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  • 100 millions sinon rien – partie 8

    100 millions sinon rien – partie 8

    Les processus de luttes internes après la révolution.

    Pour comprendre pourquoi il y a eu répression, il est important de prendre en compte la situation d’alors. Les bolcheviques, contrairement à ce que peuvent déclamer leurs détracteurs, n’ont pas fait un « coup d’État ». Un coup d’État est simple, il suffit d’obtenir la victoire « militaire » sur la direction au pouvoir et de la remplacer par une autre. La propriété, les rapports de production, les rouages de l’appareil d’État restent grossièrement les mêmes. Tout au plus des permutations sont effectuées pour remplacer les directeurs par des laquais dévoués. En somme, réaliser un coup d’État est « facile ». Marc Ferro, dès 1980, notait que la prise du pouvoir bolchevique, en fait d’instaurer un nouveau pouvoir cohérent et monolithique, avait, en réalité, légitimé les vastes contre-pouvoirs qui existaient, en face du tsarisme mourant, puis du gouvernement provisoire. Cette galaxie éclatée de lieux démocratiques et de leviers de pouvoir ont adoubé les bolcheviques autour principalement de leur hostilité intransigeante au gouvernement Kerensky plus que, parfois, pour leur programme. Il en résulte que la situation est particulièrement complexe. L’appreil d’État demeure bourgeois, tandis que les pouvoirs politiques sont entre les mains des soviets, des comités d’usines, des syndicats et du Parti. C’est la décantation de ces rapports de pouvoirs qui donne naissance à l’URSS, décantation dans laquelle le Parti, plus cohérent, organisé et structuré que les autres, ressort presque mécaniquement victorieux.

    Réaliser une révolution n’est pas que obtenir une victoire militaire contre la bourgeoisie, c’est également bouleverser de fond en comble le fonctionnement de la société, des institutions, les rapports de production, les rapports de pouvoir, la culture au sens très large du terme, avec les pratiques sociales, les us et coutumes… La révolution bolchevique avait pour vocation de réaliser tout cela. Il s’agit d’un chantier immense, qui, de plus, est réalisé non pas dans un environnement neutre, mais dans un environnement dans lequel ceux qui disposent de grandes compétences, de spécialités, de postes hauts placés, regardent cette transformation avec hostilité. L’inaction induit mécaniquement la perte du terrain gagné, sous le poids des habitudes et sous l’hégémonie de la vieille société. En somme, ce que faisaient les bolcheviques, c’était creuser dans le sable, qui s’infiltre partout, grippe les rouages, brise les moteurs… Ce point-là, celui de la construction pratique, pragmatique de la nouvelle société, est la terra incongnita des anarchistes, y compris de nos homonymes.

    Le Parti bolchevique s’est donc légitimement considéré lui-même comme la seule force politique en laquelle il pouvait avoir confiance pour pouvoir construire la nouvelle société. Mais passer d’un groupe restreint de professionnels de la révolution à une force capable de diriger un pays, d’une part, mais également d’assurer la transformation de celui-ci, de l’autre, était loin d’être une mince affaire. Le Parti avait choisi, alors, d’opter pour avancer pas à pas, progressivement, dans le but de consolider ce qui était la base sociale de la révolution : l’alliance entre ouvriers et paysans.

    Durant la guerre civile, la politique du « communisme de guerre » avait été mise en œuvre. Cette politique, qualifiée d’ « erreur nécessaire » par Lénine, avait néanmoins ses supporters. Trotski et certains éléments gauchistes voulaient qu’elle soit maintenue et devienne la base de la création de l’économie communiste. Hors le communisme de guerre était une économie de guerre, somme toute, classique. Elle marchait de manière démonétarisée, sur la base de réquisitions et d’aliénation de la production pour alimenter le front. Son exécution était terrible et ne pouvait pas déboucher sur la possibilité d’élever l’économie d’un pays, qui plus est la création d’une industrie. Pour les « gauchiste », cela n’avait pas d’importance, puisque soit la révolution mondiale était réalisée, soit elle échouait. Toute pause était donc une trahison.

    Pour les léninistes, en revanche, il fallait temporiser, panser les plaies, protéger l’immense espace arraché à la rapacité impérialiste, et, hélas, acter le fait que la révolution n’était pas parvenue à s’étendre. Lénine proposa la NEP, pour permettre cela. Cette temporisation lui a valu les récriminations des « gauchistes » l’accusant de trahison, mais également l’attention de certains éléments droitiers, pour qui cette politique signifiait, in fine, la normalisation de la pratique du pouvoir par les bolcheviques. C’est notamment le cas d’individus comme Oustrialov et ses suivants, les Smenovekhovtsy, sur lesquels nous reviendrons après.

