Étiquette : Mélenchon

  • Deuxième tour des élections

    Deuxième tour des élections

    Le second tour des élections législative a eu lieu. Il s’est traduit avant tout par une défaite électorale pour LREM, qui ne possède plus la majorité absolue. Pour avancer sur leurs projets, les architectes du programme de Macron devront donc obtenir la complicité d’autres forces politiques, et donc rechercher des compromis. Cela peut rogner les marges de manœuvre des réformateurs libéraux dans leur entreprise de liquidation des conquêtes sociales.

    Il se traduit aussi par deux percées : une à gauche, au tour du NUPES, l’autre à droite autour du RN. Les résultats sont les suivants : la gauche parlementaire passe de 60 députés en 2017-2022 à plus du double. Le RN passe de 8 députés à 89 ce qui est une multiplication par 11 ! Dans le détail des scores au sein des alliances, les partis du XXe siècle, PS (45 → 22), PCF (16 → 13) et LR (100 → 78) continuent de péricliter. LFI et le RN sont donc les grands gagnants de ce scrutin, avec 86 et 89 élus.

    Un constat positif mais mitigé

    La gauche et l’extrême droite sont donc sortis renforcés de ce scrutin. Cependant, les résultats ont été en deçà des estimations d’origine, lesquelles donnaient entre 150 et 190 députés. Ce n’est pas une « vague rouge » ni même une « vague rose », c’est en revanche un revers pour les partis du centre. Cette relative déception est le fruit d’un intense lobbying réalisé par les partis de centre et de la droite pour bloquer toute marée NUPES. Elle est le reflet d’un choix constant dans l’histoire : les exploiteurs préfèrent toujours des partis dictatoriaux de droite à des élus d’une gauche moins corruptible que le PS. Elle est aussi le reflet de la difficulté, pour une gauche qui a tant déçu par le passé, de mobiliser un électorat qui préfère souvent l’abstention, voire les « solutions qu’elle n’a pas essayé avant », le vote d’extrême droite. Quant à Zemmour, qui est l’absent de ce scrutin, nous pensons que son heure viendra. Sa cause, celle d’une réunion des deux droites françaises, fasciste et gaulliste, est probablement celle qui permettra la victoire de la droite élargie. Pour le moment, celle-ci semble rester dans des logiques classiques de rivalité entre boutiques. Cela lui a pour le moment offert un balcon à l’Assemblée. Demain, lorsqu’elle lorgnera le pouvoir, elle regardera à nouveau l’idée d’une alliance.

    Le centre continue de s’effondrer au profit des ailes

    Le dépit d’une grande partie de la population, qui ne croit plus dans la politique politicienne, et la désagrégation du centre de l’échiquier politique expliquent cette polarisation. Elle reflète des attentes différentes, attentes auxquelles le système démocratique libéral et ses politiciens ne peuvent répondre. La politique politicienne n’est tout simplement pas capable de répondre aux enjeux vitaux de notre époque : guerre, crise économique, crise écologique – devant le seuil de laquelle nous nous tenons.

    Nous ne doutons pas de la bonne volonté de certains élus et de la majorité des militants et des militantes qui ont soutenu NUPES ou d’autres formations de gauche. Mais les défis auxquels il faut faire face ne pourrons être affrontés dans le cadre d’un système qui a été construit et architecturé pour servir à gérer l’exploitation de l’humanité et de la nature. Le système démocratique libéral est étriqué, corrupteur, fait pour entraver l’action de transformation de la société. De plus, les enjeux sont tellement grands que les puissants et les puissantes – ainsi que leurs larbins – n’hésiteraient pas un seul instant à s’affranchir de toutes les règles démocratiques si leur ordre était menacé. Ainsi, le 16 juin, le syndicaliste Force Ouvrière Police Yves Lefebvre déclarait : « Je n’obéirai jamais à Jean-Luc Mélenchon. La France serait en feu, mais cette fois cela opposerait la police nationale au pouvoir politique. » Qu’en serait-il des milliardaires ? Hésiteraient-ils entre la démocratie et leurs intérêts ? Accepteraient-ils la majorité ? Nous connaissons tous et toutes la réponse.

    Fournir une réponse

    Quant à la réponse fournie par l’extrême-droite, elle consiste uniquement – sous prétexte d’intérêt national – à sacrifier ceux des exploités et à les livrer pieds et poings liés à leurs exploiteurs. À faire cause commune avec eux et à mettre la société en ordre de bataille pour les servir.

    C’est pour cela que nous pensons que le système démocratique libéral ne l’est pas réellement. Il est étriqué, corrupteur, soumis à des impératifs de démagogie et de satisfaction des exploiteurs. Nous pensons que les réponses ne peuvent être que dans une politique populaire, menée par les principaux et les principales forces de notre société : c’est à dire ceux et celles qui produisent les richesses. Les exploiteurs, qui ont intérêt dans la misère et dans la dévastation de l’environnement, ne peuvent apporter de solution. Nous croyons à une souveraineté populaire illimitée, incarnée par un parti populaire qui serait capable de défendre ses intérêts profonds et de long terme. Nous pensons que le pouvoir populaire n’a pas à connaître d’entraves : il doit être total et permettre l’arrivée d’une ère nouvelle. Une ère dans laquelle l’économie se base sur ce que peut raisonnablement et durablement fournir la Terre et sert à servir les intérêts de l’humanité entière. Une ère dans laquelle la course folle au profit dévastateur ne sera plus qu’une anomalie de l’histoire, une crise d’adolescence de l’humanité.

    Bien sûr, construire les outils qui permettent cette victoire prendra du temps. Dans l’intervalle, les succès électoraux sont des bonnes nouvelles intermédiaires. Mais ils ne doivent pas faire oublier que l’objectif final est plus grand, plus lointain, plus profond.

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • L’histoire statufiée.

    L’histoire statufiée.

    Histoire statufiée

    La relance du mouvement Black Lives Matter, depuis le meurtre de George Floyd, a relancé une polémique : celle des symboles du passé. Statue de Churchill, statue de Léopold II, drapeau confédéré… les points d’accrochage n’ont pas manqué. Les réactions non plus. Dans l’ensemble, les réactions politiques ont été celles d’une préservation du patrimoine toponymique et statuaire. Pourtant cette question mérite qu’on se penche sur elle.

    Quand le passé devient insupportable.

    Si je parle en mon nom propre, c’est car la question du ressenti et du ressentiment est centrale dans cette affaire. Personnellement je ne suis pas choqué par le fait de voir une auberge Louis XI à Péronne, ni une statue Louis XIV à Lyon. Il s’agit d’un passé qui ne fait pas d’écho avec l’actualité, qui ne me touche pas personnellement. Et ce quelque soient mes sentiments pour ces individus. Il s’agit d’un débat dépassionné, sans conséquences. La statue ou le nom, dans ce cadre, peut très bien se marier avec la nuance.

    Mais ce n’est pas le cas pour d’autres personnes et d’autres sujets.

    Le passé colonial, par exemple, n’est pas une chose morte. Il provoque un écho par rapport à une réalité vécue et expérimentée par une partie importante du monde. Il est également indirectement vécu par toute une partie de la population de France. Il renvoie à la situation des pays sous domination économique et politique de la part des impérialisme (dont celui de la France). Il renvoie à des conceptions qui nient le caractère criminel de cette entreprise et qui tendent à la justifier encore et encore. Il renvoie à une place des peuples colonisés dans l’imaginaire collectif des pays colonisateurs : infantiles, sauvages, folkloriques.

    Elle est une mémoire bien trop vivante pour devenir une histoire dépassionnée.

    Il en est de même pour les lieux ou les noms qui renvoient à des luttes ou des combats qui ont encore un écho aujourd’hui. Quand Marine Le Pen écrit : « J’irai ce jeudi 18 juin sur l’île de Sein pour rendre hommage à ces Français qui ont choisi la liberté de la France face aux élites qui s’étaient soumises. Et personne n’a le droit de m’interdire de le faire ! » Comment ne pas se sentir souillé ? Comment ne pas avoir l’impression que le RN/FN, fils de la collaboration, de l’antisémitisme, fils de Pétain, puisse s’approprier, à son bon gré, le souvenir de la Résistance ? Il en est de même lorsqu’elle a rendu hommage à Nelson Mandela, après avoir soutenu l’Apartheid. Cette appropriation et cette déformation est insupportable.

    Dernièrement, lorsque Onfray prend, pour nommer sa clique fasciste, le nom du Front Populaire, c’est une humiliation supplémentaire. Il se sert de ce front social, antifasciste, luttant contre la domination des cartels et des trust, pour faire l’inverse.

    Les luttes et les victoires sociales ont bon dos. Ceux qui s’en réclament aujourd’hui sont ceux qui enferment les migrants dans des camps de concentration. Ce sont ceux qui votent les crédits à des opérations militaires. Ce sont ceux qui promeuvent la place de la France dans le monde en tant que puissance impérialiste. Jean Ferrat écrivait, dans « Ma France » résume parfaitement cette dualité.

    Ma France
    Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
    Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
    Celle qui construisit de ses mains vos usines
    Celle dont monsieur Thiers a dit « qu’on la fusille. »
    (…) Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige…

    Jean Ferrat

    Les lieux défendus au nom d’un mythique récit commun.

    Pour défendre ces lieux et ces noms, une large coalition de politiciens, dont la présidence de la République, ont déclaré que ce « récit commun » ne saurait être réécrit.

    Le terme « récit commun », utilisé par Manuel Valls sur twitter, est intéressant, car il place l’histoire sous un angle utilitariste et subjectiviste. Pour eux, l’histoire n’est pas une science, elle n’a pas vocation à restituer les faits historiques et leurs processus sous-jacent. Elle a vocation, pour Valls et bien d’autres, à être une narration, une histoire civique et exemplaire, dont le but est de justifier les rapports de force et de pouvoir à l’heure actuelle.

    Nous ne partageons pas la même histoire. Elle est marquée par nos positions dans la société. Ce récit du commun, qui a servi à construire la Nation, possède une part importante de construction artificielle. Le vécu des masses et le vécu des élites n’a pas été le même, ni les réactions durant ces événements. La guerre 1914-1918 est partagée entre les « planqués » et les « sacrifiés ». L’esclavage entre les maîtres et leurs propriétés humaines, considérées comme des meubles…

    Ils sont constamment réécrits ou escamotés. Pour permettre aux réactionnaires d’hier de passer pour des héros, pour faire oublier les crimes passés, pour mettre sur un pied d’égalité les bourreaux et les victimes. Dans la guerre d’Algérie, la mise sur le même plan des souffrances des indigènes et des pieds-noirs, par exemple, pousse à la neutralité1. Neutralité qui revient au statu quo età condamner la guerre de libération nationale du FLN.

