Étiquette : Pandémie

  • Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Retour sur les origines.

    Petite parenthèse ironique. Sur Netflix, la série En Bref présentait en septembre 2019 un documentaire intitulé La pandémie qui vient. Durant cet épisode, il était expliqué que nous courrions un risque immense de voir un jour arriver une pandémie. Le modèle-type était décrit : probablement une zoonose, c’est-à-dire un virus mutant transmis de l’animal à l’homme ; probablement dans une région dans laquelle on trouve des marchés « humides », c’est-à-dire où la viande est vendue sur pied et tuée à la demande ; probablement dans une région comme la Chine, où le SRAS était apparu de cette manière.

    Elle indiquait également que les canaux de la mondialisation pourraient transmettre ces virus avec une célérité ahurissante, et rapidement atteindre le monde entier. Mais elle indiquait aussi, tristement, que les gouvernements traînent des pieds à mettre en place des systèmes préventifs et des stocks stratégiques en case de pandémie : cela est coûteux, et face à une menace incertaine, aléatoire, il est toujours facile de remettre à demain les mesures à prendre. A la suite du déclenchement de la pandémie, l’équipe a produit une nouvelle version, détaillant aussi la course au vaccin. Elle mérite d’être vue.

    Il faut dire qu’ils ont vu juste. A moins d’une surprise colossale – ce dont rêvent les conspirationnistes – il est pratiquement certain que la pandémie est surtout terriblement banale. Un pathogène qui se transmet d’un animal réservoir à l’homme, et qui se répand par la suite. La peste, la syphilis, le VIH, la grippe porcine, aviaire, espagnole, le SRAS, le MERS… sont toutes des maladies qui ont suivi ce tracé là.

    Dans le cas de la grippe espagnole, il est même possible de remonter jusqu’aux origines : le Kansas. Pendant la Première Guerre mondiale, un fermier porteur de la grippe humaine et un poulet porteur de la grippe aviaire sont dans le même espace : une grande basse-cour. Ils ne peuvent se contaminer mutuellement. En revanche, ils peuvent contaminer un porc. Dans les cellules de celui-ci, les deux virus transmettent leur ARN, ce qui leur permet de faire de celles-ci des usines à copie. Sauf que les deux le font en même temps, fusionnant leurs ARN pour en créer un nouveau. C’est quelque chose qui n’est pas exceptionnel. En revanche, dans la grande majorité des cas, les virus mutants sont moins efficaces, bancals, stériles. Dans quelques cas, cela créé une nouvelle souche. Dans le cas du Kansas, cette souche va se répandre comme une traînée de poudre, profitant de l’envoi d’un corps expéditionnaire américain en Europe. Il en résulte plusieurs millions de morts.

    Dans celui du VIH, c’est le déboisement de la forêt congolaise, la consommation de « viande de brousse » et le contact avec des espèces tropicales qui ont provoqué la rupture des barrières entre espèces. L’épidémie est restée discrète jusqu’aux années 1970, date à laquelle le développement de la mondialisation et du transport mondial lui a permis de s’implanter aux USA.

    Le virus qui provoque la Covid suit très certainement ce même schéma, très bien anticipé par En Bref. Il est tristement banal, et tristement classique. Mais il bénéficie lui aussi de l’incroyable accélérateur du transport mondial, de la densité de population, de la mauvaise application de mesures prophylactiques (lavage des mains, masques en cas de maladie…).

    Comme dans toute période d’angoisse, la politique s’en mêle également, et avec elle un lot de fantasmes.

    Un virus « chinois »?

    Il est clair que la Chine n’a pas fait preuve d’une grande volonté de transparence quant à cette pandémie. Elle a agi avec la prudence d’une puissance montante, laquelle tient à cacher secrète toutes ses faiblesses, pour qu’elles ne soient pas exploitées par ses potentiels – ou réels – adversaires. Ce silence a joué un rôle dans le fait que la pandémie ait plus se disséminer davantage, mais il ne s’agit pas d’un acte volontaire. Il est indéniable qu’elle a mis en œuvre tous les moyens possibles pour juguler celle-ci. L’impressionnant confinement de la ville de Wuhan a été parfois utilisé en exemple d’un totalitarisme chinois.

    Cependant, les accusations qui ont eu pour but de démontrer le fait qu’il s’agisse d’une expérimentation ou d’un produit préparé n’ont été étayée que par des preuves douteuses, fictives, ou mal interprétées. Elles sont allées de la simple confusion avec les autres types de coronavirus jusqu’à des inventions pures et simple. Surtout, elles ont procédé d’une manière non scientifique : soit par la pétition de principe soit par l’inversion de la causalité. Lorsque nous détaillerons les logiques conspirationnistes, nous aurons l’occasion de détailler cela plus précisément, mais dans l’intervalle, nous pensons qu’il est important d’expliciter ces deux principes.

    Dans la pétition de principe, les « chercheurs de vérité » ont procédé ainsi : ils sont partis du principe qu’il y avait une influence humaine et une action humaine à l’origine de cette pandémie, et sont donc partis à la recherche de signes, plus que de preuves. Or, dans une ville de la taille de Wuhan et dans un pays continent comme la Chine, il est aisé d’en trouver.

    Wuhan, avec ses 11 081 000 habitants et habitantes en 2018, n’est pas une bourgade. De la taille de Paris et de sa banlieue, la ville est une vraie métropole. Elle possède donc des installations universitaires et de recherche qui sont à la hauteur de sa taille. Parmi celles-ci, il existe effectivement un laboratoire P4, dédié aux maladies infectieuses. Mais il existe 1 356 laboratoires d’études sur les virus dans le monde. Si deux sont classés P4 en Chine, ce n’est pas du fait de la dangerosité des coronavirus, mais plus d’autres maladies nettement plus fatales. Pour le moment, il n’existe aucune preuve qu’il s’agisse d’un virus échappé d’un laboratoire, et encore moins d’un virus construit par l’homme.

    Il est vrai qu’il existe des expérimentations pour créer des virus chimères. Il n’est pas exclu non plus qu’il existe des armes virales ou bactériologiques. Cependant les probabilités sont minces. Dans un cas comme dans l’autre, nous ne pouvons que constater certaines choses. Pour un virus supposé bricolé, il possède un comportement qui est tout à fait banal. Rien ne le rend exceptionnel. Ni dans ses mutations, ni dans ses effets – encore qu’ils ne soient pas complètement élucidés.

    Pour un virus militaire, en particulier si celui-ci devrait servir à réduire la population terrestre, c’est un bien piètre outil. Il est incontrôlable – ce qui est le travers de toute armes biologique – et il n’est guère létal. D’une manière générale, c’est là un travers des armes biologiques : elles ne sont pas discriminantes.

    Un virus américain ?

    L’autre branche de la tenaille conspirationniste s’est nourrie d’un « à qui profite le crime ». Or, là encore, il s’agit d’une faille de raisonnement. Il inverse les principes de causalité, et il fait de la capacité de résilience, d’adaptation, une preuve d’intention. En soi, dans la plupart des situations, bonne ou mauvaise, des opportunités nouvelles ou des possibilités d’adaptation existent. Certains, certaines, sont plus efficace que d’autres à savoir saisir la balle au bond, et à utiliser des situations à leur avantage. Ainsi, la pandémie à fait naître, par exemple, des perspectives pour l’Asie, qui s’est libérée rapidement des entraves liées au Covid. Les milliardaires en ont tracé d’autres, en dépit de la récession, pour s’emparer de parts de marché détenues par leurs concurrents et par la petite bourgeoisie… Pourtant ils n’ont pas intérêt en soi à provoquer cette crise : elle aurait été un double saut périlleux dans le vide.

    Tirer profit, cela ne signifie pas être à l’origine de cette pandémie.

    Ainsi, tandis que beaucoup accusaient la Chine, d’autres ont accusé les USA, l’Europe, ou, même les Juifs. En partant d’un affrontement – réel – entre capitalistes, ils ont limité leur champ d’investigation aux relations géopolitiques ou à une grille de lecture purement militaire, oubliant ainsi totalement deux acteurs : la Nature et le hasard.

    Arguments sans preuve, se répondant sur la base de supposition biaisées, nourries de preuves bancales… Les théories du « grand reset », de l’arme de guerre ou d’autres buts de ce type paraissent bien naïves. Sans preuves tangibles d’un caractère exceptionnel

    En revanche, leurs effets ont été très concrets. Dans ceux qui « profitent du crime » il existe une cohorte de racistes et de xénophobes qui s’en sont servis pour alimenter la haine. Le racisme anti-asiatique connaît depuis, surtout aux USA, des sommets. Ainsi, il y a quelques jours, une tuerie à Atlanta a visé plusieurs salons de massage asiatiques, causant 11 morts. Le mobile raciste semble être au centre de cet acte.

    La peur panique et les mensonges ont aussi un autre effet : cela pousse les personnes vulnérables à s’isoler ou à se recroqueviller sur des communautés sectaires qui s’unissent autour des mêmes croyances. Une explication des événements, donc rassurante. L’hostilité provoquée envers les mesures gouvernementales, prophylactiques ou de soin (masques, vaccins, confinements…) représente un aspect criminel de ces pratiques.

    Nous pensons que nous pouvons qualifier ce virus de tristement banal et de tristement prévisible. Il a été le révélateur des faiblesses des uns et des autres, en en particulier a provoqué un coup dur au prestige du système de santé occidental.

  • Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an après le début du confinement, nous voulons tirer un petit bilan de cette période.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, l’incertitude demeure. Rien ne permet de savoir de quel côté la balance épidémiologique peut pencher. Les choix opérés par le gouvernement français depuis septembre ont été marqués par l’atermoiement, le moyen-terme, l’indécision. Si il n’existe pas – pour le moment – d’explosion nouvelle, de troisième vague ravageuse, nous restons sur le fil du rasoir.

    La politique gouvernementale a été marquée par une série de tergiversation, d’hésitations, de compromis. Tandis que, durant 2020, le Comité Scientifique a été l’acteur principal, son rôle s’est éteint progressivement, pour être escamoté au profit du gouvernement. Il y a de quoi s’interroger.

    Ce comité a été fortement critiqué pour des motifs tout à fait recevables. Il avait été composé par une cooptation gouvernementale, il n’avait pas de comptes à rendre à l’Assemblée…En somme il concrétisait parfaitement la vision gaullienne de la transformation de l’État : une techno-structure régnante, capable, au nom d’une hypothétique objectivité scientifique, de décider à la place des interfaces démocratiques.

    En dépit de cela, ce comité a été réduit progressivement au silence. Pourquoi ? Tout simplement car les décisions gouvernementales commençaient à s’en écarter, pour en diverger ensuite fortement. Le gouvernement, en effet, à choisi le hasard face à la fermeté, renonçant à des confinement, pour s’orienter vers une gestion plus souple de la crise.

    Ainsi, à l’origine, les contaminations devaient passer en dessous des 5 000 par jour pour que le confinement soit levé. Cependant, il l’a été, en dépit d’un maintien aux alentours des 20 000. Le fait qu’il n’y ait pas eu d’explosion immédiate a été célébré comme une « victoire de Macron sur les sachant » par ses thuriféraires. Elle a révélé que Macron n’est pas seulement une personne qui célèbre occasionnellement Pétain, il en a aussi adopté la marotte de 1917. Tandis que Pétain voulait « attendre les Américains et les chars », Macron lui propose de gérer l’épidémie en attendant les effets de la vaccination. Pour le moment, le pari tient… en apparence.

