Étiquette : Macron

  • 49.3 : le retour !

    49.3 : le retour !

    Le 29 février, le gouvernement a annoncé le recours au 49,3 sur la question de la réforme des retraites.

    Profitant du contexte défavorable, des vacances scolaires, de la pression grandissante de l’épidémie de coronavirus-19, il abat sa carte finale. Pour l’Unité Communiste de Lyon, ce choix est lourd de sens.

    Il représente un crachat fait au visage de celles et ceux qui ont lutté depuis des mois contre ce projet liquidateur. Il représente un usage de la force brute en face de la mobilisation parlementaire et extra-parlementaire. Ni les tenants, ni les aboutissants de cette loi ne sont connus. Elle est un blanc-seing offert pour réduire en miette les conquêtes sociales.

    Cette loi ferme la parenthèse du compromis de 1945, compromis social, imposé à la bourgeoisie par les masses populaires, en armes, organisées et puissantes. Parenthèse qui n’a jamais été qu’un repli temporaire pour les bourgeois et les bourgeoises. Parenthèse qui ne peut remplacer réellement l’exercice concret du pouvoir par les exploités et les exploitées, par les opprimés et les opprimées.

    Nous appelons chacun et chacune à tirer les conclusions politiques sur la nature du gouvernement et de l’État, et sur son caractère antidémocratique. Nous appelons à ce que les mobilisations qui vont avoir lieu se fassent autour de ce constat.

    Les enjeux de la réforme des retraites, pour nous, sont des enjeux de survie. Pour les millionnaires et les milliardaires qui sont la base sociale du régime, ce sont également des enjeux de survie, mais de survie économique. Cette clique de bandits solde nos existences pour s’offrir de nouveaux marché, pour gonfler leurs rentes, pour maintenir la parité face à la concurrence des autres cliques de bandits.

    Au nom de leurs profits, ils sacrifient nos vies. Derrière le prétexte du libéralisme, les bourgeois annoncent que la privatisation et le libre marché apporteront le bonheur et la prospérité à la Terre entière. Or, nous les voyons aujourd’hui réclamer l’impossible à l’hôpital public, sans en avoir les moyens. Nous les voyons, comme Trump, demander, implorer la régulation de l’État pour compenser leurs pertes.

    En réalité, leur doctrine est morte. Elle est remplacée par les arrangements, les marchés captifs, les cadeaux… et nous les payons encore et toujours !

    Voilà de qui le gouvernement prend ses ordres.

    Voilà le programme qu’il exécute.

    Voilà la raison profonde du 49,3.

    Voilà pourquoi il n’y aura jamais de réelle démocratie, tant que le pouvoir sera aux mains de cette classe sociale.

    Voilà pourquoi nous avons besoin de notre démocratie : populaire, démocratie de ceux et celles qui produisent la richesse du monde. Démocratie pour le peuple, contre le pouvoir de ses bourreaux.

    Assez ! Assez de cette démocratie étriquée ! Assez de cette dictature !

    Organisons nous, bâtissons notre pouvoir !

  • Y aura-t-il de la grève à Noël ?

    Y aura-t-il de la grève à Noël ?

    En cette fin d’année, les luttes sont fortes. Les travailleurs, les travailleuses, les exploités et exploitées, ne veulent pas voir leurs droits se faire balayer ! Cette résistance déplaît au gouvernement, qui voudrait voir les grèves brisées.

    Le Premier ministre a déclaré que les grévistes, en particulier des transports, devraient « assumer leurs responsabilités » si la grève se poursuivait à Noël. Mais qui est responsable ? Ceux qui veulent réduire en cendre tout ce pour quoi nos parents, nos grands-parents, ont lutté.

    En 1910, nos aïeux ont bravé les fusils des soldats pour arracher le droit du travail. Les armes à la main, à la Libération, ils ont arraché le droit de ne pas mourir au travail, d’avoir une retraite, d’avoir une sécurité sociale, une assurance chômage.

    Aujourd’hui, une poignée de banquiers et de banquières, de rentiers et de rentières, de marchands de canons ou d’automobiles veulent tout nous prendre.

    Et le dernier argument de leurs valets de chambre, Macron & Cie, est pitoyable ! « Pensez à Noël, pensez aux enfants ! ».

    Derrière eux, les hordes de fascistes, qui se disent du côté du peuple, mais sont toujours du côté des exploiteurs, vocifèrent aussi. Les syndicats seraient islamisés, et c’est « pour ruiner Noël qu’ils font grève ». Ces traîtres et ces traîtresses à la cause du peuple se démasquent. Ceux que ces sinistres personnages veulent, c’est semer la haine entre ceux qui courbent l’échine sous le poids du travail.

    En réalité, ils veulent que la grève stoppe pour que les actionnaires des grands cartels de la vente puissent se remplir les poches. Se remplir les poches en vidant les nôtres ! Par contre, les forces de l’ordre bénéficient d’une retraite maintenue, alors que ce régime est censé être équitable et supérieur : il faut bien payer ceux qui nous écrasent !

    Les bourgeois et les bourgeoises se moquent de nous !

    Menteurs et corrompus !

    M. Delavoye, chef d’état-major de l’anéantissement des retraites, en est l’illustration. Menteur et corrompu. Il « oublie » dix fois de déclarer ses petits à-côtés. Il « oublie » de déclarer qu’il travaille pour ceux qui tireront profit de la mort des retraites. Il « oublie » des centaines de milliers d’euros de salaire cachés.

    En réalité, si les fêtes de fin d’année seront maigres, c’est parce que les patrons et les patronnes nous volent. S’il y a la grève à Noël, c’est uniquement de leur fait. Ce sont eux qui nous imposent d’avoir à nous battre. Ce sont eux qui nous imposent de perdre le salaire des jours de grève, pour que, demain, ces mêmes enfants aient un jour une vie digne.

    Si, en ces fêtes de fin d’année, il faut penser aux enfants, pensons -y.

    Ne cédons pas ! Seule la lutte massive peut seule permettre de briser l’offensive des exploiteurs. Céder aujourd’hui, c’est payer le prix fort pour le reste de notre vie, et pour les générations d’après.

    • Défendons leur retraite.
    • Défendons leurs conditions de travail.
    • Défendons leurs conditions d’éducation.
    • Défendons la planète contre la destruction.

    Résistons – combattons – gagnons !

    Rejoignez les organisations qui luttent. Les syndicats combatifs, les organisations révolutionnaires.

    Notre démocratie nous est volée, confisquée par les intérêts des bourgeois et des bourgeoises !

    Ensemble, organisés, en sachant où aller, nous pouvons non seulement battre ces parasites qui nous volent, mais construire une société différente.

    • Une société démocratique.
    • Une société populaire.
    • Une société où l’économie sert à satisfaire nos besoins.
    • Une société qui protège l’humanité comme la nature.

    Partout sur la planète, nous nous battons isolés et isolées. Rejoignons-nous, tendons-nous la main, et gagnons !

  • Macron et l’immigration : une diversion.

    Macron et l’immigration : une diversion.

    Emmanuel Macron, dans son discours de mi-mandat, s’est exprimé sur un certain nombre de sujets. Il a désigné ses cibles. Le champ de bataille de l’automne sera donc la question des retraites, qui sont en passe d’être remplacées par un système extrêmement désavantageux. Cette offensive grand style illustre la précipitation avec laquelle les donneurs d’ordre de Macron veulent frapper. Plus d’une année de luttes constantes n’ont pas permis d’infléchir sa politique, nul doute qu’il ira jusqu’au bout là aussi.

    Si les Gilets Jaunes comme les mobilisations syndicales n’ont pas fait ployer le gouvernement, en revanche, elles ont désolidarisé la plus grande partie de la population de celui-ci, ainsi que des gardiens de l’ordre bourgeois.

    Macron a joué une partie de son mandat sur un discours d’une prétendue unité nationale, rassembleuses, pour se mettre en opposition avec le FN/RN, mais également car cela correspond à ses vues quasi-royalistes.

    Cependant, ce dont il a besoin à l’heure actuelle, c’est de diviser les exploités, de tenter de vampiriser une partie de l’électorat d’extrême-droite, à la fois pour neutraliser les oppositions, mais également pour tenter de ne pas tout perdre aux élections municipales. Il s’agit donc de la raison principale, fondamentale, du fait que l’immigration tombe du ciel, soudainement.

    Macron a donc indiqué qu’il fallait « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur ». Dans ces défis se trouve celui de l’immigration et des réfugiés. Il a fustigé « l’humanisme » qui se mue en « laxisme » et a montré les muscles contre l’arrivée de réfugiés. Plusieurs annonces ont été faites pour indiquer que la France allait réduire ses aides et ses dispositifs d’accueils, qui, de plus « coûtent trop cher ». Ainsi il a été évoqué l’idée de réduire l’AME (Aide Médicale d’Etat)

    L’idée de supprimer ou de restreindre l’AME pour « rendre la France moins attractive » est un de ces non-sens terribles dont les démagogues sont coutumiers. Des individus qui seraient motivés à risquer leurs vies pour un accès aux soins sont rarement des personnes uniquement en quête de confort. De plus, l’AME n’est pas qu’un service rendu à des immigrés rapaces et avides, mais elle est également une mesure de sécurité pour l’ensemble de la population. L’accès aux soins pour tous, sans la moindre distinction revient moins cher, in fine, que le risque de voir des épidémies se développer chez des populations fragiles et, de plus, difficile à suivre. En dernière instance, l’argument est douteux.

    Les 17 000 morts enregistrées en Méditerranée entre 2014 et 2018 ne sont pas liées à un simple désir de soins médicaux abordables. Ces départs sont le fait de conséquences plus profondes.

    Des lois aux conséquences racistes.

    Nous ne pensons pas que Macron soit raciste. Cependant, il réfléchit en tacticien, et se dit qu’il s’agit d’un créneau comme un autre, sur lequel, à peu de frais, il pourrait gagner du terrain. Par ailleurs, plusieurs cas d’interventions particulièrement défavorables aux migrants et migrantes ne sont, pourtant, pas prises par des personnalités d’extrême-droite. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique. L’université est cataloguée « de gauche », tout comme sa présidente Nathalie Dompnier. Elle a pourtant fait usage de la répression et livré à la police les migrants et les migrantes qui espéraient, avec l’aide du milieu militant lyonnais, y trouver refuge.

