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  • Fin de Partie

    Fin de Partie

    Emmanuel Macron est victorieux avec 65.8 % des voix, selon des dernières informations. Une nouvelle fois, ce score est conforme aux attentes, conforme aux prévisions. L’Etat français n’a pas connu de scénario du type de Trump, avec une percée imprévisible, un débordement systématique, un raz-de -marée populiste.

    Il est notable, cependant, que le Front National a réussi à s’implanter d’une manière durable, comme un pivot, dans le paysage politique de la démocratie bourgeoise. Comparativement à 2002, pas d’écrasement, pas de 82% / 18%. La mobilisation électorale s’est même avérée plus faible qu’au premier tour.

    Il est intéressant de voir qu’une coupure se produit au niveau des votes.

    Un Etat français intégré dans les réseaux et les flux de la mondialisation, intégré dans l’Union Européenne, dans des zones qui, globalement, sont des citadelles de l’impérialisme, ses métropoles des centres de commandement. Ces régions urbaines ont massivement soutenu Emmanuel Macron.

    A l’inverse, les zones périurbaines, rurales ou semi-rurales, les régions de petites industries, ont voté majoritairement pour Le Pen. La « France des villages », qui se paupérise, qui voit la mondialisation comme une menace, qui en subit la concurrence de plein fouet, ne s’est pas manifestée par une adhésion aux thèses optimistes du candidat gagnant.

    Mais dans l’ensemble, seul deux départements, l’Aisne et le Pas-de-Calais voient le Front National arriver en tête. Calais est, d’ailleurs, la plus grande ville où le Front National arrive en tête, suivie de Fréjus, sous d’autres latitudes.

    L’abstention et le silence demeurent la première force politique avec 37.3 % de la population. Un quart des inscrits n’ont pas exprimé de suffrage durant cette élection. Ceci est révélateur d’un dégoût généralisé de la politique telle qu’elle est menée, d’un détachement des masses populaires du cirque électoral.

    Cette césure est positive, non négative. Elle est la base de rejet sur laquelle se construit l’opposition extra-parlementaire, le pouvoir populaire, le camp du peuple.

    Les partis réformistes-radicaux peuvent pester-ils furent tous éliminés- ils ne font que payer le prix de leur obstination dans une voie morte, dans une voie de compromis et de compromission, dans une voie de démagogie et non de lutte.

    La tâche des communistes, mais aussi, plus largement, celle de tous ceux et toutes celles qui rejettent la démocratie bourgeoise, est de former un véritable pôle antiparlementaire, de former un véritable bloc populaire. Il est illusoire de croire que l’abstention suffira d’elle même. Le dépit se mue en rejet, mais passer de ce rejet passif en volonté positive d’établir un pouvoir populaire demande un long travail, que seules les organisations révolutionnaires peuvent mener.

    Aujourd’hui, la victoire a échu entre les mains d’Emmanuel Macron et de la frange Libérale libre-échangiste de la bourgeoisie.

    « Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons » a ainsi déclaré Emmanuel Macron. L’audace de la liquidation du code du travail, de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. L’audace de plonger dans la précarité accrue, dans une misère plus noire, plus sombre.

    Car tel est le programme d’Emmanuel Macron. Un programme de paupérisation pour les masses, un programme d’enrichissement sans bornes pour la bourgeoisie.

    Mais le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie est loin d’être une personne inintelligente. Il dispose, de plus, d’un encadrement efficace pour l’appuyer et le conseiller.

    En Marche ! a conscience de sa faiblesse face à l’épreuve des législatives. Les Républicains et le Parti Socialiste ont certes subi un revers terrible, mais leur structure peut résister, leurs relais, leurs courroies de transmission, rester fidèles.

    Il semble que l’Etat français se dirige vers un gouvernement et un parlement fonctionnant à la coalition. Or, qui dit coalition dit alliés. Pour triompher aux législatives, la nouvelle équipe présidentielle va devoir choisir une géométrie plus précise, devoir faire des choix.

    Cette recherche d’alliés se retrouve dans le discours d’Emmanuel Macron, lequel est particulièrement révélateur.

    Si, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le gagnant n’a pu rassembler ses troupes sur le Champ de Mars, il est parvenu à inclure le choix du Louvres dans son discours, en faisant le symbole d’une continuité historique remontant à l’ancien régime.

    Son arrivée sur l’estrade, dans une solitude étudiée, s’est faite non sous la Marseillaise, mais sous les accords de l’ode à la Joie, hymne de l’Europe.

    La pyramide du Louvres a focalisé toute l’attention des complotistes, la musique de Beethoven celle de tous les germanophobes. Le mélange des deux, pourtant, est brillant : décor franco-français, musique européenne.

    Le candidat de En Marche ! a manœuvré efficacement, indiquant qu’il tenait compte du fait qu’un partie de son électorat l’avait soutenu pour des raisons d’inquiétudes quant aux institutions républicaines.

    Cette manière de prendre en compte ces ralliements par dépit brosse les « barragistes » dans le sens du poil. Concession sur la forme, elle ne représente nullement une sur le fond, sur le programme économique, sur la politique à tenir. Elle représente simplement la prise en note d’une volonté de protection des droits démocratiques.

    D’une certaine manière, le « barrage » s’est retrouvé vidé de tout son contenu politique.

    Dans le même temps, poursuivant dans le ralliement, Emmanuel Macron a également salué les électeurs de Marine Le Pen, disant comprendre leur colère et leur désarroi. Un énigmatique « Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » a été prononcé. Il est difficile de déterminer son sens. S’agirait-il d’une volonté de parvenir à une synthèse sur un certain nombre de sujet ? Pour le moment, la question reste en suspens.

    Ce qui est certain, c’est que le discours a enfoncé le clou sur un certains nombre de sujets internationaux :  » La France sera au premier rang dans la lutte contre le terrorisme sur son sol et aussi bien que dans l’action à l’international. Aussi longtemps que ce combat devra durer, nous le mènerons « . La politique internationale de l’Etat français n’est pas prête de s’apaiser. L’impérialisme français peut bien se parer d’un sourire enjôleur, il n’en change pas sa nature pour autant.

    Reste à voir comment vont se concrétiser les premières mesures, les premiers choix, les orientations.

    Toujours est-il que la ligne Macron : rassembleuse et unificatrice, n’est nullement un garantie contre toute dérive autoritariste ou toute caporalisation de la société. Une union sacrée, même vendue comme « anti-fasciste » peut très bien s’accommoder d’une exploitation accrue, d’une répression d’autant plus violente qu’elle se targuerait d’être un rempart contre l’extrême-droite.

    Ceux qui voient dans Macron un démocrate convaincu ne doivent pas ôter de leurs esprits qu’il est un agent de la bourgeoisie, dont il exécute la commande.

    Si l’ordre est donné de frapper, si la situation se détériore, gare. Les libertés fondamentales ne sont, au final, que des droits formellement accordés par la bourgeoise. Ils se retirent aussi aisément qu’ils se donnent.

    Du côté des perdants, les législatives sont dans tous les esprits. Marine le Pen a déclaré : Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique, a-t-elle affirmé. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique. »

    « Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. » « C’est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat. »

    Un souffle d’inquiétude travers la « boutique. » Le concept même du Front National arrive t-il à bout de souffle ? Doit-il muter pour devenir le pôle principal d’opposition à la politique d’Emmanuel Macron ?

    L’alliance avec Debout la France, avec Nicolas Dupont-Aignan, avec Christine Boutin, est une nouveauté. Il semble que le Front National soit en passe de  devenir véritablement un front d’organisations nationalistes-chauvines, pour gagner en influence, gagner en relais, gagner en implantations.

    C’est de la réussite ou de l’échec de cette transformation que dépendra la physionomie des prochaines années, que dépendra la physionomie de la prochaine élection présidentielle.

    La France Insoumise, construction artificielle, autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, se délite progressivement. Les conflits entre les intérêts du PCF -pourrissant- et ceux du Parti de Gauche -qui ambitionne de prendre la place du Parti Socialiste- prennent une tournure antagonique. Des menaces, des pressions, des procès. La défaite se muera-t-elle en débâcle ?

    Les réformistes radicaux Poutou et Arthaud ont certes pu s’exprimer au cours de cette élection, mais n’ont rien su faire de cette tribune pour faire avancer la conscience politique des masses. En accréditant la mascarade, les trotskistes ont même contribué à solidifier le mythe de la démocratie bourgeoise. Rien n’est à attendre de ce côté.

