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  • Réforme des retraites : du nouveau ?

    Réforme des retraites : du nouveau ?

    Ce 16 mars, la réforme du régime des retraites porté par le gouvernement Borne a été adoptée au 49.3, c’est-à-dire en contournant le débat parlementaire. Le 20 mars suivant, la motion de censure transpartisane a échoué à faire obstacle au gouvernement.

    Nous n’avons pas écrit sur la lutte contre la réforme des retraites depuis 2020 et le début de la crise pandémique. La raison est simple : nous n’avions jusqu’à récemment rien à ajouter.

    Que dire ? En quoi cette réforme va précariser l’ensemble des classes populaires ? Commenter son contenu, en expliquant comment ce changement du régime de retraite est un recul pour notre système social de solidarité, l’ensemble des syndicats l’ont déjà fait, et nous n’avons rien à rajouter qu’ils n’aient déjà dit. Il serait du même ordre d’utilité de renchérir en émettant un énième appel à continuer la mobilisation. Souligner une autre grande victoire de la politique parlementaire n’est jamais superflu, mais n’apporte rien de neuf non plus.

    Cependant, la mobilisation qui s’observe depuis plusieurs mois en France, et qui reprend là où s’était arrêté celle de fin 2019-début 2020, possède selon nous un certain caractère exceptionnel. Cette particularité ne réside pas dans son ampleur. Les manifestations ont rassemblé jusqu’à 3,5 millions de participants, ce qui est bien devant les mouvements de 1995 contre le plan Juppé (2 millions) et 2016 contre la loi Travail (1,2 million), ou encore 2017 avec les Gilets jaunes (1 million). Cela en fait quantitativement le plus grand mouvement depuis mai-juin 1968 (10 millions de grévistes). Mais au-delà de la taille, tout se passe dans la très orthodoxe tradition de protestation syndicale de la Ve république. Même les désormais coutumières violences qui s’accompagnent, n’ont plus rien d’inédit. Elles sont intégrées à la normalité de la mobilisation, autant comme composante des cortèges, en marge des syndicats, que par le dispositif policier prévu pour les contenir.

    C’est car il n’y a dans l’histoire récente jamais eu autant d’investissement dans la familière formule de la journée de grève-manifestation, que son impuissance est aujourd’hui un marqueur d’une certaine portée historique.

    Cette réforme n’est que la dernière itération d’une série de percées, dans l’offensive bourgeoise contre le système social construit en France après la 2de guerre mondiale. L’on peut lister comme précédent la loi Travail (2016), la réforme Parcoursup (2018), la Réforme de l’assurance chômage (2019-2021) et la loi Sécurité globale (2021). Nous avions il y a quelques années disséqué le plan de bataille de la bourgeoisie française dans Cap 2022, et nous n’avons pas été déçus. Cette sape des libertés économiques, mais aussi politiques, acquises en France après guerre, c’est le néolibéralisme. Nous entendons par là l’entreprise politique, menée en France mais aussi dans les autres pays occidentaux, de dissolution des modèles socio-économiques hérités du consensus keynésien. Son but annoncé est d’augmenter le taux de profit en baissant le coût du travail — le salaire, et en le « flexibilisant ». Cette pression générale sur le travail — donc sur les travailleurs et travailleuses — s’exprime simplement comme une attaque générale du capitalisme sur les conquis passé du mouvement ouvrier.

    Le néolibéralisme est dans l’ordre des choses : le danger communiste, incarné par le PCF et l’URSS, qui a contraint notre bourgeoisie à acheter un compromis avec le mouvement ouvrier, n’existe plus. Les années 80 sont celles du recul du communisme comme acteur de premier plan dans le monde, cette décennie est aussi celle de l’inauguration du néolibéralisme aux USA (Reagan en 1981) et au Royaume-Uni (Thatcher en 1979), mais également d’un nouveau « pragmatisme » économique qui s’est connu en France avec le « tournant de la rigueur » (1983). Au consensus keynésien s’est donc substitué le consensus de Washington, qui n’a plus rien d’un compromis. Cette transformation dans les pays alignés sur les USA, au slogan de « dérégulation », fut au niveau national l’œuvre conjointe des bourgeoisies, mais aussi au niveau international celle d’organismes tel que le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale, tant par leurs rôles d’incitations négatives et positives sur les États, qu’avec leur démantèlement de certaines institutions (par exemple, les Accords de Bretton Woods de 1944 dans les années 70). Les démocraties libérales ont dû s’adapter pour survivre au lendemain de 1917, et car cette adaptation n’est aujourd’hui plus nécessaire, le régime bourgeois que nous connaissons mute en conséquence. L’exploitation et la coercition sociale (« l’autoritarisme »), qui furent externalisées dans les colonies, sont rapatriées ici, sans qu’elle ne s’allège là-bas. Cette re-internalisation se traduit par l’évanouissement du contrat social paternaliste, plus démocratique, qui fut acheté par « la place de la France dans le monde » (comme pays dominant). Les taux de profits ne le permettent plus, et le mouvement ouvrier en France et dans le monde ne l’imposent plus.

    Le caractère extraordinaire de ce mouvement est dans son impasse : il carbure à plein régime, en vain. Son envergure et ses modes d’action correspondent simplement à un niveau de conflictualité sociale qui n’est plus celui de la classe capitaliste française, et de leur champion, Macron. À ce titre, l’ensemble des luttes syndicales depuis les années 2010 ont été des défaites défensives : les acteurs syndicaux n’arrivent plus à imposer un rapport de force considérable. Nous sommes mis en face d’un fait qui n’est pas récent.

    La grève elle-même rencontre de nouveaux défis, avec le recours de plus en plus systématique aux réquisitions. Ces méthodes ouvertement violentes sont utilisées par l’État pour briser l’insubordination ouvrière là où sa solidarité et combativité est la plus développée et où la mobilisation est donc la plus insupportable (économiquement, mais aussi politiquement, car ces exemples de résistance sont dangereux).

    Plus généralement, l’intervention directe et violente des forces de police augmente, tant dans sa fréquence, son extension que son intensité. Sur les blocages lycéens et étudiants, les piquets de grève et évidemment en manifestation — y compris strictement syndicales — beaucoup de modes d’action ne présentent plus le même rapport bénéfices/risques que jusqu’à récemment auparavant. Il est possible d’être gazé, frappé, insulté, éborgné, en participant à un simple défilé déclaré en préfecture, à une occupation d’université ou à un piquet de grève, sans que l’investissement n’en soit pour autant proportionnellement rétribué — tout au contraire. Cette répression s’est universalisée à l’ensemble du mouvement et ne se circonscrit plus à l’encontre des cortèges de tête. Ces derniers, innovation du mouvement contre la loi Travail perfectionné lors des Gilets jaunes, n’ont plus l’impact et l’originalité qu’ils ont pu avoir à leur naissance. Le pouvoir bourgeois s’est radicalisé, et l’« avant-gardisme » d’hier est devenu une banalité du maintien de l’ordre. Alors même que l’acceptation de la violence, comme utile et légitime, est croissante dans la population française1, celle-ci semble avoir de moins en moins d’impact dans ce format. Y compris dans le champ médiatique légitime, habitué de la « condamnation des violences », il semble poindre un désintérêt relatif pour la déploration d’hécatombe d’abris-bus.

    Si la forme de mobilisation syndicale post-68 est mise aujourd’hui en échec, pourquoi ne pas retourner aux classiques antérieurs ? Refaire mai-juin 68 est séduisant : l’étendue des grèves, la combativité des occupations d’usine et d’université, la nouveauté et la force de la convergence ouvriers-étudiants, la puissance des organisations politiques et syndicales, le degré de conscience révolutionnaire de chacun, la crise de fin de régime gaulliste, etc. Mais les conditions objectives et subjectives d’alors se laissent désirer aujourd’hui, tant du côté de la classe dominante (sa crise) que populaire (sa révolte). La grève générale illimitée, que certains militants font miroiter comme panacée miracle, tarde à se montrer. L’on peut en tirer le diagnostic d’un manque de force des syndicats, qui ne peut pas être réduit uniquement à un manque de volonté ou d’organisation. Il est confortable et tentant de jeter le blâme sur les directions syndicales, pour ce qu’elles font ou ne font pas, ou leur manque d’audace ou de détermination (supposé ou réel), mais leurs choix reflètent aussi une réalité : ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas faire et assumer, à la tête de structure devant répondre à leurs adhérents. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, la grève générale n’est de facto pas à l’ordre du jour. Pour dépasser le carcan syndical, il faut d’abord savoir compter sur ses propres forces, et donc, constater avec humilité et sérieux leur état présent.

    Il ne faut pas projeter ses espérances sur la lutte en cours : la situation n’a rien de révolutionnaire, pour personne. Si nous sommes tant secoué par la brutalité du gouvernement, c’est car nous sommes encore assoupis. Idem, il est normal (et souhaitable !) d’être transporté par l’enthousiasme de la lutte, mais il ne faut pas prendre ses rêves pour des réalités. Cette effervescence est une école militante en soi, mais il faut savoir en prendre du recul. Ceci est un mouvement syndical dans un pays largement pacifié, qui peine encore à comprendre et à donner la réplique à l’agressivité de la bourgeoisie.

