Emmanuel Macron,
dans son discours de mi-mandat, s’est exprimé sur un certain
nombre de sujets. Il a désigné ses cibles. Le champ de bataille de
l’automne sera donc la question des retraites, qui sont en passe
d’être remplacées par un système extrêmement désavantageux.
Cette offensive grand style illustre la précipitation avec laquelle
les donneurs d’ordre de Macron veulent frapper. Plus d’une année
de luttes constantes n’ont pas permis d’infléchir sa politique,
nul doute qu’il ira jusqu’au bout là aussi.
Si les Gilets
Jaunes comme les mobilisations syndicales n’ont pas fait ployer le
gouvernement, en revanche, elles ont désolidarisé la plus grande
partie de la population de celui-ci, ainsi que des gardiens de
l’ordre bourgeois.
Macron a joué une
partie de son mandat sur un discours d’une prétendue unité
nationale, rassembleuses, pour se mettre en opposition avec le FN/RN,
mais également car cela correspond à ses vues quasi-royalistes.
Cependant, ce dont
il a besoin à l’heure actuelle, c’est de diviser les exploités,
de tenter de vampiriser une partie de l’électorat
d’extrême-droite, à la fois pour neutraliser les oppositions,
mais également pour tenter de ne pas tout perdre aux élections
municipales. Il s’agit donc de la raison principale, fondamentale,
du fait que l’immigration tombe du ciel, soudainement.
Macron a donc indiqué qu’il fallait « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur ». Dans ces défis se trouve celui de l’immigration et des réfugiés. Il a fustigé « l’humanisme » qui se mue en « laxisme » et a montré les muscles contre l’arrivée de réfugiés. Plusieurs annonces ont été faites pour indiquer que la France allait réduire ses aides et ses dispositifs d’accueils, qui, de plus « coûtent trop cher ». Ainsi il a été évoqué l’idée de réduire l’AME (Aide Médicale d’Etat)
L’idée de supprimer ou de restreindre l’AME pour « rendre la France moins attractive » est un de ces non-sens terribles dont les démagogues sont coutumiers. Des individus qui seraient motivés à risquer leurs vies pour un accès aux soins sont rarement des personnes uniquement en quête de confort. De plus, l’AME n’est pas qu’un service rendu à des immigrés rapaces et avides, mais elle est également une mesure de sécurité pour l’ensemble de la population. L’accès aux soins pour tous, sans la moindre distinction revient moins cher, in fine, que le risque de voir des épidémies se développer chez des populations fragiles et, de plus, difficile à suivre. En dernière instance, l’argument est douteux.
Les 17 000 morts enregistrées en Méditerranée entre 2014 et 2018 ne sont pas liées à un simple désir de soins médicaux abordables. Ces départs sont le fait de conséquences plus profondes.
Des lois aux conséquences racistes.
Nous ne pensons pas que Macron soit raciste. Cependant, il réfléchit en tacticien, et se dit qu’il s’agit d’un créneau comme un autre, sur lequel, à peu de frais, il pourrait gagner du terrain. Par ailleurs, plusieurs cas d’interventions particulièrement défavorables aux migrants et migrantes ne sont, pourtant, pas prises par des personnalités d’extrême-droite. Le cas de la présidence de Lyon 2 est emblématique. L’université est cataloguée « de gauche », tout comme sa présidente Nathalie Dompnier. Elle a pourtant fait usage de la répression et livré à la police les migrants et les migrantes qui espéraient, avec l’aide du milieu militant lyonnais, y trouver refuge.
Les lois qui sont
éditées contre les migrants et les migrantes tout comme l’activité
de certains et certaines qui aggravent leur situation ne sont pas sui
generi des lois racistes. Ce
n’est pas une conspiration néo-nazie secrète qui opère pour
imposer un Apartheid racial. En revanche, de facto,
elle a des conséquences raciste du fait de la provenance des flux
migratoires qui sont dans le collimateur de ces lois.
De
même elles sont construites aussi pour satisfaire un électoral
imprégné
par les idées réactionnaires et racistes. De
ce point de vue là, LREM ou LR n’ont d’ailleurs pas le monopole
de la crasse veulerie. Le PS, lorgnant sur le pouvoir, a surfé
dessus. Certaines fractions de LFI, notamment celles qui ont été
éjectées, telle Kuzmanovic, ou qui ont trahi, tel Kotarac, ne l’ont
pas fait que
idéologiquement : il s’agissait avant tout d’une tactique
électoraliste d’apprenti-sorcier fasciste. En Allemagne,
Aufstehen ! a,
aussi, tenté cette démarche. Or, elle ne marche pas. Elle adoube
simplement le discours raciste.
