Étiquette : #metoo

  • Le 8 mars et notre organisation.

    Le 8 mars et notre organisation.

    Le 8 mars et notre organisation.

    Ce n’est pas une tâche évidente, pour une organisation dont la composition est essentiellement masculine, de pouvoir s’exprimer sur le 8 mars sans porter un regard autocritique sur soi-même. Ce regard, nous avons pourtant tenté de l’avoir depuis que nous nous sommes fondés, en février 2016. Nous faisons le choix, en prélude du 8 mars, de ne pas produire un texte généraliste. Nos positions sont résumées, globalement, par le communiqué produit par l’ICOR dont nous sommes signataires. 

    Au fur et à mesure du temps, au fur et à mesure de notre expérience, nous avançons, nous le pensons, sur ces questions. Même si la réalité nous rappelle à l’ordre, même si l’actualité peut, régulièrement, nous signifier tout le chemin qu’il reste à parcourir chez nous, dans les organisations progressistes, comme dans la société dans son ensemble.

    D’une manière générale, l’évolution de la crise économique, l’augmentation des tensions nationales et internationales, la déferlante réactionnaire… Tous ces facteurs concourent à entraver l’émancipation des femmes, à réduire leurs droits, à s’opposer à l’égalité réelle.

    Pourtant, les luttes menées contre les oppressions se poursuivent. Ainsi, le mouvement initié par #metoo, mouvement salutaire, a continué à agir comme une onde de choc dans la société d’une manière générale.

    Mais cette vague de dazibaos antisexistes ne s’est pas limitée à la « société civile ». Elle a frappé également les organisations politiques y compris celles se revendiquant du communisme, faisant voler en éclat une chape de plomb qui maintenait de sombres et dramatiques affaires sous silence.

    Dans le « milieu » militant, il est indéniable que des avancées ont été réalisées. Des pratiques, des modes d’organisation, des attitudes, acceptées il y a dix ans encore, ne le sont plus. Cela révèle une évolution de la conscience politique sur ce sujet. Cette avancée générale ne s’est pas faite au même rythme partout, y compris à l’intérieur des organisations elles-mêmes. Elle a donc généré des contradictions et des tensions, entre éléments avancés et éléments politiquement retardés.

    D’autant que des organisations se sont emparées de la question des violences faites aux femmes et en ont fait un sujet de campagne comme un autre, sans prendre en considération -parfois parce qu’elles n’en avaient pas connaissance- de l’existence de pratiques et d’actes de ce type en leur sein même. Parfois les éléments les plus retardés au sein de leur organisation propre, par opportunisme, ont voulu être les fers de lance de ces campagnes. Cette hypocrisie peut être illustrée, au sein du gouvernement, par le fait que l’égalité hommes-femmes soit considérée comme la « grande cause » du quinquennat d’Emmanuel Macron, la confiant aux mains bien peu progressistes de Marlène Schiappa, tandis que Christophe Castaner se retrouve à couvrir des abus sexuels au sein de la police.

    Le milieu militant

    Dans le « milieu militant », la mise en avant de ces questions a été l’élément déclencheur de #metoo internes, secouant de fond en comble certains groupes. Les milieux d’extrême-gauche comme la sociale-démocratie ont été touchés par ces questions. Aujourd’hui, cette onde de choc touche le Mouvement des Jeunes Communistes de France et gagne le PCF.

    Le congrès du MJCF a, ainsi, été marqué par cette question centrale : celle des agressions qui ont ou qui ont eu lieu au sein de l’organisation de jeunesse du PCF. Les réactions ont été vives, ou de solidarité, pour réclamer l’exclusion des individus ayant commis des agressions, les autres pour imposer le silence dans l’organisation. Le PCF répond aujourd’hui d’une manière on ne peut plus paradoxale. Sans affirmer de solidarité directe avec les victimes, il propose de mettre en place des cadres permettant à celles-ci de s’exprimer, tout en dénonçant les dazibaos contre les agresseurs, au nom de la présomption d’innocence, quitte à porter plainte contre les lanceurs et lanceuses d’alerte.

    Nous affirmons, de notre côté, notre solidarité avec les victimes de ces agressions et de ces crimes. Mais cette solidarité est facile, aisée, à proclamer. N’importe quelle organisation peut la mentionner, sans que cela n’engage à rien. Une véritable solidarité n’est pas si évidente à mettre en œuvre.

