiers.

    Si nous voulons gagner, nous devons grandir, briser définitivement les mythes, dont ceux des médias neutres, ceux de l’Etat neutres, ceux des élections « démocratiques. »

    Pour gagner, nous n’avons pas besoin de candidats, de pétitions, de supplications, mais de militants, d’organisation. Nous avons besoin d’un Parti, d’un Front.

     

    Cessons de croire dans la bourgeoisie. Cessons de jouer ses jeux truqués.

    Croyons uniquement en nos propres forces ! Ne comptons que sur elles !

  • Les communistes ne rampent pas devant la parodie de démocratie des bourgeois.

    Les communistes ne rampent pas devant la parodie de démocratie des bourgeois.

    Dans nos vœux d’une année de lutte, nous avons mentionné que 2017 serait une année où bien des masques tomberaient.

    Nous maintenons cette affirmation, nous la maintenons et nous la considérons même déjà confirmée à plusieurs reprises.

    Il est aisé, pour un grand nombre d’organisations, de se réclamer révolutionnaires. Cela, en temps normal, ne demande qu’une simple déclaration d’intention. Il est même certain qu’un grand nombre de militants d’organisations réformistes pensent sincèrement qu’elles forment un fer de lance contre le pouvoir de la bourgeoisie.

    Seulement, les façades s’effondrent vite lorsqu’elles ne sont pas étayées. Souvent, il suffit d’une pression qui s’intensifie pour que les drapeaux se rangent, pour que la fierté teintée d’arrogance soit ravalée et transformée en soumission.

    Que cela soit précisé, nous ne sommes pas opposés par principe à participer à des élections. Nous pensons qu’elles peuvent être un baromètre de l’Etat d’esprit des masses, une manière de tester quelle est notre influence dans la société.

    Cependant, cette participation ne peut être que tactique, subordonnée à un objectif tout autre : celui de préparer la révolution.

    Nous ne souffrons pas de la schizophrénie propre aux pseudo-révolutionnaires. Comment pourrions nous clamer que nous allons mettre telle ou telle avancée en place, si de l’autre nous clamons que la bourgeoisie l’empêchera par la force ?

    Certaines tentent de concilier ces deux points de vue en optant pour un moyen terme bancal: le programme de transition. Cela consiste à exiger des choses impossibles à satisfaire sous le capitalisme, soi-disant pour en montrer l’inanité, et pousser les masses à adopter les positions révolutionnaires.

    C’est surtout une manière de ne PAS poser la question de la révolution, de la dictature de la bourgeoisie contre celle du prolétariat. Irréalisable, cette ligne conduit sans rémission à la désespérance face à un échec inévitable.

    Réclamer des assemblées ouvrières, réclamer l’interdiction des licenciements, réclamer des nationalisations forcées sous contrôle populaire, un salaire universel et suffisant pour tous… en somme exiger de la bourgeoisie des concessions qui formeraient un casus belli, voilà l’alléchant programme. Cependant, bien qu’admettant à demi-mot que celui-ci serait impossible à satisfaire, jamais ses promoteurs n’expliquent publiquement comment il sera possible de le surmonter. Tout cela par mépris pour les masses populaires, que ces intellectuels jugent incapables de se saisir des questions politiques et, surtout, de celle de la révolution.

    Les exploités, les opprimés, les masses sont parfaitement conscientes de la réalité de la dictature capitaliste. Elles sont pleinement à même de se saisir des enjeux et des questions politiques.

    « Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d’acquérir les connaissances même les plus élémentaires. » [Préface et postface aux Enquêtes à la campagne, 1941] voilà ce qu’écrivait Mao Zedong.

    Seulement, au lieu de réaliser les tâches de Parti, les organisations opportunistes et économistes briment l’avancée politique. Au lieu de parler politiquement du pouvoir, ces organisations ne posent que  revendications économiques.

    Si une organisation comme L.O. mène souvent un travail d’enquête faramineux dans les usines, qu’en fait elle ? Elle s’en sert pour parler aux travailleurs, aux travailleuses, non pas de politique, non pas de révolution, mais uniquement des problèmes concrets qu’ils peuvent connaître. Problèmes que les ouvriers connaissent déjà, étant ceux qui les ont transmis aux militants.

