Étiquette : Islam

  • La chasse aux sorcières continue.

    La chasse aux sorcières continue.

    Dimanche 9 mai, treize policiers de la BAC, armés de fusils d’assaut ont encerclé et maîtrisé un homme sur le parvis de la Basilique d’Ainay à Lyon. La raison est au mieux pathétique, au pire réellement terrifiante. Dans tous les cas, elle reflète l’état de panique et la droitisation avancée tant de l’État que de la classe qu’il sert : la bourgeoisie.

    Un homme de 44 ans, habitué des promenades et des visites de lieux de cultes chrétiens pour méditer et prier, a eu, selon les paroissiens, « l’audace » d’être musulman, et de chanter en arabe les louanges de Dieu dans un lieu de culte. Il a prononcé le fameux « Allah Akbar » qui fait frémir les réactionnaires, pourtant une expression si anodine de foi pour les musulmans et les musulmanes.

    On en arrive à une situation éminemment Kafkaïenne, la haute bourgeoisie de la paroisse terrorisée par la présence de cet individu dans « leur » église, un encerclement de policiers armés et prêts à tirer, une arrestation médiatisée, et une condamnation mardi à deux mois d’emprisonnement pour « rébellion ». Répétons cela, en une poignée de jours, cet homme est passé d’un simple dimanche comme un autre à deux mois fermes à l’ombre, pour une simple prière dans un lieu de culte.

    Le comparution devant la cour a été aussi le théâtre de pathologisation de l’individu, on a cherché des éléments qui pouvaient expliquer rationnellement qu’un musulman « ose » venir dans une église à l’heure de la messe pour prier. On en oublierait presque que la Chrétienté et l’Islam partagent grandement la même source confessionnelle, le même dieu et les mêmes figures prophétiques. Penser qu’un homme visite des églises pour leur aspect calme et religieux est un bon moyen pour lui de méditer et exercer sa foi ne rentre pas dans une logique évidente quelconque.

    Cette histoire effarante, nous la devons au climat pogromiste dans lequel baigne la société française depuis des décennies. Elle est aussi une pierre de touche.

    D’une part, il est reproché aux musulmans et aux musulmanes de ne « pas s’intégrer » et de ne pas « faire d’efforts ». De l’autre, on les traite comme une diaspora menaçante, et on les marginalise constamment. Il y a là une prophétie auto-réalisatrice en germe.

    Mais la vérité, derrière les discours, est que les réactionnaires ont déjà tranché cette question. C’est ce qu’on retrouve derrière l’émergence de termes tels que « grand-remplacement », « français de papier » ou « islamo-gauchisme ». Tout en maquillant de pleurnicherie et de regrets leurs actes, toute une partie de l’échiquier politique a pris la décision de classer tous ces individus, pour des motivations foncièrement racistes, dans la catégorie des gens dont il faut se débarrasser. L’Islam est un prétexte, la réalité est celle d’une préparation mentale à l’épuration ethnique.

    Nous regardons avec inquiétude l’évolution politique et sociale de notre pays. Un pays qui, pourtant, est l’un des seuls qui ne définit pas la Nation comme une communauté ethnique. Nous savons que 2022 sera une date paroxysmique pour les discours réactionnaires. Nous l’avions dit, il y a 4 ans : « nous (au sens large) avons 5 ans pour être prêts à y faire face. » Nous voilà au seuil de l’échéance.

  • Islamo-gauchisme & universités.

    Islamo-gauchisme & universités.

    L’Unité Communiste dénonce la campagne orchestrée par le gouvernement à l’encontre des universités.

    Depuis plusieurs mois, le gouvernement cible l’université et la communauté universitaire. Plusieurs ministres, comme Frédéric Vidal ou Jean-Michel Blanquer, ont déclaré que celle-ci représentait un vivier pour « l’islamo-gauchisme », et qu’il fallait enquêter en son sein.

    Le 14 février, sur la chaîne de propagande ultra-réactionnaire Cnews, Frédéric Vidal et Jean-Pierre Elkabbach ont échangé sur leur vision de l’université.

    « Ce que l’on observe dans les universités, c’est qu’il y a de gens qui peuvent utiliser leurs titres […] pour porter des idées radicales ou pour porter des idées militantes de l’islamo-gauchisme, vraiment. » Ces idées, les voilà : ce sont celles d’« indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale ». Quel outrage.