    Cette réforme est éminemment impopulaire au sein de la population française (70 % des sondés la rejettent et soutiennent la protestation), à la totale indifférence de la « Macronie ». L’on entend en manifestation, ou on lit sur les murs, des pamphlets déplorant à la fin de la démocratie. Ne donnons pas trop d’importance à Macron, son seul mérite, en tant que « brise-glace » de la bourgeoisie, est de mettre fin à un malentendu de longue date : nous — le peuple — n’avons jamais eu le pouvoir, ce qui prend fin ce n’est pas la « démocratie », c’est un compromis auquel les capitalistes ne veulent plus s’astreindre. L’on se retrouve de plus en plus nettement mis en face d’un principe élémentaire en politique : « Vous allez faire quoi ? Venir me chercher ? ».

    Ce que nous avons conquis par la force nous est enlevé par la force. Les victoires passées auxquelles nous nous accrochons aujourd’hui, ce sont celles de notre classe consciente et organisée, pas d’un pourcentage aux élections. Une mécompréhension fondamentale serait de se tromper de coupable : Macron n’est que le symptôme, pas la cause. Ce qui est déterminant, c’est moins celui qui occupe le siège présidentiel et sa majorité parlementaire, que l’attitude des élites économiques auxquelles l’État doit répondre. Or, celles-ci se sont radicalisées. Si demain, le remplaçant à l’Élysée ne partageait pas leurs convictions politiques ou économiques, les impératifs de la bourgeoisie ne reculeraient pas, mais se radicaliseraient d’autant plus rapidement. Face au mur des institutions politico-juridiques, conjugué aux efforts d’obstruction croissants de la classe dominante, la seule issue possible pour les nouveaux challengeurs serait dans la capitulation (comme Hollande et Mitterand avant eux). La « gauche » trahira toujours, car elle n’a pas le choix. Ce qu’elle fera sera défait, exactement comme ce qu’elle a fait est défait, car aux mêmes causes les mêmes effets. (Heureusement, les réformistes français nous épargnent ce scénario en continuant de très stoïquement perdre les élections.) L’irréalisme accablant d’un changement « de l’intérieur », c’est-à-dire d’une confrontation avec le capital sur son propre terrain en jouant à son propre jeu, une proportion de plus en plus importante de la population française le comprend. Ce rejet de la république des possédants, que ce soit par désintérêt ou par défiance, il s’exprime en pourcentage d’abstentionniste.

    Les représentants du capital ne paniquent pas, ils ne sont en en rien acculés. Cette agressivité, ils peuvent se la permettre. La bourgeoisie se sert là où elle peut se servir, maîtresse en son domaine. La lutte des classes, elle l’impose au-devant des consciences de tous et toutes. Et ainsi, comme à son habitude, elle creuse sa propre tombe. Car ce nouveau degré de conflit, le peuple va y répondre, et on l’observe déjà.

    Dans la crise présente, que nous expose le mouvement contre la réforme des retraites, se trouvent aussi les prémices de son dépassement prochain. Ces nouvelles formes de mobilisations, c’est-à-dire ces modes d’action plus efficaces et plus radicaux qui brisent le blocage dans l’établissement du rapport de force, ils se développent aujourd’hui, et sont tant syndicaux que extra-syndicaux. L’on peut lister la résistance autonome et syndicale conjointe des ouvriers réquisitionnés (parfois en confrontation antagonique avec la police), les blocages décentralisés d’axes routiers principaux ou nodaux, ou les manifestations déconcentrées mettant en grandes difficultés les stratégies de maintien de l’ordre. La radicalisation du mouvement n’est pas tant dans une augmentation de la violence (« black blocs » plus imposant) que dans la diversité de ses tactiques.

    Il faut apprendre de ce qui fonctionne. À ce titre, il faut tirer les enseignements tant des réussites et échecs dans les mouvements syndicaux précédents, que dans des mobilisations différentes. Il y a notamment beaucoup de leçons à puiser des Gilets jaunes, qui ont innové tant par leur sociologie, leur caractère politique, que leurs lieux et modes d’action, dissonant avec les habitudes de la gauche institutionnelle, extra-institutionnelle et syndicale.

    Cependant, il ne faut pas se tromper. La transformation dans la forme des mobilisations est une étape positive, mais celle-ci est stérile si elle ne se conjugue pas à une transformation de fond : dans ses mots d’ordre. Le problème, ce n’est pas cette réforme, ce ne sera pas plus la prochaine, ni celle d’après, car elles ne sont que les symptômes du néolibéralisme. Lui-même n’est finalement qu’un faux coupable, car il n’est que l’expression d’un changement de paradigme pour la classe dominante. Le problème, c’est celui du régime bourgeois : de la domination d’une classe par une autre.

    Les réformes néolibérales se poursuivront, si celle-ci échoue pour une raison X ou Y, une réforme homologue prendra le relai dans quelques années tout au plus, et ainsi de suite. Il en sera inévitablement ainsi tant que l’offensive néolibérale avancera. La bourgeoisie ne fait plus un pas en arrière, nous devons être capables de lui donner une réponse proportionnée. Le néolibéralisme ne cessera que lorsque notre classe viendra y mettre une fin. Mais alors même, il ne sera à nouveau qu’une question de décennie avant que la donne ne change et que le profit ne reprenne l’avantage sur le salaire— si la crise écologique ne nous rattrape pas ou que le régime bourgeois ne se retranche pas dans le fascisme avant. Le problème est sans fin, car il est inextricable et intrinsèque au système capitaliste-impérialiste.

    Ce que le chant du cygne de l’État providence nous rappelle avec un certain cynisme, c’est qu’il n’y a pas de régime bourgeois sans dictature bourgeoise, et qu’il est ridicule d’en attendre autrement. Ce qui se dissipe, c’est la courte illusion d’une stabilité ou d’un « équilibre » entre intérêts populaires et intérêts capitalistes — d’une cohabitation en bonne entente. Le capitalisme nous dit « vae victis ! », et nous ne nous gênerons pas de lui répondre de même en temps voulu. Mais pour l’instant, il reste tout à reconstruire.

    Il faut s’impliquer dans la résistance à l’offensive bourgeoise, mais se faire avec perspective. Ce mouvement n’a pas besoin de militants de plus ou de moins, mais il a besoin que puisse y être entendue une voix communiste. Nous ne statuons pas ici sur son contenant et son contenu précis, mais nous pouvons d’ores et déjà énoncer qu’elle ne consiste pas à radicaliser le syndicalisme et ses objectifs. La seule visée que nous puissions avoir, c’est d’être capable de poser, en mot et en pratique, la question du pouvoir politique : qui le possède, et comment le prendre. Notre seul salut est dans le renversement du régime bourgeois dans son ensemble, et en ce sens, il faut passer de la lutte économique du travail contre le capital, à la lutte politique. C’est là toute la tâche présente des communistes que de lutter en ce sens, par l’agitation et la propagande politique.

    Nous l’avons dit, nous le disons, et nous le répéterons : sans une structure suffisamment puissante pour unir en son sein les opprimés et les exploités, nous n’aurons rien d’envergure à opposer à la dictature bourgeoise. Sans cet outil politique de classe, pas de libération imaginable. La réémergence d’une conscience de classe lui est une précondition essentielle, et c’est à celle-ci que nous pouvons œuvrer ici et maintenant, dans le mouvement contre la réforme des retraites, et dans les prochains.

    1 « Selon un sondage Harris interactive pour LCI du 22 mars, 20 % des Français approuvent le recours à la violence dans le cadre de la mobilisation, c’était 15 % au moment des Gilets jaunes. Ce taux grimpe à 30 % chez les sympathisants insoumis, 29 % chez ceux du Rassemblement national. En revanche, il n’est que de 6 % chez les militants Renaissance, 7 % chez ceux de LR. Ils sont même 26 % chez ceux qui soutiennent le mouvement. Selon une étude Odoxa publiée le 23 mars, 30 % des sondés pensent que le gouvernement a provoqué les débordements et les violences. 44 % estiment qu’elles sont acceptables et justifiables. Une étude Elabe pour BFMTV également datée de ce jeudi indique que 25 % des Français ne condamnent pas les actes violents et les affrontements avec les forces de l’ordre, et 42 % les comprennent. L’enquête précise également que 23 % ne réprouvent pas les menaces envers les élus favorables à la réforme, et 39 % les comprennent. » (via tf1info)

  • Deuxième tour des élections

    Deuxième tour des élections

    Le second tour des élections législative a eu lieu. Il s’est traduit avant tout par une défaite électorale pour LREM, qui ne possède plus la majorité absolue. Pour avancer sur leurs projets, les architectes du programme de Macron devront donc obtenir la complicité d’autres forces politiques, et donc rechercher des compromis. Cela peut rogner les marges de manœuvre des réformateurs libéraux dans leur entreprise de liquidation des conquêtes sociales.