    Cependant, cette victoire est incertaine, coûteuse, précaire.

    La pensée qui sous-tend le raisonnement de Macron est simpliste et mathématique. « Les contaminations sont stables, dont l’épidémie est gérée. » Le gouvernement oublie en cela plusieurs paramètres essentiels.

    Le temps de latence : entre la contamination et les symptômes, puis entre les symptômes et le test, plusieurs jours se passent. Entre le test et le résultat, un délai supplémentaire s’adjoint. Entre les remontées des tests et leur publication, un autre s’adjoint encore. Il en est de même quant au temps qui s’écoule du déclenchement de la maladie à l’hospitalisation. En réalité, le gouvernement conduit une politique avec des informations déjà périmées.

    La dynamique interne : les chiffres n’ont pas de sens s’il n’est pas pris en compte une dynamique interne. Une contamination n’a pas le même sens en fonction de son lieu et de son cadre. Le remplacement des virus type 1 par de nouveau type peut laisser penser une chose : les contaminations peuvent très vite passer d’une suite arithmétique (1 contamination + 1 contamination…) à une suite logarithmique (1 personne contamine 2 personnes qui en contaminent 4…) en fonction de la contagiosité du variant. Cette absence de prise en compte des bonds qualitatifs (même si la qualité, en l’occurrence, est plutôt désagréable!) montre l’impact d’une pensée bureaucratique et comptable.

    C’est là un problème de fond. Mais à celui-ci s’ajoute un problème de forme.

    Car cette politique pose trois problèmes :

    Premièrement :

    Les hôpitaux fonctionnent en flux-tendu. Cela les oblige à ralentir l’attribution de moyens financiers et humains à d’autres services. Les soins non-Covid sont moins suivis, notamment pour les maladies chroniques ou les cancers. De fait, comme les personnes accèdent à des soins plus tardifs, elles arrivent dans un état plus grave. Cela se ressentira, lorsque les statistiques pourront être complétées, par une surmortalité non-Covid, mais liée à la pandémie.

    Le personnel hospitalier est soumis à une surcharge de travail immense depuis plus d’un an. Il est passé d’un climat de sprint à un marathon, et ce ne sont pas les applaudissements éphémères qui vont lui permettre de récupérer. Cette surcharge de travail se traduira également dans un taux de démissions, de contaminations, de burn-out, mais aussi d’épuisement et d’erreurs médicales sans cesse croissant.

    La marge de manœuvre des hôpitaux est extrêmement faible. C’est-à-dire qu’un nouveau pic contaminatoire peut provoquer dans un délai extrêmement bref une saturation complète des services. Cette saturation mettra à nouveau le personnel hospitalier dans l’obligation de faire des choix.

    Deuxièmement :

    En maintenant un haut niveau de circulation du virus, le gouvernement prend un risque extrêmement élevé : celui de voir des variants nouveaux prendre le pas sur le virus classique, ce qui est d’ores et déjà le cas pour le virus anglais. Surtout, il prend le risque inconsidéré de créer de nouveaux types de variants. Cette politique peut mettre en péril l’intégralité du programme de vaccination.

    Le profil des malades a évolué depuis le début de la pandémie. Les personnes âgées sont moins nombreuses, tandis que les contaminations chez les jeunes sont plus importantes. Or, si la mortalité est plus faible chez les plus jeunes, ce n’est pas le cas des séquelles. Des études ont démontré que les séquelles neurologiques (souvent consécutives aux pertes d’odorat) sont plus importantes chez les jeunes qui chez les personnes âgées (chez qui la forme la plus aiguë est pulmonaire.).

    De plus, il reste l’énigme du Covid-long, qui peut frapper toute personne, quelque soit son état de santé ou son âge. Plus le virus circule, plus il existera de personnes confrontées à ces dangers.

    Troisièmement :

    Cette pandémie n’est pas « gratuite », ni moralement, ni financièrement. La politique du moindre mal et du métro-boulot-dodo permet de sauver l’essentiel : le taux de profit des plus grands capitalistes. Ils ne sont donc pas en danger – sauf quand, par vanité, ils s’écrasent en hélicoptère. L’essentiel est sauf. Dans l’ensemble, le grand capital profite de la crise, car il est plus solide, plus résistant, et qu’il sait également capter les deniers publics. Son avenir est par ailleurs radieux : il pourra profiter des crises pour racheter à bas prix les concurrents à l’article de la mort.

    Mais pour les entreprises plus vulnérables, PME, TPE, artisanat, ou pour les travailleurs et les travailleuses plus précaires, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de leur tête. L’endettement, le surendettement, les carnets de commande vide, les magasins fermés…1 Cette situation critique – dont les conséquences les plus profondes se manifesteront à la fin des aides d’État – créé une situation d’instabilité économique, et, par voie de conséquence, politique. Pour le gouvernement, ce n’est pas un but, mais bien une conséquence perverse d’une politique lâche. En maintenant le pays à moitié fermé, il rend impossible les conditions de sa réouverture. En dernière instance, les petits capitalistes et les plus précaires ont largement perdu plus dans cette période que au cours d’un confinement strict.

    Le coup moral devient de plus en plus lourd. Le confinement de mars, bien qu’ayant aussi sa part de dureté, était sidérant. Il s’agissait de quelque chose d’inconnu depuis la grippe espagnole. Il s’agissait d’une de ses situations d’urgence absolue, d’exception, qui tend à faire oublier le reste. Cependant, tout comme pour l’hôpital, lorsque le sprint devient une course de fond, un marathon, les choses changent. La stupéfaction, l’impression de tournis des événements a laissé la place à la laideur d’un quotidien bien commun, mais dont les divertissements ont été retirés. Aujourd’hui, le sentiment général est celui d’avoir été volé d’une année de nos vies. Si nous faisons la part des choses sur cette question-là2, nous ne pouvons nier que le prix à payer devient exorbitant.

    L’enfermement, les couvres-feu, la mise entre parenthèse de la vie sociale et affective se paie. Violences conjugales accentuées, agressivité, nervosité, dépression, désespoir… La jeunesse étudiante, notamment, enfermée dans ses 9m², à un âge dans lequel la vie sociale est primordiale, a payé un lourd tribut. Les femmes, comme nous l’avons mentionné dans notre communiqué du 8 mars, ont été en première ligne sur tous les fronts, et ont subis un harcèlement accru avec la levée du confinement.

    Ces trois raisons font que la politique du gouvernement est non seulement singulièrement contre-productive, mais même dangereuse. Elle est aussi le fruit de l’intervention du calendrier électoral. En cette période, il faut mieux des moyens termes qui déçoivent un peu tout le monde, qu’un choc qui en aliène certains. Quelques dizaines de milliers de morts valent bien cela.

    Nul doute que, à l’heure actuelle, le gouvernement prépare une réélection. Après avoir été le missile à tête chercheuse de la bourgeoisie la plus rapace, Macron et ses sbires ont pris goût à leurs fonctions. Il faut reconnaître, en toute objectivité, qu’ils possèdent un boulevard devant eux.

    Une conjonction favorable des astres leur assure une chance de gagner en 2022. La configuration est, il faut l’admettre, rêvée. La gauche institutionnelle ne s’est absolument pas montrée capable de pouvoir intervenir dans le débat politique. Elle s’est contentée de jouer les observatrices, tout en ayant perdu (mais c’est valable pour l’extrême-gauche aussi) une partie de son contact avec la population, notamment dans le cadre des luttes sociales.

    Le centre de gravité du débat est fermement arrimé entre droite et extrême-droite. Les lignes éditoriales des journaux, les débats télévisés, les débats politiques… sont intégralement noyés par une déferlante ultra-réactionnaire. La pandémie a accentué les peurs ancestrales. Peur des sorcières-féministes, peur des ennemis intérieurs, des espions, des saboteurs islamo-gauchistes, peur de l’extérieur, de la concurrence internationale, des conflits extérieurs.

    Tandis que la situation économique se dégrade, la situation politique plonge également. Des termes, qui n’avaient plus droit de cité depuis l’écrasement du Reich, sont de nouveau au centre du débat. Et l’extrême-gauche, le camp du peuple, n’est pas suffisamment forte pour imposer son ordre du jour.

    Avons-nous tiré les conclusions de cette période ? Sommes-nous prêts et prêtes à affronter un avenir complexe, inquiétant, anxiogène ? C’est une question ouverte. Cette brochure a vocation à apporter sa contribution à ce débat.

    1Nous sommes obligés de noter un fait : les charlatans de l’homéopathie ont pleuré sur l’absence de grippe, du fait du port du masque, ce qui a réduit leur recettes. Leur appellation : « marché du rhume et de la grippe » montre bien leur vraie nature. S’il existe une branche de l’industrie pharmaceutique à liquider en priorité, c’est bien celle-ci et celle des remèdes new-âge.

    2Notamment dans la conclusion de cette série d’articles.

  • Grève sanitaire dans l’Éducation Nationale.

    Grève sanitaire dans l’Éducation Nationale.

    Cette grève a été initiée à l’appel de la très large majorité des syndicats enseignants. Elle réclame non seulement un vrai protocole, protecteur, efficace, mais également que soient enfin pris en compte de nombreuses revendications salariales et de condition de travail. Enfin, il est impossible de séparer cette lutte du contexte lié à l’assassinat de Samuel Paty, qui pèse lourd dans les consciences.

    La colère face à l’incompétence.

    La position du ministère sur le protocole a été d’un ridicule achevé. Cela a contribué à dégoûter les rares enseignants qui pouvaient accorder du crédit au modèle éducatif défendu par Blanquer.

    Le ministère, plus avide de reconnaissance médiatique que d’efficacité, a fonctionné en parlant systématiquement à la presse avant de s’adresser à la communauté éducative. Ainsi, régulièrement, les responsables d’établissements, les enseignants, mais aussi les personnels administratifs et d’entretien découvraient sur BFM-TV les nouvelles règles à adopter. Dans la précipitation à communiquer, Jean-Michel Blanquer s’est également maintes et maintes fois contredit d’un jour sur l’autre ou a vu ses décisions annulées par d’autres acteurs du gouvernement. Il ne peut ressortir de cela qu’un sentiment de pagaille, de désorganisation et de mépris, tant envers les élèves qu’envers ceux et celles qui les accueillent.

    Quant aux protocoles en tant que tels, les règles établies ont toute été soumises au « dans la mesure du possible ». Un ajout qui, de fait, signifie que le ministère se défausse de toute responsabilité sur les établissements et qu’il ne compte pas adjoindre de moyens supplémentaires. Autour du #balancetonprotocole de nombreux acteurs et de nombreuses actrices de l’éducation en ont montré la réalité. Classes surchargées, couloirs bondés, cantines scolaires fonctionnant comme en temps normal… Les établissements, construits pour être des lieux de contact et d’échange, ne se prêtent que très mal à un exercice aussi difficile. Mais, l’essentiel est là : le gouvernement peut faire mine d’avoir rempli sa part du contrat. Comme l’écrivait Jean Jaurès dans sa fameuse lettre – non tronquée ! : « Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! ».