    Ce qui a été retenu, au travers de la grille de l’histoire officielle, enseignée à l’école, est déformé, architecturé, pour servir à justifier aujourd’hui. Le curriculum qui va de la démocratie athénienne (dont on escamote le fait qu’elle n’a pu exister que par l’esclavagisme) et qui finit par les régimes totalitaires (dont on escamote également la porosité avec les « démocraties libérales ») est là pour une chose : montrer que le régime de la Ve République est le meilleur – il est le seul étudié ! – et montrer que l’histoire est positive et va toujours vers un mieux. Lorsqu’on se penche sur la manière dont la France est perçue à l’étranger, le mythe se fragmente. État autoritaire né du coup d’État de 1958, centre de la réaction à partir des années 1970, envahisseur impérialiste…

    Le mythe se fissure progressivement avec la hausse des violences et des tensions.

    Peut-on couper la poire en deux et faire vivre deux histoires ? Les personnages ont-ils une dualité ? Cette dualité est pratique, car elle surfe sur le post-modernisme et la négation d’un « méta-récit » un récit objectif des processus historiques. Elle permet de faire vivre des réalités « selon les sensibilités ». Elle permet de résumer le débat autour des figures de l’histoire à une question de point de vue. Il n’existe pas « deux Churchill » par exemple. Il existe un seul et unique Churchill. Il n’existe pas de séparations entre son anticommunisme, son hostilité aux projets nazis et le fait qu’il ait organisé une famine au Bengale. Il s’agit des conséquences d’un seul et unique engagement, en faveur des intérêts de l’impérialisme anglais. Il n’existe pas non plus deux Ferry, deux Colbert. Il n’existe pas non plus de Pétain de 1917 ou de Pétain de 1940.2 Les actes « positifs » et les actes « négatifs » proviennent de la même expression idéologique.

    Recontextualiser les statues n’est pas souhaitable pour beaucoup, car cela fragmenterait les idoles. Cela mettrait en péril l’image mentale de la France juste, pure, des droits de l’Homme. Cela lui redonnerait une place de pays qui a construit sa richesse sur le vol, l’esclavage, la spoliation et l’exploitation continuelle. Alors, puisque cette ligne de défense est explosive, beaucoup préfèrent se limiter à la négation du symbole. Dire que ce n’est qu’un souvenir. Dire que ce n’est que de la pierre.

    L’idée que les statues sont de simples souvenirs du passé est fausse. Elles sont un enjeu. La France a mis son veto à la commémoration de la bataille de Waterloo pour sauver l’image de Napoléon. Le dictateur impérial est vu comme un proto-Hitler par la très large majorité du monde, particulièrement la Russie. La France a empêché que la Belgique puisse produire une pièce de 2€ commémorative, parce que cela égratignait son orgueil. Pourtant ce n’est qu’une pièce parlant d’une bataille qui s’est déroulée il y a 200 ans.

    Il a fallu un procès pour que le MLPD puisse ériger, le 20 juin, la première statue de Lénine en ex-RFA. La destruction de celles de l’ex-RDA (le « Le pays disparu » pour Nicolas Offenstadt3) et de l’ex-URSS est devenue un symbole de la déstalinisation puis de la fin du « socialisme réel ». Il serait aisé d’arguer qu’il s’agissait d’une transition brutale d’une réalité à une autre. Mais il est tout aussi aisé de rétorquer que celle des peuples colonisés est similaire. Une indépendance qui n’accouche jamais réellement, un racisme qui reste présent, un tunnel sans lumière à la sortie.

    D’ailleurs, si je défend tout à fait l’idée que cette statue de Lénine est importante, c’est précisément pour des questions d’avenir, et absolument pas de passé. C’est pour que soit rappelé qu’il existe autre chose que le capitalisme ou que l’impérialisme.

    Il ne faut pas hésiter à le clamer.

    Nous sommes étouffés par des toponymes qui renvoient à notre situation d’exploités et d’opprimés. Nous sommes étouffés par une révision de l’histoire constante, faite au nom du « récit national » qui vise à justifier l’exploitation actuelle.
    Nous sommes étouffés par le vol de l’histoire populaire, de l’histoire des luttes et son usage contre les exploités.
    Nous pouvons faire tomber les statues des idoles, ouvrir les débats, repenser notre histoire. Mais elle doit servir tant à la justice, tant à la réparation qu’à la préparation de l’avenir.

    1« Au nom des droits de l’homme, une certaine symétrie entre colonisés et colonisateurs est construite dans les manuels en étendant la qualification de « victime » : « rapatriés », torturés de tout bords ( …) les peuples colonisés (…) sont désormais décrits comme des victimes après avoir été mis dans a catégorie des bénéficiaires du colonialisme ou des terroristes ; le même processus affecte les pieds-noirs, désormais moins stigmatisés comme empêcheurs d’une colonisation de progrès, mais comme des « rapatriés » victimes. » Cock, L. de, Citron, S., & Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (Paris). (2017). La fabrique scolaire de l’histoire. Agone éditeur. p.80

    2« Pétain était un officier supérieur dans une guerre de trois décennies, qui ne peuvent être détachées les unes des autres. Il est le même homme, à toujours tenu la même ligne, à toujours été le même passéiste, agrarien, réactionnaire et pourrissant, comme l’impérialisme qu’il défendait. » E.V. 2018.

    3Offenstadt N. (2018), Le pays disparu. Sur les traces de la RDA.

  • Andréa Kotarac ; Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été.

    Andréa Kotarac ; Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été.

    L’annonce, par voie de presse, du ralliement de l’élu régional LFI du Rhône, Andréa Kotarac, au Rassemblement National, en a choqué plus d’un. À commencer par sa propre organisation, le Parti de Gauche 69. Celui-ci, de son propre aveu, s’est déclaré « consterné » par le fait d’apprendre du jour au lendemain cette trahison. 

    « Une trahison préméditée, destinée à être annoncée au moment où elle nous ferait le plus de mal pour les élections européennes et concertée avec les cadres du RN, au vue de la promptitude avec laquelle le RN l’a relayée. »

    Étant donné que, quelques jours auparavant, il répercutait toujours les publications de LFI, de Mélenchon, ou des soutiens de la campagne de Mme. Aubry, candidate aux élections européennes. 

    Kotarac a ainsi déclaré à la presse et sur son compte tweeter que « La pensée mélenchoniste indépendante à laquelle j’ai adhéré est en ce moment minoritaire au sein de La France insoumise, voire ultra-minoritaire au sein de la gauche » et que, par voie de conséquence « J’appelle à voter pour la seule liste souverainiste, qui met en avant l’indépendance de la France et qui est la mieux à même de faire barrage à Emmanuel Macron. » Ce qui signifie, dans son esprit, voter pour le Rassemblement National. 

    Il a cependant précisé qu’il n’adhérait pas à l’organisation d’extrême-droite. Le lendemain, Marine le Pen a, ainsi, déjeuné avec lui. Elle a déclaré : « J’ai déjeuné avec lui. Il m’a paru être un garçon extrêmement réfléchi et d’une grande honnêteté intellectuelle. D’après ce qu’il m’a dit, il fait partie de cette sensibilité qui a été mise à l’écart et qui ne se reconnaît plus dans La France insoumise aujourd’hui. » Ironie de la chose, il s’agissait d’une personne qui s’était investie « contre l’extrême-droite », particulièrement présente à Lyon.

    Mais, à quelle sensibilité Marine Le Pen fait-elle allusion si ce n’est celle de Djordje Kuzmanovic ? Dans le fond, c’est aussi à lui, et aux individus qui partagent ses positions souvernainistes-réactionnaires, populistes et chauvines qu’elle s’adresse. 

    Un certain nombre de militants et militantes de LFI ont pu être décontenancés par la posture de leur mouvement et de sa direction. En effet, les appels du pied à une candidature unique de gauche, ou du moins à un rassemblement, ont sonné comme un retour de Mélenchon à sa vieille famille politique, le PS, à une modération des positionnements sur l’Europe, à une liquidation de ce qui apparaissait comme le patrimoine génétique de LFI.

    C’est une réaction logique et sincère. Effectivement, les élections et la pression qu’elles font peser sur les organisations politiques, fait que resurgissent les tambouilles, les arrangements, les accords. Il y a de quoi, en effet, être déçu.

    Un grand nombre de ceux qui sont partis ont ciblé des procédés peu démocratiques au sein de LFI. Et nous souscrivons à certaines critiques. Cependant, il existe aussi une question idéologique de fond dans le départ d’individus comme Kuzmanovic ou Kotarac, et cette question de fond ne peut être éludée.

    Indépendamment des critiques sur la démocratie interne ou les positions politiques de LFI, il existe une tendance réactionnaire puissante, qui s’est, ou s’était, organisée autour de la personne de Kuzmanovic. 
    Kuzmanovic a eu régulièrement l’honneur de nos tribunes. Dans plusieurs articles, nous avions évoqué la tendance réactionnaire qu’il représentait au sein de LFI. 

    A Lire sur notre site :

    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/france/lettre-ouverte-aux-militants-et-militantes-de-la-france-insoumise/
    https://unitecommuniste.com/international/italie-populisme-et-faillite-de-sa-forme-de-gauche-partie-3/

    Nous avions caractérisé ses positions, qui alors semblaient majoritaires au sein de LFI, comme prêtant le flanc au social-chauvinisme et à la dérive réactionnaire. Ainsi, Kuzmanovic est rentré en pâmoison devant le développement d‘Aufstehen ! sous l’égide de Sarah Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine. 

    L’idée de base de la scission de Die Linke était de chasser sur les terres de l’extrême-droite Allemande, force montante au travers de Alternativ fur Deutschland. En reprenant un discours anti-immigration mâtiné de social, cette organisation pensait tirer profit de la grogne des masses populaires d’Allemagne pour engranger leurs voix. Dans les faits, chaque fois que des organisations ont fait ce choix, non seulement elles n’ont rien gagné, mais elles ont contribué à avaliser les thèses de l’extrême-droite.

    Si La France Insoumise semble avoir été tentée un moment par l’aventure, elle semble s’être ravisée. Une des causes apparaît comme étant son hétérogénéité, qui rendait un virage aussi virulent impossible. Même si plusieurs thèses résolument sociale-chauvines sont présentes dans la littérature écrite par Mélenchon, celui-ci a disgracié Kuzmanovic, lequel, pour ne pas être exclu, a claqué la porte.

    Kuzmanovic, lancé seul, a fondé République Souveraine. Dans les annonces de son départ et dans les corpus de textes de son organisation, il laisse libre cours, cette fois, à ses conceptions.

