Étiquette : LREM

  • Deuxième tour des élections

    Deuxième tour des élections

    Le second tour des élections législative a eu lieu. Il s’est traduit avant tout par une défaite électorale pour LREM, qui ne possède plus la majorité absolue. Pour avancer sur leurs projets, les architectes du programme de Macron devront donc obtenir la complicité d’autres forces politiques, et donc rechercher des compromis. Cela peut rogner les marges de manœuvre des réformateurs libéraux dans leur entreprise de liquidation des conquêtes sociales.

    Il se traduit aussi par deux percées : une à gauche, au tour du NUPES, l’autre à droite autour du RN. Les résultats sont les suivants : la gauche parlementaire passe de 60 députés en 2017-2022 à plus du double. Le RN passe de 8 députés à 89 ce qui est une multiplication par 11 ! Dans le détail des scores au sein des alliances, les partis du XXe siècle, PS (45 → 22), PCF (16 → 13) et LR (100 → 78) continuent de péricliter. LFI et le RN sont donc les grands gagnants de ce scrutin, avec 86 et 89 élus.

    Un constat positif mais mitigé

    La gauche et l’extrême droite sont donc sortis renforcés de ce scrutin. Cependant, les résultats ont été en deçà des estimations d’origine, lesquelles donnaient entre 150 et 190 députés. Ce n’est pas une « vague rouge » ni même une « vague rose », c’est en revanche un revers pour les partis du centre. Cette relative déception est le fruit d’un intense lobbying réalisé par les partis de centre et de la droite pour bloquer toute marée NUPES. Elle est le reflet d’un choix constant dans l’histoire : les exploiteurs préfèrent toujours des partis dictatoriaux de droite à des élus d’une gauche moins corruptible que le PS. Elle est aussi le reflet de la difficulté, pour une gauche qui a tant déçu par le passé, de mobiliser un électorat qui préfère souvent l’abstention, voire les « solutions qu’elle n’a pas essayé avant », le vote d’extrême droite. Quant à Zemmour, qui est l’absent de ce scrutin, nous pensons que son heure viendra. Sa cause, celle d’une réunion des deux droites françaises, fasciste et gaulliste, est probablement celle qui permettra la victoire de la droite élargie. Pour le moment, celle-ci semble rester dans des logiques classiques de rivalité entre boutiques. Cela lui a pour le moment offert un balcon à l’Assemblée. Demain, lorsqu’elle lorgnera le pouvoir, elle regardera à nouveau l’idée d’une alliance.

    Le centre continue de s’effondrer au profit des ailes

    Le dépit d’une grande partie de la population, qui ne croit plus dans la politique politicienne, et la désagrégation du centre de l’échiquier politique expliquent cette polarisation. Elle reflète des attentes différentes, attentes auxquelles le système démocratique libéral et ses politiciens ne peuvent répondre. La politique politicienne n’est tout simplement pas capable de répondre aux enjeux vitaux de notre époque : guerre, crise économique, crise écologique – devant le seuil de laquelle nous nous tenons.

    Nous ne doutons pas de la bonne volonté de certains élus et de la majorité des militants et des militantes qui ont soutenu NUPES ou d’autres formations de gauche. Mais les défis auxquels il faut faire face ne pourrons être affrontés dans le cadre d’un système qui a été construit et architecturé pour servir à gérer l’exploitation de l’humanité et de la nature. Le système démocratique libéral est étriqué, corrupteur, fait pour entraver l’action de transformation de la société. De plus, les enjeux sont tellement grands que les puissants et les puissantes – ainsi que leurs larbins – n’hésiteraient pas un seul instant à s’affranchir de toutes les règles démocratiques si leur ordre était menacé. Ainsi, le 16 juin, le syndicaliste Force Ouvrière Police Yves Lefebvre déclarait : « Je n’obéirai jamais à Jean-Luc Mélenchon. La France serait en feu, mais cette fois cela opposerait la police nationale au pouvoir politique. » Qu’en serait-il des milliardaires ? Hésiteraient-ils entre la démocratie et leurs intérêts ? Accepteraient-ils la majorité ? Nous connaissons tous et toutes la réponse.

