Étiquette : LFI

  • Nos amis les mélenchonnistes

    Misogynie et opportunisme

    Cette année la France Insoumise fut bouleversée par une affaire récurrente au sein de la gauche : un cadre accusé et condamné pour des violences conjugales. Dès le départ, une frange du parti prit la défense de l’accusé, jusqu’à Mélenchon lui-même. Son soutien n’a jamais faibli, ainsi le 5 juin il déclarait que Quatennens reviendrait dans la course (des présidentielles 2027). Un président qui tape et harcèle sa femme ? C’est donc ce que les réformistes ont de mieux à nous proposer.

    Les réactions à chaud sur cette affaire ont pu montrer un phénomène que nous retrouvons au sein de toute la gauche, même radicale ou extra-parlementaire. C’est l’effet d’entre-soi masculin (ou « groupe de mec »), les organisations, syndicats et partis étant souvent composés d’une majorité d’hommes, qui engendre une misogynie ambiante qui finit par habiter même les femmes de ces structures. Ainsi on s’habitue très vite aux blagues et réflexions misogynes, aux comportements sexistes des hommes, jusqu’à une certaine culture viriliste de la violence (encore plus visible dans les milieux antifascistes). C’est à partir de cette base que les histoires de viols et violences conjugales sont minimisées et sont source de divisions internes brutales. Ici, c’est le soutien collectif à Quatennens de la part d’une partie de la FI, allant même jusqu’au fichage des militants et militantes opposés au retour du député. Quant à Mélenchon, ce n’est pas le seul copain agresseur qu’il défend avec empressement, comme nous avons pu le voir avec l’affaire Coquerel, accusé d’agression et harcèlement sexuel (l’affaire a été classée sans suite mais il l’a défendu dès le dépôt de la plainte, niant la parole de la victime).

    « Nos vies valent plus que vos carrières ». C’est ce que les militantes du collectif Relève féministe ont collé sur le siège LFI. Le collectif fut créé à la suite de plusieurs affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS) au sein des différents partis de la NUPES. Malheureusement la mobilisation n’a pas suffi à empêcher le retour de plusieurs cadres accusés et coupables. Ainsi, en les réintégrant c’est toutes ces militantes qui se font piétiner par des hommes carriéristes qui se protègent les uns les autres, avec le silence coupable du reste de la gauche, y compris extra-parlementaire. La raison est simple : les revendications féministes sont jugées comme facultatives, de second ordre. Ce qui est important c’est de continuer à se mobiliser pour (perdre) les élections et (perdre) les luttes contre les réformes néolibérales. On continue donc de nourrir une belle et longue tradition : creuser le fossé entre les féministes et les mouvements de lutte du Travail.

    Les militants les plus naïfs ou les plus opportunistes fantasment Mélenchon, alors qu’il n’est qu’un énième champion social-traître, au même titre que Hollande, Jospin ou Mitterrand, pour ne citer que les plus récents. Ses tweets pseudo-radicaux en réaction aux récentes émeutes des banlieues sont vides de sens politique, et n’ont qu’une visée électoraliste. C’est de la com. Au même titre que ses tweets féministes, ou même ses punchlines animalistes lors de sa campagne de 2017. Il entretient son image de seule alternative face à la montée du fascisme et de l’agressivité des capitalistes. Pourtant, par le passé le réformisme n’a jamais rempli cet objectif, bien au contraire, il cultive ce genre de professionnels de la politique qui ont toujours une bonne excuse pour dérouler le tapis rouge à nos bourreaux. Les balles sucrées de la bourgeoisie restent mortelles.

    Plus grave encore : actuellement ce qui caractérise le plus ce mouvement, c’est son échec. Son échec à remporter les élections, sont échec à lutter contre les réformes de droite, son échec à développer des formes de lutte efficaces contre la radicalisation de la bourgeoisie, son échec à tenir correctement ses propres lignes. Ce dernier point est important. Mélenchon n’a pas juste trahi les féministes, il a aussi trahi les lignes qu’il était censé représenter, afin de protéger les postes de ses proches. Comment certains peuvent-ils encore penser qu’il trahit aujourd’hui, mais que cela serait différent dans l’hypothèse où il serait un jour au pouvoir ? Et ce alors que la bourgeoisie lui imposera une pression impossible à surmonter, comme ce fut le cas pour tous ses prédécesseurs, d’hier et d’aujourd’hui, en France et ailleurs.

    Le soutien de Mélenchon à Quatennens crie que ce n’est pas si grave de taper et harceler sa femme. Le soutien de Mélenchon à Coquerel crie aux victimes de VSS qu’on ne les croira pas si elles dénoncent leurs agresseurs. Le soutien général de la gauche à Mélenchon, autant lorsqu’il est actif que lorsqu’il est passif, crie là aussi ces mêmes choses. Si cette même gauche s’était rangée du côté des féministes de la NUPES, au lieu de faire les paillassons sous prétexte que papy serait notre seul espoir (d’avoir un capitalisme moins méchant pour les Français), il ne se permettrait pas de défendre ses potes. L’opportunisme c’est aussi ça, céder toujours plus de ses principes, s’aplatir, s’interdire de combattre pour quelque chose de grand et choisir une médiocrité plus douce, même lorsque l’Histoire nous montre qu’elle est une impasse. Le réformisme semble être la voie la plus simple dans cette période de faiblesse — temporaire ! — chez les révolutionnaires. Mais le réformisme a toujours échoué à évoluer pour gagner, et continue de s’enliser dans la défaite, de décennie en décennie. Il n’a que l’impuissance à vendre à celles et ceux qui n’osent plus demander plus.

    Ce qui transpire de nos positions, c’est la détestation de la mollesse et du manque d’ambition, celles-ci n’ont rien d’innocentes. Devrions-nous suivre aveuglément la FI parce qu’elle serait notre seul rempart contre la défaite ? Pourtant la défaite est bien là, c’est un invariable lorsqu’on lâche la grandeur pour se contenter de fantaisies soi-disant plus réalistes. Nous reposons notre question initiale : voulez-vous d’un président condamné pour avoir frappé et harcelé sa femme ? Et plus grave : voulez-vous mettre votre énergie dans un projet irréalisable qui ne consiste qu’à tenter d’avoir un capitalisme « moins méchant » pour les Français, uniquement les Français, et qui ne soit que temporaire ? Quel degré de capitulation ou de mélancolie suffit-il pour arriver à se satisfaire de chimère si pitoyable ?

    Au final, nous devons aussi nous regarder nous-mêmes et faire notre propre bilan. Si cette situation est arrivée à ce point critique, c’est que nous, les révolutionnaires et les féministes, n’avons pas réussi à imposer un rapport de force conséquent, ni à proposer un projet satisfaisant capable de concurrencer l’appel des sociaux-traîtres. Pourtant, il n’y a qu’en visant grand que l’humanité pourra construire un monde nouveau — ni plus ni moins que celui nécessaire à notre survie au 21e siècle. Au terme de la compromission, il n’y a jamais une demi-victoire, toujours seulement une totale défaite.