    Il se traduit aussi par deux percées : une à gauche, au tour du NUPES, l’autre à droite autour du RN. Les résultats sont les suivants : la gauche parlementaire passe de 60 députés en 2017-2022 à plus du double. Le RN passe de 8 députés à 89 ce qui est une multiplication par 11 ! Dans le détail des scores au sein des alliances, les partis du XXe siècle, PS (45 → 22), PCF (16 → 13) et LR (100 → 78) continuent de péricliter. LFI et le RN sont donc les grands gagnants de ce scrutin, avec 86 et 89 élus.

    Un constat positif mais mitigé

    La gauche et l’extrême droite sont donc sortis renforcés de ce scrutin. Cependant, les résultats ont été en deçà des estimations d’origine, lesquelles donnaient entre 150 et 190 députés. Ce n’est pas une « vague rouge » ni même une « vague rose », c’est en revanche un revers pour les partis du centre. Cette relative déception est le fruit d’un intense lobbying réalisé par les partis de centre et de la droite pour bloquer toute marée NUPES. Elle est le reflet d’un choix constant dans l’histoire : les exploiteurs préfèrent toujours des partis dictatoriaux de droite à des élus d’une gauche moins corruptible que le PS. Elle est aussi le reflet de la difficulté, pour une gauche qui a tant déçu par le passé, de mobiliser un électorat qui préfère souvent l’abstention, voire les « solutions qu’elle n’a pas essayé avant », le vote d’extrême droite. Quant à Zemmour, qui est l’absent de ce scrutin, nous pensons que son heure viendra. Sa cause, celle d’une réunion des deux droites françaises, fasciste et gaulliste, est probablement celle qui permettra la victoire de la droite élargie. Pour le moment, celle-ci semble rester dans des logiques classiques de rivalité entre boutiques. Cela lui a pour le moment offert un balcon à l’Assemblée. Demain, lorsqu’elle lorgnera le pouvoir, elle regardera à nouveau l’idée d’une alliance.

    Le centre continue de s’effondrer au profit des ailes

    Le dépit d’une grande partie de la population, qui ne croit plus dans la politique politicienne, et la désagrégation du centre de l’échiquier politique expliquent cette polarisation. Elle reflète des attentes différentes, attentes auxquelles le système démocratique libéral et ses politiciens ne peuvent répondre. La politique politicienne n’est tout simplement pas capable de répondre aux enjeux vitaux de notre époque : guerre, crise économique, crise écologique – devant le seuil de laquelle nous nous tenons.

    Nous ne doutons pas de la bonne volonté de certains élus et de la majorité des militants et des militantes qui ont soutenu NUPES ou d’autres formations de gauche. Mais les défis auxquels il faut faire face ne pourrons être affrontés dans le cadre d’un système qui a été construit et architecturé pour servir à gérer l’exploitation de l’humanité et de la nature. Le système démocratique libéral est étriqué, corrupteur, fait pour entraver l’action de transformation de la société. De plus, les enjeux sont tellement grands que les puissants et les puissantes – ainsi que leurs larbins – n’hésiteraient pas un seul instant à s’affranchir de toutes les règles démocratiques si leur ordre était menacé. Ainsi, le 16 juin, le syndicaliste Force Ouvrière Police Yves Lefebvre déclarait : « Je n’obéirai jamais à Jean-Luc Mélenchon. La France serait en feu, mais cette fois cela opposerait la police nationale au pouvoir politique. » Qu’en serait-il des milliardaires ? Hésiteraient-ils entre la démocratie et leurs intérêts ? Accepteraient-ils la majorité ? Nous connaissons tous et toutes la réponse.

    Fournir une réponse

    Quant à la réponse fournie par l’extrême-droite, elle consiste uniquement – sous prétexte d’intérêt national – à sacrifier ceux des exploités et à les livrer pieds et poings liés à leurs exploiteurs. À faire cause commune avec eux et à mettre la société en ordre de bataille pour les servir.

    C’est pour cela que nous pensons que le système démocratique libéral ne l’est pas réellement. Il est étriqué, corrupteur, soumis à des impératifs de démagogie et de satisfaction des exploiteurs. Nous pensons que les réponses ne peuvent être que dans une politique populaire, menée par les principaux et les principales forces de notre société : c’est à dire ceux et celles qui produisent les richesses. Les exploiteurs, qui ont intérêt dans la misère et dans la dévastation de l’environnement, ne peuvent apporter de solution. Nous croyons à une souveraineté populaire illimitée, incarnée par un parti populaire qui serait capable de défendre ses intérêts profonds et de long terme. Nous pensons que le pouvoir populaire n’a pas à connaître d’entraves : il doit être total et permettre l’arrivée d’une ère nouvelle. Une ère dans laquelle l’économie se base sur ce que peut raisonnablement et durablement fournir la Terre et sert à servir les intérêts de l’humanité entière. Une ère dans laquelle la course folle au profit dévastateur ne sera plus qu’une anomalie de l’histoire, une crise d’adolescence de l’humanité.

    Bien sûr, construire les outils qui permettent cette victoire prendra du temps. Dans l’intervalle, les succès électoraux sont des bonnes nouvelles intermédiaires. Mais ils ne doivent pas faire oublier que l’objectif final est plus grand, plus lointain, plus profond.

  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Questions et perspectives sur le second tour

    Questions et perspectives sur le second tour

    L’issue du premier tour, si elle n’a pas été une surprise, n’en demeure pas moins un choc : l’extrême droite s’impose donc pour la première fois deux élections de suite au second tour, tandis que se confirme l’effondrement des partis traditionnels de la Vᵉ République. Une nouvelle fois, le choix laissé au second tour est un Charybde ou un Scylla, deux bourreaux.

    Dès l’annonce des résultats, des lignes se sont formées. Le camp de l’extrême-droite s’est doté d’une rhétorique populiste dont le but est de se faire passer, à nouveau, pour l’antisystème. Les libéraux se sont parés des vertus de la démocratie et de sa défense. Les premiers omettent qu’ils sont des parasites qui vivent de subsides publics et de détournements de fond, qu’ils sont des boutiquiers avant tout. Les second essaient de nous faire oublier qu’ils ont cloué au pilori une partie de la gauche, accusée d’être les agents d’un hypothétique « islamo-gauchisme » et qu’ils ne se sont pas privés de dépasser parfois l’extrême-droite par sa propre droite.

    Il en résulte une pression importante sur l’ensemble de la société, avec des injonctions morales à faire barrage ou à ne pas laisser se mettre en place un nouveau quinquennat de Macron. Nous ne sommes pas des îles, et nous aussi nous sommes perméables à ces questionnements. Plutôt que donner des consignes qui n’ont pas de sens, nous préférons prendre le temps de les analyser et d’essayer de déterminer des perspectives au-delà de cette date dont l’importance même est à nuancer.

    Nous le disons d’emblée : il n’y a pas de « bonne réponse » électorale à ce type de question. Mais il existe en revanche des pistes d’action et des perspectives possibles pour avancer réellement.

    De quoi décide une élection ?

    Si nous reprenons la formulation de l’économiste Samir Amin, les élections dans le système capitaliste servent à une unique chose : elles définissent la péréquation du profit. C’est à dire qu’elles définissent comment sont répartis les richesses extraites de l’exploitation capitaliste et de la surexploitation impérialiste. Ainsi elles définissent, dans la mesure des rapports de force, la répartition entre les salaires, les droits sociaux, les budgets de l’État… mais elles ne remettent pas en cause les fondements même de la source de ces profits. Au delà de ces fonctions économico-politiques, une élection détermine aussi un sens d’évolution des pratiques sociales et des rapports entre individus : égalité entre les genres, tolérance ou xénophobie, etc.

    Mais l’un des points cardinaux des gouvernements élus est aussi et surtout d’assurer la stabilité et la croissance des revenus issus de l’exploitation. La stabilité des marchés est ce qui détermine si la grande bourgeoisie et les grands cartels économiques vont soutenir le gouvernement ou vont le torpiller. En 1924, elle avait choisi de le torpiller pour éviter de payer des impôts sur le revenu (impôts qui ont été mis en place par la force des choses par la suite, mais que les plus grands bourgeois évitent de payer.) En 1936, elle avait l’intention de le faire, mais ce n’est que par une mobilisation immense de grèves pour soutenir l’action du Front Populaire que des compromis ont dû être pris (et par l’action d’un contexte géopolitique de montée en tensions). D’ailleurs les exemples de victoires sociales montrent qu’il n’existe pas de muraille de Chine entre gouvernement et contre-pouvoirs extra-parlementaires. Mai 1968, en dépit de toutes les critiques, avait été plus efficace que le mandat de Hollande pour gagner des avancées sociales.

