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  • Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives :

    Les élections législatives au sein de l’Etat français, viennent de se terminer. Elles portent, d’un point de vue d’élus, une majorité écrasante autour de la ligne présidentielle. L’abstention et le rejet forment les grands gagnants de cette élection, atteignant 57%, un taux astronomique, auquel il est important de rajouter 10% de votes blancs et nuls. Il s’agit d’un élément d’une importance considérable, sur lequel il est essentiel de revenir.

    Pour l’heure, Emmanuel Macron gagne son deuxième pari.

    Ainsi 350 sièges reviennent sa ligue, dont 42 pour le MoDem, ressuscité. Les Républicains tiennent le choc, avec 113 sièges, tandis que leurs alliés UDI en tiennent 18. Le Front National ne s’impose pas comme une force politique importante à l’Assemblée, avec 8 sièges. Quant à Debout La France, 1 siège lui est accordé.

    Côté « gauche », le PRG obtient 3 sièges, le PS est humilié avec seulement 29 sièges. La France Insoumise en obtient 17 et le PCF 10. Les divers gauches 12 et les écologistes 1.

    En termes de voix, les règles différentes entre la présidentielle et les législatives ont entrainé une répartition au grand désavantage de la FI et du FN. Les deux organisations ont vu leurs espoirs de conquérir une forte minorité s’envoler. Le centre de gravité de l’Assemblée est au coeur de la droite.

    Sans revenir en détail, l’opportunisme et l’absence totale de scrupule des différentes forces politiques cataloguées à gauche ont été le ferment de leur propre défaite. Un PS qui, désormais, évoque, aux yeux des larges masses populaires, une vermine répugnante et sans vergogne ; un PCF plein d’atermoiements et d’indécisions, incapable de mettre en place une stratégie tout comme de la faire appliquer par des militants, travaillant en fractions ; une France Insoumise dont le discours du tribun lasse et dont le sectarisme mêlé d’esprit prédateur révulse.

    Ainsi 443 sièges sont trustés par un cartel de droite, agressif et plein d’allant, prêt à ouvrir le feu sur les masses.

    La voie des réformes est ouvertes  :

    Avec une Assemblée sous cette configuration, nul doute que le nouveau gouvernement peut se permettre de lancer les offensives les plus débridées. Le plan de guerre contre les droits sociaux, lequel attend l’été pour se lancer, va ainsi être un blitz fait par ordonnances, lesquelles seront adoubée par une Assemblée aux ordres. D’autant que la configuration sourit à l’audacieux : la seconde force est formée par des Républicains idéologiquement favorables aux visées de Macron.

    La « mère de toutes les réformes » va être une bataille difficile, menée dans une période de l’année particulièrement défavorable, avec la certitude d’être en fait d’un adversaire qui ne laissera nullement le temps de riposter. Nous n’avons pas le choix de mener cette bataille, ni de ses conditions objectives. Charge aux militants et militantes de serrer les rangs et de se préparer au choc et de faire front commun, au travers des instances telles que le Front Social.

    L’inscription de nombreux éléments de l’état d’urgence dans le droit commun, la normalisation de l’exception juridique, tout ceci contribue à laisser supposer une féroce répression, menée d’une main ferme par un ministre de l’intérieur brutal et sans scrupules : Gérard Collomb.

    Victoire tactique, défaite stratégique pour la bourgeoisie :

    Certains esprits chagrins pourraient considérer que nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous même, ayant appelé à l’abstention, au boycott, au rejet de ces élections. Il serait aisé de voir, à travers cette déclaration, un reniement de la position que nous avons tenu dernièrement.

    Il n’en est rien.

    Si, tactiquement, les élections législative sont une grande victoire pour la bourgeoisie la plus libérale et la plus agressive, elles sont aussi une victoire à la Pyrrhus.

    57% d’abstention parmi les inscrits; 10% de bulletins blancs ou nuls parmi les exprimés, ceci est une gifle portée contre l’ensemble du système de pseudo-démocratie représentative. Au total, ce sont environ les 2/3 des personnes pouvant voter qui ont refusé de s’exprimer.

    Au final, le dégagisme promu par Mélenchon a marché. Il a marché au delà de ses espérances, puisque les votants et les non-votants l’ont appliqué également sur son concepteur. Politicien bourgeois et carriériste comme les autres, Mélenchon a vu son œuvre se retourner contre lui : son organisation fut tout autant boycottée que les autres. La « grève générale civique », comme il l’a nommée, ne l’a pas épargné.

    La défaite de la démocratie bourgeoise est stratégique. Elle ouvre une voie réelle à l’action extra-parlementaire, à la légitimité de celle-ci, à la naissance d’une opposition qui ne soit pas dans les salons, dans les bureaux de la bourgeoisie, dans des négociations avec elle, mais dans l’affrontement direct, dans l’illustration de l’antagonisme qui existe entre les intérêts des bourgeois et ceux du peuple.

    Certes, le pouvoir de la bourgeoisie va mener une offensive débridée contre les droits des travailleurs. Certes la répartition des sièges en fait un colosse. Mais un colosse aux pieds d’argiles. La légitimité d’un tel pouvoir ne peut être que faible. Elle ne peut être que précaire. Pouvoir d’une minorité, imposé par la minorité, pour les intérêts d’une poignée d’exploiteurs.

    La lutte contre cette Assemblée marque une nouvelle étape dans la lutte des classes au sein de l’Etat français. Une nouvelle dimension s’ouvre, marquée par le rejet du parlementarisme, de la représentation des masses par une poignée d’experts politiques bourgeois.

    Nul doute que ces deux élections consécutives ouvrent la voie à une période d’instabilité qui débouchera immanquablement sur une situation nouvelle.

    Reste à déterminer quelle forme prendra cette situation. Dominée sans partage par une bourgeoisie appuyée sur des fascistes, ou sous la pression des masses populaires.

    Nous avons cinq ans pour que naisse véritablement les bases de cette opposition frontale à la bourgeoisie et à ses laquais. Cinq ans pour que les communistes avancent dans leur unification et dans la fondation de l’outil qui nous manque. Cinq pour que tous ceux et celles qui rejettent le capitalisme puissent faire front. Cinq pour que nous avancions sur la voie du pouvoir populaire.

    Vers l’opposition extra-parlementaire , vers le rejet du pouvoir de la bourgeoisie, vers le parti du peuple !

    Vive les trois fronts !

    Le Front Social, contre les réformes du gouvernent, contre l’exploitation.

    Le Front antifasciste, contre les menées des réactionnaires, de la répression, des fascistes et des assassins au service de la bourgeoisie.

    Le Front d’unification des communistes, pour forger l’outil du combat victorieux !

  • Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Un sombre avenir

    Les législatives approchent à grand pas, avec leur lot de surprises.

    Emmanuel Macron a donc présenté un gouvernement largement ouvert du côté de l’organisation Les Républicains, au grand dam de ceux et celles qui croyaient, dur comme fer, à son esprit de synthèse. Cette déception était prévisible. Emmanuel Macron a assuré qu’il poursuivrait les objectifs définis au cours de sa campagne : éradiquer les obstacles à l’exploitation.

    Mais cette composition temporaire d’un gouvernement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une disposition tactique en prévision de la nouvelle échéance électorale.

    Les législatives approchent, lesquelles peuvent -et vont potentiellement- pousser à un remaniement ministériel pour permettre d’épouser les formes de la nouvelle majorité. Ni le PS, ni l’alliance éclatée entre le PCF et la FI ne présentent une menace réelle pour une hégémonie macronienne. Reste Les Républicains.

    Or, en ouvrant largement la porte aux membres de ce parti d’opportunistes sans cohérence interne, Emmanuel Macron peut jouer un coup de poker, en tiraillant Les Républicains, en faisant mine de les accepter largement, pour susciter des remous au sein du parti de droite. Grâce à cela, il peut potentiellement neutraliser -au moins en partie- son principal concurrent, lui faire miroiter des postes, des places.

     Seulement, une fois les élections passées, aucune garantie ne permet aux ralliés d’être sûrs d’obtenir ce que leur cœur -et leur portefeuille- désire.

    Macron et son équipe, dont les appuis organisationnels restent faibles, pourrait réussir à tirer son épingle du jeu en manœuvrant sur ses lignes intérieures. Si cette opération réussit, elle sera un véritable exemple de maîtrise tactique.

    Par ailleurs, les Républicains entament une campagne d’un style particulier, basée, notamment dans le Rhône, sur la défense « de leurs valeurs. » Cette ligne politique, teintée d’un style résolument réactionnaire, est une illustration de la situation tactique dans laquelle se trouve ce parti. Difficile, face au choc libéral, de tracer une ligne de démarcation claire et nette vis-à-vis d’une organisation qui cherche délibérément à faire exploser la droite traditionnelle.

    Or, ces « valeurs » qui démarquent les Républicains de En Marche ! ne peuvent se trouver dans le libéralisme, partagé entre les deux ; ne peuvent se trouver dans l’europhilie ; ne peuvent se trouver dans la volonté de durcir le dialogue social.

    Elles ne peuvent alors se trouver que dans la réaction la plus profonde, dans le traditionalisme, dans un affrontement centenaire entre la bourgeoisie du « Parti Radical » et la bourgeoisie catholique.

    La première est incarnée par Gérard Collomb : laïque, relativement progressiste sur les sujets de société, plutôt marquée par la franc-maçonnerie. Elle est une bourgeoisie de centre-gauche, opportuniste, ayant « le cœur à gauche et le portefeuille à droite. »

    La seconde est celle de Fillon, elle est celle qui s’oppose au mariage pour tous, celle qui est l’héritière de la vision de la société gaulliste : rigueur, caporalisation, austérité.

    Quelle ironie que ses « valeurs » se marient si bien avec la corruption, la prise d’intérêt, le népotisme et l’emploi fictif.

    Dans la région lyonnaise, cet affrontement est particulièrement visible, donne sa physionomie politique à une ville anesthésiée par le centrisme, cernée par la réaction.

    La rupture entre le PCF et la FI semble actée. L’hostilité entre ces deux forces grandit au fur-et-à-mesure que les jours passent. Comme mentionné au début de la brochure, les deux forces ont une stratégie non seulement concurrente mais hostile l’une à l’autre. L’une se bat pour maintenir en vie son suzerain, pour conserver ses bastions, l’autre pour occuper le vide laissé par l’effondrement du Parti Socialiste.

    Reste le Front National, dont la situation interne est périlleuse.

    Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel.

    L’illustration pleine et entière de ceci est la manière dont Marine Le Pen a échoué  dans le débat du second tour contre Emmanuel Macron, scellant définitivement l’issue de la présidentielle.

    Dans l’analyse sur le débat des présidentielles, nous présentions la situation ainsi: « de l’autre côté, Marine Le Pen, avocate n’ayant jamais plaidé grand-chose, dont l’alpha et l’oméga est son intégration dans le FN, sous l’aile de son père. Jean-Marie Le Pen a en effet construit un poste ad hoc pour sa fille. Elle est une représentante du népotisme tout comme Macron est celui du libéralisme. L’une est arrivée par la naissance, par les liens claniques, sans jamais avoir fait preuve de quelque talent que ce soit ; l’autre est un survivant du maelstrom libéral, qui a écrasé et évincé bien des concurrents, qui sait s’entourer de conseillers efficaces… il s’agit de quelqu’un qui -il faut le reconnaitre- maîtrise ses dossiers sur le bout des doigts. « 

    Une grogne profonde existe au sein du FN vis-à-vis de l’incompétence de la direction et du fonctionnement clanique de l’organisation. De plus, son inflation l’emmène au bord de la rupture interne.

    Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer.

    Cependant, la dialectique veut que chaque chose, chaque transformation, ait des caractéristiques positives et négatives. Un Front National new style serait probablement en mesure de pouvoir gagner une influence nouvelle, d’avoir une base élargie, car ayant rompu avec la réputation de l’ancienne structure.

    D’une manière générale, la plupart des processus qui se lancent à l’heure actuelle seront matures dans cinq ans, lors des prochaines élections.

    Pour le moment, la trajectoire est glaçante.

    Cinq ans sont devant nous.

    La bourgeoisie, dans l’ensemble, est restée insatisfaite par le gouvernement du Parti Socialiste. Malgré le fait qu’il ait appliqué avec zèle les directives du MEDEF et de la grande bourgeoisie, cela n’a pas suffit. Les réformes -bien que dévastatrices pour les travailleurs- n’ont pas été considérées comme répondant aux désirs et aux besoins des classes exploiteuses.

    Ironiquement, le PS était pourtant nettement plus libre que l’UMP d’alors pour appliquer ce programme. L’opposition étant majoritairement contrôlée par les courroies de transmissions de ce parti, il lui était possible d’agir comme aurait voulu le faire Sarkozy.

    Sauf que, par opportunisme, les Républicains, voulant se démarquer du PS, ont joué la carte de l’opposition. Non pas par désaccord, mais uniquement pour justifier leur existence, pour se doter de la possibilité d’incarner une alternance.

