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  • Sur les purges au sein du MJCF

    Sur les purges au sein du MJCF

    Nous assistons depuis plusieurs semaines à une vague de purges au sein du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF), dont celles du MJCF du Nord (59) et de la Loire (42). Ces sections sont parmi les plus développées : ce sont celles qui ont le plus de membres formés, la pratique la plus poussée et le plus de relations avec d’autres organisations. Ce sont donc les sections qui réussissent à avoir le niveau théorique nécessaire pour remettre en cause les positions politiques du MJCF et du Parti communiste français (PCF), mais également, qui ont l’envergure nécessaire pour bousculer le fonctionnement du MJCF. Pour le PCF, ce sont donc des antennes dangereuses qui doivent être exclues.

    Ces purges ne sont pas une grande surprise ! Elles ne sont qu’une énième démonstration de l’impossibilité de changer le PCF (et par extension le MJCF) de l’intérieur. Ces purges, comme toutes les précédentes, étaient nécessaires. Est-il possible d’être révolutionnaire dans une organisation réformiste, sans organisation révolutionnaire ? Non. Le MJCF du Nord a communiqué ouvertement à ce sujet, en faisant une autocritique pour leur aveuglement face à la réalité du MJCF et du PCF. Cela montre le fond du problème, qui n’est pas le manque d’indépendance du MJCF par rapport au PCF, mais le fait de croire que le MJCF pourrait en être indépendant. Il est normal que de jeunes militantes et militants croient en ces illusions. Mais, il est moins normal que des militantes et militants plus aguerris aient pu ou puissent toujours croire en celles-ci, c’est-à-dire en la possibilité de transformer le PCF de parti réformiste en parti révolutionnaire.

    Nous ne leur jetons pas la pierre pour autant. La période actuelle ne peut que produire ce genre d’erreurs. Aujourd’hui en France, le prolétariat français est aristocratisé, c’est-à-dire embourgeoisé et allié à l’impérialisme français (« corrompu et soudoyé » par la bourgeoisie), et les organisations communistes sont soit réformistes soit réduites à l’état de sectes insignifiantes. Dans cette situation historique de faiblesse du mouvement ouvrier et communiste, il est très difficile d’avoir une ligne politique claire. Que faire ?

    Les précédentes scissions du MJCF, dans les années 2000 et 2010, n’ont pas réussi à se développer : les militantes et militants, toutes et tous peu formés, ont pour la plupart quittés le mouvement communiste, épuisés par le manque de sens et de résultats de leur pratique, ainsi que par les conflits internes (par exemple, dans les cas de violences sexuelles). Cette génération, aujourd’hui trentenaire, a été décimée par la médiocrité du mouvement communiste. La sincérité et l’enthousiasme ne suffisent pas pour construire l’alternative révolutionnaire et sortir de l’impasse réformiste.

    Nous avons déjà défendu dans plusieurs de nos documents quelles étaient les tâches des communistes dans la période actuelle : la formation de cadres, la construction d’organisations révolutionnaires et la lutte idéologique au sein du mouvement communiste. Nous avons déjà critiqué le manque d’ambition et de sérieux du mouvement communiste français. Aujourd’hui, nous voyons la prise d’indépendance de plusieurs sections du MJCF comme quelque chose de positif parce que celles-ci auront désormais la possibilité structurelle de se construire, en théorie et en pratique, et arrêteront de perdre une énergie et un temps précieux à lutter pour transformer ce qui ne peut l’être (le PCF). Il est préférable pour le mouvement communiste français d’avoir des Jeunesses communistes de plus en plus radicales, plutôt que des Jeunesses communistes bridées par un parti social-démocrate. D’autant plus que les pertes matérielles qu’engendre cette indépendance (comme les locaux et les tracts gratuits) peuvent permettre le développement de nouvelles méthodes ingénieuses et originales d’organisation et de lutte.

    Cependant, il ne sert à rien de chercher à développer une organisation de jeunesse de masse sans avoir d’abord une organisation communiste de cadre pour l’organiser et la diriger. Or, cette organisation n’existe pas. Les jeunes communistes se sont libérés d’une direction réformiste mais ils doivent maintenant en créer une révolutionnaire. Nous leur souhaitons de travailler patiemment leur nouveau projet plutôt que de foncer tête baissée et de se perdre dans le mouvementisme. Nous leur souhaitons de former une structure indépendante au sein de laquelle elles et ils pourront développer leur idéologie.

    Les communistes ne doivent pas avoir peur devant la tâche de construction d’une organisation révolutionnaire, même lorsqu’ils et elles sont peu nombreux. Toutes les grandes organisations commencent petites, nous n’échapperons pas à cette règle en France. Peu importe d’où nous partons, nous devons tout faire pour construire le Parti, et pour ne pas nous perdre dans l’opportunisme. Le chemin est long et sinueux, mais il n’y en a qu’un, et il n’a pas de raccourci. Les communistes s’engageant sur cette voie doivent s’armer de patience et avancer en sachant que la qualité nécessaire à la création du Parti ne s’obtiendra qu’au bout d’un travail collectif difficile de plusieurs décennies.

  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • La Sainte-Alliance policière.

    La Sainte-Alliance policière.

    La police manifeste. C’est devenu un rituel d’avant-période électorale. Plusieurs décès récents de policiers en fonction ont poussé ces derniers à manifester. Ouvertement, c’est une marche citoyenne pour le peuple. Mais comme souvent, le vernis craquelle et laisse entrevoir une autre réalité. Si nous ne réjouissons d’aucune mort, d’aucune souffrance, ce que nous avons entendu aujourd’hui dans la rue est inquiétant.

    Certains discours sont digne d’être tirés de l’Inspecteur Harry : des policiers qui regrettent l’obstacle que forme la loi, l’obstacle de la Constitution, qui réclament des peines minimales, en contradiction flagrante avec la notion d’indépendance de la justice et d’individualisation des peines. En somme, la police souhaite la fin de l’État de droit et le passage à une répression réalisée directement par les policiers eux-mêmes, en se fiant à leur jugement. D’autres se plaignent que la police « ne fasse plus peur » aux gens. C’est une façon de concevoir le métier.

    Du RN au PCF : la Sainte-Alliance atour de la matraque.

    Ce qui est nouveau, cependant, c’est la Sainte-Alliance qui a défilé autour d’elle. Gouvernement, extrême-droite, droite, gauche parlementaire. Les élections arrivent.

    Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, est venu dans la manifestation de police. Il s’agit d’une originalité peu commune : un ministre qui manifeste contre sa propre politique. Même la police a trouvé la farce un peu trop grosse et l’a éconduit sans ménagement. Cela montre tant l’absence quasiment proverbiale de vergogne de ce personnage politique tout comme une acceptation qu’une gradation dans la répression est à l’ordre du jour. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la Police (et même le gouvernement) soient irrités par la Justice et par la constitution.

    Le Conseil Constitutionnel bien en effet (le 20 mai) de retoquer le fameux article 24 de la Loi de Securité Globale, tant exigé par la police. Cet article devait censurer la publication de photos et des vidéos de la Police « dans un but malveillant ». C’est un revers cinglant, lancé sur un ton acerbe. Le CS déclare que le législateur ; « méconnaît le principe de la légalité des délits et des peines ». En somme qu’il a travaillé n’importe comment, laissant à la libre appréciation que la photo soit à l’intention de nuire ou d’informer. D’autres dispositions, telles que l’usage des drones ont également été censurées par les Sages.

    C’est certes un revers, mais cela montre aussi que l’intention d’origine était de transgresser la Constitution et d’imposer un système répressif basé sur le soupçon et la méfiance envers la population.

    Que l’extrême-droite soit présente, rien de surprenant. Elle s’y trouve à son aise. Nous avons pu y voir, bras dessus, bras dessous, Bigard, Lassalle,

    Eric Zemmour, interviewé par le site du « philosophe » Onfray.

    Zemmour, Messiah… Mais cela présente un grand avantage. Cela clarifie les choses : elle avait fait mine d’être du côté du peuple pendant les Gilets Jaunes, et maintenant demande plus de moyens pour éborgner. Finalement, elle est toujours la même extrême-droite, héritière du Parti de l’Ordre.

    Les discours tenus par une certaine gauche ont de quoi laisser pantois. PS, EELV, PCF ont défilé avec la Police. C’est honteux. Elle a renoncé intégralement à aller à contre courant des discours démagogiques. Olivier Faure, secrétaire du PS, avait lancé à la volée que les policiers devraient « avoir un droit de regard sur la justice ». Il s’agit d’une déclaration dont nous pensons qu’il faut peser la dangerosité. Même le PCF – là, c’est un naufrage ! – est allé

    Peut être une image de texte qui dit ’Le communiste Fabien Roussel, le socialiste Olivier Faure, l'écologiste Yannick Jadot y seront Le candidat communiste à l'élection présidentielle Fabien Roussel sera aussi là. । de la sécurité son principal thème de campagne. en effet fait Fabien Roussel @Fabien_Roussel _Roussel Les 10 000 postes de policiers prevus vont à peine permettre de retrouver ce que Sarkozy avait supprimé. Nous n'arriverons même pas au niveau de 2007. Je veux creer 30 000 postes supplémentaires et les former. @franceinfo 8:50 AM 13 mai 2021 356 262 Partager ce Tweet’

    dans la surenchère : demander plus d’emplois policiers, sans jamais expliquer à quel tâche ils sont voués. C’est pourtant l’un des points fondateurs du marxisme : s’intéresser à la nature de l’Etat et comprendre qu’il est l’expression de la dictature d’une classe sur une autre.

