Étiquette : Le Pen

  • Macron 2 ?

    Macron 2 ?

    Macron a été élu président pour la seconde fois avec une courte longueur d’avance.

    Les résultats ont été plus serrés que lors de l’élection de 2017, avec un passage de 66/33 % à 60/40 % environ. Marine Le Pen a récolté 3 millions de voix supplémentaires, tandis que Emmanuel Macron en a perdu 2. L’abstention est la deuxième force politique du pays avec 13 656 109 non-votants, auquel s’ajoute 2 millions de blancs et 600 000 nuls.

    Le missile à usage unique que devait être Macron et LREM finit par resservir, mais nullement grâce à ses qualités propres. Ce sont en réalité les inconséquences de ses adversaires qui expliquent ce deuxième mandat par défaut. Car, malgré cette victoire du centre, sa désagrégation se poursuit. Le bloc traditionnel du centre (PS-LREM-LR) n’a récolté qu’un nombre de voix faible.

    Le centre s’affaiblit.

    En 2012 : 10 millions pour le PS, 9,7 pour l’UMP, 3,2 pour le MoDem soit 23 millions de voix pour les partis du centre sur 36,5 millions de suffrages exprimés.

    En 2017 : 8,6 pour LREM, 7,2 pour LR, 2,3 pour le PS soit un total de 18,1 millions de voix pour ces mêmes partis, sur 36 millions de suffrages exprimés.

    En 2022 : 9,8 pour LREM, 1,7 pour LR, 0,6 pour le PS pour 36 millions de votes, soit un total de 12,1 millions (13,7 en contant EELV).

    Même si la méthodologie employée ici est contestable, elle reflète une réalité : une plus grande polarisation de la vie politique. On ne peut qu’avoir le sentiment d’un pays fragmenté et d’un système de représentation à bout de souffle, en dépit de l’illusion de la stabilité.

    La candidature Le Pen est un cul-de-sac en termes de marges de progression, ce qui la rend moins capable, à terme, d’accéder et d’exercer le pouvoir que d’autres candidats d’extrême-droite. Zemmour, avec sa stratégie de réconciliation des droites, est plus à même sur le long terme de représenter une menace sérieuse que la firme Le Pen.

    La campagne de LFI s’est heurté aux jeux des appareils et des intérêts d’organisation. Finalement, les intérêts des boutiques politiques ont été les acteurs les plus efficaces du statu quo.

    Emmanuel Macron va donc pouvoir continuer son travail de sape des droits sociaux. Mais les concessions annoncées en dernière minute par le candidat-président montrent quelque chose : il a senti passer le vent du boulet. Si la victoire est acquise, elle est néanmoins inconfortablement précaire.

    L’abstention plus forte encore qu’en 2017 montre l’existence d’un potentiel politique important. Potentiel politique qui recherche des réponses différentes de celles apportées par les candidats en lice, que ceux-ci soient au premier ou au deuxième tour. Elle est une énergie potentielle, qui peut peser lourd dans l’évolution politique du pays. En particulier, les classes populaires ne se sentent pas représentées par un système qui ne représente que lui même ou la bourgeoisie.

    Un quinquennat de luttes s’ouvre devant nous.

    La victoire relativement fragile de Macron laisse présager de féroces législatives. Elles sont la clé pour obtenir une majorité suffisante et imposer les mesures brutales prévues. Par effet miroir, elles sont également la clé pour plusieurs forces pour tenter de s’imposer. Elles permettront de vérifier plusieurs hypothèses : celles d’un déclin irrémédiable du PS, qui perdrait ses bastions et qui entraînerait un PCF réduit à l’état de croupion dans sa chute. Celle aussi de l’entrée de nouveaux acteurs : on peut s’interroger sur la manière dont l’Union Populaire peut gagner en influence, ou si Reconquête et des alliances droite gaulliste et droite vichyste peuvent apparaître et s’implanter durablement.

    Nous ne pouvons qu’acter de l’existence de contenus et de stratégies différentes dans la sphère de la gauche extra-parlementaire. Ainsi, même si elles sont compréhensibles, les émeutes qui ont marqué l’élection d’Emmanuel Macron ne sont pas une issue. Il n’existe pas d’espoir de croire à un changement rapide – format Grand Soir spontané – de régime. L’État fonctionne, les fonctionnaires obéissent et l’administration applique les décisions. Nous ne sommes pas en face d’une entité qu’une manifestation débordante pourrait menacer. Il nous faut donc travailler sur un échéancier de temps plus long, et éviter les solos funèbres auxquels ressemblent certaines actions. Ce travail est possible, malgré les divergences.

    Nous avons cependant un chemin à réaliser conjointement avant que ces divergences ne se manifestent. De même, elles sont très souvent abstraites : dans la pratique, nous avons pu voir des positions similaires émerger et une coopération mutuellement bénéfique se réaliser, au delà de clivages. Il y a là un travail essentiel à réaliser, sans a priori, et qui permet aussi d’avancer politiquement conjointement.

    L’échéance est proche.

    Il y a cinq ans, nous écrivions que nous avions cinq ans devant nous pour avancer, grandir et nous renforcer avant la grande épreuve de force. L’élection de Macron ne doit pas nous duper outre mesure : nous sommes dans l’antichambre de la catastrophe. L’attitude d’une partie importante de la gauche extra-parlementaire ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des « décideurs » face aux rapports du GIEC. Notre camp aussi a son côté don’t look up, remettant constamment à demain des nécessités urgentes, et le fait que nous en ayons nous-même conscience ne veut pas dire que nous parvenons nous-mêmes à nous dégager de ce bourbier. Ainsi, nous ne pouvons que déplorer que face aux enjeux actuels, il existe encore des conflits claniques, de seigneurs militants, ou qu’il existe encore des petites stratégies de sectes, dont le but est de se renforcer seules, quitte à lessiver intégralement toutes les luttes autour d’elles.

    Nous avons pu voir que la déprise des organisations électoralistes à permis des pas de géant dans la conscientisation politique commune. Le mouvement des Gilets Jaunes a été ainsi le mouvement le plus politique depuis des décennies. Le fait que l’extrême-droite et que le conspirationnisme aient pu y réaliser des percées ne doit pas nous tromper et nous dépiter : cette vulnérabilité et cette instabilité est logique, car il s’agissait d’un travail dans lequel nous avons peu d’expérience, réalisé auprès d’individus qui cherchent d’autres réponses que le système électoral étriqué et corrompu. Nous pensons que cette expérience ne doit pas être rejetée, mais doit au contraire être reprise autant que possible et approfondie pour le mener jusqu’au bout : c’est à dire non plus à la contestation d’une politique, d’un gouvernement, mais bien d’un régime politique en général. C’est à dire le fait de ne plus accepter d’être gouverné comme on l’est usuellement, et de revendiquer une « fraction du pouvoir réel » pour reprendre les termes de Mao.

    Cette instabilité, qui arrivera naturellement avec la réduction des droits économiques et politiques, n’est pas de notre fait. Elle est une conséquence inéluctable. Elle peut très bien être utilisée par une extrême-droite qui est en pleine mutation, mais nous pouvons aussi apporter les réponses nécessaires pour qu’elle soit le point de départ d’une nouvelle ère. Cela ne dépend que de nous – au sens large – et de notre capacité à pouvoir nous hisser à la hauteur des nouveaux enjeux actuels.

  • Suède – France : destins croisés ?

    Suède – France : destins croisés ?

    Une série de manifestations et d’émeutes ont lieu en Suède depuis plusieurs jours. En cause : les actions d’une organisation fasciste nommée Ligne Dure.

    Le mouvement Ligne Dure (Stram Kurs) a lancé une série d’opérations de provocation. Ligne Dure est une mouvement danois de la mouvence ethno-nationaliste et identitaire. Fondé en 2017, il est parvenu à acquérir une certaine notoriété par ses actions d’éclat et leur diffusion sur internet. Leur méthode d’action est de s’appuyer sur la très libérale conception scandinave de la liberté d’expression pour essayer de provoquer des incidents. En 2018, cela s’est concrétisé par des caricatures, en 2019 par des jets de Coran à Copenhague – qui provoquèrent des émeutes. À partir de 2020, ils ont initié des tournées en Suède dans lesquelles les militants de l’organisation brûlent des Corans. Leur but avoué est de « brûler un Coran dans chaque ville ». Fort logiquement, ces provocations ont donné lieu à des tensions importantes dans chaque ville.

    Leur but est d’instrumentaliser les réactions pour passer pour des victimes de la censure auprès de leurs adhérents et soutiens, tout en créant des réactions vives qui provoquent des affrontements avec les autorités. Cela permet également de cibler les musulmans de Suède et de les faire accuser d’être des dangers pour la population. À la date du 18 avril, 40 personnes ont été blessés, dont 26 policiers et 14 manifestants et manifestantes. Cependant les chiffres ne reflètent que partiellement la réalité : plusieurs blessés parmi les civils l’ont été par balles ou par éclats provoqués par les balles. 26 personnes ont été arrêtées. Il semble que ces manifestations aient permis à des agents provocateurs de s’infiltrer et de semer un chaos toujours plus grand, soit pour des motifs crapuleux, soit consciemment pour créer des débordements supplémentaires et accroître la répression. En dernière instance, ce sont les musulmans et le mouvement antifasciste suédois qui paient les conséquences de ces actes.

    Rasmus Paludan s’est vu comme le leader d’une espèce d’officine internationale de la provocation raciste. Ainsi, il a été ciblé par la police française pour avoir planifié le projet d’incendier des Corans sous l’Arc de Triomphe le 11 novembre. Ces ambitions et cette capacité de « projection » de haine sont inquiétantes.

    En France, si la situation ne peut pas être considérée comme aussi catastrophique, elle n’en est pas moins préoccupante. Pour le moment, les élections laissent entrevoir un second mandat de Macron assorti d’une ligne politique qui essaie de faire la synthèse entre les deux électorats les plus mobilisés de la présidence : le centre et l’extrême-droite.

    Cependant, il existe toujours une part d’imprévisible. Des provocations peuvent éclater, à l’image de la Suède, et nous ne sommes pas à l’abri d’un scénario à la Trump, voire pire, d’un scénario à la « incendie du Reichstag ». Une grande partie de la population française, travaillée depuis de longues années, échaudée par deux ans de pandémie, pourrait être victime d’un « moment totalitaire » à la suite d’un événement grave. Elle pourrait accorder sa bénédiction à un pouvoir autoritaire. D’autant que les agents provocateurs ne manquent pas. Les extrêmes droites, qu’elles soient racistes ou religieuses, n’hésitent pas à recourir à la prophétise auto-réalisatrice lorsque les choses ne se passent pas comme elles le désirent. Elles pourraient chercher à polariser encore davantage la société.

    La coordination entre les élections présidentielles et les élections législatives, voulue par Chirac pour renforcer le pouvoir présidentiel et lui laisser les mains libres, rendent ces années cruciales. Même si nous pensons que les élections ne font pas tout et que les décisions ne sont pas libres, elles indiquent des tendances dans la population et elles indiquent quelle sera la ligne que « l’interface démocratique de la dictature de la bourgeoisie » appliquera. Elles donnent également des signaux forts envers la société, envers ce qui est permis ou non. Les apprentis-sorciers du racisme et de la haine ont une responsabilité morale dans les attentats d’Oslo, d’Utøya ou de Christchurch. Ceux qui pourraient arriver au pouvoir à la présidentielle ou en force à la législative en auraient également une quant aux déferlements d’agressions qui en résulteraient.