    Fournir une réponse

    Quant à la réponse fournie par l’extrême-droite, elle consiste uniquement – sous prétexte d’intérêt national – à sacrifier ceux des exploités et à les livrer pieds et poings liés à leurs exploiteurs. À faire cause commune avec eux et à mettre la société en ordre de bataille pour les servir.

    C’est pour cela que nous pensons que le système démocratique libéral ne l’est pas réellement. Il est étriqué, corrupteur, soumis à des impératifs de démagogie et de satisfaction des exploiteurs. Nous pensons que les réponses ne peuvent être que dans une politique populaire, menée par les principaux et les principales forces de notre société : c’est à dire ceux et celles qui produisent les richesses. Les exploiteurs, qui ont intérêt dans la misère et dans la dévastation de l’environnement, ne peuvent apporter de solution. Nous croyons à une souveraineté populaire illimitée, incarnée par un parti populaire qui serait capable de défendre ses intérêts profonds et de long terme. Nous pensons que le pouvoir populaire n’a pas à connaître d’entraves : il doit être total et permettre l’arrivée d’une ère nouvelle. Une ère dans laquelle l’économie se base sur ce que peut raisonnablement et durablement fournir la Terre et sert à servir les intérêts de l’humanité entière. Une ère dans laquelle la course folle au profit dévastateur ne sera plus qu’une anomalie de l’histoire, une crise d’adolescence de l’humanité.

    Bien sûr, construire les outils qui permettent cette victoire prendra du temps. Dans l’intervalle, les succès électoraux sont des bonnes nouvelles intermédiaires. Mais ils ne doivent pas faire oublier que l’objectif final est plus grand, plus lointain, plus profond.

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Emmanuel Macron souhaite encore frapper les retraites.

    Serait-ce la réforme de la onzième heure ? Depuis plusieurs semaines, la rumeur enfle. Macron semble vouloir à nouveau s’attaquer à la question des retraites pour poursuivre sont œuvre de discussion. Alors qu’une 4e vague se profile, mais que rien n’est prêt, alors que la campagne vaccinale peine à convaincre, le président-candidat veut ouvrir un nouveau front. Il semble qu’il s’adressera aux français et aux françaises lundi pour parler de cela.

    A ce stade, les choses restent floues. Mais nous en saurons plus très bientôt.

    Ce qui est significatif c’est le changement brutal d’orientation opéré par ceux qui déterminent la politique d’Emmanuel Macron. Il y a un peu plus d’un an, au moment des premiers confinements, les grands capitalistes, si prompt à défendre un libéralisme outrancier, se sont réfugiés, en pleurs, dans les jupes de l’État. L’État, en créant de la dette, à permis à un grand nombre de salariés de pouvoir conserver un revenu. Mais une autre mesure « sociale » a été aussi mise en œuvre : la protection des bénéfices des grands cartels de l’économie. Le grand patronat a été dorloté par cette « économie de pandémie ». Il en profite aussi par l’effondrement de plusieurs de ses concurrents.

    Le coût de ces mesures est difficilement estimable. Mais cela n’intéresse pas tant que ça les exploiteurs, car celles-ci ne lui ont rien coûté. Le chômage partiel, par exemple, n’a pas été payé avec les profits des grandes firmes, mais bien en créant une dette qu’il « faut » aujourd’hui rembourser. Et les capitalistes n’entendent pas rogner sur leurs profits. En revanche, après avoir vampirisé les ressources publiques, ils se font de nouveau les porte-paroles de l’austérité et du darwinisme social.

    Le patronat et l’État imposent l’idée qu’il faut « relancer le pays ».