    Les lois qui sont éditées contre les migrants et les migrantes tout comme l’activité de certains et certaines qui aggravent leur situation ne sont pas sui generi des lois racistes. Ce n’est pas une conspiration néo-nazie secrète qui opère pour imposer un Apartheid racial. En revanche, de facto, elle a des conséquences raciste du fait de la provenance des flux migratoires qui sont dans le collimateur de ces lois.

    De même elles sont construites aussi pour satisfaire un électoral imprégné par les idées réactionnaires et racistes. De ce point de vue là, LREM ou LR n’ont d’ailleurs pas le monopole de la crasse veulerie. Le PS, lorgnant sur le pouvoir, a surfé dessus. Certaines fractions de LFI, notamment celles qui ont été éjectées, telle Kuzmanovic, ou qui ont trahi, tel Kotarac, ne l’ont pas fait que idéologiquement : il s’agissait avant tout d’une tactique électoraliste d’apprenti-sorcier fasciste. En Allemagne, Aufstehen ! a, aussi, tenté cette démarche. Or, elle ne marche pas. Elle adoube simplement le discours raciste.

    Ceux qui appliquent ces lois se retranchent aussi, et c’est le cas de la direction de Lyon 2, derrière l’idée du moindre mal, typique des sociaux-démocrates. Ils se voient comme des boucliers, devant faire des concessions, accepter certaines contraintes pour sauvegarder l’essentiel. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique : ce sont, pour la plupart, des personnes sincèrementde gauche, progressistes, mais qui doivent, par leur fonction, appliquer la politique du gouvernement. En dernière instance, c’est le réformisme et la congestion qui est disqualifiée dans l’ensemble. Elle ne peut mener, indépendamment de la bonne foi des individus qui la pratiquent, qu’a la défaite.

    Macron a déclaré : « la gauche a abandonné le sujet pendant des années »« Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » La méthode n’a rien de neuf. Elle consiste à séparer et fragmenter les classes populaires. Les « bourgeois », vus comme des intellectuels pétris d’idéalisme et de bons sentiments (un comble!) sont disqualifiés pour donner leur avis sur la question. Derrière ce terme de bourgeois, en réalité, il s’agit de tous ceux et celles qui pourraient avoir un accès aux médias et aux moyens de publications et qui pourraient contester le positionnement du gouvernement.

    Il ne faut donc que s’intéresser à ceux qui « subissent l’immigration » parce qu’ils « la croisent ». Surtout, il ne faut s’intéresser qu’à ceux qui ne peuvent donner leur avis, ou dont on sélectionnera soigneusement les propos pour qu’ils confirment que le gouvernement va dans le bon sens.

    Dans la réalité, non seulement les classes populaires sont un creuset d’intégration nettement plus performant que la culture normative des élites, mais l’antagonisme n’est pas constatable. Dans les faits, dans la réalité concrète, au sein des usines les distinctions entre origines s’effacent dans le labeur commun. L’intégration dans la classe ouvrière ou dans le prolétariat de France fait que cette séparation est abstraite : écrire « Les classes populaires vivent avec. » revient à oublier qu’une partie des classes populaires de France est constituée par ces migrants et ces réfugiés, à partir du moment où l’État a cessé de s’acharner contre eux et elles. Le vote RN ou réactionnaire confirme d’ailleurs ceci : ce n’est pas dans les régions où les migrants et les migrantes sont les plus nombreux que celui-ci est le plus fort, mais dans les régions où l’économie est déjà en berne, non du fait de la présence de migrants et de migrantes, mais des choix d’investissement capitalistes.

    Pas de concurrence entre travailleurs de France ou d’ailleurs.

    Or, les migrants et les prolétaires ne sont pas en concurrence, contrairement à ce que clament les fascistes. Dans 95 % des cas, ces personnes étaient déjà incluses dans la sphère économique de France avant d’arriver sur le territoire métropolitain. Il s’agit plus de déplacement de main d’œuvre entre les diverses régions que de réelle arrivée nettes. Et, si des personnes en situation irrégulière sont employés avec des salaires de misère par des embaucheurs français, – publics ou privés ! – c’est, d’une part par la rapacité et la cupidité des employeurs et employeuses, de l’autre par la situation de clandestinité qui leur est imposée.

    Ces irrégularités seraient d’autant plus aisées à résoudre avec la régularisation massive des arrivants, plutôt que leur traque sans pitié, mais également par la mise en place d’un plus grand nombre d’inspecteurs et d’inspectrices du travail. En poussant le trait plus loin et en se faisant les avocats des patrons et des patronnes, il est par ailleurs faux de croire que l’arrivée de réfugiés impacte négativement l’économie. Elle génère de la croissance supplémentaire, comme le cas de la Suède l’a démontré. Les arguments économiques sont nuls et non avenus, et ne font que démasquer leurs auteurs pour ce qu’ils sont : des menteurs et des menteuses. L’immigration est un argument démagogique, rien de plus.

    Du reste les mécaniques de l’immigration sont connues. Mais elles ne sont pas crapuleuses et veules, elles ne sont pas non plus le fruit d’un désir d’invasion, comme le prétendent certains agitateurs d’extrême-droite. Elles ne sont pas non plus liées au « sous-développement » comme le clament les humanitaires.

    Charles Bettelheim avait raison de récuser de terme de « sous-développement » des pays de départ. Ils ne sont pas « moins développés » que les pays « avancés », ils sont exploités. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas acquis les caractéristiques de développement des pays « avancés », c’est uniquement qu’ils sont utilisés sans vergogne dans la division internationale du travail, comme un réservoir de main d’œuvre et de matière première. Ils ne pourront donc jamais acquérir les caractéristiques du « développement » sans se libérer du joug de leurs exploiteurs. Ces pays ne sont donc pas « moins avancés » mais sont maintenu dans une situation de misère et de surexploitation, notamment par la France, dans le but de pouvoir extorquer des superprofits. Ce maintien économique dans la misère se double de son pendant politique : maintenir la corruption, la soumission et l’écrasement des masses populaires (et de la bourgeoisie nationale) de ces pays. C’est là que se trouvent les raisons fondamentales de la migration, du départ, souvent déchirant et toujours dangereux. Les guerres et les catastrophes sont une conséquence de cet état d’assujettissement.

    Dans le fond, les fascistes voudraient conserver l’un, l’exploitation, l’asservissement des peuples, mais « simplement » en faire des prisons à ciel ouvert, ou des charniers maritimes. Ils sont contents des superprofits qui permettent à la grande bourgeoisie de France impérialiste de se gaver. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont régulièrement employés comme barbouzes pour ses basses œuvres, ou qu’ils négocient les contrats avec Daesh : ils incarnent le courant impérialiste le plus dénué de scrupule.

    Leur argument, finalement, est que l’apport extorqué par la violence et la brutalité, est ce qui permet de pouvoir faire de notre pays un pays riche. L’argument est donc de considérer que ces richesses profitent à l’ensemble de la Nation et qu’elle permet à celle-ci de s’assurer sa place au soleil. Cela n’est pas leur apanage exclusif. Dans le fond, les sociaux-chauvins pensent la même chose. Telle Sparte « égalitaire » régnant sur ses esclaves, ils peuvent aller jusqu’a penser, au fond d’eux, que l’impérialisme est nécessaire au fait de pouvoir conserver et faire grandir des droits sociaux. Quelque part, tout au fond, ils songent à un front uni entre l’impérialisme et le prolétariat français pour maintenir les superprofits. C’est là la base de l’aristocratie ouvrière, corrompue par l’impérialisme.

    Mais la réalité est toute autre. L’impérialisme et le système d’exploitation néo-colonial, loin d’enrichir, même en métropole, au contraire appauvrit tout le monde, à l’exception d’une poignée de parasites.

    Les superprofits sont captés par cette couche de la grande bourgeoisie monopoliste et ne bénéficient principalement qu’à eux. Il en résulte une économie de rente, qui ne contribue pas à développer ni les pays dominés, ni même la métropole. Les rendements ne seraient pas aussi bons pour les investisseurs ! Certes, une pluie de petite miettes retombent, celles sur lesquelles comptent les fascistes et les chauvins. Mais ces petites miettes sont minuscules, misérables en regard de l’océan qui est vampirisé par ce système économique parasitaire. Cela se voit dans le décalage du niveau de vie entre la bourgeoisie et le prolétariat métropolitain. Entre les super-exploiteurs, les exploités, et les super-exploités en colonie.

    En réalité, la chute de l’impérialisme français et du système capitaliste français n’appauvrirait pas, à terme, le prolétariat de France. Au contraire, elle lèverait les entraves sur le développement d’une économie qui rejette le parasitisme et qui est mise au service de la grande bourgeoisie monopoliste. Dans les régions néocoloniales, les effets, là aussi, seraient fantastiques.

    Les nouvelles relations qui pourraient naître entre une France socialiste (ou quelle que soit la forme que cette structure prendrait) et ses anciennes régions dominées, basées sur le principe de l’échange réciproque et équitable, permettrait tant le développement réel de l’un que de l’autre, pour le bénéfice réciproque.

    Non seulement il n’existe pas de contradiction antagonique entre les intérêts des migrants, des migrantes, et du prolétariat de France, mais il existe une communauté d’intérêts : lutter contre le premier bourreau des uns et des autres, la grande bourgeoisie monopoliste de France. Ce combat ne peut être mené que si les uns et les autres partagent les mêmes organisations de lutte, syndicales, politiques, mais également un programme politique commun. C’est une des tâches que l’ICOR s’est fixé et permet de résoudre : permettre le travail conjoint, dans un cadre unique, tant du prolétariat des pays impérialistes que celui des pays dominés par l’impérialisme. C’est là une tâche immense, mais incontournable, pour permettre de lutter contre le chauvinisme, mais également de développer une stratégie commune contre un ennemi commun.

  • Le Service National Universel

    Le Service National Universel

    Un piège.

    La question d’un retour d’un service national est une constante.

    Croire la jeunesse en perdition, sans repères, sans valeurs, sans amour pour la patrie est une ritournelle constante, dans la bouche d’un certain électorat conservateur, que celui-ci assume ou non, par ailleurs, son conservatisme.

    Emmanuel Macron, entre deux offensives contre les droits sociaux, a tendu l’oreille à cet appel. Il faut dire que, contrairement au fait de s’en prendre à bras le corps aux raisons profondes du chômage, ce qui risquerait d’incommoder ses soutiens, ce cri réactionnaire était aisé à satisfaire.