    Nous saluons l’attitude de LFI, parmi les organisations de la gauche parlementaire, dans le fait de refuser de se prêter à cette mascarade. De même, nous ne pouvons que saluer aussi l’évolution du positionnement de Lutte Ouvrière, qui avait soutenu en 2016 les manifestations de police, et qui aujourd’hui les dénonce. Dans l’ensemble, la gauche extra-parlementaire n’a pas mordu à l’hameçon, hormis certains ovnis qui se sont évertués à défendre l’État tel qu’il est : bourgeois, réactionnaire, répressif.

    Le fait que des confédérations syndicales nombreuses aient participé et soutenu cette manifestation pose question : si le syndicalisme est une nécessité pour les travailleurs et les travailleuses, doit-il défendre les intérêts de ceux qui sont payés pour l’écraser ? L’ambiguïté de cette question montre une chose importante : les limites de l’action économique et le besoin d’une action politique, qui soit « au dessus de l’horizon professionnel ».

    Il est indéniable que le gouvernement cherche aussi à fragmenter le camp de la lutte. Nous voyons qu’une pression forte est exercée, comme au premier mai, pour essayer de pousser les uns à valider l’intervention de la police contre les autres. Et cette pression marche.

    La réalité est là : le nombre de policiers tués en service n’est pas forcément plus fort qu’avant. Le nombre de délits et de crimes n’est pas plus élevé. Les statistiques de l’INSEE le prouvent. Ce qui augmente, c’est le sentiment. Et ce sentiment est un enjeu politique et sociétal important. Il nourrit les campagnes des réactionnaires tandis qu’il anesthésie les esprits des exploités et des exploitées en les laissant dans la peur. C’est pour cela que Darmanin s’est fendu d’une déclaration disant qu’il préférait le « bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing ». En somme, une réalité alternative.

    Notre voix : celle de la lutte.

    Nous le disons toujours : oui, la société est violente et il faut effectivement des moyens pour avoir accès à la justice et vivre en sécurité. C’est un fait. Mais la question de la gestion de ces violences et de leur résolution est ce qui nous différenciera. Certains voient cela au travers d’une gestion quasiment coloniale, par l’expédition punitive et l’écrasement des « classes dangereuses », par des forces spéciales. Elle est construite pour cette fonction, et elle a constamment été améliorée pour y parvenir. Elle n’est pas « dévoyée » ou « détournée de sa fonction », au contraire : nous reconnaissons qu’elle l’exerce efficacement.

    Nous, nous croyons à l’expérience des révolutions, de la Commune et de la construction du socialisme : le fait que le maintien de l’ordre soit le fait du peuple directement, comme l’était le Garde de la Commune, tandis que les crimes sur du ressort d’enquêteurs professionnels. Surtout, nous pensons que la très écrasante majorité des délits et des crimes naissent d’un contexte : celui d’une société de classe, oppressive, écrasante, broyant les individus et les maintenant dans les ténèbres.

    Un vent mauvais souffle, et gonfle les voiles de ceux et de celles qui rêvent d’un État policier, d’un Etat dans lequel la justice est dirigée par la Police et l’administration. D’un État carcéral, qui maintient son ordre par la force, puis qu’il ne peut plus le faire accepter.

    Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Mais nous devons envisager les pires scénarios et être prêts et prêtes. Cela signifie constituer un camp du peuple, uni unitaire, fort, capable de se protéger, de défendre, de remporter des victoires. Nous ne pouvons laisser le sectarisme et les vaines querelles diriger la gauche extra-parlementaire, tandis que nos ennemis de classe, eux, s’allient et se préparent.

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 3/3

    Aujourd’hui

    Aujourd’hui, il peine à pouvoir se dégager de cette situation. L’opposition interne existe, mais elle se heurte à un problème fondamental : la structure en tant que telle est devenue un frein à la rénovation du PCF. Un cercle vicieux s’est installé : quand le PCF perds, les « politiques » ont une plus grande voix au chapitre, ce qui fait que le PCF prend de meilleures positions, ce qui renforce l’emprise des élus, ce qui place en minorité l’opposition politique, ce qui réduit les scores… et le cycle recommence sans cesse, alors que la machine s’affaiblit graduellement. La véritable solution serait une déchirante remise en question de rapport du PCF à ses bastions, à ses élus, à ce qui en fait un Parti établi et intégré. Un parti dans lequel les conceptions comme l’eurocommunisme on fait leur nid.

    En somme, il lui faudrait traverser un terrible désert pour renaître à nouveau, plus grand et plus fort. Mais cette Anabase1 est difficile à avaler pour tout militant ou toute militante. Elle reviendrait à jouer la carte liquidatrice… une carte bien amère.

    Qu’en conclure ?

    Pour formuler une analyse rapide de la trajectoire du PCF celle-ci est un drame en trois actes, à l’image des tragédies grecques. Après l’acte de la construction, des expérimentations politiques, des tentatives de s’imposer comme une force politique, est venu l’acte de la guerre. Bref, brutal, mais marquant. Couvrant le PC des lauriers de la gloire. Mais il s’ensuit un troisième acte, celui de l’intégration dans la démocratie bourgeoise, du remplacement de la figure du militant par celle de l’élu, de l’institutionnalisation du Parti. Un parti qui, dès lors, n’as plus eu de cesse que de s’étioler, de se faner.

    Nous avions écrit, dans notre ouvrage En finir avec le mythe du PCF2 que ce qui fait la force du PC, aujourd’hui encore, c’est son passé, plus, bien plus, que son avenir. Mais ce passé, ces ors, à qui appartiennent-ils réellement ? Sont-ils un crédit mort, lié organiquement à un Parti qui ne les fait plus vivre ? Sont-ils au contraire un héritage vivant, réel, que chaque militant et militante, chaque groupe, chaque organisation qui se revendique de la révolution prolétarienne mondiale, peut revendiquer comme sien?

    Nous affirmons que, sans en revendiquer nullement l’exclusivité, nous portons une partie de cet héritage. La mosaïque de groupes communistes qui existent aujourd’hui sont tous, même à leur corps défendant, des héritiers d’une histoire, d’une expérience.

    Aujourd’hui, que faire ?

    Nous sommes toutes et tous les orphelins du PCF.

    Nous pensons que la question de l’organisation politique, du Parti, est une question vitale, centrale, que chaque communiste doit avoir à l’esprit.

    Le PCF est de plus en plus concurrencé, notamment par des mouvements plus libres de leurs actes, tels que LFI. Il peine aujourd’hui a se démarquer et à justifier son existence, en dépit des qualités individuelles de ses membres. Dans le paysage politique français, il est transparent, translucide, et ne parvient pas à se trouver une place. Il y a d’une part une certaine forme de censure par omission, les médias ne l’invitant pas, mais il y a également une incapacité à pouvoir générer un engouement. Replié sur lui

    La lutte de ligne que le PCF a connu se retrouve aussi, à l’échelle microscopique, dans l’hostilité entre les sectes qui prétendent chacune avoir découvert la vérité ultime, et qui considèrent toute déviation vis-à-vis de celle-ci comme une hérésie qu’il faut éliminer par tous les moyens. Qui refusent d’acter l’existence d’autres organisations politiques proches, en faisant des non-êtres, des non-organisation, des non-acteurs de la construction du parti.

    Ce sectarisme féodal, ces seigneuries, occupent le même rôle que les bureaucraties stériles : elles forment des fiefs qu’il faut défendre, même au prix de l’objectif final. Chacun, conscient des efforts immenses consentis pour se recréer un corpus théorique, idéologique, une physionomie politique, ne veut les diluer, les perdre, dans un rapprochement, une fusion.

    Lénine avait fait sienne l’adage de Napoléon « on s’engage…et on voit ». Cette volonté d’être en avant, de chercher l’opportunité tactique, de prendre des risques, de prendre des initiatives. Lénine l’a employé avec maestria dans la conduite de la politique d’unité. Les fragments de parti qui existent sont tout autant des forces que des faiblesses. Elles sont des forces dans le sens où elles ont donné une approche originale, novatrice, dépoussiérée de nombreuses questions. Hostiles les unes aux autres, elles entretiennent donc une émulation involontaire, dans laquelle chacun doit rivaliser avec les autres pour proposer un contenu d’une meilleure qualité que celui des autres. Pour avoir une meilleure communication, pour être plus inventif ou attractif.

    Mais les réponses complètes, finales, aux questions qui se posent (la synthèse de l’expérience du mouvement ouvrier, la synthèse de l’expérience révolutionnaire, une compréhension profonde de la théorie) ne peuvent être réalisées dans le féodalisme sectaire. La route vers le Parti, la route vers la fin de notre situation d’orphelins, ne peut être défrichée qu’au travers d’un bond qualitatif. Et ce bond qualitatif demande une accumulation quantitative.

    Savoir regarder dans le temps long.

    Une erreur terrible serait de prendre l’histoire du triptyque SFIC – PC – PCF comme quelque chose d’isolé, de solitaire. De croire que le PCF s’est auto-suscité, s’est auto-invoqué, et qu’il n’est pas né d’un long processus d’agrégation, de décantation, de fusions et de clivages.

    Comprenons-nous : dans la France actuelle, il existe une kyrielle d’organisations communistes se revendiquant, sous des approches diverses et parfois contradictoires, de cet immense héritage communiste. Mais beaucoup – et c’est un travers bien naturel – se figurent qu’elle pourront, dans un développement graduel, dans une accumulation uniquement quantitative, prendre la place, occuper la fonction, qu’un PC a pu occuper pendant de longues décennies.