    Cela impose donc de garder la tête froide et de prendre aussi ses responsabilités. La dégradation de la situation politique ne peut pas être compensée par des pratiques d’un temps de « paix ». Beaucoup de forces positives et courageuses sont encore dispersées, soit par un manque de liens, soit parfois même pour des questions de conflits personnels érigés abusivement en controverse entre organisations. Pourtant, nos espaces d’expression politiques se réduisent progressivement. Ils sont le reflet de la dégradation économique et sociale dans notre pays.

    L’exemple de la Suède montre que les fasciste sont capable d’ingéniosité pour faire parler d’eux et pour créer des effets levier qui décuplent leur influence. À ce jeu là, nous ne pouvons être gagnants car la division ne nous apporte rien. Un travail acharné nous attend, serons-nous capables de le mener à bien ?

  • Questions et perspectives sur le second tour

    Questions et perspectives sur le second tour

    L’issue du premier tour, si elle n’a pas été une surprise, n’en demeure pas moins un choc : l’extrême droite s’impose donc pour la première fois deux élections de suite au second tour, tandis que se confirme l’effondrement des partis traditionnels de la Vᵉ République. Une nouvelle fois, le choix laissé au second tour est un Charybde ou un Scylla, deux bourreaux.

    Dès l’annonce des résultats, des lignes se sont formées. Le camp de l’extrême-droite s’est doté d’une rhétorique populiste dont le but est de se faire passer, à nouveau, pour l’antisystème. Les libéraux se sont parés des vertus de la démocratie et de sa défense. Les premiers omettent qu’ils sont des parasites qui vivent de subsides publics et de détournements de fond, qu’ils sont des boutiquiers avant tout. Les second essaient de nous faire oublier qu’ils ont cloué au pilori une partie de la gauche, accusée d’être les agents d’un hypothétique « islamo-gauchisme » et qu’ils ne se sont pas privés de dépasser parfois l’extrême-droite par sa propre droite.

    Il en résulte une pression importante sur l’ensemble de la société, avec des injonctions morales à faire barrage ou à ne pas laisser se mettre en place un nouveau quinquennat de Macron. Nous ne sommes pas des îles, et nous aussi nous sommes perméables à ces questionnements. Plutôt que donner des consignes qui n’ont pas de sens, nous préférons prendre le temps de les analyser et d’essayer de déterminer des perspectives au-delà de cette date dont l’importance même est à nuancer.

    Nous le disons d’emblée : il n’y a pas de « bonne réponse » électorale à ce type de question. Mais il existe en revanche des pistes d’action et des perspectives possibles pour avancer réellement.

    De quoi décide une élection ?

    Si nous reprenons la formulation de l’économiste Samir Amin, les élections dans le système capitaliste servent à une unique chose : elles définissent la péréquation du profit. C’est à dire qu’elles définissent comment sont répartis les richesses extraites de l’exploitation capitaliste et de la surexploitation impérialiste. Ainsi elles définissent, dans la mesure des rapports de force, la répartition entre les salaires, les droits sociaux, les budgets de l’État… mais elles ne remettent pas en cause les fondements même de la source de ces profits. Au delà de ces fonctions économico-politiques, une élection détermine aussi un sens d’évolution des pratiques sociales et des rapports entre individus : égalité entre les genres, tolérance ou xénophobie, etc.

    Mais l’un des points cardinaux des gouvernements élus est aussi et surtout d’assurer la stabilité et la croissance des revenus issus de l’exploitation. La stabilité des marchés est ce qui détermine si la grande bourgeoisie et les grands cartels économiques vont soutenir le gouvernement ou vont le torpiller. En 1924, elle avait choisi de le torpiller pour éviter de payer des impôts sur le revenu (impôts qui ont été mis en place par la force des choses par la suite, mais que les plus grands bourgeois évitent de payer.) En 1936, elle avait l’intention de le faire, mais ce n’est que par une mobilisation immense de grèves pour soutenir l’action du Front Populaire que des compromis ont dû être pris (et par l’action d’un contexte géopolitique de montée en tensions). D’ailleurs les exemples de victoires sociales montrent qu’il n’existe pas de muraille de Chine entre gouvernement et contre-pouvoirs extra-parlementaires. Mai 1968, en dépit de toutes les critiques, avait été plus efficace que le mandat de Hollande pour gagner des avancées sociales.

    Cette sacro-sainte stabilité des marchés et du système d’exploitation est un pivot central. Elle est le canevas, le grand consensus, dans lequel se construit la politique. Ceux qui s’en écartent sont politiquement marginalisés ou traités en ennemis. De toute manière, en dehors de la politique proprement dite, il existe toute une technostructure de l’État qui possède elle aussi ses propres intérêts. Cette technostructure dont les ramifications vont jusqu’à la Françafrique est un poids considérable et un ancrage fort dans une certaine stabilité politique. Le terme d’État profond ayant été phagocyté par les conspirationnistes, nous lui préférons la métaphore de « fonctions neurovégétatives d’État » c’est à dire l’administration, l’armée, l’ensemble des fonctions non-élues, et les fonctions économiques centrales qui garantissent à notre pays d’être une grande puissance impérialiste (complexe militaro-industriel, banques, diplomatie…). Obtenir le pouvoir, c’est obtenir au moins sa neutralité.

    Éviter les analogies douteuses.

    Le fonctionnement par analogie est quelque chose qui mérite d’être illustratif, mais il est aussi trompeur. Nous ne sommes pas dans les années 1930. Il existe une crise économique, oui. Il existe une crise politique partielle. Mais il n’existe pas de crise de régime : c’est à dire une crise dans laquelle le gouvernement ne peut plus gouverner comme il gouverne habituellement et dans laquelle la population ne veut plus être gouvernée comme elle l’est habituellement. En dépit d’une forte abstention et de votes de protestation, le gouvernement fonctionne. Nous ne sommes pas dans une situation d’un « État gélatineux » pour reprendre la formulation de Gramsci. Les institutions fonctionnent, les fonctionnaires obéissent, et, malgré les fictions sur les « zones de non-droit », l’ordre règne.

    De plus, il n’existe pas de force politique organisée qui puisse justifier un passage au fascisme : les menaces avancées par l’extrême-droite ont trouvé leur place dans l’imaginaire collectif d’une grande partie de la population, mais elles peinent à convaincre les grands magnats de la finance et de l’industrie. Le patron de Zemmour reste ainsi un outsider chez les grands patrons. Il est un des seuls parmi cette clique réactionnaire à considérer que les solutions libérales ne sont plus celles qui conviennent. Il s’est marginalisé, même si le temps (et l’accentuation des crises) joue probablement en sa faveur. Il n’y a pas aujourd’hui de courant révolutionnaire ou même extra-parlementaire fort. Jean Luc-Mélenchon, lorsqu’on consulte son programme, ne remet pas en cause les fondements de l’exploitation ou de l’impérialisme. Il n’existe pas de force à l’étranger qui soit aussi capable de fragmenter l’unité du pays, pas de « parti de l’étranger » en dépit des fantasmes des fascistes. Il n’existe pas de raison qui puisse justifier que la grande bourgeoisie passe de l’enrichissement immense accordé par Macron à une politique aventuriste et chaotique supprimant la démocratie parlementaire et l’État de droit.

    Obtenir déjà le fait de pouvoir diriger est une lutte en soi. Il est plus aisé de diriger du centre que d’une aile politique, cela facilite les alliances et les compromis, et dote d’une marge de manœuvre. De plus, la politique est un art du compromis : LREM a été obligé de prendre en compte le votre RN, le RN serait obligé de faire l’inverse pour espérer être obéi.

    Lorsque Macron a été élu, peu le considéraient comme capable de pouvoir rassembler une majorité législative qui lui accorderait le pouvoir. Il y est parvenu par le fait qu’une grande partie de ce PS sans colonne vertébrale (dont l’archétype est Gérard Collomb) sont passés avec armes et bagages du côté de Macron.

    Car le système mis en place pour l’élection des députés favorise celui qui possède la meilleure assise territoriale. Cela signifie que malgré le résultat microscopique qu’a obtenu le PS, il est en meilleure posture d’obtenir des députés que le RN bien plus fort électoralement. Les élections législatives vont donc être une bataille pour la conquête de territoires, et il n’est pas sûr qu’une Le Pen fraîchement élue puisse avoir la majorité qui lui manque.

    Pour conjurer cette situation, elle a évoqué le passage par référendum à la proportionnelle. Cette proportionnelle avec un avantage à celui qui arrive en tête pourrait lui donner une assise suffisante pour diriger le pays avec une véritable autorité. Mais cette transformation serait un cataclysme politique, elle changerait complètement le fonctionnement de la République. Il est quasiment certain que tous les élus feraient feu de tout bois pour empêcher cela et conserver leurs postes. Une élection proportionnelle est aussi un facteur d’instabilité en soi : elle pourrait se retourner contre ceux qui la mettent en place.

    Il existe des pays d’extrême droite en Europe, mais existe il un pays fasciste ?

    Dans beaucoup de pays d’Europe (mais aussi dans le monde) l’extrême-droite est au pouvoir. Pourtant, le nombre de régimes qu’on peut qualifier de fasciste est difficile à quantifier. Une victoire électorale ne signifie pas forcément les coudées franches. Même Mussolini à mis plusieurs années entre sa prise du pouvoir et la possibilité de faire passer les lois fascistissimes. Hitler s’est vu conférer le pouvoir dans le cadre d’une crise de régime qu’il avait contribué à créer, et il en tiré profit pour mettre en place la loi habilitante. Mais ni le PiS en Pologne, ni Orban en Hongrie, ni le FPÖ en Autriche n’ont mis en place le fascisme. Et celui-ci pourrait très bien venir de personnalités n’étant pas marqué à l’extrême-droite, si jamais le climat devait s’y prêter.

    Rien n’est jamais certain, mais les probabilités d’un succès RN, même avec la présidence, restent mince. En revanche, nous observons déjà un sentiment de victoire qui pousse les fascistes à se lancer dans des attaques et des agressions. C’est là un vrai danger quelque soit l’issue du scrutin, mais particulièrement en cas de victoire du RN. Même si les marges de manœuvre politique sont minces, une partie de la technostructure, en particulier les institutions militaires et policières, sont déjà acquises à l’extrême-droite. Elles en profiteraient certainement pour outrepasser encore davantage les lois dans l’exercice de la répression. Nous ne sommes pas tous égaux devant cette répression : nous pouvons camoufler nos idées, mais ceux qui sont ciblés pour leur peau, leur genre, leur situation sociale ne peuvent rien y faire. Il y a une certaine responsabilité à avoir.

    Si nous devions résumer : Macron est moins dangereux pour le droits politiques et pour le climat politique que Le Pen mais posséderait des marges de manœuvre plus grandes pour agir comme il le souhaite. A l’inverse, Le Pen serait un blanc seing pour les violences racistes et xénophobes (particulièrement policières), mais aurait des marges de manœuvre plus étroites pour avancer sur des projets politiques.

