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  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III  : la faiblesse politique.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III : la faiblesse politique.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III : la faiblesse politique.

    Contrairement à d’autres travaux en plusieurs parties, nous ne publions pas immédiatement la brochure correspondante. En effet, à la lecture de certains commentaires produits par nos lecteurs, nous considérons que des corrections sont à apporter sur la première partie, ainsi que des éclaircissements. Ceux-ci concernent principalement la question du PCF après la Libération, et son choix de la collaboration de classe ; mais également une explication de notre position sur l’URSS d’après le XXème congrès du PC(b)US.

    Il existe, au sein du mouvement contre la Loi Travail, un facteur limitatif qui est inhérent à sa nature même. Le désespoir qui se rencontre chez celles et ceux qui luttent contre cette loi est logique. Comment croire à une victoire lorsque la situation se présente sous cette forme. La bourgeoisie ne reculera pas car cette lutte lui apparaît vitale. Elle déploie tout ce qui fait sa force, à savoir tant la brutalité et la brusquerie que le simple fait qu’elle dispose de reins d’une solidité  sous-estimée.

    Même si elle était utilisée à plein rendement, l’action des syndicats ne suffirait pas. L’attaque de la part de la bourgeoisie va au-delà d’une offensive pour baisser les salaires, d’une offensive sur les conditions de travail. L’action de la bourgeoisie frappe tous les compartiments de la vie des classes populaires, depuis le travail jusqu’à l’accès à l’éducation et à la culture, en passant par les droits démocratiques.

    Imaginons une grève massive et suivie : combien de temps tiendrait-elle avant que les ressources des travailleurs, avant que la démoralisation, avant que l’individualisme prenne le dessus ? Difficile à dire. Mais il n’est pas difficile de dire que la bourgeoisie, qui vient de passer 60 ans a tolérer des concessions temporaires issues du CNR, serait capable d’encaisser le choc et de tenir le temps que les choses se tassent.

    Après tout, le jeu en vaut pleinement la chandelle.

    De fait, l’action syndicale  touche ses limites.

    L’une des raisons de la faiblesse de l’action syndicale est qu’elle n’est pas reliée à une action politique.

    L’action syndicale ne suffit pas. C’est pour cela que l’action politique existe. Le syndicalisme possède des limites du fait de sa nature même. A l’exception de ceux et celles qui sont restés bloqués dans une conception du XIXe siècle, dans laquelle le syndicalisme en tant que tel pouvait apporter l’émancipation à l’humanité, la plupart des acteurs politiques anti-capitalistes sont unanimes pour reconnaître que l’action politique prime.

    Le syndicalisme seul opte pour une vision de la bataille centrale entre exploiteur et exploités au travers de la grève générale. Celle-ci, comme une ultime charge, doit faire tomber les patrons et remettre entre les mains des travailleurs leurs outils de production.

    D’autre part car le syndicalisme seul, tout comme l’autogestion seule, ne remettent fondamentalement pas en cause l’économie de marché et le capitalisme. Le fait d’être une usine autogérée ne prémunit nullement des questions de rentabilité, d’exploitation, de salaire et de concurrence. Non pas par égoïsme de la part des acteurs de la base, mais bien parce que l’expression de leur intérêt personnel est d’accroître leur niveau de vie, d’améliorer leur situation. Bel et bien parce que leur vue demeure « en dessous de l’horizon. »

    Mais dans le domaine de l’action politique, la force politique hégémonique, cent ans après 1917, demeure issue des organisations réformistes. L’électoralisme, le respect des institutions, des cadres définis par la bourgeoisie, de son jeu, de ses règles.

    Pourtant, dans leur fort intérieur, et l’immensité de l’abstention l’indique, les masses populaires sont conscientes de ce jeu de dupes. Elles sont conscientes que les politiciens et les politiciennes qui se battent pour gagner l’Elysée ou un siège à l’Assemblée sont mues par l’opportunisme le plus bas et le plus crasse. Les naïfs -il en existe toujours- ne trouvent guère de chemin vers le sommet de ces organisations pyramidales, lesquelles ne sont que le règne de la coterie, de la corruption, du copinage.

    Tous les petits scandales concernant les députés dits « radicaux », tous les à-côtés, tous les petits privilèges illustrent leur caractère fondamentalement petit-bourgeois.

    Et lorsque ils et elles, ces tribuns de la plèbe modernes, sont élus, ils et elles ne font rien. D’une part car le jeu est truqué. De l’autre car les balles sucrées de la bourgeoisie tuent autant que les vraies, quant il s’agit de s’intéresser aux volontés de changement.

    La social-démocratie, qui ne se limite pas au Parti Socialiste, mais embrasse le PCF comme la France Insoumise, avec leurs spécificités, à quoi se réduit-elle, finalement ?

    Un échec. Un échec qui, du fait de son caractère hégémonique, frappe durement, durablement le moral des masses populaires. Un échec qui explique cette démoralisation. Les jeux vicieux des forces politiques opportunistes n’y sont pas non plus étrangers. Dans un article récent, nous fustigions le jeu en solo de Mélenchon, le fait qu’il ait opté pour une ligne liquidatrice, dangereuse, dont le but était d’émerger comme le centre de la contestation, quelqu’en soit le prix. Ce type de jeu dangereux, pour occuper la place du PS et du PCF, pour occuper ses places fortes, comme une transposition des luttes féodales à l’heure actuelle, se paie par des défaites. Se paie par des divisions, par des affaiblissements, par des brèches profondes et qui courent le risque de s’infecter. Les carriéristes ne s’en inquiètent pas outre mesure, ont-ils déjà eu à faire au code du travail ?

    De l’autre côté de l’échiquier, une autre déviation se développe, une déviation nourrie par le gauchisme. Sans être aussi dangereuses que la première, elle n’en fait pas moins fausse route, tandis que grandit le risque de fractures nourries par le sectarisme.

    Radicalité cosmétique ou réformisme, au final, sans stratégie, amènent au même résultat. La tactique de confrontation avec la police, tout comme de menus dégâts causés aux banques et aux symboles du capitalisme, ne peut, en soi, amener à une victoire.

    Supposons un débordement complet des forces de police durant une manifestation. Supposons un champ libre pour les manifestants, comme le désirent les aficionados de la manifestation sauvage. Supposons que l’ensemble des objectifs que se fixent les autoproclamés radicaux soit atteints.

    Même en supposant tout cela, rien n’est gagné pour autant. Des débordements, des émeutes, des insurrections même, l’Histoire en a connu des centaines. Mais cette théorie qui stipule que toute manifestation porte en elle les germes du Grand Soir est illusoire.