    Temps, patience et discipline joueront cependant en notre faveur, tant que nous n’arrêterons pas de vouloir construire le plus beau et le plus grand pour l’humanité entière, car demander moins que ce minimum est inutile et criminel. Ce n’est pas le chemin le plus simple, ni le plus doux lorsque nous sommes perdus face aux enjeux présents (crises économiques, guerres, réchauffement climatique, écocide, etc.). Mais c’est aussi le seul qui nous mènera à la victoire, la seule et la vraie.

  • Deuxième tour des élections

    Deuxième tour des élections

    Le second tour des élections législative a eu lieu. Il s’est traduit avant tout par une défaite électorale pour LREM, qui ne possède plus la majorité absolue. Pour avancer sur leurs projets, les architectes du programme de Macron devront donc obtenir la complicité d’autres forces politiques, et donc rechercher des compromis. Cela peut rogner les marges de manœuvre des réformateurs libéraux dans leur entreprise de liquidation des conquêtes sociales.

    Il se traduit aussi par deux percées : une à gauche, au tour du NUPES, l’autre à droite autour du RN. Les résultats sont les suivants : la gauche parlementaire passe de 60 députés en 2017-2022 à plus du double. Le RN passe de 8 députés à 89 ce qui est une multiplication par 11 ! Dans le détail des scores au sein des alliances, les partis du XXe siècle, PS (45 → 22), PCF (16 → 13) et LR (100 → 78) continuent de péricliter. LFI et le RN sont donc les grands gagnants de ce scrutin, avec 86 et 89 élus.

    Un constat positif mais mitigé

    La gauche et l’extrême droite sont donc sortis renforcés de ce scrutin. Cependant, les résultats ont été en deçà des estimations d’origine, lesquelles donnaient entre 150 et 190 députés. Ce n’est pas une « vague rouge » ni même une « vague rose », c’est en revanche un revers pour les partis du centre. Cette relative déception est le fruit d’un intense lobbying réalisé par les partis de centre et de la droite pour bloquer toute marée NUPES. Elle est le reflet d’un choix constant dans l’histoire : les exploiteurs préfèrent toujours des partis dictatoriaux de droite à des élus d’une gauche moins corruptible que le PS. Elle est aussi le reflet de la difficulté, pour une gauche qui a tant déçu par le passé, de mobiliser un électorat qui préfère souvent l’abstention, voire les « solutions qu’elle n’a pas essayé avant », le vote d’extrême droite. Quant à Zemmour, qui est l’absent de ce scrutin, nous pensons que son heure viendra. Sa cause, celle d’une réunion des deux droites françaises, fasciste et gaulliste, est probablement celle qui permettra la victoire de la droite élargie. Pour le moment, celle-ci semble rester dans des logiques classiques de rivalité entre boutiques. Cela lui a pour le moment offert un balcon à l’Assemblée. Demain, lorsqu’elle lorgnera le pouvoir, elle regardera à nouveau l’idée d’une alliance.

    Le centre continue de s’effondrer au profit des ailes

    Le dépit d’une grande partie de la population, qui ne croit plus dans la politique politicienne, et la désagrégation du centre de l’échiquier politique expliquent cette polarisation. Elle reflète des attentes différentes, attentes auxquelles le système démocratique libéral et ses politiciens ne peuvent répondre. La politique politicienne n’est tout simplement pas capable de répondre aux enjeux vitaux de notre époque : guerre, crise économique, crise écologique – devant le seuil de laquelle nous nous tenons.

    Nous ne doutons pas de la bonne volonté de certains élus et de la majorité des militants et des militantes qui ont soutenu NUPES ou d’autres formations de gauche. Mais les défis auxquels il faut faire face ne pourrons être affrontés dans le cadre d’un système qui a été construit et architecturé pour servir à gérer l’exploitation de l’humanité et de la nature. Le système démocratique libéral est étriqué, corrupteur, fait pour entraver l’action de transformation de la société. De plus, les enjeux sont tellement grands que les puissants et les puissantes – ainsi que leurs larbins – n’hésiteraient pas un seul instant à s’affranchir de toutes les règles démocratiques si leur ordre était menacé. Ainsi, le 16 juin, le syndicaliste Force Ouvrière Police Yves Lefebvre déclarait : « Je n’obéirai jamais à Jean-Luc Mélenchon. La France serait en feu, mais cette fois cela opposerait la police nationale au pouvoir politique. » Qu’en serait-il des milliardaires ? Hésiteraient-ils entre la démocratie et leurs intérêts ? Accepteraient-ils la majorité ? Nous connaissons tous et toutes la réponse.

    Fournir une réponse

    Quant à la réponse fournie par l’extrême-droite, elle consiste uniquement – sous prétexte d’intérêt national – à sacrifier ceux des exploités et à les livrer pieds et poings liés à leurs exploiteurs. À faire cause commune avec eux et à mettre la société en ordre de bataille pour les servir.

    C’est pour cela que nous pensons que le système démocratique libéral ne l’est pas réellement. Il est étriqué, corrupteur, soumis à des impératifs de démagogie et de satisfaction des exploiteurs. Nous pensons que les réponses ne peuvent être que dans une politique populaire, menée par les principaux et les principales forces de notre société : c’est à dire ceux et celles qui produisent les richesses. Les exploiteurs, qui ont intérêt dans la misère et dans la dévastation de l’environnement, ne peuvent apporter de solution. Nous croyons à une souveraineté populaire illimitée, incarnée par un parti populaire qui serait capable de défendre ses intérêts profonds et de long terme. Nous pensons que le pouvoir populaire n’a pas à connaître d’entraves : il doit être total et permettre l’arrivée d’une ère nouvelle. Une ère dans laquelle l’économie se base sur ce que peut raisonnablement et durablement fournir la Terre et sert à servir les intérêts de l’humanité entière. Une ère dans laquelle la course folle au profit dévastateur ne sera plus qu’une anomalie de l’histoire, une crise d’adolescence de l’humanité.

    Bien sûr, construire les outils qui permettent cette victoire prendra du temps. Dans l’intervalle, les succès électoraux sont des bonnes nouvelles intermédiaires. Mais ils ne doivent pas faire oublier que l’objectif final est plus grand, plus lointain, plus profond.

  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Deux camps ?

    Deux camps ?

    M. Lallement, Préfet de police de Paris, nous a offert un savoureux échange avec un gilet jaune au lendemain de l’anniversaire du mouvement. Un échange savoureux et révélateur, tant de l’attitude de la bourgeoisie à l’égard des masses que de celle des politiciens.

    Didier Lallement s’est forgé une réputation de « fou furieux » de la répression en Gironde. Il est une personne redoutée de ses pairs comme de ses subordonnés. La Police elle-même a exprimé à plusieurs reprises des craintes quant à sa nomination tant ses pratiques répressives la mettait sous tension. C’est ce personnage, issu des franges chevenementistes du PS, qui est aujourd’hui aux commandes de la répression parisienne. La gauche sociale-démocrate a fourni Valls et Castaner, pourquoi pas non plus un des préfets les plus agressifs de ce début de siècle ?

    Lors de l’anniversaire des Gilets jaunes, le Préfet a manœuvré pour que la répression puisse être employée à son paroxysme. En autorisant d’abord le rassemblement des Gilets Jaunes, puis en déclarant unilatéralement son interdiction et sa qualification – administrativement décidée – en attroupement violent. Cette requalification lui permettait de lâcher la bride à ses troupes. Cette requalification ne pouvait être portée à la connaissance de qui que ce soit.

