Étiquette : Loi travail XXL

  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie II  : le déficit syndical

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie II : le déficit syndical

    Le déficit syndical.

    Partie II

    La syndicalisation, au sein de l’Etat français, est une courbe en cloche. En constante augmentation au cours de la première moitié du XXe siècle, elle s’effondre peu à peu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En 1949, environ 42% des travailleurs et des travailleuses sont syndiquées. En 1958, le taux descend déjà à 24%. Les années 70 voient apparaître une certaine embellie : 27/28%, puis, à partir des années 80, c’est la lente descente en enfer. 1988 : 15% ; 1997: 10%. Aujourd’hui, selon les sources et les méthodes de calcul, le taux de syndicalisation serait entre 8 et 12%. Or, le taux de syndicalisation et la force des grèves peut se corréler : le nombre de journées individuelles non travaillées descend au même rythme que le nombre de syndiqués.

    Les causes sont multiples. Une certaine déception vis-à-vis de la CGT, un sentiment de trahison par la CFDT. Des attaques idéologiques, des pressions, des menaces envers les syndicalistes, envers les syndiqués… Le fait également que le syndicalisme ouvrier est touché par la liquidation d’une partie de l’industrie, par la fragmentation des usines, par les délocalisations et les sous-traitances. Les mobilisations coûtent cher, également, et avec la baisse des salaires réels, il est difficile, sans solidarité, sans appui, sans garantie de succès, d’exiger de la part de travailleurs de perdre une partie de leur salaire pour des promesses.

    Le fait également que la CGT, suivant la trajectoire d’une PCF qui se fourvoie, se perd, s’étouffe, s’étrangle, tandis qu’en son sein, des professionnels, des carriéristes se hissent vers des fonctions importantes, se taillent leur royaume personnel.

    Les raisons sont multiples, mais les conséquences sont dramatiques. Des syndicats plus faibles, cela entraîne une phénomène d’auto-intoxication. La faiblesse limite la possibilité d’exercer un travail efficace, d’être protecteur, d’être offensif. Cette crise de confiance fait que les positions modérées, de droite, sont renforcées et jouent la carte de la compromission avec le patronat. Il en ressort que le cycle se répète. Comment appeler à autre chose que des journées d’action perlées, qui démoralisent, qui affaiblissent, lorsque le sentiment général, dans les Etat-major des syndicats, est que personne ne suivra ?

    La CGT, à l’heure actuelle, est dans ce cas de figure. Elle est paralysée, d’une part, par la montée d’une couche carriériste en son sein. Elle est victime de ses contradictions internes. Une sourde lutte, mais néanmoins particulièrement acérée, s’est faite entre les Unions Locales et les Fédérations. Les une représentant la réalité concrète de la lutte des classes dans un secteur donné, les autres étant victimes d’une force d’organisation corporatiste, privilégiant la parole de l’aristocratie ouvrière, des syndicalistes de carrière, des droitiers.

    Dans le cadre du reflux du mouvement ouvrier, ces fédérations ont, relativement, gagné en poids, tout comme les positions qu’elles défendent. Le manque de confiance que peut avoir la CGT en ses propres forces fait, sur lequel surfe la ligne trade-unioniste des fédérations, est une des raisons qui fait que le syndicat peine à se mettre en branle. Quant aux autres organisations syndicales, elles semblent dans l’expectative. FO a joué sur les deux tableaux, sa direction se compromettant, tandis que sa base s’est mobilisée. Solidaire demeure en retrait, dans une lutte de concurrence contre la CGT. Dans ce cas de figure, malgré son apparence de syndicat « gauchiste », Solidaire apparaît comme jouant la carte de la modération. Quant à la CFDT, elle déchante de son expérience du « dialogue » avec le gouvernement, mais demeure extérieure à la mobilisation.

    La solidarité entre les différentes branches professionnelles est aussi critiquable. Il n’existe pas de mot d’ordre commun aux manifestations des fonctionnaires et du privé. Les deux ont mobilisé leurs forces et les ont faites défiler, mais séparément. Une manière de ne pas prendre en compte la gravité de la situation.

    Les outils comme Front Social, qui tentent de pouvoir suppléer à ce manque de confiance, sont souvent traités en persona non grata. Il existe une méfiance importante à leur encontre, méfiance nourrie par certaines thèses plus ou moins fausses.

    La croyance, entretenue par le PCF, que ces assemblées sont dirigées par la France Insoumise, que ce sont des instruments de liquidation du syndicalisme, que ce sont des groupes noyautés par des organisations politiques vicieuses… les rumeurs sont légion. Pourtant, la tâche de Front Social n’est pas contradictoire avec le rôle des syndicats. Elle est même complémentaire.

    Elle permet de mobiliser dans un rythme qui est le sien, de créer un climat de mobilisation, de jouer un rôle coordinateur et, qui sait ?, peut-être directeur dans la lutte. Elle joue un rôle essentiel pour que la mobilisation ne soit pas intoxiquée, écrasée. Elle est un outil qui manque cruellement.

    Nombreux, nombreuses sont celles et ceux qui ont en tête des souvenirs de mobilisations massives et constantes. Le CPE, en 2006, reste la référence du type. Mais de nombreux facteurs font que la situation n’est pas comparable.

    La situation morale n’était pas la même. Aujourd’hui, le sentiment général est empreint de fatalisme, est miné par plus de dix ans de défaites successives. L’entrain, la combativité, semble être au plus bas. Si des facteurs contingents entrent en ligne de compte, aussi triviaux que la météo, d’autres existent.

    Qu’on le veuille ou non, la social-démocratie avait mobilisé ses forces à outrance. Elle avait été, de facto, l’élément dirigeant de cette lutte. UNL / FIDL / UNEF et d’autres relais avaient pignon sur rue. Son but final: gagner les élections. Aujourd’hui, cette social-démocratie a les dents usées, est décrédibilisée et n’est que peu tolérée dans les rangs des manifestations. Cela ne signifie pas qu’elle soit morte, car cet espace politique devient désormais l’apanage de nouvelles forces, comme la France Insoumise.

    Mais surtout, le climat n’était pas le même. Aujourd’hui, le sentiment général est que, en dehors des journées de mobilisation, globalement, il ne se passe rien.

    Si le corps de bataille demeure la classe ouvrière, demeure les travailleurs, ceux qui peuvent causer un réel dégât aux revenus de la bourgeoisie, d’autres force jouent un rôle. La jeunesse, notamment, est particulièrement absente de cette mobilisation. La jeunesse est ce qui a créé un climat de mobilisation, d’agitation, un climat de combat, un climat de solidarité, également.

    Lycées et universités n’ont pas connu de perturbation autres que superficielles. Aujourd’hui, plus d’un mois après la première date de mobilisation de grande ampleur, aucune des universités de l’Etat français n’est en grève.

    La aussi, le syndicalisme de lutte a connu une terrible hémorragie. Celle-ci est due à plusieurs aspects concomitants : Une responsabilité des organisations politiques, un changement générationnel et un échec à transmettre l’expérience.

    Les organisations politiques ont une responsabilité écrasante. Si certains, certaines s’y sont investies avec sincérité, si des organisations ont lutté pour faire des syndicats étudiants de lutte des fronts efficaces, l’inverse est aussi vrai. Nombreuses sont celles qui ont agit avec opportunisme autour de cette question du syndicalisme étudiant de lutte.

    Les uns en ne prenant aucune part au syndicalisme étudiant, en en restant en retrait, sous divers arguments. L’un des plus frappants est basé sur une analyse ouvriériste, laquelle, dans un contexte étudiant, ne manque pas de sel. Cette manière quelque peu dissonante de vomir les étudiants « petit-bourgeois », tout en en faisant partie est quelque peu cocasse, mais elle est malheureusement révélatrice d’une visions idéologique déformée et tronquée, basée sur le folklore et le paraître.

    D’autres en attaquant même ce syndicalisme, sous des prétextes antiautoritaires. Affaiblissant, par là même, toute possibilité de lutte. Celle-ci est l’apanage d’une ultragauche liquidatrice, laquelle, par son radicalisme de façade, se marie particulièrement bien avec certaines marges de la petite bourgeoisie.

    D’autres encore en utilisant les organisations syndicales comme des marchepieds de leur organisation, en les considérant uniquement comme cela. En les utilisant au mépris de la démocratie interne, au mépris de la nécessité d’un front syndical, pour les laisser exsangues et épuisées. Tel est ce qui est arrivé à Solidaire Etudiant – SESL – durant ces dernières années, où une véritable guerre interne s’est livrée entre une faction liquidatrice et une faction syndicaliste.

    Bon nombre de membres d’organisations bourgeoises, dont le Parti de Gauche, se sont servi sans ménagement du syndicalisme étudiant comme faire valoir ou comme marchepied. A la mairie de Grenoble, l’adjoint au maire est ainsi un ancien membre de la FSE Lyon, laquelle est devenue par la suite membre de solidaire. Ces opportunistes se sont servi du travail des unes, des uns, et des autres pour progresser dans l’appareil de leur organisation et devenir ainsi des professionnels de la politique.