    Incapable de se doter alors d’une majorité, le gouvernement s’est retrouvé à dépendre d’accord avec les « frondeurs », qui, malgré leurs « motions de censure » pitoyables, ont négocié leur ralliement en échange de quelques amendements pompeusement présentés comme des victoires.

    La bourgeoisie ne saurait se satisfaire de cela pour le quinquennat qui vient.

    Elle a tout misé sur une grande coalition de ses laquais, pour neutraliser l’opposition. Juppé et Macron étaient les deux seuls acteurs capables de pouvoir réaliser cette coalition. Le premier, lors des primaires, a chuté au profit de François Fillon, rapidement mis hors-jeu par ses affaires.

    D’une manière générale, ni Sarkozy ni Fillon ne comprenaient cette logique. Ils restaient centrés sur leur famille, sur leur base électorale. Leur vision hégémonique ne se limitait qu’à leur petit royaume, non à un large front bourgeois.

    Macron est le seigneur de cette grande coalition, celle que la bourgeoisie désirait plus que tout. D’autant que les astres lui sont favorables.

    La poursuite de l’Etat d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 lui permet de disposer d’un confortable délai pour mener l’offensive. Comme dans les pires années de l’histoire, le 21 juin, au lieu d’être l’arrivée du calme de l’été, coïncidera avec une grande offensive. Réforme-liquidation du code du travail ; réforme-privatisation de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage. Le tout appuyé par une répression savamment orchestrée par Gérard Collomb, opportuniste en chef.

    Les législatives vont probablement accentuer l’éclatement du PS et des Républicains.

    Le premier avantagera Mélenchon, mais offre également aux révolutionnaires une opportunité  qu’ils peuvent saisir : le réformisme en action a montré sa faillite la plus totale. Il ne cause plus que du dégout et de la répugnance parmi les masses.

    L’éclatement des Républicains, quant à lui, pose les même problématiques, mais à l’échelle de l’extrême-droite et des fascistes.

    Ceci, combiné avec l’élimination de Marine Le Pen lors du prochain congrès du FN, permettrait l’émergence d’une droite forte et dure, d’un grand pôle réactionnaire.

    La stratégie de Macron est celle d’un kamikaze politique : des réformes profondes, des saignées hémorragiques, lesquelles vont faire grandir la colère, la misère, la souffrance au sein des masses. Agent de la bourgeoisie, Macron n’en est pas moins un kleenex. Son travail à marche forcée -sans jeu de mots- satisfera ses commanditaires, au prix de son existence politique.

    En Marche ! est une organisation one shot, qui ne survivra pas.

    Le danger réside ici. La société de l’avenir, telle que vue par Macron, est une société explosive -ingouvernable- Elle créé une situation potentiellement conflictuelle au plus haut degré, d’autant que la paupérisation et la misère se répandra.

    Cette situation peut, potentiellement, amener à ce que désirent les fascistes : être appelés au pouvoir pour restaurer l’ordre.

    A ce moment là, il sera possible de parler de menace fasciste.

    Certaines forces, dont les inénarrables « matérialistes » ont ainsi crié à la menace imminente, ont appelé au premier tour à voter pour Emmanuel Macron, à faire un barrage pour sauver la République.

    Ce « front » sans consistance est revenu à se soumettre aux décisions de la bourgeoisie, à son agenda, à le fortifier et à répercuter ses mots d’ordre vers les masses.

    A l’heure actuelle, les communistes doivent travailler conjointement pour former une force autonome de la bourgeoisie. Cet objectif doit être le n°1. Il est celui qui conditionne tout succès futur.

    Faire front, y compris avec la bourgeoisie, est une question qui pourra, dans l’avenir, se poser avec une urgence, avec nécessité. Mais faire passer cela avant la construction du camp du peuple, du camp communiste, revient à anticiper cette nécessité, à se soumettre intégralement à la dictature de la bourgeoisie.

  • Fin de Partie – VI – Les contradictions au sein du peuple.

    Fin de Partie – VI – Les contradictions au sein du peuple.

    Les contradictions au sein du peuple.

    Les organisations progressistes ou se revendiquant de la révolution ont été -globalement- en situation de faillite politique au cours des dernières années. Les raisons sont multiples.

    Les organisations communistes ont été, d’une manière générale, faibles ou absente. Le devant de la scène « radicale » demeure occupé par les organisations réformistes-radicales ou révisionnistes. Ce sont des raisons détaillées dans plusieurs autres brochures, telle que « les bases de l’opposition extra-parlementaire.« 

    Mais d’une manière générale, l’ensemble des acteurs politiques révolutionnaires a fait preuve d’une faiblesse idéologique criante. Laquelle s’est ressentie dans tous les compartiments de la lutte, dans la stratégie comme dans la tactique.

    Les débats publics, sur la politique générale ou sur les sujets de société, se sont traduits par des échecs. Dans un certains nombre de cas, la bonne volonté s’est transmutée en contre-productivité.

    Les réformistes ont fait preuve d’un opportunisme virulent, charognard, illustrant le fait qu’ils sont prêt à tout pour gagner quelques places au chaud, quelque points dans les sondages.

    Le mariage pour tous, ainsi, fut ignominieusement utilisé par le Parti Socialiste comme une bataille de fixation, permettant d’opérer des réformes ailleurs. Les médias, les masses et les organisations politiques opposées à ces projets étaient occupés par ces diversions – progressistes certes, mais diversion, tout de même.

    Le PS a fait traîner les choses. Au lieu d’être une charge tambour battant, les longueurs, les langueurs, de l’avancée de cette loi ont permis à l’extrême-droite d’apparaître publiquement comme une force d’opposition.

    Cette victoire, la seule progressiste que le Parti Socialiste puisse mettre en avant durant ce quinquennat, fut une victoire à la Pyrrhus pour les forces progressistes. Elles en sont ressorties lessivées, affaiblies, comparé aux gains de l’extrême-droite.

    Ceci forme un exemple, particulièrement illustratif, mais relativement annexe comparativement à la grande bataille : la question de l’Islam et de l’immigration. Ce débat politique profond continue d’être un carnage. Ce terrain demeure le terrain de la victoire pour l’extrême-droite, pour ses conceptions. Il est un terrain de chasse pour tout ceux et celles qui veulent récupérer quelques voix. L’accusation d’islamo-gauchisme contre Benoît Hamon est une démonstration parfaite de ce qu’un opportuniste comme Manuel Valls peut employer comme armes.

    La question de l’Islam est une tactique : la loi condamne le racisme, mais elle ne condamne pas l’islamophobie en tant que rejet de la religion musulmane. Le clamer demeure tout à fait légal.

    Le discours d’extrême droite s’est ainsi dirigé vers une association « Arabes = Islam », permettant de former un paravent légal. L’amalgame est parfait. Aujourd’hui, au sein de l’Etat français,  « musulman » est devenu synonyme de « magrébin. » Les « bougnoules » ne sont plus pourfendus publiquement -sauf exceptions rares- mais deviennent des islamistes obscurantistes qu’il est nécessaire de chasser.

    Ce maquillage du racisme par la religion permet d’opérer certaines manœuvres impossible auparavant.  Ainsi, de pourfendeurs de la laïcité, les fascistes en sont devenu les promoteurs les plus fanatiques. L’Islam doit quitter tout espace public, et, pour donner corps à la menace, les fascistes n’hésitent pas à fabriquer des fausses preuves.

    Inventer des minarets défigurant les paysages, créer des statistiques fausses, des faits divers déformés, jouer la carte de l’insinuation, du sous-entendu…

    Que l’extrême-droite défende, en revanche, les crèches publiques ou municipales, les symboles religieux de la chrétienté, est un paradoxe qui ne déstabilise pas un seul instant les réactionnaires. Lorsque confrontés, ces prestidigitateurs de la ligne politique invoquent alors les racines chrétiennes de la France et la sacro-sainte « liberté d’expression », bafouée par l’acculturation mondialiste, la loi Gayssot, ou d’autres excuses. D’une manière générale, une des caractéristique des idéologies réactionnaires est de ne jamais chercher la cohérence.

    Tour de force que de parvenir à se placer en défenseur de la République, de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Les fascistes ne commettent plus, sauf dans leur intimité, ou lorsque leur vernis se fendille, à clamer des injures racistes. Dans leur communication, ils invoquent l’incompatibilité de l’Islam et de la République, de l’occident, ils invoquent le choc des civilisations de Samuel Huntington, ils invoquent le fait que « chacun doit rester chez soi. »

    Les attentats ont contribué à jeter de l’huile sur un brasier déjà ardent. La rhétorique de Daesh est le miroir de celle de l’extrême droite.

    Dans les œuvres de propagande de l’Etat Islamique, tout comme dans la théorie des fascistes, il n’existe pas de comptabilité entre l’Occident et l’Islam. L’un et l’autre s’excluent mutuellement et ne peuvent vivre ensemble. Les fascistes appellent donc à chasser les musulmans de l’Europe, Daesh appelle venir faire la Guerre Sainte au Levant et en Irak.

    Chaque pas vers une situation davantage brutalisée, davantage excluante, désirée et appelée par les fascistes, donne raison à Daesh. Chaque action de l’EI donne raison aux fascistes. Nul surprise, donc, que les alliés objectifs fascistes fournissent des armes à ceux qui perpétuent des attentats. L’une et l’autre des parties en tire des bénéfices.

    Les vagues migratoires ont toujours suscité des débats de société. Elles ont toujours causé des heurts, plus ou moins violents en fonction des embellies économiques et des crises. L’immigration récente -depuis les années 1950- ne forme absolument pas une situation différente. Elle ne présente aucune facette d’originalité, à ce sujet. Les polonais, par exemple, furent taxés de « trop catholiques » pour s’intégrer, trop marginaux, trop « racialement différents ». « Macaronis » italiens ; bretons baragouinant, « portos » ou « spingouins » ont eu à faire les frais du racisme et de la discrimination.

    Les proto-fascistes n’ont jamais eu intérêt à résoudre ces questions, ni les patrons, qui tirent bénéfice de la division des classes populaires. Inutile d’attendre de leur part un changement, une volonté de progrès.

    Les libéraux pourtant, généralement, sont plutôt hostiles aux thèses des ultra-réactionnaires. Leur fond idéologique, basé sur le darwinisme social, sur la méritocratie, se mêle mal aux accents raciaux des réactionnaires. Ils et elles apprécient de mettre en avant leur diversité, leur originalité, leur parcours atypiques, qui sont, à leurs yeux, tout autant de preuves que leur théorie marche.

    Mais, dans la pratique, cela les arrange toujours de trouver des zones de fracture dans les masses populaire, de faire une politique de « terrorisme managérial. »

    Les seuls et seules qui peuvent donner une issue positive à cette problématique sont les forces progressistes et révolutionnaires. Or dans l’ensemble, elles n’ont pas été à la hauteur. Pire, elles se sont fracassées sur une incapacité, en interne comme vis-à-vis du grand public, à produire une position correcte et convenable sur cette question comme sur d’autres.

    De nombreux militants honnêtes et sincères ont tenté de s’attaquer à ces questions. Certains, une minorité d’organisations, ont trouvé des positions justes. La plupart n’ont, en revanche, pas pris part à ce débat, considérant qu’il était de nature explosive.

    Deux lignes majoritaires se sont alors formées sur ces questions, les deux rivalisant de fausseté et d’opportunisme.

    Une ligne laïcarde républicaine, chauvine.

    Une ligne racialiste, postmoderniste.

    Crier avec la meute.

    Il serait aisé de qualifier cette ligne de droitière, d’en faire une ligne réactionnaire. Dans un sens, il est vrai que ceux et celles qui crient à la menace de la religion, qui réclament l’application stricte de la laïcité, d’une forme inquisitoriale de celle-ci, évoquent des pseudo-fascistes.

    Pourtant la réalité est d’une complexité nettement supérieure.

    Dans un sens, les tenants de cette ligne possèdent les mêmes traits que le gauchisme : tendance au sectarisme, surestimation de la possibilité de convaincre ceux et celles qui sont influencés par les conceptions religieuses.

    Ils et elles comprennent l’aspect idéologiquement réactionnaire des religions, cet « opium du peuple« , que Lénine commentait de la manière suivante : Cette sentence de Marx, constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière.

    Cette phrase est d’une justesse incomparable. Mais cependant, elle est utilisée d’une manière totalement décalée du contexte, de la situation.

    S’attaquer au catholicisme, à l’Eglise, dont les réseaux, les ramifications, lui permettent de mobiliser dans un sens réactionnaire ; dont le poids politique et financier lui permet d’entraver l’exercice de certains droits : IVG ; contraception ; mariage pour tous… est une chose. C’est s’en prendre à une structure dominante, puissante, dont les adhérents sont loin d’être des opprimés. Cela revient à lutter pour le droit démocratique à la critique de la religion.

    En revanche, traiter sur le même pied d’égalité l’islam revient à hurler avec la meute, et notamment avec les réactionnaires. Les tenants de cette position oublient que l’Islam est ce paravent mis en place par l’extrême-droite pour s’attaquer à l’immigration et aux immigrés.