    Derrière les discours : le mépris.

    Car ce sont bien les apparences qui sont sauves. Apparence de soutenir l’éducation après l’assassinat de Samuel Paty, apparence de protéger notre santé, apparence d’être compétents… Alors que ces individus n’ont que mépris pour l’éducation. Nous rappelons que le 27 août Macron déclarait son mépris pour la fonction, considérant que les recrutements ne serviraient à rien pour « redresser le pays ».

    Le ministère ne reconnaît pas le fait que les lieux d’éducation soient des lieux de contamination. Pour conjurer le problème, il refuse de le regarder. Cette négation constante se paie aujourd’hui par les taux de contamination extraordinairement élevés en France. Elle contribue à alourdir le bilan sanitaire, tant en termes de morts qu’en termes de personnes qui auront tout au long de leur vie des séquelles physiques, morales ou neurologiques de l’exposition au virus.

    Cette responsabilité, qui confine au crime, doit être soulignée !

    Pour ne pas voir la grève, le gouvernement minimise son ampleur. Il n’a noté qu’entre 8 et 10 % de grévistes quant le SNES-FSU, principal syndicat, en notait 20 % dans le primaire et jusqu’à 45 % au collège. Dans les lycées, sommés de s’adapter à un protocole généré en urgence, il a fallu souvent choisir entre se réunir pour organiser celui-ci et faire grève. Cette prise en otage des enseignants, coincés entre leurs revendications salariale et l’injonction morale de penser avant tout aux élèves fait des ravages. Elle empêche, précisément, qu’ils et qu’elles soient réellement défendus. Le « moindre mal » frappe à nouveau.

    Le climat d’angoisse.

    Le climat sécuritaire joue aussi un rôle dans ce malaise profond. L’assassinat de Samuel Paty laisse des séquelles. Un climat de méfiance s’instaure entre élèves et enseignants. Il en résulte des dénonciations invraisemblables d’enfants de 10 ans ou de 8 ans, accusés de faire l’apologie du terrorisme. Ces affaires ont mis en exergue un traitement différencié des élèves en fonction de leurs origines ou opinions : une menace de mort par un élève issu d’une famille musulmane est immédiatement attribuée au terrorisme, tandis que si la religion est absente de l’équation, il ne s’agit que d’un petit accrochage.

    Le fait est que l’école est l’un des lieux de la rencontre entre les contradictions de la société capitaliste et néo-coloniale. Inégalités d’origine, de richesse, d’avenir. (Il faut noter cependant que la grande bourgeoisie s’isole de l’équation : elle a ses propres réseaux d’éducation.) À cela s’adjoint un autre acteur : l’État, incarné par l’administration et l’enseignant & enseignante. Que ce soit conscient ou réalisé inconsciemment, ceux-ci répercutent les commandes de l’État. Ces commandes impliquent des normes sociales et des exigences qui sont le reflet de la position idéologique de l’État. Cette normalisation – parfois clairement brutale – entraîne donc des conflits qui se répercutent sur les enseignants & enseignantes et dont ils sont victimes. Mais il est illusoire, à moins de carcéraliser l’enseignement, que ces contradictions, et donc ces violences, disparaissent.

    Cette angoisse est utilisée cyniquement par le ministère, dont la conception de l’éducation est un curieux mélange d’autoritarisme traditionnel et de prestation de service très capitaliste.

    Réformer, toujours.

    Derrière cela, en sous-main, le ministère ne stoppe pas la machine à réformer. Déja Macron avait instrumentalisé le « grand débat » de 2018-2019 pour essayer de détourner les revendications des Gilets Jaunes vers ses propres objectifs. Aujourd’hui, Blanquer fait de même. La mise au rancart des examens du Bac et des E3C lui permet de passer à un contrôle continu de facto. Le fait de laisser les administrations se débrouiller face à la crise renforce également l’autonomie des établissements, qui est le projet des libéraux depuis Fillon en 2005.

    Par ailleurs, nous ne pouvons pas ne pas parler de la poursuite de l’offensive dans le secteur de la santé. Les besoins médicaux actuels sont immenses, mais ils sont vus comme étant un temporaires pour le gouvernement. Pendant que nous avons les yeux rivés sur la pandémie, une nouvelle offensive se prépare. Elle vise à racler à nouveau jusqu’à l’os les hôpitaux et à prévoir des licenciements supplémentaires dans ce domaine. Le monde de demain risque fort d’être bien pire encore qu’hier.

    Les luttes, elles aussi, en pâtissent.

    La mise au pas du pays par la mise au pas de l’éducation.

    Quant à la mobilisation lycéenne, celle-ci, que ce soit à Lyon ou Saint-Nazaire, a été impitoyablement réprimée. La police, qui sait qu’elle est soutenue avec vigueur par son ministère ( – elle ! – ) n’a pas hésité à déployer la tactique de la nasse suivie d’arrestations au nom d’un outrage & rébellion fort pratique.

    De même, il n’est pas possible de ne pas conclure ce bref communiqué sans parler de la situation dans l’Enseignement supérieur. Après la mise au pas des doctorants et des chercheurs & chercheuses, c’est au tour des étudiants d’être pris pour cible. Mettant fin à la tradition de la « franchise étudiante ». Celle-ci voulait que l’université soit un lieu dans lequel la police n’intervient pas et dans lequel la communauté universitaire demeure un espace sanctifié. Si, dès 2007, les interventions de la police sont devenues sans-cesse plus nombreuses et plus brutales, il n’existait pas de délit à proprement parler dans le fait d’occuper une université. C’est désormais chose faite : 45 000 € d’amende et 3 ans de prisons peuvent être requis.

    Cette mise au pas du pays ne peut pas ne pas être considérée comme des mesures préparatoires ouvrant la voie à d’autres transformations dans l’arsenal judiciaire. Aujourd’hui, même l’État de droit est ouvertement remis en cause !

    Nous défendons une conception de l’éducation comme étant gratuite, laïque, critique et populaire. Nous considérons que les revendications concernant une qualité d’encadrement, de formation, et lieux d’éducation sont justes, d’autant plus dans le climat de crise actuel. Nous condamnons également la forme du programme d’histoire-géographie-EMC, programme notionnel chargé de formater les élèves à accepter la façade de démocratie actuelle. Nous réclamons une éducation réellement critique, permettant aux élèves de posséder des clés de compréhension du monde.

    Mais même en perfectionnant ce qui existe, il ne sera pas possible de faire de l’école un lieu d’émancipation tant que le capitalisme et la reproduction des inégalités existe. Le bouleversement éducatif aura lieu au moment même du bouleversement social et politique.

    Dans l’intervalle, il nous paraît important d’appuyer cependant certaines revendications essentielles et immédiates :

    • Fin du financement public des écoles privées.
    • Fermeture des établissement et filières « de prestige » destinés aux enfants de la bourgeoisie.
    • Mise en place d’une réelle laïcité : abrogation du concordant de 1801 en Alsace-Moselle.
    • Embauche massive de personnel éducatif & administratif.
    • Rénovation des lieux d’éducation.
    • Riposte à la politique du gouvernement !
  • Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Discours de Macron : Métro-Boulot-Hosto.

    Macron s’est à nouveau solennellement exprimé devant la population. Un cérémonial au protocole digne d’une République au style décidément très monarchique. Cette intervention était extrêmement attendue. Elle doit désormais indiquer quelle est la nouvelle stratégie du gouvernement dans un affrontement avec la pandémie. Après plusieurs mois d’échec, un sursaut était attendu anxieusement.

    Nous ne pouvons pas considérer que celle-ci réponde à nos attentes, ni à celles de la lutte contre la pandémie. Le confinement a été annoncé. Nous nous attendions à son annonce, mais pas à ses modalités.

    Malgré les contraintes qu’il impose, nous pouvons l’accepter.

    Nous ne sommes pas des individus qui se rebellent pour se rebeller. Nous avons la prétention de nous considérer comme des militants et des militantes sérieux et sérieuses. Il ne s’agit pas de persiflages, de grogneries. Nous avons le sens du devoir. Nous savons prendre en considération la gravité de la situation, et accepter des sacrifices.

    Dans la situation actuelle, nous jugeons acceptable de devoir renoncer à une vie « normale ». A ses agréments, à ses loisirs, à certaines de ces joies. Nous l’acceptons car nous plaçons toujours au premier plan l’intérêt populaire. En font partie la santé en général et le travail de ceux et de celles qui la protègent.

    Dans le silence assourdissant, celui du vide, de la disparition des applaudissements de 20h, nous les saluons toutes et tous.

    Pour eux et elles, pour les plus précaires, pour les plus vulnérables, nous acceptons cette part infime de sacrifice. Nous acceptons un confinement, en dépit du fait que celui-ci ne soit pas sans séquelles psychologiques.

    Seulement, nous n’acceptons pas d’être pris pour des idiots.

    Quelle auto-critique ?

    Une des constances est l’absence d’auto-critique de la part du gouvernement. Il aurait fait tout ce qui fallait. Notre pays posséderait le meilleur système de santé au monde, et la deuxième vague aurait parfaitement été anticipée. Pourtant les faits ont l’air de démontrer le contraire. Le Canard Enchaîné a ainsi démontré à plusieurs reprises l’incurie du gouvernement, les conflits d’autorité, le fonctionnement en grandes baronnies qui se tirent dans les pattes. Les hôpitaux ont ainsi reçu des milliers de test antigéniques destinés aux aéroports, mais simplement parce qu’il n’existait pas d’autorité compétente pour les commander. Une nouvelle fois, nous le mentionnons : la France est très mal classée dans sa gestion de l’épidémie (54e) par le Deep Knowledge Group.

    Les moyens termes, les demi-mesures, le « moindre mal » au profit de la sacro-sainte économie (celle de la grande bourgeoisie en tout premier lieu) nous ont mené face à cette situation impossible. La communication contradictoire, défaillante, l’absence de mesures éducatives font que 65 % des français et françaises portent des masques, souvent mal.1

    L’Economie-Reine.

    Bien qu’ayant pudiquement placé la défense de l’économie au dernier point, elle est le fil conducteur du discours. « Il faut protéger à tout prix les rentes de la grande bourgeoisie. Pour la petite, l’argent public fera l’affaire un temps. Et si elle meurt, ce n’est que du darwinisme ! » Voilà en somme la réalité.

    Ce confinement consiste finalement à racler l’existence jusqu’à l’os. Le métro-boulot-hosto devient désormais le mantra du gouvernement. Qu’importe si le cercle affinitaire ne correspond qu’à 6,4 % des clusters (cf. graphique).

    La stratégie du gouvernement consiste toujours à rogner autour du noyau dur des contaminations, sans jamais s’y attaquer. Il est hautement improbable que cela parvienne à faire passer les contaminations de 50 000 à 5 000 par jour.