    Le site vu du droit, rédigé par l’ancien avocat proche du PCF Régis de Castelnau, a fourni une explication sur les aspects légaux des opérations menées par la police à ce moment-là. Or, le mode opératoire était conçu précisément pour que les choses débordent. Le rédacteur du site note que M. Lallement s’est rendu coupable de plusieurs délits.

    « La mise en danger délibérée de la vie d’autrui (article 223-1 du Code pénal) » ; « Complicité de dégradations volontaires de biens publics (articles 322-1 du Code pénal) » ; « Violences volontaires par autorités publiques (articles 222-9 à 222-13 du Code pénal) » ; « Atteinte à la liberté par séquestration arbitraire effectuée par autorité publique (article 432-4 du Code pénal) »…

    L’auteur ajoute également une nuance plus exotique :


    « Délit de concussion (article 432-10 du Code pénal) » enfin, une petite gâterie pour compléter le palmarès. Que dit le texte : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu’elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l’infraction. »
    Résumons : la manifestation était autorisée et les gens qui s’y sont rendus et se sont installés sur la place d’Italie le savaient. La décision d’annulation brutale ne pouvait dans ces circonstances être connue ou prévue des participants. À aucun moment les gens verbalisés dans le périmètre et autour de la place d’Italie ne peuvent avoir su qu’ils participaient à une manifestation interdite. Condition indispensable pour qu’ils aient commis l’infraction. Mais il y a plus, on ne sait rien des formes prises pour cette interdiction ce qui est encore plus grave car pèse ainsi sur elle la suspicion d’un « acte inexistant » privant de base légale tous les procès-verbaux. Didier Lallement devait le savoir parfaitement, mais tout à sa frénésie de répression et son zèle pour plaire au parti de l’ordre, il a probablement passé outre. Et fait percevoir des sommes qu’il savait ne pas être dues. C’est ça la concussion.

    Le lendemain, donc, notre homme s’est pavané en grand uniforme. Interpellé par une dame Gilet Jaune, apprenant sa participation au mouvement, il lui a rétorqué : « Nous ne sommes pas dans le même camp. » puis que « [s]on oncle est tombé à Monte Cassino ». Prenant prétexte du fait que le monument dédié au Maréchal Juin ait été endommagé. Le Préfet s’est permis une divagation sur la présence de son oncle durant cette bataille, où le corps combattant français était dirigé par le Maréchal.

    L’argument est quelque peu douteux, entre le sophisme d’autorité et le reducto ad hitlerum implicite. On voit que le jeune socialisme, parti en 1984 soutenir les sandinistes du Nicaragua, a pris un chemin d’une nature bien différente.

    Pour l’anecdote, cette stèle n’a, en réalité, par véritablement de raison d’être. Alphonse Juin ayant été déchu de son titre de Maréchal par de Gaulle, lors de son éviction du Conseil supérieur de la Défense nationale. Mais il s’agit d’un détail. L’essentiel est dans cette affaire de camp.

    La phrase a déclenché un tollé général. Tollé qui s’est répercuté à l’assemblée nationale. Le député LFI Ugo Bernalicis a ainsi déclaré : « C’est donc à dessein que vous l’avez nommé car il y a une adéquation entre votre doctrine de maintien de l’ordre et la réputation de ce préfet, entre ‘l’éborgneur’ et le fou furieux”, indiquant que “Lallement (avait) quitté le camp de la République” et demandant à ce qu’il soit ”(démis) de ses fonctions ». Édouard Philippe a qualifié cette accusation d’antidémocratique, bottant en touche sur le fond de l’affaire. Nous en déduisons donc que, dans la démocratie idéale vantée par le Premier ministre, l’impunité complète est une norme.

    Mais en réalité, pouvons-nous blâmer le préfet ? Après tout, il ne fait qu’énoncer une vérité manifeste. Il existe deux camps opposés en France. Un camp qui incarne les intérêts des diverses fractions de la bourgeoisie, avec des approches plus ou moins libérales ou protectionnistes. Ce camp soutien unanimement l’impérialisme français, derrière des motifs plus ou moins naïfs, allant de l’humanitaire jusqu’à la place de la France dans le monde. Un camp qui exploite les travailleurs et les travailleuses tout comme la nature. Un camp qui se prétend démocratique, mais qui, en réalité, est prêt à aller jusqu’à la plus grande brutalité pour protéger ses intérêts.

    En face de lui se trouve le camp de ceux qui produisent tout, mais n’ont rien. De ceux et de celles sur qui on marche, qu’on éborgne, qu’on grenade.

    Dans l’affaire, c’est le député LFI qui se trompe, en dépit de sa bonne volonté manifeste. Le camp de la République est précisément celui que sert le Préfet. Avec dévotion et efficacité. Ce camp est celui de la République bourgeoise, de ses institutions et de son État.

    C’est un fait incontestable, au vu de la lutte continuelle menée depuis plus d’un an par les Gilets Jaunes et par les autres secteurs en lutte. La manière dont le régime a répondu par le silence, l’intimidation puis la répression l’illustre dans toute sa splendeur.

    Si, dans les esprits, cela est acté, il faut désormais que cela se traduise dans la pratique. Il faut en tirer jusqu’au bout les conclusions politiques qui s’imposent. La bourgeoisie, l’autre camp, nous propose un jeu électoral pipé comme unique porte de sortie. Soit celle-ci est une nouvelle fois prise, soit une autre est trouvée.

    Nous avons éprouvé les limites du parlementarisme. Les limites des députés, qui préfèrent s’augmenter que s’intéresser au sort des masses. En fait de jeu démocratique, la bourgeoisie possède les pleins pouvoirs. Elle légifère pour son compte, fait exécuter ses lois et les fait appliquer par sa justice, sa police, son armée. Et lorsque celles-ci ne suffisent pas, lorsqu’elles sont trop étroites pour satisfaire sa rapacité, ou, au contraire, trop laxiste pour écraser les exploités, elle triche. Elle les outrepasse. En déclarant ces propos, M. Lallement a t-il eu l’exemplarité qu’on exige des fonctionnaires ? La neutralité ? Le devoir de réserve ? Non et il n’encourt aucune sanction, car, politiquement parlant, il est à sa place.

    Ce n’est pas une dérive du pouvoir, ça en est l’expression.

    Construisons alors le nôtre.

    Un pouvoir basé sur une opposition extra-parlementaire unique. Un front unique de lutte, dont le centre de gravité ne sera pas les salons bourgeois de Paris, mais les Assemblées Populaires, qui sont les lieux d’unification, de synthèse des luttes. En dernière instance, lors du prochain rendez-vous, le 5 décembre, qu’importe le nombre de personnes dans la rue. Ce qui importe ce sont les suites.

    Pour que ces suites soient à la hauteur des enjeux, elles doivent être populaires et démocratiques, massives et reliées les unes aux autres. Pour construire le camp opposé à celui du Préfet de Paris : construisons la démocratie populaire !

  • Six mois de lutte et une élection.

    Six mois de lutte et une élection.