    Cette sacro-sainte stabilité des marchés et du système d’exploitation est un pivot central. Elle est le canevas, le grand consensus, dans lequel se construit la politique. Ceux qui s’en écartent sont politiquement marginalisés ou traités en ennemis. De toute manière, en dehors de la politique proprement dite, il existe toute une technostructure de l’État qui possède elle aussi ses propres intérêts. Cette technostructure dont les ramifications vont jusqu’à la Françafrique est un poids considérable et un ancrage fort dans une certaine stabilité politique. Le terme d’État profond ayant été phagocyté par les conspirationnistes, nous lui préférons la métaphore de « fonctions neurovégétatives d’État » c’est à dire l’administration, l’armée, l’ensemble des fonctions non-élues, et les fonctions économiques centrales qui garantissent à notre pays d’être une grande puissance impérialiste (complexe militaro-industriel, banques, diplomatie…). Obtenir le pouvoir, c’est obtenir au moins sa neutralité.

    Éviter les analogies douteuses.

    Le fonctionnement par analogie est quelque chose qui mérite d’être illustratif, mais il est aussi trompeur. Nous ne sommes pas dans les années 1930. Il existe une crise économique, oui. Il existe une crise politique partielle. Mais il n’existe pas de crise de régime : c’est à dire une crise dans laquelle le gouvernement ne peut plus gouverner comme il gouverne habituellement et dans laquelle la population ne veut plus être gouvernée comme elle l’est habituellement. En dépit d’une forte abstention et de votes de protestation, le gouvernement fonctionne. Nous ne sommes pas dans une situation d’un « État gélatineux » pour reprendre la formulation de Gramsci. Les institutions fonctionnent, les fonctionnaires obéissent, et, malgré les fictions sur les « zones de non-droit », l’ordre règne.

    De plus, il n’existe pas de force politique organisée qui puisse justifier un passage au fascisme : les menaces avancées par l’extrême-droite ont trouvé leur place dans l’imaginaire collectif d’une grande partie de la population, mais elles peinent à convaincre les grands magnats de la finance et de l’industrie. Le patron de Zemmour reste ainsi un outsider chez les grands patrons. Il est un des seuls parmi cette clique réactionnaire à considérer que les solutions libérales ne sont plus celles qui conviennent. Il s’est marginalisé, même si le temps (et l’accentuation des crises) joue probablement en sa faveur. Il n’y a pas aujourd’hui de courant révolutionnaire ou même extra-parlementaire fort. Jean Luc-Mélenchon, lorsqu’on consulte son programme, ne remet pas en cause les fondements de l’exploitation ou de l’impérialisme. Il n’existe pas de force à l’étranger qui soit aussi capable de fragmenter l’unité du pays, pas de « parti de l’étranger » en dépit des fantasmes des fascistes. Il n’existe pas de raison qui puisse justifier que la grande bourgeoisie passe de l’enrichissement immense accordé par Macron à une politique aventuriste et chaotique supprimant la démocratie parlementaire et l’État de droit.

    Obtenir déjà le fait de pouvoir diriger est une lutte en soi. Il est plus aisé de diriger du centre que d’une aile politique, cela facilite les alliances et les compromis, et dote d’une marge de manœuvre. De plus, la politique est un art du compromis : LREM a été obligé de prendre en compte le votre RN, le RN serait obligé de faire l’inverse pour espérer être obéi.

    Lorsque Macron a été élu, peu le considéraient comme capable de pouvoir rassembler une majorité législative qui lui accorderait le pouvoir. Il y est parvenu par le fait qu’une grande partie de ce PS sans colonne vertébrale (dont l’archétype est Gérard Collomb) sont passés avec armes et bagages du côté de Macron.

    Car le système mis en place pour l’élection des députés favorise celui qui possède la meilleure assise territoriale. Cela signifie que malgré le résultat microscopique qu’a obtenu le PS, il est en meilleure posture d’obtenir des députés que le RN bien plus fort électoralement. Les élections législatives vont donc être une bataille pour la conquête de territoires, et il n’est pas sûr qu’une Le Pen fraîchement élue puisse avoir la majorité qui lui manque.

    Pour conjurer cette situation, elle a évoqué le passage par référendum à la proportionnelle. Cette proportionnelle avec un avantage à celui qui arrive en tête pourrait lui donner une assise suffisante pour diriger le pays avec une véritable autorité. Mais cette transformation serait un cataclysme politique, elle changerait complètement le fonctionnement de la République. Il est quasiment certain que tous les élus feraient feu de tout bois pour empêcher cela et conserver leurs postes. Une élection proportionnelle est aussi un facteur d’instabilité en soi : elle pourrait se retourner contre ceux qui la mettent en place.

    Il existe des pays d’extrême droite en Europe, mais existe il un pays fasciste ?

    Dans beaucoup de pays d’Europe (mais aussi dans le monde) l’extrême-droite est au pouvoir. Pourtant, le nombre de régimes qu’on peut qualifier de fasciste est difficile à quantifier. Une victoire électorale ne signifie pas forcément les coudées franches. Même Mussolini à mis plusieurs années entre sa prise du pouvoir et la possibilité de faire passer les lois fascistissimes. Hitler s’est vu conférer le pouvoir dans le cadre d’une crise de régime qu’il avait contribué à créer, et il en tiré profit pour mettre en place la loi habilitante. Mais ni le PiS en Pologne, ni Orban en Hongrie, ni le FPÖ en Autriche n’ont mis en place le fascisme. Et celui-ci pourrait très bien venir de personnalités n’étant pas marqué à l’extrême-droite, si jamais le climat devait s’y prêter.

    Rien n’est jamais certain, mais les probabilités d’un succès RN, même avec la présidence, restent mince. En revanche, nous observons déjà un sentiment de victoire qui pousse les fascistes à se lancer dans des attaques et des agressions. C’est là un vrai danger quelque soit l’issue du scrutin, mais particulièrement en cas de victoire du RN. Même si les marges de manœuvre politique sont minces, une partie de la technostructure, en particulier les institutions militaires et policières, sont déjà acquises à l’extrême-droite. Elles en profiteraient certainement pour outrepasser encore davantage les lois dans l’exercice de la répression. Nous ne sommes pas tous égaux devant cette répression : nous pouvons camoufler nos idées, mais ceux qui sont ciblés pour leur peau, leur genre, leur situation sociale ne peuvent rien y faire. Il y a une certaine responsabilité à avoir.

    Si nous devions résumer : Macron est moins dangereux pour le droits politiques et pour le climat politique que Le Pen mais posséderait des marges de manœuvre plus grandes pour agir comme il le souhaite. A l’inverse, Le Pen serait un blanc seing pour les violences racistes et xénophobes (particulièrement policières), mais aurait des marges de manœuvre plus étroites pour avancer sur des projets politiques.

    Dans le fond, victoire ou non, il aurait mieux fallu Mélenchon au second tour. Il aurait certainement perdu. Mais le centre de gravité du débat public aurait été polarisé autour d’autres thématiques, d’autres questions. Il aurait pu permettre aussi une expression plus confortable de nos conceptions et de nos stratégies, plus que de devoir choisir entre deux anti. Mais nous ne choisissons pas les conditions du combat.

    Que faire ?

    Nous considérons qu’il existe trois scénarios majoritaires et un minoritaire.

    1. Voter Macron pour faire barrage et réduire le score relatif du RN dans le but de
      1. Éviter son accession au pouvoir.
      2. Réduire son score relatif pour essayer de déplacer le curseur du centre de gravité électoral de l’extrême droite vers le centre.
    2. S’abstenir ouvertement.
      1. Pour ne pas se compromettre dans le fait de voter pour le bourreau qui a dirigé pendant cinq ans.
      2. Pour réduire le score absolu des candidats et délégitimer une élection dans laquelle une minorité de la population s’est exprimée.
    3. S’en moquer complètement et focaliser sont attention et son travail sur d’autres terrains de lutte.
    4. Nous ajoutons un scénario minoritaire : voter le Pen pour essayer de déclencher une catastrophe dans laquelle nous serions obligé de prendre nos responsabilités.

    Ces scénarios, à l’exception du dernier, ont une certaine légitimité. Cependant, l’action des forces progressistes et révolutionnaire serait bien tristement limitée si elle se bornait à un bulletin (ou non).

    Du Front antifasciste à l’opposition extra-parlementaire.

    L’idée d’un Front Antifasciste a été notamment lancée par Philippe Poutou, candidat malheureux à la Présidentielle. Cette idée est louable, mais n’est guère neuve : il existe le plus souvent des coordinations unitaires dans les grandes villes. On peut s’interroger sur le fait que le NPA, qui a connu une série de déconvenues ces derniers temps, entre le départ de Révolution Permanente et un déclin en termes de militants, n’essaie pas de réanimer son organisation en tenant de mettre à son compte cette idée. Quoiqu’il en soit, le problème de ces fronts est dans leur nature même : il s’agit d’un élément tactique défensif, qui permet de lutter de manière coordonnée contre l’ennemi ultra réactionnaire, mais il n’est pas en mesure de devenir un outil stratégique offensif, capable de porter un programme. Il reste à définir une synthèse commune qui puisse, on peut l’espérer, servir de creuset à une nouvelle alliance. De même nous ne pouvons nous limiter à dénoncer le fascisme sans aborder les crimes des libéraux.