    De même, la révélation de ces actes a été utilisée, par des courants et des organisations politiques comme charge contre le MJCF en tant que tel. Ils ont été utilisés comme illustration de sa révision du marxisme, comme d’une illustration de sa dégénérescence idéologique. En prenant cet argument, ces organisations se sont placées « au-dessus » de ces questions, en prétendant, en somme, ne pouvoir être atteintes par ces maux. Nous pensons que ce raisonnement est faux et dangereux, car il occulte la possibilité de prévenir le risque que des agressions et des crimes soient commis.

    Le MJCF est-il plus enclin qu’une autre organisation à couvrir ces crimes ? Là, encore la réponse n’est pas si évidente. Il existe ainsi, même dans l’ultra-gauche, des groupes qui justifient théoriquement, au nom de la « rupture avec la morale bourgeoise » la négation du consentement, vu comme un vestige de réflexes individualistes petits-bourgeois. Pour certains de ces groupes, la « déconstruction » passe par la soumission aux caprices sexuels des leaders implicites de ces nébuleuses.

    Nous pensons que la situation interne au Mouvement des Jeunes Communistes de France tout comme d’autres situations qui touchent ou ont pu toucher des organisations politiques progressistes montrent que ces questions ne sont pas si simples à résoudre. Elles sont complexes car il n’est pas possible de se contenter de déclarations d’intention pour les résoudre. Il n’est pas possible de se placer en dehors de ces questions, comme sur un piédestal, en proclamant le fait d’être au-dessus de cela.

    D’une manière générale, les contradictions de la société capitaliste se répercutent dans les organisations politiques. Contradictions idéologiques, contradictions de classe, contradiction liées aux origines, contradictions liées au genre ou au sexe.

    Et, de fait les rapports de genre constituent un pan important, incontournable, de la vie des individus et des sociétés. Il n’est pas possible de se contenter de formules creuses et incantatoire, de clamer son antisexisme pour que celui-ci soit réel. Les pratiques et les rapports de genres ne restent pas dans le vestiaire lors de l’adhésion à une organisation.

    Nous sommes tous nés et nées dans une société patriarcale et sexiste, où les influences réactionnaires sont puissantes. Nous traînons avec nous des habitudes, des pratiques, des divisions des tâches, des rôles, du travail. Ces problèmes ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique. Même au sein des milieux LGBT, ces problématiques existent. Elles ne sont pas l’apanage des organisations mixtes ou de l’hétérosexualité. Fondamentalement, les rapports de domination, sans lutte menée contre eux, tendent mécaniquement à se reproduire : la domination sociale est un fondement de la société de classe.

    Dans de nombreuses organisations, nous avons régulièrement entendu l’expression « construire son organisation comme un castor », sous-entendu « avec sa queue .» Non seulement nous considérons que cette position est dangereusement réactionnaire, mais nous pensons qu’elle est mensongère. Le plus souvent, ceux qui la défendent et disent la pratiquer font, en vérité, l’inverse. Ils construisent leur cercle pour constituer un harem. Heureusement, ces propos tendent à disparaître. Mais par forcément les pratiques sous-jacentes.

    Depuis la répartition des tâches dans l’organisation, depuis la manière dont la prise de parole est faite, jusqu’aux relations interpersonnelles qui se nouent, il n’est pas possible de se placer en surplomb de ces questions et de se déclarer comme étant parfaits, incorruptibles, au-dessus de tout soupçons et hors d’atteinte de ces dangers.

    Nous ne prétendons pas avoir les réponses et la recette miracle de comment juguler ces crimes. Nous avons pu observer des situations différentes. Dans le cas du MJCF, le problème a été nié. Il a été caché sous le tapis, au nom de l’intérêt suprême de l’unité de l’organisation. Il est devenu une bombe à retardement qui, sous nos yeux, explose, secouant l’ensemble de la structure et faisant remonter toujours plus d’autres affaires toutes aussi sordides. Les révélations ne sont probablement pas terminées.

    Personne n’est à l’abri

    Le MJCF s’est retrouvé aux prises avec cette situation. Dans un sens, elle a pu émerger, malgré l’opposition parfois brutale de certains de ses membres, car il existait un cadre dans lequel ces crimes pouvaient être dénoncés publiquement. Ils pouvaient être dénoncés avec suffisamment de vigueur pour qu’ils ne puissent pas être tus ou ignorés après leur révélation.