    Dans le fond, victoire ou non, il aurait mieux fallu Mélenchon au second tour. Il aurait certainement perdu. Mais le centre de gravité du débat public aurait été polarisé autour d’autres thématiques, d’autres questions. Il aurait pu permettre aussi une expression plus confortable de nos conceptions et de nos stratégies, plus que de devoir choisir entre deux anti. Mais nous ne choisissons pas les conditions du combat.

    Que faire ?

    Nous considérons qu’il existe trois scénarios majoritaires et un minoritaire.

    1. Voter Macron pour faire barrage et réduire le score relatif du RN dans le but de
      1. Éviter son accession au pouvoir.
      2. Réduire son score relatif pour essayer de déplacer le curseur du centre de gravité électoral de l’extrême droite vers le centre.
    2. S’abstenir ouvertement.
      1. Pour ne pas se compromettre dans le fait de voter pour le bourreau qui a dirigé pendant cinq ans.
      2. Pour réduire le score absolu des candidats et délégitimer une élection dans laquelle une minorité de la population s’est exprimée.
    3. S’en moquer complètement et focaliser sont attention et son travail sur d’autres terrains de lutte.
    4. Nous ajoutons un scénario minoritaire : voter le Pen pour essayer de déclencher une catastrophe dans laquelle nous serions obligé de prendre nos responsabilités.

    Ces scénarios, à l’exception du dernier, ont une certaine légitimité. Cependant, l’action des forces progressistes et révolutionnaire serait bien tristement limitée si elle se bornait à un bulletin (ou non).

    Du Front antifasciste à l’opposition extra-parlementaire.

    L’idée d’un Front Antifasciste a été notamment lancée par Philippe Poutou, candidat malheureux à la Présidentielle. Cette idée est louable, mais n’est guère neuve : il existe le plus souvent des coordinations unitaires dans les grandes villes. On peut s’interroger sur le fait que le NPA, qui a connu une série de déconvenues ces derniers temps, entre le départ de Révolution Permanente et un déclin en termes de militants, n’essaie pas de réanimer son organisation en tenant de mettre à son compte cette idée. Quoiqu’il en soit, le problème de ces fronts est dans leur nature même : il s’agit d’un élément tactique défensif, qui permet de lutter de manière coordonnée contre l’ennemi ultra réactionnaire, mais il n’est pas en mesure de devenir un outil stratégique offensif, capable de porter un programme. Il reste à définir une synthèse commune qui puisse, on peut l’espérer, servir de creuset à une nouvelle alliance. De même nous ne pouvons nous limiter à dénoncer le fascisme sans aborder les crimes des libéraux.

    D’une manière générale, nous pensons que les élections ne constituent qu’une action parmi d’autres dans la lutte politique. Si elles accordent des postes et des fauteuils, elles ne constituent pas l’intégralité de la démocratie et du politique. Nous pensons que l’un des points centraux de notre action, notre au sens du courant progressiste-révolutionnaire, est l’extra-parlementarisme. Nous avons pu voir, au moment des Gilets Jaunes, une politisation importante : c’est à dire la prise en compte du fait que l’action de transformation de la société ne passe pas que par les relais politiques officiels. Cette politisation n’a pas toujours débouché dans la direction souhaitée et à pu dégénérer en conspirationnisme ou en positions réactionnaires. Mais elle à permis à des gens qui n’avaient jamais pu décider dans leur vie de participer à un espace dans lequel ils avaient une souveraineté. Cette politisation est le prélude à la constitution, un jour, de doubles pouvoirs, de conseils, qui seront des outils dans le renversement de l’ordre injuste.

    Mais il nous faut pour cela grandir : tant numériquement que dans notre conception des choses. Cela veut dire être capable d’aller au-delà de la leçon de morale et d’écouter aussi. D’écouter ceux et celles qui n’ont pas voté et d’apporter des réponses aux questions profondes qui sont sous-jacentes. D’écouter ceux qui ont voté pour des réactionnaires alors que ce n’est pas leur intérêt de classe et de chercher à comprendre aussi quelles sont les raisons qui peuvent les avoir poussé à écouter un argumentaire anti-populaire. C’est d’être capable de saisir les vraies raisons profondes, et de les inclure dans une perspective qui ne divise plus les exploités et les exploitées, mais qui soit capable de les réunir contre leurs bourreaux : la grande bourgeoisie « bien de chez nous ».

  • Élections 2022 : un match retour ?

    Élections 2022 : un match retour ?

    Le premier tour de l’élection présidentielle est passé. Il a débouché sur la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour. Le danger d’une droite élargie, qui nous avait préoccupé, ne s’est pas manifesté. Les rivalités d’appareil, plus que d’égo, ont empêché une synthèse Zemmour – RN – LR. Le grand parti de l’Ordre s’est finalement heurté à des écueils très classiques.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait donc bénéficier d’un double mandat, mandat qui lui permettra de poursuivre les objectifs qu’il s’était fixé. Ainsi le programme interne, inscrit dans le long document « Cap 2022 » que nous avions analysé, demeure la ligne de conduite principale du futur gouvernement.

    Mélenchon s’est imposé comme le troisième homme de l’élection. Il s’en est fallu de peu, quelques dixièmes de points. Les partisans de Mélenchon peuvent être légitimement dépités : finalement, les campagnes-témoignages comme celles de Jadot, de Roussel ou des candidats trotskistes les ont privé d’une possibilité de passer au second tour. Inutile de dire qu’une rancœur tenace va s’installer entre une LFI frustrée de sa victoire et les autres organisations.

    C’est d’ailleurs une première fois historique : trois candidats ont plus de 20 %. L’électorat s’est puissamment polarisé. Derrière le trio de tête, ce ne sont plus que poussières. Moins de 8 % pour Zemmour, moins de 5 pour Jadot, et moins encore pour les partis historiques de la Ve République. Le PS réalise le plus mauvais score de son histoire, en étant derrière le PCF. Ce même PCF est derrière Jean Lassale. C’est tout un monde politique qui fait naufrage.

    Match retour ou nouvelle étape ?

    Si cette élection ressemble en effet à un match retour, il existe cependant des mouvements de fonds qui méritent d’être observés. L’un des plus importants est le fossé abyssal entre la structure d’organisations comme LR ou le PS et leurs résultats électoraux. L’ancien bipartisme qui assurait la stabilité de la Ve République semble avoir volé en éclat au profit d’un nouveau triumvirat LFI – LREM – RN. Reste à voir comment cette situation se transcrira dans les législative : savoir si ces organisations vont conserver des bastions ou si leur effondrement se transcrit aussi sur ce terrain là.

    La défaite a un coût. Les scores tout simplement minables de certaines organisations historiques vont peser lourd sur leur trésorerie. Déjà, Valérie Pecresse annonce que la survie de LR est conditionnée par la possibilité de pouvoir posséder une aide financière. Les dettes sont très lourdes pour ces organisations, surtout celles qui escomptaient bénéficier des remboursement de frais de campagne.

    Les élections ont-elles un sens ?

    L’abstention est restée forte : le sentiment général, chez les plus précaires, chez les plus pauvres, est que ces élections ne décident de rien et que les politiciens ne les représentent pas. C’est un fait avéré.

    Mélenchon au second tour aurait-il gagné ? C’est assez peu probable. LREM occupe une position centrale qui lui permet de drainer largement des voix à sa gauche et à sa droite. Elle bénéficie d’une situation arithmétiquement confortable. S’il gagnait, il aurait tout aussi probablement été confronté à des difficultés immenses à mettre en place les mesures de son programmes. Les réformateurs ne gouvernent pas seuls : il existe de puissants groupes d’intérêts économiques qui sont prêts à tout pour protéger leurs privilèges ou pour les accroître. On se souviendra du « mur de l’argent » en 1924, grâce auquel la bourgeoisie bancaire à fait chuter le Cartel des Gauches de Édouard Herriot.

    Cependant les gouvernements gouvernent le plus souvent au niveau de ce qu’ils pensent être le centre de gravité politique. Lors des duels entre centre et extrême-droite, le centre de gravité est de fait une synthèse entre ces deux. Barrage ou pas barrage, ce n’est pas qui vote par dépit qu’écoutent les gagnants, mais qui vote par conviction. Ce n’est même pas de l’adhésion, mais une prise en compte de quelle est la partie politique qui se mobilise le plus : l’adversaire plus que le soutien « critique ». C’est un choix rationnel de la part des politiciens, qui s’intéressent plus à un électorat mobilisé qu’a des potentialités.

    Un second tour réaliste ?

    Nous n’avons pas envie de faire des incantations sur le second tour. Nous ne représentons pas un poids suffisant pour que nos publications puissent influencer cette élection. Mais nous pensons qu’il est important d’observer ce fameux abstentionnisme. Selon sa force, elle sera illustrative du fait que les solutions politiques proposées lors de ce second tour ne sont plus du tout consensuelles et qu’elle ne permettent plus de faire tenir l’argument d’être une synthèse de la Nation au travers de l’élection.

    Le fait même de voter est un calcul qui mêle rationalité et espoir. Cette rationalité doit être prise en compte dans les choix que nous faisons en tant qu’organisation qui prône une lutte extra-parlementaire comme le moyen principal d’action. Il nous faut prendre conscience que la déshérence des urnes ne signifie pas une adhésion à une action telle que nous la concevons. Prenons donc garde à trop célébrer l’abstentionnisme comme une victoire, car nous n’en recueillons pas les fruits. En revanche, elle signifie un espace de manœuvre dans lequel nous pouvons exister si nous sommes capables de grandir.

    Aujourd’hui, il existe deux perspectives : fournir des issues politiques à cet espace laissé à l’abandon par la politique politicienne, et lui proposer une organisation en dehors des cadres étriqués de la démocratie bourgeoise. Mais aussi poursuivre les luttes et les intensifier : elles ont, au final, un impact plus grand que les élections. Les bulletins marqués François Hollande ont causé des dégâts terribles, alors que les luttes sociales ont au moins ralenti les politiques réactionnaires.

  • Radicalisation cumulative.

    Radicalisation cumulative.

    La proximité de l’élection présidentielle donne un formidable coup d’accélérateur aux discours réactionnaires. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis que la fin de la Guerre Froide a laissé l’Occident sans adversaire contre lequel se cimenter, sans épouvantail, il a fallu trouver de nouvelles thématiques.

    Or, à ce titre, tous les problèmes ne sont pas égaux. Régler la misère demande une remise en cause des écarts de richesses, alors que frapper les quartiers populaires par des expéditions punitives ne demande que quelques brigades. Depuis 2001, l’insécurité et le terrorisme sont devenus un duo récurent, duo auquel s’est rajouté la question des migrations.

    France Inter, en mai 2021, écrivait : La campagne pour l’élection présidentielle de 2022 n’a pas encore commencé, mais on entend déjà fuser des expressions telles que « un été Orange Mécanique » dans la bouche de Xavier Bertrand, « ensauvagement » dans les discours de Gérald Darmanin, « barbarie ordinaire » chez Bruno Retailleau, ou « un été meurtrier » et une « véritable barbarie » dans les déclarations de Marine Le Pen.