    La boucle est désormais bouclée.

    Au lieu d’être des partis, ils sont des super-syndicats.

    Au lieu de briser le 4ème mur de la pièce de théâtre de la démocratie bourgeoise, ces mouvements la confortent, la dote d’une crédibilité renforcée. ne pas indiquer la nature de dictature de classe du système politique actuel, ne pas promouvoir la nécessité de le briser, c’est s’en faire son agent.

    Prétendre que le pouvoir se conquiert par les urnes, lorsqu’on brandit le marteau et la faucille, c’est mentir. C’est trahir son camp et passer avec armes et bagages pour celui de l’ennemi.

    C’est donner des leçons d’histoire alternative. Dans les faits, la bourgeoisie ne cède pas un pouce, insulte, menace, frappe et tue.

    Dans le monde magique où  vivent ces ignares et ces doux rêveurs, il semble que la bourgeoisie soit une chose morte, une chose statistique, et non cette force sociale capable de mener la guerre, l’exploitation, avide de richesses et -surtout- très consciente de sa nécessité de se maintenir au pouvoir.

    Dès qu’une force anticapitaliste crédible montre le bout de son nez, la bourgeoisie se déchaîne: où par la moquerie, si la menace est faible, tournant en ridicule les tentatives de pouvoir s’exprimer ; ou par la calomnie, par le mensonge, par le matraquage d’images bien imprégnées dans le cerveau, grâce à l’Education Nationale et aux magazines « historiques » : « Le Communisme a fait 100 000 000 de morts ; Staline est un dictateur; Mao était un être méchant. » Si jamais ce candidat persistait malgré tout, que d’intimidations, que de menaces aurait-il à braver.

    Mais une fois au pouvoir, dans le monde rêvé, comment serait-il crédible de penser que la bourgeoisie céderait le sien ?

    Au mieux, un refus poli serait envoyé. Au pire…gare au fascisme ! La bourgeoisie ne s’embarrasse guère de lois et d’éthique quand il s’agit d’accroitre son profit. Faut-il être un incorrigible naïf pour croire qu’elle cédera l’intégralité de son pouvoir, de son statut social, de ses privilèges de classe, par respect des « règles du jeu » ?

    Mais la bourgeoisie ne s’inquiète guère, et pour cause ! Au mieux les programmes de la gauche, pour les élections, sont chauvins, nationalistes et partisans de l’impérialisme, au pire, ils sont ceux de syndicats : ils exigent des euros en plus, des heures en moins, mais ne posent jamais la question du pouvoir.

    Il est important d’acter ce fait : La démocratie bourgeoise, c’est la démocratie de la bourgeoisie, pour elle seule, pour gérer ses intérêts. L’Etat bourgeois n’est pas une chose inerte, il est l’outil conçu, forgé, mis en œuvre par la bourgeoisie pour la bourgeoisie.

    Vouloir changer ce jeu de l’intérieur reviendrait à vouloir lutter un tenancier de casino à une table de blackjack.

    A nos yeux, seule la lutte révolutionnaire peut fonctionner.

    Les organisations politiques se revendiquant de la révolution, mais se présentant, montrent ainsi un visage bien triste :

    Lutte Ouvrière dénonce le fait de ne pas être invité sur les plateaux, par les médias, de ne pas être mentionné par la bourgeoisie. Devrions-nous nous en étonner ? N’y a t’il pas une contradiction fondamentale entre le fait de se dire communiste et celui de s’étonner que la bourgeoisie ne soit pas jouasse à l’idée de diffuser ces idées ? Voilà bien une manière de se rouler au sol, de pleurnicher, de prendre à témoin les masses, non pas en pourfendeur de la bourgeoisie, mais bien en se ridiculisant.

