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  • Islamo-gauchisme & universités.

    Islamo-gauchisme & universités.

    L’Unité Communiste dénonce la campagne orchestrée par le gouvernement à l’encontre des universités.

    Depuis plusieurs mois, le gouvernement cible l’université et la communauté universitaire. Plusieurs ministres, comme Frédéric Vidal ou Jean-Michel Blanquer, ont déclaré que celle-ci représentait un vivier pour « l’islamo-gauchisme », et qu’il fallait enquêter en son sein.

    Le 14 février, sur la chaîne de propagande ultra-réactionnaire Cnews, Frédéric Vidal et Jean-Pierre Elkabbach ont échangé sur leur vision de l’université.

    « Ce que l’on observe dans les universités, c’est qu’il y a de gens qui peuvent utiliser leurs titres […] pour porter des idées radicales ou pour porter des idées militantes de l’islamo-gauchisme, vraiment. » Ces idées, les voilà : ce sont celles d’« indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale ». Quel outrage.

    Cette fusion est résumée ainsi : «Il y a une sorte d’alliance entre Mao Tsé-Toung si je puis dire et l’ayatollah Khomeini, euh… » (J.-P. Elkabbach).1

    Cette vigilance est d’ailleurs largement appuyée par le Figaro, qui titrait « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », et par un ministre de l’intérieur plus à droite que le RN. Il en résulte que le gouvernement souhaite pouvoir contrôler les sujets de recherche et d’étude, donc l’attribution des finances sur des critères politiques. Il désire également mettre fin à la « franchise universitaire ». Celle-ci, datant de la bulle papale de 1231 (!) considérait que l’université devait être indépendante du pouvoir temporel, et donc hors du contrôle étatique et policier.

    La menace est elle si grande ? Il semble surtout que la réalité soit plus complexe.

    Le CNRS a très justement rappelé que le concept de l’islamo-gauchisme est un concept bancal. Il tient de la construction artificielle, du fantasme, et n’a pas de rapport avec la réalité scientifique et objective. Sans définition claire et précise, il décrit à la fois tout et à la fois rien. Il tient donc plus du slogan publicitaire que d’autre chose. Cependant, il démontre une certaine vision du monde.

    Dans l’esprit de ces héritiers de McCarthy, l’organisateur de la traque des communistes aux USA, l’université est un ennemi. En étudiant la société actuelle et en analysant les rapports sociaux, politiques, économiques et culturels en son sein, elle remet en cause -même sans que cela d’ailleurs directement son objectif- l’ordre établi.

    L’université fragilise la magnifique société d’harmonie vue par les exploiteurs les plus réactionnaires.

    Leur vision d’une société harmonieuse est une société qui fonctionne sans entraves. Une société organique dans laquelle les travailleurs et travailleuses font ce qu’on leur demande de faire. Une société dans laquelle les femmes peuvent revendiquer quelques droits, mais ne doivent pas bouleverser le « bon vieux patriarcat », dans lesquelles des valeurs traditionnelles doivent rester le référentiel de base : ordre, autorité, famille, patrie…et travail.

    Le fait de mettre en exergue le patriarcat, l’exploitation, le colonialisme et le néo-colonialisme, en sapant l’harmonie de la société, menacent l’ordre établi. Et, selon les réactionnaires, ces interstices permettent aux musulmans les plus radicaux (ceux-là même auxquels les français vendent des armes, soit dit en passant…) de pouvoir avancer leurs pions.

    De plus, ils anticipent largement les mouvement sociaux à venir.

    Nous l’avions mentionné par le passé, nous sommes dans l’œil du cyclone. La situation économique se dégrade progressivement. Macron, et ses prédécesseurs, en broyant les droits sociaux et en réduisant les salaires, fragilisent la société et en particulier les plus précaires. La pandémie, en se surajoutant à cela, accentue encore ce phénomène de paupérisation toujours plus fort.

    Demain, des luttes explosives auront lieu. Pour le pouvoir, ces luttes doivent être contrebattues par tous les moyens. Par la loi sur la sécurité globale, d’une part, mais aussi en luttant contre les idéologies révolutionnaires : en brisant les manières d’analyser la société et de trouver des moyens d’organiser les colères.

    Le gouvernement n’hésite pas non plus à les détourner, en relançant la vieille machine à haine : l’islamophobie est le racisme d’hier, maquillé, repeint, légalisé. Ses ténors sont adoubés et ont pignon sur rue. Ils vomissent leur haine en toute impunité. Ils sont le pansement de fortune d’une société en échec.

    Dans ce continuum entre les différentes lois – lois économiques et lois politiques – la lutte contre le « séparatisme » sert uniquement de prétexte. Le vrai séparatisme est celui des riches, des exploiteurs, au dessus des lois, fraudeurs, menteurs, assassins. Celui qui est ciblé par la loi éponyme est uniquement celui de miséreux cherchant des issues à leurs souffrances. Il est le reflet de la faillite du système.

    Le bout de la piste.

    Aujourd’hui, des lois comme la loi séparatismes peuvent passer avec un assentiment général. Le fond de l’affaire n’est même plus contesté, alors qu’il est éminemment contestable. Plus de la moitié des élus PCF se sont, par exemple, abstenus sur le vote de la loi séparatisme2. Dans leurs interviews, ils ont reconnu une certaine réalité à ce qui est ciblé par celle-ci. Ils se sont montrés incapables de comprendre le continuum entre ces différentes loi et le sens politique profond de celles-ci.

    Il n’est pas possible de ne pas reconnaître que les réactionnaires gagnent du terrain. «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» écrivait Gramsci. L’impérialisme et le capitalisme apparaissent épuisés, incapable de répondre aux besoins de la société. En s’insérant dans ses fêlures, des fanatiques de l’ordre ancien tentent de renverser la roue de l’histoire : ramener vers un passé d’ordre absolu.

    Cependant, croire que les réactionnaires hégémoniques vont combattre les réactionnaires concurrents est, au mieux de la naïveté. Croire que la dissolution de Génération Identitaire, réalisé par un des leurs, est un signe d’antifascisme, est là aussi naïf.

    La réalité est que le gouvernement accepte et soutien les réactionnaires, mais préfère les siens, son sérail, sa clique, à des agents incontrôlables. Ces monstres fanatiques ne menacent pas l’ordre des choses, mais ils sont gênants.

    Notre réponse.

    Nous n’avons, contrairement à cette propagande stupide, aucune sympathie ni affinité pour les réactionnaires religieux. Mais nous savons qu’ils ne sont qu’un épiphénomène, et qu’on ne lutte pas contre eux à coup de lois ineptes.

    Nous n’avons rien contre les croyants et les croyantes. Mais nous voulons proposer des perspectives d’unité populaire qui impliquent de lutter contre les aspects réactionnaires de la pratique religieuse. Cette lutte ne passe pas par des caricatures pipi-caca, mais par un travail de terrain, de solidarité, de développement des intérêts communs.

    Notre lutte contre le séparatisme, c’est la solidarité, l’unité, la lutte commune, la réunion des intérêts des exploités et des exploitées, des opprimés et des opprimées. C’est au travers de celle-ci que les réactionnaires seront battus et que l’égalité et la liberté gagneront.

    Le savoir scientifique, universitaire, n’est pas un ennemi dans cette lutte, mais bien un allié précieux : décrire la réalité, c’est la comprendre, la comprendre c’est pouvoir agir dessus. Et c’est pouvoir la transformer pour qu’elle devienne une autre réalité : celle d’une société sans classes ni État !

