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  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    partie 4

    L’amour de la bourgeoisie pour le populisme.

    La bourgeoisie apprécie-t-elle le populisme ou non ? Il s’agit d’un d’une question qui mérite d’être creusée. Dans un sens, les revendications populistes sont contradictoires avec le libéralisme officiellement défendu par la bourgeoisie monopoliste. Le chauvinisme, l’antilibéralisme, la « partriotisme économique » s’opposent au libre-échangisme, au libéralisme, à la dérégulation. Dans les faits, la réalité est plus complexe. Au libéralisme triomphant du XIXe siècle a succédé rapidement la saturation et le monopole. Quelques soient les discours officiels, quelques soient les conférences internationales, les GATT, les OMC, le libéralisme « réel » est moribond. En fait de concurrence, ce sont les négociations entre trusts, en fait de libéralisme et d’indépendance entre les entreprises et l’Etat, voir même conflit entre les deux, il y a une véritable fusion entre Etat en grands trusts. Le capitalisme monopolistique est un capitalisme monopolistique d’Etat. Il en vit, il en use, il en dépend même ! Les commandes d’Etat et la politique d’Etat sont faits pour servir au mieux les intérêts des grands trusts. Les difficultés de ceux-ci sont une affaire d’Etat et leur survie peut faire appel aux deniers publics, dont à des prélèvements sur salaires pour maintenir ou augmenter les bénéfices des capitalistes. La géopolitique du pays est décidée par les intérêts de ces immenses conglomérats Malgré l’image d’une France de PME, la quasi intégralité du tissus industriel est relié d’une manière ou d’une autre à ces grandes entreprises dominantes. Combien de sous-traitants, combien d’exécutants ? Les branches les moins rentables sont externalisées, formant ainsi des petits groupes qui vivotent, des petits bourgeois qui vivent dans l’endettement et peinent à garder la tête hors de l’eau, mercenaires de grands groupes.

    Comprendre cela permet de se poser la question différemment. La grande bourgeoisie peut user sans le moindre problème de tactiques différentes, y compris en appliquant une partie du programme des populistes. Dans le fond, les réclamations de la part des certaines organisations, de droite ou de « gauche », peuvent très bien faire les affaires de la grande bourgeoisie. L’hostilité envers un autre impérialisme, jugé opposés aux intérêts du « peuple » français, est quelque chose qui est potentiellement exploitable. Le « produire français » porte ce relent douteux. Car il ne signifie par « produire « éthique » » contre la mondialisation, il signifie simplement « produire dans le cadre de l’espace économique dominé par l’impérialisme ». Admettons que le programme économique du FN ou de la FI soit appliqué, sans qu’il soit question de mettre l’un et l’autre sur un pied d’égalité, cela signifie-t-il une remise en cause du capitalisme ou de l’impérialisme français ? Non.

    Dans l’exemple actuel, et si on s’intéresse aux États qui ont opté pour un pouvoir populiste, on observe que la grande bourgeoisie s’est montrée plus que conciliante vis-à-vis d’organisations et de programmes censés aller contre ses intérêts. Ils ont une particularité, qui est d’être dans l’orbite Allemande, et d’avoir été les réceptacles d’investissements de la part de l’Allemagne. Investissements et prêts qui ont été particulièrement risqués, et qui se paient aujourd’hui. A l’heure actuelle, un risque de faillite de la Deutsch Bank n’est pas inenvisageable. Cette faillite aurait des répercutions terribles sur l’ensemble de l’Europe, jetant dans la misère un nombre considérable de prolétaires. Cette faillite est pour le moment contrée par une forte activité de la BCE, dans le but de tresser un coussin de plumes pour amortir le choc. De fait, la planche à billets tourne à grande vitesse, pour éponger les dettes. Cette planche à billet est d’ailleurs un phénomène fascinant sur la nature de l’euro, qui est une « fausse monnaie unique. » Les États peuvent produire des euros avec un contrôle relativement faible de la BCE, ce qui explique l’existence de casa de papel dans de les États membres de l’UE. Les grands capitalistes d’Allemagne sont d’ailleurs parmi les plus méfiants vis-à-vis de l’euro, du fait de la situation économique. Savoir, en revanche, quand cela tombera est du domaine de la prestidigitation tant les paramètres sont nombreux.

    Dans ce marasme économique, les partis populistes préparent les masses populaires à la misère et à la caporalisation de la société, parfois même contre leur volonté à l’origine. Du fait de leur base sociale, ils sont condamnés à jouer ce rôle. De fait, cette base est petite-bourgeoise. Dans les États dominés par l’impérialisme, par exemple le populisme sud-américain, cette petite-bourgeoisie, cette bourgeoisie nationale, s’est appuyée sur les masses pour, parfois, réaliser un pas en avant vers le progrès -chasser l’occupation étrangère, repousser les tentacules de l’impérialisme- sans pour autant pouvoir mener les choses à un autre terme qu’a la poursuite d’un système d’exploitation. Dans les pays impérialiste, le postulat de départ est d’ores et déjà réactionnaire. Au final, ils mobilisent les masses populaires dans l’intérêt de la bourgeoisie, et gouvernent pour celle-ci. Ils ne servent qu’à une chose, c’est d’interface pour la dictature bourgeoise, se parant des oriflammes du discours populaire, du discours sur la nation, du discours sur le peuple. Même si ce gouvernement peut donner l’impression de combattre la bourgeoisie, ce combat n’est rien d’autre que cosmétique. Les seuls reproches que font les populistes aux grands capitalistes sont sur leur gestion, sur leur morale, sur le fait qu’ils « ne servent pas bien les intérêts de la nation », mais jamais sur leur existence sociale, ou uniquement de manière invocatoire et idéaliste, de l’ordre de la moralisation de la bourgeoisie.

    Les partis populistes ne sont donc pas en mesure de mettre en place leur programme, ne sont que des charlatans. Ils ne sont absolument pas en mesure de pouvoir stopper la crise. En revanche, ils l’accompagnent et accompagnent le plongement dans la misère, en le détournant de sa voie de résolution finale, la révolution, pour l’entraîner sur une voie de garage : la soumission absolue aux franges les plus réactionnaires de la société. Les populistes, in fine, livrent à la bourgeoisie les masses, pieds et poings liés. Ils proposent comme sortie de crise, le parant de vertus, le fait de se sacrifier, de se serrer la ceinture, le fait, également, de se préparer et d’accepter un repartage du marché mondial, par le conflit, par la guerre.

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

    Le populisme de « gauche ».

    Pourquoi des guillemets sur ce terme ? Car, fondamentalement, le populisme est une notion qui est réactionnaire. Réactionnaire tant au niveau des valeurs qu’elle met en avant, mais réactionnaire également au niveau de son positionnement dans la lutte des classes, du fait qu’elle tire en arrière les consciences politiques des ouvriers, des ouvrières, comme des exploités et exploitées en général. En escamotant la question de l’exploitation, la question du capitalisme, la question des contradictions au sein du peuple, elle prête le flanc aux conceptions rétrogrades, au social-chauvinisme, même parfois à une géopolitique paranoïaque qui frise le conspirationnisme.

    L’accusation de populisme « de gauche » qui vise régulièrement la France Insoumise a un côté paradoxal qui s’illustre dans la réaction qu’ont ses adhérents vis-à-vis du gouvernement italien. N’allons pas faire des procès d’intention là où il n’y a pas lieu d’être. La base de la France Insoumise est, d’une manière générale, sincèrement révulsée par les déclarations et les prises de position du nouveau gouvernement italien. En revanche, la direction, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, a été beaucoup plus timorée à s’exprimer contre le mouvement des 5 étoiles et son alliance avec la Ligue du Nord. Dans un article nommé Berlin peine à former le gouvernement italien sur le site Melenchon.fr, le tribun expose sa grille de lecture : l’important, l’essentiel, c’est de résister à l’Allemagne de Merkel, qui serait la puissance dominante sur le continent Européen. L’Union Européenne serait un IV ème Reich et, dans cette analyse ahurissante, le gouvernement italien, gouvernement « anti système », serait un pôle de résistance. Ainsi, la thèse principale est la suivante : « Un des pays fondateurs de l’Union européenne a reçu la foudre de la Commission européenne et de son maître berlinois. L’Union européenne a montré où était sa main de fer. Plutôt que de laisser nommer un ministre des Finances qui ne convenait pas à Berlin, le président de la République italienne a joué la terre brûlée. »

    Cette grille d’analyse, in fine, est ne grille d’analyse qui ne voit dans les relations économiques, que la main des États, et qui ne voit pas la question de classe sociale et des intérêts de celle-ci. Si des choses sont à condamner dans l’attitude du gouvernent italien, elles ne sont pas évoquées. Ce qui importe est la « seule et unique responsabilité de la situation [qui] vient des diktats de Bruxelles et de la brutalité des gouvernants allemands. Berlin peine à trouver des marionnettes convaincantes en Italie pour garantir sa domination. »

    Nous ne doutons pas que la base de la FI soit pétrie de bonnes intentions et d’une volonté de croiser le fer avec les capitalistes. Seulement elle se heurte à un paradoxe, qui est celui de la question de l’impérialisme. Même amoindri, le niveau de vie en France est dopé artificiellement par l’impérialisme. Le confort et les avantages sociaux en sont les miettes et les retombées. Hors la négation de l’impérialisme français, du néocolonialisme, de la surexploitation, n’est pas qu’une question de principe. Il s’agit d’un nœud gordien. La croissance économique et le commerce extérieur du capitalisme français est au cœur des déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Ses pleurs sur la place de la France dans la monde tout comme sa joie sur l’agrandissement de sa ZEE sont tout autant d’expressions révélatrices d’une pensée politique marquée par un chauvinisme atavique. Pour autant, nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. 

    A ses yeux, un capitaliste comme Dassault était un « bon capitaliste », car, au travers d’une analyse économique très colbertiste, il apportait de l’argent « au pays ». En revanche, une fusion comme celle de Nexter et de Rheinmetal-Borsig est « mauvaise » car elle soumettrait les capitalistes français (civilisés et pétris de valeurs républicaines) à leurs homologues Allemands (sauvages prussiens). Cette analyse économique bas de gamme ne résiste pas à un examen plus sérieux, les fusions acquisitions n’étant pas nécessairement un signe de bonne santé économique, et il n’est pas exclu que cette fusion, aussi étrange soit-elle, ne soit simplement un préalable à l’absorption d’une Deutschbank épuisée par la BNP Paribas. Une absorption qui devrait donc réjouir le tribun.

    Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence. Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes.

  • La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    Solidarité avec les inculpés et inculpées du mouvement social !

    Ce premier mai fut sous le signe de la répression la plus sévère. plus de 200 interpelés à Paris. Plus d’une centaine de plus dans le reste de la France. La bourgeoisie a montré les dents et a frappé fort. L’Unité Communiste de Lyon affirme sa solidarité avec l’ensemble des inculpés du mouvement social, avec l’ensemble de celles et ceux qui subissent les foudres de la police, de la justice, dont la nature de classe est indéniable.

    L’Unité Communiste de Lyon soutiendra les événements visant à défendre les inculpés et inculpées, à leur fournir solidarité et soutien financier. Nous formons tous et toutes une même ligne de front, une même ligne de combat contre l’ordre bourgeois, contre la dictature de classe.

    D’autres font raisonner un sont de cloche tout à fait différent, et que nous, communistes, trouvons répugnant.

    Nous ne sommes pas pro-« black blocs ». Nous considérons que ce mode de fonctionnement correspond à une stratégie et des tactiques que nous ne partageons pas. Les menus dégâts sur des vitrines, sur des banques, sur quelques policiers ne sont pas les prémices de la révolution. La « propagande par le fait », chère à Bakounine, n’a jamais débouché sur les succès promis, n’a jamais formé « l’étincelle qui met le feu à la plaine. »

    Dans certains cas, des membres d’organisations -bien que ce mot soit récusé par leurs membres- ont agit de manière opportuniste, traitant les cortèges de manifestant comme des boucliers humains. Il s’agit là de pratiques qui sont incorrectes et qui dénotent une conception individualiste et romantique de la lutte politique.

    Ce n’était pas le cas à Paris. Ce n’était pas le cas à Lyon. Les actions se sont faites dans leurs cortèges, au sein desquels ils et elles se sont organisées. Leurs actions ont été faites sous leurs modalités. Ils et elles en ont assumé la responsabilité et en paient le prix fort.

    Alors, allons nous crier avec les loups ? Allons nous crier que ce sont des fascistes, comme l’a fait Mélenchon ? Allons nous condamner avec fermeté, comme le fait le PCF ? Allons nous, comme certains révisionnistes, dire qu’il faut un « Guépéou » anti-black blocs ? Allons nous pleurnicher pour quelques vitrines cassées et réclamer une fermeté sans précédent de la part de la Justice ?

    Alors nous faire bloc avec Le Pen et Wauquiez, dans leur exigence de sanctions ?

    Non. Nous sommes solidaires des interpellés et des interpellées.

    Il est possible d’être en désaccord avec les pratiques des Black Blocs. Il est tout à fait possible de considérer que leur tactique est inadaptée. Il est tout à fait tolérable et acceptable de publiquement le faire. Nous venons d’en apporter la preuve.

    Mais on ne poignarde pas -et c’est là une habitude des réformistes et des perfides cliques à double visage- ses camarades dans le dos, surtout quand ils et elles subissent la répression. Faire cela est une trahison. Celles et ceux qui l’ont fait ont révélé leur vrai visage, celui de réformistes complets, celui d’agent de la dictature de la bourgeoisie.

    Ils et elles demandent des enquêtes, demandent à comprendre comment la bourgeoisie, comment l’Etat a pu laisser passer cela, comment n’a t’il pas prévenu la présence de ces grossiers personnages vêtus de noir ! Ce que cela veut dire, in fine, c’est « comment se fait-il que la police ne les aient pas interpellés, interdits de manifester, assignés à domicile, retenus en détention de sécurité. » Voilà ce que signifient ces discours. Ces discours sont des appels du pied à la réaction.

    L’Etat n’est pas une institution neutre. L’Etat n’est pas un arbitre juste. L’Etat est un Etat de classe. Il est un Etat conçu, organisé, structuré, pour servir les ordres et les désirs de la bourgeoisie. C’est pour cela que la « révolution citoyenne par les urnes -dans les respect des institutions », promue par Mélenchon, est une farce. C’est pour cela que les nationalisations -démocratiques ou non- ne sont pas des ersatz de révolution. C’est pour cela que sans pouvoir prolétarien, sans Etat prolétarien, aucune victoire stratégique n’est possible.

    Les arguments des « anti » sont plus ridicules les uns que les autres.

    L’image médiatique ? Ont-ils, ont-elles, oublié à qui appartiennent les médias ? Qui détermine les lignes éditoriales ? Qui conçoit l’ordre du jour des rédactions ? La bourgeoisie. Elle fait tout pour trainer dans la boue les grévistes, celles et ceux qui luttent.

    Il n’y aurait pas eu d’affrontements, cela aurait été les allergies, le muguet, ou n’importe quel fait divers. Les revendications des manifestants et manifestantes auraient été, quelque soit la situation, passées à la trappe. Suivre cette logique revient à dire qu’il ne faut pas faire grève pour ne pas nuire aux usagers, qu’il ne faut pas manifester, car on ne retiendra que les embouteillages, qu’il faut ne faire que des pétitions polies et -surtout- voter.

    La peur de la violence ? Les cortèges de tête ont résolu le problème d’une manière plutôt élégante, en créant un espace dans lequel ceux et celles qui acceptent tacitement le risque d’un tir de lacrymogène peuvent se retrouver. De plus cette peur de la violence est hypocrite. La violence institutionnelle contre les masses est sans commune mesure avec une vitrine brisée. Une vie brisée, sans assurance derrière, jetant dans la misère les individus, voilà la violence véritable.

    Ceux et celles qui subissent de plein fouet l’oppression et l’exploitation savent reconnaître cette violence et cette colère. N’oublions pas que le luddisme, le fait de détruire les machines-outils lors des grèves, tout comme les émeutes, font partie de l’histoire ouvrière. Non, cette peur de la violence camoufle surtout une peur petite-bourgeoise d’effrayer les homologues de classe.

    « La violence est partout, vous nous l’avez appris

    patrons qui exploitez, et flics qui matraquez

    mais à votre oppression, nous crions « résistance »

    vous expulsez Kader, Mohammed se dresse.

    Car on expulse pas, la révolte du peuple…. » chantait Dominique Grange dans Les nouveaux partisans. Cela est toujours valable. Seulement les réformistes et les opportunistes veulent se prétendre la seule et unique porte de sortie. Tout doit passer par eux et par le vote. Ils se déclarent l’alpha et l’oméga de la politique et de la démocratie.

    L’argument de la répression est le plus ironique de tous. Ironique car, en prétendant protéger les manifestants de la répression, les tenants des ces tribunes appellent, en réalité, à réprimer certaines portions des manifestants. Ce serpent qui se mord la queue est d’autant plus vicieux que les lois répressives, même appliquées à des cas anecdotiques, tendent à le systématiser par la suite. Fichage ADN réservé aux délinquants sexuels puis adapté à tous et toutes ; contrôle des téléphones portables, écoutes illégales… etc. La bourgeoisie est une opportuniste : chaque loi peut lui fournir un angle d’attaque pour frapper. Tout est utilisable, du moindre fait divers à l’attentat le plus abominable.

    Oui, il est vrai que ces violences servent de point d’appui pour faire passer des lois scélérates. Mais sont-ce les anarchistes ou les autonomes qu’il faut condamner, ou bien une bourgeoisie vicieuse et agressive ?

    Gérard Collomb, grand artisan de la répression, s’est fendu d’un tweet fustigeant les violences inqualifiables. Nous allons les qualifier : elles sont faibles.

    Elles sont faibles en regard de celle qu’exerce, chaque jour, la bourgeoisie française. En France, où elle jette dans la misère, dans la rue, les masses populaires. Où elle condamne à un sombre avenir les travailleurs et travailleuses de l’hexagone. Mais également dans ses colonies et néo-colonies, où elle surexploite, vole, spolie des nations entières. Où son armée occupe les territoires, commettant exactions et crimes, tout en empêchant l’émergence de tout pouvoir indépendant. Dans le monde entier, le pays des droits de l’homme marchande des armes, signe des contrats avec des fascistes obscurantistes, noue des traités avec les fanatiques de Daesh.

    Et les larmes coulent pour des vitrines, montées en épingle, pour justifier tout et n’importe quoi. Simplement car, aux yeux de certains, de certaines, les manifestations sont là pour se pavaner, pour investir, et récolter les dividendes sous forme de vote.

    Nous, communistes, ne croyons pas dans les méthodes des blacks blocs, mais nous ne laisserons pas les loups de la bourgeoisie et du réformisme hurler à plus de brutalité policière, plus de violence, à un renforcement de la machine d’oppression étatique.

    Solidarité avec les inculpés et les inculpées ! Soutenons les initiatives de solidarité.

  • C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

    C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

                    Un crime, un meurtre, un attentat, cela induit en tout premier lieu de proches éplorés, des familles brisées, des amis et des amies en détresse, devant la perte d’êtres chers. Ce sont des moments de drame, des moments abominables, que seuls les cyniques les plus désabusés peuvent souhaiter.

                    Dans le cas de la prise d’otage de Trèbes, dans le cas du meurtre de Mireille Knoll, ce sont d’abord vers celles et ceux qui les pleurent que vont nos pensées. Nous leurs transmettons chaleureusement notre salut.

                    En revanche, d’autres n’ont pas ce regard. Les vautours sont légion, autour de chaque affaire sordide, qu’ils veulent monter en épingle, autour de chaque crime, autour de chaque acte de violence, autour de tous ces faits qui ne pour eux que des occasions de vomir leur bile. Les morts ne comptent pas à leurs yeux. Seul compte l’instrumentalisation qu’il est possible d’en faire.

                    Il est vrai que chaque expression de violence est une illustration des contradictions de notre société, qui les génèrent. Les individus perdus, les exclus, les parias, qui se livrent au petit banditisme, qui sont récupérés par tous les prédicateurs de la haine, sont les enfants d’une société malade. Leur trajectoire chaotique se termine par le fait de faire couler le sang, par une balle tirée ou reçue. Cela n’excuse pas les actes, mais cela les explique.

                    Or, les explications, les vautours n’en veulent pas. Expliquer, pour eux, pour elles, c’est demander de comprendre. Demander de comprendre, c’est déjà excuser. Excuser, c’est en faire l’apologie. Ils et elles n’en veulent pas, car il est nettement plus pratique d’en faire des monstres inhumains, portant le mal de manière innée, ou dans leur gènes. Les morts sont des prétextes, les cadavres qui s’entassent servent de piédestaux.