    1,5 milliards d’euros ont été mis en place pour cette opération. A titre de comparaison, seul 70 millions d’euros ont été alloués aux urgences. Cependant, il est possible de relativiser à l’inverse. Cela ne représente qu’un minuscule 1,5 % de la fortune de Bernard Arnault. Cela démontre qu’il existe des réserves de moyens non-employés, qui auraient pu certainement être mieux utilisés. Nous ne pensons pas que le gouvernement soit stupide. Si ces lignes de budget sont employées dans ce domaine, c’est bel et bien qu’il y a un espoir d’un retour sur investissement d’une manière ou d’une autre.

    En termes d’économies, en remplaçant ponctuellement des travailleurs et des travailleuses par des engagés volontaires, tout comme le Service Civique. L’un et l’autre permettent de sous-payer, voire de faire travailler à prix coûtant une partie de la jeunesse.

    Soit en termes politiques, selon lesquels on considère comme justifiable d’injecter une somme colossale dans un cadre d’embrigadement de la jeunesse. D’autant que le public est particulièrement malléable, entre ses 15-16 ans, sortant à peine du collège.

    La question d’un embrigadement de la jeunesse se pose depuis de longues années. Elle est une ritournelle constante, basée sur le dépit de la fin du service militaire. Celui-ci était vu comme un creuset pour la construction de la Nation, inculquant des pratiques et des valeurs censées incarner la République.

    Durant cette vacance, le travail de diffusion de ces valeurs a été transféré à l’Éducation Nationale. Mais, l’Éducation Nationale n’a jamais paru un vecteur crédible aux yeux des plus réactionnaires, contrairement à l’Armée. Pourtant, elle a réussi un travail on ne peut plus impressionnant dans son œuvre de propagande, les programmes scolaires d’Histoire étant en tout premier lieu à visée civique.

    Ainsi, ils sont orchestrés dans le but de démontrer que :

    1) La démocratie bourgeoise est le seul système politique viable.

    2) Le capitalisme est le seul système économique possible.

    3) La France est la seule véritable démocratie à l’échelle mondiale.

    4) Qu’elle bénéficie d’un exceptionnalisme dans son histoire et dans ses actions dans le monde.

    5) Qu’elle est à l’avant-garde de la diffusion des idées des Lumières et de l’Humanisme dans le monde, et que, par voie de conséquence, ses interventions sont justifiées et morales.

    De ce point de vue là, il s’agit d’un succès monumental, ces idées étant profondément ancrées dans l’esprit d’une grande partie de la population, à l’exception de ceux et celles qui, dans leur vécu ou celui de leur pays d’origine, ont eu une confirmation de ce qu’est la nature réelle de l’activité française dans le monde.

    Mais ce n’est pas tout. En 1968, l’enseignement de la « morale » a été supprimé des programmes, au grand dam de toute une frange de la population, qui n’a eu de cesse de réclamer son retour. En 1999, le PS, alors au pouvoir, remet dans les programmes la question de l’Enseignement Civique, Juridique et Social. Celui-ci permet de diffuser les « valeurs de la République » et de faire savoir qu’elle est « parfaite » dans son fonctionnement. Une nouvelle fois, cette connaissance de papier est démentie par la réalité de la confrontation avec l’appareil d’État et ses représentants.

    Après les attentats de 2015, le gouvernement, PS, toujours, cède et accepte que soit mis en place, à nouveau, en Enseignement Moral et Civique. Celui-ci reprend les thématiques de l’ECJS, mais les double par une composante intangible, formées de valeurs supposément françaises. Ces valeurs ont pour but de défendre un fond culturel et civilisationnel envers une menace tout aussi intangible. Ses objectifs, une nouvelle fois, sont de mettre les enseignants au service d’une mission de propagation de conceptions sur l’État et sur la France, qui n’ont rien de commun avec une lecture critique de son fonctionnement et de son histoire.

    Il n’y a rien d’étonnant en cela que les termes employés par le SNU soit globalement les mêmes que ceux qui sont employés pour décrire l’EMC. Leurs objectifs sont les mêmes, la seule distinction étant l’intensité de la démarche et le fait qu’elle ne soit pas confiée à des enseignants et enseignantes, envers lesquels une méfiance existe.

    « Les objectifs assignés au SNU sont au nombre de trois :

    • Cohésion sociale et territoriale ;
    • Prise de conscience, par chaque génération, des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ;
    • Développement de la culture de l’engagement. »

    Ces objectifs ne peuvent être séparés d’une idée politique sous-jacente, qui est de créer une cohésion sur la base d’une illusion, d’instiller l’esprit réactionnaire et chauvin, et de trouver des recrues pour le travail de l’Armée.

    Le déroulement du SNU se fait dans une ambiance de casernement de deux semaines, avec des horaires stricts et un très grand nombre d’activités dans le but de maintenir dans une stimulation constante les jeunes. Le fait que le temps entre l’extinction des feux et le lever représentent tout juste huit heures ne semble pas émouvoir outre mesure les concepteurs.

    Les ambitions donc de comprendre quels sont les enjeux de la défense nationale, autour d’un jeu stratégique, dont nous sommes particulièrement curieux de connaître le contenu. Nul doute que celui-ci serait particulièrement révélateur sur la perception géostratégie de la part de l’Armée.

    Elle est également autour de la question de la Mémoire nationale. La première sortie en force du SNU, durant la commémoration de l’appel du 18 juin, à Bourges, a illustré la manière dont les intervenants et intervenantes se font une idée de cette mémoire. « Pétain, vainqueur de Verdun ». Benjamin Griveaux est désormais dépassé. Il serait là aussi intéressant de connaître les fondements qui sous-tendent une analyse historique aussi teintée.

    D’autres ateliers, moins fondamentaux, s’axent autour de « réflexes-défense » et de « cyberdéfense », ce dernier étant effectivement au centre des questionnements de l’état-major.

    En tout, ce sont 104 intervenants et intervenantes qui sont prévues pour l’ensemble des préparations. Cette liste, une nouvelle fois, mériterait de pouvoir être consultée.

    Il est révélateur d’un changement de stratégie dans la question de la défense. Auparavant, la norme choisie dans les Livre Blanc successifs était celle de la réduction du format des armées, pour ne garder qu’un noyau cuirassé permettant des opérations de type coloniales. Or, la nouvelle sortie du Livre Blanc de 2019-2025 prend le complet inverse. Les formats sont étendus à nouveau, dans le but de « faire face aux nouvelles menaces ». C’est dans ce cadre que le SNU doit être compris, comme conçu conjointement au développement d’une Armée française qui envisage des conflits symétriques dans un cadre international.

    L’objectif de recréer un lien « Armée-Nation » est dans cet état d’esprit là. Dans l’idée que, aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, il est possible qu’un conflit de repartage du monde entre les grandes puissances puisse naître.

    Une fois ces deux semaines passées, il est possible d’entreprendre « une période d’engagement d’une durée d’au moins trois mois, liée à la défense et la sécurité (engagement volontaire dans les armées, la police, la gendarmerie, les pompiers, la sécurité civile), à l’accompagnement des personnes, à la préservation du patrimoine ou de l’environnement ou encore au tutorat, sans que cette liste soit limitative. » (Site .gouv)

    En somme, nous revenons aux deux retours sur investissements : politique, mais aussi également pour remplacer des emplois. Le fondement ne va pas plus loin.

    Lors du lancement du projet, le 18 juin, les résultats ont plutôt prêté à rire. De nombreux malaises suite à l’insolation, des chants répétitifs de la Marseillaise, des saluts au drapeau stéréotypés et sans émotion, des conférences où les intervenants et intervenantes ont tenu des propos idéologiquement douteux…

    Cependant, demain, il est possible que cette machinerie prête moins à rire.

    Comment, dans tout cela, ne pas être gêné aux entournures lorsque la France Insoumise, par l’entremise d’Adrien Quatennens, déclare que l’idée était bonne, mais -pour rester dans le rôle de l’opposition – qu’un vrai service de 9 mois aurait été nécessaire.

    À nos yeux, ce n’est pas une question de durée, de moyens, mais de fond. Un service de ce type, tout comme le service militaire, est, en tout premier lieu un moyen d’endoctrinement politique au service de « la France », en réalité des intérêts de la bourgeoisie française.

    Un système comme celui-ci ne peut être qu’un vecteur de conceptions réactionnaires, qu’un outil visant, non pas à « aider la jeunesse à s’émanciper », mais bien, au contraire, à la faire marcher au pas.

    Dans l’ensemble des pays socialistes, la jeunesse participait à des mouvements. Ces mouvements avaient vocation à développer des choses positives, une émulation, un esprit d’entraide, car le cadre politique était différent. Il est d’ailleurs divertissant de voir que cela a toujours été brutalement attaqué par les anticommunistes.

    Dans un cadre politique réactionnaire, un Service National Universel ne peut être que réactionnaire et servir des projets d’agression militaire.

  • Fake news et élections.

    Fake news et élections.

    Régulièrement, la notion de fake new vient sur le devant de la scène. Plus aucun événement, plus aucune catastrophe humaine ne se produit sans qu’un florilège d’interprétations douteuses ou farfelues affluent dans son sillage. 

    Interpréter de travers, commettre une erreur de bonne foi, même si celle-ci peut prêter le flanc à des thèses, cela forme un aspect de la question. Lorsque, sur une vidéo de l’incendie de Notre-Dame, un observateur zélé repère une silhouette qu’il juge suspecte, et en fait part, c’est une chose.

    Lorsqu’une personne, déjà convaincue par des thèses conspirationniste, retransmet cette vidéo avec des termes insidieux tels que « on nous cache des choses » ou « comme par hasard », cela reste dans la même gamme d’erreur. 

    Comme nous le mentionnions dans notre article sur Notre-Dame, nous sommes aisément vulnérables aux conceptions complotistes. Dans un article, Science et Avenir nous expose ainsi certaines raisons de cette vulnérabilité :

    4 raisons de la rupture entre opinion publique et faits scientifiques selon le Pr Bronner

    VIRALITE. La première condition pour convaincre, « c’est d’attirer l’attention ». Les contenus anxiogènes, surtout sur le thème de la santé, remplissent bien cet office.

    MOTIVATION. Le Pr Bronner souligne une « asymétrie de motivation » entre les adeptes de la théorie du complot, qui se sentent porteurs d’une croyance, et les rationnalistes. « Les croyances font partie de notre identité, contrairement aux non-croyances », explique le Pr Bronner. Les adeptes du complot, plus motivés, s’expriment beaucoup plus, se créant une visibilité « confondue par les indécis pour de la représentativité ».

