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  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – partie 4 : « Oradour Malgache ».

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – partie 4 : « Oradour Malgache ».

    « Oradour Malgache ».

                La colonie de Madagascar -laquelle demeure toujours une de ces abominables néo-colonies- a été intégrée de force dans l’Empire Français à la suite d’une « expédition de pacification » dirigée par le général Gallieni entre 1896 et 1905. Auparavant, l’île commençait une industrialisation basique, disposait d’une politique de scolarisation et d’écoles de médecine.

                Le colonialisme a ravagé tout cela. La mission de Gallieni cause la mort de 100 000 personnes environ. A l’issue de celle-ci, un système proche du code de l’indigénat est mis en place, ainsi qu’une politique de division juridique des habitants en fonction de leur « race ». Les écoles perdent leur public, et l’industrialisation se mue en « mise en valeur », à savoir une exploitation sauvage, forcenée, de l’Île. Ainsi, les malgaches doivent 30 jours de travail gratuit par an, sous la forme de corvée, pour développer les infrastructures utilisées par les colons. De plus, soumis au code de l’indigénat depuis 1904, les colonisés peuvent être mis à l’amende et emprisonnés sans jugement.

                Dès 1913, des mouvements de résistance apparaissent, dont Vy Vato Sakelika (fer, pierre, ramification) fondée par des étudiants en médecine. Mais la répression frappe avec une intensité terrible. Malgré le soutien de l’Internationale Communiste, le mouvement est écrasé au cours d’affrontements dans les années 30.

                Pendant la guerre, les colonisateurs sont des fidèles de Vichy. Les anglais prennent le contrôle de l’Ile en 1942, après une bataille de 7 mois, au cours de laquelle -fait assez exceptionnel- la Japon vient au secours de Vichy. Cette bataille est néanmoins d’une intensité faible, avec 107 tués côté alliés et 150 côté français.

    Si la « France Libre » prend le contrôle des affaires en 1943, la situation des colonisés ne s’améliore guère. Le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, parti indépendantiste communisant sans être communiste, gagne les élections dans le Territoire d’Outre-Mer en 1946. Bien que légaliste et souhaitant simplement une indépendance dans le cadre de l’Union Française, le MDRM est néanmoins combattu par l’administration coloniale. Marcel de Coppet, membre de la SFIO, fut nommé Haut-Commissaire de la République à Madagascar. Il appliqua une politique du diviser pour mieux régner en jouant sur la division entre les côtiers et l’intérieur des terres, soutenant ainsi le parti collaborationniste PADESM, ou Parti des Déshérités de Madagascar.

    Repoussant les référendums sur l’indépendance, souhaités par le MDRM, Coppet prit des mesures visant à « limiter les menées anti-françaises », autrement dit, une forme d’état d’urgence. Il prend des dispositions pour contrer les succès électoraux du MDMR. Les manœuvres successives de l’administration coloniale mettent le feu aux poudres.

    Bien que le bureau du MDMR ait appelé au calme, la base militante prend la décision d’une insurrection le 29 mars 1947. Les français le savent également et sont sur le qui-vive. L’insurrection commence par l’attaque d’une caserne à Moramanga, attaque repoussée par les troupes présentes. L’île s’embrase.

    Dès le début du mois d’avril, 18 000 militaires français débarquent. Ils sont plus de 30 000 par la suite. La méthode de répression est classique : torture, meurtres, razzias, viols… Elle se double d’une terreur psychologique dans les méthodes d’exécution : captifs jetés vivants depuis des avions. Malgré une longue guérilla organisée par les colonisés, qui connaissent le terrain, l’écrasement est rapide. En effet, les insurgés n’ont que des sagaies et des couteaux, face à des bombardiers A-26, des chars, des lance-flammes.

    89 000 morts côtés insurgés. 1 900 côté forces coloniales, ainsi que 850 européens dont 350 militaires. Voilà le bilan de l’opération de « pacification à la française ». Des procès sommaires et des exécutions de suspects eurent lieu tout au long de l’année 1948 contre les militaires malgaches accusés de nationalisme.

                Pour la France seule, pour la « patrie des droits de l’hommes », le bilan est illustratif. Pourtant il ne prend pas en compte les crimes en Afrique sub-saharienne, ni les petits « à côtés » du système colonial. Anglais et Américains firent de même, en Corée comme en Malaisie, égorgeant ceux qui brandissaient le drapeau de la liberté, de l’espoir, de l’indépendance.