                    L’extrême-droite et la droite réactionnaire font leurs affaires sur les morts des attentats. Ce n’est pas une nouveauté. Elles tentent de s’ériger en rempart de protection de la « civilisation » contre la « barbarie », alors qu’elle partage un véritablement fond politique commun avec celui des terroristes réactionnaires, quand ce ne sont pas des rapports commerciaux. Elles cherchent à en tirer profit, où dans le but d’instiller plus de division, plus de vexations, plus de ségrégation dans la société – ce qui légitime, par effet de miroir, le discours de Daesh. Les déclarations populistes et démagogues d’une Marine le Pen, d’un Laurent Wauquiez, sur la question de l’enfermement des fichés S, sont des attaques contre la présomption d’innocence, une volonté de liquider préventivement les menaces réelles ou supposées… En somme il s’agit d’une mesure fasciste, écrite par le sang des victimes.

                    Quelle absence de vergogne que de voir les représentants d’un Etat qui traque les réfugiés, qui emprisonnent ceux et celles qui leur viennent en aide, qui laisse mourir des femmes enceintes dans les Alpes, marcher  en mémoire de quelqu’un qui en a subit elle-même les foudres. Ceux et celles qui organisent la misère, la stigmatisation, l’exclusion sociale, ce qui pousse au crime en somme, viennent se pavaner en espérant que des louanges leur seront adressées.

                    Que dire de la présence du Front National, qui plus est protégé par la Ligue de Défense Juive, couverture du Betar, organisation considérée comme terroriste aux USA et en Israël ? Fondé par des anciens SS, sur la base d’une défense de Vichy, connu pour ses dérapages antisémites notoires, la présence du Front National est une humiliation pour la mémoire de Mme Knoll. Quant à celles et ceux qui le leur ont fait remarquer, la police les ont tout simplement braqués de leurs armes. pour les faire reculer. Marine Le Pen avait été déclarée indésirable par le CRIF, Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, tout comme Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre ont par la suite été exfiltrés.

                    Que CRIF se permette de blacklister qui bon lui semblait, au nom de sa propre perception politique pose des questions. Nous ne soutenons ni Marine le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon -que nous ne plaçons pas sur le même plan, cependant- et nous considérons qu’il y a une part essentielle d’opportunisme à leur présence.

                    Tandis que le fils de Mireille Knoll a déclaré que tout le monde serait le bienvenu, le CRIF ne s’est pas posé la question sous cet angle là. Ce conseil, pro-israélien, a décidé de salir la mémoire de Mme Knoll pour imposer son ordre du jour et ses considérations politiques. Dans les faits, les tentatives de créer l’amalgame nauséabond entre l’opposition à la politique de l’Etat Israélien et l’antisémitisme sont des méthodes qui salissent les mémoires et qui contribuent à, ironiquement, légitimer un discours qui entremêle effectivement les deux.

                    Alors que lors de la « journée du retour à la terre » plus de 1000 Palestiniens et Palestiniennes ont été tuées par Tsahal, alors que Gaza subit toujours le blocus, alors que des révélations sur les raids secrets de l’aviation Israélienne sur la Syrie viennent d’être révélés, tenter de lier les deux est un acte sordide. Nous sommes solidaires du peuple Palestinien, qui subit l’occupation et les brimades de la part du colonialisme israélien, pourtant cela ne se lien nullement avec l’antisémitisme. Les Israéliens et Israéliennes comptent également parmi les otages de cette politique aventuriste et criminelle menée par le gouvernement de l’Etat hébreux.

                    Beaucoup, dans le cas de l’assassinant immonde de Mireille Knoll, ont voulu utiliser celui-ci. Non pour dénoncer l’antisémitisme qui existe dans la société, non pour lutter contre lui, non pour s’attaquer à ses racines, mais uniquement pour l’attiser ou l’utiliser à des fins politiques. L’enquête, pour le moment, ne démontre pas que le crime commis soit, à l’origine, un crime antisémite. Ce qu’elle démontre c’est que des stéréotypes antisémites -la richesse supposée, soupçonnée- sont à la base de celui-ci.

                                    L’antisémitisme existe, de pair avec les autres formes de racisme, au sein de la société de l’Etat français. Il est un poison, un fléau, un cancer à éradiquer. Les victimes sont à soutenir, sont à protéger. Mais il n’est pas acceptables que ceux et celles qui meurent de la bêtise, de la haine, de la crapulerie soient utilisés comme enjeu politique, à l’encontre de leur pensées, à l’encontre de leurs désirs. D’autant que le racisme, l’antisémitisme, est attisé par la politique réactionnaire de nombreux Etats, de nombreux agents, lesquels ne sont que trop heureux de pouvoir diviser les classes populaires, dresser les nations les unes contre les autres, scinder l’unité de celles et ceux qui partagent les mêmes intérêts. Trop heureux que la haine divise, sépare. Que la méfiance, la défiance, la peur, isolent. Ainsi, l’exploitation peut continuer dans les conditions les plus favorables pour ces parasites ! Ainsi l’impérialisme, qui est le terreau fertile de la guerre, peut s’étendre, légitimé par l’instrumentalisation de la souffrance des masses populaires de l’Etat français.

                    L’Unité Communiste de Lyon s’oppose à toute récupération. Elle considère que toutes celles et tout ceux qui usent de victimes comme promontoire pour leurs discours ne devraient que se taire. La solidarité est ce qui est à offrir, non les larmes de crocodile !

  • FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    La bourgeoisie contre-attaque

    Dès 1954, le principe de la T.V.A. est décidé. Cet impôt est payé sur la consommation, par les clients finaux. Il se monte, en général, à 20% du prix. Une impression d’unité règne, ainsi que d’égalité. Pour un peu, nous voilà devant l’impôt Vauban, capitulaire, payé par tous au même taux.

    Mais, dès que le vernis se fendille, apparaît une bien maussade réalité. La  T.V.A. est, en vérité, l’impôt injuste par excellence. Un pauvre, un prolétaire, dans l’optique des capitalistes, doit réinjecter tout son argent dans la consommation. La thésaurisation est bien malvenue, car elle signifie de la masse monétaire ne circulant pas. Même en épargnant un peu, les membres des classes populaires vont utiliser 99% de leur argent à consommer. Sur ces 99%, 20% reviennent dans les caisses de l’Etat. 19.8% sont donc recaptés.

    Les riches, les bourgeois, n’utilisent pas l’intégralité de leur argent à consommer. Ils et elles investissent. Pour peu que le bourgeois ou la bourgeoise injecte 40% de ses revenus dans l’investissement -ce taux étant de plus en plus fort au fur et à mesure de l’ascension sociale- et 60% dans la consommation, 20% de 60% ne font que 12%. L’égalité, même de principe, n’est plus là.

    Fondamentalement, la bourgeoisie a réussi une opération qui lui est favorable. L’impôt ne frappe pas le capital, et est épongé en grande partie par les travailleurs et travailleuses. Cerise sur le gâteau, il paie le coût des guerres coloniales, pour le compte de l’impérialisme. En revanche, pour les masses populaires, cet impôt se traduit par une hausse terrible du coût de la vie, par une inflation effrayante.

    La T.V.A. demeure un impôt qui fait consensus chez les bourgeois et les bourgeoises. Il est le seul qui n’est pas attaqué fondamentalement. La bourgeoisie est contre les impôts qui touchent les riches, mais en revanche, elle est toujours favorable à une hausse de la taille et de la gabelle. La France fait preuve d’une grande inventivité, devenant le premier Etat au monde à créer cet impôt, repris par quasiment l’ensemble de la communauté internationale par la suite.

    Le principe est donc choisi en 1954, mais l’application ne commence qu’avec le retour de de Gaulle et l’irruption de la Vème République, soit en 1958.

    La IVème République est une République fragile, de coalition, de consensus. Il est difficile, dans son fonctionnement instable, de tenter des grandes opérations qui pourraient froisser tel ou tel soutien. C’est une République marquée de modération et de centrisme. Ce régime est d’ailleurs incapable de faire face à la question coloniale et s’embourbe systématiquement. Pour la bourgeoisie, l’outil, né à l’heure du compromis, est devenu impuissant.

    En revanche, avec le passage au système de la Vème République, le ton change. Elle est extrêmement verticale dans son fonctionnement. Elle est articulée autour d’une technostructure réactive, obéissante, efficace et ne laisse plus de place au consensus. De Gaulle, il faut le lui reconnaître, à mis en place un outil particulièrement efficace et compétent, autour de hauts fonctionnaires, pour transformer le pays aux ordres de la bourgeoisie. Mettre en place la T.V.A. est un chantier immense, titanesque. Or, l’Etat gaullien parvient à surmonter les obstacles.

    Aujourd’hui, la T.V.A. rapporte 135 milliards d’€par an. Deux fois plus que l’impôt sur le revenu.

    De Gaulle passe, dans de nombreux milieux, même aujourd’hui, pour quelqu’un qui attachait une grande importance aux questions sociales. Au final, derrière l’image d’Epinal de père de la Nation, se trame plutôt quelqu’un qui écrasa les masses populaires. Une des particularités est le fait qu’il soit fasciné par le modèle que représente le système de cogestion à l’Allemande.

    Nous sommes au début des bases de l’Union Européenne, avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, puis le traité de Rome. Une des choses désirées dans ces traités, est le fait de pouvoir mettre en place une intégration des syndicats et du patronat dans un ensemble de discussion et de dialogue. En clair, l’idée est d’intégrer les syndicats dans l’appareil d’Etat, et de briser leur indépendance.

    L’idée est de créer des instances paritaires, notamment une, qui va servir à attaquer la Sécurité Sociale. En créant une gestion paritaire, de Gaulle parvient à faire rentrer un cheval de Troie des intérêts de la bourgeoisie dans quelque chose qui était un bastion de l’auto-organisation ouvrière. Désormais, elle est gérée administrativement au travers de l’URSAAF, ainsi que par la cogestion patrons / syndicats. Cette cogestion entraîne une division artificielle du financement : une division entre charges patronales et charges salariales, lesquelles sont une hérésie, car tout est issu du salaire élargi.

    Surtout, cela permet à la bourgeoisie et à son Etat de se mêler de ce qui ne la regarde pas.