    Toutes les organisations, quelque soit leur taille, peuvent héberger en leur sein des pratiques de cet ordre. Cependant, force est de constaté que plus l’organisation est petite, coupée des autres, sectaire, plus elle est vulnérable à ce que ces actes soient couverts et, même, deviennent une norme de fonctionnement. L’absence d’espace permettant à la parole de se libérer, le contrôle systématique de celle-ci, peut permettre à ces actes de perdurer longtemps. Mais, même dans de grandes organisations, des « cercles du silence » existent. Ces cercles prennent au piège, de manière concertée et coordonnée -ce qui forme une distinction extrêmement importante par rapport à des actes criminels mais isolés- des militants et -surtout- des militantes, pour entretenir des réseaux.

    Certaines réponses pour juguler ces agressions ont été faites sous la forme de règlements stricts, des protocoles chirurgicaux. Ils ont été mis en œuvre pour éviter que des cas de ce type se produisent. Ils ont montré, cependant, qu’ils n’étaient pas une barrière, car les règlements sont régulièrement transgressés, et car ils posent le problème par l’asepsie. « Supprimons les relations entre camarades pour supprimer le problème ». Or, le problème des agressions n’est pas un problème de « relations », il est un problème d’agression. De plus, des relations, des idylles, des histoires d’amour naissent de la camaraderie, d’une manière indépendante de la volonté des organisations elles-mêmes. Nous les déconseillons, mais pouvons-nous les interdire ? Nous pensons que cela ne marcherait pas, et mènerait, au contraire, à l’existence du secret, qui facilite l’irruption de problèmes graves.

    Certains et certaines ont voulu faire de la maîtrise parfait de ces questions un critère nécessaire pour le recrutement et l’intégration dans les organisations. Nous avons pu voir que cela, non seulement, tuait les organisations mais ne prémunissait contre rien. Maîtriser un discours ou une rhétorique n’empêche pas de commettre des abominations. Exiger la perfection, taire les conceptions erronées, taire les déclarations parfois retardées, ne faisait que créer une chape de plomb qui empêchait la résolution profonde de celles-ci, ainsi que le fait de pouvoir progresser pour ceux et celles qui les défendaient.

    Les recrues des organisations militantes ne sont pas parfaites, mais les directions non plus !, de plus, nous qui voulons travailler à vers les masses, nous devons prendre en considération que l’hégémonie est encore aux mains des positions sexistes et patriarcales, chez les hommes comme chez les femmes. Il est possible cependant, d’avancer, de tendre vers une amélioration. Ce n’est qu’ensemble, avec prudence, mais avec rigueur, que nous pouvons avancer. Avancer pour parvenir à corriger les failles et les conceptions erronées.

    Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de ligne rouge, de casus belli qui justifie l’exclusion et la publicité autour de celle-ci. Mais nous nous rendons souvent compte que sa définition est souvent plus facile à proclamer qu’à exécuter.

    Nous pensons qu’il faut acter qu’aucun cadre formel ne peut prémunir contre ce genre de risques. Que ceux-ci existent tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos organisations. Nous voulons créer un nouveau monde, mais nous sommes issus d’un ancien, et nous portons ses tares. Nous pensons que la parole puisse être libre, pour permettre que les risques, les inquiétudes, les malaises puissent être évoqués avant que des événements graves n’arrivent et qu’un travail de rectification puisse être effectué. Mais même cela ne peut prémunir contre tout.

    Nous avons, dans notre parcours militant, commis des erreurs dans le traitement de situations graves. Nous avons essayé des voies qui nous paraissaient être justes, avec des succès et des échecs. Nous courrons à chaque pas le risque d’en commettre d’autres. Petite ou grande, les organisations politiques sont confrontés à la difficulté de pouvoir mener l’enquête sur ces questions, de pouvoir aussi créer les cadres qui permettent non seulement l’expression des victimes que le jugement des coupables.

    Un grand nombre d’organisations, de fait, sont obligées de recourir au pis-aller de l’intervention de la justice bourgeoise pour trancher ces questions. C’est là une démonstration du chemin qui nous reste à parcourir pour permettre de ne plus être des spectateurs passifs de ces situations, mais bien d’éviter qu’elles puissent se produire, et, surtout, se reproduire.