    « Le problème, c’est la généralisation à tort des faits divers”, estime le sociologue Laurent Mucchielli. « Les hommes politiques profitent de ça pour faire leur mise en scène , sur un thème très ancien. Le message est toujours le même au fond : « c’est le désordre, votez pour moi, je vais rétablir l’ordre’ ».

    Qu’importe si la réalité dit le contraire, l’essentiel est le sentiment. Et les sentiments sont l’enjeu d’un mouvement spéculatif puissant, qui balaie progressivement les inhibitions. Au fur et à mesure du temps, les rédactions des médias sont gagnées par des thèses plus agressives, plus réactionnaires. Il suffit de voir ce que publie Marianne ou Charlie Hebdo pour se rendre compte de la progression des concepts réactionnaires.

    L’Europe devant son hypocrisie.

    Exemple important en date : Julien Odoul, en parlant des migrants coincés entre la frontière du Bélarus et de la Pologne, dit simplement qu’il fallait les « laisser mourir de froid ».

    Le Bélarus, il faut le reconnaître, a su jouer une carte aussi cynique qu’intelligente. Le gouvernement de Loukachenko a mis l’Europe en face de ses responsabilités. Plus encore, il l’a tout simplement placé devant le miroir de son hypocrisie. Les migrants qui fuient la guerre et la déstabilisation causée par l’impérialisme ne sont pas aujourd’hui en perdition au milieu d’une mer devenue une fosse commune. Ils sont physiquement là, sous les yeux des caméras, coincés par des rangées de policiers anti-émeutes.

    On peut s’esclaffer du tour joué par Minsk, qui ramène à l’Europe les enfants de ses guerres. Mais, nous, nous nous désolons surtout de l’utilisation de la détresse, de questions de vie ou de mort, comme d’un moyen. Et c’est là une question inquiétante : cette réification, cette chosification des individus, qui permet à certains de dire « oui, bien sûr » il faut qu’ils meurent de froid.

    Nous pensons qu’il y a deux aspects conjoints qui concourent à ces discours :

    1. La tendance générale à la droitisation : du fait de la crise économique et sanitaire, qui devient une crise politique voire une crise de régime, il y a un besoin pour les marchés financiers et les exploiteurs. Ce besoin est simple : trouver l’agent de la stabilité, du maintien et de l’accroissement de l’exploitation. Trouver celui qui saura être le César de la bourgeoisie.
    2. Une tendance à la radicalisation des discours lié à la forme même de la course au pouvoir. La Ve République, cette monarchie républicaine née du coup d’État gaulliste, s’articule toute entière autour de la figure de l’homme providentiel, du sauveur et du chef charismatique. La croisade nihiliste initiée par le RN puis catalysée par Eric Zemmour oblige tous les candidats à s’aligner. Ceux qui veulent être audibles doivent se positionner sur les mêmes créneaux : sécuritaire, immigration, terrorisme. Ces trois points formant les extrémités d’un triangle des Bermudes de la politique. Ceux qui s’y aventurent n’en ressortent pas indemnes. Il suffit de voir les mésaventures d’un Montebourg, tentant de jouer cette carte là.

    La course à devenir l’homme providentiel1, passe par la pratique de la surenchère. Une surenchère qui sélectionne et amplifie les éléments les plus radicaux du programme, dans le but de se démarquer, d’exister médiatiquement et politiquement. Ce darwinisme programmatique est encore davantage amplifié par le fait que les médias français sont hautement concentrés entre les mains de peu d’acteurs. Ces acteurs économiques ont leur propre ordre du jour, et, pour obtenir la possibilité d’être répercutés par eux, il faut nager dans leur sens et faire du sensationnel2.

    LR en pleine radicalisation.

    Ainsi, hier s’est tenu la primaire de la droite. De cet affrontement de personnalités LR, il faut retenir deux choses :

    1. Le partage du temps. 0 % sur l’écologie ; 5 % sur la pandémie. Plus de la moitie du temps a été consacrée à deux thématiques, la sécurité et l’immigration. C’est une donnée statistique révélatrice des priorités des républicains. Lorsque d’autres sujets ont été évoqués, ils le sont sous des angles tout aussi réactionnaires. Ainsi, on se souvient d’un Xavier Bertrand qui veut rapprocher « le salaire net du brut » : c’est à dire supprimer une partie de celui-ci, formé par les cotisations sociales.
    2. La prestation de Eric Ciotti, aventurier nihiliste de cette primaire, mais néanmoins centre de gravité du débat. Libération note ainsi la promesse d’un «quoi qu’il en coûte sécuritaire» ; l’évocation de la notion de «Français de papiers»3 ; la dénonciation d’une «immigration massive, essentiellement d’une culture arabo-musulmane, [qui] remet en cause notre héritage» ou encore la suggestion d’employer l’armée dans les «500 zones de non-droit» du pays. C’est là un vocabulaire de l’extrême-droite qui illustre une radicalisation cumulative : c’est à dire une sélection des éléments les plus négatifs et les plus extrêmes et leur amplification par la surenchère.

    La radicalisation cumulative : un simple discours.

    Cette radicalisation cumulative a été décryptée par les analystes du IIIe Reich. Il ne s’agit pas de faire une équivalence plate et insipide ou un point Godwin, mais bien de souligner le processus à l’œuvre4 : « La sélection des éléments idéologiques (Weltanschauung) négatifs qui eut lieu pendant le processus de prise du pouvoir et au cours de l’évolution postérieure du Troisième Reich (eux seuls furent mis en pratique) signifiait en même temps une radicalisation, un perfectionnement et une institutionnalisation de l’inhumanité et de la persécution. Les utopies positives continuèrent à n’être que des objectifs lointains et à relever de la propagande.5 » Incapable de pouvoir solutionner les questions les plus brûlantes de notre actualité, les candidats à l’élection se recentrent alors sur un contenu répressif.

    On pourrait se rassurer en se disant « ce ne sont que des métaphores idéologiques , qu’il ne s’agit que d’une « fascisation du langage » et que jamais ces programmes ultra-réactionnaires ne seront mis en action. Ils ne correspondent qu’a de la publicité de bas étage. » C’est en effet une possibilité, mais elle est précaire. En temps de crise, l’autorité de l’homme providentiel, cette autorité charismatique, faite de discours et d’imprécation, doit être suivie d’actes. Max Weber le notait : « La durée de l’autorité charismatique est dans son essence spécifiquement instable : le détenteur peut perdre son charisme (…). Il doit accomplir des miracles s’il veut être un prophète, des exploits s’il veut devenir un chef militaire.6 »

    De plus, il existe une influence importante de ces discours dans la pratique sociale de la part de la population, dans la définition de normes de comportement et dans la construction d’un imaginaire social et politique. Répétés depuis des années, ces discours laissent des traces, des séquelles. Ils programment pour une radicalisation pratique.

    Ainsi, nous pouvons noter la radicalisation progressive des discours. Nous sommes passés de discours critiquant la mauvaise intégration des étrangers et de leurs enfants à des discours exigeant de leur part une assimilation (donc l’abandon de leurs pratiques culturelles). Puis nous sommes passés à des discours soulignant le fait que celle-ci était impossible du fait d’une incompatibilité civilisationnelle. Le fait est que, aujourd’hui, c’est ce caractère inassimilable qui est mis en avant par une extrême-droite toujours plus influente, au nom du fait que « le premier droit des peuples européens est de rester eux-mêmes » (Julien Odoul).

    Radicalisation des problèmes, radicalisation des solutions.

    A cette radicalisation du « problème » s’adjoint une radicalisation des solutions. Il ne s’agit plus tant de « faire des français » et d’intégrer dans la Nation que d’ethniciser et d’ « identitariser » la question de la Nation française. C’est le résultat des débats sur l’identité nationale, par exemple. Rendus incompatibles avec cette nouvelle vision de la nation, les étrangers, leurs enfants et les migrants doivent donc être chassés du territoire. Derrière le vocable policé de remigration se trouve la notion bien connue de déportation.

    Mais aussi derrière la perception de la question des migrants, là aussi, se trouve une nouvelle gradation. Nous passons de l’idée qu’il ne faut pas venir en aide aux migrants à l’idée qu’il faille les empêcher d’arriver (ou les brimer sadiquement, comme les expéditions punitives dans les camps de réfugiés). Aujourd’hui, Julien Odoul a franchi timidement une nouvelle étape : celle du laisser mourir. Demain, cela sera probablement, discrètement, celle du « faire mourir ».

    Nous, militants et militantes, qui nous opposons à ces processus, qui assistons à ce naufrage, sommes souvent bien pris au dépourvu. L’approche de l’élection présidentielle restreint encore davantage notre espace d’expression et la possibilité d’aller à contre-courant du discours dominant. Les stratégies qui sont prévues pour la période des élection (boycott, participation « citoyenne », soutien à un candidat…) ne peuvent pas décemment nous suffire. Nous savons au fond de nous que ces stratégies ne pourront pas avoir une influence sur les événements.

    Deux choses nous paraissent importantes : celle de progresser sur le chemin de l’unité des communistes et celle de progresser aussi sur le chemin de l’alliance des forces révolutionnaires et antifascistes. Ces deux chantiers sont d’une importance capitale, et l’urgence de la situation les rend chaque jour plus nécessaire.

    Nous savons qu’un long chemin nous sépare de la construction de cette alliance : sectarisme, hostilité, ignorance mutuelle, habitudes de travail en petit groupe, mais aussi des incompatibilités idéologiques. Cependant, l’importance de la lutte et la nécessité de pouvoir se hisser à la hauteur de ses enjeux demande un travail important, essentiel. Nous avons fait le choix de le commencer internationalement au travers de l’ICOR et d’alliances internationales. Mais cela ne suffira pas. Nous devons faire plus que ça : parvenir à une alliance des forces qui luttent ici, à la fin des conflits et des rivalités, et à l’émergence d’un véritable pôle de résistance. Un pôle capable d’analyser scientifiquement la situation, mais aussi de mobiliser, au-delà d’un milieu militant étriqué, l’ensemble de ceux et de celles qui ont intérêt à résister à cette transformation réactionnaire du monde, et qui ont intérêt à faire naître un nouveau monde.

    1Il ne faut pas y voir là un sexisme quelconque de l’auteur, mais bien une analyse. Les femmes ont été court-circuitées dans cette montée en tension virile.

    2Parmi les signes inquiétants que nous pouvons observer : l’identité entre les unes du Figaro et le programme de Zemmour.

    3https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    4Processus qu’on retrouve d’ailleurs dans des régimes intégralement opposés au nazisme, comme dans l’URSS.

    5Martin Broszat. « Soziale Motivation und Führerbindung ». Op. cit., p. 405. Egalement, der Staat Hitlers. « Der rein negativ ». Op. cit., pp. 433-434. Hans Mommsen. « national Socialism: Continuity and Change » in Walter Laqueur (éd.) Fascim. Op. cit., p. 199.

    6Max Weber. Grundriss der Sozialökonomik. III. Abteilung Wirtschaft und Gesellschaft. Tübingen, 1925, p. 755. Sur la routinisation et la bureaucratie, p. 753.

  • A fronts renversés.

    A fronts renversés.