    Les luttes au sein du Parti ont pris plusieurs formes. Des luttes déclarées, entre les oppositions, des luttes non déclarées, qui sont le reflet de la lutte des classes au sein de l’URSS, mais également, et d’sous une forme beaucoup plus complexe, au sein du Parti communiste.

    Les oppositions déclarées ont été de plusieurs types et de plusieurs natures. L’opposition militaire, durant la Guerre civile, animée notamment par Voroshilov et par d’autres proches de Staline, sans que celui-ci soit impliqué, et s’est focalisée sur la question des experts militaires.

    Voroshilov et de nombreux militaires sortis du rang se sont élevés contre la place laissée aux militaires issus de l’armée tsariste, aux spécialistes. Cette opposition de conception entre une vision « de gauche », voire gauchiste, tenue par ses animateurs, et une conception droitière défendue par Trotski, qui jugeait les experts « neutres » dans la lutte des classes, est assez révélatrice.

    Sur le fond, l’opposition militaire avait raison. Les experts militaires issus de l’armée tsariste employaient une manière bourgeoise/réactionnaire de combattre. Cela s’est traduit comme l’un des facteurs qui ont expliqué le rétablissement de la peine de mort dans l’armée, rétablissement défendu par Trotski, y compris dans son élogieuse autobiographie Ma Vie (1930). Sur la forme, les choses sont plus complexes. Le rejet des experts s’est trouvé payé par un certain amateurisme de la part des cadres sortis du rang. Et cet amateurisme a été chèrement payé en sang. Cependant, l’impact de cette opposition est plus l’expression d’un symptôme qu’une véritable mise en péril de l’autorité du Parti. Il illustre une lutte de ligne idéologique, profonde, entre une conception de la guerre comme ayant un caractère de classe, et une conception technique de celle-ci.

    Le débat sur la construction du socialisme, au tournant des années 1919-20-21 a pris une tournure particulièrement difficile. C’est durant cette période que les oppositions se sont affrontées au sein du Parti. Tout d’abord, jusqu’au Xe congrès, les conflits se sont manifestés ouvertement, puis, par la suite, la situation politique a entraîné un resserrement des cadres du débat, culminant avec la crise de 1927, durant laquelle l’Union soviétique s’attendait à tout moment à une attaque anglo-polonaise, mettant tout le pays en alerte maximale.

    L’opposition de gauche a été traitée en amont. Si elle est particulièrement connue du fait de la personnalité de son principal animateur et de la publicité dont il a bénéficié, elle est restée marginale. Lénine l’a étrillée au cours de plusieurs débats successifs. En revanche, en 1920 s’est exprimé un autre courant, nommé « Opposition Ouvrière. ». Cette opposition, animée par Kollontaï et Chliapnikov, partait d’une prise en compte de plusieurs problèmes, qui d’ailleurs l’ont opposée frontalement aux positions de Trotski et de Boukharine. Lénine considérait que cette opposition partait d’un sentiment sain. Et pour cause, elle ciblait des problèmes concrets et réels au sein de l’État soviétique.

    Les zélateurs et zélatrices de Trotski tentent aujourd’hui, parfois, de s’accaparer l’héritage de cette opposition. Il n’est pas possible de ne pas reconnaître qu’elles sont autrement plus réjouissantes que celles que leur leader défendait à l’époque. Devant le IXe congrès, il déclarait : « Les ouvriers doivent être liés à leur emploi, assujettis à être transférés, il faut leur dire ce qu’ils doivent faire, les commander. » ; « …avant de disparaître, la contrainte étatique atteindra au cours de la période de transition son plus haut degré d’intensité dans l’organisation du travail. »

    Dans la brochure écrite en préparation du IXe congrès : « Une lutte planifiée, constante et résolue doit être menée contre la désertion du travail, en particulier en publiant des listes noires des déserteurs du travail, en formant des bataillons pénaux composés de ses déserteurs et, finalement en les enfermant dans des camps de concentration. » Il ajoutait, « La militarisation du travail est impensable sans la militarisation des syndicats comme tels ». Devant la IIIe Conférence des syndicats, en 1920, et bien que la question ait été tranchée lors du IXe congrès, Trotski persistait à déclarer « Est-il bien vrai que le travail obligatoire soit toujours improductif ?… C’est là le préjugé libéral, le plus lamentable et le plus misérable : les troupeaux d’esclaves eux aussi étaient productifs […], le travail obligatoire des esclaves […] a été en son temps un phénomène progressiste. »

    Le IXe congrès avait, de son côté, statué sur le fait que la militarisation du travail ne peut-être justifiée que par les circonstances de la guerre. Il s’agit là d’un fait absolument incontestable. 15 ans plus tard, la direction dut opérer de même dans la marche vers le second conflit mondial. Seulement, la grande distinction entre la position bolchevique et celle de Trotski réside là : Pour Trotski, ce n’est pas un expédient qui sert à tenir pendant la guerre, mais il s’agit du mode de développement premier, normal, du socialisme.