     La mobilisation des Gilets Jaunes a défié tous les pronostics. Elle a tenu et tient encore. Depuis six mois, désormais, chaque samedi est marqué par les défilés, par les affrontements avec les forces de l’ordre, par les violences policières et par le mépris du gouvernement. Depuis 6 mois, une lame de fond a déferlé, secouant de fond en comble la société française. 
    Cette lutte a jeté dans la rue des pans de la société. Elle a confronté les masses populaires et la jeunesse à l’expression même de la dictature de la bourgeoisie. Surdité face aux revendications, mépris politique, violences policières, maintien d’une politique rejeté par la très large majorité de la population…

    Il y a eu des luttes féroces les années précédentes, notamment la bataille autour du contrat de travail. Ces luttes ont été intenses et durement réprimées. Mais elles étaient restées, dans leur majorité, des luttes économiques, sur les conditions de travail, sur les normes de travail, sur le contrat, sur le salaire ou sur les services publics.

    Au cours de ces six mois, le mouvement que nous vivons actuellement, qui a commencé par un combat contre la cherté de la vie s’est mué en quelque chose d’autre. Ce quelque chose d’autre est un mouvement politique d’ampleur, radical et subversif, ciblant directement comme ennemi le régime et son caractère anti-démocratique.

    Ce choc a ébranlé tant la bourgeoisie que les forces habituelles de la lutte sociale. La CGT, par exemple, est, au cours du 52e congrès, qui se tient actuellement, en pleine ébullition. La direction de celle-ci paie le prix de son refus de s’engager en plein dans la bataille qui se joue, tandis que la base participe au mouvement des Gilets Jaunes. 
    Les organisations politiques, particulièrement les organisations politiques progressistes ou révolutionnaires, ont été, elles aussi, transformées. Celles qui ont rejeté l’idée de participer à la lutte, elles aussi, périclitent. En ayant voulu ignorer l’existence du mouvement des Gilets Jaunes, elles se sont marginalisées elles-mêmes. Lorsqu’elles veulent, maintenant, s’intégrer dans le mouvement, c’est avec une grandiose difficulté, car elles ne partagent pas une somme d’expérience commune, un vécut de lutte particulier, ce qui leur donne un côté suranné, désuet…et arriviste. 

    Pour les autres, c’est une fantastique somme d’expérience et une grande leçon de politique réelle qui leur a été donnée. Leurs militants et militantes en ressortiront grandis et aguerris. 

    Les masses populaires aussi. Toute une génération sera marquée par la défiance envers les institutions, envers les forces de l’ordre, envers une justice de classe, inique et arbitraire. 

    Macron et la classe bourgeoise, qu’il sert, a tenté de répondre, sans jamais céder sur son programme, à la crise de régime que constitue ce mouvement. D’un côté par la force brute, en autorisant la police à faire un usage massif des gaz, des matraques, des LBD… 
    Elle a tenté aussi et tentera de semer le chaos et la division en montant des « affaires », comme l’affaire Finkielkraut, dans le but de pouvoir opérer une contre-offensive idéologique. Elle ne reculera devant rien pour reconquérir le terrain perdu, dès que la mobilisation sera tue.

    De l’autre côté, elle a opéré en tentant d’utiliser la colère des Gilets Jaunes et des masses pour la mettre à son propre service. Le Grand débat à servi à cela : tenter de faire un effet levier pour appuyer sa politique réactionnaire. Mais la brutalité du régime n’a pas eu raison de la colère, tout comme les faux débats ne l’ont pas calmée. 
    Restent alors deux armes : la première est le temps, le temps qui use, qui épuise, qui décourage… le temps qui amène aussi à la période de creux de l’été. Été que Macron saisira certainement pour lancer de nouvelles attaques, contre les droits sociaux, contre la retraite, contre les salaires… La liste est encore longue.
    La seconde est celle de la diversion. Et l’arme numéro 1 de la diversion est, à l’heure actuelle, la mise en œuvre d’une élection des plus inutiles : celles des Européennes. 

    Le miroir aux alouettes des Européennes. 

    Les élections européennes cristallisent, aujourd’hui, une part de l’attention de ceux et celles qui se mobilisent. Pour certains et certaines, elles incarnent une forme d’espoir.
    Un espoir de changement, en supposant qu’une liste qui s’approche des intérêts des Gilets Jaunes puisse s’imposer. 
    Un espoir de sortir d’un hypothétique « carcan » de Bruxelles.
    Un espoir d’infliger une sanction à LREM et à ses alliés, dans le but d’infléchir la politique gouvernementale, voir d’en obtenir un changement. 

    Nous comprenons ces espoirs, nous comprenons que beaucoup vont se diriger vers les urnes avec des états d’esprit complètement différents les uns des autres. Certains avec conviction, d’autres, à la manière d’un jeu de loto, car « on ne sait jamais », malgré la sombre impression que les votes ne changent, en définitive, pas grande chose.

    Nous, UCL, mais aussi l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste, avons fait le choix de ne pas donner de consigne de vote. Nous pensons que ce scrutin est avant tout une diversion, qui détourne de la lutte, pour entraîner vers les urnes. D’autant que l’impact de ce scrutin est infinitésimal. 

    Premier point fondamental : qui domine qui ? L’Union européenne possède une nature particulière. Elle est une alliance entre les Etats impérialistes que sont l’Allemagne et la France – avec une forme de participation éloignée du Royaume-Uni. Cette alliance entre les impérialismes est le fruit d’une nécessité reconnue de longue date. 

    Dans les faits, l’histoire de la fin du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle européen est l’histoire de cette alliance. Mais, même si elle est reconnue par l’un comme l’autre comme le seul moyen de pouvoir faire face à la naissance de géants industriels, une question n’est pas résolue : qui dévorera qui ? Car, s’il existe des tendances à ce que les industries, les banques, les cartels fusionnent, il n’en demeure pas moins qu’ils sont également en concurrence. C’est ce qui explique les guerres, les occupations, les tentatives de forcer les choses. Mais même à l’heure actuelle, alors que des concentrations se font, alors que des accords se nouent, il reste toujours un certain nombre de choses qui ne se négocient pas. Ainsi, la Deutsche Bank, endettée, a vu son rachat par la BNP Paribas interdit. 

    Aujourd’hui, la France est-elle dominée par l’UE ? Non. Elle est un élément moteur de celle-ci. De plus, son impérialisme est principalement orienté sur l’Afrique, avec des possessions sur les autres continents. Là-bas, là où réside le fond de ses intérêts, elle ne tolère aucune concurrence et n’hésite pas à lutter pied à pied pour se maintenir, contre la pression chinoise, russe, ou même américaine. 
    Ce n’est pas l’UE qui dicte sa loi à la France (ou à l’Allemagne) mais ce sont ces Etats qui utilisent l’interface de l’Europe pour dicter la leur aux pays les moins puissants.
    Il y en a qui en bénéficient, ou plutôt des fractions de leurs bourgeoisies en bénéficient. D’autres, comme la Grèce, sont aux abois, tenus par leurs dettes aux ordres de la France – qui possède la majorité de celles-ci, contrairement à une idée répendue – et de l’Allemagne. 


    La crise de l’UE, que nous constatons actuellement, est avant tout la répercussion de la crise des impérialismes qui la constituent. Ces crises soumettent cette alliance, temporaire par sa nature même, à une telle force de marée qu’elle menace de se disloquer.

