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  • Le bac de l’enfer.

    Le bac de l’enfer.

    Après une année marquée par le chaos, le bac se profile à l’horizon.
    En 2019, nous titrions déjà que le bac de cette année était celui de « tous les dangers ». Et ces dangers se concrétisent !

    Nous ne pouvons que comprendre les élèves qui sont en colère en étant jetés devant un bac qui semble sortir du chapeau du ministère. C’est une colère juste. Mais ce bac-catastrophe est rempli de contradictions. Il est à la fois l’enfant de la crise sanitaire, mais il est aussi l’aboutissement d’une transformation de cet examen.

    Le bac de l’urgence.

    Le 17 juin, les terminales et les premières vont être confrontés aux seules épreuves maintenues : celles de Français et celle de Philosophie. Après plusieurs mois d’hésitation, le gouvernement s’est décidé à les maintenir, mettant élèves et personnel enseignant devant le fait accompli.

    Le SNES note, dans son communiqué du 7 juin, que ce bac est marqué par « la désorganisation, les ruptures d’égalité et le mépris pour le travail des correcteurs/trices et des élèves décidément la marque de fabrique de ce ministre ! ». Il faut ainsi souligner que, à 10 jours des examens : « Les informations arrivent au compte goutte : […] rien n’est vraiment calé (les convocations ne sont pas toutes arrivées par exemple) la gestion du grand oral, notamment, se révélant être une véritable usine à gaz. Plus que jamais le travail des enseignant∙e∙s est méprisé : les professeur∙e∙s de philosophie vont crouler sous les copies numériques, les professeur∙e∙s de lettres sous les tâches diverses et les examinateurs/trices du grand oral sous la perplexité. » Le SNES demande ainsi la neutralisation du Grand Oral, épreuve inégalitaire au possible. Nous les rejoignons dans cette demande.

    Cette annonce, qui s’inscrit dans une longue liste de changements effectués de manière autoritaire par le Ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a suscité la colère. D’une part car l’annonce a été faite par les médias avant qu’une circulaire interne soit rédigée : le monde éducatif est le dernier à apprendre ces changements. De l’autre, car ce choix tardif a entraîné la panique : il fallait se poser la question de ce qui allait être examiné, de comment il allait l’être, et de comment parvenir à remplir les objectifs… Surtout qu’il n’y a pas eu d’unité dans les gestions de la pandémie : chaque proviseur était capitaine de son navire.

    Il y a eu aussi, du côté des élèves, des stratégies pour le bac. Les épreuves ne s’affrontent pas de la même manière que le travail en classe, qui peut être ventilé sous des formes différentes. Alors, certes, dans le cadre de cette épreuve, la note la plus élevée (entre contrôle continu et examen) sera retenue. Mais cela contribue encore à renforcer le caractère imbécile de cette épreuve.

    Donc, de dépit et de colère, des blocages ont eu lieu. Mais si la colère est légitime, il nous faut aussi comprendre quelque chose : le maintien de cette épreuve est un ultime clou qui empêche que ne s’effondre complètement la mascarade du bac.

    Le bac de la dernière chance .

    Fait étonnant : ce bac est en réalité le fruit d’une négociation. Une négociation qui est parvenue à arracher que ce ne soit pas un second bac au contrôle continu. Car le bac – ou plutôt la liquidation du bac – est à l’ordre du jour du gouvernement.

    L’objectif stratégique de Blanquer est de mettre fin au baccalauréat en tant qu’examen national. Plusieurs raisons à cela :

    • Pour réduire les budgets déjà ténus de l’Université en favorisant un « contrôle des flux » d’élèves. Sans bac, les résultats sont plus prévisibles et sont plus aisément lissés par l’intervention des chefs d’établissement, dont le pouvoir est renforcé.
    • Pour préparer l’autonomie des lycées, déjà dans les cartons de la droite en 2004-2005. Cette autonomie signifie deux choses :
    ◦ Un recrutement local des enseignants, sous la forme d’entretiens d’embauche. Moins de fonctionnaires, cela donne des économies et des professeurs plus malléables.
    ◦ Des diplômes d’établissement et non plus nationaux, avec des effets terribles sur leur reconnaissance et leur qualité.

