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  • Les luttes interimpérialistes et la lutte idéologique. Partie I : Les luttes interimpérialistes (USA-Russie-UE)

    L’actualité internationale a récemment été marquée d’évènements importants sur lesquels nous devons revenir pour comprendre l’intensification et la transformation des contradictions interimpérialistes.

    La nouvelle diplomatie des USA

    USA-Ukraine

    En février 2025, soit 3 ans après le début de la guerre russo-ukrainienne, le soutien militaire, financier et humanitaire occidental à l’Ukraine depuis février 2022 s’élève à un total de 267 milliards d’euros.1

    Après sa réinvestiture, le 20 janvier 2025, l’administration Trump a entrepris de reconsidérer les termes du soutien américain à l’Ukraine, qui s’élève à un total d’environ 114 milliards d’euros depuis février 2022 (46 % du soutien occidental total).2 Les USA ont engagé une négociation bilatérale avec l’Ukraine sur la question, et au centre de celle-ci, sur l’exploitation des très abondantes et stratégiques ressources du sous-sol ukrainien.

    Selon le Forum économique mondial, l’Ukraine serait riche de 117 des 120 matériaux les plus « critiques » pour la production (fer, plomb, zinc, nickel, argent, titane, cobalt, lithium, césium, tantale, niobium, manganèse, mercure, gallium, graphite, béryllium, zirconium, apatite, fluorite, uranium, etc.), dont des terres rares (europium, cérium, etc.), ainsi que d’importantes réserves en énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz).3 La valeur du sous-sol ukrainien s’élèverait, selon les estimations, entre 14 8004 et 26 0005 milliards de dollars. Au-delà de sa valeur brute, le sous-sol ukrainien possède aussi et surtout une valeur stratégique, car il constitue l’une des plus importantes réserves mondiales et européennes desdites ressources : la 6réserve mondiale de charbon (4 % des réserves mondiales, 60 % des réserves postsoviétiques6), la 12réserve mondiale d’uranium (1re réserve européenne7, 2 % des réserves mondiales, 8producteur mondial8)9, la 5e réserve mondiale de fer (7producteur mondial), de graphite (1re réserve européenne10, entre 6 % 11 et 20 %12 des réserves mondiales, 7producteur mondial) et de manganèse (17 % des réserves mondiales, 8producteur mondial)13, l’une des 10 premières réserves mondiales de titane14 (1re réserve européenne15, 20 % des réserves mondiales16, 6producteur mondial), 3 % des réserves mondiales de lithium (1/3 des réserves européennes, principalement inexploitées)17, 5 % des réserves mondiales de terres rares (principalement inexploitées)18.19

    Le 3 février, dans le Bureau ovale, Trump a déclaré :

    « Nous cherchons à trouver un accord avec l’Ukraine selon lequel [les Ukrainiens] apporteraient en garantie leurs terres rares et d’autres choses en échange de ce que nous leur donnons. […] Nous voulons une garantie. Nous leur donnons de l’argent à tour de bras. »20

    Ce à quoi, Zelensky a répondu le lendemain :

    « Nous sommes ouverts au fait que les minerais puissent être développés avec nos partenaires qui nous aident à protéger notre territoire et à repousser l’ennemi avec leurs armes, leur présence et leurs paquets de sanctions. C’est tout à fait juste. »21

    La proposition de Trump ne venait pas de nulle part. Elle répondait directement à celle que l’Ukraine a avancée dans son « plan de victoire », soumis à ses alliés (dont les USA) en octobre 2024. Celui-ci prévoyait déjà d’offrir des contrats d’exploitation du sous-sol ukrainien très avantageux en échange de la poursuite et de l’augmentation du soutien à l’effort de guerre ukrainien contre la Russie (une « protection commune » et une « exploitation commune des ressources stratégiques » de l’Ukraine »22). La diplomatie « transactionnelle » attribuée à Trump, qui a suscité de nombreuses indignations dans l’opinion publique européenne, était en fait initialement celle de Zelensky23, qui l’avait informé de son offre dès septembre 202424.

    Le 5 février, Trump a proposé à Zelensky ce deal de principe, auquel il a répondu favorablement.25

    L’exploitation du sous-sol ukrainien par les USA serait d’une double importance. Premièrement, elle diversifierait les sources d’approvisionnement en ressources stratégiques des USA. Par exemple, aujourd’hui, la Chine est le 1er pays producteur de charbon (4,8 milliards de tonnes26, 10 fois plus que les USA, le 4producteur mondial) avec 51 % de la production mondiale27, le 1er pays producteur de titane avec 30 % de la production mondiale (dont les USA importent 95 % de leur consommation)28, le 1er pays producteur de graphite (1 270 000 tonnes extraites en 2024)29 avec 80 % de la production mondiale30, et le 1er pays producteur de terres rares (270 000 tonnes extraites en 2024, contre 45 000 pour les USA, le 2producteur mondial)31 avec 70 % de la production mondiale32. Deuxièmement, elle donnerait des garanties à l’Ukraine, car les investissements américains sur le sol ukrainien seraient un intérêt direct à défendre celui-ci. Actuellement, se trouvent en zone d’occupation russe : la quasi-totalité des réserves de charbon et de pétrole33, 72 % des réserves de gaz34, 40 % des réserves de métaux35, dont 70 % des réserves de terres rares36 et deux des plus importants gisements ukrainiens de lithium (Chevtchenko et Kruta Balka)37.

    Essentiellement, avec le « plan de la victoire », l’Ukraine propose à ses alliés de leur céder en partie ses sous-sols, en échange desquels elle leur demande de financer la reconquête desdits sous-sols. Les alliés de l’Ukraine ont ainsi l’opportunité de transformer leur soutien en investissement pour de futurs surprofits en Ukraine.

    La perspective offerte aux USA était pourtant incertaine : la majorité des infrastructures coûteuses pour extraire, raffiner et exporter les ressources du sous-sol ukrainien (particulièrement les terres rares et le lithium) n’existent aujourd’hui pas (seuls 15 % des gisements étaient actifs avant l’invasion en 202238), mais surtout, rien n’interdit aux USA d’investir dans le marché russe après la guerre (comme il investit déjà dans le marché chinois), ou de préférer investir dans d’autres marchés moins risqués (comme la République dominicaine39, dans les Caraïbes). Ceci dit, au-delà de la rentabilité immédiate, que ces sous-sols riches soient en Ukraine ou en Russie reste d’une importance stratégique en soi : l’Ukraine est un pays dominé disputé entre les impérialismes hégémoniques (USA, Japon, France, Royaume-Uni, Allemagne, etc.) et la Russie, qui est un impérialisme challengeur (comme la Chine) en lutte contre ces derniers. Priver la Russie de ces sous-sols, ce serait les sécuriser directement ou indirectement pour les USA (qu’ils soient exploités ou non).

    Le 15 février, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich, Zelensky a reculé devant les clauses fixées par les USA — le droit d’accès à 50 % des minerais de terres rares ukrainiens, pour une valeur estimée de 500 milliards de dollars40 — déclarant que l’accord « ne protégeait pas » l’Ukraine, qu’il manquait de « garanties de sécurité » contre des invasions futures, et qu’il n’était ni « prêt » ni « sérieux ». Le 19 février, il a renchéri :

    « Je défends l’Ukraine, je ne peux pas vendre notre pays. C’est tout. »41

    Le 26 février, après 3 semaines de négociations tendues, les 2 partis ont atteint un accord sur l’exploitation des sous-sols ukrainiens et le soutien financier et militaire à l’Ukraine.42 La signature de celui-ci, prévue le 28 février, a été annulée après la très médiatisée altercation dans le Bureau ovale43, lors de laquelle Zelensky a été humilié par Trump et son vice-président, Vance, exigeant de lui qu’il se montre plus « reconnaissant » et l’accusant de « jouer avec la 3Guerre mondiale ».44

    Le 4 mars, les USA ont annoncé suspendre temporairement leur aide militaire à l’Ukraine (dont le partage du renseignement).45 Le jour même, Trump a déclaré avoir reçu « une lettre importante du président Zelensky » dans laquelle ce dernier dit être prêt « à travailler sous la direction énergique du président Trump pour obtenir une paix durable ».46 Finalement, le 11 mars, suite à une rencontre diplomatique entre les chefs de la diplomatie américaine et ukrainienne à Jeddah (Arabie Saoudite), la suspension de l’aide militaire à l’Ukraine a été levée.47

    Le 28 mars 2025, l’Ukraine a reçu des USA une version révisée de l’accord sur les minerais du sous-sol ukrainien, beaucoup plus radicale que la précédente. Celle-ci transférerait les droits sur toutes les ressources et les infrastructures ukrainiennes aux USA. À ce jour, elle n’a pas été signée.48

    USA-Russie

    En parallèle de ses négociations bilatérales avec l’Ukraine, l’administration Trump a entrepris de mettre un terme à la guerre russo-ukrainienne. Les USA ont donc unilatéralement engagé un rapprochement avec la Russie, en vue de négociations bilatérales avec celle-ci sur des accords de cessez-le-feu et de paix en Ukraine. Ce processus russo-américain a exclu à la fois le proxy ukrainien et les alliés européens.

    Depuis février 2022, la diplomatie russo-ukrainienne était donc gelée : l’Ukraine refusait de s’incliner devant l’agresseur russe, et la Russie de reculer devant ses objectifs de guerre. Cette situation figée servait les intérêts des impérialistes en lutte, c’est-à-dire de la Russie et de l’Occident. Les cobelligérants misaient tous leurs efforts sur leur chance de victoire militaire, et se bornaient donc à une diplomatie unilatérale.

    Jusqu’à récemment, la négociation n’était donc une évidence ni pour l’Ukraine ni pour la Russie. Les conditions avancées par les deux pays belligérants étaient parfaitement incompatibles : l’Ukraine exigeait d’adhérer à l’OTAN et la restitution de tous ses territoires (dont la Crimée annexée en 2014), la Russie excluait l’un et l’autre. Tous deux cherchaient à obtenir la victoire sur le terrain militaire. Cependant, le changement d’administration américaine a changé la donne. Le soutien américain à l’Ukraine, dont cette dernière dépend fortement (46 % du soutien total de février 2022 jusqu’à aujourd’hui49), n’est depuis peu plus une garantie, ce qui rend beaucoup plus incertain le pari ukrainien. Alors que l’une des dernières actions de l’administration Biden avait été l’envoi de près de 27 milliards d’euros à l’Ukraine (soit l’aide la plus importante depuis le début du conflit, tous pays confondus)50, la nouvelle administration Trump veut réviser les conditions politiques et économiques de son soutien à l’Ukraine. L’Ukraine a donc dû assouplir son discours51, et s’est dite prête à négocier avec la Russie si « des garanties de sécurité suffisantes » lui étaient offertes par ses alliés.52

    Dès sa réélection, en novembre 2024, Trump avait annoncé qu’il voulait qu’un accord de paix soit réalisé « au plus vite », faisant du conflit russo-ukrainien l’une des premières priorités de son nouveau mandat.53 Le 9 février 2025, Trump a ainsi déclaré s’être déjà entretenu directement plusieurs fois avec Poutine54, et le lendemain que :

    « [Les Ukrainiens] peuvent conclure un accord, ils peuvent ne pas le faire. Ils seront peut-être russes un jour, ou ne seront peut-être pas russes un jour. »55

    Le 12 février 2025, après une « conversation prolongée et très productive » avec Poutine, Trump a annoncé que « des négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine allaient commencer immédiatement ».56 Le même jour, le secrétaire américain à la Défense, Hegseth, a déclaré au siège de l’OTAN que le retour aux frontières de 2014 (la désannexion de la Crimée) et l’adhésion à l’OTAN de l’Ukraine étaient « irréalistes », et que l’envoi de troupes américaines ou de l’OTAN en Ukraine était inenvisageable à l’avenir.57

    « Poursuivre cet objectif illusoire ne ferait que prolonger la guerre et causer davantage de souffrances. »58 « Pour être clair, dans le cadre de garanties de sécurité, il n’y aura pas de troupes américaines déployées en Ukraine. »59

    Cette déclaration a directement contredit les principales exigences de l’Ukraine, et directement avalisé celles de la Russie. Ce faisant, les USA ont créé les conditions pour l’ouverture des négociations avec la Russie.

    Une première rencontre bilatérale entre une délégation de la Russie et des USA a eu lieu à Riyad (Arabie Saoudite) le 18 mars 2025, ce qui constitue les premiers pourparlers entre les deux pays depuis février 2022. Ceux-ci avait pour but d’établir le cadre pour la négociation d’une fin durable au conflit entre la Russie et l’Occident en Ukraine et ailleurs en Europe de l’Est. Le ministre russe des Affaires étrangères, Lavrov, y a explicitement réaffirmé les exigences de la Russie — conditions de la poursuite de l’ouverture des négociations :

    « Nous avons expliqué aujourd’hui que le déploiement [en Ukraine] de troupes de forces armées des pays de l’OTAN, mais sous un autre drapeau, sous le drapeau de l’Union européenne ou sous des drapeaux nationaux ne change rien. C’est bien sûr inacceptable »60

    Le 25 mars 2025, suite aux doubles négociations bilatérales avec la Russie et l’Ukraine en Arabie Saoudite, les USA ont réussi à conclure la signature d’un cessez-le-feu dans la mer Noire, à l’importante condition que certaines sanctions économiques sur la Russie soient levées. Ce cessez-le-feu est très avantageux pour la Russie, à qui le transport dans la mer Noire est impossible depuis la victoire maritime de l’Ukraine au début de la guerre.61 Cependant, plusieurs pays de l’UE, dont la France, ont répondu qu’il était selon eux « beaucoup trop tôt » pour envisager la levée de sanctions sur la Russie.

    À ce jour, le cessez-le-feu dans la mer Noire n’est pas en vigueur et aucun cessez-le-feu terrestre n’a été conclu en Ukraine.

    Le 28 mars 2025, Poutine a évoqué la possibilité d’un régime de transition sous l’égide de l’ONU en Ukraine, préalable à la signature d’un accord de paix avec la Russie, qui jusque-là n’aurait pas été l’objet de négociations avec les USA :

    « On pourrait bien sûr discuter avec les États-Unis, même avec les pays européens, et bien évidemment avec nos partenaires et amis, sous l’égide de l’ONU, une possibilité de mettre en place en Ukraine une administration transitoire. Pour quoi faire ? Pour organiser une élection présidentielle démocratique qui se solderait par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement compétent et qui aurait la confiance du peuple, puis commencer avec ces autorités des négociations sur un accord de paix et signer des documents légitimes. » 62

    Pendant ce temps, la Russie poursuit sa contre-contre-offensive dans la région de Koursk, occupée par l’Ukraine depuis août 2024. Le 13 mars 2025, la Russie a repris Soudja, la principale ville conquise par la contre-offensive ukrainienne.63 L’armée ukrainienne poursuit sa retraite hors du territoire russe.64 Selon Poutine (28 mars 2025) :

    « Sur toute la ligne de front, [les] forces [russes] ont l’initiative stratégique […]. Nous nous dirigeons progressivement, peut-être pas aussi rapidement que l’on aimerait, mais avec insistance et certitude, pour atteindre tous les objectifs annoncés. »65

    Cette dernière déclaration, très peu diplomatique, a été très remarquée par les USA, qui menacent désormais la Russie de nouvelles sanctions si elle ne se montre pas plus coopérative et entreprenante dans ses négociations bilatérales. Selon Trump (30 mars 2025) :

    « J’étais furieux. Si la Russie et moi ne parvenons pas à un accord pour mettre fin au bain de sang en Ukraine, et si je pense que c’est la faute de la Russie — ce qui n’est peut-être pas le cas —, j’imposerai des droits de douane secondaires sur le pétrole, sur tout le pétrole en provenance de Russie. Cela signifierait que si vous achetez du pétrole russe, vous ne pourrez plus faire d’affaires aux États-Unis. Il y aura un droit de douane de 25 % sur tout le pétrole, de 25 à 50 points sur tout le pétrole »66

    En mars 2025, soit 3 ans après le début de la guerre russo-ukrainienne, celle-ci aurait fait entre 700 00067 et 1 million68 de morts et blessés (56 % côté russe et 44 % coté ukrainien), 11 millions d’Ukrainiens et Ukrainiennes déplacés (soit environ 1/4 de la population ukrainienne), et 176 milliards de dollars de dégâts en infrastructures ukrainiennes essentielles (logement, transport, énergie, etc.)69. Ces chiffres font aujourd’hui de la guerre russo-ukrainienne le conflit le plus important du monde — dont l’intensité est croissante70 et serait comparable à celle de la 1re Guerre mondiale sur le front franco-allemand71.

    USA-UE

    La très attendue Conférence sur la sécurité de Munich, du 14 au 16 février 2025, a été un moment remarquable pour la nouvelle relation euro-américaine. La conférence a confirmé les tendances déjà à l’œuvre dans la nouvelle diplomatie américaine, dont les pays européens ont été obligés de prendre acte. Le vice-président américain, Vance, et les représentants européens y ont échangé des « visions du monde » très différentes (liberté d’expression, démocratie, immigration, etc.).72

    L’envoyé spécial des USA pour l’Ukraine et la Russie, Kellog, y a déclaré au sujet de l’éventuelle participation des pays de l’Union européenne aux négociations avec la Russie sur l’Ukraine :

    « Je suis une école de réalisme. Je pense que cela n’arrivera pas. »73

    Plus tôt, le 12 février, Hegseth avait déjà déclaré au siège de l’OTAN que les pays européens devaient assumer une part « écrasante » du soutien à l’Ukraine et augmenter significativement leurs dépenses militaires. Le pourcentage minimum du PIB dépensé dans la défense fixé par l’OTAN devrait passer de 2 à 3 %, mais le secrétaire général de l’OTAN, Rutte, défend « considérablement plus que 3 % »74 (Trump évoquait jusqu’à 5 %75). Les USA affirment ainsi leur volonté d’autonomisation stratégique de l’OTAN et de désengagement sur le continent européen.76

    « Les États-Unis restent engagés dans l’Alliance et en faveur du partenariat de défense avec l’Europe. Mais les États-Unis ne toléreront plus une relation déséquilibrée qui encourage la dépendance. »77

    Cependant, les pays européens (dont l’Ukraine) n’ont pas été que spectateurs de la Conférence :

    « Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a suggéré d’activer la clause de sauvegarde du pacte de stabilité et de croissance pour les investissements dans le domaine de la défense. Ce message a été repris par M. Scholz, qui a proposé d’exempter les dépenses de défense supérieures à 2 % du PIB des règles budgétaires de l’UE et a réitéré ses appels en faveur d’une réforme du frein à l’endettement allemand afin de financer des investissements rapides en matière de défense. M. Pistorius a évoqué une nouvelle feuille de route pour le partage des charges entre les alliés de l’OTAN, qui refléterait la nécessité pour l’Europe d’assumer la plus grande partie du fardeau de la défense et de la dissuasion en Europe. D’une manière générale, les dirigeants européens présents à la conférence ont tous convenu que l’Europe devait se ressaisir et être prête à renforcer de manière significative sa puissance militaire. »78

    Zelensky, qui un jour plus tôt avait rejeté un premier accord américain sur les minerais ukrainiens, a tenu un discours dans lequel il exhorte ses alliés européens et cible très explicitement la nouvelle diplomatie américaine :

    « Nous disposons d’informations claires selon lesquelles la Russie prévoit d’envoyer des troupes au Belarus au cours de l’été sous le prétexte d’exercices. Mais c’est exactement ainsi que l’invasion de l’Ukraine a été préparée il y a trois ans. » « Ces forces sont-elles prêtes à attaquer l’Ukraine ? Elles le sont peut-être pour vous, pour l’Europe. Vos armées sont-elles prêtes ? Dans quel délai vos alliés réagiront-ils, si tant est qu’ils le fassent ? » « Soyons clairs, nous ne pouvons pas exclure que l’Amérique refuse de coopérer avec l’Europe sur des questions qui la menacent. » « Le temps est révolu où l’Amérique soutenait l’Europe simplement parce qu’elle l’avait toujours fait. » « L’Amérique a-t-elle besoin de l’Europe comme marché ? Oui, mais en tant qu’alliée ? Je ne sais pas. Pour répondre par l’affirmative, l’Europe a besoin d’une voix unique, et non d’une douzaine de voix différentes. » « Nous devons construire les forces armées de l’Europe afin que l’avenir de l’Europe ne dépende que des Européens et que les décisions concernant l’Europe soient prises en Europe. » « Pas de décision sur l’Ukraine sans l’Ukraine. Pas de décisions sur l’Europe sans l’Europe. »79

    Des suites de la Conférence de Munich sur la sécurité, et en réaction à l’annonce des négociations bilatérales entre les USA et la Russie (donc, sans les pays européens ni l’Ukraine), un sommet d’urgence sur l’Ukraine a été convoqué à Paris par la France, le 17 février 2025. Celui-ci a rassemblé une dizaine de dirigeants européens (dont le Royaume-Uni) ainsi que la présidente de la Commission européenne, von der Leyen, le président du Conseil européen, Costa, et le secrétaire général de l’OTAN, Rutte, autour du problème de la sécurité collective européenne dans les conditions de la nouvelle relation euro-américaine.80 Les discussions ont abordé, entre autres, la menace russe sur le continent et l’envoi de troupes au sol en Ukraine dans le cadre de missions de « garanties de la paix ». À l’issue du sommet de Paris, von der Leyen et Costa ont réaffirmé que :

    « L’Ukraine mérite la paix par la force ».81

    De plus, selon Rutte :

    « L’Europe est prête et a la volonté de se renforcer, de prendre l’initiative de fournir des garanties de sécurité à l’Ukraine. »82

    Le 18 février 2025, le jour de l’ouverture officielle des négociations bilatérales entre la Russie et les USA, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kallas, a appelé les USA à « ne pas tomber dans les pièges russes » de la division du camp occidental.83

    Un autre sommet d’urgence sur l’Ukraine a été convoqué à Londres par le Royaume-Uni, le 2 mars 2025. Celui-ci a rassemblé cette fois une vingtaine de dirigeants autour du slogan « securing our future », dont le Premier ministre canadien, Trudeau, et le Président ukrainien, Zelensky, 2 jours seulement après son humiliation par Trump dans le Bureau ovale. Le Premier ministre britannique, Starmer, y a présenté son plan en 4 points pour la guerre russo-ukrainienne : 1o, engagement au maintien du flux d’aides militaires à l’Ukraine ; 2o, augmentation de la pression économique sur la Russie ; 3o, renforcement des capacités militaires défensives de l’Ukraine ; et 4o, développement d’une « coalition des volontaires » composée de plusieurs nations prêtes à défendre les termes de tout accord de paix. À l’issue du sommet, la France et le Royaume-Uni ont avancé la proposition d’une trêve de 1 mois « dans les airs, sur les mers et les infrastructures énergétiques » (sans cessez-le-feu) dans un premier temps, et ont évoqué la possibilité de l’intervention de troupes françaises et britanniques au sol dans un second temps.84

    Pendant le sommet de Londres, Trudeau a déclaré que :

    « Le monde a changé, […] l’époque de paix que nous avons connue après la guerre froide est révolue. […] Il est désormais nécessaire que les pays dépensent beaucoup plus en matière de défense, et le Canada ne fait pas exception. »85

    Les réactions européennes à l’épisode Trump-Zelensky du Bureau ovale (28 février 2025) indiquaient déjà la relative rupture entre les USA et le reste du camp occidental, fidèle à sa stratégie d’alliance et uni pour la défense de celle-ci et de son hégémonie impérialiste contre les challengeurs russe et chinois — notamment en Ukraine.

    Selon le Premier ministre australien, Albanese :

    « Nous continuerons à soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra, car il s’agit de la lutte d’une nation démocratique contre un régime autoritaire dirigé par Vladimir Poutine, qui a clairement des visées impérialistes, non seulement sur l’Ukraine, mais sur toute la région. »86

    Selon le ministre des Affaires étrangères allemande, Baerbock :

    « Hier soir, nous l’avons bien compris, une nouvelle ère d’infamie a commencé. Une ère dans laquelle nous devons plus que jamais défendre l’ordre international, fondé sur des règles et la force du droit contre la loi du plus fort. »87 « L’Ukraine n’était pas seule. L’Allemagne et ses alliés européens se tiennent à ses côtés, et contre l’agression russe. L’Ukraine peut s’appuyer sur le soutien inébranlable de l’Allemagne, de l’Europe et au-delà. Leur défense de la démocratie et leur quête de paix et de sécurité sont les nôtres. »88

    Selon la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kallas :

    « L’Ukraine, c’est l’Europe. Nous nous tenons à ses côtés. Nous renforcerons notre soutien pour qu’ils puissent continuer à combattre leur agresseur. » « Aujourd’hui, il est devenu clair que le monde libre a besoin d’un nouveau leader. Il ne tient qu’à nous, Européens, d’embrasser ce défi. »89

    « Nous devons urgemment réarmer l’Europe » a résumé von der Leyen à l’issue du sommet de Londres. Pour joindre l’acte à la parole, le 4 mars 2025 (quelques heures après l’annonce du gèle de l’aide américaine à l’Ukraine), elle a annoncé un plan de l’UE au titre très explicite : « Réarmer l’Europe ». Il prévoit de débloquer un total de 800 milliards d’euros pour les dépenses militaires des pays de l’UE : 650 milliards en budget des États membres (une augmentation des dépenses militaires de 1,5 % du PIB en moyenne par État sur 4 ans soustraite aux règles sur le déficit budgétaire de l’UE) et 150 milliards en prêt européen (qui devront respecter la « préférence européenne »). Objectif : l’autonomie stratégique militaire de l’UE d’ici 2030 !90

    « Depuis trois ans, les Russes dépensent 10 % de leur PIB dans la défense. On doit donc préparer la suite, en fixant un objectif autour de 3, 3,5 % du PIB » avait déjà confié Macron dans une entrevue en marge du sommet de Londres.91 De son côté, l’Allemagne a présenté de loin le projet européen le plus ambitieux : entre 200 et 400 milliards d’euros d’augmentation du budget militaire (à comparer aux 480 milliards d’euros du budget fédéral annuel).92 Pour réaliser ce plan, l’Allemagne prévoit 3 révisions constitutionnelles.93

    Le 6 mars 2025, Trump a une nouvelle fois attaqué l’OTAN et critiqué ses alliés avec une déclaration lourde de sens :

    « Je pense que c’est une question de bon sens, n’est-ce pas ? Si [les pays membres de l’OTAN] ne paient pas, je ne vais pas les défendre. Non, je ne vais pas les défendre. »94

    Cette déclaration contredit implicitement l’Article 5 de l’OTAN, qui garantit l’assistance mutuelle immédiate et automatique des pays membres en cas d’agression.95 Avec lui, c’est le principe fondateur de l’OTAN, selon lequel les USA s’engagent à assurer la défense des pays impérialistes d’Europe de l’Ouest, en échange de quoi ces derniers reconnaissent le leadership des USA, qui est remis en cause. L’OTAN est une alliance de pays impérialistes née à la fin de la 2de Guerre mondiale comme un deal anticommuniste (la doctrine Truman de containment), qui a survécu à la fin de la Guerre froide en se transformant en un deal anti-impérialismes challengeurs (russe et chinois). Pendant la Guerre froide, les USA étaient ainsi la puissance impérialiste hégémonique dans l’alliance des puissances impérialistes hégémoniques. Ils assumaient la majorité des investissements militaires avec lesquels l’alliance assurait son hégémonie impérialiste sur le monde, et étaient ainsi hégémoniques dans celle-ci. L’Alliance européenne (l’UE) s’est bâtie avec et sur l’Alliance atlantique (l’OTAN) — toutes deux des alliances de pays impérialistes.

    « Mon plus gros problème avec l’OTAN (…), c’est que si les États-Unis avaient un problème et qu’on appelait la France ou d’autres pays que je ne nommerais pas en disant “On a un problème”, vous pensez qu’ils viendraient nous aider, comme ils sont censés le faire ? Je n’en suis pas sûr… » « Nous avons un accord intéressant avec le Japon, nous devons les protéger mais ils n’ont pas à nous protéger. Qui fait des accords pareils ? »96

    C’est le rôle des USA dans le monde post-1945, comme leader hégémonique des pays impérialistes occidentaux (dont le Japon), contre les autres puissances concurrentes (socialistes, sociales-impérialistes, impérialistes), qui est remis en cause par eux-mêmes. S’il faut relativiser l’importance réelle de tout ce que peut dire et faire Trump, sa déclaration n’en est pas moins révélatrice de la nouvelle vision du monde de l’impérialisme américain, qui correspond à la nouvelle situation mondiale et à la nouvelle stratégie de l’impérialisme américain dans celle-ci.

    Après son premier sommet d’urgence sur l’Ukraine avec les principaux pays de l’UE et le Royaume-Uni, le 17 février, et un deuxième plus discret avec le Canada, les pays nordiques et baltes, le 19 février 97, la France a convié et tenu un troisième sommet le 26 mars 2025 : la « Coalition des volontaires ». Celui-ci a rassemblé les représentants de 31 pays, dont les chefs d’État de 28 pays européens, le vice-président de la Turquie, et les ambassadeurs du Canada et de l’Australie. Là aussi, les USA étaient absents. L’objet du sommet : le soutien financier et militaire à l’Ukraine ; la poursuite et l’intensification des sanctions sur la Russie ; l’exigence d’un accord de cessez-le-feu complet entre la Russie et l’Ukraine ; la constitution d’une « force de réassurance » de 10 000 à 30 000 soldats (en cas de cessez-le-feu) ; et le futur de l’armée ukrainienne.98

    Selon le chancelier allemand, Scholz, « Cela n’a aucun sens de mettre fin aux sanctions tant que la paix n’est pas réellement rétablie et nous en sommes malheureusement encore loin » ; et selon son homologue britannique, Starmer, « Bien au contraire, ce dont nous avons discuté est de savoir comment nous pouvons accroître les sanctions ».99 La cheffe de la diplomatie européenne, Kallas, a résumé :

    « La fin de l’agression russe non provoquée et injustifiée en Ukraine et le retrait inconditionnel de toutes les forces militaires russes de l’ensemble du territoire ukrainien seraient les principales conditions préalables à la modification ou à la levée des sanctions »100

    La diplomatie européenne avec la Russie est en contradiction directe avec la diplomatie américaine. Non seulement leurs objectifs sont différents, mais ils sont opposés. La question de la levée des sanctions, condition de la Russie à l’application du cessez-le-feu dans la mer Noire négocié avec les USA, en est le meilleur exemple.

    USA-monde

    Le 7 janvier 2025, avant même l’investiture de sa nouvelle administration, Trump avait déjà annoncé sa politique annexionniste envers le Canada, le Danemark et le Panama.101 Pendant son premier discours de politique général devant le Congrès américain, le 4 mars 2025, celle-ci a pris une dimension officielle lorsque Trump a déclaré vouloir faire du Canada le « 51État des USA », acheter au Danemark sa colonie du Groenland et « reprendre le canal du Panama ».102 Interrogé plus tôt (7 janvier 2025) sur la méthode qu’il comptait employer pour atteindre ses fins, Trump avait déjà exclu une intervention militaire au Canada, mais pas au Groenland ni au Panama.103

    Dès 2019, l’ancienne administration Trump avait cherché à acheter le Groenland au Danemark, sans succès. Pourquoi ? Parce que contrôler le Groenland, c’est contrôler le cercle polaire arctique, par lequel une proportion importante du commerce mondial devrait transiter d’ici 2050 ; c’est contrôler l’accès à l’Atlantique de la Russie ; c’est contrôler le chemin des missiles intercontinentaux russes vers les USA ; et c’est contrôler les ressources du sous-sol groenlandais (1,5 million de tonnes de terres rares104). En bref, le Groenland serait un avant-poste d’une haute valeur stratégique pour les USA. Trump a expliqué (4 mars 2025) :

    « Nous en avons vraiment besoin pour la sécurité internationale et je pense que nous allons l’obtenir. D’une manière ou d’une autre, nous l’obtiendrons. »105

    Le 7 janvier 2025, une délégation américaine menée par le fils de Trump, Trump Jr., s’était déjà invité sur l’île, sans concertations avec les autorités de la colonie, pour y appuyer le projet américain. Le 28 mars, sur la base américaine de Pituffik, au Groenland, Vance s’est exprimé en des termes très peu diplomatiques au sujet du suzerain local, son allié danois :

    « Le Danemark n’a pas bien assuré la sécurité du Groenland. Vous avez sous-investi dans la population du Groenland et dans la sécurité de cette incroyable et magnifique masse continentale peuplée de gens incroyables. Il faut que cela change. » « [La] force militaire [ne] sera jamais nécessaire. Nous pensons que les habitants du Groenland sont rationnels et […] que nous allons pouvoir conclure un accord du style de Donald Trump, pour assurer la sécurité de ce territoire, mais aussi des États-Unis d’Amérique » 106

    Le lendemain, Trump a renchéri que « Nous aurons le Groenland. Oui, à 100 %. », qu’« il y a de bonnes possibilités que nous puissions le faire sans recourir à la force militaire », mais qu’il « ne retire rien de la table. »107 Le Danemark, et les autres pays de l’UE, n’ont pas manqué de dénoncer l’ingérence américaine dans un pays allié.

    Le canal du Panama est, lui aussi, d’une haute importance stratégique pour les USA : 74 % du trafic y est américain et 40 % des conteneurs américains y transitent.108 Jusqu’en 1999, celui-ci était sous contrôle américain, statu quo ante que Trump n’a pas caché regretter pendant son discours d’investiture, le 20 janvier 2025 :

    « Nous avons été très maltraités par ce cadeau insensé qui n’aurait jamais dû être fait. Les navires américains sont gravement surtaxés et ne sont pas traités équitablement, de quelque manière que ce soit, y compris la marine américaine. »109

    Les ambitions américaines sur le canal du Panama s’inscrivent très directement et très explicitement dans la confrontation interimpérialiste sino-américaine. Toujours selon Trump (20 janvier 2025) :

    « La Chine exploite le canal de Panama, et nous ne l’avons pas donné à la Chine, nous l’avons donné au Panama. Et nous allons le reprendre. »110

    Et pour cause, le Panama fait partie du projet des Nouvelles routes de la soie de la Chine, et depuis 10 ans, plus de 30 accords bilatéraux ont été conclus entre les deux pays.111 De plus :

    « Deux ports stratégiques de Balboa et Cristobal, situés à chaque extrémité du canal, côté Atlantique et Pacifique, sont gérés par Panama Ports Company (PPC), depuis un appel d’offres remporté en 1997, une concession qui a été prolongée de 25 ans en 2021. PPC est une filiale de Hutchinson Ports, elle-même détenue par la holding CK Hutchison du milliardaire chinois Li Ka-shing. Ce tout-puissant opérateur portuaire, basé à Hong Kong, exploite en tout 53 ports répartis dans 24 pays, selon son site internet. »112

    Sous la menace plus ou moins explicite de voir son statut passer de semi-colonial à colonial, le Panama a obéi aux intérêts américains. Le 3 février 2025, le lendemain d’une visite du secrétaire d’État américain, Rubio, le Panama a promis de couper ses liens commerciaux avec la Chine.113 Le 6 février 2025, le Panama s’est mis à exécution et a quitté les Nouvelles routes de la soie.114 Le 27 février 2025, les autorités panaméennes ont porté l’annulation de la concession de Balboa et Cristobal à Hutchinson Ports devant la Cour suprême panaméenne.115 Le 4 mars 2025, le jour du discours de politique générale de Trump, CK Hutchison a annoncé vendre la PPC (donc, l’exploitation des ports de Balboa et Cristobal) à l’américain Blackrock et à l’italo-suisse MSC pour 22,8 milliards de dollars — épargnant à la Cour suprême panaméenne de statuer sur l’annulation de la concession. Ce repli du capital chinois devant le capital occidental (américain, italien et suisse), dans une période d’intensification des tensions entre les deux blocs impérialistes (hégémoniques et challengeurs), n’était pas localisé qu’au Panama mais s’inscrivait dans un repli général de CK Hutchison, qui a aussi annoncé vendre l’exploitation de tous ses ports (43 dans 23 pays, dont Rotterdam, 1er port d’Europe) à l’exception de ceux à Hong Kong et en Chine.116

    L’agressivité américaine sur le contrôle des flux commerciaux internationaux n’est cependant pas restée sans réponse. Le 28 mars 2025, soit quelques jours seulement avant la date prévue de signature de la vente par CK Hutchison, la Chine a saisi son autorité de régulation des marchés pour enquêter sur une possible « concentration illégale d’actifs financiers » (ou « atteinte à la libre concurrence »).117 La provocation américaine a forcé la Chine à porter atteinte à l’image de garante d’un « libre marché » alternatif qu’elle essaie de se construire, car elle a dû intervenir directement dans la transaction financière pour protéger ses intérêts économiques,. D’autant plus qu’il s’agit d’une entreprise hongkongaise, et que le passif historique de l’ancienne colonie britannique avec la Chine a vite fait de faire qualifier d’ingérence inacceptable toute implication dans le business de Hong Kong, qui a su préserver une forme de dérégulation économique. Cela n’a d’ailleurs pas manqué : à propos d’une intervention habituelle d’un État (non compradore) dans la préservation de ses intérêts économiques, les commentateurs financiers et géopolitiques pro-occidentaux ont d’ores et déjà prédit que la Chine allait causer la fin des investissements à Hong Kong.118

    Il n’y a rien d’inhabituel à voir une puissance impérialiste user de méthodes telles que l’intimidation, dans les pays qu’elle domine. Cependant, si le Panama est une semi-colonie américaine, le Canada et le Danemark sont deux pays impérialistes membres fondateurs de l’OTAN. De plus, derrière le Panama, c’est avec un autre pays impérialiste, la Chine, que les USA ont mené une politique si agressive.

    À la force (géo)politique, les USA veulent allier la « force économique » (pour reprendre l’expression de Trump119, qui est aussi celle d’Engels120). La nouvelle diplomatie américaine agressive (voire annexionniste) est aussi une nouvelle politique commerciale protectionniste.

    Comme promis par Trump, après l’investiture de sa nouvelle administration, d’importantes augmentations de droits de douane ont été annoncées sur les principaux partenaires commerciaux américains, ainsi que sur l’industrie. Le 1er février 2025 : une augmentation de 25 % pour le Mexique et le Canada (à l’exception de 10 % sur le pétrole canadien) et 10 % pour la Chine.121 Le 9 février 2025 : une augmentation de 25 % sur l’acier et l’aluminium (« sans exception ni exemptions »).122 Le 13 février 2025 : la « réciprocité » douanière, c’est-à-dire des droits de douane américains « équivalents » aux droits de douanes du pays exportateur.123 Le 26 février 2025 : une augmentation de 25 % pour les pays de l’UE.124 Le 27 février 2025 : l’augmentation sur la Chine passe de 10 à 20 %.125 Le 26 mars 2025 : une augmentation de 25 % sur l’automobile.126

    Ces premières augmentations de droit de douane se sont concentrées sur les principaux pays et secteurs industriels desquels les USA sont importateurs. Vers les USA : le Mexique est le 1er pays exportateur (16 %), le 1er exportateur d’automobile (25 %) et le 3exportateur d’acier (12 %) ; le Canada est le 2pays exportateur (14 %), le 2exportateur d’automobile (22 %), le 1er exportateur d’acier (22 %) et le 1er exportateur d’aluminium (60 %) ; et la Chine est le 3pays exportateur (13 %). À noter : si les importations des USA depuis les pays membres de l’UE sont cumulées, alors l’UE est le 1er exportateur vers les USA (25 %).127

    L’augmentation de droits de douane pour le Mexique, le Canada et la Chine sont entrés en vigueur le 4 mars 2025128 (après avoir été repoussés d’un mois, ce qui a pu leur valoir d’être qualifiés de « bluff »129), sur l’acier et l’aluminium, le 12 mars 2025130, et sur l’automobile le 2 avril 2025.131 Le même jour — baptisé à l’occasion « Liberation Day » —, les détails de la « réciprocité » douanière (de nouvelles augmentations de droits de douane) ont été annoncés pour tous les pays, avec une augmentation minimum de 10 % par pays : de 20 % pour l’UE, de 17 % pour Israël, de 34 % pour la Chine, de 32 % pour Taïwan, de 25 % pour la Corée du Sud, de 24 % pour le Japon, de 26 % pour l’Inde, de 44 % pour le Sri Lanka, de 36 % pour la Thaïlande, de 24 % pour la Malaisie, de 32 % pour l’Indonésie, 49 % pour le Cambodge, de 46 % pour le Vietnam, de 17 % pour les Philippines, de 29 % pour le Pakistan, de 37 % pour le Bangladesh, etc. Ces nouvelles augmentations, qui s’ajoutent aux précédentes (une augmentation de 54 points en moins d’un mois pour la Chine !), devraient entrer en vigueur le 5 et 9 avril 2025.132

    En réponse, depuis mars, plusieurs pays concernés par l’augmentation des droits de douane américains ont annoncé riposter, dont la Chine133 et l’UE134. D’autres, comme Israël135, ont levés leurs propres droits de douanes sur les importations américaines. Au 6 avril 2025, « plus de 50 pays » auraient entamé des négociations avec l’administration Trump sur l’augmentation des droits de douane sur leurs exportations aux USA.136

    La nouvelle stratégie de l’impérialisme américain

    Les interprétations antimarxistes

    Quelle interprétation donner des évènements récents de l’actualité internationale ? L’impérialisme américain, sous la direction de la nouvelle administration Trump, change de stratégie générale, ce qui implique des changements diplomatiques avec le proxy ukrainien, le concurrent impérialiste russe et les alliés impérialistes européens.

    Pour donner une interprétation marxiste des évènements récents de l’actualité internationale, il faut commencer par écarter les interprétations antimarxistes.

    Par exemple, les interprétations conspirationnistes de la nouvelle diplomatie américaine, selon lesquelles ses causes seraient à trouver dans la « compromission » de Trump avec la Russie. D’une part, elles ne sont ni plus ni moins que des rumeurs infondées137, et d’autre part, plutôt que de révéler des causes occultes, elles occultent les causes réelles du processus à l’œuvre, c’est-à-dire les intérêts et problèmes économiques et (géo)politiques de l’impérialisme américain. Idem pour les interprétations « individualistes », selon lesquels les causes seraient à trouver dans la personnalité et les relations des « grands hommes » de la scène politique internationale (« Trump est fou », « Trump aime les tyrans », « Trump n’a pas de valeurs humanistes », « Trump est manipulable par son ego », etc.).