    Education-contamination

    Dans l’éducation, croire que, dans un délais de quelques jours, il est possible de faire surgir un protocole miraculeux, un protocole capable de stopper les contaminations en milieu scolaire, c’est prendre le personnel éducatif pour des imbéciles. C’est également admettre à demi-mot que le premier s’est traduit par un échec total. Dans les faits les lieux d’éducation restent un des foyer de contamination premier. Que les enfants et les jeunes aient peu de formes graves, c’est un fait incontestable. Cependant, ils se contaminent. Ils contaminent les autres. Ce contournement du confinement le rend, de fait, inefficace.

    Fait illustratif : Tandis que l’émoi, légitime, autour du meurtre de Samuel Paty monopolisait les esprits, les masques fournis par l’Éducation Nationale ont été retirés du service. Ils sont soupçonnés d’être enduits d’un biocide toxique. L’Education Nationale a donc demandé aux enseignants de se débrouiller pour se protéger en attendant. Elle demeure un des seuls secteurs qui ne fournissent pas ses employés en protection. Le petit avantage d’être en cheville avec l’État : le droit du travail y est élastique.

    L’arrêt de la vie à sa dimension productrice signifie cependant que les transports en commun seront toujours aussi chargés, voire possiblement plus. Tandis que les loisirs d’après-travail rendaient les déplacements plus diffus. La compression des horaires signifie donc des départs groupés. Donc des transports saturés aux heures de pointe. Donc des contaminations, qui, elle, sont extrêmement difficile à retracer.

    En somme, une demi-mesure, qui se paie de la santé financière d’une partie de la population, et de la santé morale d’un grand ensemble, le tout pour des résultats dont on peut douter.

    Au pied du mur.

    Comme dit en amont, nous ne sommes pas des rebelles vains. Nous nous battons pour des causes que nous jugeons justes. L’accès à l’éducation en fait partie.

    Nous considérons effectivement qu’il est important son accès soit garanti au plus large nombre. Il est important que les élèves puissent aussi être intégré dans une communauté sociale qui les prémunissent contre l’isolement. Celui-ci, en plus de ses conséquences psychologiques, est terrain de recrutement des réactionnaires les plus virulents. Mais cela demandait des moyens, des fonds, des structures, qui ont été refusées alors que la deuxième vague s’annonçait. Nous ne pouvons pardonner les termes de Macron : « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ». Conspués avant-hier. Encensés hier. Conspués à nouveau, la dure vie d’une catégorie sociale qui sert d’amortisseur.

    Pour que les écoles restent ouverte durant la pandémie, cela demanderait des moyens supplémentaires conséquents. L’emploi d’une cohorte de personnels, d’enseignants, d’aides, mais également de matériels permettant de pouvoir assurer le suivi à distance pour les malades et les plus vulnérables. Il en est de même pour le supérieur, dans lequel l’indigence est encore plus criante, et où le recours à distanciel est devenu la norme.

    Mais il faut pourtant maintenir tout cela ouvert, pour que la sainte ligne du CAC40 ne soit pas irritée. Sans école, pas de parents au travail, donc une grogne es vrais maîtres du pouvoir. En fait de « responsabilité personnelle », Macron fait appel au système D.

    Et cet argent existe ! Même dans une perspective qui n’implique pas de révolution !

    Exigeons que les grands capitalistes paient.

    Pendant la Première Guerre mondiale, tandis que les travailleurs étaient mués en chair à canon, il a été obligé d’arracher de la bourgeoisie une maigre compensation : un impôt sur le revenu progressif. Il était temporaire, et n’a été maintenu que parce que le butin de l’écrasement de l’Allemagne s’est avéré fort décevant. Mais la bourgeoisie n’a jamais désarmé et elle a tenté encore et toujours de l’anéantir. Il faudrait que les pauvres paient seuls l’entretien de leur propre outil d’oppression : l’État.

    Aujourd’hui les grands capitalistes se sont renforcés dans la pandémie. Ils lorgnent sur les commerces en faillite, sur les bars fermés, ils y voient une manne immense. Une occasion d’installer leurs franchises, leurs monopoles. De concentrer toujours plus de capital entre leur main, mouvement inéluctable du capitalisme. Nous réclamons que ce soient eux, ces parasites, ces héritiers fortunés, ces nantis, qui soient mis à contribution. Leurs fortunes sont faites de l’accaparement indu des richesses. Qu’ils les rendent !

    Ce n’est ni la révolution, ni une grande étape dans la lutte.

    C’est une première justice pour ceux et celles qui voient leurs niveaux de vies s’effondrer.

    Le gouvernement devra assumer sa responsabilité. Il devra assumer de jouer avec la vie des individus, de jouer avec le feu.

    Nous n’hésiterions pas un instant, si nous en avions les moyens, pour nous saisir de l’ensemble des moyens de production, pour nous saisir de ces richesses, et pour en assurer la redistribution et la remise en service. Mais une remise en service dans le but de satisfaire les besoins de l’humanité, non d’une clique de bandits.

    Nous appelons l’ensemble des organisations et individus qui partagent ce constat et ce souhait et se mettre en rapport avec nous. Face aux défis de la période, le camp du peuple doit répondre !

    1https://covid19.healthdata.org/france?view=mask-use&tab=trend

  • Couvre feu.

    Couvre feu.

    Emmanuel Macron a annoncé, hier, la mise en place d’un couvre feu dans les villes classées comme étant en situation d’alerte maximale. Cette décision était attendue et était déjà connue des services de presse en amont de l’intervention. 19 millions de citoyens et de citoyennes sont ainsi concernés par cette mesure. Elle interdit les déplacements entre 21h et 6h du matin.

    https://www.leparisien.fr/resizer/PDfggmEIqMLoQ8fjEWCzqCJejBA=/1278x1280/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/BRA2HO2LHRXUT2ETW5XXMA73LA.jpg

    L’intervention de Macron s’est déroulée dans un exercice de style très régalien. Cette obsession du formel, de la mise en scène, est – en soi – déjà critiquable. Dans une situation d’urgence, attendre que le président-roi s’exprime était-il utile ?

    Le point central de l’intervention a été donc la décision de mettre en œuvre un couvre-feu. La sémantique militaire à permis encore aux journalistes encenser un Macron, chef de guerre, faisant face avec calme et sérieux à la pandémie. Mais qu’en est-il en réalité ?

    Le choix du couvre-feu est un pis-aller. Il est une demi-mesure, qui ne vise qu’a faire tenir l’économie le temps que les choses se passent, en espérant que le taux de perte humaine reste tolérable.

    Un choix difficile… pour ne pas se mettre à dos les capitalistes.

    Pourtant, il ne faut pas croire que le fait de mettre en danger les bars, les discothèques, les restaurants soit pris de gaieté de cœur. Il en est de même pour la vente d’alcool ou d’autres restrictions qui rapportent aux caisses de l’État et contribuent à générer de précieux revenus. C’est donc un choix cornélien qui est opéré. Il découle d’un calcul simple :

    Comment parvenir à ralentir la progression du virus sans toucher aux sacro-saints revenus des grands capitalistes. Si Macron peut se permettre d’avoir les restaurateurs à dos, voire une partie de la petite bourgeoisie commerçante, il est obligé, c’est son rôle, de satisfaire ses maîtres.

    Les mesures d’aides accordées à ces entreprises représentent un coût. Mais ce coût est toujours plus faible que celui de financer l’hôpital au niveau de ses besoins, de désengorger les transports en commun, de permettre aux lieux d’enseignement ne ne pas être des cluster bombs.

    Pour les soignants, rien de nouveau.

    Au titre des soignants et soignantes, Libération indiquait ce matin : « De fait, le manque de soignants n’est pas près de se résorber. Un document présenté fin septembre à la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, que Libération s’est procuré, le confirme. Malgré le recrutement cet été de 1 371 infirmières tout juste sorties d’école, le niveau de l’emploi infirmier n’atteint même pas celui de septembre 2019. Sur les 950 postes ouverts et budgétés, 450 sont toujours officiellement vacants, faute de candidats. La pénurie touche particulièrement les infirmières de bloc opératoires, premières à être sollicitées en cas de crise sanitaire : sur 480 postes ouverts, 50 n’ont pas trouvé preneurs… » La crise sanitaire masque la crise hospitalière.

    Il est donc rationnel, du point de vue du gouvernement, du point de vue des capitalistes, de réduire la vie sociale à un métro-boulot-dodo. Qu’importe si la société, qu’importe si les individus, en souffrent. Si cela satisfait la grande bourgeoisie, tout va bien. Les autres oublieront. Même l’action en justice, intentée par l’association Victimes COVID, risque d’être un pétard mouillé. Les perquisitions qui viennent d’avoir lieu, auprès des membres et ex-membres du gouvernement, pourra t-elle aboutir ? Cela est douteux.

    Une déstabilisation annoncée.

    En revanche les effets économiques et sur la structure sociale échappent aux désirs de l’État. Une petite bourgeoisie en péril, vacillante, est une menace pour la stabilité du régime. Elle pourrait conduire à une crise profonde de régime, d’ici le temps des élections. Historiquement, ces catégories sociales, mettent en avant l’individualisme, le sens des affaires, la peur de solutions collectives. Elles pourraient très bien propulser au pouvoir une extrême-droite qui n’avancerait plus masquée, et qui aurait les coudées franches pour imposer son programme : liquider définitivement les droits sociaux et mettre au pas le pays.

    Lorsque la situation économique se dégrade, que les droits économiques sont attaqués, les droits politiques suivent. Le choix d’axer les élections sur l’islamophobie, la xénophobie, le racisme n’est pas un hasard. Il se double aussi d’une campagne cynique contre les mesures sanitaires, les députés PS & LR ayant, par exemple, fait voter le Sénat sur une réouverture des restaurants, des bars, des discothèques. Si la mesure fera certainement long feu, face à l’oukase présidentielle, elle n’en est pas moins significative : pour exister électoralement, certaines organisations sont prêtes à toutes les compromissions.

    Pour les plus précaires : circulez, rien à voir !

    Si la bourgeoisie bénéficie de la générosité de l’État, la question des minimas sociaux a été soulevée. Elle a, quant à elle, entraîné une réponse directe du président. Celui-ci a considéré que revaloriser les indemnités chômages, revaloriser le RSA, n’encouragerait pas à « retrouver du travail ». En bon banquier, Emmanuel Macron ne prête qu’aux riches.

    Cette conception, qui considère le fait d’être privé d’emploi comme une illustration de la fainéantise, de l’assistanat, est profondément ancrée dans l’esprit des réactionnaires. Pourtant elle est démentie par les études sérieuses sur le sujet. Une hausse des minimas sociaux, vue comme de l’argent lancé par les fenêtres, serait pourtant à la base d’une relance typiquement keynésienne de l’économie. Donner l’argent aux riches, c’est le voir capté, tomber dans des trappes à liquidités, et finalement ne jamais ‘ruisseler’.

    L’occident en difficulté.

    Sans faire de la psychologie sociale de comptoir, d’une manière générale, les pays d’Europe et les USA échouent à enrayer la pandémie pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elle étant les conséquences de la constante, l’omniprésente, campagne de dénigrement contre tout effort collectif, contre tout esprit unitaire dans la population. Toute idée d’effort commun contraignant et impératif (comme dans des sujets aussi vitaux que l’écologie, l’égalité des droits entre hommes et femmes…) est taxé de totalitaire et constamment dénigré par les propagandistes du libéralisme.