    Alors, faut-il dire que le bac est absolument parfait ? Non, loin de là !

    Les diplômes du bac sont déjà de facto des diplômes inégalitaires.

    • Cela du fait de la nature du bac, qui met en avant une norme culturelle : bourgeoise et petite-bourgeoise. Les examens désavantagent les classes populaires.
    • Du fait également de Parcoursup, qui permet de poser des critères géographies, et donc sociaux, du fait de la ségrégation politico-sociale présente en France.

    Il ne s’agit pas de défendre le bac en tant que tel, mais de regarder avec lucidité quelle est la situation s’il est supprimé : dans ce cas, il devient de jure un diplôme inégalitaire.

    • Si le contrôle continu peut bénéficier aux classes populaires, avec des modalités d’évaluation plus adaptées, il s’agit d’un cadeau empoisonné.
    • La fin des filières créé des bacs à la carte, donc avec une valeur impossible à étalonner. Dans les faits, ils servent surtout, sous prétexte d’offrir plus d’options, à rationaliser les établissements et à créer des établissements « S », des « ES » et des « L ».
    • La valeur du baccalauréat devient alors indexée sur la valeur supposée de l’établissement. Un 15/20 de lycée populaire n’est pas le même que le 15/20 d’un lycée privé hors de prix.
    • Si le contrôle continu soumet les enseignants et les enseignantes à une pression immense : celle des parents, qui les considèrent non plus comme des personnes préparant leurs enfants aux examens, mais comme des prestataires de service. La pression des chefs d’établissement, qui ont la haute main sur Pronote et sur les appréciations, et qui ne se privent pas, parfois de les changer. C’est une porte ouverte aussi au développement de la corruption.
    • Il affaiblit aussi les conventions collectives : les élèves qui sortent du bac auront un diplôme d’établissement, qui ne sera pas toujours reconnu. Une raison de plus pour les employeurs pour baisser les salaires et mettre en concurrence cette « génération sacrifiée » avec ceux d’avant. Le tout en nivelant par le bas les conditions de travail.

    Le monstre Parcoursup

    Plus en amont, le problème se situe aussi dans les conseils de classe : ils ont été transformés en instances consultatives chargées du traitement de flux. C’est là aussi le fruit d’une alliance malheureuse entre les visées gouvernementales et les attentes des parents. Le gouvernement a manœuvré avec intelligence pour écraser l’indépendance et l’autorité de ce conseil en jouant la carte du clientélisme et de la démagogie. Et derrière cela, c’est un problème

    Si le bac est par nature inégalitaire, Parcoursup l’est aussi. Et c’est là quelque chose de gravissime. Parcoursup n’est pas une plate-forme d’orientation, c’est une plate-forme de sélection. Les candidats se mettent à disposition des recruteurs.

    Parcoursup est une création à double visage :
    • L’un, « égalitaire », est la façade de candidature : chaque candidat est supposé être traité également, au travers d’un algorithme confus, mais a priori juste.
    • L’autre, « cynique » est la plate forme du recruteur : il peut y mettre un peu tout ce qu’il veux, dont des critères géographiques (et donc aussi sociaux!), mais aussi des modalités de déroulement de cette année chaotique.

    Il en résulte donc que le nouveau bac comme Parcoursup accroissent encore davantage la sélection sociale. Et parfois, cela frise le délit d’initié ! L’INSA1 de Lyon, par exemple, a posé comme condition le fait que les Terminales qu’elle recrute aient été en 100 % présentiel ! C’est à dire environ 40 % des établissements.

    40 % qui, pour respecter la demi-jauge, l’ont intégralement répercutée sur les Secondes et les Premières. Et dans ces établissements, nous retrouvons les prestigieux lycées du Parc et Édouard Herriot. En revanche, nous ne verrons pas de lycéens ou de lycéennes des quartiers les plus populaires.