    Le résultat parle de lui-même aujourd’hui, avec des forces qui semblent, malheureusement, bien épuisées.

    De fait, l’opportunisme a joué en plein son rôle. Les « ténors » ont conservé le monopole de la maîtrise des ordres du jour des mobilisations. Quittant les universités, ils et elles ont laissé un désert. D’autant que l’expérience de celles et ceux qui avaient dirigé plusieurs mouvements, qui avaient fait tout le travail invisible de mobilisation, s’est perdue.

    Liquidé, le syndicalisme étudiant de lutte est revenu quinze ans en arrière.

    Dans le vide créé, les cortèges de tête sont nés. Dans un sens, ils sont le corps informel qui unit, pour le moment, la jeunesse radicale, un certains nombre d’organisations politique et antifascistes, et, de manière sans cesse croissante, un certain nombre de syndiqués.

    Les cortèges de tête représentent l’émergence d’une nouvelle composante dans les manifestations. Ce cortège possède une double nature. Il rassemble à ceux et celles qui se veulent incarner la radicalité politique, mais également ceux et celles qui se veulent incarner la radicalité de l’action.

    Ce cortèges sont issus de l’influence du mouvement autonome, lequel a rengainé, en partie, son discours sectaire pour s’orienter vers une politique d’unité « K-ways et chasubles » avec les syndicats. Ce fléchissement est une manifestation d’une realpolitik à laquelle les autonomes se conforment. Malgré leur fond anti-organisation, bon nombre se sont rendus compte de leur incapacité à pouvoir mobiliser, de leur besoin de l’existence d’autres forces politiques et syndicales. Certains ont avancé politiquement, ont réellement progressé dans leur analyse de la situation. D’autres, en revanche, sont plus opportunistes.

    Le but d’une partie de ces autonomes est d’avoir des cortèges qui les protègent lorsqu’ils font leurs actions. Seuls, ils seraient écrasés par la police et la bac. In fine, ne pouvant avancer sur leurs forces propres, du fait de leur sectarisme, ils finissent par vivre au dépend de ceux auxquels ils sont hostiles. Cela donne parfois, ironiquement, un discours presque droitier, prêt à toutes les concessions pour obtenir de la masse dans les manifestations, dans le but de pouvoir poursuivre leur mode d’action.

    Mais là, nous commençons à toucher du doigt un des problèmes fondamentaux de notre situation politique : la question de la victoire promise. Car, dans la mobilisation, le but fondamental est la victoire. Or, quelle victoire peut être obtenue ?

  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie I  : l’état de la bourgeoisie.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie I : l’état de la bourgeoisie.

    Les difficultés de la mobilisation contre la Loi Travail.

    -PARTIE 1-

    L’état de la bourgeoisie.

    Le zénith de la mobilisation serait-il déjà passé ?

    Une terrible et sourde inquiétude traverse les rangs des mobilisés contre la Loi Travail. La quatrième journée de mobilisation, le 19 octobre, s’est retrouvée marquée par une décrue importante. Des effectifs divisés par quatre comparativement à la journée du 12 septembre.

    La menace n’en est pourtant pas moindre. Plus la Loi apparait en détail, plus ses conséquences se dévoient comme  funestes pour les travailleurs, pour les travailleuses, pour les précaires et les privés d’emplois.

    Chaque jour apporte son lot de nouveaux immondices, cadeaux pour les riches, coups de poignards pour les masses populaires. Avec un cynisme éhonté, les dirigeants de l’Etat, les porte-lances de la bourgeoisie, sabrent dans les conquêtes sociales, sabrent dans la protection, sabrent dans les salaires directs ou indirects.

    Suppression du code du travail, suppression des CHSTC, suppression de l’ISF… Tout est fait pour plaire à ses commanditaires. Les masses, elles, doivent se considérer heureuses : elles sont « protégées » par un Etat d’urgence permanent, par une chape de plomb. Elles sont « protégées » par une police qui est nantie du droit de tuer, le tout avec l’assentiment des ex-gauchistes du type de Cohn-Bendit.

    La réaction, viscérale, est la colère, la rage, l’indignation face à la dévastation qui s’annonce.

    L’application de ces lois se traduira par la misère, par la pauvreté, par la précarité, par la baisse de l’espérance de vie. En somme cette loi est l’incarnation même de la tendance à la paupérisation relative et absolue. Les classes populaires s’appauvrissent sans cesse, tandis qu’elle produisent l’intégralité des richesses de la société. De l’autre, une poignée de vampires en captent les bénéfices.

    Nous sommes en face d’un gouffre. Et pourtant les rangs des manifestations se clairsement. Pourtant, au lieu d’être attisée, la mobilisation décroît. La colère laisse place au fatalisme, au désespoir, à l’atonie.

    Cette situation n’est pas innée, elle est le fruit d’une terrible trajectoire. Elle est le terrible bilan d’une longue addition payée au cours des années.

    Nous avons, à la suite de l’élection présidentielle, rédigé une brochure nommée Fin de partie, dans laquelle nous revenions sur les raisons qui ont mené à l’arrivée de Macron au pouvoir. Les raisons sont sensiblement les mêmes, se recoupent, s’additionnent, se multiplient.

    L’offensive, que la bourgeoisie se permet, est le miroir de notre propre faiblesse, de nos propres failles, de nos propres faillites. Sans revenir trop en arrière, la chute de l’URSS est un point de bascule.

    L’URSS avait beau être révisionniste, elle avait beau être sociale-impérialiste depuis le XXème congrès du PCUS, elle représentait un symbole. Elle était l’affirmation que la pouvoir de la bourgeoisie pouvait trembler, pouvait être détruit. Même si, in fine, l’Union Soviétique n’était plus que l’ombre d’elle-même avant la chute finale, elle était toujours un affront au patronat.

    Sa chute fut le signal d’une campagne de triomphalisme de la part de la bourgeoisie, de la part des capitalistes. La peur -sincère- qu’avait la bourgeoisie de voir des chars soviétiques place de la Concorde était conjurée. Désormais, c’était la curée : contre les partisans de l’URSS, puis contre les communistes en général. Tous applaudissaient, du Front National aux trotskistes et aux anarchistes.

    Depuis, les applaudissements se sont ténus. Depuis il est resté un goût de cendre en bouche.

    La bourgeoisie est probablement l’acteur social qui a le plus étudié la Révolution et ses effets. Elle est probablement l’acteur qui en a tiré les conclusions les plus profondes sur comment éviter que cela se reproduise. Les théories du management, de la gestion de crise, de la gestion des masses, sont issues de cette période. Des traitres et des transfuges y ont notamment contribué, en apportant toute leur expérience de lutte à l’ennemi de classe.

    Triomphante, la bourgeoisie n’en a pas moins prudemment avancé ses pions, a lancé ses tentacules. Elle n’était pas assez forte, dès le début des années 1990, pour tout reprendre de ce qui avait été arraché lors de la Libération -grave erreur stratégique de la part du PCF, soit-dit en passant, que d’échanger des armes contre des promesses.. Mais le temps, désormais, joue pour elle. La promotion de l’individualisme, la promotion de l’anticommunisme officiel, la promotion de l’antisyndicalisme ont fait leur œuvre.

    Ces thèses ont trouvé des échos favorables au sein de cliques d’opportunistes. Comment ne pas songer à l’opération de liquidation faite par Robert Hue au sein du PCF ? Peu à peu, le camp du peuple s’est érodé. Il s’est affaibli. L’illusion s’est maintenue, mais les rangs se sont clairsemés, le niveau politique s’est effondré, affaibli.

    La crise de 2008 a servi de catalyseur. Il ne s’agissait plus, pour la bourgeoisie, de simplement augmenter le taux d’exploitation des travailleurs par gourmandise. Désormais, elle tremblait de voir le sol se dérober sous ses pieds, et elle-même être victime de la concurrence qui sévit au sein de sa classe. Le bon côté de la chose est que la crise est un argument de poids pour imposer des réformes et imposer des sacrifices. La bourgeoisie ne s’en est pas privé, sans une certaine délectation.

    Le mandat de Nicolas Sarkozy ne s’est pourtant pas trouvé être une croisière de rêve. L’opposition politique fut forte. La clique du Parti Socialiste et des organisations qui lui sont liées, pour des motifs opportunistes, s’est lancée à corps perdu dans la bataille. C’était là un moyen d’être en bonne position pour les élections.

    Le choix de soutenir le Parti Socialiste, pour une grande partie de la bourgeoisie, au travers du MEDEF, fut une choix logique et compréhensible. Le PS au pouvoir, c’était la  certitude d’avoir un laquais dévoué, un brave exécutant, tout en court-circuitant son réseau d’opposition. Précisément, la bourgeoisie a obtenu ce qu’elle désirait.