    Avant-hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, ont débattu. Un débat entre droite et extrême-droite en somme. Sauf que les distinctions entre les deux paraissent de plus en plus floues, de plus en plus indiscernables.

    Il paraît loin, le débat de 2017, classique, simple, entre droite libérale et droite fasciste. Le débat Darmanin – Le Pen préfigure une nouvelle phase politique pour la France.

    C’est une bataille à front renversés.

    La droite élargie contre la boutique.

    Deux trajectoires divergentes se rencontrent.

    D’une part un RN qui, finalement, peine pour trouver la stratégie gagnante. La boutique familiale, qui s’est nourrie de son rôle d’outsider, d’opposition grognante, ne parvient toujours pas à passer pour un parti d’État, capable de gouverner. Il atteint le sommet de sa formule et ne progresse plus que marginalement. Pour gagner encore quelques voix, il se dédiabolise à tout va, tout en espérant ne pas perdre son identité, pour ne pas se couper de sa base historique : les déçus, les déclassés, les perdus, les isolés… ceux qui peuvent être happés par son discours qui monte les uns contre les autres.

    A l’inverse, Darmanin incarne le rêve secret d’une partie de la droite : celui de la droite élargie, d’un nouveau Parti de l’Ordre, hégémonique du centre à l’extrême-droite, massif, immense…et sans vergogne. A l’image de celui qui l’a présenté dans ce débat.

    Cette droite, Darmanin en est le parfait avatar. A t’il la moindre idée personnelle ? La moindre conviction ? Difficile à dire. Le député Charles De Courson l’avait décrit ainsi : « c’est un opportuniste, au sens étymologique du terme. Il s’adapte aux circonstances, sans grande convictions ». Plus explicite, Christiane Taubira l’avait frappé de sa verve proverbiale : “Lorsqu’une personne est à ce point pauvre, indigente moralement, politiquement, culturellement, lorsqu’une personne est à ce point indifférente aux dégâts considérables qu’il peut produire par ses paroles qui sont des insultes, qui sont surtout des déchets même de la pensée humaine, je n’en attends rien”.

    Dans son rapport avec les autres, en particulier avec les femmes, il a tout du prédateur opportuniste. Il flaire la faiblesse, il sait l’exploiter sans la moindre once de vergogne, tout en en tirant, on ose le supposer, une fierté dominatrice.

    Dans le débat, il ne s’est pas gêné pour aller plus loin, pour être plus agressif, plus brutal dans ses propos que le RN. Le visage de Marine Le Pen, au cours de ce débat, dit tout : elle est ébahie de voir un adversaire « centriste » plus agressif et plus brutal qu’elle. Au lieu de parler du salafisme, au lieu de parler du fondamentalisme, de la radicalisation, Darmanin cible directement l’Islam, les musulmans, les musulmanes. Comparativement, Le Pen est passée pour une démocrate bon teint.

    Il n’en pense probablement pas grand-chose. Mais il sait flairer l’occasion. Il sait que ses arguments, sans cesse martelés depuis plus de vingt ans, trouvent un auditoire. Il ouvre même grand les vannes de la haine : lui, ministre de l’intérieur d’un gouvernement centriste, il avalise la haine la plus crasse, l’intolérance. Il la légitime. Il pousse tous les autres à se polariser autour d’elle.

    Et tous ceux, toutes celles, qui seront entraînés dans son sillage seront éclaboussés, pataugeront dans la même boue infâme. Telle Marie-Georges Buffet, du PCF, qui se retrouve a poser des amendements pour que les résultats d’une enquête sur les «dispenses de piscine de complaisance »… pour demander à ce que les résultats soient publics.

    La triste présidentielle :

    L’avenir se décide bientôt. Que nous le voulions ou non, la présidentielle qui se prépare sera cruciale. Son centre de gravité se dessine aujourd’hui : il sera la question musulmane. Et, autour de celle-ci, s’adjoint son compagnon d’infortune, qui lui est artificiellement amalgamé : le débat sur la sécurité.

    En dernière instance, nous pourrions même écrire que c’est l’islamo-gauchisme qui est le cœur de la prochaine présidentielle. L’islam comme paravent, mais, dans le fond, l’étranglement des classes dangereuses, l’écrasement de ceux qui veulent un avenir meilleur. Plus la crise économique s’approfondit, plus la crise politique couve.

    Finalement, le « barrage » contre le RN est devenu une synthèse. Le fait que le programme économique, politique, social de l’extrême-droite soit déjà au pouvoir montre une chose : ce qui est déterminant, ce sont les intérêts des exploiteurs. Ils donnent le ton, dictent leur loi. Le durcissement de la politique est simplement une manière de le faire accepter à une population qui n’en peut plus, qui n’en veut plus.

    Même la gauche réformiste, inoffensive, est absente. Elle ne parvient pas à imposer sa présence sur les plateaux de télévision et dans les médias. Et quand elle parvient à le faire, elle est quasiment inaudible. Elle ne parvient pas à marquer de points notables.

    Le spectre du communisme.

    Dans ce débat, au lieu d’être le spectre, l’esprit frappeur, mentionné par Marx, le communisme est un bien fade fantôme. La situation actuelle est pourtant prévisible. Dès avant 2017, nous déclarions que la victoire au centre obligerait à un affrontement brutal lors des prochaines élections. Aujourd’hui, nous voilà dans l’antichambre de la catastrophe. Le quatre années qui viennent de s’écouler ont permis un relatif développement des organisations communistes. Mais l’étape supérieure, celle qui permet un vrai bond qualitatif, qui réunisse les forces qui veulent se battre, n’a pas été franchie.

    L’année qui s’écoule doit être sous le signe du travail commun, de l’unité, de la volonté d’unification. Nous en faisons notre Delenda Carthago1, notre mantra, notre obsession. Nous sommes en face de nos responsabilités, en tant que communistes, en tant qu’antifascistes, en tant que militantes et militants. Nous ne pouvons nous en défausser sur d’autres. Notre faiblesse est de notre faute, intégralement.

    Ne laissons pas notre pays devenir une terre fasciste, que ce soit sous la férule d’un RN ou d’un candidat d’une coalition répugnante. A nous de faire porter le débat ailleurs. A nous de sortir de jeux truqués, qui ne visent qu’à choisir qui sera l’administrateur de la dictature des exploiteurs.

    Nous avons la possibilité de réclamer la notre fraction du pouvoir réel. Nous l’avons vu dans les AG de Gilets Jaunes. Ces embryons de démocratie populaire existent. A eux de devenir le véritable pouvoir ! A eux d’être l’opposition extra-parlementaire !

    1Delenda Carthago est une locution latine traditionnellement attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet. (Source, Wikipédia)

  • 17 novembre : un bassin révélateur.

    17 novembre : un bassin révélateur.

    17 novembre : un bassin révélateur.

    Entre le miroir aux alouettes et la faillite d’une partie de la gauche.

    Depuis un mois environ, des appels à des blocages et à des manifestations se lancent un peu partout dans l’ensemble du territoire contrôlé par l’Etat français. Ces manifestations se sont dotés de symboles : le gilet haute-visibilité jaune.

    Cette colère s’est cristallisée contre la hausse des prix du carburant à la pompe, hausse liée à l’augmentation des taxes et du coût du pétrole. L’une des raisons principales est le rattrapage fiscal que connaît le diesel, sur lequel pourtant l’industrie automobile française avait largement misé durant des décennies.

    Ce mouvement s’est transformé en traînée de poudre par l’intermédiaire des réseaux sociaux et des pétitions. Difficile pourtant de savoir ce qui en sera concrètement le jour venu, tant ces événements prennent souvent l’apparence de feux de paille. Il est difficile de croire que cette mobilisation débouchera sur des résultats tangibles, car même si un mouvement d’ampleur avait lieu, il aurait de grande difficultés à s’inscrire dans la durée et à pouvoir créer un rapport de force sur le long terme. Au mieux, il sera un coup d’éclat, au pire, il sèmera une amertume et une désillusion accrue chez les participantes et les participants.

    Pour le moment, cependant, il fait parler. Face à cette flambée, un contre-feu s’est lancé, notamment à gauche et à l’extrême-gauche, pour dénigrer cette mobilisation, la jugeant peu importante en regard d’autres enjeux et récupérée politiquement par l’extrême-droite. Nous tenions à apporter notre pierre au débat.

    Oui, le 17 novembre est la cible de la récupération politique par l’extrême-droite. C’est une certitude. Mais non parce que la lutte contre la hausse du prix du carburant est fasciste ou poujadiste en soi, mais bien parce que les organisations progressistes et révolutionnaires qui la condamnent ont fait le choix d’abandonner ce terrain à l’extrême-droite, de lui offrir un boulevard, de lui donner un cadeau.

    Les fascistes sont des maîtres dans l’art d’utiliser les affaires de corruption, dans l’art d’utiliser les scandales, dans l’art d’utiliser tout ce qui frappe aux viscères les masses populaires. Ils sont des professionnels de l’excitation de la colère, de son détournement, du fait d’entraîner les masses dans des voies pires encore. Les fascistes sont prêts à instrumentaliser la grogne contre les taxes pour l’utiliser contre les migrants, d’utiliser la situation dans les EHPAD pour parler de délinquance, de maquiller les chiffres du passage à l’euro pour nourrir le chauvinisme et le nationalisme le plus putride.

    Alors que sur le terrain des questions sociales ils sont incapable de pouvoir s’exprimer et se positionner sans tomber dans le ridicule le plus achevé, ils manœuvrent habilement sur ces terrains, pour livrer les travailleurs pieds et poings liés à leur plus grand bourreau : la grande bourgeoisie monopoliste française, « bien de chez nous ».

    Une des choses que nous enseigne l’histoire du combat contre le fascisme et le nazisme, c’est bien qu’il faut faire extrêmement attention à ne pas laisser ce genre de boulevards ouverts.

    Dans les années 30, Dimitrov, dirigeant l’Internationale Communiste, revenait sur ces problèmes : Je me souviens, par exemple, d’une réunion de chômeurs tenue à Berlin avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. C’était pendant le procès des fameux accapareurs et spéculateurs, les frères Sklarek, procès qui durait depuis plusieurs mois. L’orateur national-socialiste qui parla à cette réunion, utilisa ce procès pour ses buts démagogiques. Il cita les spéculations, les affaires de corruption et les autres crimes commis par les frères Sklarek ; il souligna que le procès intenté contre eux traînait depuis des mois ; il calcula combien de centaines de milliers de marks ce procès avait déjà coûté au peuple allemand et, aux vifs applaudissements des assistants, il déclara qu’il fallait, sans tarder, fusiller des bandits comme les Sklarek et verser au profit des chômeurs l’argent dépensé pour le procès.

