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  • Stoppons Parcoursup – Le Nouveau Bac – La sélection

    Stoppons Parcoursup – Le Nouveau Bac – La sélection

    Lycéens et lycéennes, que vaudra votre Bac ?

    Bacheliers et bachelières, serez-vous traités comme du bétail ?

    Etudiants et étudiantes, que vaudront vos diplômes ?

    Parents, voulez-vous voir vos enfants déclassés ?

    Enseignantes et enseignants, deviendrez-vous des robots à notes ?

    Personnels et administratifs, serez-vous les larbins d’investisseurs ?

    Le chaos et la misère,

    voilà l’avenir que le gouvernement vous réserve !

    Surfant sur l’échec pitoyable de Post Bac, le gouvernement mène un charge, tambour battant, contre les droits sociaux, contre l’avenir de la jeunesse, contre la situation de l’enseignement et de l’éducation. Cette bataille qui s’ouvre est cruciale : elle est la bataille pour l’avenir !

    Un Baccalauréat sans valeur.

    Aujourd’hui, l’accès au Bac ne se fait pas dans les mêmes conditions. L’inégalité sociale est flagrante, la sélection est impitoyable. Cependant, dans la théorie, un Bac est équivalent à un autre Bac. Cette garantie est le fait d’un examen national, encadré, sous anonymat. Cette garantie précaire est une protection pourtant vitale.

    Car le gouvernement a pour ambition de remplacer cette épreuve par un contrôle continu doublé d’un grand oral. Ce contrôle continu rassure probablement certains, mais il ouvre en réalité les portes de l’enfer.

    Car le contrôle continu ouvre la voie aux variables. Comment évalue un enseignant dépend de sa personne, dépend de son appréciation, dépend de nombre de facteurs. La note est subjective et, parfois, pédagogique. Si les notes deviennent le critère d’accession au Bac, les enseignants ne sont plus que des machines à distribuer des tickets pour le show final. Chaque contrôle devient un examen, alors que le principe de l’année scolaire est d’apprendre à maîtriser les connaissances et les compétences pour se présenter à l’examen. S’il n’est plus possible d’avoir de marge de manœuvre, toute pédagogie sombre dans les oubliettes au profit du bachotage.

    Tricherie, corruption et conflit sont les conséquences directe de ce mode de fonctionnement. Pressés, tenus à la gorge, les élèves chercherons à tout prix à avoir les notes maximales, quitte à quitter les sentiers de la légalité. Chaque mauvaise note devient une menace sur la poursuite d’étude, une mauvaise notre n’est plus un avertissement sans frais, elle devient une déclaration de guerre face à l’avenir de l’élève.

    Les lycées n’ont pas tous la même réputation. Le Bac anonyme, malgré ses faiblesses, permettait une harmonisation de la valeur de celui-ci. Sans cette étape, un Bac portera, pour le meilleur et pour le pire, le sceau de son établissement d’origine. Il deviendra subjectif. Un Bac de lycée bourgeois et un Bac de  lycée populaire seront deux morceaux de papiers sans la moindre valeur en commun. Pire, le Grand Oral doit compter pour 15% de la note. Comment ne pas croire que la subjectivité, les à-priori, les jugements de valeur et de classe ne joueront pas sur la note ?

    Cela ouvre la voie à des établissements d’élite, chers, réservés aux nantis, aux riches, avec des bacs portant leur sceau, mais purgeant sans merci à la moindre faille. Pour avoir un bac prestigieux, il faudra passer par le tiroir-caisse.

    A l’inverse, les élèves des classes populaires, déjà stigmatisés sur le marché du travail, le seront d’autant plus en fonction de la réputation de leur établissement. Cela ouvre la voie à tout un univers de suspicion envers l’établissement. Un bac obtenu de justesse dans un lycée difficile sera synonyme de mauvais élève, mais un bac obtenu haut la main jettera le doute sur la probité des enseignants. D’ores et déjà, APB et ses appréciations posaient ces problèmes, le nouveau Bac et Parcoursup les multiplieront au centuple !

    La saveur des Bacs : un goût douteux.