    « Si la campagne présidentielle, pendant laquelle Jean-Luc Mélenchon a théorisé la rupture avec le clivage gauche-droite, a été portée par la stratégie populiste, les nouveaux cadres de la FI, arrivés avec la marée du succès et majoritairement issus du militantisme gauchiste, sont vite revenus à leurs vieux réflexes, éloignant le mouvement de la majorité du peuple français. (…) La complaisance des segments gauchistes de la FI à l’égard des thèses indigénistes, le mépris affiché pour les forces de l’ordre, la négation du problème posé par l’islamisme et le refus de regarder en face les défis posés par l’immigration ont produit des ravages dans notre électorat potentiel, faisant apparaître la FI comme la vieille gauche à peine repeinte, coupable du même angélisme, incapable de réalisme et de fermeté. »

    Nous retrouvons là plusieurs conceptions ouvertement réactionnaires : une qui appelle de manière volontaire au développement d’une ligne « populiste » qui puisse « dépasser le clivage-gauche droite ». Seulement, Kuzmanovic ne prend guère le temps de nous expliquer ce qui constitue ce clivage, ni comment il comptait le dépasser. Tout au plus, en sommes-nous réduits à observer par la négative le contenu de sa position. « Le mépris affiché pour les forces de l’ordre, la négation du problème posé par l’islamisme et le refus de regarder en face les défis posés par l’immigration ont produit des ravages dans notre électorat potentiel. » Voilà qui nous éclaire partiellement. D’une part sur le fait qu’il aurait donc fallu soutenir les forces de l’ordre, dénoncer le « problème posé par l’islamisme » et regarder en face « les défis posés par l’immigration. ».

    Voilà donc à quoi se référence Andréa Kotarac. 

    Andréa Kotarac défend une vision assez particulière des choses : à ses yeux, il incarne, ainsi que Djorje Kuzmanovic, la vraie ligne Mélenchon, lequel serait pris en otage par son statut minoritaire au sein même du mouvement qu’il anime. Cette manière de voir les choses est probablement beaucoup plus tactique que mû par la sincérité. 

    En se réclamant du vrai Mélenchon, Andréa Kotarac essaie de drainer ceux qui sont mécontents de la ligne de LFI mais qui maintiennent leur confiance dans sa direction. Il a ainsi tweeté : « On ne défend plus les intérêts du peuple mais ceux de la gauche (…) J’ai décidé de quitter @FranceInsoumise (…) Mélenchon n’est pas un dictateur ou Dracula (…) mais sa pensée est minoritaire au sein de LFI. »
    Kuzmanovic, au moins, avait eu l’honnêteté de cracher son venin jusqu’au bout. 

    Sur le fond, qu’en est il ? Kotarac a été qualifié à plusieurs reprises d’opportuniste. Il semble qu’il ne soit pas à son premier revirement. 

    La question demeure. Est-ce par opportunisme ou par pensée idéologique que Andréa Kotarac a agi ? Difficile à dire. La vérité se situe probablement entre les deux. 

    Il n’est absolument pas impossible qu’Alexandre Kotarac ait de grandes sympathies pour la ligne sociale-chauvine -certains diraient sociale-fasciste- défendue par Djordje Kuzmanovic et ses fidèles. Il est tout à fait plausible que lorsqu’il tient des propos ambigus sur l’immigration ( « Sur l’immigration, @JLMelenchon a un bon constat, il a dit que l’immigration était une souffrance. (…) puisque c’est une souffrance, il faut l’arrêter. (…) Je préfère que les gens vivent dignement, fièrement, chez eux. ») il dise fondamentalement ce qu’il pense. 

    Il est tout à fait plausible que lorsqu’il est parti à Yalta, dans l’Ukraine occupée par l’Armée russe, ce soit réellement par sympathie pour Poutine.

    Étant donné le fait qu’il répercutait les publications d’auteurs réactionnaires, à l’image de Natacha Polony, il est, effectivement, fort possible qu’Andréa Kotarac vive son passage d’une rive à l’autre comme une libération, lui permettant de vivre en plein jour sa vraie nature politique. 

    Mais malgré tout cela, s’il s’agissait d’une position idéologique, pourquoi ne pas avoir suivi Kuzmanovic, ou pourquoi attendre maintenant ? Probablement parce que, en plus de ce positionnement idéologique, même au-delà de celui-ci, se trouve également un appétit de carrière. Il pouvait tout à fait garder ses pensées pour lui tant qu’une opportunité de trouver une place dans l’autre camp ne se manifestait pas. Mais des appels de l’œil ou du pied et l’espoir de trouver une place dans un nouvel appareil lui ont fait sauter le pas. 

    Nous ne partageons pas la stratégie de LFI, ni un grand nombre de ses positions. Cependant, le fait qu’une cinquième colonne, du type de Kuzmanovic ou Kotarac passe à l’ennemi, ou plutôt se démasque, est un mal pour un bien.

    Nous pensons que ceux qui décident de flirter avec l’extrême-droite, de reprendre ses thèses, de défendre des positions in fine similaires seront nombreux de plus en plus nombreux à sauter le pas. Faut-il les regretter ou se réjouir qu’ils se démasquent maintenant ?

    Nous pensons que la décantation réactionnaire touche toutes les organisations, qu’elles soient de gauche ou de droite traditionnelle. Cette décantation se produit du fait de l’approfondissement toujours plus intense de la crise économique, des attaques brutales sur le niveau de vie, mais également du durcissement des relations internationales. 

    Face à l’hégémonie de thèses ultra-réactionnaires, la réponse n’est pas de parler sur le même terrain que ceux qui les défendent. Elle est, au contraire, de les combattre pied à pied, de les détruire, de forger l’unité populaire. Dans la lutte des Gilets Jaunes, un creuset commun, unissant par-delà les origines et les croyances, s’est construit. Il a montré que l’unité n’était pas nationale, mais populaire. C’est là l’exemple à suivre !

    Chassons les Andréa Kotarac de nos organisations ! Aucune places, aucun poste, aucune sinécure pour les transfuges du fascisme !

  • Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    L’antisémitisme est un problème réel qui doit être considéré avec sérieux et avec gravité. Le Parti Socialiste a, ces derniers jours, lancé un large appel à un front uni contre l’antisémitisme. Nous considérons qu’il est, effectivement, nécessaire de lutter contre ce fléau. Cependant, nous ne pouvons pas prendre au sérieux la manœuvre initiée par le PS. Elle ne peut être considérée comme un acte sincère, mais uniquement comme une opération de communication.

    La période que nous vivons est marquée par les difficultés économiques, par l’accaparement des richesses par la grande bourgeoisie et ses monopoles. Il en résulte des tensions sociales importantes, explosives, qui se manifestent de différentes manières. Certaines de ces manières sont saines et justes, comme les luttes, comme la remise en cause de l’ordre bourgeois et de son régime despotique.

    D’autres, attisées par l’extrême-droite et une sphère conspirationniste et confusionniste à son service, détournent la colère des exploités. Leurs vomissements de haine attisent les braises du racisme, de l’islamophobie, de l’antisémitisme, mais également du sexisme ou de toute une série de -phobies qui permettent de fragmenter toute idée d’unité contre les exploiteurs.

    Récemment, l’un de ces vieux démons assoupis, celui de l’antisémitisme, est revenu sur le devant de la scène. Les inscriptions « Juden », les tags antisémites, les croix gammées (devant le PCF de Vienne par exemple), les publications racistes… ont été légion.

    Elles ont culminé, selon les médias et les ténors de la politique, avec l’agression du « philosophe » Finkielkraut. Durant l’acte XIV des Gilets Jaunes, Alain Finkielkraut, comme durant Nuit Debout, a déclenché un incident. Il est venu agir en agent provocateur. Si son cinéma est le même qu’il y quelques années, la réaction n’est plus la même. Les invectives dont il a fait l’objet étaient, pour certaines, porteuses de sous-entendus particulièrement douteux. Elles ont été montées en épingle par de nombreuses forces politiques. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a ainsi apporté un soutien public à Alain Finkielkraut, dénonçant ceux et celles qui l’auraient traité de « sale juif ». Légitime. A ceci près que le terme n’a jamais été prononcé, de l’aveu même de la victime.

    C’est là où le bât blesse et où le manque total de sérieux dans le traitement de l’antisémitisme apparaît publiquement. Ce sont ces déclarations qui déforment la réalité et instrumentalisent les faits qui démasquent ceux qui les profèrent. Ce ne sont pas des alliés des Juifs et des Juives qui subissent l’antisémitisme. Ce sont, au contraire, des vautours qui n’ont d’autre hâte que de trouver des sujets à utiliser pour attaquer les masses populaires. Griveaux, qui a rendu hommage à Pétain et qui a confondu dans ses citations l’antisémite Charles Maurras avec le résistant Marc Bloch, représente-t-il l’avant-garde de la lutte contre le racisme ?

    Qu’irions-nous faire, nous, communistes, révolutionnaires, dans des rassemblements impulsés par le PS ? Comment pourrions-nous accepter de serrer les mains des Wauquiez, des Collomb, des bourreaux des masses populaires, de ceux qui écrasent les exploités ? Qu’irions-nous dire, aux côtés de ceux qui pratiquent le colonialisme et le néocolonialisme. Qu’irions-nous faire auprès de ceux qui vomissent la haine et la division, qui instrumentalisent les souffrances, et qui, dans le même temps, ne se privent pas de faire commerce avec les pires régimes du monde.

    La proposition du Parti Socialiste, en vérité, n’est ni plus ni moins qu’un piège.

    Le choix n’en était pas un. Signer signifiait accepter d’être tout sourire aux côtés des agents de la régression sociale et politique. Cela signifiait également avaliser un discours qui décale le débat public des questions économiques et sociales vers des questions identitaires, ethnico-raciales. Un discours qui alimente les tensions entre les communautés, ce qui est le jeu favori des politiciens et des politiciennes depuis les 30 dernières années.

    Ce discours qui occulte les revendications des Gilets Jaunes, qui occulte le mouvement social et politique, et qui l’enferme dans une grille de lecture, par ailleurs suggérée par BHL, par l’antisémitisme.

    Nous ne pouvons pas accepter ce discours. Nous ne pouvons pas accepter ces attaques ouvertes ou détournées contre le mouvement social. Or, ne pas signer cet appel prête le flanc à l’accusation de collusion avec les réactionnaires, avec les racistes, avec les fascistes.

    Ainsi, LFI a choisi au départ, d’ignorer l’offre de signature, tandis que le RN n’a pas été invité. Nous ne pensons pas que LFI soit un nid d’antisémites camouflés et conspirant contre les Juifs et les Juives. Nous pensons que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a été placé au pied du mur par cette offre : choisir entre une crédibilité politique d’opposition et entre un réel antiracisme, il a ployé le genou sous la pression. Le PCF a poursuivi sa logique propre : après une interview dans laquelle Fabien Roussel indiquait dénoncer les « casseurs » à la police, après des déclarations demandant plus de policiers pour « encadrer » les manifestations, le PCF accepte de serrer les mains des bourreaux. Les grands succès du congrès du PCF sont payés aujourd’hui, par la ligne Brossat-Roussel.

    Quant au RN, nous pensons au contraire que le mouvement fasciste aurait été bien trop heureux de signer cet appel pour continuer son processus de dédiabolisation.