    D’une manière générale, nous pensons que les élections ne constituent qu’une action parmi d’autres dans la lutte politique. Si elles accordent des postes et des fauteuils, elles ne constituent pas l’intégralité de la démocratie et du politique. Nous pensons que l’un des points centraux de notre action, notre au sens du courant progressiste-révolutionnaire, est l’extra-parlementarisme. Nous avons pu voir, au moment des Gilets Jaunes, une politisation importante : c’est à dire la prise en compte du fait que l’action de transformation de la société ne passe pas que par les relais politiques officiels. Cette politisation n’a pas toujours débouché dans la direction souhaitée et à pu dégénérer en conspirationnisme ou en positions réactionnaires. Mais elle à permis à des gens qui n’avaient jamais pu décider dans leur vie de participer à un espace dans lequel ils avaient une souveraineté. Cette politisation est le prélude à la constitution, un jour, de doubles pouvoirs, de conseils, qui seront des outils dans le renversement de l’ordre injuste.

    Mais il nous faut pour cela grandir : tant numériquement que dans notre conception des choses. Cela veut dire être capable d’aller au-delà de la leçon de morale et d’écouter aussi. D’écouter ceux et celles qui n’ont pas voté et d’apporter des réponses aux questions profondes qui sont sous-jacentes. D’écouter ceux qui ont voté pour des réactionnaires alors que ce n’est pas leur intérêt de classe et de chercher à comprendre aussi quelles sont les raisons qui peuvent les avoir poussé à écouter un argumentaire anti-populaire. C’est d’être capable de saisir les vraies raisons profondes, et de les inclure dans une perspective qui ne divise plus les exploités et les exploitées, mais qui soit capable de les réunir contre leurs bourreaux : la grande bourgeoisie « bien de chez nous ».

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • 2,4 milliards d’euros

    2,4 milliards d’euros

    Dernièrement, un nom nouveau occupe les médias : MacKinsey. Ce cabinet de conseil a été épinglé pour avoir englouti pas moins de 2,4 milliards d’euros. En échange, il a donné des conseils d’une utilité plus que douteuse à notre gouvernement. Ainsi, 4 millions d’euros ont été dépensés pour un rapport sur les APL, rapport qui a conduit à la réduction des APL de 5€ par mois. Ailleurs, 496 800 euros ont été donné en pure perte : pour un dossier de réflexion sur l’avenir de l’enseignement préalable à un colloque qui n’a jamais eu lieu.

    Ce scandale est devenu une épine dans le pied d’une campagne électorale pourtant bien commencée : Macron, en se positionnant plus ou moins habilement sur la guerre en Ukraine, à pu apparaître sous une tout autre dimension que les autres candidats. De chef de guerre, Macron est redevenu un boutiquier clientéliste.

    Mais que représente 2,4 milliards ?

    Qui sait ce que cela représente réellement ?

    L’ennui avec les chiffres, c’est que passé un certain degré, ils deviennent abstraits. Ainsi la distinction entre le million et le milliard, malgré le fait qu’il s’agisse d’un facteur mille, paraît difficilement appréhendable.

    Pour donner un ordre d’idée intéressant, un million de secondes équivaut à 11 jours. 1 milliard de secondes est équivalent à 31,5 années. Imaginons que une seconde est équivalent à 1€.

    Dans une vie de labeur, un travailleur ou une travailleuse au SMIC gagne 604 800€. Sa vie serait donc de plus ou moins six jours. Si la personne travaillait dans l’ingénierie, on peut aller jusque 1,7 million, soit 18,7 jours. À l’inverse, la fortune de Bernard Arnault lui accorderait une longévité de 5000 ans environ, soit 1825000 jours. Cela fait relativiser.

    La fraude sociale est estimée entre 724 millions et 7 milliards d’euros. C’est donc entre 22 ans et 220 ans. C’est beaucoup. Mais la fraude fiscale est, quant à elle, entre 13,7 milliards (430 ans) et 100 milliards (3150 ans). C’est immense. Moins que la fortune d’un unique milliardaire.

    Donc si 1€ est une seconde, ce scandale représente 75 années, mais aussi le salaire de 400 SMICards ou SMICardes sur l’ensemble de leur vie.

    Cette abstraction fait qu’on a parfois du mal à se rendre compte de l’ampleur du scandale : déjà pour la perte en tant que telle, mais aussi pour l’influence politique de plus en plus décisive que prennent ces groupes.

    Qui est MacKinsey ?

    L’agence MacKinsey est une agence de conseil née en 1926. Wikipédia définit ces agences de la manière suivante : « Une société de conseil ou cabinet de consulting ou encore un cabinet de conseil est une entreprise qui emploie des consultants qui vendent des avis ou des recommandations sur ce qu’il convient de faire dans une organisation pour en améliorer un aspect. » Il s’agit donc d’une société dont le rôle est d’apporter des conseils sur la gestion, l’amélioration du fonctionnement, ou d’autres aspects. En somme, comme l’avait résumé Frustration Magazine: « Ils empruntent votre montre pour vous donner l’heure ».

    McKinsey est une société qui a fait sienne deux valeurs : la première est celle d’une espèce de darwinisme interne féroce : les cadres qui ne sont pas promus sont renvoyés. La seconde est une obsession pour la réduction des effectifs. Le but est toujours le même : augmenter les rendements, diminuer les coûts.

    Quelques exemples des services de la société MacKinsey :

    The Economist avait décrit l’entreprise ainsi : « Les consultants de McKinsey sont convaincus qu’ils font partie des êtres humains les plus intelligents. Ils sont en réalité parmi les gens les plus arrogants et irresponsables. » McKinsey est intimement lié à plusieurs grands scandales au cours de ce début de siècle.

    • Le scandale Enron : la société de conseil a déterminé que la meilleure stratégie pour cette société était de mentir sur la situation de sa comptabilité. La société se vendait ainsi du gaz à elle même, ne comptait plus ses dépenses, sous-évaluait ses dépenses… Cachant 40 milliards d’euros de dettes. Lorsqu’elle s’effondre 45 000 petits actionnaires ont tout perdu, et 27 000 salariés se retrouvent avec 4 500$ d’indemnités, tout en ayant perdu 1,2 milliards d’épargne retraite.
    • Dans le même ordre d’idée, la société a encouragé des prises de risque énormes, notamment des prêts bancaires toxiques, qui ont contribué à déclencher la crise de subprimes de 2008.
    • En décembre 2020, la société est impliquée dans un des plus grands scandales sanitaires des USA. Il s’agit de celui des opioïdes. Alors que la France compte généralement sur le trio paracétamol, aspirine, ibuprofène, les USA comptent énormément sur les opiacés. Cette surconsommation a causé la mort de 52 000 américains en 2015. En 2017, ce sont 65 000 morts, contre 38 000 pour les armes à feu. Au total, 500 000 morts ont été causés par ces produits. MacKinsey, dans ce scandale, avait lancé des campagnes de communication et encouragé à vendre des produits addictifs. Pour éviter toutes poursuites, ils ont versé 573 millions de dollars.
    • De même ils ont encouragé la hausse des prix des médicaments aux USA et ont fait du conseil à des industriels du tabac. Ils ont ainsi travaillé sur des campagnes de marketing à destination des marchés émergents, principalement l’Asie. Surtout, l’entreprise est mouillée dans ce qu’on nomme « le projet Cerberus ». Ce projet vise à créer une version alternative de la structure de contrôle du tabac. En somme il s’agit de s’affranchir des limitations existantes.
    • L’entreprise ne renâcle pas à travailler avec le gouvernement russe et le gouvernement chinois. Elle a d’ailleurs organisé une somptueuse fête à côté d’un camp d’internement.
    • Enfin, pour ajouter au pot-pourri, elle est accusée de corruption en Afrique du Sud, de détournements de fonds en Belgique, et de racket aux USA.

    En France, au-delà du conseil onéreux, l’entreprise est soupçonnée de ne pas avoir payé d’impôts sur les sociétés. L’an passé, le Monde avait révélé qu’elle ne payait que 175$ d’impôts par an au Delaware. Malgré les dénégations de celle-ci, la commission d’enquête sénatoriale a déterminé qu’elle n’a bien payé aucun impôts en France depuis dix ans. De plus son directeur associé est maintenant suspecté d’avoir fourni un faux témoignage.

    Qui dirige ?

    L’omniprésence de cette firme est inquiétante sur la manière dont la direction de l’État considère les affaires publiques. Le pire étant que McKinsey n’est pas même le cabinet le plus consulté : Comme le note le Monde « McKinsey ne représente que 1 % des dépenses de conseil de l’Etat entre 2018 et 2020, loin derrière Capgemini (5 %) et Eurogroup (10 %). » Car les décisions prises ne sont pas neutres. Lorsque McKinsley ou un autre groupe de gangster produit des recommandations, elles correspondent à une certaine conception politique des choses, à une certaine idéologie.