    C’est oublier que les racines du PCF étaient présentes longtemps avant que les premiers fruits ne puissent être cueillis. Il a fallu, au cours de l’ensemble du XIXe siècle, opérer un long, un très long processus d’agrégation des différents groupes, des différentes sectes, des mini-partis. Ces agrégations n’ont pas été opérées de gaîté de cœur, et ont donné lieu à des conflits de fiefs, de chefferies, de clans. Il a fallu un cadre immense, celui de la première puis de la deuxième internationale, pour permettre de pouvoir créer un espace général de décantation idéologique, un espace d’unification, qui puisse permettre que le débat prolétarien, que le débat idéologique réel, dépasse le simple cadre de l’invective, du défi, parfois de l’insulte. C’est aussi l’autorité de la IIIe internationale, autorité conférée par la réussite de la révolution Russe, qui placé les chefferies devant des choix : s’unifier et avancer, ou être des renégats.

    Nous ne faisons pas exception à ces critiques, nous mêmes, sommes – bien involontairement ! traversés par ces tendances, par cette terrible pesanteur. Nous essayons de trouver des moyens de compenser, d’élargir notre horizon : travail unitaire, processus de construction commune avec l’UPML, intégration dans l’ICOR… Aucun de ces moyens n’est en soit suiffant. Mais ils contribuent à maintenir un memento mori3 dans notre organisation : nous n’oublions pas qu’elle est destinée à disparaître au profit de quelque chose de plus grand, de plus efficace, de plus approchant de notre but. Nous ne sommes pas le Parti, nous ne sommes pas l’embryon du Parti, nous sommes à-peine, des cellules-souche, travaillant à devenir quelque chose de nouveau.

    Ce sont des moyens de prendre conscience du fait que nous ne sommes pas une île, mais bien que nous nous incluons dans un processus qui nous dépasse, dont les objectifs sont plus importants que l’existence de nos sectes respectives.

    Apprendre du PCF, c’est savoir regarder la réalité en face. Savoir regarder les succès, les défaillances, les échecs. C’est aussi savoir conserver ce qu’il y a de juste, en tirer l’essentiel, pour en faire la synthèse la plus actuelle. Ce n’est pas importer la ligne de 1947 en 2021, en voyant la France brisée, menacée de domination. C’est comprendre le monde actuel avec l’expérience d’hier.

    Le PCF a eu son histoire, il a été ce qu’il a été, ni plus ni moins. Mais ce que sera son héritage ne dépend que de nous !

    Bibliographie indicative :

    Christofferson, M. S., & Olivera, P. (2014). Les intellectuels contre la gauche : L’idéologie antitotalitaire en France, (1968 – 1981) (2. éd. revue et augm). Agone.

    Cœuré, S. (1999). La grande lueur à l’Est : Les Français et l’Union soviétique, 1917-1939. Seuil.

    Furet, F. (1995). Le passé d’une illusion : Essai sur l’idée communiste au XXe siècle. France loisirs [u.a.].

    Hobsbawm, E. J. (2003). L’âge des extrêmes : Le court vingtième siècle : 1914-1991. Ed. Complexe.

    Hourmant, F. (2015). 2. La dénonciation de L’Archipel du Goulag. In Le désenchantement des clercs : Figures de l’intellectuel dans l’après-Mai 68 (p. 57‑91). Presses universitaires de Rennes. http://books.openedition.org/pur/24615

    Lacroix-Riz, A. (2012). L’histoire contemporaine toujours sous influence. Le Temps des cerises : Éditions Delga.

    Marcuse, H. (1971). Le Marxisme soviétique. Gallimard.

    Pinto, D. (1985). De l’antiaméricanisme à l’américanophilie. Commentaire, N°18, 874‑879.

    Traverso, E. (2012). L’ histoire comme champ de bataille : Interpréter les violences du XXe siècle. Ed. La Découverte.

    PCC (1963) D’où proviennent les divergences ? ­Réponse à Maurice Thorez et d’autres camarades (1963) | lesmaterialistes.com. (s. d.).

    1 Wikipédia définit l’Anabase ainsi : « Le terme « anabase » désigne une longue expédition militaire en référence à l’Anabasede Xénophon, employé dans le sens « ascension dans le haut pays » ou « expédition de la mer vers l’intérieur montagneux d’un pays ». Nous l’employons ici comme une « traversée du désert », à l’exemple de la Longue Marche en Chine, laquelle à transformé la nature du PCC, en faisant le Parti qui a conduit à la victoire.

    2Écrit en 2016, nous n’en disposons plus que d’exemplaires numérisés. Il sera réédité après correction de certaines erreurs factuelles sur l’histoire du PCF.

    3Souviens toi que tu dois mourir.

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 2/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 2/3

    En guerre.

    Le pacte germano-soviétique fait partie de ces événements surprenants de l’histoire diplomatique. Son principal effet a été de fournir un prétexte pour la IIIe République : elle a interdit le PCF et initié l’arrestation de ses cadres. Elle ouvre des camps pour interner tous les indésirables : Juifs Allemands, Républicains Espagnols – surtout les Basques – et communistes. Les Allemands n’auront qu’à se servir.

    Pendant la guerre le PCF s’est retrouvé dans une situation complexe. Il est toujours dans un KO technique consécutif à son interdiction sous la IIIe République, et le choc de l’invasion Allemande l’a tout autant frappé que les autres. De plus il n’a pas été particulièrement poussé à l’action par Moscou et l’Internationale. L’URSS ne voulait pas donner de prétexte à une intervention militaire Allemande (cela ne l’a pas empêchée.) Quant à l’IC, elle analyse encore le conflit comme un conflit inter-impérialiste dans lequel la défaite de son propre impérialisme est prioritaire.

    Cela ne signifie pas que les militants et militantes de cette organisation n’aient pas agi. Certains ont eu, aux yeux de l’histoire, raison en rejoignant la mobilisation militaire. D’autres organisent immédiatement la Résistance. Avant l’entrée en guerre de l’URSS, les communistes ont déjà payé le prix du sang. Un prix que beaucoup essaient de faire oublier, au profit de rumeurs sur sa collaboration.

    Durant la Résistance – tout comme dans les camps – le PC gagne en influence. Il parvient même a noyauter les renseignements militaires et l’armée. A tel point que, au moment de la Libération, le gouvernement va devoir créer de nouveaux outils de répression : les CRS. Le PCF parvient aussi à nouer une alliance aussi logique qu’improbable : avec les gaullistes. Les deux sont d’accord sur des points essentiels : il faut liquider le régime de Vichy et éviter que la France ne soit phagocytée par les Alliés. Dans les faits, il est difficile de savoir si cette menace était réelle. Les USA ont eu tendance à se retirer d’Europe après 1945, et le système colonial est resté dans l’ensemble intact.

    Toujours est il qu’au moment de la fin de la guerre, le PC est à son Zénith. Mais il amorce aussi son déclin.

    Du Zénith à la pente déclinante.

    Le déclin du PCF a été progressif et marqué par de nombreux jalons. Disparition de la notion de dictature du prolétariat en 1976, apparition du discours Marchais sur l’immigration, abandon du marxisme léninisme en 1979, du centralisme démocratique en 1994, puis finalement du socialisme en 1996.

    Les mots ne forment pas l’intégralité du contenu. Mais ils y contribuent. Que les termes changent, pourquoi pas, après tout. Nous-même préférons l’emploi du terme Démocratie Populaire à celui de Dictature du Prolétariat. Pourtant, l’un comme l’autre recouvrent, dans la définition programmatique que nous lui avons attribué, une réalité globalement similaire.1 De même, la présence de « Marxiste-Léniniste » ou de « Maoïsme » ne présume pas d’un contenu du même acabit, et, bien souvent, il se limite à une adhésion de surface, mais non à une mise en pratique des principes mêmes.

    Cependant, au-delà de la sémantique, ces changements ont été révélateurs d’une mutation progressive du PCF, avec un changement tout aussi progressif de son contenu de classe, de son contenu idéologique, puis de sa forme organisationnelle.

    Après 1945, le PCF a renoncé à tenter un coup de force, alors qu’il était aux portes du pouvoir. Il est possible de débattre quant à savoir si un triomphe aurait été possible, si les conditions étaient réunies, ou si, au contraire, cela n’aurait formé qu’un bain de sang supplémentaire, à l’exemple des situations Grecques ou Indonésiennes. Il ne faut pas, bien sûr, oublier que la répression durant la IVe République a été extrêmement féroce, et que le duo PCF-CGT était l’ennemi à abattre, par tous les moyens. La répression brutale, la création d’organisations hostiles avec le financement de la CIA, mais même le financement de mafias ont été des moyens employés.

    Il ne s’agit pas de présumer du résultat, mais de constater les effets : toujours est il que le PCF a choisi un compromis, compromis qui s’est traduit par de grandes victoires sociales, mais par une impasse stratégique. La fenêtre de tir est passée, et elle ne s’est guère renouvelée depuis. S’est elle même renouvelée depuis ?

    La conversion des intellectuels à la droite.

    Pour être juste, il nous faut aussi souligner que le PCF s’est battu face à une immense lame de fond anticommuniste. La déstalinisation a nuit à son prestige, c’est un fait. Elle a fait perdre un grand nombre de militants et de militantes de qualité, à l’exemple de Aimé Césaire. Mais ni les « révélations » de Khrouchtchev, ni la publication de « l’Archipel du Goulag » ne sont les raisons fondamentales du passage des élites du philo-soviétisme à l’anticommunisme.

    Contre le PCF, une véritable union sacrée s’est fondée, unissant très largement de la gauche (avec certaines fractions de l’extrême-gauche) à l’extrême-droite. Cette union sacrée s’est trouvé un projet : soutenir tout ce qui pouvait nuire au PC. Devant le simple programme commun de 1972, une levée de bouclier se fait : on crie à la menace totalitaire. Non seulement le PC commet une erreur stratégique, en nourrissant la « deuxième gauche », réformiste, libérale, sociale-traître, mais il est au cœur des attaques du front uni anticommuniste. Progressivement, Paris passe du centre de la contestation intellectuelle, de la radicalité, au centre de la réaction. Les nouveaux philosophes, souvent des renégats comme Bernard Henry Lévy ou André Glucksmann ; les historiens réactionnaires comme François Furet, vont monopoliser le devant la scène et faire de la France, encore aujourd’hui, un des bastions de l’anticommunisme. Ce n’est pas un hasard si le Livre Noir provient de notre pays.