    Que penser de tout cela ? Nous ne pouvons comprendre cet appel, qui est une véritable injure à ceux et celles qui souffrent du racisme, que comme une manœuvre visant à constituer un centre « démocratique » contre des ailes « populistes ». Or, assimiler, derrière le mot de « populisme », extrême-droite et extrême-gauche, dans le but évident de diaboliser cette dernière, donne des conséquences funestes. Elle créée le corollaire de rendre l’extrême-droite fréquentable, banalise ses thèses, popularise ses analyses, et lui décerne la couronne d’alternative convenable à l’échec du système. Voici, fondamentalement, le travail de pompier pyromane que la « macronie » et ses médias, mènent.

    Les perspectives des organisations politiques du « centre » ne sont pas réjouissantes. Le travail qu’elles ont fait pour le compte de la grande bourgeoisie les ont démasquées, les unes après les autres, comme travaillant contre les intérêts populaires. A force de servir d’interface pour les directives des exploiteurs, elles ne paraissent plus des portes de sorties politiques crédibles aux yeux des masses.

    D’une part, ce qui est condamné aujourd’hui, par une ligue allant de la « gauche » issue ou inféodée du PS à la droite qui drague lourdement sa voisine extrême, est à géométrie variable. S’ils sont prêt à disséquer avec ferveur les lourds sous-entendu lancés contre Finkielkraut, ils se sont montrés eux-mêmes de grands adeptes du sous-entendu quand celui-ci pouvait leur servir d’arme. Ils ont avalisé qu’il était acceptable de traiter certaines populations, Rroms, musulmans… comme des individus de second ordre. En somme, ils ont autorisé le racisme larvé comme un argument politique contemporain.

    Dans le fond, aux yeux de ces individus, même inconsciemment, la question du racisme ne prend qu’une dimension tactique. Elle est une manœuvre qui permet de marquer des points, qui permet de s’afficher, qui permet de faire parler de soi. Le FN/RN, montant les homosexuels contre les musulmans pendant des élections, puis faisant l’inverse pendant la Manif Pour Tous. Valls proclamant une fidélité inconditionnelle à la « communauté » juive et à Israël « je suis lié (…), de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël », proclamant les juifs comme étant « à l’avant-garde de la République » et aujourd’hui défilant avec la droite Franquiste en Espagne. Valls , par ses propos, a insinué qu’il existerait une élite auquel il faudrait prêter allégeance.

    Or, les Juifs et Juives de France, qui n’avaient rien demandé de plus que le fait qu’on les laisse tranquille et de ne pas être assimilés de force à la politique d’Israël, se sont vus impliqués, à leur corps défendant dans les propos d’un premier ministre qui fait appel à un inconscient antisémite. En dernière analyse, ces propos ont nettement plus contribué à mettre en danger les Juifs et les Juives de France qu’a leur apporter le moindre réconfort. Voilà à quoi mène la loyauté « éternelle » de ces agitateurs.

    Les responsabilités sont écrasantes !

    Car il existe une part de responsabilité terrible d’un certains discours politique dans la montée de l’antisémitisme. Il existe bien sûr, celui, direct, qui vise les juifs en les parant de tous les traits les plus néfastes, en inventant des mensonges et des calomnies, en déclenchant des attitudes pogromistes. C’était celui des fascistes, des nazis, de l’Okhrana, cette sinistre police du Tsar.

    Il existe un autre, vicieux, insidieux, qui utilise le rejet et la répulsion que procure la politique d’Israël à de grandes parties de la population française comme mondiale, et de s’en emparer, pour tenter de justifier les crimes passés, de les légitimer a posteriori et, en dernier lieu, de réhabiliter les régimes qui les ont commis. C’est celui de Soral, par exemple.

    Mais il en existe une autre forme, tout aussi perverse, qui consiste à s’emparer de la mémoire de ceux qui ont perdu la vie ou qui ont été persécutés. Qui consiste en une prise en otage des souffrances de millions de personnes pour servir des projets politiques, économiques ou géopolitiques. Cette manière de créer un ensemble artificiel, déniant aux juifs et aux juives leur opinions, leurs positionnements politiques, considérant que toute critique politique du sionisme et d’Israël devient un acte antisémite, est une manœuvre qui n’apporte qu’un climat de haine et de crainte.

    C’est la politique qu’a suivi Manuel Valls, en considérant que le rejet du sionisme en tant qu’idéologie politique est l’antichambre de l’antisémitisme. C’est la politique du gouvernement israélien, qui expose aux violences sa propre population, pour ensuite les instrumentaliser en en faire une justification d’une politique colonialiste.

    Lorsque le député LREM Sylvain Maillard justifie un projet de loi assimilant antisionisme et antisémitisme en déclarant : « On peut critiquer le gouvernement d’Israël, mais pas remettre en cause l’existence même de cet État« , il ne rend pas service aux juifs et juives de France ou d’ailleurs. Figer la critique de l’existence d’un ensemble juridique ne présume pas d’une haine contre ses habitants, ou contre les Juifs et Juives. En revanche il adoube une politique douteuse qui consiste à assimiler l’un à l’autre.

    Qu’importe les conséquences dramatiques pour la vie de ceux et de celles que ces déclarations, qui n’ont jamais été demandées, impliquent. Ce qui importe, c’est le gain politique. Quitte à surfer, comme l’a fait Valls, sur un inconscient antisémite, qui assimile, comme l’écrivait l’antisémite Soral, les Juifs à une « communauté organisée ». L’un est le miroir de l’autre.

    En s’exprimant ainsi, Valls a placé la question du débat au-delà de la politique, mais sur le terrain ethnico-confessionnel. Il a enfermé le débat dans le bourbier de l’antisémitisme, chose par ailleurs confortée par son rejet de toute analyse sur les attentats. « Expliquer, c’est justifier », avait-il clamé. Au lieu d’interdire réellement les spectacles antisémites de Dieudonné et les logorrhées du même acabit de Soral, ce qui était non seulement possible, mais nécessaire, il les a monté en épingle. Il les a utilisées pour appuyer son image, sa communication, et non seulement a fait une publicité immense autour de ceux-ci, mais les a également légitimés. Ils sont devenus des points de repères pour ceux et celles que la politique coloniale et impérialiste d’Israël pouvaient révolter, grandissant leur audience. Soral, Dieudonné, Valls, furent de grands gagnants dans l’affaire. Les perdants et perdantes furent les victimes de racisme.

    Le bal des hypocrites.

    Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes, mais nous en condamnons également une instrumentalisation par des forces sans vergogne. Nous avons également une difficulté considérable à considérer comme des alliés valables des organisations qui arrivent à défendre des lois vouant à la mort les réfugiés qui fuient les guerres. Nous ne pouvons prendre au sérieux ces groupes qui paient uniquement de formules creuses ou dangereuse un engagement antiraciste dissonant. Nous ne pouvons marcher ou serrer les mains de ceux qui utilisent le racisme pour faire avancer leur propre agenda.

    Leurs larmes sont des larmes de crocodiles. Elles sont superficielles et hypocrites. Devrons-nous avoir à tolérer, demain, ces mêmes pleurnicheries sur le sort qui attend ceux qui meurent aujourd’hui par leur faute ?

    Comme nous le mentionnions en introduction, l’antisémitisme est un sujet sérieux. Nous le prenons au sérieux. C’est pour cette raison que nous rejetons l’appel lancé par Olivier Faure en direction d’agitateurs dangereux.

    C’est également pour cette raison que nous nous rallierons aux appels à lutter contre l’antisémitisme faites par ceux qui ont à cœur de lutter réellement contre celui-ci. Pour Macron, Grivaux, le PS et les autres, l’ennemi ce n’est pas l’antisémitisme. L’ennemi, ce sont les « classes dangereuses » incarnées par les Gilets Jaunes. Pour les combattre, ces derniers n’hésitent pas, avec un cynisme absolu, à les jeter dans les bras de l’antisémitisme, au risque de renforcer ce dernier.

    La grande majorité des Gilets Jaunes, comme ceux qui, à Lyon se sont recueillis lors de la commémoration de la libération des camps de la mort, n’ont rien à voir avec l’antisémitisme. Pour le reste, la lutte contre l’extrême-droite et contre les préjugés réactionnaires qui lui servent de terreau, reste pour nous un combat quotidien, sur lequel nous n’acceptons aucune leçon de la part des politiciens. Nous ne baissons pas notre garde sur cette question, mais nous dénonçons la politique de l’amalgame avec l’extrême-droite, politique d’autant plus cynique que les fascistes sont l’as caché dans la manche de la bourgeoisie.

  • La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    1914-1918 : le centenaire.

    Partie 2 : La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    Chaque bourgeoisie s’est investie dans cette guerre atroce. L’historien Jacques R. Pauwels a ainsi travaillé sur la question des raisons des entrées en guerre des différents Etats. Dans 1914-1918 : la grande guerre des classes, il fait un retour sur la boucherie impérialiste.

    A l’exception de la Serbie, qui ne pouvait que rejeter l’ultimatum Austro-hongrois -conçu d’ailleurs pour être inacceptable, et hormis la République de Chine qui croyait naïvement pouvoir chasser certains occupants en entrant dans le conflit, tous les camps se valent. Chacun recherche l’affrontement, ou cherche à pousser l’autre à l’affrontement, pour des raisons on ne peut plus crapuleuses. Cela demande de revenir un brin en arrière, tant dans l’histoire de la diplomatie que dans l’histoire de l’économie.

    Car ce qui caractérise cette guerre, c’est sa veulerie et sa crapulerie.

    Durant le XIXe siècle, les jeux de la diplomatie européennes poussent à essayer de créer un équilibre entre les différentes puissances. Chaque nation garde en mémoire le souvenir de l’aventure napoléonienne et des ravages qu’elle a pu causer, et la ligne directrice de chaque empire, royaume ou république, est de tenter de limiter les risques d’apparition d’un hégémonie nouvelle. La Sainte-Alliance, fondée en 1815, avait pour but de veiller à cela, en faisant appel à des valeurs religieuses surannées, rassemblant la Prusse, l’Autriche et la Russie. Véritable chape de plomb contre le développement des aspirations à la liberté, elle a fait de la première partie du XIXe siècle un contre-coup de l’élan révolutionnaire de la fin du XVIIIe.

    Cette politique s’est peu à peu décantée, donnant naissance progressivement à des puissances globalement équilibrées, mais, de ce fait, intrigant constamment les unes contre les autres. Une Allemagne ciblant l’Autriche, mais se méfiant d’une alliance entre France et Russie, une Autriche tentant de maintenir un souffle de vie dans la Sainte-Alliance, tout en tenant de se liguer avec l’Allemagne pour éviter une descente vers l’Adriatique de la Russie. Un Empire Ottoman grignoté de toute part, mais trouvant dans des amitiés avec l’Allemagne la possibilité de se maintenir, une France essayant de se lier avec la Russie pour emprisonner les puissances centrales… Et une Angleterre soufflant le chaud et le froid, voulant à tout prix maintenir la division.

    Ce jeu d’équilibre aurait pu continuer éternellement si, parallèlement à cela, le capitalisme n’était pas rentré dans une nouvelle phase, celle de l’impérialisme.