    La réaction des révolutionnaires et des antiparlementaires est restée majoritairement marquée par le calme. Nouvelle attendue plutôt qu’un coup de tonnerre. Elle est prise avec gravité par les organisations et les militants et militantes, comme une lutte longue, sourde, et difficile à mener.

    Les cinq années qui s’ouvrent dans l’Etat français sont sous le signe de la croisée des chemins. Les aggravations de la crise du capitalisme, les aggravations des tensions politiques et internationales, se répercuteront dans le climat politique. La détérioration sociale promue par Macron jettera dans les bras de la misère et de l’exclusion sociale de parties importantes de la population. Si les organisations communistes -en premier lieu- ne sont pas à la hauteur de la tâche d’organiser et mettre en ordre de bataille les masses, ce seront les fascistes qui en bénéficieront et qui seront en mesure de lancer des mouvements de masse réactionnaires.

    La partie des présidentielle est terminée, mais plus largement elle signifie également un effondrement des marges de manœuvres réformistes et sociales démocrates.

    Elle signifie une cristallisation des tensions.

    Le lâche rempart n’existe plus.

    Il est essentiel, durant ces cinq ans, que le camp du peuple renaisse, soit fort, soit organisé et avance.

    Sans victoire sur le front de l’organisation, sur le front de l’idéologie, il n’existera que des défaites.

    En avant vers cinq années de lutte !

  • Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

    Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

     

    Nous publions, à l’issue du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un compte rendu le plus exhaustif possible du débat et de ses implications idéologiques.

    L’intégralité de la brochure est disponible en cliquant sur l’image ou -avec les autres brochures- dans la rubrique « téléchargements ».

    Nous republions ici l’introduction et la conclusion de cette brochure, que nous ne pouvons qu’inviter à lire.

    18 millions de téléspectateurs, au sein de l’Etat français, ont suivi le débat tant attendu entre Emmanuel Macron – candidat de En Marche ! et Marine Le Pen, la candidate du Front National.

    Cette confrontation était grandement attendue, grandement scrutée, tant par les habitants de l’Etat français que par le reste du monde, tant elle devait illustrer la confrontation entre deux visions du monde, entre deux idéologies opposées.

    Devait, car, fondamentalement, il existe une racine commune entre les deux candidats, des bases communes, sur lesquelles nous allons revenir.

    Sans entretenir de faux suspens, la grande majorité des observateurs ont vu s’effondrer la candidate du Front National, incapable de pouvoir mener une réelle offensive idéologique, se cantonnant à des coups d’épées dans l’eau, dans un ad hominem constant. Cette tactique, pour des raisons sur lesquelles nous allons revenir, était une faillite complète.

    Dans ce paysage qui tendrait à décerner la couronne de laurier au candidat de En Marche, une voix dissonante, celle de l’OVNI du marxisme : Les Matérialistes. Tellement arc-boutés dans leur idée de soutenir Macron à tout prix, du fait qu’il faille faire rempart contre le fascisme lepéniste, que ces apprentis-analystes forcent le trait, déforment la réalité, pour faire de Mme Le Pen la perdante. De la part d’une organisation capable de soutenir les manifestations de policier au nom de l’esprit « Charlie » et de l’unité populaire, qu’attendre d’autre si ce n’est -pour  reprendre les mots de leur héraut- des « sauts de cabri » en l’air ?

    Pour les marxistes, il existe une matière à analyser qui s’est illustrée lors de ce débat. Donner Macron vainqueur ne signifie pas prendre partie pour lui. Analyser sa stratégie, lors de ce débat, comme cohérente, ne signifie pas l’aduler. Lui trouver une maîtrise dans les sujets qu’il a pu aborder ne signifie pas que nous soyons en accord avec ses conclusions. Seulement nous devons -impérativement- reconnaître les forces et les faiblesses des agents de la bourgeoisie – comme celles de nos alliés – et ne pas projeter de fantasmes sur eux.

     

    Conclusion : 

    Ce débat transcrit avec une certaine fidélité l’état et les attentes de la société actuelle.

    Marine Le Pen a joué la carte de la punchline en espérant que ce soit la seule chose qui reste dans la tête des téléspectateurs à l’issue du débat. Insinuations, coups de poker, bluffs… Les débats précédents, après tout, n’avaient laissé en mémoire que les piques de M. Mélenchon ou de M. Poutou.

    Invité sur le plateau de Quotidien, Jacques Attali, soutien d’Emmanuel Macron, avait caractérisé cette campagne comme une campagne de l’anecdote. Il s’agit d’un fait indéniable. La société de l’information, loin d’être une société de l’approfondissement, se traduit par une société de la phrase d’accroche, du slogan, de l’enseigne lumineuse en néon.

    Cette tendance, présente également dans notre camp, a rendu inaudible la propagande -au sens premier du terme, la démonstration d’une notion- pour ne conserver que l’agitation. Or, l’explication, l’explicitation, l’analyse demande du temps, demande de l’énergie. La bourgeoisie entretient sciemment les « remous de surface » pour camoufler les courants de fond. Les clashs par tweet, en 140 caractères, est un format qui avantage la rhétorique, non la théorie.

    La conflictualité qui existe entre deux stratégies de la bourgeoisie est révélatrice : l’Etat français est à la croisée des chemins. Fatigué, usé, tailladé par la concurrence -surtout asiatique- l’impérialisme français est dans un creux. Il doit porter son choix dans l’offensive ou dans la défensive. Ce sont, en dernière instance, les lignes défendues dans ce débat.

    Cette conflictualité est également révélatrice d’une césure au sein de la société. Les gouvernements successifs, le recul des conceptions politiques progressistes, l’abandon de la lutte idéologique ont légitimité, nourri et couvé les conceptions réactionnaires. Elles arrivent à maturité.

    La bourgeoisie a réussi son plus grand tour de passe-passe : orienter la colère populaire dans le cul-de-sac réactionnaire. Orienter dans son sens la rage populaire.

    Dans notre courte analyse Macron l’illusion, nous indiquions le fond de notre pensée. Le programme du FN est connu, il est clairement un programme fascisant, xénophobe et raciste. De ce point de vue ite missa est. La messe est dite.

    Celui de Macron n’amène pas vers un soleil radieux, vers des lendemains qui chantent.

    L’application de ce programme, de cette ubérisation de la société, entrainera une précarité plus grande, plus forte. Il débouchera immanquablement sur une misère plus intense et plus sordide, sur une paupérisation accrue des masses. Par son libéralisme, il facilitera la concentration du capital et la ruine des petites entreprises au profit d’entreprises à caractère monopolistique.

    Son discours impérial et agressif ne laisse rien supposer d’autre qu’une multiplication des d’interventions militaires, un accroissement des actes d’agression et d’ingérence commis à l’encontre d’autres nations, pour étendre la sphère de l’impérialisme français et ses tentacules.

    La massification de la concurrence internationale laisse supposer une diminution des salaires, des droits des travailleurs, pour que la bourgeoisie française puisse demeurer compétitive.

    Les législatives prochaines dévoileront la véritable nature politique des cinq prochaines années. Une assemblée en recomposition débouchera probablement sur un gouvernement de coalition. Avec qui ? La question est importante.

    Marine Le Pen se voit déjà en figure principale de l’opposition. Son plus cher désir est de voir le centre de gravité du débat se placer entre le libéralisme et le fascisme. L’opportunisme de Mme Le Pen, cependant, la pousse à hurler au vol lorsque le PS appliquait ses conceptions.

    Le danger est celui d’une synthèse entre les deux camps. S’ils ne peuvent s’entendre sur la stratégie de fond, le projet de société lepéniste peut très bien frayer son chemin jusqu’aux plus hautes sphères.

    Fondamentalement, les choix sont restreints. Entre deux courants de la réaction et du recul social, certains trouvent la possibilité de choisir. Dans un sens nous ne saurions les blâmer. Sans organisation communiste puissante, capable d’avoir une action sur la société, comment reprocher à celles et ceux qui ne voient d’autre planche de salut que le vote de céder ? Nous ne le pouvons pas.

    Nous devons, en revanche, comprendre que le premier acteur de notre faiblesse n’est pas la bourgeoisie. Elle mène sa politique, en fonction de ses intérêts. Nous ne pouvons reprocher à des anticommunistes ou des non-communistes de ne pas agir en communistes.

    Nous sommes les premiers acteurs de notre faiblesse. Nous sommes aussi ceux de notre reconstruction.

    La situation sociale n’est pas sur une voie d’amélioration, au contraire. La crise s’approfondit, bien qu’elle paraisse-en surface- cicatrisée. Nous bénéficions d’un sursis que nous devons mettre à profit impérativement pour forcir, gagner en unité, en efficacité, en influence.