    Lors du congrès du MJCF, des accusations ont été lancées contre les porte-paroles des victimes, les accusant de fragmenter l’organisation et de faire un jeu de division. Nous pensons que cette accusation est fausse. Ce n’est pas le fait de traiter les problèmes graves qui nuit à l’unité de l’organisation, comme ont pu le déclarer certains membres -pas tous et toutes heureusement du MJCF. C’est au contraire le bon traitement de ces questions, la capacité d’écouter et d’entendre les victimes, la capacité de trancher la question des agresseurs -et des agresseuses, même si les premiers sont très largement majoritaires qui permet de pouvoir créer cette unité et de lui donner un sens. La très grande masculinité des milieux militants en témoigne. Celle-ci ne pourra être résorbée sans un consciencieux travail permettant liquider les fonctionnements machistes de la grande majorité des organisations politiques -y compris dans la nôtre.

  • Vive le 8 mars, journée de lutte internationale des femmes.

    Vive le 8 mars, journée de lutte internationale des femmes.

    Journée Internationale de lutte pour le droit des femmes.

    Pour un 8 mars combatif !

    Le 8 mars n’est pas un jour de « fête », un jour de « célébration. » Cette date est une date de lutte. Une date de constat des obstacles qu’il reste à franchir, des combats qu’il reste à mener, sur la route de l’Egalité. Cette route est encore longue dans le monde entier, pour les femmes qui courbent l’échinent sous la coupe des régimes réactionnaires. Cependant, même en France ainsi qu’en occident d’une manière générale, la plaie reste béante. Les illustrations sont nombreuses.  

    Ainsi, le 5 octobre 2017, au travers d’une tribune dans le New York Times, le producteur Harvey Weinstein est accusé d’avoir commis une quantité innombrable d’agressions sexuelles sur des actrices. Faisant boule de neige, ce mouvement, sous le hashtag #metoo, s’est mué en onde de choc, ouvrant la parole à des femmes d’un milieu où la loi du silence, où l’omerta, est une règle. En France, ce mouvement s’est mué en #balancetonporc, tribune faite pour dénoncer les agissements de harceleurs. Là aussi, les réseaux sociaux ont révélé une fois de plus l’immensité du problème. Car les femmes ont parlé.

    La tempête des dénonciations, un raz-de-marée salutaire.

    Cette onde de choc est salutaire. Cibler les criminels et les attitudes criminelles est salutaire. Certains ou certaines se sont engouffrées dans la brèche pour tenter de l’instrumentaliser, pour tenter d’instiller des idées réactionnaires, racistes ou fascistes au travers de ce mouvement. Un Tariq Ramadan n’a pas bénéficié d’un respect aussi religieux de la présomption d’innocence, à l’inverse d’autres accusés. Mais l’ensemble du mouvement est sain, nécessaire, essentiel.

    Cette campagne a provoqué des réactions.

    Certains – certaines même ! – ont dénoncé le fait que des femmes -et des hommes-, brisent ce tabou. Elles défendent les bourreaux, les criminels, sous les prétextes de coutume, de tradition ou d’habitude. Les arguments sont plus fallacieux les uns que les autres et le reducto ad hitlerum n’est pas loin. Derrière les attaques, présentant les victimes comme des délatrices dignes de Vichy, pointe la peur des accusés. Car c’est plus du côté du dazibao qu’il faut chercher le parallèle. Elles pointent publiquement -au vu et au su de tous- des affaires que les criminels considéraient comme relevant de l’omerta de la sphère privée.

    Ce monde privé, ces entrailles cachées, sont là où les actes se passent. La large majorité des coupables ne sont pas le stéréotype de l’homme masqué qui se cache dans la ruelle sombre. Elles sont les visages des patrons, des amis, des frères, des pères, qui commettent ces crimes, dans l’intimité, par le harcèlement, la pression, la surprise, l’agression… Même au Vatican, les nonnes se rebellent contre l’oppression patriarcale. Nul secteur de la société est épargné. Ni même les milieux militants.

    Harcèlement, discriminations, agressions, viols, féminicides… la liste est longue et les occurrences sont nombreuses. En pratique, chaque femme sera confronté à une situation potentiellement dangereuse au cours de sa vie. Et ce, indépendamment de l’âge, de la catégorie sociale, de l’origine ou de la religion. Certaines femmes cumulent, de plus, des discriminations racistes ou homophobes, une précarité sociale aggravante et vulnérante… Les plaintes sont rares, les enquêtes davantage encore, les condamnations, infime. Obtenir justice est un parcours du combattant -ou plutôt de la combattante.