    1Toute personne connaissant l’histoire de la Ve République sait qu’il y a une savoureuse ironie dans cette phrase. Quant on songe que le premier Etat occidental à avoir reconnu la République Populaire de Chine est la France de de Gaulle, et quand on songe au fait que l’Ayatollah Khomeini était protégé en France avant 1979.

    2Et non des moindres, Fabien Roussel et Marie-Georges Buffet, par exemple. Manuéla Kéclard-Mondésir a même voté pour.

  • Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Nous considérons que la campagne islamophobe orchestrée par le gouvernement est un jeu cynique, hypocrite et dangereux.

    Les discours racistes sont omniprésents. Le délinquant raciste Zemmour est devenu un faiseur de politiques, tandis que les médias d’extrême-droite, comme C News, sur Radio, mais aussi Marianne, le Point, le Figaro, ou d’autres encore, vomissent leur haine. Ces bandits amalgament consciemment la pratique religieuse, l’immigration, la délinquance, les trafics, pour construire un ennemi.

    Ils sont aidés dans ce sens par des « idiots utiles », qui, sincèrement hostiles au caractère réactionnaire des religions, sincèrement mus par un désir progressiste, ne se rendent pas compte qu’ils hurlent avec la meute.

    La police débarque dans une mosquée du 11ème à Paris et terrorise les  enfants et fidèles - Cinquième Colonne

    Aujourd’hui, pas un jour de passe dans un scandale islamophobe. Descentes de police, vexations, intimidations, actes de violences. Ces politiques font naître un ressentiment, un sentiment d’exclusion, d’encerclement, qui forme le terreau des prêches des radicaux.

    Centre de la bataille, la loi sur les séparatismes cristallise l’attention. Elle a été, sur le fond, saluée par le RN. Celui-ci a d’ailleurs été l’invité du ministère de l’Interieur. Il a été consulté sur son opinion quant à la loi. En fait de barrage, Macron ouvre les portes du pouvoir aux fascistes.

    Le gouvernement français apparaît clivé entre une branche ouvertement favorable à une campagne débridée, autour de Darmanin. Celui-ci a accusé LFI d’être un agent de cet « islamo-gauchisme » explosif. De l’autre côté, les libéraux, y compris Macron, semblent essayer de rétropédaler, passant de séparatisme à séparatismes puis à une classique loi sur la laïcité.

    En dépit d’une apparence d’équité dans le traitement des religions, l’hypocrisie ne tarde pas à poindre. Si le gouvernement avait la moindre once de sincérité dans sa lutte pour une laïcité étendue, il ciblerait l’anomalie du concordat de 1801, toujours utilisé en Alsace-Moselle1. Là, aucune laïcité n’existe (voire infographie).

    Le régime concordataire

    Ce système parallèle n’a jamais été évoqué dans aucun discours quel qu’il soit. Pourtant, il impacte toujours fortement le fonctionnement de cette partie de la France.

    L’islamo-gauchisme, cette résurrection du judéo-bolchévisme, est un axe de bataille central. Il permet d’amalgamer dans une masse informe les luttes sociales, les luttes politiques et démocratiques, la défense du droit des minorités et le terrorisme. Il construit un ennemi intérieur, irréductible, incompatible, et donc à éliminer.

    Il existe un grand nombre d’enjeux qui sont urgents, vitaux. La crise sanitaire n’a pas été conjurée. La crise économique plonge une partie de la population dans la précarité, l’angoisse, la misère. Elle a permis aux grands bourgeois, aux grands capitalistes, d’éliminer des concurrents. Les milliardaires s’enrichissent plus que jamais. La démocratie française, démocratie autoritaire, s’étiole davantage.

    Les partis politiques de la démocratie bourgeoise sont incapable de pouvoir répondre à ces problèmes sans se heurter aux intérêts des plus grands des exploiteurs. Ce n’est pas leur rôle ni leur désir. Il est uniquement de servir au mieux leurs maîtres.

    S’axer sur une campagne raciste, xénophobe, islamophobe, est donc une mesure dérivative. Elle occupe de l’espace, elle occupe du temps, elle détourne des questions les plus brûlants, les plus centrales de l’actualité. Elle instrumentalise les peurs, les colères, les haines, et en font des poignards, avec lesquels les exploités et exploitées s’égorgent mutuellement.

    Ces jeux électoraux, des dérivatifs, ne sont pas sans conséquences. Les architectes de ces discussions sont bien souvent des calculateurs, qui ne réfléchissent qu’en termes de résultats électoraux et d’effets de communication. Ces commerciaux de la haine se moquent bien des effets dévastateurs de leurs discours.

    Ils nourrissent des idéologues qui, eux, bénéficient grandement de cette mobilisation réactionnaire. Et qui, eux, ont l’intention d’aller jusqu’au bout de leur logique. En espérant capter les voix qui vont à ces promoteurs de l’épuration ethnique, les démagogues ne font que légitimer leur discours et leur donner plus de poids.

    Nous sommes en faveur de la laïcité. Nous sommes résolument hostiles, non aux religions en tant que telles, mais en leurs expressions réactionnaires. Or, la lutte contre ces aspects réactionnaires ne peut être faite par la chape de plomb de la répression étatique. Elle ne peut être faite que par un espace de dialogue, plaçant au centre de celui-ci ceux et celles qui pratiquent ces religions. Or, nous ne pouvons que constater que les musulmans et les musulmanes sont les grands absents et absentes des plateaux. Les seuls qui sont invités sont illuminés choisis expressément pour attiser la colère et la haine.

    Nous rappellons que le véritable séparatisme est dans l’attitude des exploiteurs. Ils imposent une loi, un ordre, qui les arrangent. Dans le même temps, ils se privent de respecter leurs propres lois, volant, mentant, trichant dès qu’ils le peuvent.

    L’unité populaire n’est pas un mot qui doit rester creux. La lutte contre les réactionnaires non plus. Nous avons un besoin impérieux, dans le climat actuel, de mettre en commun nos forces, de travailler le plus étroitement possible. De faire bloc, de tenir, car la campagne électorale ne fait que commencer, et que les discours iront croissant jusqu’à son aboutissement.

    1: « Concrètement, la loi de séparation de 1905 n’est pas appliquée en Alsace-Moselle et les quatre cultes catholique, luthérien, réformé et juif y bénéficient d’un statut officiel. Prêtres et laïcs en mission, pasteurs et rabbins y sont rémunérés par l’État. Les évêques de Strasbourg et Metz sont nommés par le chef de l’État. De fait, l’Élysée suit désormais le souhait du Saint-Siège. Le président de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL), dont le nom est proposé par un vote du consistoire supérieur de cette Église, est lui aussi nommé par l’État. Les membres laïcs élus des consistoires israélites des trois départements doivent avoir l’agrément du Premier ministre. » (Source Wikipédia)

  • La République fracturée.

    La République fracturée.

    Le 11 juin sera-t-il une date charnière ? Dans le journal Le Monde, le Président de la République a déclaré que “le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux”. Cette déclaration est illustrative d’un certain climat en France. Elle est inquiétante.

    Elle a d’ailleurs suscité des réactions indignées de la part des universitaires. Cela se comprend, en particulier quand on songe à la virulence des propos employés. La tonalité de l’article de Le Monde a également été au centre des réactions, tant les tournures de phrases appuyaient les propos présidentiels, les affirmant comme une vérité établie. Cette « ethnicisation des conflits » serait le fruit de la vénalité des universitaires, à la recherche d’un « bon filon ». Elle mènerait à ce que les universitaires se muent en apprentis-sorciers, jouant avec le feu et avec les ressentiments liés au passé colonial de la France. Leurs travaux et leurs publications nourriraient ainsi le communautarisme et la menace d’un conflit social-ethnique.