    Le vote peut-il y changer quelque chose ?

    Dans l’Union européenne, le Parlement européen ne bénéficie que de prérogatives faibles. Il prend des résolutions, mais leur application est soumise entièrement à la discrétion des gouvernements nationaux. Dans les faits, certains de ces gouvernements sont écrasés par le poids des dettes, contractées non pas envers l’ « Europe », mais envers des établissements financiers privés (BNP Paribas, Crédit Agricole…) C’est cet étau financier qui les oblige à adopter ce que les cartels bancaires imposent également à l’Europe. Ca n’est pas l’UE en tant que tel.
    L’UE n’est pas unie, ni fédérale. Elle reste un des rares exemples de système confédéral, dans lequel la loi des pays prime sur celle de l’ensemble. Le vrai cœur du pouvoir est dans ce qu’on n’élit pas. Le Conseil des ministres européens est, en réalité, le centre de gravité des décisions.
    Le Parlement européen est, en dernière analyse, un cadeau fait aux organisations politiques pour s’assurer de leur fidélité au projet européen, pour leur offrir un nouveau moyen d’engranger de l’argent. Elle est une des « balles sucrée » qu’offre régulièrement la grande bourgeoisie.

    Les questions fondamentales ne sont pas soumises au vote, en Europe comme en France. Elles ne se négocient pas ainsi. Bien que ce concept revienne dans les argumentaires des réactionnaires, il est difficile de contester qu’il existe une forme « d’Etat profond. » Cet « Etat profond » correspond à des questions fondamentales liées à l’imbrication de la grande bourgeoisie monopoliste et de l’appareil d’Etat. 
    Ainsi, l’impérialisme français, les interventions militaires, les ventes d’armes lourdes, les soutiens diplomatiques, l’activité des services secrets, en somme le « système végétatif » de la sphère économique et politique profonde des Etats impérialistes est hors de portée des bulletins de vote. Les enjeux sont trop essentiels pour qu’ils puissent faire l’objet d’un débat public.

    Au sein de l’UE, par extension, se reproduit ce même type de schéma. L’UE, comme les institutions « supranationales », est avant tout une arène dans laquelle les affrontements entre cartels monopolistiques -et les Etats qui y sont liés- sont arbitrés, dans l’idéal le plus pacifiquement possible. Une norme européenne, par exemple, qui va déterminer comment un bien doit être produit, correspond à la manière de produire d’un groupe monopoliste particulier, qui va l’imposer aux autres. 
    Emmanuel Macron a lancé un appel à combattre le RN, en voulant ainsi engranger des voix supplémentaires et se poser en rempart de la démocratie et du progrès. Il essaie de rallier derrière lui les partisans de l’Union Européenne et de placer le curseur du débat politique entre partisans de la « Renaissance » et liquidateurs. 
    Mais dans les faits, d’une part LREM a repris les éléments de programme des identitaires, notamment sur la « défense des frontières de l’Europe ». De l’autre, même si le RN était tout-puissant, il ne quitterait pas l’UE, ni aucun des candidats, quel qu’il soit. Même l’UPR, qui place comme leitmotiv son « article 50 », ne le fera pas non plus.
    L’expérience du Brexit montre qu’une séparation de l’UE, avec la rupture des accords qui l’accompagnent, est une rupture beaucoup plus économique que politique. Il s’agit, pour un grand nombre de cartels, d’un véritable déchirement, au sens physique du terme. La bourgeoisie s’y opposera donc de toutes ses forces.
    Cependant, l’UE peut s’effondrer. Elle peut s’effondrer, mais les résultats seraient un choc immense pour les marchés, mais également pour une grande partie du tissu industriel et bancaire de notre impérialisme. Il existe des signes de cet effondrement, mais il sera probablement cataclysmique.

    La question de l’UE, en dernière analyse est paradoxale. Il faut lutter contre l’UE pour ce qu’elle est, une coordination d’impérialismes, traînant à leur suite des impérialismes croupions et des laquais serviles. 
    Il faut lutter contre ce que cette coordination fait subir à ceux qui sont sous son joug implacable, aux dégâts qu’elle cause, sur la nature, par rapport aux risques de guerre, sur la destruction des droits sociaux. 
    Mais ce sont des luttes tactiques. La victoire stratégique est ailleurs. Elle est dans le renversement du système impérialiste-capitaliste. 
    Et là, l’UE apparaît comme secondaire. La sortie de l’UE sera refusée par « l’Etat profond », par les forces économiques, les cartels et des conglomérats. Il n’existe pas de pouvoir démocratique assez fort, en régime bourgeois, pour l’obtenir. Et si les masses populaires avaient le pouvoir réel entre leurs mains, la question de l’UE ne se poserait plus, balayée qu’elle serait par la chute du capitalisme. 
    Nous pensons que mettre en avant l’UE (comme l’OTAN) comme une étape ou un préalable, c’est mal analyser ce qu’est la nature profonde de ces institutions et les limites du pouvoir populaire en régime bourgeois. 

    C’est pour cela que nous pensons que ceux qui insistent obstinément sur ces points, finalement, nient la question stratégique de la conquête du pouvoir par les masses populaires.

    Nous n’en sommes cependant pas même là. 

    Aujourd’hui, quel mot d’ordre ? Boycott ? Abstention ?

    Nous pensons que le terme boycott ne recouvre pas forcément une réalité pratique. Un boycott suppose une campagne active qui viserait à perturber la bonne tenue du scrutin, à l’image de celui organisé en Inde par la guérilla. À l’heure actuelle, il ne semble pas que cela soit dans les projets de ceux qui tiennent cette position. Nous le comprenons, certes, mais il se limite à un acte, en réalité, passif. Il reste incantatoire s’il n’est pas accompagné d’une ligne pratique, concrète et immédiate pour les masses populaires. 

    Aujourd’hui, nous pensons que rentrer dans un débat sans fin sur la question d’un vote aussi marginal, aussi peu essentiel, batailler là-dessus, revient à perdre une énergie colossale pour quelque chose qui ne nous intéresse pas. Cela revient à nourrir un point de focale qui ne nous intéresse, finalement, pas. Autant nous focaliser alors, sur ce qui est fondamental.

    Nous avions défendu le boycott lors des élections présidentielles, pour proposer comme issue la question de l’opposition extra-parlementaire dont l’objectif est de rassembler toutes les forces progressistes qui ne se retrouvent pas dans la politique bourgeoise. 

    À nos yeux, cette opposition doit rassembler les forces politiques, syndicales, associatives, mais aussi les mouvements de lutte qui ne se retrouvent plus dans les cadres étroits et tronqués de la fausse démocratie électorale. Nous pensons que la légitimité n’est pas dans ces salons de discussion entre bourgeois bien-séants. Elle est à réclamer par les masses populaires, pour elles.


    Elle est le fait de réclamer que nous représentons une « fraction du pouvoir réel ». 