    Le PS, lui, s’est humilié, s’est roulé dans la boue et dans le sang. Il doit, ironiquement, sa défaite à sa victoire. Il n’est pourtant pas mort, car des opportunistes de bas étage, des Hamon, des Filoche, le maintiennent en vie.

    Si le Parti Socialiste et ses satellites -EELV et PRG, auxquels le pardon fut accordé bien aisément- étaient les agents de la victoire de la bourgeoisie, Macron, lui, est celui de son triomphe.

    Macron est le missile du patronat. Il est fait pour frapper et exploser sur sa cible -le code du travail. Il est conçu, architecturé pour cela. Ravager, détruire, broyer, matraquer. Qu’importe la situation qui adviendra après son quinquennat. Sa ou son successeur sera couronné d’épines pour faire suite à ce carnage.

    Macron, quelque part, est une incarnation d’une forme particulière du royalisme. Lui même, au travers du vocable « jupitérien », au travers de petites phrases du type de  « le peuple français n’a pas fondamentalement voulu la mort du roi », illustre son rapport au pouvoir. Le langage, en façade, est châtié. Lorsque le vernis tombe, en revanche, le mépris pour les classes populaires saute au visage . S’opposer à son fameux projet est « cynique. » La lutte est l’œuvre de « fainéants » qui « foutent le bordel. » Après, Macron n’en a pas le monopole, les présidents précédents avaient illustré cet état de fait général, au travers d’expressions particulièrement bien choisies telles que « pov’con », « sans dents » …etc.

    Mais chez Macron, ce mépris des masses est doublé d’un mépris des règles de fonctionnement des institutions. Le Parlement, le Sénat, l’Assemblée, sont pour lui, paradoxalement, des éléments archaïques, des lieux de perte de temps, qui ne font que ralentir l’inévitable transformation que ses commanditaires veulent imposer à la société. Dans son esprit, il est censé incarner une transcendance, être au dessus de toutes les contradictions et incarner la synthèse des « intérêts de la Nation ». Intérêts qui ne sont vus qu’a travers le prisme de sa propre classe sociale.

    Les députés LREM savent qu’ils sont élus pour une tâche précise et ne discutent pas. Ils et elles sont choisies sur des critères qui ne prennent ni en compte leur opinion ni en compte leur qualités. Ils et elles sont là pour « faire le job », rien de plus. Une nouvelle génération recrutée en entretient d’embauche, en somme. Et leur « job » est de liquider les protections sociales. Ils et elles le feront.

    Voilà le tableau général de l’ennemi de classe, sa situation.

    La bourgeoisie est en position de force, à l’heure actuelle. Elle mord à pleine dents. Quant aux forces qui s’y opposent, qu’en est-il ?

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Un « parti » contre les masses. Troisième partie.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? – Un « parti » contre les masses. Troisième partie.

    Le « PCF(mlm) » un « parti » contre les masses.

    Difficile de ne pas attaquer ces drôles, lorsque de telles positions ridicules sont proférées, salissant le drapeau rouge de la révolution, salissant le maoïsme, salissant le marxisme-léninisme, salissant l’intégralité et l’ensemble du mouvement révolutionnaire, l’ensemble de son héritage, l’ensemble de ses figures et de ses acteurs.

    Le « PCF(mlm) » a beau publier des communiqués sur le Président Gonzalo et sur la Guerre Populaire Prolongée, difficile de voir la moindre trace de combativité dans ses écrits. Les dix points de son programme feraient rougir de honte et de rage tout membre actif du mouvement communiste international, tant ils sont du domaine du ridicule. Mais la suite vaut le détour. Quant à sa Guerre Populaire Prolongée, le « PCF(mlm) » la transcrit de la manière suivante dans ses écrits : Soutenir la police, soutenir la bourgeoisie, soutenir Emmanuel Macron, mais attaquer les communistes et les syndicats.

    Difficile, là aussi, de ne pas citer leur dernière vomissure, derrière quels arguments la secte justifie sa non-participation aux manifestations du 12 septembre : « Il y a deux manières de voir les manifestations contre la réforme du code du travail qui ont eu lieu hier à l’appel de la CGT.

    Soit on y voit une expression d’un mouvement social de secteurs protégés au sein d’un pays capitaliste développé, porté par un syndicat recevant un financement très important de la part des institutions dont il est à considérer d’ailleurs comme une composante. Soit on y voit une expression de la lutte des classes.

    Il va de soi que c’est la première manière de voir les choses qui est juste, et il faut relever de la petite-bourgeoisie pour s’imaginer que la seconde interprétation puisse avoir un sens.(…) Et les travailleurs en général savent très bien que les syndicalistes sont des corrompus et des opportunistes, doublés d’un culture de beauf les rendant insupportables. Qui va se mettre en grève un mardi du côté des masses pour participer à un tel folklore totalement inutile ? (…) C’est une insulte à notre époque, aux défis de notre temps. De près comme de loin, il n’y a rien à sauver, c’est entièrement condamné par l’Histoire : c’est une preuve que face au réchauffement climatique, pour la défense de la Biosphère, pour l’instauration d’une économie planifiée, pour la relance de la culture et des valeurs de civilisation, il faut un travail de fond dans les masses, avec les masses, et non se mettre à la remorque des syndicats, des cogestionnaires, des manifestations ritualisées. »

    Derrière la phraséologie gauchiste, une nouvelle fois, point le droitisme. Puisque rien n’est à sauver maintenant, ne faisons rien ! Voilà le mot d’ordre de celles et ceux qui ont déserté la rue et les masses depuis belle lurette, si tant est qu’ils s’y soient jamais aventurés. Nous aurions pu écoper cent mouvements, cent luttes, que nous n’aurions jamais pu les rencontrer pour nous expliquer avec eux. La pureté n’est pas de ce monde, et les Matérialistes non plus.

    Un exemple même de raisonnement fallacieux. Puisque la solution n’est pas parfaite, ils la rejettent en bloc, ils l’écartent et refusent de mener la lutte de ligne. Ils replient leur drapeau et retournent « embrasser des flics. » Ils ne tracent aucune ligne de démarcation entre ce qui est « à améliorer » et ce qui est « à combattre. » Ils rejettent la CGT dans les rangs de l’ennemi. Gauchisme, toujours, prétexte à la ligne de droite : ne rien faire.

     Nous aurions pu leur rappeler cette citation de Mao : « Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d’acquérir les connaissances même les plus élémentaires. »

    La culture du « il faut », la culture du « un jour » la culture de l’utopisme et du crachat facile. Si nous suivions leur ligne, il nous faudrait rentrer dans nos chaumières et attendre. Ne pas participer aux grèves, ne rien faire. Espérer qu’un messie naisse, espérer toujours et sans fin, comme dans n’importe quelle religion, comme dans n’importe quelle secte.

    L’Unité Communiste de Lyon est fière d’avoir dans ses rangs des militants et des militantes de la CGT. Elle est fier de savoir qu’ils mènent une lutte de ligne contre les tendances opportunistes et réformistes de ce syndicats. Elle est consciente que cet outil n’est pas parfait. Mais il existe. Et, contrairement à la « ligne de masse » liquidatrice du « PCF(mlm) », cet outil possède une action sur la société, une action sur les événements. Leur culture de « beauf », ciblée par le prétendu-parti leur sert d’argument massue.

    L’argument culturel sert ici de justification à tout et n’importe quoi. « Mais une telle alliance de la CGT et de l’ultra-gauche, des merguez et des kebabs, du pastis et de la cannette qui est lancée sur la police, est totalement hors-jeu historiquement. » Comment comprendre cette phrase ? Tout lecteur objectif ne peut que se demander si nous ne rentrons pas dans une performance littéraire plus qu’un texte militant. Au loin, point même une lueur de racisme, qui flamboie.

    Si les masses n’ont pas une pratique parfaite, si les organisations syndicales ont une direction droitière et bourgeoise, à qui peut-on en imputer la responsabilité, si ce n’est à notre faiblesse dans la lutte ? Si la CGT dévie, c’est au communistes de combattre cette déviation, non de se mettre en retrait et de cracher leur venin.

    Mais les masses, les travailleurs et les travailleuses, eux-mêmes, elles-mêmes, ne sont pas à la hauteur des désirs du « PCF(mlm). »

    Cette même ligne qui crache sur les ouvriers, les insulte, les injurie, sans vouloir prendre part aux organisations de masse de la classe ouvrière, en restant à l’orée des usines. Cette ligne leur a fait écrire ceci le 27 avril 2017 : « Les ouvriers de l’usine Whirlpool d’Amiens n’ont pas été à la hauteur du mot d’ordre «¡No pasarán!»

    En acceptant hier la présence de Marine Le Pen sur le parking de l’usine Whirlpool d’Amiens, les ouvriers de cette usine qui va fermer ont été en-dessous de tout. Quelle honte ! » Belles et sages paroles. Est-ce là leur vision du maoïsme ? Est-ce là leur regard sur les masses ?