    Dans le même temps, le PC, massif, imposant, puissant, est néanmoins dans une situation complexe. Il est le Parti Communiste d’un pays impérialisme en pleine expansion économique, deux raisons qui facilitent le glissement de sa politique et de son électorat vers la droite.

    Les trente glorieuses et la politique de coexistence pacifique n’ont pas encouragé le PC sur la voie de la radicalité. La crise générale et constante du capitalisme ne s’est pas réalisée selon les termes prévus. Au contraire, dans l’après-guerre, le capitalisme et l’impérialisme se développent – même en dépit des indépendances !

    L’obligation du compromis, par peur que le prolétariat ne se tourne vers l’URSS et la Révolution, créé une situation paradoxale. Au niveau international, ces compromis se traduisent par un blocage qui mérite d’être souligné. L’existence de l’URSS oblige la bourgeoisie à renoncer à une partie de ses rentes pour s’assurer la neutralité d’une partie de la population, voire l’adhésion. L’existence de l’URSS – même révisionniste – permet donc une hausse du niveau de vie. Mais cette hausse du niveau de vie anesthésie elle-même la population, ce qui entrave les volontés révolutionnaires. Finalement, comme le note Herbert Marcuse, l’existence de l’URSS rend impossible le succès de l’URSS.

    Pour une partie du prolétariat métropolitain, les possibilités d’accroissement du niveau de vie ont eu tendance à rendre moins désirable un changement révolutionnaire, jugé risqué. La composition sociale de la France change aussi : une partie des secteurs primaires et secondaires sont transférés dans d’autres régions de la sphère économique française : les néo-colonies. Il en résulte le développement d’une classe moyenne, constituée d’une aristocratie ouvrière et d’une petite bourgeoisie commerçante ou intellectuelle.

    Le développement du crédit bancaire, de l’endettement, ainsi que la croyance dans l’ascenseur social, on là aussi joué en défaveur des éléments les plus à gauche du PCF. La thèse d’une transition douce prend une ampleur toujours plus grande, tandis que tombent dans l’oubli les « tendances à la paupérisation relative et absolue »2, tendances que nous observons pleinement ici.

    Durant la guerre d’Algérie, si ses militants et ses militantes ont été exemplaires, le PC lui-même n’a pas brillé particulièrement. D’une part du fait d’un certain social-chauvinisme, avec la croyance que « l’indépendance algérienne ferait le jeu de l’impérialisme US »3, et une tendance à analyser la France comme étant un Etat dominé, et non une puissance impérialiste. De plus, la politique de coexistence pacifique de N. Khoruchtchev, se résume en réalité à une politique de sphères d’influences bien délimitées. En déclarant que la Guerre d’Algérie risque de déboucher sur une guerre mondiale, et qu’il faut donc l’entraver, le PCF fait un choix funeste.

    Il reste aussi hermétique aux évolutions des mœurs et de la société. Les transformations des mentalités, notamment à la suite de mai 1968, sont accueillantes avec méfiance et avec réticence. De ces transformations, certains ne retiennent que les excès et les abus, et non pas l’essentiel. En les considérant comme des dégénérescences liées à un capitalisme pourrissant, une partie des membres du PC s’isolent de la jeunesse.4

    Perdant le caractère révolutionnaire, le PCF est devenu un lieu d’une contre-culture qui s’est étiolée progressivement. Une contre-culture ouvrière-ouvrièriste qui se marie mal avec les transferts important de prolétariat. Le fait de s’orienter vers un contenu de plus de plus économiste entraîne aussi des prises de position qui prennent un sens réactionnaire : défendre le « produire français », lutter contre l’immigration… alors que celle-ci ne correspond, in fine, qu’à des mouvements internes au sein d’un espace économique unifié : la sphère économique française.

    En dernière instance, le PCF, lui aussi, s’est intégré progressivement dans la société capitaliste. Sa composition sociale a changé. La place de l’aristocratie ouvrière dans les recrutements est devenue croissante. Il en suit, presque mécaniquement, une droitisation.

    La participation au jeu démocratique de la bourgeoisie passe de tactique à stratégique. Il faut défendre et accroître les bastions rouges. Ce glissement inféode le PCF à ses élus et aux possession territoriales qui permettent de faire vivre le Parti. Outil, le Parti devient une fin en soi. Pour le faire vivre, il faut des moyens financiers, pour les obtenir, il faut donc des élus, pour avoir des élus, il faut une politique électoraliste. La suppression du centralisme démocratique est d’ailleurs défendue ainsi : la fidélité de l’élu communiste va à ses électeurs et aux engagements pris, plus qu’à la ligne du parti.

    Ce renversement des rapports d’autorité incarne un facteur primordial dans le déclin du PCF. Avec la Chute de l’URSS, il perd même un point d’appui : un modèle de succès. Cette défaite en fait désormais un croupion du PS, voué à jouer les seconds rôles, puis les figurants.

    1Nous détaillons cela davantage dans les sections de notre site internet consacrées à cette question.

    2Une tendance au fait que les pauvres soient à la fois de plus en plus pauvres, tant par rapport aux bourgeois (écart de richesse), mais aussi dans l’absolu (fins de mois difficiles, endettement, chômage, travail partiel…).

    3Ce qui est, en soi, un argument constant des révisionnistes.

    4https://unitecommuniste.com/france/mai-1968-est-il-responsable-de-matzneff/ Nous détaillons sur cette question ici.

  • 100 ans du PC (1920-2020) – 1/3

    100 ans du PC (1920-2020) – 1/3

    Note : Historiquement, le PCF était SFIC entre 1920-1921, PC-SFIC entre 1921-1943, puis PCF à partir de 1943. Dans cet article, nous employons, par commodité, l’appellation PC & PCF pour l’ensemble de la vie du Parti Communiste.

    Le PCF a joué un rôle essentiel dans la vie politique française et dans la vie ouvrière dans son ensemble. Si aujourd’hui, il n’apparaît plus que comme une organisation secondaire, comme un vestige du passé, son histoire mérite d’être connue, étudiée, comprise, partagée. Au seuil de son centenaire, si le vénérable parti ne nous livre pas une organisation de combat, il nous livre cependant un autre trésor : celui d’une mine d’expérience. Quoiqu’on puisse penser du PCF, il nous faut regarder celle-ci, la comprendre, en tirer les éléments positifs. Nous lui sommes toutes et tous redevables, d’une manière ou d’une autre.

    Dans l’actualité la plus récente, plusieurs élus du PCF ont été pointés du doigt pour des agressions sexuelles. Nous exprimons notre solidarité envers les victimes de celles-ci, et nous honorons la mémoire de Guillaume T., qui a révélé l’affaire dont il avait lui-même été victime. Nous mentionnons ceci, car pour un certain nombre de militants, ces affaires, tout comme celles qui ont concerné le MJCF en 2019, sont révélatrices d’une dégénérescence irrémédiable du PCF. Si elles sont effectivement illustratives de problèmes profonds et graves, elles ne sont nullement l’apanage du PC, ni d’ailleurs des « partis bourgeois ». On ne peut rejeter au loin l’histoire du PC, en particulier son déclin et l’ignorer. Il ne faut pas non plus ignorer la part d’ombre qui existe dans nos rangs. La croyance en l’invulnérabilité face à la déviation et face au crime est un danger grave, et qui nous guette tous. Comme l’écrivait Mao : là où le balais ne passe pas, la poussière s’accumule.

    La naissance :

    Il n’est pas possible de parler du PCF sans le replacer dans une histoire plus large : celle des luttes sociales en France, et plus particulièrement de la naissance des luttes ouvrières. Les PC sont les héritiers d’une tradition de lutte, la décantation d’une expérience. Ils ne sont pas des coups de génie, mais sont la résultante d’un processus long et complexe.

    Tout comme le Parti Bolchevique découle de l’expérience des décembristes et des narodnistes, le PC français est l’héritier d’une histoire qui entremêle jacobinisme, conjuration des égaux, révolutions, commune de Paris, conflits entre socialisme utopique et socialisme scientifique.

    Cette « histoire profonde » du PC mérite, pour des raisons que nous évoquons à la fin de l’article, toute notre attention. Elle est le procès de création de cette organisation, le processus dans lequel elle est devenu un Parti.

    Il faut reconnaître que la construction du PC est d’autant plus complexe que la France ne s’est pas illustrée, à l’époque, par ses penseurs marxistes. Elle a été le berceau des révolutions du XIXe siècle, mais peine à s’extraire du romantisme révolutionnaire et d’une vision idéaliste de la philosophie politique. Jusque dans les années 1870, les sciences sociales souffrent d’un retard terrible comparativement au voisin d’outre-Rhin. Malgré le fait que la Commune a posé les jalons d’une nouvelle ère révolutionnaire, ses retombées théoriques profitent ailleurs. D’ailleurs, dans l’ensemble de son histoire, peu de théoriciens français sortent du lot. Il est possible cependant de retenir Georges Politzer, Charles Bettelheim ou l’économiste franco-égyptien Samir Amin.

    Lors de la grande épreuve de la Première Guerre mondiale, la très grande majorité des organisations françaises et des militants de la SFIO soutiennent la boucherie. Peu sont présents dans la conférence de Zimmerwald, en 1915, qui réunit les pacifistes. La décantation se produit donc après. Alors que c’est le choix de soutenir ou de s’opposer à la guerre qui clive dans un grand nombre de pays, en France, c’est le traumatisme de la boucherie de Verdun.

