Étiquette : Macron

  • La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    1914-1918 : le centenaire.

    Partie 2 : La guerre désirée – par les bourgeoisies.

    Chaque bourgeoisie s’est investie dans cette guerre atroce. L’historien Jacques R. Pauwels a ainsi travaillé sur la question des raisons des entrées en guerre des différents Etats. Dans 1914-1918 : la grande guerre des classes, il fait un retour sur la boucherie impérialiste.

    A l’exception de la Serbie, qui ne pouvait que rejeter l’ultimatum Austro-hongrois -conçu d’ailleurs pour être inacceptable, et hormis la République de Chine qui croyait naïvement pouvoir chasser certains occupants en entrant dans le conflit, tous les camps se valent. Chacun recherche l’affrontement, ou cherche à pousser l’autre à l’affrontement, pour des raisons on ne peut plus crapuleuses. Cela demande de revenir un brin en arrière, tant dans l’histoire de la diplomatie que dans l’histoire de l’économie.

    Car ce qui caractérise cette guerre, c’est sa veulerie et sa crapulerie.

    Durant le XIXe siècle, les jeux de la diplomatie européennes poussent à essayer de créer un équilibre entre les différentes puissances. Chaque nation garde en mémoire le souvenir de l’aventure napoléonienne et des ravages qu’elle a pu causer, et la ligne directrice de chaque empire, royaume ou république, est de tenter de limiter les risques d’apparition d’un hégémonie nouvelle. La Sainte-Alliance, fondée en 1815, avait pour but de veiller à cela, en faisant appel à des valeurs religieuses surannées, rassemblant la Prusse, l’Autriche et la Russie. Véritable chape de plomb contre le développement des aspirations à la liberté, elle a fait de la première partie du XIXe siècle un contre-coup de l’élan révolutionnaire de la fin du XVIIIe.

    Cette politique s’est peu à peu décantée, donnant naissance progressivement à des puissances globalement équilibrées, mais, de ce fait, intrigant constamment les unes contre les autres. Une Allemagne ciblant l’Autriche, mais se méfiant d’une alliance entre France et Russie, une Autriche tentant de maintenir un souffle de vie dans la Sainte-Alliance, tout en tenant de se liguer avec l’Allemagne pour éviter une descente vers l’Adriatique de la Russie. Un Empire Ottoman grignoté de toute part, mais trouvant dans des amitiés avec l’Allemagne la possibilité de se maintenir, une France essayant de se lier avec la Russie pour emprisonner les puissances centrales… Et une Angleterre soufflant le chaud et le froid, voulant à tout prix maintenir la division.

    Ce jeu d’équilibre aurait pu continuer éternellement si, parallèlement à cela, le capitalisme n’était pas rentré dans une nouvelle phase, celle de l’impérialisme.

    A la fin du XIXe siècle, un bouleversement s’est produit dans le fonctionnement du capitalisme. Les besoins de capitaux toujours plus grands des industries les ont poussées à se rapprocher et à fusionner avec les banques. Les capitaines d’industries se sont alors mués en investisseurs, toujours à l’affût des placements les plus juteux. Or, si le marché national pouvait être intéressant pour les produits de consommation, pour la vente de marchandise, des profits incommensurables se trouvaient par delà les mers et les océans. Pour les engranger, il faut des conquêtes. Pour réaliser ces conquêtes et les tenir, les bourgeoisies s’appuient -et s’appuient toujours- sur les Etats, sur les armées. Les pavillons nationaux sont avant tout les pavillons des cartels, des trusts, des monopoles industriels et bancaires.

    Alors que les conquêtes coloniales, commencées avec la conquête de l’Amérique, servaient à la base à découvrir et conquérir de nouveaux marchés, ainsi que, parfois, à résorber un « trop-plein » de population, elles se sont muées de plus en plus en terrain d’investissement, produisant des superprofits monstrueux. Les colonies et les dominions devenaient une obsession pour les bourgeois qui les tenaient, et ne pas en posséder revenait à courir le risque d’être écrasé.

    Pour les Etats lancés tard dans l’aventure, comme l’Allemagne, ce retard devenait menaçant. Pour l’Autriche Hongrie, enclavée, cela devenait, là aussi, une situation ingérable. Quant à l’empire Ottoman, les conquêtes occidentales se faisaient même sur son dos. En 1885, le partage du monde, signé à Berlin, laissait l’Italie, le Japon, l’Allemagne lésés. Lésés et furieux. D’autant que, à cette date, à l’exception de l’Abyssinie et de la Chine, le monde est partagé. Chaque mouvement se fait désormais en se heurtant à des possessions, des protectorats et des zones d’influences d’autres puissances.

    Logiquement, à la tête d’un immense empire colonial, la France aurait dû pulvériser sans la moindre difficulté l’Allemagne, dont les minuscules possessions ne sauraient être comparées à la magnificence de l’Empire français. Pourtant, elle s’est maintenue. Ce paradoxe illustre une des caractéristiques fondamentales de l’impérialisme : son caractère putréfié.

    En situation de monopole sur un pré carré, la bourgeoisie française ne s’est guère posée de problèmes. Les investissements ont pour but de rapporter le plus possible, ce qui implique, finalement, de ne placer que le minimum dans le développement technologique et industriel, le minimum dans la possibilité d’expansion du niveau de vie des masses populaires, et de faire montre en flèche les fortunes d’une poignée de parasites. La « tonte de coupons » est ce qui est le plus prisé en termes de rendement. Mais pendant ce temps, l’industrialisation, le développement de biens de consommation, piétinent. Les colonisés meurent sous les coups de l’administration coloniale, massacrés, surexploités… mais les populations de métropoles ne voient guère la couleur de ces richesses non plus. Quelques miettes, tout au plus. La France de cette époque est un pays miséreux et arriéré, hormis dans les citadelles de l’impérialisme.

    De son côté, la bourgeoisie Allemande avance à marche forcée pour compenser son retard. Pour contrer la France, elle mise tout sur l’industrialisation, sur l’artillerie lourde, sur les voies ferrées. Déjà en 1870, face à la Prusse, cette mobilité supérieure à fait ses preuves. Contre l’Angleterre, elle développe activement une marine de guerre ultra-moderne, équipée de machineries à mazout, alors que les dreadnoughts anglais dépendent du charbon -moins calorifère, plus pénible à transporter, demandant un équipage pléthorique. La weltpolitik du Kaiser permet de s’approvisionner auprès des puits de pétrole de l’empire Ottoman. L’Allemagne prépare une entrée fracassante sur la scène internationale. Elle peut même narguer à plusieurs reprises la France au Maroc, en déployant ses navires de guerre flambants neufs dans les eaux du protectorat. La bourgeoisie Allemande a repoussé dans le temps ses projets d’oisiveté et d’aisance pour se préparer à arracher sa place au soleil. Voilà ce qui explique que l’Allemagne puisse développer son industrie et mener un paternalisme social de front, tandis que la France agricole demeure dans un sous-développement industriel et social.

    Au fur et à mesure que le XIXe siècle cède sa place au XXe, les impérialismes se regardent avec une agressivité toujours plus grande. Chacun cherche à jouer ses cartes.

    Il n’existe, dans ce conflit, aucun Etat dont les bourgeoisies n’aient pas eu des motifs criminels. Il est impossible de dégager un « camp du bien » et un « camp du mal » qui puisse s’illustrer, l’un vis-à-vis de l’autre, par des qualités morales supérieures, par une volonté d’agir pour la liberté, pour la protection des peuples, pour mettre fin à l’escalade furieuse et criminelle orchestrée par les impérialistes et par les marchands de canons.

    Les Alliés ont déclaré qu’ils représentaient le camp du droit quand les puissances centrales étaient celui de la force. C’est une vérité incontestable. Les Alliés se sont appuyé sur des traités forgés lorsqu’ils étaient en position de suprématie. Leur droit était celui des puissances impérialistes anciennes, dominantes, mais en perte de vitesse, qui avaient étouffé sous les traités inégaux le développement des concurrents internationaux, dont l’Empire Allemand. La force était celle de ceux qui voulaient s’imposer, gagner leur « place au soleil », pour reprendre la formulation de Bismarck. Ce droit prenait les borugeoisies de ces pays à la gorge, leur mettait le revolver sur la tempe. Ou prendre une place plus importante, ou être broyées.

    Dire, comme l’a fait Mélenchon, qui, décidément, ne peut s’empêcher de s’exprimer à tort et à travers, que la guerre est la faute du Kaiser, revient à mentir. Tout a été fait pour que la guerre ait eu lieu. Seulement, les Alliés ont manœuvré pour bénéficier de l’avantage moral de jouer le rôle de défenseurs, non d’agresseurs. Mais chaque belligérant a présenté sa cause comme étant juste, seulement, l’histoire n’a retenu que le slogan du vainqueur.

    La France des Lumières, elle aussi, avait ses revendications. Blessée par la défaite de 1870, la bourgeoisie française n’avait pas toléré la perte de l’Alsace-Lorraine. Non que les Alsaciens, locuteurs de l’Allemand, ne lui manquent particulièrement, mais, en revanche, ses ressources en sous-sol et son patrimoine industriel, oui.

    Les gouvernements français successifs vont pousser par ailleurs cet esprit revanchard jusqu’à l’obsession. Ainsi, dans le manuel d’apprentissage de la lecture Le tour de la France par deux enfants, glorifiant la grandeur de la mère-patrie, les protagonistes sont des orphelins qui quittent l’Alsace. Le système scolaire français tire d’ailleurs ses racines de cette volonté de revanche : l’éducation Allemande, vue comme meilleure, est une des raisons qui poussent à la création de l’Education Nationale. Elle est vue comme particulièrement utilitariste : augmenter les compétences techniques de la Nation et l’unifier sous le patriotisme en prévision de la guerre. L’enseignement de l’Histoire est d’ailleurs fait uniquement sous cet angle là : instiller l’idée que la France est une grande nation, belle et humaniste, et que les Alsaciens croupissent dans l’obscurantisme en attendant la libération. Il s’agit également de l’argument qui sous-tend la colonisation. Il s’agit d’une mission civilisatrice au premier plan.

    L’aspect colonial joue de manière très importante dans la rivalité franco-allemande, mais également dans l’alignement diplomatique de l’Angleterre. Les Allemands sont devenus des rivaux. Bien que rivale de la bourgeoisie impérialiste française durant les conquêtes coloniales, bien qu’ayant mené un « grand jeu » contre l’expansion de celle de la Russie dans l’Asie Centrale, la bourgeoisie anglaise redoute le développement de l’Allemagne. Surtout, elle est particulièrement soucieuse de protéger la Belgique, qu’elle considère comme un dangereux balcon vers ses côtes. Pour s’assurer la division de l’Europe et sa sécurité, elle est prête à mobiliser ses troupes.

    La Russie tsariste veut sortir de son enclavement. Elle a chèrement payé sa vulnérabilité lors de la Guerre Russo-japonaise en 1904-1905, où ses navires de guerre, épuisés après 9 mois de mer du fait de la fermeture de Suez par les Anglais, ont été pulvérisés par les Japonais. Elle cherche à s’affranchir des Dardanelles, pour ne pas être coincée par l’Empire Ottoman. Elle s’appuie sur le panslavisme pour affirmer son rôle de grand-frère sur les autres peuples slaves et les unifier sous sa tutelle. L’empire, prison des peuples, est un Etat arriéré et putréfié, qui fonctionne à la mobilisation réactionnaire, autour de l’antisémitisme notamment. La révolution de 1905 a poussé le Tsar à lâcher du lest, mais, aux yeux des grands seigneurs, ce ne sont que des concessions temporaires, qui seront reprises par la suite.