    D’une part du fait que, spontanément, les individus se tournent vers le réformisme. Détruire un système politique et un système d’organisation de la société implique une mobilisation forte, qui ne vise pas à remplacer simplement les têtes.

    Dans ce sens, le mythe du « bon maître », ou du « gouvernement ouvrier » allant « du PS au NPA » défendu par les trotskistes, a la vie dure. Il correspond in fine, au fait de remettre au centre du jeu les organisations sociale-démocrates, à leur donner les coudées franches.

    De fait, la solution politique, le cadre qui sous-tend chacune des luttes, est la question de l’accaparation du pouvoir par la bourgeoisie, par le fait de l’existence du système d’oppression et de domination issu du capitalisme, issu de l’impérialisme, au service des intérêts d’une classe : la bourgeoisie.

    Cela, les anarchistes le comprennent, cela les autonomes le comprennent. Là où réside le vide, la faille, c’est dans la stratégie qui permet d’avancer.

    La stratégie qui permet de répondre tant à la question de la Loi Travail, mais également aux questions relatives à tout ce qui touche à l’exploitation capitaliste et impérialiste ne peut sortir de nulle part. Elle ne peut pas naître de manière spontanée. Elle est fille d’une idéologie capable d’analyser la société, capable d’analyser le fonctionnement de l’économie et de la société. Elle ne peut pas non plus s’appliquer en tombant des airs, elle nécessite des relais, qui sont les organisations révolutionnaires communistes. Or, ces organisations capable de jouer ce rôle n’existent pas à l’heure actuelle.

    Ce vide est le fruit de la pression de la bourgeoisie, certes, mais également d’erreurs de la par des organisations communistes.

    Il serait aisé de jeter la pierre sans faire un acte d’autocritique sur les faillites propres à notre mouvement et -même- à notre organisation. L’amateurisme, l’impréparation, la vulnérabilité au flux et au reflux, tout autant de travers petit-bourgeois, ne nous épargnent pas. La présomption, elle même, ainsi que les jugements à l’emporte pièce, nous touchent. Comme, nous l’espérons, d’autres, nous essayons d’avancer dans le but de les résoudre. Comme d’autres, nous l’espérons, nous essayons de le faire avec bonne foi, avec des erreurs -parfois terribles, peut-être- mais dans le but de nous corriger et d’avancer.

    C’est le fait que nous pensons sincèrement que cette position n’est pas que la notre, mais qu’elle est celle de la plupart des organisations communistes de l’Etat français, qui nous pousse à avancer sur le chemin de l’unité.

    Car les forces révolutionnaires sont particulièrement faibles, actuellement. Elles sont non seulement faibles mais dispersées. Elles sont non seulement dispersées, mais parfois même hostiles les unes aux autres. Pourtant elles sont les seules à pouvoir apporter une solution positive à cette lutte, en la replaçant dans son cadre véritable : une des batailles de la lutte des classes. Une des batailles dans une stratégie de construction et de mise en œuvre de l’outil qui nous manque : le Parti Communiste.

    In fine, la quadrature de cercle se trouve réduite à cette équation : soit la bataille pour la loi travail est vue comme une guerre en soi, dans quel cas la défaite est assurée, soit elle est vue comme une bataille dans laquelle les organisations politiques communistes doivent être capable de développer des mots d’ordres, d’intégrer les parties les plus avancées des masses populaires, de grandir en influence, en efficacité, en structuration. Dans ce cas uniquement, une défaite syndicale peut se muer en victoire politique.

    Nous sommes une année symbolique. Cent ans après la révolution bolchevique, laquelle à vu s’imposer comme une force dirigeante un Parti qui n’était pourtant considéré, huit mois avant, que comme un petit groupe, voir, pour ses détracteurs, comme une secte, voir, pour ses détracteurs, comme une secte.

    Nous devons nous inspirer du travail du Parti Bolchevik, en particulier quant à la question de l’unification, quant à la question de la construction de l’outil révolutionnaire.

    Nous sommes dans une année symbolique, à nous d’en faire une année charnière.

    A nous, communistes, de surmonter les obstacles qui nous séparent de la création de cette organisation. De surmonter les différents, de poser les questions justes, et de savoir déterminer lesquelles sont des préalables à l’organisation et lesquelles se traitent au sein d’une seule organisation.

    Au final, les difficultés que nous rencontrons proviennent toutes de là.

    A nous, communistes, de parler d’une voix unique, lorsque l’heure du combat vient. La solution à la lutte, aux luttes qui se mènent ne surgira pas ex-nihilo, elle doit être bâtie.

    A nous de relever le drapeau de la révolution prolétarienne.

    A nous de faire renaître l’espoir de 1917.

  • Communiqué de presse de l’Unité Communiste de Lyon concernant la manifestation du 12 septembre.

    Communiqué de presse de l’Unité Communiste de Lyon concernant la manifestation du 12 septembre.

    Communiqué de presse de l’Unité Communiste de Lyon concernant la manifestation du 12 septembre.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que cette manifestation est un succès. Elle est un succès dans le sens où les travailleurs et les travailleuses de l’agglomération et de la région lyonnaise, tout comme celles et ceux de l’ensemble de l’Etat français, se sont mobilisés d’une manière importante contre les ordonnances de Macron. A Lyon, entre 10 000 et 15 000 personnes, selon les sources, ont défilé. 

    La première sortie en force s’est montrée à la hauteur de la tâche et en laisse présager d’autres, toutes aussi remplies de succès. Malgré ses déclarations, Macron devra compter avec les fainéants, avec les cyniques et avec les extrémistes dans sa course à l’anéantissement du code du travail.

    Au sein de cette manifestation, les militants de l’Unité Communiste de Lyon ont écoulé de nombreux tracts, lesquels ont été accueillis positivement par les manifestants. Ils ont également porté des slogans de lutte et de solidarité entre les différentes forces combatives de ce mouvement.

    Une immense lame de fond enfle contre les ordonnances, une lame de fond qui déferlera bientôt !

    Mais cette manifestation, la première sous le règne du président jupitérien, s’est montrée annonciatrice de bien des difficultés. A Lyon, fief de Gérard Collomb, grand répresseur en chef, les manœuvres de la police ont annoncé le ton.

    Dès le départ de la manifestation, les CRS ont profité d’un creux entre le premier cortège et le second pour s’infiltrer et l’isoler, l’encerclant dans une manœuvre particulièrement rapide. Cette séparation fut huée par les manifestants des deux côtés, et vécue comme une perfide provocation à laquelle ils n’accordèrent pas prise.