    Liquider les filières pour remplacer la Terminale par une « classe de maturité » dans laquelle les élèves choisissent la composition de leurs cours, cela peut paraître une excellente idée. Sauf que l’emballage camoufle un contenu nettement moins charmant.

    Cette fragmentation n’a pas pour but de répondre à des intérêts pédagogiques. Elle laisse entre les mains des chefs d’établissement la possibilité de pouvoir ventiler comme bon leur semble les options proposées. Libérés de l’obligation d’entretenir des filières jugées moins prestigieuses, certains les liquideront discrètement. Cela ouvre la voie à des lycées L, des lycées ES, des lycées S;  STMG ; STSS…etc. Ces lycées se feront la guerre entre eux pour capter les bons élèves, lesquels auront un Bac AAA, tandis que celui des autres aura une cote de confiance moindre.

    Ces Bacs seront constitués de blocs de compétences, non de qualifications. Loin d’être un simple jeu d’appellation, la nature de ces termes est juridique. Une qualification a une valeur reconnu, quantifiable, donnant droit à un statut. Une compétence est une choses sans valeur qui sert à meubler un CV et à le faire valoir. Mais cela reste à la libre appréciation du recruteur. 

    Parcoursup ou le règne de l’arbitraire.

    Admission Post-Bac avait entamé ce travail de liquidation du droit d’accès à l’enseignement supérieur. En préparant un système sélectif, autour d’un algorithme obscur, APB créait un préalable, désormais les universités n’étaient plus tenues de conserver des places pour les nouveaux arrivants. Elles en ont profité pour inscrire en catimini une sélection illégale, sur des critères académiques, et pour pouvoir installer une gestion autoritaire des flux d’étudiants, les dispatchant au cours « d’entretiens d’orientation. »

     Parcoursup poursuit cette logique. Désormais les conseils de classe ont le devoir impératif de commenter la question de l’accès à l’université. Ce fait est tout sauf anodin. Commenter un droit est un préalable à poser des conditions à son respect.

    Parmi ces conditions, la question d’une acquisition de pré-requis est une des plus frappantes. Elle signifie donc que l’obtention du Bac n’est plus un critère en soi, mais qu’il doit s’accompagner d’une remise à niveau. Or, cette remise à niveau est une aubaine pour les écoles privées et pour quelques enseignants et enseignants sans vergogne : voilà un marché offert en cadeau. Voilà une belle manière de soutirer de l’argent aux étudiants et à leur famille, alors que les bourses elles-mêmes sont en passe d’être remplacées par des prêts bancaires.

    Mais surtout, la suppression de la hiérarchisation est une bombe atomique lancée sur l’orientation. L’élève ne pose plus ses demandes, il devient une variable, un objet, une marchandise, placée dans un réservoir au sein duquel les écoles viennent se servir au gré de leurs désirs. En fait d’orientation, c’est une mise à disposition qui se fait. Il est par ailleurs magnifique de constater que le gouvernement a prévu un amendement qui garanti l’opacité de son outil. Ce vote s’est fait de manière éloquente, l’amendement ayant été titré comme décrivant une possibilité d’accès au processus d’attribution des voeux, mais contenant en fait un texte qui le rend impossible à obtenir de manière claire. Une sorte d’aveu en demi-teinte.

    L’Université et la sélection.

    L’Université elle-même n’est pas épargnée par cette politique. Affamée par la baisse constante des budgets, elle se retrouve dans une situation où il lui est impossible de pouvoir accueillir les néo-bacheliers. Cette politique de sevrage de date pas d’hier, nous y revenons plus loin. Ses effets, en revanche, sont clairement visibles : les places se tarissent, les universités purgent entre deux semestres et elles aiguillent de forces leurs étudiants vers les places restantes, en leur faisant miroiter des débouchés qui n’existent nulle part.

    Avec l’étranglement qui s’accroît, les universités sont mises en demeure de trouver d’autres manières de pouvoir faire face. L’une des solutions est celle de la hausse des frais d’inscription, que certains voudraient voir passer à 4 000 ou 5 000 €, l’autre est celle de la réduction des places et des filières.