    Nous pensons que l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, avec ses assemblées populaires et ses assemblées des assemblées (Commercy, Saint-Nazaire, plus tard Montceau-les-Mines) forment une incarnation embryonnaire de cette opposition. C’est, de fait, elle -avec les discussions de rond-point, plus que tout autre chose, qui a donné le ton lors des sept derniers mois de lutte.
    Nous pensons que c’est cela qu’il faut défendre, plus qu’un débat sur la question du vote, pour que cette expérience ne s’évapore pas, mais puisse être synthétisée et former une nouvelle base de départ pour d’autres luttes d’ampleur. Ce sont ces assemblées, éminemment politiques, qui ont formé le plus grand saut qualitatif au cours de la lutte des Gilets Jaunes, lui conférant son caractère politique de lutte la plus poussée de ces dernières décennies. 


    Il reste un travail fantastique à faire. 

    À la fois dans les luttes, pour qu’elles se rejoignent et se renforcent mutuellement, autour d’un centre constitué par les assemblées populaires et démocratiques. Elles continueront d’éclore tant que les attaques perdurerons. Et elles perdureront.
    Nous appelons également à ce que les organisations politiques révolutionnaires soient renforcées. Nous appelons à ce qu’elles travaillent conjointement, pour faire face à la gravité de la situation sociale et économique, mais également, car, jusqu’à présent, la présence communiste révolutionnaire est restée bien trop anecdotique, à l’exception de succès locaux, dans le mouvement des Gilets Jaunes. Non pas en tant que force visant à contraindre la lutte à adopter des mots d’ordre qui ne sont pas les siens, en lançant des incantations, mais bien en faisant le travail politique qui permette aux revendications de triompher.


    Comme le mentionnait le Manifeste :  « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

    Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

    Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

    Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

    Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

    Nous devons le faire : la bourgeoisie a perdu du terrain. Elle a perdu de l’espace pour ses manigances, face à la résistance populaire, face aux luttes. Cet espace, elle n’accepte pas de le considérer comme perdu. Elle ourdi sa contre-offensive idéologique.

    Elle trace aussi ses plans pour l’avenir. Car lorsque les droits économiques sont touchés, le lendemain, ce sont les droits politiques. Nous devons garder à l’esprit que la plus grande épreuve de force est encore devant nous.

  • Andréa Kotarac ; Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été.

    Andréa Kotarac ; Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été.

    L’annonce, par voie de presse, du ralliement de l’élu régional LFI du Rhône, Andréa Kotarac, au Rassemblement National, en a choqué plus d’un. À commencer par sa propre organisation, le Parti de Gauche 69. Celui-ci, de son propre aveu, s’est déclaré « consterné » par le fait d’apprendre du jour au lendemain cette trahison. 

    « Une trahison préméditée, destinée à être annoncée au moment où elle nous ferait le plus de mal pour les élections européennes et concertée avec les cadres du RN, au vue de la promptitude avec laquelle le RN l’a relayée. »

    Étant donné que, quelques jours auparavant, il répercutait toujours les publications de LFI, de Mélenchon, ou des soutiens de la campagne de Mme. Aubry, candidate aux élections européennes. 

    Kotarac a ainsi déclaré à la presse et sur son compte tweeter que « La pensée mélenchoniste indépendante à laquelle j’ai adhéré est en ce moment minoritaire au sein de La France insoumise, voire ultra-minoritaire au sein de la gauche » et que, par voie de conséquence « J’appelle à voter pour la seule liste souverainiste, qui met en avant l’indépendance de la France et qui est la mieux à même de faire barrage à Emmanuel Macron. » Ce qui signifie, dans son esprit, voter pour le Rassemblement National. 

    Il a cependant précisé qu’il n’adhérait pas à l’organisation d’extrême-droite. Le lendemain, Marine le Pen a, ainsi, déjeuné avec lui. Elle a déclaré : « J’ai déjeuné avec lui. Il m’a paru être un garçon extrêmement réfléchi et d’une grande honnêteté intellectuelle. D’après ce qu’il m’a dit, il fait partie de cette sensibilité qui a été mise à l’écart et qui ne se reconnaît plus dans La France insoumise aujourd’hui. » Ironie de la chose, il s’agissait d’une personne qui s’était investie « contre l’extrême-droite », particulièrement présente à Lyon.

    Mais, à quelle sensibilité Marine Le Pen fait-elle allusion si ce n’est celle de Djordje Kuzmanovic ? Dans le fond, c’est aussi à lui, et aux individus qui partagent ses positions souvernainistes-réactionnaires, populistes et chauvines qu’elle s’adresse. 

    Un certain nombre de militants et militantes de LFI ont pu être décontenancés par la posture de leur mouvement et de sa direction. En effet, les appels du pied à une candidature unique de gauche, ou du moins à un rassemblement, ont sonné comme un retour de Mélenchon à sa vieille famille politique, le PS, à une modération des positionnements sur l’Europe, à une liquidation de ce qui apparaissait comme le patrimoine génétique de LFI.

    C’est une réaction logique et sincère. Effectivement, les élections et la pression qu’elles font peser sur les organisations politiques, fait que resurgissent les tambouilles, les arrangements, les accords. Il y a de quoi, en effet, être déçu.

    Un grand nombre de ceux qui sont partis ont ciblé des procédés peu démocratiques au sein de LFI. Et nous souscrivons à certaines critiques. Cependant, il existe aussi une question idéologique de fond dans le départ d’individus comme Kuzmanovic ou Kotarac, et cette question de fond ne peut être éludée.

    Indépendamment des critiques sur la démocratie interne ou les positions politiques de LFI, il existe une tendance réactionnaire puissante, qui s’est, ou s’était, organisée autour de la personne de Kuzmanovic. 
    Kuzmanovic a eu régulièrement l’honneur de nos tribunes. Dans plusieurs articles, nous avions évoqué la tendance réactionnaire qu’il représentait au sein de LFI. 

    A Lire sur notre site :

    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/france/lettre-ouverte-aux-militants-et-militantes-de-la-france-insoumise/
    https://unitecommuniste.com/international/italie-populisme-et-faillite-de-sa-forme-de-gauche-partie-3/

    Nous avions caractérisé ses positions, qui alors semblaient majoritaires au sein de LFI, comme prêtant le flanc au social-chauvinisme et à la dérive réactionnaire. Ainsi, Kuzmanovic est rentré en pâmoison devant le développement d‘Aufstehen ! sous l’égide de Sarah Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine. 

    L’idée de base de la scission de Die Linke était de chasser sur les terres de l’extrême-droite Allemande, force montante au travers de Alternativ fur Deutschland. En reprenant un discours anti-immigration mâtiné de social, cette organisation pensait tirer profit de la grogne des masses populaires d’Allemagne pour engranger leurs voix. Dans les faits, chaque fois que des organisations ont fait ce choix, non seulement elles n’ont rien gagné, mais elles ont contribué à avaliser les thèses de l’extrême-droite.

    Si La France Insoumise semble avoir été tentée un moment par l’aventure, elle semble s’être ravisée. Une des causes apparaît comme étant son hétérogénéité, qui rendait un virage aussi virulent impossible. Même si plusieurs thèses résolument sociale-chauvines sont présentes dans la littérature écrite par Mélenchon, celui-ci a disgracié Kuzmanovic, lequel, pour ne pas être exclu, a claqué la porte.

    Kuzmanovic, lancé seul, a fondé République Souveraine. Dans les annonces de son départ et dans les corpus de textes de son organisation, il laisse libre cours, cette fois, à ses conceptions.