    La police a, ainsi, nassé 200 personnes dans une rue adjacente, dans le but de les retenir et -probablement- de procéder à des arrestations ciblées sur des militants et des militantes repérés de longue date. Pendant deux heures, un double siège s’est opéré : les encerclés, entourés par la police, et le gros des manifestants, qui attendaient à l’angle de la rue Pierre-Robin. Loin derrière, quelques fascistes du GUD, que les questions de lutte sociale laissent froid, cherchaient à happer quelques cibles isolées.

    La police offrit une coupe de poison aux manifestants : sortir les uns après les autres, mais sous contrôle. Pour la plupart de ceux qui choisirent cette option, l’aventure se poursuivit à l’arrière d’un fourgon cellulaire. L’ensemble des nassés rejeta alors cette inacceptable capitulation, laquelle les mettaient à la merci du pouvoir d’une police agressive et provocatrice. Et, tapis dans les recoins, les charognards fascistes guettaient toujours.

    La CGT est parvenue à obtenir un deal avec la police : libération de la nasse, sous condition d’un contrôle des sacs, mais sans contrôle d’identité. Cette solution permis alors la sortie de la nasse, après un passage au compte-goutte.

    Finalement, la manifestation put reprendre son chemin, après deux heures d’arrêt.

    Bien que les médias bourgeois s’empressent de qualifier cette opération de lutte contre les « ultras », contre les « jeunes », contre les « anarchistes » et les « lycéens », celles et ceux qui étaient présents et présentes savent que la vérité n’est pas celle-ci.

    Ce que les policiers ont encerclé correspondait au « cortège de tête », réunissant effectivement des jeunes, effectivement des lycéens, des antifascistes ou des anarchistes. Mais réunissant aussi des moins jeunes, des syndiqués -que ce soit à la CGT; à SUD; au SNES ou même à FO-, des militants et militantes politiques, mais également les membres de Front Social Lyon.

    Nos militants  étaient dans ces rangs.

    Il s’agissait, pour la police, de tenter une manœuvre de provocation à la césure entre ce cortège hétéroclite et le reste de la manifestation. Elle voulait isoler les éléments les plus revendicatifs et les plus radicaux du reste de la mobilisation. La police voulait que les choses dégénèrent. Elle voulait que la manifestation échoue et soit noyée sous les lacrymogènes. Elle a manœuvré pour parvenir à cet objectif, pour tenter de briser l’unité entre toutes et tous, pour tenter d’instaurer un climat de peur et de paranoïa. Pour susciter, également, la désapprobation de la part de ceux qui assistent à la manifestation et pour tenter de les dissuader de rejoindre les rangs de celles et ceux qui luttent.

    Mais aux cris de « on lutte ensemble, on marche ensemble ! », la solidarité n’a pas été brisée. Certes, nous avons pu voir tout l’éventail des positions prendre corps. Nous avons pu voir, en action, la lutte de ligne au sein de la CGT, laquelle s’est divisée en deux : ceux qui voulaient abandonner à leur sort les militants et les militantes, ceux et celles pour qui la solidarité n’est pas un vain mot. Entre les deux, certains ont fait la navette, dans un opportunisme total, cherchant à concilier l’inconciliable.

    Nous saluons ceux qui ont fait le choix de l’unité, de la camaraderie, de l’unité contre la tentative de division opérée par la police.

    Certes deux gardes à vue clôturent cette journée, mais les mobilisés ont démontré qu’ils serreraient les rangs et feraient front commun contre la répression.

    Ils ont montré aussi que la police et le gouvernement possédaient une conception du dialogue très particulière. La répression n’a pas attendu la moindre occasion pour frapper. Elle les a elle-même générée. Cette évolution du modus operanti de la police n’est pas rassurante en soi.

    Elle est dans la droite ligne de l’Etat d’urgence : une conception plus seulement « curative », frappant les manifestants, mais bien des frappes préemptives. Interdictions, assignations, provocations.

    L’évolution de la lutte des classes et la politique kamikaze de Macron emmène vers cette seule issue : une politique brutale, vicieuse et sans scrupules.

    Le bilan est lourd : plus de dix blessés et deux interpellations. L’Unité Communiste de Lyon se déclare en solidarité avec ces personnes interpellées, tout comme avec l’ensemble de réprimés du mouvement social. Elle se déclare également solidaire des blessés et appellera à tous les événements organisés en solidarité.

    Comme nous le mentionnions dans notre communiqué sur le mépris de Macron, la bourgeoisie concentre en elle ce dont elle accuse les travailleurs : la fainéantise ; le cynisme ; l’extrémisme.

    Nous continuerons à nous mobiliser et à lutter. Nous continuerons, avec fraternité, sororité et camaraderie, à avancer en commun contre les attaques des exploiteurs !

    Vive la lutte sociale !

  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie VI – Les conséquences et la lutte qui s’annonce.

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie VI – Les conséquences et la lutte qui s’annonce.

    Les conséquences et la lutte qui s’annonce.

    Quelles conséquences ?

    La loi travail, dans un sens, illustre parfaitement les contradictions du capitalisme. Dans la course aux marchés, surtout dans une période où les capitalistes sont aiguillonnés par la crise, ceux-ci tentent de réduire au plus bas le coût de production de leurs marchandises, pour parvenir à surnager dans le marasme et, peut-être même, à prendre des parts de marché à d’autres.

    Comme on ne peut nourrir à l’économie une machine, ils choisissent de rogner là où c’est possible : sur les salaires et sur la possibilité de licencier comme bon leur semble. Il s’agit pour eux de pouvoir adapter la main d’œuvre à ‘l’évolution de l’économie et du marché, en rationalisant le plus possible leur masse salariale.

    Dans les faits, cette attitude alimente une loi objective de l’économie capitaliste : la tendance à la paupérisation relative et absolue. Le manuel d’économie politique d’URSS de 1955 caractérise cette tendance de la manière suivante : “La loi générale de l’accumulation capitaliste est l’expression concrète du fonctionnement de la loi économique fondamentale du capitalisme, la loi de la plus-value. La course à la plus-value aboutit à l’accumulation des richesses entre les mains des classes exploiteuses et à l’augmentation de l’appauvrissement et de l’oppression des classes non possédantes.

    Le développement du capitalisme s’accompagne de la paupérisation relative et absolue du prolétariat.

    La paupérisation relative du prolétariat consiste en ce que dans la société bourgeoise la part de la classe ouvrière dans le montant global du revenu national décroît sans cesse, alors que la part des classes exploiteuses est en progression constante.(…)

    La paupérisation absolue du prolétariat consiste dans l’abaissement pur et simple de son niveau de vie.