    A cela Radek, fidèle de Trotski, ajoutait que « la classe ouvrière organisée doit surmonter le préjugé bourgeois de la liberté du travail, si chère au cœur des mencheviks et des conciliateurs de toutes sortes. » (Cité par Bettelheim, P. 346, 1974).

    Cette position n’est pas incohérente. Elle se base sur trois postulats chez aux trotskistes :

    • L’idée que la construction du socialisme
      dans un seul pays n’est pas possible, et que donc, la Russie
      révolutionnaire doit être utilisée à fond comme caserne de la
      révolution mondiale. Il s’agit à leurs yeux d’un one shot
      où il faut impérativement jouer son va-tout.
    • L’idée que le
      développement du socialisme est une question de production en tout
      premier lieu (la théorie des forces productives) et que le
      développement de la production est le marqueur de l’avancée vers
      une société sans classe. Dans ce cadre, l’idée de recourir à
      la production forcée en découle forcément.
    • L’idée de
      l’État ouvrier. La compréhension
      des distinctions entre État,
      Parti et prolétariat est
      primitive. Trotski et ses suivants identifient intégralement le
      prolétariat au Parti et à l’État. À leurs yeux, l’idée de
      syndicats pouvant s’opposer aux décisions de l’État est une
      trahison de « l’autodiscipline que le prolétariat s’impose
      à lui-même » par le Parti.

    Le corollaire est que Trotski et l’opposition qu’il animait (avec Boukharine d’ailleurs), ne comprend pas le socialisme comme une phase de transition dans laquelle l’appareil d’État demeure principalement un appareil hérité du tsarisme, qui n’obéit pas aux directives du Parti (4 700 cadres responsables pour le PC(b) à Moscou, on est loin d’un maillage étroit !), le Parti, lui-même, jugé infaillible et se confondant avec le prolétariat pour Trotski, n’est pas nous plus exempt de reproches, non seulement il peut dévier, et cette déviation ne peut être qu’accentuée par une absence totale de démocratie prolétarienne, mais il n’est pas non plus 100 % prolétarien ou imperméable à la lutte des classes.

    Trotski ne comprend pas non plus la question de l’alliance entre le Parti, le prolétariat et la paysannerie. Sa vision carcérale de la construction du socialisme expose le Parti à être boudé, conspué, voire chassé par les masses populaires. Sa vision absolutiste ne peut donc être appliquée. Le PC(b) ne l’a pas suivit. Pour ne pas s’en prendre directement à Lénine et à sa ligne, il s’en est pris à l’opposition ouvrière.

    L’opposition ouvrière est née du prolongement d’un groupe, nommé « groupe du centralisme démocratique », au sein duquel un nombre conséquent de communistes « de gauche » évoluaient. Elle s’est axée autour d’une critique des dérives qui pouvaient exister au sein du PC(b), notamment la montée en puissance d’éléments bourgeois, des défauts de démocratie interne, des pratiques autoritaires… le diagnostic ne peut être réfuté. Elle tentait de répondre à ces maux par la démocratie ouvrière, par le contrôle ouvrier de la production. Le problème de cette opposition était à la fois politique et de timing. Politique, car le contrôle ouvrier tel qu’il était compris par cette opposition, in fine, était une variante de trade-unionisme qui ne comprenait pas la question politique comme fondamentale, ni les évolutions des rapports entre le tsarisme et la nouvelle politique mise en œuvre. Elle prenait comme hostile « par principe » le gouvernement et l’appareil d’État, en les séparant du prolétariat et de ses intérêts, et, finalement, se comportait en défendant les intérêts particuliers des individus et des groupes de production contre l’intérêt supérieur, transcendant, du prolétariat dans son ensemble.

    Cette absence de compréhension de la politique comme quelque chose de supérieur aux intérêts immédiats et spécifique des ouvriers, non seulement était une impasse, mais mettait en péril l’alliance primordiale et fondamentale avec la paysannerie, en particulier la paysannerie moyenne. L’autre problème, celui du timing, a été le fait que celle-ci s’est surtout manifestée au moment de la crise de Krondstadt. Du fait de sa similitude avec les positions des anarchistes, des SR et des Menchéviks a cette époque, elle a été impitoyablement attaquée, notamment par Lénine, en dépit même du fait que les travers qu’elle ciblait était justifiés.