    Un communiste se lève et demande la parole. Le président refuse d’abord ; mais, sous la pression des assistants qui voulaient entendre le communiste, celui-ci obtient enfin la parole. Lorsque le communiste monta à la tribune, tous les assistants dressèrent l’oreille dans l’attente de ce qu’il allait dire. Eh bien, que dit-il : « Camarades, déclare-t-il d’une voix ferme et puissante, l’assemblée plénière de l’Internationale communiste vient de terminer ses travaux. Elle a indiqué la voie du salut pour la classe ouvrière. La tâche essentielle qu’elle pose devant vous, c’est, camarades, la « conquête de la majorité de la classe ouvrière ». L’assemblée plénière a indiqué qu’il est nécessaire de « politiser » le mouvement des chômeurs. L’assemblée plénière vous invite à élever ce mouvement à un degré supérieur. » Et l’orateur continua à parler dans le même sens, convaincu apparemment qu’il « expliquait » les décisions authentiques de l’assemblée plénière. Un tel discours pouvait-il émouvoir les chômeurs ? Pouvaient-ils être satisfaits qu’on s’apprêtât d’abord à les politiser, puis à les révolutionnariser et ensuite à les mobiliser pour élever leur mouvement à un degré supérieur ?

    Assis dans un coin, j’observais avec amertume comment les chômeurs présents, qui avaient tant voulu entendre le communiste pour apprendre de lui ce qu’il leur fallait faire concrètement, se mettaient à bâiller et à manifester une déception bien claire. Et je ne fus pas du tout étonné qu’à la fin, le président retirât brutalement la parole à notre orateur sans aucune protestation dans les rangs de l’assemblée… »

    Or, nous agissons bien souvent de cette manière. Nous oublions bien souvent un principe édicté par Mao : « Le marxisme comporte de multiples principes, mais ils peuvent tous se ramener en dernière analyse à une seule phrase : on a raison de se révolter contre les réactionnaires. »

    Or, nos « gilets jaunes » ont-il raison d’être en colère ?

    Peut-on condamner la mobilisation contre la hausse des prix ? Dans sa forme, peut-être, elle est critiquable, elle est insuffisante, elle présente des failles. Bertolt Brecht est souvent cité pour avoir dit « si le peuple pense mal, changeons le peuple ». Certains s’en sont servi dans une dimension anticommuniste pour prétendre que Brecht appelait à manipuler l’esprit des masses pour les faire obéir. Or, il s’agit de l’inverse. Brecht voulait, par cette phrase, indiquer que les analyses politiques qui permettent de luter contre les idées fausses n’apparaissent pas spontanément. Elles ne peuvent être qu’apportées par un travail en amont. Lorsque Mao dit que les idées justes proviennent du peuple, il n’omet pas de mentionner que les communistes, pour appliquer une ligne de masse qui leur permettre d’aller vers la victoire, doivent combattre les idées fausses et réactionnaires, mais également reformuler les mots d’ordres spontanés pour les rendre politiques. Partir des masses pour revenir vers les masses.

    Certains en ont déduit un culte de la spontanéité qui les ont amenés à considérer avec angélisme que toute ce qui provenait des masses populaires était un pur cristal. Certains spontanéistes en sont allés jusqu’à voir dans les pogroms l’expression d’un sentiment d’injustice qu’il fallait soutenir, tout comme les lynchages.

    D’autres ont, à l’inverse, déjà renoncé. Les idées fausses au sein des masses, les imperfections, les failles, les faiblesses, leurs sont rédhibitoires. A leurs yeux, les travailleurs et travailleuses sont des moutons, sont abrutis, sont trop souillés pour être la force révolutionnaire.

    Dans un cas comme dans l’autre, les positions sont fausses. Par un étrange retournement de situation, ce sont souvent ceux-là et celle-là même qui clament au fait de ne pas hiérarchiser les luttes qui se sont empressés de catalogue la lutte contre la hausse du carburant comme indigne, comme inférieure aux autres.

    Une partie de la gauche petite-bourgeoise et intellectuelle s’est ainsi démasquée pour ce qu’elle est : donneuse de leçon, méprisante et singulièrement inadaptée à mener la lutte des classes.

    Comment reprocher à des individus qui ne sont pas communistes de ne pas agir en communistes ? De ne pas avoir une « correcte pensée politique » ? Au lieu de chercher à faire progresser politiquement les forces motrices de la société, ces organisations, ces individus se réfugient dans un idéalisme béat, dans un utopisme de bon aloi.

    Parmi les classe populaires, il existe des tares. Il existe des sexistes, des homophobes, des xénophobes, des individus aux tendances mafieuses, des individus aux désirs petits-bourgeois…Ils sont le reflet de la société et le reflet de l’idéologie dominante, bourgeoise, qui est le vecteur de ces conceptions réactionnaires. Ces idées réactionnaires traversent tout la société. Mais il existe trois voies : les nier, les juger indépassables ou les combattre et rallier sur la base des idées justes qui existent. Or cela ne peut arriver spontanément, sans un apport exogène, de l’extérieur.

    Qu’une partie plus ou moins grande de celles et ceux qui participent au mouvement des « gilets jaunes » soit capable de défiler avec Le Pen, avec Dupont Aignant, avec Wauquiez, comment en serait-il autrement ? Ils et elles ont le sentiment de trouver des oreilles compatissantes, des démagogues qui leur parlent, les écoutent les comprennent. Notamment parce qu’une grande partie du camp du peuple, ou du soi-disant camp du peuple, a renoncé à les regarder, à les entendre, à les écouter.

    Nous, nous ne ferons pas ce jeu du silence. Nous nous adressons aux « gilets jaunes » comme à l’ensemble de la société. Nous pensons que le fait de se mobiliser contre la vie chère, contre l’étranglement financier, contre la paupérisation sous toutes ses formes est justifié et nécessaire.

    Par contre, nous leur disons que les alliés d’aujourd’hui sont les bourreaux de demain. Où étaient ces messieurs Wauquiez, ces mesdames Le Pen quand leurs droits sociaux étaient bafoués ? Quand leurs salaires étaient baissés, quand leurs usines, leurs maternités fermaient ? Nulle part. Lorsque des organisations progressistes méprisent les travailleurs et les travailleuses, il s’agit d’une erreur terrible, certes, mais d’une erreur tout de même. Quant à ces organisations et leurs représentants, pour eux, c’est une stratégie.

    Ils ne lorgnent sur le pouvoir que pour appliquer la même politique, sinon une politique pire. Ils ne sont là que pour servir la bourgeoisie et se doter de places de fauteuils, de sinécures. Ils se disent « anti-système » mais sont les agents les plus fanatiques de la baisse du niveau de vie et de l’écrasement des travailleurs et des travailleuses, en particulier les plus pauvres et les plus précaires.

    Ce sont des agents de la division et de l’opportunisme.

    Lutter contre la TVA, cet impôt injuste et cynique, lutter contre la vie chère, lutter contre les manœuvres de l’Etat bourgeois pour faire endosser la plus grande partie des taxes par les masses populaires, cela leur a paru trop trivial, trop matérialiste au sens négatif du terme. En somme, trop sale. Il faudrait se cantonner aux luttes qui ennoblissent l’esprit, pures, éloignées, pour de grands principes, pour de belles phrases.

    Même si il est vrai que le carburant n’a pas tant augmenté que ça par rapport à l’inflation, il n’en demeure pas moins qu’il est un poste de dépense important pour les travailleurs et les travailleuses, d’autant plus que nombre des plus précaires sont relégués aux confins des villes ou des zones périurbaines par les coûts des loyers ou par le désir d’un cadre de vie moins affreux. A cela s’ajoute le fait que les transports en communs entre les banlieues et les zones industrielles sont du domaine du cauchemar et que, avec des moyens financiers limités, il n’est pas possible matériellement de se doter de la nouvelle hybride qui consomme peu, mais bien souvent il faut accepter de rouler avec des véhicules hors d’âge, polluants et puants. Pas par amour de la belle mécanique, mais par absence de choix.

    Rouler plus chèrement, d’autant, non pour le loisir, non pour le voyage, mais bien pour aller sur son lieu d’exploitation. Payer plus pour être exploité, tandis que la grande bourgeoisie échappe aux taxes, aux impôts. Ne s’agit-il pas là du suprême cynisme ?

    Alors, logiquement, le prix du carburant, auquel tout automobiliste est confronté, est un prix marquant, un prix symbolique plus que concret. L’évolution du cour du yaourt est plus difficile à suivre, est moins affichée sur d’immense panneaux. En France, la part du transport automobile dans le budget des ménages est l’une des plus élevées d’Europe avec 15% environ des dépenses.

    Nous regardons la hausse des taxes du carburant de la même manière que la volonté de mettre des péages urbains en ne voyant là qu’une manière inégalitaire de faire rentrer des deniers dans les caisses de l’Etat tout en peignant cela en vert. Il est fascinant de voir le nombre de groupes et d’individus qui, tout en traitant ceux qui se mobilisent de dupes, sont eux-mêmes dupés par ces taxes prétendument écologiques. Peut-être que ceux qui se vêtiront du gilet jaune iront ensuite participer aux promotions sur le Nutella, sans penser aux Orangs-outans. Pas par mépris pour leur existence, pas par haine cynique et veule, mais parce que, dans la situation sociale où sont certains et certaines, étranglés par un niveau de vie qui ne fait que baisser, une promotion sur un produit de consommation courante est toujours ça de pris. Et le fait que nous l’expliquions ne signifie pas que nous le considérions comme juste politiquement.

    Il est terrible de voir les méfaits qui sont causés, notamment par les extractions d’hydrocarbures, par les ravages des industries automobiles, par l’exploitation au sein de celle-ci. Il est bien sût terrifiant de voir les chiffres sur les disparitions des espèces animales. Mais ceux qui écrivent « va te faire foutre avec ton putain de 17 novembre » et qui se figurent que ceux qui sont exaspérés sont des promoteurs du tout voiture, de la pollution, se trompent. Bien sûr, nous sommes pour un respect de l’environnement, pour le développement de technologies réellement vertes – non ces faux semblants. Qui ne le serait-pas ? La bourgeoisie elle-même, même la plus rapace, ne se réjouit pas de la destruction de la planète et des conditions qui permettent à la vie d’exister sur elle.

    Mais la solution, la vraie, n’est pas une taxe marginale, n’est pas de faire payer le coût d’une prétendue transition écologique aux masses populaires. La solution n’est pas dans des mesures fiscales ou individuelles.

    La solution est politique : elle est dans le contrôle réel de la production par les masses populaires, par les travailleurs eux-mêmes. Ce qui fait que la bourgeoisie, que les capitalistes, que les investisseurs détruisent la planète, c’est une recherche effrénée du profit. Pas seulement du profit moyen, mais des plus hautes sources. Les capitalistes sont persuadés que s’ils n’exploitent pas ce gisement sous une réserve, leur taux de profit baissera et ils seront broyés par la concurrence. Et même si leur « conscience » parle, elle se dit surtout que « si ce n’est pas eux qui en profitent, s’en seront d’autres. » D’où cette spirale infernale, mortifère, dévastatrice.

    C’est cette spirale qu’il faut briser, et elle ne peut être brisée que par l’action révolutionnaire, pour chasser du pouvoir les agents de la bourgeoisie, pour détruire les outils de l’oppression, et l’exploitation. Par le fait de remettre entre les mains des travailleurs les moyens de contrôler réellement l’économie mondiale, mais également de conserver ce contrôle, face aux immanquables tentatives de restauration.

  • C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

    C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

                    Un crime, un meurtre, un attentat, cela induit en tout premier lieu de proches éplorés, des familles brisées, des amis et des amies en détresse, devant la perte d’êtres chers. Ce sont des moments de drame, des moments abominables, que seuls les cyniques les plus désabusés peuvent souhaiter.