    Lorsque nous lisons leurs communiqués, comment ne peut pas penser au communiqué qui nous cible, et appliquer à eux-mêmes leur propre médecine : « Il n’y a, ici, du point de vue maoïste, rien à sauver. »

    Chaque position du « PCF(mlm) » est à l’avenant. Dès que l’opportunité de présenter une position répugnante se présente, ils s’en saisissent. Dès que quelque action que ce soit est faite, dès qu’un mouvement naît, il est immédiatement conspué par cette secte, car imparfait. Incapable de se saisir de la réalité, incapable de proposer quoique ce soit de correct, cette organisation agit comme le Renard dans la fable de la Fontaine, ne pouvant trouver à portée de main les fruits mûrs, qu’il envie : « Mais comme il n’y pouvait atteindre :

    « Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. «  « 

    Voilà la base de leur aigreur contre notre organisation, voilà pourquoi, dans un même paragraphe, ils nous associent à Soral et Dieudonné. Rouges de honte d’être pris la main dans le sac de leur inconséquence, ils s’aigrissent et injurient leurs détracteurs.

    Voilà pourquoi nous avons donc eu l’honneur de leurs colonnes au travers d’un article sur la Corée du Nord.

    Parce que cette secte est un conglomérat qui essaie de justifier par sa peur panique du fascisme des positions réactionnaires. Elle traite la police comme un rempart pour défendre la République, alors qu’elle est l’outil premier de l’écrasement des masses. Elle traite les bourgeois comme des alliés dans un front uni, alors qu’ils sont les premiers bourreaux des exploités. Eux, trouvent grâce à leurs yeux.

    Mais en revanche, des ouvriers, des travailleurs, des exploités qui ne seraient pas assez révoltés, assez révolutionnaires, assez végan, assez straight edge. Comble du comble, ils n’auraient pas assez la culture prolétarienne pour être digne d’être dans le grand parti « PCF(mlm) ».

    Voilà pourquoi nous les avons cités. Nous maintenons ce choix. Eux nous ont répondu, avec leur coprolalie habituelle. Mais à frapper trop vite, le paladin de la pureté dérape et tombe.

    Dans leur attaque contre l’UCL, dans leur tentative de nous faire endosser la tunique de Nessus et de nous faire passer pour des réformistes, le « PCF(mlm) » échoue. Il échoue même à faire un communiqué correct sur la Corée !

  • Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Qui sont les fainéants ? Qui sont les cyniques ? Qui sont les extrémistes ?

    Dans son discours à Athènes, le Président de la République s’est fendu d’une attaque brutale contre la mobilisation naissante. Accompagné du souriant social-traître Tsipras, de SYRIZA, le nouveau maître du pouvoir s’est ainsi exprimé sur les réformes : «Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.» Tout comme à Forbach, où il s’en est pris aux intellectuels et aux journalistes («Les journalistes ne m’intéressent pas (…) [Ils] ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays». «Des esprits tristes englués dans l’invective permanente»), le discours d’Athènes laisse un goût étrange en bouche.

    Voilà donc comment la bourgeoisie perçoit celles et ceux qui veulent lutter contre son pouvoir, contre ces réformes. Elle trépigne, s’énerve, ne comprend pas que les travailleurs, les travailleuses, ne veulent pas se saigner à blanc pour sauver « le pays ». Par « pays », il est bien évident que Macron veut dire « la bourgeoisie de l’Etat français. »

    Certains s’en sont emparés -on ne les blâmera pas de l’avoir fait. Ainsi, Mélenchon tweetait « Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre ! » Montrant par là même un infléchissement dans sa tentative de faire cavalier seul.

    Certains se sont brodés, sur la base de ces insultes, un bel étendard, digne de la campagne de Coluche.

    Mais, derrière les slogans, derrière les mots, il est nécessaire d’aller un peu plus loin. Creusons quelque peu l’insulte, l’injure, lancée par le Président.

    Car nous ne sommes ni les fainéants, ni les cyniques, ni même les extrémistes de l’histoire.

    Qui, entre la bourgeoisie et les classes populaires, sont les fainéants ?

    Est-ce celui ou celle qui sème, qui produit, qui construit, qui soude, qui boulonne, qui pioche, qui soigne, qui éduque ?

    Est-ce celle ou celui qui, sur le travail des autres, sur leur sueur, sur leur sang, amassent des millions, des milliards ?

    La bourgeoisie, en particulier la grande bourgeoisie, ne produit aucune richesse, aucune marchandise, aucune nourriture, elle ne produit rien. Elle n’est qu’un exploiteur, un parasite -un fainéant au sens premier du terme : fait-néant.  Elle ne fait rien d’utile, rien de nécessaire. Elle est une nuisance, un frein au développement économique et social.

    Certes, la vie d’un bourgeois comporte du stress et de la tension. Elle n’est pas de tout repos. Mais non pour les raisons que connaît un travailleur. Pour la bourgeois, la vie est un stress car elle est un jeu -qui parfois se mue en guerre- entre membres de cette classe sociale. Tout comme un grand joueur de poker prend des risques et subit un stress. Tout comme le joueur de poker, cette douleur et ce stress est superflu, inutile, volontairement subi. Les bourgeois se tressent des couronnes d’épines et de douleur.

    Quand un bourgeois se targue de « prendre des risques », il s’agit pour lui de conquérir des marchés, de prendre à ses concurrents, de les écraser, de les ruiner. En rien, il ne s’agit de mieux répondre aux besoins des masses. En rien il ne s’agit de risques pris pour améliorer le sort de l’humanité. D’une manière général, les risques sont par ailleurs assumés aux plus bas échelons, par ceux qui réalisent ces commandes, menacés sans cesse par le chômage, la précarité, ou même les aventures militaires.

    Ces risques sont futiles, sont superflus, ne sont le fait que du jeu de concurrence des bourgeoisies entre-elles. Ils n’ont aucun raison d’être. Une production planifiée et organisée y mettrait fin.

    Quand un bourgeois ou un de ses laquais dit travailler dur, il ment. Il joue, il joue et parie sur la vie et le destin d’autrui.

    Car les bourgeois sont les fainéants.

    Qui sont les cyniques ?

    Dans la bouche du valet Macron, les cyniques sont ceux qui voudraient  capitaliser sur la grogne sociale pour avancer leurs positions.

    Certes, il en existe, il existe de vrais cyniques, de vrais opportunistes, de vrais gourous qui rêvent de chair fraiche dans les mouvements, de votes, de postes et de places. Ils ont régulièrement leur place dans nos colonnes.  Inutile de parler d’eux ici.

    Mais en revanche, Macron, n’attaque pas ces carriéristes. Il les applaudit même, car il sait, en bon requin, que leur soif de postes, de places, d’estrades les amèneront tôt ou tard à lui manger dans la main. En réalité, il s’en prend à la CGT, aux organisations combatives, aux syndicats de lutte, aux organisations politiques prônant l’antiparlementarisme et la révolution. Dans une rhétorique digne de l’ultra-gauche la plus infantile, il brocarde les salauds qui tenteraient d’organiser les travailleurs et des les mener au combat. Un jour, peut-être même s’exprimera t’il sur la nécessité d’auto-organiser la production contre les syndicats et contre les codes contraignants et liberticides.

    Mais qui sont, en vérité, les cyniques ? Dans une brochure intitulée Tout est marché, nous prenions certains exemples.

    Vendeurs de sang, vendeurs de chair, vendeurs d’organes, vendeurs de morts, promoteurs véreux, chefs d’entreprise sans scrupules, politiciens corrompus… Les voilà nos cyniques ! Tel Martin Shkreli, qui, pour ses profits personnels, multiplie le prix de vente d’un médicament contre le VIH par 3500%. Il n’est pas un cas isolé, il est le digne fils de sa classe.

    Tel François Fillon, des corrompus, des opportunistes, des profiteurs. Qu’importe si l’argent détourné aurait pu financer une école, un hopital.

    Seuls les profits les animent, seul la soif de rendements, la soif de taux d’exploitation, le goût du luxe, leur soif de niveau de vie plus élevée, d’écrasement des faibles et des exploités les animent.

    Les voilà, les vrais cyniques, ce sont les bourgeois !

    Qui sont les extrémistes ?

    Sommes-nous des extrémistes ? Dans l’échiquier politique, c’est un fait, nous sommes sur une des ailes. Dans l’Assemblée, nous n’avons aucune place, aucun espace. Nous sommes politiquement hors de clous.

    Pour Macron, ce terme revoit, pêle-mêle dans une seule nébuleuse, tout ce qui peut coller au vocable « extrémiste » : Fasciste, nazi, gauchiste, taliban, « féminazi », écolo-radical, autonome, maoïste…

    L’idée est d’associer un sentiment de répulsion à cela, un sentiment de dégoût, un sentiment d‘a-normal, d’hors de la norme.