    La naissance de la SFIC est inséparable de l’histoire de la Révolution Russe. Elle polarise le congrès de Tours, en 1920. Au travers des fameux 21 points de l’intégration dans le Komintern, c’est, en dernière instance, la question du soutien à la construction du socialisme en URSS qui est posée. Certains fondateurs du PC, comme Boris Souvarine, sont ainsi des relais des conflits idéologiques internes à l’URSS. Cette lutte reflète les clivages entre les praktiki1 de la Révolution et les intellectuels idéalistes. Leur opposition à la « bolchevisation » du Parti reflète souvent leur hostilité face à la direction que prend l’URSS.

    La SFIC s’intègre dans un programme de révolution mondiale et d’entraide entre révolutionnaires du monde entier. Contrairement à une idée reçue, elle n’est pas totalement équivalente aux intérêts de l’URSS. Il faut d’ailleurs souligner que, dans ses membres fondateurs, nous retrouvons des personnalités de premier plan, tel Ho Chi Minh. Pourtant la question coloniale demeure complexe.

    Le PCF, comme la très large majorité des partis communistes de l’époque, est une organisation qui possède un caractère exceptionnel. C’est un parti politique, mais un parti double : il possède des structures légales, visant à l’intégration dans le jeu politique et dans les élections, tout en disposant d’un appareil militaro-politique clandestin, dans le but de prendre le pouvoir par la révolution. L’existence de ces deux têtes ne va pas sans conflits. Elle entraîne aussi une méfiance constante de la part des partis politiques « traditionnels » (au sens de respectant le jeu démocratique).

    Il existe un très large consensus de la très grande majorité des partis politiques pour condamner l’Union Soviétique (les radicaux, en France, faisant figure d’exception notable, avec une soviétophilie importante). Les organisations communistes sont traitées alors comme des pestiférées, y compris par la sociale démocratie. La dégradation de la diplomatie et des relations entre partis entraînent des choix de ligne variables, entre le classe contre classe et le front uni.

    Le « classe contre classe »

    Le PCF a suivi avec rigueur la politique de l’Internationale Communiste, en appliquant, en 1928, la ligne du « classe contre classe ». La ligne du « classe contre classe » part d’un constat simple : l’anticommunisme des autres organisations politiques est trop fort pour justifier la moindre politique de conciliation. Les sociaux-démocrates, les relais des oppositionnels, notamment les trotskistes ou les anarchistes, sont considérés comme étant des traîtres à la cause. Ils sont jugés avec plus de sévérité que les autres : en effet, ils contestent par leur simple existence le monopole du PC a incarner la révolution ouvrière.

    Durant cette période, le PC, apparaît renfermé, sectaire. Il perd une partie de son auditoire, même s’il parvient à constituer des bastions ouvriers et se doter de relais solides. Cette « bolchevisation » du PC est toujours un grand débat : politique gauchiste ou ligne juste ? Toujours est-il que, Le PCF possède alors un soft-power immense. Il attire largement. Les ouvriers, les ouvrières, la paysannerie, mais aussi l’intelligentsia se tournent vers lui. Des noms illustres s’affichent aux côté des petites gens. L’URSS, elle aussi, attire, fascine, intrigue. A partir des années 1930 cependant, le PC se transforme. La montée du fascisme le rend plus prudent, plus méfiant. Le durcissement de la situation en URSS l’atteint également. Il décante aussi progressivement.

    L’exclusion de personnages comme Jacques Doriot n’est pas, comme on a pu l’entendre, une conséquence du « stalinisme » du PCF. Doriot, qui a fini SS, incarnait les divergences internes au PCF. Efficace, travailleur, il n’en était pas moins un apôtre d’un renoncement à la révolution prolétarienne. Sa vision du changement de société passait par l’alliance avec les réformistes la collaboration de classe. Doriot ne préfigurait pas le Front Populaire antifasciste. Il préfigurait plus le social-chauvinisme, le renoncement, l’opportunisme. Il n’a pas eu « raison trop tôt ». La ligne radicale « classe contre classe » signifiait aussi, pour lui, la perte possible de son fief de Saint-Denis.

    La menace fasciste.

    La menace fasciste, incarnée par le 6 février 1934, pousse à ce que les partis anti-fascistes fassent front commun. Le front uni antifasciste donne des résultats contradictoires : en Espagne, sa victoire entraîne un coup d’État militaire, qui se mue en guerre civile impitoyable. En France, la victoire électorale permet des avancées sociales immenses. C’est bien grâce au PCF et à la CGT que les congés payés, que la baisse du temps de travail, que l’amélioration des conditions de travail ont été une réalité. Mais la victoire tactique ne s’est pas muée en victoire stratégique.

    Là aussi, la bourgeoisie s’est radicalisée. Elle a tourné les yeux, pleine d’envie, vers un modèle politique qui lui permettrait de régler son compte aux empêcheurs d’exploiter en rond. Outre Rhin, le nazisme offre ainsi un modèle : la bourgeoisie préfère largement « Hitler que le Front populaire ». Elle est exaucée. Il est notable que, dans la défaite « totale » de 1940, elle parvient à sauver deux choses : l’Empire et la flotte pour le protéger. L’essentiel est sauf, l’Allemagne peut bien « régénérer la métropole », tant qu’elle ne touche pas -et elle n’y toucha point ! – aux immenses richesses coloniales.

    Il est difficile de savoir s’il y a eu réellement un « choix de la défaite » ou si le retard technologique et l’incompétence militaire ont eu raison de la France. Il n’est pas exclu que le patronat en réaction aux nationalisations -en particulier du complexe militaro-industriel, ait opéré un véritable sabotage. Il est possible qu’il espère une « régénération » de la France dans la défaite, comme lors de la restauration, un siècle plus tôt. Toujours est il, que, lorsque la guerre est là, la France n’est pas prête.

    1Les « praticiens », ce terme est parfois employé pour parler des parties les plus pragmatiques du PC(b)US, notamment lafuture kommanda autour de Staline. Ce sont ces militants, souvent peu optimistes sur les perspectives révolutionnaires en Europe, qui vont l’emporter sur les branches plus promptes à prendre des risques. Avant d’en faire une opposition plate et insipides entre « démocrates » et « bureaucrates », il faut prendre en considération les projets politiques divergents : Dans « Le cours nouveau » Trotski annonce son hostilité face à la mutation du PC(b) révolutionnaire en parti devant « gérer » un pays, mais il prône aussi une politique de pression brutale – y compris par des expédition punitives – sur la paysannerie et sur les ouvriers en misant tout sur l’étranger. La majorité du PC(b) considère que le risque de tout perdre est trop important, et qu’il faut miser sur la construction du socialisme en URSS. Pour l’anecdote, le centre Boris Souvarine est aujourd’hui un des instituts les plus ouvertement anticommunistes.

  • Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Les élections européennes viennent de se terminer. D’une manière générale, en Europe, elles ont été marquées par la progression de l’extrême-droite. Celle-ci s’octroie même la majorité absolue en Hongrie, ou le Fidesz a fait 52,3% des voix. Dans l’ensemble, entre 2014 et aujourd’hui, les partis de droite extrême passent de 155 à 172 sièges.

    La participation générale est à la hausse. Elle est à 50,95% pour l’UE. Elle s’étale de 22,74% en Slovaquie jusqu’à 89% en Belgique. Les résultats sont donc très variables en fonction des Etats, et nous aurons, aux côtés de nos camarades de l’ICOR Europe, l’occasion de commenter plus tard la situation dans l’UE. 


    En France, qu’en est-il ? 

    La participation est à peine au-dessus de la moyenne européenne (50,97%). Les électeurs et électrices se sont donc plus mobilisés pour celle-ci qu’en 2014, où elle était de 42,43%. Il semble que la période de mobilisation et de lutte intense se soit plus traduite par une mobilisation électorale que par le fait de bouder les urnes. Cependant, il est difficile de faire encore un tableau précis de la sociologie électorale. 
    Les sondages ont été remarquablement précis. Alors que certains pensaient que Macron s’effondrerait -nous l’avions-nous même cru un moment- les résultats révèlent que LREM dispose d’une base sociale stable. Elle s’est mobilisée : elle représente donc 22% des 50% de population. Ce sont les cadres supérieurs du privé et les CSP++. Ces 11% de la population en âge de voter paraissent énormes, hypertrophiés. Mais cette prévalence importante est logique : la France, en tant que pays impérialiste, concentre des fonctions supérieures et de commandement de sa sphère de domination. L’exploitation des pays dominés permet donc de redistribuer une partie du surplus aux agents de l’impérialisme, mais également à des fonctions parasitaires, comme les managers.

    L’électorat RN est socialement beaucoup plus complexe. Cependant, il est bien moins marqué par un caractère ouvrier que ce que les propagandistes méprisants expriment. Finalement, il s’agit d’un agrégat hétérogène, constitué d’individus partageant un même constat : l’implosion progressive du « système » (avec toutes les manières d’interpréter ce terme). Face à cela, le souhait des électeurs est de rétablir l’ordre, de revenir à un hypothétique « avant » meilleur. Les uns se dressent contre les immigrés, les autres contre « le mondialisme », les Juifs, les musulmans, ou, d’autres encore, contre les mouvements LGBT… En somme contre ceux et celles qu’ils considèrent responsable de la « perdition » de la France. Il n’y a donc pas un profil unique, mais celui-ci, en revanche, est stable électoralement. 