    L’Autriche et l’Empire Ottoman, dans ce conflit, sont plus des proies qu’autre chose. Ces empires d’un style suranné tombent en déliquescence. Tout comme l’Empire Russe, ils se maintiennent par les coups de forces et la répression. Mais au sein d’eux bouillonne un tumulte d’agitation nationale. La Russie et l’Angleterre lorgnent sur les Balkans, cette dernière et la France louchent aussi avec envie sur le Levant et le Moyen-Orient, d’autant que cela permettrait de couper l’Allemagne de ses positions dans la région.

    Chacun court vers la guerre. Même ceux qui sont neutres savent que ce n’est que leur engagement qui leur permettra de siéger à la table des gagnants et te toucher leur pactole à la fin de la guerre. Des USA au Portugal, le monde retient son souffle en attendant de voir le conflit qui va se dérouler.

  • 1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018. Partie 1 – Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    1918-2018: Centenaire de la Grande Guerre impérialiste

    Partie 1 : Pétain, Joffre, Macron, Mélenchon et les autres.

    Un siècle nous sépare désormais de la Grande Guerre. Un siècle nous sépare du premier conflit mondial. Avec 9 720 4453 militaires tués ; 8 871 248 civils morts ; 21 228 813 blessés, une évidence s’impose : les morts sont les perdants de la guerre. Qui en sont les gagnants ?

    Cette guerre, en France, est omniprésente. Chaque ville, chaque village, possède son monument au mort, qui commémore le sacrifie ultime fait par tant de jeunes hommes. Qui oublie celui enduré par tant de colonisés. Un sacrifice pour rien.

    Omniprésente, aussi, dans les discours. Omniprésente et brûlante. En témoigne les scandaleuses interventions du Président de la République.

    Pétain, un « grand soldat », malgré « des choix funestes », a déclaré Emmanuel Macron, le 7 novembre 2017. « Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire ». Dans son hommage aux Invalides, le Président de la République a ainsi exprimé son point de vue sur l’Etat-major français durant la Première Guerre mondiale.

    Tollé immédiat et sain de la part d’une grande partie de la population. Tollé international, digne de celui qui accompagne les réhabilitation de Stepan Bandera en Ukraine ou des SS Lettons. Bien que tentant de faire passer tout cela pour un couac, les documents exfiltrés le démontrent : l’hommage était prévu.

    Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un tweet indiquant son point de vue : Le Maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois s’en est trop ! L’histoire de France n’est pas votre jouet.

    Nous n’allons pas revenir sur la confusion entre Foch et Joffre, qui illustre un niveau de connaissance historique relativement bas, donc non pas sur ce que Mélenchon a écrit -et qui a été confirmé par ses lieutenants- mais sur ce qu’il a voulu dire.

    Car ce débat est révélateur d’une certaine communauté de vue entre les deux personnalités politique, sur ce qu’est la Première Guerre mondiale. Ils se sont exprimés et la messe est dite.

    A nous de donner notre point de vue.

    Nous ne saurions partager le fond de ce qui a été exprimé plus haut. Et pour cause, indépendamment des débats sur Joffre, Pétain, Nivelle, Foch… Quant à savoir qui était le meilleur, nous considérons qu’il faut regarder le sens et le fond de cette guerre avant de s’exprimer. Certes, il est toujours possible de discuter des mérites militaires des uns et des autres, de louer le talent de certains généraux ou maréchaux, cela est vrai. Il y a certainement bien des leçons à apprendre. Mais l’important, l’aspect central réside ailleurs.

    Entre nos deux protagonistes, il y a un débat. Ce débat est possible car il se déroule dans la cadre d’une conception commune du sens de la Première Guerre mondiale. L’un et l’autre ne contestent pas sa légitimité. L’un et l’autre voient dans les ceux qui ont dirigé les opérations, des patriotes aux mérites variés, contestables, mais oeuvrant pour une cause juste, la défense de la mère patrie.

    En choisissant une historiographie nationaliste « patriote » nationaliste-chauvine, Emmanuel Macron se piège lui-même et s’oblige à rendre hommage au Maréchal Pétain. En ne remettant pas en cause les motivations invoquées par la France pour se lancer dans cette boucherie abominable, il est obligé de légitimer de fait la politique de l’Etat-major de l’Armée Française, de cette cohorte de réactionnaires aux gants blancs, qui envoyaient à la mort les masses populaires de la métropole et des colonies. Cela amène à Pétain. Pétain, dans l’historiographie du Roman National, est un « père la victoire » qui a redonné confiance aux soldats. Il est vu comme le vainqueur de Verdun, comme un militaire de génie. Le fait qu’il ait pu, par la suite, devenir le symbole de la collaboration active avec le nazisme apparaît comme deux choses complétement étrangères l’une à l’autre.

    Macron, vainement, essaie de détacher les Pétain l’un de l’autre, d’en faire deux personnes séparées et complètement détachées l’une de l’autre. La bourgeoisie fait tout le temps ce genre de pirouettes en l’air, pour essayer construire une histoire positive, une histoire qui puisse faire adhérer les masses populaires, une histoire tour-de-magie, civique, édifiante…et bourgeoise, voire pire !

    Cette histoire idéaliste, nationaliste, l’autorise à tout découper en tranches et d’isoler ce qui l’intéresse de ce qu’elle veut rejeter ou faire oublier. Le pseudo « historien » réactionnaire Lorànt Deutsch -par ailleurs porté aux nues par la mairie PS de Paris- présentait cela comme sa « liberté de science« . Le Dr. Rosenberg, idéologue du nazisme, disait la même chose sur la « liberté nationale-socialiste de la science« . Une liberté de tordre les faits, de les déformer, de les inventer. De relire tout avec une grille de lecture qui corresponde aux intérêts du temps présent. Nous ne pensons pas que Macron essaie de défendre le régime de Vichy, mais il est prisonnier du fait qu’il doit encencer les crimes de la France, et donc ses agents zélés qui les ont commis.

    Par contre, il a ouvert une boite de pandore dont a surgi Eric Zemmour et Robert Ménard, entre autres. Robert Ménard a intelligemment produit une phrase ambiguë, célébrant le soldat Pétain, mais fustigeant sa « sinistre fin de règne ». Fin de règne qui peut tout aussi bien signifier l’arrivée de Vichy tout comme la fuite vers Sigmaringen après la Libération. Chacun y lit ce qu’il veut y lire. Zemmour, invité sur BFM-TV, en profit pour vomir sa bile.  « Je ne fais pas grand crédit aux tribunaux de la Libération. C’est la justice des vainqueurs. » « Il y a dans la vie de Pétain des épisodes qui sont glorieux »… Il serait intéressant de connaître la gloire qu’il peut y avoir à sacrifier le sang des travailleurs pour la grandeur de l’impérialisme français. Pour finir, un argument massue adressé au Crif : «Vous êtes stalinien, vous effacez Trotsky ! », belle manœuvre, révélatrice.

    Existe-t-il donc une dualité autour de Pétain ? Existe-t-il un dédoublement du personnage ? Non. Nous pourrions même dire que nous avons une conception moniste du Pétain.

    Pour nous, qui avons une vision matérialiste historique et dialectique de l’histoire, le Pétain de Verdun et le Pétain de 1940 sont une seule et même personne : Une, réactionnaire de A à Z. Compétent, certes, mais un réactionnaire de premier ordre, jetant, pour les intérêts de la bourgeoisie de France, les travailleurs sous les balles. Toujours le même qui massacrait dans le Rif pour la grandeur de l’Empire colonial. Encore la même engeance, en 1940, échaudé par le Front Populaire et le Communisme, qui voit dans l’irruption de Hitler et dans l’occupation Allemande un moyen de poursuivre la même politique : écraser et saigner les prolétaires pour les intérêts des grands trusts.

    Une fois n’est pas coutume, nous nous appuyons sur un historien réactionnaire, Ernst Nolte, lequel considérait la période 1914-1945 comme une guerre continue de 31 ans. Pétain était un officier supérieur dans une guerre de trois décennies, qui ne peuvent être détachées les unes des autres. Il est le même homme, à toujours tenu la même ligne, à toujours été le même passéiste, agrarien, réactionnaire et pourrissant, comme l’impérialisme qu’il défendait.

    De ce point de vue-là, Mélenchon, qui plus est en se trompant de personnage, confondant Foch et Joffre, défend un autre cheval. Mais joue la même course : une course à la défense de la « nation », une course à la défense des « intérêts » de la France, de son impérialisme.

    Derrière le patriotisme cher à l’un ou l’autre se cache une adhésion au projet impérialiste expansionniste et agressif de la France de 1914. Et les Maréchaux de 1918 étaient des ennemis du peuple, étaient ses fossoyeurs.

    Cette manière de voir révèle fondamentalement les problèmes qu’ont les politiciens bourgeois à se positionner sur la Première Guerre mondiale. Or, pour la gauche, pour la sociale-démocratie, cette expérience de la guerre a été un véritable catalyseur. Cent ans après, elle reste une ligne de démarcation fondamentale entre le social-chauvisme et le réformisme d’un côté, et la ligne révolutionnaire et internationaliste de l’autre.

    Il est très facile pour quiconque, à part une poigne de nostalgiques de Vichy ou de trotskistes -pour des raisons opposées, de se positionner dans la Seconde Guerre mondiale. Il existe un camp du bien et un camp du mal. Où qu’on soit, le nazisme, le fascisme, le militarisme japonais représentent le « mal », tandis que la coalition alliée représente le « bien ». De ce point de vue là il y a un consensus sur les responsabilités de la guerre et sur les déclenchements : Invasion de la Pologne ; Invasion de l’URSS ; Attaque de Pearl Harbor.

    Mais la Première Guerre mondiale est plus problématique. Il existe deux manières de la comprendre. Soit elle est justifiée, soit elle ne l’est pas. Mais il n’y a pas d’entre deux. Soit elle est déclenchée par un tourbillon de faits, mais il existe un agresseur et un agressé, soit il s’agit d’une provocation orchestrée par les différents impérialismes pour le repartage du monde. Qu’ils le disent explicitement ou non, Macron et Mélenchon choisissent la première option, celle du soutien à la guerre, celle du fait de justifier la boucherie -quitte à mégoter sur des détails.

    Nous, nous choisissons la seconde. A nos yeux, la Première Guerre mondiale est une guerre injuste, arbitraire, dans laquelle les bourgeoisies impérialistes se sont lancées des montagnes de chair broyée au visage avant de déterminer qui posséderait quelle colonie. Un jeu mortel, sanglant. Un jeu auquel chaque Etat partie prenante a accepté de se livrer.

    Mais où il n’existe, nulle par, un camp du bien, un Etat moralement supérieur, plus civilisé, plus altruiste, plus doux, ayant volonté à construire un monde meilleur. Aucun impérialisme n’est au-dessus de l’autre, tous se valent dans leur caractère exploiteur, criminel, massacreur ou génocidaire.

    Le choix à faire durant la première guerre mondiale était celui que les Bolcheviks ont fait, isolés, quasiment seul. Le choix du défaitisme révolutionnaire. Le choix de construire l’Etat du prolétariat, non seulement pour mettre fin à la guerre, mais pour gagner la paix !