    Aujourd’hui, les agences de notation ou les agences de conseil définissent la forme que prend l’organisation sociale. Les dirigeants politiques sont là pour adopter ces solutions et les appliquer en les rendant acceptables. Il faut d’ailleurs, à ce titre constater deux choses :

    • Si les dépenses en cabinet de conseil ont doublé entre 2018 et 2021, elles n’ont jamais été aussi hautes que pendant la période de la Révision Générale des Politiques Publiques. Cette grande politique de transformation des services publiques initiée par Sarkozy s’est traduite par l’introduction de la notion de rentabilité dans des secteurs tels que la santé ou l’éducation.
    • Si Valérie Pécresse en profite sans la moindre vergogne pour tirer à boulets rouges sur Emmanuel Macron, elle omet de mentionner que l’un des partenaires associés de McKinsey n’est autre que le président de son micro-parti : Maël de Calan. C’est ce même de Calan qu’Olivier Véran a introduit au ministère de la Santé le 23 décembre, lors du lancement de la campagne de la troisième dose. La collusion est totale.

    Leur influence sur l’État montre que le gouvernement veut traiter les affaires publiques comme les affaires d’une entreprises : en termes de rendements maximum qui peuvent être obtenus en pressurant à fond la société. Cette influence ramène l’État à sa juste place, celle définie par Marx : une interface entre le pouvoir du capital et les personnes que celui-ci exploite.

    Une colère discrète.

    Fut un temps, une affaire telle aurait fait sauter quelques personnalités et aurait déclenché des colères immenses. Or, elle ne provoque pas les mêmes remous que d’autres, pourtant d’une importance moindre, comme l’affaire Fillon, il y a cinq ans. Ce scandale apparaît finalement assez abstrait, sans victimes précises. Pourtant il y a des victimes : cet argent pourrait servir à des usages positifs : santé, éducation, minimas sociaux, salaires… quitte à dépenser 2,4 milliards, ils auraient pu bien mieux ruisseler !

    Nous assistons à une accoutumance : ces scandales deviennent impossibles à distinguer les uns des autres et ne provoquent plus de colère aiguë, seulement un dépit toujours plus grand. Les mensonges sur la violence policière, les injures jetées à la face des plus précaires et des plus pauvres, les trafics en tout genre s’accumulent. Mais les problèmes du quotidien sont tellement présents qu’il est parfois difficile de faire même attention à ce type de scandale. Le prix de l’essence, par exemple, est un coût bien plus concret et bien plus douloureux que la lointaine présence de parasites qui vivent aux crochets de l’État.

    De scandales en scandales, de mensonges en mensonges, il se produit une perte de confiance envers l’État et envers sa direction. Et c’est quelque chose que nous ne pouvons que regarder positivement, même si cela débouche sur des défis que le camp du peuple ne peut pas encore relever. L’espace disponible pour fournir une autre analyse du monde et une autre conception de la société est majoritairement gagné par les branches les plus réactionnaires du capitalisme. C’est là une tâche qui ne peut pas être nourrie uniquement de mantras et d’incantations, mais bien une tâche extrêmement concrète : fournir un débouché politique et organisationnel crédible à ce dépit et -plus que de la colère- à la haine qui existe entre les exploités et leurs exploiteurs.

  • Tensions en Corse : vers une forme d’autonomie ?

    Tensions en Corse : vers une forme d’autonomie ?

    Yvan Colonna est décédé. L’assassin présumé du préfet Erignac, tué en 1998, est mort des suites des coups reçus en prison par le djihadiste Franck Elong Abé, incarcéré avec lui. La nouvelle de ses blessures, le 2 mars avait entrainé des explosions de violence dans l’Ile de Beauté. L’Etat français avait d’ailleurs été déstabilisé par l’ampleur de celles-ci. Il est décédé le 21 mars sans avoir repris conscience. Aujourd’hui, le retour de son corps dans son pays suscite une vague d’émotion importante. Petit retour en arrière : 

    Yvan Colonna est un prisonnier politique très surveillé, classé DPS (Détenu Particulièrement Surveillé). Cet ex-militant du Front de Libération National Corse (FLNC) avait été au centre d’une affaire particulièrement médiatisée, fin 90 début 2000. En 1998, le préfet Erignac est abattu. Peu de temps après le nom d’Yvan Colonna apparaît dans les médias : il est accusé d’avoir exécuté le haut fonctionnaire. Il s’en suit une longue cavale qui se termine 5 ans après, en 2003. Il est alors condamné dans des circonstances débattables et avec un respect quelque peu douteux des droits de la défense. Ainsi Nicolas Sarkoy, alors ministre, avait largement transgressé la présomption d’innocence. L’affaire Colonna avait fait couler des fleuves d’encre. Elle était une de ces grandes affaires dans lesquelles il ne peut pas ne pas y avoir de coupables. Yvan Colonna, quelque soit la réalité de sa participation à cet assassinat, était condamné d’office. Ne pas trouver l’assassin aurait été un aveu de faiblesse terrible pour l’État. Il a donc mis les bouchées doubles pour obtenir un placement long en préventive, suivi d’une incarcération particulièrement lourde, loin de sa famille, sous le statut de Détenu Particulièrement Surveillé.  Ses soutiens demandaient la fin de ce statut, uniquement décidé par les hautes instances de l‘État, sans justification. 

    Ce statut a été changé par le gouvernement après les émeutes, montrant ainsi que Colonna, et les autres prisonniers politiques, étaient maintenus loin de leurs proches par la seule volonté présidentielle. Cette annonce, loin de calmer les choses, a été perçue comme une provocation, et a suscité encore plus de colère. Il nous rappelle qu’il existe une volonté franche de briser les solidarités autour des détenus. C’est aussi le cas des Basques, qui sont systématiquement écroués loin de leur famille. 

    Nous ne pouvons pas non plus oublier que cet acte de violence illustre le fait que le système carcéral français n’a aucunement des vertus de réhabilitation. Il est un inframonde, un cercle de l’enfer, dans lequel la violence et les mauvais traitement sont continuels. La prison n’est nullement un moyen de « transformation », même selon les critères idéologiques de l’État. Elle est une punition, dans les rats, les cafards, la surpopulation. 

    Le gouvernement : entre tensions et dialogue

    En Corse, la colère a rapidement pris une ampleur telle que l’État s’est retrouvé dépassé. Elle a ravivé une flamme nationaliste qui s’était quelque peu atténuée : certaines concessions économiques avaient permis d’acheter la neutralisation des plus grands courants. Ce réveil est donc fracassant. Aujourd’hui, les mouvements demandent au minimum une autonomie de la Corse, sous la même forme que la Polynésie Française, seule solution pour calmer la colère du peuple. Ils demandent également une enquête sur le meurtre. Des menaces de reprendre la lutte armée, « le maquis », se font également entendre. Le consensus antérieur est donc fracturé.

    Depuis le début de son mandat, Macron prête peu d’importance à la Corse. Il est aujourd’hui obligé d’affronter un ressentiment importante. À la suite des émeutes, Darmanin fut envoyé en Corse, dialoguer avec les différents élus locaux, où il fait miroiter un changement de statut de la Corse. Cette promesse est cependant assortie d’une condition : la réélection de Macron. L’en même temps proverbial fonctionne toujours. Mais le mot est lâché : l’autonomie est à portée de main. Gare à celui qui retirerait aux Corses cette perspective. Cette déclaration a entrainé un retour au calme, même si celui-ci a tout d’une paix surarmée. 

    Malgré le déplacement de Darmanin et les nombreuses réunions avec les élus locaux, le gouvernement garde une attitude offensive suite à l’annonce du décès de Colonna : l’envoi de plusieurs centaines de CRS sur l’île, pour des manifestations qui n’ont pourtant pas encore eu lieu. 

    Des perspectives positive ?

    Nous considérons que l’autonomie va dans le bon sens : celui d’une prise en charge du destin de la Corse par les Corses eux et elles-mêmes. Elle serait encore insuffisante, mais serait un premier pas, pas qui pourrait ensuite permettre à d’autres revendications d’émerger, que ce soit dans l’hexagone ou dans les possessions coloniales. Nous ne pouvons pas oublier que la Corse peut s’enorgueillir d’avoir été la première nation de l’époque moderne à proposer une Constitution démocratique en 1755. Elle est alors le premier État dans lequel les femmes ont le droit de vote. Nous pensons que les questions d’autodétermination sont importantes et ne doivent pas être réduites à un folklore. Elles sont des questions importantes et qui méritent d’être traitées avec sérieux.

    Nous voyons notre tâche, en tant qu’organisation ayant vocation à lutter sur l’ensemble du territoire détenu par la France, non pas comme prenant forcément des positions sur ce qui doit être fait pour tel ou tel territoire. Nous ne sommes pas des décrétistes. Nous la voyons comme une lutte pour permettre d’arriver aux conditions dans lesquelles ceux et celles qui habitent dans ces espaces puissent trancher ces questions : rester, être autonomes, ou partir. 

  • Macron a parlé

    Macron a parlé

    Le 12 juillet, Emmanuel Macron, dans ce rituel habituel, s’est adressés à ses administrés. Ses annonces sont en deux volets. Une partie sur la question de la crise sanitaire, une autre sur la question de l’offensive contre les droits sociaux. Il s’agissait de déclarations attendues et prévisibles. Mais ce qui est tragique, c’est le renversement total, aux yeux d’une partie conséquente de l’opinion publique de l’importance de l’une par rapport à l’autre.

