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  • Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Mais cette faiblesse est apparente !

    Les fascistes en sont conscients. D’où cette curieuse dissonance cognitive quand ils parlent de l’extrême-gauche. D’un côté, ils soulignent sa faiblesse, son apathie, sa supposée fragilité. De l’autre, ils piochent allègrement dans le répertoire de la Guerre Froide pour souligner sa nature supposément criminelle, totalitaire, dictatoriale. Cette dissonance renforce d’ailleurs l’impression d’un discours pleurnichard de leur part, dans lequel les surhommes semblent bien embêtés par cette poignée de gauchistes.

    Mais cette dissonance est aussi un reflet intéressant : celle de l’imbrication entre tactique et stratégie, mais aussi entre court terme et temps long. Pour le moment, pour les fascistes, le mouvement de gauche extra-parlementaire n’est pas forcément en mesure de les entraver dans l’immédiat. Mais sur le long terme, et dans la stratégie d’ensemble, elle est la grande menace pour eux, notamment car elle veut bouleverser la société, tandis que les fascistes s’arc-boutent vers le passé.

    D’ailleurs, ce constat est partagé par la bourgeoisie. C’est en pleine conscience de ces faits qu’elle réagit. Elle a tiré elle même ses conclusions des mouvements révolutionnaires, et s’y adapte. La campagne de persécution contre l’islamo-gauchisme ressemble à s’y méprendre à une attaque à la fois de diversion, mais aussi à un travail préventif.

    • Une diversion dans le sens où les gouvernements réactionnaires ont toujours tiré un très grand bénéfice de l’inégalité de traitement et de la division de ceux qui subissent l’exploitation. En appuyant des campagnes racistes, mais aussi en les initiant (nous n’oublions pas qu’un provocateur comme Hortefeux avait organisé un débat sur l’identité nationale… à Vichy!), les exploiteurs peuvent jouer les uns contre les autres. Et faire ainsi perdre tout le monde.
    • Une prévention dans le sens où rien n’est réellement figé. Si, à l’heure actuelle, la gauche extra-parlementaire est fragile et divisée, il n’en reste pas moins qu’elle possède, dans l’ensemble, une volonté de faire ce que personne d’autre ne peut faire : défendre l’intérêt politique des exploités et des exploitées. Plus le temps passe, plus la situation économique est délétère, donc plus les possibilités que les discours de ce type (Révolution, Commune, Démocratie Populaire) fraient leur chemin sont grandes.
    • Il est clair que des luttes importantes vont naître ces prochaines années, et qu’elles seront bien plus féroces et bien plus politiques que celles qui ont existé avant. Dans ce cadre, s’en prendre aux « gauchistes » est une bonne manière de pouvoir stériliser un terrain dangereux, et détourner les luttes sociales vers des issues sociales-chauvines ou sociales-impérialistes : c’est à dire vers l’accompagnement de la bourgeoisie dans ses projets impérialistes, en espérant en tirer des miettes.
    • On retrouve alors une pratique à plusieurs niveaux :
      • Se moquer ou dénigrer les mouvements révolutionnaires (notamment par le matraquage anti-communiste). Dans le même temps intégrer leurs réalisations dans une narration républicaine-libérale (comme le PS avec la Commune de Paris).
      • Limiter les possibilités d’expression de ces courants dans les médias.
      • Utiliser la corruption et intégrer dans le jeu républicain les éléments les plus influents pour les affaiblir.
      • Utiliser la répression et l’intimidation au dessus de cela lorsque les choses prennent une tournure moins favorable… etc.
      • En fin de compte, faire appel à une répression extra-judiciaire et extra-légale : c’est le rôle des fascistes.

    La bourgeoisie ne fait pas cela parce qu’elle est méchante, mais bien parce qu’elle a des intérêts, qu’elle en est très consciente, et qu’elle se mobilise pour les défendre.

    Il est clair que les fascistes sentent, flairent, que le vent souffle en leur faveur.

    Nous ne pouvons pas écarter que des risques existent, et qu’ils faut les prendre au sérieux. L’extrême-droite est décomplexée. Elle a raison de l’être : c’est elle qui dicte les mots d’ordre de la campagne présidentielle et législative : sécurité, immigration, terrorisme… Elle est parvenue à glisser sa présence tentaculaire dans l’ensemble des compartiments de la société et à polariser l’ensemble de l’échiquier politique.

    En somme, elle est parvenue à imposer une certaine hégémonie au sens où Gramsci l’entend. Ainsi, des partis comme le PCF, qui n’ont pas la capacité de proposer eux-même un projet de société, se positionnement par rapport aux mots d’ordres de l’extrême-droite, en leur accordant un certain bien-fondé du même coup.