    Pourtant, en regardant objectivement les choses, le croisement des origines et des milieux sociaux possède une certaine réalité. Ou plutôt une réalité certaine. La stratification et la division du travail en fonction des origines est visible et constatable. Si la question sociale est primordiale, les deux entretiennent un rapport étroit. Ce rapport a été étudié tant à l’école1, dans le monde du travail2 ( Air France, Accor, Altran, Arkéma, Renault, Rexel et Sopra Steria – pour « présomption de discrimination à l’embauche »), mais également dans la vie de tous les jours3, particulièrement face à la police. Le scénario demeure le même : les « classes dangereuses » portent bien souvent le visage des colonisés. Et quand ce n’est pas le visage, c’est la culture populaire, formée par la fusion progressive de mots, d’usages, de références culturelles, qui est visible. Certes, certains et certaines peuvent sortir de cette situation, c’est un fait indéniable et constamment mis en avant pour essayer de démontrer que la « méritocratie républicaine » n’est pas morte. Mais il s’agit d’une poignée, d’une minorité, et qui n’échappe pas toujours aux stigmatisations.

    Dire, comme le fait Macron, que la césure dans la société est apportée par l’extérieur, revient à mentir. La République était déjà fracturée bien avant les migrations. Elle était fracturée en classes. Les discriminations raciales, issues du colonialisme, le racisme, les vexations, les mises en concurrences, se sont rajoutées. Sur-infectant la plaie, lui donnant un caractère explosif.

    L’erreur d’analyse n’est pas une trahison.

    Alors, certes, certains chercheurs ou certaines chercheuses ont alimenté des discours douteux. Le découpage en studies séparées et cloisonnées, venu d’Amérique du Nord, contribue en effet au développement d’une pensée qui tend à s’intéresser plus aux expressions des inégalités qu’a leurs causes. Elles tendend également à ne pas vouloir chercher d’issue et à se complaire dans le travers du langage performatif ou dans l’essentialisation. à écouter certains ou certaines de ses adeptes, il suffirait d’adopter les bons mots et les bons réflexes pour mettre fin à des discriminations paradoxalement reconnues comme systémiques. Cette conception des choses n’engage qu’à « respecter le statut de victime », mais ni a avoir une action affirmative pour lutter contre ce qui fait de ces individus « des victimes ».

    Ce n’est pas notre point de vue. Par contre, au-delà des différences de conception, nous savons faire la part des choses. Entre ceux et celles qui essaient de progresser et d’avancer, même avec parfois des faillites et ceux et celles qui, au nom de l’absence de solution parfaite et immédiate, refusent de prendre en compte quoi que ce soit. C’est pour cela que nous jugeons les attaques contre ces recherches comme révélatrices et dangereuses. En disqualifiant la parole des chercheurs et des chercheuses, autour d’une rhétorique anti-intellectuelle populiste, le pouvoir macronien laisse la place aux agitateurs réactionnaires.

    Un affrontement entre deux élites.

    Tandis que les élites intellectuelles sont marginalisées, les élites médiatiques, elles, reprennent en chœur les discours réactionnaires. Ils en sont les caisses de résonances. Ces élites méritent d’être désignées : ce sont ces élites, comme Onfray ou Zemmour. Elles ne doivent pas leur influence et leur statut à la qualité de leurs productions, mais bien uniquement et exclusivement à leur accès aux médias. Grâce à l’autopromotion, aux réseaux de copinage, il leur a été possible de créer une « bulle spéculative intellectuelle ». Mais, en réalité d’analyse intellectuelle, la pensée produite n’est qu’un contrefort à la réaction.

    Le discours présidentiel est dangereux car il alimente un fantasme d’une trahison des intellectuels, qui deviendraient des vecteurs de contamination et de chaos au sein de la société. Dans un sens, elle possède la plupart des caractéristiques d’une explications conspirationnistes de la société, dans laquelle l’harmonie d’origine aurait été réduite en cendre par l’action concertée et collective d’un groupe social déterminé.

    Cette approche paranoïde a tendance à nourrir l’hypothèse d’un ennemi intérieur, ce qui fait écho, par ailleurs, à la déclaration de Macron. Celle-ci revenait sur la guerre d’Algérie et sur les fractures coloniales. Les banlieues sont-elles vues comme des repaires de Fellaghas ? C’est probablement ce qui transparaît.

    En dernière instance, plus que la recherche, ce sont les réactionnaires qui ethnicisent les conflits sociaux et politiques en France. La fabrique de l’islamo-gauchisme, cet amalgame explosif, suit le même chemin que la fabrique du judéo-bolchevique. Un amalgame qui permet de créer des forces qui s’opposent à l’harmonie de la société, qui échappent au cadre de la Nation (ou de la civilisation) par leur essence. Cette grille de lecture marche si bien avec les discours de Zemmour ou de Morano qu’elle en devient effrayante. Elle amène également à Onfray.

    Nous en revenons à ce que nous avons écrit à son propos il y a quelques jours :

    Après avoir navigué quelque temps entre deux eaux, le mouvement de Michel Onfray, « Front Populaire », se dévoile progressivement. « Ni de droite, ni de gauche », bien au contraire. Une formule qui fleure bon le réchauffé. Elle amalgame une équipe de desperados, allant du social-fasciste Georges Kuzmanovic, (qui a fait l’objet de certains de nos articles) ; Le gaulliste-catholique Philippe De Villiers mais également le Docteur Raoult. Nul doute qu’il s’agisse d’un tremplin pour se positionner en vue des échéances électorales, et proposer un populisme de droite décomplexée.

    Dernièrement, Onfray a réagit aux violences policières. Non pour défendre les victimes de celles-ci, mais pour exiger un durcissement de l’attitude du gouvernement.

    Il se lâche : inventant  » des centaines de territoires perdus de la République« , avec des membres du gouvernement qui conduisent donc « une politique en faveur des seules minorités dans le plus total mépris de la majorité […] nous ne sommes plus en démocratie mais dans une oligarchie qui gouverne en fonction des intérêts d’une poignée de gens. Nous sommes en régime communautariste et racialiste qui a choisi pour ennemi le mâle blanc hétérosexuel. » Il va plus loin : « nous sommes dans un régime communautariste et racialiste anti-blanc, autrement dit un apartheid inversé.« 

    Pour la police, le misérabilisme pointe : « La plupart des policiers sont des prolétaires, exploités, sous-payés, mal considérés, exposés, pas soutenus par leur hiérarchie… » Or, en se référant à l’analyse marxiste, il oublie de dire ce que Marx disait : les policiers ne sont pas des prolétaires. Ils sont des détachements spéciaux de répression, coupés de la société, dressés à mordre.4

    Sur de sinistres rails.