    D’autant que le débat est systématiquement placé sous l’angle de l’appel à la répression d’Etat : lois spécifiques, affaires scandaleuses comme le « burkini », entraves à la liberté de conscience.

    Charlie Hebdo, par exemple, se défendait de ses unes en affirmant « taper sur tout le monde. » Malheureusement, « tout le monde » n’est pas logé à la même enseigne.

    Lancer une campagne contre l’Eglise catholique, demander que soient supprimé les crèches dans les lieux publics, interdire les prêches de rue, fait avancer l’athéisme.

    Agir de même envers l’Islam revient à entretenir une atmosphère pogromiste, raciste, de brutalité et d’exclusion.

    Faire front renversé.

    Une autre tendance, très importante dans les milieux militants, nourrie par l’influence du postmodernisme conduit à des erreurs pratiquement aussi graves.

    Le postmodernisme mérite un détour, pour revenir sur les bases philosophiques et les thèses que développe ce courant de pensée. La partie suivant de cette brochure s’y attarde, pour tenter de décortiquer cette création toxique.

    Indépendamment de cela, la position défendue par ses tenants est compréhensible pour certains aspects. Elle se place du côté de l’opprimé, du côté de celui dont on écrase les libertés, celui qui est stigmatisé. Tout ceci est quelque chose d’éminemment humain. De ce point de vue là ce courant a intégralement raison, contrairement à ce que peut ânonner la secte Lutte Ouvrière, parlant de la lutte contre l’islamophobie comme d’une erreur.

    Malheureusement, cette raison de surface ne suffit pas. Le ver est dans le fruit.

    Il existe un océan entre le « soutien négatif » – considérer que les libertés soient respectées, s’opposer à la répression étatique- et le fait d’apporter un « soutien positif » – accompagner le projet de société, le projet politique de celui qui est soutenu.

    Cette difficulté à poser une séparation entre les deux est un des aspects fondamentaux de la position postmoderniste.

    Bien que ses tenants s’en défendent, ils et elles parviennent à être plus condescendants que les premiers. En érigeant la religion en sujet au delà de la politique, au delà de l’idéologie, en ne comprenant que l’oppression culturelle et identitaire, ils et elles essentialisent les croyants. Ils et elles se forgent un idéaltype, apolitique, dépolitisé. Un monolithe qui se résume à une essence. Ainsi, au contraire de toute analyse fait par l’enquête, se forge des concepts grossiers et inadaptés.

    Le maoïsme enseigne que, quelque soit l’échantillon pris, il existe invariablement des tendances de droites et des tendances de gauche. Que, quelque soit le sujet, certains seront plus progressistes et d’autres plus réactionnaires.

    Or, dans l’analyse produite par de nombreux groupes, cela n’existe plus, cette pluralité de rapport, ce contenu idéologique, est volatilisé, annihilé, et le libéralisme, le démocratisme plat, est introduit en fraude à la place de la lutte des classes et de la lutte idéologique.

    Au nom du respect de la sensibilité, la lutte contre les tendances réactionnaires a été remisée. Elle s’étend désormais, pour certains, au fait de ne plus critiquer l’Eglise, la religion, l’obscurantisme. In fine, au lieu de poser la question de la lutte contre l’expression de la réaction contenue dans la religion, ils et elles la défendent bec et ongles, considérant que toute critique est une attaque.

    La tâche des communistes

    Fondamentalement, la cristallisation sur la question religieuse est une position fausse. Nombreux sont donc ceux et celles  qui citent Marx « La religion est l’opium du peuple. » Certains, certaines, l’accompagnent de ce commentaire de Lénine : « Cette sentence de Marx, constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière. »

    Mais, bien souvent, la suite est escamotée : « Pourquoi la religion se maintient-elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans?

    Par suite de l’ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l’athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c’est faux. Ce point de vue traduit l’idée superficielle, étroitement bourgeoise, d’une action de la culture par elle-même.

    Un tel point de vue n’explique pas assez complètement, n’explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc…, c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. »

    L’opium du peuple est une notion juste, raisonnable. Seulement elle ne signifie pas une marche forcée, une charge à la baïonnette. Elle signifie qu’il faut proposer quelque chose de supérieur à l’illusoire paradis offert par la religion. Il ne s’agit pas de stigmatiser ceux et celles qui croient, qui pratiquent, mais bel et bien le fait de proposer une appréciation du monde, rationnelle, logique et -surtout- révolutionnaire.

    Si des penchants réactionnaires existent, ce n’est pas à l’Etat de les régler. Confier à l’Etat bourgeois le soin de régler les conflits au sein du peuple revient à accorder un blanc seing à la bourgeoisie pour diffuser sa propagande de division.

    Les citations sont problématiques, car elles escamotent bien souvent le fond de l’affaire. Dans cet fameux texte où Marx inscrit la notion d’opium du peuple, Marx ne s’arc-boutait pas sur une position sectaire, nourrie de principes hautains, mais bien basée sur une compréhension du réel, des pratiques.

    Dans Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel en 1843, , ainsi, Karl Marx écrivait : « Voici le fondement de la critique irréligieuse : c’est l’homme qui fait la religion et non la religion qui fait l’homme. A la vérité, la religion  est la conscience de soi et le sentiment de soi de l’homme qui, ou bien ne s’est pas encore conquis, ou bien s’est déjà de nouveau perdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait recroquevillé hors du monde. L’homme c’est le monde de l’homme, c’est l’Etat, c’est la société. Cet Etat, cette société produisent la religion, une conscience renversée du monde parce qu’ils sont eux-mêmes un monde renversé. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification. Elle est la réalisation chimérique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c’est donc, indirectement  lutter contre ce monde là, dont la religion est l’arôme spirituel.
    La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.

        Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. […] La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. »

    La tâche des communistes est de faire avancer les masses vers la libération de l’oppression, de l’obscurantisme, de les sortir des griffes de la réaction. Mais elle l’est en les faisant avancer vers l’idéologie communiste, non en appelant l’Etat et la bourgeoisie à réprimer les minorités ethniques, à réprimer les minorités religieuses, à réprimer les masses populaires.

    Mao Zedong présentait dans De la juste résolution des contradictions au sein du peuple, la question, d’une manière large, de cette manière : « Nous sommes pour une liberté qui s’accompagne d’une direction et pour une démocratie à direction centralisée, mais cela ne signifie nullement qu’on puisse recourir à la contrainte pour résoudre les questions idéologiques et les questions portant sur la distinction entre le vrai et le faux qui surgissent au sein du peuple. Tenter de résoudre ces questions au moyen d’ordres administratifs ou de la contrainte est non seulement inefficace, mais nuisible. Nous ne pouvons supprimer la religion avec des ordres administratifs, ni forcer les gens à ne pas croire. On ne peut obliger les gens à renoncer à l’idéalisme ni à adopter le marxisme. Toute question d’ordre idéologique, toute controverse au sein du peuple ne peut être résolue que par des méthodes démocratiques, par la discussion, la critique, la persuasion et l’éducation ; on ne peut la résoudre par des méthodes coercitives et répressives. »

    La lutte contre l’obscurantisme religieux ne se mène pas par l’oppression, mais par le fait de convaincre, de rallier, d’amener à démontrer, en premier lieu, que, quelque soit la position sur les questions divines, la lutte des classes est l’œuvre à mener jusqu’au bout.

    Le matérialisme dialectique pose la négation de Dieu par lui même. Mais il n’est pas une chose dont on gave de force les interlocuteurs. Ce n’est que par la démonstration, que par la capacité à développer une ligne politique juste, que par le ralliement, que les masses avancent.

    Placer la religion comme une contradiction irrésoluble, refuser de l’aborder ou la conforter sont tout autant de positions fausses. Mikhaïl Kalinine, président de l’Union Soviétique, expliquait qu’en URSS, il n’y avait pas de répression d’Etat contre les croyants, contrairement à ce que les historiens de la bourgeoisie présentent. La lutte contre la religion se faisait en la traitant comme une erreur idéologique et en étant dans une posture de débat et d’explication.

    A l’exception des agents de la réaction, irréductibles, irrécupérables, la très large majorité de ceux et celles qui placent leurs espoirs dans la religion peut-être ralliée. La question déterminante, au final, est celle de l’engagement. Un membre du clergé, un zélateur, un prestidigitateur de la religion, peut se muer en ennemi implacable, en opposant au communisme, à la révolution. C’est un fait. En revanche, le fait d’avoir la foi, comme le mentionne Kalinine, est une déviation idéologique -comme une autre.

    Or, la lutte idéologique que doit mener le camp de la révolution doit se heurter, ce fait est indéniable, aux conceptions fausses qui deviennent hégémoniques au sein de son propre camp, dont une, ravageuse, toxique, protéiforme : le postmodernisme.

  • Fin de Partie – V – « A la soupe aux voix frontistes ! »

    Fin de Partie – V – « A la soupe aux voix frontistes ! »

    A la soupe aux voix frontistes !

    Le bassin de drainage des voix frontistes s’est accru, les thèses défendues par le FN et l’extrême-droite ont commencé à former un vivier d’électeurs. En 1974, Jean-Marie Le Pen obtient 190 921 voix. En 1988 : 4 376 000 ; en 2002 : 4 807 000; 2012, après une décrue : 6 421 000. Lors de la dernière élection, 7 678 000.

    Cette quantité de voix attira logiquement les convoitises. Mais, le FN restait, encore à l’époque, dans l’imaginaire collectif, le parti des antigaullistes, de la droite de Vichy, des collaborationnistes. Cela formait un véritable fossé le mettant à l’écart des autres organisations.

    Si, en 1987, un chiraquien comme Michel Noir, à l’époque ministre, déclarait « Mieux vaut perdre les élections que perdre son âme » quant à d’éventuelles alliances avec le FN, il en est tout autre aujourd’hui.

    Charles Millon, en 1998, avait fait scandale en s’alliant avec le Front National. Scandale, certes, mais désormais, il existait un précédent auquel se référer. Le tabou était brisé.

    Bien qu’ ostracisé, bien que mis au ban de l’échiquier politique, le FN n’a pourtant jamais cessé d’exercer une influence sur les thèses défendues par les autres organisations. L’irruption, au second tour le 21 avril 2002, du FN a été un choc, un soufflet pour la social-démocratie, battue, humiliée. Inversement, cette vitalité en termes d’électeurs a aiguisé l’appétit d’opportunistes.

    Les électeurs FN sont passés de pestiférés à un groupe d’électeur dont il « faut comprendre la colère. » Seulement, en lieu et place de la compréhension, s’est glissé, en fraude, l’imitation de ce qui faisait le succès du Front National.

    Le combat idéologique s’est éclipsé. Il s’est mué en un mouvement de retro-ingénierie des pratiques et des thèses. Le mode d’expression, le style populiste de Le Pen père, a été intégré par des tribuns, à l’image de Mélenchon.

    Les idées, quant à elles, ont fait leur chemin, et pour capter les voix du front, les autres organisations les ont adoptées. Les positions sur l’immigration, sur une opposition entre la mondialisation et le protectionnisme se sont également faites un nid à gauche -à la place  de l’internationalisme et du socialisme.

    Le sécuritaire, dont l’un des maîtres fut le ministre de l’intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, est devenu un sujet central des élections. Cette question s’est transmise, comme un héritage, dominant les débats publics jusqu’à Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

    La question de l’identité nationale, portée par l’ex-PS Eric Besson, a été un tremplin fantastique. Non seulement, cette fois, pour le Front National, mais bien pour l’ensemble de la sphère fasciste. Poser cette question, de la part des membres d’un gouvernement, revenait à envisager d’apporter une caution à une thèse toxique.

    La rhétorique de l’Identité Nationale était, ainsi, de considérer qu’il existait un fondement immatériel, mental, identitaire, dans le fait d’être « français ». A l’inverse, qu’il existait donc des « français de papiers », véritable citoyens de seconde zone.

    L’idée fit long feu et ne déboucha jamais sur un rendu réel, validé, cautionné. Elle ne devait servir qu’à faire un effet d’annonce et ne pouvait obtenir le moindre aval scientifique. Le fait de faire tenir certains débats à Vichy a contribué à rendre intenable la situation.

    Comme dans l’art contemporain, la démarche compta plus que les résultats. Elle fut un adoubement pour le discours des Identitaires, dont la fondation était contemporaine de ces débats.

    Ces exemples sont illustratifs : au lieu de chercher à briser la rhétorique nationaliste, celle-ci s’est fait désirable, elle s’est faite réservoir qui était désirable de siphonner.

    Mais l’exemple le plus fascinant demeure sans conteste la question du rapport entre l’Etat français et l’international. La doxa traditionnelle était celle d’une gauche internationaliste, mettant en avant la solidarité entre les peuples, mettant en avant l’entraide et l’opposition à la guerre. Les thèses sociales-chauvines ne datent pas d’hier, mais leur caractère hégémonique s’est fait, à chaque pas, plus fort.

    Ainsi, le fait de ne plus présenter l’Etat français comme une puissance impérialiste mais comme un dominion de Merkel, des USA, de l’UE ou de l’OTAN, était un mot d’ordre commun au FN comme à la FI.