    Elle se heurte aussi à un phénomène : celui de la longue transition libérale. Cette longue transition est l’aboutissement d’un processus entamé avec les Lumières et 1789, qui vise à établir une égalité juridique entre les citoyens et les citoyennes d’un même pays. Dans les faits, les mouvements LGBT+, les mouvements féministes, antiracistes… s’inscrivent dans ce processus d’instauration de l’égalité juridique. Ils ne sont pas révolutionnaires en soi, ils sont des processus démocratiques.

    Mais ces processus démocratiques mettent en exergue des limites : le lien entre discrimination raciale et sociale, le lien entre féminisme et patriarcat, le poids de la tradition, du passé, de la culture du viol…etc. Et s’en est déjà trop pour certains, notamment pour les fascistes, qui exigent deux choses :

    • Le retour à une société d’avant les lumières : c’est à dire le rejet des principes d’universalité de l’Homme en tant qu’espèce, les principes d’égalité juridique… etc. Ils s’opposent donc au projet universel dans lequel s’inscrit un large spectre allant des libéraux aux anarchistes, et lui opposent des particularisme : raciaux, identitaires, traditionnels… qui doivent servir à cloisonner les peuples entre eux, et à sanctionner, au nom de leur identité, leur droit à la domination.
    • Le retour à une société organique, d’ordre, dans laquelle la communauté est placée au dessus de tout, et dans laquelle les rapports sociaux sont noués autour de ce principe premier. Mais par communauté, par cette conception étroite de la Nation, les réactionnaires n’entendent rien d’autre que l’intérêt suprême de la bourgeoisie.

    Et c’est leur seul projet : un projet d’enfermement, d’incarcération de la population. Un projet de soumettre et d’écraser la population pour la mouler dans un rôle : celui de laquais de la bourgeoisie.

    Se regarder en face :

    Il y a un contre-discours à construire et à développer, un contre-discours qui soit capable d’expliquer les évolutions du monde. Non pour les défendre, mais bien pour tracer des perspectives de succès. Si la gauche parlementaire s’est réfugiée toujours plus dans les compromis et dans la soumission au contrat républicain avec la bourgeoisie, la gauche extra-parlementaire subit aussi des influences néfastes. Il ne faut pas écarte un certain conspirationnisme de gauche, qui s’est affirmé cette dernière année, notamment en réaction aux politiques confuses de lutte contre la pandémie.

    Mais il y a aussi cet insupportable renoncement à regarder la réalité en face, à rester dans un sentiment d’irréalité. Mise au défi de tracer des perspectives, l’extrême-gauche ne parvient pas à s’imposer. Elle est prisonnière de sa faiblesse, de ses divisions, de ses luttes de chefferie. C’est là un obstacle que chacun connaît, mais que, par peur, personne ne veut traiter sérieusement. Même nous, nous avons ces germes entre nous. Même nous, nous avons aussi peur. Mais il nous faut accepter cela: avancer ou bien accepter de disparaître.

    Zemmour a apporté son soutien à Papacito, tout comme toute une partie de l’extrême-droite. Mais les fascistes ont beau fantasmer sur les muscles puissants, les armes, les « helicopter rides »… Il n’en reste pas moins que nous avons quatre choses à leur dire :

    1. S’il est vrai que le gauchisme ne protège pas des balles, les balles n’assassinent pas la mémoire. Tandis que les nôtres sont morts au mont Valérien et vivent toujours dans les luttes, les leurs sont tombés sous les balles des cours martiales d’après guerre, et leur nom n’inspire plus que la réprobation.
    2. S’il est vrai aussi que l’extrême-gauche n’est pas islamophobe, elle contribue à lutter contre les pratiques réactionnaires dans l’ensemble de la société, y compris dans les quartiers populaires. En revanche, on ne peut que noter que les fascistes ont le même programme que Daech en terme de société. Ils sont peut-être simplement jaloux ?
    3. Il est assez amusant de voir que, en dehors de twitter et des réseaux sociaux, leur action se limite à des ratonnades et à des agressions de bas étage. Et tandis que nous avons des camarades, des connaissances, des amis qui sont tombés dans les batailles illustres du Rojava, eux sont ceux qui signaient des contrats pour Lafarge, ou qui vendaient des armes aux terroristes.
    4. Leurs régimes, fascistes ou d’inspiration fascistes, sont tous tombés. Et ils ne sont même pas toujours tombés du fait de l’action populaire, même si elle joue un rôle plus que central dans l’effondrement de certains d’entre eux. Ils sont aussi tombés car ils étaient devenus inutiles, et que leurs frasques dispendieuses n’étaient plus nécessaires pour stabiliser les marchés et pour satisfaire la bourgeoisie.