    Le capitalisme est pétri d’incohérences et de contradictions. Il porte comme valeur suprême la liberté individuelle, l’égoïsme. Dans le même temps, il n’offre que l’aliénation du travail, l’angoisse de la précarité, qu’il maquille derrière un illusoire confort matériel.

    Les aspirations à la liberté, à l’indépendance individuelle, qui ne sont pas réalisées en dépit des promesses, se reportent alors contre des frustrations du quotidien. En temps de crise, elles se font sentir de plus en plus fortement. Le contrôle étatique sur les rares moment de libertés, de sociabilité choisie, ne peut que rencontrer une résistance, ne peut que générer frustration et colère.

    Détruire ce qui nous détruit.

    Nous pensons, quant à nous, que la liberté est avant tout la conscience de la nécessité. La liberté est donc l’ensemble de ce qui reste une fois que le nécessaire est réalisé. Or, la première nécessité est de juguler cette crise pandémique, dans le sens où elle ne concerne pas que des individus, que leur propre vulnérabilité, mais bien l’ensemble de la société, laquelle doit prendre en compte les plus fragiles, les plus vulnérables, mais aussi les plus précaires. Se protéger, c’est protéger les autres. Protéger les autres, c’est également, à terme, se protéger soi-même.

    La deuxième nécessité est de détruire ce qui nous détruit. Cette crise n’a pas été une perte pour tout le monde. Les capitalistes les plus féroces se sont enrichis dans des proportions incroyables. Ils se sont gavés de bénéfices. Les faillites en série qui s’annoncent leur permettront de concentrer toujours plus de capitaux entre leurs mains.

    Ce sont eux qui portent une part immense dans la situation actuelle. Leur refus de mettre en œuvre les mesures adéquates. Leur tergiversations pour ne pas nuire à leurs profits. Leur absence totale de solidarité dans le financement des services publics, leur recherche constante, prédatrice, du profit… Et leur dispersion, internationalement, criminelle aussi, des efforts de recherche médicale.

    La liberté, réelle, ne pourra émerger que lorsque ces nécessités auront été remplies. Que lorsque l’économie, la recherche, la santé,… en somme la création de richesses, la possibilité de pouvoir vivre sainement et de profiter de la vie, seront entre les mains de ceux qui la créent, qui en donnent les moyens. Et non plus entre les mains de ceux qui la parasitent.

    Cette pandémie est un prélude à une crise plus grande, plus profonde. Nous appelons à nous à la vigilance, à l’organisation, à la structuration de ceux et celles qui veulent lutter pour un pouvoir populaire, démocratique, libéré de la domination des exploiteurs.

  • La pandémie continue ! Tract de l’Unité Communiste.

    La pandémie continue ! Tract de l’Unité Communiste.

    Les chiffres sont alarmants, les foyers de contamination se multiplient : Les conditions sont réunies pour une crise dépassant la première.

    Les dirigeants sont incapables de contenir la pandémie.

    Contraint de trancher entre les intérêts des capitalistes et la santé des travailleuses et des travailleurs, ils choisissent de protéger les riches, négligent les alertes du Conseil scientifique et nient leurs responsabilités pour préparer leur réélection !

    Ils ont menti et caché l’état terrible de l’hôpital affaibli par des décennies de précarité et de réformes libérales, l’incapacité des écoles à faire face à la rentrée, l’absence de stocks et l’importance des masques…
    Résultat : La France, 4ᵉ pays au plus fort taux de contamination, est classée 50ᵉ au rang mondial de la gestion pandémique, loin derrière des pays « pauvres » (Deep Knowledge Group).

    Protégez-vous, vos proches, les autres ! Mais n’oublions pas les coupables !

    Après la pandémie : La Crise.

    La menace du chômage et de la pauvreté grandis, mais pas pour tous le monde ! Certains vont profiter du business de la misère et rester protégé des conséquences économiques. Nos conditions de vie, notre santé et l’environnement sont l’objet de négociations pour des profits qui nous appauvrissent, nous empoisonnent et tuent. Allons-nous nous laisser faire ?

    Les bourgeois mobilisent leurs médias et font diversion ! Ils dévient notre attention de nos réels ennemis avec des faits divers choquant et des menaces imaginaires. N’ayons confiance qu’en nous-mêmes qui subissons la même dictature, regroupons et organisons-nous. Nous voulons renverser ce système criminel !
    Construisons une démocratie du peuple pour le peuple : Prenons le pouvoir !

    L’Unité Communiste, membre de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires travaille à organiser, former et unifier ceux et celles qui veulent un changement révolutionnaire de la société.

    Suivez nos publications. – Rejoignez-nous.

  • Berlin : mobilisation anti-masque.

    Berlin : mobilisation anti-masque.

    17 000 manifestants et manifestantes anti-masques se sont réunis à Berlin le 1er août. Cette manifestation « pour la liberté » s’est déroulée au mépris des injonctions sanitaires. Elle réclamait le droit « à respirer », mais également la fin des mesures contraignantes liées à la crise. Si les manifestants étaient de tout horizons, ceux-ci comprenaient une part importante de militants et de militantes des organisations d’extrême-droite Allemande, notamment Alternativ fur Deutschland et le NPD.

    Cette manifestation est un danger en soi, tant pour les participants et les participantes que pour leurs proches, et, par rebond, pour l’ensemble de la population. Si les mots d’ordres sont antiscientifiques, conspirationnistes et réactionnaires, ils méritent néanmoins d’être étudiés pour ce qu’ils sont : un phénomène révélateur.

    Parmi les réactions relatives à cette manifestation, beaucoup ont été de l’ordre de la moquerie ou du mépris. Il est vrai que le mouvement anti-masque, naissant en Europe, peut laisser perplexe. Mais au-delà de la moquerie, il nous faut également comprendre, sans pour autant adhérer à ces conceptions.

    Pourquoi le conspirationnisme gagne du terrain ?

    Le conspirationnisme gagne de l’ampleur durant la période récente. Il a le vent en poupe et, dans de nombreux États, trouve un terreau favorable pour s’implanter.

    La parole officielle, que ce soit celle de la science ou celle du politique, soit constamment disqualifiée. Cela démontre qu’il existe une réelle crise de confiance et une méfiance profonde envers tout ce qui semble émaner des « élites », quelque soit la nature de l’information. Elle est fondamentalement une réponse à l’emploi constant du mensonge par les politiciens. Ce mensonge ne trouve plus prise, et la réaction, diamétralement opposée, de ceux qui ne s’y laisse plus prendre est de tout analyser à contre-pied. Même si cela amène à sombrer dans d’autres mensonges.

    La politique bourgeoise, basée sur la tromperie, sur la réclame publicitaire, sur la corruption, ne peut que générer et nourrir les raisonnements conspirationnistes. Le décalage entre la promesse de chances égales, entre l’idéal de justice, de paix, de démocratie et la réalité vécue par la population ne peut que déboucher sur cette désillusion. De plus, la démocratie représentative, opaque, obscure, faite de tractations dans l’ombre et d’arrangements entre cliques, ne peut que renforcer un sentiment d’être le jouet des événements, d’être dépossédé de toute influence, d’être une donné statistique dans un plan qui nous dépasse.

    L’avantage du plus faible.

    Ainsi, toute parole alternative bénéficie d’un avantage, dans le sens où elle est supposée être dénué d’intérêt caché, et donc mû uniquement par l’altruisme. L’opposition à la parole officielle devient donc un point de repère, et, dans son sillage, se traînent d’autres théories du complot : vaccins, chemtrails, complot juif… Lorsque le raisonnement conspirationniste s’installe, plus aucune barrière ne l’entrave. D’autant que les moyens de réponse de la part des autorités sont tout autant de points d’appuis : en censurant ceux qui ont déjà déclamé être censurés, ces politiques alimentent une prophétie auto-réalisatrice. L’école, et particulièrement l’enseignement de l’histoire, joue un rôle dans ce mode de raisonnement. La chronologie artificielle, l’enchaînement d’événements, la tendance à rechercher l’intentionnalité des politiques et à déposséder le peuple de toute rôle dirigeant, tend à avaliser les théories du complot.

    L’expérience massive de la confrontation avec les forces de l’ordre, avec la dictature de classe, au cours du mouvement des Gilets Jaunes a agi comme un détonateur. Le mythe républicain s’est fracturé. Cette instabilité profite cependant davantage à l’extrême-droite, qui tire un grand bénéfice de l’isolement du confinement, de la fragmentation, du doute et des inquiétudes. Surtout, elle peut proposer des réponses simplistes à des problèmes complexes. Ne cherchant ni la vérité, ni la cohérence, elle s’appuie sur les instincts. Elle est capable de pouvoir réclamer des masques, clamer qu’on nous sacrifie, puis considérer que ceux-ci sont une émanation d’un complot lorsqu’ils arrivent. Le temps de les démonter, un nouveau thème est déjà apparu. Il en résulte un sentiment d’angoisse et d’isolement. Et celui-ci est propice pour instiller la division et la haine.

    Ces sentiments sont présents dans une très grande partie de la population. La question ouverte est celle de l’attitude à avoir. Les fascistes ont choisi la leur : ils nourrissent ce sentiment de dépossession pour prendre la place des cliques au pouvoir. Ils ne dénoncent leurs méfaits, ne se placent en posture d’outsiders dénonçant les abuse que dans l’unique but d’être ceux qui exécuterons les désirs des bourgeois. Elle est d’autant plus cynique que, dans une grande partie des situations, elle ment sciemment. Elle est prête à soutenir le mouvement anti-masque, comme un point d’appui populiste, tout en sachant pertinemment quels risques elle fait courir à la population.

    Personne n’est à l’abri.

    Même dans les rangs de la gauche révolutionnaire, il existe l’influence de ces conceptions conspirationnistes. Simplifiant la lutte des classes en un affrontement binaire entre monolithes, certaines tendances finissent par oublier que la bourgeoisie est une classe en concurrence avec elle-même. Que le fait de faire front n’est pas sa tendance naturelle, spontanée, mais au contraire, le fait de se tendre des pièges. Elle ne recherche pas non plus à imposer une dictature absolue et totale, mais repose bel et bien sur des stratégies d’adhésion à son système, et sur des interfaces démocratiques, beaucoup plus souples qu’une dictature ouverte. Nous mêmes devons être d’une extraordinaire prudence quant à nos propres raisonnements, pour ne pas voir l’intentionnalité ou le plan préétabli derrière chaque action.

    La bourgeoisie, dans ses diverses fractions, essaie de tirer bénéfice de la situation. Elle réagit à la fois en essayant de limiter la casse, mais également en tentant de sortir renforcée. Si les -13 % de PIB en France sont une bien mauvaise nouvelle pour elle, elle trouve toujours des voies pour s’en tirer. La concentration du capital sera plus grande encore après cette crise, car les petits capitalistes vont dévorer des plus faibles.