    Déjà une première rationalisation a été opérée, transformant la première année d’université en Terminale-bis, mais servant en fait de pédiluve avant l’entrée dans les études. En fonction des désirs du conseil d’administration, les aiguillages se font par une sélection informelle.

    L’an dernier, le ridicule tirage au sort a été mis en place pour pallier à ce problème de place. Ce tirage au sort n’a permis que de légitimer le fait de laisser sur le carreau des étudiants privés de places, tout en en prenant arbitrairement d’autres. Ce ridicule achevé a permis une chose : avaliser une sélection active, la rendre acceptable.

    L’année qui s’ouvre est celle d’une sélection accrue, elle est celle de l’hémorragie. Elle est une année de tous les dangers, d’autant que le syndicalisme étudiant de lutte a été étrillé durant la décennie précédente.

    -Lycées et Universités sont dans le même bateau.-

    D’où sortent ces attaques ?

    Il existe une triple stratégie derrière ces transformations de l’enseignement secondaire et de l’université. La première est une stratégie visant à se conformer aux accords de l’OMC, stipulant que l’éducation est un marché qui se doit d’être ouvert à l’investissement privé et dans lequel la concurrence du secteur public doit être la plus réduite possible. Cette stratégie est celle de la libéralisation la plus large de l’enseignement.

    Au sein des universités, elle s’est traduite par le processus de Bologne. Ce processus vise à développer des compétences élargies pour les universités, de doter les président et les présidentes ce celles-ci de pouvoirs accrus. Elle a pour ambition de réduire le financement étatique des universités et de les pousser à nouer des partenariats avec le privé pour trouver les fonds nécessaires à son fonctionnement. Ces partenaires privés ont des places attitrées dans les conseils d’administration, ce qui leur permet de peser – plus que quiconque !- sur les décisions, notamment sur la question de la masse salariale et la gestion du personnel dans le but de réduire les coûts de fonctionnement. Plus encore, elle offre la possibilité aux investisseurs de définir les maquettes des  filières, de pouvoir créer leurs propres Licences ou Masters qui correspondent étroitement à leurs intérêts. Car, derrière les déclarations de principe  sur l’excellence et la beauté de l’enseignement, le but d’un capitaliste reste le retour sur investissement. Cette politique s’est incarnée dans la Loi sur la Responsabilité des Universités, fortement combattue à l’époque, et désormais actée.

    La politique vers les lycées n’était pas différente. En 2005, François Fillon avait été le fer de lance de la mise en place d’une politique d’autonomie des lycées. Celle-ci a avorté suite à la mobilisation massive des enseignants et enseignantes, des élèves et de l’hostilité des administrations. Mais l’idée n’a pas été détruite, elle a simplement été repoussée à plus tard. Déjà, à cette époque, les projets de nouveau bac fleurissaient. Treize ans après, l’offensive reprend de plus belle, mais face à une opposition dévastée.  En fracturant davantage les situations des lycées, l’idée est d’accorder la gestion des recrutements et de la masse salariale aux chefs d’établissements, devenant « patrons » de leur lycée.  L’idée est également d’individualiser le statuts des enseignants, de compter d’une manière sans-cesse accrue sur des contractuels, en somme de s’attaquer sournoisement au statut des fonctionnaires.

    Car la deuxième stratégie est là : benchmarker les lycées et les universités. La Révision Générale des Politiques Publiques, orchestrée par Sarkozy, poursuivie par Hollande, suralimentée par Macron, a pour ambition d’évaluer et d’étalonner la performance des services publics. Cela pourrait passer pour une idée candide, mais les critères retenus sont terrifiants. L’idée est de prendre comme maître étalon la rentabilité du privé et de l’appliquer au public. Or, ce qui est concevable dans le cadre d’une entreprise capitaliste, dont le maître-mot est cette rentabilité, ne peut l’être dans le cadre d’un hôpital, d’un lycée, d’une université. Il est exigé d’atteindre un équilibre entre recettes et dépenses pour des administrations qui ne peuvent être, par définition, rentables. Cette rationalisation se traduit donc par la désertification, par le rassemblement dans des pôles concentrés, mais également pas une attaque sur le statuts des individus qui travaillent en son sein. Remplacer l’emploi public par de l’emploi précaire, voilà leur solution. La qualité passe à la trappe, de toute manière elle n’est pas éprouvée par ceux qui détermine ces lois, lesquels ont les écoles de leur classe sociale tout comme leurs hôpitaux privés. Qu’importe si les frais d’inscription sont haussés ou si les frais de soins explosent, les banques seront ravies de prêter de l’argent. Il s’agit également d’un des bénéfices secondaires, celui de forcer à l’emprunt privé, à la place de bourses sociales moribondes.