    L’intégration n’est pas menée jusqu’au bout. L’idée finale était de faire éclater la chambre législative haute, le Sénat, et de la remplacer pour un conseil économique et social rassemblant patronat et syndicats. D’une certaine manière, le principe est de faire un bastion législatif non-éligible, axé autour du technocratisme et du corporatisme. En somme, l’idée ressemble terriblement au Deutsch Arbeit Front des fascistes, gérant l’économie d’une manière faussement démocratique, mais finalement uniquement au service des bourgeois. C’est l’échec de ce projet qui signe la fin du règne gaulliste.

    Au final, encenser de Gaulle est quelque chose de particulièrement douteux. Il incarne un chauvinisme mâtiné de social, qui fait rêver une droite et une gauche nationaliste et impérialiste. Le chauvin-social trouve des soutiens sociaux-chauvins.

    L’opposition à cela n’est pas simple. En 1958, le risque de dictature militaire était énorme, le pays est en plein milieu de la Guerre d’Algérie et les généraux putschistes viennent de lancer leur Comité de Salut Public. L’anticommunisme est à son comble, avec notamment une pression énorme provenant des USA pour lutter contre les partis communistes.

    Le PCF, aux élections législatives de 1959, à subit une terrible défaite, et subit de plus en plus la concurrence d’une force montante, anticommuniste, pro-USA. Une concurrence d’un outil parfait de la bourgeoisie, pour favoriser l’oppression contre les travailleurs : le Parti Socialiste.

    Quant à la cogestion et la gestion paritaire, elle anesthésie un mouvement syndical affaibli et divisé.

    La période est une période d’expansion du capitalisme, et le niveau de vie des masses augmentent. L’accès à la société de consommation, l’injection de capitaux US, la reconstruction n’y sont pas étrangers.

    Certains, notamment au sein du PCF, y voient une illustration du fait que la tendance à paupérisation relative et absolue, identifiée par Marx et Engles, serait fausse, et que, au final, le capitalisme pourrait apporter la prospérité à l’humanité entière et se muer de lui-même en socialisme. Une manière de voir les choses qui conduit à un renoncement total, marqué au fur et à mesure des congrès, à tout ce qui restait d’héritage léniniste.

     Cette période ascendante se traduit par un très grand nombre de luttes sociales, lesquelles atteignent leur apogée vers 1983. Comme les luttes sociales sont intenses, elles cherchent un débouché politique. Comme le PCF s’est désormais mué en parti social-démocrate en pleine déconfiture, ces luttes se tournent vers une issue politique autre : le Parti Socialiste et son candidat : Mitterrand.

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Des nazis à la rue ?

    Le coup de force du 23 septembre a suscité de nombreuses critiques et de nombreuses réactions, fort variées. Celles-ci ont formé un véritable tir d’artillerie, encadrant de critiques de gauche et de critiques de droite l’opération menée par la France Insoumise. Nous avons nous-mêmes formulé les nôtres plus en amont dans ce texte ainsi que dans notre article sur le dangereux solo de Mélenchon. Mais nous considérons que toutes les critiques n’ont pas la même valeur, ne sont pas forcément justifiées.  Nous nous devons de rendre à César ce qui revient à César, quant à cette manifestation, tout comme de faire la critique des critiques.

    Le désaccord de fond que nous avons avec la France Insoumise, quant aux fondements théoriques de ce mouvement, quant à la stratégie générale, quant au programme, quant à la ligne défendue jusqu’à présent dans le mouvement social, ne doit pas, pour autant, obscurcir notre jugement. Le désaccord est politique et doit rester politique. Certains vouent une haine viscérale au mouvement de Mélenchon, à chacun de ses membres, à chacun de ses militants et militantes. Cela donne naissance à des commentaires basés uniquement sur de l’affect, sur un rapport viscéral, mais non sur une critique de fond.

    Les critiques de droite ont tenté de jouer sur deux lignes : Celle de la minimisation du rassemblement en premier lieu. C’est celle de Marianne par exemple, titrant qu’il n’y avait que 57 000 personnes à la Bastille, lorsque la FI en revendiquait le triple. Cette bataille de chiffres n’est pas significative pour analyser l’influence politique de cette manifestation. Elle est du domaine de l’acte de foi. Mais elle fut utilisée par certains détracteurs pour réduire l’importance de la mobilisation ou de qualifier d’échec cette opération. Indépendamment de ce qu’il est possible de penser du fond de l’affaire, le nombre d’individus présent n’était pas suffisamment ridicule pour que cela puisse être une humiliation.

    Le président Macron, lui-même, l’a reprise. Il l’a mêlée a un autre argument : la menace Mélenchon. En aparté, dans des propos reportés par le Canard Enchaîné, le ton se fait plus agressif. Mélenchon serait un « président Africain battu » refusant de reconnaître sa défaite. Il serait dans une « démarche séditieuse » et il est heureux qu’il n’ait pas « l’armée derrière lui ».

    Dans le même ordre d’idée, Valeurs Actuelles a ainsi illustré sa couverture d’un montage du Che et du visage de Mélenchon. Une manière de surfer, pour ce journal d’extrême-droite, sur l’anticommunisme, sur la peur du rouge, la peur du bolchevisme.

    Si la bourgeoisie a bel et bien raison de redouter qu’un parti communiste léniniste naisse et grandisse, Mélenchon, n’en déplaise à ses détracteurs comme à ses adulateurs, n’a rien d’un révolutionnaire. Si l’attaque laisse transparaître le fait que son existence est déplaisante aux yeux de la bourgeoisie, cela n’en fait pas, pour autant, un émule de Lénine ni même d’un président de gauche sud-américain.

    Au cours de son débat avec le Premier ministre, Edouard Philippe, Mélenchon l’a illustré à plusieurs reprises : « Je suis un Républicain, la loi est au-dessus de tout le reste » a-t-il dit. L’attachement républicain de Mélenchon fut d’ailleurs salué par son contradicteur. Dans les faits, il s’est limité à attaquer le « mauvais prince » au pouvoir, sans jamais revenir sur les fondements de l’inégalité et de la pauvreté au sein de l’Etat français : la bourgeoisie, parasite exploiteur, vampire des masses populaires. Difficile de faire moins marxiste et moins bolchevique.

    Il s’agit d’un aspect que ses détracteurs de gauche connaissent bien. Il s’agit par ailleurs du fondement de la critique contre Mélenchon : le caractère social-chauvin et réformiste du programme de leur leader.

    Le problème, dans la critique portée par de nombreux groupes de gauche n’est pas le fond, mais bien souvent la méthode.

    L’intervention de la part de militants et militantes d’ultra-gauche lors de la manifestation du 23 s’est faite sur un fond valable. Elle s’est faite sur une opposition de fond aux travers de la FI. Mais celle-ci fut inaudible. Elle le fut car elle s’est faite en traitant les militants de la FI comme des ennemis, en les attaquant -parfois physiquement- tout en ne pouvant expliquer les fondements des critiques portées contre ce mouvement. S’en prendre à la tribune et aux militants, dans ce contexte, agit de manière contreproductive, en solidarisant les militants FI avec leur direction, en les faisant former un front unique contre ceux qui apportent la contradiction, le chaos, le malheur de la discorde.

    Cette erreur est typiquement gauchiste, elle se base sur une surestimation de la difficulté de débattre avec les militants et militantes de la FI, de les faire avancer politiquement, de les faire évoluer par rapport aux positions de Jean-Luc Mélenchon et des réformistes qui trustent sa direction. Elle se base sur une idée que la pensée de ces militants est déjà figée et sclérosée. Ne voulant pas porter la contradiction politique, mais ne portant que l’antagonisme, ils et elles ne sont pas parvenu a faire bouger d’un iota les lignes. Cela n’enlève rien à leur bonne volonté, mais a fait de leur apparition un échec total au lieu d’une occasion de lutter contre les idées fausses au sein du mouvement de la FI.

    Nous ne prétendons pas avoir la solution parfaite quant au dialogue et au débat, mais nous considérons que traiter en ennemis ceux qui militent et luttent honnêtement, même dans un mouvement criblé de défauts, est une impasse complète, qui ne mène qu’au sectarisme. Si le Parti de Gauche représente une force politique fondamentalement et irrémédiablement constituée de chauvins et de réformistes, la FI est bien trop nébuleuse et vaste pour qu’il en soit tiré un jugement aussi clivant.

    Le social-chauvinisme et les tendances réactionnaires de certains militants de la FI, ainsi que de certains éminents membres de sa direction est indéniable, tel Djorge Kuzmanovic -le barbouze de service, qui faisait de « l’humanitaire au Rwanda pendant le génocide »- cependant, de là à faire de la FI un groupe de néo-nazis à la rue, un océan existe. Certains n’hésitent pas à le franchir allégrement.

    La page Facebook de Conspiracy Watch – Observatoire du conspirationnisme avait ainsi épinglé une pancarte, présente à la manifestation, représentant Macron en pieuvre assoiffée de sang et d’argent. Celle-ci était titrée « Macron, le monstre au service de l’argent-roi ! » Cette affiche a déclenché un malaise certain sur les réseaux sociaux. Conspiracy Watch a eu raison de l’épingler, du fait du contenu et des références douteuses à l’argent-roi, formulation qui se retrouvait régulièrement dans les publications d’extrême-droite d’avant guerre.

    Certains militants, notamment liés à des organisations légèrement paranoïaques dont nous avons longuement parlé plus tôt, ce sont empressés de se saisir de cette pancarte pour déclarer que celle-ci illustrait pleinement l’antisémitisme et le complotisme de la FI. D’une pancarte, ils en font une profession de foi, laquelle leur sert à jeter au bûcher les militants et militantes de la FI.

    Nous ne pensons pas que la FI soit un mouvement antisémite, complotiste, crypto-fasciste. Nous pensons que sa direction suit une stratégie qui est celle d’un mouvement sectaire et d’un mouvement essentiellement chauvin et réformiste. Mais les masses de gens qui le composent n’en sont pas moins, bien souvent, des individus voulant lutter avec sincérité, avec dévouement, avec, également une capacité à se corriger et à repérer les erreurs.  Les ostraciser, les isoler, les attaquer ne fait que renforcer l’emprise d’une direction antidémocratique et anticommuniste.

    Nous, comme bien d’autres, sommes issus d’une culture politique particulière, d’une tradition, d’une formation longue. Mais cela représente une minorité, d’une part. De l’autre, cette culture et cette compréhension politique peut nous pousser à agir avec présomption et jugement à l’emporte-pièce, ce qui est non seulement faux mais contre-productif. Le plus souvent, cette faute de sectarisme est justement révélateur de la faiblesse idéologique de nos propres rangs, non de sa force.