    La nouvelle diplomatie américaine n’est le résultat ni de l’éventuelle stupidité exceptionnelle d’un individu ni de l’éventuel kompromat sur ce même individu. La nouvelle diplomatie américaine n’est pas celle de Trump, ni même de son équipe de direction ou de son administration, mais celle d’une frange de la bourgeoisie impérialiste américaine. Cette frange a des intérêts (relativement) différents de la frange représentée par l’administration Biden, et adopte donc une stratégie (relativement) différente de celle-ci. La rupture avec une stratégie et l’entrée dans une autre ne peut pas se faire sans bouleversements économiques et politiques. Est-ce que nous devrions donc en conclure que la frange de la bourgeoisie américaine que représente l’administration Trump est donc stupide à la place de Trump, ou n’a aucun contrôle sur ce dernier ? Non. Elle sert ses intérêts de classe, qui ne se réduisent pas à des intérêts immédiats. Autrement dit, la frange de la bourgeoisie impérialiste américaine aujourd’hui au pouvoir fait un pari de moyen et long terme opposé à celui de la frange précédemment au pouvoir, et des franges des bourgeoisies impérialistes européennes aujourd’hui au pouvoir.

    Trump a déjà été élu, en 2016, avec à peu près les mêmes idées, le même programme, le même slogan, etc., qu’en 2025. Pourtant, la nouvelle diplomatie américaine a été mise en pratique principalement en 2025, plutôt qu’en 2016. Pourquoi ? Parce que celle-ci correspond aux intérêts d’une frange de la bourgeoisie américaine dans la nouvelle situation de l’impérialisme américain en 2025, qui n’était pas celle de 2016. Nous y reviendrons.

    Comment le pouvoir de Trump pourrait être le pouvoir d’une frange d’une classe, alors qu’il a été élu par le peuple américain ? Les élections ne sont-elles que des mises en scène pour la classe dominante ?

    Premièrement, le peuple ne vote que pour les candidats et candidates que la bourgeoisie a laissé se présenter, c’est-à-dire celles et ceux qu’elle a sélectionnés dans les institutions qu’elle domine en tant que classe (grandes écoles, lutte intrapartisane, financement de campagne, médias, etc.). Deuxièmement, si son hégémonie politique et culturelle ne suffit pas, la bourgeoisie a des moyens de coercition plus directs sur ses représentants (des manœuvres juridiques, politiques et économiques diverses). Troisièmement, le peuple n’exerce du pouvoir que pendant les élections, mais la bourgeoisie exerce le sien avant, pendant et après celle-ci — directement auprès du parti et du candidat ou de la candidate élue. Quatrièmement, aller à l’encontre des intérêts de la bourgeoisie, c’est aller à l’encontre des intérêts nationaux, donc, il y a une communauté d’intérêts organique entre une classe et le représentant de cette classe.

    Il ne faut donc pas croire que les élections ne sont que des simulacres — qu’aucun pouvoir n’est mis en jeu par la bourgeoisie, que le résultat est prévu à l’avance par une conspiration de milliardaires. Les élections — et plus largement, l’État — remplissent (dans les conditions de la démocratie bourgeoise) un rôle d’arbitre entre les différentes franges de la bourgeoisie. La bourgeoisie n’est jamais devenue monolithique, même lorsque le capitalisme est devenu monopolistique entre le XIXe et le XXsiècle. La bourgeoisie a donc (dans les conditions de la démocratie bourgeoise) intérêt à ce que les élections — et l’État — ne perdent pas leur autonomie relative. Pour la bourgeoisie, l’autonomie des élections — et de l’État — est un facteur stabilisateur tant politique qu’économique, ce qui explique que la classe dominante laisse temporairement une fraction de pouvoir aux classes dominées (le peuple).

    Il ne faut donc pas croire non plus qu’il faut être conscient de représenter une classe ou une frange d’une classe pour en être le représentant ou la représentante. Un parti ou un individu représentent une classe objectivement, par les intérêts historiques qu’ils servent, avant de la représenter ou de la servir subjectivement ou non. Généralement, le représentant ou la représentante d’une classe sert les intérêts de cette classe parce que ce sont ses intérêts aussi, parce qu’il ou elle y appartient ou que ce sont les intérêts de la Nation dans une situation donnée.

    Ainsi, dans l’éventualité où Trump, son équipe de direction et sa nouvelle administration seraient collectivement exceptionnellement stupides et/ou victimes de kompromat, ni l’exceptionnelle stupidité ni le kompromat ne seraient des explications satisfaisantes de la nouvelle diplomatie américaine. Pourquoi ? Parce que la frange de la bourgeoisie impérialiste représentée par Trump, son équipe de direction et sa nouvelle administration ne peut être ni exceptionnellement stupide ni victime de kompromat. Ces explications qui peuvent être vraies pour des individus ou groupes d’individus ne peuvent pas l’être pour des franges entières d’une classe. La frange de la bourgeoisie américaine au pouvoir défend ses intérêts avec des représentants et représentantes, ce ne sont pas les intérêts des représentants et représentantes qui sont défendus par une frange de la bourgeoisie américaine. Croire l’inverse, c’est gravement sous-estimer le pouvoir de la bourgeoise sur l’État, et surestimer l’autonomie de ses représentants et représentantes dans l’État.

    Ces interprétations antimarxistes sont les plus vulgaires, mais leur fond se retrouve sous des formes plus élaborées. Par exemple, les interprétations des « sciences politiques » (sic), selon lesquelles la lutte entre l’Occident et le reste du monde serait essentiellement une lutte entre la démocratie et l’autoritarisme. La Russie et la Chine seraient les champions des régimes autoritaires d’Afrique, d’Asie et d’Europe de l’Est contre les régimes démocratiques d’Europe et d’Amérique du Nord. Ces théories antiautoritaires anti-impérialismes challengeurs contemporaines sont la mise à jour contemporaine (post-1991) des théories antitotalitaires anticommunistes de la Guerre froide (post-1945). Selon celles-ci, le rapprochement des USA de la Russie et son éloignement de l’UE serait explicable par la déviation autoritariste des USA sous la nouvelle administration Trump, qui s’accompagnerait donc naturellement d’un glissement du bloc « démocratique » vers le bloc « autoritaire ». Derrière la lutte de la « démocratie » contre l’« autoritarisme », il y a en réalité la lutte des impérialismes hégémoniques contre les impérialismes challengeurs, c’est-à-dire contre la Russie et la Chine. L’éloignement de l’impérialisme américain de l’alliance des impérialismes hégémoniques et son rapprochement avec l’impérialisme challengeur russe serait donc logiquement la sortie des USA de la « démocratie » et leur entrée dans l’« autoritarisme ». Les USA de Trump, avec l’Italie de Meloni ou la Hongrie de Orbán (et auparavant, le Brésil de Bolsonaro), sont ainsi accusés d’« illibéralisme », c’est-à-dire d’un moindre autoritarisme que la Chine ou la Russie (une « démocratie dégénérée »). La lutte interimpérialiste mondiale serait donc celle entre la démocratie (l’Occident) et l’autoritarisme (la Chine et la Russie), où l’illibéralisme viendrait corrompre la première pour la rapprocher du second (USA, Italie, Hongrie). La Chine et la Russie seraient à la tête d’une « internationale autoritaire », mais l’Occident ne serait que contingent à l’« autoritarisme » des régimes politiques de ses « partenaires privilégiés » (les pays qu’il domine) d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie — qui manquent généralement à l’analyse.

    Les interprétations antimarxistes, plus ou moins vulgaires ou plus ou moins universitaires, partagent une même aporie théorique. Elles sont antimatérialistes et antidialectiques. Selon elles, le sujet prime généralement sur l’objet. Ce ne serait pas principalement l’Histoire (« les conditions déterminées héritées du passé ») qui fait les hommes, mais principalement les hommes qui font l’Histoire. Ce ne serait pas les relations politiques qui sont le reflet des relations économiques (qui sont principalement produites et conditionnées par elles), mais l’inverse. De plus, elles font de l’Occident une entité métaphysique. L’Occident contemporain serait l’aboutissement d’une lutte qui remonterait à la Grèce antique, traverserait toute l’histoire occidentale, et se poursuivrait toujours aujourd’hui. Dans celle-ci, le conflit contre la Russie (la guerre russo-ukrainienne) serait le nouvel épisode d’une série dont la défaite du IIIe Reich (la 2de Guerre mondiale) puis de l’URSS (la Guerre froide) font partie. Les démocraties bourgeoises impérialistes (représentatives et multipartites) seraient l’incarnation de valeurs progressistes et libérales universelles et éternelles, auxquelles elles seraient essentiellement liées. En conséquence, la lutte des pays impérialistes occidentaux serait essentiellement la lutte de ces valeurs contre des valeurs obscurantistes et despotiques (elles aussi universelles et éternelles).

    Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, ce discours bourgeois a été radicalisé par l’intensification des contradictions interimpérialistes avec la Russie et la Chine. Le discours humaniste classique (Bernard Henri-Lévy, Glucksmann père) a été progressivement remplacé par celui de la menace existentielle des hordes russes (et chinoises) sur la civilisation européenne, qui se défend contre son antithèse asiatique.

    La faillite explicative des interprétations antimarxistes ne sont pour elles pas un problème. Pourquoi ? Parce que leur rôle de compréhension et de transformation du monde se limite à une compréhension et à une transformation impérialistes et interimpérialistes du monde. Ces interprétations sont relatives aux intérêts de l’impérialisme — dans notre pays, principalement de l’impérialisme français. Ces interprétations existent comme théorie et comme idéologie de la bourgeoisie impérialiste française. Comme théories, elles sont la compréhension du monde dont la bourgeoisie impérialiste a besoin pour sa lutte politique contre les autres bourgeoisies impérialistes et contre les peuples dominés. Comme idéologies, elles sont la superstructure dont la bourgeoisie impérialiste a besoin pour légitimer la concurrence interimpérialiste et l’exploitation des peuples dominés. Elles sont donc la théorie de la pratique de la lutte politique de la bourgeoisie impérialiste, et l’idéologie de la domination de classe de la bourgeoise impérialiste, dans les nouvelles conditions dans lesquelles elle se trouve.

    Les interprétations antimarxistes servent les intérêts de la classe dominante (la bourgeoisie impérialiste) dans sa lutte impérialiste contre les pays dominés et dans sa lutte interimpérialiste contre les autres pays impérialistes.

    Cependant, les interprétations antimarxistes ne sont pas les seules à être dangereuses, les interprétations pseudomarxistes le sont tout autant. Dans la forme, elles sont révolutionnaires, dans le fond, elles sont contre-révolutionnaires. Les interprétations pseudomarxistes sont des capitulations devant la théorie et l’idéologie de la bourgeoisie impérialiste dans le mouvement communiste. Les interprétations pseudomarxistes sont des interprétations antimarxistes qui servent les intérêts de classe de la petite bourgeoisie et de l’aristocratie ouvrière, et donc, in fine ceux de la bourgeoisie impérialiste contre ceux du prolétariat. Les interprétations pseudomarxistes ne sont pas subjectivement antimarxistes, mais elles le sont objectivement, parce que leur erreur sert la contre-révolution plutôt que la révolution.

    La contamination théorique et idéologique bourgeoise dans le marxisme doit être combattue par une lutte négative contre les interprétations antimarxistes (et pseudomarxistes) et par une lutte positive pour les interprétations marxistes. Rejeter des interprétations antimarxistes, sans affirmer des interprétations marxistes, ne peut donc pas être suffisant.

    Le proxy ukrainien

    Est-ce que les USA abandonnent l’Ukraine à la Russie ? Non. La nouvelle stratégie de l’impérialisme américain révise à la baisse l’importance du proxy ukrainien dans sa lutte interimpérialiste mondiale.

    Les USA mènent une double négociation bilatérale, avec l’Ukraine d’une part et avec la Russie d’autre part. Les USA imposent donc à l’Ukraine des négociations indirectes avec la Russie, auxquelles elle ne peut pas participer directement. La nouvelle administration Trump a déjà exprimé son insatisfaction vis-à-vis de l’Ukraine, et a déjà fait pression sur celle-ci pour qu’elle accepte les termes de sa négociation avec la Russie.

    Les négociations américaines avec la Russie sur l’avenir de l’Ukraine sans l’Ukraine, si elles démontrent une chose, démontrent le statut semi-colonial de l’Ukraine, État comprador des impérialismes occidentaux.

    L’accord Trump-Zelensky sur les minerais, et particulièrement la dernière version proposée de celui-ci (28 mars 2025), exprime très simplement la position américaine : si l’Ukraine veut être défendue par les USA, alors l’Ukraine doit devenir une semi-colonie qui en vaut le coup. Seulement, l’Ukraine n’est pas une semi-colonie américaine, mais occidentale, les intérêts américains ne sont donc pas les seuls intérêts géopolitiques et économiques (impérialistes) sur place. Les efforts diplomatiques très rapidement déployés par les pays de l’UE et le Royaume-Uni sur l’Ukraine, entre l’investiture de Trump et maintenant, démontrent bien que les autres pays occidentaux n’ont pas l’intention de passivement regarder les ambitions américaines se réaliser en Ukraine au détriment de leurs propres intérêts impérialistes. L’Ukraine n’est donc pas condamnée à subir l’unilatéralisme américain, car elle peut aussi se tourner vers ses autres alliés occidentaux, dont les intérêts impérialistes convergent beaucoup plus avec ses intérêts compradors : repousser l’envahisseur russe à tout prix.

    La bourgeoisie compradore pro-occidentale ukrainienne l’est parce qu’elle est liée aux capitaux occidentaux en Ukraine (elle existe par eux), elle ne peut donc pas simplement se rendre à la Russie pour se convertir en bourgeoisie compradore prorusse. Face à la Russie, la bourgeoisie ukrainienne aujourd’hui au pouvoir a donc un double intérêt capitaliste : comprador à ne pas devenir une colonie russe, et pro-occidental à ne pas reculer devant les capitaux russes.

    Si l’Ukraine est déjà une semi-colonie occidentale, alors pourquoi refuserait-elle le nouvel accord avec les USA, qui transférerait tous les droits d’exploitation de son sous-sol et de ses infrastructures aux USA ? Parce que l’Ukraine n’est pas une colonie, mais une SEMI-colonie, c’est-à-dire qu’elle possède sa propre bourgeoisie compradore, qui veut accumuler ses propres profits — intermédiaires des surprofits impérialistes occidentaux. La bourgeoisie ukrainienne a un intérêt comprador à ce que l’Ukraine reste semi-coloniale, et ne devienne pas coloniale. Si l’Ukraine devenait une colonie, la bourgeoisie aujourd’hui au pouvoir en Ukraine perdrait une proportion importante de son pouvoir politique et économique (ses profits compradors), ce qui irait directement à l’encontre de ses intérêts de classe.

    L’Ukraine est dépendante économiquement, et donc aussi politiquement, de ses alliées impérialistes. L’Ukraine est un pays aussi autonome qu’un pays dépendant puisse l’être, c’est-à-dire, une semi-colonie des pays dont elle dépend. La stratégie ukrainienne n’est pas la continuité mécanique de la stratégie de ses alliés impérialistes : la bourgeoisie compradore ukrainienne a ses propres intérêts de classe, qui ne se réduisent pas à ceux des bourgeoisies impérialistes auxquels elle est soumise. Ceci dit, lesdits intérêts de classe de la bourgeoisie compradore ukrainienne, parce que ce sont des intérêts compradors, dépendent des intérêts de classe des bourgeoisies impérialistes auxquels elle est soumise. L’autonomie politique de l’Ukraine ne doit donc ni être sous-estimée ni être surestimée : elle existe, un proxy n’est pas une simple marionnette, mais elle est relative à l’impérialisme, limitée par les intérêts des pays qui la dominent.

    Il faut remettre les choses dans l’ordre : ce ne sont pas les pays impérialistes occidentaux qui sont obligés envers l’Ukraine, c’est l’Ukraine qui est soumise aux pays impérialistes occidentaux, dont les USA. Les USA sont libres de soutenir ou de ne pas soutenir l’Ukraine, c’est l’Ukraine qui n’est pas libre de contrevenir aux USA. Que l’Ukraine soit éventuellement abandonnée par les USA à l’avenir n’est pas impossible. Pour les USA, l’Ukraine n’est qu’un proxy, c’est-à-dire un État comprador et un marché qu’ils dominent, et à ce titre un enjeu stratégique dans leur lutte impérialiste mondiale. Cependant, aucun proxy ni aucun enjeu stratégique ne sont absolus, et certainement pas l’Ukraine pour les USA. Si, demain, les USA abandonnaient l’Ukraine, cela démontrerait-il que l’Ukraine n’était donc pas jusqu’alors un État comprador des USA ? Non, seulement que la stratégie impérialiste des USA, et/ou l’importance de l’Ukraine dans celle-ci, ont changées. Par exemple, c’est un tel scénario qui a eu lieu au Sud-Vietnam en 1973.

    Zelensky est le représentant de la bourgeoisie compradore pro-occidentale ukrainienne. Cela signifie qu’il a une certaine autonomie, mais que celle-ci n’existe que dans la mesure permise par ses alliées impérialistes. L’appel aux investissements du « plan de la victoire » d’octobre 2024 s’inscrit dans cette logique compradore : l’Ukraine dépend du soutien occidental, sans lequel elle ne peut pas poursuivre son effort de guerre, et elle est donc contrainte d’offrir des conditions conformes aux intérêts occidentaux. Cependant, il n’en est qu’un épisode d’une longue série.

    Depuis 2014, et particulièrement 2022, l’Ukraine est de plus en plus dépendante des prêts européens et du Fonds monétaire international. Pour les obtenir, elle doit se conformer aux exigences néolibérales qui en sont la condition. Ces réformes, qui sont imposées à l’Ukraine, ont pour principale conséquence de rendre l’économie ukrainienne plus dépendante des économies occidentales, et donc de développer l’échange inégal avec ces dernières. La désindustrialisation de l’économie ukrainienne depuis 2014, et sa récession depuis 2022, n’est pas malgré l’intervention occidentale, mais aussi du fait de celle-ci, et dans les intérêts occidentaux.138

    « L’exigence selon laquelle les appels d’offres publics doivent comporter un minimum de fournisseurs nationaux est courante dans la plupart des pays, et son absence dans Prozorro a été qualifiée d’“extrêmement étrange” par le nouveau ministre de l’Économie en 2021. En raison de cette neutralisation des “risques de corruption” présentés par la localisation des achats de l’État, environ 40 % des achats de l’État ukrainien sont effectués auprès de producteurs étrangers. À titre de comparaison, les États-Unis et les pays de l’Union européenne (UE) effectuent respectivement environ 5 et 8 % de leurs achats publics à l’étranger. Les impératifs de “lutte contre la corruption” sont prioritaires par rapport au développement économique de l’Ukraine.

    Lorsque les législateurs ukrainiens ont tenté d’adopter en 2020 un projet de loi garantissant la localisation des achats de l’État, les bureaux de lutte contre la corruption (ainsi que l’UE et les États-Unis) l’ont frénétiquement déchiré, citant les “possibilités d’utilisation corrompue” de cette mesure manifestement ordinaire. La loi a finalement été adoptée, mais modifiée de manière à ce que les restrictions de localisation ne s’appliquent qu’aux pays n’appartenant pas à l’UE ou à l’Amérique du Nord. En bref, le vaste écosystème anticorruption de l’Ukraine est un mécanisme de contrôle qui maintient son économie perpétuellement ouverte à la décimation par les exportateurs étrangers qui bénéficient souvent d’un traitement préférentiel de la part de leur propre gouvernement. L’idée que la “corruption” est le plus grand obstacle au développement est une fiction utilisée pour justifier la libéralisation du commerce dans laquelle les capitalistes occidentaux les plus puissants gagnent inévitablement, au détriment de l’économie ukrainienne.

    En grande partie à cause de cette vaillante lutte “anticorruption”, l’Ukraine s’est considérablement désindustrialisée au cours des huit dernières années. Entre 2013 et 2019, les exportations de produits aérospatiaux ont été divisé par 4,8, celles de wagons par 7,5, celles de produits métallurgiques par 1,7 et celles de produits chimiques par 2,1. La situation était particulièrement mauvaise dans le complexe militaro-industriel, les autrefois grands complexes de construction navale et de fusées de l’Ukraine soviétique ayant pratiquement disparu. Pas un budget n’est passé sans achats grandioses — et coûteux — d’équipements militaires occidentaux. Entre 2018 et 2021, un milliard de dollars a même été dépensé pour acheter 110 hélicoptères français pour la police ukrainienne, alors que l’Ukraine possède une excellente usine d’hélicoptères soviétique, bien qu’elle soit tombée en désuétude en raison de la préférence pour les acheteurs étrangers. Cette immense désindustrialisation, même si elle est au service d’idéaux aussi admirables que la “civilisation européenne”, n’a pas servi l’Ukraine dans une guerre décidée par la taille des stocks de roquettes et d’artillerie lourde de chaque armée.

    […]

    En mai [2022], Naftogaz a annoncé une augmentation de 300 % des prix du gaz pour les fournisseurs. Le gouvernement a rapidement assuré au public que les prix du gaz à la consommation n’augmenteraient plus pendant la guerre grâce à l’aide financière de l’Occident. Mais qu’en sera-t-il après la guerre, lorsque Naftogaz n’aura plus de concurrents ? L’une des demandes les plus constantes du FMI a été la libéralisation du marché du gaz de manière à ce que son prix converge avec celui des marchés allemands. Bien que le gouvernement ukrainien ait souvent été contraint de réglementer les prix du gaz en raison des manifestations, il a signé en 2021 un mémorandum avec le FMI, dans lequel un premier prêt de 700 millions de dollars était conditionné à l’accord selon lequel, d’ici mai 2022, 50 % du marché du gaz serait vendu aux prix du marché (européen), et d’ici 2024, 100 %. Cela signifierait une augmentation de plus de 400 % du prix du gaz à la consommation. Depuis que l’Ukraine est devenue dépendante des crédits du FMI en 2014, les prix du gaz à la consommation ont déjà augmenté de 650 %. Compte tenu de la dépendance croissante de l’Ukraine à l’égard du FMI, il est difficile d’imaginer qu’elle continuera à geler les prix du gaz à la consommation à un faible niveau grâce à l’aide occidentale. 

    […]

    Outre les prix du gaz, les travailleurs ukrainiens auront encore plus de raisons de se rendre en Pologne, car leur pouvoir de négociation vis-à-vis des patrons diminue en raison de la libéralisation du droit du travail. Au cours des trois dernières décennies, presque chaque année a vu l’adoption d’une nouvelle législation visant à libéraliser le code du travail, et en mai [2022], la version la plus maximaliste en date a été adoptée. […]

    Les politiciens qui ont créé cette législation l’ont fait sous les auspices d’un programme de l’USAID. Les pays occidentaux riches ont toujours été désireux de faire adopter de telles lois en Ukraine. Les rapports du FMI sur l’Ukraine font souvent référence à la nécessité d’une plus grande libéralisation du marché du travail et, parfois, cette libéralisation était même la condition de l’octroi de nouveaux prêts du FMI. En 2021, des fuites de documents ont révélé que le ministère britannique des affaires étrangères organisait des ateliers pour le ministère ukrainien de l’économie afin d’expliquer la meilleure façon de convaincre les électeurs de la nécessité de telles lois.

    Compte tenu de la dépendance de l’économie britannique post-Brexit à l’égard des travailleurs migrants ukrainiens faiblement rémunérés — 67 % de ses visas d’ouvriers agricoles en 2021 allant à des Ukrainiens —, il n’est pas étonnant que le ministère britannique des affaires étrangères soutienne une telle déréglementation en Ukraine. La détérioration du marché du travail en Ukraine pousserait encore plus d’Ukrainiens à travailler au Royaume-Uni pour des salaires bien inférieurs aux niveaux britanniques. Comme la guerre a vu l’Ukraine s’endetter de plus en plus auprès du FMI et de l’UE, il est tout à fait probable que l’adoption de cette législation ait été motivée en partie par la volonté de montrer à l’UE que l’Ukraine était fidèle à la “voie des réformes”.

    Au début de la guerre, le gouvernement ukrainien a annulé les taxes à l’importation et les droits de douane. C’était une excellente nouvelle pour les concessionnaires automobiles, car des milliers de voitures ont franchi la frontière à des prix bien inférieurs à ceux auxquels elles se vendraient habituellement. Mais cela a été néfaste pour le budget de l’Ukraine, qui a perdu environ 100 millions de dollars par mois. Cela a également aggravé le déficit en carburant de l’Ukraine, les camions d’essence étant bloqués par les immenses embouteillages à la frontière. En conséquence, la Banque nationale d’Ukraine (BNU) et le ministère des finances ont exercé de fortes pressions pour obtenir le retour de cette taxe, ce qu’ils ont finalement réussi à faire à la fin du mois de juin [2022].

    Bien que le gouvernement affiche une certaine volonté de rétablir les impôts de base, il n’estime pas nécessaire d’augmenter l’imposition des grandes entreprises. Dans une interview accordée à Bloomberg, “M. Marchenko a réaffirmé qu’il n’était pas favorable à une modification du système fiscal sous quelque forme que ce soit, qu’il s’agisse d’un assouplissement ou d’un durcissement”. La politique fiscale de l’Ukraine en temps de guerre ne s’est donc pas écartée du consensus post-Euromaïdan qui considère la baisse de la fiscalité comme la clé de la croissance et de la prospérité. En effet, en annulant tant de taxes et en parlant surtout de la reconstruction d’après-guerre en termes de zones d’exportation détaxées, la guerre a paradoxalement vu une intensification de ce modèle fiscal.

    Entre-temps, les recettes fiscales perçues ne sont évidemment pas utilisées pour développer le secteur public. […] Ici comme ailleurs, le temps de guerre a vu la poursuite du modèle économique libéral d’avant-guerre — un pays fondé sur l’exportation d’un petit paquet de produits agricoles, une classe urbaine de spécialistes des technologies de l’information, petite mais bruyante, et les transferts de fonds de millions de travailleurs immigrés.

    […]

    Au lieu d’interventions efficaces de temps de guerre, le gouvernement s’en tient à sa vieille formule consistant à justifier les sacrifices actuels au nom de la prospérité promise par l’UE. L’aggravation des conditions de travail, l’“européanisation” des prix du gaz (mais pas des salaires ukrainiens), l’“indépendance” de la banque centrale par rapport aux intérêts nationaux de “son” pays — tout cela est justifié au nom de l’avenir brillant de l’Europe, ou plutôt, peut-être, en recevant le statut marginal que la Turquie, pays candidat à l’adhésion à l’UE, a eu pendant des décennies. Les médias ukrainiens et internationaux ne cessent de nous rappeler que cette guerre est menée au nom de l’“avenir européen” de l’Ukraine — et que sont ces sacrifices économiques comparés à tout le sang versé pour ce “grand idéal” ?

    L’UE a tout intérêt à entretenir l’illusion de l’“intégration européenne” de l’Ukraine. Dans le contexte mondial, l’UE est de plus en plus vulnérable sur le plan économique, avec des salaires élevés et des coûts énergétiques beaucoup plus importants en raison des sanctions contre la Russie. Au cours des dernières décennies, de nombreux pays européens sont devenus de plus en plus dépendants des travailleurs migrants ukrainiens, dont beaucoup ont été chassés d’Ukraine précisément à cause du chômage et des bas salaires créés par les sages réformes de l’UE. Selon la banque centrale polonaise, 11 % de la croissance du PIB de la Pologne entre 2015 et 2020 est due aux migrants ukrainiens. Sans surprise, la Pologne a toujours été l’un des pays les plus actifs pour encourager le “choix civilisationnel occidental” de l’Ukraine, les diplomates polonais ayant été les premiers à se rendre sur la place Maïdan en 2013. Il est intéressant de noter que le plan de reconstruction de 750 milliards de dollars du gouvernement ukrainien prévoit un train à grande vitesse entre l’Ukraine et la Pologne.

    Une grande partie de l’aide américaine sous forme de prêt-bail sert à préparer l’UE à accueillir les migrants ukrainiens. En prenant en charge le logement, l’enseignement de la langue et les prestations budgétaires, de nombreux réfugiés choisiront de rester et de travailler dans l’UE. Cela signifie que cet aspect de l’aide “pour l’Ukraine” subventionne l’intégration d’une main-d’œuvre bon marché et éduquée qui ne retournera pas en Ukraine et n’y gagnera pas d’argent. Contrairement aux migrations précédentes vers l’UE, où un seul membre de la famille partait et renvoyait de l’argent imposable en Ukraine, cette forme de migration concerne des familles entières qui deviennent des citoyens contribuables de pays étrangers. Alors que la Banque nationale facilite la fuite du capital monétaire, les “partenaires occidentaux” font de leur mieux pour faciliter la fuite du capital humain. »139

    La bourgeoisie compradore ukrainienne se soumet « librement » aux impérialismes occidentaux, soumission qui est dans ses intérêts bourgeois compradors. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 l’a rendue plus dépendante de ses alliés impérialistes, qui ont tiré avantage de cette situation pour intensifier la surexploitation du peuple ukrainien (« surexploitation », parce qu’exploitation capitaliste et impérialiste). Que la contrainte impérialiste soit « librement » acceptée par l’Ukraine ne change rien pour les masses populaires ukrainiennes qui en souffrent.

    L’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 n’a pas été le début de la guerre russo-ukrainienne, c’est-à-dire de la lutte interimpérialiste ouverte entre la Russie d’un côté, et l’Alliance atlantique et européenne, par le proxy de l’Ukraine, de l’autre côté. La guerre russo-ukrainienne avait déjà commencé 8 ans plus tôt, avec l’occupation de la Crimée par la Russie, le 28 février 2014, et la sécession du Donbass, en avril 2014. De plus, le début de la lutte interimpérialiste ouverte (la guerre russo-ukrainienne) n’a pas été le début de la lutte interimpérialiste en Ukraine, celle-ci existe depuis 1991 et la Révolution orange de 2004 puis la révolution de la Dignité (l’Euromaïdan) de 2013-2014 en font partie. La lutte armée interimpérialiste en Ukraine n’est que la continuation de la lutte politique interimpérialiste par d’autres moyens : lorsque la bourgeoisie compradore prorusse a été défaite politiquement par la bourgeoisie compradore pro-occidentale, la Russie a continué le combat politique par l’occupation de la Crimée et le soutien aux séparatistes du Donbass en 2014, puis par l’invasion à grande échelle du pays en 2022.

    Tout comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 n’a pas été le début du conflit interimpérialiste ouvert entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et l’impérialisme challengeur russe, le deal Trump-Zelensky sur le sous-sol ukrainien ne serait pas non plus le début de la dépendance et de la surexploitation de l’Ukraine. Son absence à ce jour ne signifie donc pas non plus que l’Ukraine serait toujours indépendante.

    Les négociations américaines avec la Russie sur l’avenir de l’Ukraine sans l’Ukraine, si elles démontrent une autre chose, démontrent la nature réelle de la guerre russo-ukrainienne, conflit interimpérialiste entre l’Occident et la Russie.

    Lorsqu’une puissance impérialiste attaque la semi-colonie d’une autre puissance impérialiste, ou d’une alliance de puissances impérialistes, pour la dominer à sa place, la guerre qui s’ensuit n’est généralement pas qu’une guerre impérialiste, mais principalement une guerre interimpérialiste.

    Le concurrent russe

    Est-ce que les USA capitulent devant la Russie ? Non. La nouvelle stratégie de l’impérialisme américain opère une retraite tactique mineure sur le théâtre ukrainien face à l’impérialisme russe pour se concentrer sur le théâtre indopacifique face à l’impérialisme chinois.

    L’Ukraine est, pour les USA, d’une importance non nulle, pour des raisons économiques (ressources, marché) et géopolitiques (verrou stratégique entre ses alliés de l’UE et la Russie), mais celle-ci reste très relative. L’Ukraine est in fine beaucoup plus importante pour les alliés européens des USA que pour les USA eux-mêmes. Jusqu’à aujourd’hui, le soutien américain à l’Ukraine a été très coûteux financièrement, pour ce qu’il représente réellement, mais surtout très coûteux politiquement — l’escalade avec la Russie, prête à tous les risques pour rompre le statu quo ante bellum imposé à son désavantage par l’Occident depuis la fin de la Guerre froide. Si la Russie recule en Ukraine, elle ne sacrifie pas que les coûts humains, financiers, militaires et politiques (intérieurs et internationaux) investis dans le conflit, elle sacrifie aussi et surtout l’expansion de son impérialisme, au profit de celui des impérialismes hégémoniques (par définition, dominants). Pour la Russie, le retour au statu quo ante bellum signifie le retour à une situation de développement impérialiste « bloquée » par les impérialismes européens et américains.

    Comprendre la situation de la Russie, c’est aussi comprendre l’inévitabilité des guerres dans le système capitaliste-impérialiste : la Russie a été contrainte d’envahir l’Ukraine par les impérialismes hégémoniques, pour briser son encerclement progressif par ces derniers depuis la fin de la Guerre froide. En bref, la Russie, qui est un impérialisme challengeur relativement faible, dont la puissance militaire est disproportionnée par rapport à la puissance économique, était depuis les années 2010 face à un dilemme auquel il n’y avait qu’une réponse possible : mener une politique impérialiste offensive contre les impérialismes hégémoniques — particulièrement, pour la domination de l’Ukraine — ou se résigner à n’être qu’un sous-impérialisme, soumis aux impérialismes hégémoniques sans en faire partie. Dans la lutte interimpérialiste mondiale, chaque bourgeoisie impérialiste lutte pour la domination de toutes les autres, et aucune ne peut abandonner cette lutte (se résigner). La bourgeoisie impérialiste russe a donc mené la seule politique impérialiste possible (c’est à dire, la seule politique possible pour un pays impérialiste dans sa situation). Comprendre qu’aucune paix durable n’est possible, et que toute désescalade n’est que temporaire (comme celle des années 1990-2000, postérieures à la Guerre froide), c’est aussi comprendre la tendance à la 3Guerre mondiale de repartage impérialiste.

    Dans un conflit interimpérialiste, chercher la « cause première » est en soi un non-sens. Tous les impérialistes participent à la lutte mondiale pour le repartage pacifique ou antagonique du monde, pour leur propre domination impérialiste. La Russie est coupable d’avoir annexé la Crimée en 2014, et d’avoir envahi l’Ukraine en 2022, mais les pays impérialistes occidentaux sont coupables d’avoir encerclé la Russie en conquérant — pacifiquement — les anciennes semi-colonies soviétiques d’Europe de l’Est, après l’effondrement du social-impérialisme soviétique.

    Nous devons rappeler que les principales négociations entre la Russie et les pays occidentaux à la fin de la Guerre froide portaient sur l’expansion de l’OTAN vers la Russie, c’est-à-dire sur l’encerclement du nouvel impérialisme russe par les impérialismes occidentaux. Les pays occidentaux ont donné des garanties à la Russie, qu’ils n’ont pas respectée.140 Idem, pour les accords de Minsk II (2015) entre la Russie, l’Ukraine, la France et l’Allemagne, qui devaient poser les bases d’une résolution de la guerre du Donbass entre l’Ukraine et les séparatistes prorusses (2014-2022).141 Minsk II prévoyait, entre autres, une fédéralisation de l’Ukraine qui donnerait satisfaction aux revendications nationales des peuples russophones du Donbass (par exemple, la liberté de parler leur langue), soutenus par la Russie. Les pays occidentaux, particulièrement les USA, n’ont pas respecté l’accord et ont adopté une politique de provocation contre la Russie. Le 7 décembre 2022, l’ancienne chancelière allemande, Merkel, a déclaré :

    « Les accords de Minsk en 2014 constituaient une tentative de donner du temps à l’Ukraine. Celle-ci a profité de ce temps pour devenir plus forte, comme on le voit aujourd’hui. L’Ukraine de 2014-2015 n’est pas l’Ukraine d’aujourd’hui. Comme on l’a vu avec la bataille de Debaltseve [un nœud ferroviaire du Donbass, dans la région de Donetsk, reconquise par les séparatistes en février 2015] début 2015, Poutine aurait pu facilement la déborder à l’époque. Et je doute fort que les pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord auraient pu faire à l’époque ce qu’ils font aujourd’hui pour aider l’Ukraine. »142

    Il ne s’agit pas de dire que si les pays occidentaux avaient respecté l’accord, la Russie l’aurait respecté aussi. Ce n’est pas la question. Lorsqu’un pays impérialiste respecte un accord, c’est parce que cela est dans ses intérêts (économiques et/ou politiques), et lorsqu’il ne respecte pas un accord, c’est parce que cela ne l’est pas. Le fait que les pays occidentaux n’aient pas respecté l’accord pour poursuivre leur politique d’expansion vers la Russie, démontre une fois de plus qu’une politique impérialiste est toujours une diplomatie hypocrite. La politique des pays occidentaux n’est pas plus ou moins impérialiste que celle de la Russie, et leur diplomatie n’est pas plus ou moins hypocrite non plus.

    L’unilatéralisme expansionniste russe est la réponse à l’unilatéralisme expansionniste occidental — par des moyens respectivement antagonique et pacifique. Ce que démontre la méthode antagonique (militaire) privilégiée par la Russie depuis 2014, ce n’est pas une qualité particulière de son impérialisme, qui serait plus barbare qu’un autre, ou « fasciste » (sic), mais que celui-ci est acculé par des impérialismes plus puissants, qui ne lui laissent pas d’options moins coûteuses.

    Depuis 1991, la Russie est de plus en plus assiégée, mais surtout, la sphère de domination économique de l’impérialisme russe recule devant celles des impérialismes occidentaux : les marchés dominés par la Russie le sont de moins en moins, en Europe de l’Est et en Asie centrale, et dans ces pays, les bourgeoisies compradores prorusses reculent devant les bourgeoisies compradores pro-occidentales. Pour la Russie, le problème est bien sûr géopolitique, mais les luttes géopolitiques ne sont que le reflet des luttes économiques. Les problèmes du repartage du monde sont les problèmes de l’exploitation du monde.

    La guerre russo-ukrainienne fait partie des conflits postsoviétiques qui ont opposé l’impérialisme russe aux impérialismes occidentaux depuis 1991. Les conflits postsoviétiques sont principalement les conflits interimpérialistes entre l’impérialisme russe, né des ruines du social-impérialisme soviétique, et les impérialismes de l’Alliance atlantique, pour la domination des semi-colonies de l’ex-URSS. Avant l’Ukraine, il y a eu la Géorgie (Ossétie du Sud) en 2008, et la Moldavie (Transnistrie) en 1992.

    Dans la lutte interimpérialiste entre la Russie et les pays occidentaux, pourquoi est-ce que les conquêtes russes sont généralement antagoniques (l’intervention armée) et que les conquêtes occidentales sont généralement pacifique ? Parce que les impérialismes occidentaux sont autrement plus puissants que l’impérialisme russe : ils sont en position dominante dans le système capitaliste-impérialiste, ils ont une hégémonie impérialiste mondiale. Ce que cela signifie, c’est non seulement que les pays occidentaux ont plus de marges de manœuvre politique (d’autres que la guerre), mais aussi que le développement des bourgeoisies compradores pro-occidentales est plus fort que celui des bourgeoisies compradores prorusses. L’Ukraine est l’exemple type de ce phénomène. La puissance de l’impérialisme est généralement une puissance économique (la dépendance et la surexploitation) avant d’être une puissance politique (la semi-colonisation). Dans les semi-colonies d’ex-URSS, jusqu’à aujourd’hui, la tendance économique est généralement pro-occidentale en l’absence d’une intervention politique prorusse.

    La lutte politique de l’Occident et celle de la Russie en Ukraine, dont la guerre russo-ukrainienne est une continuation, sont toutes deux des luttes politiques injustes. Lorsque les pays occidentaux s’étendent pacifiquement sur les États frontaliers de la Russie, ils étendent pacifiquement leur domination impérialiste. Lorsque la Russie défend militairement ses frontières contre l’encerclement des pays occidentaux, elle défend militairement sa domination impérialiste aussi. Une lutte pour la domination des semi-colonies d’ex-URSS, qu’elle soit pacifique ou antagonique, défensive ou offensive, est une lutte injuste, c’est-à-dire pour l’exploitation et l’oppression des peuples.

    La guerre est un moment et une partie du développement d’une puissance impérialiste. Un certain partage du monde qui correspond à la force d’un pays à un moment donné peut ne plus lui correspondre à un autre moment, c’est là que la guerre intervient donc, pour défendre ou attaquer un certain partage du monde.

    « Les États-Unis d’Europe, en régime capitaliste, seraient comme une entente pour le partage des colonies. Or en régime capitaliste le partage ne peut avoir d’autre base, d’autre principe que la force. Le milliardaire ne peut partager le “revenu national” du pays capitaliste avec qui que ce soit, autrement que “en proportion du capital” (avec encore cette addition que le plus gros capital recevra plus qu’il ne lui revient). Le capitalisme c’est la propriété privée des moyens de production et l’anarchie dans la production. Prêcher le partage “équitable” du revenu sur cette base, c’est du proudhonisme, du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement que “selon la force”. Or la force change avec le progrès économique. Après 1871 l’Allemagne s’est renforcée trois ou quatre fois plus vite que l’Angleterre et la France. Le Japon, dix fois plus vite que la Russie. Pour vérifier la force réelle de l’État capitaliste, il n’y a et il ne peut y avoir d’autre moyen que la guerre. La guerre n’est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée ; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l’équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l’industrie, les guerres en politique.

    Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d’Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens… dans quel but ? Dans le seul but d’étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l’Amérique, extrêmement lésés dans l’actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l’Europe monarchique, arriérée, laquelle déjà pourrit de vieillesse. Comparée aux États-Unis d’Amérique, l’Europe dans son ensemble signifie stagnation économique. Sur la base économique d’aujourd’hui, c’est-à-dire en régime capitaliste, les États-Unis d’Europe signifieraient organisation de la réaction en vue de contenir le développement plus rapide de l’Amérique. Les temps sont révolus où l’œuvre de la démocratie et celle du socialisme étaient liées uniquement à l’Europe. »143

    « Dans une polémique avec les social-impérialistes déclarés et naïfs (dans le genre de Lensch) qui justifient la guerre du côté de l’Allemagne comme une destruction du monopole de l’Angleterre, Kautsky “rectifie” cette contre-vérité évidente au moyen d’une autre contre-vérité, non moins évidente. Il remplace la contre-vérité cynique par une contre-vérité doucereuse ! Le monopole industriel de l’Angleterre, dit-il, est depuis longtemps brisé, depuis longtemps détruit, il n’est ni nécessaire ni possible de le détruire.

    En quoi cet argument est-il faux ?

    En ce que, premièrement, il passe sous silence le monopole colonial de l’Angleterre. Or, comme nous l’avons vu, Engels a soulevé cette question d’une façon parfaitement claire dès 1882, c’est-à-dire il y a 34 ans ! Si le monopole industriel de l’Angleterre est détruit, le monopole colonial non seulement demeure, mais a entraîné de graves complications, car tout le globe terrestre est déjà partagé ! À la faveur de son mensonge mielleux, Kautsky fait passer subrepticement sa petite idée pacifiste bourgeoise et petite-bourgeoise opportuniste selon laquelle il n’y aurait “aucune raison de faire la guerre”. Au contraire, non seulement les capitalistes ont maintenant une raison de faire la guerre, mais il leur est impossible de ne pas la faire s’ils veulent sauvegarder le capitalisme ; car, sans procéder à un repartage des colonies par la violence, les nouveaux pays impérialistes ne peuvent obtenir les privilèges dont jouissent les puissances impérialistes plus vieilles (et moins fortes).