  • Aller chercher Macron ? Comment ?

    Aller chercher Macron ? Comment ?

    Aller chercher Macron ? Comment ?

    Les révélations faites autour de l’affaire Benalla ont plus d’un mérite. Elles ont ouvert une fenêtre plus que palpitante sur les contradictions du pouvoir en place, mais également sur les forces politiques qui officient en France, sur leurs conceptions et sur leurs limites ou leur opportunisme, en fonction des cas.

    Plus l’enquête avance, plus un système complet de clientélisme, de passes-droit, de relations troubles fait surface. Sans être inattendu, car le régime bourgeois provoque et cherche la corruption, la révélation de ce réseau est néanmoins passionnante. Alexandre Benalla est un véritable symbole de ce fonctionnement dans lesquels les règlements et les lois sont transgressés, où la police couvre les traces des méfaits commis, et où le mensonge est érigé en art.

    Lorsque les frasques sont sues, elles sont tues. Lorsque des sanctions sont prises, elles sont symboliques. En revanche, les avantages et tricheries internes sont encouragées et récompensent la férocité.

    Les auditions des différents acteurs de cette affaire, dont l’ex-PS Gérard Collomb, ont pu faire la lumière sur l’hypocrisie de la direction de l’État bourgeois, laquelle n’a aucun état d’âme à mentir sans vergogne pour se sortir de ce mauvais pas. Les responsables font bloc le temps que la tempête passe, sachant que les risques d’être mis en cause concrètement et exposés à de véritables condamnations sont quasiment nuls.

    Pour parachever cela, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est même octroyé le fait de ses permettre une provocation, en s’exclamant « je suis le responsable, venez me chercher ! ». Tout en sachant pertinemment que son immunité le protège juridiquement.

    Une légitime colère s’est emparée de ceux et celles qui ont vu dans ces propos la marque du mépris le plus total de la part du chef de l’État. La très grande majorité de la population du pays ne peut qu’être choquée par cette attitude.

    Nombre d’organisations ont alors tenté de capitaliser sur cette colère pour faire leur beurre, et engranger un appui populaire. Les Républicains tout comme le Rassemblement National ont tenté de surfer sur ces questions pour jouer sur la corruption de l’exécutif et pour avancer leurs pions. A ce jeu là, les plus réactionnaires n’ont pas hésité à jouer sur l’origine du principal mis en cause pour déverser également leur haine raciste ou leurs thèses complotistes, faisant de Benalla un agent de la Franc-maçonnerie, un terroriste en puissance ou un agent d’Israël.

    A gauche, « Allons chercher Macron » a été érigé en cri de ralliement. Seulement, derrière le cri, la question de la transcription pratique s’est posée. Or celle-ci n’est pas si anodine, elle est même particulièrement importante. Elle est particulièrement importante car elle pose la question du rapport à l’Etat et au pouvoir.

    La FI comme le PCF ont joué la carte de la motion de censure, pour tenter de provoquer la chute du gouvernement. Le RN et les Républicains ont également opté pour cette voie. Pourtant elle est purement symbolique, car elle n’a absolument aucune chance d’aboutir. Ceux et celles qui la suivent ne peuvent l’ignorer. Elle est un moyen de faire un coup d’éclat pour se placer comme opposition principale, pour gagner un avantage moral -temporaire- et espérer capitaliser dessus pour les prochaines échéances électorale. Aller chercher Macron se limite, pour ceux-ci, dans toute leur variété, à une forme nouvelle de « votez pour nous ».

    Hors de l’assemblée, les organisations trotskistes ou réformistes radicales ont été, elles aussi, plus que gênées par cette situation. Habitués à se cantonner dans le registre de la défense économiste, cette situation où il fallait répondre politiquement les ont désarçonnés.

    Tout comme dans les slogans tels que « de l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat » , « aux riches de payer la crise… » ect, se pose la question du « comment ? », « comment aller le chercher, comment leur faire payer ? » et où la réponse, en générale, est évasive. Dans les faits, il existe une pudeur invraisemblable à quitter le registre économiste et à poser la question en termes politiques, en termes de pouvoir.

    Le NPA, par exemple, se limite à présenter une crise politique comme une opportunité économiste, « Nul doute que cet affaiblissement peut devenir un point d’appui pour les nombreux combats à mener à la rentrée. Face aux violences du gouvernement, qu’elles soient sociales ou physiques, il est grand temps de désarmer Macron ! » L’ironie de la chose voulant que l’exigence du désarmement paraît difficile à mettre en œuvre dans un système où la bourgeoisie bénéficie d’une « toute-puissance favorisée et rendue possible par les institutions de la Ve République. » 

    Dans un autre article, sur le site « Révolution Permanente » l’auteur indique « Si l’affaire Benalla a montré toute la violence du régime présidentiel, il manque aujourd’hui une alternative à cette République des privilèges et des privilégiés, qui, en même temps de rogner sur les droits des travailleurs en leur demandant « l’exemplarité », ne respecte même pas les lois qu’elle feint de défendre. » Nous ne pouvons que être en accord avec cette déclaration. Mais cependant, l’alternative, qu’est-elle ? « Cette mobilisation extra-parlementaire, avec les méthodes qui sont les nôtres, la grève et les manifestations, est la seule à même de pouvoir remettre en question cette République de magouilles, de copinages et de vrais privilégiés. » La grève économique est, pour Révolution Permanente, la solution. Le même article regrette que la CGT et le mouvement ouvrier ne se soient pas plus impliqués, limitant le débat à des questions économiques et économistes.

    Invocation, encore, lorsque le même déclare « si les travailleurs s’invitaient dans les débats qui traversent le pays actuellement, pour apporter leurs propres solutions, cela pourrait être un coup important contre l’ensemble de la Cinquième République et ses institutions pourries, et changer enfin la donne, non pas pour remplacer la cinquième par une sixième République, où il y aurait toujours un gouvernement des patrons malgré les changements de façade qui pourraient être proposés, mais pour que cela soit véritablement les travailleurs et l’ensemble des opprimés qui prennent leurs affaires en main une bonne fois pour toutes. »

    Il suffirait donc que les travailleurs s’invite dans le débat pour que cela puisse changer. Il s’agit là d’une des faillites de la conception trotskiste, laquelle ne comprends finalement pas le sens de l’organisation politique et de la révolution. « Il s’agira par la suite de chercher à construire une véritable mobilisation d’ampleur qui soit en capacité d’exiger et imposer à ceux qui nous ont trop longtemps gouverné la fin d’un régime de privilèges et de privilégiés. » Le comment se pose encore comme question.

    Lutte Ouvrière, elle aussi reste dans une expectative d’un sursaut spontané du mouvement économique, qui, par l’œuvre du Saint Esprit, par une alchimie secrète, se muerait en mouvement révolutionnaire.

    Dans les faits, « aller chercher Macron » revient à affronter la bourgeoisie dans toute sa force, dans le but de la chasser du pouvoir. Or l’expérience et l’histoire démontrent que ce n’est qu’autour de l’organisation politique, autour d’un Parti révolutionnaire que la bourgeoisie peut être chassée du pouvoir. Certes ce parti n’existe pas encore, mais il n’existera jamais sans compréhension politique du rôle de l’Etat et de la nature du changement politique à faire. Il n’aura jamais une influence politique sur les masses populaires et plus particulièrement les ouvriers et les ouvrières si il n’ose pas franchir le Rubicon de la politique et affirmer que son rôle est d’apporter la négation du pouvoir de la bourgeoisie. 

    Certes, il existe un chemin immense à parcourir, mais ce chemin immense ne peut être arpenté par des voies contournant l’obstacle politique, et se limitant à des revendications économiques ou à des transfert de propriété juridiques (nationalisations) et qui, in fine, nient la question de la révolution, la question de la réaction de la bourgeoisie et celle du pouvoir populaire, sous la forme de la dictature du prolétariat, seule forme de pouvoir permettant de transformer la société et de repousser les assauts des réactionnaires et des restaurateurs. L’Unité Communiste de Lyon considère que les mouvements politiques révolutionnaires ont leur mot à dire et leur carte à jouer dans la situation politique actuelle. Le dégoût des institutions qui se renforce doit trouver son écho dans les mots d’ordres des communistes, lesquels ont la tâche de politiser les masses populaires, de politiser les luttes des exploités, de politiser la colère qui gronde. De politiser, d’organiser et d’agir contre l’Etat bourgeois, contre le pouvoir bourgeois, pour la révolution prolétarienne. Nous défendons l’extra-parlementarisme comme une étape, comme un moyen pour les masses de s’exprimer politiquement. Aussi imparfaite qu’étaient les expériences des indignés ou de nuit debout, elles ont joué un rôle d’étape dans le fait d’avoir une volonté de créer des instances de débat et de décision en dehors des cadres institutionnels. Elles ont été des expériences limitées dans le temps comme dans la profondeur, mais posaient des questions néanmoins plus profondes que les réformistes et les électoralistes. Elles posaient, en dernière instance, la question du pouvoir.

    Au lieu de désarmer Macron, les positions de la gauche réformiste et radicale-réformiste entraînent les masses populaires sur la voie de la conciliation de classe, en attendant que « les gens se réveillent » et contribuent à maintenir l’illusion qu’un simple ’20h sur TF1′ est suffisant pour transformer concrètement et complètement la société capitaliste et à instaurer le communisme. Aller chercher Macron, c’est se doter des moyens de chasser la classe qu’il incarne du pouvoir, mais aussi se poser la question de la nature du pouvoir qui doit émerger.

  • 22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général.

    Partie 2

    Le cœur même de ces propositions est donc de faire des économies et de substituer le secteur privé au secteur public dans la plus grande majorité des cas de figures. Bien que défrayant quelque peu la chronique, l’affaire Benalla n’est pas, au stricto-sensu, une tentative de remplacement du public par le privé dans les forces de répression. Certaines pistes vont pourtant dans ce sens avec des opérateurs privés pour les radars de contrôle de vitesse sur les routes. Ce type de pistes ne semble donc pas totalement tabou.

    L’un des axes forts, mentionné d’entrée de jeu, est celui de la question de la prise de risque et de la « responsabilisation » budgétaire. La première proposition déclare ainsi vouloir mettre fin à un «  un pilotage budgétaire qui ne responsabilise pas les acteurs publics. » L’idée sous-jacent serait celle de pouvoir récompenser l’austérité d’un service par la possibilité de répercuter les gains sur l’année suivante. Cela pourrait passer pour une sympathique méthode permettant de faciliter le lancement de projet, mais dans les faits, ce qui transpire est le fait que les administrateurs les plus avares sont récompensés, poussant à l’être chaque fois d’avantage.

    Autre idée évoquée d’entrée de jeu, celle de « donner de la souplesse en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines, en passant d’un pilotage des effectifs (plafond et schéma d’emploi) à un pilotage par la masse salariale ». Il s’agit là d’une transformation importante, puisqu’elle met fin de facto au statut de fonctionnaire pour les nouveaux recrutements. Elle introduit également une échelle des salaires calquée sur le privé « Cette évolution supposerait de ne plus recourir à des mesures générales de revalorisation ».En somme, les avancements sont faits au bon vouloir de l’administrateur ou de l’administratrice, sur des critères discrétionnaires.