    Un travail de dialogue, basé sur le raisonnement, sur le débat, sur la persuasion et non sur la contrainte et l’attaque doit être fait en direction des militants et militantes de la FI. Mais il doit être fait en les considérant comme des alliés dans l’erreur, non comme des ennemis. Il existe de véritable fascistes qui sont nos ennemis. Il existe une bourgeoisie qui l’est tout autant.

    Ce qui nous sépare, ce sont des lignes de démarcation. Celles-ci doivent être tracées soigneusement.

    Les malheurs de l’extrême-droite ne peuvent que nous réjouir et nous remplir d’aise. Mais la tendance que peuvent avoir certain à voir du fascisme partout, à le flairer comme une menace immédiate et irréductible est une faute stratégique terrible, laquelle pousse certains et certaines à aller jusqu’à faire alliance avec les bourreaux des classes populaires sous prétexte de défendre la « démocratie » et la « république » au lieu de travailler à construire les outils de la révolution.

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 2. Une rue et des nazis.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 2. Une rue et des nazis.

    Une rue et des nazis.

    De l’autre côté de l’échiquier politique, le 23 septembre, Mélenchon a tenu son rassemblement. Dans un sens, il est un indéniable succès. Que ce soit 55 000 ou 150 000 personne ne change, au final, pas tant de choses. Mélenchon tente de faire enfler son aventure en solo pour en faire une vague qu’il souhaiterait déferlante.

    Souvent nous mentionnons Mélenchon et nous apportons une critique, parfois acerbe, sur les initiatives et le fond politique de l’affaire. De fait, lui et la France Insoumise sont devenus des acteurs incontournable du mouvement social et du mouvement politique de gauche. Les erreurs et les inconséquences qui peuvent émailler le parcours de cette force politique ne se paient pas de la même manière que les paroles en l’air de certains. Les dangers de l’aventure en solo de Mélenchon risquent d’avoir un impact terrible sur l’évolution de la mobilisation.

    Le sens politique de cette marche contre le « coup d’Etat social » fleure toujours bon la rhétorique populiste du peuple trahit par ses élites, usurpés par ses mauvais princes. Elle fleure bon la rhétorique d’ancien régime, où les masses doivent souhaiter qu’un bon prince arrive et prenne le contrôle des affaires.

    Nous ne sommes pas dans un équivalent des soviets de Petrograd, mais bien dans un mouvement chargé de porter au pouvoir l’homme providentiel. Un mouvement ne s’appuyant pas sur des bases solides, sur des appuis de long terme, sur une unité idéologique et une unité organisationnelle, mais bien sur un flux. Au final, Jean Luc Mélenchon fonctionne comme un cavalier de la steppe.

    Karl Von Clausewitz expliquait que ce type de fonctionnement impliquait, en français dans le texte, le fait de toujours fonctionne en vedette, c’est à dire de rester porté par le flux, toujours le maintenir croissant, sans quoi tout s’effondrera.

    Mélenchon en est conscient, et sait que le temps, au final, joue contre lui, joue en défaveur du manque de cohérence de son programme, de son caractère social-chauvin. Si il veut que sa vague se transforme en succès, il doit réaliser plusieurs tours de force.

    D’une part, maintenir un flou idéologique savamment orchestré autour de son programme. Le pire ennemi de son mouvement, c’est la décantation idéologique, c’est l’approfondissement politique, c’est le fait qu’éclosent des questions quant à l’impérialisme français, quant à la « place de la France dans le monde », quant au système politique et à la démocratie bourgeoise.

    De l’autre, pour se renforcer en valeur relative, il doit faire en sorte que les autres échouent et soient éclipsés par lui. Mélenchon ne peut pas phagocyter la CGT ou le PCF, ils doivent donc périr pour qu’il ne reste plus que lui, seul survivant de la bataille, au milieu des ruines. Il est gênant que l’unité ne fut pas au centre des discours, mais que ce ne fut qu’une ode à la France Insoumise.

    D’où un mythe qui se construit. Un mythe qui se construit à coup d’inventions, dont celle-ci, teintée de spontanéisme et d’hostilité aux organisations politiques.

    « C’est la rue qui a abattu les nazis »

    D’emblée la phrase est fausse. Elle est en contradiction avec la réalité de comment s’est construit le nazisme, sur quoi il s’est appuyé pour avancer et comment il fut terrassé.  Le nazisme s’est appuyé sur une compréhension de la psychologie des foules, de la démagogie et du populisme.

    Cependant, elle est cryptique. Jean-Luc Mélenchon parle t-il du vrai nazisme, ou parle t-il de la montée de l’extrême-droite au sein de l’Etat français ? La question reste en suspens.

    Sans aller jusqu’à dire que le nazisme est « issu de la rue », il s’est greffé sur la spontanéité des masses, laquelle peut tout à fait prendre des tournures réactionnaires, s’en est emparée pour la tourner vers les pogroms, les lynchages, vers tout ce qui était viscéral et haineux. C’est dans les rues, dans le chaos, que les SA saccageaient les magasins juifs, s’en prenaient aux communistes et aux syndicalistes.

    Cela est relié au fait que le nazisme s’est appuyé en partie sur les lumpenprolétaires, sur les chômeurs, les déclassés, les atomisés, les laissés pour compte.

    A l’inverse, le mouvement communiste et syndical allemand s’était construit dans les usines, dans les lieux de socialisation, dans les lieux de travail. Cela ne s’est pas construit autour de mouvements, mais de partis, d’organisations.

    Le fascisme et le nazisme ont été deux lames de couteau employés pour assassiner le mouvement ouvrier et le mouvement révolutionnaire. Le fascisme et le nazisme portaient l’anticommunisme comme fondement de leur pensée politique, tout en le maquillant d’un verbiage populaire, chargé de faire illusion.

    Quant à qui a abattu le nazisme, Mélenchon commet une erreur d’appréciation historique, et tente de créer un roman.

    Le premier vecteur de défaite du nazisme provient de la force de ses adversaires. En premier lieu celle de l’URSS, laquelle paya chèrement sa victoire au prix du sang. Les 24 millions de citoyens soviétiques tombés sous les balles, sous les obus, sous les coups et les privations méritaient un peu mieux que ce raccourci historique.

    Les alliés, Américains et Anglais, ont participé à l’effort de combat direct tout comme au front antifasciste international, au sein duquel ils soutinrent, non sans arrières pensées, l’URSS. La Bataille de Berlin fut une bataille de rue, mais elle ne fut pas une bataille de « la rue ».

    N’allons pas occulter les souffrances et le rôle des nations alliées, par plus que celui des pays qui ont cédé face à la puissance militaire nazie.

    L’autre pan est celui des résistances des différentes nations occupées et au sein des Etats agresseurs eux-mêmes. Cette résistance intérieure s’est manifestée sous diverses formes, mais elle est demeurée clandestine, secrète, camouflée. Elle est fort éloignée de la rue, car les droits démocratiques sont abolis, car les Gestapo veillent. Lorsque les insurrections éclosent, elles sont le fruit de travaux en amont, réalisés par des État-majors improvisés. Parfois, dans de rares cas, la rue se réveille, assoiffée de vengeance, sur les talons de l’occupant, s’en prenant aux arrières gardes, rejoignant les rangs des résistants de la 11ème heure.

    L’ironie de la chose est que le courant politique dont sortent Mélenchon et Corbière ne s’est pas particulièrement illustré par son résistantialisme durant l’occupation. A l’époque, les lambertistes optaient pour une stratégie d’entrisme dans la Résistance, dans le but d’y développer des mots d’ordre de fraternisation. L’action, notamment syndicale, fut limitée au fait d’organiser des grèves dans l’industrie de guerre des pays alliés et a applaudir la « révolution anti-bureaucratique ukrainienne », dont les figures de proue étaient Stepan Bandera et la Brigade SS Kaminsky. Peut mieux faire comme cohérence, que de se prétendre l’incarnation de l’antifascisme.

    Mais cet appel à la mobilisation spontanée des masses comme sanction de l’histoire n’est pas sans danger. Une nouvelle fois, en prétendant qu’il n’existe que lui, le mouvement et les masses, Mélenchon nie l’importance des organisations. Cette négation sert ses objectifs, est logique dans la poursuite de sa stratégie, mais revient à jouer avec le feu, à un moment où les organisations, notamment syndicales, sont le principal rempart contre les ordonnances.

    Quantité de militants et de militantes sincères ont suivi cette mobilisation, voyant dans celle-ci l’aube de quelque chose de nouveau, de quelque chose de grand, de quelque chose de fort, qui bouleverserait l’ordre social. Ce sont à ces individus que nous pensons, lorsque nous écrivons ces lignes.

    L’aventure Mélenchon est un projet qui peut séduire, qui peut rafler des suffrages, mais qui se heurte à des impasses, qui se heurte au fait que la question de l’Etat, la question de l’impérialisme et du capitalisme ne sont que traitées à moitié. Or, la moitié manquante est ce qui fait la distinction entre le succès et l’échec.

    Et cet échec, à quel prix sera-t-il payé ? Au prix de l’effondrement de toutes les lignes de défense des travailleurs ?

    Non, la rue n’a pas chassé les nazis. Non, la rue seule ne chassera pas les ordonnances. Non, la rue seule n’obtient pas de victoires tactiques et encore moins stratégiques. Organisées, les masses peuvent tout, elles sont la force créatrice de toutes les richesses, elles sont la force qui peut balayer des empires. Mais atomisées, les masses sont la proie des démagogues, des opportunistes et des populistes.

    Certains ont tenté d’intervenir au sein de cette démonstration de force, de se faire l’écho d’un rejet du social-chauvinisme et du réformisme de Mélenchon. Cette mobilisation, sous l’égide de l’ultragauche, partait d’une logique cohérente. Seulement, entre la stratégie et l’application, un océan existe. Et cet océan mérite d’être sondé.

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis.

    Partie 1 – Un plat épicé.

    L’actualité concernant l’extrême-droite est particulièrement ombrageuse ces jours-ci.

    Depuis les élections législatives, et un certain dégonflement de la « bulle » FN, l’actualité a tendu à oublier quelque peu ces sombres personnages, et à se recentrer sur les questions sociales. Au sein de la lutte contre les ordonnances, le FN n’a guère de place, guère de tribune pour s’exprimer.