    Troisième objectif stratégique, la bataille de l’emploi. Véritable manœuvre de génie, cette opération ciblant les universités et les lycées sert de contrefort à l’offensive sur l’emploi. Fragmenter en petites filières estampillées par telle ou telle entreprise, en tel ou tel bac de telle ou telle valeur, les stratèges de ces réformes veulent également casser les convections collectives. L’individualisation des statuts et des situations rend leur catégorisation impossible, et donc la garantie des droits qui y sont associés tout aussi impossible. Une licence Nintendo ; un Master philosophie-Véolia, n’ont de valeur qu’aux yeux de l’entreprise sponsor. Si les désirs changent, leur valeur s’effondre. Les différentes « saveurs » de bac, croisés avec la confiance variable accordées aux établissements -à quand des agences de notation ?- débouchent sur un chaos infernal. Dans la bataille contre le Code du Travail que mène le gouvernement, c’est là un immense gain : toutes les prochaines générations seront privées de toute reconnaissance, la compétence l’emportant sur la qualification. Par rebond, ces sous-travailleurs tirent vers le bas la situation de ceux qui sont encore couverts, obligés de s’aligner sur ce nivellement par le bas.

    Voilà les objectifs stratégiques que veulent atteindre les gouvernements successifs. Faire la part belle au privé, à la rentabilité, à la soumission à l’employeur.

    L’ironie de la chose est que, à terme, cette politique désavantage même les capitalistes. La soumission de la recherche et de l’enseignement aux petits intérêts égoïstes et tactiques du patronat de peut déboucher, au final, que sur un enseignement amputé, amoindri, soumis et subjectif. Il ne peut déboucher que sur un effondrement des recherches non-rentables actuellement, mais porteuses à l’avenir. Il est une impasse scientifique et technologique, une illustration de la nature pourrissante du capitalisme et de l’impérialisme.

    Que faire ?

    Rejeter – Désobéir – Lutter !

    Ne nous berçons pas d’illusions, le système scolaire connaît des vices et des défaillances graves, la sélection sociale est déjà présente dans ses gènes. Mais chaque recul l’accroît, la renforce, draine davantage vers l’échec scolaire, vers la précarité sociale. Nous ne devons pas reculer !

    L’Unité Communiste de Lyon appelle les parents d’élèves à déclarer leur hostilité à cette réforme qui n’aura comme effet qu’accroître la précarité et la misère parmi les larges masses populaires. Elle appelle à condamner cette réforme, à le rejeter au loin, comme un coup de poignard dans le dos de l’avenir de la jeunesse.

    Elle appelle les enseignants et le personnel administratif à empêcher le fonctionnement de cette gare de triage obscure et arbitraire. Les enseignants sont sommés d’être des agents de la sélection. Utiliser cette position pour la rendre impossible à mettre en œuvre est possible. Il suffit de répondre positivement à chaque vœux, et particulièrement à ceux qui concernent l’accès à l’université. Celui-ci est un droit, il n’a pas à être entravé.

    Au final, la lutte demeure cependant ce qui décidera de l’avenir.

    L’Unité Communiste de Lyon appelle les lycéens et les lycéennes à s’informer, se mobiliser, à définir les modalités de la manière dont ils envisagent le combat pour leur avenir. Elle appelle à la jonction avec les étudiants et étudiantes qui luttent également.