    La première nous paraît la plus importante. Elle est le dévoilement du plan d’assaut contre les droits sociaux. Nous savons désormais que la pause dans les réformes, très relative, est terminée. Macron prévient : le monde de demain ressemblera donc à celui d’avant hier. A celui d’avant le programme du CNR et les conquêtes sociales. Le temps avant les élections présidentielles est compté, et il entend bien en tirer profit pour mener, tambour battant, une série de réformes scélérates. Nous voilà prévenus : il nous faudra rassembler les forces syndicales, politiques, sociales qui ont subit un an et demi de knock out technique, et prendre le chemin des luttes.

    Nous savons que celles-ci s’empêtrent souvent dans les calendriers électoraux : certes les organisations politiques présidentiables battront le pavé, mais avec un seul mot d’ordre. « Votez, et nous ferons le reste ». Or nous savons que ces promesses creuses n’engagent à rien, mais, aussi, sont souvent irréalisables. L’État n’est pas l’arbitre neutre de la lutte entre les intérêts dans la société : il est surtout une interface qui permet à la bourgeoisie de rendre la dictature des siens acceptable, en permettant certains aménagements, certaines concessions. Mais sans jamais renoncer à l’essentiel : ses intérêts priment.

    La réforme du chômage sera donc appliquée. Le RSA baissera. Les retraites sont en ligne de mire. Et pourtant, ce qui ressort dans les discours, c’est la lutte contre la pandémie. Alors que les premiers points concernent l’avenir et l’assombrissent terriblement, les yeux sont rivés sur la lutte sanitaire. Le reste est oubliée.

    Mais, même la mise sur un pied d’égalité de la lutte sanitaire est déjà une forme de défaite intellectuelle et militante. Le fait que certains groupes choisissent de qualifier les mesures prises par l’État de dictature sanitaire, de totalitarisme, montre le divorce complet entre ces groupes et la réalité concrète, matérielle, de ce que signifie cette épidémie.

    Nous ne considérons pas que la politique menée par l’État pour lutter contre la pandémie soit idéale ou parfaite. Nous l’avons largement critiquée à plusieurs reprises, en particulier pour sa stratégie du moindre mal. Celle-ci, pour des motivations économiques mais aussi démagogiques, a été coûteuse sur tous les plans. Tant sur le plan humain, moral, qu’économique. Si aujourd’hui, la situation paraît sous contrôle, plusieurs indicateurs laissent penser qu’elle peut repartir rapidement, notamment sous la pression d’un nouveau variant. Pendant ce temps, la campagne vaccinale s’est montrée poussive. Nous interprétons le discours de Macron, par rapport à ce point là, comme étant une manière de taper du poing sur la table, tout en offrant aussi des issues : il s’agit de passer d’une vaccination encouragement (à voyager, à sortir…) à une vaccination sanction basée sur des menaces et des restrictions spécifiquement appliquées à celles et ceux qui ne se vaccinent pas. C’est une politique qui se durcit. La question de cette vaccination obligatoire pour certaines professions (santé, pompiers…etc.) ainsi que le développement du pass vaccinal ou d’application de suivi ont causé une levée de boucliers.

    C’est une expression multiforme qu’il convient d’analyser rapidement : Elle est d’une part un sentiment populaire de méfiance et de rejet de tout ce qui est proposé par le gouvernement, traduisant une absence de confiance dans celui-ci, mais également plus profondément, dans l’ensemble de la société telle qu’elle est à l’heure actuelle. Et c’est là quelque chose de dramatique quant il est question de sujets tels que la science ou la santé publique.

    Mais cette expression est aussi celle d’un discours politique. D’une part l’extrême-droite tente d’employer ces peurs et ces angoisses pour alimenter sa propre rhétorique conspirationniste. De l’autre, il existe aussi ce conspirationnisme d’extrême-gauche, qui voit dans cette manière de gérer la pandémie l’expression de tendances totalitaires.

    Nous n’avons pas besoin de parler des fascistes et de l’extrême-droite, leurs intentions sont claires. Mais nous voulons parler à nos amis qui se trompent dans leur manière d’analyser les choses. Il est vrai que le gouvernement (ou plutôt les gouvernements successifs) ne rechignent pas quant il s’agit d’étendre le contrôle social et de détruire les droits économiques et politiques (ce qui est, nous le maintenons, l’aspect central du discours de Macron). En revanche, cette hostilité à l’ensemble des mesures contraignantes et de lutte contre la pandémie pose question : comment l’auraient-ils abordée ?

    Nous ne voulons pas nous poser les questions uniquement en étant dans une posture d’outsiders. Cette attitude qui consiste à se placer d’une manière diamétralement opposé à l’ensemble des discours de l’Etat, confortable, est aisée. Mais elle n’est pas sans travers : en supposant un plan préétabli, cohérent, dans l’ensemble des prises de décision politiques, en considérant l’État comme un diable cynique et mû par la méchanceté, ces discours piochent aussi dans un inconscient conspirationniste. Il est d’ailleurs hilarant de voir que cette hypothèse totalitaire se heurte à des écueils insurmontables. Par exemple, ceux et celles qui disaient que le gouvernement était en guerre contre la vie sociale, qu’il préparait 1984, comment expliquent-ils ce relâchement brutal dans le confinement ? Ils ne l’expliquent pas. Ils ont simplement cessé de le dire, et passés à autre chose, à d’autres hypothèses totalitaires.

    Dans chacune de nos prises de position, nous nous posons la question de « qu’aurions nous fait ». Et il est clair que si nous étions au pouvoir, dans cette situation de pandémie, nous aurions du, nous aussi, prendre des mesures extrêmement contraignantes pour tordre le coup à cette maladie. Nous aurions du, nous aussi, faire la promotion ou imposer la vaccination. Nous arions du, nous aussi, empêcher les rassemblement festifs et sanctionner les organisateurs et les organisatrices (pas avec les mêmes modes opératoires, certes). Pas par attrait pour l’autoritarisme, non, mais bien parce que nous plaçons la nécessité comme préalable à la liberté. Et parce qu’une épidémie, et a fortiori une pandémie, n’est pas un choix individuel. C’est une responsabilité collective qui transcende notre individualité. Elle n’est pas comme marcher sur le bord d’une falaise par grand vent, où seule la sécurité de l’individu qui le fait est en jeu, elle est comme rouler ivre-mort dans une rue. Cette mise en avant des intérêts étroitement individuels et personnels, finalement pas si éloignée des ultra-libéraux à la Bolsonaro et à la Trump, montre une faillite dans l’analyse de la société et dans la compréhension du rôle de militant et de militante.

    Cela ne signifie pas tout accepter, bien au contraire ! Mais cela signifie savoir reconnaître ce qui est nécessaire et vital et ce qui est à surveiller ou à combattre. En l’occurrence il nous faut lutter contre la pandémie de manière efficace. Nous ne marcherons pas avec les anti-masques, les anti-vaccins, ou ceux et celles qui n’agissent que pour leurs petits plaisirs, leurs petites jouissances de privilégiés individualistes. Nous ne nourrirons pas la machine à produire du conspirationnisme, qui non seulement nous éloigne de nos objectifs émancipateurs, mais qui menace aussi à tout moment de nous engloutir.

    En revanche, nous considérons qu’il est vital, de rester vigilants.
    Nous devons nous préparer à des temps difficiles, pris dans la tourmente d’une campagne électorale menée autour de thématiques réactionnaires et quasiment fascisantes. Nous devons nous préparer aux offensives sociales, sociétales, et politiques. Sans tordre le cou à cette pandémie, nous ne pourrons ni répondre, ni remporter de victoire.

    Pour se retrouver dans la rue, lutter, avancer, gagner, il faut être en bonne santé !

  • Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Serait-ce la réforme de la onzième heure ? Depuis plusieurs semaines, la rumeur enfle. Macron semble vouloir à nouveau s’attaquer à la question des retraites pour poursuivre sont œuvre de discussion. Alors qu’une 4e vague se profile, mais que rien n’est prêt, alors que la campagne vaccinale peine à convaincre, le président-candidat veut ouvrir un nouveau front. Il semble qu’il s’adressera aux français et aux françaises lundi pour parler de cela.

    A ce stade, les choses restent floues. Mais nous en saurons plus très bientôt.

    Ce qui est significatif c’est le changement brutal d’orientation opéré par ceux qui déterminent la politique d’Emmanuel Macron. Il y a un peu plus d’un an, au moment des premiers confinements, les grands capitalistes, si prompt à défendre un libéralisme outrancier, se sont réfugiés, en pleurs, dans les jupes de l’État. L’État, en créant de la dette, à permis à un grand nombre de salariés de pouvoir conserver un revenu. Mais une autre mesure « sociale » a été aussi mise en œuvre : la protection des bénéfices des grands cartels de l’économie. Le grand patronat a été dorloté par cette « économie de pandémie ». Il en profite aussi par l’effondrement de plusieurs de ses concurrents.