    PRESSION CONCURRENTIELLE. Devant la masse d’informations à traiter, le principe de précaution est largement avantagé car nous n’avons pas le temps de tout vérifier.

    BIAIS DE CONFIRMATION. Ce biais cognitif désigne la tendance que nous avons tous à nous ouvrir plus facilement aux contenus qui trouvent déjà écho dans nos propres convictions qu’à ceux qui entraîneraient doutes et remise en question. Ce biais est amplifié d’une part par la masse d’informations disponibles, dans laquelle toute conviction peut trouver confirmation, ainsi que dans les algorithmes des sites internet qui nous proposent des contenus précisément basés sur ce qu’il a perçu de nos goûts.

    Ce sont donc des phénomènes qui peuvent arriver, qui sont relativement logiques, bien qu’il faille, là aussi les combattre.

    Mais, lorsque de fausses preuves sont créées de A à Z, dans un but politique conscient, affirmé, pour générer des mensonges, des troubles, des perturbations, là, un autre stade est atteint. Il s’agit du stade de la falsification. 

    Créer des faux documents, de fausses informations, générer des preuves mensongères pour appuyer un discours politique existe de longue date. Cependant, avec le développement d’internet, les légendes urbaines, les rumeurs, les canulars ont pris une ampleur démesurée. La possibilité d’invention de faits, de fabrication de preuves, de diffusion de celles-ci, explique que les fake news soient désormais omniprésentes. Omniprésentes et chaque jour plus ardues à déceler. 

    Les nouvelles technologies, notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle à la place de la simple retouche d’image, rend la question de la véracité des images, des vidéos et des sons davantage sujette à question.
    Les deepfakes constituent désormais une véritable menace. Elles donnent la possibilité, d’une manière crédible, de faire dire un discours inventé à une personne qui ne l’a jamais prononcé. Si une analyse de la vidéo permet de voir le montage, les plus crédules ou ceux qui voient ce qu’ils voudraient voir peuvent s’y laisser prendre. Demain, les perfectionnements rendront même la différence entre l’invention et la réalité indiscernable. 

    Ces possibilités nouvelles rendent la bataille pour la vérité toujours plus féroce. 

    À la suite de l’élection de Donald Trump, fin 2016, nous avions publié un court dossier nommé La guérilla informationnelle, le nouveau brouillard de guerre. Dans ce document, nous revenions sur les buts et sur les moyens de cette guérilla. Les fake news profitent invariablement aux réactionnaires et aux fractions les plus réactionnaires des bourgeois. Leurs conceptions idéologiques, leurs « grands principes », entrent en contradiction avec la réalité.

    Ils ne peuvent prouver la réalité de leurs dires sur l’exploitation, alors ils mentent. Ils ne peuvent justifier leurs attaques contre les droits sociaux, alors ils mentent. Ils ne peuvent défendre scientifiquement leurs thèses sur l’immigration, sur le « grand remplacement », alors ils inventent des faits. 

    Ces mensonges sont orientés, la grande majorité du temps, pour semer la division et la colère entre les parties des masses populaires. Mais il arrive qu’une autre faction de la bourgeoisie, que son pouvoir, soit pris pour cible par des challengers. Alors la bourgeoisie fait appel à l’Etat pour statuer.

    L’Etat, dans cette lutte, s’est lui-même placé comme arbitre. Des lois contre les fake news ont été votées par le Parlement. Ainsi, entrée en application en avril de cette année, la loi contre la « manipulation de l’information ». Elle permet, trois mois avant des élections, au juge des référés de suspendre la diffusion d’une information, et ce, en moins de 48h.

    De quoi rassurer ? Pas tellement. 

    Premièrement, l’Etat n’est pas neutre dans son appréciation de la réalité. L’Etat, émanation de la lutte des classes, n’est pas un objet flottant, au-dessus des luttes sociales et politiques dans la société, mais est, au contraire, un outil qui les appuie dans un certain sens. Il est l’outil de la bourgeoisie pour maintenir et raffermir son ordre injuste.

    En second lieu, l’Etat, lui-même, est historiquement un grand pourvoyeur, ou un grand relayeur, de fake news. Pour justifier la politique qu’il mène pour le compte de la bourgeoisie. Pour justifier ses guerres. Pour justifier la répression. La vérité est, elle aussi, une question tactique pour l’Etat bourgeois. Au-dessus de l’importance des faits se trouve, d’une manière primordiale, la question de l’intérêt d’Etat. Et cet intérêt d’Etat est, en dernière instance, l’intérêt de la clique bourgeoise au pouvoir.

    Alors que nous approchons du 50e anniversaire du décès d’Ho Chi Minh, comment ne pas penser au bombardement du port d’Haiphong, le 23 novembre 1946, qui fut le point de départ de la guerre d’Indochine. Le gouvernement français avait alors menti pour justifier la guerre.
    Récemment, dans la répression contre les mouvements sociaux, l’Etat a menti à propos des manifestants entrés dans la Pitié-Salpêtrière. Aujourd’hui, le déni des violences policières ne peut être caractérisé autrement que comme un mensonge d’Etat. 

    Nous devrions donc leur faire confiance pour déterminer le vrai du faux et trancher ?

    Discerner le vrai du faux, sans parler de l’interprétation frauduleuse de véritables résultats, rejoint une lutte pour l’éducation. Donner le plus largement possible les clés qui permettent de déterminer ce qui est vraisemblable et ce qui est invraisemblable est fondamental. Croiser les sources, vérifier les informations, développer un esprit critique est un combat. L’Etat le fait-il ? Non.

    Marx écrivait :

    « Absolument à rejeter, c’est une « éducation populaire par l’Etat ». Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, la qualification du personnel enseignant, les disciplines enseignées, ect., et – comme cela se fait aux Etats-Unis – faire surveiller par des inspecteurs d’Etat l’exécution de ces prescriptions légales, voilà qui est tout à fait autre chose que de faire de l’Etat l’éducateur du peuple ! Bien au contraire, il faut, au même titre, refuser au gouvernement et à l’Eglise toute influence sur l’école. […] c’est, au contraire, l’Etat qui a besoin d’une éducation bien rude, administrée par le peuple. »

    Cela ne vise pas à jeter l’opprobre sur le corps des enseignants, qui, dans la très grande majorité des cas, tente comme il peut de fournir des clés d’analyse aux élèves, mais bien sur l’institution d’une manière générale, sur ses buts et sur ses moyens. L’Éducation Nationale n’est pas encore mise au pas, sa capacité de lutte interne fait qu’elle n’est pas un rouage docile, mais que ceux qui la constituent essaient avec sincérité de travailler à dispenser de véritables outils d’analyse. 

    Pour autant, l’utilisation de l’Éducation Nationale comme outil de propagande et d’endoctrinement n’est plus à démontrer. L’utilisation de l’enseignement de l’Histoire comme outil pour justifier les politiques actuelles l’illustre. Elle sert également, sans d’ailleurs lésiner sur les raccourcis, les escamotages ou les inventions, à dénigrer le mouvement anti-impérialiste, le mouvement ouvrier ou révolutionnaire. Depuis 2015, le retour de la « morale » dans l’enseignement illustre le fait que les gouvernements successifs bataillent pour accroître leur influence directe.

    De même, la mise en place de la loi sur « l’école de la confiance » va également dans cette voie : l’indépendance pédagogique et la liberté de critique des enseignants, concédée à une époque où les rapports de force étaient plus favorables aux masses populaires, sont en passe d’être réduite à néant. 

    Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier à l’Etat bourgeois pour défendre une éducation critique et populaire. Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier aux institutions et à leurs ordres pour permettre d’acquérir les véritables clés de compréhension du monde actuel.

    Nous soutenons les enseignants et les enseignantes qui le font, à leur échelle. Mais nous pensons que nous avons également un rôle à jouer dans la diffusion d’analyses, d’approches historiographiques, de moyens méthodologiques pour permettre que la jeunesse ne voie pas son esprit critique asséché, drainé, par les offensives réactionnaires organisées par les gouvernements successifs. 

    Nous refusons que la Vérité absolue puisse être édictée par un appareil d’Etat, à la fois juge et partie dans les affaires politiques. Nous pensons que nous devons nous-même, auprès des masses et contre la propagande bourgeoise, mener la lutte. Car nous pensons que la vérité sur l’exploitation, l’aliénation, le capitalisme et l’impérialisme est révolutionnaire. 

    Nous, communistes, regardons le développement des fake news comme une menace réelle et concrète. Nous nous plaçons au service des masses populaires et du peuple. C’est l’analyse de la réalité et sa retranscription politique qui doivent guider nos actions. Devoir tromper le peuple sur sa situation indiquerait que nous aurions franchi une ligne rouge. Nos intérêts et les intérêts populaires ne font qu’un.

    Luttons par nos moyens contre le développement des rumeurs, par le fait de proposer des analyses justes et scientifiquement établies !
    Luttons contre l’immixtion de l’Etat dans la notion de vérité ! 
    Dénonçons les mensonges des bourgeois et des fascistes !

  • Macron, l’incendiaire.

    Macron, l’incendiaire.

    Ce soir, une nouvelle fois, il y eut un incendie. Là aussi, un pan d’histoire vient d’être ravagé par les flammes. Mais, cette fois-ci, le pan d’histoire n’est pas culturel, religieux, historique, il est social. Ce qui se consume, ce sont les protections sociales, arrachées de haute lutte par le passé. 
    Macron s’est donc, finalement, exprimé devant les Français et les françaises, pour présenter ce qui, selon lui -ou plutôt selon ses commanditaires- est le bilan du Grand Débat et la porte de sortie de la crise de régime qui dure depuis 24 semaines sans discontinuer. 
    Certains ou certaines optimistes ont eu, un moment, l’espoir qu’Emmanuel Macron mettrait de l’eau dans son vin, qu’il arrondirait les angles, qu’il ferait en sorte que les choses se tassent. Nous-mêmes, nous nous attendions à des promesses payées de mots, qui n’engageaient rien ni personne, justes bonnes à démobiliser ceux et celles qui luttent.


    Mais il n’en fut rien. 