    Dans l’ère du peuple, Jean-Luc Mélenchon décrivait les choses ainsi : « Dès lors, quel crève-coeur de voir la France rabougrie ! À cette heure notre République devrait se  dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballottée par les événements, tenue en laisse par Mme Merkel. »

     Claire illustration de la position sociale-chauvine du tribun. De même, les idées socialistes ont disparu, pour être remplacées par des conceptions protectionnistes, par une défense d’un retour -illusoire- à un capitalisme pré-impérialiste.

    La défense du protectionnisme comme système de relations économiques internationales est un des points de convergence idéologiques entre le Pen et le P.C.F. / F.I. . Présenté comme la réponse à la mondialisation, au capital apatride, aux spéculateurs, cette mesure vise à protéger l’Etat Français de la concurrence internationale. Elle vise à replier l’impérialisme français sur un pré-carré, à baser ses rapports sur des accords bilatéraux, imposés par l’impérialisme français, négociés au rapport de force, entre pseudo-partenaires.

     Or, il ne peut exister de « partenaires » sous le capitalisme.

     Ce raisonnement s’oppose au libéralisme porté en avant par les partis du centre, lesquels sont dans une optique offensive, quant aux accords commerciaux, quant au partage du marché mondial.

    Soyons honnêtes, en 2017, le libéralisme n’est qu’un mythe. La « concurrence libre et non faussée » n’a été qu’une phase minime du capitalisme, une étape dans son Big Bang. Occupés, tous les marchés se repartagent par la guerre, la négociation, les coups de force.

     Il ne s’agit pas, ici, de promouvoir l’un contre l’autre, il s’agit de rappeler que les deux sont faux : l’un est un maintien dans une situation d’exploitation, dans une situation de rapports inégaux dans la division internationale du travail ; l’autre revient au même, mais sur un espace plus restreint et entouré de barbelés.

    Les communistes ne défendent ni le libéralisme, ni le protectionnisme, ils défendent le socialisme. Entre ceux qui applaudissent l’état actuel de l’économie et ceux qui veulent tordre l’histoire dans le sens du passé, il n’existe pas de choix juste, seulement deux impasses.

    Dans l’esprit de la FI, dans les textes actuels du PCF tout comme dans les éructations de la famille Le Pen, la bourgeoisie n’existe pas. Les classes sociales n’existent plus. Il existe une « oligarchie financière », impalpable, intangible, probablement cosmopolite. Elle est l’ennemi désigné, elle est la cible des deux discours. Le capitalisme, l’exploitation patronale, les patrons et patronnes de l’Etat français, premiers bourreaux des classes populaires, sont niés.

    Tout au plus concède t’on que la finance est mauvaise, à l’inverse du capitalisme familial, paternaliste, du capitalisme Michelin, Schneider, patriote. Ce discours n’est pas seulement une impasse en terme d’analyse, il est dangereux. Il contribue à faire de l’ennemi de classe quelque chose qui flotte au dessus de la société comme un vautour. Il consiste à exciter la colère des masses pour la projeter dans des crevasses sans fond, dans des abysses dangereuses et toxiques.

    La perception de l’impérialisme français est partagée par les deux forces politiques qui occupent les ailes de l’échiquier: elle est celle d’une théorie des trois mondes renouvelée. Le Monde des grandes puissances est celui des USA et de l’Allemagne / Union Européenne. Elles seraient les puissances dominantes, les ennemis de la France, qui, elle, est pétrie de valeurs universelles et bienveillantes. Ces superpuissances la dominent la France, l’écrasent, l’exploitent, comme le décrit Mélenchon.

    Dans le Hareng de Bismarck, celui-ci présente nos voisins d’outre-Rhin comme des prussiens porteurs de casques à pointe, tenant en laisse un François Hollande soumis. Ce même Hollande que Mme Le Pen appelait « M. Merkel. »

    Pour les communistes, l’Union Européenne est bel et bien ce que Lénine décrivait dans du mot d’ordre des Etats-unis d’Europe, en 1915: « Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d’Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens … dans quel but ? Dans le seul but d’étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l’Amérique, extrêmement lésés dans l’actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l’Europe monarchique, arriérée, laquelle déjà pourrit de vieillesse. » L’UE est une alliance temporaire de ce type, entre un impérialisme français et un impérialisme allemand, entre autres, l’un et l’autre trouvant chacun leurs débouchés, leurs clientèles, leurs dessins. L’un et l’autre sont alliés et concurrents en même temps, bien que le second aspect reste secondaire -à l’heure actuelle. La rengaine de la domination de sert qu’a tromper les masses.

    Même chose en ce qui concerne des USA, bien que nettement plus imposants. Les obsessions évoquant la Guerre Froide, le rejet de l’OTAN, ne maquillent que fort mal les choses. Nous n’avons pas de bases US, pas d’occupation militaire étrangère sur le sol de l’Etat français. A l’inverse, ce sont plutôt les troupes de l’Armée de Terre qui ont une certaine tendance à s’inviter pour un séjour de longue durée chez d’autre Etats.

    Ce sont nos avions, frappés de la cocardes bleu-blanc-rouge, frappent nos cibles, dont l’attaque est dictée par l’agenda de notre impérialisme. Dans la période récente, les USA, sous le mandat d’Obama, eurent même une certaine tendance à se placer à la traine des français, des israéliens ou des turcs, à les freiner, plus qu’à les exciter à la guerre.

    Les USA sont une puissance dominante, certes, mais de là à faire de l’Etat français une colonie ou dominion, c’est faire un triple saut périlleux en l’air.  Pourtant, ceci forme le noyau dur des thèses au sein des ouvrages signés de la main de Mélenchon.

    Toujours dans l’ère du peuple : « La France n’est pas la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle François Hollande en s’intégrant servilement aux politiques de l’empire nord-américain.« 

    Le deuxième monde de nos apprentis sorciers de la géopolitique est celui des puissances montantes. Pêle-mêle, ces idéologues y jettent la France, les BRICS, le Venezuela. Ce fourre-tout contient en somme tout ceux avec qui ils trouvent désirables de se lier. Mettre l’Etat français ; 6ème puissance mondiale, 4ème exportateur d’armes, grand impérialisme belliqueux, dans cette catégorie, c’est parvenir à faire un tour de passe-passe à rendre vert de jalousie les plus grands prestidigitateurs.

    Pourtant, le Pen et Mélenchon, comme d’autres avant eux, y parviennent.

    Leurs arguments ne sont pas du même son, ils sont mêmes antithétiques sur un grand nombre de points. Pourtant, ils appuient l’un comme l’autre l’impérialisme français, accompagnent sa volonté d’accroissement.

    D’un côté le message universaliste, le message des lumières, promu par la France Insoumise. Il s’agit de ces pamphlets peignant la France comme un phare de civilisation, comme l’avant-garde de l’humanisme.

    De l’autre l’appel à la néo-croisade des fascistes, dans l’esprit desquels ces Etats représentent le rempart contre la décadence, représentent le bastion de la pureté, de la virilité, d’une Eglise renaissante. En somme, les fascistes rêvent d’un retour à la Sainte Alliance.

    Quoi de commun entre ces deux messages ? Rien en apparence tout, dans le fond.

    Le discours de paix et d’amour de Jean-Luc Mélenchon n’est ni plus ni moins une copie conforme de celui des colonialistes de la IIIème République. Ce sont dans ces discours que le tribun, par ailleurs, puise son inspiration.

    Dans l’ère du peuple, de nouveaux :« Elle [La France] ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. »

    Le message de paix et d’universalité de l’Empire français s’est traduit pas les massacres, les viols, les villages brulés au napalm, les enfants pendus ou écrasés sous les chenilles des chars AMX. Ce message d’amour était à sens unique, tout comme l’est le capitalisme, tout comme l’est l’impérialisme.

    En ne remettant jamais en cause l’impérialisme français, en ne remettant jamais en cause le capitalisme, comment l’Etat français pourrait bien marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples.

    Lorsque l’URSS fut proclamée championne de la liberté, ce fut le fruit de son action réelle, concrète, d’aide donnée aux peuples voulant se libérer, de positions prises sur les questions nationales ainsi que sur les questions coloniales. La destruction du capitalisme et de l’impérialisme ont été les points de départ de la possibilité de marcher aux avant-postes de la Liberté.

    In fine, qu’on choisisse l’un ou l’autre, les deux opposés trouvent leur compte : la France devient l’allié d’un nouvel axe impérialiste, avec lequel elle peut négocier un nouveau partage du monde. A son profit, ou plutôt celui de sa bourgeoisie, car cela forme le sens de « l’intérêt national ».

    Prôner l’affermissement de la place de la France dans le Monde ; célébrer ses possessions territoriales ; applaudir à l’agrandissement de sa Z.E.E.; la vouloir -dans son costume impérial- à la tête d’un nouvel ordre mondial ; qu’est-ce sinon servir la soupe aux fascistes ? Qu’est-ce, sinon, en toute connaissance de cause, donner une légitimité, un vernis de « gauche » à une politique impérialiste, chauvine, nationaliste ?

  • Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    L’anticommunisme, terreau du populisme.

    « Champagne », s’exclamait Gérard Filoche en 1991, apprenant la dissolution de l’Union Soviétique. Ce trotskiste passé au PS, comme tant d’autre, est une illustration parfaite de l’hégémonie anticommuniste. Le XXe siècle possède ce fil rouge, celui de l’opposition frontale entre les idées révolutionnaires et celles qui -consciemment ou non- étaient hostiles à la révolution socialiste.

    Par la critique de droite ou par la critique « de gauche », les voies vers le socialisme ont été consciencieusement barricadées. Elles l’ont été par une opposition frontale : le « vive le capitalisme » de la bourgeoisie, maquillé en « vive la liberté [d’exploiter] » et « vive les droits de l’homme [du bourgeois] » ; par une offensive de falsification, de mensonges éhontés contre les conceptions philosophiques, idéologiques, politiques, économiques du communisme ; par une campagne honteuse à travers les programmes scolaires, ne servant qu’à alimenter le faux parallèle entre Hitler et Staline… Chaque fois qu’une voie, un créneau s’ouvre, les anticommunistes s’en sont saisit, avec, admettons-le, un talent rare.

    Comment blâmer la bourgeoisie de s’attaquer à son pire ennemi ? Impossible. Elle agit en fonction de ses intérêts. Elle mène une lutte pour sa survie, en tant que classe sociale, contre un adversaire qui désire en finir avec elle.

    Elle n’est pas seule. D’autres lui ont emboîté le pas. Les sociaux-démocrates, en premier lieu, lesquels, dès la fin du XIXe siècle, ont révisé le marxisme, lui ont ôté toute idée de révolution, toute conception de la dictature du prolétariat. La social-démocratie se complaît dans le respect des règles édictées par la bourgeoisie, d’un jeu truqué, encadré.

    Leurs héritiers ont poursuivi cette ligne, faite de concessions, de compromis. Lorsque les événements les ont conduit au pouvoir, les ont conduit à faire face aux communistes, ces laquais de la bourgeoisie n’ont pas eu la main tremblante. La répression « de gauche » n’a rien à envier à celle organisée par l’extrême-droite.

    Le PCF, par sa transformation en parti réformiste, fut loin d’être en reste. Cette organisation est passée par les mêmes stades que la SFIO, que le SPD. La différence est que ces organisations ne se prétendent plus marxiste. Elles ne se réfèrent, désormais, plus aux classiques du socialisme scientifique, excepté de manière incantatoire, ponctuelle, opportuniste.

    Le PCF, lui, se complaît dans le fait de se réclamer d’un héritage politique. Se clamant toujours marxiste -parfois même léniniste !- il n’en escamote pas moins, consciencieusement, chacun des aspects gênants, ou les scandent sans la moindre considération pour le contexte. Les prises de position des « authentiques marxistes » du PCF sont ainsi en complet décalage avec la réalité.

    Clamer des « nationalisations démocratiques », mot d’ordre du KKE ou du PCF de 1946, dans l’Etat français impérialiste, est un non-sens. Clamer que cet Etat est dominé par les USA, est manipulée par une UE germanique ou encore qu’elle est une pauvre courroie de transmission de l’OTAN, sont tout autant de mots d’ordre faux. Faux et dangereux, car sous entendant que la ligne à tenir serait celle d’une libération nationale, d’une indépendance à conquérir. En somme, c’est faire le lit du chauvinisme et du nationalisme-impérialiste.

    Reste la critique de « gauche », puriste, idéaliste, métaphysique, celle de ceux qui ont les mains immaculées, qui n’applaudissent que les chevaliers de la pureté révolutionnaire en armure étincelante.

    L’utilisation de cette « critique de gauche » par la bourgeoisie a une histoire sur laquelle il est intéressant de revenir brièvement. Pour la résumer, nous citons ici, en avant première, une brochure prochaine sur la dictature du prolétariat.