    Pour que naisse un camp du peuple, pour que naisse un phare capable de guider les masses, leur colère légitime, leur désir de lutte, vers une issue positive, constructive, révolutionnaire.

    Nous ne devons pas nous relâcher en poursuivre le travail. Contre le jeu de la bourgeoisie, développons l’autonomie ! Construisons les bases de l’opposition extra-parlementaire. Unissons-nous et avançons sur la voie de la construction du Parti. Renforçons les unités communistes !

  • Macron l’illusion

    Macron l’illusion

    Dimanche 7 mai 2017 se tient le second tour de l’élection présidentielle. Elle oppose deux candidats empoisonnés :

    Le candidat libéral Emmanuel Macron, notoirement connu pour ses accointances envers l’Etat-major du patronat : le MEDEF. Il est l’héritier du pourrissement du Parti Socialiste, il est la somme de la déliquescence de la social-démocratie achetée par le pouvoir bourgeois.

    De l’autre la fasciste Le Pen, notoirement connue, quant à elle, pour ses accointances avec des groupes et groupuscules de sinistre réputation : G.U.D., Occident, Jeunesses Nationalistes ou Identitaires. Elle descend en droite ligne d’une idéologie portée par les collaborationnistes, par les nostalgiques de l’ordre réactionnaire, traditionnel.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait l’emporter, avec, toutefois, une marge beaucoup moins marquée que celle de Jacques Chirac contre Jean Marie Le Pen en 2002. D’une part, dans une certaine mesure, car les idées réactionnaires ont progressé, de l’autre car il existe un véritable dégoût, une véritable répugnance de la part des masses vis-à-vis de ce jeu politique pourri.

    Tout comme à l’issue du gouvernement Jospin, le PS est poussé sur le banc de touche dès qu’il a l’opportunité d’exercer le pouvoir. Il est l’incarnation directe de la faillite de la social-démocratie.

    Pour autan, Macron ne court pas un immense risque. Il bénéficie du report de nombreuses voix et sa position centrale, centriste, lui permet de ratisser très largement. De plus, énorme avantage, il bénéficie de l’appui de la plus grande majorité de la bourgeoisie, des capitalistes de l’Etat français, lesquels -contrairement aux sottises proférées par les réactionnaires et les réformistes radicaux, bénéficient grandement de l’Union Européenne. Si l’Etat français était dominé par les USA et par l’UE, comme le vocifèrent de concert de nombreux chauvins, il existerait une logique à ce que la bourgeoisie appuie de tous ses vœux le FN.

    Ce n’est pas le cas. Malgré le ralliement de poussières comme Nicolas Dupont Aignan et Christine Boutin, la bourgeoisie semble réticente à choisir cette voie. Réticente mais prudente, car le MEDEF a dors et déjà pris contact avec la direction du Front National pour ouvrir des discussions. Nous ne doutons pas que ce parti, malgré le fait qu’il joue sa carte « proche du peuple » et « sociale », s’est incliné le plus bas possible pour se plier aux désirs de la bourgeoisie de l’Etat français. Car les fascistes sont ainsi, ils sont des serviteurs zélés du patronat.

    Bien des raisons expliquent la situation face à laquelle nous nous trouvons. Elle représente un aboutissement qui mérite d’être analysé et détaillé. Il est le fruit de processus importants et logiques, non de surprises.

    D’une part car la colère populaire s’est orientée vers les issues qui lui étaient proposées. La bourgeoisie, depuis que cette idéologie existe, s’est évertuée à barrer la route des masses vers le communisme. 60 ans sans Parti Communiste correct se paient chèrement.

    D’autre part en s’évertuant à déplacer le centre de gravité des débats vers la réaction, les politiciens bourgeois ont accrédité les thèses du FN. Le débat sur la situation sociale, sur la misère, s’est mué en débat sur la sécurité, en débat sur l’immigration. Ceux et celles qui ont hurlé avec la meute des slogans réactionnaires, qui ont entretenu la flamme, sont des responsables de cette situation.

    Le débat sur l’exploitation s’est mué en débat sur le pouvoir d’achat.

    La fin de l’existence du « Bloc Est » -bien que révisionniste et social-impérialsite- signifia un boulevard pour la bourgeoisie et pour les réactionnaires. La crise a fait son chemin, aiguillonnant la bourgeoisie, la poussant à attaquer plus fort.

    Les organisations militantes et communistes en premier lieu -nous ne nous excluons pas en écrivant cela- ont une autocritique à faire sur l’incapacité à faire front contre la montée des idées réactionnaires et sur l’incapacité à juguler cette avancée.

    Dans la situation actuelle, le camp du progrès est non seulement faible et dispersé, mais il est également gangréné d’idées chauvines et réactionnaires. Il est gangréné d’illusions réformistes. Il est essentiel de se ressaisir et de serrer les rangs pour faire face à la tempête qui approche.

    Comme mentionné plus haut, selon toute vraisemblance, Macron est en très bonne position pour devenir le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie.

    Un grand nombre d’individus, de médias, de personnalités politiques appellent à voter Emmanuel Macron. Ils et elles s’effraient des 21% fait par le Front National au premier tour. Un nombre encore plus vaste d’organisations prennent des mots d’ordres centristes pour laisser, en sous main, la possibilité à leurs militants et militantes de « faire leur choix », ce qui revient à ne pas dénoncer le jeu, mais à l’accompagner en catimini, avec opportunisme.

    L’opposition interne du PCF est un exemple parfait : Elle condamne le ralliement de 20h02 de Pierre Laurent à Emmanuel Macron, opposant à ceci un courageux « pas de consignes de vote. » Slogan on ne peut plus libéral, qui laisse les positions de droite donner le ton.

    Les accusations fusent désormais : les abstentionnistes représentent le mal absolu, car ils risquent de laisser le pouvoir entre les mains du FN, empêchant la mise en œuvre de stratégies d’une subtilité absolue :

    • Voter massivement pour Macron pour lui faire comprendre que les votants ne veulent pas de son programme, mais qu’il est juste un barrage.
    • Voter en déclarant que ce vote est par dépit.
    • Voter après 17h00 pour faire créer un distinguo entre les partisans de Macron et ceux qui font juste barrage.

    L’imagination de ces maîtres du vote utile est sans bornes.

    Parmi les plus brillants zélateurs de ce vote, nous pouvons remarquer Charlie Hebdo, le journal autoproclamé satirique et sans respect, mais qui, dans un élan de réformisme typiquement issu du gauchisme, insulte et traite de « cons » les abstentionnistes.

    Nous écartons sans la moindre compassion des injures, ces insultes, qui sont-en vérité- autant de cris énamourés pour la démocratie bourgeoise. En particulier lorsqu’ils proviennent d’agents -conscients ou non- de l’anticommunisme et de la réaction.

    Emmanuel Macron, agent de la bourgeoisie, peut certes, pour une poignée de voix, accorder certaines concessions cosmétiques à son programme libéral. En revanche, jamais il ne transigera sur le fond de l’affaire : poursuivre la ligne de casse du CDI, la ligne de casse des acquis sociaux, la ligne antipopulaire et anti-ouvrière entamée avec joie par François Hollande.

    Mélenchon peut multiplier les appels, ils resteront sans effets. Tout au plus, M. Macron inclura, pour le satisfaire, mais également pour satisfaire l’autre bord, une composante plus chauvine à son discours.

    L’ironie la plus profonde est ailleurs. L’élection du FN au pouvoir, son accession à l’Elysée, ne signifie pas mécaniquement le fascisme. Les institutions républicaines peuvent -sans problème- tourner avec un régime d’extrême-droite. In fine, il s’agissait de la nature même du régime gaulliste qui mit en œuvre la Vème république. Un FN avec une opposition forte serait gêné aux entournures, et ne pourrait probablement pas appliquer son programme.

    En disant cela nous n’annonçons pas que l’élection du Front National serait une bonne et non une mauvaise chose. Elle signifierait une réaction accrue, une brutalité grandissante. Elle signifierait un pas en avant vers la caporalisation de la société. Elle serait également un blanc-seing donné aux amateurs de lynchages et de ratonades, aux violences policières les plus débridées.

    Pourtant, ceux qui considèrent que Macron représente le sauveur de la démocratie pourraient bien déchanter. Dans ses interviews, le candidat n’hésite pas : ficher les militants, les militantes, développer un plan préventif pour lutter contre les mobilisations -en somme des arrestations préventives, des assignations à résidence, des interdictions de rassemblement ou de manifestation-.