                    Dans le cas de la prise d’otage de Trèbes, dans le cas du meurtre de Mireille Knoll, ce sont d’abord vers celles et ceux qui les pleurent que vont nos pensées. Nous leurs transmettons chaleureusement notre salut.

                    En revanche, d’autres n’ont pas ce regard. Les vautours sont légion, autour de chaque affaire sordide, qu’ils veulent monter en épingle, autour de chaque crime, autour de chaque acte de violence, autour de tous ces faits qui ne pour eux que des occasions de vomir leur bile. Les morts ne comptent pas à leurs yeux. Seul compte l’instrumentalisation qu’il est possible d’en faire.

                    Il est vrai que chaque expression de violence est une illustration des contradictions de notre société, qui les génèrent. Les individus perdus, les exclus, les parias, qui se livrent au petit banditisme, qui sont récupérés par tous les prédicateurs de la haine, sont les enfants d’une société malade. Leur trajectoire chaotique se termine par le fait de faire couler le sang, par une balle tirée ou reçue. Cela n’excuse pas les actes, mais cela les explique.

                    Or, les explications, les vautours n’en veulent pas. Expliquer, pour eux, pour elles, c’est demander de comprendre. Demander de comprendre, c’est déjà excuser. Excuser, c’est en faire l’apologie. Ils et elles n’en veulent pas, car il est nettement plus pratique d’en faire des monstres inhumains, portant le mal de manière innée, ou dans leur gènes. Les morts sont des prétextes, les cadavres qui s’entassent servent de piédestaux.

                    L’extrême-droite et la droite réactionnaire font leurs affaires sur les morts des attentats. Ce n’est pas une nouveauté. Elles tentent de s’ériger en rempart de protection de la « civilisation » contre la « barbarie », alors qu’elle partage un véritablement fond politique commun avec celui des terroristes réactionnaires, quand ce ne sont pas des rapports commerciaux. Elles cherchent à en tirer profit, où dans le but d’instiller plus de division, plus de vexations, plus de ségrégation dans la société – ce qui légitime, par effet de miroir, le discours de Daesh. Les déclarations populistes et démagogues d’une Marine le Pen, d’un Laurent Wauquiez, sur la question de l’enfermement des fichés S, sont des attaques contre la présomption d’innocence, une volonté de liquider préventivement les menaces réelles ou supposées… En somme il s’agit d’une mesure fasciste, écrite par le sang des victimes.

                    Quelle absence de vergogne que de voir les représentants d’un Etat qui traque les réfugiés, qui emprisonnent ceux et celles qui leur viennent en aide, qui laisse mourir des femmes enceintes dans les Alpes, marcher  en mémoire de quelqu’un qui en a subit elle-même les foudres. Ceux et celles qui organisent la misère, la stigmatisation, l’exclusion sociale, ce qui pousse au crime en somme, viennent se pavaner en espérant que des louanges leur seront adressées.

                    Que dire de la présence du Front National, qui plus est protégé par la Ligue de Défense Juive, couverture du Betar, organisation considérée comme terroriste aux USA et en Israël ? Fondé par des anciens SS, sur la base d’une défense de Vichy, connu pour ses dérapages antisémites notoires, la présence du Front National est une humiliation pour la mémoire de Mme Knoll. Quant à celles et ceux qui le leur ont fait remarquer, la police les ont tout simplement braqués de leurs armes. pour les faire reculer. Marine Le Pen avait été déclarée indésirable par le CRIF, Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, tout comme Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre ont par la suite été exfiltrés.

                    Que CRIF se permette de blacklister qui bon lui semblait, au nom de sa propre perception politique pose des questions. Nous ne soutenons ni Marine le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon -que nous ne plaçons pas sur le même plan, cependant- et nous considérons qu’il y a une part essentielle d’opportunisme à leur présence.

                    Tandis que le fils de Mireille Knoll a déclaré que tout le monde serait le bienvenu, le CRIF ne s’est pas posé la question sous cet angle là. Ce conseil, pro-israélien, a décidé de salir la mémoire de Mme Knoll pour imposer son ordre du jour et ses considérations politiques. Dans les faits, les tentatives de créer l’amalgame nauséabond entre l’opposition à la politique de l’Etat Israélien et l’antisémitisme sont des méthodes qui salissent les mémoires et qui contribuent à, ironiquement, légitimer un discours qui entremêle effectivement les deux.

                    Alors que lors de la « journée du retour à la terre » plus de 1000 Palestiniens et Palestiniennes ont été tuées par Tsahal, alors que Gaza subit toujours le blocus, alors que des révélations sur les raids secrets de l’aviation Israélienne sur la Syrie viennent d’être révélés, tenter de lier les deux est un acte sordide. Nous sommes solidaires du peuple Palestinien, qui subit l’occupation et les brimades de la part du colonialisme israélien, pourtant cela ne se lien nullement avec l’antisémitisme. Les Israéliens et Israéliennes comptent également parmi les otages de cette politique aventuriste et criminelle menée par le gouvernement de l’Etat hébreux.

                    Beaucoup, dans le cas de l’assassinant immonde de Mireille Knoll, ont voulu utiliser celui-ci. Non pour dénoncer l’antisémitisme qui existe dans la société, non pour lutter contre lui, non pour s’attaquer à ses racines, mais uniquement pour l’attiser ou l’utiliser à des fins politiques. L’enquête, pour le moment, ne démontre pas que le crime commis soit, à l’origine, un crime antisémite. Ce qu’elle démontre c’est que des stéréotypes antisémites -la richesse supposée, soupçonnée- sont à la base de celui-ci.

                                    L’antisémitisme existe, de pair avec les autres formes de racisme, au sein de la société de l’Etat français. Il est un poison, un fléau, un cancer à éradiquer. Les victimes sont à soutenir, sont à protéger. Mais il n’est pas acceptables que ceux et celles qui meurent de la bêtise, de la haine, de la crapulerie soient utilisés comme enjeu politique, à l’encontre de leur pensées, à l’encontre de leurs désirs. D’autant que le racisme, l’antisémitisme, est attisé par la politique réactionnaire de nombreux Etats, de nombreux agents, lesquels ne sont que trop heureux de pouvoir diviser les classes populaires, dresser les nations les unes contre les autres, scinder l’unité de celles et ceux qui partagent les mêmes intérêts. Trop heureux que la haine divise, sépare. Que la méfiance, la défiance, la peur, isolent. Ainsi, l’exploitation peut continuer dans les conditions les plus favorables pour ces parasites ! Ainsi l’impérialisme, qui est le terreau fertile de la guerre, peut s’étendre, légitimé par l’instrumentalisation de la souffrance des masses populaires de l’Etat français.

                    L’Unité Communiste de Lyon s’oppose à toute récupération. Elle considère que toutes celles et tout ceux qui usent de victimes comme promontoire pour leurs discours ne devraient que se taire. La solidarité est ce qui est à offrir, non les larmes de crocodile !

  • Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ?

    Décrypter Nadine Morano.

    Le 26 février 2018, la chroniqueuse Rokhaya Diallo s’en est pris aux positions du présentateur de M6, Bernard de la Villardière, quant à ses positions sur le voile. Nous retenons de l’affrontement la phrase suivante : « Je reviens sur la polémique qu’on a eu ici dans TPMP où vous avez pointé du doigt le fait que Cyril Hanouna puisse inviter sur le plateau une femme qui porte le foulard, un hijab. (…) Vous n’avez pas à dire comment une femme doit s’habiller. Vous avez un problème avec le voile. » C’est cette phrase, lancée à un présentateur connu pour ses affinités avec la réaction, qui désormais prend de l’ampleur.

    Le conflit s’est terminé sur le plateau. Après avoir fait mine de partir, Bernard de la Villardière se rassoit. Mais, en coulisse, les vautours fondent déjà, flairant la proie. Sur les réseaux sociaux, l’extrême-droite se déchaîne déjà.

    Au milieu des vomissures, Nadine Morano, à son habitude, tire son épingle du jeu. « L’intolérance, l’arrogance, la suffisance de la militante @RokhayaDiallo qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. Française de papier » déclare t-elle sur Tweeter.

    Nadine Morano est une grande habituée de la phrase assassine, même si celle-ci plonge dans la contre-vérité historique. Pour ces gens, l’histoire, de toute manière, est une chose qui se tord à l’envi, dans le but de la faire coller aux projets nauséabond du moment. Reconnaissons-le, les argumentaires approfondis ne sont pas la spécialité des réactionnaires. Une nouvelle fois, ceux-ci s’arrêtent au niveau de l’ad hominem, du fait de jeter le discrédit sur les auteurs plus que de parler du fond de l’affaire.

    Mais ce qui nous intéresse se niche à la fin, comme une torpille tirée pour achever la canonnade. « Française de papier ».

    « Française de papier », qu’est ce que cela signifie ?

    Nadine Morano est intelligente. Elle a un véritable esprit militaire, elle lance une offensive à tout va, mais se garde une position de repli au cas où. Il ne fait nul doute qu’elle n’a pas l’intention de qualifier Rokhaya Diallo de « française de papier » au sens du « tigre de papier » du président Mao. En somme elle n’a pas l’intention de dire que Rokhaya Diallo est une française en « carton. »

    Non, elle indique, en vérité, que Rokhaya Diallo est une française de papierS, soit une française sous un angle uniquement et strictement juridique. Le pluriel est crucial dans ce cas de figure. Chacun à bien lu ce que voulait dire Nadine Morano. Mais dans le cas où cela produirait un retour de flamme, il lui suffirait d’insister sur le singulier pour désamorcer la crise, voir même un examen juridique du tweet.

    Car l’accusation est politiquement d’une gravité extrême. Française de papiers, cela porte un implicite particulièrement lourd de sens. L’existence de ce concept, marque déposée de l’extrême-droite, implique donc la fait qu’il y aurait deux catégories de citoyens français. Les vrais et les de papiers.

    Comme au temps du code de l’indigénat, où il existait des français indigènes et des français de plein droits. Comme au temps de l’Apartheid. En somme, Morano fait appel à une notion coloniale. Mais elle va plus loin même.

    Fondamentalement, Nadine Morano et une partie de la droite la plus réactionnaire tente d’instiller une idée, depuis le débat sur l’identité nationale. Celui-ci, datant de 2009-2010, avait été un grand bond en avant pour le retour des fascistes sur le devant de la scène.

    Pour rappel, le débat sur l’identité nationale avait été institué par Nicolas Sarkozy alors président. Ses principaux artisans furent Brice Hortefeux alors ministre de l’immigration, puis de l’intérieur et Eric Besson, ex-PS, qui remplace le premier en tant que ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.

    L’idée qu’il y ait une identité nationale, au dessus des caractéristiques juridiques relatives au fait d’être de citoyenneté française, voilà qui ouvre la boite de Pandore. Voilà qui ramène une idée, un fantasme, un immondice du passé : l’anti-France.

    Cette idée ne date pas d’hier. Elle fut forgée dans les années 1890 pour parler des soutiens à Alfred Dreyfus. Cette idée de la présence d’une dichotomie entre la France et l’Anti-France a modelé toute la rhétorique de l’extrême-droite jusqu’à nos jours.