    L’ouvrier se paupérise de façon absolue, c’est-à-dire qu’il devient véritablement plus pauvre qu’auparavant ; force lui est de vivre encore plus mal, de se nourrir plus chichement, d’être plus souvent sous-alimenté, de s’entasser dans les caves et les greniers-La richesse croît dans la société capitaliste avec une rapidité invraisemblable, parallèlement à la paupérisation des masses ouvrières”.

    (V. Lénine « La paupérisation dans la société capitaliste »,Œuvres t. XVIII, p. 405-406 (éd. russe).)

    Pour enjoliver la réalité capitaliste, l’économie politique bourgeoise s’efforce de nier la paupérisation absolue du prolétariat. Les faits cependant attestent qu’en régime capitaliste le niveau de vie de la classe ouvrière est en baisse constante. Gela se manifeste sous bien des formes. La paupérisation absolue du prolétariat se traduit par la baisse du salaire réel. Comme on l’a déjà dit, la hausse des prix des objets de consommation courante, l’augmentation des loyers et des impôts entraînent la diminution constante du salaire réel des ouvriers.

    La paupérisation absolue du prolétariat se manifeste par l’ampleur et la durée accrues du chômage.

    Elle se manifeste dans l’intensification et dans l’aggravation des conditions de travail, qui aboutissent au vieillissement rapide de l’ouvrier, à la perte de sa capacité de travail, à sa transformation en invalide. L’intensification du travail et l’absence de mesures nécessaires à la protection du travail multiplient les accidents et les cas de mutilation.

    La paupérisation absolue du prolétariat se manifeste dans de plus mauvaises conditions d’alimentation et de logement des travailleurs, ce qui a pour effet de ruiner la santé et d’abréger la vie des travailleurs.

    La loi travail ouvre les vannes d’un effondrement brutal du niveau de vie des travailleurs et travailleuses. Paradoxalement, elle contribue à fragiliser le pouvoir et la situation des capitalistes. Réduire le niveau de vie des travailleurs, cela revient à réduire leur possibilité d’achat, même si celle-ci peut être maintenue un temps par l’endettement.

    Cela revient à fragiliser et à épuiser l’économie, en la ralentissant. Par voie de conséquence, cela poussera également les patrons à licencier et à jeter à la rue les travailleurs qui ne sont pas utiles. Cela fragilise également les patrons et les patronnes les plus faibles, et des secteurs les plus vulnérables, et peut les pousser à mettre la clé sous la porte, ou à vendre à bas prix leurs entreprises. Cela favorise une reconcentration de l’économie dans un cercle encore plus restreint de capitalistes. Même une grande partie de la petite bourgeoisie libérale, qui soutient Emmanuel Macron corps et âme, découvrira, à ses frais, qu’elle a été trompée.

    Si le mouvement de Macron tente de maintenir une illusion de hauts salaires, en faisant rentrer une partie du salaire indirect en direct, cette illusion ne peut tenir qu’un temps restreint. Au final, l’addition se retrouve être bien trop lourde pour être payée, et la misère la plus crasse s’installe.

    Le gouvernement de Macron est un gouvernement kamikaze. Il n’est conçu que pour remplir cette mission, servir la bourgeoisie et affirmer son ordre, sans la moindre considération pour son avenir. Il appliquera sa politique avec pertes et fracas. Seulement, en brûlant l’intégralité des fusibles qui maintiennent la « paix sociale », Emmanuel Macron et ses sbires vont lancer dans la rue une masse en colère. Colère qui trouvera un échappatoire politique, quel qu’il soit. 

    La croisée des chemins se trouve ici. Elle réside dans cette simple question : quel contenu aura cette colère ?

    La position centrale de Macron le sert, tactiquement, mais cause un verrou stratégique. Quelle alternance peut naître en face d’un pouvoir de ce type ? Toutes les organisations politiques pouvant éventuellement jouer ce rôle sont mouillées avec plus ou moins d’intensité dans des tractations et des ralliements à LREM. Cela a démasqué aux yeux des travailleurs et des travailleuses la collusion et l’accord de fond qui unit toutes ces forces bourgeoises.

    Il n’existe décemment pas de possibilité que les futures échéances électorales se déroulent dans la joie et la douceur.

    La colère des masses sera trop forte.

    Les opportunistes la guettent, pour s’en servir comme d’un marchepied pour leurs carrières, pour leurs fauteuils, pour leurs sinécures. Ceux-ci ne désirent rien d’autre que de faire de ce cri de désespoir un sésame pour leur entrée dans l’Assemblée. Ils se peignent en héros du peuple, mais ne veulent que perpétuer un jeu qui fait leur bonheur, leur confort, qui leur permet d’avoir leurs cours et leur royaumes.

     Les 60% d’abstention, de vote blanc ou nul illustrent le fait que les masses ne mordent pas dans ces discours, tant ils sonnent vides, tant ils sonnent creux.

    Les fascistes, les réactionnaires, les obscurantistes, guettent également la colère populaire. Eux veulent l’instrumentaliser et surfer sur elle pour en faire un mouvement de masse, de mobilisation, qui suit leur ligne idéologique. Ils veulent la diriger contre des ennemis fictifs, soumettre les travailleurs aux projets d’agression et d’expansion de la bourgeoisie. Ils sont les apôtres du mythe de l’intérêt national, tout en nourrissant un projet d’une société d’ordre social. Intérêt national signifiant intérêt de la bourgeoisie, ordre social qui signifie ordre des exploiteurs.

    Ces fascistes et ces réactionnaires ne sont pas à négliger. Ils sont une carte dans le jeu de la bourgeoisie, une carte maîtresse pour faire taire les revendications sociales, exiger des sacrifices et mobiliser pour la guerre impérialiste.

    La bourgeoisie peut très bien jouer les apprentis-sorciers et les nourrir d’argent et de publicité. Elle le fait déjà dans une certaine mesure, tant ils peuvent être tactiquement utiles, comme supplétifs de la police ou comme agents provocateurs. Il s’agit d’une option politique qui pourrait également devenir viable, dans le but de rappeler à l’ordre la pays, tant celui-ci aura été déchiré par l’hémorragie sociale.

    Ironiquement, certains « antifascistes » ont soutenu l’hypothèse d’un Macron sauveur contre une Le Pen fasciste. Ils ont déclaré que sa victoire était celle de la liberté contre l’oppression. Or, en mai 2017, rien n’indiquait une possibilité de victoire du FN, d’une part, ni d’une possibilité pour un FN élu d’appliquer son programme, de l’autre.

    En mai 2022, la situation pourrait bien être toute autre. En « repoussant le fascisme », ces prétendus révolutionnaires se sont discrédités auprès de leurs auditoires, tout en soutenant l’entrée, en fraude, de l’acteur qui permet de réaliser leur prophétie.

    La seule solution : l’organisation politique.