    Si nous sommes, relativement au centre, à l’extrême-gauche, cette question est biaisée. Elle est liée à une difficulté de trouver un référentiel correct. Dans l’absolu, qui sont les extrémistes ?

    Est-ce extrémiste que de défendre le fait de vouloir mettre fin à l’oppression, à la domination, à l’exploitation, de vouloir liquider le sous-développement, l’inégalité d’accès à l’éducation, d’offrir des soins, des logements décents et en nombre suffisant, l’accès à la culture et aux loisirs ? Est-ce extrémiste ?

    L’entêtement de la bourgeoisie à s’accrocher à son mode périmé d’accaparation des ressources, à ses privilèges de classe, là réside l’extrémisme. Maintenir les masses la tête sous l’eau, dans l’exploitation, dans la misère, dans le sous développement, dans la mort par la faim, par la maladie, par la guerre, voilà leur moyen de dégager du profit. Là réside le crime.

    Certes, nous ne reculons pas devant des moyens durs pour la lutte, mais ils ne sont que le miroir de la résistance obsessionnelle de la bourgeoisie. Nazisme, fascisme, obscurantisme, violence policières, terrorisme d’Etat, guerre civile… elle utilise tous les moyens pour maintenir dans un carcan les exploités.

    Certes nous défendons le principe de la dictature du prolétariat, mais elle est le bouclier contre les méfaits des assassins, des bandits, des conspirateurs et des restaurateurs du pouvoir bourgeois.

    Nous agissons de manière logique, cohérente, sans débordement, sans soif de sang. Nous agissons avec des moyens à la mesure de la tâche que nous nous fixons :  celle de faire choir notre bourreau : la bourgeoisie et en premier lieu la bourgeoisie de l’Etat français, celle qu’incarne Macron.

    Car la bourgeoisie, voilà la véritable extrémiste.

    Voilà qui sont donc les fainéants, les cyniques, les extrémistes. Nous rejoignons alors Macron. Nous ne les laisserons pas se mettre en travers de notre route ni de celle de la lutte !

    Nous n’oublions pas les injures. Nous n’oublions pas le mépris. Nous n’oublions pas les crimes de la bourgeoisie.

  • FO-PS, la ballade des traîtres.

    FO-PS, la ballade des traîtres.

    FO-PS, la ballade des traîtres.

     

    Nous avons écrit ce communiqué à la suite des annonces de Force Ouvrière et du Parti Socialiste. Ce dernier s’étant rétracté et ayant annoncé qu’il ne serait pas présent « en tant qu’organisation » à la manifestation du 12, certains changement ont été effectués. Cependant, sous leur drapeau ou non, ces individus, ces corrompus et ces compromis n’ont pas de place dans nos rangs. Nous maintenons le fait que nous considérons qu’ils n’ont pas à défiler avec nous, qu’ils se présentent sous la bannière d’une syndicat, d’une association, ou en leur nom propre. 

    Dans notre publication du 31 Aout 2017, nous fustigions l’attitude de cavalier seul de Jean-Luc Mélenchon. Elle nous paraît inconséquente et dangereuse, tandis que se rapproche de jours en jours la rentrée sociale.

    Cependant, Jean-Luc Mélenchon est loin d’être seul à tremper dans le cynisme et dans l’opportunisme de bas étage.

     A sa décharge, nous pouvons même affirmer qu’il est loin d’être le lauréat de la mesquinerie. La concurrence est bel et bien rude, cette année.

    La bataille débute à peine que, déjà, les lignes se dessinent. Ceux qui penchent du côté du gouvernement et qui sont prêt à se vendre pour devenir ses interlocuteurs privilégiés. Ceux qui, au contraire, vont faire mine de lutter pour engranger des soutiens, une audience, une nouvelle virginité politique.

    Ainsi, nous pouvons en épingler deux acteurs majeurs, d’entrée de jeu : Force Ouvrière et le Parti Socialiste. Ironie des ironies, ce dernier, par ailleurs, fustige Jean-Luc Mélenchon pour sa politique en solo et se réclame de l’unité avec les syndicats, avec la CGT, pour ensuite revenir sur ces paroles, du fait du tollé que leur participation a déclenché. Belle leçon de virvoletage la part des plus grands traitres de l’histoire sociale.

    Jean-Claude Mailly, secrétaire confédéral de FO, l’a annoncé. Les treize membres du bureau confédéral de Force Ouvrière ont voté à l’unanimité. Ils ne participeront pas à la grande manifestation du 12 septembre, appelée notamment par la CGT, SUD, Front Social et sa myriade de composantes.

    Officiellement, FO ne soutient pas le projet de loi « dans son intégralité », indiquant dans une entretient au journal « Les Echos » : « Je suis sûr qu’il y a des choses sur lesquelles nous serons en désaccord fort demain. Mais nous allons peser le pour et le contre. » Au cours de ce même entretient, Jean-Claude Mailly a déclaré qu’un véritable « dialogue social » avait eu lieu. Petite nuance cependant : « Ce n’est pas une négociation juridiquement, c’est une concertation. Mais cela ressemblait beaucoup à une négociation .» Comment ne pas être soudain rassuré ?

    L’argument pour baisser les armes est le suivant « L’un des objectifs [de la réforme Pénicaud] au départ – qui était la poursuite dans d’autres domaines que le temps de travail de ce qui était fait l’année dernière [dans le cadre de la Loi El Khomri] -, c’était de dire – en gros -que l’on supprime la branche sur tout une série de points, et que tout allait dans l’entreprise [pour négocier] ». « J’ai dit dès le départ que c’était exclu. Il y a donc des thèmes qui sont garantis dans les négociations au niveau des branches […]. Tout n’est pas réglé je pense, nous verrons demain. » FO annonce donc que l’un des objectifs centraux de la réforme, un des points fondamentaux, la remise en cause de la hiérarchie des normes, serait soudain abandonnée. Pour quelle raison ? Le mystère règne avec une terrible opacité. Nul doute que la réponse à la question du revirement de FO ne se trouve pas ici.

    Une piste cependant. Politis sous titrait un article du 24 mai 2017 ainsi : Stéphane Lardy, chargé de l’emploi et de la formation professionnelle à FO pendant neuf ans, devient directeur adjoint du cabinet de Muriel Pénicaud. Est-il possible d’y déceler une relation de cause à effet ? Nous ne pouvons exclure cette piste de la corruption pure et simple. Une autre piste possible est que FO table sur une défaite du mouvement, sur des hémorragies terribles dans les syndicats, et qu’elle veut d’ores et déjà tirer son épingle du jeu.

    FO s’est, également, fait une réputation dans le fait de marcher seule, que ce soit dans les mobilisations ou dans les manifestations du 1er mai. Ce sectarisme particulier est sa marque de fabrique, tout comme sa très large tolérance politique, aux militants d’extrême-droite comme aux individus les plus nauséabonds. Comment ne pas penser à Luc Poignant, ce policier de SGP-FO, dont les propos sur le fait que le terme de « bamboula » soit « convenable » avaient défrayés la chronique après le viol commis, par des policiers, sur la personne de Théo.

    Toujours est-il que FO ne participera pas.

    Probablement, certains militants, certaines sections – celle du Finistère l’a ainsi annoncé – participeront néanmoins à la lutte. La direction les laissera faire. C’est une manière de jouer sur les deux tableaux. Ainsi, FO pourra prétendre, auprès des patrons, avoir collaboré ; auprès des ouvriers, avoir résisté. Même si la moquerie accompagne ce constat : « Je ne suis pas un PDG, je suis un secrétaire général qui a un mandat. C’est toujours arrivé dans l’histoire de FO, il y a des grognards fidèles et des grognons râleurs; bon ben, il y en a qui font partie toujours des grognons râleurs, c’est leur droit d’exister » a t’il ainsi déclaré le 1 septembre.

    Coluche, même, dans son sketch « Le délégué syndical » se moquait de cette propension qu’a FO à trahir sans vergogne. « Si il penche trop du côté des ouvriers, les patrons payent plus. Et puis si il penche trop du côté des patrons, ça va finir par se voir ! Vu que c’est eux qui payent. Et c’est pas le but de la manœuvre ! «  La messe est dite.

    Cette position ne peut que faire écho à celle d’une autre organisation : le Parti Socialiste.

    Aujourd’hui, le PS rétropédale de toute urgence, devant la levée de boucliers liée à sa volonté de participer, en tant qu’organisation, aux manifestations du 12 et du 23 septembre. Ce retour en arrière urgent s’est accompagné d’une annonce indiquant qu’en tant qu’individu, les militants participeraient. Manière de continuer leur travail en sous-marin, d’être là, de conspirer dans nos rangs, tout en se proclamant neutres.

    Existe t’il donc une limite à la possibilité de se montrer cynique et méprisant ? Existe t’il un fond aux abysses de l’opportunisme ? L’attitude du PS démontre que cette question est loin d’être tranchée.