Ceux
qui appliquent ces lois se retranchent aussi, et c’est le cas de la
direction de Lyon 2, derrière l’idée du moindre mal,
typique des sociaux-démocrates.
Ils se voient comme des boucliers, devant faire des concessions,
accepter certaines contraintes pour sauvegarder l’essentiel. Le cas
de la présidence de Lyon 2 est emblématique : ce sont, pour la
plupart, des personnes sincèrementde
gauche, progressistes, mais qui doivent, par leur fonction, appliquer
la politique du gouvernement. En dernière instance, c’est le
réformisme et la congestion qui est disqualifiée dans l’ensemble.
Elle ne peut mener, indépendamment de la bonne foi des individus qui
la pratiquent, qu’a la défaite.
Macron
a déclaré : « la gauche a abandonné le sujet
pendant des années ». « Les bourgeois
n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] :
ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » La
méthode n’a rien de neuf. Elle consiste à séparer et fragmenter
les classes populaires. Les « bourgeois », vus comme des
intellectuels pétris d’idéalisme et de bons sentiments (un
comble!) sont disqualifiés pour donner leur avis sur la question.
Derrière ce terme de bourgeois, en réalité, il s’agit de tous
ceux et celles qui pourraient avoir un accès aux médias et aux
moyens de publications et qui pourraient contester le positionnement
du gouvernement.
Il ne faut donc que
s’intéresser à ceux qui « subissent l’immigration »
parce qu’ils « la croisent ». Surtout, il ne faut
s’intéresser qu’à ceux qui ne peuvent donner leur avis, ou dont
on sélectionnera soigneusement les propos pour qu’ils confirment
que le gouvernement va dans le bon sens.
Dans la réalité, non seulement les classes populaires sont un creuset d’intégration nettement plus performant que la culture normative des élites, mais l’antagonisme n’est pas constatable. Dans les faits, dans la réalité concrète, au sein des usines les distinctions entre origines s’effacent dans le labeur commun. L’intégration dans la classe ouvrière ou dans le prolétariat de France fait que cette séparation est abstraite : écrire « Les classes populaires vivent avec. » revient à oublier qu’une partie des classes populaires de France est constituée par ces migrants et ces réfugiés, à partir du moment où l’État a cessé de s’acharner contre eux et elles. Le vote RN ou réactionnaire confirme d’ailleurs ceci : ce n’est pas dans les régions où les migrants et les migrantes sont les plus nombreux que celui-ci est le plus fort, mais dans les régions où l’économie est déjà en berne, non du fait de la présence de migrants et de migrantes, mais des choix d’investissement capitalistes.
Pas de concurrence entre travailleurs de
France ou d’ailleurs.
Or, les migrants et
les prolétaires ne sont pas en concurrence, contrairement à ce que
clament les fascistes. Dans 95 % des cas, ces personnes étaient
déjà incluses dans la sphère économique de France avant d’arriver
sur le territoire métropolitain. Il s’agit plus de déplacement de
main d’œuvre entre les diverses régions que de réelle arrivée
nettes. Et, si des personnes en situation irrégulière sont employés
avec des salaires de misère par des embaucheurs français, – publics
ou privés ! – c’est, d’une part par la rapacité et la
cupidité des employeurs et employeuses, de l’autre par la
situation de clandestinité qui leur est imposée.
Ces irrégularités
seraient d’autant plus aisées à résoudre avec la régularisation
massive des arrivants, plutôt que leur traque sans pitié, mais
également par la mise en place d’un plus grand nombre
d’inspecteurs et d’inspectrices du travail. En poussant le trait
plus loin et en se faisant les avocats des patrons et des patronnes,
il est par ailleurs faux de croire que l’arrivée de réfugiés
impacte négativement l’économie. Elle génère de la croissance
supplémentaire, comme le cas de la Suède l’a démontré. Les
arguments économiques sont nuls et non avenus, et ne font que
démasquer leurs auteurs pour ce qu’ils sont : des menteurs et
des menteuses. L’immigration est un argument démagogique, rien de
plus.
Du reste les
mécaniques de l’immigration sont connues. Mais elles ne sont pas
crapuleuses et veules, elles ne sont pas non plus le fruit d’un
désir d’invasion, comme le prétendent certains agitateurs
d’extrême-droite. Elles ne sont pas non plus liées au
« sous-développement » comme le clament les
humanitaires.