    Il lui sera d’autant plus aisé de diriger d’une main de fer la libéralisation à outrance que l’opposition serait anesthésiée par cette peur : faire le jeu du FN. Tout ce qui affaiblirait le pouvoir serait, en dernière instance, attaquable comme ouvrant la voie au fascisme.

    La figure rassembleuse d’Emmanuel Macron est un faux semblant. Son pouvoir ne sera pas cristallisé contre le fascisme, au contraire, il est sur la ligne droite pour effectuer en pratique les tâches qu’assignerait la bourgeoisie à ce type de régime.

    La croyance, entretenue par la compréhension idéaliste de l’Histoire, tend à imprimer un idéaltype du fasciste comme présentant un véritable gouffre par rapport au démocrate.

    C’est là faire fausse route.

    Un Macron, un Valls, tout comme un Laval, sont tout à fait en mesure de pouvoir agir d’une manière réactionnaire-fasciste sans pour autant formellement en être issu.

    Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des agents furieux du capitalisme, et qu’ils en exécutent avec zèle les ordres. Car ils sont capables de faire une synthèse que ne peut faire le FN, et de mettre au pas la société derrière un « bien commun », contre un « ennemi commun. » Ce qui, traduit, revient à ordonner de faire bloc derrière sa bourgeoisie, derrière son impérialisme, contre celui des autres. A faire bloc du côté des intérêts du patronat national.

    Les concessions, Macron les fera avec le fascisme et la réaction. Non avec le progrès.

    De fait, l’élection de Marine Le Pen ou de Macron représente deux voies à la saveur différente vers une même situation : une dictature brutale de la bourgeoisie. Fondamentalement, les deux forment des options réactionnaires proposées par la bourgeoisie, sur la forme que doit prendre le retour en arrière social : chauvin ou européiste, libre-échangiste ou protectionniste.

    Dans les deux cas, il n’existe qu’une seule et unique garantie à la protection des libertés formelles, des droits démocratiques et sociaux : le rapport de force direct. Aucun bulletin de vote ne peut garantir cela.

    La recomposition politique qui émergera des législatives est encore mal connue, difficilement appréciable. En revanche il est peu probable que les progressistes apparaissent en position de force au milieu de l’océan réactionnaire.

    La tâche des communistes, dans cette période, est de se souder, de faire front commun, de grandir en influence. Elle est de reconstituer le camp du peuple, tout en luttant contre les illusions réformistes, de lutter contre les illusions sociale-démocrates, chauvines, réactionnaires.

    Elle est de prendre les devant pour couper les fascistes de leur implantation dans les classes populaires.

    Un période de cinq ans s’ouvre devant nous, elle ne sera d’aucun repos.

    Nous devons avancer, avec fermeté, dans le renforcement des organisations communistes, dans leur unification.

    Sans ce travail, aucune avancée n’est possible.

     

     

    D’ici là, nous devons clamer notre opposition, dès la nomination du nouveau capitaine de l’impérialisme.

    Nous rejetons le jeu pourri de la démocratie bourgeoise !

    Nous voulons le pouvoir populaire !

    Nous voulons chasser la bourgeoisie !

    Tous et toutes dans la rue le 7 mai  au soir !

     

  • Rejetons les options que nous laisse l’élection. Construisons le pouvoir populaire !

    Rejetons les options que nous laisse l’élection. Construisons le pouvoir populaire !

    A L’ISSUE DU PREMIER TOUR DES ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES, LES RÉSULTATS SONT LA.

    Le pur produit du libéralisme, Emmanuel Macron, est pressenti pour être le nouveau président de l’Etat Français. En face de lui, Marine Le Pen, dirigeante du parti Fasciste, le Front National. Voici donc la configuration du match : Un combat entre une droite pro-UE, libérale, pro-OTAN et une qui est son miroir, anti-UE, xénophobe, protectionniste, pro-russe.

    Les deux représentent deux faces des intérêts des capitalistes de l’Etat Français. Les deux sont des agents de la régression sociale, de l’exploitation accrue, de l’anéantissement des conquêtes sociales. L’un et l’autre représentent les deux branches d’une tenaille faite pour attaquer les travailleurs, les travailleuses, accroitre leur oppression. Libre échangiste ou protectionniste, l’exploiteur reste exploiteur.

    Les réformistes s’empressent de déclarer que nous sommes au pied du mur, qu’il est temps d’adouber tous Macron comme un rempart face au fascisme.

    Ce fascisme, ce sont les gouvernements successifs, dont celui dirigé par le P.S. qui l’ont nourrit, qui l’agitent comme un épouvantail pour que nous avalions une fois de plus, en souriant, les couleuvres.

     

    « PESTE ET CHOLERA, CHARYBDE ET SCYLLA, CERTES, MAIS VOTEZ MACRON QUAND MÊME ! » VOILA CE QU’ON NOUS OFFRE.

    REJETONS CE CHANTAGE.

    Macron, malgré son sourire enjôleur, ses airs rassembleurs, est l’avant-garde des exploiteurs. Il est d’autant plus dangereux que, si il dispose d’une forte assisse électorale, il entraînera dans son sillage, dans un seul camp, les sociaux-démocrates valets du patronat, à la Hollande, et les réactionnaires à la Fillon. Son élection forme un redoutable pôle, une synthèse terrible des positions les plus libérales et les plus antisociales. Il représente l’aboutissement d’un long processus, entamé dès l’irruption de la crise de 2008. Son pouvoir est celui d’un comité de salut des intérêts des capitalistes et des impérialistes de l’Etat Français. Il est le sauveur du patronat français, leur messie, leur héraut le plus pur, le plus zélé.

    Nous en sommes ici aujourd’hui car une confiance aveugle a été donné aux institutions, à l’Etat, aux politiciens et aux politiciennes. Nous en sommes ici car le jeu truqué des bourgeois, fait selon leurs règles, fait selon leurs lois -qu’ils violent régulièrement, pourtant-  ne pouvait que nous y entrainer, comme une terrible lame de fond.

    Pourquoi ? Parce que la bourgeoisie est consciente de ses intérêts et qu’elle est prête à tout mettre en œuvre pour les défendre.

    La bourgeoisie a dicté le programme du président sortant, François Hollande. Elle a dicté la loi El-Khomri. Elle a dicté le 49.3 pour la mettre en œuvre. Elle dictera d’autant plus aisément celui du prochain que celui-ci sera légitimé par un grand nombre de suffrages. Les réformistes, les menteurs, les prestidigitateurs de la politique n’ont eu de cesse que d’emmener les masses populaires vers cet abattoir. Ils ont clamé que la démocratie bourgeoise est la plus pure démocratie, alors que le pouvoir réel est entre les mains du MEDEF et des organisations du patronat.

    Ils nous ont nourris de mots d’ordre stupides, sans le moindre fond, sans la moindre consistance, comme cette « révolution citoyenne par les urnes » inventée par Mélenchon.

    Hier comme aujourd’hui, tout ce que nous avons obtenu, nous l’avons arraché par la lutte. Rien n’a été donné, rien n’a été offert. Pendant cinq ans, nous avons été bernés par les courroies de transmission du PS, des sociaux-démocrates, des vermines qui nous vendent.

     

    NE LES ÉCOUTONS PLUS ! ÉCOUTONS NOTRE COLÈRE !

    LA VRAIE DÉMOCRATIE EST POPULAIRE.

    LE VRAI POUVOIR EST DANS LA LUTTE !

    N’écoutons pas les sirènes de ceux qui veulent que nous liions notre destin à celui d’Emmanuel Macron. Est-ce cela notre seul choix ? Nous prosterner devant le banquier ? Défiler, le bras tendu, devant la fasciste ?

    NON.

    Nous avons le choix de la lutte. Le choix d’avoir, de bâtir notre propre démocratie. Le choix d’avoir notre pouvoir d’opposition. Le choix du camp du peuple.

    Celui-ci n’a pas besoin des parlements, des mairies, des salons de la bourgeoisie, de ses règles étriquées, de son crétinisme. Qu’en ferait-il ? En ces lieux, les patrons donnent leurs ordres, les élus exécutent.

    NOUS VOULONS UNE OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE !

    Les politiciens ont joué leur plus beau tour de passe-passe en se clamant les seuls représentants de la démocratie. Ils et elles l’ont usurpée, l’ont réduite, l’ont broyée, hachée menue, transformée en un simple bulletin.