    Chez Les Républicains, cela a été un coup dur. « Tout est à reconstruire » selon Bellamy, tandis que Eric Woerth s’en prenait à Laurent Wauquiez « A sa place, je tirerais sans doute les conséquences de ça. […] C’est le pire score de notre histoire, alors que la droite est majoritaire en France ». Ce que cela révèle est surtout qu’il n’y a pas de place pour plus d’une liste d’extrême-droite. LR s’est placée sur le même créneau que le RN, pensant le vampiriser, avec, probablement, à termes, l’objectif de faire sauter les barrières qui les séparent. En réalité, faute d’espace, leur score est un pitoyable 8,5%. Ces 4,75% des individus en âge de voter sont donc des réactionnaires, comme le RN, mais avec du patrimoine, plus âgés, plus catholiques, mais aussi moins en rupture avec les institutions. La question du patrimoine est d’ailleurs ce qui sépare, in fine, de l’électeur RN.

    La stabilité joue aussi sur les échecs des listes réactionnaires : Dupont-Aignant, Asselineau ou Philippot, sans compter les quelques listes ultras, se partagent quelques miettes. Incapable de trouver un espace, ils n’apparaissent pas comme des alternatives. 

    Pourquoi ce score est-il stable ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’immense victoire fasciste ?

    Malgré ses tentatives, l’extrême-droite n’est pas parvenue à se greffer sur le mouvement des Gilets Jaunes. Elle ne parvient pas à se faire l’écho de la colère sociale, du fait de ses ambiguïtés constantes, sur la police, sur la justice, sur l’économie. La démagogie n’est pas parvenue à absorber les légitimes revendications sociales des classes populaires. L’extrême-droite végète donc, la formule faisant son succès relatif étant également celle qui l’empêche d’être victorieuse.
    Les classes populaires demeurent toujours les premières en termes d’abstention, aucune force politique ne s’est faite leur porte-parole de leurs intérêts. Même les inconséquentes listes des « Gilets Jaunes » ont échoué. Leur tentative de surfer sur la vague ont fait long feu. 

    Le vide populaire se fait d’autant plus sentir lorsqu’on analyse ce qui s’est produit à gauche de l’échiquier politique. Seul 30% des suffrages sont allés de l’autre côté de LREM.

    Finalement, la force qui a le plus recueilli de suffrages est constituée par EELV. C’est le produit de la mobilisation de la petite bourgeoisie progressiste urbaine, laquelle s’est déplacée pour voter « à gauche ». La nature de cette mobilisation se ressent. L’ancienne coalition de Hollande (PS-EELV-Génération-s) récolte 20% des voix. Cette résurrection de la « gauche-qui-trahit » est plus que déplorable. Ces organisations sont durablement associées à la casse sociale, à la loi El-Khomri, à la naissance de Macron. Elles captent pourtant toujours assez de voix pour empêcher qu’une autre « gauche » apparaisse comme un pôle. 

    La petite bourgeoisie des centres urbains est retournée chez elle. Ce n’est pas étonnant. Le social-libéralisme, même maquillé en vert, bénéficie toujours d’un espace possible d’existence dans la puissance impérialiste qu’est la France. 20%, cependant, soit 10% des individus possédant le droit de vote, est une « victoire » précaire.

    La gauche non-Hollande, PCF, LFI, LO (soutenue par le NPA) n’ont pas plus mobilisé les classes populaires.Les groupes trotskistes, tout en se parant des oriflammes de la révolution et en portant un discours de syndicat, ont obtenu 0,7% des voix.Le PCF, rompant avec la stratégie du Front de Gauche, a tenté sa chance seul.La tentative est louable, mais ne pouvait que tomber à plat.Entre une image trop lisse pour attirer les parties les plus radicalisées de la population et l’anticommunisme atavique de la petite bourgeoisie, il est tombé dans un entre deux coûteux.L’abstention lui a ôté les voix qu’il voulait intégrer.Il est talonné par le « parti animaliste.» Nous avons une position sur le PCF qui fait que nous ne partageons ni le fond, ni la forme de ce que ce parti est devenu.Cependant, cette contre-performance ne nous réjouit pas.Elle contribue encore davantage à invisibiliser la place du communisme dans le débat politique et réduit l’espace idéologique ouvert aux idées marxistes.

    La France Insoumise, quant à elle, est en pleine décrue.Elle se retrouve même a égalité avec le Parti Socialiste, malgré tout ce que celui-ci a fait de néfaste.Elle n’est pas parvenue à rassembler autour d’un programme un minimum progressiste.Prise au piège de sa propre stratégie, tabler sur le populisme, elle se confronte aujourd’hui a ses limites.

    L’agressivité dont elle a pu faire preuve, notamment pour se placer par rapport au PCF et à la CGT, a donné un flot très fort, mais un reflux tout aussi puissant.En cause, notamment, les contours flous, les contradictions internes, les affaires Kotarac et Kuzmanovic.L’espace que laisse la décrue de LFI n’a pas été récupéré par le PCF, il a été vampirisé, finalement, par le PS-EELV, sur un programme libéral au possible.

    Les gauches réformistes ont échoué.Le concept, confronté à la crise du capitalisme, est à bout de souffle, même pour ceux et celles qui peuvent encore y croire. La gauche révolutionnaire, extra-parlementaire, a un boulevard devant elle.Elle a une opportunité qu’elle doit saisir.

    Elle est toujours émiettée, toujours fragmentée en groupuscules, en sectes, en petits clans.Elle n’est pas parvenue à une visibilité à l’échelle du pays, ni à jouer le rôle qu’elle doit jouer.Il ne tient en revanche qu’à elle de sortir de cette situation.

    C’est ce à quoi, avec d’autres, nous appelons et nous appellerons d’une manière beaucoup plus précis prochainement.

    La situation décatie que nous voyons aujourd’hui ne peut qu’évoquer ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres »

  • 100 millions sinon rien. – Première partie.

    100 millions sinon rien. – Première partie.

    Un PCF qui s’approche des 5% semble suffire à réveiller de vieux démons chez les réactionnaires et les bourgeois. L’anticommunisme atavique se dresse dès qu’il flaire son ennemi.
    Invité sur le plateau des « Grandes Gueules », le 21 mai, le candidat du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, a été pris à partie par le journaliste sportif et chroniqueur Daniel Riolo. Celui-ci a affirmé que le PCF avait collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
    « On ne va pas avoir un débat historique. Le général de Gaulle a sauvé le Parti communiste après la guerre en l’intégrant au pouvoir décisionnel alors qu’il avait complètement collaboré. » Cette falsification de l’histoire, nourrie de raccourcis, à la vie dure. Elle tend à faire oublier l’importance fondamentale des communistes, avant même l’entrée en guerre de l’URSS, dans toutes les résistances à l’occupation allemande et au fascisme, y compris au sein des camps de concentration. Elle surfe sur le mythe d’un monopole gaulliste de la Résistance intérieure, monopole construit a posteriori.

    L’affront a fait bondir Ian Brossat, à juste titre. Mais si les propos d’un journaliste sportif peuvent passer pour une bêtise nourrie d’anticommunisme, d’autres cas sont plus inquiétants.
    Un jour avant, le 20 mai, Nicolas Lecaussin publiait dans Le Figaro, une tribune intitulée « Le communisme français, un cadavre qui bouge encore, hélas ». Le directeur de l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales déclarait, en somme, que « le communisme aurait dû depuis longtemps sortir de l’histoire.Et ce n’est pas à l’honneur de la France d’avoir toujours un parti communiste…» 
    Puisque M. Lecaussin prend la peine d’intervenir sur un si grand média, nous ne pouvons que prendre la plume pour lui répondre. 

    En tout premier lieu, nous plaignons quelque peu Nicolas Lecaussin. Sa terreur, son effroi, envers le communisme semble sincère. Devant la candidature du PCF, autour d’un programme plus que timoré, semble déjà lui donner des sueurs. Espérons qu’il ne sache pas que d’autres sont bien pires. Et qu’ils assument. 

    Car il est difficile de penser que l’« Europe des Gens, pas l’Europe de l’Argent » soit une émanation pure et dure du marxisme-léninisme, du bolchevisme. D’ailleurs, l’auteur de cette diatribe est rapidement en souffrance lorsqu’il doit avancer des arguments pour la caractériser ainsi. Il se contente alors cette unique passe d’armes : « Toujours la même rengaine contre «le marché, la concurrence, l’austérité…». C’est toujours l’Etat qui résout tout, pas de salut ni solutions hors les services publics, haro sur les banques, les entreprises et bien entendu les riches, qui doivent être punis.» 
    Le Figaro, avec ses 5 699 521 € d’aides d’Etat versées par an, ce qui en fait le 3e journal le plus subventionné de France, pourrait au moins avoir la politesse de se débrouiller seul avant de cracher dans la soupe des finances publiques. 

    Indépendamment de cela, nous sommes loin de voir renaître un discours de dictature du prolétariat. Mais s’en est déjà trop pour notre homme, pour qui Ian Brossat et « son programme repren[nent] les formules creuses et les propositions éculées du PCF. » Nous n’allons pas essayer ici de défendre celui-ci, que ous jugeons inadapté. En revanche, cela ne singifie pas qu’on accepte de recevoir les crachats d’ignares.

    Donc, à ses yeux, le gentillet adjoint à la mairie de Paris traîne avec lui les cadavres de dizaines de millions de morts… Sauf que l’accusateur semble bien en peine de nous en dire plus. 

    Un accusateur à la peine.


    Quelque part, nous avons un peu de peine, en lisant la prose de M. Lecaussin. Malgré la charge véhémente qu’il adresse, en termes orduriers, au PCF, à M. Brossat et au communisme, il semble hésitant. Les terribles coups qu’il entend porter semblent mal assurés. Et pour cause. 
    « Des dizaines de millions de morts » ; « Comme si l’on avait gommé tout simplement les dizaines de millions de morts. » ; « une idéologie ayant entassé les cadavres. » Voilà des arguments qui reposent sur des preuves scientifiques dûment étayées. Et pour cause, notre compère est un fin historien.