    Cette fusion est résumée ainsi : «Il y a une sorte d’alliance entre Mao Tsé-Toung si je puis dire et l’ayatollah Khomeini, euh… » (J.-P. Elkabbach).1

    Cette vigilance est d’ailleurs largement appuyée par le Figaro, qui titrait « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », et par un ministre de l’intérieur plus à droite que le RN. Il en résulte que le gouvernement souhaite pouvoir contrôler les sujets de recherche et d’étude, donc l’attribution des finances sur des critères politiques. Il désire également mettre fin à la « franchise universitaire ». Celle-ci, datant de la bulle papale de 1231 (!) considérait que l’université devait être indépendante du pouvoir temporel, et donc hors du contrôle étatique et policier.

    La menace est elle si grande ? Il semble surtout que la réalité soit plus complexe.

    Le CNRS a très justement rappelé que le concept de l’islamo-gauchisme est un concept bancal. Il tient de la construction artificielle, du fantasme, et n’a pas de rapport avec la réalité scientifique et objective. Sans définition claire et précise, il décrit à la fois tout et à la fois rien. Il tient donc plus du slogan publicitaire que d’autre chose. Cependant, il démontre une certaine vision du monde.

    Dans l’esprit de ces héritiers de McCarthy, l’organisateur de la traque des communistes aux USA, l’université est un ennemi. En étudiant la société actuelle et en analysant les rapports sociaux, politiques, économiques et culturels en son sein, elle remet en cause -même sans que cela d’ailleurs directement son objectif- l’ordre établi.

    L’université fragilise la magnifique société d’harmonie vue par les exploiteurs les plus réactionnaires.

    Leur vision d’une société harmonieuse est une société qui fonctionne sans entraves. Une société organique dans laquelle les travailleurs et travailleuses font ce qu’on leur demande de faire. Une société dans laquelle les femmes peuvent revendiquer quelques droits, mais ne doivent pas bouleverser le « bon vieux patriarcat », dans lesquelles des valeurs traditionnelles doivent rester le référentiel de base : ordre, autorité, famille, patrie…et travail.

    Le fait de mettre en exergue le patriarcat, l’exploitation, le colonialisme et le néo-colonialisme, en sapant l’harmonie de la société, menacent l’ordre établi. Et, selon les réactionnaires, ces interstices permettent aux musulmans les plus radicaux (ceux-là même auxquels les français vendent des armes, soit dit en passant…) de pouvoir avancer leurs pions.

    De plus, ils anticipent largement les mouvement sociaux à venir.

    Nous l’avions mentionné par le passé, nous sommes dans l’œil du cyclone. La situation économique se dégrade progressivement. Macron, et ses prédécesseurs, en broyant les droits sociaux et en réduisant les salaires, fragilisent la société et en particulier les plus précaires. La pandémie, en se surajoutant à cela, accentue encore ce phénomène de paupérisation toujours plus fort.

    Demain, des luttes explosives auront lieu. Pour le pouvoir, ces luttes doivent être contrebattues par tous les moyens. Par la loi sur la sécurité globale, d’une part, mais aussi en luttant contre les idéologies révolutionnaires : en brisant les manières d’analyser la société et de trouver des moyens d’organiser les colères.

    Le gouvernement n’hésite pas non plus à les détourner, en relançant la vieille machine à haine : l’islamophobie est le racisme d’hier, maquillé, repeint, légalisé. Ses ténors sont adoubés et ont pignon sur rue. Ils vomissent leur haine en toute impunité. Ils sont le pansement de fortune d’une société en échec.

    Dans ce continuum entre les différentes lois – lois économiques et lois politiques – la lutte contre le « séparatisme » sert uniquement de prétexte. Le vrai séparatisme est celui des riches, des exploiteurs, au dessus des lois, fraudeurs, menteurs, assassins. Celui qui est ciblé par la loi éponyme est uniquement celui de miséreux cherchant des issues à leurs souffrances. Il est le reflet de la faillite du système.

    Le bout de la piste.

    Aujourd’hui, des lois comme la loi séparatismes peuvent passer avec un assentiment général. Le fond de l’affaire n’est même plus contesté, alors qu’il est éminemment contestable. Plus de la moitié des élus PCF se sont, par exemple, abstenus sur le vote de la loi séparatisme2. Dans leurs interviews, ils ont reconnu une certaine réalité à ce qui est ciblé par celle-ci. Ils se sont montrés incapables de comprendre le continuum entre ces différentes loi et le sens politique profond de celles-ci.

    Il n’est pas possible de ne pas reconnaître que les réactionnaires gagnent du terrain. «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres» écrivait Gramsci. L’impérialisme et le capitalisme apparaissent épuisés, incapable de répondre aux besoins de la société. En s’insérant dans ses fêlures, des fanatiques de l’ordre ancien tentent de renverser la roue de l’histoire : ramener vers un passé d’ordre absolu.