    Si le vernis du consensus a bien été appliqué consciencieusement, le fond des annonces transparaît nettement. En fait d’une pause, c’est une nouvelle charge.
    Macron n’a donné aucune précision sur les vraies mesures qui vont émerger à la suite de ce discours, mais les cibles sont claires : 
    -La promesse de « démocratisation », par une intégration de la proportionnelle (20%), maquille mal le fait que la réduction des parlementaires (25/30%) revient à augmenter la taille des circonscriptions, et donc renforce, en réalité, les organisations politiques les plus puissantes. Elle permet surtout aux successeurs de Macron de pouvoir mieux tenir l’appareil d’Etat entre leurs mains. 
    En revanche, les espoirs de prise en compte du vote blanc et du RIC ont été déçus. 
    -Le gouvernement ne renonce pas à son plan maître : Cap 2022, concernant les services publics et les fonctionnaires. Tout ce qui a pu être prononcé allait dans le sens de l’application stricte de cette liquidation en plusieurs actes. Certes, Macron a promis une nouvelle décentralisation, mais basé sur une rationalisation et une autonomisation des services publics. Certes, il promet de ne plus fermer d’hôpitaux ou d’écoles, mais les vide de leur contenu. Certes, il promet de revaloriser le travail des enseignants, mais il leur impose une charge de travail plus grande, et un système de recrutement plus précaire. 
    Il poursuit son ambition de liquider 120 000 postes d’ici 2022. Supprimer l’ENA fait figure de manœuvre dilatoire, pour prétendre s’attaquer à l’élitisme, tout en générant des passerelles vers ces fonctions encore plus sélectives. 


    Cela était déjà connu. 


    -En revanche, même si, dans une certaine mesure, ces attaques étaient prévisibles, le gouvernement ouvre officiellement le feu sur la question de la limitation du temps de travail, sur la question des retraites ou de l’assurance-chômage. 
    « Les Français veulent travailler plus », nous répètent en boucle les ténors de LREM, d’Aurore Berger à Macron lui-même. Nous ne sommes même plus à l’ère du « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. Le temps où les attaques se limitaient à des coins enfoncés dans les limites légales est fini. Aujourd’hui, c’est une hausse obligatoire du temps de travail qui se profile, dans tous les secteurs et dans toutes les branches de travail. 
    De plus, s’annonce également une manœuvre pour allonger la durée de travail. Macron annonce qu’il sera toujours légalement possible de partir à la retraite à 62 ans, mais que le temps pour atteindre le taux plein sera plus allongé, pour « inciter à travailler plus longtemps ». Nous savons, par expérience, que les incitations sont des injonctions. 

    Pour faire avaler cet ensemble, Macron l’enrobe de déclarations douteuses, qui ressemblent forte à une véritable offensive réactionnaire sur toute la ligne. Sans la moindre raison, dans le contexte actuelle, il a sorti une grosse ficelle digne de Manuel Valls : l’Islam et l’immigration. Le programme de Mme Loiseau, ex-gudarde « repentie », pour les Européennes, flaire bon la rhétorique identitaire quant à la défense des frontières et l’Europe et de son identité. Même l’espace Schengen est visé.


    Encore que. 


    Nombreux et nombreuses sont ceux qui s’aventurent sur ce terrain marécageux, à gauche comme à droite. De Kuzmanovic jusqu’à Wauquiez, tous essaient d’engranger des voix chez l’extrême-droite en reprenant ses refrains. Sauf que cela ne marche pas. Chaque fois, c’est cette dernière qui s’est nourrie du soutien à ses thèses. 
    La tactique dangereuse d’alimenter le brasier réactionnaire ne sert qu’à détourner des questions économiques et sociales. Elle intoxique le débat publique, tout en permettant de faire passer, derrière un écran de fumée, les réformes exigées par le patronat. 
    Macron ne gagnera pas 2022. Il le sait et ses commanditaires aussi. Il s’agit donc de « bien » les perdre ! Or, pour cela, mieux vaut les perdre à droite qu’à gauche. Donc, faire monter l’extrême-droite, à laquelle Macron et ses laquais ressemblent de plus en plus, n’est pas une gêne. 
    LR/RN, ou un hybride, qu’importe. Ces cliques continueront à appliquer les réformes désirées par les grands capitalistes. C’est ce qu’a fait, ainsi, le gouvernement Autrichien, lequel vient de faire passer à 60h le plafond du travail hebdomadaire. 12H de plus que le maximum en France. 25 de plus qu’en 1997. 


    Nous sommes au pied du mur.


    Il n’est plus possible d’accepter que, pour des raisons X ou Y, de sectarisme, de méfiance, d’agenda conflictuel, les mouvements de masse, les luttes syndicales, les luttes sociales, les luttes écologistes… Restent séparés, divisés, battues et écrasées dans le détail. 
    Toute organisation politique conséquente doit placer le fait qu’il faille unir les forces combatives en premier lieu de son ordre du jour. 


    L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre, à soutenir, à renforcer et à développer les Assemblées Populaires de lutte, qui forment un noyau dur de résistance contre ces attaques. 
    Nous pensons qu’une nouvelle phase de lutte sociale, un nouvel acte, s’ouvre depuis quelques mois déjà. Cet acte peut se jouer sous la forme d’un solo funèbre, ou il peut, conjointement avec les autres forces en mouvement, former une véritable lame de fond. 
    Nous pensons qu’il est également fondamental que les organisations combatives soient renforcées. Nous appelons ceux et celles qui luttent et qui veulent inscrire cette lutte dans la durée, la faire passer de la défensive à l’offensive, à travailler avec nous, à avancer conjointement pour que nous puissions sauvegarder nos acquis sociaux.

  • Le grand débat : l’effet levier de la réaction. (I)

    Le grand débat : l’effet levier de la réaction. (I)

    Partie I

    Le Grand Débat est terminé. Les conclusions de celui-ci vont être rendues dans les jours prochains. Après près de 80 jours de réunions publiques -ou de shows de stand up selon les points de vue, de collecte de questionnaires et d’envois libres, les résultats vont être annoncés.

    L’Etat a tenté de présenter cet exercice comme étant le nec plus ultra de la démocratie délibérative, capable de pouvoir aplanir tous les maux, toutes les contradictions au sein de la population. L’idée finale étant de « restaurer l’unité de la nation », alors que le conflit social et politique n’a jamais été aussi profond. Mais, loin de satisfaire, ce Grand Débat a échoué dans son objectif affiché de calmer la situation. 

    79 % des Français, selon l’institut de sondage ELABE, considèrent que le grand débat n’a pas convaincu. « Pour 79% des Français, le « grand débat national » ne résoudra pas la crise politique que traverse le pays (+9 points par rapport au mois de mars), 68% que les points de vue exprimés lors de celui-ci ne seront pas pris en compte (+5 points) et 62% que le « grand débat national » permettra d’améliorer la participation des citoyens aux décisions (+7 points).»

    Il ne s’agit donc pas d’un succès de ce point de vue là pour Emmanuel Macron et pour la classe sociale qu’il sert. Cependant, sans être une sortie de crise, le Grand Débat contribue à agir négativement contre les luttes. Miroir aux alouettes dans lequel certains ont pu être pris, procédé décourageant, méthode dilatoire… Le Grand Débat s’est surtout voué à occuper le terrain mental et moral, et à tenter de remettre entre les mains du pouvoir et de la grande bourgeoisie monopoliste les leviers de l’expression. Ces « débats » accaparent la légitimité, dans le but de la dénier aux Assemblées Populaires, dont la fédération progresse.

    Il s’agit d’une des branches de la tenaille contre les mouvements sociaux, l’autre étant constituée de la répression policière, judiciaire, des injures constantes lancées par les tribuns de la presse bourgeoise et réactionnaire, à laquelle s’adjoint, sans s’en rendre parfois compte, des liquidateurs qui pensent qu’il faut solder le mouvement au profit de leur clique, leur groupe, leur organisation.

    Le Grand Débat n’échoue pas, finalement, par son contenu, mais dès sa conception, il a été architecturé comme une manœuvre devant permettre que LREM puisse faire sa publicité pour les élections européennes -autour de leur campagne réactionnaire-catastrophiste nommée « renaissance »- mais également de faire un effet levier pour légitimer leur action politique.

    Sa méthodologie a été conçue uniquement dans ce but, en employant une interprétation de la démocratie, étriquée et tronquée, pour écraser celle qui est réelle et concrète : la démocratie populaire.
    L’utilisation de la « démocratie délibérative » correspond à cet objectif. Cette pseudo-démocratie consiste dans le fait de soumettre des questions à un auditoire, sans préparation ni discussion sur le contenu, et de noter à la volée leurs réactions pour en faire, sans contrôle, une synthèse. 
    Dans le cas du Grand Débat, des votes ont été faits sur l’importance de certaines thématiques imposées. En l’occurrence, les questions étaient déjà orientées pour faire émerger les réponses. Mais, en sus, la manière d’interpréter les résultats est largement soumise à caution. 
    Dans des questionnements à choix multiples, 10 % d’individus trouvant qu’un sujet et important peuvent permettre de justifier que celui-ci soit retenu. En revanche, 49,99% s’opposant à quelque chose ne représentent pas la majorité. D’une manière générale, ce procédé ouvre la porte à toutes les manipulations. 

    Dans ce genre de débats, qui détermine ce qui est écarté ou ce qui est retenu ? En théorie, un arbitre neutre. Dans les faits, l’arbitre neutre, ici, est précisément l’organisation mise en place par la bourgeoisie pour exécuter ses ordres : l’Etat.
    Le bourreau premier des classes populaires serait donc le garant d’une expression de celles-ci ? 

    Le contenu du Grand Débat : 

    Le contenu du Grand Débat a été dicté en amont par les stratèges de LREM dans l’unique but de fournir un soutien à leur politique, voir même de pouvoir appuyer des percées plus profonde dans la mise au pas du pays.
    Le choix de cette carte de la démocratie n’a donc comme buts que de tenter, d’une part, de ressouder un pays divisé profondément par le caractère aigu de la lutte des classes actuelle, mais également de faire un effet levier pour appuyer sa transformation dans le cadre des choix stratégiques de la grande bourgeoisie.

    Au sein des Grand Débat, plusieurs sujets ont été abordés, dont certains particulièrement candides et naïfs. La question de l’écologie, par exemple, fait partie de celles qui ne sont payées -au mieux- que de mots. Le gouvernement à ainsi déclaré : « C’est un très grand défi que nous adressent les Français, avec de très grandes attentes et de très grandes exigences, il nous appartiendra d’être à la hauteur de ces attentes. » Le journal 20 minutes avait résumé ça dans sa Une, pleine de saveur : « Grand débat : Le teasing sans annonce d’Edouard Philippe, tout un art. » Nous ne saurions leur donner tort. Edouard Philippe a prévenu qu’Emmanuel Macron fera des annonces « puissantes et concrètes ». De quoi trembler d’avance.