Charles
Bettelheim avait raison de récuser de terme de
« sous-développement » des pays de départ. Ils ne sont
pas « moins développés » que les pays « avancés »,
ils sont exploités. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas acquis les
caractéristiques de développement des pays « avancés »,
c’est uniquement qu’ils sont utilisés sans vergogne dans la
division internationale du travail, comme un réservoir de main
d’œuvre et de matière première. Ils ne pourront donc jamais
acquérir les caractéristiques du « développement »
sans se libérer du joug de leurs exploiteurs. Ces pays ne sont donc
pas « moins avancés » mais sont maintenu dans une
situation de misère et de surexploitation, notamment par la France,
dans le but de pouvoir extorquer des superprofits. Ce maintien
économique dans la misère se double de son pendant politique :
maintenir la corruption, la soumission et l’écrasement des masses
populaires (et de la bourgeoisie nationale) de ces pays. C’est là
que se trouvent les raisons fondamentales de la migration, du départ,
souvent déchirant et toujours dangereux. Les guerres et les
catastrophes sont une conséquence de cet état d’assujettissement.
Dans
le fond, les fascistes voudraient conserver l’un, l’exploitation,
l’asservissement des peuples, mais « simplement » en
faire des prisons à ciel ouvert, ou des charniers maritimes. Ils
sont contents des superprofits qui permettent à la grande
bourgeoisie de France impérialiste de se gaver. C’est d’ailleurs
pour cela qu’ils sont régulièrement employés comme barbouzes
pour ses basses œuvres, ou qu’ils négocient les contrats avec
Daesh : ils incarnent le courant impérialiste le plus dénué
de scrupule.
Leur
argument, finalement, est que l’apport extorqué par la violence et
la brutalité, est ce qui permet de pouvoir faire de notre pays un
pays riche. L’argument est donc de considérer que ces richesses
profitent à l’ensemble de la Nation et qu’elle permet à
celle-ci de s’assurer sa place au soleil. Cela n’est pas leur
apanage exclusif. Dans le fond, les sociaux-chauvins pensent la même
chose. Telle Sparte « égalitaire » régnant sur ses
esclaves, ils peuvent aller jusqu’a penser, au fond d’eux, que
l’impérialisme est nécessaire au fait de pouvoir conserver et
faire grandir des droits sociaux. Quelque part, tout au fond, ils
songent à un front uni entre l’impérialisme et le prolétariat
français pour maintenir les superprofits. C’est là la base de
l’aristocratie ouvrière, corrompue par l’impérialisme.
Mais
la réalité est toute autre. L’impérialisme et le système
d’exploitation néo-colonial, loin d’enrichir, même en
métropole, au contraire appauvrit tout le monde, à l’exception
d’une poignée de parasites.
Les
superprofits sont captés par cette couche de la grande bourgeoisie
monopoliste et ne bénéficient principalement qu’à eux. Il en
résulte une économie de rente, qui ne contribue pas à développer
ni les pays dominés, ni même la métropole. Les rendements ne
seraient pas aussi bons pour les investisseurs ! Certes, une
pluie de petite miettes retombent, celles sur lesquelles comptent les
fascistes et les chauvins. Mais ces petites miettes sont minuscules,
misérables en regard de l’océan qui est vampirisé par ce système
économique parasitaire. Cela se voit dans le décalage du niveau de
vie entre la bourgeoisie et le prolétariat métropolitain. Entre les
super-exploiteurs, les exploités, et les super-exploités en
colonie.
En
réalité, la chute de l’impérialisme français et du système
capitaliste français n’appauvrirait pas, à terme, le prolétariat
de France. Au contraire, elle lèverait les entraves sur le
développement d’une économie qui rejette le parasitisme et qui
est mise au service de la grande bourgeoisie monopoliste. Dans les
régions néocoloniales, les effets, là aussi, seraient
fantastiques.
Les
nouvelles relations qui pourraient naître entre une France
socialiste (ou quelle que soit la forme que cette structure
prendrait) et ses anciennes régions dominées, basées sur le
principe de l’échange réciproque et équitable, permettrait tant
le développement réel de l’un que de l’autre, pour le bénéfice
réciproque.
Non
seulement il n’existe pas de contradiction antagonique entre les
intérêts des migrants, des migrantes, et du prolétariat de France,
mais il existe une communauté d’intérêts : lutter contre le
premier bourreau des uns et des autres, la grande bourgeoisie
monopoliste de France. Ce combat ne peut être mené que si les uns
et les autres partagent les mêmes organisations de lutte,
syndicales, politiques, mais également un programme politique
commun. C’est une des tâches que l’ICOR s’est fixé et permet
de résoudre : permettre le travail conjoint, dans un cadre
unique, tant du prolétariat des pays impérialistes que celui des
pays dominés par l’impérialisme. C’est là une tâche immense,
mais incontournable, pour permettre de lutter contre le chauvinisme,
mais également de développer une stratégie commune contre un
ennemi commun.