                Voilà pourtant ceux et celles qui jouent la carte de l’amnésie sur leurs crimes, mais rappellent à l’envi la moindre faute, la moindre faille, le moindre conflit au sein du camp socialiste. Pourtant, les meurtriers de Sétif, de Madagascar, d’Indochine, tout comme ceux de Treblinka ou d’Auschwitz, n’ont pas d’océan qui les séparent. Les uns comme les autres étaient les machines à tuer de l’exploitation et de l’aliénation des masses, les chiens de garde de l’ordre ancien.

    Décidément, non, la guerre ne s’est pas arrêtée en 1945, lors de la signature de la capitulation à Reims. L’antagonisme entre l’Axe et les Alliés a simplement pris une dimension différente. D’autres contradictions sont devenues principales, celles entre le socialisme et le capitalisme, celle entre la libération nationale et l’oppression coloniale. Les ex-fascistes ont trouvé à être employés sous un autre uniforme, tout en poursuivant leur croisade contre le bolchevisme et contre la Liberté.

                Tant que l’impérialisme existera, les guerres seront inévitables. Tant que la lutte des classes sera le moteur de l’Histoire, tant qu’elle ne sera pas éteinte par la résolution des contradictions entre exploiteurs et exploités, les conflits perdureront. Tant que la bourgeoisie existera en tant que classe sociale, tant qu’elle ne sera pas liquidée, les massacres, les crimes, les génocides ponctueront l’Histoire, formant tout autant de jalons abominables.

                La bourgeoisie dresse cyniquement les masses populaires d’un Etat contre celle des autres, elle dresse des opprimés contre d’autres, et mène campagne, au travers de sa propagande tout comme l’enseignement scolaire, pour justifier la pratique des guerres d’agression. Les communistes ont la tâche de lutter pied-à-pied contre chaque manœuvre de la bourgeoisie de leur Etat ou de l’impérialisme qui étrangle leur nation. Il n’existe aucun espoir de paix et de prospérité tant que le capitalisme existe, tant qu’il est le régime dominant sur Terre. Ni dans un équilibre multipolaire avec le prétendu espoir des « BRICS », ni dans la domination et l’exploitation « pacifique » d’un hypothétique « super-impérialisme » à la Kautsky ou à la Trotski.

                Seule la révolution socialiste, seules les révolutions devrions-nous dire, peuvent mettre à bas le système d’oppression et d’exploitation organisé par les bourgeoisies et les impérialismes. Seule la construction du socialisme peut mettre fin à l’existence des classes sociales, aux contradictions de développement à l’échelle de la planète tout comme dans les Etats eux-mêmes. La réalisation du communisme à l’échelle mondiale -chemin parcouru d’étapes, d’embûches- mettre fin, de manière définitive, aux guerres sur notre planète.

     

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    Le 1945 des colonisés.

                De l’autre côté de la mer Méditerranée, la fin de la guerre est célébrée. Les contingents « indigènes » ont fait leur part du feu et rentrent dans leurs foyers. Des manifestations spontanées ont lieu, avec la bénédiction des autorités. Les nationalistes Algériens profitent de celles-ci pour rappeler leur existence, rappeler leurs revendications, pointer du doigt la contradiction entre fêter la mort de la bête immonde et maintenir un régime colonial basé sur la surexploitation, la privation de droits et le travail forcé.

                L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. Entre 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

     

    La France saute à pied joint dans la reprise de son Empire.

     

    A l’autre bout de la Terre, un scénario similaire se déroule. Si l’histoire de l’Algérie est relativement connue, la situation de l’Indochine mérite qu’on s’y attarde. La « perle de l’Empire », l’Indochine, sa colonie la plus rentable, avec ses minerais, son hévéa, ses bois précieux, était, durant la guerre, dans une situation étrange. A la suite de la défaite française de 1940, le Japon lorgne avidement sur cette position stratégique de premier ordre. D’une part car le Japon a besoin de ces produits, de l’autre car cela permettrait de couper une des voies de ravitaillement de la Chine.

    Le Japon fait donc pression, de manière forte, sur le gouverneur de l’Indochine, l’amiral Decoux. Dès juillet 1940, la primauté Japonaise est reconnue. Mais la situation ne convint pas aux forces japonaises, lesquelles menacent d’envahir purement et simplement l’Indochine. Entre le 22 et le 26 septembre 1940, après quelques combats sporadiques, les japonais prennent le contrôle de l’Indochine, tout en laissant l’administration de Vichy fonctionner et gérer la société. Cet événement, en soi, pourrait rester une anecdote. Mais cette opération a poussé les USA a geler l’approvisionnement en pétrole du Japon, et donc, l’a amené à se résoudre à la guerre.

