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  • Deux camps ?

    Deux camps ?

    M. Lallement, Préfet de police de Paris, nous a offert un savoureux échange avec un gilet jaune au lendemain de l’anniversaire du mouvement. Un échange savoureux et révélateur, tant de l’attitude de la bourgeoisie à l’égard des masses que de celle des politiciens.

    Didier Lallement s’est forgé une réputation de « fou furieux » de la répression en Gironde. Il est une personne redoutée de ses pairs comme de ses subordonnés. La Police elle-même a exprimé à plusieurs reprises des craintes quant à sa nomination tant ses pratiques répressives la mettait sous tension. C’est ce personnage, issu des franges chevenementistes du PS, qui est aujourd’hui aux commandes de la répression parisienne. La gauche sociale-démocrate a fourni Valls et Castaner, pourquoi pas non plus un des préfets les plus agressifs de ce début de siècle ?

    Lors de l’anniversaire des Gilets jaunes, le Préfet a manœuvré pour que la répression puisse être employée à son paroxysme. En autorisant d’abord le rassemblement des Gilets Jaunes, puis en déclarant unilatéralement son interdiction et sa qualification – administrativement décidée – en attroupement violent. Cette requalification lui permettait de lâcher la bride à ses troupes. Cette requalification ne pouvait être portée à la connaissance de qui que ce soit.

    Le site vu du droit, rédigé par l’ancien avocat proche du PCF Régis de Castelnau, a fourni une explication sur les aspects légaux des opérations menées par la police à ce moment-là. Or, le mode opératoire était conçu précisément pour que les choses débordent. Le rédacteur du site note que M. Lallement s’est rendu coupable de plusieurs délits.

    « La mise en danger délibérée de la vie d’autrui (article 223-1 du Code pénal) » ; « Complicité de dégradations volontaires de biens publics (articles 322-1 du Code pénal) » ; « Violences volontaires par autorités publiques (articles 222-9 à 222-13 du Code pénal) » ; « Atteinte à la liberté par séquestration arbitraire effectuée par autorité publique (article 432-4 du Code pénal) »…

    L’auteur ajoute également une nuance plus exotique :


    « Délit de concussion (article 432-10 du Code pénal) » enfin, une petite gâterie pour compléter le palmarès. Que dit le texte : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu’elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l’infraction. »
    Résumons : la manifestation était autorisée et les gens qui s’y sont rendus et se sont installés sur la place d’Italie le savaient. La décision d’annulation brutale ne pouvait dans ces circonstances être connue ou prévue des participants. À aucun moment les gens verbalisés dans le périmètre et autour de la place d’Italie ne peuvent avoir su qu’ils participaient à une manifestation interdite. Condition indispensable pour qu’ils aient commis l’infraction. Mais il y a plus, on ne sait rien des formes prises pour cette interdiction ce qui est encore plus grave car pèse ainsi sur elle la suspicion d’un « acte inexistant » privant de base légale tous les procès-verbaux. Didier Lallement devait le savoir parfaitement, mais tout à sa frénésie de répression et son zèle pour plaire au parti de l’ordre, il a probablement passé outre. Et fait percevoir des sommes qu’il savait ne pas être dues. C’est ça la concussion.

    Le lendemain, donc, notre homme s’est pavané en grand uniforme. Interpellé par une dame Gilet Jaune, apprenant sa participation au mouvement, il lui a rétorqué : « Nous ne sommes pas dans le même camp. » puis que « [s]on oncle est tombé à Monte Cassino ». Prenant prétexte du fait que le monument dédié au Maréchal Juin ait été endommagé. Le Préfet s’est permis une divagation sur la présence de son oncle durant cette bataille, où le corps combattant français était dirigé par le Maréchal.

    L’argument est quelque peu douteux, entre le sophisme d’autorité et le reducto ad hitlerum implicite. On voit que le jeune socialisme, parti en 1984 soutenir les sandinistes du Nicaragua, a pris un chemin d’une nature bien différente.

    Pour l’anecdote, cette stèle n’a, en réalité, par véritablement de raison d’être. Alphonse Juin ayant été déchu de son titre de Maréchal par de Gaulle, lors de son éviction du Conseil supérieur de la Défense nationale. Mais il s’agit d’un détail. L’essentiel est dans cette affaire de camp.