    […] Le monopole industriel de l’Angleterre a été détruit dès la fin du XIXe siècle. Cela est incontestable. Mais comment cette destruction s’est-elle opérée ? Aurait-elle entraîné la disparition de tout monopole ?

    S’il en était ainsi, la “théorie” de la conciliation (avec l’opportunisme) de Kautsky recevrait une certaine justification. Mais ce n’est justement pas le cas. L’impérialisme est le capitalisme monopoliste. Chaque cartel, trust, syndicat patronal, chaque banque géante, est un monopole. Le surprofit n’a pas disparu, il subsiste. L’exploitation par un seul pays privilégié, financièrement riche, de tous les autres pays demeure et se renforce. Une poignée de pays riches — ils ne sont que quatre en tout, si l’on veut parler de la richesse “moderne”, indépendante et véritablement prodigieuse : l’Angleterre, la France, les États-Unis et l’Allemagne — ont développé les monopoles dans d’immenses proportions, reçoivent un surprofit se chiffrant par centaines de millions sinon par milliards, “chevauchent sur l’échine” de centaines et de centaines de millions d’habitants des autres pays, et luttent entre eux pour le partage d’un butin particulièrement abondant, particulièrement gras et de tout repos.

    Là est justement l’essence économique et politique de l’impérialisme, dont Kautsky cherche à estomper les très profondes contradictions, au lieu de les dévoiler.

    […]

    De 1848 à 1868, et aussi partiellement plus tard, l’Angleterre était seule à bénéficier du monopole ; c’est pourquoi l’opportunisme a pu y triompher des dizaines d’années durant ; il n’y avait pas d’autres pays possédant de riches colonies ou disposant d’un monopole industriel.

    Le dernier tiers du XIXe siècle a marqué le passage à une nouvelle époque, celle de l’impérialisme. Le capital financier bénéficie d’une situation de monopole non pas dans une seule, mais dans plusieurs grandes puissances, très peu nombreuses. […] Il résulte de cette différence que le monopole de l’Angleterre a pu demeurer incontesté pendant des dizaines d’années. Le monopole du capital financier actuel est furieusement disputé ; l’époque des guerres impérialistes a commencé. »144

    On pourrait se permettre de croire que, dans le système capitaliste-impérialiste, la guerre est toujours le choix des puissances impérialistes les plus fortes contre leurs concurrents les plus faibles. Or, ce n’est pas nécessairement le cas.

    Pendant la 1re Guerre mondiale, une puissance impérialiste plus jeune et plus forte (l’Allemagne) a fait la guerre aux puissances plus vieilles et moins fortes (la France, l’Angleterre) pour leur monopole colonial et financier — ce qui a échoué. Cependant, ce qui est à retenir, ce n’est pas qu’une puissance plus forte a fait la guerre à des puissances moins fortes, mais qu’une puissance a fait le seul choix de développement impérialiste possible pour elle. Dans le système capitaliste-impérialiste, la guerre est toujours le choix du meilleur développement possible de l’impérialisme — que celui-ci soit plus ou moins fort que celui de ses concurrents.

    Les puissances impérialistes engagent la guerre de repartage du monde (localisée ou mondiale) contre d’autres puissances impérialistes, parce qu’elles peuvent faire croître leur capital ainsi, ou parce qu’elles ne peuvent plus faire croître leur capital autrement. Dans les deux cas, ce qui est déterminant, c’est que la guerre offre la meilleure voie de développement capitaliste possible dans une situation donnée. Une puissance impérialiste dans cette situation, qu’elle soit plus forte ou plus faible que les puissances concurrentes, a besoin de la guerre.

    Généralement, les puissances impérialistes les plus fortes engagent la guerre pour repartager le monde à leur avantage, selon le nouvel état des forces mondiales (comme l’Allemagne lors de la 1re et 2de Guerre mondiale) ; mais les puissances les moins fortes peuvent aussi engager la guerre pour devenir plus forte par le repartage du monde, et changer l’état des forces mondiales par la guerre (comme l’Italie lors de la 1re et 2de Guerre mondiale). Dans le 1er cas, la force économique cherche à se transformer en force politique ; et dans le 2cas, la force politique cherche à se transformer en force économique. Évidemment, la 1re entreprise est beaucoup moins risquée que la 2de, mais il faut comprendre que les puissances impérialistes, les plus fortes comme les moins fortes, n’ont d’une manière ou d’une autre pas le choix de faire la guerre dans le système capitaliste-impérialiste. Les puissances impérialistes doivent prendre ce risque, et ce pour leur propre sauvegarde, car une puissance stagnante est une puissance mourante, que leurs concurrents charognards (alliés comme ennemis) vont tôt ou tard dévorer.

    La lutte interimpérialiste entre la Russie et l’Occident est la lutte de la Russie contre le monopole (semi-)colonial et financier mondial de l’Occident. La guerre russo-ukrainienne, qui est une partie de cette lutte interimpérialiste, est en tant que telle une préfiguration localisée de la guerre de repartage du monde (des semi-colonies et des surprofits). Si la Russie a choisi la guerre, c’est précisément parce qu’elle est une puissance impérialiste moins forte que les puissances impérialistes occidentales, qui a donc besoin de la guerre contre celles-ci, parce que c’est le seul choix de développement impérialiste possible pour elle dans sa situation donnée.

    Évidemment, la Russie n’est pas plus « coupable » de la guerre russo-ukrainienne que l’Allemagne n’était coupable de la 1re Guerre mondiale. Avoir cette conclusion serait ignorer la réalité du système capitaliste-impérialiste et de la lutte interimpérialiste dans celle-ci — auquel toutes les puissances impérialistes participent selon leurs intérêts du mieux qu’elles peuvent. Le monopole colonial et financier que l’Angleterre s’est créé au XIXe siècle (par la guerre impérialiste coloniale) n’est pas plus ou moins innocent, plus ou moins impérialiste, que celui que l’Allemagne a essayé de se créer au début du XXe (par la guerre interimpérialiste de repartage des colonies) : le premier a rendu nécessaire les méthodes du second. Le monopole (semi-)colonial et financier que s’est créé l’Occident depuis 1945, et a fortiori depuis 1991, n’est lui non plus pas plus ou moins innocent, plus ou moins impérialiste, que celui que la Russie essaye de se créer aujourd’hui.

    Il faut comprendre l’économie russe comme l’échec de la libéralisation post-1991, qui a failli à l’intégrer dans le jeu des impérialistes hégémoniques (comme puissance égale et partenaire). La Russie n’a pas réussi à faire transitionner son économie de l’industrie lourde et extractiviste et de l’agriculture intensive, vers une métropole financière exportatrice de capitaux. L’impérialisme russe n’a pas réussi à assumer la place du social-impérialisme soviétique, et a reculé devant les impérialismes occidentaux dans les semi-colonies postsoviétiques ; mais il n’a pas réussi non plus à progresser dans les semi-colonies occidentales, et est resté exclu du partage des surprofits occidentaux. Ces tentatives échouées ont produit une crise profonde (la décennie noire) qui leur ont mis fin avec le renversement de Yeltsin et la prise de pouvoir de Poutine. Ce dernier a conduit une politique inverse d’autonomisation stratégique de la Russie, concentrée sur la reconstruction d’une sphère de domination semi-coloniale. Comme la bourgeoisie soviétique avant elle, la bourgeoisie russe a misé sur l’industrie militaire, quand le reste de sa production nationale est restée sous-développée. Ce pari ne pouvait que se dénouer à moyen terme, avec l’arrivée d’une limite structurelle : une production qui s’accumule et qui ne peut pas trouver de débouchés aussi conséquents que les ambitions impérialistes challengeuses russes. D’autant plus que l’autonomisation stratégique de la Russie a amené le bloc impérialiste hégémonique à se positionner en antagonisme contre elle, pour lui interdire l’accès aux marchés partagés par l’Occident. Trouver une issue dans ces conditions signifie trouver les moyens de capitaliser sur cette économie militaro-centrée, c’est-à-dire de lui donner l’occasion de prolonger son accumulation, dans une situation d’économie de guerre. L’invasion de l’Ukraine, comme les autres conflits postsoviétiques avant elle, répond aussi de contraintes économiques internes à la Russie.

    La bourgeoisie impérialiste russe est une bourgeoisie bureaucratique de l’industrie militaire et extractiviste, c’est-à-dire que ses intérêts de classe sont principalement liés aux complexes militaro-industriel et extractiviste d’État (dans ou dépendant de l’État). Les natures bureaucratique et militaro-industrielle de la bourgeoisie impérialiste russe expliquent aussi sa décision d’envahir l’Ukraine, en février 2022. La guerre russo-ukrainienne offre une issue de court terme à la crise de surproduction du capital militaro-industriel russe, elle offre directement et indirectement des débouchés de marchandises à la bourgeoisie impérialiste russe.

    Les conflits postsoviétiques ont principalement été des conflits asymétriques, où la Russie était la seule armée régulière, qui intervenait principalement contre des armées de partisans. La guerre russo-ukrainienne, elle, est une guerre « symétrique », c’est-à-dire une guerre conventionnelle de haute intensité, entre deux armées régulières. La guerre de harcèlement (de guérilla) et de mouvement sont secondaires dans la guerre russo-ukrainienne, depuis l’échec puis l’enlisement de la tentative de guerre éclair de la Russie en 2022, c’est la guerre de position qui est principale. La guerre russo-ukrainienne n’est pas que la continuité des conflits postsoviétiques, elle est un développement qualitatif supérieur de ceux-ci — un développement qualitatif supérieur dans les conflits interimpérialistes entre l’Occident et la Russie. Cette réalité fait aujourd’hui de la guerre russo-ukrainienne le plus important conflit du monde, du point de vue militaire, et de l’Ukraine un pays où une contradiction interimpérialiste est la contradiction principale.

    Avant le revirement diplomatique américain, la Russie avait déjà parié sur une victoire de longue haleine en Ukraine. Premièrement, l’Ukraine est dépendante de l’aide financière et militaire de ses alliés, alors que la Russie est devenue de plus en plus indépendante des pays occidentaux depuis 2008, et surtout 2014. Deuxièmement, les pays occidentaux ne veulent pas risquer une guerre directe avec la Russie, ce qui rend une victoire militaire ukrainienne très improbable à cause de l’asymétrie des forces en présence (l’aide financière et militaire occidentale ne peut pas annuler l’avantage du manpower russe). La Russie avait donc parié sur le lent épuisement de l’effort de guerre de l’Ukraine et du soutien occidental — qui s’observe —, alors que l’Ukraine et les pays occidentaux avaient parié sur la crise politique et économique de la Russie — qui reste relative.

    Contrairement à ce qui était espéré par les pays occidentaux, leurs nombreuses sanctions ont affaibli l’économie russe145 (en récession de 1,2 % en 2022146), mais elles ne l’ont pas mise « à genoux ». Depuis 2014, et a fortiori depuis 2022, la Russie a réussi à s’adapter aux sanctions occidentales en se détournant des marchés occidentaux (de leurs débouchés et de leurs investissements). La Russie a développé ses infrastructures orientales pour intensifier ses échanges et ses investissements avec l’Asie, principalement la Chine, et dans une moindre mesure, l’Inde et la Turquie.147 À l’intérieur de ses frontières, la Russie a une économie de guerre efficace qui compense la baisse de la consommation et des investissements par l’investissement étatique148 et l’endettement auprès des banques russes (la « dette cachée »)149 ; et à l’extérieur, la Russie a une « économie parallèle » qui contourne les restrictions sur le marché mondial (notamment, les sanctions sur le gaz et le pétrole150).151 L’économie russe a pu être qualifiée de « keynezianisme de guerre » : par exemple, la Banque centrale russe a augmenté le taux d’intérêt directeur de 7,5 à 18 %.152 En 2025, la part de la défense dans le budget fédéral russe s’élève à un total de 43 %.153

    « Les dépenses de défense ont augmenté d’environ 86,5 %, passant de 3,58 % en 2021 à 6,68 % du PIB en 2024, selon l’International Institute for Strategic Studies.

    L’année 2025 pourrait ainsi être la première au cours de laquelle les recettes pétrolières et gazières (estimées à environ 10 900 milliards de roubles cette année, contre 11 300 l’an dernier) ne suffiront pas à couvrir les dépenses militaires, qui devraient dépasser 140 milliards de dollars cette année (13 600 milliards de roubles). »154

    Depuis 2022, 520 000 emplois auraient été créés dans le complexe militaro-industriel russe, qui emploierait aujourd’hui 2,5 % de la population russe totale (3,5 millions de personnes) :

    « Une grande partie de ces éléments ont été intégrés dans le complexe militaro-industriel russe, un mastodonte tentaculaire de près de 6 000 entreprises, dont beaucoup étaient rarement rentables avant la guerre. Mais ce qui manquait en termes d’efficacité, il l’a compensé en termes de capacité de réserve et de flexibilité lorsque le gouvernement russe a soudainement accéléré la production de défense en 2022.

    Richard Connolly, spécialiste de l’armée et de l’économie russes au sein du groupe de réflexion Royal United Services Institute de Londres, l’a qualifiée d’“économie kalachnikov”, qu’il a qualifiée de “peu sophistiquée mais durable, conçue pour une utilisation à grande échelle et en cas de conflit”.

    Il a déclaré : “Les Russes paient pour cela depuis des années. Ils ont subventionné l’industrie de la défense et beaucoup auraient dit qu’ils gaspillaient de l’argent dans l’éventualité où ils devraient un jour être en mesure de l’augmenter. Le projet était donc économiquement inefficace jusqu’en 2022, et soudain, il apparaît comme une planification très astucieuse”.

    […] “La guerre a entraîné une redistribution sans précédent des richesses, les classes les plus pauvres profitant des dépenses du gouvernement dans le complexe militaro-industriel”, a déclaré Denis Volkov, directeur du Centre Levada, un institut de sondage et de recherche sociologique à Moscou. Les travailleurs des usines militaires et les familles des soldats qui se battent en Ukraine ont soudain beaucoup plus d’argent à dépenser. Leurs revenus ont augmenté de façon spectaculaire.

    Les sondages de Levada ont montré que 5 à 6 % des personnes qui “n’avaient pas assez d’argent pour acheter des biens de consommation tels qu’un réfrigérateur ont maintenant rejoint les classes moyennes”.

    La Russie paiera pour cela en augmentant ses dépenses de défense à près de 11 billions de roubles (95,7 milliards de livres sterling) l’année prochaine, soit une augmentation de 70 %, qui dépasserait les dépenses sociales pour la première fois depuis l’Union soviétique. M. Poutine tente de financer la guerre, de maintenir les dépenses sociales et d’éviter une inflation galopante tout à la fois, dans ce qu’Alexandra Prokopenko, chercheuse à la Fondation Carnegie, appelle un “trilemme impossible”.

    Pour l’instant, les prix élevés du pétrole permettent d’amortir le choc. Mais la guerre devrait transformer l’économie russe de l’intérieur.

    “Dans le passé, pendant toute la période postsoviétique, j’aurais dit que le pétrole était le principal secteur de l’économie russe”, a déclaré M. Connolly. “Aujourd’hui, je dis que c’est la défense et le pétrole qui la financent. Et cela pose des problèmes à long terme”. »155

    Le taux de chômage est de 2,4 %, historiquement le plus bas depuis 1991.156 Le taux de croissance du PIB était de 3,6 % en 2023 et de 3,8 % en 2024 (contre 2,9 % et 2,4 % pour les USA sur les mêmes périodes).157 L’inflation est élevée, mais elle reste confinée en dessous de 10 %, de plus, l’appréciation du rouble a réduit le coût des importations et a attiré de nouveaux investisseurs non occidentaux (Inde, Chine).158 Plusieurs indicateurs sociologiques montrent un haut niveau de confiance de la population dans la société et l’économie russe, qui n’a fait que croître depuis 2022.159 La nouvelle économie russe « autarcique et dirigiste » 160 à jusqu’ici réussi à prévenir la faillite du pays, reste à savoir si celle-ci sera pérenne, et au cas contraire, combien de temps la « forteresse assiégée » pourra-t-elle tenir ainsi ?

    Si l’économie russe tient bon, cela ne signifie pas que la Russie ne fait pas face à de grandes difficultés internes et sur le front ukrainien. Entre février 2022 et mai 2024, la Russie aurait connu entre environ 330 et 525 000 pertes militaires (morts et blessés) en Ukraine, selon les estimations les plus réalistes.161 Le ministère de la Défense britannique estimerait lui à 500 000162, et certains organismes jusqu’à 917 000163 (sic), le nombre de soldats morts et blessés russes depuis le début de la guerre. La Russie recruterait en moyenne environ 30 000 nouveaux soldats par mois depuis le début de son invasion, pour maintenir des effectifs militaires stables.164 La Russie a recouru à la conscription de 150 000 nouveaux soldats pour la campagne de printemps 2024165 et devrait recourir à la conscription de 160 000 nouveaux soldats pour la campagne de printemps 2025 — soit le quota le plus élevé depuis la campagne de printemps 2011 (219 000), pour atteindre l’objectif de 1,5 million de soldats en 2026.166 Entre 550 000167 et 700 000168 soldats russes combattent aujourd’hui en Ukraine ou à la frontière russe (plus qu’en février 2022).

    « La perspective d’une nouvelle vague de mobilisation partielle en Russie est un thème de débat majeur parmi l’élite du pays, au moins depuis la fin de l’année 2023. Selon des informations qu’il est impossible de vérifier mais qui s’avèrent vraisemblablement fiables, le commandement militaire, en particulier le chef de l’état-major général, insiste sur le fait que la mobilisation de quelque 300 000 personnes est nécessaire, voire indispensable, pour vaincre l’ennemi en Ukraine, puis pour pourvoir les rangs des nouvelles unités qu’il est prévu de créer. Toutefois, l’aile politique de la haute bureaucratie russe s’y oppose et s’inquiète d’une réaction négative de la population. Poutine lui-même espère que la guerre pourra être menée sans nouvelle vague de mobilisation, par le recrutement de nouveaux soldats sous contrat. […]

    Toutefois, la possibilité d’une nouvelle vague de “mobilisation partielle” commence à prendre forme. En septembre 2024, Poutine a publié un décret portant les effectifs autorisés des forces armées russes à 1,5 million de personnes, soit environ 180 000 de plus, d’ici le 1er décembre 2024. Étant donné que le nombre réel de militaires russes au début de l’année 2024 était d’environ 1,1 million, et qu’il est peu probable que ce chiffre ait beaucoup augmenté en septembre de cette année, l’armée devrait recruter entre 350 000 et 400 000 personnes pour respecter la directive du président russe. Et cela s’avère impossible sans une nouvelle vague de mobilisation. »169

    La Russie a un problème démographique de longue date : depuis l’effondrement de l’URSS la population russe stagne. Après une baisse entre 1992 (148,5 millions) et 2010 (142,8 millions), la démographie russe avait réussi à croître jusqu’en 2019 (145,5 millions), mais avec la crise du COVID-19 puis l’invasion de l’Ukraine, celle-ci est de nouveau en baisse. Cette tendance est imputable aux morts sur le front russo-ukrainien, mais aussi à l’exode et principalement à la baisse de la fécondité.

    « La guerre et l’incertitude qu’elle engendre affectent le taux de fécondité, tombé à son niveau le plus bas depuis 1993. Même sans tenir compte de l’émigration, la population de la Russie perd entre 0,6 et 1 million de personnes chaque année. Les spécialistes estiment que le pays devrait attirer pas moins d’un million de personnes par an simplement pour stabiliser sa population actuelle, ce qui semble compliqué à mettre en œuvre. »170

    Cependant, la Russie compense son problème démographique avec ses forces productives : aujourd’hui, la Russie est militairement mieux équipée qu’en 2022, et elle produit plus de matériel qu’elle n’en perd sur le front :

    « La présence russe en Ukraine à la fin de l’année 2024 s’élevait à environ 700 000 soldats, soit bien plus que la force d’invasion de 2022. La production de défense russe a rapidement augmenté (Wolff et al, 2024). Pour la seule année 2024, la Russie a produit et remis à neuf environ 1 550 chars, 5 700 véhicules blindés et 450 pièces d’artillerie de tous types. Elle a également déployé 1 800 munitions itinérantes à longue portée Lancet. Par rapport à 2022, cela représente une augmentation de 220 % de la production de chars, de 150 % de celle de véhicules blindés et de pièces d’artillerie, et de 435 % de celle de munitions itinérantes à longue portée.

    Il s’agit pour l’essentiel d’équipements soviétiques modernisés, mais la production russe se poursuivra, bien qu’à un rythme réduit, une fois que les stocks soviétiques seront épuisés. Cette réduction sera moins ressentie si elle intervient après la fin des hostilités en Ukraine. En outre, la Russie a réalisé des progrès substantiels dans le domaine des drones, après s’être auparavant appuyée sur l’Iran. »171

    En épuisant le stock militaire soviétique, la Russie le renouvelle avec des technologies supérieures. Des armes inédites sont utilisées pour la première fois sur le front russo-ukrainien, par la Russie : missiles Kinzhal ou Oreshnik, tank T-14 Armata, etc.172 Toutefois, l’importance réelle de ces armes doit être relativisée au niveau tactique, et se situe principalement aux niveaux médiatique et mercantile : la Russie teste ses produits et en fait la publicité sur le terrain.

    En temporisant les négociations avec les USA, la Russie gagne du terrain diplomatique — littéralement. L’Ukraine recule sur le territoire russe, et la Russie progresse sur le territoire ukrainien. Ainsi, la Russie annule les atouts diplomatiques de l’Ukraine et elle renforce les siens (l’Ukraine avait envisagé un « échange de territoire »).

    La Russie a publiquement annoncé s’opposer à une stratégie de négociation en deux temps : d’abord un cessez-le-feu, ensuite un accord de paix.173 Elle recherche une négociation qui lui offrirait satisfaction sur tous ses objectifs de guerre, à la tête desquels, résorber l’expansion de l’OTAN sur ses États frontaliers. Dans les conditions actuelles, le temps joue pour la Russie, et elle le sait. La Russie veut tout miser sur des accords décisifs, sans prendre le risque de perdre son momentum avec un accord intermédiaire qui permettrait à l’Ukraine et au soutien occidental de se réorganiser et de se renforcer. En bref, la Russie ne veut pas laisser l’Ukraine et ses alliés reprendre leur souffle, ce qui pourrait inverser le rapport de force diplomatique. L’invasion de l’Ukraine représente un coût cumulé immense pour l’impérialisme challengeur russe, qui a été engagée en conscience du fait que le statu quo ante bellum avait épuisé ses options intermédiaires (par exemple, les accords de cessez-le-feu de Minsk I et Minsk II de 2014-2015), ne lui laissant que la guerre, c’est-à-dire « la continuation de la politique par d’autres moyens » (politique et guerre impérialistes). La Russie ne veut donc sacrifier ni ses investissements perdus en Ukraine ni l’avenir de son impérialisme.

    « Avant le début des pourparlers, la Russie avait notamment souligné que le règlement de la guerre en Ukraine était indissociable de la réorganisation de l’architecture sécuritaire européenne. La Russie réclame de longue date un retrait des forces de l’OTAN d’Europe orientale, car elle considère l’Alliance comme une menace existentielle. Elle avait notamment utilisé cet argument pour justifier son invasion de l’Ukraine en 2022. L’administration du président Donald Trump s’est montrée, elle, très critique de ses alliés européens et moins disposée à soutenir l’Ukraine. La rencontre de mardi s’est déroulée après la conversation téléphonique la semaine dernière entre Donald Trump et Vladimir Poutine, qui a fait voler en éclats l’union occidentale et la stratégie d’isolement visant le président russe. »174

    Le risque engagé par la Russie avec la perpétuation du statu quo ante bellum est beaucoup plus grand que celui engagé par les pays occidentaux avec la rupture dudit statu quo ante bellum. La Russie joue son impérialisme, elle est donc prête à prendre des risques que ne sont pas prêts à prendre les pays occidentaux, pour qui la guerre en Ukraine n’est pas aussi importante.

    L’exclusion des pays européens des négociations répond des intérêts de la Russie et des USA. Celle-ci était l’une des conditions de la Russie à leur ouverture.175 Les européens ont des intérêts politiques et économiques impérialistes en Ukraine plus importants, et plus antagoniques avec ceux de la Russie, que les USA. La Russie et les USA ont donc un intérêt commun à isoler les pays européens, respectivement pour se désengager de la guerre et pour atteindre leurs objectifs de guerre.

    Les alliés européens

    Est-ce que les USA trahissent leur alliance avec l’UE et l’Ukraine, en vue d’une nouvelle alliance « trumpo-poutinienne » avec la Russie ? Non. La nouvelle stratégie de l’impérialisme américain s’autonomise de son alliance interimpérialiste avec les pays européens.

    Attribuer à la Russie la division du camp antirusse, premièrement, c’est lui accorder un pouvoir qu’elle n’a pas, et deuxièmement, c’est ne pas voir les divisions préexistantes dans ledit camp. La montée des tensions entre les USA et le reste de l’Occident (qu’il serait très exagéré de qualifier de « divorce ») est à imputer principalement aux USA et au reste de l’Occident. Celle-ci sert indubitablement les intérêts russes, mais cela ne veut pas dire qu’ils en seraient serait donc la cause, plutôt que les intérêts occidentaux eux-mêmes — qui n’ont pas intérêt à leur division, mais qui ont des intérêts divisés !

    Ce qu’il y a de nouveau dans les récents évènements internationaux, c’est qu’ils ne révèlent plus seulement l’intensification des contradictions entre l’impérialisme de la Russie et de la Chine d’un côté, et l’impérialisme des USA, du Japon, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, etc., de l’autre. Ils révèlent aussi l’intensification des contradictions entre l’impérialisme des USA, du Japon, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, etc., principalement entre les USA et les autres pays impérialistes cités ci-dessus. L’intensification des contradictions interimpérialistes a récemment été principalement interne à l’alliance interimpérialiste hégémonique, principalement entre l’impérialisme américain et les autres impérialismes de cette alliance.

    Comment expliquer la nouvelle diplomatie américaine envers les pays impérialistes occidentaux avec lesquels les USA sont alliés depuis 80 ans ? La nouvelle diplomatie américaine, agressive et annexionniste, répond simplement des nouveaux besoins de la nouvelle stratégie de l’impérialisme américain. Celui-ci doit et veut être plus autonome de ses alliés, et donc sécuriser pour lui des ressources et des routes stratégiques, dans la perspective de conquérir et défendre une hégémonie mondiale par sa propre force — sans alliance interimpérialiste.

    Par exemple, les USA contrôlent déjà indirectement le Groenland avec l’OTAN. Potentiellement, ce contrôle indirect leur permettrait déjà d’assurer l’ensemble des garanties de sécurité du Groenland (accès de la Russie à l’Atlantique, chemin des missiles intercontinentaux russes vers les USA), et les autres atouts stratégiques (minerais, voie commerciale) ne sont pas exclusifs au Groenland. Pourquoi les USA cherchent-ils donc à l’annexer ? Est-ce que l’administration Trump ne mène sa politique d’ingérence avec le Danemark que pour des motivations de politique intérieure (renforcer le consensus interne avec une adversité externe) ? La tactique annexionniste des USA avec le Danemark en particulier ne peut pas être comprise sans comprendre d’abord la stratégie des USA avec l’OTAN et l’UE en général. Les USA ont un besoin stratégique des garanties de sécurité assurées par le contrôle du Groenland, ils cherchent donc à le contrôler directement plutôt qu’indirectement, pour ne plus laisser dépendre celles-ci du Danemark, et avec lui de l’OTAN et de l’UE, desquels ils s’éloignent. La nouvelle stratégie des USA les éloigne de leurs alliés, donc les besoins stratégiques des USA ne peuvent plus dépendre de leurs alliés. Le contrôle direct a un haut coût tactique, mais il a moins d’incertitudes stratégiques que le contrôle indirect. L’impérialisme américain ne peut transiger ni sur les garanties de sécurité assurées par le Groenland ni sur sa nouvelle stratégie.

    L’Occident n’est pas un pays impérialiste, c’est une alliance de pays impérialistes (dans laquelle se trouve le Japon, qui n’est géographiquement ni culturellement pas occidental). Cette affirmation n’est pas inutile, car elle signifie que l’Occident n’est pas une sphère de domination unie dans une seule et même communauté d’intérêt impérialiste, mais une sphère de domination divisée en plusieurs communautés d’intérêts impérialistes différents et opposés. L’Occident est principalement représenté par deux sous-alliances, l’Alliance atlantique (l’OTAN) et l’Alliance européenne (l’UE), mais ces deux alliances ne recouvrent pas l’alliance informelle plus générale de l’Occident. Avant d’être une union d’États, l’Occident est une union de capitaux (firmes transnationales) et de marchés (commerce, investissements, débouchés, etc.). Le degré de leur union politique est conditionné et limité par le degré de leur union économique, c’est-à-dire qu’il est déterminé par leurs intérêts bourgeois impérialistes communs et opposés.

    À ce propos, l’UE n’est pas une « union impérialiste » (pas plus que l’Occident), elle est une union de pays impérialistes, c’est-à-dire une alliance de concurrents impérialistes contre d’autres concurrents impérialistes. Les antagonismes entre les pays impérialistes européens n’ont pas disparu après la 2de Guerre mondiale, mais ils sont devenus secondaires par rapport à l’antagonisme avec l’URSS, le Bloc de l’Est et la Chine populaire (période 1945-1991), puis par rapport à l’antagonisme avec la Russie et la Chine (période 1991-présent).

    L’Occident a une hégémonie impérialiste mondiale, mais aucun pays impérialiste occidental n’a d’hégémonie impérialiste mondiale. Dans le système capitaliste-impérialiste contemporain, aucun pays impérialiste ne peut avoir d’hégémonie impérialiste mondiale seul, car aucun pays impérialiste ne peut être plus fort que tous les autres pays impérialistes rassemblés — ce qu’il faudrait pour qu’il puisse les « commander » à proprement parler. Cependant, un pays impérialiste peut avoir une hégémonie dans une alliance de pays impérialistes qui a une hégémonie impérialiste mondiale. C’est la situation des USA avec l’Occident, depuis la 2de Guerre mondiale. Si les pays impérialistes occidentaux (dont le Japon) sont des pays impérialistes hégémoniques depuis la 2de Guerre mondiale, c’est parce qu’ils sont alliés depuis la 2de Guerre mondiale.

    « Le capitalisme a atteint son stade suprême impérialiste en Occident au XXsiècle. Une quinzaine d’années plus tard, il a connu la 1re Guerre interimpérialiste mondiale en 1914-1918, puis une vingtaine d’années après celle-ci, la 2de Guerre interimpérialiste mondiale en 1939-1945. En moins d’un demi-siècle d’existence, l’impérialisme a connu deux conflits mondiaux pour le “repartage du monde” et des surprofits. Comment donc expliquer les derniers 80 ans de relative paix interimpérialiste, sans nouvelle guerre des monopoles impérialistes pour un nouveau “repartage du monde” ? Les centres impérialistes étaient alliés contre leurs ennemis communs, pour leurs intérêts communs.

    Qu’est-ce qui a contraint les impérialistes à limiter leur concurrence, c’est-à-dire à atténuer les contradictions interimpérialistes ? À l’échelle mondiale, la contradiction entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme était devenue principale. Après la 2de Guerre mondiale, avec la création des démocraties populaires d’Europe de l’Est et de la Chine populaire, le communisme s’est étendu à 1/3 de l’humanité, et jusqu’aux frontières de l’Europe occidentale. De plus, les luttes anticoloniales ont rapidement enflammé les empires coloniaux. Si l’URSS révisionniste est devenue une puissance “social-impérialiste” relativement réactionnaire, elle restait opposée aux impérialismes de l’alliance anticommuniste et à leur hégémonie, et en soutien (opportuniste) aux luttes anti-impérialistes et anticoloniales contre ceux-ci et celle-ci.

    Face à cette menace existentielle supérieure, les bourgeoisies impérialistes ont observé une communauté d’intérêts suffisamment forte pour que celle-ci serve de fondation suffisamment stable à une alliance anticommuniste. Cette alliance a eu pour but de former un bloc impérialiste pour contenir l’expansion communiste. Les intérêts des bourgeoisies impérialistes à la concurrence interimpérialiste étaient devenus moindres que ceux à l’alliance interimpérialiste. Ainsi, si la concurrence des monopoles impérialistes entre eux n’a pas disparu, celle-ci s’est vue régulée, c’est-à-dire limitée par l’alliance anticommuniste. C’est la configuration particulière des contradictions interimpérialistes après la 2de Guerre mondiale (l’émergence de la superpuissance américaine), mais surtout l’avancée mondiale du communisme qui a donné aux bourgeoisies impérialistes l’opportunité politique inédite de former une hégémonie collective sur l’économie mondiale.

    Il est nécessaire de comprendre que l’hégémonie n’est pas synonyme de “le plus fort”, mais de “commandement”. Dans un système, le déterminant le plus fort dans l’absolu peut ne pas être hégémonique, et l’hégémonie peut ne pas être celle d’un déterminant unique ou celle du déterminant le plus fort dans l’absolu. Un déterminant faible dans l’absolu peut devenir hégémonique par sa place centrale — nodale — dans un système : il sera donc le déterminant le plus fort de ce système, tout en étant plus faible dans l’absolu que d’autres déterminants de ce même système. Un déterminant n’est hégémonique que si et seulement s’il commande à la totalité du système (détermine toutes ses composantes plus que tous les autres déterminants). Une hégémonie peut être collective sur un système, c’est-à-dire celle de plusieurs déterminants rassemblés, car la question n’est pas de savoir lequel est le plus déterminant pris isolément, mais de savoir qu’est-ce qui détermine le système dans son ensemble — qu’est-ce qui le commande ? Au sein même d’une hégémonie collective, c’est-à-dire d’un commandement commun, il peut y avoir une hégémonie, car une hégémonie collective est aussi un système. L’hégémonie n’est pas une supériorité absolue (prise isolément, donc dans l’abstrait), mais une supériorité relative à l’organisation du système dans lequel celle-ci existe.

    Les États-Unis ont eu depuis la 2de Guerre mondiale une hégémonie dans l’alliance interimpérialiste anticommuniste, et cette alliance a eu une hégémonie sur le marché mondial, mais les États-Unis n’ont pas directement eu d’hégémonie sur le marché mondial, bien qu’étant la première puissance impérialiste depuis la 2de Guerre mondiale.

    Les pays impérialistes du centre sont les pays impérialistes hégémoniques, car ils ont collectivement un commandement sur le système monde. Actuellement, aucun pays impérialiste n’est hégémonique isolé, car aucun ne possède une capacité de commandement de lui-même sur l’ensemble du système monde (contrairement à l’Angleterre du XIXsiècle).

    Prêter aux USA une hégémonie économique mondiale qu’ils n’ont pas, c’est sous-estimer l’impérialisme français, allemand, japonais, etc., en ne les considérant que comme son prolongement ou soumis à lui. Or, l’ensemble des impérialismes hégémoniques sont bien des impérialismes dominants, qui se font concurrence mais qui exploitent leurs propres sphères de domination (la propre rente impériale de leur propre “empire”) sans jamais être exploités eux-mêmes. Il y a une dépendance politique des puissances impérialistes (hégémoniques) à la superpuissance américaine (dans cette hégémonie), mais celle-ci n’est pas une dépendance économique. Nier l’indépendance économique des impérialismes de l’alliance interimpérialiste, ce n’est pas nécessairement les défendre comme de “moindres” impérialismes contre l’impérialisme américain — comme reconnaître que les impérialismes challengeurs de la semi-périphérie sont dominés par les impérialismes hégémoniques, ce n’est pas les défendre contre ceux-ci — mais c’est sous-estimer la réalité de leur force et de leurs surprofits. »176

    Les impérialismes européens ont plus besoin que l’impérialisme américain de soutenir l’État comprador ukrainien contre l’impérialisme russe. Le théâtre ukrainien est moins important dans la nouvelle stratégie américaine que dans l’ancienne, basée sur l’Alliance atlantique ; mais le théâtre ukrainien conserve toute son importance pour la stratégie des impérialismes européens, avec ou sans l’Alliance atlantique. Avec sa nouvelle stratégie, l’impérialisme américain cherche à se concentrer sur le théâtre indopacifique contre l’impérialisme chinois, qui est pour lui la première menace économique et (géo)politique.

    Les USA ne renoncent pas à leur hégémonie impérialiste mondiale — leur ambition d’être une puissance unipolaire —, mais ils cherchent à défaire celle-ci des autres impérialismes hégémoniques. Ils veulent une hégémonie américaine qui ne s’encombre plus de son alliance avec les autres puissances impérialistes hégémoniques — avec lesquelles ils sont alliés depuis la 2de Guerre mondiale.

    La stratégie de l’impérialisme américain depuis la fin de la 2de Guerre mondiale, puis pendant toute la Guerre froide, était de maintenir une hégémonie sur l’ensemble des puissances impérialistes, contre la menace communiste mondiale (dont le social-impérialisme soviétique). Pendant la Guerre froide, les pays impérialistes occidentaux (dont le Japon) alliés étaient les plus puissants, et ils avaient ainsi une hégémonie impérialiste mondiale contre le social-impérialisme soviétique et les dictatures du prolétariat. Après la Guerre froide, les pays impérialistes occidentaux (dont le Japon) avaient toujours une hégémonie impérialiste mondiale : l’impérialisme russe était dans les ruines fumantes du social-impérialisme soviétique, et l’impérialisme chinois était nouveau-né, tous deux étaient donc très faibles, alors l’alliance des impérialismes occidentaux (dont le Japon) tenait toujours.

    Simple inertie ? Non, les taux de (sur)profits impérialistes étaient satisfaisants. L’effondrement du social-impérialisme soviétique et l’ouverture des marchés chinois et vietnamien aux investissements occidentaux offraient d’immenses opportunités de surprofits. La contradiction entre l’impérialisme et les peuples dominés, c’est-à-dire entre la surexploitation et la reproduction du travail des peuples dominés, était assez faible. La contradiction entre l’impérialisme et les peuples dominés permettait donc aux contradictions interimpérialistes de rester elles aussi assez faibles — et donc à l’alliance des impérialismes occidentaux (dont japonais) de se perpétuer.

    Cependant, avec la progression des impérialismes challengeurs russe et chinoise, l’alliance des impérialismes occidentaux était de moins en moins hégémonique. Mais, au fur et à mesure que leur hégémonie collective sur le système capitaliste-impérialiste mondial reculait, et donc que leurs taux de (sur)profits baissaient, l’intensification des contradictions interimpérialistes principalement entre impérialismes occidentaux (dont japonais) et impérialismes russe et chinois, a donné un second souffle à l’alliance des premiers contre les seconds. Cela est resté vrai pendant toute la période des années 2000-2010. Mais avec le développement de la contradiction entre impérialisme et peuples dominés, les contradictions interimpérialistes se sont développées aussi. Si celles-ci sont restées jusqu’à récemment principalement entre deux blocs (alliances) impérialistes (hégémonique et challengeur), elles existent aussi dans ceux-ci. Ce sont ces dernières dans le bloc hégémonique, principalement entre les USA et l’UE, qui se sont le plus développés depuis 2022, même si ce sont toujours les contradictions entre le bloc hégémonique et le bloc challengeur qui sont les plus développées aujourd’hui.

    Les impérialismes hégémoniques sont de moins en moins hégémoniques et donc de plus en plus concurrents (même s’ils n’ont jamais cessé de l’être). L’intérêt impérialiste à « frapper ensemble » devient donc de moins en moins important par rapport à l’intérêt impérialiste à « marcher séparément ».

    La « guerre commerciale » lancée par Trump, raillée de notre côté de l’atlantique pour ses conséquences dramatiques sur l’économie américaine, est en fait une thérapie protectionniste de long terme (la « doctrine Miran »177) qui cherche à rendre celle-ci plus indépendante de ses concurrents. Certains observateurs français, parce qu’ils ont les yeux rivés sur la stratégie de leur propre impérialisme, l’impérialisme français, ne comprennent pas le sens de la nouvelle stratégie américaine. À défaut de cela, ils listent les conséquences de court terme de la politique « trumpienne » sur les marchés, et en concluent à l’autosabotage. Trump, ou plutôt la frange de la bourgeoisie américaine qu’il représente, pense et agit pour le long terme. Que la confiance des investisseurs baisse, et que les marchés soient donc instables, lorsqu’un pays impérialiste change de stratégie, est normal. Le même genre de cécité libérale s’était déjà observé dans le cas du Brexit — qui n’aurait été, selon certains, que strictement négatif pour le Royaume-Uni.

    Les USA peuvent se permettre d’unilatéralement adopter une politique commerciale protectionniste. Les USA sont de très loin le 1er marché national de consommateurs du monde avec 18 822 769 millions de dollars en 2021, soit presque 3 fois plus que le 2d, la Chine, avec 6 720 652 millions de dollars en 2021, et presque 2 fois plus que ceux des pays membres de l’UE cumulés, avec 9 860 153 millions de dollars en 2021.178 De plus, les USA sont le centre du centre impérialiste dans le circuit mondial de la valeur, ils sont tout en haut de la hiérarchie mondiale de la dépendance et l’échange inégal dans le marché mondial. Les USA ne dépendent d’aucun pays et ne sont exploités par aucun pays, mais tous les pays du monde sont dépendants des USA et exploités par les USA, à divers degrés pour chaque pays. Aucun pays du monde (impérialiste comme semi-colonial), ne peut se priver d’exportation vers les USA, c’est-à-dire du débouché commercial du marché américain — le centre du centre du marché mondial. En bref, les USA ont le rapport de force nécessaire dans le marché mondial pour adopter une politique commerciale protectionniste (ce qui ne garantit pas avec certitude leur succès mais évite la certitude de leur échec). Avec celle-ci, l’administration Trump a pour objectif de réindustrialiser les USA et de recréer ainsi une classe ouvrière américaine riche. C’est sur la classe ouvrière la plus aristocratisée du monde que s’est fondée la formule fordiste qui a donné sa prospérité aux USA après la 2de Guerre mondiale, jusqu’à Reagan (le début du néolibéralisme aux USA, la réponse de la bourgeoisie à la crise de l’impérialisme et au recul du mouvement ouvrier). Pour réaliser le slogan de sa première campagne, Make America Great Again, Trump veut recréer une partie des conditions qui ont make America great au XXsiècle.