    L’offensive est générale.

    Dans l’ensemble, les syndicats enseignants ont traité le problème sous un angle « économiste ». C’est à dire sous l’angle de leurs conditions de travail et, il faut le reconnaître, en prenant en compte aussi l’intérêt des élèves. Mais ce cloisonnement corporatiste pose problème : le lien avec le monde du travail est souvent oublié. Car ces réformes ne sont pas uniquement des réduction des moyens alloués aux élèves et à leurs conditions d’études : elles sont aussi une offensive contre le contrat de travail, contre les conditions de travail, et contre les cadres juridiques qui ont été arrachés au prix du sang.

    Nous pensons qu’il est fondamental que les élèves puissent s’organiser pour défendre leur droits. Nous saluons à ce titre le travail de la CGT-SELA pour la construction d’un syndicat des travailleurs et des travailleuses en formation. Il est important aussi que ce travail de lutte soit réalisé en coopération avec les organisations syndicales des enseignants et enseignantes, ainsi que du personnel.

    Mais au-delà de ça, c’est une perspective politique qui est à dessiner. La question n’est pas que sur l’augmentation des moyens, ou leur attribution, elle est sur le sens même de l’enseignement, et sur le fait qu’il soit de plus en plus traité comme une excroissance des entreprises. Dans le projet d’autonomie des lycées, comme des facultés, c’est l’intégration de l’enseignement dans le capitalisme local qui pose question : c’est donc une manière de faire payer par les contribuables la formation pour les entreprises. C’est aussi une manière de créer de la main d’œuvre ad hoc qui ne pourra travailler ailleurs.

    En définitive, l’éducation est un point crucial. Nous voudrions qu’elle soit émancipatrice plus que normative, qu’elle permettre de faire émerger les talents et les aspirations, qu’elle puisse ne pas être une simple succursale de l’entreprise, mais qu’elle soit aussi un lieu d’apprentissage de la Culture avec une majuscule : politique, économique, médicale, technique… qui puisse former des élèves complets et autonomes dans leurs choix de vie.

    Mais cette transformation ne peut être réalisée qu’au prix d’un bouleversement politique : le fait que le pouvoir soit arraché aux mains des boutiquiers qui le détiennent. Des boutiquiers qui, eux, ont placé leurs rejetons dans les réseaux privilégiés, dans cet entre-soi qui les couve, les protège, et qui permet de reproduire sans cesse ce schéma de domination.

    Aujourd’hui, battons nous pour défendre la valeur des diplômes, mais organisons nous pour transformer le monde !

  • Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne.

    Partie 6

    L’an 2000 a vu apparaître un mini baby-boom. Malgré le fait que 18 ans se soient écoulés depuis celui-ci, les différents gouvernements ont toujours agi en prenant un air stupéfait face à l’arrivée de cette génération dans le système scolaire. Mais cet air stupéfait et cet argument de l’impréparation sert surtout à faire passer des réformes prévues, elles, de longue date.

    Petit retour en arrière : Jusqu’en 2009, l’accès à l’université est garanti par la loi, et chaque potentiel étudiant dispose d’une place dans n’importe quelle filière de son choix. L’incertitude dans le nombre d’inscrit fait que les universités doivent pouvoir faire face à tout afflux subit d’élèves, et donc disposer des moyens ad hoc pour les accueillir. Dans les faits, les conditions d’étude ne sont pas toujours d’une qualité incroyable, mais sur le principe, tout bachelier peut s’inscrire.