    La campagne présidentielle commence à se dessiner. Sa physionomie est celle de la droite, voire de l’extrême-droite. Au delà des axes concernant l’Islam, la sécurité, l’immigration, l’autre pan de ces élections sera celui de cette « relance ». Derrière cette idée de relance, imposée comme étant vitale, se trouve l’idée de hausser, une nouvelle fois, la rentabilité des entreprises française. Elle est hypocrite. Pour le patron du MEDEF : « Je suis assez optimiste, je ne pense pas qu’on aura une augmentation massive du chômage, je ne crois pas à une vague de plans sociaux et de faillites », d’autres études indiquent qu’il ne faudra que trois ans pour que la France retrouve son PIB d’avant le COVID. Et encore, une partie de ce rattrapage économie est entravée par des phénomènes externes : à savoir la concurrence toujours plus forte entre Chine et Occident, mais aussi les malheurs d’autres États qui subissent de plein fouet la pandémie.

    Comment payer la « relance ».

    En réalité, cette relance n’est finalement qu’une seule chose : c’est la poursuite d’une offensive débridée contre les droits sociaux, les droits des travailleurs et des travailleuses. C’est par là que cette relance est envisagée. Par une pression accrue sur les salaires, en particulier en continuant à détruire l’assurance maladie, le chômage et les retraites. Ainsi, dans la réforme des retraites qui se prépare, la première étape serait un passage à 65 ans de l’âge de départ à la retraite, et la seconde le passage à la redoutable retraite à points. Cet ensemble de réformes, prévus pour la période du quinquennat de Macron, vont probablement s’étaler plus que prévu.

    Pour le moment, le calendrier est inconnu et le gouvernement hésite.

    En effet, la situation pandémique a ralenti le travail de sape des droits sociaux. Macron a du tergiverser et reculer sur certains points. Aujourd’hui, le gouvernement se prépare à choisir. Il doit à la fois donner des gages aux grands capitalistes sur le fait qu’il sera leur héraut et l’exécuteur de leurs désirs, tout en restant consensuel et en évitant de déclencher la colère sociale. De ce point de vue, il règne une certaine division sur la méthode à suivre. Certains comme Ferrand étant contre une charge sabre au clair. D’autres se montrant plus empressés à servir leurs maîtres. Il n’est pas impossible qu’il fasse d’ailleurs le choix du référendum. Cela pourrait être une chose positive, permettant de sanctionner la question par le rejet populaire.

    Mais les gouvernements sont passés maîtres dans le fait de tourner les questions des référendums à leur avantage. Le « en-même temps » macronien, et sa capacité à s’appuyer sur les ambiguïtés, peuvent transformer une apparente victoire en défaite totale. Un vote autour d’une « politique de redressement du pays », par exemple, pourrait très bien donner à LREM l’appui qui lui manque pour anéantir les droits sociaux.

    Peut être attendra t’il sinon son prochain quinquennat, s’il a lieu, pour terminer son œuvre. Cap 2022 a pris du retard, mais reste la boussole qui guide l’activité du gouvernement et sa stratégie.

    Préparer la lutte.

    Le risque de la période qui s’ouvre est celui de l’anesthésie par les élections présidentielles. Le « ne luttez pas, votez » sera certainement le credo d’un grand nombre d’organisations, y compris de gauche. Nous pensons l’exact opposé. Qu’importe ces élections, ce qui compte est la lutte. Nous savons que l’État ne peut être, dans sa forme d’État bourgeois, conquis. Il peut en revanche être contraint par la pression sociale, l’organisation, la lutte extra-parlementaire. Nous pensons que dans la période qui s’ouvre, un front uni doit naître autour de cette idée : rejeter l’espace étriqué formé par la politique bourgeoise et faire naître une légitimité dans la revendication d’un régime nouveau.

    Alors que les exploiteurs veulent nous faire travailler plus, dans des conditions toujours plus difficiles et toujours plus longtemps, un autre destin est possible. Un travail partagé, réparti, dont les bénéfices ne servent pas à engraisser des parasites exploiteurs, mais servent à l’ensemble de la communauté. Un travail qui se focalise sur ce qui est nécessaire : assurer l’accès aux biens matériels et culturel dans les possibilités définies par la protection de l’environnement. Un travail qui répond aux besoins, aux lieux de chercher à en créer artificiellement pour maintenir un cycle infernal. Dans ce cadre, le machinisme, l’automatisation, ne devient plus un facteur de chômage et d’aliénation toujours croissante, mais bien un facteur de libération.

    Luttons pour donner naissance à ce monde.