    Onfray menace : « il n’y a que deux solutions : soit rien faire et laisser dire pour obtenir une prétendue paix sociale, alors que cette fausse paix prépare une vraie guerre civile […] Soit appréhender ces présumés coupables afin de les remettre à la justice pour que la loi soit dite, c’est la jurisprudence républicaine.  » Son choix est fait : « Le pouvoir sait que la police, idem avec l’armée, est loyale et ne retournera pas ses armes contre lui. Mais jusqu’à quand ? Le jour où cette guerre civile que fomente le pouvoir aura envahi les rues, on saura répondre à cette question. « 

    Une déclaration de guerre, tonitruante, raciste, appelant au pogrom : voilà le fond de cette déclaration. Onfray retourne la réalité comme une chaussette pour qu’elle colle à ses vues, à ses désirs. Il invente une France dominée, envahie de l’intérieur, menacée de l’extérieur. Une France dominée par un « régime macronien, l’État maastrichtien, l’ordre mondial américain« . Il serait possible d’y croire, mais au lieu d’une lutte des classes, il y voit un affrontement civilisationnel. Au lieu de libérer les masses populaires, il veut les écraser dans le sang. Surtout, niant ces phénomènes, il cherche l’ennemi extérieur et intérieur, avec ses ramifications.

    La question qui devient de plus en plus centrale, c’est sur la solution que propose Onfray et ceux qui partagent son point de vue. Si Macron accusent la conspiration intellectuelle de ruiner le pays, Onfray va beaucoup plus loin. Puisque celui-ci ne peut déboucher sur une « intégration » ou sur une « synthèse », puisque la distinction est trop importante. Contradiction antagonique dans la société, elle ne peut se résoudre que par l’anéantissement de l’un part l’autre. C’est là la finalité du discours d’Onfray et d’autres : l’idée d’une solution par le vide et par l’élimination de l’ennemi intérieur.

    Un avenir incertain.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution de la situation. Nous regardons également avec la même inquiétude la direction que prend une partie du mouvement communiste, lequel se démasque comme étant un communisme-conservateur rigide et culturellement réactionnaire. La décantation des contradictions sociales tend à s’accroître davantage, et les choix politiques prêtent de plus en plus à conséquence.

    Nous mettons très haut en avant la question de l’unité populaire. Elle ne peut pas faire l’impasse de la question du racisme. Non pas par loisir, ou pour l’amour de la polémique, non pas pour fragmenter le mouvement ouvrier et révolutionnaire. Mais bien pour qu’il puisse s’unifier sur la base d’une véritable alliance, sincère et solide.

    Nous pensons qu’il est plus que jamais important de montrer que nous n’aurons pas la moindre tolérance pour les positions de Zemmour, d’Onfray, de Morano ou d’autres. Nous appelons à la solidarité, à l’entraide, à l’unité contre ceux qui veulent fragmenter les classes populaires et faire voler en éclat l’unicité de leurs intérêts.

    1Durpaire, F., & Mabilon-Bonfils, B. (2016). Fatima moins bien notée que Marianne : L’islam et l’école de la République. Éditions de l’Aube.

    2https://www.20minutes.fr/societe/2713191-20200207-discriminations-embauche-sept-entreprises-epingles-testing

    3Jobard, F. (2009). Police, justice et discriminations raciales. In É. F. D. Fassin (Éd.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française (p. 211 229). La Découverte. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00556749

    4A lire, d’ailleurs, notre commentaire sur les positions de Lutte Ouvrière : https://unitecommuniste.com/france/proletaires-sous-l-uniforme/

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    Un génocide venu du ciel ?

    Ultime étape, la question des bombardements sur les populations civiles. Ils ont parfois été qualifiés de « génocide venu du ciel ». Ainsi, le militant trotskiste Jörg Friedrich publie, en 2002, Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel ciblait les bombardements Anglais et Américains sur l’Allemagne. Si l’auteur partait d’une analyse intéressante sur les buts et les moyens de cette guerre. Il allait jusqu’à mettre sur le même plan Alliés et nazis. Ainsi, il a décrit les raids comme une Shoah venue du ciel. Le choix des parallèles à d’ailleurs choqué les Allemands comme les Anglo-saxons. Les pilotes sont nommés Einsatzgruppen, les abris en feu des fours crématoires, les victimes gazées,les bibliothèques brûlées des autodafés de livres, tandis que l’auteur allait jusqu’à mettre en parallèle la déshumanisation des Allemands et la « déshumanisation des Juifs par les nazis ». Le fait que Friedrich ne rappelle pas que la guerre avait été commencée par l’invasion Allemande a eu tendance à faire écho aux « ils se valent » des militants trotskistes lambertistes en juin 1944.

    Mais si certaines expressions sont douteuses, le cœur du sujet mérite d’être abordé.

    Au regard des intentions de la part des anglo-américains, rien ne permet d’indiquer une volonté exterminatrice en tant que telle. Ni les Anglais, ni les Américains n’ont montré une volonté claire et définie de mettre fin à l’existence du peuple Allemand.

    Cependant, il est indéniable qu’un choix a été fait pour hausser considérablement le nombre de victimes civiles, en particulier chez les ouvriers et ouvrières. Il faut cependant être juste. Les raids de terreur sont récurrents dans les années 30. Les aviations françaises, anglaises, italiennes, vont s’en donner à cœur joie. Un homme s’est d’ailleurs illustré dans leur usage : l’anglais Arthur Travers « bomber » Harris. Nous y reviendrons. Mais le fait de franchir la ligne rouge, d’oser l’employer contre les Européens, revient aux Allemands. D’abord à Guernica, pendant la guerre civile espagnole, puis contre Varsovie et Rotterdam. C’est un casus belli qui permet de s’affranchir de limites morales.

    Du côté de l’oncle Sam.

    En Europe, les Américains ont misé, à l’origine, sur un illusoire « bombardement de précision » qui ciblait les usines militaires. Ces bombardements de précision n’ont pas eu le succès escompté, et ont causé de nombreuses victimes civiles. L’intention demeure louable. Il est par contre invraisemblable de faire ce qui est visible dans Memphis Belle, croire qu’un bombardier ne larguera pas ses bombes sur une usine, s’il pense qu’il peut tuer les enfants d’une école attenante. D’ailleurs, dans les faits, devant l’imprécision des raids, le carpet bombing a été mis en place : le bombardier maître de la formation vise, et tout le monde lâche ses bombes en même temps. Cette méthode est non seulement peu efficace, mais meurtrière pour les civils. En l’employant sur la France, notamment Rouen ou Boulogne-Billancourt, ces méthodes vont même réussir à gêner les anglais.

    Cette tendance au durcissement s’est accrue tout au long de la guerre. Ainsi, il a été ordonné, durant la dernière phase de la guerre, de faire mitrailler tout personne en zone de front par les chasseurs bombardiers. Chuck Yeager, l’homme qui franchit le mur du son, écrivait : « Des atrocités furent commises par les deux camps. […] Une zone de cinquante miles sur cinquante à l’intérieur de l’Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l’ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. […] Si quelqu’un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

    Dans le Pacifique, par contre, les bombardements ont été sur d’autres cibles. Il est certain que la distanciation raciale, en plus des conséquences de Pearl Harbor, jouent. Curtiss LeMay, qui s’occupait des opérations aériennes, a choisi de désigner les quartiers résidentiels en grande priorité plus que les usines. Les Américains se sont rendus comptes de la vulnérabilité immense des villes japonaises, souvent faites de bois. Les détruire était aisé.

    Les bombardements de Tokyo, qui ont fait plus de 130 000 morts, s’inscrivent dans cette logique de tuer le maximum de civils. Dans l’ensemble, la très grande majorité des agglomérations d’importance vont recevoir la visite nocturne des B-29. Dans les dernières phases de la guerre, la marine et les chasseurs bombardiers vont également être de la partie.