    Dans les organisations politiques, dans les syndicats, dans les associations, dans tout ce qui nous permet de nous organiser, là réside le pouvoir populaire !

    Dans nos assemblée, dans nos prises de décision, là réside la démocratie.

    Assez des affairistes, des opportunistes.

    Assez des carriéristes.

    Assez du rideau de fumée, des débats de technocrates, de l’absence de contrôle populaire.

    ASSEZ DU CRÉTINISME PARLEMENTAIRE, ASSEZ D’ÊTRE BERNES, D’ÊTRE UTILISES PAR DES CARRIÉRISTES, DES CHAUVINS, DES AGENTS DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS.

    Construisons aujourd’hui les bases d’une opposition, contre le pouvoir de Macron, contre la démocratie fantoche des législatives, contre le mythe de la démocratie bourgeoise. Si le fascisme de Marine Le Pen est un poison, le gouvernement instable et fragile que Macron mettra en place, si nous ne sommes pas soudé, peut aisément basculer dans quelque chose de tout à fait similaire.

    Dans les rues, dans les usines, dans les universités, dans les lycées, dans les lieux de vie, dans les prisons et les hôpitaux, unissons nous contre l’offensive du capitalisme, contre l’offensive de la réaction.

     

    FAISONS FACE, ENSEMBLE !

    CLAMONS QUE NOUS REJETONS CETTE ELECTION POURRIE, CE DÉBAT TRUQUE !

    PAS UNE VOIX POUR LE JEU DES BOURGEOIS ! CONSTRUISONS NOTRE POUVOIR, CELUI DU PEUPLE !

  • 1er round électoral : premiers constats

    1er round électoral : premiers constats

    Déclaration de l’Unité Communiste de Lyon à la suite du premier tour des élections présidentielles.

    Le premier tour de l’élection présidentielle est terminé. Il est conforme à nos estimations.

    Emmanuel Macron est un favori confirmé et dispose en face de lui d’un boulevard libre pour s’assurer la victoire au second tour. Il ne fait strictement aucun doute que le report des voix lui accordera une grande longueur d’avance sur sa concurrente directe, laquelle n’en bénéficiera que de manière marginale.

    Entre les ralliements de la part de transfuges du Parti Socialiste, le soutien d’une droite déçue de son candidat, enterré par les affaires, l’appui de la bourgeoisie, Emmanuel Macron dispose d’une conjonction d’astres favorables.

    Même François Hollande, en appelant François Fillon à se retirer, l’a adoubé indirectement : il est devenu le candidat du chef du conseil d’administration de la bourgeoisie de l’Etat Français. L’impopularité de Hollande ne l’a pas desservi pour autant.

    De ce point de vue-ci, pas de surprise.

    Le Front National est en seconde position, tout comme en 2002. Mais à la grande différence d’il y a 15 ans, cette fois, sans surprise ni choc. Pas de scène de panique, pas de stupeur. Tout au plus un haussement d’épaule.

    Comment en serait-il autrement ? Le débat de la présidentielle fut le débat du Front National. Ses thèmes y furent centraux. Pendant des années, les gouvernements successifs ont invité cette organisation à devenir un centre de gravité dans le débat politique et ont légitimé ses thèses : immigration, sécurité, terrorisme, identité nationale…

    Marine Le Pen est ingrate, elle a omit de remercier Daesh pour son soutien sans faille, par ses attentats -le dernier en date du 20 avril-, pour le fait de lui avoir tant apporté. Elle a omit de remercier les chauvins de tout poil, qui défendent « la place de la France dans le Monde » ceux et celles qui présentent l’Etat Français comme dominé par l’OTAN et par l’UE. Ceux qui furent acquis à ces thèmes n’ont pas été dupes : ils et elles ont préféré l’original au light drapé de rouge-brun.

    En revanche, contrairement à 2002 où le FN était une très forte minorité, en 2017 celui-ci se retrouve majoritaire -parfois grandement- dans une série de départements et même de régions. Cette nouveauté est révélatrice du caractère hégémonique des idées réactionnaires dans certains lieux. Situation désagréable.

    François Fillon est arrivé 3ème, avec 20%, contre la plupart des pronostics. Nous lui accordions cette place pour plusieurs raisons : sa base électorale catholique est solide, imperméable aux critiques et aux affaires. Elle ne se détourne pas aisément, comme une girouette, pour un Macron vu comme un arriviste ou pour une Le Pen dont la bourgeoisie catholique méprise les manières plébéiennes.

    De plus, beaucoup d’observateurs et de commentateurs, au sein de notre camp tout comme d’une manière générale, ont été victimes d’un biais de pensée : la base sociale de Fillon est très endogame, très repliée sur elle même. Elle est celle, habituellement discrète, qui s’était mobilisée au grand jour dans les « manifs pour tous. » L’absence de contact avec ces milieux ne signifie pas leur inexistence. Les réseaux sociaux, qui ont formé un baromètre trompeur, biaisé, éloignent parfois de la réalité.

    Le vote Fillon reste, malgré tout, un vote rationnel, avec une certaine cote de confiance. Il est probable que de nombreux électeurs aient hésité un moment entre Fillon et d’autres, mais que la rationalité ait pris le pas sur l’aventurisme -supposé ou réel.

    Mélenchon 4ème fut une déception pour de nombreux soutiens. Une déception et une véritable claque. 19% alors que nombreux étaient ceux et celles qui l’imaginaient déjà au second tour.

    Autant les soutiens de Fillon sont restés silencieux, autant ceux de Jean-Luc Mélenchon ont été hyperactifs. Attaquant sur tous les fronts, en reprenant des méthodes employées lors de la campagne de Donald Trump, en intervenant systématiquement, en créant des trollfarms spammant partout et tout le temps, la campagne de la France Insoumise fut omniprésente.

    Hélas pour eux, les soutiens à Mélenchon se sont enivrés de leur propre production et se sont enfermés dans des espaces où ils et elles étaient toutes acquis et acquises à cette cause. D’où une illusion auto-entretenue d’hégémonie. Cette illusion s’est effondrée désormais.

    La défaite de Benoît Hamon est, en revanche, intégrale. Les partisans de Mélenchon lui reprochent d’avoir été inutile, d’avoir absorbé les voix manquantes. Bel exercice comptable, belle ignorance des lignes de démarcation.

    La clivage Hamon / Mélenchon est un clivage de conception profonde de la stratégie de l’impérialisme et du capitalisme français. La vision de Hamon est celle d’un impérialisme français qui reste dans ses choix d’alliance : Libre-échange, Europe et Atlantique. Elle est une vision qui se heurte à celle de Mélenchon : protectionniste, anti-UE et ouraliste. Considérer que les deux sont compatibles montre le niveau de naïveté de la part des insoumis. Elle n’était pas possible, pas concevable, et il est logique que ceux qui rejettent Hamon mais acceptent ses conceptions stratégiques aillent plus vers Macron que vers Mélenchon.

    Hamon incarne la fin du Parti Socialiste tel que nous pouvions l’avoir connu. Passant de parti majoritaire aux élections à une organisation en 5ème position, éventrée, humiliée, il est évident qu’une étape s’est franchie dans son histoire.

    Ceci incarne en plein la faillite de la social-démocratie, du menchevisme, du réformisme, de la possibilité pour une organisation qui prétend assurer un consensus entre les intérêts de la bourgeoisie et des travailleurs de ne pas sombrer dans l’opportunisme. Cette défaite est la victoire la plus importante. Elle est l’aboutissement d’un processus de décomposition, d’effondrement, de droitisation. Elle est le champ du cygne d’une organisation ayant toujours défendu une politique fausse et anti-révolutionnaire.

    La France Insoumise se voit désormais le nouveau pôle social-démocrate. A n’en pas douter, ceci représente l’aboutissement du travail de Mélenchon depuis son départ du Parti Socialiste : organiser autour de lui, de sa clique issue de l’O.C.I., le nouveau centre réformiste. Ainsi, l’ancien ministre, l’ancien P.S., aura réussi son tour de passe-passe : sauter par dessus les cadres du PS pour former son Parti Socialiste bien à lui.

    Cependant, le P.S. nous réserve certainement bien des surprises. Son appareil, son réseau associatif, ses courroies de transmissions sont toujours là, et il est douteux que le vide temporaire qu’il laisse puisse être occupé par la F.I. ou par une organisation manquant de cadres comme « En Marche ! ». Personne ne peut être plus satisfait de la défaite massive de Hamon, du succès de Macron et de Le Pen, que des cadres opportunistes, lesquels vont pouvoir, sans risquer l’opprobre générale, passer aux côtés du traître d’hier et mendier une place.