    Les auteurs qu’il cite, pour se donner une contenance, sont des têtes connues. Marc Lazar, auteur de l’ouvrage Le Communisme, une passion française, sorti en 2002. L’omniprésent Livre noir, de Stéphane Courtois, mais aussi Thierry Wolton. 

    Si le premier est un petit réactionnaire assez inoffensif, un disciple de François Furet sans envergure, les deux autres méritent qu’on s’y attarde.

    Le Livre noir, publié en 1997, est toujours un cheval de bataille au centre de l’anticommunisme français et international. Un cheval cependant bien décati, car plus aucun universitaire sérieux ne l’emploie, tant les analyses de son directeur sont tirées par les cheveux. Même plusieurs rédacteurs ont choisi, par la suite de s’en détacher, en fustigeant l’obession des 100 000 000 de morts. Nicolas Werth, par exemple, auteur de la plus grande partie de l’ouvrage, s’en est détaché, du fait des incohérences de la direction. En effet, celui qui avait écrit « Goulag, les vrais chiffres », ramenant à sa juste proportion le système carcéral soviétique, se retouvait cité au milieu de fanatiques anticommunistes.

    M. Lecaussin, par ailleurs, se garde bien de donner un chiffre, soit parce qu’il ne sait pas, soit parce qu’il ne sait que trop bien combien ses sources sont fragiles, et combien il est risqué de tracer un bilan mal assuré. Pourtant, les sources, elles, ne manquent pas. Il est aisé de trouver les écrits d’A. Blum ; de S. Fitzpatrick ou même de simplement ouvrir un de nombreux livres de N. Werth pour avancer des chiffres qui, à défaut d’être correctement utilisés, aurait au moins eu le mérite d’être justes d’un point de vue comptable. 

    Le troisème larron de M. Lecaussin, Thierry Wolton, mérite qu’on s’y attarde un moment. En effet, cet auteur a été au centre de tellement de controverses que nous sommes bien en peine de les lister. S’il a été soutenu par les historiens réactionnaires A. Kreigel et F. Furet, bien d’autres l’ont brocardé avec véhémence. Obsédé par une conspiration du Komintern, T. Woltan cherche longuement à démontrer, au travers de raisonnements au second ou au troisième degré, que Jean Moulin était un agent soviétique. 


    Pierre Vidal-Naquet considère que T. Woltan au travers de ses attaques contre le communisme et contre Jean Moulin, sa bête noire, fait œuvre de « révisionnisme mou », et que le fond de sa pensée était constitué de ses « intentions de réhabiliter Vichy ». Il l’a également accusé d’être « un falsificateur du genre de Faurisson ». Dans son ouvrage Douze leçons sur l’histoire, A. Prost prend même l’exemple de T. Wolton comme représentation du non-historien. Il a qualifié ses méthodes de « peu rigoureuses » et son travail de « prétendument historique. » François Bérida en parle également comme auteur peu rigoureux et commutant régulièrement des contre-vérités.

    La dernière œuvre de cet historien décidément fort peu admiré de ses pairs est un triptyque sur l’histoire du communisme. Les titres sont éloquents. Un tome 1, nommé les bourreaux, sur la direction des partis communistes. Un tome 2, nommé les victimes, sur les habitants des pays dirigés par ces mêmes partis. Un tome 3, en préparation, les complices, sur l’admiration du communisme par des intellectuels engagés. 
    Les historiens de garde, pour reprendre l’expression employée par William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin dans leur ouvrage éponyme, sont les références de M. Lecaussin. Ces « historiens », plus portés sur l’histotainement le divertissement historique, que sur l’étude de l’histoire elle-même, forment un fer de lance redoutable. Les noms de Lorànt Deutsch, Stephane Bern ou Patrick Buisson reviennent sans cesse chez ces royalistes, ces réactionnaires, qui maquillent l’histoire. Au nom d’une liberté de la science, ils escamotent ce qui ne sert pas leur chapelle et grossissent le trait de ce qui les arrangent. 

    Voici donc la base scientifique qui sous-tend la pensée de M. Lecaussin.


    Contrairement à ce que pense M. Lecaussin, nous, communiste, sommes particulièrement attentifs à l’actualité de la recherche concernant l’histoire des expériences socialistes. Il s’agit d’un matériel dont nous avons besoin pour permettre de déterminer les erreurs, les fautes et les manques que les communistes d’alors ont pu commettre. Nous avons besoin également de connaître quels succès ont été réalisés, quelles avancées. Parfois, le bilan est dur à accepter, par rapport à la promesse du paradis socialiste, mais nous l’acceptons, car nous ne nous nourrissons pas de mythes et d’invention.

    C’est pour cela que nous ne lisons pas que ce qui est le fruit de notre chapelle. Aujourd’hui, de plus, avec l’ouverture des archives soviétiques, l’évolution de l’historiographie tend, en dernière analyse, à éliminer les thèses totalitaires des années 50-60 aux USA, ou des années 90 en France.
    Aujourd’hui, les recherches actuelles dressent un portrait incomparablement plus flatteur de l’Union soviétique qu’à l’époque des inventions de Robert Conquest, des mensonges de Khrouchtchev, des racontars de Trotski ou des délires de Courtois. Les dizaines de millions de morts du Goulag ou des purges se sont évaporés. 

    Les travaux actuels de S. Fitzpatrick, de A. Getty ou de S. Wheatcroft tendent à remettre les pendules à l’heure. Peut-être ceux de M. Tauger, sur les transformations de l’agricultre soviétique et sur la famine en Ukraine, de G. Furr sur les rapports entre le NKVD et la direction de l’Etat, permettront d’obtenir une nouvelle rupture historiographique. 

    En revanche, nous pouvons vois que notre auteur semble bien mal inspiré d’étaler sa science. Car une construction si mal étayée tombe bien vite en ruine, d’autant que lui-même, en prenant position, oublie de balayer devant sa porte. En termes de comptabilité morbide, son propre camp est loin d’être à la traîne.

  • Le 8 mars et notre organisation.

    Le 8 mars et notre organisation.

    Le 8 mars et notre organisation.

    Ce n’est pas une tâche évidente, pour une organisation dont la composition est essentiellement masculine, de pouvoir s’exprimer sur le 8 mars sans porter un regard autocritique sur soi-même. Ce regard, nous avons pourtant tenté de l’avoir depuis que nous nous sommes fondés, en février 2016. Nous faisons le choix, en prélude du 8 mars, de ne pas produire un texte généraliste. Nos positions sont résumées, globalement, par le communiqué produit par l’ICOR dont nous sommes signataires. 

    Au fur et à mesure du temps, au fur et à mesure de notre expérience, nous avançons, nous le pensons, sur ces questions. Même si la réalité nous rappelle à l’ordre, même si l’actualité peut, régulièrement, nous signifier tout le chemin qu’il reste à parcourir chez nous, dans les organisations progressistes, comme dans la société dans son ensemble.

    D’une manière générale, l’évolution de la crise économique, l’augmentation des tensions nationales et internationales, la déferlante réactionnaire… Tous ces facteurs concourent à entraver l’émancipation des femmes, à réduire leurs droits, à s’opposer à l’égalité réelle.

    Pourtant, les luttes menées contre les oppressions se poursuivent. Ainsi, le mouvement initié par #metoo, mouvement salutaire, a continué à agir comme une onde de choc dans la société d’une manière générale.

    Mais cette vague de dazibaos antisexistes ne s’est pas limitée à la « société civile ». Elle a frappé également les organisations politiques y compris celles se revendiquant du communisme, faisant voler en éclat une chape de plomb qui maintenait de sombres et dramatiques affaires sous silence.

    Dans le « milieu » militant, il est indéniable que des avancées ont été réalisées. Des pratiques, des modes d’organisation, des attitudes, acceptées il y a dix ans encore, ne le sont plus. Cela révèle une évolution de la conscience politique sur ce sujet. Cette avancée générale ne s’est pas faite au même rythme partout, y compris à l’intérieur des organisations elles-mêmes. Elle a donc généré des contradictions et des tensions, entre éléments avancés et éléments politiquement retardés.

    D’autant que des organisations se sont emparées de la question des violences faites aux femmes et en ont fait un sujet de campagne comme un autre, sans prendre en considération -parfois parce qu’elles n’en avaient pas connaissance- de l’existence de pratiques et d’actes de ce type en leur sein même. Parfois les éléments les plus retardés au sein de leur organisation propre, par opportunisme, ont voulu être les fers de lance de ces campagnes. Cette hypocrisie peut être illustrée, au sein du gouvernement, par le fait que l’égalité hommes-femmes soit considérée comme la « grande cause » du quinquennat d’Emmanuel Macron, la confiant aux mains bien peu progressistes de Marlène Schiappa, tandis que Christophe Castaner se retrouve à couvrir des abus sexuels au sein de la police.

    Le milieu militant

    Dans le « milieu militant », la mise en avant de ces questions a été l’élément déclencheur de #metoo internes, secouant de fond en comble certains groupes. Les milieux d’extrême-gauche comme la sociale-démocratie ont été touchés par ces questions. Aujourd’hui, cette onde de choc touche le Mouvement des Jeunes Communistes de France et gagne le PCF.

    Le congrès du MJCF a, ainsi, été marqué par cette question centrale : celle des agressions qui ont ou qui ont eu lieu au sein de l’organisation de jeunesse du PCF. Les réactions ont été vives, ou de solidarité, pour réclamer l’exclusion des individus ayant commis des agressions, les autres pour imposer le silence dans l’organisation. Le PCF répond aujourd’hui d’une manière on ne peut plus paradoxale. Sans affirmer de solidarité directe avec les victimes, il propose de mettre en place des cadres permettant à celles-ci de s’exprimer, tout en dénonçant les dazibaos contre les agresseurs, au nom de la présomption d’innocence, quitte à porter plainte contre les lanceurs et lanceuses d’alerte.