    A la fin du XIXe siècle, un bouleversement s’est produit dans le fonctionnement du capitalisme. Les besoins de capitaux toujours plus grands des industries les ont poussées à se rapprocher et à fusionner avec les banques. Les capitaines d’industries se sont alors mués en investisseurs, toujours à l’affût des placements les plus juteux. Or, si le marché national pouvait être intéressant pour les produits de consommation, pour la vente de marchandise, des profits incommensurables se trouvaient par delà les mers et les océans. Pour les engranger, il faut des conquêtes. Pour réaliser ces conquêtes et les tenir, les bourgeoisies s’appuient -et s’appuient toujours- sur les Etats, sur les armées. Les pavillons nationaux sont avant tout les pavillons des cartels, des trusts, des monopoles industriels et bancaires.

    Alors que les conquêtes coloniales, commencées avec la conquête de l’Amérique, servaient à la base à découvrir et conquérir de nouveaux marchés, ainsi que, parfois, à résorber un « trop-plein » de population, elles se sont muées de plus en plus en terrain d’investissement, produisant des superprofits monstrueux. Les colonies et les dominions devenaient une obsession pour les bourgeois qui les tenaient, et ne pas en posséder revenait à courir le risque d’être écrasé.

    Pour les Etats lancés tard dans l’aventure, comme l’Allemagne, ce retard devenait menaçant. Pour l’Autriche Hongrie, enclavée, cela devenait, là aussi, une situation ingérable. Quant à l’empire Ottoman, les conquêtes occidentales se faisaient même sur son dos. En 1885, le partage du monde, signé à Berlin, laissait l’Italie, le Japon, l’Allemagne lésés. Lésés et furieux. D’autant que, à cette date, à l’exception de l’Abyssinie et de la Chine, le monde est partagé. Chaque mouvement se fait désormais en se heurtant à des possessions, des protectorats et des zones d’influences d’autres puissances.

    Logiquement, à la tête d’un immense empire colonial, la France aurait dû pulvériser sans la moindre difficulté l’Allemagne, dont les minuscules possessions ne sauraient être comparées à la magnificence de l’Empire français. Pourtant, elle s’est maintenue. Ce paradoxe illustre une des caractéristiques fondamentales de l’impérialisme : son caractère putréfié.

    En situation de monopole sur un pré carré, la bourgeoisie française ne s’est guère posée de problèmes. Les investissements ont pour but de rapporter le plus possible, ce qui implique, finalement, de ne placer que le minimum dans le développement technologique et industriel, le minimum dans la possibilité d’expansion du niveau de vie des masses populaires, et de faire montre en flèche les fortunes d’une poignée de parasites. La « tonte de coupons » est ce qui est le plus prisé en termes de rendement. Mais pendant ce temps, l’industrialisation, le développement de biens de consommation, piétinent. Les colonisés meurent sous les coups de l’administration coloniale, massacrés, surexploités… mais les populations de métropoles ne voient guère la couleur de ces richesses non plus. Quelques miettes, tout au plus. La France de cette époque est un pays miséreux et arriéré, hormis dans les citadelles de l’impérialisme.

    De son côté, la bourgeoisie Allemande avance à marche forcée pour compenser son retard. Pour contrer la France, elle mise tout sur l’industrialisation, sur l’artillerie lourde, sur les voies ferrées. Déjà en 1870, face à la Prusse, cette mobilité supérieure à fait ses preuves. Contre l’Angleterre, elle développe activement une marine de guerre ultra-moderne, équipée de machineries à mazout, alors que les dreadnoughts anglais dépendent du charbon -moins calorifère, plus pénible à transporter, demandant un équipage pléthorique. La weltpolitik du Kaiser permet de s’approvisionner auprès des puits de pétrole de l’empire Ottoman. L’Allemagne prépare une entrée fracassante sur la scène internationale. Elle peut même narguer à plusieurs reprises la France au Maroc, en déployant ses navires de guerre flambants neufs dans les eaux du protectorat. La bourgeoisie Allemande a repoussé dans le temps ses projets d’oisiveté et d’aisance pour se préparer à arracher sa place au soleil. Voilà ce qui explique que l’Allemagne puisse développer son industrie et mener un paternalisme social de front, tandis que la France agricole demeure dans un sous-développement industriel et social.

    Au fur et à mesure que le XIXe siècle cède sa place au XXe, les impérialismes se regardent avec une agressivité toujours plus grande. Chacun cherche à jouer ses cartes.

    Il n’existe, dans ce conflit, aucun Etat dont les bourgeoisies n’aient pas eu des motifs criminels. Il est impossible de dégager un « camp du bien » et un « camp du mal » qui puisse s’illustrer, l’un vis-à-vis de l’autre, par des qualités morales supérieures, par une volonté d’agir pour la liberté, pour la protection des peuples, pour mettre fin à l’escalade furieuse et criminelle orchestrée par les impérialistes et par les marchands de canons.

    Les Alliés ont déclaré qu’ils représentaient le camp du droit quand les puissances centrales étaient celui de la force. C’est une vérité incontestable. Les Alliés se sont appuyé sur des traités forgés lorsqu’ils étaient en position de suprématie. Leur droit était celui des puissances impérialistes anciennes, dominantes, mais en perte de vitesse, qui avaient étouffé sous les traités inégaux le développement des concurrents internationaux, dont l’Empire Allemand. La force était celle de ceux qui voulaient s’imposer, gagner leur « place au soleil », pour reprendre la formulation de Bismarck. Ce droit prenait les borugeoisies de ces pays à la gorge, leur mettait le revolver sur la tempe. Ou prendre une place plus importante, ou être broyées.

    Dire, comme l’a fait Mélenchon, qui, décidément, ne peut s’empêcher de s’exprimer à tort et à travers, que la guerre est la faute du Kaiser, revient à mentir. Tout a été fait pour que la guerre ait eu lieu. Seulement, les Alliés ont manœuvré pour bénéficier de l’avantage moral de jouer le rôle de défenseurs, non d’agresseurs. Mais chaque belligérant a présenté sa cause comme étant juste, seulement, l’histoire n’a retenu que le slogan du vainqueur.

    La France des Lumières, elle aussi, avait ses revendications. Blessée par la défaite de 1870, la bourgeoisie française n’avait pas toléré la perte de l’Alsace-Lorraine. Non que les Alsaciens, locuteurs de l’Allemand, ne lui manquent particulièrement, mais, en revanche, ses ressources en sous-sol et son patrimoine industriel, oui.

    Les gouvernements français successifs vont pousser par ailleurs cet esprit revanchard jusqu’à l’obsession. Ainsi, dans le manuel d’apprentissage de la lecture Le tour de la France par deux enfants, glorifiant la grandeur de la mère-patrie, les protagonistes sont des orphelins qui quittent l’Alsace. Le système scolaire français tire d’ailleurs ses racines de cette volonté de revanche : l’éducation Allemande, vue comme meilleure, est une des raisons qui poussent à la création de l’Education Nationale. Elle est vue comme particulièrement utilitariste : augmenter les compétences techniques de la Nation et l’unifier sous le patriotisme en prévision de la guerre. L’enseignement de l’Histoire est d’ailleurs fait uniquement sous cet angle là : instiller l’idée que la France est une grande nation, belle et humaniste, et que les Alsaciens croupissent dans l’obscurantisme en attendant la libération. Il s’agit également de l’argument qui sous-tend la colonisation. Il s’agit d’une mission civilisatrice au premier plan.

    L’aspect colonial joue de manière très importante dans la rivalité franco-allemande, mais également dans l’alignement diplomatique de l’Angleterre. Les Allemands sont devenus des rivaux. Bien que rivale de la bourgeoisie impérialiste française durant les conquêtes coloniales, bien qu’ayant mené un « grand jeu » contre l’expansion de celle de la Russie dans l’Asie Centrale, la bourgeoisie anglaise redoute le développement de l’Allemagne. Surtout, elle est particulièrement soucieuse de protéger la Belgique, qu’elle considère comme un dangereux balcon vers ses côtes. Pour s’assurer la division de l’Europe et sa sécurité, elle est prête à mobiliser ses troupes.

    La Russie tsariste veut sortir de son enclavement. Elle a chèrement payé sa vulnérabilité lors de la Guerre Russo-japonaise en 1904-1905, où ses navires de guerre, épuisés après 9 mois de mer du fait de la fermeture de Suez par les Anglais, ont été pulvérisés par les Japonais. Elle cherche à s’affranchir des Dardanelles, pour ne pas être coincée par l’Empire Ottoman. Elle s’appuie sur le panslavisme pour affirmer son rôle de grand-frère sur les autres peuples slaves et les unifier sous sa tutelle. L’empire, prison des peuples, est un Etat arriéré et putréfié, qui fonctionne à la mobilisation réactionnaire, autour de l’antisémitisme notamment. La révolution de 1905 a poussé le Tsar à lâcher du lest, mais, aux yeux des grands seigneurs, ce ne sont que des concessions temporaires, qui seront reprises par la suite.

    L’Autriche et l’Empire Ottoman, dans ce conflit, sont plus des proies qu’autre chose. Ces empires d’un style suranné tombent en déliquescence. Tout comme l’Empire Russe, ils se maintiennent par les coups de forces et la répression. Mais au sein d’eux bouillonne un tumulte d’agitation nationale. La Russie et l’Angleterre lorgnent sur les Balkans, cette dernière et la France louchent aussi avec envie sur le Levant et le Moyen-Orient, d’autant que cela permettrait de couper l’Allemagne de ses positions dans la région.

    Chacun court vers la guerre. Même ceux qui sont neutres savent que ce n’est que leur engagement qui leur permettra de siéger à la table des gagnants et te toucher leur pactole à la fin de la guerre. Des USA au Portugal, le monde retient son souffle en attendant de voir le conflit qui va se dérouler.

  • 1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018: Centenaire de la Grande Guerre impérialiste

    Partie 1 : Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    Un siècle nous sépare désormais de la Grande Guerre. Un siècle nous sépare du premier conflit mondial. Avec 9 720 4453 militaires tués ; 8 871 248 civils morts ; 21 228 813 blessés, une évidence s’impose : les morts sont les perdants de la guerre. Qui en sont les gagnants ?

    Cette guerre, en France, est omniprésente. Chaque ville, chaque village, possède son monument au mort, qui commémore le sacrifie ultime fait par tant de jeunes hommes. Qui oublie celui enduré par tant de colonisés. Un sacrifice pour rien.

    Omniprésente, aussi, dans les discours. Omniprésente et brûlante. En témoigne les scandaleuses interventions du Président de la République.

    Pétain, un « grand soldat », malgré « des choix funestes », a déclaré Emmanuel Macron, le 7 novembre 2017. « Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire ». Dans son hommage aux Invalides, le Président de la République a ainsi exprimé son point de vue sur l’Etat-major français durant la Première Guerre mondiale.

    Tollé immédiat et sain de la part d’une grande partie de la population. Tollé international, digne de celui qui accompagne les réhabilitation de Stepan Bandera en Ukraine ou des SS Lettons. Bien que tentant de faire passer tout cela pour un couac, les documents exfiltrés le démontrent : l’hommage était prévu.

    Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un tweet indiquant son point de vue : Le Maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois s’en est trop ! L’histoire de France n’est pas votre jouet.

    Nous n’allons pas revenir sur la confusion entre Foch et Joffre, qui illustre un niveau de connaissance historique relativement bas, donc non pas sur ce que Mélenchon a écrit -et qui a été confirmé par ses lieutenants- mais sur ce qu’il a voulu dire.

    Car ce débat est révélateur d’une certaine communauté de vue entre les deux personnalités politique, sur ce qu’est la Première Guerre mondiale. Ils se sont exprimés et la messe est dite.

    A nous de donner notre point de vue.

    Nous ne saurions partager le fond de ce qui a été exprimé plus haut. Et pour cause, indépendamment des débats sur Joffre, Pétain, Nivelle, Foch… Quant à savoir qui était le meilleur, nous considérons qu’il faut regarder le sens et le fond de cette guerre avant de s’exprimer. Certes, il est toujours possible de discuter des mérites militaires des uns et des autres, de louer le talent de certains généraux ou maréchaux, cela est vrai. Il y a certainement bien des leçons à apprendre. Mais l’important, l’aspect central réside ailleurs.

    Entre nos deux protagonistes, il y a un débat. Ce débat est possible car il se déroule dans la cadre d’une conception commune du sens de la Première Guerre mondiale. L’un et l’autre ne contestent pas sa légitimité. L’un et l’autre voient dans les ceux qui ont dirigé les opérations, des patriotes aux mérites variés, contestables, mais oeuvrant pour une cause juste, la défense de la mère patrie.

    En choisissant une historiographie nationaliste « patriote » nationaliste-chauvine, Emmanuel Macron se piège lui-même et s’oblige à rendre hommage au Maréchal Pétain. En ne remettant pas en cause les motivations invoquées par la France pour se lancer dans cette boucherie abominable, il est obligé de légitimer de fait la politique de l’Etat-major de l’Armée Française, de cette cohorte de réactionnaires aux gants blancs, qui envoyaient à la mort les masses populaires de la métropole et des colonies. Cela amène à Pétain. Pétain, dans l’historiographie du Roman National, est un « père la victoire » qui a redonné confiance aux soldats. Il est vu comme le vainqueur de Verdun, comme un militaire de génie. Le fait qu’il ait pu, par la suite, devenir le symbole de la collaboration active avec le nazisme apparaît comme deux choses complétement étrangères l’une à l’autre.

    Macron, vainement, essaie de détacher les Pétain l’un de l’autre, d’en faire deux personnes séparées et complètement détachées l’une de l’autre. La bourgeoisie fait tout le temps ce genre de pirouettes en l’air, pour essayer construire une histoire positive, une histoire qui puisse faire adhérer les masses populaires, une histoire tour-de-magie, civique, édifiante…et bourgeoise, voire pire !

    Cette histoire idéaliste, nationaliste, l’autorise à tout découper en tranches et d’isoler ce qui l’intéresse de ce qu’elle veut rejeter ou faire oublier. Le pseudo « historien » réactionnaire Lorànt Deutsch -par ailleurs porté aux nues par la mairie PS de Paris- présentait cela comme sa « liberté de science« . Le Dr. Rosenberg, idéologue du nazisme, disait la même chose sur la « liberté nationale-socialiste de la science« . Une liberté de tordre les faits, de les déformer, de les inventer. De relire tout avec une grille de lecture qui corresponde aux intérêts du temps présent. Nous ne pensons pas que Macron essaie de défendre le régime de Vichy, mais il est prisonnier du fait qu’il doit encencer les crimes de la France, et donc ses agents zélés qui les ont commis.

    Par contre, il a ouvert une boite de pandore dont a surgi Eric Zemmour et Robert Ménard, entre autres. Robert Ménard a intelligemment produit une phrase ambiguë, célébrant le soldat Pétain, mais fustigeant sa « sinistre fin de règne ». Fin de règne qui peut tout aussi bien signifier l’arrivée de Vichy tout comme la fuite vers Sigmaringen après la Libération. Chacun y lit ce qu’il veut y lire. Zemmour, invité sur BFM-TV, en profit pour vomir sa bile.  « Je ne fais pas grand crédit aux tribunaux de la Libération. C’est la justice des vainqueurs. » « Il y a dans la vie de Pétain des épisodes qui sont glorieux »… Il serait intéressant de connaître la gloire qu’il peut y avoir à sacrifier le sang des travailleurs pour la grandeur de l’impérialisme français. Pour finir, un argument massue adressé au Crif : «Vous êtes stalinien, vous effacez Trotsky ! », belle manœuvre, révélatrice.

    Existe-t-il donc une dualité autour de Pétain ? Existe-t-il un dédoublement du personnage ? Non. Nous pourrions même dire que nous avons une conception moniste du Pétain.

    Pour nous, qui avons une vision matérialiste historique et dialectique de l’histoire, le Pétain de Verdun et le Pétain de 1940 sont une seule et même personne : Une, réactionnaire de A à Z. Compétent, certes, mais un réactionnaire de premier ordre, jetant, pour les intérêts de la bourgeoisie de France, les travailleurs sous les balles. Toujours le même qui massacrait dans le Rif pour la grandeur de l’Empire colonial. Encore la même engeance, en 1940, échaudé par le Front Populaire et le Communisme, qui voit dans l’irruption de Hitler et dans l’occupation Allemande un moyen de poursuivre la même politique : écraser et saigner les prolétaires pour les intérêts des grands trusts.

    Une fois n’est pas coutume, nous nous appuyons sur un historien réactionnaire, Ernst Nolte, lequel considérait la période 1914-1945 comme une guerre continue de 31 ans. Pétain était un officier supérieur dans une guerre de trois décennies, qui ne peuvent être détachées les unes des autres. Il est le même homme, à toujours tenu la même ligne, à toujours été le même passéiste, agrarien, réactionnaire et pourrissant, comme l’impérialisme qu’il défendait.

    De ce point de vue-là, Mélenchon, qui plus est en se trompant de personnage, confondant Foch et Joffre, défend un autre cheval. Mais joue la même course : une course à la défense de la « nation », une course à la défense des « intérêts » de la France, de son impérialisme.

    Derrière le patriotisme cher à l’un ou l’autre se cache une adhésion au projet impérialiste expansionniste et agressif de la France de 1914. Et les Maréchaux de 1918 étaient des ennemis du peuple, étaient ses fossoyeurs.

    Cette manière de voir révèle fondamentalement les problèmes qu’ont les politiciens bourgeois à se positionner sur la Première Guerre mondiale. Or, pour la gauche, pour la sociale-démocratie, cette expérience de la guerre a été un véritable catalyseur. Cent ans après, elle reste une ligne de démarcation fondamentale entre le social-chauvisme et le réformisme d’un côté, et la ligne révolutionnaire et internationaliste de l’autre.

    Il est très facile pour quiconque, à part une poigne de nostalgiques de Vichy ou de trotskistes -pour des raisons opposées, de se positionner dans la Seconde Guerre mondiale. Il existe un camp du bien et un camp du mal. Où qu’on soit, le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais représentent le « mal », tandis que la coalition alliée représente le « bien ». De ce point de vue là il y a un consensus sur les responsabilités de la guerre et sur les déclenchements : Invasion de la Pologne ; Invasion de l’URSS ; Attaque de Pearl Harbor.

    Mais la Première Guerre mondiale est plus problématique. Il existe deux manières de la comprendre. Soit elle est justifiée, soit elle ne l’est pas. Mais il n’y a pas d’entre deux. Soit elle est déclenchée par un tourbillon de faits, mais il existe un agresseur et un agressé, soit il s’agit d’une provocation orchestrée par les différents impérialismes pour le repartage du monde. Qu’ils le disent explicitement ou non, Macron et Mélenchon choisissent la première option, celle du soutien à la guerre, celle du fait de justifier la boucherie -quitte à mégoter sur des détails.

    Nous, nous choisissons la seconde. A nos yeux, la Première Guerre mondiale est une guerre injuste, arbitraire, dans laquelle les bourgeoisies impérialistes se sont lancées des montagnes de chair broyée au visage avant de déterminer qui posséderait quelle colonie. Un jeu mortel, sanglant. Un jeu auquel chaque Etat partie prenante a accepté de se livrer.

    Mais où il n’existe, nulle par, un camp du bien, un Etat moralement supérieur, plus civilisé, plus altruiste, plus doux, ayant volonté à construire un monde meilleur. Aucun impérialisme n’est au-dessus de l’autre, tous se valent dans leur caractère exploiteur, criminel, massacreur ou génocidaire.

    Le choix à faire durant la première guerre mondiale était celui que les Bolcheviks ont fait, isolés, quasiment seul. Le choix du défaitisme révolutionnaire. Le choix de construire l’Etat du prolétariat, non seulement pour mettre fin à la guerre, mais pour gagner la paix !

  • Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Camarades,
    Nous vous appelons ainsi, car nous pensons que c’est ce que nous sommes, malgré les fossés qui nous séparent. Nous pensons que, chacun dans notre voie, nous voulons œuvrer à un monde plus juste, égalitaire, où l’exploitation et les oppressions feront partie du passé.

    Nous ne doutons pas, pour la très large majorité d’entre vous -n’y a t’il pas toujours des opportunistes ?- de la sincérité de votre engagement, de votre volonté, de votre dévouement aux causes et aux luttes. C’est pour cette raison que nous nous adressons à vous.

    Parce que nous connaissons certains et certaines d’entre vous, parce que nous savons ce qu’ils et elles pensent. Parce que nous voulons faire ceci avant qu’il ne soit trop tard.

    Vous sentez-vous en accord avec la position que prend la France Insoumise quant au refus de signer l’appel à accueillir les réfugiés et réfugiées ? Vous sentez vous en accord avec les déclarations de Djorje Kuzmanovic à l’Obs ? Avec celles de Raquel Garrido ? Avec celles d’Adrien Quattenens ? Avec celles de Jean-Luc Mélenchon ?

    Vous retrouvez-vous dans le fait de ne pas signer l’appel des 150 personnes ? Vous souvenez-vous du moment où vous avez été consultés sur le fait d’être contre la liberté d’installation ? Nous disons bien contre, pas de ne pas avoir de position, mais bien d’être contre.

    Quand cela a-t-il eu lieu ? 

    Nous, extérieurement, avons le sentiment que vous avez été trahis par les dirigeants de ce mouvement, qui n’ont pas de considération pour vos opinions et vos avis. Que l’absence de congrès, l’absence de centralisme démocratique, que même l’absence de démocratie tout court, règne. Nous avons le sentiment que vous êtes prisonniers des éléments.

    Certes, il existe un syndrome de Stockholm dans ce cas de figure. On se persuade que les positions qui sont déclarées ne sont pas « bien dites », qu’il y a des « ambiguïtés », que les choses sont extrapolées et sorties de leur contexte.

