Étiquette : Libertés démocratiques

  • Solidarité avec Nantes Révoltée !

    Solidarité avec Nantes Révoltée !

    Nous affirmons notre solidarité avec le média Nantes Révoltée.

    Nous relayons ici la pétition contre leur interdiction : https://chng.it/YpKxTMDyxc

    Gérald Darmanin a annoncé hier « J’ai décidé d’engager le contradictoire qui permettrait la dissolution de ce groupement de fait. » Le gouvernement souhaite donc museler Nantes Révoltée.

    L’accusation est d’avoir relayé une manifestation « contre l’État, contre les policiers ». Ce simple relais d’information est donc suffisant pour justifier une procédure de censure brutale.

    Avant toute chose, il faut reconnaître quelque chose d’essentiel : c’est tout de même une belle couronne de lauriers que le gouvernement dresse à ce média. Dissoudre un groupe qui n’est accusé de rien de particulier, juste parce que celui-ci possède une portée médiatique au-delà du milieu militant, est quelque chose de rare. À titre de comparaison, il avait fallu scandales sur scandales, violences sur violences, pour que l’État daigne taper sur les doigts de Génération Identitaire. Dissolution par ailleurs cosmétique : le gouvernement a absorbé une partie du programme, Zemmour et ses sbires milliardaires le reste.

    Cette censure qui ne dit pas son nom est une illustration des limites de la démocratie telle que conçue par les exploiteurs et leurs relais politiques. Il est possible de parler de tout, il est possible de parler de rien, tant que cela ne menace pas l’ordre établi. Les informations sont généralement noyées dans un brouhaha algorithmique que en limitent la diffusion, ou la rendent illisible. Et les marges de tolérance laissées s’amenuisent d’années en année. Plus le temps passe, plus nous voyons les espaces d’expression être cloisonnés et contrôlés.

    Ces menaces de dissolution qui touchent le média Nantes Révoltée sont cependant inquiétantes. Ces menaces d’interdiction ou de dissolution sont toujours plus nombreuses. Dès que l’occasion apparaît, le couperet de la loi tombe. C’est une manière de briser les volontés et de casser la portée des médias alternatifs. Ainsi, on peut se rappeler les menaces de Laurent Wauquiez contre le Lyon Antifa Fest entres autres mesures de répression et de brimades. Seulement il s’agit d’une gradation supplémentaire. Nantes Révoltée n’est pas seulement menacée, elle est dans l’engrenage implacable de la dissolution.

    Certes, nous avons critiqué à plusieurs reprises la vision développée par Nantes Révoltée de la pandémie et du Pass Sanitaire. Elles n’ont jamais empêché le fait que nous les considérons comme des camarades de lutte et que ceux qui les attaquent sont nos ennemis. Nous nous devons aussi de saluer le travail qui a été réalisé par eux au cours des années pour informer sur les méfaits du gouvernement et des exploiteurs. Nous pensons que le gouvernement ne recherche pas l’installation d’une espèce d’hypothétique régime totalitaire basé sur la destruction de la vie sociale. Au contraire, nous pensons que s’il peut choisir entre les scénarios de Dix-neuf cent quatre-vingt-quatre et de Le Meilleur des mondes1, il choisira le second. Plus souple, plus socialement acceptable, plus à même de susciter l’adhésion. C’est d’ailleurs pour cela que, malgré les 500 000 cas de Covid, il ne pense qu’a lever les mesures de distanciation sociale.

    Mais, en dépit du fait que nous pensons que tout ce que fait le gouvernement ne participe pas à une conspiration contre la Liberté avec un L majuscule, il est indéniable que des faits graves se produisent. Le capitalisme non seulement n’a plus besoin des compromis qu’il avait du faire face aux partis communistes puissants et à l’URSS, mais il subit une crise profonde et dangereuse. Dès lors, nous voyons les droits économiques fondre comme neige au soleil. Et dans la foulée de leur disparition, la colère monte. Les droits et les libertés politiques, concédées par les exploiteurs, sont alors eux aussi attaqués. La censure revient.

    Dans le climat actuel une véritable mobilisation de masse est faite, par le truchement des médias les plus influents, inféodés à des entreprises monopolistes. Cette mobilisation de masse développe trois thématiques : 1) il faudra se serrer la ceinture. 2) il existe un ennemi intérieur dangereux, un hydre islamo-gauchiste. 3) pour régler la crise, il faut un homme fort, un pouvoir fort, un César ou un Napoléon. Pendant ce temps, la société se caporalise.

    Un baromètre OpinionWay pour le Cevipof2 indique ainsi que si 57 % des français se plaignent de la richesse outrancière des milliardaires, ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses à chercher une réponse dans un pouvoir fort, unique, militarisé. Il existe un espace dans lequel s’engouffrent les apprentis Perón, les apprentis Mussolini, voir pire encore.

    Nous dénonçons cette procédure inacceptable ! Elle démasque le gouvernement pour ce qu’il est : une parodie de démocratie qui camoufle de plus en plus mal une dictature de classe. Nous n’acceptons aucune dissolution parmi ceux qui font partie du camp du peuple ! La censure muselle le peuple, mais elle ne peut stopper sa colère !

    1Dans 1984, la société est privée d’information, de loisirs, de divertissement. Tout est fait pour asséchez l’esprit humain. Dans Brave New World, au contraire, il s’agit d’une société du divertissement, de l’abondance, dans lequel les informations sont noyées dans un maelström de bruit.

    2Centre de recherches politiques de Sciences Po

  • Collomb et le droit de manifester.