    L’usage de l’arme nucléaire est l’aboutissement ultime. Hiroshima et Nagasaki étaient des cibles sans grand intérêt. Le Japon est aux abois. Il a laissé entendre qu’il était prêt à négocier, en employant l’URSS comme intermédiaire. Dans les discussion, les diplomates sentent les Soviétiques indisposés. Ils ont prévu d’entrer en guerre le 15 août, à la demande des Alliés. Cependant, entre temps, l’annonce du succès du projet Manhattan rend cette intervention inutile à Truman, voire même gênante.

    L’anéantissement par le feu nucléaire à nourri un grand nombre de spéculation. Il permet d’économiser un débarquement coûteux. Il permet de donner un prétexte à l’Empereur pour capituler. Il est un avertissement à l’URSS. Il est aussi un moyen de gagner du temps et d’éviter d’avoir à faire des concessions plus tard. la pondération de ces raisons peut laisser une place à l’interprétation, leur conséquence, en revanche, est parfaitement connue. Plusieurs hauts gradés sont pour larguer la bombe sur le mont Fuji. Mais finalement, la « solution » retenue est de frapper les civils. Si Les 6 et 9 août 1945, deux villes sont réduites en poussière. Les Japonais eux-mêmes mettent plusieurs jours à comprends ce qu’il s’est passé. On ne peut pas ne pas parler du bien malchanceux Tsutomu Yamaguchi, en voyage d’affaire à Hiroshima le 6. Blessé. Mais rentré chez lui le lendemain…à Nagasaki. Il est la seule personne à avoir survécu à deux bombardements nucléaires.

    Cet emploi du feu nucléaire à d’ailleurs eu un effet paradoxal. Une grande partie de l’équipe de conception était formée de très grands génies de la science, mais qui n’étaient pas particulièrement des bellicistes. La vision de la dévastation les convaincu, dans leur quasi-intégralité, qu’il fallait à tour prix éviter qu’un seul pays possède le monopole de l’arme atomique. Un nombre important vont collaborer avec le NKVD pour transmettre à l’URSS les secrets de l’arme. Si Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés et exécutés, ils étaient des agents subalternes. Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, Niels Bohr… ont tous plus ou moins collaboré. 1

    Chez les anglais.

    Si les Américains ont fait un « deux poids, deux mesures » en fonction des cibles (et, probablement des ethnies aussi), les anglais se sont démarqués par leur constance. Harris, qui dirigeait le Bomber Command, avait porté immédiatement le choix vers des « bombardements de zone », visant la population. Son but était de briser le moral et le soutien au régime par la terreur, mais également explicitement d’anéantir la main-d’œuvre. Le choix des armes, avec des bombes favorisant les incendies bien plus que la destruction des machines-outils, ont illustré cela.

    Ce n’était pas dénué de raison. Les bombardiers anglais étaient de véritables camions à bombes. Ils n’avaient pas la « précision » de leurs homologues américains. Vulnérables, ils volaient de nuit. Mais les anglais ont démontré, avec le développement de la guerre électronique, qu’ils pouvaient être d’une précision redoutable sur des cibles précises. Les DH.98 Mosquito étaient capables de pouvoir frapper avec efficacité des lieux stratégiques. Cependant, malgré leur efficacité, le choix est demeuré axé sur les lourds bombardiers quadrimoteurs.

    Il existait un lobby des bombes, un lobby des bombardiers lourds… la Vickers-Armstrong company appuyait de tout son poids le maintien de cette politique. Elle avait également le soutien le plus total des politiciens, Churchill en tête.

    Ainsi, Hambourg, Cologne, ont connu les tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. (Coventry et Stalingrad aussi, en toute équité). Ces visites ont culminé avec Dresde. Dresde, en 1945, est une ville à proximité du front. Elle est remplie de réfugiés. Elle est un nœud ferroviaire et la 7e ville industrielle d’Allemagne. Elle subit raids après raids, USAAF et RAF se relayant nuit et jours. Cet acharnement et le très grand nombre de victimes (entre 30 000 et 140 000) ont soulevé un grand nombre de questions. Ville destinée à être occupée par l’URSS, est-elle alors jugée « à annihiler » ? Est-ce une démonstration de force ? Difficile à dire. Toujours est il que le sujet est pris en main par les néo-nazis et par les négationnistes. L’influence de David Irving, négationniste anglais, est particulièrement forte sur cette question. Un grand nombre de mythes sont issus de sa plume.

    Des morts justifiés ?

    600 000 Allemands et Allemandes sont mortes sous les bombes. Environ 350 000 Japonais et Japonaises. Aussi, à souligner, 60 000 Français et Françaises sous les bombardements Alliés. Ceux-ci perdent plus de 200 000 aviateurs dans ces raids. Ces morts ont ils permis d’écourter la guerre ?

    Ces bombardements ont bien moins nui à la capacité de production de l’Allemagne qu’annoncé initialement. La production d’avions et de chars atteint un sommet en fin 1944. De ce point de vue, c’est un échec en tant que moyen de mettre à genoux l’Allemagne. En termes d’efficacité pure, les raids sur les raffineries et le soutien tactique aux forces aux sols ont été bien plus efficaces, et moins meurtriers pour la population. L’opération Tidal wave, par exemple, qui a frappé les centres pétroliers de Ploesti, avait, dès août 1943, montré la très grande vulnérabilité de ces centres. Pourtant ils ne sont devenus prioritaires qu’en septembre 1944. En dépit de l’efficacité importante de ces raids, ils sont restés l’apanage de l’USAAF.

    Sur les villes ou sur les sites industriels, ils ont détourné, en revanche, un grand nombre de ressources et de main d’œuvre. Ils ont obligé à limiter la couverture aérienne à l’Est, tout comme à immobiliser plus de deux millions de personnes pour une défense antiaérienne incapable d’arrêter les vagues de bombardiers. On estime qu’il faut en 1942 4 057 obus par avion détruit. En 1944, il en faut 33 0002, ce qui fait que la DCA absorbe près d’un million d’obus par mois, soit 20 % de la production, et 30 % de tous les canons produits.

    Aspect essentiel, l’usure de la Luftwaffe. L’absence de tout sanctuaire pour le Reich usait les avions, obligeait à une consommation immense de carburant. Elle usait surtout les pilotes, lesquels n’avaient jamais de repos, et ne pouvaient non plus trouver le temps de former une génération capable de prendre le relève. Ainsi, lors du débarquement en Normandie, il est matériellement impossible à l’aviation Allemande de protéger à la fois l’Est, le Reich, et de frapper les plages du débarquement.

    Avant cette date, un point non négligeable : ils sont le moyen principal de pouvoir agir pour les alliés. Psychologiquement, cela a joué un rôle d’ampleur.

    Mais l’efficacité, même dans cette guerre atroce, remet-elle en cause le fait que ces raids aient pu être des crimes en soi ? Même lorsque ceux-ci ont pu être faits, pour citer le titre de l’ouvrage de Vassili Grossman Pour une juste cause ? La question n’en finit pas d’être débattue. Elle n’a probablement pas de réponse précise.

    Toujours est-il qu’ils tendent à montrer que la guerre ne se marie pas avec les conventions, avec la propreté. Elle pousse logiquement, comme tout phénomène d’entropie, à plus de brutalité et de violence.

    Rendre hommage.

    Nous avons voulu, dans ce texte, aborder la question de l’hommage d’une manière critique pour une raison fondamentale. Si nous replaçons la guerre impérialiste, la guerre raciste et la guerre coloniale dans une autre dimension, si nous la traitons comme le paroxysme de la folie, nous nous rendons vulnérables. Nous nous rendons vulnérables au fait de comprendre comment, depuis un monde qui n’est pas différent de celui d’aujourd’hui, des hommes et des femmes pas si différentes de nous, ont pu être pris dans un maelström de violence. Ni le nazisme, ni le fascisme, ni le militarisme ne sont des maladies d’autre temps et d’autres lieux. L’histoire n’est pas terminée et s’écrit toujours, toujours avec des lettres de sang.