    D’une manière générale, par ailleurs, les fascistes et l’extrême-droite sont bien en peine de trouver un promontoire, de se créer un piédestal, pour s’exprimer. Ou ils s’opposent aux grèves sous la forme de mobilisation autour de « Liberté Chérie » et de « Stop la grève », ou ils font des mobilisations contre « les débordements » ou les « casseurs », ou ils s’attaquent carrément aux manifestations, comme le GUD durant la loi travail en 2016, à Lyon.

    En face de la question de la lutte des classes, leurs arguments idéalistes et métaphysiques se brisent face au prisme de la réalité. Empêtrés dans des théories sur « l’intérêt de la nation « , à comprendre, « de la bourgeoisie », ils ne peuvent réellement avoir les coudées franches pour s’exprimer. Lorsqu’ils essaient, ils se couvrent généralement de ridicule.

     Discrètement, Florian Philippot s’est aventuré, le 12 septembre, dans la cabine du « roi des forains », pour y exprimer son soutien à la lutte. Piètre manœuvre qui n’a guère trompé. Piètre manœuvre qui ne l’a guère sauvé du couperet fatal. Cela faisait un moment que celui-ci ne tenait plus qu’à un brin.

    Après les élections, dans une brochure intitulée « Fin de Partie », nous évoquions la situation du Front National : « Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel. » (…)

    « Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer. »

    Mais nous nous empressions d’ajouter la chose suivante ; sa mutation peut le rendre in fine plus dangereux, car plus adapté aux question actuelles et à la place grandissante de l’extrême-droite tant dans l’Etat français que en Europe.

    Ce couscous avec lequel Florian Philippot s’est étouffé a été une manière de pouvoir purger le FN de son aile modérée, de son aile « douce », en bref de son aile compatible avec les institutions. La construction du micro-parti « les patriotes » fut un casus belli : Philippot et sa clique devenaient une puissance qu’il fallait étrangler. Cette nuit des longs couteaux, inversée, s’est faite en douceur, mais avec tranchant. Exclusion pour Philippot.

    Celui-ci s’est empressé de se rapprocher des ailes FN-compatibles de la droite traditionnelle, aile dans laquelle Philippot verrait bien sa carrière se jouer.

    Toujours est il qu’une des lignes au sein du FN vient d’être décapitée.

    Reste des questions : dans quelle mesure Florian Philippot et ses suiveurs peuvent se raccrocher à la droite institutionnelle et parvenir à faire s’agglomérer des forces autour d’eux ? Dans quelle mesure peuvent-ils réussir à se doter d’un véritable perchoir politique et d’une véritable influence ? Tout cela reste une énigme.

    Enigme aussi la question de la boutique de Marine Le Pen. Peut-elle encore tourner, privée d’une partie de sa chair, privée de ses cadres les plus compétents, privés de certaines de ses figures de proues les plus efficaces.

    Enigme, finalement, le rôle qui reviendra à Marion Maréchal et ses disciples, lesquels peuvent également se saisir de cette opportunité pour refaire surface et ramener des forces de l’ « ultra-droite » au sein du FN.

    Temporairement, le FN apparaît quelque peu aux prises avec des problèmes qui, sans être insurmontables, n’en sont pas moins quelque peu paralysants. L’organisation d’extrême-droite joue là un passage particulièrement épineux de son existence : muter pour se hisser à la hauteur des tâches auquel il prétend répondre, ou échouer et s’effondrer comme un château de carte.

    La menace que certains, que nous citons bien trop, ne s’est pas concrétisée telle qu’ils l’espéraient secrètement, pour justifier leurs discours apocalyptiques.

    Mais l’actualité politique de l’extrême-droite ne s’arrête pourtant pas là. Jean-Luc Mélenchon la propulse aussi au devant de la scène, au travers d’une phrase : « C’est la rue qui a abattu les nazis »

  • Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Qui sont les fainéants ? Qui sont les cyniques ? Qui sont les extrémistes ?

    Dans son discours à Athènes, le Président de la République s’est fendu d’une attaque brutale contre la mobilisation naissante. Accompagné du souriant social-traître Tsipras, de SYRIZA, le nouveau maître du pouvoir s’est ainsi exprimé sur les réformes : «Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.» Tout comme à Forbach, où il s’en est pris aux intellectuels et aux journalistes («Les journalistes ne m’intéressent pas (…) [Ils] ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays». «Des esprits tristes englués dans l’invective permanente»), le discours d’Athènes laisse un goût étrange en bouche.

    Voilà donc comment la bourgeoisie perçoit celles et ceux qui veulent lutter contre son pouvoir, contre ces réformes. Elle trépigne, s’énerve, ne comprend pas que les travailleurs, les travailleuses, ne veulent pas se saigner à blanc pour sauver « le pays ». Par « pays », il est bien évident que Macron veut dire « la bourgeoisie de l’Etat français. »

    Certains s’en sont emparés -on ne les blâmera pas de l’avoir fait. Ainsi, Mélenchon tweetait « Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre ! » Montrant par là même un infléchissement dans sa tentative de faire cavalier seul.

    Certains se sont brodés, sur la base de ces insultes, un bel étendard, digne de la campagne de Coluche.

    Mais, derrière les slogans, derrière les mots, il est nécessaire d’aller un peu plus loin. Creusons quelque peu l’insulte, l’injure, lancée par le Président.

    Car nous ne sommes ni les fainéants, ni les cyniques, ni même les extrémistes de l’histoire.

    Qui, entre la bourgeoisie et les classes populaires, sont les fainéants ?

    Est-ce celui ou celle qui sème, qui produit, qui construit, qui soude, qui boulonne, qui pioche, qui soigne, qui éduque ?

    Est-ce celle ou celui qui, sur le travail des autres, sur leur sueur, sur leur sang, amassent des millions, des milliards ?

    La bourgeoisie, en particulier la grande bourgeoisie, ne produit aucune richesse, aucune marchandise, aucune nourriture, elle ne produit rien. Elle n’est qu’un exploiteur, un parasite -un fainéant au sens premier du terme : fait-néant.  Elle ne fait rien d’utile, rien de nécessaire. Elle est une nuisance, un frein au développement économique et social.

    Certes, la vie d’un bourgeois comporte du stress et de la tension. Elle n’est pas de tout repos. Mais non pour les raisons que connaît un travailleur. Pour la bourgeois, la vie est un stress car elle est un jeu -qui parfois se mue en guerre- entre membres de cette classe sociale. Tout comme un grand joueur de poker prend des risques et subit un stress. Tout comme le joueur de poker, cette douleur et ce stress est superflu, inutile, volontairement subi. Les bourgeois se tressent des couronnes d’épines et de douleur.

    Quand un bourgeois se targue de « prendre des risques », il s’agit pour lui de conquérir des marchés, de prendre à ses concurrents, de les écraser, de les ruiner. En rien, il ne s’agit de mieux répondre aux besoins des masses. En rien il ne s’agit de risques pris pour améliorer le sort de l’humanité. D’une manière général, les risques sont par ailleurs assumés aux plus bas échelons, par ceux qui réalisent ces commandes, menacés sans cesse par le chômage, la précarité, ou même les aventures militaires.

    Ces risques sont futiles, sont superflus, ne sont le fait que du jeu de concurrence des bourgeoisies entre-elles. Ils n’ont aucun raison d’être. Une production planifiée et organisée y mettrait fin.

    Quand un bourgeois ou un de ses laquais dit travailler dur, il ment. Il joue, il joue et parie sur la vie et le destin d’autrui.

    Car les bourgeois sont les fainéants.

    Qui sont les cyniques ?

    Dans la bouche du valet Macron, les cyniques sont ceux qui voudraient  capitaliser sur la grogne sociale pour avancer leurs positions.

    Certes, il en existe, il existe de vrais cyniques, de vrais opportunistes, de vrais gourous qui rêvent de chair fraiche dans les mouvements, de votes, de postes et de places. Ils ont régulièrement leur place dans nos colonnes.  Inutile de parler d’eux ici.

    Mais en revanche, Macron, n’attaque pas ces carriéristes. Il les applaudit même, car il sait, en bon requin, que leur soif de postes, de places, d’estrades les amèneront tôt ou tard à lui manger dans la main. En réalité, il s’en prend à la CGT, aux organisations combatives, aux syndicats de lutte, aux organisations politiques prônant l’antiparlementarisme et la révolution. Dans une rhétorique digne de l’ultra-gauche la plus infantile, il brocarde les salauds qui tenteraient d’organiser les travailleurs et des les mener au combat. Un jour, peut-être même s’exprimera t’il sur la nécessité d’auto-organiser la production contre les syndicats et contre les codes contraignants et liberticides.

    Mais qui sont, en vérité, les cyniques ? Dans une brochure intitulée Tout est marché, nous prenions certains exemples.

    Vendeurs de sang, vendeurs de chair, vendeurs d’organes, vendeurs de morts, promoteurs véreux, chefs d’entreprise sans scrupules, politiciens corrompus… Les voilà nos cyniques ! Tel Martin Shkreli, qui, pour ses profits personnels, multiplie le prix de vente d’un médicament contre le VIH par 3500%. Il n’est pas un cas isolé, il est le digne fils de sa classe.

    Tel François Fillon, des corrompus, des opportunistes, des profiteurs. Qu’importe si l’argent détourné aurait pu financer une école, un hopital.

    Seuls les profits les animent, seul la soif de rendements, la soif de taux d’exploitation, le goût du luxe, leur soif de niveau de vie plus élevée, d’écrasement des faibles et des exploités les animent.

    Les voilà, les vrais cyniques, ce sont les bourgeois !

    Qui sont les extrémistes ?

    Sommes-nous des extrémistes ? Dans l’échiquier politique, c’est un fait, nous sommes sur une des ailes. Dans l’Assemblée, nous n’avons aucune place, aucun espace. Nous sommes politiquement hors de clous.

    Pour Macron, ce terme revoit, pêle-mêle dans une seule nébuleuse, tout ce qui peut coller au vocable « extrémiste » : Fasciste, nazi, gauchiste, taliban, « féminazi », écolo-radical, autonome, maoïste…

    L’idée est d’associer un sentiment de répulsion à cela, un sentiment de dégoût, un sentiment d‘a-normal, d’hors de la norme.

    Si nous sommes, relativement au centre, à l’extrême-gauche, cette question est biaisée. Elle est liée à une difficulté de trouver un référentiel correct. Dans l’absolu, qui sont les extrémistes ?

    Est-ce extrémiste que de défendre le fait de vouloir mettre fin à l’oppression, à la domination, à l’exploitation, de vouloir liquider le sous-développement, l’inégalité d’accès à l’éducation, d’offrir des soins, des logements décents et en nombre suffisant, l’accès à la culture et aux loisirs ? Est-ce extrémiste ?