    A partir de 2009, Admission Post-Bac est mis en place, ce système permet d’aiguiller en amont les élèves vers des filières, permettant aux universités de se préparer à leur arrivée. Cela pourrait passer pour un raisonnement sain, mais, dans les faits, il sert surtout à réduire les dépenses, à limiter les moyens, et donc à fermer l’accès à certaines filières, devenant de facto sélectives. Comme, dans le même temps, la Loi sur la Responsabilité des Université se met en place. Celle-ci accroît l’indépendance de l’université par rapport à l’État et augmente de manière particulièrement importante les pouvoirs du Président d’Université. Celui-ci peut, et doit, intégrer des partenaires privés dans le financement de l’université pour faire face à l’hémorragie budgétaire. Or, l’entrée de partenaires privés dans le budget de l’université se traduit également par la présence de « personnalités extérieures » au sein de son conseil d’administration. D’autant que les capitalistes investissent dans le but d’obtenir des retours sur investissement. Ces retours sont sous la forme d’une modulation des maquettes des licences ou des master, dans le but que ceux-ci correspondent aux intérêts de l’investisseur. Dès lors, l’université module son offre en fonction des désirs de ses bienfaiteurs. Il n’est plus question d’offre générale ouverte à tous, mais de répondre à des commandes. Formellement, les places à l’université sont toujours garanties, mais plus dans la filière du choix de l’étudiant.

    A APB succède, cette année, Parcoursup. Parcoursup prolonge l’idée de APB jusqu’à son paroxysme. Dans Post-Bac, les candidats émettent des vœux hiérarchisés, dans le nouveau système, ils se mettent à disposition des recruteurs du privés. L’élève n’a même plus son mot à dire. Cette étape nouvelle de la sélection pour le supérieur a dépassé toutes les attentes de ses concepteurs, avec plus de 60 000 élèves surnuméraires par rapport aux désirs des recruteurs, donc jugés inutiles. 60 000 élèves qui, par ailleurs, sont issus d’origines géo-sociales bien précises, puisque les recruteurs peuvent intégrer des codes « maison » dans l’algorithme, refusant par exemple que les élèves de certains lycées jugés « peu sûrs » soient acceptés. Mais cela n’est qu’un début dans la privatisation rampante de l’éducation supérieure. Bien d’autres fronts existent.

    Dans le texte programmatique prévu par les liquidateurs, la marée humaine prévue est exploitée au maximum pour justifier une amplification du mouvement de transformation de l’E.S.

    « L’arrivée massive d’étudiants dès la rentrée 2018 constitue un risque important sur la qualité de leur accueil dans l’enseignement supérieur, d’autant plus que les moyens prévus paraissent très en deçà des besoins estimés. »

    Or, la voie la plus logique, celle d’augmenter la capacité d’accueil et de recruter le personnel permettant d’améliorer la déficiente pédagogie universitaire, est bloquée par la volonté de réduire au maximum les dépenses. Pourtant, les auteurs reconnaissent que les étudiants français sont moins onéreux que la moyenne de l’OCDE. La logique, donc, serait donc d’accroître les moyens accordés à ceux-ci pour faire face à leurs études. Mais les rédacteurs et rédactrices ne sont pas là pour résoudre les problèmes des étudiants et des étudiantes, mais pour rogner les budgets. Il est donc nécessaire d’optimiser le supérieur.

    « Elle [La dépense par étudiant et étudiante] pourrait être optimisée par une réduction de l’échec, liée à une meilleure orientation et par une modernisation des méthodes pédagogiques. »

    Optimiser est une obsession constante chez les grands bourgeois. Mais la signification de l’optimisation, dans leur esprit, est celle d’une intégration grandissante entre l’enseignement public et le marché de l’emploi, voir une inféodation intégrale du premier au second.

    Les étudiants et étudiantes doivent, pour être plus utiles, être ventilés géographiquement pour correspondre aux besoins des bassins d’emplois locaux.