    Tandis que Trotski et Boukharine ferraillaient pour faire des syndicats des courroies de transmissions devant executer les ordres, Lénine et les léninistes, bien que minoritaires au départ dans le CC, parviennent à rallier progressivement à en proposant non pas un modus vivendi, mais une solution supérieure. Celle de conserver une autonomie aux syndicats, car ils doivent pouvoir former un outil de défense des travailleurs « contre […] leur Etat ». Lénine reconnaît que des oppositions d’intérêt peuvent exister entre l’État et les ouvriers et que le recours à la grève peut être justifié. Lénine le résume en indiquant dans Le rôle et les tâches des syndicats dans les conditions de la Nouvelles Politique Economique (1922) que le conflit entre la position léniniste (soutenue par Staline et Zinoviev), voit dans son rapport avec celle des « 8 », un « désaccord sur les méthodes d’aborder les masses, de gagner les masses, de réaliser la liaison avec les masses ». Derrière ce conflit se trouve également un autre aspect, celui d’un conflit sur la compréhension dogmatique de Boukharine et Trotski face à celle de Lénine. Les premiers voient la dictature du prolétariat comme « une pure expression » du pouvoir ouvrier, tandis que Lénine et les léninistes la définisse comme « une double nature. » Etat ouvrier, car dirigé par un parti ouvrier, mais Etat bourgeois et petit-bourgeois dans sa dépendance face aux experts, administrateurs, spécialistes…

    Or, même dans les échelons intermédiaires du Parti, la situation est complexe.

  • 100 millions sinon rien, partie 7.

    100 millions sinon rien, partie 7.

    Une brève histoire de la répression en Union soviétique :

    Acte I : Révolution

    La répression et l’URSS forment, dans l’esprit de la grande majorité de la population des pays occidentaux un duo inséparable. Malgré le fait que les USA d’aujourd’hui constituent la plus grande prison du monde (6 937 600 personnes sous contrôle judiciaire, 2,2 millions de personnes en prison en 2012), il ne vient pas à l’esprit d’associer immédiatement le pays avec son régime carcéral. Cette association est issue notamment de la grille de lecture choisie par les programmes scolaires, premier vecteur des notions historiques, laquelle traite l’URSS uniquement sous l’angle d’un État totalitaire à partir de 1995. Contrairement à Mussolini ou Hitler, le projet politique soviétique est traité sous l’angle de la suspicion. L’URSS socialiste et Staline sont présentés comme ayant trahi le communisme et comme voulant instaurer quelque chose d’indistinct et de difficilement déchiffrable. Ce procès d’intention mérite d’être démonté en détail.

    Plus haut, nous avons pu voir que le projet économique soviétique représentait, malgré des erreurs de gauche ou de droite, une tentative d’ériger le socialisme. Nous savons également, aujourd’hui, au travers de travaux pionniers comme ceux d’Arch Getty sur les purges, que la répression n’était pas un phénomène unilatéral décidé par « en haut », mais qu’elle s’inscrivait dans la lutte des classes, parfois mal comprise, menée par une direction qui cherchait des voies expérimentales.

    Dans les faits, ce que Marc Ferro ou Charles Bettelheim démontrent bien dans leurs travaux respectifs sur la révolution et la lutte des classes en URSS, les bolcheviks se sont retrouvés d’entrée de jeu dans une situation particulièrement complexe.

    La victoire des rouges n’était pas le fruit d’un plan mûrement planifié, mais d’une saisie d’opportunités. Lénine avait su, y compris en l’imposant par la pression, saisir les chances qui s’offraient au Parti bolchevik durant la période révolutionnaire. La révolution d’octobre était un coup de poker, lancé avec une majorité arrachée, profitant d’une fenêtre de tir particulièrement étroite. Elle a fonctionné contre tous les pronostics.

    Arrivés au pouvoir, le Parti s’est retrouvé dans une situation pour laquelle il n’était pas conçu à l’origine. Outil de lutte clandestine, illégale et légale, ce n’était pas une organisation qui était conçue pour gérer un État, révolutionnaire ou non. L’accession au pouvoir entraîne une série de réactions en chaîne, dont certaines n’étaient absolument pas prévues en amont, voire théorisées. Par exemple, contrairement à une idée reçue, le régime à Parti unique n’était pas considéré comme une condition sine qua non de la mise en place du socialisme. L’idée d’une coalition de partis soviétiques, au sens de partis respectant le pouvoir des soviets (mencheviks, SR, bolcheviques) était la solution qui paraissait la plus plausible et la plus envisageable, pour des bolcheviques, qui, qui plus est, étaient estomaqués eux-mêmes de ce qu’ils venaient d’accomplir.

    Deux éléments particulièrement importants dont les bolcheviques avaient conscience ont joué dans leur succès :

    1) Les bolcheviques se savaient faibles en termes de nombre, d’étendue de réseaux et de relation avec la classe ouvrière et, surtout, la paysannerie. Ils ne possédaient pas un appareil puissant, mais en revanche celui qu’ils possédaient était efficace et discipliné. Il pouvait avoir tactiquement l’avantage.