    Des propositions sur la «vie publique moralisée » sont également de celles qui se paient de mots. « Lutter contre l’action des lobbies » est typique. La démocratie bourgeoise n’est pas une démocratie malade de l’action des lobbies. Elle est une dictature, au travers d’une interface plus ou moins démocratique, de la grande bourgeoisie monopoliste. Les lobbies ne sont que, in fine, des remous de surface et une expression de contradiction entre différentes cliques de bourgeois. Mais dans les faits, le système politique est déjà dans sa nature profonde un outil de la domination sociale. « Lutter contre l’action des lobbies. » est de ces genres de propositions qui n’ont aucun fondement.
    « Rendre obligatoire un casier judiciaire vierge pour être élu. » Le système démocratique bourgeois organise la corruption, organise le népotisme, organise l’apparition de chefferies. Dans les faits, au lieu de condamnations symboliques, ces élus ne seront juste, simplement, plus condamnés. 
    « Organiser des débats citoyens ». Un débat est une chose positive. Mais les débats citoyens ont surtout démontré qu’ils étaient creux et vides. Ils ne servent que de moyen de faire diversion.

    En dernière analyse, les propositions sonnent creux, sauf celles qui facilitent le travail de sape des droits sociaux. Là, elles sont prises au sérieux. Et, là encore la méthode interpelle.

    Il existe un art de l’ambiguïté dans le fait d’interroger les inquiétudes populaires. Cet art de l’ambiguïté permet de partir de cette inquiétude légitime, mais d’en tirer des conséquences complètement contradictoires.
    Macron a érigé cet art sous la forme d’un credo, le fameux « en même temps ». 

    Ainsi, le Parisien le résume ainsi : 

    Lors du grand meeting du 17 avril 2017 à Paris-Bercy, il s’amusait de sa formule, retournant à son avantage ce qui est d’ordinaire considéré comme une faiblesse linguistique. « Excusez-moi, vous avez dû le noter, j’ai dit en même temps. Il paraît les amis que c’est un tic de langage », lançait le futur chef d’État alors que les militants se mettaient à scander cette rhétorique macronienne. Et, dans une promesse de campagne (qui sera respectée) d’annoncer : « Je continuerai de le dire dans mes phrases et dans ma pensée, car ça signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés. »1

    Cette conception est résumée par Michel Séac’h : « les « en même temps » du président renvoient à « une résolution des contradictions » et « seraient représentatifs d’un mode de gouvernement ». « Ils font le lien entre la thèse et l’antithèse, c’est une sorte de synthèse ».

    Une synthèse à l’exclusif avantage de la classe sociale pour laquelle œuvre Macron. Ainsi, Edouard Philippe notait que l’inquiétude quant aux menaces sur le niveau de vie des travailleurs et des travailleuses devait se traduire par un « choc fiscal » de baisse des dépenses immédiates et de liquidation des taxes et impôts. 
    Donc, derrière cela, un coup d’accélérateur à la campagne de liquidation des services publics et à la privatisation de tout ce qui peut être considéré comme un « poste dépensier ». Nous rappellerons que le projet de LREM va jusqu’à envisager la privatisation de certaines routes nationales. 

    « En même temps », cette interprétation des résultats permet aussi de justifier que les « dépenses sociales » soient placées sous l’angle de la responsabilisation. Voici ce qui en est retenu : 

    « Pour financer les dépenses sociales, 52% des participants estiment qu’il faut instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité, augmenter le temps de travail (24%) et reculer l’âge de départ à la retraite (22%). Pour réduire le déficit, il faudrait réduire la dépense publique, estiment 75% des répondants, et notamment les dépenses de l’Etat (56%). »

    Toute ressemblance avec le programme réactionnaire de LREM ne serait qu’une amusante coïncidence. Donc, en partant d’une réelle et cruciale demande, Emmanuel Macron provoque une aggravation de la situation sociale et prépare le terrain à une nouvelle offensive contre la retraite, contre les salaires, contre les minimas sociaux. Mais, il pourra prétexter qu’elle est adoubée par les masses populaires. 

    Nous avons mentionné à plusieurs reprise le sens sournois de cette responsabilisation. Face à la détresse de ceux qui n’ont rien, le pouvoir bourgeois répond en aggravant encore leur situation.

    Et, derrière cela, se niche également une réforme parlementaire d’ampleur : Un possible passage vers un système à la proportionnelle et une réduction du nombre de parlementaires.

    Pourquoi un tel choix ?

    1http://www.leparisien.fr/societe/tics-de-langage-en-meme-temps-le-peche-mignon-de-macron-21-04-2018-7676160.php

  • Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le gouvernement LREM mène une politique de guerre totale envers les droits sociaux.

    Ce 19 mars, en cette journée de mobilisation interprofessionnelle, nous ne pouvons que faire un triste constat. Depuis 2008, les attaques se sont sans cesse intensifiées contre l’intégralité de ce que nos luttes, depuis plus d’un siècle, sont parvenues à arracher aux exploiteurs et aux exploiteuses.

    Trois objectifs centraux ont été désignés par la lignée de politiciens et de politiciennes, de bords différents, mais qui ont appliqué strictement le même programme.

    • Détruire le contrat de travail pour baisser les salaires réels le plus bas possible.
    • Réduire les dépenses et les taxes -pour les plus riches- afin d’accroître les profits.
    • Ouvrir des nouveaux marchés aux investisseurs, par la privatisation d’un côté, par la guerre et l’agression militaire de l’autre.

    L’intégralité des réformes et des actes du gouvernement, qui sont mis en œuvre aujourd’hui, rentrent dans ces critères ou dans les conséquences logiques de celles-ci. Depuis la fusion des écoles primaires et des collèges jusqu’aux interventions militaires en Afrique ou au Moyen-Orient.

    Ces attaques ont déclenché des réactions de lutte, mais quelles réponses ont-elles eues ?

    La lutte des Gilets Jaunes, la mobilisation de la jeunesse, les combats des syndicats, la lutte pour la défense de l’environnement… toutes ont reçu comme unique réponse le mépris, la répression ou les déclarations démagogiques qui n’engagent rien ni personne.

    Le Grand Débat, promis par Macron pour mettre à plat la crise actuelle n’est, au final, qu’un levier qui lui sert à justifier son offensive anti-sociale. Toutes les propositions qui en ressortent sont des éléments du programme de celui-ci, ou des objectifs déjà désignés dans CAP2022. Le référendum, s’il a lieu, ne sera que du même genre : ce sera une question piège qui servira à conforter le gouvernement, à renforcer sa politique, à la graver dans le marbre.

    Le triumvirat Macron-Philippe-Castaner est particulièrement haï par l’ensemble de la population. Pourtant, il n’est qu’un exécutant.

    Le gouvernement agit ainsi, car il travaille pour les exploiteurs, pour les oppresseurs, pour les rentiers, les investisseurs… Il travaille pour les capitalistes, pour servir leur intérêt suprême : augmenter leurs profits au maximum.

    La crise a effrayé ces exploiteurs, la concurrence internationale les angoissent. Il est impératif pour eux que leurs taxes soient les plus basses, que les marchés soient les plus ouverts, que les salaires soient les plus bas. Cette grande bourgeoisie, avec ses immenses monopoles, ses trusts, ses cartels, exige que nos droits soient anéantis pour leurs profits. Quitte à ce que, pour cela, l’Etat nous mène la guerre jusqu’à ce que nous soyons balayés.

    Mais, à chaque pas, grandit la colère sociale, grandit la haine contre l’exploitation. En frappant fort, les exploiteurs et les exploiteuses creusent leur tombe !

    Ce qui ressort de plus de 125 jours de lutte constante en intense, c’est un constat fondamental. Le régime politique dans lequel nous vivons a jeté son masque de démocratie pour endosser celui du despotisme. Les lois actuelles contre la liberté de la presse et contre le droit de manifester l’illustrent. Le nombre d’arrestations, de blessures, de mort est tel que même l’UE et l’ONU ont du demander à l’Etat de lever le pied.

    Aujourd’hui, ce sont des droits économiques qui sont attaqués. Notre droit à un salaire, notre droit à une Sécurité Sociale, notre droit à une retraite, notre droit aux aides et aux allocations -que nous payons de notre sueur !

    Demain, ce seront nos droits politiques, nos libertés de réunion, d’expression, d’organisation qui seront ciblés. Nous ne pouvons attendre qu’on nous étrangle.

    Chaque jour, davantage d’individus pointent du doigt ce despotisme et réclament que la démocratie soit élargie, notamment par la mise en place d’un Référendum d’Initiative Citoyenne. Or, l’expérience passée a démontré que les gouvernements s’assoient sur les votes et les décisions qui sont contradictoires avec leurs projets.

    Nous entendons souvent cette rengaine « si les élections servaient à quelque chose, cela ferait longtemps qu’elles seraient interdites ». Pourtant, la conclusion qui s’impose n’est pas énoncée. Que faire ? L’Unité Communiste de Lyon considère qu’il faut prendre acte du fait que la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons est au service exclusif des intérêts de la grande bourgeoisie, de ses monopoles, de ses cartels d’entreprises et de banque. Elle n’est pas amendable. Elle n’est pas réformable.

    Nous voulons proposer notre démocratie, celle du peuple, celle des travailleurs, celle des exploités et des opprimés. Nous défendons le fait qu’existe une opposition extra-parlementaire : celle des Assemblées Populaires, que nous appelons à renforcer. Ce sont les centres de gravité autour desquels toutes les forces combatives doivent s’agréger. Ce sont les instances décisionnaires de la lutte sociale unifiée !

    Nous appelons également à renforcer les organisations de combat des exploités et des exploitées : les syndicats, les organisations de jeunesse, les organisations antifascistes.

    Nous appelons à nous rejoindre pour que puisse naître un véritable Parti Communiste Révolutionnaire. Nous appelons à rejoindre la coordination internationale ICOR, car nous, exploités et exploitées de France, ne sommes pas seuls. Partout, dans le monde, les opprimés et opprimées se soulèvent contre leurs maîtres. Soutenons-les !

    Ne courbons pas l’échine sous le poids de nos chaînes ! Nous sommes, nous les masses populaires, ceux qui produirons toutes les richesses du monde ! Nous sommes le moteur du monde ! Nous sommes le moteur de l’histoire !

    Nous ne « sommes rien », soyons tout !