    « élargir les possibilités de mobilité géographique des bacheliers lors de l’affectation des étudiants. Cela pourrait permettre une allocation plus pertinente des moyens. Les tensions ne sont pas homogènes sur l’ensemble du territoire et développer la mobilité pourrait donc être une voie pour mieux utiliser les places disponibles. Des études visant à mesurer le niveau d’incitation nécessaire ainsi que les freins à la mobilité devraient être engagées rapidement, notamment pour ce qui concerne la vie étudiante et les œuvres universitaires. »

    Quelque part, cela paraît bien innocent, si ce n’est l’impasse du rapport sur les questions sociales propres aux étudiants et étudiantes, notamment les bourses et le logement. Depuis le rapport Goulard, rédigé en 2007, il apparaît que la volonté générale est de faire appel davantage aux prêts bancaires et au parc immobilier privé en place et lieu des bourses sur critères sociaux et des résidences étudiantes. En revanche, la question centrale des frais d’inscription n’est pas oubliée :

    « lancer une réflexion sur les autres ressources propres susceptibles d’être utilisées, y compris les droits d’inscription à l’université »

    Le départ du domicile familial étant de plus en plus tardif et complexe et les moyens de pouvoir le réaliser étant de plus en plus ténus, il ne fait pas de doute que la réponse préconisée sera sous la forme de l’endettement étudiant, endettement qui, notamment aux USA, prend la forme d’une bombe à retardement.

    Cette mobilité imposée fait écho au projet de réorganiser géographiquement les universités. Là encore, une évolution s’est produite au cours du temps.

    Dans les années 1980, les lois sur la décentralisation impulsent la fondation d’universités de proximité, permettant un accès au supérieur sans avoir à aller vers les métropoles. Ce mouvement de « démocratisation » relative était certes limité, mais néanmoins positif.

    Avec l’arrivée de la RGPP, précédemment évoquée, le mouvement s’inverse. Il s’agit de reconcentrer les universités dans des pôles nommés PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur), fusionnant les universités, rationalisant leur activité, dans le but de réaliser des économies d’échelle et limiter les doublons (par exemple des filières de droit à Lyon II et Lyon III). Du fait du très fort corporatisme des enseignants du supérieur, l’affaire n’a pas particulièrement réussi, et, bien souvent, les fusions ont conduit au fait qu’une université phagocyte le budget de l’autre.

    Aujourd’hui, ce que préconise le rapport est un hybride entre les deux. Il s’agit de conserver des universités locales à « haute valeur ajoutée », tandis que les « grosses universités » prennent de plus en plus la forme d’un « lycée ++ », avec des enseignements généralistes notamment du fait de l’intégration dans le projet « Bac -3 ; Bac + 3 » permettant de créer un réservoir de main-d’œuvre. Les moyens et les « cerveaux » sont ainsi concentrés dans de petites unités, tandis que le niveau général des universités est nivelé par le bas du fait de la baisse des budgets.

    Car la recherche n’est pas épargnée par les plans des rédacteurs et des rédactrices. Il faut la motiver, la stimuler. Quoi de mieux pour cela que de la benchmarker ?

    « Enfin, le système actuel de subventions de la recherche et de l’enseignement supérieur n’est pas suffisamment incitatif. En effet, les subventions publiques constituent aujourd’hui trois quarts des ressources des universités et des organismes de recherche. Or, l’attribution de ces subventions n’est pas conditionnée à la performance, à l’atteinte d’objectifs ou de résultats. »

    Manque la question de la définition des critères, qui, du fait de la toute puissance du président d’université et de la majorité dont disposent les « personnalités extérieures » au Conseil d’Administration, ne manqueront pas d’être des critères correspondant aux intérêts des investisseurs.

    En somme, l’idée est d’avoir des sites d’excellence s’occupant de la recherche fondamentale, non directement rentable, donc portée par les finances publiques, tandis que les autres pôles s’occupent de recherche appliquée, selon les modalités définies par les représentants du patronat local. Cela se voit notamment dans les propositions de réforme de la gestion du budget, qui permet au CA de financer ce qui est rentable et de liquider les filières qui ne le sont pas.

    «  rendre l’organisation du ministère cohérente avec son rôle de pilote de la politique publique. Renforcer l’autonomie des établissements suppose que les ressources soient placées au sein des établissements et non dans les directions d’administration centrale. Le ministère devrait donc conserver uniquement des fonctions stratégiques et de pilotage de sites, et une expertise transversale sur la formation et la recherche, la mise en œuvre étant faite par des opérateurs »

    Par ailleurs, la gestion du personnel et des enseignants-chercheurs se libéralise.