     La lutte contre la loi travail est l’étape première pour permettre une victoire plus générale. Cependant, il est essentiel d’être honnête : il est improbable qu’elle débouche sur une conclusion heureuse à court terme. Une épreuve de force entre la bourgeoisie et les travailleurs, dans l’état actuel des choses, est à l’avantage du patronat.

    Cela n’est pas une conclusion défaitiste, mais illustre que la lutte doit se placer dans un échéancier plus large, et surtout sous une forme plus approfondie. Limitée à l’option économiste et syndicale, elle court le risque de n’être intense qu’un moment, puis de s’éteindre.

    De même, poussée à son paroxysme, la grève générale économique, elle peut fort bien être battue en brèche par une bourgeoisie organisée, structurée, dotée d’un esprit de classe et de réserves supérieures.

    Elle doit être menée sans esprit de recul, en luttant contre toute volonté de capitulation. Là réside le travail du Front Social, qui porte la lutte durant cet été d’offensive à outrance, qui forme un lien, un ciment, une base autour de laquelle doivent s’agréger les forces syndicales et politiques.

    Des accusations existent, qui justifient une défiance entre Front Social et les syndicats. Cette hostilité est notamment entretenue par la rivalité entre le PCF et la FI, autour de qui sera le nouveau Parti Socialiste. Ces manœuvres qui entretiennent ce climat de division doivent être jugulées. Le Front Social doit vivre, grandir et combattre. Il doit être le fer de lance de la lutte.

     Mais elle doit donc trouver une issue politique. Une issue non dictée par l’opportunisme, mais bien par les objectifs que poursuit cette mobilisation : liquider le capitalisme.

    Cette lutte sera un succès si, au travers de celle-ci naissent les bases de la contre-offensive et de la victoire. Si émerge une nouvelle génération de militants combatifs et résolus, un pas sera franchi sur le chemin de la victoire. Si jamais se renforcent les organisations de défense de travailleurs, un autre sera fait. Si jamais se renforcent les organisations antifascistes, lesquelles auront fort à faire pour lutter contre l’étranglement policier et contre les provocateurs fascistes, un autre pas.

    Si jamais les organisations révolutionnaires avancent sur la voie de la construction d’un front résolu, unitaire, dévoué à arracher la légitimité politique à la bourgeoisie, un bond de géant sera fait. L’Unité Communiste défend la thèse de l’opposition extra-parlementaire comme étape pour contrer le pouvoir absolu de la bourgeoisie, elle invite les organisations et les individus partageant cette idée à travailler en commun pour qu’elle se concrétise.

    Les communistes ont un rôle éminent à jouer dans cette lutte, tant pour l’aspect tactique et pratique que pour trouver une issue stratégique.

    Ce rôle est à plusieurs échelles, tant en soutenant les positions les plus avancées dans la lutte, les plus révolutionnaires et les plus politiques. Mais également en luttant contre l’introduction de mots d’ordres capitulards, de collaboration de classe ou à des déviations chauvines. Cependant, les tendances à l’aventurisme peuvent, elles aussi, saper l’unité du mouvement et risquer d’isoler dans le sectarisme les militants et militantes politiques.

    Un travail long mais essentiel commence, la bataille s’ouvre et n’est pas prête de se refermer, d’autant qu’un statu quo ante bellum est improbable. Cette tâche est immense, les forces qui veulent l’entreprendre doivent donc se hisser à sa hauteur.

    Pour la lutte jusqu’à la victoire !

    Vive le communisme !

  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie IV – Le SAV parfait.

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie IV – Le SAV parfait.

    Le SAV de la bourgeoisie : pulvériser la possibilité de recours.

    Réduire à néant les chances de recours.

    La bourgeoisie n’apprécie guère le droit du travail. Elle n’apprécie pas davantage le fait d’être prise en défaut et d’être mise en difficulté devant la justice.

    La loi a donc pour objet de casser la possibilité de recours, jugeant que les employés le font bien trop souvent. Pourtant, seul 7.8 salariés sur 1000 opèrent des recours, tandis que 10.6 le font en Europe. Mais il semble que cela soit bien trop pour les patrons et les patronnes.

    Les Prud’hommes sont des aspects essentiels de la défense des travailleurs, pourtant il n’est pas évident d’obtenir satisfaction dans une instance paritaire, où les travailleurs et les patrons siègent. Il s’agit de la première ligne de défense pourtant. Mais, hélas, face à une infraction, la réaction n’est pas toujours immédiate. Dans de nombreux cas, le salarié demeure stupéfait de sa situation et ne réagit pas immédiatement. Les patrons ne sont pas non plus avares de pressions et de subordinations contre leurs anciens employés

    Tous les salariés ne sont pas forcément conscients de leurs droits et des limites du pouvoir du patronat. En réduisant à deux mois le délais permettant de pouvoir porter en justice une affaire litigieuse, le gouvernement liquide en pratique la possibilité pour les travailleurs de se défendre.

    Déjà, la réduction à un an du délais rendait particulièrement complexe la possibilité d’instruire convenablement le dossier. En le passant à deux mois, il s’agit d’une attaque à la torpille contre toute possibilité de recours et toute possibilité de défense constituée. Cela contribue à donner un chèque en blanc aux patrons, lesquels peuvent opérer comme bon leur semble sans jamais courir de risque réel de sanctions. Dans le fond, il s’agit d’une validation par la négative des licenciements sans raisons.

    De plus, la loi banalise le recours au licenciement abusif, sachant que, désormais, la non-mention d’un motif lors d’un licenciement est considéré comme une erreur de forme et de procédure, non comme une manœuvre sur le fond. Cela permet de trouver à posteriori une excuse de toutes pièces pour justifier ce licenciement.

    Le plafonnement des dommages et intérêts

    Il s’agit ni plus ni moins d’un véritable diktat donné aux juges sur leur manière de pouvoir définir les dommages causés par un licenciement abusif. Trouvant les juges prud’homaux trop sévères, les instigateurs de cette loi désirent ainsi imposer un plafond pour limiter la possibilité d’obtenir des réparations.

    Le plancher indemnitaire deviendrait inférieur à 6 mois de salaire. Il est, de plus, réservé aux entreprises d’au moins 10 salariés et ayant un minimum de deux mois d’ancienneté. Ces plafonnements existaient déjà auparavant, fruits d’une époque où le chômage de masse n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui. A l’heure actuelle, sa réduction fait ressembler celle-ci au verre de rhum du condamné. De plus, ce plafonnement transmute un jugement et une condamnation en indemnité forfaitaire dont peut s’acquitter le patron pour se débarrasser d’un travailleur.

    La réforme de l’assurance chômage.