  • L’Etat Kenyan refuse d’accorder au Parti Communiste du Kenya (C.P.K.) son nom !

    L’Etat Kenyan refuse d’accorder au Parti Communiste du Kenya (C.P.K.) son nom !

    Pendant qu’Emmanuel Macron se pavane au Kenya, au sein de cet Etat, nos camarades de l’ICOR du CPK sont étranglés par des fonctionnaires corrompus. L’Unité Communiste de Lyon apporte sa solidarité à nos camarades membres de l’ICOR qui subissent une répression administrative, bureaucratique, policière et politique !

    Le Parti Communiste du Kenya (CPK) a vu le jour après la création du Parti social-démocrate du Kenya. Le SDP a changé de nom lors du Congrès national du Parti, lequel s’est tenu le 5 janvier 2019. Alors que le SDP a toujours été un parti communiste par rapport à son idéologie, la constitution, l’adhésion et les méthodes d’organisation, le changement de nom (et le symbole du parti) a été un grand pas en avant, tant pour le Parti que pour le Kenya en tant que démocratie multipartite.

    La loi exige que la registraire des partis politiques publie le changement de nom d’un parti dans le Journal Officiel dans les 14 jours suivant la réception des modifications. Le Parti a notifié au Greffier, Mme Ann Nderitu, les informations nécessaire le 7 janvier 2019, et jusqu’à présent, elle n’a pas encore rempli cette obligation légale.

    En raison de cette omission de publier le nom du Parti dans le Journal Officiel, et après de multiples relances, elle a convenu d’une réunion avec la direction du Parti. Celle-ci s’est tenuele 4 février 2019 à son bureau. Lors de la réunion, la registraire a dit à la direction du Parti qu’elle ne publierait pas le nom dans le Journal Officiel. Elle a motivé son refus sous le prétexte qu’il ne peut y avoir de Parti communiste du Kenya parce que le Kenya est un  » État capitaliste néolibéral  » et que l’Assemblée ainsi que le gouvernement est capitaliste. Lorsqu’on lui a demandé de produire le fondement juridique de sa déclaration, elle a clamé que la Constitution du Kenya l’affirmait, sans mentionner aucun article à ce sujet.

    Elle a également déclaré qu’elle avait déjà approuvé le symbole du Parti (marteau et faucille). Cependant, elle a par la suite mentionné qu’elle se “souvenait” que le J.O. avait donné comme instruction de rejeter de symbole. La faucille est un symbole communiste et elle ne voulait pas publier dans le J.O. le nom de “communiste”. le Parti, donc, ne peut pas avoir de symbole communiste (admettant incidament ainsi qu’elle a reçu des instruction. Ou alors n’avait-elle pas conscience du fait que son bureau soit supposé être un organisme indépendant ?)

    Lorsque la direction du Parti a demandé une explication écrite de son refus d’approbation, elle a dit avec arrogance qu’elle nous avait invité pour nous informer préalablement et nous donner des explications face à face car sa lettre ne mentionnera pas les raisons du refus, comme il est de tradition dans son office. La direction du Parti a répondu en lui rappelant que l’article 47 de la Constitution exige qu’elle donne à son refus une motivation écrite. (plus tard dans la journée, le Parti lui a écrit une lettre pour lui demander d’écrire une communication concernant l’état d’avancement du classement du nom du Parti.)

    Malgré sa position anticommuniste, la direction du Parti est allée de l’avant et lui a expliqué pourquoi sa position était erronée. Le Parti a cité les dispositions constitutionnelles et statutaires relatives à ce sujet qui devraient la guider dans sa décision quant au nom du Parti. La direction a également énuméré le nombre de partis communistes au pouvoir dans les pays avec lesquels le Kenya a d’excellentes relations, l’a informé que nous avons de nombreux partis communistes dans le monde, notamment dans les pays qui sont vraiment capitalistes. La direction lui a donné un  » cours accéléré  » sur ce que signifie le communisme et sur ce qu’est et a été le Parti.

    Le Parti lui a également rappelé que le Parti du Jubilé, qui est le Parti au pouvoir, s’est rendu à plusieurs reprises dans les partis communistes de Chine, de Cuba et d’autres pays à des fins de comparaison et d’apprentissage. Même le lancement du Parti du Jubilé à Kasarani en 2016 a été dirigé par un membre éminent du Parti communiste de Chine !

    Si la compréhension d’Ann Nderitu du droit et de la politique internationale est pathétique, sa compréhension de l’histoire politique du Kenya est encore pire. Selon elle, les socialistes kenyans ont toujours été contre la démocratie au Kenya ! Les mêmes socialistes qui, avec d’autres progressistes, ont été emprisonnés, torturés et assassinés alors qu’ils luttaient pour une démocratie multipartite et une vie meilleure pour le peuple kenyan !

    Il n’échappe pas au Parti qu’Ann Nderitu a été nommée registraire des partis politiques par intérim à un moment où la Commission indépendante des élections et de la délimitation des circonscriptions électorales (IEBC) l’avait interrogée et suspendue, ainsi que certains de ses collègues, pour avoir prétendument volé 4,6 milliards ksh lors des deux élections de 2017. Selon une déclaration publique de la présidente de l’IEBC, Wafula Chebukati, la Commission avait déjà envoyé son nom « à l’EACC et à la Direction du ministère public en vue de poursuivre les enquêtes, d’arrêter, d’inculper et de punir tous les coupables« .

    Il est absurde qu’à l’ère actuelle, où le gouvernement kenyan semble sérieusement s’attaquer à la corruption, et où l’exécutif blâme le pouvoir judiciaire pour son laxisme dans la guerre contre la corruption, la Commission de la fonction publique (CFP), sous la direction de M. Stephen Kirogo, puisse nommer quelqu’un qui est dans le collimateur de la justice pour grande corruption comme registraire intérimaire des partis politiques.

    Il faut corriger cela si nous sommes sérieux dans cette guerre contre le vol de fonds publics. La Commission d’éthique et de lutte contre la corruption (EACC) et la Direction des poursuites pénales (DPP) devraient également agir rapidement et soutenir les efforts de l’IEBC pour éliminer les criminels de la Commission et de la fonction publique. Il serait très préjudiciable à notre pays que nous poursuivions le nouveau cycle électoral avec des personnes dont l’intégrité est douteuse, alors que les commissaires de l’IEBC ont déjà levé le drapeau rouge.

    Cela soulève également des questions politiques sur la question de savoir si la nomination d’Ann Nderitu au poste de registraire intérimaire des partis politiques a été une sorte de récompense pour son rôle dans l’échec des élections de 2017, ou pour avoir détourné les fonds de l’IEBC vers les poches d’une autre personne.

    Le Parti apprécie la solidarité qu’il a reçue d’innombrables Kenyans qui, même s’ils ne souscrivent pas à notre idéologie, défendent néanmoins le constitutionnalisme, l’État de droit et la démocratie. Mentionnons en particulier la solidarité que nous avons reçue des vétérans de la  » deuxième libération « , dont la plupart n’arrivaient pas à croire qu’à notre époque, un registraire puisse refuser de publier au Journal Officiel le nom d’un parti politique qui avait rempli toutes les conditions légales, simplement parce qu’elle imagine que le Kenya est un Etat capitaliste et que la pluralité des idées devrait être confinée dans une telle idéologie.

    Le Parti reconnaît également le soutien qu’il a reçu de la part d’autres partis politiques au Kenya qui épousent des idéologies différentes mais sont terriblement consternés par cette décision illégale d’Ann Nderitu.

    Le Parti prendra des mesures juridiques et politiques pour s’assurer que les sacrifices des Kenyans qui nous ont précédés ne soient pas noyés par un seul individu réactionnaire.

    Vive le CPK !

    Vive la démocratie multipartite au Kenya !

    A bas la corruption !

    Benedict Wachira

    Secrétaire général

    05 février 2019

  • Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Le mouvement des Gilets Jaunes, qui dure depuis bientôt quinze semaines, est une véritable bataille de Verdun sociale. Elle fixe et focalise toutes les attentions du moment, monopolise véritablement les esprits et les pensées. Elle est le centre de gravité de la bataille contre les assauts du gouvernement.

    Faute de pouvoir juguler le mouvement des Gilets Jaunes, toute la gamme de manœuvres habituelles ont été mises en branle par le gouvernement et différentes fractions de la bourgeoisie. Laisser passer du temps, en espérant que les choses se tassent d’elles-mêmes ; utiliser la force brute pour décourager les manifestants et les manifestantes de s’exposer au danger ; arrêter préventivement les « meneurs » ; faire appel à des agents provocateurs d’extrême-droite, coordonnés avec la police, pour semer la division… Cela n’a pas fonctionné.

    Mais également, nos ennemis de classe ont manié la carotte : saluer la création de listes européennes pour faire rentrer dans le giron de la démocratie bourgeoise le mouvement ; promettre un référendum scélérat qui servira à faire passer des réformes structurelles… en somme tout est tenté. Il est à souligner que le référendum était déjà mentionné en juillet dernier comme moyen envisageable pour faire passer en force les modifications décidées par le gouvernement (« Si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum. » )

    Depuis quelque temps, des discours faisant glisser la question des Gilets Jaunes d’une question sociale et politique à une question ethnico-religieuse. En prenant appui sur des actes isolés commis ces derniers temps, dont certains sans lien avec les Gilets Jaunes, une frange réactionnaire de la bourgeoisie tente une manœuvre dangereuse. Il existe, de fait, une présence et une influence de certaines thèses réactionnaires et conspirationnistes chez les Gilets Jaunes comme dans la société dans son ensemble. Des luttes sont menées constamment pour les juguler.

    Au lieu de souligner ces contradictions, ces agents provocateurs, tels que BHL et Finkielkraut, ont choisi sciemment d’instiller le poison de « l’ethnicisation du conflit ». Ils ont été repris en cœur par Grievaux (entre deux hommages à Pétain, toutefois), par Castaner, avec la bénédiction de l’Elysée. Le PS, désespéré de sa propre inutilité, a impulsé un front commun contre l’antisémitisme, permettant même au RN, à Zemmour et à Ciotti de vomir leur haine des musulmans, présentée comme un antidote à l’antisémitisme. Nombre d’organisations se sont couchées devant cet ultimatum. A l’inverse, les rassemblements dénonçant cette instrumentalisation, à l’initiative de l’UJFP (Union Française des Juifs pour la Paix) ont permis à des discours douteux et tout aussi ethnicisant, comme celui du PIR, de se propager.