    Les femmes sont toujours considérées comme des exutoires, comme des cibles, comme des proies. L’impunité règne. Lorsque le criminel est, de plus, un bourgeois, elle est totale. Harvey Weinstein -dont la compagnie a fait faillite ; Gérard Damarin ; Woody Allen ou Roman Polanski possèdent le même portrait : ce sont des bourgeois qui obtiennent par l’exploitation et l’extorsion tout ce qu’ils veulent. Même au prix du crime, institué en norme de fonctionnement. Les photographes pensant avoir un droit de cuissage sur leurs modèles, les producteurs sur les actrices, les employés sur les stagiaires, les professeurs sur les étudiantes…

    Ces mouvements illustrent une face émergée de l’iceberg, la division genrée du travail, fille de la lutte des classes.

    La racine du problème est connue : c’est le capitalisme.

    L’an dernier, nous l’écrivions déjà. Le sexisme est l’expression symptomatique d’un problème structurel. Il s’agit de la société patriarcale et capitaliste. Cette forme de société a mué progressivement les femmes en prolétariat privé de l’homme. Les femmes assurant le fait d’élever les enfants, exécutant les tâches domestiques et -exceptionnellement- apportaient un « salaire d’appoint ».

    La division genrée, sexuée du travail est la base matérielle du fait que les femmes soient traitées en moyen de reproduction des forces de travail, tandis que les hommes seraient la force productive. Cette aliénation particulière laisse toujours des traces dans les mentalités, même si elle évolue peu à peu.

    A l’heure actuelle, le fait que les femmes puissent faire des carrières -malgré des discriminations sexistes, toujours aigües- ne remet fondamentalement pas en cause les rapports de domination. Car la structure économie, inlassablement, les reproduit. Si jamais ils ne prenaient plus une forme de division genrée du travail, ces rapports de domination se perpétueraient sous une forme nouvelle, tout aussi oppressive.

    Car l’exploitation maximale, recherchée par les bourgeois (et les bourgeoises), oblige, force à ce qu’un surtravail gratuit, non rémunéré, soit assumé par quelqu’un. Si les travailleurs -et les travailleuses- disposent encore d’énergie, la bourgeoisie tentera, comme elle le fait déjà, de mettre cette énergie à son service.

    Le sentiment d’aggravation de la situation des femmes dans le monde est le reflet de l’aggravation de la situation économique générale.  Plus la bourgeoisie, par ses crises, par l’augmentation du taux d’exploitation, use le prolétariat, plus elle entraine, par rebond, une détérioration de la situation des femmes.

    Dans la France impérialiste, qui vampirise les ressources de toute une partie de l’Afrique, comme dans les autres métropoles, les effets ne sont font pas encore sentir de manière claire. Pourtant, la menace couve. Les discours et rhétoriques réactionnaires grandissantes sont les cris de ceux et celles qui veulent enfermer de nouveau les femmes dans un rôle de supplétifs, d’esclaves domestiques.

    Les bourgeois et les bourgeoises, les libéraux, clament que la situation est celle de l’égalité. Or, dans la société, nous le voyons chaque jour, cette égalité n’est que de papier ! Elle est précaire. Nous vivons dans une société d’exploitation, dans une société ou les rapports principaux entre individus sont des rapports de domination.

    Seule la lutte révolutionnaire peut tarir la source de l’exploitation et de la domination. Seule cette lutte menée jusqu’au bout peut libérer de la servitude les masses populaires. Le pouvoir politique est le nœud central du problème. Sans lui, toute victoire n’est que temporaire.

    Cela ne signifie pas qu’il faille attendre, ne pas poser les questions féministes. La lutte féministe n’est pas une diversion de la lutte des classes. Elle ne divise pas les exploités, au contraire, elle soude et unit leur alliance sur des bases saines. Elle est une lutte, au même titre que la lutte antifasciste, antiraciste, qui sont tout un pan de la lutte révolutionnaire.

    Mener la lutte des classes et les luttes féministes, voilà ce que le Président Mao appelait « marcher sur ses deux jambes. »

    La journée du 8 mars est utilisée par les capitalistes pour vendre des sous-vêtements, des produits de beauté, de l’électroménager, en somme des choses qui entretiennent une aliénation des femmes. Cela les ravale au rang d’objet, de bien de consommation, de robot domestique à destination des hommes.