    Nous comprenons cela. Mais nous vous demandons d’ouvrir les yeux.

    Et si vous êtes d’accord avec cette position, nous vous disons ceci :
    nous sommes dans une période ou effectivement les tensions internationales sont à leur comble et où le risque d’un conflit majeur se profile. Or, dans cette multitude de foyers qui brûlent déjà, la France possède une part de responsabilité directe. Son impérialisme, que certains s’échinent à nier, sur lesquels il n’existe pas une ligne dans l’Ere du peuple, est un incendiaire forcené, un criminel en puissance, un génocidaire assoupi d’un court sommeil.

    Parler de tarir les sources des départs sans pointer du doigt la responsabilité des monopoles, de Total, d’Areva, de Dassault, de Thalès, d’Alstom ou d’autres, cela revient à lancer des prière, des incantations. Oui, il faut les tarir. Mais quand ? Comment ?

    Pour le moment, il n’est pas possible de le faire. Or, les corps flottants dans la mer sont là, maintenant. Ils ne sont pas des hypothèses de demain, ils sont des morts d’aujourd’hui. Dire : « Nous refusons les accueillir pour ne pas encourager les départs » revient à dire « nous passons ceux qui traversent la mer en pertes et profits politiques ».

    Peut-être, si jamais un jour les dirigeants de votre mouvement sont élus, peut-être, par des incantations magiques, ils pourront mettre fin aux départs. Peut-être. Mais ils n’ont pas le pouvoir. Et la question de l’immédiateté se pose. L’Aquarius n’a pas besoin d’aide dans 4 ans. Il en a besoin maintenant.
    Il est dit que les migrants pourraient faire baisser les salaires en France en créant un dumping. Comment arrivez-vous à croire à ces sornettes ? Avec 3 454 000 chômeurs déclarés en France aujourd’hui, croire que les quelques milliers de réfugiés et de migrants vont bouleverser la situation, c’est se moquer du monde. Le travail au noir ne porte pas ce nom à cause de la couleur de la peau de ceux qui y ont recours.
    Ce sont les lois antisociales qui baissent les salaires, ce sont les plans de la grande bourgeoisie française. Ce sont ces coups de poignard qui brisent le niveau de vie des ménages, qui font réduire l’espérance de vie, qui dessinent un bien sombre avenir pour les masses. Les réfugiés, les migrants et les migrantes n’ont aucun impact là-dessus. Même au contraire !

    Dans cette version de l’histoire de France que nous, communistes, aimons, l’histoire de ses luttes et de sa classe ouvrière, les migrants, les réfugiés, les étrangers ont toujours lutté côtes-à-côtes avec les autres travailleurs. Les briseurs de grève, les syndicats jaunes, les chiens du capital, ce n’étaient pas eux, ce n’était pas elles. Même dans les heures les plus graves, derrière les fusils de la résistance, ce fut bien souvent des Espagnols, des arméniens, des italiens ou d’autres encore. .

    Nous serions des libéraux, nous, communistes, que de vouloir ouvrir les frontières aux hommes et aux femmes qui souffrent et meurent ? Mais les frontières sont déjà ouvertes pour les capitaux, les marchandises, pour les tentacules de l’impérialisme. Pour les expatriés qui quittent la France, et qui, eux, ne sont jamais vus comme des voleurs de travail. Seuls les laissés-pour-compte restent au pied de la forteresse Europe.

    Et voilà que l’UE, que ses directives, sont invoquées. Essayez, camarades, de lire le Hareng de Bismarck sans rire, sans pleurer. La France rabougrie, la France brisée et dominée par l’Allemagne… que de faussetés.

    Par une ironie des choses, nous qui haïssons le chauvinisme, traçons un portrait beaucoup plus glorieux de l’état de notre économie et de la force de notre pays que les nationalistes les plus virulents. Non, les discours pleurnicheurs n’ont pas leur place. La France, sa bourgeoisie monopolistique, son impérialisme, est forte. Elle n’est ni brisée, ni dominée par l’Allemagne, ni par l’UE, ni par les USA ou l’OTAN. Elle est une puissance militaire, économique et diplomatique. Si jamais, un jour, les traités européens brimeraient les interêts de ses classes dominantes, elles les écarteraient d’un revers de la main.

    Non, la France n’est pas menacée. Elle écrase. Elle domine. Elle dicte sa loi par le Franc CFA, par son armée qui occupe et pille l’Afrique.

    Non, il n’existe pas de raisons pour justifier de laisser les réfugiés mourir dehors. Pour ne pas les accueillir, pour ne pas qu’ils s’installent pleinement, jusqu’à ce qu’ils aient envie, s’ils le désirent, de rentrer chez eux, une fois la tempête passée.

    Il n’existe pas de raisons objectives, juste des excuses. Juste l’idée que le rejet de l’accueil des migrants est un vox populi qu’il faut écouter, qu’il faut intégrer dans le programme, pour refléter les désirs de celui-ci.

    Or, c’est le moment où cette intégration des idées fausses se met à primer sur le contenu idéologique, sur la solidarité entre les opprimés et les exploités, c’est ce moment où l’opportunisme devient le maître absolu que la ligne rouge est franchie.

    Et, en voulant coller aux désirs réactionnaires qui peuvent exister dans les masses, parce qu’elles sont intoxiquées par la propagande bourgeoise, en ne portant plus la lance de lutte idéologique, vous perdrez tout.

    Vous perdrez tout, car, en chassant sur les terres de l’extrême-droite, vous ne serez jamais qu’une version light. Qu’un ersatz. Vous ne gagnerez pas de suffrages. Pire, en légitimant les pensées réactionnaires, en ouvrant les vannes du barrage aux idées nauséabondes, vous les avalisez, vous les adoubez. Vous adoubez la divison dans le camp du peuple. Vous ouvrez la voie aux thèses pogromistes.

    Vous perdrez tout, parce que ceux qui sont sincères vous fuiront. Ils vous isoleront, vous jetteront aux poubelles de l’histoire. Vous serez seuls, méprisés et haïs.

    Il n’est pas encore trop tard. Il est possible de dénoncer cette ligne, de dénoncer le coup d’état que la direction de LFI a opéré sur des militants et des militantes honnêtes et sincères. Il n’est pas trop tard pour serrer les rangs contre l’extrême-droite et soutenir nos frères et nos sœurs, qui meurent en fuyant les guerres que notre bourgeoisie allume.

  • Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Assistons-nous à la mutation de la « gauche » ?

    Dans notre brochure intitulée Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » nous nous étions intéresses un moment à la question des flux migratoires et des politiques mises en place par rapport à eux. Surtout, nous évoquions les événements qui avaient eu cours lors du congrès de Die Linke.

    « Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence.

    Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes. »

    Nous évoquions également le risque de contamination qui pouvait exister de la part de cette position vers l’équivalent français de Die Linke, la France Insoumise. Nous écrivions alors « nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. »

    Depuis le temps s’est écoulé et ces faits malheureux se sont produits. Pour draguer un électorat nouveau, marqué par l’influence de l’extrême-droite, certains sont prêts à tout. Sarah Wagenknecht a lancé son mouvement Aufstehen ! (debout!). Malgré le fait qu’elle ait été attaquée par plusieurs médias et organisations politiques quant à ses positions sur l’immigration, elle se défend de toute conception réactionnaire. Elle clame donc qu’elle n’a fait que mettre fin à une hypocrisie quant aux migrants. Elle est rejointe et applaudie par le triste sire qu’est Djordje Kuzmanovic, lequel déclarait à l’Obs, le 8 septembre qu’il fallait s’aligner sur les positions défendues par Aufstehen ! en Allemagne, et que fermer les frontières serait un acte salutaire à la fois pour les travailleurs du pays comme pour les pays de départ.

    Le discours sonne, au premier abord, presque juste et convainquant. Presque. Il attaque le sous-développement causé par les inégalités économiques internationale comme première cause de départ, cible le fait qu’il faut s’attaquer aux causes plus qu’aux conséquences…etc. Pour un peu, le barbouze passerait pour anti-impérialiste en citant Sankara et pour un humaniste conséquent.

    Quelque chose cloche derrière cette rhétorique bien huilée, trop bien huilée même. Quelque chose de gênant, de dérangeant devant ce discours qui sonne trop juste pour être honnête. Quelque chose de nauséabond, quelque chose de putréfié. Ce quelque chose, c’est le temps. Le temps au sens de l’étape.

    La question de la temporalité ne doit pas être sous estimée. Les positions ne sont pas des absolus, mais bien toujours relative à un contexte précis, à un contexte socio-historique précis, à une situation donnée.

    Ce qui disent Wagenknecht et Kuzmanovic, en somme, c’est qu’il faut être contre l’accueil des migrants car la solution n’est pas là. Et c’est un fait, oui, elle n’est pas là. Ils disent donc : il faut que notre position change car nous sommes pour une solution différente. Mettons fin aux flots de réfugiés et de va-nu-pieds car nous développerons les pays en voie de développement et les émergents. Donc, puisque nous ferons cela, nous pouvons l’intégrer dans notre rhétorique, dans notre programme.

    Dans un futur idéal, hypothétique, fantasmé, peut-être que le « socialisme douanier », que le « nouveau paradigme » ce « protectionnisme solidaire » [« C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. » , si tant est que cela ait un sens autre que le slogan. ] pourrait peut-être s’incarner. Si l’impérialisme français était brisé, battu, écrasé, si il n’était pas la raison première de la misère dans les régions d’Afrique d’où partent les migrants, peut-être. Si ce n’était pas les impérialismes conjoints qui semaient la misère dans les zones de départ, peut-être, oui, verrait on ces fantasmes quitter le rayonnage des délires fiévreux pour arriver dans celui des possibles. LFI -ni aucune force réformiste- n’a pas les moyens de pouvoir moraliser les patrons, de pouvoir agir de manière concrète sur l’économie ou sur l’impérialisme. Dire, à l’extrême limite que « lorsque nous serons au pouvoir et que nous aurons fait tout cela, il sera temps de changer d’approche sur la question des migrations » serait une chose.

    Mais pour le moment, non. Pour le moment, nier l’état actuel des choses pour superposer une réalité imaginaire, cela revient à mentir ou pratiquer des tours de passe-passe devant les masses populaires.

    Et nous redoutons que le passe-passe ne soit particulièrement amer. Car il avalise le fait qu’il est légitime de rejeter de chez soi les les flux que nous causons nous même.

    La solution des flux forcés de personnes qui partent de l’enfer, de la misère, de la famine, de la geurre, c’est au préalable l’anéantissement des puissances qui en sont responsables, qui instillent la misère, la famine, la guerre. Ce préalable est incontournable.

    Ce n’est pas, comme le dit le barbouze Kuzmanovic, se méprendre sur l’esprit des Lumières. C’est un choix qui consiste à mettre au dessus de cette pseudo-transcendance nationale la solidarité internationale, de mettre au dessus le slogan oublié de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Dans les faits, Kuzmanovic, mis au pied du mur, assène : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »  Quelle différence entre cette position et celle de Macron ?