    Les poussières qui suivent, notamment Philippe Poutou, n’ont pas réussi à capitaliser sur leurs performances dans les débats. Ils ne sont pas apparus comme des alternatives crédibles, sont restés sur un électorat faible et fractionné. Etrangement, celui qui, derrière Hamon, tire son épingle du jeu, est Nicolas Dupont-Aignant, lequel incarne une forme de FN « propre, » loin des affaires, malgré ses piètres performances et ses prises de pied dans le tapis.

    L’abstention et le boycott sont restés forts, aux alentours des 22%. Nous considérons que le fait qu’un électeur sur cinq ne se soit pas exprimé est significatif de la démoralisation de ceux-ci et du dégoût pour la démocratie bourgeoise.

    Ceci représente plus que les voix de Macron (18% de l’ensemble) ; que les voix de Le Pen ( 16% ) ; que les voix de Mélenchon (15%). L’issue de ce premier tour est donc la suivante : la première force politique est le rejet du parlementarisme bourgeois, conscient, théorisé, ou non.

    Le premier tour est un séisme du fait de la disparition des deux grandes forces politiques : PS et LR. Depuis l’élection de Giscard en 1974, l’alternance était restée entre la « droite gaulliste » et la social-démocratie.

    Deuxième tour, premières manigances.

    Dès l’annonce des premiers résultats solides et fiables, les bouches se sont déliées. Sans perdre un instant, Pierre Laurent, dirigeant du PCF, s’est rué pour assurer Emanuel Macron de son soutien. Sans un suzerain P.S. pour lui assurer des places, des élus, des positions, le P.C.F. court le risque d’être victime d’un effet domino entraîné par l’effondrement de son allié et maître.

    Mélenchon et la France Insoumise sont des partenaires gênants et peuvent très bien tenter d’achever le parti zombie pour le remplacer purement et simplement. D’où la terreur du boutiquier Laurent, dont le parti dépend, plus que tout autre, des versements des élus pour tenir (55%).

    Nous nous réjouissons de cette prise de position, dans le sens où elle illustre tout l’opportunisme de cette organisation politique, toute sa soumission, toute sa décomposition et sa putréfaction.

    Philippe Poutou, qui avait voté Hollande en 2012, a appelé à participer aux manifestations anti-FN, tout en mentionnant que Macron n’était pas un rempart contre le fascisme. Si cette position n’est pas injuste en soi, elle deumeure obnubilée par l’épouvantail FN, ne se porte pas sur une position de rupture avec le réformisme bourgeois.

    Comment en serait-il autrement pour une organisation fondamentalement réformiste sous un vernis radical, qui -même dans ses clips de campagne- s’est toujours présentée comme pouvant gagner et changer les choses en étant élu ? Comment en serait-il autrement pour une organisation qui s’est aplatie, qui a quémandé le droit de concourir dans une course truquée ?

    Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a déclaré qu’il ne prenait pas position, n’étant pas mandaté pour. Cette absence de ligne est une des caractéristiques de l’opportunisme et du centrisme. En n’appelant pas à ne pas voter pour Macron ou Le Pen, le tribun laisse la porte ouverte, admet, par la négative, que cette possibilité est juste et raisonnable. En faisant ceci, mais il est loin d’être le seul, il laisse les positions les plus droitières, les plus modérées, les plus réactionnaires prendre les décisions.

    Botter en touche sur les questions clivantes est une marque de fabrique du trotskisme dont est issu Jean-Luc Mélenchon. Tout comme la question du colonialisme, face à laquelle son sbire Corbière s’est montré d’une lâcheté invraisemblable, la question d’impulser la ligne quant au vote au second tour semble paralyser la direction de la France Insoumise.

    Ne pas avoir reçu de mandat sur cette question sonne, à nos oreilles, comme farce à double-tranchant. Cela signifie que des mandats ont été donnés sur les positions ultra-chauvines, nationalistes, de chef du PG. Cela jette un éclairage passionnant sur les opinions de ceux qui auraient composé ce mandat, sur leur véritable physionomie politique.

    Les discussions internes à la France Insoumise, quant au positionnement face à ce tour, restent en suspens. Nous les suivrons avec attention.

    Ce second tour s’annonce comme une victoire aisée de la part du candidat de la bourgeoisie, mais également comme de vaines gesticulations, comme des concessions, des compromis, des ralliements. Une comedia dell’arte passionnante se dévoile, dans laquelle chacun rivalise de coups bas pour participer au gouvernement du plus jeune président de la République.

    L’arrivée des législatives, dans ce climat de décomposition, de recomposition, de chaos électoral, laisse songeur. Bien des questions sont sans réponse à l’heure actuelle.

    Macron est-il en mesure de faire surgir des cadres et des relais locaux suffisants pour permettre d’occuper l’espace qui lui est offert ? Peut-il réussir à transformer l’essai et à constituer une majorité parlementaire solide ou, au moins, fonctionnelle ?

    Le vide laissé par le PS sera t-il comblé par un simple retournement de veste de la part des membres de l’appareil ?

    Assisterons-nous à la concrétisation d’une opposition formée d’un F.N. capable de disposer d’élus nombreux ? D’un gouvernement pris en étau par une opposition parlementaire de gauche et une de droite ? Ces questions trouveront leurs réponses d’ici quelques mois. Une certitude demeure : ces cinq années seront sous le signe du vacillement, du louvoiement, de la fragilité, donc, paradoxalement, du risque de dégénération en brutalité débridée.

    Quant à nous, notre position est simple : Préparons-nous au choc. Préparons-nous à l’offensive de la bourgeoisie. Serrons les rangs et tirons les conclusions de cette campagne électorale.

    Ceux et celles qui se réjouissent de voir les sociaux-démocrates retourner dans l’opposition doivent faire le deuil de leurs illusions. La social-démocratie se caractérise par l’opportunisme et la trahison. C’est sa physionomie première.

    De même ceux qui, une fois leur candidat mis en échec, se targuent d’être des révolutionnaires dans l’âme, et tentent diverses O.P.A. sur les mouvements abstentionnistes, de boycott, allant jusqu’à tenter de faire coexister « nuit des barricades » et « JLM 2017. »

    Notre seule option est le rejet du parlementarisme, de ses cadres étriqués. Nous devons nous rassembler, tout ceux, toutes celles qui rejettent ce système truqué, sur des bases progressistes, anti capitalistes, anti impérialistes.

    Notre réponse aux idées fascistes est dans l’unité populaire, non dans le fait de plier le genou devant les droitiers et les libéraux.

    Nous devons fonder l’opposition extra-parlementaire, l’outil de la résistance.

    Nous devons frapper et briser le mythe de la démocratie bourgeoise. Dénoncer l’opportunisme, le chauvinisme, le réformisme radical.

    Nous devons construire l’outil de la victoire, le Parti Communiste.

    Osons lutter, osons vaincre !

  • Colonialisme et crime contre l’humanité. 2/2

    Colonialisme et crime contre l’humanité. 2/2

    Partie 1 ici

    Le colonialisme, non seulement, est un crime contre l’humanité, mais également le capitalisme, l’impérialisme et le néo-colonialisme. L’impérialisme français, bien que se drapant dans le mensonge des Lumières, n’en a pas moins été l’un des plus féroce, l’un des plus sauvage, l’un des plus criminel.

    Ces formes de rapports économiques portent en eux, dans leurs gênes même, le crime, la barbarie, la brutalité. Cela, pour une simple raison : car ils se basent avant tout sur l’exploitation. Cette exploitation est ce qui permet à la bourgeoisie -qu’elle fût au stade pré-impérialiste comme néo-colonial- de faire ses profits.

    Or, dans sa recherche du taux de profit maximal, peu de choses peuvent entraver la marche en avant des bourgeois et des bourgeoises. Certainement pas l’éthique, car un marché est un marché, et si ce n’est pas lui -ou elle- qui s’y implante, cela sera son concurrent.

    Lorsque Lénine écrivit L’impérialisme : stade suprême du capitalisme, il avait situé qu’il était à une période charnière. La saturation progressive des marchés nationaux, désormais entre les mains de grands trusts, la baisse tendancielle du taux de profit, tout ceci exigeait un grand bond dans la conquête de nouveaux marchés. Cela s’est fait, non plus comme à l’époque du commerce triangulaire, par le commerce, les comptoirs, l’exportation de marchandises, mais bien par celle des capitaux. Les banques et les groupements industriels se sont partagés le monde. Les armées nationales, à la solde de ces groupes, ont imposé l’ordre colonial. L’accord des populations colonisées n’était pas nécessaire.