    « Si la campagne présidentielle, pendant laquelle Jean-Luc Mélenchon a théorisé la rupture avec le clivage gauche-droite, a été portée par la stratégie populiste, les nouveaux cadres de la FI, arrivés avec la marée du succès et majoritairement issus du militantisme gauchiste, sont vite revenus à leurs vieux réflexes, éloignant le mouvement de la majorité du peuple français. (…) La complaisance des segments gauchistes de la FI à l’égard des thèses indigénistes, le mépris affiché pour les forces de l’ordre, la négation du problème posé par l’islamisme et le refus de regarder en face les défis posés par l’immigration ont produit des ravages dans notre électorat potentiel, faisant apparaître la FI comme la vieille gauche à peine repeinte, coupable du même angélisme, incapable de réalisme et de fermeté. »

    Nous retrouvons là plusieurs conceptions ouvertement réactionnaires : une qui appelle de manière volontaire au développement d’une ligne « populiste » qui puisse « dépasser le clivage-gauche droite ». Seulement, Kuzmanovic ne prend guère le temps de nous expliquer ce qui constitue ce clivage, ni comment il comptait le dépasser. Tout au plus, en sommes-nous réduits à observer par la négative le contenu de sa position. « Le mépris affiché pour les forces de l’ordre, la négation du problème posé par l’islamisme et le refus de regarder en face les défis posés par l’immigration ont produit des ravages dans notre électorat potentiel. » Voilà qui nous éclaire partiellement. D’une part sur le fait qu’il aurait donc fallu soutenir les forces de l’ordre, dénoncer le « problème posé par l’islamisme » et regarder en face « les défis posés par l’immigration. ».

    Voilà donc à quoi se référence Andréa Kotarac. 

    Andréa Kotarac défend une vision assez particulière des choses : à ses yeux, il incarne, ainsi que Djorje Kuzmanovic, la vraie ligne Mélenchon, lequel serait pris en otage par son statut minoritaire au sein même du mouvement qu’il anime. Cette manière de voir les choses est probablement beaucoup plus tactique que mû par la sincérité. 

    En se réclamant du vrai Mélenchon, Andréa Kotarac essaie de drainer ceux qui sont mécontents de la ligne de LFI mais qui maintiennent leur confiance dans sa direction. Il a ainsi tweeté : « On ne défend plus les intérêts du peuple mais ceux de la gauche (…) J’ai décidé de quitter @FranceInsoumise (…) Mélenchon n’est pas un dictateur ou Dracula (…) mais sa pensée est minoritaire au sein de LFI. »
    Kuzmanovic, au moins, avait eu l’honnêteté de cracher son venin jusqu’au bout. 

    Sur le fond, qu’en est il ? Kotarac a été qualifié à plusieurs reprises d’opportuniste. Il semble qu’il ne soit pas à son premier revirement. 

    La question demeure. Est-ce par opportunisme ou par pensée idéologique que Andréa Kotarac a agi ? Difficile à dire. La vérité se situe probablement entre les deux. 

    Il n’est absolument pas impossible qu’Alexandre Kotarac ait de grandes sympathies pour la ligne sociale-chauvine -certains diraient sociale-fasciste- défendue par Djordje Kuzmanovic et ses fidèles. Il est tout à fait plausible que lorsqu’il tient des propos ambigus sur l’immigration ( « Sur l’immigration, @JLMelenchon a un bon constat, il a dit que l’immigration était une souffrance. (…) puisque c’est une souffrance, il faut l’arrêter. (…) Je préfère que les gens vivent dignement, fièrement, chez eux. ») il dise fondamentalement ce qu’il pense. 

    Il est tout à fait plausible que lorsqu’il est parti à Yalta, dans l’Ukraine occupée par l’Armée russe, ce soit réellement par sympathie pour Poutine.

    Étant donné le fait qu’il répercutait les publications d’auteurs réactionnaires, à l’image de Natacha Polony, il est, effectivement, fort possible qu’Andréa Kotarac vive son passage d’une rive à l’autre comme une libération, lui permettant de vivre en plein jour sa vraie nature politique. 

    Mais malgré tout cela, s’il s’agissait d’une position idéologique, pourquoi ne pas avoir suivi Kuzmanovic, ou pourquoi attendre maintenant ? Probablement parce que, en plus de ce positionnement idéologique, même au-delà de celui-ci, se trouve également un appétit de carrière. Il pouvait tout à fait garder ses pensées pour lui tant qu’une opportunité de trouver une place dans l’autre camp ne se manifestait pas. Mais des appels de l’œil ou du pied et l’espoir de trouver une place dans un nouvel appareil lui ont fait sauter le pas. 

    Nous ne partageons pas la stratégie de LFI, ni un grand nombre de ses positions. Cependant, le fait qu’une cinquième colonne, du type de Kuzmanovic ou Kotarac passe à l’ennemi, ou plutôt se démasque, est un mal pour un bien.

    Nous pensons que ceux qui décident de flirter avec l’extrême-droite, de reprendre ses thèses, de défendre des positions in fine similaires seront nombreux de plus en plus nombreux à sauter le pas. Faut-il les regretter ou se réjouir qu’ils se démasquent maintenant ?

    Nous pensons que la décantation réactionnaire touche toutes les organisations, qu’elles soient de gauche ou de droite traditionnelle. Cette décantation se produit du fait de l’approfondissement toujours plus intense de la crise économique, des attaques brutales sur le niveau de vie, mais également du durcissement des relations internationales. 

    Face à l’hégémonie de thèses ultra-réactionnaires, la réponse n’est pas de parler sur le même terrain que ceux qui les défendent. Elle est, au contraire, de les combattre pied à pied, de les détruire, de forger l’unité populaire. Dans la lutte des Gilets Jaunes, un creuset commun, unissant par-delà les origines et les croyances, s’est construit. Il a montré que l’unité n’était pas nationale, mais populaire. C’est là l’exemple à suivre !

    Chassons les Andréa Kotarac de nos organisations ! Aucune places, aucun poste, aucune sinécure pour les transfuges du fascisme !

  • Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Lettre ouverte aux militants et militantes de la France Insoumise.

    Camarades,
    Nous vous appelons ainsi, car nous pensons que c’est ce que nous sommes, malgré les fossés qui nous séparent. Nous pensons que, chacun dans notre voie, nous voulons œuvrer à un monde plus juste, égalitaire, où l’exploitation et les oppressions feront partie du passé.

    Nous ne doutons pas, pour la très large majorité d’entre vous -n’y a t’il pas toujours des opportunistes ?- de la sincérité de votre engagement, de votre volonté, de votre dévouement aux causes et aux luttes. C’est pour cette raison que nous nous adressons à vous.

    Parce que nous connaissons certains et certaines d’entre vous, parce que nous savons ce qu’ils et elles pensent. Parce que nous voulons faire ceci avant qu’il ne soit trop tard.

    Vous sentez-vous en accord avec la position que prend la France Insoumise quant au refus de signer l’appel à accueillir les réfugiés et réfugiées ? Vous sentez vous en accord avec les déclarations de Djorje Kuzmanovic à l’Obs ? Avec celles de Raquel Garrido ? Avec celles d’Adrien Quattenens ? Avec celles de Jean-Luc Mélenchon ?