    « La bourgeoisie a l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens » -les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, ment, viole sa propre légalité. Cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que pourtant nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources issues directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. »

    Cette critique forme l’enclume sur laquelle la bourgeoisie prend appui pour tenter d’écraser l’idéologie révolutionnaire. Conceptions basées sur de simples survols, sur une analyse superficielle, infondée, alimentée par les ouvrages scolaires, par les journaux et articles de la bourgeoisie, par les mensonges trotskistes, elle est une force réelle, toujours à l’heure actuelle.

    Le fait qu’elle n’aie jamais débouché sur quoique ce soit ne semble pas, outre mesure, décourager ses zélateurs Le fait qu’elle se marie régulièrement au réformisme non plus. Le fait qu’elle remette toujours à demain, à d’autres lieu, d’autres moments, d’autres conditions le démarrage de sa révolution, en revanche, contribue clairement à créer un découragement profond parmi les masses.

    La lutte contre l’idéologie révolutionnaire a été, nous devons l’admettre, couronnée de succès. La colère légitime des masses s’est détournée, par voie de conséquence, de cette voie. Or, cette colère, comme, le trop plein de pression d’un volcan, cherche spontanément des issues. L’insupportable accroissement de l’exploitation, l’insupportable injustice, ne peuvent que mener à des explosions de colère.

    Spontanément, les masses recherchent des moyens de juguler cette souffrance, de juguler cette exploitation criminelle. Incapables de pouvoir proposer quoique ce soit aux masses exploitées, hormis des châteaux en Espagne, des constructions de l’esprit, les croisés de l’antibolchevisme n’ont nullement capté ni l’attention, ni le soutien des masses.

    Bien au contraire, ces aventurier des abysses de l’idéologie, ont contribué à détourner les masses des voies justes. Les promesses de Révolution mondiale, d’autogestion, de révolution sociale et libertaires sont belles. Elles sont magnifiques, entourées de fleurs aux senteurs paradisiaques, à mille lieues de la guerre populaire. Mais elles ne sont que des songes.

    Dans l’immédiat, les tenants de ces lignes ne proposent guère d’autres choses que l’attente, l’inaction, le vote utile, le soutien critique aux ténors et aux tribuns.

    La terre promise d’un côté, le populisme et la colère de l’autre. Entre les promesse de changement immédiat, même réactionnaire, et les constructions de l’esprit, la rationalité fait pencher, bien souvent, plus pour le premier que pour le dernier.

    En attaquant le marxisme-léninisme, en attaquant la révolution socialiste, les réformistes, les révisionnistes, la gauche « radicale » ont sapé la voie révolutionnaire.

  • Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Le choix de la bourgeoisie.

    Entre 1991 -chute de l’URSS- et aujourd’hui, des étapes ont été franchies.

    La période d’enthousiasme magnifié, de sentiment de victoire pour la bourgeoisie et pour la démocratie bourgeoise, a duré un temps. Les diverses bourgeoisies des pays dominantes ont tiré un grand profit du vide qui venait de s’ouvrir. Elles ont également commencé à tâter le terrain des droits sociaux, dans l’espoir de rogner sur les concessions qui lui avaient été arrachées à la sortie de la guerre.

    A ce moment, la bourgeoisie cherchait à accroitre son taux de profit, à accroitre l’exploitation et ses bénéfices. Elle s’offrait, à elle-même, de somptueux cadeaux. Ses attaques étaient la manifestation d’un appétit dévorant, d’une rapacité sans bornes.

    En 2008, la crise des subprimes est venue clôturer durablement cet optimisme. Elle met la bourgeoisie de l’Etat français en difficulté. Celle-ci ne se bat plus tant pour accroître son taux de profit, elle se bat pour maintenir ses positions, pour ne pas glisser et déraper. Elle se montre agressive tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières. En somme, elle a durci le ton, plus seulement par amour des rentes avantageuses, mais avec un soupçon d’effroi.

    Des questions se posent sur ce qu’aurait été l’agenda de la bourgeoisie si cette crise n’avait pas eu lieu. Il est probable que des offensives auraient été menées, mais à un rythme moins effréné.

    Le président d’alors, Nicolas Sarkozy, s’est montré un bien piètre agent de son conseil d’administration. Il a bataillé pour ses commanditaires, nous ne saurions lui retirer cela, mais sur une base difficile. Le Parti Socialiste et les forces progressistes ont opposé une vive résistance. Que les motifs soient opportunistes, électoralistes ou non, le résultat est là : l’action de la bourgeoisie s’est retrouvée entravée.

    Quoi de mieux que, en 2012, de neutraliser cette opposition : en appuyant la candidature de François Hollande, la bourgeoisie opérait une manœuvre intelligente. Pari risqué, pour certains, mais pari gagné. En cinq ans, le président « socialiste » a œuvré avec un zèle fantastique pour les intérêts de la bourgeoisie française, pour son impérialisme, contre les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier.

    La difficulté résultante de cette positions est qu’un alternance devenait complexe. Le PS s’est gravement affaibli dans cette opération, s’est grandement empêtré. La droite reste marquée par les affres de ce qu’elle a fait subir. Seule solution, opérer un renversement tactique, jouer la carte non plus de l’affrontement droite-gauche, mais d’une ligne de démarcation passant entre la démocratie et le fascisme.

    De fait, le centre de gravité du débat politique a quitté la jonction entre la gauche et la droite. Elle est passé entre le « bloc Macron » et le « bloc patriote ».

    La figure rassembleuse de Macron, en butte à la figure répulsive de Le Pen, sert donc cet objectif : anesthésier l’opposition, la museler, et rassembler autour d’un faux dilemme : démocratie libérale ou fascisme protectionniste.

    La question qui se pose, cependant, est celle de l’évolution à l’issue d’un mandat qui va entrainer une paupérisation accrue, une colère sociale profonde et puissante, et dans laquelle l’alternance ne sera pas une possibilité directe. Ou le rassembleur jouera la carte de la réaction et de la coercition, ou il cédera sa place à quelqu’un capable de le faire.

    Le Front National n’est pas mécaniquement l’issue idéale de la bourgeoisie. Mieux vaut une union nationale pour les intérêts sacrés de la patrie que quelqu’un portant le clivage. Cependant, cette organisation est une carte maîtresse dans les mains d’une bourgeoisie sans scrupules.

    Le FN est un jouet de longue date. Ce n’est pas la première fois qu’il est utilisé comme moyen de pression ou de division. Sa parole à été, de ce fait, adoubée comme faisant partie de l’échiquier politique.

    Elle l’a été pour plusieurs raisons. D’une part pour des raisons tactiques, comme sous François Mitterrand, pour permettre de créer une césure au sein de l’opposition, pour manœuvrer habilement et permettre de rester majoritaire. Le Front National a divisé la droite -principalement entre gaullistes et partisans de l’Algérie, formant deux blocs distincts, hostiles et opposés.

    Dans le même temps, l’hostilité viscérale d’une part de la population envers le FN est un moyen de rassembler. Le Parti Socialiste s’est arrogé le contrôle absolu sur SOS Racisme, de Julien Dray et Harlem Désir, en faisant une docile courroie de transmission. Clamer la nécessité de voter utile pour ne pas faire le jeu du FN est -parfois- le dernier argument qui reste. Après des années de compromis, de soumissions évidente et éhontées aux intérêts de la bourgeoisie, aux intérêts des impérialistes et des rentiers de l’Etat Français, la social-démocratie et ses agents ont eu à avoir recours à ce subterfuge pour ne pas être simplement effacés.

    La seconde raison est celle de l’opportunisme politique, de la tendance au populisme, à la démagogie, au fait de chercher à rallier le plus à droite possible les électeurs, au lieu de combattre idéologiquement les positions fausses.

    Du Redshift au Blueshift.

    Deux périodes se succèdent. La première s’ouvre avec la fin du Second Empire et se poursuit jusqu’à 1991. Elle est une période qu’il est possible de caractériser, en reprenant un terme d’optique, par une période de redshift ou de « décalage vers le rouge ».

    Tout comme les ondes sonores, les ondes lumineuses subissent l’effet doppler. C’est ce qui fait qu’un objet qui s’éloigne ou qui s’approche voit -sensiblement ou non- sa luminosité changer et se décaler ou vers le rouge redshift, ou vers le bleu blueshift. C’est également, d’une manière qu’il est possible de constater dans la vie courante, le phénomène qui fait qu’un véhicule arrivant vers un observateur possède une sonorité plus aigüe que lorsqu’il s’en éloigne.

    Dans un sens, dans la période contemporaine, les idées progressistes ont, peu à peu, écrasé les idées réactionnaires, les conceptions rétrogrades. Ainsi, à la fin Second Empire, les monarchistes et les bonapartistes étaient une force politique indéniable. Le Parti Radical, en revanche, apparaissait comme une organisation -d’où son nom- radicale. Sa place sur l’échiquier politique était ainsi nettement plus « à gauche » qu’aujourd’hui.

    Au fur et à mesure de l’avancée du développement socio-économique et de son impact sur les conceptions politiques, de nouvelles forces sont apparues à sa gauche, et celui-ci fut inexorablement poussé vers la droite. Des thématiques « extrémistes » [congés payés, droit de vote des femmes…] se sont finalement imposées, progressivement, à la fois dans la société, à la fois au sein du discours de la large majorité des organisations politiques, comme une nouvelle norme.

    Hier, l’apocalypse était promise à celles et ceux qui accorderaient la journée de 10 h aux enfants. Désormais, parler du travail des enfants serait considéré comme une véritable folie.

    Ce redshift était le reflet, la conséquence directe, d’une lutte menée, idéologiquement, politiquement, culturellement, non seulement contre les positions arriérées et rétrogrades, mais bien contre les dogmes de la bourgeoisie.

    Même lorsque celles-ci ne remettaient pas en cause le capitalisme, l’impérialisme, ces luttes ont apporté des progrès indéniables dans l’amélioration des conditions de travail, dans l’amélioration des conditions de vie, dans la lutte contre la tendance à la paupérisation relative et absolue, laquelle est une des tendances inhérentes au capitalisme.

    Seulement, même si elles sont positives, ces victoires, tant qu’elles ne forment pas un coup fatal, restent temporaires. Tant que la lutte des classes n’est pas menée à son terme, les retours arrières sont possibles. Tant que l’ennemi n’est pas réduit à néant, il peut se relever et combattre. Un regard sur l’expérience de l’URSS, de la Chine, de l’Albanie, permet de s’en convaincre.

    A partir des années 70, après l’irruption du choc pétrolier, la bourgeoisie raidit le ton. Elle le fait pour plusieurs raisons : d’une part la pression de la crise l’aiguillonne, la  place sur la défensive. Elle craint pour elle-même. Un autre facteur est le fait que la menace communiste est -en pratique- conjurée. Les déviations idéologiques du P.C.F. en font désormais un parti social-chauvin, un parti faisant corps avec la cause de l’impérialisme français, acheté, corrompu, vendu. Son alignement sur la ligne de Nikita Khrouchtchev, après 1956, a sonné l’heure de la liquidation de toute volonté révolutionnaire en son sein. D’autant que le PCF fut rarement un bon élève, dès 1947, déjà, Andreï  Jdanov pointait du doigt le danger de sa compromission, danger qui s’est progressivement mué en réalité.

    Déjà marqué par des atermoiements, par des oscillations, notamment sur la question algérienne, le PCF s’est confortablement aligné sur la position d’un Moscou révisionniste, lui permettant de justifier chacune de ses errances idéologiques.

    En 1975, le P.C.F. a accompli une première phase de sa mutation. Il est devenu une organisation social-démocrate, révisionniste, réformiste. Cette ligne chauvine légitime un discours réactionnaire, lui sert de marchepied, facilite la renaissance de l’extrême-droite. Les mots d’ordre tels que « produire français », tels que ce « patriotisme économique », ou encore la « question de l’immigration » évoquée par Georges Marchais.

    Ainsi, pour citer sa lettre de 1981 au recteur de la Mosquée de Paris, il s’exprimait ainsi :

    « Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… »

    Quant au grand frère soviétique, lui-même est en perte de vitesse. Léonid Brejnev, malgré sa restauration cosmétique de l’image de Staline, dirige une URSS de neige et de rouille. Une URSS dont le social-impérialisme -dénoncé par Hoxha et Mao- s’est déjà illustré dans la répression du printemps de Prague et s’incarne désormais dans l’invasion de l’Afghanistan. Dans les esprits les plus avisés du camp occidental, elle n’est quasiment plus qu’une gêne géopolitique, un camp rival, et n’est plus l’implacable ennemi idéologique d’avant, ce camp ennemi irréductible. Certains groupes fascistes se plaisent même -un comble- à la louer, faire l’apologie de sa résistance face à une « putréfaction de l’occident », la voyant comme une force culturellement conservatrice.

    La bourgeoisie comprend, elle aussi, la dialectique. Ses kremlinologues devinent que l’URSS s’affaiblit, s’étiole. L’affaire Farewell lui en fournit la preuve matérielle. Cet agent double offrit sur un plateau à la DST un état des lieux de l’Union. Celui-ci est, pour l’occident, plus que réjouissant. L’Union Soviétique se meurt, dépend terriblement de son espionnage pour compenser son retard technique, elle croule sous les dettes, perd en influence idéologique et politique…

    L’arrivée de Gorbatchev est vue comme le chant du signe, mais les fruits pourrissaient auparavant. Le contre-choc pétrolier, Tchernobyl, l’achève. La Glasnost et la Perestroïka ouvrent le couvercle d’une marmite bouillante : l’URSS explose.