    Le Parti Socialiste est une organisation efficace, quand il s’agit de sacrifier les droits des travailleurs, quand il s’agit d’œuvrer à l’écrasement des contestations, à la mise en place d’une législation liberticide, d’un état d’urgence permanent. Le PS est également un maître dans le fait de servir d’Etat-major de l’impérialisme français, comme il l’a démontré tant sous Mitterrand que sous Hollande.

    Les services rendus par cet parti politique, ainsi que par son réseau d’alliés -ne les oublions pas !- PRG et EELV, sont innombrables. Innombrables pour la bourgeoisie. Ils sont allés plus loin que l’UMP/LR dans la casse sociale, ils ont appliqué le programme réactionnaire du FN quant à l’accueil des immigrés, quant à la réduction des droits sociaux, ils ont privatisé tout ce qui pouvait encore l’être. La bourgeoisie a de quoi être fier de ses laquais. Ils ont parfaitement exécuté leur tâche.

    Seulement, à être un valet trop servant, on ne peut décidemment servir deux maîtres. A trop se proclamer héraut du peuple tout en étant le fer de lance de la bourgeoisie, la contorsion est devenue ingérable. Le PS s’est démasqué au vu et au su de tous comme un ennemi des travailleurs. Sa base électorale l’a lâché sans regrets, le ravalant au rang d’un parti de second ordre aux présidentielles et aux législatives.

    Mais l’hydre du PS se régénère sans cesse, c’est là sa force. Elle se régénère car il peu se permettre de dire tout et n’importe quoi, étant constitué de bric et de broc, de débris divers, de fractions et de cliques.

    C’est ce qui lui permet de rabattre largement. Ainsi, ses portes paroles de « gauche », comme le trotskiste Filoche, ont continué leur travail, en entretenant le mythe que le PS pourrait être, pourrait revenir du côté du peuple. Il a vociféré contre la direction du parti, bien qu’il soit partie-prenante lui même. Son petit jeu revient à faire croire que le PS est victime d’une mauvaise direction, mais que tout peu changer si on le soutient et qu’on soutient sa clique de conspirateurs. Cette position était, par ailleurs, celle de Jean-Luc Mélenchon et d’Alexis Corbière durant des années. Elle est le poumon du Parti Socialiste.

    Dès lors, tout est permis, puisqu’il suffit au PS de dire « nous avons changé ! » pour espérer que toutes ses trahisons soient effacées.

    Dès le lancement de la campagne présidentielle, le Parti Socialiste s’est mis en marche en prétextant qu’il serait le bouclier contre la loi travail, contre la droite de Fillon et le conglomérat de Macron. Déjà, cette ligne nous avait paru le comble du ridicule. Les affiches « avec LR les français vont prendre cher » ne pouvait que faire rire aux éclats ceux dont les yeux étaient rougis de lacrymogènes.

    Mais voilà que le PS réussit à faire plus fort ! Il se proclame, aujourd’hui, prêt à rentrer dans la lutte contre sa propre œuvre, prêt à marcher dans la rue, au côté des syndicats et des organisations qu’il a contribué à broyer cinq années durant.

    Accepter de marcher aux côtés des Myriam El-Khomri ? De François Hollande ? Hors de question.

    Déjà nous entendons les suppliques de ceux qui osaient déployer le drapeau à la rose : « nous étions du côté des frondeurs, tout du long. », « nous étions dans telle tendance, dans telle fraction, opposée -évidemment- à la politique du gouvernement. » « Nous étions hamonistes, filochiens ou autre. »

    Lorsqu’on marche sous le drapeau d’un parti, on peut avoir certains désaccords, mais on assume le bilan de ce parti. On assume ses actes, la direction qu’il prend. Sinon, il faut le quitter. Songeons que ces individus n’ont pas jugé que les actes, devrions nous dire les crimes, de leur parti soient suffisamment répugnants pour justifier de jeter au feu leur drapeau.

    Déjà nous entendons ceux qui se réjouissent de voir le PS reprendre le bon chemin, qui se ruent pour leur baiser les pieds et se pelotonner contre eux. Tout ceux et celles qui ne voient pas la rupture avec la social-démocratie comme un pas en avant, mais qui ne rêvent que de la ramener au centre, d’en faire le point central de la lutte, pour se terrer dans son ombre et dévorer les miettes qu’il laissera tomber.

    Ceux là, qui sont compromis avec le PS et la bourgeoisie, en valent pas mieux. Ils ne sont que les valets des valets. Les laquais des laquais. Pourtant, ils sont nombreux dans nos rangs. Nombreux à faire appel à la social-démocratie, à l’Etat, aux institutions, à la police et à la préfecture. Nombreux à briser l’indépendance de classe.

    Il n’existe pas de place pour l’opportunisme dans les rangs de la lutte. Pas de place pour les mercantis pourris du PS, pour ces laquais et ces serviteurs.

    Le PS mérite d’être chassé d’être expulsé des manifestations, des rassemblements, des assemblées militantes. Il mérite d’être pourchassé jusqu’à ce qu’il disparaisse.

    Nous ne marcherons pas avec les ennemis d’hier, qui sont les traitres d’aujourd’hui. Nous sommes pour l’unité la plus large, mais sur des bases minimales qui ne se négocient pas. Nous ne servirons pas la soupe aux traitres et aux opportunistes, au contraire, nous n’aurons de cesse de les dénoncer et de les attaquer publiquement.

    Nous ne sommes pas les marchepieds des carrières, des élections, des postes des uns ou des autres !

    FO – hors de nos usines !

    PS – affichés ou non – hors de nos luttes !

    Pas de place pour les opportunistes et les traitres !

  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie V – Les autres fronts.

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie V – Les autres fronts.

    L’arme absolue et ses ramifications.

    La nouvelle loi est un exemple d’ingéniosité. Elle est une machine de guerre fascinante, brisant l’échelle des salaires, mais également fracassant les conventions collectives, oblitérant le caractère contraignant des lois et allant jusqu’à attaquer les contrats déjà signés. D’une part en liquidant le code du travail, qualifié  » [d’]entrave au recrutement dans 95% des cas » par Muriel Pennicaud. En pulvérisant la hiérarchie des normes, en créant un chèque en blanc sur lequel la bourgeoisie pourra inscrire son montant de misère.

    Elle se double d’un deuxième front, attaquant la question de l’assurance chômage et de la durée de la période d’essai pour instiller un climat de terreur.

    Elle se triple d’une attaque contre les représentants du personnel, contre les syndicats, contre les outils de défense des travailleurs. En somme, elle est une bataille d’encerclement et d’anéantissement contre le code du travail.

    Cette attaque n’est pas isolée. Elle est accompagnée d’une série de mesures permettant d’en amplifier les effets et les conséquences.

    Les autres fronts :

    L’apprenti-sorcier Macron est un héritier. Il hérite d’un plan de longue date, déjà entamé longtemps en amont, dont le but est de s’attaquer à un titanesque objet : l’Education Nationale et son contenu. Derrière ce mouvement se trame deux objectifs qui se complètent parfaitement.

    Dernièrement, le nouveau gouvernement a annoncé un budget extrêmement serré pour de nombreux secteurs publics. L’un de ces secteurs est celui de l’éducation. 331 millions d’euros d’économie ont été annoncés pour l’enseignement supérieur, doublé de 75 millions pour le budget de l’Education Nationale.

    Privées de financement, les universités seront donc obligées de se prostituer auprès d’investisseurs ou d’augmenter les frais d’inscription. Cela entraînera également une hausse énorme des coûts de scolarité, ce qui intéresse énormément les banques, ravies de pouvoir développer un équivalent français aux students loans, aux prêts étudiants US, lesquels sont un magnifique pactole pour les banques, et un terrible boulet au pied des étudiants américains. Dans le cadre d’une restructuration continue des CROUS, cette question se marie aisément.

    Il s’agit d’une volonté d’accentuer une immixtion du privé dans l’enseignement public : partenariat, autonomie financière, entrée de « personnalités extérieures » dans les conseils d’administration. Il s’agissait des aspects dénoncés et combattus lors des mobilisations contre la Loi sur la Responsabilité des Universités ou LRU.

    Pour un patron, financer une université n’a pas d’intérêt au premier abord. Celui-ci naît lorsqu’il lui est possible de pouvoir influer sur le contenu et sur l’organisation des cours ou de la recherche. Dès lors, un grand nombre de choses deviennent possible.

    ●        Disposer d’étudiants pour des stages obligatoires, main d’oeuvre gratuite et corvéable.

    ●        Subordonner le contenu des cours à ses besoins en termes de formation de main d’oeuvre.

    ●        Subordonner la recherche aux besoins de l’entreprise, en termes d’applications ou en termes de validation de ses projets. (comme des études environnementales financées par Total ou des études sur l’obésité par la société Mars.)