    75 ans après, nous pensons qu’il est plus que jamais important de rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu, de quelque manière que ce soit, le nazisme, le fascisme et le militarisme. Il est d’autant plus important de le faire que les conditions pour une nouvelle crise meurtrière sont réunies.

    En dépit du « plus jamais ça », non seulement le nazisme, dans son fond, n’a pas été éradiqué, mais ses ramifications tentaculaires sont toujours actives. Tant qu’il existe l’impérialisme, le capitalisme, la réaction, il existera une place dans l’écosystème politique pour un nazisme-bis. Parce qu’il est un moyen éhonté pour les exploiteurs, pour les exploiteuses, pour perpétuer, défendre et étendre leur ordre. Il reste une arme de crise. Si nous remisons le nazisme, le fascisme, le militarisme au rang des accidents de l’histoire, si nous le plaçons dans une dimension intégralement distincte de la démocratie libérale, nous nous privons des moyens d’en déceler les prémices.

    La pandémie de COVID-19, qui nous prive des célébrations de ce 8/9 mai, nous montre que, contrairement aux thèses de Fukuyama et de la fin de l’histoire, nous sommes replongés dans la crise économique, sociale et politique d’une profondeur importante. Dans une crise qui prend des accents sinistres. A nouveau, les tensions crispent les États. L’hypothèse d’un affrontement entre la Chine et les USA, l’hypothèse d’un effondrement rapide de l’Europe. L’hypothèse de l’émergence de nouveaux régimes fascistes, racistes et prêts au pogroms.

    Dans les discours qui mentionnent l’islamo-gauchisme, ce sont les mêmes éléments fondamentaux que ceux qui ont donné naissance au judéo-bolchevisme. Ces discours de haine, ces discours de division doivent être combattus.

    C’est comme cela que nous rendons hommage aux victimes et aux combattants et combattantes de la Liberté. Au soldat mort en Normandie, à la partisane Yougoslave, au FTP-Main d’Oeuvre Immigrée, à la pilote de l’aviation soviétique, au combattant coréen qui libérait son pays, au Tommy tombé à Villers-Bocage, à la résistante Allemande qui a dit « non »…Mais aussi à ceux et celles qui ont, dans les champs, dans les trains, dans les usines, porté ces fronts.

    Et à ceux qui n’avaient rien demandé. Qui ont subit cette guerre. Qui, parce que né Juif, née Tzigane, se sont retrouvés un matin dans un train vers la nuit et le brouillard. Ceux et celles qui se sont trouvés dans le viseur Norden d’un bombardier. Ceux et celles qui ont reçu un V1 ou un V2. Ceux et celles qui ont été empoisonnés, torturés, violés par des soldats d’un pays qu’ils ou elles ne connaissaient pas.

    Rendons leur hommage en détruisant les causes de toutes les guerres.

    En luttant contre le capitalisme et l’impérialisme.

    En luttant contre le colonialisme et le néo-colonialisme.

    En luttant contre le fascisme et son influence dans les masses.

    En luttant pour la révolution socialiste et pour la paix.

    En menant jusqu’au bout la lutte des classes pour éradiquer l’exploitation et l’oppression.

    En faisant en sorte que demain ne soit pas avant-hier.

    1A lire à ce sujet, les mémoires de Soudoplatov, qui a géré ces réseaux.

    2Les obus de DCA Allemands ne possédaient pas de fusée de proximité qui leur permettaient d’être efficace en passant à proximité de la cible. A titre de comparaison, avec l’adoption de ce système et de calculateurs analogiques, la DCA alliée s’est montrée autrement plus redoutable.

  • Christchurch : coup de projecteur dans le marécage de la pensée raciste.

    Christchurch : coup de projecteur dans le marécage de la pensée raciste.


    Au sein de l’Unité Communiste de Lyon, nous considérons que nous nous devions d’écrire ce communiqué. Les attentats terroristes sont une réalité quotidienne terrible pour toute une partie de la planète. Il s’agit d’une chose malheureusement illustrée par les longues listes de cas répertoriés dans la veille terroriste des sites et magazines spécialisés. Leur traitement, le poids médiatique qui leur est accordé, est étroitement corrélés au lieu où il s’est déroulé, à la « qualité » des victimes, à la « qualité » des exécutants.
    Nous-mêmes sommes influencés par ce mode de pensée que conduit à juger qu’une voiture piégée est un fait anodin en Syrie et exceptionnel en France, ce qui nous conduit à, également, déconsidérer la vie d’autres personnes, qui n’apparaissent que comme des statistiques à nos yeux.
    Cela fait que chaque attentat dont nous parlons nous donne le sentiment de plonger dans l’oubli les victimes des autres, de les occulter, de les reléguer au rang d’un « bruit de fond ».



    L’attentat qui s’est produit vendredi à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, est un attentat qui s’est déroulé, malgré les kilomètres, dans un environnement « occidental », « proche » de nous. Pourtant, malgré cela, son traitement médiatique et politique est atypique. Atypique, car il est jugé comme étant hors norme par les politiciens et les médias d’occident.



    49 morts et 90 blessés dans les attaques de deux mosquées en plein heure de la prière. Terrible bilan provoqué par l’action d’un terroriste d’extrême-droite Australien Brenton Tarran. Le terroriste a filmé et diffusé l’intégralité de son carnage sur Facebook live, et a laissé un manifeste de 73 page détaillant les raisons de son action.


    L’Unité Communiste de Lyon déclare sa solidarité envers l’ensemble de ceux qui ont été meurtris, blessés, mutilés par ces actes. Elle déclare également sa solidarité avec les proches de ceux qui ont perdu la vie. Elle considère que le terroriste Australien venu semer la mort n’est ni un déséquilibré, ni une anomalie statistique : il a été l’agent froid et conscient de forces politiques qui se complaisent à utiliser la haine raciale comme doctrine. Nous considérons que ces forces politiques partagent une responsabilité morale identique en culpabilité à celui qui a appuyé sur la détente de son arme. 


    Le parcours du tueur est, à ce titre, illustratif. Revenant d’Europe, il a été modelé, « radicalisé » dans les milieux d’extrême-droite, notamment français et serbes. Au sein de ces groupes fascistes ou néo-nazis, il lui a été présenté un discours décrivant le monde « blanc » comme menacé d’anéantissement. Ce discours était déjà celui proféré par les nazis1, qui clamaient que leur « race » était encerclée par des ennemis « raciaux », voulant l’éliminer, tandis que des « agents de l’étranger » opéraient pour l’affaiblir.
    Utilisant des statistique truquées, des biais cognitifs, des techniques jouant sur la paranoïa et sur la terreur, ces propagandistes d’extrême-droite modèlent des assassins et des criminels. Ces groupes sont complices des meurtres qui ont été commis.