    La phrase a déclenché un tollé général. Tollé qui s’est répercuté à l’assemblée nationale. Le député LFI Ugo Bernalicis a ainsi déclaré : « C’est donc à dessein que vous l’avez nommé car il y a une adéquation entre votre doctrine de maintien de l’ordre et la réputation de ce préfet, entre ‘l’éborgneur’ et le fou furieux”, indiquant que “Lallement (avait) quitté le camp de la République” et demandant à ce qu’il soit ”(démis) de ses fonctions ». Édouard Philippe a qualifié cette accusation d’antidémocratique, bottant en touche sur le fond de l’affaire. Nous en déduisons donc que, dans la démocratie idéale vantée par le Premier ministre, l’impunité complète est une norme.

    Mais en réalité, pouvons-nous blâmer le préfet ? Après tout, il ne fait qu’énoncer une vérité manifeste. Il existe deux camps opposés en France. Un camp qui incarne les intérêts des diverses fractions de la bourgeoisie, avec des approches plus ou moins libérales ou protectionnistes. Ce camp soutien unanimement l’impérialisme français, derrière des motifs plus ou moins naïfs, allant de l’humanitaire jusqu’à la place de la France dans le monde. Un camp qui exploite les travailleurs et les travailleuses tout comme la nature. Un camp qui se prétend démocratique, mais qui, en réalité, est prêt à aller jusqu’à la plus grande brutalité pour protéger ses intérêts.

    En face de lui se trouve le camp de ceux qui produisent tout, mais n’ont rien. De ceux et de celles sur qui on marche, qu’on éborgne, qu’on grenade.

    Dans l’affaire, c’est le député LFI qui se trompe, en dépit de sa bonne volonté manifeste. Le camp de la République est précisément celui que sert le Préfet. Avec dévotion et efficacité. Ce camp est celui de la République bourgeoise, de ses institutions et de son État.

    C’est un fait incontestable, au vu de la lutte continuelle menée depuis plus d’un an par les Gilets Jaunes et par les autres secteurs en lutte. La manière dont le régime a répondu par le silence, l’intimidation puis la répression l’illustre dans toute sa splendeur.

    Si, dans les esprits, cela est acté, il faut désormais que cela se traduise dans la pratique. Il faut en tirer jusqu’au bout les conclusions politiques qui s’imposent. La bourgeoisie, l’autre camp, nous propose un jeu électoral pipé comme unique porte de sortie. Soit celle-ci est une nouvelle fois prise, soit une autre est trouvée.

    Nous avons éprouvé les limites du parlementarisme. Les limites des députés, qui préfèrent s’augmenter que s’intéresser au sort des masses. En fait de jeu démocratique, la bourgeoisie possède les pleins pouvoirs. Elle légifère pour son compte, fait exécuter ses lois et les fait appliquer par sa justice, sa police, son armée. Et lorsque celles-ci ne suffisent pas, lorsqu’elles sont trop étroites pour satisfaire sa rapacité, ou, au contraire, trop laxiste pour écraser les exploités, elle triche. Elle les outrepasse. En déclarant ces propos, M. Lallement a t-il eu l’exemplarité qu’on exige des fonctionnaires ? La neutralité ? Le devoir de réserve ? Non et il n’encourt aucune sanction, car, politiquement parlant, il est à sa place.

    Ce n’est pas une dérive du pouvoir, ça en est l’expression.

    Construisons alors le nôtre.

    Un pouvoir basé sur une opposition extra-parlementaire unique. Un front unique de lutte, dont le centre de gravité ne sera pas les salons bourgeois de Paris, mais les Assemblées Populaires, qui sont les lieux d’unification, de synthèse des luttes. En dernière instance, lors du prochain rendez-vous, le 5 décembre, qu’importe le nombre de personnes dans la rue. Ce qui importe ce sont les suites.

    Pour que ces suites soient à la hauteur des enjeux, elles doivent être populaires et démocratiques, massives et reliées les unes aux autres. Pour construire le camp opposé à celui du Préfet de Paris : construisons la démocratie populaire !

  • Mélenchon, Entre l’absentéisme, la métapolitique et l’impérialisme.

    Cela fait déjà quelques années que les zélateurs de Mélenchon nous rebattent les oreilles des prétendus exploits de leur leader. Il serait, en somme, la réincarnation de tous les grands leaders révolutionnaires, leur synthèse la plus poussée. 
     

    Etrangement, ces adeptes du culte de Mélenchon copient certains de travers les plus déplaisants du personnage, dont une agressivité à outrance, camouflant mal un manque d'assurance idéologique. Car il existe des zones d'ombres terribles autour du personnage. 
    Nous souhaitons ouvrir un début d'explication avec ceux qui s'alignent sur ses déclarations, qui citent ses ouvrages comme un nouvel évangile. Un début d'explication qui, nous en sommes certains, nous sera bénéfique à tous et toutes.