    Désormais, plus on creuse, plus la terre sent le cadavre enterré à la va-vite.

    « Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. » Le faux nez tombe. Kuzmanovic, en bon adepte d’une capitalisme protectionniste, cible l’ultra-libéralisme, père de tous les maux. Or, si nous sommes conséquent, nous savons que n’est pas le libéralisme qu’il faut combattre, surtout pour lui substituer une tactique différente de la bourgeoisie, mais le capitalisme et l’impérialisme comme système d’exploitation qui écrase les peuples et les précipitent dans la misère. A l’époque du protectionnisme, les flux de migrants économiques étaient encore plus intenses qu’aujourd’hui. De plus, même d’un point de vue capitaliste, l’immigration n’est pas un frein au développement économique. La Suède, pays d’accueil important, à ainsi connu un rebond énorme dans sa croissance, passant d’une récession terrible en 2009-2010 (-5%!) à une croissance de l’ordre de 3,2% aujourd’hui. Les économistes imputent cela au fait que l’économie a été stimulée par les entrées de migrants et par leur besoins en terme de logement, de biens de consommation et de services. Mais Wagenknecht et notre triste sire ne voient dans les migrants que des bouches à nourrir, que des assistés ou des concurrents, et omettent d’écrire que ce qui bloque le développement économique, ce qui entrave les forces productive, c’est le parasitisme de la part de la bourgeoisie et l’accaparement des ressources et des richesses par cette classe.

    Par ailleurs, ce qu’oublie de mentionner l’apprenti-sorcier du fascisme qu’est Kuzmanovic, c’est la goutte d’eau que représente les migrations à l’heure actuelle. Les flux migratoires sont minuscules par rapport à ceux des années 10-30 ou 50. Surtout, même en supposant que ces flux aillent directement grossir les rangs des chômeurs, ils ne sont qu’une martingale par rapport à l’immense masse de chômeurs qui forment déjà cette armée de réserve. « C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. » 

    Il s’agit, par ailleurs, mot pour mot, la ligne défendue par le Bastion Social, lequel instrumentalise sans vergogne cette question. Pour Kuzmanovic, la solution est de rejeter les travailleurs entrés illégalement sur le territoire français, non les légaliser, les syndiquer, les organiser politiquement, qu’ils sortent de l’ombre et puissent combattre l’exploitation aux côtés de leurs camarades de nationalité française.

    Au final, ce qui ressort de ce positionnement, c’est que le Rubicon a été franchi pour ce qui est du positionnement dans l’échiquier politique pour cet individu, et, peut-être, pour son organisation tout entière si elle ne réagit pas.

    Il ne fait pas de doute que certains sont ravis de cette mutation, surtout à la droite de la droite, mais également au sein de LFI, ou la décomplexion pourra régner. Cependant, nous nous refusons à croire que cette position puisse être hégémonique sans discussion et devenir une thèse de LFI. Nous appelons les adhérents de ce mouvement à rejeter la ligne de Kuzmanovic, à obtenir son départ, ce qui sera un test pour la démocratie interne, par ailleurs, et à condamner tant la position de Wagenknecht que celle vers laquelle semble s’orienter un Mélenchon qui s’est déjà fendu de réflexions douteuses sur l’immigration. A moins qu’il ne les ait déjà oublié, au vu des pertes de mémoires subites dont il semble souffrir sous la pression…

    Défendons le droit d’asile ! Défendons l’accueil de ceux qui fuient les guerres dont tirent profit Total, Dassault, Thalès, Areva ! Défendons l’accès aux papiers pour tous ceux qui en sont privés ! Quelque soient les papiers, quelque soient les origines, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre l’exploitation, contre l’oppression !

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » partie finale.

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » partie finale.

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    Partie finale.

    La démocratie bourgeoise est le fruit d’un compromis. Son but n’est autre que d’être une soupape de sécurité et de donner une légitimité aux politiques de la bourgeoisie. Certes, des victoires temporaires ont été arrachées par la mobilisation populaire, mais elles n’avaient qu’un caractère de concession. Dans les faits, l’État, la démocratie, les élections sont architecturées par la grande bourgeoisie et pour la grande bourgeoisie. Croire qu’il est possible de gagner face à un adversaire qui détient toutes les cartes du jeu, qui détient, en plus, les grands moyens de communication, est se nourrir d’illusions dangereuses.

    Au final, le réformisme est plus utopiste que le fait d’opter par la voie révolutionnaire. Cette dernière est un chemin semé d’embûches, de souffrances, de problèmes, mais elle a une chance de gagner et de déboucher sur une transformation de la société. L’autre est pavée de lumière, de postes, de sinécures, de salons et de réceptions. Mais elle est une impasse complète. Elle ne mène qu’a la faillite, au compromis, à la compromission, même indépendamment de la volonté de ceux et celles qui tiennent cette stratégie pour juste. Tout réformiste, à la base, n’est pas pétri de malhonnêteté, mais sa stratégie l’y entraîne.

    Les populistes eux, ont déjà franchi cette ligne. Tels les magiciens, ils ne croient pas à la magie. Il ne s’agit plus de faire triompher une hypothétique transformation pacifique de la société, de mobiliser dans cette voie, mais bien, uniquement, d’accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, pour s’y épanouir et diriger au nom d’un hypothétique intérêt national, intérêt, en vérité, de la bourgeoisie. Désormais, la moindre possibilité de mobiliser, y compris les plus réactionnaires, y compris les plus fausses, sont autorisées tant que cela sert le but ultime des populistes : servir « mieux » la grande bourgeoisie.

    Le but des communistes n’est pas de mieux gérer la société, de mieux gérer le capitalisme, de lui poser des brides, de le moraliser, ou de défendre la « grandeur » de tel ou tel pays dans le monde -manière de dire « impérialisme » sans le dire. Il est de liquider le pouvoir bourgeois, de le supprimer, d’y mettre fin. Le but n’est pas, pour parvenir à cela, de ses lancer dans une course truquée et perdue d’avance, course où les concurrents sont prêts à toutes les bassesses pour grappiller quelques points -quitte à sacrifier toute cohérence. Il est de faire voler en éclat ce mensonge flagrant.

    Au populisme, les communistes opposent la ligne de masse. Au fait de flatter les instincts les plus bas, la spontanéité -parfois réactionnaire- ou de surimposer les propres désirs de leur organisation à ceux des masses. Mao définissait ainsi celle-ci : « Dans toute activité pratique de notre Parti, une direction juste doit se fonder sur le principe suivant: partir des masses pour retourner aux masses. Cela signifie qu’il faut recueillir les idées des masses (qui sont dispersées, non systématiques), les concentrer (en idées généralisées et systématisées, après étude), puis aller de nouveau dans les masses pour les diffuser et les expliquer, faire en sorte que les masses les assimilent, y adhèrent fermement et les traduisent en action, et vérifier dans l’action même des masses la justesse de ces idées.

    Puis, il faut encore une fois concentrer les idées des masses et leurs retransmettre pour qu’elles soient mises résolument en pratique. Et le même processus se poursuivra indéfiniment, ces idées devenant toujours plus justes, plus vivantes et plus riches. »

    A ce travail se double celui d’un tri, entre les idées fausses et les idées justes, un tri entre ce qui est progressiste, révolutionnaire, et ce qui est réactionnaire. Seulement la question de la méthode est essentielle. Bien souvent, il existe une tendance, alimentée par une perception post-moderniste des choses, à osciller entre deux positions fausses : d’une part un angélisme nourri de fantasmes sur les masses populaires, faisant la négation complète des travers qui peuvent exister en leur sein ainsi que de l’influence de l’idéologie bourgeoise ; de l’autre le fait de ne percevoir que cela et de rejeter les masses populaires sous prétexte qu’elles ne soient pas parfaites, qu’elles ne soient pas spontanément communistes.

    L’un comme l’autre ne mènent à rien. Pour revenir sur ce qu’écrivait Mao « Il faut critiquer les défauts du peuple, mais il faut le faire en partant véritablement de la position du peuple; notre critique doit être inspirée par le désir ardent de le défendre et de l’éduquer. Traiter ses camarades comme on traite l’ennemi, c’est adopter la position de ce dernier. »

    La tâche d’une organisation d’avant garde n’est pas de se mettre à la traîne des idées réactionnaires, ni d’imposer de manière autoritaire son point de vue -ayons en tête la formulation on-ne-peut-plus-ridicule de Léon Trotski « avant-garde de l’avant-garde ». Le mouvement révolutionnaire ne se nourrit pas de la surimposition d’idées, mais bien de partir du vécu des masses et des problèmes concrets et réels qu’elles rencontrent. Armé de la ligne de masse, il peut, sans devenir une secte coupée de la réalité, franchir le stade de l’horizon -jugé indépassable par les réformistes, les trotskistes et les révisionnistes- de la politisation et de la politique.

    La ligne de masse est la clé de voûte du fait de passer des revendications économistes à une compréhension politique de la situation. C’est également au travers de cette politisation que peuvent se résoudre les contradictions au sein des masses. La question de la xénophobie (beaucoup plus que celle du racisme, in fine), du sexisme, de l’homophobie… peuvent être abordées et expliquées sous cet angle là. Ces questions qui, souvent, sont laissées de côté sous prétexte qu’elles divisent les masses, peuvent, en réalité, rendre l’alliance entre exploités, exploitées, opprimés et opprimées, plus forte et plus sincère. Elle est également ce qui pose les bases de la démocratie populaire, une démocratie dont le but est de prendre en compte les aspirations et les désirs légitimes des masses, et de résoudre les contradictions, non-antagoniques, entre elles.

    Le Populisme, en tant que mouvement politique, est et demeure, par sa nature-même, un marchepied de certaines fractions de la bourgeoisie. Son vernis populaire est un dispositif tactique, et uniquement tactique. Il ne fait pas de doute que la mauvaise foi soit la norme, au regard du parcours de ceux et celles qui tiennent les rênes de ces organisations, lesquels ne peuvent décemment croire dans leurs propres élucubrations.

    La populisme s’étend en Europe et dans le monde, s’infiltrant dans les interstices laissées par le reflux des organisations populaires. Il s’étend sur un terrain rendu favorable par l’incapacité de la sociale-démocratie à faire quoique ce soit. Il est nourri par les tensions internationales et intranationales et il s’en nourrit lui-même. La tentation populiste peut prendre un grand nombre de formes, de couleurs, de contenus. Maquillé en ami du peuple, il en est l’ennemi insidieux. Le combattre en surface ne suffit pas, il faut en plus, en comprendre les ressorts pour les briser.

    Il n’existe pas de troisième voie, ni fasciste, ni populiste, entre socialisme et capitalisme. Chaque prétendue voie n’est qu’un chemin tortueux de plus, qui ramène la bourgeoisie au pouvoir, renforce son ordre et sa légitimité.

    La seule voie contre le capitalisme, l’exploitation, l’oppression, est celle vers le socialisme et, ultimement, vers le communisme.