    Les USA veulent s’autonomiser de plus en plus de leurs alliés européens, donc, les européens sont contraints à s’autonomiser de plus en plus de leur allié américain :

    « Dans son discours d’ouverture [à la Conférence sur la sécurité de Munich de 2025], le président fédéral [d’Allemagne] Frank-Walter Steinmeier avait déploré que l’administration Trump “ait une vision du monde très différente de la nôtre”, soulignant qu’il n’était “pas dans l’intérêt de la communauté internationale que cette vision du monde devienne le paradigme dominant. L’absence de règles ne doit pas devenir le principe directeur d’un nouvel ordre mondial.” »179

    La divergence de « vision du monde » entre les USA et les européens est principalement une divergence de vision pour le monde, c’est-à-dire de stratégie dans la lutte interimpérialiste mondiale pour l’hégémonie : les USA veulent s’autonomiser de l’Alliance atlantique, les européens veulent la défendre. La lutte USA-UE fait partie des contradictions interimpérialistes mondiales, c’est la lutte interimpérialiste à l’intérieur de l’alliance d’impérialismes hégémoniques.

    L’impérialisme américain est de loin le premier impérialisme du monde. Comme dit plus haut, les USA sont au centre du centre impérialiste, ce qui se traduit par leur PIB per capita (par habitant), le 7e du monde avec 80 412 dollars par habitant en 2023, derrière des pétromonarchies (Qatar, Norvège) et des paradis fiscaux et bancaires (Luxembourg, Suisse, Irlande, Singapour) de moins de 10 millions d’habitants et habitantes (contre 340 millions pour les USA), et loin devant les autres pays impérialistes du centre : environ 50 % plus élevé que celui du Canada (53 246 dollars par habitant), de l’Allemagne (52 823 dollars par habitant), du Royaume-Uni (48 912 dollars par habitant) ou de la France (46 315 dollars par habitant).180 Les USA ont parmi les forces productives les plus développées au monde, ce qui se traduit par leur PIB à PPA (parité de pouvoir d’achat), le 2e du monde avec 25 744 milliards de dollars internationaux en 2022, derrière la Chine (avec 30 191 127 milliards de dollars internationaux en 2022).181

    La puissance de l’impérialisme américain ne se traduit pas seulement par son PIB per capita ou son PIB à PPA, mais aussi et surtout par l’ensemble de ses moyens de contrôle direct et indirect sur la circulation mondiale de la valeur. Les USA ont la plus haute concentration des 5 monopoles stratégiques du monde. Les monopoles stratégiques sont le monopole des ressources naturelles, le monopole technologique, le monopole médiatique, le monopole financier et monétaire, et le monopole militaire.182

    Avec leurs droits de propriété intellectuelle sur des technologies de pointe, les USA contrôlent le développement des semi-colonies de la semi-périphérie et de la périphérie et perpétuent leur dépendance en limitant leur accumulation de capitaux stratégiques. Avec le dollar, qui est l’étalon monétaire international depuis la rupture unilatérale des accords de Bretton Woods (1971), les USA contrôlent l’accès aux échanges et aux investissements des marchés financiers. Avec leur pouvoir de sanction sans commune mesure, les USA contrôlent l’accès au marché mondial et assurent le respect de leurs intérêts économiques et (géo)politiques. Avec leur force de projection (la 1re armée du monde) et de destruction massive (le 2arsenal nucléaire du monde), les USA contrôlent le respect de leurs monopoles stratégiques. Etc.

    Ce sont les monopoles stratégiques des USA qui font de l’impérialisme américain de très loin le premier impérialisme du monde. Ce sont les monopoles stratégiques des USA, beaucoup plus développés que ceux des autres pays impérialistes du centre, qui leur donnent leur hégémonie sur ceux-ci (dans leur alliance interimpérialiste). C’est aussi la lutte de la Russie et de la Chine contre les monopoles stratégiques occidentaux, aujourd’hui principalement américains, et pour leurs propres monopoles stratégiques, qui en font des impérialismes challengeurs de l’hégémonie occidentale.

    Les USA sont plus puissants que tous les autres pays impérialistes du centre (Japon, Canada, France, Allemagne, Royaume-Uni, etc.) et de la semi-périphérie (Italie, Espagne, Russie, Chine, etc.) du marché mondial. Cependant, il n’est pas plus puissant que tous les autres pays impérialistes rassemblés, et il serait donc erroné de dire de l’impérialisme américain qu’il est hégémonique par lui-même. Historiquement, seule l’Angleterre du milieu du XIXe siècle, avec son monopole industriel et colonial sur le monde, était un pays impérialiste hégémonique par lui-même — statut que l’Angleterre a perdu lorsqu’elle a perdu son monopole industriel sur le monde à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui (comme depuis la fin de la 2de Guerre mondiale), l’impérialisme américain est hégémonique avec d’autres impérialismes parce qu’il fait partie d’une alliance interimpérialiste dont il est à la tête — qui elle, est plus puissante que tous les autres pays impérialistes rassemblés (le social-impérialisme soviétique pendant la Guerre froide, et les impérialismes challengeurs après celle-ci).

    Les USA veulent conquérir une hégémonie impérialiste mondiale propre, alors que les autres pays occidentaux — beaucoup plus faibles — veulent maintenir une hégémonie impérialiste mondiale collective.

    L’objectif de l’UE (et du Royaume-Uni) est de créer les conditions pour la négociation russo-européenne, avec l’Ukraine, d’un cessez-le-feu. Comment ? En augmentant leur capacité militaire et leur soutien à l’Ukraine pour rendre cette dernière « crédible » dans sa diplomatie avec la Russie (l’objet du sommet de Londres sur l’Ukraine). Les pays européens n’ont pas abandonné de convaincre les USA de se réaligner sur l’Alliance atlantique, c’est-à-dire de réadopter leur stratégie d’hégémonie impérialiste précédente (par l’alliance interimpérialiste). En cherchant à doubler les négociations russo-américaines, les pays européens n’ont pas cherché à imiter la nouvelle diplomatie américaine (dans un premier temps), mais à la changer en transformant les conditions de l’Alliance atlantique (le réarmement de l’Europe).

    L’UE (avec le Royaume-Uni) a une stratégie inverse à la nouvelle stratégie des USA : persévérer dans le camp antirusse (« l’unité occidentale » dont parlait Kallas) pour contraindre la Russie à abandonner ses objectifs en Ukraine et à retourner au statu quo ante bellum. Les pays impérialistes de l’UE (et le Royaume-Uni) se concentrent sur leur alliance pour leurs intérêts, mais ils n’ont pas abandonné leur alliance avec les USA dans l’OTAN. D’une part, ils luttent pour renforcer leur alliance et autonomiser celle-ci des USA, mais d’autre part, ils luttent pour réaligner les USA sur leur alliance.

    Là où les USA sont rentrés dans une nouvelle diplomatie bilatérale de « transaction » avec la Russie, les pays européens restent dans une diplomatie multilatérale (d’alliance) et de « la paix par la force » avec celle-ci. Pour les pays européens, l’alliance et sa stratégie d’hégémonie doivent se perpétuer avec ou sans les USA, mais le maintien des USA dans celle-ci reste toujours une priorité.183

    La diplomatie de la nouvelle administration Trump choque les dirigeants et dirigeantes et les opinions publiques européens. Pourquoi ? Parce que l’impérialisme américain rompt non seulement avec la diplomatie de l’administration Biden, mais avec celle de toutes les administrations américaines précédentes depuis la 2de Guerre mondiale, y compris l’ancienne administration Trump. Si l’ancienne administration Trump était restée superficielle dans ses changements de diplomatie relativement à la nouvelle, c’est principalement parce que la situation de l’impérialisme américain ne permettait et n’exigeait pas que celui-ci change de stratégie, comme il le commence aujourd’hui.

    La rupture unilatérale de l’ostracisation occidentale de la Russie dans les relations internationales, jusqu’alors persona non grata, par les USA, est une rupture de l’unité des impérialismes hégémoniques. L’annexionnisme unilatéral envers le Canada et le Danemark, membres de l’OTAN, et pour le Danemark, de l’UE, est aussi une rupture de l’unité des impérialismes hégémoniques. Ces manœuvres tactiques ne peuvent pas être réduites à des accidents isolés et fortuits, elles font partie d’une manœuvre stratégique plus générale.

    Une diplomatie est plus ou moins unilatérale, bilatérale ou multilatérale selon les rapports de force entre pays en lutte. Les pays impérialistes peuvent être unilatéraux avec les pays coloniaux et semi-coloniaux, mais pas avec d’autres pays impérialistes opposés — même plus faibles. Dans une alliance interimpérialiste, les pays impérialistes les plus puissants peuvent être unilatéraux avec les pays impérialistes les moins puissants, tant que cet unilatéralisme reste acceptable dans les conditions de l’alliance. Dans un conflit entre deux alliances de pays impérialistes, les négociations peuvent être bilatérales ou multilatérales selon les rapports de force à l’intérieur des alliances et entre les deux alliances. Etc.

    Les « négociations » bilatérales dans la forme mais unilatérales dans le fond des USA avec l’Ukraine, pour que celle-ci accepte des négociations de paix avec la Russie aux conditions des USA, et les négociations bilatérales des USA avec la Russie, sont en soi des manœuvres unilatérales des USA envers les autres pays impérialistes de l’Alliance atlantique. Les USA leur laissent en fait un ultimatum : accepter cet unilatéralisme, et avec lui les nouvelles conditions de l’alliance avec les USA, ou rejeter cet unilatéralisme, et avec lui l’alliance avec les USA.

    Les intérêts de l’impérialisme américain vis-à-vis de l’alliance interimpérialiste dont il est à la tête ont changé, donc, il change les conditions de celle-ci. Soit les USA gardent la direction de l’alliance interimpérialiste, mais les autres pays impérialistes doivent consentir à se soumettre aux nouveaux intérêts de l’impérialisme américain ; soit les USA s’autonomisent de l’alliance interimpérialiste, et les autres pays impérialistes doivent s’autonomiser de l’impérialisme américain aussi. Cela nous rappelle que toute alliance interimpérialiste n’est qu’une alliance de concurrents, qui ne peut être que temporaire relativement à des conditions données dans la lutte interimpérialiste mondiale.

    La doctrine Truman, qui résume le mieux la place assumée par les USA dans les relations entre pays impérialistes pendant et après la Guerre froide, était le produit d’une situation historique donnée et il est donc normal que celle-ci disparaisse avec la disparition de la situation historique donnée. Si quelque chose est surprenant, ce n’est pas son agonie, mais bien sa longévité — 80 ans, dont 33 après la chute de l’URSS ! L’ordre international post-1945, et le rôle des USA dans celui-ci, n’est pas encore mort (il ne faut pas surinterpréter les évènements récents, sans nier leur signification historique), mais il a vraisemblablement vécu plus qu’il ne vivra encore. La pax americana a fait son temps.

    Voilà le sens de l’unilatéralisme des USA avec le Canada, le Danemark, et l’UE (et le Royaume-Uni). Cela amène à une question : pourquoi les USA n’ont-ils pas aussi adopté une diplomatie totalement unilatérale, plutôt que partiellement bilatérale, avec l’Ukraine ? Là aussi, la réponse est dans les contradictions interimpérialistes. De la même manière que les pays impérialistes européens ne sont pas des sous-impérialismes, l’Ukraine n’est pas une semi-colonie américaine mais occidentale. Une diplomatie totalement unilatérale des USA avec l’Ukraine offrirait une opportunité aux pays de l’UE d’affirmer leur propre leadership en Ukraine, de « l’émanciper » des USA en devenant ses seuls soutiens. Or, les USA veulent — dans une certaine mesure — conserver leur leadership sur l’Ukraine. La nouvelle diplomatie américaine, comme l’ancienne, joue un jeu d’équilibriste : elle ne veut ni laisser l’Ukraine dans le giron européen ni continuer à la soutenir telle qu’elle l’a fait depuis 2022.

    Avec l’OTAN, les USA adoptent une stratégie analogue à celle du Royaume-Uni lorsqu’il a quitté l’UE — toute proportion gardée. Il n’y a pas de rupture totale entre les USA et les pays de l’OTAN, tout comme il n’y a pas eu de rupture totale entre le Royaume-Uni et les pays de l’UE. De plus, différence majeure, les USA ne renoncent pas à leur leadership sur l’OTAN, alors que c’est l’insatisfaction du Royaume-Uni avec son absence de leadership sur l’UE qui l’a motivé à la quitter. Il y a une renégociation des alliances interimpérialistes qui reflète la transformation des conditions de la lutte interimpérialiste dans et en dehors des alliances interimpérialistes. Cependant, les changements, dans la lutte interimpérialiste comme dans les alliances interimpérialistes, se font rarement du jour au lendemain, et ils ne se font pas selon une trajectoire rectiligne tracée à l’avance par les dirigeants et dirigeantes. Par exemple, en 2016, le Brexit n’avait probablement pas anticipé l’évolution des tensions entre les USA et le reste de l’Occident, et aujourd’hui, le Royaume-Uni se rapproche de l’UE. La stratégie d’outsider de l’impérialisme britannique, qui se justifiait en 2016, ne se justifie plus, ou plus de la même manière, en 2025.

    Les contradictions interimpérialistes entre impérialismes occidentaux ne sont pas apparues en 2025. À ce sujet, l’histoire récente de l’industrie et du commerce de l’armement regorge d’exemples significatifs, dont la crise des sous-marins australiens de 2021, entre la France, l’Australie, les USA et le Royaume-Uni.

    Chaque pays impérialiste cherche à tirer avantage de la situation. Par exemple, la France cherche à valoriser ses monopoles militaro-industriels. Le 10 mars 2025, le sous-marin nucléaire d’attaque Tourville, représentant de la dernière génération Barracuda, conçue et construite par le monopole militaro-industriel français Naval Group, a fait surface dans le port de Halifax, au Canada, qui veut de longue date renouveler sa flotte, et depuis peu, ce faire de manière plus indépendante des USA pour des raisons évidentes. Le « coup de com’ » est assumé.184

    Plus généralement, le Canada se rapproche de l’UE, ce qui a valu une déclaration amusante mais très révélatrice du nouveau 1er ministre canadien, Carney, à Paris, le 17 mars 2025 :

    « le Canada est le pays non européen le plus européen. »185

    Le 27 mars 2025, celui-ci a fait le constat que les USA ne sont plus un partenaire « fiable » du Canada, et que :

    « L’ancienne relation que nous avions avec les États-Unis, basée sur l’intégration approfondie de nos économies et une coopération étroite en matière de sécurité et de défense, est terminée. »186

    Considérer la France, et a fortiori les pays impérialistes de l’UE, comme des sous-pays impérialistes, serait une très grave erreur théorique qui impliquerait de très graves erreurs politiques.

    Aujourd’hui l’UE est encore dépendante militairement des USA. Les infrastructures stratégiques (industrie militaire, transport de troupes, porte-avions, satellites, renseignement, etc.), l’entraînement des soldats européens (relative absence d’expérience du feu) et l’équipement des armées européennes interdisent à l’UE de mener une guerre conventionnelle avec une armée équivalente, sans le soutien des USA.187 Cependant, doit-on en conclure que l’UE est une union d’impérialismes subalternes des USA ?

    Militairement, en 2024, l’UE peut déjà aligner 1,5 million de soldats (2armée du monde, derrière la Chine), 1 900 avions de combat (1re armée du monde), 6 810 chars de combat (1re armée du monde, ex æquo avec la Chine).188 Économiquement, en 2022, l’UE avait un PIB nominal de 16 773 milliards de dollars (3PIB du monde, derrière les USA et la Chine), et un PIB à PPA de 24 385 milliards de dollars internationaux (3PIB à PPA du monde, derrière les USA et la Chine). Par comparaison, en 2022, le PIB à PPA (qui traduit le mieux le développement des forces productives d’un pays) de la Russie était de 4 825 milliards de dollars internationaux, soit environ 5 fois moins que l’UE et la Chine et 6 fois moins que les USA.189 Ce qui importe, c’est bien le développement des forces productives d’un pays, avant tout autre chose, car c’est celui-ci qui détermine la force militaire potentielle d’un pays. D’une part, il détermine le développement démographique, et d’autre part, le développement démographique et le développement des forces productives déterminent ensemble le développement militaire. Démographiquement, en 2024, l’UE comptait environ 450 millions d’habitants et d’habitantes, et la Russie, environ 150 millions d’habitants et d’habitantes, soit 3 fois moins.

    Pendant la Guerre froide, les pays impérialistes d’Europe de l’Ouest, puis de l’UE, se sont reposés sur les USA pour assurer la défense du continent contre l’URSS, avec l’OTAN. Après la fin de la Guerre froide, la tendance déjà à l’œuvre depuis la fin de la 2de Guerre mondiale ne s’est qu’accentuée, parce qu’il n’y avait plus de menace digne de ce nom contre laquelle se défendre. Entre 1953 et 1973, la part de la défense dans le PIB français a baissé de 4,4 points, entre 1973 et 1993 de 0,45 point, puis entre 1993 et 2013 de 0,84 point. La part de la défense dans le PIB français a baissé continuellement pendant la Guerre froide, à l’exception d’une stagnation entre 1975 et 1985 (à environ 3,2 % du PIB).190

    Devrait-on donc en conclure que les pays impérialistes de l’UE sont devenus des pays impérialistes inoffensifs, vulnérables devant l’ogre russe ?

    La France veut saisir l’opportunité que lui donne la guerre russo-ukrainienne et la nouvelle stratégie des USA pour devenir le pays impérialiste hégémonique dans l’UE, à la place de l’Allemagne. La France est la 1re puissance militaire de l’UE, et surtout, la seule puissance nucléaire (même si d’autres pays, comme l’Allemagne, sont sur le seuil nucléaire).191 La France est aussi le 2e pays exportateur d’armes mondial (canons Caesar, avions Mirage et Rafale, chars Leclerc et AMX-10 RC, etc.) avec 10,9 % des exportations totales, derrière les USA (41,7 %), mais devant la Russie (10,5 %), la Chine (5,8 %) et l’Allemagne (5,6 %).192 Comme garante de la dissuasion nucléaire européenne et du réarmement européen, la France veut et peut devenir le nouveau pays leader de l’Alliance européenne.

    De plus, l’armée française est l’une des seules armées européennes à avoir une expérience du feu significative : l’intervention néocoloniale au Mali (dont l’opération Barkhane), même si elle n’était pas pas un conflit de haute intensité, est reconnue internationalement comme un gage de qualité de la formation des troupes françaises et de son équipement. D’autre part, le RetEx (« retour d’expérience ») sur le matériel occidental, l’accumulation de données tactiques et l’implication des renseignements occidentaux en Ukraine, et la formation des troupes ukrainiennes en Europe, sont un vrai gain qualitatif pour les armées européennes dans leur ensemble.

    L’UE n’est pas le prolongement en Europe des USA, les pays impérialistes de l’UE (dont la France est l’un des principaux) ne sont pas des vassaux des USA. L’UE n’est pas une puissance subalterne, et pris isolément, les pays les plus importants de l’UE (la France et l’Allemagne) ne sont pas des puissances subalternes non plus. Si la France est un sous-impérialisme, alors la Russie l’est aussi.

    Les forces productives françaises ou allemandes sont chacune relativement équivalentes à celles de la Russie : en 2022, la France avait un PIB à PPA de 3 697 milliards de dollars internationaux et l’Allemagne de 5 365 milliards de dollars internationaux.193 La Russie est environ 2 fois plus peuplée que la France ou l’Allemagne, mais cet avantage démographique reste d’une envergure très relative (par exemple, comparé aux USA ou à la Chine).

    Réduire l’Occident aux USA, et ne voir dans l’Alliance atlantique et européenne que la domination de l’impérialisme américain dans celles-ci jusqu’à aujourd’hui, sans voir l’impérialisme français, canadien, allemand, britannique, etc., et leur potentielle puissance cumulée, c’est ne pas voir l’une des forces majeures dans la lutte interimpérialiste mondiale.

    Conclusion

    « Certains camarades affirment qu’étant donné les nouvelles conditions internationales, après la deuxième guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

    Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions entre pays capitalistes ; que les États-Unis d’Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir mutuellement ; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l’expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d’entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux ; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

    Ces camarades se trompent. Ils voient les phénomènes extérieurs affleurant à la surface, mais ils n’aperçoivent pas les forces profondes qui, bien qu’agissant momentanément de façon invisible, n’en détermineront pas moins le cours des évènements.

    En apparence, la “sérénité” règne partout : les États-Unis d’Amérique ont réduit à la portion congrue l’Europe occidentale, le Japon et les autres pays capitalistes ; l’Allemagne (de l’Ouest), la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, le Japon, tombés dans les griffes des USA, exécutent docilement leurs injonctions.

    Mais on aurait tort de croire que cette “sérénité” puisse se maintenir “pour l’éternité” ; que ces pays supporteront sans fin la domination et le joug des États-Unis d’Amérique ; qu’ils n’essaieront pas de s’arracher du joug américain pour s’engager sur le chemin de l’indépendance.

    Considérons d’abord l’Angleterre et la France. Il est certain que ce sont des pays impérialistes.

    Il est certain que les matières premières à bon marché et les débouchés assurés ont pour eux une importance de premier plan. Peut-on imaginer qu’ils supporteront sans fin la situation actuelle, quand les Américains, à la faveur d’une “aide” prêtée au titre du “plan Marshall”, s’installent dans le système économique de la Grande-Bretagne et de la France, système dont ils veulent faire un appendice de l’économie américaine ; quand le capital américain s’empare des matières premières et des débouchés dans les colonies anglo-françaises, préparant ainsi la catastrophe pour les profits exorbitants des capitalistes anglo-français ?

    N’est-il pas plus exact de dire que l’Angleterre capitaliste et, à sa suite, la France capitaliste seront finalement obligées de s’arracher à l’étreinte des USA et d’entrer en conflit avec eux pour s’assurer une situation indépendante et, bien entendu, des profits exorbitants ?

    Passons aux principaux pays vaincus, à l’Allemagne (occidentale), au Japon. Ces pays mènent aujourd’hui une existence lamentable sous la botte de l’impérialisme américain.

    Leur industrie et leur agriculture, leur commerce, leur politique extérieure et intérieure, toute leur existence sont enchaînés par le “régime” d’occupation américain.

    Dire qu’hier encore c’étaient de grandes puissances impérialistes qui ébranlaient les assises de la domination de la Grande-Bretagne, des USA, de la France en Europe et en Asie. Penser que ces pays n’essaieront pas de se relever, de briser le “régime” des USA et de s’engager sur le chemin de l’indépendance, c’est croire au miracle.

    On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes. Théoriquement, c’est juste, bien sûr. Ce n’est pas seulement juste aujourd’hui, cela l’était aussi avant la deuxième guerre mondiale.

    C’est ce que comprenaient plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant, la deuxième guerre mondiale n’a pas commencé par la guerre contre l’URSS, mais par une guerre entre pays capitalistes.

    Pourquoi ? Parce que, d’abord, la guerre contre l’URSS, pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays capitalistes pose seulement le problème de la domination de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l’URSS doit nécessairement poser la question de l’existence même du capitalisme.

    Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu’ils proclament, aux fins de “propagande”, l’agressivité de l’Union soviétique, n’y croient pas eux-mêmes, puisqu’ils tiennent compte de la politique de paix de l’Union soviétique et savent que l’URSS n’attaquera pas d’elle-même les pays capitalistes.

    Au lendemain de la première guerre mondiale, on considérait aussi que l’Allemagne avait été définitivement mise hors de combat, de même que le sont aujourd’hui, selon certains camarades, le Japon et l’Allemagne. À ce moment, on disait aussi et on proclamait dans la presse que les États-Unis d’Amérique avaient réduit l’Europe à la portion congrue ; que l’Allemagne ne pourrait plus se relever ; qu’il ne devait plus y avoir de guerre entre pays capitalistes.

    Mais, malgré cela, l’Allemagne s’est remise debout comme une grande puissance quinze à vingt ans après sa défaite ; elle s’est évadée de sa captivité et engagée sur le chemin de l’indépendance. Chose caractéristique, c’est que la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique ont aidé eux-mêmes l’Allemagne à se relever économiquement et à rétablir son potentiel économique et militaire.

    Sans doute qu’en aidant l’Allemagne à se relever économiquement, les USA et la Grande-Bretagne entendaient diriger l’Allemagne, une fois relevée, contre l’Union soviétique, l’utiliser contre le pays du socialisme. L’Allemagne cependant a dirigé ses forces, en premier lieu, contre le bloc anglo-franco-américain.

    Et lorsque l’Allemagne hitlérienne eut déclaré la guerre à l’Union soviétique, le bloc anglo-franco-américain, loin de se rallier à l’Allemagne hitlérienne, fut obligée, au contraire, de se coaliser avec l’URSS contre l’Allemagne hitlérienne.

    Par conséquent, la lutte des pays capitalistes pour la possession des marchés et le désir de noyer leurs concurrents se sont pratiquement révélés plus forts que les contradictions entre le camp du capitalisme et celui du socialisme.

    On se demande : où est la garantie que l’Allemagne et le Japon ne se relèveront pas et ne tenteront pas de s’évader de la captivité américaine pour commencer une vie propre, indépendante ? Je pense que cette garantie n’existe pas.

    Il s’ensuit donc que l’inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière.

    On dit qu’il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l’impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.

    Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne vise pas à renverser le capitalisme et à instaurer le socialisme, — il se borne à des buts démocratiques de lutte pour le maintien de la paix. À cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se distingue de celui qui existait lors de la première guerre mondiale, et qui, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin et poursuivait des buts socialistes.

    Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

    Le plus probable, c’est que le mouvement actuel en faveur de la paix, en tant que mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l’ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix.

    Cela est bien, naturellement. C’est même très bien. Mais cela ne suffit cependant pas pour supprimer l’inévitabilité des guerres, en général, entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inévitabilité des guerres reste également entière.

    Pour supprimer l’inévitabilité des guerres, il faut détruire l’impérialisme. »194

    Les impérialismes forment généralement des alliances, mais ces alliances ne sont toujours que des alliances de concurrents contre d’autres concurrents dans la lutte pour l’hégémonie impérialiste — la domination du monde.

    Pourquoi est-ce que l’alliance des impérialismes hégémoniques se fissure ? Au fur et à mesure que la contradiction entre les impérialismes hégémoniques et les impérialismes challengeurs s’intensifie, les contradictions internes aux impérialismes hégémoniques s’intensifient aussi. Pourquoi ? Parce que plus les impérialismes challengeurs gagnent du terrain sur les impérialismes hégémoniques, plus la concurrence économique et politique interimpérialiste devient forte à l’intérieur de l’alliance hégémonique. La concurrence économique et géopolitique des impérialismes challengeurs sur les impérialismes hégémoniques réduit leurs surprofits (soit en conquérant des marchés, soit en les contraignant à réduire leurs surprofits pour les conserver) et augmente le prix du statu quo (au premier desquels, militaire).

    Cette pression challengeuse sur l’alliance hégémonique la disloque progressivement, selon une logique du « chacun pour soi ». Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que l’alliance hégémonique est une alliance d’impérialismes tous autonomes et concurrents les uns des autres, et qu’une telle alliance ne peut être que temporaire, relativement à des conditions déterminées.

    L’intensification des contradictions interimpérialistes et les récents développements laissent présager la disparition d’une hégémonie impérialiste mondiale, avec la disparition de l’alliance d’impérialismes qui rend possible cette hégémonie. Les conditions déterminées qui rendaient temporairement possible et nécessaire une alliance hégémonique évoluent et prennent aujourd’hui fin.

    Est-ce que nous nous dirigeons donc vers un système impérialiste mondial « multipolaire » ? Oui et non. Oui, parce qu’il va y avoir de facto plusieurs pôles impérialistes. Non, parce que chacun d’eux va lutter pour sa propre hégémonie sur tous les autres, c’est-à-dire pour être « unipolaire ». Cependant, comme les récents développements nous le rappellent, un système impérialiste mondial « unipolaire » n’est pas possible non plus. Même si une puissance impérialiste peut devenir hégémonique sur une alliance de puissance impérialiste, et que celle-ci peut être hégémonique sur le monde entier, cette configuration unipolaire n’annule pas la lutte des pôles impérialistes entre eux (dans et en dehors de l’alliance hégémonique), et est donc soumise à des reconfigurations multipolaires permanentes. Il y a une contradiction entre les tendances multipolaires et unipolaires dans le système impérialiste mondial, auquel celui-ci ne peut pas échapper. L’impérialisme ne tend à être ni « unipolaire » ni « multipolaire », mais les deux en même temps, et donc, aucun des deux n’est possible. Par exemple, la période « unipolaire » postérieure a la fin de la Guerre froide (les années 1990 et 2000), a aussi été une période de division des impérialismes hégémoniques, et de croissance des impérialismes challengeurs, c’est-à-dire une période de « multipolarisation ».

    L’éventuelle disparition d’une hégémonie impérialiste mondiale ne pourrait donc être le fait que de la lutte pour l’hégémonie impérialiste mondiale elle-même.

    Le monde peut être plus ou moins unipolaire ou multipolaire, mais il ne peut jamais être ni unipolaire ni multipolaire, car les tendances contraires à l’« unipolarisation » et à la « multipolarisation » ne peuvent pas se réaliser (l’une et l’autre se produisent et se nient en permanence). En revanche, derrière le débat sur le monde « multipolaire », se trouve celui sur la crise du système capitaliste-impérialiste, et sur la transformation de l’ordre international avec lequel il a existé depuis 80 ans : l’hégémonie impérialiste mondiale de l’Occident, sous hégémonie américaine.

    Aujourd’hui, les deux blocs impérialistes en lutte sont le bloc hégémonique (l’Occident) contre le bloc challengeur (la Russie et la Chine). Cependant, ces deux blocs ne sont que le produit de la situation internationale actuelle, et ils ne sont que temporaires relativement à celle-ci. Autrement dit, les blocs impérialistes sont toujours des blocs instables. Pour l’instant, il y a superposition entre le statut hégémonique ou challengeur des pays impérialistes et l’alliance occidentale ou russo-chinoise : un premier bloc occidental rassemble les pays impérialistes hégémoniques, un second bloc russo-chinois rassemble les deux pays impérialistes challengeurs. Pour des raisons historiques, c’est-à-dire la construction du bloc hégémonique contre le bloc socialiste (principalement l’URSS et la Chine populaire), le statut des pays impérialistes recouvre aujourd’hui leur alliance ; mais à l’avenir, cet état de fait pourra changer. Les statuts et les alliances de pays impérialistes ne se correspondent pas nécessairement. Par exemple, pendant la 1re et 2de Guerre mondiale, le statut « vieux » (Royaume-Uni, France) ou « jeune » (USA, Allemagne, Japon) des pays impérialistes ne recouvrait pas leur alliance.

    Les transformations du système capitaliste-impérialiste ne rendent impossible ni le maintien tel quel des blocs hégémonique (ou anciennement hégémonique) et challengeur ni leur disparition au profit de la généralisation des blocs opportunistes de circonstance. Ceci dit, les tendances économiques et géopolitiques actuelles rendent plus probable l’évolution des deux blocs déjà existant plutôt que leur éclatement total.

    L’évolution des contradictions interimpérialistes entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et les impérialismes challengeurs russo-chinois, d’une part, et entre l’impérialisme américain et les alliances interimpérialistes atlantique (l’OTAN) et européenne (l’UE), d’autre part, dont l’élection de Trump n’a été qu’un déclencheur, est une étape vers un nouvel ordre international qui ne peut se réaliser que sur les ruines du précédent.

    La crise du système capitaliste-impérialiste rend nécessaire la transformation de son ordre international, et la transformation de son ordre international rend nécessaire une guerre de repartage du monde, de redivision des sphères de domination coloniale et semi-coloniale, de redistribution des surprofits, c’est-à-dire une guerre mondiale. Historiquement, cela c’est vérifié deux fois, au XXe siècle. La différence entre les 21 ans qui ont séparé la 1re Guerre mondiale de la 2de, et les 80 ans qui séparent la 2de du présent, c’est la différence entre la configuration du système capitaliste-impérialiste à leur issue : extrêmement instable après la 1re, relativement stable après la 2de. Quelle est la différence majeure entre les deux ? Après la 1re, la dictature du prolétariat existait dans un seul pays faible et isolé ; après la 2de, la dictature du prolétariat et la démocratie populaire existaient dans plusieurs pays puissants et unis — le 1/6e du monde et le 1/3 de l’humanité.

    La tendance à la 3Guerre mondiale du système capitaliste-impérialiste n’a pas émergé en 2025 — elle est déjà là depuis 1945. Ceci dit, l’actualité internationale récente démontre que cette tendance est croissante et qu’elle s’accélère, et surtout, elle la rend perceptible par tous et toutes. Avec le retour de la peur d’une 3guerre mondiale dans la conscience spontanée des masses populaires occidentales, nous pouvons attendre des diverses franges de celles-ci autant les meilleures indignations pacifistes que les pires exaltations bellicistes, c’est-à-dire autant la scission plus radicale que l’union plus étroite avec la bourgeoisie impérialiste française.

    La lutte idéologique contre la bourgeoisie impérialiste française dans les masses et dans le mouvement communiste, déjà l’une de nos tâches principales de la période, n’est donc que plus impérative.

    Une guerre mondiale signifierait que les contradictions interimpérialistes sont les contradictions principales dans le monde, c’est-à-dire celles qui déterminent et conditionnent toutes les autres contradictions du monde (dont la contradiction impérialisme-peuples dominés et la contradiction Capital-Travail). Si le mouvement communiste n’a pas de ligne politique correcte sur les contradictions interimpérialistes, alors, il ne peut pas transformer la guerre interimpérialiste injuste en son contraire : la guerre révolutionnaire juste. Effectivement, ne pas comprendre les contradictions interimpérialistes, dont la guerre interimpérialiste, c’est abandonner toute transformation révolutionnaire du monde et se condamner à la transformation impérialiste et interimpérialiste du monde.

    1 C. Trebesch, « Ukraine support after 3 years of war: Aid flows remain low but steady — Shift towards weapons procurement », Kiel Institute for the World Economy, 14 février 2025. À l’adresse :

    https://www.ifw-kiel.de/publications/news/ukraine-support-after-3-years-of-war-aid-flows-remain-low-but-steady-shift-towards-weapons-procurement

    2 C. Trebesch, « Ukraine Support Tracker. A Database of Military, Financial and Humanitarian Aid to Ukraine », Kiel Institute for the World Economy, 14 février 2025. À l’adresse :

    https://www.ifw-kiel.de/topics/war-against-ukraine/ukraine-support-tracker

    3 G. Sauvage, « Les terres rares, l’atout de l’Ukraine pour obtenir le soutien de Trump face à la Russie », France 24, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/europe/20250213-les-terres-rares-l-atout-de-l-ukraine-pour-peser-face-%C3%A0-trump-dans-une-n%C3%A9gociation-de-paix-russie-guerre-poutine-zelensky

    4 O. Chicheportiche, « Quelles sont ces terres rares qui intéressent Donald Trump en Ukraine ? », BFMTV, 5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/economie/international/quelles-sont-ces-terres-rares-qui-interessent-donald-trump-en-ukraine_AV-202502050343.html

    5 G. Sauvage, « Les terres rares, l’atout de l’Ukraine pour obtenir le soutien de Trump face à la Russie », France 24, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/europe/20250213-les-terres-rares-l-atout-de-l-ukraine-pour-peser-face-%C3%A0-trump-dans-une-n%C3%A9gociation-de-paix-russie-guerre-poutine-zelensky

    6 I. Gamaliy, « L’Ukraine dans la sécurité énergétique de l’Europe », Fondation Robert Schuman, 27 mai 2002. À l’adresse :

    https://www.robert-schuman.eu/entretiens-d-europe/166-l-ukraine-dans-la-securite-energetique-de-l-europe

    7 C. Murray, « Quelles sont les ressources naturelles de l’Ukraine ? », Forbes, 24 février 2025. À l’adresse :

    https://www.forbes.fr/business/quelles-sont-les-ressources-naturelles-de-l-ukraine/

    8 « Uranium Production Figures », World Nuclear Association, 3 mai 2024. À l’adresse :

    https://world-nuclear.org/Information-Library/Facts-and-Figures/Uranium-production-figures

    9 « Supply of Uranium », World Nuclear Association, 23 août 2024. À l’adresse :

    https://world-nuclear.org/information-library/nuclear-fuel-cycle/uranium-resources/supply-of-uranium

    10 C. Murray, « Quelles sont les ressources naturelles de l’Ukraine ? », Forbes, 24 février 2025. À l’adresse :

    https://www.forbes.fr/business/quelles-sont-les-ressources-naturelles-de-l-ukraine/

    11 Ibidem.

    12 « Minerais en Ukraine : Paris discute avec Kiev depuis l’automne », La Tribune, 27 février 2025. À l’adresse :

    https://www.latribune.fr/economie/international/minerais-en-ukraine-paris-discute-avec-kiev-depuis-l-automne-1019335.html

    13 C. Izoard, « Un enjeu caché de la guerre en Ukraine : les matières premières », Reporterre, 8 décembre 2022. À l’adresse :

    https://reporterre.net/Un-enjeu-cache-de-la-guerre-en-Ukraine-les-matieres-premieres

    14 « Guerre en Ukraine : Titane, lithium, graphite… C’est quoi ces minéraux précieux que convoite Donald Trump ? », 20 minutes, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/4137450-20250206-guerre-ukraine-titane-lithium-graphite-quoi-mineraux-precieux-convoite-donald-trump

    15 C. Murray, « Quelles sont les ressources naturelles de l’Ukraine ? », Forbes, 24 février 2025. À l’adresse :

    https://www.forbes.fr/business/quelles-sont-les-ressources-naturelles-de-l-ukraine/

    16 D. Kazanskyi et D. Dmytriieva, « Ukraine sells titanium to Russia in wartime for airplane and missiles production », RBC-Ukraine, 7 août 2023. À l’adresse :

    https://newsukraine.rbc.ua/analytics/ukraine-sells-titanium-raw-materials-in-wartime-1691416819.html

    17 M. Gwyn Jones, « Vérification des faits : de quels minerais dispose l’Ukraine ? », Euronews, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/05/de-quels-minerais-dispose-lukraine

    18 Ibidem.

    19 U.S. Geological Survey, Mineral commodity summaries 2021: U.S. Geological Survey, 2021. À l’adresse :

    https://pubs.usgs.gov/publication/mcs2021

    20 T. d’Istria, « En Ukraine, l’enjeu des terres rares dans une négociation de paix », Le Monde, 5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/05/en-ukraine-l-enjeu-des-terres-rares-dans-une-negociation-de-paix_6532566_3210.html

    21 Ibidem.

    22 V. Kamenka, « Guerre en Ukraine : Donald Trump sans filtre, Volodymyr Zelensky prêt à “un échange” de territoires avec la Russie », L’Humanité, 11 février 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/guerre-en-ukraine-donald-trump-sans-filtre-multiplie-les-declarations

    23 « Vu d’Ukraine. Trump convoite les terres rares ukrainiennes, Kiev y voit “une chance” », Courrier International, 5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-ukraine-trump-coinvoite-les-terres-rares-ukrainiennes-kiev-y-voit-une-chance_227401

    24 T. d’Istria, « En Ukraine, l’enjeu des terres rares dans une négociation de paix », Le Monde, 5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/05/en-ukraine-l-enjeu-des-terres-rares-dans-une-negociation-de-paix_6532566_3210.html

    25 G. Sauvage, « Les terres rares, l’atout de l’Ukraine pour obtenir le soutien de Trump face à la Russie », France 24, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/europe/20250213-les-terres-rares-l-atout-de-l-ukraine-pour-peser-face-%C3%A0-trump-dans-une-n%C3%A9gociation-de-paix-russie-guerre-poutine-zelensky

    26 « Les nouvelles constructions de centrales au charbon menacent les objectifs climatiques de la Chine », Connaissance des énergies, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://www.connaissancedesenergies.org/afp/les-nouvelles-constructions-de-centrales-au-charbon-menacent-les-objectifs-climatiques-de-la-chine-250213

    27 « Production de charbon : répartition mondiale par pays 2023 », Statista, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/statistiques/565345/production-de-charbon-repartition-mondiale-par-pays

    28 « Guerre en Ukraine : Titane, lithium, graphite… C’est quoi ces minéraux précieux que convoite Donald Trump ? », 20 minutes, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/4137450-20250206-guerre-ukraine-titane-lithium-graphite-quoi-mineraux-precieux-convoite-donald-trump

    29 « Production minière de graphite selon le pays dans le monde 2024 », Statista, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/statistiques/570417/principaux-pays-producteurs-de-graphite-dans-le-monde

    30 E. Tossou, « La Chine mise sur l’Afrique pour continuer de dominer le marché mondial du graphite », Agence Ecofin, 10 décembre 2024. À l’adresse :

    https://www.agenceecofin.com/actualites/1012-124205-la-chine-cherche-en-afrique-un-relais-pour-sa-domination-sur-le-marche-du-graphite

    31 « Production minière de terres rares selon le pays dans le monde 2024 », Statista, 14 février 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/statistiques/570471/principaux-pays-producteurs-de-terres-rares

    32 T. Gaudiaut, « La Chine a la mainmise sur les terres rares », Statista, 17 novembre 2023. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/infographie/31273/pays-avec-les-plus-grandes-reserves-de-terres-rares-et-part-dans-la-production-miniere-mondiale

    33 S. Grazioli, « Le sous-sol ukrainien dans le collimateur des États-Unis de Trump », RTS, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://www.rts.ch/info/monde/2025/article/trump-convoite-les-ressources-minerales-de-l-ukraine-contre-une-aide-americaine-28780886.html

    34 Ibidem.

    35 M. Gwyn Jones, « Vérification des faits : de quels minerais dispose l’Ukraine ? », Euronews, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/05/de-quels-minerais-dispose-lukraine

    36 O. Chicheportiche, « Quelles sont ces terres rares qui intéressent Donald Trump en Ukraine ? », BFMTV, 5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/economie/international/quelles-sont-ces-terres-rares-qui-interessent-donald-trump-en-ukraine_AV-202502050343.html

    37 « Terres rares et minéraux stratégiques en Ukraine », Centre régional d’information des Nations unies pour l’Europe occidentale, 19 février 2025. À l’adresse :

    https://unric.org/fr/terres-rares-et-mineraux-strategiques-en-ukraine/

    38 S. Grazioli, « Le sous-sol ukrainien dans le collimateur des États-Unis de Trump », RTS, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://www.rts.ch/info/monde/2025/article/trump-convoite-les-ressources-minerales-de-l-ukraine-contre-une-aide-americaine-28780886.html

    39 C. Popovic, « Les États-Unis veulent exploiter les réserves de 100 millions de tonnes de terres rares découvertes en République-Dominicaine », Franceinfo, 10 février 2025. À l’adresse :

    https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/les-etats-unis-veulent-exploiter-les-reserves-de-100-millions-de-tonnes-de-terres-rares-decouvertes-en-republique-dominicaine-1560424.html