    Ce retour sur investissement justifie les sommes déboursées. Or, ceux-ci ont un impact net sur la valeur des diplômes. Les filières estampillées Nintendo, Veolia, EDF ou autres n’ont de valeur qu’auprès de leurs commanditaires, nullement sur le marché du travail.  Comme ces diplômes à géométrie et à valeur variable ne trouveront pas leur place dans les grilles de salaires et dans les conventions collectives, elles ne fourniront aucune garantie de salaire minimal pour les travailleurs.

     

    De même, durant la session de 2017 du Bac, les critiques ont fusé sur l’organisation et la qualité de celle-ci. Ces critiques servent à nourrir et à appuyer un projet de refonte de l’examen, en y introduisant une quantité plus importante de contrôle continu. Or, plus de contrôle continu, cela signifie donc un impact plus important de la notoriété de l’établissement sur la qualité du baccalauréat, donc sur sa valeur auprès du supérieur et du marché du travail. De facto, cela entraîne un déséquilibre. Ce déséquilibre en termes de valeurs se doublera d’un déséquilibre en termes de moyens, du fait du retour de l’autonomie des lycées. Une éducation à multiples vitesses se prépare.

    En somme, cela donne naissance à des bacs qui ne valent rien, à des licences ou des maîtrises qui n’ont de valeur que pour un secteur et pour un recrutement spécifique.

    Ce coup de faux détruit les grilles de salaires comme les conventions collectives, en donnant naissance à des travailleurs ne pouvant rentrer dans aucunes cases. Désormais, aucune garantie ne pourra prémunir contre les chantages des patrons, quels qu’ils soient.

     

    Mais le plan de la bourgeoisie vis-à-vis de l’éducation est nettement plus ambitieux que cela.

    D’une manière générale, le CAPES est en première ligne. La masterisation des concours devait liquider en deux coups ce qui était perçu par ceux-ci comme un anachronisme. Or, la résistance des syndicats d’enseignants et étudiants a stoppé cette réforme à mi-chemin. Nul doute que l’arrivée au pouvoir de Macron permettra de relancer cette transformation du recrutement national en des recrutements gérés par les seuls établissements scolaires. Cumulé avec l’aspect précédent, le fait est que les lycées les plus riches pourront recruter les enseignants les plus « performants », et donc creuser le fossé entre des lycées de seconde ou de troisième zones et des lycées d’élites, réservés à la bourgeoisie et à ses rejetons. Cela contribue à tirer à boulets rouges sur la valeur des diplômes délivrés.

    Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme et de présenter l’Education Nationale comme un système parfait et égalitaire, mais bien de préciser que la tendance est à l’aggravation et ce, d’une manière sans cesse croissante.

    Les deux aspects conjoints : l’attaque frontale du code du travail et l’attaque en catimini des diplômes garantissent une destruction du droit du travail sous une échéance plus ou moins brève. Les répercussions s’annoncent terribles. Livrés aux appétits rapaces des patrons, sans protection, sous la menace d’un revolver chargé par la menace de la misère, il est clair que le niveau de vie des travailleurs de l’Etat français est en passe de chuter brutalement et terriblement.

    Cette chute de niveau de vie n’aboutira nullement à un atterrissage en douceur sur un oreiller de plume, mais bien sur le sol rocailleux de la misère la plus sombre, la plus crasse, la plus impitoyable.

    Emmanuel Macron dit « Être fidèle à ce que le peuple français a voulu [et] suppose donc une certaine forme d’ascèse ». Derrière le vernis des mots se cache la réalité. Le mot d’ascèse est défini par l’encyclopédie en ligne Wikipédia de la manière suivante : « L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d’abnégation. » Cela signifie une cure d’austérité profonde et brutale. Cette cure d’amaigrissement des ressources et des aides est une des clés de voûte de la politique de choc menée par Macron et ses sbires.

    « Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même » affirme-t-il. Cela se transcrit dans des projets de liquidation de l’assurance maladie et de l’assurance chômage, puisque ces dernières, dans l’esprit nébuleux des bourgeois, sont tout autant d’obstacles à ce que les français se prennent en main et se responsabilisent. « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. » Comment peser efficacement sur son « destin » -dont il n’est pas possible de ne pas souligner le contenu religieux et métaphysique- alors que toutes les protections du travail sont sapées et liquidées? Alors que la protection sociale est anéantie? Alors que l’Ecole n’est qu’une machine à reproduction sociale ? Cela n’est pas possible.

    « Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble. » Voici ce que nous écrivions, il y a peu, sur le devenir des aides sociales.

     

    Un torrent de misère et d’exclusion sociale menace de se déverser au cours des prochaines années. Un torrent hors de proportion avec ce qui a pu être connu lors des années et des décennies précédentes. Voilà ce vers quoi cette politique nous expédie. Mais les moyens de juguler ses effets envers la bourgeoisie sont déjà sur le point d’être mis en place.

    Ecraser.

    Cette situation caractérise d’ores et déjà la manière dont la répression sera exercée au cours du mandat de Macron. Il promet certes de mettre fin à l’état d’urgence, mais uniquement car ses dispositions seront intégrées dans le droit commun. « Je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne » signifie dans le fond « l’état d’urgence sera désormais un fait commun. »

    Macron prépare son plan de bataille et son après guerre. Une mise au pas de l’économie, une mise au pas de la société, une instauration de la misère la plus sombre et la plus sordide. Mais il ne néglige pas son filet de sécurité, sa massue : des dispositions rendant extrêmement délicates la mise en place d’un mouvement de contestation et d’un mouvement de masse d’une manière générale. Au cours des années qui se sont écoulées, il a été possible de voir la violence de la police et des institutions s’accroître.

    Le désir de la bourgeoisie est de pouvoir parer à toute éventualité de mouvement social fort, d’autant que l’absence d’opposition à l’Assemblée favorise la naissance d’une opposition prenant un caractère extra-parlementaire, outil auquel s’attache l’Unité Communiste de Lyon.

    Une nouvelle compréhension des menace émerge. Contrairement à celle traditionnellement employée, « curative » et à-postériori -bien qu’une géométrie variable ait toujours existé en fonction des classes sociales-, la nouvelle est préventive et à-priori. Elle ne vise pas à gérer les conflits et les éruptions de violence sociale, mais bien à les anticiper et à les juguler en amont.

    Cela passe par les interdictions de manifester. Cela passe par les assignations à résidence. Cela passe par un arsenal juridique permettant à la police de faire face à toutes les éventualités et à pouvoir y répondre par le fer et par le feu.

    Cela passe aussi par un transfert des décisions aux préfets plus qu’aux juges, donc à des rouages dépendants et nommés par l’exécutif. Il s’agit d’une mise au pas brutale en intense de la société, d’une caporalisation, sous couvert d’esprit « Charlie. »

    Cet arsenal n’est pas déployé uniquement par amour du combat et par amour du conflit, mais bel et bien en prévision de ce qui sera déclenché par l’application de ces séries de lois.

  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie II – Le Blitz.

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie II – Le Blitz.

     

    La méthode: le Blitz social par les ordonnances.

    Brochure complète :

     

    Parvenir à cet objectif est ambitieux. La bourgeoisie le sait. Elle sait que l’opposition à la loi El-Khomri n’a pu être surmontée que par un sacrifice majeur en termes de popularité, en termes de possession de terrain par le Parti Socialiste et sa coalition de laquais.

    Cela, cette opposition, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’en veut pas. Il ne veut ni épreuve de force, ni bras de fer. C’est pour cela qu’il compte aller plus loin que le controversé usage du 49.3. La mise en œuvre des réformes se fera par ordonnances.

    L’élection d’Emmanuel Macron et le passage de l’Assemblée à une majorité écrasante détenue par LREM ainsi que par LR – alliés fortuits – donne une parfaite conjonction des astres : il est tout à fait possible au nouveau président de réformer en employant les ordonnances. Ces ordonnances sont un dispositif ad hoc, mis en place par la République pour accélérer le passage d’une loi, et permettre son application immédiate.

    Cela demande un processus, celui-ci passe par la mise en place d’une loi habilitante, suivie de la mise en place des ordonnances, lesquelles doivent, à postériori, être ratifiées par l’Assemblée. Cette méthode est rapide et brusque, sans possibilité ni de débat ni d’amendement. Elle mue le parlement en chambre d’enregistrement et lui ôte son rôle, déjà borné par son caractère de classe, de lieu de débat. Si l’ordonnance n’est pas ratifiée, elle demeure en place, sous la forme de décret, ce qui, d’un point de vue de hiérarchie, est inférieur à la valeur d’une loi. Seulement, nous sommes dans un cas de figure, aujourd’hui, où l’Assemblée est constituée très majoritairement d’élus favorables à cette loi.