    D’ailleurs, bien que supposément opposé aux « élites », certaines des revendications de ces mouvements « pour la liberté » ne tombent pas dans l’oreille de sourds. Le proverbial « en même temps » d’Emmanuel Macron s’applique à d’autres. Les mesures de « redémarrage de l’économie », qu’il faut entendre comme étant une baisse des droits sociaux et des salaires, seront les seules réponses fournies par les exploiteurs aux exploités et exploitées.

    Lutter contre le conspirationnisme.

    Dans le fond de l’affaire, l’influence conspirationniste est le reflet de la faiblesse du mouvement progressiste et révolutionnaire. Mais, aussi, de fragilités théoriques et idéologiques au sein de celui-ci. Ces fragilités trouvent leur source dans un éparpillement des travaux, des productions, qui empêchent, indépendamment des volontés des différents groupes, qu’émerge une masse critique, suffisamment grande, pour permettre d’élaborer et de diffuser les réponses aux questions que se posent une partie toujours plus grande de la population.

    D’une manière générale, l’expérience des Gilets Jaunes, l’expérience de la pandémie, les défis qui se profilent montrent l’importance d’un travail conjoint. Ce travail nous tiens à cœur, au sein de l’UnCo. Nous appelons, à nouveau, les organisations communistes et non-communistes qui veulent travailler dans un esprit de front uni, à mettre en commun leurs ressources et leurs compétences, et à œuvrer à la création d’un programme minimal d’urgence, permettant de répondre aux enjeux actuels. Non seulement ce travail est nécessaire, mais il est salutaire !

  • Combien de confinements ?

    Combien de confinements ?

    Après bientôt une quarantaine de jours de confinement, la question qui est légitimement dans tous les esprits est : comment en sortir ? Or, la réponse n’est absolument pas évidente.

    Ces dernières semaine, la mortalité a été extrêmement fortes. Plus de 21 000 morts, principalement des personnes âgées. Mais le bilan est loin d’être encore réellement réalisé. Il a déjà été annoncé que la mortalité anormale avait largement dépassé celle de la canicule de 2003 tout comme celle de la plupart des épidémies de grippe saisonnières. Et l’épidémie n’est pas encore terminée. Nous adressons nos condoléances les plus sincères à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher. Nos pensées vont vers eux et elles.

    Malgré ces terribles deuils, il est important de reconnaître que le confinement a permis un aplanissement de la courbe des infections. En dépit de toutes les inégalités, en dépit des violences policières innombrables et cruelles, en dépit des violences conjugales et familiales, le confinement à contribué à éviter une destruction complète du tissus hospitalier.

    Mais quelque part, il est aussi victime de son succès. Avec un taux d’infection de 5,7 % (estimé) de la population, le confinement a fonctionné. Mais il laisse aussi un sentiment amer et inquiétant : celui d’une pandémie qui est loin d’être terminée. Il n’est pas non plus rassurant de penser qu’il y a eu une saturation des services de santé avec un taux d’infection qui est demeuré, malgré tout, très bas.

    Cela signifie qu’il reste donc, au minimum, un potentiel de 94,3 % de la population qui court le risque d’être touchée, en partant du principe d’une immunité acquise à 100 %. Principe qui d’ailleurs n’est pas encore avéré et qui est, en dernière instance un problème insurmontable.

    La question qui se pose est de savoir quels sont les projets du gouvernement, projets qui ont tendance à avoir l’air pris au jour le jour, avec des ordres, des contre-ordres, des revirements brutaux…Une partie de ce qui suit est donc du domaine de la spéculation. Spéculation cependant alimentée par des principes de rationalité qui sous-tendent tout raisonnement.

    En somme, nous pouvons penser que les objectifs du gouvernement sont les suivant :

    • Tenter de juguler au plus vite et avec le moins de casse possible la crise pandémique. En réalité il n’y a pas d’intérêt au fait de causer des morts.
    • Tenter de limiter la pression au maximum sur le cœur de l’économie à la fois pour éviter de nuire aux intérêts de la grande bourgeoisie, mais également pour tenter de limiter le délitement du tissus économique du pays.
    • Tenter de ménager une certaine stabilité politique dans le pays pour éviter une crise politique majeure.
    • Ne pas se laisser enterrer par les États qui peuvent se permettre une politique de remise en route beaucoup plus rapide et brutale.

    Mais ces objectifs sont extraordinairement difficiles à atteindre sans que cela ne dépasse les limites de l’acceptable pour la population, déjà largement échaudée par l’incompétence du gouvernement et par les tensions sociales préexistantes. Il existe des points de ruptures qui sont déjà dépassés, notamment dans les quartiers populaires, dans lesquels 40 jours d’isolement n’ont absolument rien de romantique ou de reposant, bien au contraire. Plus les discriminations sociales étaient fortes avant le confinement, plus elles ont eu tendance à s’accentuer, avec d’ailleurs le rôle de catalyseur, voire de détonateur, de la police.

    L’idée d’une reprise progressive le 11 mai, puis d’un retour en classe le 18 mai, est probablement une remise en route temporaire. Il serait tout à fait envisageable et rationnel pour le gouvernement, et conforme aux intérêts de la bourgeoisie, que de tenter au maximum de faire coïncider une nouvelle étape pandémique avec la prise des congés payées.

    • D’une part cela éliminerait le besoin d’une législation spéciale sur la réduction de celles-ci, ce qui serait mal perçu et pourrait accentuer encore davantage les tensions.
    • De l’autre, le secteur du travail saisonnier (hors agriculture) risque, quelque soient les scénarios, de demeurer fermé.

    Nous nous dirigeons donc vers une possible série de confinements, suivis de sas de décompression, pendant lesquels la maladie se répand à nouveau, puis avec de nouveaux confinements. Ces espaces permettraient des contaminations « contrôlées » et adaptées à la dimension du système hospitalier.

    Mais, d’une part cette solution va se heurter au poids de plus en plus grand de l’endettement et de la concurrence internationale toujours plus aiguë. La baisse de la consommation intoxique aussi l’espoir d’une reprise rapide de l’économie. Et ceux et celles qui, sous la sidération, ont accepté des mesures d’autorité, les accepteront-ils à nouveau, la deuxième ou la troisième fois ? La lassitude pourrait très bien faire triompher des lignes hostiles au confinement, lignes soutenues par les franges des exploiteurs les plus radicales et les plus déterminées à sacrifier des vies humaines.

    Pour relancer l’économie et éponger rapidement la dette, il n’est d’ailleurs pas exclu que soit mis en marche la menace de taxer l’épargne. Cette taxe, non seulement frapperait les plus petits épargnants, mais pousserait à sortir l’argent des comptes pour le dépenser. Cette mesure est extrêmement inéquitable, puisqu’elle ne touche pas aux investissements, aux placements, à l’immobilier, ce qui représente le patrimoine des plus aisés.

    Pour faire accepter cette stratégie, maintenir le pays sous contrôle, pressurer le plus vulnérables, gérer le chaos de la perte de plusieurs millions d’emploi, des mesures politiques seront certainement mises en œuvre. Il n’est pas dit que la notion de liberté démocratique ne change pas de sens rapidement, sur l’autel de la gestion de crise.

    Quelque choix les stratégies employées par le gouvernement, il n’en reste pas moins que la réponse reste la même : préparer les luttes à venir, quelques soient leurs formes. Mais surtout, préparer également une réponse politique à la hauteur des enjeux de la période. Une réponse politique qui ose poser la question de la nature du régime, de la nature du pouvoir et de quels intérêts sert l’État.

    Cette crise, la crise économique et la crise écologique doivent mettre à l’ordre du jour l’idée d’un pouvoir populaire, seul à même de mettre fin à la dictature des rendements financiers, à la dictature de l’argent.

    Cette pandémie, est, en réalité, non pas un événement isolé, mais bien un symptôme de la déstabilisation des écosystèmes. Il est vital que cette déstabilisation s’arrête.

    La philanthropie, la charité, ne seront pas les réponses efficaces à ces maux. La seule réponse est par une gestion démocratique et populaire de l’ensemble des moyens de production des richesses et par l’exercice du pouvoir politique par celles et ceux qui les produise.

    Elle passe aussi par le fait de chasser du pouvoir les pantins des exploiteurs. Cela demande donc d’être organisés et organisées.

    Nous sommes dans le purgatoire du confinement. Ce temps peut, et doit, être mis à profit pour avancer sur cela, pour se préparer à affronter la sortie.

    Confinement I, confinement II, ou pas, organisons-nous pour ne plus revivre cela !

  • Appel à l’unité d’action des communistes présents et présentes en France.

    Appel à l’unité d’action des communistes présents et présentes en France.

    Nous avons rédigé cet appel avec nos camarades de l’UPML, faisant suite à deux lettres ouvertes proposant un travail conjoint des communistes. Nous considérons que la situation actuelle ne nous autorise pas à rester dispersés et désunis. Nous avons, en tant que militants et militantes communistes, une « obligation de moyens » dans le fait de lutter et de chercher, constamment, les moyens de pouvoir progresser et avancer. Nous relançons donc cet appel, et nous invitons celles et ceux qui se retrouvent dans son analyse et ses mots d’ordres à prendre contact avec nous. Ripostons ensemble, construisons ensemble, gagnons ensemble.

    21 Avril 2020.

    La crise mondiale liée à la pandémie représente la situation la plus grave qu’a connu la planète depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle secoue de fond en comble le monde. Avec plus de la moitié de la population en confinement, elle fournit également l’expérience la plus universelle de l’histoire de l’humanité.

    Toujours est-il que cette situation chaotique peut déboucher soit sur une aggravation générale et durable de la situation sur la planète entière, soit sur des perspectives nouvelles de lutte et de victoire pour le mouvement ouvrier, le mouvement des opprimés et opprimées, le mouvement communiste. Nous considérons que cela dépendra de notre action et de notre capacité à travailler ensemble.

    Les bourgeoisies préparent leur sortie de confinement. Elles développent des plans pour passer à l’offensive sur les droits sociaux, profiter de la période de trouble pour justifier un durcissement des institutions et de la répression.

    La crise sanitaire a de nouveau démasqué les gouvernements et leur vraie nature : des agents serviles des intérêts capitalistes, prêts à sacrifier la santé et la vie des travailleuses et des travailleurs. Elle rétablit également la vérité sur le caractère essentiel du travail des ouvrières et des ouvriers, des agricultrices et des agriculteurs…etc. Par opposition, elle rappelle le caractère parasitaire de la grande bourgeoisie, laquelle ne vit que comme un vampire sur le dos de celles et ceux qui, avec la nature, produisent toutes les richesses. Il existe parmi les masses populaires un immense désir de justice sociale, tout comme une immense combativité potentielle. Cependant, l’efficacité de la propagande réactionnaire peut également faire basculer l’issue de la crise en faveur du chauvinisme, du fascisme, de la collaboration de classe.

    Nous avons un travail massif immense à réaliser, quelles que soient nos stratégies.

    Le mouvement communiste international peut sortir renforcé de cette épreuve. Le fait de parvenir à réaliser cette tâche immense dépend en partie de la capacité des organisations politiques qui composent ce mouvement de coopérer et de surmonter les écueils pour travailler ensemble.