    « assouplir la gestion des ressources humaines des chercheurs et des enseignants-chercheurs. Il est indispensable d’offrir une flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. Cet assouplissement serait aussi bienvenu pour permettre une gestion plus agile des établissements et des organismes de recherche qui pourraient ainsi gagner les marges de manœuvre nécessaires pour appliquer le projet qui convient à leur situation et à leur stratégie »

    Le « flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. » traduit parfaitement les rêves des rédacteurs et des rédactrices : une fusion entre le privé et l’enseignement supérieur, y compris dans une gestion souple de leur « masse salariale ».

    Un des paradoxes de cette partie est qu’il traduit pleinement la vision court-termiste de la bourgeoisie. La grande bourgeoisie a besoin d’une avance scientifique importante pour pouvoir maintenir son niveau ou l’accroître en face des bourgeoisies concurrentes. Mais dans le même temps, et particulièrement en France, sa volonté de maximiser son taux de profit se traduit par un rejet des dépenses et par une attitude de rentier. Or, cette situation ne favorise pas l’initiative et le développement technologique, mais, au contraire, le freine. Pris dans ce paradoxe, la grande-bourgeoisie ou se fait menacer, ou doit trouver des manières de faire assumer les coûts aux autres classes sociales en puisant dans leurs fonds propres : impôts (auquel elle échappe), endettement… In fine, la politique de raclage jusqu’à l’os et de rationalisation à outrance joue même contre la bourgeoisie. Mais pris dans le maelström de son autoconcurrence, elle s’enferre elle-même.

  • Parcoursup : hémorragie – Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    Parcoursup : hémorragie – Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    Parcoursup : hémorragie – Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    Alea jacta est. Le sort en est jeté. Les premiers retours de la plateforme Parcoursup sont arrivés. Ils ne sont pas à la hauteur des craintes émises par les critiques, ils sont au-delà de celles-ci.

    Sur 840 000 inscrits, 400 000, aujourd’hui, sont sur le banc de touche. 400 000 candidats au bac qui demeurent dans l’expectative d’une place dans une filière.

    Certes, le gouvernement, par la voix de Mme. Vidal, affirme que la situation est temporaire, qu’elle est le fait de défauts de jeunesse de la plate-forme. Elle apporterait donc satisfaction à tous et toutes, et permettrait à la jeunesse de pouvoir poursuivre les études de leur choix. Ce ne serait que quelques cafouillages sans importance.

    Au contraire, nous affirmons que la plate-forme a bel et bien fonctionné. Elle a parfaitement rempli les désirs de ses concepteurs. Parcoursup est un succès pour le gouvernement, pour la bourgeoisie, pour ceux et celles qui détiennent le marché de l’éducation.

    Comme nous l’avions écrit plus tôt dans l’année, Parcoursup, par l’absence de hiérarchisation des vœux, renverse le fonctionnement de l’orientation. Les futurs étudiants ne choisissent plus, ils sont mis à disposition des vautours de l’Enseignement Supérieur. Parcousup créé un pool, un bassin de recrutement, dans lesquels il est possible de piocher allégrement les élèves jugés rentables, tandis que les autres restent sur le carreau.

    L’illusion du choix est maintenue, l’illusion de la justice également, avec les taux de boursiers obligatoires. Mais l’illusion sonne creux.

    Une fois les étudiants et étudiantes désirables captés, une fois les estomacs des écoles rassasiés, il restera les seconds choix. Ceux qu’on accepte avec réticence, ceux qu’on envoie dans les filières choisies par défaut, ceux qui vont combler les salles de classe et les budgets. Après viennent ceux et celles qu’on oblige à suivre des cursus parallèles, les « oui, mais », qui devront payer de leur poche des cours supplémentaires pour accéder à la formation désirée. Rien ne garantit que ce ne soient pas les mêmes qui détiennent l’une et l’autre. Bienvenue dans le monde des conflits d’intérêts, de la concussion, de la corruption.