    Ses visages ont changé. Le Juif apatride ; le communiste internationaliste et le judéo-bolchevisme ; aujourd’hui elle se dirige vers l’islamo-gauchisme et ses déclinaisons. Mais qu’importe le terme, l’idée derrière est la même : il existe un fossé inconciliable entre les vrais français et les faux. Entre ceux qui sont d’identité française et ceux qui n’en sont que de papier.

    Française de papier, voilà qui jette le doute sur les qualités personnelles et morales de Rokhaya Diallo. Voilà qui sous entend que cette dame serait un agent d’une cinquième colonne imaginaire, cumulant islamo-fascisme et gauchisme en une seule bouillie informe.

    Cela soulève une question, donc, quelle est la ligne de démarcation entre les deux ?

    A n’en pas douter, le fait que les parents de Rokhaya Diallo soient sénégalais et gambiens jouent dans le traitement de cette affaire. Ce traitement différencié en fonction de l’apparence est une des grandes hypocrisie politiques de l’histoire. Cependant, la pensée de Nadine Morano va plus loin encore. Derrière l’idée que Rokhaya Diallo est une traitre par sa couleur, par une essence -pourquoi pas une âme raciale- Nadine Morano affirme quelle est sa vision de la France.

    Rokhaya Diallo « qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. » est donc l’ennemi. Mais l’ennemi de quoi ? D’une France de race blanche et aux racines chrétiennes, ainsi qu’elle le clamait, devant une assistance médusée, en 2015.  « Je le dis clairement: la France est un pays de race blanche aux racines chrétiennes, comme le disait de Gaulle. » Un vision selon laquelle, par ailleurs « La laïcité et la loi sur la laïcité n’ont pas été faites pour gommer notre culture et nos racines chrétiennes. (…) La France est un pays aux racines chrétiennes. » Cela amène à une autre hypocrisie. Nadine Morano qualifie Rokhaya Diallo de réactionnaire hostile à la libération de la femme, et en appelle à une défense d’une laïcité militante. Or, cette laïcité, comme chez Wauqiez, arc-bouté à sa crèche de Noël, est une laïcité du paravent. Elle est une laïcité qui sert de fer de lance pour attaquer les musulmans et les musulmanes, tout en ramenant la réaction catholique au centre de la société, sous prétexte de racines chrétiennes. Cette farce n’a pas pour but de « libérer » les musulmanes qui portent le voile, mais bien d’instiller un climat de haine et de défiance au sein des classes populaires, tout en avançant ses propres pions réactionnaires ou fascistes.

    Grâce a cette fragmentation autour de questions insignifiantes, les agents des exploiteurs comme Nadine Morano et Laurent Waquiez pour imposer un ordre de terreur et de paranoïa, soudant autour de la « France » contre une « Anti-France » menaçante.

    Or, leur « France » est celle des bourgeois et des bourgeoises, des curés, des abbés et des abbesses. Elle est celle de l’exploitation et de la réaction. Elle est celle de s’asservissement.

    Le voile est il un vecteur d’oppression des femmes ? Oui, indéniablement. Mais il en est un parmi d’autres. Il n’est pas spécifique dans sa nature ou dans son action.

    Nadine Morano veut-elle libérer les femmes de l’oppression ? Absolument pas. Elle ne cherche pas à libérer qui que ce soit de l’oppression, mais bien d’enfermer les femmes et les hommes dans une oppression qui est cosmétiquement différente.

    Le voile et l’Islam sont hypocritement attaqués. Ils sont des paravents. Lorsque des réactionnaires attaquent les croyants et les croyantes, ce n’est pas pour améliorer la société, mais bien parce que cela leur permet de lancer des arguments racistes sans être poursuivis par la loi. Madame Morano ne pense pas à l’Islam quand elle dit « Islam ». Elle pense « Arabe ». Elle ne pense pas « progrès », elle pense Apartheid et enfermement dans l’ignorance, mais sous la Sainte-Croix. Elle ne pense pas République ou Laïcité, mais sabre et goupillon. Car au delà des discours, la vérité est là : la très large majorité de l’oppression que subisse les femmes, en ces veilles de 8 mars, n’est pas le voile. Elle est la société patriarcale, sexiste, imposant une division genrée du travail et des tâches. Les viols, les crimes, l’asservissement sont la fruit d’une société réactionnaire, non une faute qui peut se coller sur le dos des femmes et des hommes de confession musulmane.

    Les communistes, en particulier dans les Etats socialistes, n’ont jamais cherché la persécution des croyants et des croyantes. Dans notre brochure appelée Fin de Partie, nous parlions de la question de l’obscurantisme religieux.

    La lutte contre l’obscurantisme religieux ne se mène pas par l’oppression, mais par le fait de convaincre, de rallier, d’amener à démontrer, en premier lieu, que, quelque soit la position sur les questions divines, la lutte des classes est l’œuvre à mener jusqu’au bout.

    Le matérialisme dialectique pose la négation de Dieu par lui même. Mais il n’est pas une chose dont on gave de force les interlocuteurs. Ce n’est que par la démonstration, que par la capacité à développer une ligne politique juste, que par le ralliement, que les masses avancent.

    Placer la religion comme une contradiction irrésoluble, refuser de l’aborder ou la conforter sont tout autant de positions fausses. Mikhaïl Kalinine, président de l’Union Soviétique, expliquait qu’en URSS, il n’y avait pas de répression d’Etat contre les croyants, contrairement à ce que les historiens de la bourgeoisie présentent. La lutte contre la religion se faisait en la traitant comme une erreur idéologique et en étant dans une posture de débat et d’explication.

    A l’exception des agents de la réaction, irréductibles, irrécupérables, la très large majorité de ceux et celles qui placent leurs espoirs dans la religion peut-être ralliée. La question déterminante, au final, est celle de l’engagement. Un membre du clergé, un zélateur, un prestidigitateur de la religion, peut se muer en ennemi implacable, en opposant au communisme, à la révolution. C’est un fait. En revanche, le fait d’avoir la foi, comme le mentionne Kalinine, est une déviation idéologique -comme une autre.

    Les communistes luttent contre les idées réactionnaires. Mais les communistes savent ce que sont les aspects principaux et secondaires de l’oppression. Or, ce qui est la base matérielle, la base sociale de l’oppression des femmes, c’est la structure économique de la société. C’est cette tendance normative au fait que les femmes soient transformées en sous-prolétariat, en objet d’échange, et marchandise de loisir ou de reproduction. C’est à cet endroit que le cercle de fer doit être brisé.

    Les tenants de la thèse de l’ »Anti-France » se moquent éperdument des souffrances des masses populaires et des oppressions des femmes. Ils désirent que ces pratiques perdurent. Elles sont la base de leur ordre, de leur système d’exploitation, sur lequel ils et elles vivent en parasites.

    Brisons les discours à la Morano ! Chassons les thèses réactionnaires ! Soyons solidaires de Rokhaya Diallo ! Luttons contre les réactionnaires !

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis.

    Partie 1 – Un plat épicé.

    L’actualité concernant l’extrême-droite est particulièrement ombrageuse ces jours-ci.

    Depuis les élections législatives, et un certain dégonflement de la « bulle » FN, l’actualité a tendu à oublier quelque peu ces sombres personnages, et à se recentrer sur les questions sociales. Au sein de la lutte contre les ordonnances, le FN n’a guère de place, guère de tribune pour s’exprimer.

    D’une manière générale, par ailleurs, les fascistes et l’extrême-droite sont bien en peine de trouver un promontoire, de se créer un piédestal, pour s’exprimer. Ou ils s’opposent aux grèves sous la forme de mobilisation autour de « Liberté Chérie » et de « Stop la grève », ou ils font des mobilisations contre « les débordements » ou les « casseurs », ou ils s’attaquent carrément aux manifestations, comme le GUD durant la loi travail en 2016, à Lyon.

    En face de la question de la lutte des classes, leurs arguments idéalistes et métaphysiques se brisent face au prisme de la réalité. Empêtrés dans des théories sur « l’intérêt de la nation « , à comprendre, « de la bourgeoisie », ils ne peuvent réellement avoir les coudées franches pour s’exprimer. Lorsqu’ils essaient, ils se couvrent généralement de ridicule.

     Discrètement, Florian Philippot s’est aventuré, le 12 septembre, dans la cabine du « roi des forains », pour y exprimer son soutien à la lutte. Piètre manœuvre qui n’a guère trompé. Piètre manœuvre qui ne l’a guère sauvé du couperet fatal. Cela faisait un moment que celui-ci ne tenait plus qu’à un brin.

    Après les élections, dans une brochure intitulée « Fin de Partie », nous évoquions la situation du Front National : « Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel. » (…)

    « Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer. »

    Mais nous nous empressions d’ajouter la chose suivante ; sa mutation peut le rendre in fine plus dangereux, car plus adapté aux question actuelles et à la place grandissante de l’extrême-droite tant dans l’Etat français que en Europe.

    Ce couscous avec lequel Florian Philippot s’est étouffé a été une manière de pouvoir purger le FN de son aile modérée, de son aile « douce », en bref de son aile compatible avec les institutions. La construction du micro-parti « les patriotes » fut un casus belli : Philippot et sa clique devenaient une puissance qu’il fallait étrangler. Cette nuit des longs couteaux, inversée, s’est faite en douceur, mais avec tranchant. Exclusion pour Philippot.

    Celui-ci s’est empressé de se rapprocher des ailes FN-compatibles de la droite traditionnelle, aile dans laquelle Philippot verrait bien sa carrière se jouer.

    Toujours est il qu’une des lignes au sein du FN vient d’être décapitée.

    Reste des questions : dans quelle mesure Florian Philippot et ses suiveurs peuvent se raccrocher à la droite institutionnelle et parvenir à faire s’agglomérer des forces autour d’eux ? Dans quelle mesure peuvent-ils réussir à se doter d’un véritable perchoir politique et d’une véritable influence ? Tout cela reste une énigme.

    Enigme aussi la question de la boutique de Marine Le Pen. Peut-elle encore tourner, privée d’une partie de sa chair, privée de ses cadres les plus compétents, privés de certaines de ses figures de proues les plus efficaces.

    Enigme, finalement, le rôle qui reviendra à Marion Maréchal et ses disciples, lesquels peuvent également se saisir de cette opportunité pour refaire surface et ramener des forces de l’ « ultra-droite » au sein du FN.

    Temporairement, le FN apparaît quelque peu aux prises avec des problèmes qui, sans être insurmontables, n’en sont pas moins quelque peu paralysants. L’organisation d’extrême-droite joue là un passage particulièrement épineux de son existence : muter pour se hisser à la hauteur des tâches auquel il prétend répondre, ou échouer et s’effondrer comme un château de carte.

    La menace que certains, que nous citons bien trop, ne s’est pas concrétisée telle qu’ils l’espéraient secrètement, pour justifier leurs discours apocalyptiques.

    Mais l’actualité politique de l’extrême-droite ne s’arrête pourtant pas là. Jean-Luc Mélenchon la propulse aussi au devant de la scène, au travers d’une phrase : « C’est la rue qui a abattu les nazis »