    Son sens est pourtant tout autre. Elle est une journée de lutte. Elle est une journée de combat. Partout dans le monde, les luttes féministes grandissent. Partout dans le monde, les femmes se lèvent et combattent contre l’oppression patriarcale et l’exploitation capitaliste.

    La société patriarcale est une machine à broyer les individus et à reproduire des fonctionnements de domination. L’exemple du scandaleux livre « On a choppé la puberté » aux éditions Milan, l’illustre. Cet ouvrage, sous des dehors humoristiques, inculque aux jeunes filles le fait qu’elles doivent se positionner, grâce à la taille de leurs seins, sur le marché de la séduction. Ce discours, tout comme une intense propagande commerciale, leur explique que leur corps est leur seule valeur. Il érige en normalité la prédation et les incite à devenir une marchandise qui doit se positionner sur le marché de la séduction.

    La manière dont fonctionne la société capitaliste rend inéluctable le fait que des rapports de domination se nouent. La lutte féministe ne peut et ne doit se contenter d’être une lutte démocratique, de simple égalité envers la loi. Elle est inséparable de la lutte révolutionnaire, pour l’anéantissement de la société de domination et d’exploitation, racine de tous les maux.

    La situation de crise économique, de climat de tension internationale, de repli réactionnaire, ouvre un boulevard aux politiques antiféministes et sexistes. Du Brésil à la Pologne en passant par les Philippines et la Turquie, l’ordre de ceux qui veulent enfermer les femmes dans l’aliénation se renforce.

    C’est sous les drapeaux des organisations de combat populaire, sous le drapeau rouge de la révolution, les armes à la main, que les femmes ont pu avancer sur le terrain de l’égalité. Que cela fut dans la Résistance Française, dans l’Armée Rouge, dans les Gardes Rouges et dans les troupes du Vietminh, hier. Que cela soit, aujourd’hui, sous les insignes de YPJ au Kurdistan, de la Nouvelle Armée Populaire des Philippines, des Naxalbari en Inde, c’est par la lutte que les droits sont arrachés.

    L’Unité Communiste de Lyon, membre des Amis de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires, l’ICOR, rend hommage à ces luttes et saluent les combattantes !

    Avançons sur la voie de la résolution des contradictions !

    Le 8 mars doit être pour les militants et militantes, de porter un regard autocritique sur nous-mêmes et nos pratiques. Il est en effet aisé de s’autoproclamer homme antisexiste ou pro-féministe, sans pour autant avancer sur la voie de l’amélioration.

    Issus de la société de classe, d’une société marquée par la division genrée du travail, par le poids immense de l’idéologie bourgeoise, nous sommes conditionnés par les habitudes, les préjugés, les traditions… nous portons un fardeau réactionnaire qui nous traine en arrière.

    La lutte pour l’égalité n’est pas une lutte qui se nourrit de déclarations et de phrases creuses. Elle est une lutte à la fois au sein de la société comme au sein des organisations progressistes et révolutionnaires. Aucune n’est exempte de fautes, et tout relâchement entraine le retour des pratiques réactionnaires. Certains et certaines considèrent qu’il faut être parfaits pour poser la question du féminisme. C’est là une position fausse.

    Nous ne sommes pas parfaits, c’est là une vérité. Nous ne pouvons attendre de l’être pour commencer à lutter. Mais nous devons tendre vers l’amélioration. Acter cette imperfection, ne pas combattre la manière dont elle se manifeste, la flatter, la nourrir, est également une position fausse.

    Nous considérons que nous devons apporter un soutien et renforcer les organisations de femmes révolutionnaires. Bien des critiques s’élèvent, parfois, contre les mobilisations non-mixtes ou en mixité choisie. Nous considérons que les tactiques choisi par ce mouvement et ces organisations sont de son ressort.

    Nous sommes solidaires de ces luttes, elles sont un pan essentiel de la lutte révolutionnaire mondiale, de la lutte pour l’émancipation générale de l’humanité.

    Le 8 mars, les communistes répondent à l’appel des femmes du monde entier.

    Le 8 mars, les femmes révolutionnaires et progressistes défilerons dans les rues du monde, et réclamerons leurs droits !

    Vive la lutte des femmes révolutionnaires – Vive le 8 mars révolutionnaire !