    40 « Donald Trump réclame 500 milliards de minerais en Ukraine, Zelensky refuse de “vendre son pays” », Libération, 22 février 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/donald-trump-reclame-500-milliards-de-minerais-en-ukraine-zelensky-refuse-de-vendre-son-pays-20250222_ZSNSXIYIHJCRLKQXAOHMWLNBXY

    G. Barzic, « Guerre en Ukraine : Zelensky refuse l’offre choc de Trump sur les terres rares », Les Échos, 16 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/europe/zelensky-refuse-loffre-choc-de-trump-sur-les-terres-rares-de-lukraine-2149036

    41 « L’Ukraine n’est “pas à vendre” : Volodymyr Zelensky répond à Donald Trump qui convoite ses minerais », BFMTV, 19 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/economie/international/minerais-l-ukraine-n-est-pas-a-vendre-dit-volodymyr-zelensky-aux-etats-unis_AD-202502190611.html

    42 « Géopolitique. Accord entre Kiev et Washington sur les minerais ukrainiens », Courrier International, 26 février 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-accord-entre-kiev-et-washington-sur-les-minerais-ukrainiens_228145

    43 « Clash Trump-Zelensky: le verbatim d’un tournant historique dans la guerre en Ukraine », L’Humanité, 2 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/clash-trump-zelensky-le-verbatim-dun-tournant-historique-dans-la-guerre-en-ukraine

    44 « Guerre en Ukraine : la rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky tourne au clash », France 24, 28 février 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250228-guerre-en-ukraine-la-rencontre-entre-donald-trump-et-volodymyr-zelensky-tourne-au-pugilat

    45 T. d’Istria, « En Ukraine, après la suspension de l’aide militaire américaine, “on entre dans une période effrayante” », Le Monde, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/05/en-ukraine-apres-la-suspension-de-l-aide-militaire-americaine-on-entre-dans-une-periode-effrayante_6576521_3210.html

    « Guerre en Ukraine : les États-Unis ont “mis en pause” le partage de renseignements avec Kiev », BFMTV, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/international/amerique-nord/etats-unis/guerre-en-ukraine-les-etats-unis-ont-mis-en-pause-le-partage-de-renseignements-avec-kiev_AP-202503050571.html

    46 « Guerre en Ukraine : Trump assure que Zelensky est toujours “prêt” à négocier avec la Russie », BFMTV, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/international/amerique-nord/etats-unis/donald-trump/discours-au-congres-trump-dit-avoir-recu-une-lettre-de-zelensky-disant-que-l-ukraine-est-prete-au-dialogue_AD-202503050070.html

    47 « De l’altercation à l’accord : comment Trump et Zelensky ont réussi à surmonter l’épisode du Bureau ovale », BFMTV, 11 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.bfmtv.com/international/europe/ukraine/de-l-altercation-a-l-accord-comment-trump-et-zelensky-ont-reussi-a-surmonter-l-episode-du-bureau-ovale_AN-202503110847.html

    48 M. Jégo, « Guerre en Ukraine : avec la nouvelle version du projet d’accord sur les minerais par les États-Unis, Volodymyr Zelensky au pied du mur », Le Monde, 29 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/29/guerre-en-ukraine-avec-la-nouvelle-version-du-projet-d-accord-sur-les-minerais-par-les-etats-unis-le-dilemme-de-volodymyr-zelensky_6587517_3210.html

    49 C. Trebesch, « Ukraine Support Tracker. A Database of Military, Financial and Humanitarian Aid to Ukraine », Kiel Institute for the World Economy, 14 février 2025. À l’adresse :

    https://www.ifw-kiel.de/topics/war-against-ukraine/ukraine-support-tracker

    50 Ibidem.

    51 « Volodymyr Zelensky se dit prêt à des négociations directes avec Vladimir Poutine »,France 24,5 février 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/fr/europe/20250205-ukraine-volodymyr-zelensky-dit-%C3%AAtre-pr%C3%AAt-%C3%A0-des-n%C3%A9gociations-directes-avec-vladimir-poutine

    52 V. Kamenka, « Guerre en Ukraine : Donald Trump sans filtre, Volodymyr Zelensky prêt à “un échange” de territoires avec la Russie », L’Humanité, 11 février 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/guerre-en-ukraine-donald-trump-sans-filtre-multiplie-les-declarations

    53 V. Kamenka, « Guerre en Ukraine : après la réélection de Donald Trump, Kiev en terre inconnue », L’Humanité, 7 novembre 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/guerre-en-ukraine-apres-la-reelection-de-donald-trump-kiev-en-terre-inconnue

    54 « Guerre en Ukraine : Donald Trump dit avoir téléphoné à Vladimir Poutine pour négocier la fin de l’invasion russe », France info, 9 février 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/guerre-en-ukraine-donald-trump-dit-avoir-telephone-a-vladimir-poutine-pour-negocier-la-fin-de-l-invasion-russe_7064447.html

    55 V. Kamenka, « Guerre en Ukraine : Donald Trump sans filtre, Volodymyr Zelensky prêt à “un échange” de territoires avec la Russie », L’Humanité, 11 février 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/guerre-en-ukraine-donald-trump-sans-filtre-multiplie-les-declarations

    56 « Diplomatie. Donald Trump téléphone à Vladimir Poutine et annonce des négociations sur l’Ukraine », Courrier International, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-donald-trump-telephone-a-vladimir-poutine-et-annonce-des-negociations-sur-l-ukraine_227667

    « Trump et Poutine ont convenu de démarrer “immédiatement” les négociations sur l’Ukraine », Libération, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/amerique/trump-et-poutine-ont-convenu-lors-dun-long-echange-telephonique-de-demarrer-immediatement-les-negociations-sur-lukraine-20250212_BGIL43BWTJACVB2NBPS6YWME5M

    57 « Désengagement des États-Unis, abandon de la Crimée, pas d’adhésion de Kyiv à l’OTAN : le nouveau chef du Pentagone expose sa vision sur l’Ukraine », Libération, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/desengagement-des-etats-unis-abandon-de-la-crimee-pas-dadhesion-de-kyiv-a-lotan-le-nouveau-chef-du-pentagone-expose-sa-vision-sur-lukraine-20250212_GQCR2SL6TFGCDFWV4PXYRWWQAU

    58 « Sur l’OTAN et l’Ukraine les nouvelles lignes rouges américaines : le discours intégral de Pete Hegseth à Bruxelles », Le Grand Continent, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/02/12/sur-lotan-et-lukraine-les-nouvelles-lignes-rouges-americaines-le-discours-integral-de-pete-hegseth-a-bruxelles/

    59 H. Maillot, « Guerre en Ukraine : l’Europe devra fournir l’“écrasante” part de la future aide au pays, prévient le chef du Pentagone », Le Figaro, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-l-europe-devra-fournir-l-ecrasante-part-de-la-future-aide-au-pays-previent-le-chef-du-pentagone-20250212

    60 « Guerre en Ukraine : à Riyad, Russes et Américains s’entendent pour nommer des négociateurs pour le règlement du conflit », Le Monde, 18 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/18/guerre-en-ukraine-a-riyad-russes-et-americains-s-entendent-pour-nommer-des-negociateurs-pour-le-reglement-du-conflit_6552988_3210.html

    61 « Guerre en Ukraine. Cessez-le-feu en mer Noire : un accord “avantageux” pour le Kremlin », Courrier International, 26 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-cessez-le-feu-en-mer-noire-un-accord-avantageux-pour-le-kremlin_229171

    62 « Vladimir Poutine propose une administration transitoire en Ukraine pour y organiser une élection présidentielle », Libération, 28 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/vladimir-poutine-propose-une-administration-transitoire-en-ukraine-pour-y-organiser-une-election-presidentielle-20250328_OU4MF7IPP5BJFCLPB2QWTI457Y

    63 « La Russie dit avoir repris la ville de Soudja dans sa région de Koursk, nouvelle attaque massive de drones ukrainiens », Libération, 13 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/nouvelle-attaque-massive-de-drones-ukrainiens-la-russie-affirme-etre-sur-le-point-de-reprendre-sa-region-de-koursk-20250313_7HE6XBWXSVAL3EFQ6YB4KTBT2Y

    64 « A Koursk, l’armée ukrainienne bat en retraite face aux forces russes », Libération, 18 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/a-koursk-larmee-ukrainienne-bat-en-retraite-face-aux-forces-russes-20250318_VB7YHB7DHRBTJM7TF2MWW7HNME

    65 « Vladimir Poutine propose une administration transitoire en Ukraine pour y organiser une élection présidentielle », Libération, 28 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/vladimir-poutine-propose-une-administration-transitoire-en-ukraine-pour-y-organiser-une-election-presidentielle-20250328_OU4MF7IPP5BJFCLPB2QWTI457Y

    66 R. Hiault, « En colère contre Poutine, Trump menace de droits de douane le pétrole russe », Les Échos, 30 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/europe/en-colere-contre-poutine-trump-menace-de-droits-de-douane-le-petrole-russe-2157038

    67 V. Houinato, « Ce que l’on sait du coût humain de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, après trois ans de conflit », France info, 12 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/ce-que-l-on-sait-du-cout-humain-de-la-guerre-entre-la-russie-et-l-ukraine-apres-trois-ans-de-conflit_7125894.html

    68 « Géopolitique. “Un million de victimes” : la guerre en Ukraine aura des conséquences durables sur la démographie », Courrier International, 18 septembre 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-un-million-de-victimes-la-guerre-en-ukraine-aura-des-consequences-durables-sur-la-demographie_222361

    « 600 000 Russes, 480 000 Ukrainiens : le bilan humain de la guerre en Ukraine dépasse le million de morts et blessés », Le Grand Continent, 18 septembre 2024. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/09/18/600-000-russes-480-000-ukrainiens-le-bilan-humain-de-la-guerre-en-ukraine-depasse-le-million-de-morts-et-blesses/

    69 « Guerre en Ukraine : coût humain et réponse humanitaire », Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) France, 26 février 2025. À l’adresse :

    https://www.unhcr.org/fr-fr/actualites/articles-et-reportages/guerre-en-ukraine-cout-humain-et-reponse-humanitaire

    70 « 600 000 Russes, 480 000 Ukrainiens : le bilan humain de la guerre en Ukraine dépasse le million de morts et blessés », Le Grand Continent, 18 septembre 2024. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/09/18/600-000-russes-480-000-ukrainiens-le-bilan-humain-de-la-guerre-en-ukraine-depasse-le-million-de-morts-et-blesses/

    71 V. Houinato, « Ce que l’on sait du coût humain de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, après trois ans de conflit », France info, 12 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/ce-que-l-on-sait-du-cout-humain-de-la-guerre-entre-la-russie-et-l-ukraine-apres-trois-ans-de-conflit_7125894.html

    72 T. Bunde et S. Eisentraut, « Westlessness Reloaded? Key Takeaways From the Munich Security Conference 2025 », Munich Security Conference, février 2025.

    https://securityconference.org/en/publications/debriefs/westlessness-reloaded

    73 A. Tidey, « Conférence de Munich sur la sécurité : voici les 7 citations à retenir », Euronews, 16 février 2025. À l’adresse :

    https://fr.euronews.com/my-europe/2025/02/16/conference-de-munich-sur-la-securite-voici-les-7-citations-a-retenir

    74 T. Bunde et S. Eisentraut, « Westlessness Reloaded? Key Takeaways From the Munich Security Conference 2025 », Munich Security Conference, février 2025.

    https://securityconference.org/en/publications/debriefs/westlessness-reloaded

    75 B. Bouchaud, « OTAN, Canada, Panama… : Donald Trump multiplie les menaces et les injonctions », Les Échos, 7 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/otan-canada-panama-donald-trump-multiplie-les-menaces-et-les-injonctions-2141149

    76 H. Maillot, « Guerre en Ukraine : l’Europe devra fournir l’“écrasante” part de la future aide au pays, prévient le chef du Pentagone », Le Figaro, 12 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-l-europe-devra-fournir-l-ecrasante-part-de-la-future-aide-au-pays-previent-le-chef-du-pentagone-20250212

    77 Ibidem.

    78 T. Bunde et S. Eisentraut, « Westlessness Reloaded? Key Takeaways From the Munich Security Conference 2025 », Munich Security Conference, février 2025.

    https://securityconference.org/en/publications/debriefs/westlessness-reloaded

    79 S. Vakulina, « Zelenskyy calls for creation of ‘armed forces of Europe’ at Munich conference », Euronews, 15 février 2025. À l’adresse :

    https://www.euronews.com/2025/02/15/amid-uncertainy-over-us-policy-on-ukraine-zelenskyy-says-its-time-for-an-armed-forces-of-e

    M. Martorell Junyent, « Munich Dispatch: Zelensky calls for an ‘Army of Europe’ », Responsible Statecraft, 15 février 2025. À l’adresse :

    https://responsiblestatecraft.org/munich-conference-zelensky-2671163198

    T. Bunde et S. Eisentraut, « Westlessness Reloaded? Key Takeaways From the Munich Security Conference 2025 », Munich Security Conference, février 2025.

    https://securityconference.org/en/publications/debriefs/westlessness-reloaded

    80 H. Vernet, « Réunion pour l’Ukraine à Paris : qui seront les dirigeants européens présents lundi après-midi ? », Le Parisien, 16 février 2025. À l’adresse :

    https://www.leparisien.fr/international/reunion-pour-lukraine-a-paris-quels-seront-les-dirigeants-europeens-presents-lundi-16-02-2025-A34LSUTXOBDUPPK2BPJSAHAYFQ.php

    81 « L’Europe est “prête” à assumer des garanties de sécurité pour Kyiv, affirme le chef de l’OTAN », Euronews, 17 février 2025. À l’adresse :

    https://fr.euronews.com/my-europe/2025/02/17/sommet-de-paris-emmanuel-macron-a-parle-avec-donald-trump-juste-avant-la-reunion

    82 Ibidem.

    83 « Guerre en Ukraine : à Riyad, Russes et Américains s’entendent pour nommer des négociateurs pour le règlement du conflit », Le Monde, 18 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/18/guerre-en-ukraine-a-riyad-russes-et-americains-s-entendent-pour-nommer-des-negociateurs-pour-le-reglement-du-conflit_6552988_3210.html

    84 A. Parmentier, « Guerre en Ukraine : ce qu’il faut retenir du sommet crucial à Londres », L’Express, 3 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-ce-quil-faut-retenir-du-sommet-crucial-a-londres-CB5XXT57EJDTFG7V6GGCVDLPFA

    85 « Réarmement de l’Europe : ce que l’on sait de l’augmentation à venir des dépenses militaires », Libération, 2 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/rearmement-de-leurope-ce-que-lon-sait-de-laugmentation-a-venir-des-depenses-militaires-20250302_H3JOEPP44NATLEXNIQ7MZ7B5BQ

    86 B. Duthoo et G. Bruwier, « “Une nouvelle ère d’infamie a commencé” : l’Allemagne appelle à “renforcer sans attendre” le soutien financier à l’Ukraine », RTL Info, 1er mars 2025. À l’adresse :

    https://www.rtl.be/actu/monde/international/une-nouvelle-ere-dinfamie-commence-lallemagne-appelle-renforcer-sans-attendre-le/2025-03-01/article/741020

    87 Ibidem.

    88 « Échange tendu entre Trump et Zelensky : “Le monde libre a besoin d’un nouveau leader”, selon la cheffe de la diplomatie de l’UE », Libération, 28 février 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/amerique/a-washington-echanges-extremement-tendus-entre-donald-trump-et-volodymyr-zelensky-20250228_EOCV2SSVDBFOPHGNWB2MVBXHPU

    89 Ibidem.

    90 « Ursula von der Leyen dévoile un plan de 800 milliards d’euros destiné à renforcer la défense européenne », Le Monde, 4 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/04/ursula-von-der-leyen-devoile-un-plan-de-800-milliards-d-euros-destine-a-renforcer-la-defense-europeenne_6576344_3210.html

    « Défense européenne : un plan de 800 milliards d’euros pour “réarmer l’Europe” », Vie publique, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.vie-publique.fr/en-bref/297570-rearm-europe-un-plan-de-800-milliards-deuros-annonce

    K. De Meyer, « Industrie de défense : l’UE fait un grand pas vers la “préférence européenne” », Les Échos, 19 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/europe/rearmement-une-preference-europeenne-pour-lindustrie-de-defense-2154837

    91 « Réarmement de l’Europe : ce que l’on sait de l’augmentation à venir des dépenses militaires », Libération, 2 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/rearmement-de-leurope-ce-que-lon-sait-de-laugmentation-a-venir-des-depenses-militaires-20250302_H3JOEPP44NATLEXNIQ7MZ7B5BQ

    92 F. Chaaban, « L’Allemagne fait sauter le verrou budgétaire et annonce un plan d’investissement historique », Toute l’Europe, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/l-allemagne-fait-sauter-le-verrou-budgetaire-et-annonce-un-plan-d-investissement-historique

    93 T. Laurent, « Défense : l’Allemagne, fer de lance de la dépense militaire en Europe ? », Forbes, 21 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.forbes.fr/business/defense-lallemagne-fer-de-lance-de-la-depense-militaire-en-europe/

    94 « Macron says France is ‘loyal’ US ally as Trump casts doubt on NATO solidarity », France 24, 7 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.france24.com/en/france/20250307-macron-says-france-is-loyal-us-ally-as-trump-casts-doubt-on-nato-solidarity

    95 P. Jacqué, « L’article 5, pilier de l’OTAN ébranlé par Donald Trump », Le Monde, 8 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/08/l-article-5-pilier-de-l-otan-ebranle-par-donald-trump_6577358_3210.html

    96 « Le président américain Donald Trump remet une nouvelle fois en cause l’engagement des États-Unis au sein de l’OTAN », France info, 7 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/otan/donald-trump-remet-en-cause-une-nouvelle-fois-l-engagement-americain-au-sein-de-l-otan_7115292.html

    97 « La France accueille un deuxième sommet d’urgence sur l’Ukraine : quels pays ont été invités ? », Le Grand Continent, 19 février 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/02/19/la-france-accueille-un-deuxieme-sommet-durgence-sur-lukraine-quels-pays-ont-ete-invites/

    98 « Ukraine. Sommet de la “coalition des volontaires” à Paris : un “moment de vérité” pour l’Europe », Courrier International, 27 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/ukraine-sommet-de-la-coalition-des-volontaires-a-paris-un-moment-de-verite-pour-l-europe_229221

    99 T. Azouze, « Ukraine : ce qu’il faut retenir des conclusions du sommet de la “coalition des volontaires” à Paris », L’Express, 27 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lexpress.fr/monde/europe/ukraine-ce-quil-faut-retenir-des-conclusions-du-sommet-de-la-coalition-des-volontaires-a-paris-SECUU4GI6BBQJL3XXVD7KKN22U

    100 « Emmanuel Macron réunit à Paris les pays membres de la “coalition des volontaires” pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine », Le Grand Continent, 27 mars 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/27/emmanuel-macron-reunit-a-paris-les-pays-membres-de-la-coalition-des-volontaires-pour-offrir-des-garanties-de-securite-a-lukraine/

    101 P. Barbancey, « Canada, Groenland, Panama… Donald Trump ou la diplomatie du flibustier », L’Humanité, 8 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/canada/canada-groenland-panama-donald-trump-ou-la-diplomatie-du-flibustier

    102 C. Eveno, « Lettre de Volodymyr Zelensky, canal du Panama, Groenland, gaz de l’Alaska… Ce qu’il faut retenir du discours de Donald Trump », L’Humanité, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/lettre-de-volodymyr-zelensky-canal-du-panama-groenland-gaz-de-lalaska-ce-quil-faut-retenir-du-discours-de-donald-trump

    103 B. Bouchaud, « OTAN, Canada, Panama… : Donald Trump multiplie les menaces et les injonctions », Les Échos, 7 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/otan-canada-panama-donald-trump-multiplie-les-menaces-et-les-injonctions-2141149

    104 U.S. Geological Survey, Mineral commodity summaries 2021: U.S. Geological Survey, 2021. À l’adresse :

    https://pubs.usgs.gov/publication/mcs2021

    105 C. Eveno, «  Lettre de Volodymyr Zelensky, canal du Panama, Groenland, gaz de l’Alaska… Ce qu’il faut retenir du discours de Donald Trump », L’Humanité, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/lettre-de-volodymyr-zelensky-canal-du-panama-groenland-gaz-de-lalaska-ce-quil-faut-retenir-du-discours-de-donald-trump

    106 « Groenland : J. D. Vance, le vice-président américain, est arrivé dans le territoire autonome danois secoué par les visées de Donald Trump », Le Monde, 28 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/28/groenland-j-d-vance-le-vice-president-americain-est-arrive-dans-le-territoire-autonome-danois-secoue-par-les-visees-de-donald-trump_6587249_3210.html

    107 K. Welker and A. Marquez, « Trump says he ‘couldn’t care less’ if foreign automakers raise prices due to tariffs », NBC News, 29 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.nbcnews.com/politics/donald-trump/trump-says-couldnt-care-less-automakers-raise-prices-tariffs-rcna198731

    108 J. Boitel, « La Chine contrôle-t-elle réellement le canal de Panama ? », Les Échos, 22 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/la-chine-controle-t-elle-reellement-le-canal-de-panama-2144140

    109 Ibidem.

    110 L. Momège, « Cinq chiffres pour comprendre pourquoi le canal de Panama intéresse autant les États-Unis », France info, 7 février 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/cinq-chiffres-pour-comprendre-pourquoi-le-canal-de-panama-interesse-autant-les-les-etats-unis_7060718.html

    111 T. Pontillon, « Quatre questions sur le canal de Panama que Donald Trump menace d’annexer »,France info, 8 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/quatre-questions-sur-le-canal-de-panama-que-donald-trump-menace-d-annexer_7001996.html

    112 J. Boitel, « La Chine contrôle-t-elle réellement le canal de Panama ? », Les Échos, 22 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/la-chine-controle-t-elle-reellement-le-canal-de-panama-2144140

    113 F.-X. Gomez, « Menacé par Trump, le Panama annonce une prise de distance avec la Chine lors de la visite de Marco Rubio », Libération, 3 février 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/amerique/menace-par-trump-le-panama-annonce-une-prise-de-distance-avec-la-chine-lors-de-la-visite-de-marco-rubio-20250203_BJGKAT2R6NE5DNIY6CM5MSIFIQ

    114 « Le Panama annonce se retirer du projet chinois d’infrastructures des Nouvelles Routes de la soie, sous pression de Donald Trump », France info, 6 février 2025. À l’adresse :

    https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/le-panama-annonce-se-retirer-du-projet-chinois-d-infrastructures-des-nouvelles-routes-de-la-soie_7059002.html

    115 « Canal de Panama : les concessions accordées au chinois Hutchison ports en passe d’être annulées », Le Marin, 27 février 2025. À l’adresse :

    https://lemarin.ouest-france.fr/shipping/canal-de-panama-les-concessions-accordees-au-chinois-hutchinson-ports-en-passe-detre-annulees-bae46d34-f4ec-11ef-9626-1b6d524afb72

    116 T. Teillard, « Sous pression de Donald Trump, le chinois Hutchison vend ses ports mondiaux, de Panama à Rotterdam », Le Marin, 4 mars 2025. À l’adresse :

    https://lemarin.ouest-france.fr/shipping/sous-la-pression-de-donald-trump-le-groupe-hongkongais-hutchison-vend-ses-ports-du-panama-1eb6b516-f91a-11ef-b88c-bcd52c36774a

    117 « China’s top market regulator says it will review CK Hutchison’s Panama Canal ports deal according to law », Global Times, 28 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.globaltimes.cn/page/202503/1331099.shtml

    118 O. Lam, « China halts Hong Kong-based Hutchison’s port deal with US-led consortium in Panama », Global Voices, 31 mars 2025. À l’adresse :

    https://globalvoices.org/2025/03/31/china-halts-hong-kong-based-hutchisons-port-deal-with-us-led-consortium-in-panama/

    119 B. Bouchaud, « OTAN, Canada, Panama… : Donald Trump multiplie les menaces et les injonctions », Les Échos, 7 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/otan-canada-panama-donald-trump-multiplie-les-menaces-et-les-injonctions-2141149

    120 « Pourquoi combattrions-nous pour la dictature du prolétariat, si le pouvoir politique était impuissant à intervenir dans l’économie ? La violence, c’est-à-dire la puissance de l’État, est aussi une force économique. » — F. Engels, Lettre de Engels à Conrad Schmidt du 27 octobre 1890, 1890.

    121 S. Godeluck, « Trump impose des droits de douane massifs au Canada, au Mexique et à la Chine », Les Echos, 2 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/trump-impose-des-droits-de-douane-massifs-au-canada-au-mexique-et-a-la-chine-2146127

    122 « Donald Trump annonce la mise en place de droits de douane de 25 % sur l’aluminium et l’acier entrant aux États-Unis », Le Monde, 10 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/10/donald-trump-annonce-la-mise-en-place-de-droits-de-douane-de-25-sur-l-aluminium-et-l-acier-entrant-aux-etats-unis_6539284_3234.html

    123 « Donald Trump annonce que les États-Unis vont imposer des droits de douane réciproques », Le Monde, 13 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/13/donald-trump-annonce-que-les-etats-unis-vont-imposer-des-droits-de-douane-reciproques_6545586_3210.html

    124 « Donald Trump annonce des droits de douane de 25 % sur les produits européens », Le Monde, 26 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/26/donald-trump-annonce-des-droits-de-douane-de-25-sur-les-produits-europeens_6565693_3210.html

    125 « États-Unis : Trump annonce de nouveaux droits de douane sur des produits chinois », 20 minutes, 27 février 2025. À l’adresse :

    https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4141063-20250227-etats-unis-trump-annonce-nouveaux-droits-douane-produits-chinois

    126 « Donald Trump annonce des droits de douane supplémentaires de 25 % sur “toutes les voitures qui ne sont pas fabriquées aux États-Unis” », Le Monde, 26 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/26/trump-annonce-des-droits-de-douane-supplementaires-de-25-sur-toutes-les-voitures-qui-ne-sont-pas-fabriquees-aux-etats-unis_6586545_3234.html

    127 « Infographie — Les principaux partenaires commerciaux des États-Unis en 2024 », Revue Conflits, 4 avril 2025. À l’adresse :

    https://www.revueconflits.com/infographie-les-principaux-partenaires-commerciaux-des-etats-unis-en-2024

    P. Boittiaux, « D’où viennent les voitures qui sillonnent les États-Unis ? », Statista, 24 mai 2018. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/infographie/amp/13951/dou-viennent-les-voitures-qui-sillonnent-les-etats-unis

    S. Godeluck, « Trump veut taxer toutes les importations d’acier et d’aluminium », Les Échos, 10 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/trump-veut-taxer-toutes-les-importations-dacier-et-daluminium-2147645

    « Total value of U.S. trade in goods worldwide 2004–2024 », Statista, 20 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.statista.com/statistics/218255/total-value-of-us-trade-in-goods-worldwide-since-2004

    128 A. Lepoutre, « Droits de douane américains : le Canada entre en zone de turbulences », Le Monde, 5 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/05/droits-de-douane-americains-le-canada-entre-en-zone-de-turbulences_6576516_3234.html

    129 A. Leparmentier, « Droits de douane : les limites du bluff de Donald Trump face au Canada et au Mexique », Le Monde, 4 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/04/droits-de-douane-le-bluff-a-la-pyrrhus-de-donald-trump-face-au-canada-et-au-mexique_6530215_3234.html

    130 « Les États-Unis imposent 25 % de droits de douane sur l’acier et l’aluminium », Le Monde, 11 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/11/les-etats-unis-imposent-25-de-droits-de-douane-sur-l-acier-et-l-aluminium_6540994_3234.html

    131 J. Bouissou, « Les nouveaux droits de douane de Donald Trump signeront la fin du système commercial mondial actuel », Le Monde, 1er avril 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/01/les-droits-de-douane-reciproques-de-donald-trump-une-onde-de-choc-pour-l-economie-mondiale_6589143_3234.html

    132 « La carte des nouveaux droits de douane de Donald Trump (tableaux exclusifs) », Le Grand Continent, 2 avril 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/04/02/la-carte-des-nouveaux-droits-de-douane-de-donald-trump-tableaux-exclusifs/

    133 H. Thibault, « La Chine annonce ses représailles face aux États-Unis tout en espérant un “deal” », Le Monde, 4 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/04/la-chine-annonce-ses-represailles-face-aux-etats-unis-tout-en-esperant-un-deal_6531016_3234.html

    « Guerre commerciale. La Chine dégaine son arsenal de taxes douanières en réponse aux attaques des États-Unis », Courrier International, 4 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.courrierinternational.com/article/guerre-commerciale-la-chine-degaine-son-arsenal-de-taxes-douanieres-en-reponse-aux-attaques-des-etats-unis_228368

    134 « “Liberation Day” : quel impact attendre des annonces de Trump concernant les droits de douane ? », Le Grand Continent, 2 avril 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/04/02/liberation-day-quel-impact-attendre-des-annonces-de-trump-concernant-les-droits-de-douane/

    J. Verdes, « Droits de douane : l’UE lance des contre-mesures sur les produits américains », Toute l’Europe, 12 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/droits-de-douane-l-ue-lance-des-contre-mesures-sur-les-produits-americains

    J. Quatremer, « Droits de douane : l’UE avance pour faire reculer Trump », Libération, 2 avril 2025. À l’adresse :

    https://www.liberation.fr/international/europe/droits-de-douane-lue-avance-pour-faire-reculer-trump-20250402_NPPWS4FALVFL5LTPB7LVP6OZOA

    135 A. Peled, « Israel Hit With 17% Tariffs Despite Saying It Would Scrap Levies on U.S. Goods », The Wall Street Journal, 4 avril 2025. À l’adresse :

    https://www.wsj.com/livecoverage/trump-tariffs-trade-war-stock-market-04-03-2025/card/israel-hit-with-17-tariffs-despite-saying-it-would-scrap-levies-on-u-s-goods-YMtDXBPmtOu018IXjLG5

    136 T. Pontiroli, « Droits de douane : plus de 50 pays auraient entamé des négociations avec Trump », Les Échos, 6 avril 2025. À l’adresse :

    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/droits-de-douane-plus-de-50-pays-auraient-entame-des-negociations-avec-trump-2158372

    137 « La première présidence de M. Trump a été marquée par des allégations persistantes et parfois mensongères selon lesquelles il aurait été compromis par les services de renseignement russes. On a parlé d’investissements douteux dans ses propriétés de Floride, de frasques sexuelles douteuses dans un hôtel de Moscou, de toutes sortes de contacts et de connexions entre la campagne Trump 2016 et les services de renseignement russes. Pourtant, en fin de compte, comme me l’a avoué plus tard un officier du contre-espionnage américain aux opinions passionnément anti-Trump, l’ensemble semblait bien inférieur à la somme de ses parties.

    Bien sûr, la Russie a continué d’interférer dans les élections américaines, même si c’est généralement avec des effets limités. Et des contacts ont été établis entre des fonctionnaires liés au Kremlin et le camp Trump.

    Mais trouver des preuves réelles que Trump était d’une manière ou d’une autre sous le contrôle de Moscou s’est avéré impossible, même pour l’ancien Robert Mueller, l’avocat spécial dont le rapport de 448 pages sur l’ingérence russe dans les élections américaines de 2016 n’a pas prouvé la collusion entre Trump et le Kremlin.

    D’ailleurs, comme me l’a dit un jour un ancien espion russe autour d’une tasse de thé à Moscou, en soupirant : “S’il avait été notre atout, nous lui aurions dit de toujours avoir l’air hostile à notre égard, afin que personne ne puisse l’accuser d’être notre homme lorsque nous lui avons fait faire quelque chose.” » — M. Galeotti, « Trump and Putin: the fragile relationship that will change the world », The Times, 25 janvier 2025. À l’adresse :

    https://www.thetimes.com/world/russia-ukraine-war/article/trump-and-putin-the-fragile-relationship-that-will-change-the-world-lfv2n8zg2

    138 P. Korotaev, « Ukraine’s War Economy Is Being Choked by Neoliberal Dogmas », Jacobin, 14 juillet 2022. À l’adresse :

    https://jacobin.com/2022/07/ukraine-neoliberalism-war-russia-eu-imf

    139 Ibidem.

    140 S. Vallée, « Les frontières de l’OTAN », « Pour des accords Minsk III », Le Grand Continent, 21 février 2022. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2022/02/21/pour-des-accords-minsk-iii/

    141 « Fédéralisation de l’Ukraine », Ibidem.

    142 « Minsk selon Merkel, marchand de guerre, militarisme nippon, la Corée veut suivre… », Le Monde diplomatique, janvier 2023. À l’adresse :

    https://www.monde-diplomatique.fr/2023/01/A/65415

    143 V. I. Lénine, Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe, 1915.

    144 V. I. Lénine, L’impérialisme et la scission du socialisme, 1916.

    145 « Incidence des sanctions sur l’économie russe », Conseil européen, 12 octobre 2023. À l’adresse :

    https://www.consilium.europa.eu/fr/infographics/impact-sanctions-russian-economy

    146 V. Fourreau, « La croissance économique de la Russie devrait ralentir », Statista, 26 mars 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/infographie/34185/evolution-croissance-pib-russie

    147 J. Zhang, « Russia turns to China to develop its Far East », Geopolitical Intelligence Services, 26 juillet 2024. À l’adresse :

    https://www.gisreportsonline.com/r/russia-far-east

    148 C. Quevrain, « VÉRIF’ — Après 3 ans de guerre en Ukraine, l’économie russe pâtit-elle des sanctions ? », TF1 info, 28 février 2025. À l’adresse :

    https://www.tf1info.fr/international/verif-apres-trois-ans-de-guerre-en-ukraine-l-economie-russe-patit-elle-des-sanctions-2351731.html

    149 « Économie russe : pour gagner la guerre, Poutine est en train de cacher une dette colossale », Le Grand Continent, 14 janvier 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/14/economie-russe-pour-gagner-la-guerre-poutine-est-en-train-de-cacher-une-dette-colossale/

    150 J. Bouissou, A. Michel et P. Tchoubar, « Pourquoi l’impact des sanctions contre le pétrole russe s’affaiblit de jour en jour », Le Monde, 30 octobre 2024. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/10/30/pourquoi-l-impact-des-sanctions-contre-le-petrole-russe-s-affaiblit-de-jour-en-jour_6366342_4355770.html

    151 B. Quénelle, « Comment la Russie a créé une économie parallèle pour contourner les sanctions occidentales », Le Monde, 3 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/03/pour-contourner-les-sanctions-occidentales-la-russie-a-cree-son-economie-parallele_6574508_3234.html

    152 « Malgré les sanctions, l’économie russe décolle avec une croissance attendue de 3 % en 2024. Pourquoi ? », Le Grand Continent, 13 août 2024. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/08/13/economie-russe-avec-une-croissance-attendue-de-3-la-russie-de-poutine-decolle-pourquoi/

    153 I. Wiśniewska, « Russia’s budget for 2025: war above all », Center for Eastern Studies, 22 novembre 2024. À l’adresse :

    https://www.osw.waw.pl/en/publikacje/osw-commentary/2024-11-22/russias-budget-2025-war-above-all

    154 « Économie russe : pour la première fois en 2025, le pétrole et le gaz ne compenseront plus l’explosion des dépenses militaires (+90 % en trois ans de guerre) », Le Grand Continent, 24 mars 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/24/economie-russe-pour-la-premiere-fois-en-2025-le-petrole-et-le-gaz-ne-compenseront-plus-lexplosion-des-depenses-militaires-90-en-trois-ans-de-guerre

    155 A. Roth, « ‘A lot higher than we expected’ : Russian arms production worries Europe’s war planners », The Guardian, 15 février 2024. À l’adresse :

    https://www.theguardian.com/world/2024/feb/15/rate-of-russian-military-production-worries-european-war-planners

    156 « Malgré les sanctions, l’économie russe décolle avec une croissance attendue de 3 % en 2024. Pourquoi ? », Le Grand Continent, 13 août 2024. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/08/13/economie-russe-avec-une-croissance-attendue-de-3-la-russie-de-poutine-decolle-pourquoi/

    157 V. Fourreau, « La croissance économique de la Russie devrait ralentir », Statista, 26 mars 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/infographie/34185/evolution-croissance-pib-russie

    158 « Malgré les sanctions, l’économie russe décolle avec une croissance attendue de 3 % en 2024. Pourquoi ? », Le Grand Continent, 13 août 2024. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/08/13/economie-russe-avec-une-croissance-attendue-de-3-la-russie-de-poutine-decolle-pourquoi/

    159 Ibidem.

    160 V. Inozemstev, « L’exode du siècle : une nouvelle vague d’émigration russe », Notes de l’IFRI, Russie.Eurasie.Visions, n129, juillet 2023, p. 14. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/notes/lexode-du-siecle-une-nouvelle-vague-demigration-russe

    161 Y. E. Fedorov, « Les effectifs de l’armée russe après deux ans et demi de guerre en Ukraine », Études de l’IFRI, Russie.Eurasie.Reports, n48, novembre 2024, p. 19. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/etudes/les-effectifs-de-larmee-russe-apres-deux-ans-et-demi-de-guerre-en-ukraine

    162 Ibidem., p. 17.

    163 « En Russie, Poutine lance la plus grande campagne de conscription depuis plus d’une décennie », Le Grand Continent, 1er avril 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/04/01/en-russie-poutine-lance-la-plus-grande-campagne-de-conscription-depuis-plus-dune-decennie/

    164 Y. E. Fedorov, « Les effectifs de l’armée russe après deux ans et demi de guerre en Ukraine », Etudes de l’IFRI, Russie.Eurasie.Reports, n48, novembre 2024, p. 14-15. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/etudes/les-effectifs-de-larmee-russe-apres-deux-ans-et-demi-de-guerre-en-ukraine

    165 Ibidem., p. 20.

    166 « En Russie, Poutine lance la plus grande campagne de conscription depuis plus d’une décennie », Le Grand Continent, 1er avril 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/04/01/en-russie-poutine-lance-la-plus-grande-campagne-de-conscription-depuis-plus-dune-decennie/

    167 Y. E. Fedorov, « Les effectifs de l’armée russe après deux ans et demi de guerre en Ukraine », Etudes de l’IFRI, Russie.Eurasie.Reports, n48, novembre 2024, p. 21. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/etudes/les-effectifs-de-larmee-russe-apres-deux-ans-et-demi-de-guerre-en-ukraine

    168 A. Burilkov et G. B. Wolff, « Defending Europe without the US: first estimates of what is needed », Bruegel, 21 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bruegel.org/analysis/defending-europe-without-us-first-estimates-what-needed

    169 Y. E. Fedorov, « Les effectifs de l’armée russe après deux ans et demi de guerre en Ukraine », Etudes de l’IFRI, Russie.Eurasie.Reports, n48, novembre 2024, p. 22-23. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/etudes/les-effectifs-de-larmee-russe-apres-deux-ans-et-demi-de-guerre-en-ukraine

    170 V. Inozemstev, « L’exode du siècle : une nouvelle vague d’émigration russe », Notes de l’IFRI, Russie.Eurasie.Visions, n129, juillet 2023, p. 12-13. À l’adresse :

    https://www.ifri.org/fr/notes/lexode-du-siecle-une-nouvelle-vague-demigration-russe

    171 A. Burilkov et G. B. Wolff, « Defending Europe without the US: first estimates of what is needed », Bruegel et Kiel Institute for the World Economy, 21 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bruegel.org/analysis/defending-europe-without-us-first-estimates-what-needed

    172 E. Cook, « How Russia’s Military Has Changed Ahead of 2025 », Newsweek, 29 décembre 2024. À l’adresse :

    https://www.newsweek.com/russia-military-changed-since-start-war-ukraine-2025-1994174

    173 « Pourquoi Trump a-t-il des difficultés à obtenir un cessez-le-feu en Ukraine ? », BBC News Afrique, 25 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.bbc.com/afrique/articles/c2d4w93lx4jo

    174 « Guerre en Ukraine : à Riyad, Russes et Américains s’entendent pour nommer des négociateurs pour le règlement du conflit », Le Monde, 18 février 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/18/guerre-en-ukraine-a-riyad-russes-et-americains-s-entendent-pour-nommer-des-negociateurs-pour-le-reglement-du-conflit_6552988_3210.html

    175 Ibidem.

    176 « Notes sur la conscience de classe », Unité communiste, 3 avril 2024. À l’adresse :

    https://unitecommuniste.com/articles/notes-sur-la-conscience-de-classe/

    177 Cf. L. de Catheu, « La doctrine Miran : le plan de Trump pour disrupter la mondialisation », Le Grand Continent, 18 janvier 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/02/28/la-doctrine-miran-le-plan-de-trump-pour-disrupter-la-mondialisation/

    178 « Households and NPISHs Final consumption expenditure (current US$) », World Bank. À l’adresse :

    https://data.worldbank.org/indicator/NE.CON.PRVT.CD

    179 T. Bunde et S. Eisentraut, « Westlessness Reloaded? Key Takeaways From the Munich Security Conference 2025 », Munich Security Conference, février 2025. À l’adresse :

    https://securityconference.org/en/publications/debriefs/westlessness-reloaded

    180 « Les 50 premiers pays ayant le PIB le plus élevé par habitant à travers le monde 2023 », Statista, 13 février 2024. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/statistiques/661077/classement-pays-plus-eleve-monde-pib

    181 « World Economic Outlook Database », International Monetary Funds, avril 2024. À l’adresse :

    https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/April

    182 « J’ai tenté de la décrire [la forme contemporaine de la polarisation capitaliste] dans un écrit d’il y a quarante ou cinquante ans sur les cinq monopoles. Je disais que la Triade (États-Unis, Europe occidentale et Japon) bénéficie de cinq monopoles. Le premier est celui de l’accès — qui n’implique pas nécessairement la propriété — aux ressources naturelles de la planète. Ce qui est insupportable pour les gens de la Triade, c’est de ne pas avoir accès au pétrole ou à une autre ressource, ici ou là. Ensuite vient le monopole de la technologie, renforcé par les prétendus droits intellectuels. La Triade ne tolère pas que d’autres s’emparent de cette technologie, la reproduisent ou la développent par eux-mêmes. Le troisième monopole est celui de l’information, qui permet le formatage par les médias. Le quatrième monopole est financier, c’est le marché financier et monétaire mondialisé. C’est la raison pour laquelle la Chine et la Russie sont pour eux des pays insupportables, car elles ne rentrent pas dans cette mondialisation financière. Par contre, l’Inde y rentre. Quant à l’Arabie saoudite, puisqu’elle accepte cette mondialisation financière, on nous la présente presque maintenant comme la République démocratique modèle d’Arabie saoudite. Le cinquième monopole est celui des armes atomiques. Je n’aime pas l’arme atomique et les armes de destruction massive, mais la question n’est pas là. Si certains l’ont, les autres ont le droit de l’avoir. L’histoire n’a pas prouvé que les autres étaient plus criminels que les uns. » — S. Amin in U. Lojkine et P. Guerpillon, « La dernière grande leçon de Samir Amin », Le Grand Continent, 13 aout 2018. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2018/08/13/nous-avons-rencontre-samir-amin/

    183 « Sécurité de l’Ukraine : qui était présent et que faut-il retenir du sommet de Londres ? », Le Grand Continent, 3 mars 2025. À l’adresse :

    https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/03/securite-de-lukraine-qui-etait-present-et-que-faut-il-retenir-du-sommet-de-londres/

    184 H. Maillot, « Pourquoi le dernier né des sous-marins nucléaires d’attaque français fait escale au Canada », Le Figaro, 13 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lefigaro.fr/international/pourquoi-le-dernier-ne-des-sous-marins-nucleaires-d-attaque-francais-fait-escale-au-canada-20250313

    185 E. Dumoulin, « Pourquoi le dernier né des sous-marins nucléaires d’attaque français fait escale au Canada », Le Monde, 31 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/31/donald-trump-reveille-les-liens-entre-le-canada-et-l-europe_6588983_3232.html

    186 « “Plus un partenaire fibale” : le Canada met fin à son étroite collaboration avec les États-Unis », Le Soir, 27 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.lesoir.be/664749/article/2025-03-27/plus-un-partenaire-fiable-le-canada-met-fin-son-etroite-collaboration-avec-les

    187 A. Burilkov et G. B. Wolff, « Defending Europe without the US: first estimates of what is needed », Bruegel, 21 février 2025. À l’adresse :

    https://www.bruegel.org/analysis/defending-europe-without-us-first-estimates-what-needed

    188 « Global Firepower Coalitions Builder », Global firepower. À l’adresse :

    https://www.globalfirepower.com

    189 « World Economic Outlook Database », International Monetary Funds, avril 2024. À l’adresse :

    https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/April

    190 M. Gautier, « Part du PIB dépensé pour les armées en France 1950-2023 », Statista, 14 janvier 2025. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/statistiques/1340721/armee-depenses-pib-france

    191 F. Chaaban, « Défense : la France, armée européenne la plus puissante selon un classement américain », Toute l’Europe, 19 mars 2025. À l’adresse :

    https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/defense-la-france-armee-europeenne-la-plus-puissante-selon-un-classement-americain

    192 T. Gaudiaut, « La France est devenue le deuxième exportateur d’armes dans le monde », Statista, 13 mars 2024. À l’adresse :

    https://fr.statista.com/infographie/4207/plus-grands-pays-exportateurs-armes-dans-le-monde

    193 « World Economic Outlook Database », International Monetary Funds, avril 2024. À l’adresse :

    https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/April

    194 J. V. Staline, « L’inévitabilité des guerres entre pays capitalistes », Les problèmes économiques du socialisme en URSS, 1952.