    Pour accompagner cette transformation radicale du fonctionnement des administrations, plusieurs autres aspects sont proposés : « passer d’une logique de contrôles a priori à une logique de contrôles a posteriori recentrés et plus efficaces. » Changement allant de paire avec une « culture du risque » et de l’aventurisme -en particulier budgétaire. « sortir d’une culture de la norme encadrant toute décision, pour permettre aux agents de prendre des décisions adaptées au cas par cas. » En somme, passer d’une gestion passive à une initiative active. Mais vers quelles fins ?

    Le document cible cinq ministères particulièrement concernés par ces transformations : ministères économiques et financiers où « par exemple, le recouvrement de l’impôt et le contrôle, aujourd’hui exercés par la direction générale des finances publiques, le conseil aux entreprises exercé par la direction générale des entreprises, les statistiques ou les études économiques de l’Insee, les missions de la direction générale des douanes et des droits indirects » passeraient aux mains d’agences dont la nature ne peut être comprise que comme une intrusion du secteur privé.

    Ministère de la transition écologique et solidaire : « la régulation du trafic aérien, la mise en œuvre des mesures de contrôle et de répartition des produits et matières premières énergétiques ; la mise en œuvre de la politique d’aménagement sur le territoire…; »

    Ministère de l’enseignement supérieur : «  la stratégie nationale de recherche et la tutelle des organismes de recherche continueraient à être assurés par l’administration centrale alors que l’ensemble des autres missions seraient prises en charge par des agences ; » Dire que cela est vaste est un euphémisme.

    Culture : « refonte de l’organisation administrative des musées pour leur laisser davantage d’autonomie. Nous proposons de faciliter la gestion des établissements publics en leur confiant de nouvelles responsabilités (notamment en matière de gestion de leurs personnels), de donner de nouvelles perspectives aux musées nationaux constitués sous forme de service à compétence nationale (SCN), afin d’assurer leur autonomie et de centrer le rôle de l’administration centrale vers ses missions fondamentales de conception, de normalisation et de tutelle » En somme, il s’agit d’introduire des normes de rentabilité en catimini dans les musées.

    Sports : « dans le domaine des sports, nous proposons de créer une Agence nationale du sport, établissement public cogéré avec le mouvement sportif, en charge du sport de haut niveau et de la préparation sportive pour les grandes compétitions. (…) La création d’une telle agence pourra d’ailleurs conduire à s’interroger sur l’opportunité du maintien d’un ministère de plein exercice. »

    En somme : nombre d’administrations seront sabrées avec virulence, pour laisser intervenir de manière directe ou indirecte l’intérêt privé, la rentabilité, la privatisation. Mais ce n’est qu’un début !

    La seconde proposition concerne les statuts des fonctionnaires qui travaillent dans ces administrations, déjà effleuré dans la première partie.

    Mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui envisageraient de devenir fonctionnaire et de bénéficier d’une garantie de l’emploi, cela n’est pas à l’ordre du jour. En revanche le recrutement de contractuel est une piste davantage usitée, d’année en année. Le rapport regrette ainsi que « la prépondérance du statut de la fonction publique pour les embauches, le recours au contrat ne pouvant s’entendre que dans des cas spécifiques. » Il opte donc pour la proposition suivante :

    « offrir davantage d’agilité et de souplesse aux employeurs publics et leur donner des marges de manœuvre accrues dans leur politique de recrutement :

    assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations, entre les trois fonctions publiques ;

    élargir le recours au contrat de droit privé comme voie « normale » d’accès à certaines fonctions du service public. (…) Tout d’abord, il n’y a pas de spécificité telle du secteur public qui nécessiterait de créer un autre type de contrat à côté du statut. Ensuite, le contrat de droit privé est plus protecteur pour les agents. Enfin, l’État, générateur de normes en matière de droit du travail, doit s’appliquer les mêmes règles qu’il entend définir pour les autres ;

    recourir aux « pré-recrutements » en élargissant le recours aux apprentis (…)

    mettre en place une gestion active de l’emploi en accompagnant à la reconversion professionnelle et en prévoyant le cas échéant des plans de départ volontaire, en cas de restructuration de service ; »

    Pour accentuer cette proposition, les rédacteurs et rédactrices proposent également des modalités de négociation qui ne peuvent qu’évoquer ce qui se fait désormais dans le privé :

    «  donner la possibilité au management de négocier des accords dérogatoires au cadre de la fonction publique, sur l’ensemble des points du statut (rémunération, temps de travail, mobilité …) et de mettre en place des accords sociaux locaux, y compris d’intéressement collectif.

    donner la possibilité au management de recruter, faire évoluer et promouvoir les talents sans autres contraintes préalables que celles de droit commun… »

    En somme, il s’agit de fonctionner comme dans le secteur privé. Et dans ce domaine, l’Etat et ses managers n’ont pas à rougir de la comparaison avec les Ressources Humaines des secteurs privés.

    Les propositions 3 & 4 semblent innocentes, se basant uniquement sur une plus grande intégration du numérique dans les services publics. Pourtant elles ne le sont pas. Dans l’esprit des concepteurs de ce document, le numérique est un prétexte pour rationaliser et concentrer l’activité, tout en réduisant, au final, le contacte entre le service public et son usager.

    « La révolution numérique constitue une rupture majeure pour la transformation de l’action publique car, en l’utilisant à son plein potentiel, on peut sortir de la contradiction apparente entre deux objectifs majeurs : un meilleur service public et une diminution des dépenses de fonctionnement. Le numérique nous permet de remplir conjointement ces deux objectifs et c’est ce qui change, aujourd’hui, par rapport aux exercices précédents de réforme de l’action publique. »

    Le numérique est un moyen d’automatiser le maximum de tâches auparavant l’apanage de fonctionnaires.

    Dans un monde socialiste, cela serait une bonne nouvelle, elle libérerait de tâches fastidieuses des individus qui pourraient se consacrer à des activités autrement plus épanouissantes. Mais dans le monde dans lequel nous sommes, cela ne reste qu’a augmenter la rentabilité, quitte à ce que les fonctions premières d’un service soient impactés. Le suivi post-opératoire par SMS, pour les hôpitaux, fait partie de ces mesures qui peuvent avoir un caractère criminel. La télémédecine et la télésurveillance ne sont que des pis allers. Et quand le système connaît une défaillance ou une spécificité imprévue, les dégâts peuvent être terrifiants.

    Pour économiser, les auteurs proposent également de « développer les lieux d’accueil uniques.

    Il s’agit de mettre en place un seul lieu pour tous les services publics offerts aussi bien par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs, afin que l’usager n’ait plus à se déplacer plusieurs fois. C’est la traduction physique du principe « Dites-le nous une fois » en quelque sorte. Il faut améliorer le maillage territorial actuel, sur le principe d’une grande modularité pour s’adapter aux spécificités des territoires. Le guichet de premier niveau doit pouvoir apporter une assistance pour l’ensemble des services publics. L’axe de développement pour ces structures mutualisées repose principalement sur l’enrichissement du niveau d’information et d’accompagnement des usagers. Cela passe par plusieurs leviers complémentaires : polyvalence des agents, mise en place de référents uniques, utilisation d’agents conversationnels (ou chatbot), y compris sous la forme de robots physiques, pour assurer une partie de l’accueil de premier niveau, sur des plages horaires plus étendues. »

    Remplacer les services par un guichet unique, avec des interlocuteurs robotisés. Cela n’oriente effectivement pas vers une idée d’améliorer les services, autrement que sur le plan comptable.

    Ce premier set de propositions confirme les objectifs de ce rapport : liquider une partie des administrations, remplacées par des agences. Introduction de normes basées sur la rentabilité et l’économie au delà du service rendu, mais également concentration des pouvoirs entre les mains de chefs et de cheffes qui ont la haute main sur les initiatives et sur la masse salariale.

    Le recours aux recrutements de contractuels s’érige également en norme, permettant une gestion différentes des agents, tant individuellement que collectivement. En somme, ce rapport est l’application de la Loi Travail au futur-ex-secteur public. Dans les secteurs qui ont déjà connu ce bouleversement, les résultants ont été désastreux tant au niveau de la qualité du travail que la qualité de vie au travail.

    Après ce cadre général, le rapport débouche sur un certain nombre de propositions concrètes, toutes plus glaçantes les unes que les autres.

  • 2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe

    Partie 1

    Nous avons temporairement mis en poste notre travail sur le discours de Versailles de Macron pour pouvoir évoquer le plus rapidement possible cette question centrale, celle de Cap 2022. Nos publications reprendrons dès que cette analyse sera terminée. 

    Malgré leur prétention constante à se dire « émanation de la volonté du peuple », les gouvernements bourgeois jouent régulièrement la carte du secret sur leurs projets. Diplomatie secrètes, accords sous la manche, raison d’État…. mais également réformes.

    Le gouvernement actuel possède une véritable obsession du secret. Le contenu des réformes sur la fiscalité, sur les caisses de cotisation ou sur le code du travail ont été maintenu le plus longtemps possible dans le silence et le flou. Rien d’étonnant en cela, tant ces projets de lois étaient des frappes nucléaires contre les droits sociaux. Heureusement des individus courageux les ont fait fuiter.

    Dans le cas du projet Cap 2022, la fuite, organisée par un militant de Solidaire, a plongé le gouvernement dans l’ire la plus totale. Le fait que les journaux aient publié ce dossier important (152 pages) n’a rien fait pour calmer cette colère. Cette obsession de l’omerta et cette colère ne peuvent que susciter la curiosité et l’intérêt le plus vif de la part des organisations de défense des intérêts des masses.

    Que contient donc ce rapport explosif ?

    Cap 2022 est le fruit d’un long processus. Il est l’aboutissement d’une trajectoire prise depuis le milieu des années 90 par les gouvernements successifs. Tout comme la loi Travail était la bataille centrale du code du travail, tout comme la réforme de la fiscalité était l’offensive générale contre les protections sociales, Cap 2022 est la bataille d’anéantissement sur une certain nombre de secteurs, donc l’éducation.

    Rien de ce que contient ce rapport n’est neuf ou ne représente fondamentalement une rupture avec les lignes précédentes, y compris celles défendues par la prétendue « gauche » capitularde et traîtresse. Pour un grand nombre d’aspects, ce sont des projets qui étaient déjà dans les cartons, sous la même forme, il y a 15 ans, notamment celle de l’autonomie des lycées.

    Contrairement à ce que prétendent les défaitistes, le fait que ces projets n’aient pas été appliqués immédiatement est l’illustration de la capacité de résistance que procurent les mobilisations, les manifestations et les grèves. Contrairement à la rumeur, elles « servent ».

    Le ton du rapport est typique de celui des attaques perfides. Les rédacteurs prétendent se placer du côté des masses populaires, affirment que tout est fait pour améliorer le fonctionnement de la société, pour la rendre plus juste, plus proche des attentes de ceux qui souffrent de l’exploitation ou de l’exclusion sociale. Tout est donc ampoulé, édulcoré, présenté sous le jour le plus favorable. La bourgeoisie est très forte à ce jeu. Mais le maquillage de la réalité ne peut empêcher celle-ci de transparaître. En lisant entre les lignes, il est possible de comprendre quel projet scélérat se prépare, quelle conspiration contre les intérêts populaires se trame, contre les intérêts des prolétaires, des ouvriers et des ouvrières, des employés et employés, mais également de la jeunesse et des exclus sociaux.

    Dès l’introduction, les rédacteurs et les rédactrices jettent les masques. Ils et elles annoncent que « plutôt que de chercher l’exhaustivité, [Ils et elles ont] pris le parti d’identifier les principaux verrous qui freinent la transformation publique .» Louable intention, mais transformer vers quoi ? C’est là que le bât blesse.