    L’étudiant et l’étudiante en devenir sont également des travailleurs et des travailleuses en formation. Quel magnifique outil pour le patronat que cette gare de triage qui lui permet, manu militari, d’aiguiller la jeunesse vers ce qui intéressera les entreprises locales.

    « Magnifique synergie », clament-ils.

    Or, il s’agit surtout de formations ultraspécifiques, ultraspécialisées, débouchant sur des compétences, non des qualifications. Des compétences payées de la poche de l’étudiante ou de l’étudiant, lui faisant assumer les coûts d’une formation qui devrait logiquement être du fait de l’entreprise. Couronne d’épine que ces diplômes qui ne seront reconnus que par UN acteur de l’économie et qui contribuent à saper les conventions collectives.

    Mais tout est bon pour augmenter les taux de profit et faire baisser les salaires.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce Parcoursup comme un système conçu contre l’intérêt de la jeunesse. Elle considère, puisque ces termes sont à la mode, que cette plate-forme est une prise en otage de la jeunesse étudiante, un hold-up sur son avenir.

    L’Unité Communiste de Lyon défend l’enseignement supérieur ouvert à tous et toutes. Elle défend le principe d’éducation gratuite, laïque, critique et populaire.

     

    Elle appelle les lycéens et les lycéennes à rejoindre la contestation étudiante.

    Elle appelle les parents d’élèves à dénoncer les méfaits de Parcoursup.

    Elle appelle les membres de la communauté éducative à s’opposer à la casse de l’enseignement et à son assujétissement croissant aux intérêts privés.

    Luttons contre la sélection, luttons pour une éducation populaire !

     

  • Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    L’idée d’aller plus loin qu’Admission Post-Bac ne date probablement pas d’hier. Les dispositions qui sont au sein de Parcoursup étaient déjà inscrites dans le patrimoine génétique de cette machine à dispatcher les élèves. Ce centre de triage permet donc d’inverser les rôles : ce sont les écoles qui se servent en fonction des élèves qui les intéressent. Les autres auront, peut-être, une place dans une filière à l’université. En revanche, la nouvelle forme du Bac n’a pas échappé à nos analystes, lesquels ont replacé celle-ci dans son contexte de bataille contre le code du travail.  Vous pouvez retrouver cette analyse particulière ici.

    Un autre avantage de ce nouveau système sera de pouvoir rationaliser à outrance le fonctionnement des filières. Il sera possible de créer une division géographique des options, faisant que les lycées, au lieu de proposer un éventail de choix, seront des lycées « S »; « ES »; « L »; « STMG »…etc. L’idée derrière cela est de rationaliser la masse salariale, qui pourra être ventilée en fonction des besoin, grâce à l’autonomie des lycées. Cela veut dire des lycées à vitesse différentes, des lycées avec une équipe enseignante usée et épuisée par le fait qu’elles soit exploitée au maximum. En somme, cela veut dire que les lycées destinés aux classes populaires ne feront plus que de la gestion de flux, tandis que les lycées de l’élite capterons une part sans cesse plus importante des budgets. 

    L’Unité Communiste de Lyon a rédigé ce tract à destination des lycéens, des lycéennes, du corps enseignant et des parents d’élève pour les avertir du danger qui court !

    Le gouvernement prépare la fin du droit d’accès aux études supérieures.

    APB l’avait préparée, Parcoursup la poursuit. L’attaque contre le droit à l’accès démocratique aux études supérieures est plus que jamais menacé.

    Sous prétexte de vouloir rationaliser l’Enseignement Supérieur, l’Etat et les gouvernements successifs attaquent, fondamentalement, le droit aux études. Alors que les Universités sont censées garantir un accès aux études supérieures, déjà mis à mal par leur coût, par leur caractère élitiste, l’Etat cherche à briser ce droit.