    « La bataille de l’Internet, on est en train de la gagner, peut-être la bataille électorale, regardez Zemmour (…), nous sommes la nouvelle hype ». C’est vrai, ils sont une mode. Une mode temporaire, un bouche trou, un fusible pour restaurer un ordre exploiteur. Mais même leur succès cause leur propre perte. Car, pour l’ordre capitaliste, la gauche extra-parlementaire est une menace stratégique. A l’inverse, pour nous, les fascistes sont plus une division tactique des réactionnaires, une branche de la tenaille capitaliste, mais ils restent des marionnettes et des outils des exploiteurs. Quand ils sont parvenus à leurs fins, alors, la bourgeoisie les a tout simplement congédiés. Les jetant comme de vulgaires kleenex. Car telle est aussi la dure conclusion de leur existence, en tant que paillasson des exploiteurs.

  • Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Dans une vidéo Youtube, depuis retirée, le youtubeur d’extrême-droite « Papacito » et Code Reinho, un fanatique d’armes, se sont mis en scène. Dans une parodie d’exécution, ils ont tiré sur un mannequin vêtu d’un T-shirt avec des inscriptions telles que « Je suis communiste » ou « Dhimmi ».

    Cette vidéo n’est en soit qu’une élucubration de plus. Si elle va un peu plus loin dans la décomplexion de la violence, elle n’en est pas moins une simple vidéo de plus. Elle n’est pas la première opération du provocateur « Papacito », qui s’est fait contraire pour plusieurs appels à la violence. On peut ainsi se rappeler de son #monteuneéquipe qui appelait à organiser des agressions contre les militantes et militants d’extrême-gauche.

    Il y a deux choses dans cette vidéo : d’une part, la bouffonnerie, de l’autre le sérieux.

    • Ugo Gil Jimenez, alias Papacito, est un bouffon au sens premier du terme. C’est un producteur de divertissement réactionnaire. Il a beau porter « le même treillis que mettaient les types qui allaient faire des crimes de guerre dans les villages vietnamiens », il n’en demeure pas moins que nous savons très bien qui a remporté cette guerre. Et les siens se sont rendus.
    • Cette culture Youtube, cette mise en scène virile, guerrière, est effectivement porteuse pour un certain public désœuvré, frustré, perdu devant un monde qui semble dénué de repères et de sens. Car le public auquel s’adresse cette rhétorique n’est guère le surhomme Nietzschéen.
    • Il ne produit pas des discours particulièrement construits, particulièrement intelligents, mais sa bouffonnerie contribue à alimenter un espace culturel. Et cet espace culturel, nébuleux, prend de l’importance. Elle draine inlassablement de nouvelles personnes vers les réseaux d’extrême-droite, notamment en jouant sur quelque chose que la très grande majorité de la gauche ne sait pas faire. Le « franc-parler », gouailleur, de l’extrême-droite est quelque chose qui reste sa chasse gardée.
    • Il n’y a pas de mystère à cela : les organisations de gauche proposent des modèles théoriques et des déclinaisons idéologiques de celui-ci, tandis que la droite se contente d’une weltanschauung, une vision du monde. Elle n’a pas besoin d’être cohérente, elle n’a pas besoin d’être logique, mais elle a besoin d’être vendeuse. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si des champions du marketing, comme le Dr. Franz Alfred Six, Brigadeführer-SS et chef du marketing de Porsche. Offrir à un public vulnérable, esseulé, ce qu’il veut entendre, un discours calibré pour l’individualisme et la vengeance, est une grande spécialité de la droite radicale.
    • Le format Youtube et les vidéos aux montage hachuré, les argumentaires mille-feuille, sont des supports qui correspondent parfaitement aux moyens et aux fins des fascistes : ils ne sont pas dans l’explication de fond, mais sont dans une agitation/propagande basique, énergique, mobilisatrice. D’ailleurs, l’importance de ces médias n’a pas échappé aux cercles du pouvoir. Le concours d’anecdote de Mcfly et Carlito et le concert d’Ultravomit dans le jardin de l’Élysée rentre dans ce cadre une apothéose du spectacle politicien, basé uniquement sur l’image, et niant totalement le fond politique.
    • Il faut prendre avec sérieux l’influence croissante et la capacité de diffusion des idées de personnage aussi ridicules que le boutiquier Soral ou que le clown Papacito. La sous-estimation de leur portée est un véritable danger. Ils le sont, car, contrairement à ce que leur posture de dissident ou d’outsider laisse supposer, ils bénéficient d’une complaisance et d’une complicité tacite de la part des autorités et des institutions. Même le gratin des intellectuels et des philosophes français (Onfray, Finkielkraut, Enthoven) est derrière eux. Ils adoubent ce programme de « régénération » du pays. Ce n’est pas qu’ils soient particulièrement intelligents, bien au contraire, c’est qu’ils représentent des options qui pourraient être utiles si jamais une crise de régime s’installaient.