    Par exemple, pourquoi existe-il si peu d'écho des déclarations de Mélenchon au Parlement Européen ? Parce qu'il n'y en a qu'une d'orale. Toutes les autres sont des notes écrites, griffonnées, et remises en séance pour faire gonfler les chiffres d'activité.

    Ainsi, le journal Le Monde écrivait le 16 avril 2014,
    "Jean-Luc Mélenchon siège dans plusieurs commissions. Il est notamment le 4e vice-président de la Commission des affaires étrangères de l’UE, qui n’est pas la plus marginale.

    Nous avons examiné l'intégralité des procès-verbaux de présence qui figurent sur le site de cette commission. Elle s'est réunie au total 33 fois en un an, à un rythme quasi hebdomadaire.

    M. Mélenchon n'a été présent à aucune de ces réunions. Il n' a donc tout simplement jamais siégé en commission durant l'année écoulée."
    "Mais comment M. Mélenchon peut-il être aussi actif durant les séances et avoir un si mauvais classements aux votes ? C’est très simple : grâce à l’article 170 du règlement du Parlement européen. Voici ce qu’il prévoit :

    « Lorsque la discussion générale est achevée, chaque député peut émettre, sur le vote final, une déclaration orale qui ne peut excéder une minute, ou une déclaration écrite de 200 mots au maximum, laquelle est reprise dans le compte rendu in extenso des séances. Lorsqu'une proposition d'acte législatif ou un rapport sont inscrits à l'ordre du jour du Parlement conformément à l'article 138, les députés peuvent donner des explications de vote par écrit, conformément au paragraphe 1.

    Les explications de vote, orales ou écrites, doivent avoir un lien direct avec le texte qui fait l'objet du vote. »

    En clair, chaque eurodéputé a la possibilité de déposer une déclaration écrite courte à propos des votes, expliquant sa position, et qui sera inscrite au procès-verbal de séance. Et les données du Parlement européen ne distinguent pas entre intervention orale et écrite."

    Voilà un regard sur l'activité de M. Mélenchon au Parlement. En place et lieu de faire amende honorable, notre ami nie et calomnie ceux qui le prenne en défaut.

    Plutôt que de tenter d'importer des "memes" maladroits tels que "can't stenpchon the Melenchon", reprise malhabile de "Can't stump the Trump", ses militants seraient plus avisés d'expliquer certains mystères dans les positions du candidat.

    Actuellement, nous préparons une critique de "l'ère du peuple", le dernier pamphlet de l'ancien membre de l'OCI [Organisation Communiste Internationaliste], ouvrage particulièrement illustratif sur les positions politiques sociale-chauvines de l'auteur.

    Les militants de JLM seraient ainsi bien avisés d'expliquer cette pratique particulièrement aigue du crétinisme parlementaire.

    Mais ils seraient aussi bien avisés d'expliquer certaines thèses curieuses de la part de leur leader, notamment ces positions plus qu'ambivalentes sur l'impérialisme français.

    Résultats de recherche d'images pour « l'ère du peuple »

    Ils et elles seraient ainsi bien avisés de nous expliquer certains passages de son ouvrage:

    "Dès lors, quel crève-coeur de voir la France rabougrie ! À cette heure notre République devrait se  dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballottée par les événements, tenue en laisse par Mme Merkel." Voilà une France dominée et battue qui n'est pas conforme à la réalité de l'impérialisme français. Et encore, notre héros exige un sursaut de sa part !

    "Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples."  Cette nouvelle alliance des peuples, M. Mélenchon ne la voit que comme sous l'ombre du drapeau tricolore, sous la même bannière qui a ensanglanté l'Afrique et l'Asie, qui l'ensanglante toujours, qui l'étrangle, qui l'étouffe. Mais rien de cela ne transparait, n'est-ce-pas, puisque "la France" s'humilie et se soumet à l'OTAN et aux Allemands.

    Où sont les bases de l'OTAN dans l'Etat Français, M. Mélenchon ? Où sont les M1A1 américains ? Où sont les troupes d'occupation que vous pensez voir à chaque coin de rue ? Dassault, Nexter, Areva, Total, sont elles des firmes du complexe militaro-industriel US ?

    Certes il est écrit: " Et même qu’il partagerait les chars Leclerc avec une famille de capitalistes allemands ?" Une horreur sans commune mesure. Nous sacrifierions notre patrimoine militaire au profit d'autres Etats. La fusion de Rheinmetall-Borsig et de Nexter pourrait-elle inquiéter M. Mélenchon ? Pourtant, d'après lui ne serions nous pas déjà une pauvre nation dominée ?