    Cependant, croire que les réactionnaires hégémoniques vont combattre les réactionnaires concurrents est, au mieux de la naïveté. Croire que la dissolution de Génération Identitaire, réalisé par un des leurs, est un signe d’antifascisme, est là aussi naïf.

    La réalité est que le gouvernement accepte et soutien les réactionnaires, mais préfère les siens, son sérail, sa clique, à des agents incontrôlables. Ces monstres fanatiques ne menacent pas l’ordre des choses, mais ils sont gênants.

    Notre réponse.

    Nous n’avons, contrairement à cette propagande stupide, aucune sympathie ni affinité pour les réactionnaires religieux. Mais nous savons qu’ils ne sont qu’un épiphénomène, et qu’on ne lutte pas contre eux à coup de lois ineptes.

    Nous n’avons rien contre les croyants et les croyantes. Mais nous voulons proposer des perspectives d’unité populaire qui impliquent de lutter contre les aspects réactionnaires de la pratique religieuse. Cette lutte ne passe pas par des caricatures pipi-caca, mais par un travail de terrain, de solidarité, de développement des intérêts communs.

    Notre lutte contre le séparatisme, c’est la solidarité, l’unité, la lutte commune, la réunion des intérêts des exploités et des exploitées, des opprimés et des opprimées. C’est au travers de celle-ci que les réactionnaires seront battus et que l’égalité et la liberté gagneront.

    Le savoir scientifique, universitaire, n’est pas un ennemi dans cette lutte, mais bien un allié précieux : décrire la réalité, c’est la comprendre, la comprendre c’est pouvoir agir dessus. Et c’est pouvoir la transformer pour qu’elle devienne une autre réalité : celle d’une société sans classes ni État !

    1Toute personne connaissant l’histoire de la Ve République sait qu’il y a une savoureuse ironie dans cette phrase. Quant on songe que le premier Etat occidental à avoir reconnu la République Populaire de Chine est la France de de Gaulle, et quand on songe au fait que l’Ayatollah Khomeini était protégé en France avant 1979.

    2Et non des moindres, Fabien Roussel et Marie-Georges Buffet, par exemple. Manuéla Kéclard-Mondésir a même voté pour.

  • Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Ne laissons pas l’islamophobie devenir de centre des futures élections.

    Nous considérons que la campagne islamophobe orchestrée par le gouvernement est un jeu cynique, hypocrite et dangereux.

    Les discours racistes sont omniprésents. Le délinquant raciste Zemmour est devenu un faiseur de politiques, tandis que les médias d’extrême-droite, comme C News, sur Radio, mais aussi Marianne, le Point, le Figaro, ou d’autres encore, vomissent leur haine. Ces bandits amalgament consciemment la pratique religieuse, l’immigration, la délinquance, les trafics, pour construire un ennemi.

    Ils sont aidés dans ce sens par des « idiots utiles », qui, sincèrement hostiles au caractère réactionnaire des religions, sincèrement mus par un désir progressiste, ne se rendent pas compte qu’ils hurlent avec la meute.

    La police débarque dans une mosquée du 11ème à Paris et terrorise les  enfants et fidèles - Cinquième Colonne

    Aujourd’hui, pas un jour de passe dans un scandale islamophobe. Descentes de police, vexations, intimidations, actes de violences. Ces politiques font naître un ressentiment, un sentiment d’exclusion, d’encerclement, qui forme le terreau des prêches des radicaux.

    Centre de la bataille, la loi sur les séparatismes cristallise l’attention. Elle a été, sur le fond, saluée par le RN. Celui-ci a d’ailleurs été l’invité du ministère de l’Interieur. Il a été consulté sur son opinion quant à la loi. En fait de barrage, Macron ouvre les portes du pouvoir aux fascistes.

    Le gouvernement français apparaît clivé entre une branche ouvertement favorable à une campagne débridée, autour de Darmanin. Celui-ci a accusé LFI d’être un agent de cet « islamo-gauchisme » explosif. De l’autre côté, les libéraux, y compris Macron, semblent essayer de rétropédaler, passant de séparatisme à séparatismes puis à une classique loi sur la laïcité.

    En dépit d’une apparence d’équité dans le traitement des religions, l’hypocrisie ne tarde pas à poindre. Si le gouvernement avait la moindre once de sincérité dans sa lutte pour une laïcité étendue, il ciblerait l’anomalie du concordat de 1801, toujours utilisé en Alsace-Moselle1. Là, aucune laïcité n’existe (voire infographie).