    L’Unité Communiste de Lyon soutient les initiatives de mise en place d’Assemblées Générales, instances démocratiques de la lutte, lieu d’information, de mobilisation, de débat et de décision. Cette instance est l’instance suprême des luttes.

    L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre les syndicats combatifs et à les renforcer, car l’outil syndical est une arme essentielle dans la lutte contre ces réformes.

    Déjà inégalitaire, l’accès à l’éducation est un droit qui doit se défendre. L’Unité Communiste de Lyon est pour une éducation gratuite, laïque, critique et populaire. Mais il ne faut pas se laisser abuser, tant que le capitalisme est le système économique dirigeant, l’éducation sera toujours sous la coupe de la loi du marché et de l’inégalité.

    Une grande bataille se prépare, elle est essentielle ! Soyons au rendez-vous. Soyons unis et combatifs !

    Soyons victorieux et victorieuses !

    L’Unité Communiste de Lyon est membre des Amis de l’ICOR [Coordination internationale des partis et organisations révolutionnaires], elle est également membre de la campagne de soutien au Bataillon International du Rojava, qui combat contre les réactionnaires, les fascistes et les impérialistes, au côté du peuple Kurde et de ses alliés.

    L’Unité Communiste de Lyon milite pour la construction d’un Parti Communiste révolutionnaire, capable de pouvoir servir de fer de lance contre les exploiteurs, contre l’Etat bourgeois, qui opprime, contre l’oppression politique et sociale. Elle lutte également, au premier chef, contre l’impérialisme français, bourreau de l’Afrique.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que la révolution socialiste est la seule méthode qui peut remettre le pouvoir entre les mains des masses populaires, dans un Etat dirigé par elles, contre les exploiteurs et les impérialistes. Pour l’Unité, la démocratie populaire et le monopole  par le peuple des outils de production est la seule voie qui permette de répondre aux problèmes de la misère, du chômage, de la destruction de l’environnement, en liquidant la loi du profit pour la remplacer par le fait de répondre aux besoins matériels et culturels du peuple.

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  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie V – Les autres fronts.

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie V – Les autres fronts.

    L’arme absolue et ses ramifications.

    La nouvelle loi est un exemple d’ingéniosité. Elle est une machine de guerre fascinante, brisant l’échelle des salaires, mais également fracassant les conventions collectives, oblitérant le caractère contraignant des lois et allant jusqu’à attaquer les contrats déjà signés. D’une part en liquidant le code du travail, qualifié  » [d’]entrave au recrutement dans 95% des cas » par Muriel Pennicaud. En pulvérisant la hiérarchie des normes, en créant un chèque en blanc sur lequel la bourgeoisie pourra inscrire son montant de misère.

    Elle se double d’un deuxième front, attaquant la question de l’assurance chômage et de la durée de la période d’essai pour instiller un climat de terreur.

    Elle se triple d’une attaque contre les représentants du personnel, contre les syndicats, contre les outils de défense des travailleurs. En somme, elle est une bataille d’encerclement et d’anéantissement contre le code du travail.

    Cette attaque n’est pas isolée. Elle est accompagnée d’une série de mesures permettant d’en amplifier les effets et les conséquences.

    Les autres fronts :

    L’apprenti-sorcier Macron est un héritier. Il hérite d’un plan de longue date, déjà entamé longtemps en amont, dont le but est de s’attaquer à un titanesque objet : l’Education Nationale et son contenu. Derrière ce mouvement se trame deux objectifs qui se complètent parfaitement.

    Dernièrement, le nouveau gouvernement a annoncé un budget extrêmement serré pour de nombreux secteurs publics. L’un de ces secteurs est celui de l’éducation. 331 millions d’euros d’économie ont été annoncés pour l’enseignement supérieur, doublé de 75 millions pour le budget de l’Education Nationale.

    Privées de financement, les universités seront donc obligées de se prostituer auprès d’investisseurs ou d’augmenter les frais d’inscription. Cela entraînera également une hausse énorme des coûts de scolarité, ce qui intéresse énormément les banques, ravies de pouvoir développer un équivalent français aux students loans, aux prêts étudiants US, lesquels sont un magnifique pactole pour les banques, et un terrible boulet au pied des étudiants américains. Dans le cadre d’une restructuration continue des CROUS, cette question se marie aisément.