    Tirant prétexte des difficultés d’organisation du baccalauréat et des faillites d’APB, le gouvernement manœuvre pour attaquer les universités et la valeur du baccalauréat.

    Post-Bac a représenté une première phase d’un travail de sape. Auparavant, les universités devaient garantir dans chaque filière une place pour les néo-bacheliers. En installant cet outil, les universités ont pu commencer à instiller des systèmes de gestion de flux, distribuant les élèves en fonction des désirs du conseil d’administration de la faculté.

    Les universités préparent en sous-main la sélection. D’ores et déjà certaines mettent en place des systèmes de purges pour exclure les étudiants qui connaissent des difficultés.

    Le fait que les enseignants doivent maintenant donner un avis sur l’orientation vers l’université est tout sauf anodin ! Cela signifie que l’accès à celles-ci ne sera plus un droit qu’elles doivent automatiquement respecter, mais qu’il sera soumis à condition.

    Ces conditions peuvent être une « remise à niveau d’un an ». Belle manière de pouvoir créer des écoles et des structures de remise à niveau, belle manière donc de soutirer encore de l’argent aux étudiants ou à leur famille – tandis que les bourses sont réduites à peau de chagrin . Les écoles ne s’en priveront pas, car elles représentent une année supplémentaire à payer.

    La suppression de la hiérarchisation fait que l’élève n’est plus maître de son choix. Parcourup ne permet plus de formuler des vœux, il créé un pool dans lesquels les écoles et l’enseignement supérieur privé viennent se servir sans vergogne. Il n’y a plus de prise sur les choix, il s’agit juste de se rendre disponible avant d’être aiguillé.

    Mais ce n’est pas tout !…

    La fin du Bac.

    Un baccalauréat unique, par un examen spécifique, représente une garantie -déjà maigre- d’égalité de valeur. En revanche, le bac que prépare le gouvernement, par l’intrusion du contrôle continu, sera estampillé en fonction de l’établissement d’origine. Les bacs n’auront donc plus la même valeur selon le prestige de l’établissement.

    Cela ouvre la voie à des établissements d’élite, chers, réservés aux nantis, aux riches, avec des bacs portant leur sceau, mais purgeant sans merci à la moindre faille. Pour avoir un bac prestigieux, il faudra passer par le tiroir-caisse.

    A l’inverse, les élèves des classes populaires, déjà stigmatisés sur le marché du travail, le seront d’autant plus en fonction de la réputation de leur établissement. Cela ouvre la voie à tout un univers de suspicion envers l’établissement. Un bac obtenu de justesse dans un lycée difficile sera synonyme de mauvais élève, mais un bac obtenu haut la main jettera le doute sur la probité des enseignants. D’ores et déjà, APB et ses appréciations posaient ces problèmes, le nouveau Bac et Parcoursup les multiplieront au centuple !

    Surtout, les Bacs seront distordus, déformés, faits pour ne pas être reconnus sur le marché du travail. Le Bac ne sera plus une garantie d’un statut, d’un salaire. Il ne sera plus qu’un coûteux chiffon.

    Macron et ses sbires veulent privatiser le plus largement possible le système éducatif.

    Le marché de l’éducation est gigantesque ! Et pour le moment il échappe en grande partie aux investisseurs, aux patrons et aux patronnes. C’est intolérable à leurs yeux !

    Qu’importe la qualité de l’enseignement, qu’importe la qualité des cours, ce qu’ils veulent c’est former une main d’œuvre exploitable, servile et jetable. Qu’importe s’il faut payer pour se faire exploiter après, cela est même un bénéfice secondaire ! Stages non-payés, formations couteuses, tout est bon pour gagner sur les deux tableaux.

    Ce n’est pas une fatalité ! Refusons ce piège !

    Enseignants et enseignantes ! Refusez de remplir les avis concernant les universités !

    Elèves ! Mobilisez-vous contre cette arnaque qui attaque vos droits !

    Parents d’élèves ! Exigez la fin de cette mesure ! Protégez l’accès au savoir pour tous !