    Mais ces discours resteraient l’apanage de petites sectes pleurnichant sur un passé imaginaire s’il n’était pas, en dernière instance, corroboré, avalisé et amplifié par d’autres forces politiques, considérées comme « convenables » et centrales dans l’échiquier politique. Les discours islamophobes, paravent frêle des discours racistes assumés, sont portés bien au-delà de la droite radicale.
    Les propos de Valls, de Ciotti, de Wauquiez, les diatribes des Zemmour et des Ménard sont tout autant de faisceaux qui contribuent à nourrir la formation d’assassins et de terroristes d’extrême-droite. Les tentatives des apprentis sorciers et des apprenties sorcières d’instrumentaliser l’antisémitisme, de forger, du sang des martyrs, une épée pour frapper d’autres victimes, doit être dénoncé pour ce qu’il est : jeter de l’huile sur le feu dévorant de la haine entre classes populaires.

     Après l’attentat, ces agitateurs méphistophéliques n’ont pas réussi à se contenir. Impossible pour eux de reconnaître le statut de victimes aux musulmans de Nouvelle-Zélande. Il fallait soutenir en catimini le tueur !
    La Nouvelle-Zélande est un pays d’apartheid, tout comme l’Australie. Les Maoris sont traités en citoyens de seconde zone par de nombreuses forces politiques. Le sénateur Fraser Anning a ainsi publiquement clamé que l’immigration était la raison première de l’attentat. Une manière d’avaliser le fond politique de l’attaque, là encore. L’œuf qu’un jeune homme a écrasé sur son crâne n’est qu’un faible, mais juste, retour des choses.
    En France, Valeurs Actuelles, le torchon fasciste, a également fustigé les « pro-migration » qui seraient responsables de l’attentat. Une manière d’inverser les rôles et de faire des victimes des coupables. 
    Guillaume Tabard, éditorialiste au Figaro, a ainsi déclaré en direct

    « On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier, si on veut jouer à de la comptabilité, on n’est pas encore dans l’équilibre.Il ne faut pas s’aventurer sur le terrain du match retour.»2 

    Quant au tueur, immédiatement, les professionnels de la circonstance atténuante se sont empressés de dire qu’il était instable, fragile, excédé… Chose réfutée par les premiers éléments de l’enquête et les perquisitions, indiquant que ce projet avait mûri pendant deux ans.


    Tout comme dans un nombre ahurissant de cas, la clémence semble être de mise. Le terrorisme d’extrême-droite occidental est pourtant une réalité concrète qui tue nettement plus aux USA que celui de n’importe quelle autre force politique. Nous n’oublions pas Charlottesville, nous n’oublions pas non plus, en Europe, Anders Breivik. 
    En France, en pleine dénonciation de la montée de l’antisémitisme, un coupable de dégradation est condamné symboliquement, des profanateurs courent toujours, car n’étant pas dans « l’idéal-type » de la population ciblée par ces mesures. 


    De fait, tous ces discours qui servent à alimenter la haine et la division au sein des classes populaires, à briser l’unité contre l’exploitation, à atomiser ceux et celles, qui pourtant, partagent les mêmes intérêts objectifs. Ces discours ont fait renaître des chimères absurdes et immondes, telle que « l’islamo-gauchsime », qui n’est, il faut le clamer, qu’une actualisation du « judéo-bolchevisme » des nazis, présentée d’une manière neuve.

    Le monde dans lequel nous vivons, celui du capitalisme pourrissant et putréfié, est un monde sur la bascule. Un monde d’incertitudes, de doutes, de peurs. Nous, révolutionnaires, voulons briser le cadavre ambulant du capitalisme et de l’impérialisme. 


    Mais d’autres, ceux qui veulent le maintenir en vie, jouent sur les peurs, les angoisses, la précarité, la vulnérabilité, la souffrance. Ces agents réactionnaires font tout pour instiller un climat d’encerclement et de terreur. Pour que ces peurs puissent être dirigées contre d’autres, contre d’autres nations, contre d’autres peuples, contre des fractions au sein du peuple.

    Les appels à la haine, qui sont en France, portés de la gauche bourgeoise à la droite la plus radicale, créent le climat qui permet l’apparition de ces crimes de masse. Ceux qui les ont proférés portent une responsabilité morale écrasante.

    Nous dénonçons le terrorisme, arme de l’extrême-droite pour semer la peur dans les rangs des masses !3


    Nous dénonçons ces propagandistes comme des complices directs de cet attentat ! Ne laissons jamais les discours haineux diviser notre unité populaire, contre l’exploitation et l’oppression.


    Halte au terrorisme fasciste !


    Halte à la haine chauvine et raciste !


    Mettons fin au système d’exploitation capitaliste-impérialiste !

    1Nous conseillons de lire l’ouvrage Croire et détruire de Christian Ingrao, qui est une référence incontournable sur l’univers mental des akademikern nazis.

    2https://www.lci.fr/politique/aujourd-hui-dans-24h-pujadas-retour-sur-l-attaque-en-nouvelle-zelande-2115607.html

    3https://unitecommuniste.com/international/le-terrorisme-comme-arme-de-lextreme-droite/

  • Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Gérard Filoche est désormais expulsé du Parti Socialiste à la suite d’un tweet. Celui-ci présentait Macron avec un brassard marqué d’un dollar évoquant celui du NSDAP, entouré de Jacques Attali, de Patrick Drahi et de Jacob Rothschild le tout agrémenté d’un drapeau Etatsunien et Israélien. L’origine de la photo, issue de la fachosphère, plus précisément de Egalité et Réconciliation, a déclenché le feu aux poudres, entraînant des plaintes de la LICRA et du CRIF et poussant le bureau du Parti Socialiste à voter, à l’unanimité, son exclusion.« C’est une décision très négative, ça va affaiblir le PS car ça repose sur un mensonge » déclare Filoche, qui annonce saisir la commission des conflits.

    Le coordinateur du parti, Rachid Temal, a déclaré : « La famille socialiste (…) a été durement marquée par ce tweet antisémite. (…) Nous touchons à l’essentiel même de nos valeurs, parmi lesquelles les valeurs de la République, l’humanisme, le combat contre le racisme et l’antisémitisme. (…) Il n’est pas possible qu’un dirigeant du Parti socialiste puisse tweeter ce tweet qui reprend les codes antisémites des années 30. (…) Ce soir le PS a pris la seule décision qu’appelait ce tweet ».

    Quant à Jacques Attali, il a annoncé son intention de porter plainte pour incitation à la haine raciale.

    Gérard Filoche a agit avec une stupidité manifeste en publiant cette image, laquelle est clairement antisémite, formant une négation de l’impérialisme français, alimentant -c’est bien son rôle- les approches complotistes et souverainistes. Il s’en est rapidement excusé au travers du même média, retirant l’image et expliquant qu’il avait été inconséquent en la publiant.

    Bien que cela soit révélateur d’une manière d’agir sans réflexion, sans jugement, sans prise de conscience, nous penchons tout de même l’hypothèse de la bonne foi dans ce cas de figure. Filoche n’est pas particulièrement connu pour ses ambiguïtés quant à l’antisémitisme. De ce point de vue là, il semble que la déferlante qui le frappe révèle des troubles sous-jacents au sein du Parti Socialiste, mais bien également au sein de la société française.

    Nous n’aimons pas Gérard Filoche, qui est l’incarnation même du trotskisme dans toute sa splendeur. Il est issu, comme Mélenchon, de l’OCI, cette secte lambertiste, véritable ANPE du trotskisme, centrale de l’entrisme, dont sont issus également Corbière ; l’ex-premier ministre Jospin [comme quoi les trotskistes ont déja exercé le pouvoir !] ; mais aussi le conseiller d’Emmanuel Macron Romain Goupil ; ou encore Gilbert Collard.