    Quant au N.P.A., il parvient à faire pire. Nous ne reviendrons pas sur l’humiliation subie par Philippe Poutou, au demeurant humiliation répugnante de la part d’animateurs d’un divertissement réactionnaire. Nous reviendrons sur la triste pétition lancée par ce parti, pour demander la participation de leur candidat.

    2017 Poutou doit en être, pétition signée actuellement par 5900 soutiens, n’est non seulement pas une humiliation de plus, elle est révélatrice du rapport du N.P.A. aux élections. Quoiqu’ils s’en défendent, les militants et militantes de cette organisation implorent les élus de parrainer leur candidat, pour respecter la « démocratie. »

    « Nous nous adressons à vous pour que vous permettiez à Philippe Poutou d’être candidat.
    Il a toute légitimité pour cela et il serait antidémocratique qu’il soit victime de la censure des grands partis institutionnels. »
    Mais, n’est-ce pas justement là, précisément, que le bât blesse ? La démocratie bourgeoise se caractérise par une démocratie creuse, de façade, conçue pour duper l’électeur et maintenir l’ordre.

    « En 2002 et 2007 avec Olivier Besancenot, en 2012 avec Philippe Poutou son courant politique a été présent et entendu dans les débats des présidentielles, son absence serait un recul démocratique. » Son courant politique, au contraire, s’est cantonné à une participation aux élections de la bourgeoisie, en a respecté les règles et les principes, et s’est couché platement.

    « Nous ne partageons pas nécessairement ses idées mais nous pensons qu’il doit pouvoir participer au débat de la présidentielle de 2017. » Cette phrase est révélatrice, en bloc, du fond du discours de cette organisation. Elle s’adresse au petit bourgeois démocrate, lequel soutiendra l’accès du N.P.A. à la grande foire aux élections -et aux remboursements de frais de campagnes.

    Le N.P.A. démasque son opportunisme en ces quelques lignes. Il ne fait pas même appel aux travailleurs et aux travailleuses, en leur clamant : « votre parti est censuré, mobilisez vous pour le défendre ! » ; il ne s’en sert pas pour dénoncer la mascarade que sont les élections, pour mobiliser les masses, mais bien pour quémander, au nom d’une illusoire démocratie, une place aux côtés des exploiteurs et des vermines.

    C’est là, un point qui révèle que les élections sont pour le N.P.A., comme pour Lutte Ouvrière, une fin en soi, l’aboutissement de leur stratégie, de leur programme. Nul part l’esprit révolutionnaire n’est autant absent.

    De deux choses l’une, chacune étant, de part et d’autre, une position fausse :

    Ou les naïfs découvrent la censure de la bourgeoisie et ils agissent en doux rêveurs.

    Ou ce sont des cris de fausse révolte, de fausse surprise, et ils agissent en menteurs en ne révélant pas la supercherie des élections.

    Nous ne devons jamais mentir aux masses quant aux étapes et à la difficulté d’avancer, pas à pas, vers la construction d’un monde plus juste.

    Nous ne mentons pas sur les parodies de démocratie, sur le jeu truqué de la bourgeoisie, sur sa censure.

    Nous ne mentons pas sur le fait que seule une révolution prolétarienne est à même de renverser l’ordre établi et de mettre en œuvre celui de la justice, du droit, celui de la liberté pour les opprimés et les exploités.

    Ce ne sont pas les quémandages électoraux, qui nous trainent dans la boue, dont nous avons besoin.

    C’est celui d’un camp du peuple, d’un Parti, qui ne s’abaisse pas à quémander à la bourgeoisie des droits, mais qui les saisit, par la mobilisation des masses, qui impose son contre-pouvoir à celui des bourgeois.

    Un camp qui n’agit pas dans les parlements, sauf tactiquement, mais qui agit dans la rue, dans les usines, dans les lieux d’éducation, de socialisation et même de détention.

    Nous voulons créer l’opposition extra-parlementaire pour lutter contre les attaques de la bourgeoisie, créer ce bouclier politique.

    Mais nous voulons plus, nous voulons à l’échelle de ce que représente les exploités, les opprimés.

    Les travailleurs sont le monde, et le monde est à eux !