    Les militants et militantes de M. Mélenchon pourraient ils expliquer ceci ?

    Autre exemple. En Europe. Récemment la réunification de l’Allemagne en 1990 lui a donné la première population. Sa prééminence s’exerce au profit de cette part de la population nantie mais vieillissante : c’est la clientèle essentielle du parti de Mme Merkel.

    Mais la démographie allemande est déclinante. D’ici peu les Français seront les plus nombreux.

     Une force.

     La servilité de François Hollande face à Mme Merkel, qui lui impose une politique de l’euro fort et de restriction de la dépense publique, n’empêchera pas l’heure de vérité d’arriver. La loi du nombre fera son œuvre. Comment pouvons nous interpréter cela ? Comment ne pas comprendre qu'il ne s'agit que de la thèse d'un individu hypnotisé par la phobie de l'Allemagne, qu'il insulte copieusement, comme quelqu'un d'obnubilé par la rivalité impérialiste, et qu'il ne traite pas en internationaliste, mais bien en social-chauvin, en agent et en promoteur de son propre impérialisme.

     

    Pourraient-ils, pourraient-elles expliquer les joies morbides de leur héraut, qui se gargarise de la grandeur impériale de la France -bien qu'il la nie-

    "Et avec 11 millions de kilomètres carrés, il dispose du deuxième territoire maritime du monde, juste derrière les États-Unis d’Amérique ! Cet espace représente plus de 16 fois notre territoire terrestre. La France continentale étale mille kilomètres de côtes. Mais 97 %  territoire maritime se situe dans les pays d’outre-mer si souvent regardés de haut ou délaissés par d’ignorants prétentieux.

    Je suis consterné par l’indifférence qui règne face au potentiel que cette situation contient. La France a le quarante et unième territoire terrestre du monde. Mais en l’additionnant à son espace maritime, notre pays est un géant. Le sixième du monde, juste derrière le Brésil mais devant la Chine ou l’Inde ! Ce territoire s’est encore accru de 10%   dans les années 2000 sans tirer un coup de fusil. Cela parce que notre pays a pu remettre à temps à l’ONU les preuves scientifiques de la continuité physique des nouveaux territoires maritimes connus avec ceux déjà attribués aux Français !

    Dès lors, sur cette nouvelle mappemonde, la France n’est pas la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle François Hollande en s’intégrant servilement aux politiques de l’empire nord-américain. C’est une puissance à vocation universaliste, présente sur les cinq continents dans leur contexte maritime. Mais la présidence actuelle ne connaît rien au sujet et ne s’y intéresse pas."

    "En ce sens c’est une « nation universaliste ». La France l’est d’une  façon très physique. Elle est présente sur les cinq continents. Sa plus longue frontière est avec le Brésil, ce que l’on oublie car on néglige l’existence de l’immense et magnifique Guyane française." -Et vive l'Empire !-

    Autant de questions auquel nous ne pouvons pas ne pas exiger de réponse. La question de l'impérialisme n'est pas qu'une question de principe, elle est un fossé entre le camp du peuple et son ennemi. Elle est un fossé insondable entre les serviteurs de la bourgeoisie et ceux du prolétariat.

    Chaque fois qu'on promet monts et merveilles aux habitants "de France", mais qu'on omet que cela provient de la surexploitation des néo-colonies, que cela provient du sang et de la guerre, on agit en social-chauvin.

    Chaque fois qu'on omet de parler de combattre cet impérialisme, on se comporte comme son valet de chambre. Chaque fois qu'on nie le caractère criminel et terroriste de l'occupation militaire que notre pays fait subir, on soutient ces opérations.

    Nous ne considérons pas Mélenchon comme étant dans notre camp. Si une partie des masses tend l'oreille à son discours social, cela n'est pas une mauvaise chose en soi, en effet. Mais nous ne sommes pas dans un environnement d'école, il ne s'agit pas d'avoir 10/20 en terme de niveau social pour être du bon coté. Etre un agent de l'impérialisme français, qu'on soit social comme M. Mélenchon, ou libéral, cela reste le fait d'agir pour la bourgeoisie française, pour son emprise criminelle sur le Monde. Avant de regarder outre-Rhin et outre-Atlantique, balayons devant notre porte !

    L'Impérialisme français est l'ennemi N°1 des masses de l'Etat Français. Il est son premier bourreau, et notre première cible.