    Il s’en suit une période paradoxale de collaboration franco-japonaise. La France n’est pas traitée en ennemi, mais pas totalement en allié. Le 10 janvier 1941, la Thaïlande, un des rares alliés du Japon, attaque le Laos et le Cambodge, voulant, par cette opération, étendre son territoire. Quelques jours après, la marine de guerre française réplique, coulant une grande partie de la flotte Thaïlandaise. Cependant le Japon arbitre en faveur des Thaïlandais, humiliant les français.

    A cette époque, la résistance anti japonaise est le fait, principalement, des groupes communistes, ancêtres du Vietminh. Les français, eux, restent dans leur grande majorité dans une logique attentiste, à part quelques déserteurs, dont l’un finit par combattre chez les soviétiques, dans le régiment Normandie-Niemen. L’OSS et les services secrets soutiennent les combattants vietnamiens, leur fournissant par ailleurs des canons sans recul et des lance-roquettes, qui jouèrent, en 1954, un rôle de premier plan dans l’écrasement des forces françaises à Dien Ben Phu

    En 1945, les Japonais sont en déroute. Étant donné l’effondrement du régime de Vichy et le ralliement progressif des cadres coloniaux à De Gaulle, ils n’ont plus confiance dans ces derniers. Pour tenter de sauvegarder leur situation, les forces du Mikado renversent la vapeur : ils opèrent un coup de force contre l’administration française. Coup de force qui se traduit, entre le 9 mars et le 15 mai 1945, par une série d’opérations militaires qui mettent les français en déroute. 4 500 morts et 37 000 prisonniers sont faits, contre un millier de tués chez les japonais.

    Si les forces françaises sont battues à plate couture, le Vietminh, lui, mène une guérilla d’ampleur, alimentée par le fait que les japonais ont vidé le pays de son riz et ont affamé la population. Après l’annonce des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le 13 août, Ho Chi Minh lance une insurrection généralisée. Cette insurrection a pour but d’assurer le contrôle du territoire par des forces patriotiques avant que les dispositions prises à Postdam ne soient rendues effectives. Celle-ci prévoient l’occupation du nord par les troupes de Chang Kai-Check (Jiǎng Jièshí dans la nouvelle nomenclature), et le sud par les forces britanniques venues de Birmanie. C’est la révolution d’août, révolution étranglée par l’irruption des troupes étrangères.

    A la suite de la capitulation japonaise, la situation est extrêmement confuse. L’empereur Bảo Đại accepte d’abdiquer et de former un gouvernement d’unité nationale avec les communistes. Le Vietminh contrôle une partie de l’administration mais ne parvient pas à exercer la réalité du pouvoir. L’armée chinoise pille allègrement le nord du pays, et Chang semble vouloir mener une politique d’annexion. Au sud, les britanniques utilisent une partie des soldats japonais « oubliés » pour le maintien de l’ordre, tandis que certains de ces derniers rejoignent les troupes vietnamiennes. Les français, quant à eux, sont interdits d’entrer au nord par la Chine nationaliste, qui veut prendre la place du colonisateur, et au sud par les anglais qui contrôlent l’armée. Ce n’est qu’en octobre que Leclerc arrive à Saïgon.

    Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques.

    « J’ai recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Viêt Nam, il n’y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n’en avions pas, et nous n’en aurions jamais les moyens. Rappelez-vous le Sud. Ici l’insuccès est certain… Il faut garder le Viêt Nam dans l’Union française, voilà le but, même s’il faut parler d’indépendance. A Fontainebleau doit être trouvée une solution garantissant à la France au moins le maintien de ses intérêts économiques et culturels… étant entendu que Hô Chi Minh persistera à vouloir se débarrasser de nous… Pour cela, tendez la corde, tirez dessus… mais surtout qu’elle ne casse jamais !… Il nous faut la paix ! »

    Le remplacement des chinois pas les français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix.

                Si ces opérations militaires sont connues et enseignées dans les programmes scolaires, d’autres, encore, sont tuts et passées sous silence, tâchant de sang, encore un peu plus, le drapeau tricolore.