    2) Les Bolcheviques se battaient contre plus fort qu’eux, mais dans une contexte de vague révolutionnaire puissante. Il existait une opportunité temporaire que devaient saisir le Parti, sans quoi il serait trop tard, et les forces anti-révolutionnaires auraient pu calmer les masses, arrêter les cadres révolutionnaires et stopper le processus.

    C’est parce qu’ils étaient conscients de cela que les bolcheviques ont fait le choix de la Révolution d’Octobre, de ne pas attendre le congrès des Soviets (ce que voulait faire Trotski, hésitant malgré sa phrase ultra-révolutionnaire), mais également de disperser l’Assemblée Constituante, du fait de sa composition. Ce dernier point est un marronnier constant de la part des démocrates, qu’ils soient anarchistes ou réformistes. En réalité, il faut voir les choses telles qu’elles étaient dans la pratique. C’est notamment pour faire face à ces problématiques que, très tôt, la Tchéka a été formée, dans le but de lutter contre les ennemis intérieurs.

    Les forces qui étaient présentes étaient des forces qui voulaient poursuivre la guerre impérialiste aux côtés des autres puissances. Elles niaient les revendications profondes des masses, d’une part, de l’autre avaient volonté à temporiser toutes les réformes, dans le but de permettre un retour des forces bourgeoises au pouvoir. En sommes, cette Assemblée Constituante n’était démocratique qu’au sens le plus bourgeois du terme. Voilà ce qu’en disait Lénine :

    « Cette révolution a montré dans les faits comment le peuple doit procéder pour prendre possession de la terre et comment il doit faire passer les richesses naturelles, les moyens de transport et les moyens de production aux mains de l’Etat ouvrier et paysan. Tout le pouvoir aux Soviets, avons-nous dit ; et c’est pour cela que nous luttons. Le peuple voulait convoquer l’Assemblée constituante, nous l’avons convoquée. Mais il a tout de suite senti ce qu’elle était, la fameuse Assemblée constituante. Et aujourd’hui, nous avons exécuté la volonté du peuple, volonté qui proclame : tout le pouvoir aux Soviets. Quant aux saboteurs, nous les briserons. Quand je suis passé de la vie bouillonnante de Smolny au Palais de Tauride j’ai eu l’impression de me trouver parmi des cadavres et des momies desséchées. Usant de tous les moyens existants pour lutter contre le socialisme, recourant à la violence, au sabotage, ces hommes ont transformé jusqu’à la grande fierté de l’humanité – la connaissance – en un instrument d’exploitation du peuple travailleur ; et bien que, par ce moyen, ils aient quelque peu entravé la marche vers la révolution socialiste, ils n’ont cependant pas réussi à saper celle-ci et ils n’y réussiront jamais. Car, doués d’une grande puissance, les Soviets ont commencé à détruire les fondements périmés du régime bourgeois, non pas comme de grands seigneurs, mais à la manière des prolétaires, des paysans. »

    (Discours sur la dissolution de l’Assemblée constituante prononcé à la séance du Comité exécutif central du 6 (19) janvier 1918 )

    Un nouveau pouvoir naissait, celui des Soviets, en face et contre le pouvoir suranné de la bourgeoisie et son crétinisme parlementaire. Le nouveau gouvernement, cependant, avait édicté des principes pour que cette coalition puisse exister. Ce sont ces principes qui ont été rejetés tant par les Socialistes-Révolutionnaires que par les Anarchistes, les mettant de facto dans une situation d’illégalité. Le fait que la SR Fanny Kaplan ait tenté de tuer Lénine n’est qu’un des exemples de l’activité à laquelle pouvaient se livrer des groupes qui rejetaient l’idée d’une dictature du prolétariat. Cependant, il faut garder absolument à l’esprit que ce n’est pas par une trahison pure et simple des idées révolutionnaires, mais plus par le fait que les SR n’étaient pas disposés à aller aussi loin, étaient effrayés par ce qui se déroulait, notamment par rapport à la paix de Brest-Litovsk, qui était un choix minoritaire dans le Parti bolchevik lui-même, et face au communisme de guerre. Eux-mêmes ne se percevaient pas comme des restaurateurs du capitalisme (cela aurait été plus simple), mais leurs choix, aussi sincères ont-ils étés, menaient à cela.

    Les anarchistes et la répression.

    Si les bolcheviks ont dû faire usage de la violence dans plusieurs cas soulevés par les anarchistes, à savoir contre la makhnochina ou à Krondstadt, ce n’est pas par haine spécifique contre les expériences anarchistes, qu’ils ont au contraire essayé de rallier. Jusqu’en 1920, le pouvoir bolchevique a tenté de maintenir le plus possible des liens amicaux avec les forces anarchistes qui ne s’étaient pas ralliés aux contre-révolutionnaires. Face aux ouvriers défendant des conceptions anarchisantes ou anarchiste, le Parti devait developper une politique de ralliement, laquelle à eu un certain succès.