    Membre d’une gauche anticommuniste, il est notoirement connu pour avoir, en 1991, sauté de joie à l’annonce de la chute de l’URSS, titrant l’édito de son torchon trotskiste, alors à la LCR, d’un grand « Champagne ! » Il l’a célébré comme l’apothéose de la réussite d’une lutte qui fut l’alpha et l’oméga du mouvement trotskiste : la lutte contre le communisme. De même nous n’aimons guère le sale rôle de rabatteur qu’il effectue au sein du Parti Socialiste, dont il est membre du bureau politique, incarnant une gauche domestiquée, uniquement maintenue pour entretenir l’illusion d’un possible virage à gauche du parti qui a causé le plus de tort aux travailleurs.

    Pourtant, malgré le fait que nous n’apprécions pas ce laquais servile, nous trouvons que sa menace d’expulsion soulève des aspects inquiétants. Si nous le défendons aujourd’hui, ce n’est pas comme nous défendrions un camarade. Nous ne partagerions pas ce que pouvait écrire le NPA sur lui : « Au sein de ce parti de tous les reniements, Gérard Filoche, à sa façon, a défendu les intérêts du monde du travail. » Les trotskistes ne se renient pas. Filoche était un faux-ami, un faux-camarade, un agent de la diversion, un rabatteur de la bourgeoisie.

    Pourtant nous le défendons aujourd’hui.

    Nous ne le défendons pas comme l’ont fait certains, criant à l’omerta, criant au complot juif, clamant que Gérard Filoche venait de trouver la foi, l’illumination, en se dressant contre le lobby, le complot, ou d’autres élucubrations. Non.

    Nous le défendons sur la base de ce qui nous paraît être une manœuvre basse, sordide, utilisant cette erreur comme prétexte pour attaquer ce personnage, mais également pour amplifier un climat vénéneux.

    Depuis plusieurs années, celui-ci semble exprimer des relents plus que putrides. Un sentiment de montée en pression fait jour peu à peu. Il ne date pas d’hier. Depuis la crise de 2008, des tentacules fascistes semblent étendre leurs ramifications dans l’ensemble de la société.

    2015 et les attentats jouent un rôle de catalyseur. Ce qui, avant, était considéré comme des positions honteuses, s’affiche désormais comme une norme. Le terme islamo-gauchiste, réservé à l’extrême-droite, fait même une percée dans le vocabulaire des élections présidentielles. Et ces termes n’apparaissent pas dans une frange proche de l’extrême-droite, mais sortent de la bouche du socialiste Manuel Valls, illustrant la porosité de la politique bourgeoise aux idées fascisantes.

    Manuel Valls, battu, humilié, ridiculisé lors de ces élections, s’est mué en croisé agressif et vindicatif, cherchant à opérer une résurrection par ce biais.

    Aujourd’hui, les attaques pleuvent sans cesse.

    Les « vallsistes » mènent aujourd’hui une campagne de haine permanente. Ce courant protéiforme fédère autant des droitiers notoires que l’équipe dirigeante de l’ex-journal gauchiste Charlie Hebdo. Chacun se lance dans le conflit, instrumentalisant sans la moindre honte tout ce qui peut servir à nourrir leur guerre raciste.

    Un jour contre Sonia Nour, à la suite d’une déclaration qui, il est vrai prêtait particulièrement le flanc à ce genre d’attaques.

    Un jour contre Obono et Mélenchon, en faisant les agents de l’antisémitisme et de l’islamofascisme ou gauchisme, selon le gout du jour.

    Un autre jour contre la France Insoumise et contre le PCF, en prenant appui sur l’affaire Salah Hamouri, tentant d’assimiler l’opposition au colonialisme israélien à de l’antisémitisme. Sur ce point, l’attitude des députés FI et PCF fut exemplaire, quittant l’Assemblée plutôt que de couper dans le jeu sournois des provocateurs.

    Un autre jour contre Edwy Plenel et Mediapart, affaire dans laquelle le dessinateur et éditorialiste Riss a truqué sans vergogne les déclaration de Plenel, lui attribuant des déclarations de guerre fictives.

    Aujourd’hui, c’est Filoche qui arrive sur les bancs de l’accusation pour les raisons précitées. C’est une manière d’enfoncer le clou, mais aussi la liquidation d’un opposant à une dislocation du PS, et à sa reconstruction sous la forme d’une organisation réactionnaire sur toute la ligne.

    Dans le même ordre d’idée, l’avocat Dupont-Moretti subit les foudres de Bernard Henri Levy quant au fait de respecter les droits, pourtant constitutionnels, de la défense, sous prétexte de la qualité de l’accusé.

    Pour finir, dans une note plus exotique, Finkielkraut s’en est pris à la campagne #balancetonporc, utilisée, selon lui, pour « noyer le poisson de l’Islam. »

    Valls et ses réseaux ne partent pas bille en tête, seuls. Macron les adoube. La bourgeoisie les encense. Les classes dominantes les applaudissent : ils et elles préparent l’après Macron.

    L’ennemi de la campagne, l’extrême-droite, n’est plus la cible. Il cède la place aux contestataires de gauche, aux passeurs de migrants, aux anarco-autonomes, aux antifas, aux syndicalistes, aux communistes, à tout ce qui s’oppose à la guerre antisociale.

    L’extrême-droite n’est plus l’ennemi, elle incarne une voie de secours pour la bourgeoisie, après la destruction du centre, inéluctable, liée à la politique kamikaze de Macron.

    A la droite de Macron, un monstre se forme. Un vieux rêve de la droite se réalise, celui d’une jonction donnant naissance à une droite élargie. Wauquiez ouvre les bras au retour d’une Marion Maréchal-Le Pen, ayant fini son éclipse, après avoir « pour le moment, définitivement quitté la politique. » C’est dans ce pôle que réside les espoirs des classes dominantes.

    Derrière ses attaques de surface, une lame de fond balaie également les questions historiques. Lors des anniversaires de 1917 ou de l’assassinat du Che par les milices fascistes, certains intellectuels s’en sont ainsi donnés à cœur joie.

    Pascal Ory, un éminent tapis de bain de la bourgeoisie, officiant à Science Po paris, a ainsi expliqué que Lénine et Che Guevara étaient les parrains de rien moins que le terrorisme international dans son ensemble.

    Une belle manière d’entretenir la chimère de l’islamo-gauchisme, de l’islamo-communisme, et d’opérer une jonction sur deux des projets de la bourgeoisie : mener des guerres de diversions, en instillant la haine au sein des classes populaires, et souffler sur les braises de l’anticommunisme.

    Dans une certaine mesure, l’Islamo-gauchisme remplace, ainsi, le judéo-bolchevisme.

    Ce ne sont pas que des mots.

    Ces attaques ont un caractère de préparation idéologique. Une préparation idéologique au sens propre, frappant les contestations qui vont immanquablement naître de la politique de Macron et de ses sbires. Une préparation idéologique et une mobilisation des esprits dans un sens réactionnaire.

    Une lame de fond dangereuse, tant dans les discours politiques que dans la loi, se met en branle. Tout ce qui s’oppose, même les modérés, même les républicains peuvent être taxés de terroristes ou d’agent du terrorisme.

    Pendant ce temps, les vrais bourreaux, les véritables ennemis du peuple sont protégés, se pâment, se gavent de profits. Pendant ce temps, les apprentis terroristes fascistes, comme ceux de Dijon, sont libres. Libres de semer la haine, libre de frapper. Ce n’est pas l’Etat bourgeois, ce n’est pas la bourgeoisie qui mettre un terme à ces actions.

    Nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, notre unité, notre solidarité.