    Avec son affaiblissement et sa mort, vient l’agonie sans fin d’un PCF, lequel accroît sa vassalisation auprès du Parti Socialiste, se met à sa traine, en devient le fidèle sujet, le laquais. Même l’intermède Mitterrandien, les nationalisations, organisées par le Parti Socialiste, ne sont qu’un paravent. L’Etat fournit un parachute aux entreprises en difficulté, le temps que celle-ci se redressent, grâce aux deniers publics -donc en somme par une baisse du salaire réel des travailleurs de ces mêmes entreprises- jusqu’à ce qu’elles puissent être revendues ou restituées à leurs propriétaires.

    La fin de la Guerre Froide achève cet arc narratif.

    Dès lors, les concessions -vécues comme temporaires- de la part du patronat aux travailleurs et travailleuses, n’ont plus lieu d’être. Elles peuvent désormais être récupérées, et l’offensive libérale se met en œuvre. Désormais, le blueshift, le décalage vers la droite, devient la nouvelle norme. Il n’existe plus de garde-fou, même révisionniste, pour entraver l’action d’une bourgeoisie triomphante.

    Réforme des retraites, allongement du temps de cotisation, du temps de travail, réduction des remboursement de la sécurité sociale, défiscalisation des heures supplémentaires… Ces thèmes ne sont plus l’apanage de la droite, ils deviennent désormais une ligne défendable pour les anciens-sociaux démocrates.

    Surtout, il s’agit du grand retour de la paupérisation relative et absolue, de plein fouet. Les travailleurs non seulement s’appauvrissent relativement à leur patrons, l’écart social se creusant toujours ; mais ils le sont également en terme de valeur absolue. Plus le temps passe, plus le salaire réel, plus le pouvoir d’achat diminue, plus les travailleurs et travailleuses sont misérables.

    Par rapport à leurs parents, la nouvelle génération connaît des difficultés plus grandes à trouver un emploi, occupe des postes moins rémunérés, en somme s’appauvrit.

    Cette misère, couplée à une poursuite, par la bourgeoisie -mais aussi par la « gauche radicale »- de l’offensive anticommuniste, ne peut conduire qu’au populisme et à un cul-de-sac politique.

  • Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Un dilemme imposé.

    Si les résultats de cette élection étaient prévisibles, ils n’en ont pas moins suscité quelques sueurs froides. Notamment le fait que la finale se soit déroulée entre la ligne libérale et la ligne chauvine-protectionniste. Marine Le Pen contre Emmanuel Macron fut un duel perçu comme le match du fascisme contre la démocratie. C’est une exagération quelque peu abusive de la situation. Cependant, elle soulève quelque chose d’important, c’est le fait que ce dilemme fut la seule chose que les urnes eurent à proposer.

    Cette confrontation, pourtant, n’est pas tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Preuve en est la très faible réaction -quasi inexistante à certains endroits- à l’annonce du résultat. Contrairement à 2002, pas de scène de choc, de stupeur, peu de manifestations spontanées, peu d’appels à sortir, peu de récits présentant la chose comme une fin du monde.

    Un désarroi, un dégoût -certes- mais nullement un engouement, un élan pour un front républicain devant défendre la République contre une hypothétique percée fasciste. La raison en est simple : cette configuration était attendue, prévisible. Elle n’est pas le résultat d’un blitz du FN, mais clôture un long processus, entamé depuis des années.

    24% pour Emmanuel Macron ; 21% pour Marine Le Pen au premier tour, 66.06% au second, contre 33.94 %, avec 25% d’abstention -un record. Une élection atypique, laquelle a porté des candidats en rupture par rapport à la tendance au bipartisme.

    Par ailleurs, cette campagne permet d’assister à l’essoufflement des partis traditionnels. Ceux-ci ne semblent pas avoir les faveurs des électeurs. Ils évoquent, chacun dans leur style particulier, les trahisons, les mensonges, les déceptions. Ils évoquent un concept passé de mode, archaïque, nébuleux.

    Une « mode » apparaît, celle du « mouvement ». Ainsi, En Marche !, la France Bleue Marine, la France Insoumise, ne sont pas des partis. Ils sont des organisations ad hoc, des mouvements, censés, dans l’imaginaire des électeurs, casser les clivages traditionnels, briser les oppositions. Surtout, ils apparaissent comme quelque chose de transparent, de clair. Comme découlant de l’autorité d’un chef, d’un dirigeant, entouré de son équipe.

    Ils sont à l’image de cette histoire de France romancée, cette histoire-bataille faite de grands hommes et de grandes femmes, faite d’actes d’héroïsme sous l’action d’un leader, d’un général -d’un maréchal pour certains. Elle nie le rôle des masses, le rôle des forces sociales, le rôle de l’idéologie.

    Cette conception basée sur un pouvoir incarné, sur le fait de placer la confiance dans un leader plus que dans une conception politique, est -par essence- une illustration de l’influence réactionnaire.

    Marine Le Pen ; Emmanuel Marcon ; Jean-Luc Mélenchon étaient suivis par des individus qui tenaient un discours contradictoire avec les positions de leur dirigeant, mais qui projetaient sur eux leurs propres désirs, leurs propres fantasmes.

    Il suffit de débattre avec les fanatiques de Mélenchon pour s’en convaincre : sur la question de l’impérialisme français, le tribun s’est toujours montré d’un chauvinisme assumé. Sur les rapports internationaux, il place la France en dominion de l’Allemagne et des USA. Pourtant, nombre de ses soutiens restent persuadés de son internationalisme, de son fond « rouge », et refusent d’accepter la réalité.

    L’entretien du flou devient un point de ralliement, le fait de donner des principes généraux dans lesquels chacun peut voir ce qu’il veut voir. Au final, comme sur la question de la colonisation pour la FI, le chef ne tranche pas tout, mais chacun peut se revendiquer de sa pensée. Cela permet de tenir des positions contradictoires sans pourtant, en apparence, perdre en cohérence. En somme, il s’agit d’une victoire du modèle d’organisation gaulliste.

    A l’inverse, chez les organisations communiste, la ligne de démarcation est un point fondamental, les débats se tranchent, parfois d’ailleurs avec une ardeur qui confine à la précipitation. Non pas par goût du totalitarisme, mais car la cohérence, l’unité d’action, l’unité de volonté, est la base du mouvement révolutionnaire.

    En revanche, quand l’objectif est de ratisser large, le flou peut dominer sans le moindre soucis.

    Et cela, pour Macron, a fonctionné à merveille.

    L’aventure en solo, tentée par Lecanuet, Rocard et d’autres, est, aujourd’hui, la première à être couronnée de succès. Une anomalie dans un système considéré comme favorisant grandement le bipartisme et la stabilité.

    De même, la place dans la « niche écologique » de la droite traditionnelle est prise par Marine Le Pen.

    Emmanuel Macron à manœuvré particulièrement habilement, en apparaissant comme une alternative crédible, comme un centre de gravité permettant aux rats, quittant les navires-fantômes, de le rejoindre. Portant la synthèse entre les positions opportunistes de la ligne Hollande et celles des libéraux, ce coup de poker s’est montré payant.

    Macron illustre à la perfection la conception gaulliste des organisations : un candidat, un front constitué de manière tactique, peu de programme. L’essentiel est l’arrivée au pouvoir, le reste se négocie par la suite.

    Il est possible, dans une certaine mesure, de trouver une analogie dans les tactiques militaires employées par le passé.

    Le leader de En Marche ! serait, ainsi,  un émule de Heinz Guderian et de ses divisions de Panzern : fracturant le front fixe de ses adversaires, coupant leurs voies de communication, s’infiltrant, contournant… A aucun moment il ne cherche l’anéantissement frontal de ses adversaires, mais uniquement à les encercler, à les forcer à la reddition. Même contre plus fort que soi, cette tactique peut s’avérer payante.

    Dans sa lutte contre deux forces massives, les Républicains et le PS, il est vrai que le nouveau venu a bénéficié d’augures favorables : un Fillion hors jeu et un PS décati. Cependant, rendons à César ce qui revient à César, son esprit tactique fut à la hauteur du challenge.

    A l’inverse, la lente montée en pression du Front National évoque celle d’un général de la Première Guerre mondiale. Elle correspond à une avancée effectuée face à une défense extrêmement puissante, qui balaie ses tentatives de gains territoriaux.

    Le FN envoie ses hordes réactionnaires à l’assaut et gagne peu. Mais ce que cette organisation gagne, elle le garde solidement. Son électorat est, en effet, fidèle. Ce ne sont pas les appels d’un Mélenchon qui lui feront changer d’avis. Ainsi, cette organisation, tranchée après tranchée, gagne peu à peu un espace qui demeure le sien.

    Dans les débats, ironie des ironies, sa méthode devient un Stalingrad fasciste. Une artillerie faite de rumeurs, de fake news, d’ « infaux » ; des débats dans la boue de son idéologie réactionnaire, dans une rhétorique fallacieuse digne d’un combat de rue oratoire. Le FN frappe et laisse des séquelles. Même lorsque la vérité éclate, il reste, dans l’esprit du public, les stigmates de l’attaque.

    Maîtres du chaos, les fascistes cherchent systématiquement à masquer leurs lignes. Attaques sur la gauche, attaques sur la droite… tout est permis tant que cela accroît l’influence de l’organisation, de ses relais, de son idéologie.

    Même si ses élus sont des champions de la corruption, même si leurs mairies sont des capharnaüms, le FN reste l’organisation capable de canaliser la colère, de canaliser les voix de nombreux sans-partis.

    L’échec face à Macron, lors du débat du second tour, ne doit pas masquer la réalité : le fait que celui-ci ait eu lieu est déjà, en soi, une illustration de l’avancée de ses positions au sein de la société. Et ce, malgré que les « courtes jambes » du FN, son incapacité à développer une stratégie cohérente, aient offert les lauriers de la victoire à Emmanuel Macron.

    Surtout, au fur et à mesure de son matraquage, celui-ci a réussi un tour de force impressionnant : il s’est placé au centre du débat idéologique. Ce sont désormais ses mots d’ordres qui dictent la position des autres organisations, sa vision du monde qui prend une place hégémonique.

    Cette incapacité à triompher de son adversaire est une défaite tactique, mais ne remet pas en cause le fait que le Front National devienne un acteur de l’opposition. De marginal, le Front National est devenu un point de bascule dans le débat. Les positions des organisations politiques tendent, de plus en plus, à se prendre relativement à la position du FN. Ses thèmes de campagne : la question des immigrés, la question de la domination par l’Europe, la question de la sécurité, sont devenus les enjeux centraux des débats.

    Ce succès n’est nullement celui d’une étoile filante, mais tout ceci est bel et bien le fruit d’un long processus. De nombreuses forces ont été les acteurs de cette progression, y compris -tristesse- dans le camp des progressistes.

    La bourgeoisie ne dépend pas des fascistes, à l’heure actuelle, pour assurer sa sauvegarde. Cependant une opposition formée par le FN est un bénéfice faramineux. Elle forme une contre-assurance idéale.

    La bourgeoisie n’a pas besoin, par ailleurs, du FN pour instaurer un régime caporalisé et durci. Comme nous le mentionnons dans notre analyse du débat du second tour : « Il n’existe pas de muraille de Chine, ni de dispositions légales protectrices, qui peuvent intégralement prémunir contre un passage de la démocratie bourgeoise à un système de type fasciste. Si certains esprits mécanistes considèrent que Le Pen est directement égale à « fascisme » et, à l’inverse, que Macron est directement et immuablement égal à « démocratie », politiquement ceci est une fausseté. Les facultés de résilience de la société civile peuvent tout à fait entraver les tentatives de Le Pen d’appliquer son programme à la lettre, tandis qu’elles peuvent être neutralisée par le centrisme apparent de Macron. Dans une situation difficile ou critique, un centriste peut très bien recevoir l’ordre d’appliquer un régime caporalisé. N’oublions pas que les fossoyeurs de la révolution Spartakiste d’Allemagne, que ceux qui tentèrent d’étrangler la révolution bolchevik, portaient l’un et l’autre la Rose du socialisme, étaient tout deux des gens « de gauche », progressistes et démocrates. »

    Toujours est-il que, à l’heure actuelle, Emmanuel Macron, le plus jeune président de la République, est le héraut parfait de la bourgeoisie. Mais cet adoubement est, là aussi, le fruit d’un long trajet.

  • Fin de partie – I – Le nouveau gouvernement de l bourgeoisie.

    Fin de partie – I – Le nouveau gouvernement de l bourgeoisie.

    Fin de partie.

    L’Unité Communiste de Lyon livre, au travers de cette série d’article, visant à constituer une brochure, un bilan de la trajectoire qui amena a ce dilemme imposé : Macron contre Le Pen.