    Le régime concordataire

    Ce système parallèle n’a jamais été évoqué dans aucun discours quel qu’il soit. Pourtant, il impacte toujours fortement le fonctionnement de cette partie de la France.

    L’islamo-gauchisme, cette résurrection du judéo-bolchévisme, est un axe de bataille central. Il permet d’amalgamer dans une masse informe les luttes sociales, les luttes politiques et démocratiques, la défense du droit des minorités et le terrorisme. Il construit un ennemi intérieur, irréductible, incompatible, et donc à éliminer.

    Il existe un grand nombre d’enjeux qui sont urgents, vitaux. La crise sanitaire n’a pas été conjurée. La crise économique plonge une partie de la population dans la précarité, l’angoisse, la misère. Elle a permis aux grands bourgeois, aux grands capitalistes, d’éliminer des concurrents. Les milliardaires s’enrichissent plus que jamais. La démocratie française, démocratie autoritaire, s’étiole davantage.

    Les partis politiques de la démocratie bourgeoise sont incapable de pouvoir répondre à ces problèmes sans se heurter aux intérêts des plus grands des exploiteurs. Ce n’est pas leur rôle ni leur désir. Il est uniquement de servir au mieux leurs maîtres.

    S’axer sur une campagne raciste, xénophobe, islamophobe, est donc une mesure dérivative. Elle occupe de l’espace, elle occupe du temps, elle détourne des questions les plus brûlants, les plus centrales de l’actualité. Elle instrumentalise les peurs, les colères, les haines, et en font des poignards, avec lesquels les exploités et exploitées s’égorgent mutuellement.

    Ces jeux électoraux, des dérivatifs, ne sont pas sans conséquences. Les architectes de ces discussions sont bien souvent des calculateurs, qui ne réfléchissent qu’en termes de résultats électoraux et d’effets de communication. Ces commerciaux de la haine se moquent bien des effets dévastateurs de leurs discours.

    Ils nourrissent des idéologues qui, eux, bénéficient grandement de cette mobilisation réactionnaire. Et qui, eux, ont l’intention d’aller jusqu’au bout de leur logique. En espérant capter les voix qui vont à ces promoteurs de l’épuration ethnique, les démagogues ne font que légitimer leur discours et leur donner plus de poids.

    Nous sommes en faveur de la laïcité. Nous sommes résolument hostiles, non aux religions en tant que telles, mais en leurs expressions réactionnaires. Or, la lutte contre ces aspects réactionnaires ne peut être faite par la chape de plomb de la répression étatique. Elle ne peut être faite que par un espace de dialogue, plaçant au centre de celui-ci ceux et celles qui pratiquent ces religions. Or, nous ne pouvons que constater que les musulmans et les musulmanes sont les grands absents et absentes des plateaux. Les seuls qui sont invités sont illuminés choisis expressément pour attiser la colère et la haine.

    Nous rappellons que le véritable séparatisme est dans l’attitude des exploiteurs. Ils imposent une loi, un ordre, qui les arrangent. Dans le même temps, ils se privent de respecter leurs propres lois, volant, mentant, trichant dès qu’ils le peuvent.

    L’unité populaire n’est pas un mot qui doit rester creux. La lutte contre les réactionnaires non plus. Nous avons un besoin impérieux, dans le climat actuel, de mettre en commun nos forces, de travailler le plus étroitement possible. De faire bloc, de tenir, car la campagne électorale ne fait que commencer, et que les discours iront croissant jusqu’à son aboutissement.

    1: « Concrètement, la loi de séparation de 1905 n’est pas appliquée en Alsace-Moselle et les quatre cultes catholique, luthérien, réformé et juif y bénéficient d’un statut officiel. Prêtres et laïcs en mission, pasteurs et rabbins y sont rémunérés par l’État. Les évêques de Strasbourg et Metz sont nommés par le chef de l’État. De fait, l’Élysée suit désormais le souhait du Saint-Siège. Le président de l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL), dont le nom est proposé par un vote du consistoire supérieur de cette Église, est lui aussi nommé par l’État. Les membres laïcs élus des consistoires israélites des trois départements doivent avoir l’agrément du Premier ministre. » (Source Wikipédia)

  • « 11 septembre » – une provocation raciste !

    « 11 septembre » – une provocation raciste !

    Judith Waintraub, journaliste du Figaro, déjà condamnée auparavant pour des propos diffamatoires, s’est permise une nouvelle sortie le 11 septembre. Elle a ainsi retweeté un extrait d’une émission sur la cuisine étudiante, dont la principale intervenante était voilée. Son commentaire était laconique : « 11 septembre ».