    Il s’agit d’une volonté d’accentuer une immixtion du privé dans l’enseignement public : partenariat, autonomie financière, entrée de « personnalités extérieures » dans les conseils d’administration. Il s’agissait des aspects dénoncés et combattus lors des mobilisations contre la Loi sur la Responsabilité des Universités ou LRU.

    Pour un patron, financer une université n’a pas d’intérêt au premier abord. Celui-ci naît lorsqu’il lui est possible de pouvoir influer sur le contenu et sur l’organisation des cours ou de la recherche. Dès lors, un grand nombre de choses deviennent possible.

    ●        Disposer d’étudiants pour des stages obligatoires, main d’oeuvre gratuite et corvéable.

    ●        Subordonner le contenu des cours à ses besoins en termes de formation de main d’oeuvre.

    ●        Subordonner la recherche aux besoins de l’entreprise, en termes d’applications ou en termes de validation de ses projets. (comme des études environnementales financées par Total ou des études sur l’obésité par la société Mars.)

    Ce retour sur investissement justifie les sommes déboursées. Or, ceux-ci ont un impact net sur la valeur des diplômes. Les filières estampillées Nintendo, Veolia, EDF ou autres n’ont de valeur qu’auprès de leurs commanditaires, nullement sur le marché du travail.  Comme ces diplômes à géométrie et à valeur variable ne trouveront pas leur place dans les grilles de salaires et dans les conventions collectives, elles ne fourniront aucune garantie de salaire minimal pour les travailleurs.

     

    De même, durant la session de 2017 du Bac, les critiques ont fusé sur l’organisation et la qualité de celle-ci. Ces critiques servent à nourrir et à appuyer un projet de refonte de l’examen, en y introduisant une quantité plus importante de contrôle continu. Or, plus de contrôle continu, cela signifie donc un impact plus important de la notoriété de l’établissement sur la qualité du baccalauréat, donc sur sa valeur auprès du supérieur et du marché du travail. De facto, cela entraîne un déséquilibre. Ce déséquilibre en termes de valeurs se doublera d’un déséquilibre en termes de moyens, du fait du retour de l’autonomie des lycées. Une éducation à multiples vitesses se prépare.

    En somme, cela donne naissance à des bacs qui ne valent rien, à des licences ou des maîtrises qui n’ont de valeur que pour un secteur et pour un recrutement spécifique.

    Ce coup de faux détruit les grilles de salaires comme les conventions collectives, en donnant naissance à des travailleurs ne pouvant rentrer dans aucunes cases. Désormais, aucune garantie ne pourra prémunir contre les chantages des patrons, quels qu’ils soient.

     

    Mais le plan de la bourgeoisie vis-à-vis de l’éducation est nettement plus ambitieux que cela.

    D’une manière générale, le CAPES est en première ligne. La masterisation des concours devait liquider en deux coups ce qui était perçu par ceux-ci comme un anachronisme. Or, la résistance des syndicats d’enseignants et étudiants a stoppé cette réforme à mi-chemin. Nul doute que l’arrivée au pouvoir de Macron permettra de relancer cette transformation du recrutement national en des recrutements gérés par les seuls établissements scolaires. Cumulé avec l’aspect précédent, le fait est que les lycées les plus riches pourront recruter les enseignants les plus « performants », et donc creuser le fossé entre des lycées de seconde ou de troisième zones et des lycées d’élites, réservés à la bourgeoisie et à ses rejetons. Cela contribue à tirer à boulets rouges sur la valeur des diplômes délivrés.

    Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme et de présenter l’Education Nationale comme un système parfait et égalitaire, mais bien de préciser que la tendance est à l’aggravation et ce, d’une manière sans cesse croissante.

    Les deux aspects conjoints : l’attaque frontale du code du travail et l’attaque en catimini des diplômes garantissent une destruction du droit du travail sous une échéance plus ou moins brève. Les répercussions s’annoncent terribles. Livrés aux appétits rapaces des patrons, sans protection, sous la menace d’un revolver chargé par la menace de la misère, il est clair que le niveau de vie des travailleurs de l’Etat français est en passe de chuter brutalement et terriblement.