  • Exposé des positions d’Unité communiste sur la guerre russo-ukrainienne

    [Version révisée d’octobre 2024.]

    Cet article a été rédigé pour le journal Özgür Gelecek que nous remercions de nous laisser nous exprimer dans leurs colonnes.

    Quelle doit être selon nous une position communiste sur l’actuelle guerre russo-ukrainienne ? Répondre à cette question, c’est en poser nécessairement une autre : quelle est selon nous la nature de l’actuelle guerre russo-ukrainienne ?

    Notre organisation n’a jusqu’à ce jour pas explicitement présenté ses réponses. Nous sommes conscients de notre retard sur ces problèmes pourtant brûlants. Nous profitons de l’imminence du 2e anniversaire de l’offensive russe pour rattraper ce manquement.

    Pour déterminer la nature de la guerre russo-ukrainienne, il faut d’abord déterminer la nature de la Russie et de l’Ukraine. D’apparence simple, ce problème révèle en réalité la complexité de l’impérialisme contemporain.

    Le premier impératif est d’éviter l’adhésion à une définition métaphysique de ce qu’est un pays dominé ou un pays dominant, c’est-à-dire de ce qu’est l’impérialisme et sa domination économique. Il n’existe pas de domination dans l’abstrait (comme qualité isolée), il n’y a toujours que la domination d’un marché et d’un État sur un autre marché et un autre État. Un pays n’exerce ou ne subit toujours une domination que dans sa relation avec un autre pays. À l’échelle mondiale, les relations se superposent et se conjuguent, de telle manière que le rôle d’un pays dans le réseau de relations mondiales ne peut être déterminé qu’en observant la place de ce pays dans ses relations prises dans leur ensemble. Idem, il n’existe pas de domination impérialiste sans certaines classes pour dominer et pour être dominé. Un pays n’exerce ou ne subit toujours une domination que selon ses classes. La domination impérialiste n’est toujours que la domination d’une bourgeoisie impérialiste d’un pays sur certaines classes d’un autre pays (bourgeoisie compradore, bourgeoisie nationale, petite bourgeoisie, prolétariat, paysannerie). En économie, il ne faut jamais oublier le matérialisme dialectique.

    Les contradictions entre les pays impérialistes et les pays dominés ne sont plus aussi polarisées qu’elles ne l’étaient aux premiers temps de l’impérialisme, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, où l’on pouvait facilement distinguer les pays impérialistes, les colonies et les semi-colonies. Aujourd’hui, il existe toujours des impérialismes hégémoniques, qui sont dans une position de domination sur l’ensemble de l’économie mondiale : les impérialismes occidentaux (États-Unis d’Amérique, Canada, France, Allemagne, etc.) et l’impérialisme japonais. Cependant, dans le système impérialiste contemporain, un pays dominé dans une relation peut être dominant dans une autre relation. Certains pays sont ainsi dominés et dominants en même temps, c’est par exemple le cas des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), entre autres.

    La complexification du système impérialiste n’a cependant pas fait disparaître les deux pôles opposés : les pays dominants — impérialistes — et les pays dominés. En revanche, ces deux catégories et leurs relations politiques et économiques se sont complexifiées. Pour comprendre si un pays est dominant ou dominé, il est donc devenu primordial d’observer sa place dans le réseau des relations économiques mondiales pris dans sa totalité, pour y étudier son rôle général (non pas relativement à un pays particulier ou un autre, dont la relation pourrait ne pas refléter la nature réelle du pays en question).

    La Russie est un pays dominé par des pays impérialistes plus puissants, mais elle domine elle-même d’autres pays et cherche à étendre sa domination et à s’émanciper de la domination des impérialismes hégémoniques, en faisant croître son propre empire. Au même titre que la Chine, la Russie est un impérialisme challengeur : son rôle dans l’économie mondiale est celui d’une semi-périphérie forte, luttant pour devenir un nouveau centre impérialiste. Le passé socialiste et les caractéristiques géographiques de la Russie et de la Chine les ont de plus dotées de ressources et de forces habituellement monopolisées par les centres impérialistes : l’accès aux ressources naturelles stratégiques, la technologie de pointe, les moyens de communication — dont les médias —, et la puissance militaire — dont l’arme nucléaire. La position de relative faiblesse de la Chine ou de la Russie par rapport aux impérialismes hégémoniques dans le monde n’enlève rien à leur qualité impérialiste. La Chine et la Russie sont des États et des marchés cherchant à perpétuer et à étendre leur domination sur d’autres États et marchés, pour augmenter et sécuriser leurs surprofits impérialistes. Si la Chine et la Russie sont toujours dominées par les impérialismes hégémoniques, ce sont elles-mêmes des impérialismes.

    La bourgeoisie russe et chinoise ne sont pas des bourgeoisies compradores, incapables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes. Ce sont des bourgeoisies nationales et impérialistes, qui sont capables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes, et qui luttent donc pour étendre et intensifier leur domination sur la bourgeoisie compradore et les masses populaires (la bourgeoisie nationale, petite bourgeoisie, prolétariat et paysannerie) des nations opprimées. Les bourgeoisies russe et chinoise cherchent à assurer et à accroître leurs surprofits par la domination politique des États et la domination économique des marchés. La Russie et la Chine sont des pays relativement dominés, mais ce ne sont pas des pays dominés, leur bourgeoisie impérialiste est relativement faible, mais ce sont des bourgeoisies impérialistes.

    Tous les pays capitalistes, y compris les pays dominés, luttent pour se constituer un empire, mais cela ne signifie pas que tous les pays seraient alors des pays impérialistes : seuls les pays qui réussissent effectivement à se constituer un empire duquel ils extraient des surprofits peuvent être qualifiés d’impérialistes. Un pays peut-être impérialiste et lui-même plus exploité qu’exploiteur, ce qui ne change pas le fait qu’il est lui-même exploiteur, donc impérialiste.

    Là où la Chine et la Russie sont des semi-périphéries fortes représentant des impérialismes challengeurs, l’Ukraine est une semi-périphérie faible, qui n’a pas la capacité économique de se constituer un empire impérialiste. L’Ukraine est un pays sous domination des impérialismes hégémoniques et de l’impérialisme russe. La bourgeoisie ukrainienne est compradore.

    Les impérialismes occidentaux et l’impérialisme russe se disputent l’exploitation du marché ukrainien et le contrôle de l’Ukraine depuis maintenant plus de 20 ans. L’intégration de l’Ukraine dans deux sphères impérialistes distinctes et antagoniques (occidentale et russe) se ressent dans toute la société ukrainienne, et fut notamment à l’origine de la Révolution ukrainienne de 2014 et de l’annexion de la Crimée par la Russie la même année. Aujourd’hui, Zelensky représente la bourgeoisie bureaucratique compradore pro-occidentale, celle-ci est liée aux intérêts impérialistes occidentaux : tout en leur étant soumise, elle cherche à se constituer un empire avec ceux-ci.

    Pourquoi la Russie a-t-elle envahi l’Ukraine le 24 février 2022 ?

    Le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne par la Russie a pour première cause la contradiction inter-impérialiste entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et l’impérialisme challengeur russe. Les impérialistes de l’alliance atlantiste (l’OTAN) et la Russie luttent pour le contrôle économique et politique de l’Ukraine, dans le cadre d’une lutte mondiale entre les impérialismes hégémoniques, pour la défense de leur hégémonie, et les impérialismes challengeurs, pour l’affirmation de leurs propres ambitions.

    Pourquoi la guerre a-t-elle éclaté en Ukraine, et non pas sur un autre marché que se disputent les impérialismes pour le partage du monde ?

    Cette guerre est aussi celle pour le contrôle d’un verrou géopolitique. Il est essentiel de comprendre la vision des pays impérialistes impliqués dans cette guerre (pour mieux la démasquer et la combattre).

    Qu’est-ce que la géopolitique, et pourquoi s’y intéresser pour comprendre les contradictions inter-impérialistes ? La géopolitique est une superstructure, c’est la théorie et l’idéologie des bourgeoisies impérialistes. La géopolitique, en tant que science, est l’interprétation bourgeoise impérialiste des contradictions de l’impérialisme. Les analyses géopolitiques recouvrent une partie de la réalité matérialiste dialectique des contradictions inter-impérialistes, mais cette science bourgeoise est limitée par son rôle politique de classe (elle est intégrée à l’appareil d’État bourgeois impérialiste, dominé politiquement et idéologiquement par la bourgeoisie impérialiste et au service de celle-ci) et par sa méthodologie idéaliste (ni matérialiste ni dialectique, qui nie le principal et le secondaire, notamment entre la base matérielle et la superstructure sociale et entre la cause interne et la cause externe).

    Les impérialismes occidentaux, particulièrement les États-Unis d’Amérique, sont toujours influencés par la théorie du Heartland, qui était enseignée dans toutes les grandes écoles américaines jusque dans les années 2000. C’est-à-dire qu’ils sont persuadés que le Heartland (allant de la Volga au Yangtze, et de l’Himalaya à l’Arctique), pour des raisons géographiques, a un avantage stratégique sur le reste du monde, avantage qui le rendrait quasi invincible s’il possédait aussi le Rimland (le reste de l’Europe et de l’Asie, ayant accès à la mer). Dans leur vision géopolitique, il faut donc tout faire pour contrôler et dominer cet espace. C’est pourquoi ils investissent autant de moyens près des frontières russes, notamment en Ukraine.

    « Who rules East Europe commands the Heartland; who rules the Heartland commands the World-Island; who rules the World-Island controls the world. » (Mackinder, 1919)

    Du point de vue de la Russie, la Seconde Guerre mondiale a mis en lumière la nécessité géopolitique de repousser autant que possible ses frontières, ainsi que d’être entouré d’alliés (ou a minima de pays neutres). C’était l’un des enjeux des négociations lors de la chute de l’URSS, qui a alors perdu une grosse partie de son territoire et de son économie. La Russie se perçoit comme assiégée (complexe obsidional hérité de l’Empire russe et de l’URSS socialiste puis révisionniste) et dans une défense légitime face aux agressions de l’Occident expansionniste (chez qui les conceptions du containment issues de la Guerre froide sont toujours influentes). De plus, Poutine n’a qu’une marge de manœuvre intérieure très mince. Le consensus qu’il a construit autour de son pouvoir depuis la fin des années 90, dans la bourgeoisie et le peuple russe, est fondé sur le désir de reconstruire une Russie forte et stable — la constitution d’un nouvel empire, rivalisant avec les puissances occidentales.

    Sur le plan géopolitique, il est clair que l’alliance atlantiste a poussé la Russie dans ses retranchements, et ce en connaissant clairement les conséquences impliquées pour la population ukrainienne. Il est tout aussi clair, que placée dans cette position, c’est la Russie qui a fait le choix unilatéral d’agresser militairement l’Ukraine.

    Il est intéressant de remarquer que les sanctions économiques occidentales n’ont pas été soutenues par les pays dominés. La Russie est très loin d’être devenue infréquentable sur la scène internationale, elle est même l’un des partenaires privilégiés des pays africains encore sous domination française (Mali, Centrafrique, Burkina Faso, etc.). Nous pouvons nous réjouir de voir ces pays se dégager des griffes de l’impérialisme français, mais pas de tomber dans celles d’un autre (perçu comme un allié contre les impérialismes hégémoniques). Quoi qu’il en soit, le monde devient « multi-polaire ». Les contradictions inter-impérialistes ne peuvent que s’accroître, l’Europe se remilitarise, et la lutte pour le repartage du monde nous entraîne progressivement vers une Troisième Guerre mondiale.

    Quelle est donc, selon nous, la nature de la guerre russo-ukrainienne ?

    Elle est la guerre inter-impérialiste par procuration entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et l’impérialisme challengeur russe, c’est-à-dire entre l’alliance atlantiste, dont l’État ukrainien n’est que le proxy, et la Russie. La contradiction principale en Ukraine est celle entre deux camps impérialistes concurrents, luttant pour « le repartage du monde ». La guerre de la Russie en Ukraine est donc une guerre injuste.

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre anti-impérialiste de l’Ukraine contre la Russie. L’État ukrainien dépend très lourdement du soutien des impérialismes occidentaux pour son effort de guerre (logistique, approvisionnement en équipement et en munitions, finance, etc.), et les impérialismes occidentaux utilisent l’État ukrainien comme proxy pour faire la guerre à l’impérialisme challengeur russe. Zelensky et la bourgeoisie bureaucratique pro-occidentale qu’il représente, servent leurs intérêts capitalistes compradores nationaux en servant les intérêts des impérialismes occidentaux, et ce tant économiquement que géopolitiquement.

    L’invasion russe autant que l’implication de l’alliance atlantiste en Ukraine n’est que « la continuation de la politique par d’autres moyens », ici, de la concurrence pour l’exploitation d’un marché et le contrôle d’un État, qui a lieu entre deux camps impérialistes depuis les années 2000. Depuis le début de la guerre, le gouvernement de Zelensky a profité de la situation d’exception pour fluidifier le mouvement des capitaux occidentaux et intensifier l’exploitation du prolétariat ukrainien : criminalisation des syndicats, dérégulation du droit du travail, dérégulation des prix et politique d’austérité, dictée entre autres par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Il est cependant important de noter que ces politiques néolibérales ont été largement imposées à la bourgeoisie ukrainienne par ses « alliés » occidentaux : par exemple, sous couvert de mesures « anti-corruption », comme exigence à l’adhésion à l’Union européenne, ou comme condition à l’obtention d’un prêt du FMI (dont l’Ukraine est de plus en plus dépendante depuis 2014). La bourgeoisie compradore bureaucratique pro-occidentale ukrainienne est à la fois une bourgeoisie dominée par les impérialismes occidentaux, et dans une lutte vaine pour devenir impérialiste avec ceux-ci : l’Ukraine y est soumise et est leur prolongement.

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre inter-impérialiste de la Russie et de l’Ukraine. L’Ukraine n’est pas impérialiste elle-même. En effet, l’Ukraine fait partie d’un camp impérialiste en ce qu’elle est alignée sur l’alliance atlantiste contre la Russie, mais c’est un pays dominé par l’impérialisme russe (et les impérialismes occidentaux) qui ne possède pas d’empire impérialiste (sa propre sphère de domination sur des marchés). L’on ne peut donc pas parler de guerre inter-impérialiste « simple » (stricto sensu).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre anti-impérialiste de la Russie contre les impérialismes occidentaux. La Russie est impérialiste elle-même. Si l’on peut dire que la Russie « résiste » contre les impérialismes hégémoniques, il est incorrect d’en conclure alors que sa guerre serait anti-impérialiste, car ce n’est pas un pays dominé et que sa « résistance » vise précisément à étendre et à consolider l’impérialisme russe (contre un autre camp impérialiste, en renversant la bourgeoisie pro-occidentale en Ukraine).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre antifasciste de la Russie contre le « nazisme ukrainien ». La Russie n’a aucune velléité antifasciste, en invoquant la « dénazification » de l’Ukraine, Poutine n’a fait que piocher un casus belli dans la mémoire de l’histoire nationale russe : la Grande Guerre patriotique contre le IIIe Reich. Le nazisme et l’anticommunisme sont très implantés dans la société ukrainienne, en raison du rejet de l’héritage soviétique et de la construction d’une identité nationale anti-Russie, conduisant à l’apologie des Waffen SS ukrainiens ou de figures collaborationnistes telles que Stepan Bandera. Le Bataillon Azov, ouvertement nazi, entre autres, est depuis le début de la guerre formellement incorporé dans l’armée régulière ukrainienne. Cependant, le nazisme n’est pas moins décomplexé au sein du Groupe Wagner russe, et la revendication d’une partie de l’héritage soviétique par la Russie n’est en rien l’expression d’une sympathie socialiste, ou même antifasciste, mais seulement de l’adhésion à une Russie forte — impériale.

    Quid de « l’élément national » du conflit russo-ukrainien ?

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre de libération nationale du peuple ukrainien contre la Russie. L’Ukraine possède déjà un État national politiquement indépendant, la nation ukrainienne est déjà aussi libre politiquement qu’elle ne puisse l’être, en tant que nation intégrée dans le système impérialiste. La résistance nationale ukrainienne est aujourd’hui quasi exclusivement celle de l’État bourgeois ukrainien, avec le soutien plein et entier des impérialismes occidentaux, dont il dépend. Il existe en Ukraine un aspect populaire de libération nationale, là où la Russie occupe le territoire ukrainien, mais cet aspect n’est que très secondaire dans le conflit, et il n’existe que comme prolongement de l’État bourgeois ukrainien (dans sa continuité et intégré dans celui-ci).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre de libération nationale des peuples russophones du Donbass. Cet aspect n’est également que très secondaire, et il n’existe aujourd’hui plus que comme prolongement de l’État bourgeois impérialiste russe. La lutte de libération nationale des russophones du Donbass est juste, mais celle-ci ne rend pas la guerre de la Russie en Ukraine juste : elle s’est complètement dissoute dans la guerre injuste de l’impérialisme russe.

    Il est selon nous très important de comprendre l’importance réelle des luttes de libération nationale dans le conflit russo-ukrainien, c’est-à-dire la place des contradictions nationales dans l’ordre réel des contradictions (qu’est-ce qui détermine et qu’est-ce qui est déterminé ?). À cette fin, nous pouvons nous reposer sur un précédent historique : la guerre d’agression de l’Empire austro-hongrois contre la Serbie, qui causa par voie de conséquence le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

    La lutte de libération nationale serbe était alors un mouvement de masse qui portait les aspirations de longue date d’une nation serbe unie, au sein de l’Empire austro-hongrois. Le royaume de Serbie lui-même n’était pas un pays impérialiste, mais un pays encore dominé par les puissances impérialistes. Pourquoi, donc, les internationalistes (dont les bolcheviques) n’ont-ils pas soutenu la Serbie dominée dans sa guerre défensive nationale contre l’Autriche-Hongrie impérialiste ? Lénine écrivait :

    « L’élément national dans la guerre actuelle est représenté seulement par la guerre de la Serbie contre l’Autriche (comme l’a, du reste, souligné la résolution de la conférence de Berne de notre Parti). C’est seulement en Serbie et parmi les Serbes qu’il existe un mouvement de libération nationale datant de longues années, embrassant des millions d’individus parmi les “masses populaires”, et dont le “prolongement” est la guerre de la Serbie contre l’Autriche. Si cette guerre était isolée, c’est-à-dire si elle n’était pas liée à la guerre européenne générale, aux visées égoïstes et spoliatrices de l’Angleterre, de la Russie, etc., tous les socialistes seraient tenus de souhaiter le succès de la bourgeoisie serbe — c’est là la seule conclusion juste et absolument nécessaire que l’on doive tirer du facteur national dans la guerre actuelle. […]

    Poursuivons. La dialectique de Marx, dernier mot de la méthode évolutionniste scientifique, interdit justement l’examen isolé, c’est-à-dire unilatéral et déformé, de l’objet étudié. Le facteur national dans la guerre serbo-autrichienne n’a et ne peut avoir aucune importance sérieuse dans la guerre européenne générale. […] Pour la Serbie, c’est-à-dire pour environ un centième des participants à la guerre actuelle, celle-ci est le “prolongement de la politique” du mouvement de libération bourgeois. Pour 99 pour cent, la guerre est le prolongement de la politique de la bourgeoisie impérialiste, c’est-à-dire caduque, capable de dépraver des nations, mais non de les affranchir. L’Entente, en “libérant” la Serbie, vend les intérêts de la liberté serbe à l’impérialisme italien en échange de son appui dans le pillage de l’Autriche.

    […] Ni dans la nature ni dans la société, les phénomènes n’existent et ne peuvent exister à l’état “pur” : c’est précisément ce que nous enseigne la dialectique de Marx, selon laquelle la notion même de pureté comporte un caractère unilatéral et étroit, empêche la connaissance humaine d’atteindre l’objet pleinement, dans toute sa complexité. Il n’y a et il ne peut y avoir au monde de capitalisme à l’état “pur”, car celui-ci est toujours additionné d’éléments féodaux, petits-bourgeois, ou d’autre chose encore. C’est pourquoi rappeler que la guerre n’est pas “purement” impérialiste, alors que les impérialistes mystifient scandaleusement les “masses populaires” en camouflant notoirement leurs visées de brigandage pur et simple par une phraséologie “nationale”, c’est être un pédant infiniment obtus, ou un manœuvrier et un tricheur. […] Nul doute que la réalité ne soit infiniment variée, c’est la plus pure vérité ! Mais il n’est pas douteux non plus qu’au sein de cette infinie variété se dessinent deux courants fondamentaux et essentiels : le contenu objectif de la guerre est le “prolongement de la politique” de l’impérialisme, c’est-à-dire du pillage des autres nations par la bourgeoisie déclinante des “grandes puissances” (et par les gouvernements de ces dernières) ; quant à l’idéologie “subjective” dominante, ce sont des phrases “nationales” propagées en vue de duper les masses. » (V. I. Lénine, « partie VI », La faillite de la IIdeInternationale, 1915.)

    Les enseignements de Lénine à ce sujet sont selon nous d’une grande clarté. Tout en reconnaissant que « l’élément national » existe, et qu’il est représenté « en Serbie et parmi les Serbes », il ajoute que celui-ci « n’a et ne peut avoir aucune importance sérieuse dans la guerre européenne générale. » L’actuel conflit russo-ukrainien est selon nous analogue.

    Aujourd’hui en Ukraine, l’élément national existe aussi sous diverses formes, du côté ukrainien ou russe, mais celui-ci ne permet pas de comprendre la nature réelle du conflit. Il est selon nous indéniable que soutenir aujourd’hui la « libération nationale » ukrainienne, c’est soutenir l’État ukrainien et l’effort de guerre d’un camp impérialiste contre un autre. Ce même raisonnement s’applique aux luttes de libération nationale du Donbass dans le cas de l’État et de l’impérialisme russe. Autrement dit, soutenir une guerre de libération nationale, alors même que ce conflit est une guerre inter-impérialiste, c’est prendre le parti d’un impérialisme contre un autre, et in fine soutenir la guerre inter-impérialiste.

    Soutenir la « libération nationale » de l’Ukraine, dans les conditions actuelles, ce n’est que soutenir la « défense de la patrie », c’est-à-dire se compromettre avec la bourgeoisie compradore ukrainienne pro-occidentale et les bourgeoisies impérialistes de l’alliance atlantiste.

    Pour résumer, aujourd’hui en Ukraine, la contradiction principale est la contradiction inter-impérialiste. La contradiction entre l’Ukraine et la Russie, la contradiction entre les russophones dominés du Donbass et l’Ukraine, la contradiction entre la nation ukrainienne et la Russie, et la contradiction entre le Travail et le Capital, sont des contradictions aujourd’hui secondaires en Ukraine. La guerre en Ukraine est principalement une guerre inter-impérialiste.

    Nous n’excluons pas la possibilité qu’à court ou moyen terme, la contradiction entre l’Ukraine et la Russie ou entre la nation ukrainienne et la Russie devienne principale, si la contradiction inter-impérialiste devient secondaire (par exemple, avec l’abandon de l’Ukraine par les impérialismes de l’alliance atlantiste). Cependant, une telle évolution est imprévisible à l’heure actuelle, et une position communiste ne peut pas être élaborée ou adoptée sur la base d’expériences de pensées spéculatives — mais seulement en face d’une situation concrète.

    Quelle est donc notre position sur la guerre russo-ukrainienne ?

    Le premier impératif politique des communistes est de défendre l’autonomie politique de la classe ouvrière. Le camp des communistes en Russie, en Ukraine et dans le reste du monde, n’est jamais celui d’un camp impérialiste ou d’un autre, y compris celui d’un « moindre impérialisme ».

    « En effet, la leçon la plus importante que la politique du prolétariat doit tirer de la guerre actuelle, c’est l’absolue certitude que ni en Allemagne, ni en France, ni en Angleterre, ni en Russie, le prolétariat ne peut faire sien le mot d’ordre : victoire ou défaite, un mot d’ordre qui n’a de sens véritable que pour l’impérialisme et qui, dans chaque grand État, équivaut à la question : renforcement ou perte de sa puissance dans la politique mondiale, de ses annexions, de ses colonies et de sa prédominance militaire. Si on considère la situation actuelle globalement, la victoire ou la défaite de chacun des deux camps est tout aussi funeste pour le prolétariat européen, de son point de vue de classe. C’est la guerre elle-même, et quelle que soit son issue militaire, qui représente pour le prolétariat européen la plus grande défaite concevable, et c’est l’élimination de la guerre et la paix imposée aussi rapidement que possible par la lutte internationale du prolétariat qui peuvent apporter la seule victoire à la cause prolétarienne. » (R. Luxemburg, « La lutte contre l’Impérialisme », La crise de la social-démocratie, 1915.)

    En France, nous considérons que la priorité des communistes est de lutter contre « notre » propre impérialisme : l’impérialisme français, et donc l’alliance d’impérialismes occidentaux dont il fait partie et dans laquelle il concurrence l’impérialisme russe. Inverser l’ordre des priorités, en luttant d’abord contre l’impérialisme russe, serait une faute politique grave : la compromission avec « son » impérialisme et sa bourgeoisie. Nous ne pouvons pas faire voix unique avec notre impérialisme, c’est-à-dire le camp impérialiste dans lequel est la France. La France n’est ni un pays neutre ni un pays dominé par l’impérialisme américain ou allemand : la France est un pays impérialiste autonome et lutte pour son propre impérialisme avec d’autres pays impérialistes, contre l’impérialisme russe. La France doit être dénoncée et combattue en tant que telle, avant tout autre pays impérialiste (allié ou ennemi de la France).

    Certains en France ont comparé Poutine à Hitler, pour justifier leur lâcheté sociale-chauvine à grand renfort de comparaisons absurdes entre le nazisme et le « poutinisme » : ceux qui défendent une telle position ne sont en rien différents des néoconservateurs (la défense de l’impérialisme sous la bannière de la démocratie et de la morale), et ne sont en rien des internationalistes. Cette rhétorique belliqueuse pro-impérialiste, camouflée derrière la dénonciation du « fascisme poutinien », n’est fondée sur aucune analyse sérieuse ni du conflit russo-ukrainien (en particulier) ni du fascisme (en général), et ne fait qu’offrir la phraséologie « rouge » dont le chauvinisme de la petite bourgeoisie de gauche a besoin — pour se prétendre autre chose que ce qu’il n’est vraiment. Ce que nous observons dans la gauche révolutionnaire française, plus d’un siècle après la Première Guerre inter-impérialiste mondiale, c’est la résurrection du Manifeste des Seize de Kropotkine et de la IIde Internationale du « renégat Kautsky ».

    Nous défendons que le peuple ukrainien ne peut connaître aucun salut de la part de « notre » impérialisme. Si aujourd’hui le peuple ukrainien connaît une guerre sur son sol et une exploitation plus féroce, c’est parce qu’il est déchiré par l’impérialisme, dont le « nôtre » ! Il n’y a pas d’impérialisme plus « humain », plus « civilisé », ou plus « démocratique » qu’un autre : l’impérialisme, c’est la barbarie cynique et hypocrite. Aujourd’hui, le peuple ukrainien est un peuple martyr de l’impérialisme : « L’Ukraine meurt pour la grandeur des empires ».

    Pour émanciper le prolétariat russe et ukrainien de l’impérialisme et de la dictature de « leur » bourgeoisie le défaitisme révolutionnaire est la stratégie communiste. L’application concrète de cette stratégie — comme toutes les stratégies — dépend des conditions concrètes dans lesquelles sont placés les communistes (qui sont très différentes aujourd’hui qu’à l’époque de la Première Guerre mondiale). Cependant, le défaitisme révolutionnaire reste aujourd’hui la seule stratégie qui puisse permettre au prolétariat de ne pas liquider son autonomie politique de classe dans la politique impérialiste, et ainsi de basculer dans la contre-révolution sociale-chauvine. L’action consciente et organisée des communistes doit œuvrer à transformer la contradiction entre le Travail et le Capital, d’une contradiction secondaire, en contradiction principale : mettre la révolution communiste à l’ordre du jour.

    « Effectivement, la guerre crée une situation révolutionnaire ; elle engendre un état d’esprit révolutionnaire et une effervescence révolutionnaire dans les masses ; elle suscite partout, dans la meilleure partie du prolétariat, une prise de conscience du danger mortel que représente l’opportunisme et accentue la lutte contre ce dernier. Le désir de paix qui grandit dans les masses laborieuses traduit leur déception, la faillite du mensonge bourgeois sur la défense de la patrie, le début de l’éveil de la conscience révolutionnaire des masses. En utilisant cet état d’esprit pour leur agitation révolutionnaire, sans se laisser arrêter par l’idée de la défaite de “leur” patrie, les socialistes ne tromperont pas le peuple par l’espoir illusoire d’une paix prochaine et de quelque durée, démocratique et excluant l’oppression des nations, par l’espoir du désarmement, etc., sans un renversement révolutionnaire des gouvernements actuels. Seule la révolution sociale du prolétariat ouvre le chemin à la paix et à la liberté des nations. » (V. I. Lénine, Projet de résolution de la gauche de Zimmerwald, 1915.)

    Nous soutenons donc que, dans les guerres inter-impérialistes, la stratégie juste est toujours « de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers, de les unir dans la lutte révolutionnaire internationale, de soutenir et de faire progresser toute action révolutionnaire, de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme. » (V. I. Lénine, Projet de résolution de la gauche de Zimmerwald, 1915.)

  • La Biélorussie à l’heure du choix.

    La Biélorussie à l’heure du choix.

    Les élections du 9 août 2020 ont redonné le pouvoir à la direction de Alexandre Loukachenko, en poste depuis 1994. Celles-ci se sont déroulées dans un climat de grande tension, notamment à la suite des élections législatives de novembre 2019, lesquelles ont donné un très large ascendant aux organisations présidentielles. Obtenant 80,08 % des voix, la coalition autour de la présidence a écrasé l’opposition, incarnée par Svetlana Tsikhanovskaïa. L’opposition a dénoncé des scrutins truqués, des pressions, des tricheries.

    Elle a appelé à des manifestations pour contester le résultat des élections. Celles-ci ont été réprimées par la police, laquelle a tiré à balles réelles, entraînant plusieurs blessés graves et des milliers d’arrestation. Le 11 août, la dirigeante de l’opposition a fui le pays, pour se réfugier dans la proche Lituanie. Depuis cet exil, elle a incité à continuer la mobilisation contre le régime.

    De son côté, le gouvernement a, lui aussi, incité à ce que ses soutiens descendent dans la rue. Une manifestation favorable au régime s’est déroulée, dans laquelle le Parti Communiste du Bélarus, formé par les anciens cadres du régime, s’est joint aux soutiens à Loukachenko, tandis que les syndicats ont rejoint principalement l’opposition. Un division du Parti Communiste, le Parti Communiste des Ouvriers de Biélorussie, a lui aussi, rejeté la position du PCB pour rejoindre les oppositionnels.

    Ces mobilisations sont appréciés de manière très variée depuis la France. Les réactions et les attitudes ont été parfois d’un soutien clair au régime, parfois d’un soutien à l’opposition. Ces visions diamétralement opposées sont le reflet de la complexité de la situation biélorusse et de l’imbrication des enjeux.

    Une situation complexe.

    Pourquoi la politique du Bélarus est elle si complexe ? Le Bélarus est un de ces pays-pivots, dont l’importance géopolitique est immense. Il représente l’une des voies qui mènent au cœur de la Russie, les autres étant par les pays Baltes et par l’Ukraine. Le Bélarus, dans la conception soviétique puis russe, fait partie de la sphère de sécurité vitale du pays. Pour la conception occidentale, marquée par les théorie de Mahan, Spykman et Brzezinski, il fait partie de ces espaces à contrôler pour refouler (roll back) la Russie vers l’Asie.

    Depuis la terrible saignée de la Seconde Guerre mondiale, la Russie ne peut tolérer un régime qui lui soit hostile dans son espace de sécurité. Elle considère qu’il s’agit, pour elle, d’une question vitale et non-négociable. Un changement radical d’orientation, de la part du régime Biélorusse, une orientation pro-occidentale, serait peut-être un casus belli. L’occident, quant à lui, avance prudemment ses pions, soutenant politiquement et financièrement les oppositions. D’autres intérêts s’entremêlent, comme les appétits chauvins polonais. Une partie des nationalistes voudraient récupérer la ville de Brest-Litovsk et revenir à la Grande Pologne du traité de Riga (1922).

    De plus le pays est une interface économique essentielle pour le transfert du gaz et du pétrole russe vers l’occident. Le pays raffine le pétrole et le revend, encaissant au passage une plus-value importante. Cependant, ce parasitisme, aux yeux de la Russie, entraîne des tensions régulières, et contribue à nourrir le projet de pipe-lines qui passeraient par le fond des mers.

    En dépit de cela, le régime de Loukachenko répond globalement aux besoins de la Russie. Il forme un flanc garde et un glacis protecteur. Quant à sa nature politique, elle fait débat. En dépit de certaines apparences et références à l’Union Soviétique, le régime est loin d’être socialiste. Une partie de l’économie est entre les mains de monopoles d’États, mais cette propriété juridique ne signifie pas que les rapports de production ne soient pas capitalistes.

    Bélarus: nouvelle manifestation de l'opposition, la pression monte ...
    Le Bélarus est hautement dépendant de la Russie pour ses approvisionnements.

    Depuis 1994, d’ailleurs, Loukachenko a accompagné la réduction de ces droits sociaux et la privatisation progressive de l’économie. Le niveau de vie des habitants de la Biélorussie s’est réduit progressivement. Il a également mis en place des mesures réactionnaires, notamment les « lois anti-parasites », qui frappent les plus démunis, les chômeurs et les chômeuses. Malgré certains fantasmes, liés au fait que les droits sociaux en termes d’accès à l’éducation, au logement, aux soins, soient maintenus, grâce notamment à la rente pétrolière, le régime se montre férocement réactionnaire sur les questions de société, notamment sur les droits des LGBT et sur le droit des femmes.

    Il possède, dans le fond, la majorité des caractéristiques d’un régime social-démocrate poussé jusqu’au bout de sa logique, pourrissant, oscillant entre redistribution des richesses et maintien d’un modus vivendi avec les intérêts de sa bourgeoisie. Il peut se comparer à une espèce de péronisme1 ou à d’autres régimes dans lesquels la bourgeoisie nationale tente de trouver un moyen terme entre indépendance et intégration dans une sphère impérialiste.

    Car les relations de voisinage sont particulièrement délicates.

    Les difficiles relations de voisinage.

    Le Bélarus est l’antichambre de la Russie, comme la Pologne est l’antichambre de l’occident. Durant la période précédant les élections, du fait de l’accroissement des tensions entre Est et Ouest, il s’est retrouvé à plusieurs reprises en situation de terrain d’enjeu.

    En théorie, le pays est dans un processus de fusion et d’intégration dans la Fédération de Russie. Dans les faits, le processus est au point mort. Les cliques qui soutiennent Loukachenko ne voulant pas perdre le contrôle de l’économie et être phagocytées par la bourgeoisie russe. Cependant, le pays maintient des exercices militaires conjoints avec la Russie. En 2017, par exemple, les exercices militaires ZAPAD-2017 se sont déroulés sur son sol, simulant une intervention vers les États Baltes et la Pologne. La situation d’avant-poste du Bélarus est d’ailleurs déplaisante (il en était de même pour la RFA et la RDA d’ailleurs.) Dans le cas d’un affrontement majeur en Europe, le pays, qui a perdu 25 % de sa population durant la dernière guerre, est certain d’être à nouveau un champ de bataille central. Cette situation n’est pas sans être déplaisante.

    Les mercenaires perdus.

    En fin juillet, l’arrestation de plusieurs centaines de mercenaires d’une société militaire privée russe a jeté de l’huile sur le feu. Ces professionnels du combat ont été officiellement soupçonnés de vouloir déclencher un scénario à la syrienne ou à la « euromaïdan », dans lequel des agents provocateurs ont sciemment fait exploser les tensions.

    Cependant, les analyses des images de l’arrestation laissent plutôt supposer qu’il s’agit d’une scénette de plus dans la grande pièce de théâtre des relations diplomatiques russo-biélorusse2. Les documents vus correspondent plus au scénario d’un transit de troupes soit vers le Donbass, soit vers les pays chauds, qu’à un projet de déstabilisation par la Russie du scrutin biélorusse.

    Les relations entre Russes et Biélorusses sont d’ailleurs loin d’être binaires et simples. La Biélorussie, qui devrait être, à terme, intégrée dans la Fédération de Russie, renâcle. Elle est un petit frère turbulent. A plus d’un titre, elle évoque la délicate relation entre la Corée du Nord et la Chine. Les deux sont, de fait, des pays dirigés par une bourgeoisie nationale. Les deux sont néanmoins inclus dans une orbite géopolitique, laquelle leur assure une protection. Mais les deux ne veulent pas d’un destin de soumission totale à une sphère impérialiste ou une autre. Il en résulte une diplomatie parfois erratique.

    En réponse à la hausse des taxes sur les échanges entre les deux pays, à partir de janvier 2020, le Bélarus s’est alors tourné vers de nouveaux partenaires commerciaux, dont les USA. Ceux-ci ont saisi la balle au bond, allant jusqu’à proposer 80 000 tonnes de pétrole début août. Sans être un changement d’allégeance, cette opération a été destinée à rappeler à la Russie que le Bélarus possède une certaine souveraineté. Elle s’est d’ailleurs soldée par une renégociation des accords énergétiques entre les deux pays.

    Il est notable que les opposants mis à l’index par le Bélarus ne sont pas tous des pro-européens. Ainsi le site OPEX 360 note : Autre opposant, Viktor Babaryko a été mis sous les verrous car soupçonné d’être à la tête d’un « groupe organisé » accusé de « fraudes » et de « blanchiment d’argent », via la banque Belgazprombank, filiale du géant gazier russe Gazprom, qu’il a dirigée. Le 14 juillet, sa candidature a été écartée par la commission électorale.

    Quand aux influences occidentales, elles sont assez transparentes. Il est certain que l’occident appuie l’opposition. Le refus de l’UE de reconnaître le résultat des élections en Biélorussie est un fort signal dirigé vers les opposants. Cependant ce soutien à l’opposition ne signifie pas que celle-ci soit une marionnette docile entre les mains d’agents de l’étranger. Comme dans l’écrasante majorité des situations politiques, les causes premières sont les contradictions internes, endogènes, et non pas l’influence externe, exogène. La lutte des classes au sein de la Biélorussie est, comme ailleurs, le principal moteur.

    Le peuple biélorusse otage des impérialismes.

    L’opposition, à l’heure actuelle, s’est soudée autour de l’image de Svetlana Tsikhanovskaïa. Elle porte un programme de plate-forme libérale, rassemblant pèle-mêle les intérêts des directeurs de trust d’Etat – lesquels désireraient devenir des patrons à part entière – mais également les aspirations populaires à plus de démocratie et au maintien des conquêtes sociales de l’ère soviétique. La question du leadership, de la direction du mouvement de contestation, est cruciale pour déterminer son évolution. Elle est aussi ce qui déterminera sa nature de classe profonde. Elle oscille, logiquement, à la recherches d’appuis et d’alliés, y compris internationaux. Pour une analyse plus poussée, nous renvoyons au communiqué du PMR ICOR.

    https://unitecommuniste.com/icor/declaration-du-parti-maoiste-russe-pour-une-bielorussie-sans-loukachenko-et-sans-capitalistes/

    Dans certains argumentaires, nous trouvons que cette lutte de classe « fait le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre. Dans le monde plein, saturé, quadrillé par les impérialismes, c’est un fait, oui. Chaque mouvement des uns et des autres impacte les rapports de forces internationaux. Mais cette vérité était déjà celle qui, il y a 103 ans, poussait certains à rejeter toute sortie de la guerre de la Russie soviétique, accusant les bolcheviques de faire le jeu de l’impérialisme allemand, voir Lénine d’être l’agent du Kaiser. Au moment des grands empires, certains et certaines éminentes marxistes rejetaient ainsi les mouvements nationaux, sous prétexte qu’ils avaient « raté leur entrée dans l’histoire » et que tout mouvement national était une dilution de l’avancée vers la révolution prolétarienne.