    L’élection présidentielle a amené au pouvoir Emmanuel Macron, l’agent parfait de la bourgeoisie. Son élection est conforme aux désirs actuels de ce corps social : une plus grande liberté d’exploiter, un recul des contraintes posées par le code du travail, une intégration plus poussée dans les échanges de la mondialisation et dans l’Union Européenne, tout en poursuivant les guerres impérialistes.

    D’autant qu’Emmanuel Macron a promis : ses réformes du code du travail seront passées par voie d’ordonnance dès cet été. Une thérapie de choc, en somme, laquelle joue sur « l’état de grâce », cette période d’anesthésie qui suit l’élection présidentielle, pour court-circuiter une opposition désordonnée et affaiblie.

    Lors de la constitution de son gouvernement, le nouveau président à dévoilé ses cartes en nommant un premier ministre « Les Républicains », Edouard Philippe. La suite, annoncée le 17 mai, illustre la nature du pouvoir que le leader d’En Marche ! veut constituer :

    D’autres LR, tels que Bruno Le Maire -envoyé à l’économie.

    Plusieurs membres de l’aile droite du Parti Socialiste : Jean-Yves Le Drian -qui conseilla Macron sur les questions de défense ; Gérard Collomb -le maire cumulard de Lyon, nommé à l’intérieur ;

    Des centristes, comme François Bayrou -nommé garde des sceaux ; Sylvie Goulard -députée européenne, rédactrice d’un rapport sur la nécessité de privatiser les CROUS et sur le remplacement des bourses par des prêts bancaires.

    Ses alliés personnels, comme Richard Ferrand ; Agnès Buzin.

    Un écologiste opportuniste, Nicolas Hulot.

    Les promesses d’un ministère « plein et entier » dédié au droit des femmes, celle d’une application de la parité -non seulement en nombre, mais en position – ne sont pas tenues. Aucun ministère stratégique n’est laissé à la direction d’une femme. Depuis 25 ans, cette année, aucune femme n’a occupé le poste de premier ministre.

    La composition du gouvernement est un kaléidoscope dont le centre de gravité n’est pas particulièrement marqué à gauche. Le plan de En Marche ! est certainement de provoquer des implosions au sein des partis limitrophes. Ainsi, Eric Ciotti qualifiait la cooptation des certains membres des Républicains de « gifle » plus que de « main tendue. »

     A noter la présence de membres de la « société civile ». En l’occurrence Muriel Penicaud, dont il est nécessaire de citer le parcours, rapporté ici par RTL : Cette femme de 62 ans n’appartient pas à un quelconque parti politique et devra faire ses preuves au ministère du Travail. Un monde qu’elle connaît particulièrement bien en ayant travaillé dans de nombreuses entreprises privées mais aussi publiques comme Danone, Dassault Systèmes, Orange ainsi que par la SNCF. Avant sa nomination, Muriel Penicaud était la patronne de l’agence publique Business France, chargée de la politique de promotion de la France et des entreprises tricolores auprès des investisseurs étrangers.

    Son poste ? Ministre du travail. Ite missa est.

    Déception pour ceux et celles qui avaient entrevu l’espoir que l’élu se souviendrait des voix qu’ils et elles avaient apportées, dans le but de faire barrage à l’extrême-droite. Jeu de dupes que l’Unité Communiste de Lyon avait dénoncé.

    Macron n’est pas un ignare en termes de tactique. Il n’a pas omis que son élection est le fruit d’un contexte particulier. Seulement, dans sa perception de la situation, le centre de gravité politique se trouve, désormais, entre lui et Marine Le Pen.

    Position confortable que celle-ci, puisqu’elle l’adosse à un « mur républicain », lui permettant de mener une politique droitière tout en se parant des ors de la défense de la démocratie.

    Peu de menaces constituées ont résisté à l’onde de choc de l’élection. La configuration de l’élection législative le démontre amplement.

    Les Républicains, coincés, tiraillés par les forces de marée, ne sont pas en mesure de ravir l’hégémonie de En Marche ! Comment se démarquer d’une force politique qui applique le programme rêvé ? Difficile. Seule l’avidité terrible, la soif de places, de fauteuils, d’argent public justifie l’existence de cette formation.

    A gauche, le Parti Socialiste, bien que déclaré cliniquement mort par de nombreux observateurs, n’est, en réalité, pas fini. Ses relais, ses réseaux, ses associations liées, lui permettent de résister au reflux. Exemple illustratif, l’UNEF s’est empressée de se présenter comme la principale force d’opposition syndicale étudiante.

    Le PCF et la France Insoumise sont en conflit. Après une campagne ayant donné un succès électoral respectable, les deux s’entre-déchirent. Comment pourrait-il en être autrement ?

    L’un est le miroir de l’autre. Le PCF dispose des élus, de l’implantation, des postes, des sièges, des places-fortes. Ce sont ses lignes Maginot, ses garanties de survie. Or, cette garantie ne se maintient que grâce à des accords électoraux avec leur suzerain : le Parti Socialiste. Sans ceux-ci, le PC serait, à terme, balayé.

    D’un point de vue d’influence politique, en revanche, il est inaudible. Inaudible car incapable de se démarquer politiquement, d’être autre chose qu’une force politique de second rang, dépendante uniquement de ses alliances.

    Le PCF pertinemment qu’il a beaucoup à perdre. Même son « opposition interne » en a une conscience aigüe, et ne prendra aucun risque. L’argent public, les contributions des élus, forment la majeure partie des ses ressources financières, et aucune faction du PCF n’est prête à les perdre. Ce n’est donc pas pour demain qu’une ligne classe contre classe apparaîtra, au mépris de la possession des mairies et des circonscriptions.

    Inverse complet, la FI, dirigée par Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard et Alexis Corbière, quant à elle, a tout à gagner. Tout a gagner et des appétits conséquents. En effet, sa pérennité passe par le fait de pouvoir conquérir des positions, de disposer d’élus, de pouvoir poursuivre une dynamique au delà des présidentielles. Problème : cette formation se base sur la même niche électorale que le PCF ou que le PS « frondeur. »

    D’où des conflits entre les deux forces : Le PCF veut s’approprier l’image de la FI et de son dynamisme, la FI, à l’inverse, veut ses bastions.

    Cela s’est traduit dans les faits par l’usage de l’image de Jean-Luc Mélenchon sur des affiches et des flyers, du logo de la France Insoumise, par des candidats n’étant pas soutenus par le chef suprême. De l’autre, le parachutage du leader à Marseille créé des émois. En 2012, il avait cherché une bataille des chefs entre Marine Le Pen et son humble personne, en 2017, nettement refroidi, il se positionne simplement pour une place au chaud.

    L’opportunisme se manifeste de toute part, se maquillant d’idéologie. Toujours est il que la rupture est consommée.

    Dans le fond, la bataille ne peut se jouer qu’à l’extérieur. Que hors des salons, que dans la lutte, dans la confrontation politique, syndicale, sociale avec une bourgeoisie pourrissante.

    Pourtant, là également, l’onde de choc a laissé des séquelles. Les épaves sombrantes ont entraîné dans leur sillage nombre de militants et de militantes « bien intentionnés. »

    Les génies de l’arithmétique politique ont œuvré : adouber Macron comme protection contre Le Pen. Si l’Unité Communiste de Lyon serait bien en peine de reprocher à des individus ce choix, elle condamne l’opportunisme politique de certaines formations, lesquelles se sont couchés devant l’épouvantail lepéniste.

    Quelle consistance politique peut ressortir du fait d’appeler à voter pour En Marche ! au second tour -voire au premier- pour ensuite appeler à descendre dans la rue ? Aucune. En tenant ce discours inaudible, inconséquent, brouillé et brouillon, ces organisations ont déversé un poison paralysant dans les oreilles de ceux et celles qui leur prêtaient attention.

    Pire encore sont ceux qui se sont placés en recul, n’ont tenu aucune ligne, ont pris des positions libérales.

    Effrayés par le clapotis des remous de surface de la politique, ils ont replié leur drapeau, ont détourné le regard, et n’ont pas apporté la moindre contribution à l’avancée politique des masses.

    En voyant la menace fasciste partout, en se croyant à chaque instant au bord du précipice, ces organisations se sont livrées pieds et poings liés à la démocratie bourgeoise.

    La bourgeoisie, à l’heure actuelle, n’a nul besoin du fascisme pour balayer les contestations, pour balayer les oppositions. Malgré 25% d’abstention, la démocratie bourgeoise n’est pas enrayée et reste un système valable aux yeux des bourgeois et des bourgeoises.

    S’intéresser au résultat est un des aspects du travail militant. Etre capable de comprendre la trajectoire qui amène à cette situation en est un autre, qui mérite d’être creusé.

  • Fin de Partie

    Fin de Partie

    Emmanuel Macron est victorieux avec 65.8 % des voix, selon des dernières informations. Une nouvelle fois, ce score est conforme aux attentes, conforme aux prévisions. L’Etat français n’a pas connu de scénario du type de Trump, avec une percée imprévisible, un débordement systématique, un raz-de -marée populiste.

    Il est notable, cependant, que le Front National a réussi à s’implanter d’une manière durable, comme un pivot, dans le paysage politique de la démocratie bourgeoise. Comparativement à 2002, pas d’écrasement, pas de 82% / 18%. La mobilisation électorale s’est même avérée plus faible qu’au premier tour.

    Il est intéressant de voir qu’une coupure se produit au niveau des votes.

    Un Etat français intégré dans les réseaux et les flux de la mondialisation, intégré dans l’Union Européenne, dans des zones qui, globalement, sont des citadelles de l’impérialisme, ses métropoles des centres de commandement. Ces régions urbaines ont massivement soutenu Emmanuel Macron.

    A l’inverse, les zones périurbaines, rurales ou semi-rurales, les régions de petites industries, ont voté majoritairement pour Le Pen. La « France des villages », qui se paupérise, qui voit la mondialisation comme une menace, qui en subit la concurrence de plein fouet, ne s’est pas manifestée par une adhésion aux thèses optimistes du candidat gagnant.

    Mais dans l’ensemble, seul deux départements, l’Aisne et le Pas-de-Calais voient le Front National arriver en tête. Calais est, d’ailleurs, la plus grande ville où le Front National arrive en tête, suivie de Fréjus, sous d’autres latitudes.

    L’abstention et le silence demeurent la première force politique avec 37.3 % de la population. Un quart des inscrits n’ont pas exprimé de suffrage durant cette élection. Ceci est révélateur d’un dégoût généralisé de la politique telle qu’elle est menée, d’un détachement des masses populaires du cirque électoral.

    Cette césure est positive, non négative. Elle est la base de rejet sur laquelle se construit l’opposition extra-parlementaire, le pouvoir populaire, le camp du peuple.

    Les partis réformistes-radicaux peuvent pester-ils furent tous éliminés- ils ne font que payer le prix de leur obstination dans une voie morte, dans une voie de compromis et de compromission, dans une voie de démagogie et non de lutte.

    La tâche des communistes, mais aussi, plus largement, celle de tous ceux et toutes celles qui rejettent la démocratie bourgeoise, est de former un véritable pôle antiparlementaire, de former un véritable bloc populaire. Il est illusoire de croire que l’abstention suffira d’elle même. Le dépit se mue en rejet, mais passer de ce rejet passif en volonté positive d’établir un pouvoir populaire demande un long travail, que seules les organisations révolutionnaires peuvent mener.

    Aujourd’hui, la victoire a échu entre les mains d’Emmanuel Macron et de la frange Libérale libre-échangiste de la bourgeoisie.

    « Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons » a ainsi déclaré Emmanuel Macron. L’audace de la liquidation du code du travail, de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. L’audace de plonger dans la précarité accrue, dans une misère plus noire, plus sombre.

    Car tel est le programme d’Emmanuel Macron. Un programme de paupérisation pour les masses, un programme d’enrichissement sans bornes pour la bourgeoisie.

    Mais le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie est loin d’être une personne inintelligente. Il dispose, de plus, d’un encadrement efficace pour l’appuyer et le conseiller.

    En Marche ! a conscience de sa faiblesse face à l’épreuve des législatives. Les Républicains et le Parti Socialiste ont certes subi un revers terrible, mais leur structure peut résister, leurs relais, leurs courroies de transmission, rester fidèles.

    Il semble que l’Etat français se dirige vers un gouvernement et un parlement fonctionnant à la coalition. Or, qui dit coalition dit alliés. Pour triompher aux législatives, la nouvelle équipe présidentielle va devoir choisir une géométrie plus précise, devoir faire des choix.

    Cette recherche d’alliés se retrouve dans le discours d’Emmanuel Macron, lequel est particulièrement révélateur.

    Si, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le gagnant n’a pu rassembler ses troupes sur le Champ de Mars, il est parvenu à inclure le choix du Louvres dans son discours, en faisant le symbole d’une continuité historique remontant à l’ancien régime.

    Son arrivée sur l’estrade, dans une solitude étudiée, s’est faite non sous la Marseillaise, mais sous les accords de l’ode à la Joie, hymne de l’Europe.