    Les obstacles, la bourgeoisie s’en est affranchie à l’aide de la violence. Les réticences et les oppositions sont balayées, quelque soit le moyen employé. Le patron, la patronne, ne s’est jamais embarrassé pour créer des syndicats jaunes, pour faire pression sur les travailleurs et travailleuses, pour menacer, pour intimider, pour faire matraquer dans la métropole. Dans les colonies, cela s’est réglé par la corruption des élites traditionnelles, mais aussi, lorsque cela ne suffisait pas au fouet, à la machette, au fusil, au gaz moutarde.

    Déjà, lorsque les terres sont prises, ce n’est pas une scène poétique. Il n’y a nullement, par la douceur d’un beau matin, de bons sauvages qui sortent de leurs huttes, et qui se tournent soudain vers la mère patrie française. Si les soldats, comme le colonel de Montagnac annoncent que l’objectif est d’« anéantir tout ce qui ne rampera à nos pieds comme des chiens » [tiré du livre noir du colonialisme], où encore « Pour chasser les idées qui m’assiègent, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. » ; les grands esprits, eux mêmes, ne font pas preuve d’un « humanisme » particulier. Le grand Alexis de Tocqueville, ainsi, en 1841, déclare :«  Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. », dans le même article, il poursuit: « Je dirai aussi que les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires :

    1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

    2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader. »

    Cela n’est nullement éloigné du Kommissarbefehl d’Alfred Jodl, sur la conduite à tenir de l’armée Allemande en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Rien d’étonnant en cela. Après tout, les Allemands également considéraient leur action vers l’est comme un colonialisme. Dans le même ordre d’idée, le Sanko Sakusen « tue tout, brûle tout, pille tout » des Japonais en Chine, est une illustration de comment un colonisateur anéantit toute résistance. Ce n’est nullement un hasard. Le nazisme n’est ni plus ni moins qu’une application stricte, doublée de croisade antibolchevique, du colonialisme à l’Europe et aux Slaves. Ainsi, en 1950, dans le Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire écrivit: « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. » Mais aussi « on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable »

    Même lorsque l’économie d’une région dominée se développe, lorsque des infrastructures sont construites, lorsqu’est mise en œuvre cette « civilisation » vantée par le colon, routes ; ponts ; canaux d’irrigation ; voies de chemin de fer ; etc. ce n’est pas par grandeur d’âme. C’est la sueur du colonisé qui coula, lorsque ce ne fut pas son sang.

     Au procès de Klaus Barbie, puisque nous évoquons d’ailleurs les crimes contre l’humanité, l’avocat Jean-Martin Mbemba, venu du Congo, s’était d’ailleurs exprimé sur la construction du chemin de fer Congo-Océan, supervisée par la France. 20 000 morts d’épuisement, de coups de fouets, de maladie pour une ligne de 900km de long. Cette ligne, construite par les colonisés pour le colonisateur, mais qui est considérée comme un apport de civilisation : « la colonisation a introduit une modernité par effraction. » Elle l’a surtout introduite par la violence la plus brutale.

    Chaque culture, chaque usine, chaque champ cultivé sous les coups de fouet n’a été qu’au bénéfice du colonisateur. On peut chanter les louanges du progrès économique, mais jamais les colonisés n’en ont bénéficié, si ce n’est par inadvertance.

    Quant aux « dizaines de milliers d’instituteurs, de médecins, de fermiers [qui] ont beaucoup donné à l’Algérie », parmi les rares grandes âmes, venues d’elles-mêmes, souvent pour des motifs d’évangélisation, combien se sont contentées de spolier les terres, d’en chasser les habitants ? La civilisation, la culture du colonisateur, quelle fut-elle, en vérité ?

    Comment ne pas revenir au discours sur le colonialisme, d’Aimé Césaire, lequel écrit : »Il faudrait d’abord étudier comment la civilisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tout ses traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

    Nous ne pouvons que conseiller de lire cet ouvrage dans son ensemble, de le méditer, d’y réfléchir, pour comprendre que l’Europe -et au premier rang l’Etat colonialiste Français- a perdu son droit de donner des leçons de civilisation le jour où  ses soldats ont pris pied sur un autre continent.

    La culture ? L’instruction ? Aimé Césaire poursuit: « Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelque milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires. » La culture coloniale est une culture de l’exécution des tâches exigées, une culture de la soumission mêlée de sadisme de caserne. Une culture de camp de la mort.

    « Entre le colonisateur et le colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation et la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrés [la fameuse bourgeoisie compradore], des masses avilies. » Les religions locales écrasées pour imposer celle du colonisé. Leur histoire, souvent orale, ramenée au rang de mythe et de légende, tandis que le « roman national » devenait la norme. Une culture écrasée dans une tempête de flamme, pour que ne reste que ce qui peut intéresser le colonisateur : la chair du travailleur.

    C’est un des aspects qui rendent l’impérialisme pourrissant et déliquescent. D’une part, se gavant de superprofits, les bourgeoisies n’investissent que peu, restent sur « la tonte des coupons ». Le monopole égale le pourrissement. C’est là une ironie suprême : les richesses accumulées par les impérialistes ont plus contribué à ralentir le développement économique de la métropole, à maintenir une grande part de la population dans l’agriculture jusque dans l’après guerre.  

    Lénine a plus que raison de qualifier ce stade de pourrissant. Dans leur recherche du profit maximal, les capitalistes ont fini par creuser leur tombe. Le besoin d’une main d’œuvre plus formée, d’élites locales, a entrainé l’apparition, là aussi, d’un prolétariat conscient de son rôle. Il a également donné naissance à une bourgeoisie nationale, hostile à la présence du colonisateur. En investissant pour développer ces régions, le colonisateur leur a donné les clés de leur libération. En supplément, celui-ci leur a appris la guerre.

    Cette chair du travailleur s’est parfois muée en chair à canon, bien utile également, pour libérer la « patrie », occupée par le miroir Européen du colonialisme : le nazisme. L’ironie de l’histoire se joue en partie ici, car ces combattants aguerris formèrent les cadres, l’ossature, du dispositif militaire qui brisa celui des colonialistes.

    Pour gagner la liberté, pour gagner ce simple droit d’être libre, d’être une nation souveraine et indépendante, bien des sacrifices ont été faits. Les guerres d’Indochine, du Viêt-Nam, tout comme la guerre d’Algérie, pour ne citer qu’elles, ont combiné les formes les plus atroces de conflit. Les armées occidentales, coloniales, n’ont reculé devant aucun moyen, aucune torture, pour tenter de faire plier les combattants.

    En Indochine, cela s’est traduit par un demi-million de morts dans les rangs des forces de la Liberté. Un autre demi-million de blessés, de mutilés.  Celle d’Algérie, entre 250 et 400 000 morts, certaines sources allant jusqu’à évoquer un million. Des villages rasés, des hommes, des femmes, des enfants écrasés sous les bombes, brûlés au napalm, torturés et déportés. Mais une défaite totale.

    Est-ce à cause d’une méchanceté maladive, d’une pathologie terrible qui ronge tout sens moral, que cela arrive ? Même pas. Cela pourrait donner une excuse. Mais la raison est ultimement cynique : ce n’est que la logique capitaliste.

    La bourgeoisie s’est simplement penchée sur ses intérêts, et a considéré que cela était la manière la plus efficace de les défendre.

    Dominer un espace, c’est en faire un marché de monopole pour les manufactures de son Etat. Dominer un espace, s’est s’accaparer intégralement ses matières premières, c’est s’en assurer l’accès sans concurrence et librement.  C’est également se doter de la possibilité de pouvoir créer cet échange inégal qui rapporte tant à une poignée de grands bourgeois, bouffis de la graisse de leurs superprofits.

    Même malgré les indépendances formelles des Etats, le lien néocolonial poursuit cette logique. Ces Areva, ces Total, ces marchands d’armes qui sont autant de barbares avides de gros sous. Tout cela accompagné des éternels soldats coloniaux, pilleurs, violeurs, engoncés dans leur racisme savamment dosé. Cette « mission civilisatrice » se poursuit.

    Cette mainmise, toujours présente dans les Etats dominés africains, mais également dans les territoires toujours colonisés, toujours accaparés par un Etat Français colonial. Ces « joyaux » défendus par Mélenchon, cette présence sur tous les océans, vantés comme une grandeur. Grandeur bâtie sur le sang.