    La vidéo en tant que tel est à l’image de l’extrême-droite française : une exacerbation d’une virilité qui camoufle mal sa fragilité, son inquéitude devant un monde qu’elle ne comprend plus, qui lui échappe. Un monde dans lequel sa vision pétrifiée du passé, un passé inventé, fantasmé, ne trouve pas prise. Déjà, c’est cet univers sombre, de peur, d’anxiété, guidait les Akadamikern nazis. Aujourd’hui, les bas de plafond fascistes emboîtent le même pas : celui de la crainte de l’effacement. Rien de neuf sous le Soleil Noir en somme.

    Si nous devons déterminer qui est « le fragile », posons-la question ? Est-ce que ce sont ceux et celles qui mettent leur confiance dans la grande majorité de la population, qui mettent leur confiance dans la possibilité de s’émanciper autour d’un projet universel, de résoudre les maux, les problèmes, d’aller vers l’espace ? Ou est-ce que ce sont les nostalgiques des Wisigoths, qui veulent se replier sur leurs fiefs, leurs terres, leurs paroisses, en étant terrifiés d’un peu trop de mélanine ?

    Mais ce qui est par contre révélateur, c’est l’inégalité de traitement.

    Lorsque la police commet des crimes, lorsque des tueurs à gage sont embauchés pour liquider un syndicaliste, ou lorsque des clowns fascistes font ce genre de vidéos, les réactions sont ténues. Dès que l’extrême-droite organise une action brutale, tout est mis en œuvre pour minimiser les faits. Les mobiles politiques, idéologiques, racistes… sont systématiquement minimisés, la dimension individuelle, psychologique est exacerbée. Quant aux responsabilités extérieures, à l’encouragement de la part d’agitateurs et de provocateurs, elles ne débouchent sur rien.

    Imaginer l’inverse paraît fou. Imaginons le symétriques de ces actions et de ces discours, tenus par des minorités ou par l’extrême-gauche : cela serait un déferlement de haine et de brutalité.

    Un exemple : En 1972, la gauche propose un programme commun. C’est un programme réformiste assez basique et celui-ci est d’ailleurs une grande défaite stratégique pour le PCF. Pourtant, il condense certains espoirs dans la population, et la bourgeoisie, contrairement à l’élection de Hollande, n’a pas besoin de l’alternance. Elle initie un immense mouvement de fond au sein de la société pour lutter contre l’influence des idées de gauche dans la société. Cela se traduit pas un soutien sans failles à toutes les tendances anticommunistes, à tous les penseurs réactionnaires, pseudo-gauchistes, mais en réalité de droite. Si une élection suffit, qu’en sera t’il du jour où les révolutionnaires seraient en force.

    Pour le moment, que représente le mouvement gauchiste ?

    Que pèse le mouvement gauchiste en France ? Est-il une menace pour l’État ? Pour le moment non. La grande majorité des groupes politiques ont des audiences restreintes. Ceux qui ont su s’accroître restent dans le flou stratégique ou se divisent, comme le NPA, qui connaît une série de crise internes. Tactiquement, les groupes autonomes peuvent donner du fil à retordre à la police. Mais la menace gauchiste, le risque d’un nouveau 1871 est pour le moment assez faible.

    Nous pensons que cette vidéo est à la fois une insulte, mais aussi un miroir tendu vers nous-mêmes et vers l’image que renvoient la gauche parlementaire et extra-parlementaire. Cette image est déformée, brouillée par une grille de lecture abjecte, mais elle est néanmoins un miroir.

    Les « gauchistes seront démunis si quelque chose de pas prévu se passe dans les années prochaines» déclare « Papacito ». Il y a du vrai. Les mouvements révolutionnaires ne se sont pas forcément renforcés ces dernières années. Elle nous renvoie à nos propres faiblesses, notamment le fait de courber l’échine sous les injonctions morales exigées par la bourgeoisie. Injonctions qui ont été dictées au nom de l’anti-totalitarisme et de l’anti-communisme. Ce sont des injonctions à ne rien entreprendre de sérieux, de menaçant, à essayer d’être les gentils de l’histoire.

    Plus le temps passe, plus ces injonctions morales deviennent des poisons qui entravent le but des mouvements révolutionnaires : remporter la victoire définitive contre le capitalisme, l’impérialisme et les formes d’exploitation et de colonialisme.