    Vis-à-vis des dirigeants de ce mouvement, il y eu des tentatives de pouvoir nouer des ponts. Lénine et Nestor Makhno, par exemple ont eu à se rencontrer à plusieurs reprises, à ce titre. Le problème était que les actes des anarchistes, ainsi que leur mélange de naîveté envers la démocratie et de sectarisme, ouvraient des brèches dans la possibilité pour la révolution de tenir sur un terme même relativement court. Ainsi, en ouvrant la porte de Leningrad, l’île forteresse de Krondstadt mettait en péril le centre de la révolution. Les anarchistes sont friands du fait de souligner les morts causés par les rouges lors de la répression. En revanche, ils sont moins adeptes du fait de disserter sur le programme des insurgés :

    • Légalisation
      des partis « soviétiques », dans lesquels se trouvaient
      les Mencheviques et
      les Socialistes-Révolutionnaires,
      dont Kerensky, président du gouvernement provisoire,
      contre-révolutionnaire. Paradoxalement, ils demandaient également
      des « Soviets sans partis », pour en exclure les
      bolcheviques.
    • Fin du
      système des commissaires politiques dans l’Armée rouge. Il n’est
      pas étonnant alors que les officiers tsaristes présents à
      Krondstadt aient trouvé ces revendications à leur goût.

    • Liberté du
      commerce et respect de la propriété paysanne, alors même que
      leurs zélateurs hurlent au crime dès le que mot NEP est prononcé.


    Charles Bettelheim, dans La lutte des classes en URSS, note avec justesse un fait important, qui explique d’ailleurs le programme si proche de celui des anarchistes : les marins, qui avaient été un point d’appui essentiel dans la révolution, avaient été relevés et remplacés par des conscrits ukrainiens, paysans pour la plupart. Chez eux, l’influence des idées anarcho-populistes, y compris antisémites, étaient puissamment installées. L’éclectisme de l’origine politique des cadres (SR ; Menchéviques ; KD ; anarchistes…) rend difficile le fait de savoir s’il avait pu exister des liens avec les centres antisoviétiques en exil. Toujours est-il que ce « Centre national » a vu d’un bon œil la possibilité d’une rébellion et avait anticipé l’idée de s’en servir comme porte d’entrée.

    L’écrasement de la rébellion se fait en une journée. Il est précipité par la crainte que la fonte des glaces n’isole la forteresse de la côte, et la mette à la merci des interventionnistes. Bien que douloureux, l’épisode éprouve la solidité de l’assise bolchevique. Car, si la rébellion de Krondstadt dévoile un mécontentement populaire dans une Russie aux abois, son absence d’écho ailleurs, en revanche, montre l’isolement de celui-ci et la confiance des masses envers le Parti Communiste. À la fin, le fait que 11 des 15 membres du Comité Révolutionnaire aient pu trouver sans problème refuge auprès des forces contre-révolutionnaires illustre de manière assez gênante les porosités de l’époque.

    Dans le même ordre, l’Ukraine, en pleine période de famine monstrueuse pour les villes, était la clé même de la survie de la population urbaine. L’attitude de plusieurs pontifes de la makhnochina, assassinant les quêteurs bolcheviques, interdisant l’expression des journaux du Parti, refusant les réquisitions, par défense de l’intérêt particulier des paysans contre l’alliance paysanne-ouvrière, créèrent une situation où, en dernière instance, les choses ne pouvaient se régler que par le conflit. Cette situation, regrettable et regrettée, par ailleurs disputée au sein du CC du Parti bolchevique, n’en était pas moins l’application du sinistre principe de réalité dans une lutte à mort où les marges de manœuvres sont nanométriques. Cela n’a pas empêché les anarchistes, par la suite, de bénéficier d’une certaine liberté d’expression, leur organisation disposant d’un siège à Moscou jusqu’à la fin de la NEP.

    Il est particulièrement important de souligner que ce point reste une blessure ouverte entre les courants libertaires et les partisans de la révolution prolétarienne. L’Union Libertaire Communiste, fondée cet été, a ainsi publié un manifeste dans lequel elle revient brièvement sur ce point de clivage entre « autoritaires » et « anti-autoritaires ». Ce clivage n’est pas uniquement historiographique. Il n’est pas anecdotique. Il revient sur un point fondamental de la question de la lutte révolutionnaire : celle de « comment gagner ».

    « La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme dans la conduite des luttes, faisant à l’occasion prévaloir l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. » (Union CL, 2019)

    Il n’est pas possible de ne pas souscrire à ces critiques, dans un sens. Cependant, elles sont une lapalissade, car les problèmes organisationnels ont toujours été soulignés tant par les partisans des organisations que par leurs détracteurs. Dans l’idéal, il serait plus simple de pouvoir se passer d’un lourd appareil pour gagner. Mais l’idéal, confronté au prisme de la réalité, se paie en fleuves de sang.