    Cette culture qui dégouline dans la métropole, pour se mêler à la culture policière, aux troupes de terreur envoyées dans les banlieues et les quartiers pauvres, nourries à la même imagerie de croisés hérauts de la « civilisation. »

    Nous souhaitons la défaite la plus totale de notre impérialisme, et considérons qu’entraver chacune de ses actions est une de nos tâches les plus brûlantes. Nous n’accorderons aucun soutien politique, aucun vote aux promoteurs de l’impérialisme français.

    Nous, communistes, nous condamnons, en « pesant nos mots », le crime contre l’humanité du colonialisme. Nous condamnons le néo-colonialisme tout comme l’impérialisme.

    Nous nous réclamons de l’application stricte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à s’ériger en nation, y compris sur le territoire métropolitain. De même, nous revendiquons le droit à la libre séparation et la libre association entre les nations.

    Nous voulons un procès de Nuremberg de la colonisation. Les bouchers de la colonisation n’ont pas leur place sur les plaques de nos rues. Nous devons reconnaître une bonne fois pour toute la nature criminelle de l’entreprise coloniale.

    A bas le capitalisme, à bas l’impérialisme !

    Vive le communisme !

  • Colonialisme et crime contre l’humanité. 1/2

    Colonialisme et crime contre l’humanité. 1/2

    La colonisation est un crime contre l’humanité.

    Ces derniers temps, les propos sur la colonisation du candidat libéral, Emmanuel Macron, ont déclenché une levée de bouclier. En effet, devant la télévision Algérienne, celui-ci a déclaré que « la colonisation est un crime contre l’humanité. »

    Immense tollé à droite, silence gêné à gauche.

    D’un côté François Fillon, adepte du Roman National, riposta immédiatement, vociférant que « cette détestation de notre histoire » disqualifiait Emmanuel Macron comme un candidat valable. Lors d’un déplacement à Toulon, se sont les anciens combattants et les pieds noirs qui s’en sont pris à lui, pour le menacer et l’insulter sous le regard placide de la police. « Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays que l’on veut diriger de crime contre l’humanité ? », s’est ainsi exprimée, quant à elle, la candidate frontiste. « Il n’y a rien de plus grave. » A-t-elle martelé. « C’est la justification utilisée par les voyous de banlieue pour agir, lutter, combattre contre la France et tout ce qui représente la France et notamment, évidemment, nos forces de l’ordre », a-t-elle ajouté. « Nous, la France, nous l’aimons d’une manière inconditionnelle. »

    Difficile, lorsqu’une perche aussi belle est tendue, de ne pas s’en saisir. L’inconditionnel amour de la France, après tout, n’a-t-il pas emmené les camarades des fondateurs de ce parti à la défendre, dans les décombres d’un Berlin assiégé par l’Armée Rouge ? Nous connaissons le sens de cet amour inconditionnel, toxique, révisionniste et criminel. Mais soit, qu’avons-nous à attendre d’individus de ce genre? Qu’avons-nous à attendre d’individus et d’organisations dont la compréhension du monde qui les entourent ne dépasse pas celle d’un Lavisse, qui, au XIXe siècle, déclarait « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle, et parce que l’Histoire l’a faite grande. » Laissons-les vivre dans le roman national, dans leurs mythes et leurs inventions. Qu’ils polissent encore leurs dagues SS en criant leur amour à Jeanne d’Arc.

    De l’autre côté d’une barrière bien amoindrie, nous supposions que l’expression politique prendrait un tour intéressant. Face à une déclaration aussi percutante, nous pourrions nous attendre à une surenchère de la part des candidats de la gauche. Nous pourrions nous attendre à ce que les Hamon et Mélenchon rivalisent d’excuses et de condamnation envers les pages les plus criminelles de l’Histoire de France. Or, ce ne fut pas le cas. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont déclaré qu’il n’était pas possible de parler de « crime contre l’humanité. »

    L’excuse du candidat PS est la suivante : « Parce que cela veut donc dire que l’on envisage qu’une cour pénale internationale puisse juger des Français pour crime contre l’humanité d’une part, et d’autre part que nous hissons cette blessure-là au niveau de la Shoah, du génocide rwandais, du génocide arménien. Je ne veux pas rentrer dans une forme de concurrence mémorielle. » Belle esquive. Belle manière de ne pas poser la question du caractère criminel de l’impérialisme français. Difficile, là aussi, de s’attendre à autre chose, de la part du membre d’un parti, qui reste un des grands acteurs de la Françafrique.

    Celle de Mélenchon ne manque pas de saveur ; pour un peu, elle aurait l’apparence d’une définition de dictionnaire du terme « néant. » Incapable, comme souvent avec les trotskistes, de prendre position, le candidat de la France Insoumise s’est borné à déclarer « qu’un Français doit peser ses mots quand il parle de l’Algérie », « Nous condamnons tous la colonisation. C’est un sujet très douloureux, on ne doit pas dire de bêtises, il faut peser ses mots ». Or, déclarer ceci, qu’est-ce si ce n’est ne rien déclarer ?  « La colonisation est un fait qui doit concerner les historiens », voilà bien comment ne rien en dire. « Sur les sujets centraux de l’histoire de France, Emmanuel Macron devrait beaucoup réfléchir » et s’exprimer « avec beaucoup de délicatesse ». Inviter à la délicatesse, mais ne pas prendre de position, voilà une entourloupe typique de cette engeance centriste, incapable de prise de position.

    Pourtant, le record dans l’aveuglement est décerné à Emmanuelle Cosse, de EELV. Celle-ci a indiqué qu’elle «n’utiliserait pas le terme de crime contre l’humanité», elle estime toutefois que «la colonisation fait partie des erreurs» de l’Etat français. C’est donc « une erreur», le fait d’avoir sciemment orchestré la domination, l’asservissement, la surexploitation d’une large partie du Monde. Un ridicule achevé. Une erreur est une condamnation d’un innocent. Une erreur est une manœuvre catastrophique. Une erreur est une mécompréhension tragique. La colonisation n’est pas une bourde, elle fut un système cohérent.

    Tempête dans un verre d’eau, pourtant, tant les propos d’Emmanuel Macron furent nuancés. Véritable professionnel du double-face, il fut capable tant de parler de crime contre l’humanité que d’y trouver des aspects positifs.

    Ainsi, dire «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. » est une position que nous ne saurions critiquer. Mais le fait de tenir la rhétorique suivante: « Alors oui, en Algérie il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. » apporte un autre regard.

    Devant les pieds noirs et les anciens combattants, le candidat de « En Marche ! » à ainsi nuancé : « Mes propos n’étaient pas destinés contre vous, en rien. C’était simplement reconnaître une responsabilité de l’Etat français, et nous ne devons pas nous dérober. » A la lecture de ceci, il serait difficile de ne pas opiner -quelque peu- du chef, et d’accorder que ceci n’est pas intégralement faux. Mais la vision nuancée de l’ex-ministre ne s’arrête pas là : « la colonisation a introduit une modernité par effraction »; « des dizaines de milliers d’instituteurs, de médecins, de fermiers ont beaucoup donné à l’Algérie ». En revanche, c’est notre interlocuteur qui, là, par effraction, tente de faire voir le colonisateur sous un beau jour. Nous allons y revenir.

    Nous savons rendre à César ce qui revient à César. Les libéraux, comme Macron, n’ont généralement pas été des soutiens farouches de la colonisation. Cette forme d’économie protectionniste rentrait en contradiction avec leurs conceptions économiques. Possible qu’ils soient également humainement choqués par les crimes commis lors de ces années de répression et de surexploitation.

    Il n’est pas rare d’entendre ou de lire certains de ces libéraux s’offusquer des propos réactionnaires, sexistes, racistes. Ainsi Laurence Parisot, ex-présidente du MEDEF, s’était emportée contre Eric Zemmour, que cela soit par rapport au sexisme du chroniqueur, tout comme à son racisme ouvert.

    Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron ne soit pas empreint d’un « amour intégral » à l’idée d’un pays torturant et massacrant allégrement les « indigènes ».  Cela dit, ce qu’il s’abstient de dire, ce que s’abstient de dire chacun des candidats qui font mine de cracher sur la colonisation, c’est une chose terrible. Simple, mais terrible. C’est qu’elle fut une chose logique et cohérente.

    La colonisation française n’est pas fille d’une mission divine, d’un « accident de parcours », elle est le fruit d’une logique.

    L’Impérialisme français, ce terme que se refusent à employer chacun des candidats, de Jean-Luc Mélenchon le chauvin à Le Pen la fasciste, est la racine même de l’explication de tous ces crimes. (La suite ici)