    « Nous militons pour un modèle d’administration où les managers seront plus autonomes et plus libres de prendre des décisions, les agents véritablement forces de proposition, un service public qui utilisera pleinement toute l’opportunité que représente le numérique tout en restant proche des usagers, sur le terrain, à leur écoute. » En somme, il s’agit d’accroître les pouvoirs des chefaillons et des gardes-chiourmes pour rationaliser le service, pour accroître sa rentabilité. Le numérique n’est qu’un prétexte qui sert à supprimer des postes pour réduire la « masse salariale. » Plus loin, l’introduction insiste : « Un service public accessible et plus personnalisé. Par exemple, les Français veulent plus de dématérialisation des démarches administratives, notamment les plus jeunes. » Les « français » veulent quelque chose qui permet de réduire les postes ? Bonne nouvelle !

    « Nous encourageons un modèle dans lequel l’innovation, la prise de risque seront valorisés, encouragés, soutenus »

    Que signifie « prise de risque » dans le cadre des services publics ? Quel sens cela peut-il avoir ? Comment un service public peut-il « prendre des risques » ? Tenter de faire circuler plus de trains ? Cela ne peut être compris que comme un déclenchement d’initiatives visant à rationaliser à outrance, à pratiquer un stakhanovisme à l’envers, d’améliorer la productivité pour accroître la charge de travail sur un nombre de fonctionnaires ou d’agents toujours plus réduits.

    « Nous souhaitons redonner aux citoyens le pouvoir de connaître leurs services publics avec la transparence totale des résultats, le pouvoir de l’évaluer, le pouvoir de participer à sa conception et à sa production. Le secteur privé a également son rôle à jouer dans l’exécution du service public . »

    Le benchmarking, continuellement applaudi par les grands penseurs de la science politique tels que Rosanvallon, qui le voient comme un système favorisant la démocratie interne, fait son chemin. Mais une nouvelle fois, les critères ou l’interprétation des résultats laisse craindre le pire. L’idée, une nouvelle fois, est celle de favoriser l’intervention du privé, qui trouve sa motivation principale dans le fait de tirer des bénéfices de son activité, donc, qui, dans l’esprit des concepteurs -bien éloigné de la réalité- devrait proposer des coûts bas et des résultats saisissants du fait de la concurrence.

    Mais les lois de l’économie capitalistes ne vont pas dans ce sens. Dans les faits, chaque fois que des privatisations de ce type ont été opérées, elles ont débouché sur la création de marchés captifs, de marchés de monopoles. Autoroutes, rails, cantines scolaires, prisons… tout autant de cadeaux fait aux patrons et aux patronnes.

    « Nous appelons à clarifier et simplifier les systèmes devenus trop complexes. Nos systèmes de santé, de protection sociale, de recouvrement social et fiscal, notre accompagnement des personnes en situation de handicap, notre justice, ne répondent plus correctement aux besoins des Français. Ils sont difficiles à adapter au monde qui change ; aux attentes qui évoluent, et de moins en moins lisibles pour les usagers. Nous proposons de les faire évoluer en plaçant l’usager au centre en personnalisant le service et en l’adaptant à chacun. »

    Une nouvelle fois, la modernité est prise comme argument pour justifier le fait qu’il faille trancher dans le vif et simplifier des systèmes qui « ne marchent plus ». Ils ne marchent plus notamment du fait qu’ils aient été tranchés financièrement par le travail de sape orchestré par les divers gouvernements successifs. La gauche à par ailleurs fait office de pionnier dans le domaine, avec les lois sur le financement de la Sécurité Sociale.

    « De même, en raison de ce poids des dépenses publiques, nous n’aurions pas les marges de manœuvre nécessaires pour répondre à une nouvelle crise économique. Par ailleurs, ce niveau de dépenses, qui se traduit par des taux de prélèvements obligatoires élevés, pèse sur l’économie et la compétitivité de la France. »

    En somme, il nous est appris que si nous ne réduisons pas nos dépenses, nous ne pourrons pas renflouer les caisses des entreprises et les banques qui se sont effondrées du fait de leurs activités de spéculation. Nous devons donc, immédiatement, nous serrer la ceinture pour pourvoir nous assurer d’avoir la masse critique permettant de maintenir le taux de profit des actionnaires, des rentiers, des investisseurs, et éviter ainsi qu’une partie de la bourgeoisie soit mise en difficulté. La bourgeoisie, également, lorgne sur les marchés de l’assurance et de la santé depuis longtemps -et les médecines alternatives ou « douces » ne sont pas moins rapaces que les autres!- la suppression des cotisations sociales permet non seulement de réduire le salaire (de plus de 50 %!) mais également ouvre un nouveau marché colossal. Tout est bon, pour le bourgeois et la bourgeoise, dans la privatisation -sauf en temps de crise !

    L’introduction donne le ton. A sa suite, une première partie intitulée « Nos convictions prend le relais ».

    Cette partie est un monument dédiée à l’apologie de la libéralisation des services publics et à la liquidation des statuts de fonctionnaires. Elle est principalement remplie de creux et de vide, de tentatives plus ou moins pathétiques d’auto-justifier la politique menée, en allant jusqu’à prétendre qu’elle est réclamée par les agents eux-mêmes.

    « Une forme d’épuisement peut par ailleurs s’exprimer, allant parfois jusqu’à des situations de souffrance. Les agents publics sont en effet soumis à des injonctions parfois paradoxales et pâtissent de devoir eux-mêmes faire des choix sur la priorisation de leurs activités. » « C’est pourquoi ils perçoivent le besoin de changement et de transformation du service public. »

    Ergo, si vous souffrez au travail, c’est que vous êtes en faveur de la liquidation de votre service.

    Une transformation annoncée comme radicale est proposée : « Reconnaître que les usagers et les territoires ont des besoins différents, auxquels il faut répondre de manière différenciée, est ainsi un enjeu d’équité. Pour cela, il faut construire le service public autour de l’usager final et de ses besoins et non plus en fonction de la manière dont l’administration est organisée. »

    En somme, il s’agit, sous une prétention d’égaliser, d’entamer une rupture de la prétendue « Egalité Républicaine » et d’officialiser l’inégalité. L’intention d’un traitement basé sur l’équité plus que l’égalité formelle peut paraître louable à plus d’un titre, mais la manière dont elle est organisée laisse présager une campagne visant à niveler par le bas les services publics et à, in fine, accroître les inégalités entre les voies réservées à la bourgeoisie -en particulier au niveau de l’école- et celles destinées aux classes populaires.

    Par ailleurs, en fait d’un cadre strict permettant l’égalisation, c’est la loi du marché qui règne, loi du marché que l’État se borne à réguler d’une manière lâche et souple, pour ne pas nuire aux initiatives du secteur privé, désormais pleinement intégré comme partenaire.

    «  l’État devra renforcer son rôle de régulateur, qui sera d’autant plus important que conception et production du service public seront ouvertes. La puissance publique doit aussi veiller à ce que le cadre normatif existant ne bloque pas les initiatives. L’ouverture des données et la transparence que nous préconisons devraient ainsi permettre d’encourager la société à participer au service public. »

    Pour les agents, c’est l’épuisement accru, le diktat des managers, devenus des véritables maîtres à bord. Mais, heureusement, une parade est mise en œuvre par les créateurs de ce projet :

    « La confiance passe aussi par un contrat social renouvelé, qui prend en compte les enjeux de formation, de mobilité professionnelle, permettant de mieux accompagner les agents dans les changements et dans leur parcours. Bien sûr cette confiance doit s’accompagner d’une plus grande exigence d’évaluation qui doit porter sur les résultats. »

    Ce genre ce processus est responsable d’une dégradation terrible des conditions de travail dans les services publics et même dans les organes de répression de l’État bourgeois, où les taux de suicide se sont envolés. La pression, l’exigence du chiffre, les mutations-sanction, le pouvoir absolu de certains chefs ont causé des ravages. Ce système est en passe d’être étendu à l’ensemble de la fonction publique.

    Le projet Cap 2022 doit répondre aux objectifs suivants : liquider une partie du corps des fonctionnaires pour faire place à une souplesse dans la gestion de la masse salariale.

    Réaliser des économies en surchargeant le personnel restant, à l’image de ce qui s’est passé pour la Poste, pour France Télécom et pour la SNCF -où cela s’est traduit notamment par une hausse monstrueuse du taux de suicide, du fait de la pression des chefaillons, qui, en plus de leur inutilité, coûtent cher.

    Utiliser cette liquidation des services publics pour justifier la suppression d’une partie du salaire indirect au profit d’une élévation cosmétique du salaire direct -laquelle sera dévorée par l’inflation en un temps record.

    Ouvrir des marchés pour les capitalistes, marchés le plus souvent captifs permettant de réaliser des profits titanesque du fait de la situation de monopole induite.

    Deuxième partie : les 22 offensives pour 2022

  • Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce l’attitude de l’Etat face aux méfaits de ses collaborateurs, agents provocateurs, agresseurs, nervis fascisants !

    Les époques changent, et avec elles les mœurs. Auparavant, comme avec Giscard d’Estaing, les collaborateurs du Président de la République partaient avec lui faire des safaris en Afrique. Aujourd’hui, ce genre d’activité est mal vue du public. Elle est désormais réservée à l’armée française, qui continue sa « mission civilisationnelle » par les crimes de guerre.

    Aujourd’hui, avec l’affaire Benalla, il est possible de savoir que l’activité favorite de certains collaborateurs de l’Élysée s’est redirigée vers celle de l’agression brutale et gratuite de manifestants. Benalla se passionne ainsi pour le fait de se déguiser en policier. Dans cet accoutrement, il s’est illustré, le premier mai, pour avoir roué de coups un manifestant, agressé une manifestante, pendant que son ami Vincent Crase faisait de même. Une vidéo publiée ce matin par le Huffington post  le montre en train de traîner sa victime, la jeune femme, à l’écart, pour l’agresser loin des regards. Enivré par l’impunité que lui confère l’uniforme, il s’est déchaîné pour satisfaire ses pulsions personnelles. Événement anecdotique ? Non.

    David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police Nationale, au micro de France Info, déclarait ainsi le juillet : « Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier », il est « régulièrement sur des dispositifs opérationnels, il pilote différentes choses, sans qu’on sache qui l’a mandaté pour ça. » En l’occurence, il a bénéficié d’une autorisation écrire du directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda.

    En somme, monsieur Benella, accompagné de son ami réserviste Vincent Crase, profite de sa position influente et de son autorité, conférée par sa proximité avec les cercles du pouvoir, pour se livrer à des agressions.

    Informés des faits, le ministère de l’intérieur -dirigé par l’hémiplégique ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui semble oublier tout ce qui se trouve à son extrême-droite- et le cabinet du chef d’État se retrouvent dans l’embarras. Plutôt que d’agir par les voies légales, la décision est prise d’étouffer l’affaire. 15 jours de mise à pied sans salaire, une tape sur les doigts, et les affaires reprennent leur court. Problème réglé dans l’entre-soi de la bourgeoisie au pouvoir et de ses larbins les plus zélés. Du moins le pensaient-ils.

    L’ennui, c’est que celles-ci ont été filmées et que le drôle a été reconnu par les journalistes de « Le Monde ». Dès lors, il n’est plus possible de taire l’affaire.