    La conception de la révolution, en 2019, et ce malgré l’expérience de centaines d’années de lutte contre le capitalisme, reste toujours fondamentalement marquée par une approche statique de l’attitude de la bourgeoisie et par son inaction. Ainsi, le rapport entre la révolution et la contre-révolution est uniquement sous l’angle d’un « défi ».

    « Durant ce processus – où le pouvoir capitaliste est ouvertement défié –, le courant communiste libertaire ne cherche pas à former un « état-major » aspirant à s’emparer du pouvoir d’État. Il pousse au contraire à ce que le pouvoir populaire prenne conscience de lui-même, se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État.

    Le courant communiste libertaire doit contribuer à orienter le processus révolutionnaire vers une solution autogestionnaire, évitant les pièges de la bureaucratisation, sans s’en remettre complètement à la spontanéité. Celle-ci a déjà ­montré, dans l’histoire, son extra­ordinaire puissance créatrice, mais aussi son instabilité.» (Union CL, 2019)

    Là réside l’aspect le plus triste, en dernière analyse, de la faillite des organisations libertaires dans leur approche de la question de la révolution. À quoi croient-elles faire face ? À un adversaire qui, sans réagir, laisse tranquillement se développer un mouvement de masse révolutionnaire, laisse faire qu’il « se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État » ?

    « Une période pré-révolutionnaire s’ouvre lorsque l’État est débordé par la montée de la lutte des classes au point qu’il commence à se déliter, et que son autorité est mise en question. Si certains lieux de production sont repris en main par les travailleuses et travailleurs, le patronat lui-même voit sa raison d’être directement menacée. » (Union CL, 2019)

    Considérer que la classe au pouvoir se laisserait faire, alors qu’elle possède, en dernière instance, l’intégralité des leviers des moyens économiques, de la propagande, des moyens de répression, cela revient à ne pas regarder l’histoire en face. La bourgeoisie n’hésite déjà pas à transgresser les lois – lois qu’elle impose elle-même ! – pour augmenter son taux de profit, pour accroître ses bénéfices. Croire que, menacée, elle ne réplique pas avec la plus grande sévérité et avec une violence sans bornes, cela revient à tout simplement nier le concept de révolution et à se contenter d’une « amicale pression ».

    Si les bolcheviques ont placé si haut le primat de l’organisation, ça n’est pas par un fétichisme atavique, mais bien car il fallait faire face à une action affirmative, positive au sens clausewitzien du terme, contre le peuple, les masses, les révolutionnaires. Dans les faits, lors de la Révolution française, bourgeoise, qui ne mettait pourtant pas en péril le développement du capitalisme, l’ensemble des royaumes se sont coalisés contre elle. Contre la Commune de Paris, l’affrontement entre la Prusse et la France a été temporisé pour liquider ce qui était perçu comme la véritable menace. Dans la Révolution d’octobre, non seulement les révolutionnaires ont fait face non seulement aux classes possédantes de la Russie Tsariste, mais également aux bourgeoisies internationales coalisées entre elles pour écraser cette menace.

    Même dans les zones contrôlées par les rouges, la lutte n’était pas terminée. N’ayant pas aboli les capitalistes et leurs soutiens par un acte magique, les communistes devaient agir envers eux. Berkman, dans Qu’est ce que de l’anarchisme (Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010) fait de la lutte contre les contre-révolutionnaires une lutte basée sur la gentillesse et l’humanité (bien que, à demi-mot, Berkman propose de déporter les opposants à la révolution). Ces principes, profondément positifs, n’en manquent pas moins le point central de l’affaire : la lutte n’est pas contre des individus isolés, mais contre des classes sociales qui ne sont pas abolies magiquement par l’arrivée au pouvoir de la révolution. Ironiquement, soit ce qui est proposé a été appliqué aussi par les bolcheviques (traitement des prisonniers, ralliement des ex-opposants), soit il s’agit de propositions qui ne pourraient s’appliquer que si la victoire était acquise.

    « L’autodéfense exclut tout acte de coercition, de persécution ou de vengeance. Elle ne consiste qu’à repousser les attaques et à empêcher l’ennemi de nous agresser. […]« Mais laisserais-tu faire les contre-révolutionnaires s’ils essaient d’influencer le peuple? » Mais oui, laissons les parler tout leur soûl. Les en empêcher ne servirait qu’à créer une nouvelle classe de persécutés. » (P. 361 – 363 Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010).