    L’entêtement de la bourgeoisie à s’accrocher à son mode périmé d’accaparation des ressources, à ses privilèges de classe, là réside l’extrémisme. Maintenir les masses la tête sous l’eau, dans l’exploitation, dans la misère, dans le sous développement, dans la mort par la faim, par la maladie, par la guerre, voilà leur moyen de dégager du profit. Là réside le crime.

    Certes, nous ne reculons pas devant des moyens durs pour la lutte, mais ils ne sont que le miroir de la résistance obsessionnelle de la bourgeoisie. Nazisme, fascisme, obscurantisme, violence policières, terrorisme d’Etat, guerre civile… elle utilise tous les moyens pour maintenir dans un carcan les exploités.

    Certes nous défendons le principe de la dictature du prolétariat, mais elle est le bouclier contre les méfaits des assassins, des bandits, des conspirateurs et des restaurateurs du pouvoir bourgeois.

    Nous agissons de manière logique, cohérente, sans débordement, sans soif de sang. Nous agissons avec des moyens à la mesure de la tâche que nous nous fixons :  celle de faire choir notre bourreau : la bourgeoisie et en premier lieu la bourgeoisie de l’Etat français, celle qu’incarne Macron.

    Car la bourgeoisie, voilà la véritable extrémiste.

    Voilà qui sont donc les fainéants, les cyniques, les extrémistes. Nous rejoignons alors Macron. Nous ne les laisserons pas se mettre en travers de notre route ni de celle de la lutte !

    Nous n’oublions pas les injures. Nous n’oublions pas le mépris. Nous n’oublions pas les crimes de la bourgeoisie.

  • Le dangereux solo de Mélenchon.

    Le dangereux solo de Mélenchon.

    Le dangereux solo de Mélenchon.

    Que chaque force politique ou syndicale ait une stratégie, cela va de soi. A l’exception de celles et ceux qui se complaisent dans le suivisme intégral -il y en a- il s’agit d’une des raisons fondamentale de l’existence des organisations et des groupes.

    Ces stratégies sont diverses et variées, elles reflètent les conceptions politiques et idéologiques de celles et ceux qui les mettent en pratique. Elles sont également diversement compatibles. Certaines se marient très bien avec d’autres, permettant la naissance d’alliances, d’autres, au contraire, sont antagoniques. Elles ne peuvent pas former de synthèse -même temporaire- et ne conduisent qu’à l’affrontement et l’anéantissement.

    Dans la situation actuelle, nous considérons qu’il existe une réelle urgence. L’offensive de la bourgeoisie, que nous avons détaillée dans notre brochure Le plan de la bourgeoisie, sera terrible. Elle concernera tous les aspects de la vie des travailleurs et des travailleuses, ainsi que des chômeurs, retraités et invalides. Ces attaques de fond sur les contrats de travail, sur le salaire, sur le niveau de vie, se traduira par une terrible vague de misère.

    Sous-estimer les ravages de cette offensive est grave. Certaines organisations ont tendance à le faire et à ne pas traiter la question de la lutte avec le sérieux nécessaire. Il s’agit d’une erreur. Mais lorsque certains tentent cyniquement de s’en servir comme d’un marchepied, quitte à causer sa faillite, une autre étape est franchie, celle de la trahison pure et simple.

    Que chaque organisation, que chaque courant politique essaie de faire triompher son point de vue au sein de la lutte, la cause est entendue. Là, encore, la cohérence règne. Le problème serait plutôt si le silence régnait au lieu du débat, et, surtout, du débat de fond. Mais les dirigeants des organisations et des mouvements qui sacrifient les luttes, en particulier les luttes aussi essentielles, pour se construire un petit promontoire, deviennent des ennemis de la lutte.

    Celle qui s’annonce est d’une importance qui dépasse la question des intérêts de telle ou telle clique de professionnels de la politique.

    Déjà, les vautours rodent.

    Force Ouvrière annonce clairement, sans ambages, son intention de trahir, en refusant toute unité le 12 septembre. Dernier coup de poignard en date, de la part d’un syndicat conçu comme fossoyeur des luttes, comme un fer de lance de l’anticommunisme.

    Le Parti Socialiste annonce sa volonté de rejoindre la lutte contre une loi qu’il a mise en œuvre lui même. Il tente de se recréer une virginité politique, après 5 ans passés à écraser les travailleurs et les travailleuses. Charognards parmi les charognards, ils attendent leur heure.

    Combien d’organisations syndicales et politiques vont jouer ce jeu de double face ? Nous l’ignorons.

    Toujours est-il qu’une légitime méfiance ne peut que résider en face de celles et ceux qui ne voient que leurs intérêts personnels au sein de la lutte.

    Il s’agit, malheureusement, de l’orientation que semble prendre la direction de  la France Insoumise, au travers du discours de Mélenchon, à Marseille.

    Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur les militants et militantes qui s’engagent dans ce mouvement. Des militants et des militantes correctes, honnêtes, dévoués et sincères sont dans leur rangs, mais sa direction, quant à elle, est nettement plus sujette à caution. C’est ce que nous déplorons. La stratégie qui se met en œuvre est dangereuse, car elle n’engage pas seulement la personnalité et les désirs de la direction de la FI, dont nous n’avons que faire, mais elle a des répercutions sur la lutte sociale, sur l’unité et la force du mouvement de contestation. Elle agit comme un coin enfoncé dans le front contre les réformes de Macron, contre les attaques du patronat, contre l’abîme de misère qui nous contemple.

    Les batailles de chefs, les batailles de petites bureaucraties internes, pour des queues de cerises, ne nous intéressent guère en tant que tel, mais les répercutions qu’elles engendrent oui, car nous les payons. Les membres de l’appareil des organisations sont dans une tour d’ivoire. Ils ne sont pas les victimes des défaites. Les masses le sont, et, c’est là l’une des phrases emblématique du mouvement maoïste, nous devons « servir le peuple » et non « se servir du peuple. »

    Dans le cas de la FI, la stratégie que la direction prend est le reflet de l’origine politique de ses cadres. Au final, celle-ci est trustée par des professionnels de la politique, par des tribuns formés à la même école, partageant le même habitus de classe de membre de l’appareil d’Etat.

    Corbière et Mélenchon, pour ne citer qu’eux, ont tous les deux été formés à l’école du lambertisme, cette branche particulièrement chauvine et sectaire du trotskisme. L’un et l’autre ont été membres du PCI, dans lequel Lambert évoluait, et ont suivi sa voie, au travers de ses évolutions. Cela a laissé sa marque, a constitué leur fond politique. Celui-ci, mâtiné d’entrisme, de fractionnisme, d’avancées drapeau replié, ils ne l’ont pas renié un seul instant. Cette culture politique ne se marie pas particulièrement avec l’honnêteté politique, ni avec le fonctionnement démocratique au sein des organisations.

    La création de la FI, elle-même, est une parfaite illustration.

    Le Nouvel Observateur, dans un article intitulé La France insoumise : organisation cherche révolution ! met le doit sur cette ambigüité. Les chefs de la FI sont tous des dirigeants politiques issus du sérail, rompus à toutes les combines. Ce sont des professionnels. Ils entendent le rester, en formant, selon des méthodes éprouvées, une chape de plomb au sommet de l’organisation.

    Repousser la convention nationale, pour mettre fin au « blabla » dénigré par Jean-Luc Mélenchon, cela signifie reconduire, jusqu’aux calendes grecques, une direction qui dispose du contrôle absolu de l’ordre du jour et de l’appareil.

    Elle est une organisation prétendument horizontale, mais d’une opacité totale. Les procédés employés sont obscurs et indéchiffrables. Les comités de base, nommés groupes d’appui, le terme révèle leur nature non-décisionnaire, peuvent se réunir en convention, certes. Mais le pouvoir de ces conventions n’est défini nul par. Il demeure à la discrétion des dirigeants.

    La prise de décision est le fruit des groupes dirigeants uniquement, ou, lorsque cela va dans leur sens, du plébiscite. Dans la mesure où, si des décisions leur déplaisent, il reste la manne titanesque des 500 000 adhérents internet, prêts à faire fonctionner une démocratie du clic. La dizaine de milliers d’adhérents de terrain sont ainsi noyés par les invérifiables centaines de milliers de cyber-militants.

    D’autant que les plates-formes internet ressemblent à des listes de courses infinies, où chacun peut trouver ce qui lui plait. Mais la cohérence politique n’est pas au rendez-vous. Ni le démocratisme. A nos yeux, cette manière de fonctionner ôte toute parole aux militants et militantes de la FI. Ces plateformes sont censées être le reflet de la parole de la base, mais les positions de la FI sont pourtant des copies-carbones des ouvrages du chef, écrits longtemps en amont. Il est douteux de croire que spontanément, les positions de militants, majoritairement hostiles aux aventures militaires, s’alignent sur celles d’ouvrages aussi répugnants que l’ère du peuple et le hareng de Bismarck, lesquels sont véritables incarnations du social-chauvinisme agressif. Nous ne pouvons croire que les militants et militantes sincères s’alignent sur les positions d’individus comme Djorge Kumanovic, digne héritier des barbouzes de Mitterand et des réseaux Foccart. Et ce, tandis que retentit la Marseillaise, l’hymne de l’impérialisme français. Le maquillage à coups d’Internationale n’aura duré qu’un temps, l’heure est au chauvinisme le plus brutal, sur le dos des adhérents.

    Cette prétendue démocratie interne n’est qu’un prétexte à l’adhésion, au final. Elle n’est pas un débat, elle est un collier de chaines que doivent porter les militants et militantes de la FI.

    Car la démocratie au sein des organisations ne se nourrit pas de ces « plateformes. » Au mieux, cela se termine pas la mise en œuvre d’organisations criblées de fractions, sans unités, perdues par les affrontements entre cliques et entres chapelles. Au pire, celles-ci ne sont tout simplement pas écoutées, pas prises en compte. Elles ne sont pas plus démocratiques que la démocratie bourgeoise qu’elles prétendent remplacer ou améliorer.

    Cette direction n’a pas hésité à fonctionner en décrétant des positions, en imposant des choix correspondant aux désirs de celle-ci, dévoilant le fait que la démocratie n’est que de façade. Ainsi, au cours des élections, les militants de la FI et du PCF ont parfois œuvré en bonne intelligence. Localement, les comités de base ont choisi la voie de l’alliance par opposition à celle de l’affrontement. Cela ne correspondant pas à l’ordre du jour de la direction, celle-ci n’a pas hésité à court-circuiter des candidats que les comités de base avaient pourtant intronisés, en alliance avec d’autres forces.