    Et c’est la pelote de laine : les révélations s’enchaînent. Les mémoires se rafraîchissent. Journalistes agressés, militants et militantes menacées… Alexandre Benalla semble avoir eu maille à partir avec plus d’un individu. Même Jean-Luc Mélenchon reconnaît en lui l’homme qui l’a évincé de la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, assassinée le 23 mars.

    Des informations se recoupent également. Dès le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, le site d’information Wikileaks publiait une série de documents concernant ne nombreux aspects de la campagne. Parmi ces révélations, le fait que des commandes de pistolets « gomme-cogne », de « flashballs » de matériel anti-émeute ait été fait par LREM. La commande, bloquée au dernier moment, était signée de la main de Vincent Crase, collaborateur et ami de Alexandre Benalla. Cependant, il est estimé que c’est ce dernier, fanatique des armes, qui aurait tenté, par ce biais, de constituer un noyau de milice en catimini. Une milice équipée d’armes « à létalité modérée », certes, terriblement révélatrice d’un désir de certains de ressusciter des espèces de « corps francs » ou de se voir petits « seigneurs de la guerre ».

    Il serait tentant de voir dans Alexandre Benalla un milicien d’extrême-droite, un de ces barbouzes revenu des charniers de la Françafrique. Mais pourtant, l’homme a fait ses armes auprès du Parti Socialiste, dans son service d’ordre. Entré à 19 ans dans les rangs de sa sécurité, il passait pour une personne sympathique. Discret et efficace, il gravit les échelons d’une manière foudroyante. A 21 ans, il intègre le Service de Protection des Hautes Personnalités de Arnaud Montebourg. Arrivé haut, il se montre abusif. « Chez Montebourg, il est devenu incontrôlable, il a abusé de sa position. Et je pense que c’est la même chose qui s’est passée là, il s’est senti poussé des ailes… »  affirme Christian Werner, ancien responsable du SO du PS. Pourtant, il n’y reste qu’une semaine, après avoir provoqué un accident de la route et avoir voulu s’enfuir.

    Durant cette traversée du désert, il travaille dans le privé avec plus ou moins de succès, et passe un M2 en droit. Il créé également, avec Vincent Crase, son compère, une fédération de la sécurité privée.

    Le 5 décembre 2016 il intègre l’équipe d’Emmanuel Macron, toujours avec M. Crase. Durant la campagne, il suit constamment le candidat, assure sa sécurité, et se permet quelques petits à côtés, comme l’exfiltration brutale d’un militant du PCF, ou des violences sur un journaliste, pourtant accrédité. Depuis l’arrivée au pouvoir du paillasson le plus servile de la haute bourgeoisie, il s’est hissé, lui aussi, à ses côtés, dans de hautes sphères, conservant son rôle de responsable à la sécurité du président, poste qu’il occupe toujours. Il était, par exemple, présent dans le bus des joueurs de football de l’équipe de France.

    Ce n’est que sous la pression du scandale que l’Elysée a entamé, en catastrophe, une procédure de licenciement. Aujourd’ hui, Alexandre Benalla a été placé en garde-à-vue pour les faits de « violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions », « usurpation de signes réservés à l’autorité publique » et « complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection ». Ce matin, trois policiers, dont deux commissaires, ont été suspendus car ils « sont soupçonnés d’avoir extrait des images des caméras de vidéo surveillance du plan de protection de la Ville de Paris, qui montrent la scène de violence place de la Contrescarpe sous un autre angle » et d’avoir « copié puis transmis la vidéo » à Alexandre Benalla.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que cette affaire est une fenêtre de premier ordre sur la manière dont le pouvoir de la haute bourgeoisie, appuyé sur des exécutants serviles et dévoués, fonctionne. Les responsables, à l’Elysée, ne pouvaient ignorer les frasques de leur lansquenet, de leur mercenaire. Mais ils ont préféré les taire. Macron, en déplacement à Périgueux, s’est retranché avec sa morgue constante et son arrogance, derrière le fait que la République serait « inaltérable », même devant les scandales. Le gouvernement est complice de ces actes de violence, et au premier chef, le Président de la République et le Ministre de l’Intérieur.

    La Police est complice par sa solidarité de fait avec l’agent provocateur et la brute qu’est Alexandre Benalla. Rien n’a été fait pour empêcher les actes de violence commis à l’encontre de manifestants. Rien n’a pu être fait par les manifestants eux-mêmes, trop conscients de l’impunité de la Police en France, conscient du fait que protéger contre la police -même en respect du droit bourgeois- revient à s’exposer immédiatement à la violence, à la garde-à-vue, aux sanctions pénales, et à payer de sa poche les policiers pour les « outrages » causés. De plus, les trois policiers ayant détournés les images vidéos sont trois exemples de porosité entre les institutions et les pouvoirs.

    Les Républicains, y compris les ultra-réactionnaires Wauquiez et Cioti, sont montés au créneau. La France Insoumise a déposé une motion de censure à l’encontre du gouvernement pour le sommer de s’expliquer.

    Pourtant, ce n’est pas tant le gouvernement que l’intégralité de la structure qui est pourrie jusqu’à l’os. Cette affaire n’est qu’un épiphénomène qui révèle un fond nettement plus abyssal. Il s’agit de l’inégalité de fait, devant la loi bourgeoise elle-même, de ceux qui habitent en France.

    L’Unité Communiste de Lyon réclame les sanctions les plus lourdes pour les auteurs et les complices de ces faits. A nos yeux, le ministre de l’intérieur doit démissionner. Mais nous ne saurions considérer que cela puisse suffire.

    Cela révèle, une nouvelle fois, que la bourgeoisie édicte des règles, des codes, des procédures, mais qu’elle n’entend les faire appliquer que pour les masses populaires, que pour maintenir avec rigueur et dureté la domination et l’exploitation. Elle édicte des règles qu’elle transgresse constamment, pour le profit, pour le pouvoir, pour le plaisir. Elle ne juge ses propres transgressions que dans ses instances propres, dans son entre-soi. Elle ne les condamne que lorsqu’elle y est contrainte et forcée par la tournure des événements.

    Ces délits, ces crimes, sont le propre du pouvoir de la bourgeoisie, de sa dictature. Débarrassons-nous en ! Chassons-les du pouvoir !

  • Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 2

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 2

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ?

    Partie 2 – Guerre et paix

    La politique intérieure de Macron est d’ores et déjà une politique d’agression massive contre les droits sociaux, politique dans la droite ligne de ce qu’avait entamé le Parti Socialiste, dépassant les désirs les plus fous de la grande bourgeoisie.

    La politique intérieure de la France est dans la même veine. Elle sert, premièrement, d’alibi à une sécurité renforcée et à l’augmentation des prérogatives de la police et des services de renseignements. Macron conçoit le monde qui entoure la France comme un monde « dangereux », face auquel celle-ci doit se renforcer, se protéger, se barricader. Tout comme à l’époque de l’élection présidentielle, Macron joue sur un discours prétendument rassembleur, affirmant qu’il n’existe pas de contradiction entre la pratique de l’Islam et la République française.

    « [L]a République n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam, pas davantage qu’avec aucune autre religion. La laïcité du reste commande qu’elle n’ait pas à en connaître et veut simplement que soit garantie à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. »

    Cependant, quelques lignes plus loin, il ne cache pas son intention d’intervenir dans la manière dont les croyants pratiquent leur foi.

    « C’est pourquoi dès l’automne, nous clarifierons cette situation en donnant à l’islam un cadre et des règles garantissant qui s’exerceront partout de manière conforme aux lois de la République. (Souligné par les militants et militantes de LREM, NdR) »

    Il s’agit d’un retour sur le devant de la scène de l’idée promue par Nicolas Sarkzoy d’un contrôle au travers d’une institution ad hoc, dans le but de contrôler les imams. Ce gallicanisme adapté à l’Islam n’a eu comme conséquence que d’accroître le sentiment de défiance entre des croyants se sentant constamment soupçonnés et épiés face à l’État et aux institutions. Même du point de vue de l’État, cela fut un échec.

    Répondre à la « menace intérieure », dans un gouvernement dominé par des personnalités aussi réactionnaires et virulentes que Gérard Collomb, ne se fait pas dans la dentelle. Hypocrite, Emmanuel Macron évoque le lien entre pauvreté et violence :

    « De cet ordre républicain, la sécurité est le premier pilier, car l’insécurité frappe avant tout les plus modestes, les quartiers les plus populaires, les classes populaires et moyennes qui n’ont pas forcément choisi là où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. La police de sécurité du quotidien reconstitue cette proximité de la population et de la police qui donne un visage à l’autorité et qui conjure le sentiment d’abandon ou d’oubli de populations livrées à des lois qui ne sont plus celles de la République. »

    Mais il s’empresse de déclarer que leur infortune est liée au fait que les sans-le-sou n’ont «  pas forcément choisi là où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. » Intrigante dichotomie. Dans ces quelques mots, Macron montre comment fonctionne la propagande réactionnaire : elle sépare les bons miséreux, qui courbent l’échine, qui acceptent sans maugréer leur sort, et les mauvais, ceux qui se tournent vers l’illégalité. Mais dans les faits, il ne s’adresse qu’aux premiers, comme si les autres étaient des deus ex machina, sortis de nulle part, sans lien avec le fait que le capitalisme engendre la misère, et que la misère engendre la violence. L’insécurité est le fruit de l’exploitation.

    Macron prétend répondre à cela par le retour des services publics et de l’emploi. Difficile à croire. Difficile à croire que la concentration des pouvoirs -et de la fiscalité- dans les mains de l’Etat permettrait un retour du tissus associatif, anémié par l’absence de soutien et de subventions. Dans les faits, la réponse est la répression. Police. Sécurité. Armée.

    C’est également ce qui est le destin des mobilisations et des occupations. La nouvelle direction de l’Etat entend trancher avec « le laxisme » de l’équipe précédente.

    « Pendant ces derniers mois, nous avons aussi mis fin aux occupations illégales du domaine public auquel nous nous étions trop habitués depuis des années à Notre-Dame-des-Landes comme à Bure qui laissaient les habitants dans le désarroi. »

    Réponse, là aussi, faite sous la forme de la répression, de la violence, de la brutalité à outrance, dans laquelle les forces de l’ordre françaises sont en passe, elles aussi, de devenir des championnes. Le renseignement, déjà renforcé par les blanc-seings signés par les gouvernements précédents, est à nouveau un point important du discours de Versailles.

    « La sécurité recouvre également la lutte contre le terrorisme. Sur ce point, nous avons poursuivi les transformations indispensables, réarmé notre organisation à tous les niveaux en particulier grâce à la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme qui a permis de sortir de l’état d’urgence et d’instituer dans notre droit les instruments indispensables pour lutter contre le terrorisme contemporain. »

    Nouvelles dispositions juridiques, possibilités de traitement préventif des menaces, transfert de compétences à l’administration à la place des juges… Les législateurs n’ont pas chômé pour permettre à la répression d’être la plus efficace possible. Ils ont d’ailleurs trouvé des alliés qui, au premier abord, pouvaient surprendre, tels que Force Ouvrière ou Lutte Ouvrière, mais qui, in fine, est une position logique, compte tenu de leur contenu idéologique.

    Intérieur et extérieur se rejoignent. Les questions relatives aux réfugiés, aux migrations, aux centres de rétention sont peu évoquées. Il faut dire qu’il s’agit d’un sujet qui divise, même chez les parlementaires de LREM, lesquels, sans expérience politique, réagissent parfois avec des sentiments humanitaires à la souffrance des réfugiés. D’une manière générale, quand ils sont évoqués, c’est pour justifier l’intervention impérialiste française en Afrique, pour justifier les bombes et les crimes.