    L’assurance chômage est une des cibles des ordonnances de Macron. Derrière ces attaques résident plusieurs raisons, plus ou moins pragmatiques.

    Bien que sa communication ait été, durant l’élection présidentielle, réglée comme du papier à musique, elle tend à se fissurer peu à peu. Le candidat aux beaux yeux et au sourire enjôleur cède peu à peu la place à un homme froid, sans vergogne, hautain et méprisant envers les exploités, car imprégné du dogme libéral selon lequel toute situation est le fruit d’un mérite personnel.

    Aux yeux de ces individus, il existe une détestation viscérale du concept même de l’assurance chômage, vu comme un refuge facile, comme une porte de sortie aisée pour celles et ceux qui n’ont pas le « courage » de faire leur place contre vents et marées.

    Mais cette détestation est aussi doublée d’un aspect très terre-à-terre. La perspective de se retrouver sans emploi doit se traduire par une peur atavique pour les travailleurs. Cela, dans l’esprit du patronat, permet d’accentuer la pression sur leurs conditions de travail, de les pousser à accepter des situations sans cesse plus désavantageuses, en somme, cela permet de tenir ses exploités par la peur.

    A l’heure actuelle, l’assurance chômage est financée par les cotisations salariales et patronales -lesquelles sont extorquées de la plus-value produite par les travailleurs, et donc font parti du salaire élargi. Elles sont donc directement liées au travail de l’individu et lui « appartiennent. »

    Ce que désire mettre en œuvre le gouvernement, c’est une intégration des lignes de compte de l’assurance chômage dans les comptes généraux de l’Etat, permettant de les ventiler comme bon leur semble, sans le moindre contrôle de la part des partenaires sociaux.

    Il ne s’agit désormais plus d’une assurance face au risque de chômage, mais bien d’une aide sociale délivrée par l’Etat, selon son bon vouloir et selon des critères arbitraires. Elle n’est plus conditionnée aux cotisations, mais devient un chèque donné uniquement dans la mesure où la personne privée d’emploi est tenue d’accepter toutes les offres « décentes » qui lui parviennent. Certes, le terme d’offre « décente » est accolé, mais il signifie « tout emploi tant que le salaire n’est pas inférieur de plus de 25% au travail précédent.

    En contrepartie, les versements peuvent êtres faits sur une plus longue période pour les chômeurs ayant eu une activité de plus de 5 ans et pour les indépendants au chômage. Bien maigre compensation, pour une réforme qui contribue, là aussi, à plaquer un révolver sur la tempe des travailleurs.

    La fusion des instances représentatives du personnel

    Les ordonnances ont pour objectif de fusionner les instances du personnel pour les « rationnaliser. » Il s’agit, en vérité, d’un retour en arrière complet et d’une liquidation des contre-pouvoirs et des protections accordées aux travailleurs.

    Ainsi, les Comités d’Entreprises, les délégués du personnel et le CHSCT – comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail – fusionneront en une nouvelle entité unique.

    A la base les délégués du personnel sont les représentants du personnel qui gèrent les réclamations individuelles des salariés. Les Comités d’Entreprise s’occupent des activités sociales de l’entreprise et de sa vie interne. Ils sont les interlocuteurs directs du patronat en ce qui concerne les questions économiques et les questions relatives à la gestion de l’entreprise. Le CHSCT gère, quant à lui, la question de la prévention des risques du travail, qu’ils soient physiques ou bien moraux.

    Les ordonnances auraient donc pour effet de faire disparaître le CHSCT, dont les experts sont agréés, en l’absorbant dans la nouvelle instance. L’objectif serait donc d’évacuer la question de la santé, en la subordonnant aux questions économiques et aux impératifs de rentabilité.

    Cela n’est pas non plus anodin. Dans leur volonté d’imposer une liquidation plus ou moins complète des protections sociales, les patrons attaquent grandement les conditions de travail. Ainsi, les critères de pénibilité, déjà fort étroits, sont encore réduits. En les faisant passer de 10 à 6, le patronat escamote une part importante des dangers et des risques pour les travailleurs. En l’occurrence, ceux qui sont supprimés sont les suivants.

    ·         Manutentions charges lourdes

    ·         Postures pénibles

    ·         Vibrations mécaniques

    ·         Risques chimiques

    En supprimant ces aspects, la bourgeoisie opère un demi-tour à 180°, revenant sur des progrès obtenus, arrachés, dans la prise en compte des maladies professionnelles et des troubles musculo-squelettiques.

    L’Etat français est extrêmement en retard dans la gestion des risques au travail, particulièrement vis-à-vis d’autre Etats, particulièrement par rapport aux voisins d’outre-Rhin et canadien. La culture de la sécurité demeure minime, et l’application de décrets tels que le 93/40 et le 94/40 sur la sécurité des machines-outils demeure lacunaire.

    Les patrons et les patronnes n’ont jamais été particulièrement à cheval sur la sécurité de leurs employés. L’évolution constatées cette dernière décennie est principalement liée à des sanctions financières et à la mise en place d’une responsabilité pénale pour les cadres en cas d’accident du travail.Cependant, avec l’ère de laxisme instaurée par Macron, nul doute qu’un terrible recul est à attendre au niveau de la prise en compte des dangers immédiats et à long terme.

    La nouvelle entité ainsi créé par ces fusions serait dotée de pouvoirs plénipotentiaires lors des négociations, permettant de se substituer aux syndicats, de les court-circuiter et de pouvoir ainsi, in fine, les évacuer à un rôle secondaire.

  • Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie III – La fin du CDI

    Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie III – La fin du CDI

    Les funérailles du contrat de travail.

     

    L’accord d’entreprise au dessus de la loi et du contrat de travail

    Pour accompagner cette mesure qui fragilise d’ores et déjà les accords de branche, le patronat, par le truchement de ses exécutants, se dote d’un second couteau. Les ordonnances tendent à mettre en place une présomption de conformité sur les accords signés en entreprise par rapport à la loi. Cela signifie donc que, jusqu’à preuve du contraire, les accords décidés « démocratiquement » au sein de l’entreprise sont juridiquement valables, même lorsque leurs décisions sont contraires à la loi. En somme, cela leur confère une puissance terrible, puisque tant qu’il n’existe pas de désaccord majeur, la loi est shuntée et l’accord prend sa place.

    Il s’agit d’une mesure particulièrement retorse.  Elle permet en pratique, de faire tout ce que le patron peut désirer.

    Elle entraîne de facto une rupture dans la nature même du CDI. Cela permet de pouvoir obtenir des modifications de temps de travail, des modifications de normes de travail, mais également de créer des facilités pour abaisser les salaires et licencier avec une aisance totale.