    Nous affirmons, de notre côté, notre solidarité avec les victimes de ces agressions et de ces crimes. Mais cette solidarité est facile, aisée, à proclamer. N’importe quelle organisation peut la mentionner, sans que cela n’engage à rien. Une véritable solidarité n’est pas si évidente à mettre en œuvre.

    De même, la révélation de ces actes a été utilisée, par des courants et des organisations politiques comme charge contre le MJCF en tant que tel. Ils ont été utilisés comme illustration de sa révision du marxisme, comme d’une illustration de sa dégénérescence idéologique. En prenant cet argument, ces organisations se sont placées « au-dessus » de ces questions, en prétendant, en somme, ne pouvoir être atteintes par ces maux. Nous pensons que ce raisonnement est faux et dangereux, car il occulte la possibilité de prévenir le risque que des agressions et des crimes soient commis.

    Le MJCF est-il plus enclin qu’une autre organisation à couvrir ces crimes ? Là, encore la réponse n’est pas si évidente. Il existe ainsi, même dans l’ultra-gauche, des groupes qui justifient théoriquement, au nom de la « rupture avec la morale bourgeoise » la négation du consentement, vu comme un vestige de réflexes individualistes petits-bourgeois. Pour certains de ces groupes, la « déconstruction » passe par la soumission aux caprices sexuels des leaders implicites de ces nébuleuses.

    Nous pensons que la situation interne au Mouvement des Jeunes Communistes de France tout comme d’autres situations qui touchent ou ont pu toucher des organisations politiques progressistes montrent que ces questions ne sont pas si simples à résoudre. Elles sont complexes car il n’est pas possible de se contenter de déclarations d’intention pour les résoudre. Il n’est pas possible de se placer en dehors de ces questions, comme sur un piédestal, en proclamant le fait d’être au-dessus de cela.

    D’une manière générale, les contradictions de la société capitaliste se répercutent dans les organisations politiques. Contradictions idéologiques, contradictions de classe, contradiction liées aux origines, contradictions liées au genre ou au sexe.

    Et, de fait les rapports de genre constituent un pan important, incontournable, de la vie des individus et des sociétés. Il n’est pas possible de se contenter de formules creuses et incantatoire, de clamer son antisexisme pour que celui-ci soit réel. Les pratiques et les rapports de genres ne restent pas dans le vestiaire lors de l’adhésion à une organisation.

    Nous sommes tous nés et nées dans une société patriarcale et sexiste, où les influences réactionnaires sont puissantes. Nous traînons avec nous des habitudes, des pratiques, des divisions des tâches, des rôles, du travail. Ces problèmes ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique. Même au sein des milieux LGBT, ces problématiques existent. Elles ne sont pas l’apanage des organisations mixtes ou de l’hétérosexualité. Fondamentalement, les rapports de domination, sans lutte menée contre eux, tendent mécaniquement à se reproduire : la domination sociale est un fondement de la société de classe.

    Dans de nombreuses organisations, nous avons régulièrement entendu l’expression « construire son organisation comme un castor », sous-entendu « avec sa queue .» Non seulement nous considérons que cette position est dangereusement réactionnaire, mais nous pensons qu’elle est mensongère. Le plus souvent, ceux qui la défendent et disent la pratiquer font, en vérité, l’inverse. Ils construisent leur cercle pour constituer un harem. Heureusement, ces propos tendent à disparaître. Mais par forcément les pratiques sous-jacentes.

    Depuis la répartition des tâches dans l’organisation, depuis la manière dont la prise de parole est faite, jusqu’aux relations interpersonnelles qui se nouent, il n’est pas possible de se placer en surplomb de ces questions et de se déclarer comme étant parfaits, incorruptibles, au-dessus de tout soupçons et hors d’atteinte de ces dangers.

    Nous ne prétendons pas avoir les réponses et la recette miracle de comment juguler ces crimes. Nous avons pu observer des situations différentes. Dans le cas du MJCF, le problème a été nié. Il a été caché sous le tapis, au nom de l’intérêt suprême de l’unité de l’organisation. Il est devenu une bombe à retardement qui, sous nos yeux, explose, secouant l’ensemble de la structure et faisant remonter toujours plus d’autres affaires toutes aussi sordides. Les révélations ne sont probablement pas terminées.

    Personne n’est à l’abri

    Le MJCF s’est retrouvé aux prises avec cette situation. Dans un sens, elle a pu émerger, malgré l’opposition parfois brutale de certains de ses membres, car il existait un cadre dans lequel ces crimes pouvaient être dénoncés publiquement. Ils pouvaient être dénoncés avec suffisamment de vigueur pour qu’ils ne puissent pas être tus ou ignorés après leur révélation.

    Toutes les organisations, quelque soit leur taille, peuvent héberger en leur sein des pratiques de cet ordre. Cependant, force est de constaté que plus l’organisation est petite, coupée des autres, sectaire, plus elle est vulnérable à ce que ces actes soient couverts et, même, deviennent une norme de fonctionnement. L’absence d’espace permettant à la parole de se libérer, le contrôle systématique de celle-ci, peut permettre à ces actes de perdurer longtemps. Mais, même dans de grandes organisations, des « cercles du silence » existent. Ces cercles prennent au piège, de manière concertée et coordonnée -ce qui forme une distinction extrêmement importante par rapport à des actes criminels mais isolés- des militants et -surtout- des militantes, pour entretenir des réseaux.

    Certaines réponses pour juguler ces agressions ont été faites sous la forme de règlements stricts, des protocoles chirurgicaux. Ils ont été mis en œuvre pour éviter que des cas de ce type se produisent. Ils ont montré, cependant, qu’ils n’étaient pas une barrière, car les règlements sont régulièrement transgressés, et car ils posent le problème par l’asepsie. « Supprimons les relations entre camarades pour supprimer le problème ». Or, le problème des agressions n’est pas un problème de « relations », il est un problème d’agression. De plus, des relations, des idylles, des histoires d’amour naissent de la camaraderie, d’une manière indépendante de la volonté des organisations elles-mêmes. Nous les déconseillons, mais pouvons-nous les interdire ? Nous pensons que cela ne marcherait pas, et mènerait, au contraire, à l’existence du secret, qui facilite l’irruption de problèmes graves.

    Certains et certaines ont voulu faire de la maîtrise parfait de ces questions un critère nécessaire pour le recrutement et l’intégration dans les organisations. Nous avons pu voir que cela, non seulement, tuait les organisations mais ne prémunissait contre rien. Maîtriser un discours ou une rhétorique n’empêche pas de commettre des abominations. Exiger la perfection, taire les conceptions erronées, taire les déclarations parfois retardées, ne faisait que créer une chape de plomb qui empêchait la résolution profonde de celles-ci, ainsi que le fait de pouvoir progresser pour ceux et celles qui les défendaient.

    Les recrues des organisations militantes ne sont pas parfaites, mais les directions non plus !, de plus, nous qui voulons travailler à vers les masses, nous devons prendre en considération que l’hégémonie est encore aux mains des positions sexistes et patriarcales, chez les hommes comme chez les femmes. Il est possible cependant, d’avancer, de tendre vers une amélioration. Ce n’est qu’ensemble, avec prudence, mais avec rigueur, que nous pouvons avancer. Avancer pour parvenir à corriger les failles et les conceptions erronées.

    Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de ligne rouge, de casus belli qui justifie l’exclusion et la publicité autour de celle-ci. Mais nous nous rendons souvent compte que sa définition est souvent plus facile à proclamer qu’à exécuter.

    Nous pensons qu’il faut acter qu’aucun cadre formel ne peut prémunir contre ce genre de risques. Que ceux-ci existent tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos organisations. Nous voulons créer un nouveau monde, mais nous sommes issus d’un ancien, et nous portons ses tares. Nous pensons que la parole puisse être libre, pour permettre que les risques, les inquiétudes, les malaises puissent être évoqués avant que des événements graves n’arrivent et qu’un travail de rectification puisse être effectué. Mais même cela ne peut prémunir contre tout.

    Nous avons, dans notre parcours militant, commis des erreurs dans le traitement de situations graves. Nous avons essayé des voies qui nous paraissaient être justes, avec des succès et des échecs. Nous courrons à chaque pas le risque d’en commettre d’autres. Petite ou grande, les organisations politiques sont confrontés à la difficulté de pouvoir mener l’enquête sur ces questions, de pouvoir aussi créer les cadres qui permettent non seulement l’expression des victimes que le jugement des coupables.

    Un grand nombre d’organisations, de fait, sont obligées de recourir au pis-aller de l’intervention de la justice bourgeoise pour trancher ces questions. C’est là une démonstration du chemin qui nous reste à parcourir pour permettre de ne plus être des spectateurs passifs de ces situations, mais bien d’éviter qu’elles puissent se produire, et, surtout, se reproduire.

    Lors du congrès du MJCF, des accusations ont été lancées contre les porte-paroles des victimes, les accusant de fragmenter l’organisation et de faire un jeu de division. Nous pensons que cette accusation est fausse. Ce n’est pas le fait de traiter les problèmes graves qui nuit à l’unité de l’organisation, comme ont pu le déclarer certains membres -pas tous et toutes heureusement du MJCF. C’est au contraire le bon traitement de ces questions, la capacité d’écouter et d’entendre les victimes, la capacité de trancher la question des agresseurs -et des agresseuses, même si les premiers sont très largement majoritaires qui permet de pouvoir créer cette unité et de lui donner un sens. La très grande masculinité des milieux militants en témoigne. Celle-ci ne pourra être résorbée sans un consciencieux travail permettant liquider les fonctionnements machistes de la grande majorité des organisations politiques -y compris dans la nôtre.