    C’est oublier que, même si les rapaces impérialistes tentent de planter leurs griffes dans chaque mouvement, ce sont les luttes populaires, les combats aux marges des citadelles de l’impérialisme qui contribuent à l’affaiblir. La lutte des bolcheviques, dans le maillon faible de l’impérialisme qu’était l’Empire russe, n’était pas si éloignée de cela. Il en est de même pour la lutte des Kurdes, accusée de « faire le jeu des américains ».

    Dans les faits, la déstabilisation du régime, si le gouvernement l’emporte, risque effectivement de mettre à mal les marges de manœuvre de Loukachenko. Mais, au lieu de « démocratiser » le pays, le résultat pourrait très bien être de le jeter encore davantage dans l’orbite de Moscou. Loukachenko et Poutine se sont d’ailleurs contactés pour s’assurer mutuellement de leur solidarité en cas d’aggravation de la situation.

    La population du Bélarus est elle en dehors de l’histoire, réduite à jouer le rôle de soutien d’un impérialisme ou d’un autre ? Doit-on leur interdire de lutter sous prétexte que cela pourrait « faire le jeu » d’un impérialisme ou d’un autre ? Elle n’est pas guidée par des bolcheviques, malgré la présence de groupes qui combattent avec sincérité contre l’ingérence et contre le capitalisme. Cependant, ce n’est que dans l’action, dans la lutte, que peut émerger une direction révolutionnaire, liée aux masses populaires, capable de trouver le chemin escarpé vers une société juste.

    Quelle position ?

    Cette question est difficile à trancher, comme toutes les questions réelles et concrètes, une fois qu’on sort des bornes rassurantes du cas d’école. Elle est néanmoins révélatrice des clivages et des perceptions variées au sein du mouvement révolutionnaire et du mouvement communiste. Entre ceux qui feront confiance intégralement aux hommes et aux femmes biélorusses pour choisir un régime conforme à leurs intérêts et ceux qui considèrent que l’impérialisme est trop fort.

    Tant que les impérialismes existent, il ne peut exister de « démocratie » pour les espaces qui sont des enjeux géopolitiques. Cette constatation est valable tout aussi bien pour les régimes polonais, hongrois, turcs, ukrainiens… Ces espaces sont trop précieux pour ne pas être contrôlés d’une main de fer. Lorsqu’on regarde des pays dans lesquels les changements de régime ont abouti, les résultats ne sont pas forcément rassurants. Le cas de la Pologne, de la Hongrie, de l’Ukraine est inquiétant. Ces pays sont employés comme glacis protecteurs pour l’Europe, tout comme fers de lance pour frapper les intérêts russe en plein cœur. Mais croire qu’il faut obtenir des garanties de succès avant d’avancer, c’est surtout renoncer éternellement. Chaque lutte présente les caractéristiques d’un coup de poker plus que d’une partie d’échec, comme l’avait déjà déterminé Clausewitz.

    Le destin du peuple de Biélorussie, de ses masses populaires, est là. Soit parvenir à s’extraire de la lutte entre impérialismes, soit demeurer sous le joug de l’un ou de l’autre et de ses pions. L’apport que nous pouvons faire, ici, depuis la France, ne peut passer que par le soutien aux organisations communiste et populaires de ces pays. Les déclarations et les analyses n’ont de sens que si elles sont accompagnées par des actes. Il faut avoir confiance dans les masses du Bélarus pour assurer la double tâche qui est la leur : à la fois conserver l’indépendance nationale de ce pays enclavé et piégé dans le jeu des puissances, et à la fois permettre une politique de progrès social, d’émulation et d’égalité. Cette double tâche ne peut s’assigner depuis l’extérieur. En revanche, il est possible de soutenir des organisations dans lesquelles il faut avoir un certain degré de confiance.

    Bien sûr, la décantation de la situation au Bélarus est potentiellement explosive. Elle crée une instabilité dans la région, instabilité qui peut profiter à des fauteurs de guerre. C’est dans ce cadre-là que le mouvement anti-guerre des puissances impérialistes doit être capable de montrer sa force et sa solidarité. Or, il demeure dispersé, et dans un refus de travailler conjointement. C’est une regrettable attitude, qui entrave son développement et son renforcement. Pourtant, plus l’entropie, la tendance au chaos, fait son lit, appuyée par la crise, plus nos responsabilités en tant que communistes sont grandes.

    Construire le front international pour pouvoir jouer un véritable rôle.

    Le choix de notre organisation, en dépit de sa taille, est de coopérer dans le cadre du Front Uni Antifasciste, animé par l’ICOR et l’ILPS, mais également de s’inscrire dans la coordination ICOR comme membre à part entière. Nous pensons que c’est cette participation et le soutien que nous pouvons accorder aux organisations qui luttent sur le terrain qui peut donner sens à notre positionnement. Nous avons ainsi republié la position du Parti Maoïste de Russie, que nous considérons comme juste et précise. Nous attendons des nouvelles des positions de nos camarades biélorusses membres de l’ICOR. Nous invitons les individus qui veulent contribuer à faire grandir cette coordination à rejoindre les amis de l’ICOR et les organisations membres.

    Derrière le positionnement des organisations politiques, il se pose une question de fond, question ouverte : qu’est ce qui doit primer ? La lutte des classes ou les considérations géopolitiques ?

    Nous appelons à la solidarité avec les inculpés de la lutte, ici et ailleurs. Nous appelons à soutenir les organisations populaires en Biélorussie. Nous appelons à organiser et animer un mouvement anti-interventionniste et anti-guerre en France et en Occident.

    1En référence au courant politique autour de Juan Perón, en Argentine, lequel se basait sur une certaine justice sociale et une redistribution des richesses, sans jamais n’avoir tendu vers le socialisme. Le péronisme était un régime de bourgeoisie nationale qui essayait de s’ériger de manière autonome. Cependant le destin des bourgeoisies, dans l’ère impérialiste, est simple : tendre vers l’impérialisme elle-même ou tendre vers le faire de devenir cliente (compradore) d’un impérialisme.

    2http://www.opex360.com/2020/07/30/letrange-arrestation-de-mercenaires-de-la-societe-militaire-privee-russe-wagner-en-bielorussie/

  • Sur la situation en Ukraine : la position du KSRD – ICOR

    Sur la situation en Ukraine : la position du KSRD – ICOR

    La position sur la situation en Ukraine du KSRD [Conseil de Coordination du Mouvement de la Classe Ouvrière en Ukraine]

    Nous relayons ce positionnement de nos camarades membres de l’ICOR en Ukraine non comme une position de l’UCL, mais bien comme un texte d’information pour apporter autre chose comme point de vue que celui qui filtre au travers des agences pro-occidentales ou des relais de Moscou. Nous pensons que les marxistes-léninistes d’Ukraine sont plus que légitimes pour apporter leur pierre à la réflexion des communistes en France, d’autant que leurs positions sont partagées par la Plate-Forme Marxiste-Léniniste de Russie.

    La situation en Ukraine

    L’évolution de la situation en Ukraine depuis 2014 suscite de nombreux débats. À cet égard, nous nous devions d’apporter une clarification fondamentale sur la base d’une analyse de classe.

    Le régime politique qui a existé en 2010-2013 et qui a été dirigé par l’ancien président Viktor Ianoukovitch a été caractérisé par l’autoritarisme et par une forte concentration du pouvoir dans les mains d’un groupe politique représentant la plus grande société financière et industrielle nationale appelée SCM [System Capital Management, qui est un holding intégralement détenu par un homme d’affaire nommé Rinat Akhmetov]. En fait, le régime a fait de l’Ukraine sa propriété privée. Des militants prolétaires progressistes, des journalistes, disparaissaient et mouraient d’année en année. La classe ouvrière vivait dans un climat de peur.

    L’idée de l’accord d’association avec l’UE est née dans les profondeurs du régime en 2011. Il visait principalement les profits des entreprises de SCM, de ses alliés et de sa superstructure politique. Au cours de la période 2011-2013, Kiev a mené des négociations intensives avec l’UE, plaidant publiquement en faveur du renforcement de l’indépendance vis-à-vis de la Russie et de ses intérêts. Toutefois, à partir de 2013, l’accaparement et la corruption à tous les niveaux ont conduit à des déséquilibres importants dans l’économie, que le régime de Ianoukovitch a essayé de compenser par l’augmentation de la dette extérieure. Mais le FMI et d’autres institutions du capital mondialisé ont proposé des fonds en échange de la soumission complète des intérêts du pays. La bourgeoisie nationale représentée par le SCM et ses alliés ne s’est pas montrée intéressée et a lancé des appels d’offres à l’Occident, essayant d’obtenir les conditions de négociation les plus favorables.

    Entre-temps, la situation économique s’est détériorée et, avant la signature de l’accord d’association avec le Kremlin de l’UE, Kiev s’est vu proposer une alternative : quitter l’association et se rapprocher de la Fédération de Russie, avec un prêt à faible taux d’intérêt de 15 milliards de dollars. La clique Ianoukovitch a accepté, en dépit de la massive et agressive propagande pendant 3 ans sur l’ »intégration européenne ». Malgré toutes les exhortations personnelles des dirigeants européens (dont la chancelière allemande Angela Merkel), l’accord n’a pas été signé.

    Ce renversement de tendance a été un facteur important dans l’évolution de la situation. Une partie politiquement active de la société, percevait comme positive le contenue de la propagande pro-européenne et ne pouvait accepter le refus du  » vecteur européen  » par l’élite au pouvoir. A Kiev et dans d’autres grandes villes, les  » euromaidans « , des réunions de masse et des manifestations de soutien au  » vecteur  » sont apparues et ont commencé à se développer. Ces mobilisations ont été immédiatement soutenues par les pays occidentaux sur les plans organisationnels, financiers et politiques. Ces mobilisations ont été dirigées par les forces de droite et bourgeoises  » oppositionnelles « , spéculant habilement sur la perturbation de la classe ouvrière par la politique et des crimes du clan Yanoukovitch.

    Le régime a rapidement pris des mesures fermes contre ces protestations, et, en un mois, il a perdu tout contrôle sur la situation. La manipulation habile des  » dirigeants maidanais « , associée à l’athmosphère de protestation, réelle, des masses, ont conduit à l’élargissement des protestations jusqu’au renversement du régime. Ces événements présentaient, dans leur essence, certaines caractéristiques de la révolution démocratique nationale contre la domination oligarchique des acolytes du SCM. Mais il était tout à fait prévisible et attendu que la droite et les dirigeants populistes s’emparent immédiatement du pouvoir, dans le pays désormais entre leurs mains. En 3 mois, les élections présidentielles extraordinaires ont été remportées par Petro Porochenko, l’un des plus grands  » oligarques  » nationaux, qui, quelques années auparavant seulement, ne dédaignait pas d’être ministre dans le gouvernement Ianoukovitch. Cette fois, Porochenko s’est présenté comme un combattant contre l’ancien régime, pour l’ »avenir européen du pays ».

    La Russie, vaincue localement dans la lutte pour l’Ukraine, a immédiatement réagi en fomentant une rébellion armée dans la région autonome de Crimée, soutenue par les troupes régulières russes. Il en a résulté une occupation militaire et l’annexion de facto de la Crimée a entraîné une forte détérioration des conditions de vie de sa population. De plus, en mars-avril 2014, avec l’aide de combattants pré-entraînés et d’une propagande mensongère, Moscou a pris l’initiative de se saisir des institutions publiques dans les principales villes des régions de Donetsk et de Lugansk. Ces zones ont été choisies uniquement su fait que l’l’influence administrative du régime évincé y était la plus forte, presque totale. Pour cette raison, les forces armées locales n’ont pas résisté à ceux qui se sont emparés des institutions de l’Etat.

    Dans ce contexte, les nouvelles autorités de Kiev ont décidé de lancer une  » opération antiterroriste « , l’ATO, dans le Donbass contre les rebelles pro-russes. L’ATO a rapidement rencontré une résistance organisée, bénéficiant d’un approvisionnement particulièrement important de la part de la Russie. En août 2014, l’armée régulière russe est arrivée au Donbass, principalement avec des groupes tactiques de petites dimensions, de l’ordre du bataillon. À l’automne 2014, la ligne de front s’est stabilisée. Les deux parties constituent des forces militaires structurées, les rebelles pro-russes reçoivent tout type de soutien de la Russie, et les armées locales sont commandées par des officiers de l’armée russe.

    Ainsi, nos travailleurs sont devenus victimes de la lutte entre les différents centres d’influence impérialistes. D’une part, les travailleurs de la majeure partie du pays sont exposés à la propagande officielle, détournant leur attention des problèmes sociaux urgents vers des idées nationalistes qui sont étrangères aux intérêts de classe réels de ces travailleurs. En conséquence, les sentiments de droite dans la société se sont accrus, ce qui a renforcé les forces de droite telles que le « secteur droit » [Pravyï sektor], la « liberté » [Vseukrainske ob’iednannia « Svoboda »] et autres. La  » décommunisation  » a été lancée, les symboles communistes ont été interdits. En plus des véritables escouades de volontaires, un certain nombre de  » bataillons  » oligarchiques ont été créés, financés par une grande capitale et agissant dans son intérêt, y compris les conflits commerciaux. Dans le pays, il y a des conseillers militaires de l’Occident et de ses alliés (USA, Canada, UE, Israël et autres).

    Une partie de ce processus a déclenché une recrudescence patriotique sincère parmi les masses, dirigée contre l’agression sanglante de Poutine et les régimes fantoche du Donbass. Cette augmentation s’exprime, entre autres, dans le mouvement des volontaires qui assistent les forces ukrainiennes sur la ligne de front. En outre, la guérilla populaire contre les juntes locales pro-Kremlin s’intensifie dans la partie occupée du Donbass. Malheureusement, la plupart des patriotes sincères ne voient pas l’autre côté de la question, à savoir l’impérialisme occidental et le régime de Kiev, dont la rhétorique patriotique et même anti-impérialiste est liée à ses intérêts politiques et commerciaux.

    A son tour, la classe ouvrière du Donbass et de la Crimée est soumise à la propagande impérialiste féroce du Kremlin, qui tente de créer l’illusion de l’ »autodétermination des peuples » et de la « lutte anti-fasciste ». En fait, les forces pro-moscovites utilisent des méthodes pro-fascistes qui sont typiques des dictatures militaires réactionnaires du monde entier. Les soldats de l’armée régulière de Poutine et des groupes armés locaux pro-russes apportent la mort et la destruction à notre pays et à ses travailleurs. La partie de l’Ukraine occupée par ces troupes s’est transformée en une zone d’anarchie et de peur, où règnent les bandits armés, ayant souvent un passé criminel. Les travailleurs font des grèves et protestent, mais ces actions sont durement réprimées par les juntes locales, qui licencient des centaines de manifestants. En fermant les yeux sur tout cela, la majorité des  » forces de gauche  » révisionnistes, telles que le PCU révisionniste, ainsi que des groupes volontaires et/ou trotskistes, soutiennent directement ou indirectement les actions de Moscou, y compris l’agression militaire réfléchie suivie d’une vaste campagne internationale de promotion.

    Nous, marxistes-léninistes ukrainiens, sommes fermement opposés à toute forme d’agression impérialiste dans notre pays. Nous appelons nos camarades de tous les pays à abandonner l’idée que certains impérialistes peuvent être meilleurs que d’autres. L’impérialisme, le capitalisme se traduisent toujours par la guerre et par la violence. Les aspirations des travailleurs ukrainiens ne sont pas de suivre la propagande bourgeoise, mais de lutter pour les droits réels, pour des salaires décents et une protection sociale adéquate, pour des niveaux de vie plus élevés. Et, bien sûr, ils ont le droit de vivre sans guerre, sans le rugissement des obus sous les paroles mensongères du Kremlin ou de la bourgeoisie occidentale.


    A bas les envahisseurs impérialistes !


    Vive la révolution socialiste !


    Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !


    Le Conseil du KSRD

    Ukraine

  • Lettre d’information n°2 de l’ICOR concernant la situation à Afrîne

    La traduction que nous vous proposons est une traduction issue de nos propres militants. Elle sera complétée et corrigée à la suite de la publication de la version définitive par l’ICOR.

    Lettre d’information n°2 de l’ICOR concernant la situation à Afrîne

    Chers camarades,

    Ci-dessous est la lettre d’information n°2 concernant les récents développements à propos de la solidarité avec Afrîne et contre l’agression fasciste Turque.

    1. Les forces armées des fascistes Turcs et les gangs fascistes qui leurs servent d’alliés ont occupé Afrîne. La journée d’action internationale prévue par l’ICOR et l’ILPS [Ligue Internationale des Peuples en Lutte] doit devenir un événement incontournable.

    Cédant face à la supériorité de l’armée Turque, les forces armées des YPG/YPJ ont du se replier. La population a été évacuée. A peu près la moitié de la ville a été capturée par les forces turques. 500 civils ont perdu la vie, 1030 ont été blessés, tandis que 820 soldats des FDS [Forces démocratiques Syriennes] sont tombés. Les FDS ont déclaré que désormais elles feront usage de la guérilla dans et autour d’Afrîne.

    Depuis le 20 janvier 2018, le régime fasciste Turc a mené une guerre d’agression contre le canton d’Afrîne de la Fédération Démocratique de Syrie du Nord / Rojava. La Turquie, membre de l’OTAN, a adjoint à son attaque des supplétifs syriens fascistes, lesquels se cachent sous l’appélation « Armée Syrienne Libre. » Dans les faits, les rangs de cette armée sont constitués de différentes cliques issues d’Al-Qaïda ; d’Al-Norsa et de l’Etat Islamique. Les combattants et combattantes des FDS, avec les Unités de Défense du Peuple et les Unités de Défenses des Femmes (YPG – YPJ) comme noyau dur, appuyés par les masses populaires, ont mené une résistance héroïque de huit semaines contre l’armée Turque, la seconde armée de l’OTAN, malgré sa supériorité numérique, militaire et technique.

    Dans le centre-ville d’Afrîne, de grandes manifestations et mobilisations. Le 8 mars, des milliers de femmes ont marché dans les rues de la ville assiégée pour dénoncer la violence du régime d’Erdogan à l’encontre des femmes. Les masses d’Afrîne ont offert une résistance vaillante.

    Dans le Kurdistan-sud/Irakien, là aussi, des centaines de milliers de personnes ont pris la rue. Les unités armées des FDS qui étaient engagées dans le combat contre les fascistes de l’Etat Islamique ont accouru à Afrîne pour renforcer la résistance sur place. Les combattants et combattantes du Bataillon International de la Liberté ont joué un rôle important dans la défense. Le MLKP nous a informé que, dans ce combat héroïque, leurs camarades Ruhat Askara ; Erdal Demirhan et Sedat Akyuz sont tombés. Nous portons le deuil aux côtés des familles de tous les combattants et combattantes de la Liberté, ainsi que des civils, qui ont donné leur vies pour la résistance.

    L’association Kurde KCDK-E a adressé un appel urgent au monde, écrivant : « La Russie soutient et aide l’attaque de l’Etat Turc contre Afrîne en retirant ses soldats des environs de la ville. Les USA ont déclaré que la coopération avec les forces kurdes ne concerne que la rive est de l’Euphrate et qu’ils n’interféreront pas avec l’occupation d’Afrîne. Les USA ont également déclaré qu’ils approuvaient cette occupation. Depuis le début, les Nations Unies ignorent les massacres de la population civile, le bombardement des villages et la destruction des foyers, opérations faites pour déclencher un mouvement de réfugiés. De ce faits, ils sont devenus des complices de ces crimes. Deux réunions du Conseil de Sécurité de l’ONU ont eu lieu, pour discuter de la protection des civils dans la guerre de Syrie. Aucune n’a adopté une résolution explicite en lien avec Afrîne et avec la population civile présente. L’Etat Turc ne reçoit pas seulement un soutien politique de la part de l’ONU, des USA et de l’UE. Pour l’attaque sur Afrîne, les armes de l’OTAN, les avions de fabrication américaine et les chars Allemands Léopard ont été utilisés. »

    L’armée Turque et le gang de fascistes ont subit des pertes lourdes. Au lieu du Blitzkrieg de trois jours escompté, il leur a fallu 58 jours pour pouvoir atteindre Afrîne ! Les combattants et combattantes de la Liberté ont épousé une cause juste et ont un moral intact, ce qui a joué un rôle décisif dans la victoire à Kobanê.  Cela est encourageant et une force grandissante de millions d’hommes et femmes ont pris la rue dans le monde entier en solidarité avec Afrîne. La solidarité internationale grandit de jours en jours. Nombre d’organisations de l’ICOR s’activent de tout cœur à l’animer. En Allemagne, 20 000 personnes ont manifesté à Hanovre en dépit des tentatives massives de blocage par la police.

    2. Actions internationales de solidarité avec Afrîne le 21 mars.

    Les développements récents  soulignent, avec un fort accent anti-impérialiste l’importance d’une journée mondiale d’action de solidarité avec Afrîne le 21 mars. L’ICOR rejoint l’ILPS dans cet appel commun. Le 21 mars est également le jour traditionnel du nouvel an célébré par les Kurdes et d’autres peuples du Moyen-Orient.  Plus encore, il est un symbole de résistance contre l’oppression, pour la Liberté et la Démocratie. Avec cette journée d’action, l’ICOR honore ses obligations contractées dans la mise en place du Pacte de Solidarité avec la lutte de libération Kurde, tant contre l’aggravation de la guerre impérialiste pour le dépeçage de la Syrie, que contre l’attaque du fasciste Turc Erdogan sur le canton d’Afrîne, au nord de la Syrie. La coopération avec l’ILPS, le mouvement de libération Kurde et ses alliés dans différents pays est à la fois une étape significative dans la coopération contre les forces impérialistes dans le monde, tout comme une étape dans le développement d’un « Front anti-impérialiste et antifasciste unifié » à l’échelle mondiale, dans l’esprit de la résolution finale de la troisième conférence mondiale de l’ICOR.

    3. Le but explicite de l’agression fasciste, selon Erdogan, est de liquider la Fédération Démocratique de Syrie du Nord et les réalisations de la révolution démocratique au Rojava.

    Cyniquement, les révisionnistes et les trotskistes ont poignardé dans le dos la lutte de libération nationale et déclarant que celle-ci fragmente la Syrie. Cela n’a pour but que de défendre le régime réactionnaire d’Assad et l’impérialisme Russe [|Pour ce qui est de la France, les Trotskistes ont applaudi à deux mains l’ASL, et ne se sont pas privés de participer hypocritement aux manifestations organisées par les Kurdes tout comme à celles organisées par les pro-Erdogan.] Nilüfer Koç, vice-président du Congrès National du Kurdistan (KNK), déclarait en mars 2018 : ‘La Fédération Démocratique de la Syrie du Nord (FDSN), est une alliance de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens, de Tchétchènes, de Turkmènes et des communautés religieuses Yezedies, Chrétiennes, Alévies et MusulmanesElle est une obstacle a la partition de la Syrie car elle se dresse pour l’unité de celle-ci et se bat pour la transformation radicale du régime actuel, répressif, du parti Baas. La FDSN combat pour l’unité et non la division de la Syrie.« 

    La défense d’Afrîne doit être un combat anti-impérialiste. Cela rend d’autant plus crucial la création d’un lien avec les travailleurs et travailleuses Turques et Arabes, tout comme les opprimés de foi musulmane, et d’agir contre tout séparatisme chauvin. La résolution de Seconde Conférence de l’ICOR au Moyen-Orient déclare : « Une coopération plus étroite entre les luttes de libération Kurdes et Palestinienne et des forces révolutionnaires croissantes peuvent donner une importante impulsion à la combinaison entre les forces révolutionnaires et progressistes. (…) La révolution démocratique [est] (…) un signal (…) qui illustre comment la lutte pour la démocratie et la Liberté peuvent déboucher sur une perspective positive. » A l’heure actuelle, les attaques réactionnaires et les menaces du régime sioniste en Israël, ainsi que celles de l’impérialisme Américain, contre la Palestine, le Liban et la Syrie se sont accrues. Elles ont déjà débouché sur des confrontations militaires directes. Après qu’un appareil militaire israélien, qui bombardait Damas, ait été abattu le 10 février, le Maher Al-Taher/FPLP a déclaré : « Tel Aviv n’est plus de maintenir isolés Gaza, le Liban ou la Syrie. … La coordination de la résistance a pris la décision stratégique de riposter sur chaque front contre Israël lorsque celui-ci attaque sur l’un d’entre eux. »

    Les forces anti-impérialistes sincères ont également des questions relatives à la coopération entre les FDS et l’armée Américaine. N. Koç a ainsi répondu a cet interrogation : « La Russie a exigé le leadership politique de la FDSN et que le canton d’Afrîne soit remis entre les mains du régime Syrien… Le Canton de Cizîrê, lui aussi, n’a pas été libéré pour les USA, mais bien pour les Kurdes, les Arabes, les Assyriens, les Yézédis, les Tchétchènes et les Turkmènes. Les YPG/YPJ et les Forces Démocratiques Syriennes sont constituées d’hommes et de femmes qui ne sont pas des mercenaires et des outils au service des USA.  La coopération des YPG/YPJ et des FDS avec les forces Américaines ou Russes était une coopération militaire contre l’Etat Islamique (…) Cela signifie : Cizîrê n’est pas une colonie Russe, ni Afrîne une colonie Russe (…) Les deux superpuissances [peuvent voir] les choses sous un angle différent, mais l’essentiel est la manière dont les habitants de la FDSN les conçoivent.(…) La résistance d’Afrîne parle pour elle-même : Afrîne ne sera pas une néo-colonie de quelque puissance que ce soit, quelqu’en soit le coût. »

    La bataille de Kobanê a déjà démontré que la solidarité internationale est une arme puissante. Elle est dirigée contre la contre-révolution internationale et contre tous les impérialistes. La révolution démocratique au Rojava est une épine dans le pied de tout ceux-ci. La lutte pour Afrîne, aujourd’hui, est une lutte pour tous ceux et celles que se sont dressés pour la paix, la liberté, la démocratie et le socialisme.

    4.Les récents développements de la situation à Afrîne illustrent qu’aucune aide n’est à attendre de la part des puissances impérialistes tant pour la population Kurde que pour les peuples de Syrie.

    Plus de sept million de personnes ont quitté la Syrie et près d’un demi-million ont été tués. Le régime réactionnaire d’Assad et toutes les puissances impérialistes et réactionnaires portent l’entière responsabilité de cette situation. Chacune veut se partager la Syrie sur le dos des peuples qui la composent. Les Etats-Unis, comme premiers fauteurs de guerre, veulent agressivement étendre leur influence, de pair avec l’OTAN. Les autres impérialistes et puissances régionales, comme la Russie, la Turquie, l’Iran ou l’Arabie Saoudite veulent se maintenir dans la région et accroître leur emprise.

    Il s’agit d’une évolution dangereuse, notamment car le grand nombre d’acteurs impérialistes, comme les USA, la Russie, Israël, l’Iran et la Turquie ont franchi l’étape de l’intervention directe avec leurs armées. Cela exacerbe terriblement le danger de guerre. Avec cynisme, les impérialistes occidentaux versent des larmes de crocodile sur les victimes civiles dans la Ghouta et dans l’est de Damas, en pointant du doigt les crimes de guerre d’Assad et de la Russie, notamment l’usage du gaz, mais restent silencieux sur la terreur exercée contre les civils par les gangs islamo-fascistes, gangs auxquels ils ont donné naissance. Dans le même temps, le silence est total quant à l’agression militaire faite par la Turquie, membre de l’OTAN. L’ICOR rejette catégoriquement toute intervention impérialiste dans quelque région de la Syrie que ce soit. Elle défend un mouvement pour la paix mondiale et pour la lutte des masses contre les agressions militaires par l’intégralité des puissances impérialistes sans exception.  L’ICOR rejette l’utilisation des armes chimiques, biologiques et nucléaires contre les peuples. Elle réclame le bannissement et la destruction de ces armes. Les intérêts du peuple Kurde, ainsi que de tous les peuples du Moyen-Orient ne peuvent être uniquement réalisés qu’à travers une lutte anti-impérialiste et la victoire contre l’impérialisme.

    Les développements récents démasquent la nature de l’impérialisme de manière claire. Les guerres impérialistes et le danger de guerre ne peuvent être éliminés que par la destruction du système impérialiste mondial, par la révolution. Seule la lutte pour un futur socialiste offre une issue.

    Pour parvenir a cette fin, l’ICOR et ses organisations membres doivent se renforcer davantage !

  • Lettre d’information de l’ICOR sur la situation à Afrin

    Lettre d’information de l’ICOR sur la situation à Afrin

    Afrin– Lettre d’information no 1

    20.02.2018

    1. Le Pacte de solidarité de l’ICOR avec la lutte de libération kurde

    Le Pacte de solidarité de l’ICOR, adopté en mars 2015, était un engagement volontaire à développer un travail pratique intensif de solidarité avec le Rojava, libéré de Daesh, à soutenir sa construction et à relier la lutte de libération kurde au mouvement révolutionnaire et ouvrier international. Il a été signé par 37 organisations. Les brigades de solidarité de l’ICOR avec 177 brigadistes de 10 pays pour construire le centre de santé à Kobaně en sont un exemple brillant. Entre-temps il est achevé en tant que maternité et plus de 4 000 bébés y sont déjà nés. Après que le régime fasciste turc a lancé une campagne d’extermination contre la lutte de libération kurde et les structures d’autonomie démocratique au Rojava, le pacte de solidarité a été modifié en octobre 2016. En cas d’escalade aiguë des attaques contre le Rojava, on avait déclaré, le cas échéant, d’appeler à une journée d’action mondiale. Ceci a également été confirmé à l’unanimité par la 3e Conférence mondiale de l’ICOR! Cette escalade aiguë s’est maintenant produite avec la guerre impérialiste pour la division de la Syrie.

    2. L’attaque du gouvernement fasciste turc contre Afrine
    Le 20 janvier 2018, le régime fasciste turc d’Erdoğan a attaqué militairement le canton d’Afrine dans la Fédération démocratique de la Syrie du Nord/Rojava. L’EI fasciste (Daesh) fut en grande partie battu par l’alliance militaire des Forces démocratiques syriennes (FDS) en Syrie sous la direction des forces d’autodéfense kurdes YPG et YPJ. Un facteur important à cet égard a été le lien avec la solidarité organisée à l’échelle mondiale, dans laquelle l’ICOR a également joué un rôle majeur.

    Dans une déclaration de l’organisation de l’ICOR MLKP, chargée de construire l’ICOR au Moyen-Orient, il est dit : « Afin d’empêcher la démoralisation de la population, ils (la Turquie) mènent une propagande massive. Les médias mentent en battant leur plein. Malgré toutes leurs pertes, ils rêvent toujours de contrôler les régions du Rojava et d’anéantir le mouvement pour la liberté. Mais ce que les fascistes et les contre-révolutionnaires de la région ont oublié : Le peuple a une volonté ! Ils ont gagné la liberté au Rojava et vivent une vie décente. Ils ont une avant-garde qui lutte et ils sont organisés. Les travailleurs, les femmes, les jeunes et les opprimés ont gagné la sympathie des peuples de ce monde. » (Bulletin international, 2/2018 – traduit de l’allemand)

    L’attaque militaire de la Turquie a été menée, tolérée par l’impérialisme américain et en coopération avec le régime russe de Poutine.

    Le 10 février, l’équipe syrienne de défense aérienne a abattu un chasseur israélien du F-16 près de la frontière commune. L’armée de l’air israélienne avait déjà attaqué des cibles en Syrie à plusieurs reprises. Elle a justifié ses attaques récentes comme réponse à un drone « iranien » qui aurait pénétré dans l’espace aérien israélien.

    L’année dernière, les États-Unis et la Russie s’étaient mis d’accord sur leurs zones d’influence. A l’ouest de l’Euphrate, la Russie et la Syrie feraient valoir leurs droits, à l’est les États-Unis. Les contradictions entre les États-Unis et la Russie s’accentuent actuellement.

    Le président turc Erdoğan menace l’impérialisme américain d’une « gifle ottomane », s’ils continuent à maintenir leur coopération avec les forces militaires des SDF. Depuis quelque temps, les forces fascistes islamistes iraniennes se trouvent sur le territoire syrien.

    L’impérialisme allemand est impliqué indirectement, mais maintenant aussi directement dans la guerre de la Turquie et dans l’agression contre Afrine, en fournissant des chars et en participant à des vols de reconnaissance en coopération avec les États-Unis. De plus il collabore étroitement avec le régime fasciste turc d’Erdoğan. Et il s’efforce de renforcer ses relations avec le régime irakien en lui offrant une formation militaire, afin d’accroître son influence au Moyen-Orient.

    Alors que les impérialistes les plus divers se sont servis jusqu’à présent avant tout de mercenaires ou de forces mandataires, maintenant un développement est en train de se produire où ils peuvent s’affronter directement, en particulier les États-Unis et la Russie. C’est un nouveau foyer incendiaire et dangereux pour la paix dans le monde.

    Au fur et à mesure que la crise du système impérialiste s’approfondit, la peur de développements révolutionnaires s’accroît chez les forces dirigeantes. Elles n’ont pas oublié le soulèvement démocratique en Afrique du Nord et dans le monde arabe, survenu fin 2010/début 2011. Par la répression, des concessions et l’établissement temporaire de gouvernements islamistes pro-impérialistes, il a abouti, après le renversement des dictatures, dans une impasse.

    Les États-Unis, en tant que principal belliciste dans le monde, ont provoqué le développement en Syrie de façon déterminante dans leur lutte pour l’influence en Syrie respectivement au Moyen-Orient. La Russie tente agressivement d’assurer son accès stratégique à la Méditerranée et coopère avec le régime anti-populaire d’Assad.

    Dans cette situation, il est très important que les forces kurdes et leurs alliés de toutes les populations du Nord de la Syrie se battent explicitement indépendamment de toutes les forces impérialistes. Riza Altun, membre du comité exécutif de la communauté des sociétés du Kurdistan (KCK) a expliqué dans l’article « La lutte pour la liberté poursuit sa propre ligne » (https://anfdeutsch.com, 28.01.2018): « Le maintien du régime en Syrie est très important pour la Russie. Mais l’approche russe va au-delà du régime en Syrie et d’Assad. Ce n’est pas Assad, mais la domination et l’hégémonie de la Russie en Syrie qui sont considérées comme absolues. (…) Alors que les États-Unis établissent d’un côté des relations avec les YPG, ils menacent et font chanter les YPG de l’autre côté pour les mettre en conformité avec une ligne nationaliste et d’État national. (…) Les États-Unis, donc une force impérialiste qui veut établir son propre système mondial, essaient d’exploiter les valeurs créées par la lutte pour la liberté d’une société. (…) Nous sommes engagés dans une lutte anti-impérialiste. (…) Les partenaires stratégiques de notre ligne sont les forces démocratiques mondiales, les forces sociales et les forces anti-systémiques. » (traduit de l’allemand)

    L’ICOR fait clairement la distinction entre les forces révisionnistes, néo-révisionnistes et trotskystes qui, actuellement, poignardent ouvertement dans le dos la lutte de libération du Rojava et la résistance à l’agression fasciste de la Turquie. C’est un atout de l’organisation révolutionnaire mondiale ICOR et de sa position anti-impérialiste cohérente.

    3. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire international est mis au défi

    Afrine lutte – Afrine vit!

    Malgré l’agression, depuis un mois, des forces armées turques et des bandes fascistes se dissimulant comme islamistes, les lignes de défense kurdes des unités de défense du peuple et des femmes continuent à résister sans fléchir. Les combattants composés de multiples ethnies – femmes et hommes – offrent une résistance farouche avec un grand courage héroïque, et les troupes d’invasion turques de la deuxième plus grande armée de terre de l’OTAN ne progressent que très lentement et se heurtent à une résistance féroce.

    Il y a une large mobilisation des masses au Rojava. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Afrine contre l’invasion turque. Des dizaines de milliers de personnes ont participé à une marche à travers le Rojava jusqu’à Afrine.

    Au Rojava, des milliers de personnes des autres cantons viennent dans le canton d’Afrine pour lutter contre l’invasion de la Turquie. Depuis une semaine, des dizaines de milliers de femmes manifestent dans le centre d’Afrine malgré les bombardements.

    La déclaration de Leila Khaled de la direction du FPLP (Front du peuple pour la libération de la Palestine) est un signal important dans la lutte contre la division entre Arabes et Kurdes. Elle a déclaré lors du 3e Congrès du HDP (Parti Démocratique des Peuples – Turquie) : « Je vous salue de la part du peuple palestinien. … Aujourd’hui, à Ankara, j’ai vu deux façades différentes. D’une part, tous les policiers qui ont encerclé la salle de congrès et occupé les rues. Nous voyons la même image également en Palestine. Mais d’autre part, j’ai vu ici les peuples de Turquie et du Kurdistan. Les voix qui s’élèvent dans cette salle couvriront le bruit des chaînes de toutes les prisons et deviendront l’écho des voix de tous les peuples. … Nous aussi, nous élevons nos voix contre la guerre en Afrîne. … Les peuples construisent la vie et l’avenir. Depuis cette salle, je salue tous les peuples qui résistent » (ANF, 11.2.2018)

    Dans le contexte de la solidarité avec Afrine, des millions de personnes dans le monde entier sont déjà descendues dans les rues et des manifestations ont lieu chaque jour. Dans de nombreux pays, nous connaissons également une forte polarisation, en particulier entre Kurdes et Turcs. Dans ce contexte, l’ICOR fait un travail d’éducation très important dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien!

    La 3e Conférence mondiale de l’ICOR en automne 2017 a décidé de développer l’initiative pour un front uni anti-impérialiste et antifasciste, également contre l’accroissement du danger de guerre, le virement à droite des gouvernements et la fascination des appareils d’État.

    L’ICOR est mise au défi de défendre la révolution démocratique d’Afrine/Rojava contre l’invasion militaire du régime turc, de défendre la lutte du peuple syrien pour sa libération du régime d’Assad et contre l’ingérence de toutes les forces impérialistes, et aussi dans la lutte contre le danger d’une guerre mondiale.

    À cette fin, une journée mondiale d’action serait appropriée pour la solidarité avec la lutte pour la démocratie et la liberté, pour le retrait immédiat de toutes les troupes turques d’Afrine, pour le retrait de toutes les troupes impérialistes de Syrie et pour la paix, la liberté, le socialisme.

    Le développement actuel contribue à clarifier le caractère de l’impérialisme et qu’il ne peut y avoir de libération de l’exploitation et de l’oppression par le biais ou en alliance avec les impérialistes. Seule la lutte pour un avenir socialiste offre une issue. Pour ce faire, il faut renforcer l’ICOR même et toutes ses organisations membres.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    Pourquoi les Etats Baltes ?

    Dans cette optique, les Etats Baltes sont une cible intéressante et cohérente avec les intérêts de la bourgeoisie russe.

    De nombreux aspects l’expliquent, certains purement contingents,  d’autres nettement plus politiques.

    Une forte composante de défense et de consolidation sous-tend cette pression sur les Etats Baltes. Même si la nature de l’Etat  a grandement changé depuis 1941, les dirigeants russes n’ont absolument pas oublié l’invasion germano-fasciste. Ils n’ont pas oublié que les Etats Baltes ont été l’autoroute de l’invasion. Ils n’ont pas oublié qu’il n’a fallu que deux mois pour atteindre Leningrad et l’encercler.  Eloigner la frontière des centres stratégiques à sous-tendu toute la diplomatie soviétique depuis la mi-1939. Elle explique la guerre avec la Finlande, pour quelques kilomètres salvateurs ; elle expliquait l’intervention en Bessarabie et dans les Etats Baltes.

    Aujourd’hui, les cent kilomètres qui séparent Narva, en Estonie, de Saint-Pétersbourg ne protégeraient guerre plus d’une journée d’une véritable offensive militaire de grande ampleur. Pour un Etat aussi méfiant vis-à-vis de sa situation géopolitique, une telle vulnérabilité est inacceptable. Cela explique également le verrouillage extrêmement ferme de Kaliningrad, véritable bastion sur la route du Nord.

    La question des populations Russes habitant dans les pays de la Baltique est également au centre des revendications de la Russie. L’immense masse d’individus ethniquement Russes est également un souci pour les Etats Baltes de culture germanique. Ils sont traités avec suspicion, comme une cinquième colonne, comme des traitres potentiels. Derrière cela, un fond de racisme anti-slave réside, avec une mise en avant des figures de la collaboration comme catalyseur. Citoyens de seconde zone, maltraités, ces russophones se tournent, par effet de miroir, vers la Russie, forment des organisations favorables à un rattachement, deviennent effectivement des agents de la Russie. Cette situation et cette trajectoire n’ont rien de novateurs, ils sont un phénomène qui s’est reproduit à plusieurs reprises dans l’Histoire.

    Il est difficile de déterminer quelle est la part de sincérité de la Russie vis-à-vis des minorités au sein des pays Baltes. Véritable souci ou paravent ? Difficile à déterminer, mais il est fort probable que la vérité se trouve quelque part entre les deux.

    Mais la Russie trouverait également des avantages éminents à pouvoir pressurer les pays Baltes, voir même les intégrer dans sa sphère d’influence par différentes méthodes d’intensité variables. Rompre l’isolement de Kaliningrad serait, pour Moscou, une grande avancée, lui permettant de mettre en valeur, de manière nettement plus efficace, son îlot gagné sur la Prusse-Orientale. Entouré de pays de l’OTAN, en face d’une mer hostile, l’enclave de Kaliningrad vit dans un climat de siège, dans un sentiment d’insularité.

    Autre aspect essentiel, la question des terminaux pétroliers et gaziers. Pendant la guerre, les soviétiques ont été confrontés au risque de se voir coupés des apports pétroliers du Caucase. Bakou, en Azerbaïdjan avait été la cible de la IV armée, en 1942-1943. Dans le cadre d’une politique de diversification des sources d’approvisionnements, les soviétiques ont ouvert Bakou II, dans le nord de l’Oural, au Timan-Péchora et dans la plaine de Sibérie occidentale. Cette région riche en gaz et en pétrole est désormais un des poumons économiques de la Russie.

     A l’époque, l’URSS, logiquement, avait choisi de construire ses infrastructures pour qu’elles soient les plus rationnelles. Ainsi, l’exportation du gaz ne passait pas par le golfe de Finlande, victime des glaces, mais bien par les terminaux portuaires de Ventspils, de Riga, de Liepaja en Lettonie et de Klaipeda en Lituanie. Ces villes étaient alors des villes soviétiques, dont l’immense avantage était d’être libres de glace pendant la plus grande partie de l’année.

    Aujourd’hui, ces villes dépendent de pays géopolitiquement hostiles. Faire pression sur les gouvernements inamicaux de ces Etats intéresse fortement la Russie, qui se verrait bien reprendre sa liberté d’exportation d’hydrocarbures. Une partie des lignes ont été remisées sur Saint-Pétersbourg, exigeant l’achat de gaziers de catégorie « glace », capable de fonctionner en hiver. Il s’agit d’un pis-aller dont la Russie se passerait bien, , d’autant que si un pétrolier est simplement un navire qu’on remplit de pétrole, un navire gazier exige des infrastructures extrêmement lourdes de liquéfaction du gaz.