    L’accord prime également sur le contrat de travail. Cela signifie qu’il est tout à fait possible de faire mettre en place des dispositions désavantageuses ne figurant pas dans, ou étant contradictoires avec le contrat. Quelque soit la négociation faite en amont, au cours de l’entretien d’embauche, elle n’aura pas de valeur et ne formera pas une protection pour le ou la salariée. Le désaccord se traduit d’une manière claire et nette : le salarié peut être licencié s’il refuse de s’y soumettre.

    Par ailleurs, un principe général de primauté de l’accord d’entreprise sur le contrat de travail est prévu. Jusqu’à aujourd’hui, on ne pouvait se voir imposer un accord moins favorable que le contrat de travail. Avec les ordonnances, toutes les mesures négociées par accord d’entreprise (via des chantages à l’emploi ou aux salaires) s’imposeront aux salariés, même à ceux qui auront négocié des mesures plus favorables sur leur contrat. En cas de désaccord, c’est un licenciement à la clef.

    Le recours au référendum, comment casser les syndicats sous prétexte de démocratie.

    Un des points les plus ingénieux de cette réforme est de changer la manière de négocier les choses au sein de l’entreprise. Le terme ‘démocratie’ est un terme plus que positivement connoté. Il évoque la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté d’action. Pourtant, dans les faits, la démocratie est un couteau à double tranchants. La démocratie des uns n’est pas celle des autres.

    Le tour de force du patronat est de tenter de faire passer les syndicats, outils de défense des travailleurs, pour des freins à la démocratie, pour les cliques de passéistes. Pour shunter les syndicats, pour réussir une manœuvre en débordement, les capitalistes optent pour une méthode fascinante : « l’expression populaire . »

    Depuis les années 80-90, des accords dérogatoires aux accords de branches sont proposés par le patronat. Ces accords ne sont pas des cadeaux, mais sont défavorables, de manière croissante, aux salariés. D’une manière générale, les syndicats majoritaires, lorsqu’ils font leur travail correctement, s’opposent  à l’idée de signer ces accords. Pour le patron, cette situation de blocage est intolérable, inacceptable.

    Avec la loi travail première génération, deux mesures sont mises en œuvre: la représentativité n’est plus systématique et devient au prorata de la participation aux élections du CE d’entreprise. En second lieu, le renforcement du caractère majoritaire des accords. Ainsi, la loi travail prévoit que pour être valable, un accord doit être signé par un ou plusieurs syndicats ayant obtenu au moins 50% des voix au premier tour des élections du CE. Si les syndicats majoritaires refusent l’accord, il peut être fait appel au référendum d’entreprise pour faire passer celui-ci.

    Avec la nouvelle mouture, Macron, la procédure est encore plus simple, le référendum peut être pris à la simple initiative de l’employeur, permettant de passer au dessus de la représentativité des syndicats, de les écarter du processus.

    Les votes au sein des entreprises sont loin d’être une belle démocratie, pure et parfaite. Généralement la question est posée d’une manière alambiquée, des pressions et un chantage à l’emploi sont exercés…etc. Ainsi s’exerce la démocratie patronale, par le vote truqué et la lutte pied à pied contre les organisations de défense des travailleurs et de des travailleuses.

    Autant de méthodes qui permettent, par la pression, d’extorquer, d’arracher, d’obtenir tout ce qu’ils et elles veulent de leurs travailleurs, en employant un camoufflage démocratique.

    Une manœuvre redoutable, mais qui n’est qu’une mise en bouche d’un autre pan de la bataille : l’anéantissement complet du CDI.

    Frapper le CDI.

    Dans le fond, le contrat de travail est l’objectif stratégique du gouvernement.

    A la base, l’argument des libéraux et des liquidateurs est le suivant : le code du travail est une horreur complexe, trop lourde à gérer, entravant le fonctionnement de la libre-entreprise, instillant un poison mortel dans l’économie. En somme, il faudrait le liquider pour que les entreprises puissent avancer économiquement, devenir plus fortes et apporter de meilleurs services.

    Si peut-être certains naïfs et certaines naïves sont réellement et sincèrement convaincus par ces arguments, la réalité montre un visage nettement moins souriant. Le patronat, qui considère l’employé comme une marchandise et une force de travail, ne voit en lui qu’un moyen de produire de la plus-value. Le contrat l’étouffe, dans sa quête sans fin du profit. Au regard du patron, il est l’ennemi n°1. Aujourd’hui en position de force, sans commune mesure, il lui livre une offensive qui se mue en bataille d’anéantissement.

    Il existe deux types d’attaques contre le CDI. Elles sont d’une part la mise en place de dispositions permettant d’outrepasser les bornes définies par le contrat de travail, tel que la possibilité de licencier en payant une amende. Ce qui est présenté comme une sanction pour l’employeur devient une somme forfaitaire à régler à l’Etat pour licencier à volonté.

    De l’autre part, elles sont constituées par la mise en œuvre de dispositions rendant négociables chacun des points du contrat. Nikita Khrouchtchev, dans une des rares citations passées à la postérité, parlait ainsi de la négociation: « Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable. » Si nous n’avons guère de sympathie pour ce fossoyeur du socialisme en URSS, cela n’empêche que cette phrase est d’une véracité sans limites.

    Les modifications du CDI sont importantes : la première est liée à la période d’essai. Celle-ci ne pouvait excéder légalement 2 mois pour un employé, 3 pour un ingénieur, 4 pour un cadre, avec une possibilité de renouvellement si celle-ci existait dans la convention collective. Aujourd’hui, la période d’essai prend des proportions immenses, étant devenue négociable intégralement dans le cadre défini par le droit international du travail, soit 12 mois.

    12 mois de période d’essai, cela signifie un purgatoire interminable, en permanence sous la crainte d’un avis de renvoi, d’une fin de contrat. En somme, il s’agit d’un siège éjectable constant, ou d’un travail avec le revolver sur la tempe.

    Le second élément est le préavis. Il était de 1 mois pour 6 mois d’ancienneté, 2 mois à partir de deux ans. L’employeur ne pouvait se débarrasser de son employé du jour au lendemain, offrant une marge de manœuvre limitée mais existante pour permettre d’anticiper la perte de rémunération. Les seules dérogations concernaient les fautes graves.

    La loi désirée par le patronat abolit ce préavis et peut permettre, si les accords d’entreprise le valident, de mettre à la porte un employé du jour au lendemain, avec une perte immédiate de toute rémunération.

    Le troisième élément sont les congés familiaux, notamment le cas scandaleux de la suppression du congé accordé dans une situation de décès d’un enfant. Cette suppression  avait été abandonnée dans la loi El-Khomri. Elle fait son retour discret, malgré le caractère impitoyable et cynique de cette suppression.  Ainsi, le congé devient d’une durée soumise à la négociation.