    Nous pensons qu’il est essentiel que, partout où cela est possible, la voix communiste, la voix des intérêts du prolétariat, des classes exploitées, de ceux et celles qui subissent le plus la crise, soit la plus forte possible. Que des fronts unis puissent naître et se renforcer, pour contrer les plans de la bourgeoisie et des impérialistes, mais également pour faire naître ou pour renforcer les forces qui rendront la victoire possible.

    Un travail défensif est nécessaire, pour protéger les droits sociaux, économiques et politiques des masses populaires, pour s’opposer à la guerre, au fascisme… dans le cadre de fronts unis les plus larges possibles. Mais également un travail offensif, pour conquérir de nouveaux droits sociaux, économiques et politiques, pour rassembler et organiser largement les masses vers la lutte politique. Une lutte politique pour une nouvelle société, à laquelle toujours plus de travailleuses et de travailleurs aspirent. Cette société ne peut être que le véritable socialisme.

    Nous mêmes, membres de l’UCL et de l’UPML, soucieux de collaborer systématiquement, travaillons au sein de la Coordination internationale des partis et organisations révolutionnaires (ICOR). Cette coordination fait partie du Front Uni International construit avec la Ligue internationale de luttes des peuples (ILPS). Nous avons fait ce choix car nous considérons qu’on ne pouvait se contenter de notre activité isolée. Nous respectons les choix stratégiques de toute organisation et le fait qu’elles puissent ne pas souhaiter adhérer à la coordination dans laquelle nous sommes. Ce n’est pas le but de notre courrier mais celui de nous rapprocher pour agir ensemble.

    Travaillons ensemble, discutons, rencontrons-nous dans la mesure du possible. On pourrait s’imaginer des campagnes de solidarité commune – au niveau local, régional, national, continental, pour construire une défense et une riposte la plus large possible. Mais faisons un premier pas par cet appel commun !

    Nous pensons que les positions à défendre en commun peuvent se résumer simplement autour de constats :

    • Le système de production capitaliste est incapable de répondre aux besoins matériels et culturels de la population. Il est également incapable de pouvoir exister sans ravager la planète et sans exposer l’humanité à de nouvelles pandémies. A terme, il met en péril les possibilités même de survie de l’humanité.
    • L’échec du libéralisme : Même les États les plus ouvertement libéraux ont pris des mesures pour protéger les intérêts de leurs bourgeoisies. C’est une démonstration de plus de la collusion entre États et exploiteurs & exploiteuses.
    • La loi du marché a montré ce qu’elle signifie en pratique : la pénurie pour faire monter les prix, la recherche de la rentabilité maximale, quitte à sacrifier les travailleurs et les travailleuses. Elle génère également des coûts astronomiques pour le matériel médical, dont la production est contrôlée par des monopoles immenses.
    • Le système capitaliste n’est ni réformable ni amendable. Il doit être détruit et remplacé par un système économique, planifié, conçu dans le but de satisfaire les besoins des masses populaires, dans le respect des capacités de régénération de la planète. Place à la société du futur – le socialisme révolutionnaire !

    Notre propagande prend vie en lien avec les luttes des masses :

    • Pour un système de santé répondant aux besoins réels et prévisionnels.
    • Aucune législation spéciale du travail et aucun recul du droit du travail durant la crise et après celle-ci.
    • Non à une reprise économique et scolaire sans protection
    • Apporter de l’aide aux plus démunis, protéger et organiser les personnes les plus vulnérables dans un esprit internationaliste.
    • Condamnation et sanctions pour les responsables des victimes, dues à la gestion bourgeoise de la crise sanitaire.
    • Contre la droitisation des politiques, contre la militarisation des appareils d’États et la fascisation. Pour la défense et l ‘élargissement de nos droits et libertés démocratiques. Lutter contre l’action des forces réactionnaires, qui utilisent régulièrement les crises pour faire du prosélytisme ou instiller des idées racistes / réactionnaires.
    • Halte à toutes les guerres de rapine et à toutes les opérations de repartage du monde entre puissances impérialistes.

    Au delà de ces tâches immédiates, et en lien étroit avec elles, préparons les luttes à venir dans une période qui va ébranler les bases économiques et surtout politiques d’un système dépassé. On verra des révoltes, des insurrections et des effervescences révolutionnaires naître. La crise engendrera d’énormes souffrances pour les masses, mais aussi des potentialités pour renverser le capitalisme. La bourgeoisie s’y prépare – et nous !? Ces mouvements forts auront-ils une perspective et une direction unifiée ?

    • Parlons-nous entre organisations et mettons ensemble ce que nous avons en commun, sans esquiver le débat sur nos divergences. L’heure est à la coopération, à l’unité d’action !
    • La voix de la révolution socialiste doit se faire entendre. Développons des méthodes et des moyens pour une propagande, pour un débat large sur l’alternative socialiste au niveau de la société. Combattons l’anticommunisme à l’œuvre comme « dernière arme » de la bourgeoise pour défendre son système pourri.
    • Apprenons les uns des autres et soutenons mutuellement nos efforts pour construire une alternative révolutionnaire.

    Camarades, travaillons ensemble, agissons ensemble. Le temps du confinement, qui concerne plus de la moitié de la population mondiale, est un temps que nous devons mettre à profit pour préparer l’après-pandémie.

    Faisons avancer la lutte du prolétariat, faisons de cette crise sanitaire le point de départ d’une grande victoire politique, d’un nouveau jalon vers le socialisme !

    UPML et UCL, membres de l’ICOR

    ANNEXE : Nos constatations sur la situation actuelle.

    • Cette pandémie est coûteuse en termes de vies humaines. Si les critiques occidentales se portent principalement vers la Chine, en l’accusant de minimiser sa surmortalité, il ne fait aucun doute que chaque État tend à pratiquer une politique similaire. Cette surmortalité est un critère qui dévoile publiquement l’insuffisance des moyens sanitaires, y compris dans des pays considérés comme développés ou dans des puissances impérialistes.
      • La première vague, qui a déferlé sur l’Asie-Pacifique, semble stoppée pour le moment. Cependant, rien ne permet de s’assurer qu’elle ne réapparaisse pas.
      • La seconde vague touche l’Europe et les USA. Elle a stoppé l’activité économique de la plupart des États du « vieux continent ». Les USA deviennent le nouveau centre de celle-ci. La politique de Trump semble être celle d’un « darwinisme immunologique », laissant vivre ceux qui survivent, et mourir ceux qui n’ont pas de mutuelle.
      • Une troisième vague, sur les pays les plus pauvres et les plus dominés, pourrait naître. Ce serait elle qui serait la plus dévastatrice tant les infrastructures sont défaillantes.
    • Cette pandémie était envisagée et considérée comme une certitude. De nombreux acteurs ont dénoncé l’impréparation des systèmes de santé face à son irruption. Cependant, pour des raisons d’austérité et de rentabilité, l’ensemble des pays impérialistes ont eu tendance à réduire leur possibilité de soigner massivement la population, et ont remis sans cesse à plus tard toute politique de santé publique sur cette question et toute politique de coordination sérieuse.

    • Cependant, ce n’est pas tant la hausse de la mortalité qui pose problème, pour la bourgeoisie, que le coup d’arrêt porté à l’économie mondiale. La bourgeoisie peut sans problème accepter des génocides ou des massacres. Mais elle n’accepte pas le moindre ralentissement de ses rendements. Or, la pandémie a accéléré le développement de la crise économique. Elle préexistait à celle-ci, mais la maladie a eu un effet catalyseur. En désorganisant les chaînes de production, cette situation met en péril les pays dépendant des importations pour leurs denrées alimentaires. Ce sont souvent des pays de monoculture, comme les États dominés d’Afrique ou d’Asie. Ces États produisent pour l’export, et ne sont absolument pas auto-suffisants. Une famine mondiale peut se profiler.
    • Dans l’ensemble des pays touchés, le coût économique de cette crise risque de créer des vagues de chômage immenses. De plus, les différentes bourgeoisie en profitent pour s’attaquer aux droits sociaux, y compris les plus élémentaires. Non seulement elles comptent faire payer la crise aux masses populaires, mais elles escomptent même en tirer profit. Elles ont invoqué une économie de guerre pour justifier que les pertes soient socialisées, tandis que les profits tombent toujours dans la poche des mêmes bandits.
    • La politique de confinement, qui concerne plus de la moitié de l’humanité, accentue les inégalités de classe et les inégalités entre hommes et femmes. Les prolétaires et les femmes en subissent les conséquences les plus néfastes. Désignés « travailleuses et travailleurs essentiels », les prolétaires sont constamment exposés, sans protection, aux risques de contamination. Les femmes subissent de manière accrue la pression des tâches domestiques ainsi que les risques de violence et de viols.

    • Le durcissement de la situation économique se traduit mécaniquement par un durcissement de la situation politique interne aux pays. Déjà dans certains États comme la Hongrie, le spectre du fascisme se fait menaçant.
    • La situation est propice également au développement d’idées chauvines, bellicistes ou réactionnaires. Dans certains États, le racisme décomplexé a frappé. Les étrangers et les étrangères sont accusés de propager le virus. Un climat pogromiste s’installe. Les théories conspirationnistes et les rumeurs les plus folles circulent. Les peurs peuvent être employées comme une épée par les réactionnaires, pour frapper dans l’intérêt des bourgeois et des bourgeoises.

    • L’affaiblissement de certaines puissances entraîne de fait un risque accru de guerre. Nul ne sait, à l’heure actuelle, dans quelle situation seront les États d’occident à la sortie de cette crise. Les choix qui sont faits à l’heure actuelle peuvent les avoir durablement affaiblis. Il ne fait aucun doute que d’autres États en profiteront logiquement. Peut-être pour certaines nations, cela sonne l’heure de la liberté, mais pour d’autres, cela se résumera à un changement de maître. Il y aura certainement des luttes de libération qu’il faudra soutenir, mais également des affrontements inter-impérialistes qu’il nous faut dénoncer et combattre.

  • 1400 morts en France, 2000 aux USA…Que faire ?

    1400 morts en France, 2000 aux USA…Que faire ?

    1400 morts hier en France.

    Près de 2000 morts aux USA.

    Ce sont des chiffres qui paraissent abstraits. Pour la France ils représentent un doublement de la mortalité journalière (600 000 morts par an, soit 1 600 par jour). Ce sont des chiffres qui correspondent à des temps de guerre, et qui sont encore incomplets.

    Derrière ces chiffres se cache une réalité et des responsabilités. Les responsabilités de l’intégralité des gouvernements de droite et de gauche depuis la fin du XXe siècle, qui ont tous cherché à liquider l’hôpital et la recherche scientifique.


    • C’est la responsabilité de Michel Rocard (PS), qui, dans les
      années 1990, commence à mettre en place la CSG pour financer la
      Sécurité Sociale. On commence à l’affamer et la finançant de
      manière fixe et plus selon ses besoins.

    • Les cadeaux fiscaux de Lionel Jospin (PS aussi), pour faire avaler
      les 35h, qui créent un manque à gagner supplémentaire. Dans le
      même temps, un deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le
      financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents
      budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus
      que ses besoins, ceux-ci sont exonérés — auprès du patron. Des
      micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès
      d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du
      salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la
      poche du patron.