    Collomb et le droit de manifester.

    Collomb et le droit de manifester.

    “Si on veut garder demain le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion puissent s’opposer aux casseurs et ne pas, par leur passivité, être complices de ce qui se passe.” Voilà ce que déclarait le ministre de l’intérieur, au micro de BFM-TV, le samedi 26 mai.

    Il est parfaitement légitime que cette phrase ait déclenché un véritable tollé parmi les organisations politiques progressistes, révolutionnaires, et même simplement démocratiques. Même ses ex-camarades du Parti Socialiste, avec une certaine dose de cynisme qui les caractérise, ont dénoncé cette attitude et cette déclaration.

    Cette phrase est, en effet, cruellement révélatrice. Elle indique ce que pense la bourgeoisie réactionnaire des “libertés fondamentales”. Elle indique la manière dont elle conçoit également le traitement juridique des manifestants inculpés.

    Avant toute chose, nous portons un regard critique sur la question de “Blacks Blocs” et des actions organisées en manifestation. Nous nous sommes déjà exprimés dessus par le passé, et nous considérons que la tactique choisie par certain et certaines n’est pas toujours particulièrement adaptée à la situation. En revanche, nous ne la condamnons pas et nous affirmons notre solidarité avec les inculpés et les inculpées.

    Gérard Collomb parle au conditionnel, car, à ses yeux, les libertés fondamentales ne sont que des contes pour enfant, des histoires faites pour se donner bonne conscience et pour se draper dans les droits de l’Homme dès qu’une injustice apparaît dans le monde et que l’impérialisme français aurait quelqu’interêt à s’en mêler.

    Dans les faits, tant l’histoire que l’expérience illustre le fait qu’il n’existe ni libertés fondamentales, ni droits inaliénables, ni rien que la bourgeoisie ne puisse retirer, si jamais cela correspond à ses intérêts. Les jeunes lycéens et lycéennes du lycée Arago à Paris en ont fait les frais, en étant confrontés à une loi qui criminalise “l’intention de commettre des dégradations et des actes de violence”. La présomption de culpabilité prend le pas sur celle de l’innocence.

    Gérard Collomb scandalise car, bêtement, il a laissé échapper cette malheureuse vérité, celle que l’Etat n’est pas neutre dans les conflits sociaux, n’est pas un relais passif de la démocratie, mais bien un fer de lance de l’oppression sociale et de l’exploitation économique. Gérard Collomb menace de supprimer le droit de manifester si jamais les manifestants n’agissent pas en auxiliaires de police, ne se muent pas en dénonciateurs et en mouchards.

    Voilà que les représentants de la bourgeoisie, les représentants des bourreaux du peuples, des exploiteurs, de l’ennemi de classe, exigent que les victimes de l’exploitation assurent des purges pour leur compte.

    La droite du mouvement social s’est empressé de faire valoir ses conceptions, Hamon déclarant qu’il trouvait scandaleux que les manifestants soient assimilés à des complices des violences alors que “même les CRS ont parfois du mal à  [les] canaliser« . La France Insoumise, par la voix de son leader Jean-Luc Mélenchon a déclaré “combattre les violences” dans le Huffington post, et, dans Libération : “ Je suis très vigilant sur la question de la violence, je la désapprouve absolument. Non pas pour des raisons morales ou esthétiques, quoique, j’en ai ! Mais la violence n’a aucune efficacité dans l’action révolutionnaire. Nulle part dans le monde, la violence n’a donné un résultat pour nous.”

    Grattez le verbiage “de gauche” et vous trouverez un libéral. Il est historiquement faux de dire que la violence n’a jamais donné de résultat, et ce, quelque soit le sens du “nous”. Dans Le Capital, Marx et Engels écrivaient La violence est l’accoucheuse de toute vieille société qui est enceinte d’une nouvelle.” Elle est aussi le moyen par lequel la bourgeoisie se maintient au pouvoir. Elle est la méthode par laquelle elle accroît son exploitation et son ordre injuste.

    Les Blacks Blocs et les mouvement autonomes ne sont pas des mouvements prolétariens, mais sont animés d’une idéologie petite-bourgeoise. Cependant, ceux et celles qui rejettent dans son intégralité la question de la violence, et qui se servent de quelques dégradations comme prétexte, montrent leur vrai visage. Il est celui du réformisme qui tremble d’effroi, en clamant que les travailleurs et les travailleuses rejettent la violence et ne la comprennent pas.

    Pourtant, la violence, les masses populaires la connaissent, car elles vivent l’injustice chaque jour, dans leurs travails, dans leurs lieux de vie, dans leurs lieux de socialisation. Elles savent, lorsque le patron exige, lorsque la police aboie, quelle est leur valeur juridique aux yeux de l’Etat, aux yeux de la bourgeoisie. Les masses populaires comprennent parfaitement la nature profonde de la dictature de la bourgeoisie. Elles comprennent son caractère criminel. Elles comprennent également la nécessité de la Dictature du Prolétariat, sans fard et sans voile, dans ce que signifie fondamentalement cette forme de pouvoir politique.

    Nous ne céderons pas aux invectives et aux chantages de la bourgeoisie et de son laquais, Gérard Collomb. Nous sommes solidaires et unitaires, et nous l’affirmons : Nous formons une seule ligne, un seul front : un front uni contre la bourgeoisie et le patronat. Nous ne laisserons pas la bourgeoisie décider de l’application du droit de manifester, ni imposer son ordre dans les cortèges.