     Les indemnités de licenciement étaient auparavant garanties par un plancher correspondant à 1/5ème de mois par année, accompagnées par 2/15ème au delà de dix ans d’ancienneté. Ces aspects seront, comme les autres, soumis à négociation. Il s’agit d’une manière d’ôter les barrages qui pourraient nuire à la mise en place d’un licenciement.

    Ces licenciement eux-mêmes peuvent être faits sur la base de motifs définis par la pseudo-négociation. Ainsi, à l’heure actuelle, les juges contrôlent la légitimité du licenciement, pour s’assurer qu’il soit bien conforme au code du travail. Désormais, si l’entreprise décide que plusieurs retards induisent un renvoi, le juge ne pourra qu’accepter la situation et valider celui-ci.

    Normaliser le CDD et développer un contrat unique.

    En théorie, le CDI constitue une norme pour l’emploi. Il est le contrat de travail type, les autres ne devant être réservés qu’à des situations spécifiques et exceptionnelles. Dans la pratique, déjà, le patronat ne s’encombre par particulièrement de scrupules à ce sujet.

    Le CDD n’a pourtant un caractère légitime, au regard du droit du travail, que dans les cas suivants :

    ·                  Combler l’absence d’un salarié (maladie, congés…)

    ·                  Faire face à un surcroît d’activité.

    ·                  Fournir un contrat saisonnier pour des employés de secteurs n’ayant pas une activité régulière : agriculture ; tourisme ; restauration et hôtellerie.

    ·                  Pour limiter les emplois en CDD et encourager celui en CDI, celui-ci est encadré par une série de règles :

    ·                  parce qu’une clause du contrat le prévoit,

    ·                  parce qu’un avenant est proposé au salarié avant l’échéance de son contrat.

    ·                  18 mois dans la plupart des cas, ou 9 mois lorsque le contrat est conclu dans l’attente de l’arrivée d’un salarié recruté en CDI, ou 24 mois si le contrat est exécuté à l’étranger, s’il est conclu dans le cadre du départ définitif d’un salarié avant la suppression de son poste ou en cas d’accroissement exceptionnel d’activité.

     

    ·                  Existence d’un délai de carence, empêchant théoriquement l’employeur de faire cumuler CDD sur CDD à l’employé. A noter que cette disposition se retourne parfois contre ce dernier, qui se retrouve sans le sou durant la période de carence, avant de repartir pour un nouveau contrat précaire.

    ·                  Lorsque le contrat se poursuit après l’échéance du terme du CDD, il se transforme automatiquement en CDI et le salarié conserve l’ancienneté acquise pendant son CDD.

    La réforme qui se dessine souhaite remettre en cause ces règles, sachant qu’elles ne sont déjà que peu respectées, y compris au sein des entreprises et administrations publiques. La discussion se fera au niveau de l’entreprise, au travers de la conclusion d’accords collectifs pour assouplir ces règles. Cela permettra notamment d’élargir les cas de figure permettant de justifier le CDD.

    Exemple illustratif : un employeur peut s’autoriser par accord d’entreprise à conclure un CDD « pour faire face aux besoins liés à l’organisation de l’entreprise », une formule qui n’est nullement encadrée juridiquement, mais qui est, au contraire, suffisamment vague pour permettre de s’adapter à tous les cas de figure. Poussé à l’extrême le même procédé, si l’employeur négocie l’extension du délai maximum du CDD, ou la suppression du délai de carence, la situation débouche sur le fait que le CDD devient une norme qui se substitue au CDI.

    Pour les salariés, les conséquences sont les suivantes :

    ·         Précarisation de l’emploi : il n’est pas possible de savoir quand et combien de temps le travail peut durer.

    ·         Une précarité qui bloque la possibilité de défense et de contre-attaque au niveau des droits, la précarité devenant une norme.

    ·         Une difficulté de pouvoir se défendre contre les abus aux Prud’hommes, étant donné que les accords internes aux entreprises permettent quasiment tout.

    Les employeurs ont également un rêve fou, sur le point de se concrétiser. Ce rêve est celui du recours au CDI de projet. Le CDI oldschool ne permet pas de faire varier la masse salariale suffisamment efficacement et donne un sentiment de sécurité préjudiciable à une exploitation accrue des travailleurs. Le CDD, par son caractère déterminé, est toujours trop rigide, car il ne permet pas de faire face aux aléas que peuvent rencontrer les entreprises. Le CDI de projet correspond à une adaptation d’un contrat auparavant réservé aux entreprises en BTP. Ce nouveau type de contrat revient, globalement, à faire de l’embauche à la tâche, sans précision de durée aucune, ce qui est une situation qui fut vivement combattue par le mouvement social, car cela entraînerait une précarité terrible.

    Ce rêve permettrait de liquider le CDI et le CDD pour ne former plus qu’une seule situation unique : un contrat vague, décidé intégralement par le patron, permettant de disposer d’une main d’œuvre corvéable à merci. Le Saint Graal du patronat.

    Les licenciements à la pelle.

    Le licenciement pour motif économique, déjà réformé sous Hollande, est à nouveau dans le viseur. En plus de la question du délais de recours, déjà abordé, trois pistes sont reprises :

              augmenter les seuils d’effectifs pour rendre obligatoire le plan de sauvegarde de l’emploi ; aujourd’hui, à partir de plus de 10 licenciements sur 30 jours, l’employeur a l’obligation de mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi qu’il doit négocier en priorité, avec des mesures d’accompagnement des salariés licenciés dans leur reclassement. Macron veut alléger l’obligation en faisant en sorte d’alléger le plan de sauvegarde de l’emploi.

              le droit du licenciement pour motif économique est conditionné de l’obligation pour l’employeur de trouver une solution de reclassement pour le salarié. Avec la loi, plus d’obligation individuelle d’aide au reclassement, l’employeur ne serait obligé que de publier une série de propositions d’emplois, à charge de l’employé de trouver son bonheur.

              le motif économique de licenciement doit être apprécié nationalement au niveau du groupe sans tenir compte des moyens du groupe à l’étranger ; cela a été amorcé par la loi Macron, les grands groupes internationaux n’ont plus à assurer la pérennité de leurs filiales, lesquelles peuvent être fermées, même si le groupe prospère.

    Tous ces aspects offrent, au final, un pouvoir titanesque aux patrons, aux exploiteurs. Cela leur permet d’agir comme bon leur semble avec leurs employés.

    Mais comme la bourgeoisie est particulièrement généreuse avec elle-même, elle double cette offensive d’une seconde, plus discrète, rendant toute défense des travailleurs impossible.