    • La mise en place de la RGPP, Révision Générale des Politiques
      Publiques, par Sarkozy, en 2008, qui autonomise les services publics
      et leur donne la responsabilité de trouver des financement et
      d’être retable, mais même profitable. Elle est ce qui créé
      hémorragie la plus grande dans les hôpitaux en termes de place.
      Dans les universités, elle s’est traduite par la LRU (Loi sur la
      Responsabilité des Universités) qui a liquidé toutes les
      recherches qui ne débouchaient pas sur une valeur sonnante et
      trébuchante.


    • Les politiques de la coalition EELV-PS-PRG entre 2012 et 2017, puis
      le règne de LREM, qui tous ont continué la même politique de
      sacrifice sur l’autel des intérêts financiers.

    LR, PS, EELV, PRG font mine d’être offusqués de ces morts. Ce sont pourtant des responsables indirects de ceux-ci. Toute personne qui suit le PS et ses déclaration n’a jamais vu la moindre once d’autocritique de la part de cette organisation pour le quinquennat de Hollande et pour ses méfaits passés. Tous ceux et celles qui suivent les fanfarons et les fanfaronnes de LR les voient s’exempter de la moindre responsabilité. Pourtant, les responsables sont connus et connues.

    Le RN, incapable d’assumer son programme, se prétend désormais grand défenseur du service public, en espérant gagner des voix. Leur existence se fait coup de déclarations agressives demandant toujours plus de répression, plus de brutalité, plus d’ordre. Les ultras de la réaction soufflent sur les braises des tensions sociales tout en se présentant comme des sauveurs. En réalité ils auraient exécuté le même programme que les autres, répression fasciste en supplément.

    A cela s’adjoint l’attitude des EHPAD, qui sont souvent des machines à amasser un fric considérable, tout en étant des mouroirs hors de prix. Ce sont dans ces lieux fermé, remplis de personnes vulnérables, que les pertes humaines les plus grandes ont lieu.

    Derrière cela il y a l’incurie, l’incompétence, l’aveuglement dans la croyance à l’invulnérabilité des pays occidentaux, à croire que les pandémies sont d’autres temps et d’autres lieux. Cela, malgré la terrible leçon d’humilité que nous recevons, se voit aussi dans les déclarations abjectes sur les « pokémons » ou sur l’expérimentation de vaccins en Afrique. D’autres, comme Trump, en profitent pour menacer de guerre, pour avancer leurs pions. Orban le fascisme, l’armée, au Brésil, un retour à la dictature…

    Le plus triste, ce sont ceux et celles qui se retrouvent intoxiqués par les agents les plus sournois du libéralisme. Toute critique du gouvernement n’est pas une main tendue, ni un espoir. Parmi ceux et celles qui critiquent le confinement, il y a ceux, il y a celles, qui en réalité préfèrent sauver l’économie et sacrifier ceux qui doivent être sacrifiés. Quand ils demandent, « la liberté, des masques et de la chloroquine », c’est pour reprendre au plus vite le chemin du travail, c’est pour « vivre et laisser mourir. » Bien des personnes qui passent pour des héros de la médecine sont en réalité de ceux qui veulent donner un os à ronger, donner un peu d’homéopathie, et remettre la France, vaille que vaille, au travail.

    Déjà, le confinement montre les écarts de classe. Les travailleuses et les travailleurs les plus essentiels ne sont pas les actionnaires, les bourgeois et les bourgeoises, ce sont ceux et celles qui produisent les richesses, toutes les richesses issues de la société. Eux, elles, sont aussi en première ligne, comme les soignantes et les soignants, sacrifiés pour que la machine à exploiter tourne au mieux possible. De plus on ne vit pas confiné en cité comme en banlieue pavillonnaire.

    Cette promiscuité aggrave les violences conjugales et familiales, sans parler des viols. Quant à la division genrée du travail, elle se voit dans les longues files d’attentes pour les produits alimentaires, parfois presque exclusivement féminines.

    Il faut, dans ce cadre, voir la mortalité aux USA non comme un particularisme, mais bien comme la résultante de l’aboutissement du processus de liquidation des droits sociaux. Elle est la trajectoire obligée de tous les pays défaillant, au système de santé hors de prix et sans protection sociale. A cela se surajoute le caractère profondément inégalitaire et la division raciale de la société. Les afro-américains et les afro-américaines représentent le plus grand contingent de morts. Nul doute que les alt-right doivent jubiler.

    On voit bien quelle est la réalité de l’Union Européenne. Cette machine vue comme « monolithique, asservissant les peuples et détruisant les nations souveraines » s’est révelée pour ce qu’elle est réellement : un château de carte. Une alliance fragile, bâclée, dans laquelle les pôles dominants (France et Allemagne, principalement) mènent des politiques contradictoires. Contradictoires car conformes à leurs intérêts spécifiques et exclusifs. Si l’UE était l’incarnation d’un ordre autoritaire, cet ordre serait bien minable.

    Aujourd’hui est chaotique.

    Et il faut penser à après.

    Le confinement dure en France depuis plus de trois semaine. Il est, depuis quelque jour, une expérience à laquelle est confrontée la plus grande majorité de l’humanité. Nul ne sait encore comment est-ce que le confinement finira, ni dans combien de temps. Il ne semble pas que l’État, le gouvernement, sache vraiment comment s’y prendre.

    Mais il est clair que, lorsque ce déconfinement aura lieu, il nous jettera dans un monde différent de celui d’avant. Différent d’hier, mais paradoxalement très proche d’avant-avant-hier.

    La bourgeoisie va vouloir nous faire payer. D’une part parce que les richesses sont le produit du travail de ces travailleurs et de ces travailleuses essentiels (ainsi que de la nature), et absolument pas le fruit du travail de la bourgeoisie. C’est donc fatalement ici qu’elles seront puisées.

    De l’autre, car la bourgeoisie ne le peut pas, du fait de sa situation de classe en concurrence contre elle-même. Le moindre affaiblissement, dans les rendements, dans la richesse, dans la capacité d’investir ou d’agir, peut se répercuter sur sa place dans la société.

    Elle ne le veut pas non plus, dans le sens où elle est également très attachée à son train et son confort de vie, et où la possibilité de pouvoir faire endosser le poids des dettes à d’autres qu’elle.

    Elle explore des voies pour pouvoir parvenir à cela. Soit dans la réduction drastique des salaires et des conditions de travail, soit en faisant main basse sur les économies des petits épargnants et des petites épargnantes. Ainsi, la nouvelle législation peut permettre de porter la durée maximale du travail hebdomadaire à 60h, limiter le repos à 9h entre les prises de service, travailler 7j/7. Bien évidemment cette législation est « temporaire ». Mais ce temporaire signifie ce qu’il signifie. Ou plutôt il laisse un vide.

    Deuxième voie, la saisie de l’épargne. Elle a été employée par exemple à Chypre. Elle est vendue comme un système égalitaire, c’est à dire que « les plus riches paient le plus ». Mais en réalité, c’est une arnaque des plus répugnantes. Pourquoi ? Parce que, comme pour la TVA ou comme pour la CSG, ce n’est pas linéaire ! L’épargne est en réalité quelque chose qui est majoritairement une solution pour les classes sociales les plus modestes. Lorsque le niveau de vie évolue, le plus souvent l’argent se dirige vers de l’immobilier, puis, encore plus haut, dans l’investissement. Une saisis de 10 % des comptes d’épargne serait très largement majoritairement payée par les plus modeste.

    Aucune autre option n’est non plus particulièrement réjouissante. La possibilité d’une hyperinflation et d’une dévaluation de la monnaie frapperait, là aussi, les ménages modestes et les petits épargnants et épargnantes.

    Dans chacun de ces scénario, l’issue est une situation durable de précarisation et de vulnérabilité. De plus il faut les faire accepter à la population, ou, à défaut, contraindre à ce que cette acceptation soit faite. Cela signifie ce que cela signifie: un régime plus dur, plus répressif, essayant de jouer sur une mobilisation réactionnaire.

    Cette mobilisation dans un sens réactionnaire n’est pas un fantasme nouveau. Depuis maintenant de nombreuses années, un certain nombre d’animateurs et d’animatrices des mouvement de droite et d’extrême-droite rêvent de pouvoir constituer cette réanimation du Parti de l’Ordre, cette droite élargie. C’est la position des individus charnière : Zemmour, Morano, Maréchal… qui essaient de pouvoir constituer ce pôle.

    Ce pôle, en s’appuyant sur des conceptions et des idées réactionnaires, sur le complotisme, la xénophobie… avec le soutien et la bénédiction de la bourgeoisie, peut prendre une place centrale dans la vie politique. Ou du moins il ressemble assez à la formule ad hoc pour la période.

    Il est sûr et certain qu’il y aura des mobilisations, des luttes et des combats importants à mener. Des combats pour les droits économiques, mais aussi des combats pour les droits politiques. Ils risquent de se dérouler dans un contexte particulièrement difficile. Les définitions de la légalité telles que nous les connaissons actuellement, tout comme la définition de la liberté, ne seront peut-être plus valables dans un temps relativement restreint. Or, par voie de conséquence, ce qui est valable pour la situation économique, le droit du travail, le niveau de vie, se répercute également vis à vis de la vie politique. Une dégradation économique entraînant fatalement des troubles, la vis se serrera également politiquement parlant.

    Il faut donc se préparer à cela.

    Il n’est plus possible de fonctionner comme nous avons fonctionné avant. Il n’est plus possible de se contenter de ce que nous pouvions faire en temps « normal ». Il faut trouver les moyens de faire plus, d’être plus, de mieux coopérer et de mieux travailler.

    Un grand nombre d’organisations et de groupes ont opté pour la solidarité de terrain et l’entraide. C’est un premier jalon important, vital, pour pouvoir résister. Ce sont des initiatives qui méritent d’être soutenues, qui méritent d’être amplifiées, qui méritent d’être élargies autant que possible. Il est plus que louable de vouloir essayer de limiter la casse et de poser également les bases d’une solidarité populaire.

    Nous avons besoin de décanter idéologiquement et politiquement, pour comprendre les enjeux actuels et comment s’y conformer, car nous ne pouvons plier la réalité à notre volonté. A cela, il faut également serrer les rangs et se renforcer. Dans un sens, cette expérience sera un test important pour toutes les organisations et pour tous les groupes qui existent. Elle illustrera comment le bagage théorique et idéologique de celles-ci va se transcrire, comment elles vont devoir s’adapter à une situation nouvelle, dans un contexte mouvant, compliqué et plus risqué que jamais.

    Nous ne sortirons de cette situation, vainqueur, que si nous sommes soudés, unis, unitaires. Que si nous plaçons au plus haut degré de l’importance la lutte populaire, contre les exploiteurs, contre les oppresseurs, contre l’impérialisme et contre le fascisme. Que si nous arrivons à faire l’unité grâce, et non pas malgré, à la lutte contre le sexisme, le racisme, les *phobies en tout genre.

    Internationalement, à l’échelle du continent, de l’État, de la région, de la ville, nous ne tiendrons que si nous avons des front unis, simples, accessibles, compréhensibles, sans sectarisme. Il nous faut trouver les moyens de nous défendre, mais aussi les moyens de gagner.