    « Cette jeunesse, aujourd’hui, qui quitte l’Afrique pour prendre tous les risques et qui n’a pas droit dans une large majorité à l’asile, c’est la jeunesse du désespoir, c’est la jeunesse à qui on n’a plus donné de projet, qui vient du golfe de Guinée ou d’une bonne partie du Sahel. La France et, avec elle, l’Europe doivent rebâtir les termes d’un partenariat car cette Histoire contemporaine ne nous rappelle qu’une chose : nous ne sommes pas une île et nous avons destin lié. »

    Ces partenariats qui font consensus des humanitaires aux impérialistes ne sont qu’une seule et même chose: un pillage organisé des ressources de l’Afrique et son asservissement. Mais, intégrant cette question dans un cadre plus général, Emmanuel Macron en fait un tableau propre à frapper de terreur l’imagination.

    « Le terrorisme, le fracas du monde, l’immigration, nos échecs en matière d’intégration, les tensions de notre société depuis plusieurs décennies s’entrechoquent bien souvent dans la confusion et font germer une peur culturelle, civilisationnelle, le sentiment sourd que ce monde qui advient imposerait de renoncer à celui d’où nous venons avec ses fondamentaux et ses valeurs. »

    Le leitmotiv de Macron est donc celui de la peur. Quant aux « valeurs » de la France, elles sont un mystère récurent. Comme si cela n’avait pas un contenu de classe.

    « Nous vivons dans un pays qui ressent sourdement la peur d’un effacement culturel, d’un déclin lent de ses propres repères, des repères historiques qui ont forgé notre nation. » Avec une ligne pareille, il peut s’assurer la sympathie de celles et ceux qui croient en une menace sur la France, dominée, effacée, dont la culture et la langue est sur le point de dépérir… Et cela va de LFI et ses alliés -dont le PRCF- jusqu’aux plus réactionnaires des chauvins. Il est notable, d’ailleurs, que si « les riches » -jamais la bourgeoisie- existent dans les écrits de Jean-Luc Mélenchon, ils n’existent jamais dans les questions internationales, où seul règne l’interêt de la France et des « français », sous une forme a-classiste et a-sociale.

    Le discours de Versailles est un exemple même du discours chauvin. Sa rhétorique est celle de l’encerclement, du déclin de l’impérialisme français.

    « Ce projet ne peut se déployer que si nous en finissons avec ce renoncement où nous nous sommes enfermés depuis 40 ans qui voudrait que la France ne soit qu’une puissance moyenne. Cette idée nous a étouffés et meurtris, je crois moi que la France a les moyens de devenir de nouveau une puissance du XXIème siècle. » (Souligné par les militants de LREM)

    « Il nous faut la meilleure école, la meilleure université, la meilleure recherche.

    C’est pourquoi il nous faut la meilleure armée, les meilleurs systèmes de défense possibles. Dans un monde dangereux, la sécurité et les valeurs de civilisation doivent pouvoir se défendre lorsqu’elles sont menacées. »

    Menacées par qui ? Difficile à dire. Terrorisme, impérialisme russe… La guerre économique américaine est évoquée, mais elle n’est pas traitée concrètement. Cependant, Emmanuel Macron n’est pas avare en propositions pour changer la donne.

  • Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ?

    Partie 1 : Concentration du pouvoir et des impôts.

    Emmanuel Macron s’est exprimé devant le Parlement, réuni à Versailles, le 9 juillet. Dans un décorum d’Ancien Régime, il a pris la parole et s’est adressé aux parlementaires dans un discours fleuve de 85 minutes. Le coût de l’événement, immense, a contribué à entretenir une crispation autour des dépenses de la présidence de la République, entre usage de jet pour 100 pauvres kilomètres, vaisselle hors de prix et piscine privée à Brégançon.

    Mais le fond de l’affaire est ailleurs. Il est dans le fond du discours plus que dans la forme qu’a pu prendre cet événement. Les prétentions d’humilités qu’a pu mettre en avant le Président de la République ne peuvent qu’être risibles dans le sanctuaire du pouvoir monarchique. Un semblant hypocrite d’autocritique a été tenté. Il ne concerne que quelques points particuliers. Nous ne voyons pas auprès de qui s’excuse le Président de la République, tant il a pu remplir avec un zèle dévoué les objectifs que lui ont assignés les grands et grandes bourgeois et bourgeoises. Cependant, de l’autre côté il annonce des résultats magnifiques, résultats qu’un an d’exercice du pouvoir de peuvent permettre de mesurer, même dans le cadre de la politique bourgeoise, en particulier concernant l’éducation. Cela mis de côté, le fond du discours est plus que glaçant.

    La conception du pouvoir chez Emmanuel Macron pourrait quasiment être caractérisée comme un orléanisme à la sauce macronnienne. Au travers de lui, la bourgeoisie exerce en commandite directe le pouvoir. Humble, mais pas tant que ça, puisque tout suinte l’arrogance d’un pouvoir qui avance, pour reprendre la formulation de Clausewitz « en vedette », il est sur la crête de la vague et doit poursuivre son avancée avant que le contrecoup de sa politique de kamikaze ne l’entrave ou ne le paralyse.

    Certaines caractéristiques de l’État vu par Macron peuvent évoquer un retour à une période gaullienne, avec une concentration des pouvoirs et une concentration des compétences entre les mains de l’État. Le projet de réforme constitutionnelle de LREM vise à cela. Il vise à réduire le nombre de parlementaires, donc de réduire la représentativité de ceux-ci -déjà plus que minable en régime bourgeois- il vise également à changer la fonction de Président et à pouvoir doter celle-ci d’un pouvoir plus étendu. Pour le moment, le Président, hormis ce discours, n’a pas la possibilité de s’exprimer devant les parlementaires ni de débattre avec eux. N’étant pas responsable devant le parlement, il ne peut participer à cet événement au nom de la séparation des pouvoirs. Avec la réforme constitutionnelle, il le pourra.

    Seul des naïfs invraisemblables tels que Jean-Luc Mélenchon peuvent y voir une avancée ou une démocratisation. Celui-ci s’est exprimé « Victoire ! Macron s’incline. La prochaine fois, il devra écouter et répondre. Victoirissime, » Nous ignorons où Monsieur Mélenchon voit une victoire dans le fait que les pouvoirs se concentrent davantage entre les mains du Président de la République. Même les élus de « Les Républicains » ont fait preuve d’une clairvoyance nettement plus importante, en qualifiant cette manœuvre de « fusion » entre le poste de président et de premier ministre, l’irresponsabilité en plus. Dictant l’ordre du jour des débats, il pourra donner le ton à sa majorité, ajouter un système de commande directe de l’exécutif sur le législatif. Mélenchon ne le voit pas, car il est aveuglé par cette idée de mano-à-mano entre lui-même et le président de la République, tout comme son obsession l’avait poussé à se présenter à Hénin-Beaumont pour faire face à Marine Le Pen. Pourtant, son virage à 180° cinq ans après semblait illustrer un certain renoncement à ce genre de pratiques, qui ne lui portèrent guère chance.

    La culture politique de Macron, comme mentionné plus haut, est celle d’un orléaniste. Elle est celle de la direction directe, absolutiste. Il ne voit dans le Parlement qu’un rempart inutile, un espace de tergiversation et de négociation sans raison, autre que pour respecter la tradition. Missile kamikaze de la bourgeoisie, il n’a que faire de ces négociations, de ces entraves. N’ayant, pour le moment, pas l’intention de réfléchir à l’avenir politique, elles lui sont pénibles, lui sont insupportables. Au mieux le Parlement doit être une chambre d’enregistrement qui doit répercuter servilement les désirs de la grande bourgeoisie.

    Le discours, en tant que tel, n’est pas si libéral. Il est pire. Il met fin au pseudo-tabou libéral de la non-intervention de l’Etat. Au contraire, il annonce que les contribuables -payant des impôts auxquels la bourgeoisie se soustrait d’ores et déjà- paieront pour aider les grands trusts et les grands monopoles à maintenir ou accroître leurs taux de profit. In fine, cette taxation pour aider la grande bourgeoisie est un prélèvement sur salaire. Les travailleurs et une part de la petite bourgeoisie devront davantage cotiser pour que les grands patrons et les grands bourgeois ne soient pas menacés par la crise. En clamant qu’avant de partager le gâteau, il faut un gâteau, Emmanuel Macron indique que les prochaines années se dérouleront sous le mot d’ordre du sacrifice pour que «un jour » l’économie soit en embellie et que le mensonger ruissellement reprenne. En attendant, il promet une résurrection économique sous l’égide d’un capitalisme « populaire ».

    « Si l’on veut partager le gâteau, la première condition est qu’il y ait un gâteau. Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs qui font ce gâteau et personne d’autre. Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises. »

    Derrière le slogan de capitalisme populaire se cache une nouvelle farce au goût amer. Il s’agit de faire participer les travailleurs et les travailleuses au capitalisme. Les faire participer en investissant dans leur propre machine à exploiter, dans l’espoir que cela leur donne la possibilité d’être des travailleurs-actionnaires. Dans les faits, il s’agit, là encore, d’une saisie directe sur le salaire des travailleurs, et d’un actionnariat plus que pervers. Cette duperie sous vernis autogestionnaire contribue à saper la situation des travailleurs et des travailleuses. D’une part car le taux de profit de l’entreprise aura une conséquence directe sur les rentrées d’argent des exploités, mais également car ils auront tout intérêt à le hausse au maximum, quitte à devoir sacrifier sur d’autres plans, au niveau des conditions de travail ou au niveau des licenciement. Ce genre de marché de dupe fait que cette parodie d’autogestion est un coup de poignard dans le dos des travailleurs. De plus, il offre au grands bourgeois des garanties de capitaux, tandis qu’ils peuvent commettre des délits d’initiés à la chaîne.