    Vous retrouvez-vous dans le fait de ne pas signer l’appel des 150 personnes ? Vous souvenez-vous du moment où vous avez été consultés sur le fait d’être contre la liberté d’installation ? Nous disons bien contre, pas de ne pas avoir de position, mais bien d’être contre.

    Quand cela a-t-il eu lieu ? 

    Nous, extérieurement, avons le sentiment que vous avez été trahis par les dirigeants de ce mouvement, qui n’ont pas de considération pour vos opinions et vos avis. Que l’absence de congrès, l’absence de centralisme démocratique, que même l’absence de démocratie tout court, règne. Nous avons le sentiment que vous êtes prisonniers des éléments.

    Certes, il existe un syndrome de Stockholm dans ce cas de figure. On se persuade que les positions qui sont déclarées ne sont pas « bien dites », qu’il y a des « ambiguïtés », que les choses sont extrapolées et sorties de leur contexte.

    Nous comprenons cela. Mais nous vous demandons d’ouvrir les yeux.

    Et si vous êtes d’accord avec cette position, nous vous disons ceci :
    nous sommes dans une période ou effectivement les tensions internationales sont à leur comble et où le risque d’un conflit majeur se profile. Or, dans cette multitude de foyers qui brûlent déjà, la France possède une part de responsabilité directe. Son impérialisme, que certains s’échinent à nier, sur lesquels il n’existe pas une ligne dans l’Ere du peuple, est un incendiaire forcené, un criminel en puissance, un génocidaire assoupi d’un court sommeil.

    Parler de tarir les sources des départs sans pointer du doigt la responsabilité des monopoles, de Total, d’Areva, de Dassault, de Thalès, d’Alstom ou d’autres, cela revient à lancer des prière, des incantations. Oui, il faut les tarir. Mais quand ? Comment ?

    Pour le moment, il n’est pas possible de le faire. Or, les corps flottants dans la mer sont là, maintenant. Ils ne sont pas des hypothèses de demain, ils sont des morts d’aujourd’hui. Dire : « Nous refusons les accueillir pour ne pas encourager les départs » revient à dire « nous passons ceux qui traversent la mer en pertes et profits politiques ».

    Peut-être, si jamais un jour les dirigeants de votre mouvement sont élus, peut-être, par des incantations magiques, ils pourront mettre fin aux départs. Peut-être. Mais ils n’ont pas le pouvoir. Et la question de l’immédiateté se pose. L’Aquarius n’a pas besoin d’aide dans 4 ans. Il en a besoin maintenant.
    Il est dit que les migrants pourraient faire baisser les salaires en France en créant un dumping. Comment arrivez-vous à croire à ces sornettes ? Avec 3 454 000 chômeurs déclarés en France aujourd’hui, croire que les quelques milliers de réfugiés et de migrants vont bouleverser la situation, c’est se moquer du monde. Le travail au noir ne porte pas ce nom à cause de la couleur de la peau de ceux qui y ont recours.
    Ce sont les lois antisociales qui baissent les salaires, ce sont les plans de la grande bourgeoisie française. Ce sont ces coups de poignard qui brisent le niveau de vie des ménages, qui font réduire l’espérance de vie, qui dessinent un bien sombre avenir pour les masses. Les réfugiés, les migrants et les migrantes n’ont aucun impact là-dessus. Même au contraire !

    Dans cette version de l’histoire de France que nous, communistes, aimons, l’histoire de ses luttes et de sa classe ouvrière, les migrants, les réfugiés, les étrangers ont toujours lutté côtes-à-côtes avec les autres travailleurs. Les briseurs de grève, les syndicats jaunes, les chiens du capital, ce n’étaient pas eux, ce n’était pas elles. Même dans les heures les plus graves, derrière les fusils de la résistance, ce fut bien souvent des Espagnols, des arméniens, des italiens ou d’autres encore. .

    Nous serions des libéraux, nous, communistes, que de vouloir ouvrir les frontières aux hommes et aux femmes qui souffrent et meurent ? Mais les frontières sont déjà ouvertes pour les capitaux, les marchandises, pour les tentacules de l’impérialisme. Pour les expatriés qui quittent la France, et qui, eux, ne sont jamais vus comme des voleurs de travail. Seuls les laissés-pour-compte restent au pied de la forteresse Europe.

    Et voilà que l’UE, que ses directives, sont invoquées. Essayez, camarades, de lire le Hareng de Bismarck sans rire, sans pleurer. La France rabougrie, la France brisée et dominée par l’Allemagne… que de faussetés.

    Par une ironie des choses, nous qui haïssons le chauvinisme, traçons un portrait beaucoup plus glorieux de l’état de notre économie et de la force de notre pays que les nationalistes les plus virulents. Non, les discours pleurnicheurs n’ont pas leur place. La France, sa bourgeoisie monopolistique, son impérialisme, est forte. Elle n’est ni brisée, ni dominée par l’Allemagne, ni par l’UE, ni par les USA ou l’OTAN. Elle est une puissance militaire, économique et diplomatique. Si jamais, un jour, les traités européens brimeraient les interêts de ses classes dominantes, elles les écarteraient d’un revers de la main.

    Non, la France n’est pas menacée. Elle écrase. Elle domine. Elle dicte sa loi par le Franc CFA, par son armée qui occupe et pille l’Afrique.

    Non, il n’existe pas de raisons pour justifier de laisser les réfugiés mourir dehors. Pour ne pas les accueillir, pour ne pas qu’ils s’installent pleinement, jusqu’à ce qu’ils aient envie, s’ils le désirent, de rentrer chez eux, une fois la tempête passée.

    Il n’existe pas de raisons objectives, juste des excuses. Juste l’idée que le rejet de l’accueil des migrants est un vox populi qu’il faut écouter, qu’il faut intégrer dans le programme, pour refléter les désirs de celui-ci.

    Or, c’est le moment où cette intégration des idées fausses se met à primer sur le contenu idéologique, sur la solidarité entre les opprimés et les exploités, c’est ce moment où l’opportunisme devient le maître absolu que la ligne rouge est franchie.

    Et, en voulant coller aux désirs réactionnaires qui peuvent exister dans les masses, parce qu’elles sont intoxiquées par la propagande bourgeoise, en ne portant plus la lance de lutte idéologique, vous perdrez tout.

    Vous perdrez tout, car, en chassant sur les terres de l’extrême-droite, vous ne serez jamais qu’une version light. Qu’un ersatz. Vous ne gagnerez pas de suffrages. Pire, en légitimant les pensées réactionnaires, en ouvrant les vannes du barrage aux idées nauséabondes, vous les avalisez, vous les adoubez. Vous adoubez la divison dans le camp du peuple. Vous ouvrez la voie aux thèses pogromistes.

    Vous perdrez tout, parce que ceux qui sont sincères vous fuiront. Ils vous isoleront, vous jetteront aux poubelles de l’histoire. Vous serez seuls, méprisés et haïs.

    Il n’est pas encore trop tard. Il est possible de dénoncer cette ligne, de dénoncer le coup d’état que la direction de LFI a opéré sur des militants et des militantes honnêtes et sincères. Il n’est pas trop tard pour serrer les rangs contre l’extrême-droite et soutenir nos frères et nos sœurs, qui meurent en fuyant les guerres que notre bourgeoisie allume.