    Pourquoi une telle attitude ?

    Cela car les dirigeants de la FI sont affamés de postes et de fauteuils.

    Mouvement sans bases d’appui, la FI n’a d’autre choix que de les prendre là où elle peut : sur le terrain de ses proches. Sa popularité, face au PCF moribond et face au PS marqué du sceau de l’infamie, le lui permet.

    D’autant qu’en 2012, le « combat des chefs » entre Mélenchon et Le Pen, a été un échec. Courageux mais pas téméraire, le chef s’est reporté sur une cible facile, où, au lieu d’avoir une bataille, il y aurait une victoire facile. Terne, mais efficace. Oublié le tonitruant discours du 14 mai 2012 sur les parachutés, sur les planqués. La bataille d’ensemble, le raz-de-marée a échoué, place à l’avancée, les dents serrées, en prenant les places des alliés de la veille.

    Ainsi, le choix de Marseille, où Jean-Luc Mélenchon fut parachuté, est illustratif.

    Cette stratégie de vampirisation de l’espace ne contribue pas à créer les bases d’une unité, même tactique, avec des forces qui ne cherchent qu’à s’imposer comme centre unique.

    Il est notable que la grosse tête de Mélenchon n’est pas une nouveauté. Celui-ci, ainsi, le 13 mai 2017, tweetait « Je rappelle aux antifascistes d’opérette que c’est moi qui ai gagné en justice le droit de qualifier Le Pen de « fasciste. » Les antifascistes sauront apprécier cette marque de respect. Mais tant que la portée des propos se limite à blesser les égos, tant qu’il s’agit de vantardise, les choses restent gérables.

    Mais lorsque la question s’étend à la lutte sociale, la tournure devient nettement plus aigre.

    Les discours de Jean-Luc Mélenchon, à la suite des législatives, entrent dans cette droite ligne. Se proclamant centre de l’opposition, déclarant ainsi le 18 juin 2017 « c’est notre groupe qui appellera le pays, le moment venu, à une résistance sociale. » La date et le contenu en disent plus qu’un long discours. La poignée de députés FI seraient le point d’encrage de la « résistance sociale », seuls contre tous. Qu’importe le vide de sens du terme, le résultat est là. Ni syndicats, ni partis opposés à la politique du gouvernement, ni rien. L’alpha et l’oméga, pour l’ »ex »-lambertiste, c’est son mouvement. Ni plus ni moins.

    Dans un effort de gymnastique mentale intense, ils réussissent même à revendiquer les abstentionnistes comme étant des alliés, comme faisant partie du même mouvement. Y compris lorsque ces mêmes abstentionnistes « dégageaient » l’ancien PS en même temps que les autres candidats. Or, la lutte terrible qui s’annonce se marie mal de cette politique autocentrée. Pourtant c’est bien cette voie que choisit le tribun.

    Lors du discours de clôture de leur université d’été, à Marseille, entre les 25 et 27 août, Mélenchon, avant que retentisse la Marseillaise, déclarait : « La vague dégagiste va reprendre et s’amplifier, elle a rendez-vous le 23 septembre. C’est le moment de venir, les gens, d’exprimer dans la démocratie de la rue, les leçons des élections que vous avez porté avec vos bulletins de vote et par l’abstention. » Manière particulièrement dérangeante de présenter les choses. En effet, la CGT et les organisations syndicales d’une manière générale, Front Social et la plupart des organisations politiques prennent comme date le 12 septembre. Jean-Luc Mélenchon décrète, quant à lui,  que le 23 septembre sera le point de départ de la lutte. Il s’agit d’une dangereuse manière de faire cavalier seul.

    Pour se placer au centre, les dirigeants de la FI se doivent de renier toute légitimité, voir toute existence aux autres forces. Cette conception sectaire, nous ne la connaissons que trop bien, hélas. A l’inverse, ce que ciblent d’ailleurs plusieurs communiqués, des comités locaux se sont emparés sans ménagement de cette date de lutte, pour en revendiquer la paternité, nous reviendrons dessus par la suite.

    Le 23 septembre n’est pas une date anodine. Elle est la « journée de la paix », journée impulsée et investie par la Némésis de la FI, le PCF. L’espoir de la direction de la FI, c’est d’apparaitre seul, tandis que ses concurrents sont occupés ailleurs.

    Ce comportement n’est pas seulement détestable, il est dangereux. Il est dangereux car il table sur la liquidation de toutes les organisations politiques et syndicales qui ne lui sont pas directement inféodées. Elle table sur le fait de tout broyer pour rester seul récipiendaire des lauriers de la victoire.
    Sauf que, sans mobilisation unitaire, sans sincérité, il n’existera pas de victoire.

    Les élucubrations marseillaises de JLM laissent un goût de cendre en bouche, un goût amer, entretenu par l’idée que la mobilisation sur la loi travail risque de se faire sur deux fronts : contre le gouvernement et contre les récupérateurs assoiffés de postes et de mairies.

    L’attitude de Jean Luc Mélenchon, en vérité, est celle d’un liquidateur, prêt à tout pour s’imposer, quitte à faire payer aux masses le prix le plus fort. En ce sens, il opère un juste retour auprès de ses sources d’origines, le trotskisme. Il ne désire rien plus que l’effondrement de la CGT, du PCF, de toutes les organisations qui sont sur le même créneau que lui. S’il ne se hisse que sur un champ de ruine, celui lui conviendra.

    Si il faut marcher seul, il le fera, car c’est là son gagne-pain, là sa carrière.

    Déjà, ses lieutenants ont manœuvré pour instiller la méfiance entre la CGT et Front Social. La CGT ressent comme une tentative de l’affaiblir la naissance de ce front. Comment la blâmer ? C’est bel et bien ce que les fidèles de Mélenchon ont à l’esprit en s’y investissant. La CGT apparaissant comme un bastion du PCF -ce qui n’est pas faux en soi- la direction de la FI impulse une ligne qui vise à ne pas marcher avec elle, voir même contre-elle, pour ne pas donner le moindre grain à moudre au PCF. Lorsqu’elle « marche » avec la CGT, la situation n’est pas forcément plus joyeuse. Ainsi, les Communistes Libertaires de la CGT – une émanation de Alternative Libertaire, se sont feint du communiqué suivant :

    Mélenchon piétine l’indépendance de la CGT

    samedi 26 août 2017

    La France Insoumise se prend maintenant pour la grenouille qui avale le bœuf !

    Nous avons pendant longtemps défendu pied à pied l’indépendance de la CGT vis-à-vis du PCF. Puis le délitement du PCF nous a conduits à défendre l’idée que l’indépendance vis-à-vis d’un parti ne veut pas dire apolitisme. Nous défendons l’idée que la CGT doit inscrire son activité dans une perspective de révolution sociale et dans le respect du pluralisme des sensibilités politiques qui partagent le mouvement le mouvement ouvrier.

    Alors quand les militants de Mélenchon veulent imposer leur calendrier et leur leadership sur le mouvement social et la CGT en entretenant une confusion complète (voir l’affiche ci-joint), nous sommes encore debout contre de telles pratiques !

    Une mise au point du Bureau confédéral devient nécessaire devant la multiplication de ces pratiques par des militants FI !

    L’affiche incriminée a de quoi, en effet, entraîner cette réaction épidermique. Entre le bleu-blanc-rouge, les portraits de Mélenchon, toute l’iconographie de la FI y passe. Cependant, le macaron de la CGT achève de créer un effet douteux  d’OPA hostile.

    Pourtant, hormis ces quelques agents, Front Social n’est pas un front visant à saper la CGT, mais au contraire, à permettre une dynamique unitaire, plus large, plus puissante. La nécessité de ce front est pourtant largement comprise.

    Dans les « cortèges de tête » de la lutte de 2016, même les mouvances autonomes, pourtant rarement pro-CGT, appelèrent au cortège de « K-ways noirs et chasubles rouges », manière de promouvoir une unité d’action large entre syndicats, forces politiques radicales et groupes variés.

    Nous ne doutons pas que ces idées puissent faire leur chemin dans la large majorité des esprits, au cours des débats et des discussions qui peuvent avoir lieu lors de la construction de ce mouvement. Nous ne doutons pas qu’une large majorité de militants et militantes FI s’y rallient et en sont convaincus.

    Mais nous redoutons que la direction liquidatrice de la FI l’emporte et poursuive ce jeu dangereux, nous redoutons qu’elle ne sabote purement et simplement le travail unitaire pour sacrifier la lutte sur l’autel de ses petits intérêts.

    Nous redoutons cela, car c’est ce qui transparait des messages de Mélenchon, ce qui transparait de ses discours, ce qui transparait de sa stratégie de lessivage de ses alliés.

    Nous pensons que cette lutte à un caractère hautement stratégique, et qu’elle ne peut être le théâtre de cette comédie ridicule.

    Nous pensons qu’une grande part des militantes et des militants de la FI feront le bon choix, le moment venu. Celui de la lutte sincère et unitaire. Mais nous espérons que cela leur ouvrira les yeux sur la direction de son mouvement, et qu’ils sauront en chasser les éléments opportunistes et carriéristes, dussent-ils en être les fondateurs et les animateurs principaux.

    Dans la lutte stratégique qui s’ouvre, il n’est possible de n’avoir qu’une seule stratégie : celle du combat sans esprit de recul, sans esprit de capitulation et de négociation.

    Ceux et celles qui luttent contre cette loi doivent ne former qu’un seul rang, une seule ligne de front. Cela n’éteint pas les divergences, les désaccords, les conflits, les hostilités en fonction des clivages politiques internes.

    Il s’agit d’un phénomène normal au sein d’une lutte. C’est ainsi également que la conscience politique évolue, dans le creuset des débats, dans la bataille d’idées, dans les échanges. Nous même ne cacherons pas notre idéologie ni notre drapeau, de même que nous invitons chacun des acteurs à faire de même.

    Mais ce qui ne se marie pas avec la lutte, c’est la cuisine secrète, les manigances, la mesquinerie et la fourberie, dont certains courants et certaines idéologies sont coutumières. Ceux-là n’ont pas leur place dans nos rangs. Ils n’ont de place qu’auprès des bourgeois et des exploiteurs, à quémander des miettes et des postes.

    La lutte commence ! Menons-là jusqu’au bout !