    Laisserait-on, en France, aujourd’hui, paraître Minute, laisserait-t-on le site de Égalité et Réconciliation publier des appels à la révolte ? Cela explique que, pour l’auteur, « le gouvernement bolchevique est, de l’aveu de tous, le pire des despotisme européens, à la seule exception du gouvernement fasciste en Italie » (P. 214, Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010)

    Réprimant les oppositions, la Russie Bolchevique est placé sur le même plan que le fascisme. Pas étonnant que ces même bolcheviques aient été d’une tendresse toute relative contre ceux qui, préfigurant avec 50 ans d’avance Furet, Courtois et Nolte, assimilaient l’un à l’autre.

    Face aux réactionnaires, les choix sont étroits.

    Il est vrai que, face aux réactionnaires, à plusieurs reprises, les bolcheviques ont dû agir avec une sévérité terrible. L’exemple de l’exécution du Tsar et de la famille impériale est l’illustration d’un acte qui n’est ni commis par esprit vengeur ou par cruauté, mais qui est le fruit d’une conjonction de paramètres contingents sur lesquels les bolcheviques n’avaient que peu de prise. La capture du Tsar par les bolcheviques entraînait une situation pleine de paradoxes. Si une partie des militants bolcheviques, notamment dans les soviets de l’Oural, avaient réclamé la tête du dirigeant. Cependant, la position de la direction du Parti bolchevique était, par principe, défavorable à la peine de mort et ne jugeait celle-ci utile que dans un cadre de lutte aiguë. De plus les tuer en aurait fait des martyrs. Mais il n’était pas possible pour autant de libérer la famille impériale, celle-ci aurait formé un gouvernement en exil tout comme un point de ralliement pour les forces anti-bolcheviques. En dernier choix, celle-ci est restée à Ekaterinbourg. L’approche des Tchèques et des armées blanches a été le déclencheur de leur exécution. Face au risque de les voir libérés, les bolcheviques ont préféré presser la détente eux-mêmes, le 17 juillet 1918. Si cette exécution a pu scandaliser, elle a montré la détermination à ne pas céder face aux réactionnaires. Elle a aussi entraîné des querelles entre les forces blanches, privées de point de ralliement, se divisant autour des candidats à la succession ou des forces qui voulaient dépecer l’Empire pour leurs maîtres impérialistes. Malgré les reproches qu’il était possible de faire aux bolcheviques, il est douteux que toute autre force ait pu résister aux immenses coalitions lancées contre la Russie soviétique.

    Même dans certains cas, il a fallu être implacable dans les réquisitions de blé pour nourrir les villes affamées, pour mettre fin aux grèves contre révolutionnaires contre les agents des transports ou des transmissions, qui isolaient la révolution du reste du pays. Cela a créé des mécontents, des drames, des moments terribles. Sans ces actes, le fait d’être resté à une vision purement économiste, plate, des rapports, aurait conduit à la mort de la révolution. Ce n’est pas la victoire de « l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. », mais de l’intérêt supérieur de la lutte politique sur les particularismes des luttes économistes sectorielles. Cette répression, qui a parfois touché de manière dramatique des ouvriers, des paysans, des soldats révolutionnaires ou de pauvres gens était le fait, justement, de la subordination nécessaire, impérative, au succès de la révolution.

    Cette considération révèle un caractère contradictoire du gauchisme au sens Léniniste du terme. Il faut que la révolution soit parfaite sans quoi elle n’a pas d’intérêt, et puisqu’elle ne peut être parfaite, mieux vaut ne pas la faire, attendre, végéter, jusqu’à ce qu’une nouvelle opportunité de ne pas la faire se présente. Considérant tout compromis « par principe » inacceptable, autant périr dans l’honneur que d’en faire. Face à Brest-Litovsk, ces individus préféraient être écrasés et tout perdre que de trouver un compromis et de sauver l’essentiel : les moyens de gagner, à termes.

    « Imaginez-vous que votre automobile soit arrêtée par des bandits armés. Vous leur donnez votre argent, votre passeport, votre revolver, votre auto. Vous vous débarrassez ainsi de l’agréable voisinage des bandits. C’est là un compromis, à n’en pas douter. « Do ut des » (je te « donne » mon argent, mes armes, mon auto, « pour que tu me donnes » la possibilité de me retirer sain et sauf). Mais on trouverait difficilement un homme, à moins qu’il n’ait perdu la raison, pour déclarer pareil compromis « inadmissible en principe », ou pour dénoncer celui qui l’a conclu comme complice des bandits (encore que les bandits, une fois maîtres de l’auto, aient pu s’en servir, ainsi que des armes, pour de nouveaux brigandages). Notre compromis avec les bandits de l’impérialisme allemand a été analogue à celui-là. » (Lénine, 1918)

    Cependant, même la victoire assurée au sens militaire du terme, le Parti bolchevique s’est retrouvé, en interne, dans une situation inattendue du fait de sa nature même.