    La question de la fiscalité est évoquée de nouveau, mais pour servir d’artillerie lourde dans le but de pulvériser les droits sociaux. Auparavant, les caisses de cotisation sont le fait des travailleurs et des travailleuses (au sens large) eux et elles-mêmes. Ces cotisations permettent de doter la Sécurité Sociale ; l’assurance chômage et les retraites d’un budget de fonctionnement. Ce budget de fonctionnement est ce qui garantit des droits individuels à la santé, à la retraite, au chômage. A l’origine, l’Etat lui-même n’avait pas de droit de regard sur ces questions. Innaceptable pour la grande bourgeoisie ! Elle n’a eu de cesse de vouloir mettre tout cela sous la coupe de son Etat, pour le brimer, le réduire et le briser. Macron, désormais touche au but. Sa fiscalité rassemble sous la même ligne de compte l’ensemble de ces caisses séparées.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    CSG -dont on peut remercier Michel Rocard, membre du Parti Socialiste- qui, malgré ses apparences, est payée dans la sa très grande majorité par le prolétariat et une partie de la petite bourgeoisie. La grande bourgeoisie s’y soustrait, car les revenus du capital sont taxés d’une manière ridiculement faible (1,1%). Désormais, l’Etat possède la haute main pour ventiler les rentrées d’argent de l’impôt comme bon leur semble. Voilà l’annonce de Macron :

    « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    Il n’existe donc plus de droit au chômage fruit des cotisations individuelles. Il existe une aumône que l’Etat bourgeois pourra verser, selon ses modalités, sont son bon vouloir, aux pauvres, aux sans-le-sou, aux exclus et exclues qui, à ses yeux, le mériteraient. La contrepartie empoisonnée, la voici :

    « Cette réforme a permis d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs tout en préservant la compétitivité et en garantissant le maintien des droits mais ceci conduit aussi à transformer la philosophie même de notre solidarité nationale et en quelque sorte d’en retrouver le sel. »

    La grande bourgeoisie promet plus de salaire direct contre une réduction massive du salaire indirect. Ce qu’elle entend par pouvoir d’achat ne peut être compris autrement qu’en termes de bénéfices engrangées par les fabricants de biens de consommation. En fait de cadeau fait aux masses populaires, il s’agit de cadeaux faits aux grands trusts. De plus, la dévastation de la protection sociale obligera les masses populaires à se tourner vers les assurances, les fonds de pension, les mutuelles. Voilà l’objectif final de la bourgeoisie : mettre le main sur un marché qui lui échappait, sur une manière d’engranger des sommes faramineuses sur la santé et la maladie, sur la misère et la souffrance. D’autant que cette trésorerie lui offre aussi des moyens de réaliser des investissements profitables ailleurs. Rappelons-nous un instant du rôle de ces caisses dans la crise des subprimes. Certains et certaines ont tout perdu dans cette gigantesque arnaque. Voici le « sel » que Macron souhaite retrouver.

  • Qui sont les assistés ?

    Qui sont les assistés ?

    Qui sont les assistés ?

    Depuis des décennies, les gouvernements successifs mènent une guerre. Une guerre contre les droits sociaux, contre le salaire élargi. Une guerre contre les travailleurs.

    Aiguillonnée par la crise, la grande bourgeoisie a brusqué l’ordre du jour de la chasse au “coût du travail”, mais également de la chasse à toutes les dépenses sociales et toutes les cotisations.

    Il en résulte une propagande éhontée qui cible les plus pauvres, les plus précaires, les plus vulnérables, les accablant de tous les maux.

    Ainsi, d’après Emmanuel Macron, les aides sociales coûteraient un “pognon de dingue” et il serait nécessaire que les plus pauvres se “responsabilisent”. La Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, s’est également fendue d’un tweet sur le sujet, en affirmant ceci : “Toucher 550€ de RSA/mois ne permet pas de sortir de la pauvreté s’il n’y a pas d’accompagnement efficace vers le travail. Un vrai travail, un vrai salaire: voilà le projet du gouvernement !
    “L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes” (K.Marx)”

    Ces exemples, ils sont légion, sont de passionnantes fenêtres sur l’esprit des dirigeants de l’Etat bourgeois. Ils sont également de biens sinistres aperçus sur les projets de la classe qu’ils servent.

    Dans l’esprit de ces grands commis d’Etat, des intendants des intérêts de la grande bourgeoisie monopoliste , les aides sociales sont des aumônes versées à une plèbe oisive par ceux qui “ont” et ceux qui “sont”, en somme, par les bourgeoise. Le sentiment des agents de la bourgeoisie, est que cet argent, pris dans la poche de leurs commanditaires, ne fait qu’entretenir la faiblesse, la paresse, la fainéantise. La solution serait alors de “responsabiliser” les pauvres en les soumettant à la menace de l’appauvrissement, en leur ôtant de quoi survivre, dans l’espoir de les obliger, de les contraindre à sortir de leur oisiveté et à vendre leur force de travail -quelqu’en soit le prix.  Dans une grande illustration du darwinisme social, le pauvre doit s’en sortir par lui-même ou disparaître. C’est le sens qu’accorde Marlène Schiappa, par ailleurs théoricienne du féminisme libéral, à la citation de Karl Marx. Les travailleurs seraient des enfants à secouer.

    La réalité est toute autre.

    Elle est même intégralement l’inverse de celle qui est décrite par les mercenaires des exploiteurs. Premièrement, la création de la richesse n’est nullement le fait de la bourgeoisie. Elle se targue de réaliser des profits immenses par “sa prise de risques”, par son “sens des affaires”, par ses prouesses. Mais dans les faits, l’intégralité des marchandises -qui forment la base de l’échange commercial, donc de la création de richesses matérielles- sont le fruit du travail des ouvriers -industriels et agricoles- ainsi qu’une partie infime par l’artisanat et la paysannerie traditionnelle.

    La totalité de l’argent détenu par cette bourgeoisie est le fruit d’une accaparation parasitaire. Chaque fois que la bourgeoisie se plaint -et elle sait le faire, à l’exemple de Serge Dassault- elle se plaint du fait de ne pouvoir plus exploiter encore les travailleurs et les travailleuses.

    La grande bourgeoisie ne paie pas d’impôts, puisque ceux-ci sont, de fait, payés par ses exploités. Et encore, elle dispose de ristournes, d’arrangements, d’exonérations pour y échapper. Pourtant elle continue à rechigner de payer ces sommes “confiscatoires”. De fait, elle n’a toujours pas digéré l’existence d’un impôt sur le revenu progressif. Il lui paraît toujours aussi monstrueux, aussi criminel, aussi injuste.

    Ses hurlements contre les aides sociales, contre les cotisations, contre les retraites, contre l’assurance maladie ont ainsi une double nature : ce sont des cris contre le salaire, dont font partie ces “charges patronales”, ces “charges sociales”. La bourgeoisie s’époumone, en vérité, non pas contre le “coût du travail”, mais contre le salaire indirect, le salaire élargi, qu’elle doit verser à celles et ceux qui produisent les richesses. Elle s’indigne de ne pouvoir le baisser au minimum vital, pour augmenter sa rentabilité, pour augmenter ses marges, pour augmenter ses profits et son attractivité auprès des investisseurs.

    Elle s’énerve aussi de voir ces sommes échapper au marché de l’assurance, au marché des complémentaires retraites et des fonds de pension, en somme à ses poches. Le désir le plus profond serait de remplacer les bourses aux étudiants par des prêts bancaires ; de voir se systématiser les crédits à la consommation, de voir s’endetter à mort les ménages. Il s’agit de la voie qu’ont pris les Etats-Unis d’Amérique. La dette et le surendettement sont ainsi les compagnons de vie des masses étatsuniennes.

    Alors la charge contre les pauvres, que signifie t’elle ?

    Les exclus du travail ont toujours servi d’armée de réserve, d’épouvantail à la bourgeoisie. Le but même de l’existence de ces individus en détresse est d’effrayer les prolétaires pour leur montrer ce qui les attends si jamais ils ou elles se montrent trop exigeants avec leurs maîtres.

    Elle désire cependant plus. Elle désire niveler par le bas le statut des travailleurs et des travailleuses, en projetant d’obliger ces exclus du travail à accepter toute offre d’emploi, y compris dans des conditions de travail ou de salaire qui soient dégradées. Il s’agit, en somme, dans une oeuvre commune avec la Loi Travail et même Parcoursup -qui prépare une armée de travailleurs et des travailleuses sans qualifications- de casser l’existence du salaire indirect et du SMIC. Il s’agit de créer une nouvelle ère de misère, de précarité et d’endettement.

    N’y a t’il pas quelque chose de fantastique au fait de voir des individus n’ayant jamais exercé un travail honnête et productif de voir tenir ce langage vers ceux qui peinent, suent, souffrent, mais créent la richesse ? N’y a t’il pas une délicieuse perversité dans le fait que ce soient des individus qui vivent en parasites sur ces richesses, qui sont payés par les impôts, qui les utilisent à des dépenses stupides ou ostentatoires, qui s’érigent en gardiens et gardiennes de la probité ? Que les journaux de la propagande bourgeoise soient soutenus par les deniers publics, que les bourgeois et les bourgeoises elles-mêmes se réfugient dans la socialisation des pertes dès que l’orage gronde ?

    Mais là où Marlène Schiappa a raison, c’est dans le fait que Marx a raison : “L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes”. Mais loin du slogan ultra-libéral, restaurons le véritable sens de cette phrase : l’émancipation des travailleurs proviendra de leur lutte, non seulement sans les politiciens et les politiciennes bourgeoises, mais même, contre elles !

     

  • Message de solidarité avec les luttes en France – printemps 2018

    Message de solidarité avec les luttes en France – printemps 2018

    Message de solidarité avec les luttes en France 

    ICOR

    La Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires salue les ouvrières et ouvriers, les étudiants et les autres travailleurs en France qui luttent contre la politique anti-ouvrière et anti-populaire du gouvernement Macron-Philippe. Votre grève est suivie et soutenue au niveau international!

    Au centre de vos luttes – la résistance contre l’attaque du gouvernement sur les cheminots! Le gvt Macron veut s’attaquer à vos statuts, acquis et défendus dans des multiples grèves et luttes.

    Le gouvernement dit vouloir «transformer» et «moderniser» la France?

    Cette soi-disant «réforme»  pour la SNCF aurait des conséquences désastreuses: des emplois supprimés ou précarisés, des conditions de travail et de combat plus dur, la division des équipes de camarades, l’affaiblissement des syndicats.

    La réforme serait aussi très négative pour l’environnement avec d’autres milliers de km supprimés et plus de trafic de voitures, des régions rurales seraient encore plus mises à l’écart.

    Ça serait cela – la France moderne??

    En fait, ce qui se passe en France – se déroule dans des multiples pays – dans les pays d’Europe et dans le monde entier. Les secteurs publics entiers sont transformés en marchés pour les grands groupes internationaux. Un peu partout, ces monopoles internationaux cherchent à investir leurs immenses profits dans les transports, les hôpitaux, les maison de retraites, écoles etc. pour en faire une marchandise.  

    La logique du profit règne sur toute la société – c’est le monde de Macron. Et en politique extérieure, c’est de l’impérialisme quand Macron avec Trump et May bombarde la Syrie.

    Dans d’autres pays, les travailleurs se battent aussi pour défendre et améliorer leur conditions de travail et de vie, parfois contre les mêmes groupes du capital international.

    Nos expériences montrent:

    Seule une grève continue et générale, soutenue par de larges parties de la population, peut nous apporter des succès !

    Retrait du projet de loi gouvernemental pour la SNCF !

    Une victoire en serait aussi une pour tous les autres travailleurs attaqués. Elle en serait aussi un encouragement énorme au niveau international. L’ICOR fera connaître votre lutte au niveau  mondial et organisera la solidarité.

    Pour l’offensive ouvrière international contre le capital financier international!

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

    Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous!

     

    L’ICOR-Europe s’engage à faire connaître les différentes luttes et à les coordonner en Europe. Elle a déjà soutenu la lutte contre la loi travail en 2016. Les plus de 50 organisations membres de l’iCOR se soutiennent mutuellement dans la construction du Parti révolutionnaire.

    Dans ses statuts, l’ICOR écrit:  «Les masses dans le monde ne veulent pas périr dans la barbarie capitaliste! La politique méprisante pour le genre humain du capital financier international incite l’élan révolutionnaire de l’humanité vers une société sans exploitation et oppression, sans misère, destruction de l’environnement et guerre qui offre des perspectives à la jeunesse.» C’est le socialisme.

    Vive l’internationalisme prolétarien!   

    Signataires (en date du 28/04/2018, d’autres signataires sont possibles):

    1. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    2. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    3. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    4. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    5. PR   Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)
    6. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    7. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    8. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    9. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    10. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    11. MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    12. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    13. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)