    La pyramide du Louvres a focalisé toute l’attention des complotistes, la musique de Beethoven celle de tous les germanophobes. Le mélange des deux, pourtant, est brillant : décor franco-français, musique européenne.

    Le candidat de En Marche ! a manœuvré efficacement, indiquant qu’il tenait compte du fait qu’un partie de son électorat l’avait soutenu pour des raisons d’inquiétudes quant aux institutions républicaines.

    Cette manière de prendre en compte ces ralliements par dépit brosse les « barragistes » dans le sens du poil. Concession sur la forme, elle ne représente nullement une sur le fond, sur le programme économique, sur la politique à tenir. Elle représente simplement la prise en note d’une volonté de protection des droits démocratiques.

    D’une certaine manière, le « barrage » s’est retrouvé vidé de tout son contenu politique.

    Dans le même temps, poursuivant dans le ralliement, Emmanuel Macron a également salué les électeurs de Marine Le Pen, disant comprendre leur colère et leur désarroi. Un énigmatique « Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » a été prononcé. Il est difficile de déterminer son sens. S’agirait-il d’une volonté de parvenir à une synthèse sur un certain nombre de sujet ? Pour le moment, la question reste en suspens.

    Ce qui est certain, c’est que le discours a enfoncé le clou sur un certains nombre de sujets internationaux :  » La France sera au premier rang dans la lutte contre le terrorisme sur son sol et aussi bien que dans l’action à l’international. Aussi longtemps que ce combat devra durer, nous le mènerons « . La politique internationale de l’Etat français n’est pas prête de s’apaiser. L’impérialisme français peut bien se parer d’un sourire enjôleur, il n’en change pas sa nature pour autant.

    Reste à voir comment vont se concrétiser les premières mesures, les premiers choix, les orientations.

    Toujours est-il que la ligne Macron : rassembleuse et unificatrice, n’est nullement un garantie contre toute dérive autoritariste ou toute caporalisation de la société. Une union sacrée, même vendue comme « anti-fasciste » peut très bien s’accommoder d’une exploitation accrue, d’une répression d’autant plus violente qu’elle se targuerait d’être un rempart contre l’extrême-droite.

    Ceux qui voient dans Macron un démocrate convaincu ne doivent pas ôter de leurs esprits qu’il est un agent de la bourgeoisie, dont il exécute la commande.

    Si l’ordre est donné de frapper, si la situation se détériore, gare. Les libertés fondamentales ne sont, au final, que des droits formellement accordés par la bourgeoise. Ils se retirent aussi aisément qu’ils se donnent.

    Du côté des perdants, les législatives sont dans tous les esprits. Marine le Pen a déclaré : Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique, a-t-elle affirmé. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique. »

    « Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. » « C’est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat. »

    Un souffle d’inquiétude travers la « boutique. » Le concept même du Front National arrive t-il à bout de souffle ? Doit-il muter pour devenir le pôle principal d’opposition à la politique d’Emmanuel Macron ?

    L’alliance avec Debout la France, avec Nicolas Dupont-Aignan, avec Christine Boutin, est une nouveauté. Il semble que le Front National soit en passe de  devenir véritablement un front d’organisations nationalistes-chauvines, pour gagner en influence, gagner en relais, gagner en implantations.

    C’est de la réussite ou de l’échec de cette transformation que dépendra la physionomie des prochaines années, que dépendra la physionomie de la prochaine élection présidentielle.

    La France Insoumise, construction artificielle, autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, se délite progressivement. Les conflits entre les intérêts du PCF -pourrissant- et ceux du Parti de Gauche -qui ambitionne de prendre la place du Parti Socialiste- prennent une tournure antagonique. Des menaces, des pressions, des procès. La défaite se muera-t-elle en débâcle ?

    Les réformistes radicaux Poutou et Arthaud ont certes pu s’exprimer au cours de cette élection, mais n’ont rien su faire de cette tribune pour faire avancer la conscience politique des masses. En accréditant la mascarade, les trotskistes ont même contribué à solidifier le mythe de la démocratie bourgeoise. Rien n’est à attendre de ce côté.

    La réaction des révolutionnaires et des antiparlementaires est restée majoritairement marquée par le calme. Nouvelle attendue plutôt qu’un coup de tonnerre. Elle est prise avec gravité par les organisations et les militants et militantes, comme une lutte longue, sourde, et difficile à mener.

    Les cinq années qui s’ouvrent dans l’Etat français sont sous le signe de la croisée des chemins. Les aggravations de la crise du capitalisme, les aggravations des tensions politiques et internationales, se répercuteront dans le climat politique. La détérioration sociale promue par Macron jettera dans les bras de la misère et de l’exclusion sociale de parties importantes de la population. Si les organisations communistes -en premier lieu- ne sont pas à la hauteur de la tâche d’organiser et mettre en ordre de bataille les masses, ce seront les fascistes qui en bénéficieront et qui seront en mesure de lancer des mouvements de masse réactionnaires.

    La partie des présidentielle est terminée, mais plus largement elle signifie également un effondrement des marges de manœuvres réformistes et sociales démocrates.

    Elle signifie une cristallisation des tensions.

    Le lâche rempart n’existe plus.

    Il est essentiel, durant ces cinq ans, que le camp du peuple renaisse, soit fort, soit organisé et avance.

    Sans victoire sur le front de l’organisation, sur le front de l’idéologie, il n’existera que des défaites.

    En avant vers cinq années de lutte !

  • Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

    Le Pen – Macron : le match des agents de la réaction. – Nouvelle brochure-

     

    Nous publions, à l’issue du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un compte rendu le plus exhaustif possible du débat et de ses implications idéologiques.

    L’intégralité de la brochure est disponible en cliquant sur l’image ou -avec les autres brochures- dans la rubrique « téléchargements ».

    Nous republions ici l’introduction et la conclusion de cette brochure, que nous ne pouvons qu’inviter à lire.

    18 millions de téléspectateurs, au sein de l’Etat français, ont suivi le débat tant attendu entre Emmanuel Macron – candidat de En Marche ! et Marine Le Pen, la candidate du Front National.

    Cette confrontation était grandement attendue, grandement scrutée, tant par les habitants de l’Etat français que par le reste du monde, tant elle devait illustrer la confrontation entre deux visions du monde, entre deux idéologies opposées.

    Devait, car, fondamentalement, il existe une racine commune entre les deux candidats, des bases communes, sur lesquelles nous allons revenir.

    Sans entretenir de faux suspens, la grande majorité des observateurs ont vu s’effondrer la candidate du Front National, incapable de pouvoir mener une réelle offensive idéologique, se cantonnant à des coups d’épées dans l’eau, dans un ad hominem constant. Cette tactique, pour des raisons sur lesquelles nous allons revenir, était une faillite complète.

    Dans ce paysage qui tendrait à décerner la couronne de laurier au candidat de En Marche, une voix dissonante, celle de l’OVNI du marxisme : Les Matérialistes. Tellement arc-boutés dans leur idée de soutenir Macron à tout prix, du fait qu’il faille faire rempart contre le fascisme lepéniste, que ces apprentis-analystes forcent le trait, déforment la réalité, pour faire de Mme Le Pen la perdante. De la part d’une organisation capable de soutenir les manifestations de policier au nom de l’esprit « Charlie » et de l’unité populaire, qu’attendre d’autre si ce n’est -pour  reprendre les mots de leur héraut- des « sauts de cabri » en l’air ?

    Pour les marxistes, il existe une matière à analyser qui s’est illustrée lors de ce débat. Donner Macron vainqueur ne signifie pas prendre partie pour lui. Analyser sa stratégie, lors de ce débat, comme cohérente, ne signifie pas l’aduler. Lui trouver une maîtrise dans les sujets qu’il a pu aborder ne signifie pas que nous soyons en accord avec ses conclusions. Seulement nous devons -impérativement- reconnaître les forces et les faiblesses des agents de la bourgeoisie – comme celles de nos alliés – et ne pas projeter de fantasmes sur eux.

     

    Conclusion : 

    Ce débat transcrit avec une certaine fidélité l’état et les attentes de la société actuelle.

    Marine Le Pen a joué la carte de la punchline en espérant que ce soit la seule chose qui reste dans la tête des téléspectateurs à l’issue du débat. Insinuations, coups de poker, bluffs… Les débats précédents, après tout, n’avaient laissé en mémoire que les piques de M. Mélenchon ou de M. Poutou.

    Invité sur le plateau de Quotidien, Jacques Attali, soutien d’Emmanuel Macron, avait caractérisé cette campagne comme une campagne de l’anecdote. Il s’agit d’un fait indéniable. La société de l’information, loin d’être une société de l’approfondissement, se traduit par une société de la phrase d’accroche, du slogan, de l’enseigne lumineuse en néon.

    Cette tendance, présente également dans notre camp, a rendu inaudible la propagande -au sens premier du terme, la démonstration d’une notion- pour ne conserver que l’agitation. Or, l’explication, l’explicitation, l’analyse demande du temps, demande de l’énergie. La bourgeoisie entretient sciemment les « remous de surface » pour camoufler les courants de fond. Les clashs par tweet, en 140 caractères, est un format qui avantage la rhétorique, non la théorie.

    La conflictualité qui existe entre deux stratégies de la bourgeoisie est révélatrice : l’Etat français est à la croisée des chemins. Fatigué, usé, tailladé par la concurrence -surtout asiatique- l’impérialisme français est dans un creux. Il doit porter son choix dans l’offensive ou dans la défensive. Ce sont, en dernière instance, les lignes défendues dans ce débat.

    Cette conflictualité est également révélatrice d’une césure au sein de la société. Les gouvernements successifs, le recul des conceptions politiques progressistes, l’abandon de la lutte idéologique ont légitimité, nourri et couvé les conceptions réactionnaires. Elles arrivent à maturité.

    La bourgeoisie a réussi son plus grand tour de passe-passe : orienter la colère populaire dans le cul-de-sac réactionnaire. Orienter dans son sens la rage populaire.

    Dans notre courte analyse Macron l’illusion, nous indiquions le fond de notre pensée. Le programme du FN est connu, il est clairement un programme fascisant, xénophobe et raciste. De ce point de vue ite missa est. La messe est dite.

    Celui de Macron n’amène pas vers un soleil radieux, vers des lendemains qui chantent.

    L’application de ce programme, de cette ubérisation de la société, entrainera une précarité plus grande, plus forte. Il débouchera immanquablement sur une misère plus intense et plus sordide, sur une paupérisation accrue des masses. Par son libéralisme, il facilitera la concentration du capital et la ruine des petites entreprises au profit d’entreprises à caractère monopolistique.

    Son discours impérial et agressif ne laisse rien supposer d’autre qu’une multiplication des d’interventions militaires, un accroissement des actes d’agression et d’ingérence commis à l’encontre d’autres nations, pour étendre la sphère de l’impérialisme français et ses tentacules.

    La massification de la concurrence internationale laisse supposer une diminution des salaires, des droits des travailleurs, pour que la bourgeoisie française puisse demeurer compétitive.

    Les législatives prochaines dévoileront la véritable nature politique des cinq prochaines années. Une assemblée en recomposition débouchera probablement sur un gouvernement de coalition. Avec qui ? La question est importante.

    Marine Le Pen se voit déjà en figure principale de l’opposition. Son plus cher désir est de voir le centre de gravité du débat se placer entre le libéralisme et le fascisme. L’opportunisme de Mme Le Pen, cependant, la pousse à hurler au vol lorsque le PS appliquait ses conceptions.

    Le danger est celui d’une synthèse entre les deux camps. S’ils ne peuvent s’entendre sur la stratégie de fond, le projet de société lepéniste peut très bien frayer son chemin jusqu’aux plus hautes sphères.

    Fondamentalement, les choix sont restreints. Entre deux courants de la réaction et du recul social, certains trouvent la possibilité de choisir. Dans un sens nous ne saurions les blâmer. Sans organisation communiste puissante, capable d’avoir une action sur la société, comment reprocher à celles et ceux qui ne voient d’autre planche de salut que le vote de céder ? Nous ne le pouvons pas.

    Nous devons, en revanche, comprendre que le premier acteur de notre faiblesse n’est pas la bourgeoisie. Elle mène sa politique, en fonction de ses intérêts. Nous ne pouvons reprocher à des anticommunistes ou des non-communistes de ne pas agir en communistes.

    Nous sommes les premiers acteurs de notre faiblesse. Nous sommes aussi ceux de notre reconstruction.

    La situation sociale n’est pas sur une voie d’amélioration, au contraire. La crise s’approfondit, bien qu’elle paraisse-en surface- cicatrisée. Nous bénéficions d’un sursis que nous devons mettre à profit impérativement pour forcir, gagner en unité, en efficacité, en influence.

    Pour que naisse un camp du peuple, pour que naisse un phare capable de guider les masses, leur colère légitime, leur désir de lutte, vers une issue positive, constructive, révolutionnaire.

    Nous ne devons pas nous relâcher en poursuivre le travail. Contre le jeu de la bourgeoisie, développons l’autonomie ! Construisons les bases de l’opposition extra-parlementaire. Unissons-nous et avançons sur la voie de la construction du Parti. Renforçons les unités communistes !