    Cette chute de niveau de vie n’aboutira nullement à un atterrissage en douceur sur un oreiller de plume, mais bien sur le sol rocailleux de la misère la plus sombre, la plus crasse, la plus impitoyable.

    Emmanuel Macron dit « Être fidèle à ce que le peuple français a voulu [et] suppose donc une certaine forme d’ascèse ». Derrière le vernis des mots se cache la réalité. Le mot d’ascèse est défini par l’encyclopédie en ligne Wikipédia de la manière suivante : « L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d’abnégation. » Cela signifie une cure d’austérité profonde et brutale. Cette cure d’amaigrissement des ressources et des aides est une des clés de voûte de la politique de choc menée par Macron et ses sbires.

    « Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même » affirme-t-il. Cela se transcrit dans des projets de liquidation de l’assurance maladie et de l’assurance chômage, puisque ces dernières, dans l’esprit nébuleux des bourgeois, sont tout autant d’obstacles à ce que les français se prennent en main et se responsabilisent. « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. » Comment peser efficacement sur son « destin » -dont il n’est pas possible de ne pas souligner le contenu religieux et métaphysique- alors que toutes les protections du travail sont sapées et liquidées? Alors que la protection sociale est anéantie? Alors que l’Ecole n’est qu’une machine à reproduction sociale ? Cela n’est pas possible.

    « Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble. » Voici ce que nous écrivions, il y a peu, sur le devenir des aides sociales.

     

    Un torrent de misère et d’exclusion sociale menace de se déverser au cours des prochaines années. Un torrent hors de proportion avec ce qui a pu être connu lors des années et des décennies précédentes. Voilà ce vers quoi cette politique nous expédie. Mais les moyens de juguler ses effets envers la bourgeoisie sont déjà sur le point d’être mis en place.

    Ecraser.

    Cette situation caractérise d’ores et déjà la manière dont la répression sera exercée au cours du mandat de Macron. Il promet certes de mettre fin à l’état d’urgence, mais uniquement car ses dispositions seront intégrées dans le droit commun. « Je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne » signifie dans le fond « l’état d’urgence sera désormais un fait commun. »

    Macron prépare son plan de bataille et son après guerre. Une mise au pas de l’économie, une mise au pas de la société, une instauration de la misère la plus sombre et la plus sordide. Mais il ne néglige pas son filet de sécurité, sa massue : des dispositions rendant extrêmement délicates la mise en place d’un mouvement de contestation et d’un mouvement de masse d’une manière générale. Au cours des années qui se sont écoulées, il a été possible de voir la violence de la police et des institutions s’accroître.

    Le désir de la bourgeoisie est de pouvoir parer à toute éventualité de mouvement social fort, d’autant que l’absence d’opposition à l’Assemblée favorise la naissance d’une opposition prenant un caractère extra-parlementaire, outil auquel s’attache l’Unité Communiste de Lyon.

    Une nouvelle compréhension des menace émerge. Contrairement à celle traditionnellement employée, « curative » et à-postériori -bien qu’une géométrie variable ait toujours existé en fonction des classes sociales-, la nouvelle est préventive et à-priori. Elle ne vise pas à gérer les conflits et les éruptions de violence sociale, mais bien à les anticiper et à les juguler en amont.

    Cela passe par les interdictions de manifester. Cela passe par les assignations à résidence. Cela passe par un arsenal juridique permettant à la police de faire face à toutes les éventualités et à pouvoir y répondre par le fer et par le feu.

    Cela passe aussi par un transfert des décisions aux préfets plus qu’aux juges, donc à des rouages dépendants et nommés par l’exécutif. Il s’agit d’une mise au pas brutale en intense de la société, d’une caporalisation, sous couvert d’esprit « Charlie. »

    Cet arsenal n’est pas déployé uniquement par amour du combat et par amour du conflit, mais bel et bien en prévision de ce qui sera déclenché par l’application de ces séries de lois.