    Parallèlement à cela, le gouvernement à non seulement utilisé le mouvement des Gilets Jaunes pour faire avancer son propre agenda politique et répressif (lois anti-manifestations, lois sur la presse…), mais également il a pu poursuivre son travail sur d’autres fronts d’attaque, profitant de l’accaparement de l’attention.

    Le gouvernement a prévu un ordre du jour particulièrement chargé en termes d’offensives contre les droits sociaux. Le rapport Cap 2022, qui avait fuité durant l’été, donnait une idée générale de quelles étaient les ambitions de la direction de l’Etat.

    L’analyse du rapport est disponible ici dans son intégralité. Résumer ce plan de bataille est simple : anéantir la fonction publique ; donner un coup d’accélérateur à la privatisation de pans énormes des services publics (éducation, santé, mais également les ex-nationales, qui pourront être administrées par des sociétés privées) ; traquer les moindres dépenses et « responsabiliser » ceux qui usent des aides sociales. Il est important, essentiel, de garder ce terme de « responsabiliser » à l’esprit. Il va devenir central.

    Malgré la lutte intense actuelle, le gouvernement n’a pas renoncé à poursuivre ces projets. Il les a même amplifiés. Il est revenu sur chaque promesse, sur chaque concession. L’offensive continue.

    L’offensive non-stop

    La grande entourloupe orchestrée par le gouvernement se joue là : ceux qui ont besoin de ces aides sont vus comme des irresponsables, qui coûtent cher, qui sont oisifs, inutiles, contre-productifs. Il faut donc les « dresser ». « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. »

    Par exemple, la mise en place du jour de carence, pour lutter contre l’absentéisme. Ces journées sans salaires peuvent maintenant s’étendre jusqu’à une durée de trois jours. Or, limiter les absences ne contribue pas à améliorer la santé de ceux et de celles qui en font usage. Au contraire, elle tend à rendre non seulement l’accès aux soins plus compliqués mais également à accroître l’usure des travailleurs et des travailleuses, dont les absences perlées sont le plus souvent un révélateur essentiel. Mais cette donnée n’a aucune importance aux yeux des ceux qui vivent du rendement produit par le travail des autres.

    Dans ses discours de Versailles et devant le Parlement, en juillet dernier, Macron dévoilait une partie de son plan de guerre contre les intérêts des classes populaires du pays. La très grande majorité des individus, dès lors qu’elle entend parler de fiscalité, ne peut s’empêcher de bailler fortement et de détourner son attention. Or, dans ce cadre-là, la question de l’impôt est centrale.

    Les cotisations sociales, qui ne sont pas des impôts à l’origine, mais une participation à des caisses de solidarité. L’Etat n’avait, à l’origine, pas sont mot à dire sur leur contenu ou sur leur redistribution. Ces aides étaient des droits.

    Or, en changeant le financement de ces caisses, en passant d’une cotisation à un impôt, l’Etat, et donc la bourgeoisie, s’est arrogée le droit de donner non seulement son opinion sur cette question, mais directement d’en prendre le contrôle.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    Ce jeu de passe-passe paraît ne rien changer. Mais il bouleverse tout ! Il donne tout pouvoir à l’Etat sur l’argent récolté. Non seulement la CSG est inégalitaire, mais, en supplément, l’Etat peut la ventiler comme bon lui semble.

    Leur nature de droit n’est plus, dès lors, garantie. « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    En somme, comme ce n’est plus une cotisation, mais un impôt, l’Etat s’arroge le droit de dire qui le mérite ou qui ne le mérite pas.

    Dès lors, il exige des contreparties. Devant l’Assemblée, Edouard Philippe a déclaré :«Il n’est pas scandaleux, je le dis comme je le pense, de poser la question des droits et des devoirs. […] Lorsque l’Etat crée des systèmes de solidarité ou d’accompagnement ou d’encouragement, la logique de droits et de devoirs est impérative.» Il est fascinant de constater que le Premier ministre considère que la création des aides sociales est issue de l’Etat. Cette falsification de l’histoire est malheureusement typique. Même le RSA est géré par les départements. En réalité, l’Etat, pour le compte de la bourgeoisie, s’est invitée dans la gestion des aides sociales dans le but d’en prendre le contrôle et de, à terme, les réduire à néant.

    Cela rentre dans le cadre de la longue guerre fiscale entre les exploiteurs et les exploités, que nous résumons ici.

    Déjà, des affiches fleurissaient dans certaines régions, parlant du bénévolat pour sortir du RSA. L’idée que ceux qui bénéficient d’aides sociales puissent faire du travail « d’intérêt général » est, en dernière analyse, la première étape vers le fait qu’ils doivent en faire, pour conserver ces aides.

    Cela illustre une certaine mentalité qui confond chômage, inactivité professionnelle avec une oisiveté, une fainéantise, qui doivent être corrigée par le travail. Elle contribue à donner une impression du fait que les chômeurs sont responsables de leur sort. Cette morale, somme toute assez huguenote, s’accompagne aussi de certains appétits féroces et sous-jacents.

    Du travail gratuit, à la pelle, voilà le rêve qui s’incarne dans ce genre de mesures. Petit paradoxe : s’il est possible de faire travailler ceux qui n’ont pas de travail, c’est qu’il existe des postes non-pourvus. Donc cette mesure est, somme toutes, hypocrite. Si des chômeurs occupent gratuitement un poste, ils contribuent à empêcher les embauches et donc à perpétuer une situation de chômage. Qui plus est, en étant payé au niveau des aides sociales, ils contribuent également à tirer les salaires vers le bas, en dévaluant les postes qu’ils occupent. Dans un sens, ce travail gratuit ne contribue nullement à enrichir la société. Au contraire. Il contribue à l’appauvrir. Les seuls qui peuvent se réduire de cela sont ceux qui verront leurs taxes diminuer par le fait que les « travaux d’intérêts généraux » soient faits par des personnels surexploités. Et encore, même pour les capitalistes, ce n’est pas forcément une si bonne nouvelle que ça.

    Pourquoi ?

    Dans un sens, cette mesure se rapproche de la loi sur l’alimentation. Celle-ci partait initialement, quant à elle, d’un constat juste : une grande partie des petits et moyens agriculteurs et des petits et moyens producteurs sont dans des situations financières extrêmement précaires. Ces catégories sociales touchent, en particulier depuis la grande distribution, des bénéfices anorexiques du fait des prix bas. La loi alimentation est censée répondre à cela en garantissant une hausse des rentrées d’argent, par l’augmentation des prix et la mise en œuvre de certaines contraintes concernant les grands magasins. L’idée peut paraître sympathique.

    Mais, pour ne pas s’aliéner les grands cartels de la distribution, Macron ne touche pas à leurs marges sur les ventes. La loi est faite pour que ce soit une hausse des prix intégralement répercutée sur les consommateurs. Cela lui a néanmoins permis de ricaner en disant que « ce n’est pas open bar », si les Français et les Françaises veulent que les agriculteurs soient mieux payés, à eux de le faire.

    Mais cette loi est contre-productive. Elle est déflationniste, ce qui, en régime capitaliste, n’est pas un bon signe. Elle impacte le niveau de vie et le pouvoir d’achat d’une très grande partie des habitants et des habitantes de France. Comme la part du budget des ménages dédiés à la consommation est de plus en plus grande, celle-ci atteindra des limites. A l’arrivée, les supermarchés et hypermarchés auront beau avoir l’impression d’avoir remporté une victoire sur leur taux de rendement, leur chiffre d’affaires n’en grandira pas pour autant. Il finira même probablement par se contracter. Somme toutes dans cette loi, les agriculteurs, les consommateurs et même la bourgeoisie sont perdants.

    Il en est de même pour le travail gratuit, il contribue à faire baisser le niveau de vie, à jeter dans la misère toujours plus d’individus, et à tirer les salaires vers le bas. Il fait, certes, baisser les impôts de ceux qui en paient, mais au prix d’une déflation qui peut s’avérer dangereuse même pour les capitalistes.

    Certes, Macron et ses sbires veulent augmenter le salaire net pour permettre plus de consommation. Mais ce que les cotisations sociales ne couvriront plus devra être compensé. Les mutuelles vampiriseront une partie conséquente de ces sommes « libérées », tandis que les mauvais jours devront être prévus par la constitution de bas de laine, comme dans l’ancien temps. En dernière instance, le jeu de presser au maximum les larges masses populaires pour tout leur prendre se heurte à des logiques économiques qui se retournent contre ses auteurs.

    En fait de période de faste, nous nous dirigeons à tout petit pas vers des crises économiques toujours plus brutales.

    Cela illustre certaines contradictions du capitalisme, lequel ne mène plus qu’à l’accaparement de richesses par une poignée, tandis que les crises reviennent inlassablement. Dans tous les cas, l’avenir est bien sombre, économiquement et, par voie de conséquence, politiquement.

    Le gouvernement, malgré le mouvement intense, poursuit donc ses objectifs. Nous devons poursuivre les nôtres. La lutte des Gilets Jaunes préfigure une série de luttes intenses qui naîtront mécaniquement de la misère croissante. Plus la situation s’aggrave, plus celles-ci prendront un caractère explosif.

    L’échec des diversions réformistes est patent. Il n’existe plus d’issue électorale évidente, malgré les agitations de LFI ou du RN. Cela créé une situation où les mouvements se politisent par leur confrontation directe avec la dictature capitaliste et l’appareil d’Etat. Cette politisation est une force immense.

    Le rejet de prétendues institutions démocratiques, le rejet du régime de dictature du capital, pose des questions inédites. Les communistes ont un rôle immense à jouer dedans pour permettre à ce que mature la conscience politique des masses populaires, mais également pour les organiser et les rassembler.

    Il y aura de facto un reflux dans le mouvement de masse, par la fatigue, l’épuisement, la lassitude. Ce reflux déterminera qui sera le gagnant et qui sera le perdant de la grande lutte. Le gouvernement mènera une contre-offensive sociale, sans le moindre doute. Si les forces qui se sont levées ne sont pas plus organisées et plus structurées qu’avant, celui-ci aura gagné. Si les fascistes remportent la bataille pour l’hégémonie politique du mouvement, celui-ci sera perdu. Si nous parvenons -et cela ne dépend que de nous, un nous au sens large- à faire que le camp du peuple est plus unis, plus politisé, plus solide, plus solidaire, alors nous aurons gagné. Cela formera un pas, mais un pas immense, vers d’autres victoires, plus stratégiques et plus cruciales encore.