    Le coût de ces mesures est difficilement estimable. Mais cela n’intéresse pas tant que ça les exploiteurs, car celles-ci ne lui ont rien coûté. Le chômage partiel, par exemple, n’a pas été payé avec les profits des grandes firmes, mais bien en créant une dette qu’il « faut » aujourd’hui rembourser. Et les capitalistes n’entendent pas rogner sur leurs profits. En revanche, après avoir vampirisé les ressources publiques, ils se font de nouveau les porte-paroles de l’austérité et du darwinisme social.

    Le patronat et l’État imposent l’idée qu’il faut « relancer le pays ».

    La campagne présidentielle commence à se dessiner. Sa physionomie est celle de la droite, voire de l’extrême-droite. Au delà des axes concernant l’Islam, la sécurité, l’immigration, l’autre pan de ces élections sera celui de cette « relance ». Derrière cette idée de relance, imposée comme étant vitale, se trouve l’idée de hausser, une nouvelle fois, la rentabilité des entreprises française. Elle est hypocrite. Pour le patron du MEDEF : « Je suis assez optimiste, je ne pense pas qu’on aura une augmentation massive du chômage, je ne crois pas à une vague de plans sociaux et de faillites », d’autres études indiquent qu’il ne faudra que trois ans pour que la France retrouve son PIB d’avant le COVID. Et encore, une partie de ce rattrapage économie est entravée par des phénomènes externes : à savoir la concurrence toujours plus forte entre Chine et Occident, mais aussi les malheurs d’autres États qui subissent de plein fouet la pandémie.

    Comment payer la « relance ».

    En réalité, cette relance n’est finalement qu’une seule chose : c’est la poursuite d’une offensive débridée contre les droits sociaux, les droits des travailleurs et des travailleuses. C’est par là que cette relance est envisagée. Par une pression accrue sur les salaires, en particulier en continuant à détruire l’assurance maladie, le chômage et les retraites. Ainsi, dans la réforme des retraites qui se prépare, la première étape serait un passage à 65 ans de l’âge de départ à la retraite, et la seconde le passage à la redoutable retraite à points. Cet ensemble de réformes, prévus pour la période du quinquennat de Macron, vont probablement s’étaler plus que prévu.

    Pour le moment, le calendrier est inconnu et le gouvernement hésite.

    En effet, la situation pandémique a ralenti le travail de sape des droits sociaux. Macron a du tergiverser et reculer sur certains points. Aujourd’hui, le gouvernement se prépare à choisir. Il doit à la fois donner des gages aux grands capitalistes sur le fait qu’il sera leur héraut et l’exécuteur de leurs désirs, tout en restant consensuel et en évitant de déclencher la colère sociale. De ce point de vue, il règne une certaine division sur la méthode à suivre. Certains comme Ferrand étant contre une charge sabre au clair. D’autres se montrant plus empressés à servir leurs maîtres. Il n’est pas impossible qu’il fasse d’ailleurs le choix du référendum. Cela pourrait être une chose positive, permettant de sanctionner la question par le rejet populaire.

    Mais les gouvernements sont passés maîtres dans le fait de tourner les questions des référendums à leur avantage. Le « en-même temps » macronien, et sa capacité à s’appuyer sur les ambiguïtés, peuvent transformer une apparente victoire en défaite totale. Un vote autour d’une « politique de redressement du pays », par exemple, pourrait très bien donner à LREM l’appui qui lui manque pour anéantir les droits sociaux.

    Peut être attendra t’il sinon son prochain quinquennat, s’il a lieu, pour terminer son œuvre. Cap 2022 a pris du retard, mais reste la boussole qui guide l’activité du gouvernement et sa stratégie.

    Préparer la lutte.

    Le risque de la période qui s’ouvre est celui de l’anesthésie par les élections présidentielles. Le « ne luttez pas, votez » sera certainement le credo d’un grand nombre d’organisations, y compris de gauche. Nous pensons l’exact opposé. Qu’importe ces élections, ce qui compte est la lutte. Nous savons que l’État ne peut être, dans sa forme d’État bourgeois, conquis. Il peut en revanche être contraint par la pression sociale, l’organisation, la lutte extra-parlementaire. Nous pensons que dans la période qui s’ouvre, un front uni doit naître autour de cette idée : rejeter l’espace étriqué formé par la politique bourgeoise et faire naître une légitimité dans la revendication d’un régime nouveau.

    Alors que les exploiteurs veulent nous faire travailler plus, dans des conditions toujours plus difficiles et toujours plus longtemps, un autre destin est possible. Un travail partagé, réparti, dont les bénéfices ne servent pas à engraisser des parasites exploiteurs, mais servent à l’ensemble de la communauté. Un travail qui se focalise sur ce qui est nécessaire : assurer l’accès aux biens matériels et culturel dans les possibilités définies par la protection de l’environnement. Un travail qui répond aux besoins, aux lieux de chercher à en créer artificiellement pour maintenir un cycle infernal. Dans ce cadre, le machinisme, l’automatisation, ne devient plus un facteur de chômage et d’aliénation toujours croissante, mais bien un facteur de libération.

    Luttons pour donner naissance à ce monde.

  • Déclaration du Parti Communiste du Liban : un appel à l’aide.

    Déclaration du Parti Communiste du Liban : un appel à l’aide.

    Nous reproduisons ici la déclaration du Parti Communiste du Liban suite à l’explosion de Beyrouth. Nous nous joignons à cet appel. Depuis l’explosion, la solidarité joue un rôle extrêmement important pour les Libanais et Libanaises. Le pays est en crise, le gouvernement réprime férocement (avec l’appui inconditionnel de la France) et l’explosion vient parachever cette situation de détresse. Nous considérons que les offres d’aides faites par la France ont un goût de cadeau empoisonné. Nous nous méfions de ces ingérences, qui, sous couvert d’humanitaire, peuvent parfois servir de sinistres desseins, telles les réformes exigées par Macron. Réformes qui ne peuvent qu’aller dans le sens des intérêts de la bourgeoisie de France. Il existe des relents nostalgiques de l’ère du mandat français sur le Levant. Nous saluons le courage de ceux et celles qui, là bas, tentent de faire face à la situation. Nous ne pouvons non plus pas ne pas songer à Georges Abdallah, dont la libération – entravée par la France – sera perçue comme un symbole fort pour les Libanais et les Libanaises.

    L’explosion qui s’est produite hier mardi 4 dans le principal port de Beyrouth a eu des effets catastrophiques, non seulement dans la capitale, mais sur tout le territoire libanais. Selon certains experts, la force explosive de cet incident était similaire à celle d’une petite bombe nucléaire, soit l’équivalent de 1000 tonnes de matériaux hautement explosifs. La force de l’explosion a atteint une distance de plusieurs dizaines de kilomètres, et le bruit de l’explosion a été entendu dans toutes les régions du Liban, et dans certaines parties de la Syrie et de Chypre.

    Le bilan des victimes est encore préliminaire, avec des dizaines de martyrs jusqu’à la rédaction de cette déclaration. Ainsi que des milliers de blessés. Les maisons d’environ un million de citoyens ont été endommagées, car leurs portes ont été enlevées, leurs fenêtres brisées et leurs meubles soufflés, tandis que des milliers de maisons dans la zone proche du port ont été complètement démolies et rendues inhabitables.

    Beyrouth vit aujourd’hui une catastrophe nationale. Le port de Beyrouth est complètement rasé et toute importation dans le pays est complètement stoppée. Cette tragédie nationale est complétée par un effondrement économique et une profonde crise financière, les Libanais ayant perdu leur pouvoir d’achat, leur monnaie s’étant effondrée et leur argent public et privé ayant été pillé. Le processus de redressement sera difficile et exigera du temps et des efforts de la part des personnes et des entités, qu’elles résident au Liban ou à l’étranger.

    C’est pourquoi nous adressons notre appel aux institutions, organisations et organismes amis du monde entier, ainsi qu’aux expatriés libanais et à tous ceux qui sont désireux et aimants, et nous leur demandons de recueillir d’urgence et exceptionnellement des dons financiers et en nature, et de nous contacter pour coordonner autour d’eux, car c’est la tâche de solidarité sociale et humaine qui s’impose aujourd’hui.

    Des contributions de toute sorte et de toute nature sont nécessaires aujourd’hui afin de fournir une aide pour la restauration des maisons, des centres, des institutions, et pour fournir de la nourriture et des médicaments. En outre, les fournitures médicales sont très nécessaires étant donné le nombre élevé de blessés.

    C’est un appel au devoir humanitaire. Pour le bien de Beyrouth, pour le bien des personnes qui sont mortes ou blessées. Pour le bien des personnes qui sont maintenant sans abri, pour le bien du Liban, nous avons besoin de votre aide et de votre soutien.

    Pour les transferts financiers vers le Liban, vous pouvez utiliser le lien suivant associé à un compte bancaire de l’association libanaise d’aide populaire, par le biais de transactions par carte de crédit en ligne.

    Nous vous demandons cordialement votre contribution en ces temps difficiles et urgents.

    https://www.gofundme.com/f/SUPPORT-FOR-LEBANON-AFTER-THE-EXPLOSION-ISASTER