    Le site de l’Assemblée Nationale donne la définition suivante :

    LA LOI D’HABILITATION:

    En application de l’article 38 de la Constitution, le Gouvernement peut demander au Parlement l’autorisation de prendre par voie d’ordonnances des mesures qui sont normalement du domaine de la loi. L’autorisation est accordée par une loi fixant le délai d’habilitation, la finalité et le domaine d’intervention des mesures que le Gouvernement entend prendre. Les ordonnances sont prises en Conseil des ministres, après avis du Conseil d’État. Elles entrent en vigueur dès leur publication; mais elles deviennent caduques si un projet de loi de ratification n’est pas déposé devant le Parlement avant la date fixée par la loi d’habilitation. A l’expiration du délai mentionné dans la loi d’habilitation votée par le Parlement, en ce qui concerne les matières relevant du domaine de la loi, les ordonnances ne peuvent plus être modifiées que par la loi.

    Cela signifie donc que l’Assemblée autorise Emmanuel Macron à jouer la carte des ordonnances sur un domaine défini en amont. Il s’agit du texte qui est examiné ce 10 Juillet 2017. Celui-ci contient, dans son projet, des passages particulièrement inquiétants.

    L’introduction elle même du projet de loi, sous le nom d’ « exposé des motifs » ne peut que déclencher une sueur froide : Le modèle social français se caractérise par un attachement fort à l’égalité : égalité devant la loi, égalité des droits, égalité des chances. Nous sentons bien aujourd’hui que cette égalité est malmenée, et qu’il faut lui redonner un nouveau souffle. Par ailleurs, chacun aspire à notre époque à plus de liberté : liberté de choisir sa carrière professionnelle, de changer de métier, liberté de créer, liberté d’entreprendre, liberté de concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

    Sachons lire entre les lignes : ces libertés sont celles des nantis, des riches, des exploiteurs. Elles sont un camouflage maladroit pour exprimer ce fait : les travailleurs et les travailleuses n’auront pas le choix, ils et elles devront plier le genou devant leurs maîtres.

    « Six réformes complémentaires seront ainsi menées dans les 18 prochains mois. Elles entreront en vigueur pour certaines dès la fin de l’été. Elles viseront respectivement à : faire converger performance sociale et performance économique, en faisant évoluer dès cet été notre droit du travail pour prendre en compte la diversité des attentes des salariés et des besoins des entreprises ; redonner de façon immédiate et visible du pouvoir d’achat aux salariés, par la suppression des cotisations salariales au titre de l’assurance maladie et de l’assurance chômage ; renforcer efficacement les dispositifs de formation professionnelle ; ouvrir l’assurance chômage aux démissionnaires et aux indépendants ; refonder l’apprentissage pour développer massivement l’offre des entreprises en direction des moins de 25 ans et lutter efficacement contre le chômage des jeunes ; rénover notre système de retraites en le rendant plus transparent et plus juste. Par ailleurs, le dispositif de prévention et de compensation de la pénibilité sera fortement simplifié pour les entreprises et les droits des salariés seront garantis. » Voilà le plan de bataille du gouvernement.

    L’attaque du plan de travail est le premier mouvement. La suppression de la CSG est le second, lequel ouvre la voie à la liquidation en douce de l’Assurance chômage et de l’Assurance maladie. Suivront très certainement un bouleversement de l’apprentissage et de la formation, puis pour terminer une série d’attaques sur les retraites. Voici donc le menu. Reste à en aborder le détail.

    Que contiennent les ordonnances de la loi Macron ?

    En somme, les objectifs stratégiques des lois de Macron sont doubles. Ils consistent en une série d’attaques sur les salaires et sur le contenu des contrats. Malgré la série d’offensives faites par l’UMP puis le PS, le cœur même des salaires n’a pas été touché. Le patronat n’a pas obtenu la grande baisse appelée de ses vœux. Cette baisse, elle compte l’obtenir par l’offensive directe et indirecte.

    Sur les contrats de travail, le but est de pouvoir transformer les travailleurs en variable d’ajustement, qui peut être déplacée pour répondre aux besoins et à la situation des entreprises.

    La chose essentielle à comprendre dans la loi Macron, ce qui en forme le socle premier est ce qui inscrit au fronton du projet de loi habilitante. Cet article conditionne tout, dans le sens où il est un chèque en blanc complet et intégral, permettant de tout négocier, de tout modifier, de tout changer dans la manière dont le travail est organisé.

    Dans le fonctionnement des entreprises, au sommet se trouve la loi. Elle définit le cadre général, elle donne la structure générale des rapports au sein de l’entreprise, entre l’exploiteur et l’exploité.

     En dessous se trouvent les accords de branche, qui sont une des réalisations du Front Populaire. Ils définissent, dans le cadre de la loi, des amodiations qui permettent de s’adapter à la réalité concrète du travail. Le plus souvent, ils illustrent et sanctionnent les rapports de force entre les syndicats et les patrons et patronnes. Plus une branche est combative, plus elle peut obtenir un cadre général favorable -ou plutôt moins défavorable- s’appliquant à toutes les entreprises faisant partie de cette branche d’activité.

    Encore en deçà se trouvent les accords d’entreprises, lesquels ne peuvent -sauf dérogation spécifique- être plus désavantageuses que les accords de branche généraux. Dans la pratique, même une entreprise sous la domination d’un patron tyrannique et manœuvrier ne peut voir celui-ci lui imposer des conditions qui seraient en désaccord avec les accords de branche ou la loi. C’est là, pour la bourgeoisie, un bastion de la défense des droits des travailleurs qu’il est impératif de faire sauter, de raser intégralement, d’éliminer jusqu’à ses fondations. Avec les ordonnances, l’accord d’entreprise pourra être moins favorable que l’accord de branche. Couplé à un contrôle allégé de l’administration du travail, demain, une entreprise pourra prévoir de diminuer par exemple les congés en interne, d’augmenter les normes de travail -ce qui signifie en pratique faire baisser les salaires- en somme opérer un nivellement par le bas des conditions de travail et de la rémunération, créant une spirale infernale que suivront, mécaniquement, les autres entreprises pour maintenir un taux de profit équivalent.

    Lors de la discussion du projet de loi habilitante, Muriel Pénicaud, ancienne DRH ayant sévit dans divers groupes (Danone, Dassault Systèmes), désormais ministre du travail, s’est exprimée devant l’Assemblée. Elle a déclaré vouloir « donner plus de liberté et plus de protection » aux entreprises et aux salariés au travers de cette réforme. Pour donner du poids à son argument, elle a ainsi ajouté : « Nous croyons dans le dialogue social au plus près du terrain, dans les branches et dans les entreprises  » et  » les salariés sont des gens majeurs, responsables et informés  » lesquels  » peuvent discuter et établir aussi le détail des normes qui gèrent leur quotidien . »

    Derrière ces termes se trouvent l’idée que le code du travail infantilise de le travailleur, lequel ne pourrait faire jouer en plein son potentiel, brimé par un carcan terrible qui étrangle employeurs et employés. Or, invoquer la Liberté, dans ce cadre, revient à invoquer une liberté à sens unique. Une liberté d’exploiter sans la moindre protection, sans législation, sans sécurité d’emploi ou de salaire.

    Quand au texte défendu, dès ses premières lignes, il ouvre le bal de l’assaut contre les normes.

    « 1° (…) reconnaître et attribuer une place centrale à la négociation collective notamment d’entreprise, dans le champ des dispositions, applicables aux salariés de droit privé, relatives aux relations individuelles et collectives de travail, à l’emploi et
    à la formation professionnelle, en :

    a) Définissant les domaines dans lesquels la convention ou l’accord d’entreprise ne peut comporter des stipulations différentes de celles des conventions de branche ou accords professionnels ou interprofessionnels, les domaines et conditions dans lesquels les conventions de branche ou accords professionnels ou interprofessionnels peuvent stipuler expressément s’opposer à toute adaptation par convention ou accord d’entreprise et en reconnaissant dans les autres matières la primauté de la négociation d’entreprise ;

    b) Définissant les critères et conditions selon lesquels l’accord de branche peut prévoir que certaines de ses stipulations, dans des domaines limitativement énumérés, sont adaptées ou ne sont pas appliquées dans les petites entreprises couvertes par l’accord de branche pour tenir compte de leurs contraintes particulières ; »

    Ce que signifie ces lignes est simple : une déclaration de guerre contre les conventions collectives et les accords de branche. Elles ouvrent une brèche permettant aux accords d’entreprise de se substituer aux accords de branche, de les remplacer. Elle offre un chèque en blanc aux patrons.

    Désormais, les usines et les entreprises où les syndicats ne sont pas puissants et influents seront à la merci des patrons. Les secteurs où les travailleurs sont sous la menace constante du chômage, seront confronté à des pressions constantes. Tous pourront voir leurs conditions de travail, leur salaire, donc par extension leur niveau de vie, s’effondrer dans de larges proportions.

    Mais ce premier coup de poignard ne suffit pas, la loi, même modifiée, peut former pour les employeurs un cadre d’une rigidité intolérable.