    Mais assujettir ces régions serait également une manière de franchir le cercle d’acier qui entoure la Russie. Or, l’occident et l’ONU ont fait usage d’un certain nombre de procédés pour tenter de contrer l’influence grandissante de la Russie. Ces procédés ont fait long feu.

    D’une part car cette politique a renforcé, au final, le soutien au gouvernement, en accréditant la thèse d’une volonté occidentale d’encercler et de réduire la Russie.

    De l’autre car elle a poussé la Russie à changer ses orientations économiques.

    La Russie était un état rentier. Il exportait des armes, de la technologie -particulièrement militaire et spatiale- des denrées agricoles et minières, mais, surtout, du gaz et du pétrole. Un gaz et un pétrole dont les oligarques n’avaient qu’a ramasser les rentes, sans jamais investir dans le développement économique du pays. Les infrastructure et l’industrie du pays étaient en déliquescence plus ou moins complète.

    L’occident, en bloquant les exportations de la Russie, pensait la contraindre, l’étrangler. Or, les sanctions économiques n’ont pas eu l’effet escompté. La Russie à souffert un temps de cette perte. Mais le choc passé, les sanctions se sont avérées un boomerang.

    L’Histoire compte un bon nombre d’exemples d’échecs de ces systèmes. Privés de partenaires commerciaux chez qui ils pouvaient faire leurs achats de produits de haute technicité, ces pays ont du lancer des développements en interne, restructurer leur industrie industrialisante, recréer une base économique solide et autonome. En dernière instance, la Russie ressort renforcée de ce bras de fer. Elle a survécu au plus gros de la crise. S’il est trop tôt pour pouvoir déterminer quel est le résultat final de ces sanctions, il semble clair que la baisse du PIB enregistrée est temporaire. L’économie Russe se transforme, et s’oriente des échanges avec des partenaires privilégiés : Iran, Syrie loyaliste, Asie Centrale, Chine… en lieu et place de l’Europe. La place de la Russie, géopolitiquement, s’affermit.

    Un équilibre stratégique précaire.

    Stratégiquement, cependant, la Russie n’est pas en mesure de se montrer un compétiteur. Elle ne dispose pas de la capacité de projection de force de l’OTAN. La Russie n’est pas prête d’être une puissance aéronavale rivalisant avec les USA. Ni son industrie, ni son expérience ne lui permet de se placer sur la même marche du podium. Qu’il y ait alliance avec la Chine ou non, il ne paraît pas envisageable de voir un concurrent naval à Washington avant plusieurs décennies, et ce malgré les nouveautés présentées au salon de l’armement de 2014. Celle-ci promettent un accroissement des capacités aéronavales russes.

    Le soft power est également nettement plus réduit que celui de ses concurrents. Certes, l’antiaméricanisme est de bon aloi en occident. Les USA sont raillés, moqués ou conspués. Mais pourtant, de manière quasiment atavique, la présence sécurisante de leur armée est réclamée. Une grande partie de la gauche elle-même est marquée par cette américanophilie en filigrane.

    Elle progresse, il faut le noter. La Russie à récupéré de l’expérience soviétique certaines méthodes particulièrement efficace pour déstabiliser l’adversaire. Dès la Grande Guerre patriotique, les soviétiques sont passés maîtres dans l’art de la Maskirovka, le camouflage, la tromperie, la déception -au sens étymologique du terme, à l’opposé de « perception ». Joukov, préparant la contre-offensive de Stalingrad, avait masqué l’ampleur des préparatif par des dispositifs extrêmement sophistiqués, des leurres, des faux ordres, des clairons sonnant l’offensive de manière constante, un usage de la musique comme camouflage, mais également comme moyen de démoralisation.

    Aujourd’hui, ce sont les agences de presse du Kremlin qui font ce travail. Russia Today et Sputnik, tout comme Russia Beyond the Headlines ou d’autres, sont tout autant d’agences de la Maskirovka. Il s’agit, pour les russes, de provoquer la division au sein des Etats qu’elle affronte, de susciter des tensions et des conflits, de surfer sur ceux qui existent.

    Ces agences jouent sur deux aspects : une russophilie nostalgique de l’époque soviétique, nostalgique de l’URSS -particulièrement brejnévienne- qui se retrouve chez les individus liés au PCF ou aux organisations qui en sont issu. Ceux-ci ont une sympathique plus ou moins inconsciente pour la Russie et pour son gouvernement, et son empreints d’un désir de revanche contre l’occident capitaliste. Ils ne comprennent pas le changement de nature progressif de l’URSS, entre 1956 et 1991 et ne parviennent pas à tirer un trait sur la fin de l’Union Soviétique.

    Les seconds sont situés à l’extrême-droite, ils sont des admirateurs de l’aspect dur, viril, ferme et traditionnaliste du pouvoir du Kremlin. L’homophobie, le repli autour de la famille, de la religion, autour de la race, tout cela leur plaît. Ils voient en Poutine un rempart contre la déliquescence de leurs valeurs, tout comme un rempart contre le « mondialisme ». Ces individus fantasment sur un rapprochement entre la France et les BRICS, dans une idée de coalition des dominés contre les dominants.

    Il n’existe pas de muraille de Chine, par ailleurs, entre les deux conceptions, lesquelles s’entremêlent parfois dans une bouillie informe, mais dont les aspects majoritaires et principaux demeurent des tendances réactionnaires, négatrices de l’impérialisme français tout comme de celui de la Russie.

    Sputnik, Russia Today, leur servent la soupe dont ils s’alimentent et dont ils alimentent leur propagande. Ce n’est pas un hasard, si le 20 décembre 2017, pour sa soirée de lancement, la chaîne Russia Today recevait un panel de personnalités allant de Djordje Kuzmanovic le lieutenant barbouze de Mélenchon jusqu’à Nicolas Dupont-Aignant ou François Asselineau. Ce joli monde se rassemble autour d’une même ligne : négation de l’impérialisme Russe et de celui de la France.

    Ces chaînes sont des machines à Fake News capable de pouvoir déclencher des crises importantes et de brouiller les cartes. Ainsi, Sputnik avait déclaré la présence d’un porte-avion Chinois en méditerranée, clamant le début d’une intervention de l’Empire du Milieu en Syrie. Rien n’était plus faux, mais rien n’était plus difficile à vérifier sur l’instant. Le reste du temps, les prises de position réactionnaires ou fascisantes de ces journaux servent la soupe à l’extrême-droite et aux partisans de la European Race War. Ce n’est pas un hasard si les banques Russes ont financé le Front National.

    Il ne fait désormais aucun doute sur l’influence qu’ont eu ces médias sur l’élection présidentielle et sur la défaite de la candidate démocrate Hilary Clinton. Donald Trump, cela sera certainement prouvé par les enquêtes et les interrogatoires, a été aidé par des agents et des hackers russes. Il a bénéficié d’un soutien logistique de la part de la Russie, laquelle a aidé à la montée au pouvoir de ce personnage particulièrement inefficace. Les USA ont fait et auraient fait de même, il s’agit là d’un juste retour des choses, mais qui révèle la puissance montante de la Russie.

    Mais cela ne fais pas tout. Les budgets militaires sont invraisemblablement disproportionnés: les pays de l’OTAN ont dépensé, en 2016, 866 milliards de $ pour les questions relatives à leur défense. L’ensemble des pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai ont, quant à eux, utilisé 364 milliards, soit moitié moins. Cependant, dix ans auparavant, le ratio était de 10 : 1 (796,7 milliards contre 85). Il s’agit donc d’une perspective particulièrement intéressante à étudier, d’autant que le budget ne fait pas tout.

    Le matériel occidental est victime de la loi des rendements décroissants. Un F-15 des années 80 coûtait 31.1 millions de dollars. Un F-22 du début du XIXe siècle coûte 360 millions de dollars l’unité. Un F-35 – toujours non opérationnel – est annoncé à 299 millions de dollars l’unité, mais cette information est à prendre au conditionnel. Elle ne reflète pas non plus le coût du programme commun supérieur à 1 000 milliards de dollars. Cette hyperinflation des coûts se traduit par plusieurs choses :

    ·         Des avantages marginaux d’un point de vue opérationnel, malgré le fait que le F-35 soit considéré comme un « force multiplier », permettant d’accroître l’efficacité des forces combattantes dans le secteur.

    ·         Un vulnérabilité technologique plus élevée, induisant une usure prématurée, des pannes répétitives et une indisponibilité importante.

    ·         Un format militaire réduit, limitant la possibilité de manœuvre, la possibilité d’engagement dans la durée, de rotation du matérielle. Cette réduction du format rend également beaucoup plus difficilement acceptable les pertes.

    ·         Une perte de prestige importante en cas de destruction de l’engin pour son utilisateur, tout comme un victoire morale pour l’adversaire. L’exemple même est la destruction d’un F-117 furtif par les Serbes lors de la guerre du Kosovo.

    Le matériel occidental est conçu par rapport à des idées de contraintes budgétaires. Il est fait pour durer. Les B-52 datent de la guerre du Viêt-Nam. Les M1A1/A2 datent d’avant la guerre du Golfe. A l’inverse, le matériel Russe est conçu pour la casse. Un MIG-29 doit remplir sa mission. La survie est optionnelle et la réutilisation un luxe. Il en résulte une capacité d’engagement supérieure de la part des forces de l’Est. Pourtant, cette philosophie ne signifie absence de soucis pour la survivabilité. Pour la première fois depuis les IS-3 de 1945, une rupture technologique s’est faite dans les blindés. La mise en œuvre de protections passives et actives est central dans le nouveau char de Moscou, le T-14 Aramata. Entre les munitions tueuses de roquettes, les grenades fumigènes, la tourelle télé-opérée, l’équipement futur de l’Armée Russe laisse songeur.

    Il ne faut pas sur Cependant, il ne fait pas de doute quand au fait que la trajectoire des USA soit plutôt déclinante. Le poids de la dette, l’application de la loi d’Augustine sur les coûts exponentiels, la rupture d’un certain consensus post-onze septembre… de nombreux facteurs, évoqués dans  notre brochure Les USA et le monde ainsi que dans les divers articles que nous avons pu publier à la suite de l’élection de Trump permettent de s’en faire une idée.

    Si la Chine est certainement l’acteur géopolitique qui émerge le plus nettement comme un facteur de poids, à terme, la Russie lui emboîte le pas. Depuis la chute de l’URSS, sous une direction qui prend de l’assurance, elle vise à reprendre une place de poids dans les relations internationales. Le modèle qu’elle suit, en revanche, ne peut qu’évoquer une Russie tsariste, luttant contre le progressisme, luttant contre les idées d’égalité sociale, luttant contre les avancées démocratiques, plus qu’une URSS-bis, ce que certains s’obstinent à voir.

    Si le commerce international continue de passer par Suez ou par Panama, la route du pôle nord, ouverte par le réchauffement climatique, changera profondément les points de passage. Cette ouverture des côtes nord de la Russie est à la fois une aubaine pour elle, lui permettant de mettre en valeur cette région. L’accès au fond océanique est une source de conflits potentiels, en particulier avec le voisin d’en face, Canadien. Elle est aussi une menace, car la fonte des glaces entame une partie du front nord du Heartland, l’ouvrant aux possibilités de campagne militaire.

    Notre point de vue, contrairement à ce que certains navigateurs en solitaire du léninisme ont pu écrire, est celui du constat. Nous ne sommes pas des « kollabos » de l’impérialisme américain en indiquant que la Russie possède des projets géopolitiques, et que ces projets visent à assouvir certains intérêts de sa bourgeoisie, en particulier la plus agressive. La bourgeoisie russe à oscillé un temps entre être une bourgeoisie de compradores ou une bourgeoisie impérialiste. Si les investissements bancaires russes -visés par les sanctions, par ailleurs- n’en font pas une grande puissance économique, il ne fait nul doute qu’elle a l’ambition de la devenir, ainsi que la volonté politique.

    Communistes, nous sommes hostiles aux provocations militaires de l’occident contre la Russie, tout comme nous sommes hostiles à toute provocation militaire en général. Mais nous ne pouvons tracer une équivalence URSS – Russie, alors que, déjà, nous ne traçons pas une équivalence entre URSS jusqu’à 1956 et URSS de 1956 à 1991.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 4 – Ukraine

    La France et la trouée de Suwałki – partie 4 – Ukraine

    Ukraine.

    Parallèlement à la question de la Syrie, un autre secteur chaud a retenu la large majorité des attentions. L’Ukraine.

    Ukraine, étymologiquement parlant, est un nom qui résume son enjeu. Le nom est attesté au XVIIème siècle, et porte une signification lourde de sens. Il est issu de l’ukrainien Україна, Oukraïna ou du russe Украина, Oukraïna. Le terme signifie « bout, extrémité » en Russe ; en Bulgare il signifie « coin, terminaison, fin. » Étymologiquement parlant, l’Ukraine est une marge de l’Empire Russe, une zone tampon entre le monde Slave et le monde Germain et Latin. Carrefour des mondes, l’Ukraine est également un de ces points géopolitiques fort courtisés. Ce qui ne gâte rien, l’Ukraine est riche, riche d’une terre noire à l’Ouest, riche dans ses sous-sols à l’est. Elle attire et excite les convoitises à plus d’un titre.

    L’immense plaine Ukrainienne est le champ de manœuvre vers les Balkans, vers le sud de l’Europe, tout comme vers l’Oural. Les cavaliers d’Attila, de Gengis Khan sont passés par ce chemin. Les chars de Hitler également. Si les Etats Baltes sont le terrain de manœuvre du Nord, l’Ukraine monopolise le sud. Entre les deux, l’immense marécage du Pripet les isolent.

    L’Ukraine est une région divisée en trois. Un occident agricole, pro-UE, plutôt d’une teinte idéologiquement réactionnaire. C’est là que les nationalistes ukrainiens trouvèrent leur point d’appui, avec l’aide des services secrets Ouest-Allemands, pour continuer jusqu’en 1956 la guerre contre les soviétiques.

    L’est est de tradition ouvrière, le long du bassin du Donbass, industrialisé par l’URSS. Il est très clivé au niveau des votes, lesquels vont généralement vers des partis pro-russes. Les irrédentistes Russes ont ressorti des cartons poussiéreux du tsarisme le concept de Novorossia, Nouvelle-Russie, pour en justifier les velléités d’annexion.

    La Crimée est un cas à part. Elle n’a été intégrée dans l’Ukraine qu’avec Nikita Khrouchtchev, en 1954. Après la chute de l’URSS, en 1991, la base navale de Sébastopol est demeurée de facto sous le contrôle Russe, bien que de jure la région autonome de Crimée soit Ukrainienne. Elle compte 58% de Russes contre 24 % d’Ukrainiens, ce qui en fait la cible de l’irrédentisme grand-russe. De plus, la Crimée est un porte-avion incoulable sur la mer Noire. Elle est un bastion naturel, en témoigne les grandes difficultés qu’ont eu les Allemands à la conquérir. La base de Sébastopol est une forteresse dans la forteresse, elle est l’archétype de la base navale idéale.

    L’Ukraine est une cible de l’OTAN et, dans une moindre mesure, de l’UE. Dans Le Grand Echiquier, Zbignew Brzezinski voyait dans l’intégration de celle-ci dans les deux organisations un coup fatal porté à la puissance Russe. Consciente de cela, la Russie a tout mis en œuvre pour que cela n’arrive jamais, considérant que l’intégration géopolitique de l’Ukraine dans l’occident serait un casus belli.

    Dans cette situation, le gouvernement Ukrainien est fatalement tiraillé entre pro-russes et pro-européens. Entre 1991 et 2005, cependant, l’Ukraine demeure globalement dans des termes acceptables avec la Russie. 2005 marque l’arrivée de la « Révolution Orange », et l’irruption au pouvoir d’une coalition pro-Européenne, sous l’égide de Ioulia Tymochenko et sous la présidence de Viktor Iouchtchenko. Cette irruption a entraîné, de la part du Kremlin, une réponse politique forte, déstabilisant le gouvernement.  Le premier dure 9 mois, le second un an, le troisième – pro-Russe, sous la direction du Parti des Régions- un et demi, avant un retour de Tymochenko pour deux ans et trois mois.

    La période est marquée par des tensions importantes. Le levier de la Russie est le gaz. D’une part car l’Ukraine perçoit un loyer pour le passage des gazoducs, de l’autre car elle bénéficie de tarifs préférentiels. La Russie peut difficilement la contraindre directement, car un gazoduc ne s’éteint pas comme un interrupteur. Elle ne peut empêcher l’Ukraine de se servir. En revanche, en modulant la pression du gaz, elle peut en priver ceux qui sont en bout de file, notamment la France. C’est une France mécontente qui fait, au final, pression sur l’Ukraine pour qu’elle tempère ses exigences.

    En 2010, le retour du Parti des Régions au pouvoir, pour quatre ans, marque un retour d’une lune de miel entre les deux Etats. Viktor Ianoukovytch est élu et a comme premier ministre Mykola Azarov. Tymochenko, accusée de corruption, est emprisonnée, soulevant la colère de ses partisans.

    En 2013, la crise gronde. L’Ukraine est au bord de la faillite économique. Le salaire moyen est maigre (160€/mois), le pays est en surendettement complet. Il est la proie des vautours impérialistes. D’un côté l’UE refuse un prêt de 20 milliards d’Euros tout en promettant une aide financière, de l’autre la Russie propose 15 milliards de dollars contre l’ouverture des barrières douanières.

    L’attitude peut paraître étrange, mais l’UE ne veut pas offrir une somme colossale en prêt à un gouvernement qui lui est géopolitiquement hostile, argent qui sera, de plus, dépensé chez les Russes. Elle préfère traiter au cas par cas en fonction des intérêts des entreprises Européennes. Les Russes ont moins d’états d’âme, sachant que toute somme prêtée leur reviendra, avec intérêts, dans la poche, tandis que les produits Russes peuvent inonder le marché Ukrainien.

    L’annonce du rejet de l’accord avec l’UE, le 21 novembre 2013 a entrainé une onde de colère. Elle s’est transformée en mouvement appelé Euromaïdan, rassemblant plusieurs centaine de milliers de personnes. Ce mouvement de protestation s’est étendu sur plusieurs mois, avec des images spectaculaires d’affrontements entres partisans du pouvoir, opposants et police. 84 morts ont été recensés, avec un schéma de glissement vers la violence similaire à celui de la Syrie.

    Le mouvement prend fin avec une fuite du gouvernement Ukrainien vers la Russie, entraînant la mise en place d’un gouvernement pro-européen, particulièrement marqué à droite voire à l’extrême-droite néo-fasciste.

    Les fascistes ont d’ailleurs joué un rôle particulièrement important dans le mouvement de Maïdan. Si la très grande majorité des mobilisés portent des revendications libérales et une volonté d’ouverture vers l’UE, les fascistes ont réussit à pouvoir s’imposer comme une force de poids. Le Kremlin, les pro-russes, les anti-euromaïdan et les campistes ont eût tôt fait de cataloguer tout opposant au régime sous se terme là, niant la dimension géopolitique importante, cruciale, de la question.

    En revanche, il est indéniable que ce mouvement a donné un allant immense aux groupes d’extrême-droite Ukrainiens.  Ainsi, à Odessa, les militants de Pravyi Sektor incendièrent la maison des syndicats, tuant 32 personnes. Dans le gouvernement de Poroshenko, les fascistes de Svoboda et de Secteur Droit disposent d’une assise importante.

    A la suite de la mobilisation, une partie de l’oligarchie économique et industrielle de l’Ukraine se rallie au nouveau gouvernement, y compris dans la partie traditionnellement pro-russe. Dans les régions à forte présence russophone, des vexations sont mises en place, notamment contre la pratique de la langue.

    Le clivage s’est transformé en conflit.

    La Crimée a mis en œuvre, dans la foulée, un référendum sur l’indépendance. Le 16 mars 2014, elle proclame, avec 83% de votants et 96.77% de vote pour, sa sécession de l’Ukraine et son rattachement à la Russie. Le déroulement du référendum a été l’objet de vives critiques de la part des opposants, tandis que ses zélateurs l’ont applaudi des deux mains. Toujours est-il que la Russie, dans la foulée, est entrée en Crimée pour en prendre le contrôle. Les « hommes polis », comme les surnomment les Ukrainiens, cagoulés et silencieux, prennent le contrôle des institutions de la péninsule.

    Il s’agit là d’un fait incroyable. La Russie a pu ainsi prendre possession de ce territoire sans tirer un coup de fusil, sans un coup de canon. Après une telle opération, il aurait été logique de voir une levée de boucliers, voir même une escalade. Il n’en fut rien. Immédiatement après cette entrée fracassante, la Russie la minore de manière maximale. La désescalade est efficace. Des sanctions sont prises, économiquement, mais leur effet est -au final- contre-productif. Le marché russe chute de 10%, mais la banque centrale Russe relève ses taux d’intérêt pour stabiliser la monnaie. La Russie augmente de 80% le prix du gaz fourni à l’Ukraine, pour étrangler le pays et pour compenser ses pertes.

    De plus, la partie la plus pro-Russe de l’Ukraine est aussi entrée en rébellion contre le pouvoir. Elle a initié, sous un vernis soviétisant, la République Populaire de Donetsk et la République Populaire de Lougansk. Cette république autoproclamée est difficile à analyser. Les informations qui en sortent transitent souvent par le mémoire déformant du Kremlin ou de ceux qui lui sont hostiles. Il n’est pas évident de déterminer le caractère politique de cette région, bien qu’elle ait immédiatement suscité l’adhésion des forces campistes. Il est par contre notable que Hubert Fayard, ex-membre du Front National, soit le représentant de la République de Donetsk en France, illustrant un mélange des genres toujours vivant.

    En Avril 2014, les militants et militantes rejetant le nouveau gouvernement prennent d’assaut les bâtiments officiels et se déclarant indépendants. Le conflit prend une tournure militaire. Le pouvoir Ukrainien envoie son armée pour juguler la contagion et détruire les insurgés. L’opération est indiquée comme antiterroriste, mais ressemble à une guerre.

    Les villes sont bombardées, les villages sont incendiés. L’Ukraine utilise des chars, des avions de combat, des hélicoptères. Les insurgés répondent avec des armes fournies par la Russie et aux « égarements » de troupes Russes et du FSB de l’autre côté de la frontière.  Aux milices d’autodéfense des deux républiques répondent des groupes armés ukrainiens, dont l’un Azov, s’est taillé une sinistre réputation de bataillon néo-nazi. La ligne de front évolue peu, et, depuis 4 ans, le conflit semble s’être enlisé. Les bombardements sporadiques continuent, mais, là aussi, comme en Crimée, la situation semble être partie pour durer.

    L’objectif, à terme, semble d’établir une zone qui suivrait, grossièrement, le contour du bassin versant du Don, voir du Dniepr, et de rassembler les zones majoritairement russophones ou russophiles dans la fédération de Russie. Le fait que la Russie puisse, par des guerres interposées, avancer ses pions dans le secteur est une preuve de l’accentuation de sa puissance militaire et géopolitique. Le fait qu’elle cible les zones russophones et russophiles laisse supposer qu’elle peut reproduire le même schéma sur les Etats baltes, ce qui suscite l’inquiétude de l’occident et de l’OTAN. Les premiers, dans les derniers débats au sein de l’Organisation Atlantique ciblent désormais précisément la Russie comme la menace principale pour la paix et la sécurité des membres de l’alliance. Elle préconise donc un renforcement de la présence militaire en direction des frontières russes. Elle préconise, en premier lieu, de la renforcer dans la Baltique.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    Printemps Arabes

    Parti de Tunisie en  2011, le « printemps Arabe » s’est répandu comme une traînée de poudre à travers le proche et le Moyen-Orient. Ce mouvement s’est finalement heurté à deux types de régimes.

                    Des régimes fantoches, comme celui de Ben Ali et de Moubarak, l’un et l’autre étant des marionnettes sans grand soutien populaire, rapidement tombés de leurs piédestaux.

                    Des régimes autoritaires, mais disposant d’une assises sociale ou clanique, dans lesquels les tentatives de coups de force ont fait long feu et se sont transformés dans leurs nature, du fait de l’intrusion étrangère, pour devenir des leviers d’un bouleversement géopolitique.

    Les deux cas de figure dans lesquels la situation s’est éternisée sont la Lybie et la Syrie. Dans les deux cas, les Russes avaient des intérêts forts dans le secteur.

    En 2011, il ne fait pas de doute que Nicolas Sarkozy n’a pas oublié l’incartade avec Poutine, pourtant jugé encore faible. Cela joue probablement un rôle dans le fait que la France soit en tête d’opérations visant à soutenir les rebelles anti-Kadhafi en Libye. Kadhafi, accueilli en grande pompe en France en 2007, comme un ami par le président français, est vu comme un ennemi mortel en 2011. Celui qui servait de barrière anti-migrant a commis le crime de lèse-majesté d’octroyer une base navale aux Russes à Benghazi. Surfant alors sur le printemps Arabe, les Français, soutenus par les USA -et non l’inverse !- font tomber son régime, pour le remplacer par le chaos.

    Fait intéressant, l’Italie et l’Allemagne s’opposent ou s’abstiennent lors des votes à l’ONU concernant ces sujets. L’Allemagne était alors engagée dans la construction du projet de pipeline sous-marin Nord Stream 1, dont l’administrateur n’était autre de l’ancien chancelier Gerhard Schroeder. Celui-ci devait permettre de contourner les Etats Baltes et la Pologne [ainsi que le Belarus, au grand dam de celui-ci] pour délivrer le précieux gaz, provenant de Bakou II, à l’Europe occidentale. 2011, d’autre part, c’est l’accident du Fukushima, à la suite duquel l’Allemagne stoppe ses centrales nucléaires, augmentant d’autant sa dépendance énergétique. Ce projet à fini par capoter à la suite de questions de découpage des fonds marins, mais a été remplacé par un second projet, lequel n’est pas concerné par les sanctions contre la Russie.

     L’Italie, quant à elle, était en discussion sur la construction d’un autre pipeline, South Stream, permettant, quant à lui, de contourner l’Ukraine, la Turquie, la Roumanie. Ce projet, en concurrence avec celui des USA, nommé Nabucco, aurait arrosé directement la Bulgarie, la Serbie, puis l’Italie. Celui-ci a été abandonné le 1er Décembre 2014, d’une part du fait des entraves mises en place par l’UE, de l’autre comme mesure de rétorsion de la part de la Russie, qui a diminué l’approvisionnement en gaz de l’Europe.

    Syrie.

    A Lattaquié, l’armée Russe a pris ses quartiers, construisant une base aérienne, à quelques pas à peine de la frontière avec la Turquie. A Tartous, le long de la mer méditerranée, ils avaient installé une base navale. Celle-ci est essentielle à la stratégie Russe de débordement du cercle de fer qui l’entoure.

    La Syrie était une cliente de longue date de la Russie et la France. La première pour des liens géopolitiques datant de l’époque de l’URSS, la seconde pour le mandat donné par la S.D.N. après la Première Guerre mondiale.

    La France s’est toujours prévalue d’être la protectrice tutélaire des Chrétiens d’Orient, ce qui lui octroyait un informel mais très concret droit de regard sur les affaires au Levant. Les liens de clientèle avec le Liban et avec la Syrie ont néanmoins perduré, sous des formes également mafieuses.

    La concurrence de la part de la Russie a, en revanche, toujours été regardée comme une intrusion malvenue. L’accroissement de cette présence a joué un rôle certain dans l’appui de notre Etat à l’opposition contre Bachar Al-Assad. Comme en Côte d’Ivoire, la France, déçue par son laquais, choisit d’en placer un autre. Gbagbo contre Ouattara, Bachar Al-Assad contre l’ASL. A cette plaie s’est surajouté, comme une surinfection, la question de la base Russe, qui aiguillonne tous les acteurs géopolitiques. Avec la question Turque, la question Kurde, la question confessionnelle et la présence d’un Etat en faillite, l’Irak, la région est un bocal de nitroglycérine. 

    Au lieu d’une permutation propre et nette, l’affaire a cafouillé dans les grandes largeurs. Depuis 2011, la Syrie s’enfonce dans le chaos, dans un billard à quatre bandes, entre Loyalistes, ASL, Forces Démocratiques Syriennes, que nous soutenons au travers, notamment, de la participation à la campagne sur le Bataillons International] et Etat Islamique.

    Le passage d’une contestation pacifique et basée sur des revendications démocratique a un guerre civile est délicat à retranscrire. Les responsabilités sont floues et confuses. Il ne fait pas de doute que le régime a cherché à étouffer la contestation, cependant la présence d’agents provocateurs hostiles au régime, tirant aveuglément dans la foule, est attestée par plusieurs témoins.

    D’une manière générale, cette brochure n’a pas vocation à trancher cette épineuse question. Toujours est-il qu’un soutien logistique et des moyens technologiques ont été fournis aux rebelles, leur permettant de se montrer particulièrement efficaces contre l’armée loyaliste.

    La Russie a fait de même de son côté, le 15 septembre 2015, Vladimir Poutine déclare « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire  ». Mais là où elle a réussit à œuvrer particulièrement intelligemment, c’est dans le fait de saisir la balle au bond. L’irruption du terrorisme de l’Etat Islamique en France et en occident ont permis de transgresser les barrières de l’engagement militaire.

    Si l’occident est resté d ans une politique du drone strike et des opérations limitées, la Russie a fait preuve d’un investissement très important dans le conflit. Surtout, elle l’a fait de manière efficace. Au lieu d’actions sporadiques, elle a utilisé ses troupes en appui tactique des forces loyalistes. A partir du 30 septembre 2015, celle-ci ne reculent plus.

    Les pertes sont modiques (26 hommes, deux hélicoptères et un bombardier détruit par la Turquie) alors que les résultats sont immenses. Deux effets sont notables : le premier est une démonstration de force et de capacité d’intervention qui stupéfie les observateurs. La Russie use, parfois sans grand discernement, de ses armes de pointe. Dès le premier jour, elle met en scène un lancer de missiles 3M-54 Kalibr, dont nous avons parlé plus tôt. Cela ne se justifie pas techniquement, pas plus que l’emploi de Tu-22M pour bombarder au jugé. Mais l’occasion est trop belle pour ne pas tenter d’en étal.

    La seconde est politique : elle dore un blason fort terni. Les campistes se pâment et portent aux nues la moindre avancée comme si elle était le fait de l’Armée Rouge ; les fascistes saluent Poutine et Bachar comme des remparts à l’Islamisme ; la droite fait de même. Finalement, seul le PS, les trotskistes et certains anarchistes restent solidaires de l’ASL. Le camp pro-occidental s’étiole.

    Dans un sens, la guerre de Syrie est une nouvelle guerre d’Espagne, d’un point de vue géopolitique. Chaque camp s’y jauge, jauge ses adversaire, fait preuve se sa capacité opérationnelle à soutenir telle ou telle force. La différence est que le camp du progrès, incarné par les FDS, est nettement moins puissant et nettement moins soutenu.

    Ce conflit est l’occasion d’une rencontre entre deux acteurs géopolitiques opposés.

    La Turquie soutient l’ASL et, en sous-main, fourni une assistance à l’Etat Islamique. Son objectif stratégique est de conquérir le nord de la Syrie, de rafler les régions riches de ce secteur et de détruire les bases arrières de la guérilla du PKK. Elle a donc des visées antagoniques à celles de la Russie, sur la question de l’intégrité territoriale de la Syrie, mais également vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN, qui soutiennent de manière croissante la très efficace armée des FDS, notamment l’YPG. Le brouillard de guerre est total.

    Le 24 novembre 2015, la Turquie abat un Su-24M Russe, qui avait franchi son espace aérien. Un pilote est tué. Un froid s’installe, avec des sanctions prises. Elle met un an a se dénouer.

    Son dénouement, en revanche, est incroyable. La Russie et la Turquie se rapprochent et concluent un accord. Cela permet de terminer la bataille d’Alep-est, la Turquie donnant l’ordre à l’ASL de se retirer et de remonter frapper les arrières des forces Kurdes. Elle illustre une capacité de la Russie à pouvoir trouver des modus vivendi entre forces antagoniques, au prix de la vie des progressistes sincères.

    Aujourd’hui, ce conflit est en passe de se régler. l’EI est en déroute. Le temps du partage, pour la Russie, est venu. Elle a proposé aux YPG et aux combattants du Rojava de réintégrer la Syrie et de se mettre sous sa protection, en échange de la perte de l’indépendance. Face au refus de ceux-ci, elle se contente de regarder la Turquie tenter d’écraser la poche d’Afrin.

    Le régime d’Erdogan, pourtant membre de l’OTAN, vacille sur son alignement. C’est un signe. Erdogan  flaire que son engagement au côté de l’UE est un jeu de dupe. Malgré ces liens économiques avec l’Allemagne, malgré que l’Europe le soutienne, l’entrée dans l’Union se heurte à une fin de non recevoir constante. Il est l’allié gênant, le larbin faisant le sale boulot, tandis que ses maîtres gardent les mains propres. Persona non grata en occident, il s’ouvre au chant des sirènes moscovites.

    Le 21 novembre 2016, nous écrivions dans La Turquie fait les yeux doux à l’organisation de  Shanghai : « Cherchant sa place dans un échiquier géopolitique au sein duquel elle voudrait exister en tant que puissance régionale, pas seulement en tant que zone d’opération, logiquement, elle monnaie.

    Elle a monnayé sa politique sur les migrants auprès de l’UE, acceptant subsides et investissements, mais n’obtenant pas ce qu’elle souhaite, une reprise des discussion sur son adhésion. Critiqué -mais pas condamné- par l’Union Européenne et l’ONU à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur le pays depuis Juillet, ciblant principalement les progressistes de HDP et les kurdes, le président de l’Etat Turc a donc répondu par une pique.

    Erdogan a donc déclaré: « Certains pourraient me critiquer mais je fais part de mes opinions. Par exemple, je me demande pourquoi la Turquie ne rejoindrait-elle pas l’Organisation de Shanghai? » De même, il menace d’un référendum sur le processus d’adhésion à l’UE avant la fin de l’année si celle-ci ne reprend pas les négociations.

    Bonne marchande, elle monnaie son allégeance à l’autre coté, pour flairer si l’Organisation de Shanghai lui offre mieux. Quant à savoir si il s’agit d’un virage complet ou d’un bluff pour faire monter les enchères, difficile à dire.

    Pour autant cela est révélateur de la situation particulière dans laquelle se trouve l’équilibre militaire: La Turquie, depuis son apparition, à la partition de l’Empire Ottoman, a été l’objet de toutes les attentions, pour bloquer l’URSS naissante, pour verrouiller ses détroits, à l’inverse, de pressions de l’URSS pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour qu’elle intervienne; mais également bastion de l’OTAN et de la réaction pendant la guerre froide. »

    Les alliances sont instables et sont souvent empreintes d’esprit de girouette. Mais elles sont révélatrices des rapports de forces internationaux. Aujourd’hui, des Etats opportunistes peuvent déclarer leur souhait de se lier à la Russie, non par amour, mais bien parce qu’elle semble apporter un nouveau souffle impérialiste, un nouveau partage du monde, dans lequel certains aimeraient se voir jouer le rôle de gagnants.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 2 – La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 2 – La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    La lente montée en pression entre la Russie et l’occident.

    Dans notre brochure sur la géopolitique américaine, nous avons eu l’occasion d’évoquer les problématiques particulières du rapport entre les USA et la Russie. Les Etats-Unis ne peuvent fondamentalement pas accepter une expansion incontrôlée de la Fédération de Russie, de même que de la part de la Chine, du fait d’un antagonisme géopolitique « génétique ».

    Pour résumer brièvement : Dans la conception géopolitique américaine, la Chine et la Russie font partie d’une zone du monde nommée heartland : le pays du cœur. Cet espace continental, à mille lieues de toute mer, formerait un bastion imprenable, une forteresse inexpugnable, qui permettrait à la puissance qui la contrôle d’être à l’abri de tout débarquement de troupes ennemies, de tout raid d’importance, de toute conquête de long terme.

    Les exemples militaires ne manquent pas. Les « courtes jambes » de la Luftwaffe, pendant la Seconde Guerre mondiale, n’ont pas permis de frapper les grands centres industriels de l’Oural, laissant intact le potentiel militaire soviétique évacué vers l’est. Dans le même ordre d’idée, l’immensité de la Chine l’a rendue impossible à conquérir par les envahisseurs japonais pendant la guerre de  1931 à 1945.

    La grande terreur des USA serait de se retrouver face à une Chine et une Russie ayant un accès illimité au commerce international, capable de concurrencer l’Amérique, économiquement parlant, tout en ne pouvant être contraint militairement.

    La chute de l’URSS avait, provisoirement, écarté cette menace. La victoire définitive du libéralisme et du libre-échange, dans l’esprit des tenant de la « fin de l’Histoire », devait conjurer définitivement le risque d’une nouvelle guerre mondiale.

    Or, il n’en fut rien. Les Etats capitalistes n’ont que deux destins : devenir impérialistes ou finir par être sous domination d’un autre. La Russie ne déroge pas à cette règle.

    Ieltsine était un bon agent, pour l’occident. Il en avait fini avec une URSS chancelante, avait livré l’économie à la prédation des investisseurs, avait livré les populations de la Russie à la misère noire. Sans qu’il soit possible de faire de lui un compradore, il n’en représentait pas moins une assurance d’une Russie faible et vulnérable.

    Son dauphin, Vladimir Poutine, a imposé une autre ligne. Depuis son arrivée au pouvoir, en tant que président du gouvernement (premier ministre) le 9 août 1999, la ligne défendue par le nouvel homme fort fut une constante : une mission de restauration de la puissance et de l’influence géopolitique de la Russie dans le monde. Le discours impérial, nourri d’un mélange de nostalgie brejnévienne et tsariste, a trouvé un auditoire et un électorat. L’idée-maître était donc la suivante : La Russie ne sera plus jamais humiliée.

    L’arrivée de Poutine

    Malgré le fait que les observateurs occidentaux tendent systématiquement à présenter l’élection de Poutine comme le fait d’un coup d’Etat, il est indéniable que l’ancien agent du KGB dispose d’un appui important dans une population russe qui a vu son niveau de vie pulvérisé par la fin de l’Union. L’image présidentielle, virile, solide, dirigiste, plaît. L’attitude face à des questions sociales, vis-à-vis des oligarques, des nouveaux-russes tant haïs, lui a accordé une image de dirigeant sévère mais juste.

    Les changements de frontières ont créé un sentiment de mutilation. Celui-ci s’est doublé d’un sentiment d’encerclement : les anciennes démocraties populaires passant dans l’Alliance Atlantique ou rejoignant l’UE, les conflits sur les anciennes marches… L’application, notamment sous la houlette de

    Zbinew Bzrezinski, du roll back, a été perçue par les russes comme une volonté de les refouler hors d’Europe. L’installation de régimes antirusses et réactionnaires, en Pologne, en Ukraine, dans les Etats Baltes est apparue comme un retour du « cordon sanitaire » conçu pour  isoler la Russie.

    L’attitude des membres de l’Union Européenne, sans être aussi agressive frontalement, s’est traduite par la volonté de maintenir un équilibre géopolitique en Europe. Ainsi, au gré des rapports de forces, la Russie à vu se réchauffer et se refroidir tour à tour l’attitude des différents membres de l’UE.

    La fin de la guerre de Tchétchénie, réglée par l’usage de la force brute, a redonné à la Russie la maîtrise de son territoire. L’arrêt des combats, malgré la poursuite d’attentats spectaculaires -mais ponctuels- fut le signal de la fin de la reconquête intérieure. Malgré le fait que la région reste en proie a une situation conflictuelle, la poigne de fer des Kadyrov père et fils a étouffé toute révolte d’ampleur.

    En 2001, Chine ; Russie ; Kazakhstan ; Kirghizistan ; Tadjikistan et Ouzkekistan, initie une politique de travail commun et de coopération militaire entre ces différents Etats. Elle a été rejointe en 2017 par l’Inde et le Pakistan (!) renforçant l’influence de celle-ci. Cependant, dès sa création, elle est analysée comme une défiance face à l’occident et aux USA. Pire, elle incarne, géographiquement parlant, un avatar du Heartland unifié tant redouté.  

    Dès cette période un climat de Guerre Froide-bis est apparu. La Russie est revenue sur le devant de la scène comme un adversaire important. Il est apparu au grand jour que l’affaiblissement relatif des USA et de l’occident, à la suite de la crise économique avait permis à la Russie de pouvoir mener de nouveau une politique offensive. Signe avant-coureur, le 7 juin 2007, lors du G8, le président français fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, avait été mis « K.O. debout » par son homologue Russe. Après que le premier ait voulu évoquer « des sujets qui fâchent », le second lui aurait rétorqué « C’est bon t’as fini là ? […] Alors maintenant de deux choses l’une, ou bien tu continues sur ce ton et je t’écrase ou alors tu arrêtes de parler comme ça et tu verras. » Une manière de marquer le terrain d’emblée.

    La même année, au mois de décembre, la Russie annonce le retour des patrouilles de bombardiers stratégiques autour de son territoire, impulsant ainsi une volonté de frapper les esprits. Les Tu-95 et Tu-22M, capables de faire effectuer des frappes nucléaires, ont ainsi repris l’air de manière régulière.

    Un étape a été franchie avec la guerre de Géorgie, en 2008, dans laquelle la Russie est intervenue militairement sur le territoire d’un autre Etat souverain, la Géorgie, dans le but, manifestement cynique, d’appuyer l’indépendance de l’Ossétie du sud. Cette intervention a été la démonstration d’une maîtrise renouvelée de l’art opératif, pour une armée sous-estimée systématiquement, mais également de la faiblesse de l’OTAN et de l’occident, incapable de venir en aide au régime de Saakatchvili, pourtant allié.

     

    Il s’agit d’un moment où une nouvelle dimension apparaît dans les discours. Tout comme à la grande époque du panslavisme, la ligne du Kremlin s’enrichit d’une rhétorique du rôle de la Grande Russie : celle d’être la protectrice des Slaves et de ses peuples.

    Aujourd’hui, la Russie communique fortement sur la question des minorités nationales russes présentes -et maltraités- dans les Etats Baltes. Il est vrai que ces immenses populations (près de 40% de la population de la Baltique) sont traité d’une manière particulièrement dure, en particulier en Lettonie, où elles forment des cohortes de citoyens de seconde zone.

    La Russie mène désormais une politique d’irrédentisme grand-russien, souhaitant récupérer et intégrer au sein d’un même espace national toutes les communautés russes situées hors de ses frontières nationales. Cet argument a été mis en avant dans l’invasion de la Crimée de 2014 tout comme dans les opérations de protection dans le Donbass au cours de la même année.

    Fort logiquement, cette attitude a entraîné une réaction en retour. Les tentatives de la Russie de sortir de l’étau formé par des Etats hostiles se heurtent désormais à une réaction de plus en plus vive.