    Immédiatement, le tweet a été liké par un grand nombre de personnalités de la sphère réactionnaire, dont la toujours incisive Nadine Morano. Il a été partagé, commenté, publié et republié. Valeurs Actuelle a qualifié son tweet de « commentaire sur le voile », ce qui est un mensonge éhonté, typique d’une certaine presse. D’autres ont soigneusement évité de qualifier ce tweet pour ce qu’il est réellement, se contentant de la considérer comme étant « polémique » ou « controversé ». En revanche, seul quelques médias ont considéré qu’il était une provocation raciste et dangereuse.

    Fort logiquement, une réaction de colère, avec des propos menaçant, est née en retour. Certains propos ont été du domaine de la menace de mort. Ils ont été largement mis en avant, entraînant deux effets : une solidarité avec Judith Weintraub de la part de la très grande majorité des politiques et des personnalités, et, de l’autre, le fait que le fond de l’affaire a été ainsi complètement noyé.

    Des individus se sont montrés nuancés dans leur soutien contre les menaces de mort, comme Pierre Askolovitch ou Nadia Hai. La principale intéressée les a rejetés et a qualifié ainsi la ministre du logement de « pathétique ». D’un autre côté, les fanatiques se sont réveillés, refusant absolument toute discussion sur le tweet d’origine. On y retrouve des habitués : Manuel Valls, Zineb El-Rhazaoui, Nadine Morano…à nouveau.

    Des apprentis gestapistes, à l’affût d’un scoop, ont scruté le profil de la jeune femme voilée, et y ont trouvé… des commentaires sur le racisme qu’elle pouvait subir. Il n’a pas fallu plus pour la qualifier d’islamiste radicale conspirant contre la France.

    Nous dénonçons ce climat extrêmement dangereux dans lequel nous entrons chaque jour un peu plus. Un climat qui permet à une provocatrice d’extrême-droite de lancer ce type de propos, attisant un climat de pogrom, tout en récoltant le soutien majoritaire.

    Derrière l’idée d’essentialisation, du fait que le voile, la croyance religieuse, conduise inéluctablement au terrorisme, il y a une pente dangereuse. Une pente qui amène d’un rapport méprisant, condescendant, vers les musulmans et les musulmanes de France, à une tentation éliminatoire. D’autant que, et c’est ce qui ne transparaît que trop bien dans l’amalgame : insécurité – immigration – islam – grand remplacement, ce n’est pas l’Islam et sa pratique qui est finalement la cible centrale.

    L’un dans l’autre, les fascistes n’ont pas grand-chose à reprocher aux plus réactionnaires des croyants : leur programme social et économique est le même ! Ce sont en revanche bel et bien la couleur de peau, l’origine ethnique, qui sont ciblés. Ce n’est donc pas tant une assimilation, une intégration, qui est le bout du bout de la politique défendue par les réactionnaires, mais bien la disparition.

    Considérer, car c’est ce qui constitue la conséquence des discours sur l’incompatibilité civilisationnelle entre les musulmans et la France, que ces personnes n’ont, par essence, pas de place ici, revient à poser la question de la déportation. Considérer que, par essence, ces personnes présentent une menace, c’est prendre un sentier dont on ne connaît que trop bien les conséquences funestes.

    Nous portons un regard sur la question de la religion et de ses aspects réactionnaires. Nous soutenons ceux et celles qui luttent contre ceux-ci. Mais nous considérons que notre rôle est de permettre à ces personnes de triompher, non de faire tomber une chape de plomb discriminante, stigmatisante, qui, au contraire, renforce les plus réactionnaires.

    Nous ne nous sentons nullement tenu, par une injonction quelconque, de condamner les réactions de colère face à ce tweet. Nous nous contenterons de prévenir que celui-ci est une provocation, qu’il avait vocation à provoquer cette réaction et à exploiter politiquement la colère contre Mme Weintraub. Il s’inscrit dans une stratégie de montée en tension, savamment orchestrée. Nous appelons à la dénoncer pour ce qu’elle est : une provocatrice de bas étage, minable, et rêvant d’une guerre raciale.

    Nous considérons en revanche que ceux et celles qui, en tout premier lieu, ont parlé de leur soutien à cette « journaliste », ont commis une erreur politique. La condamnation du tweet aurait dû être leur priorité absolue. Nous le condamnons sans la moindre réserve.

    Nous appelons toutes les personnes qui, comme nous, partagent ce constat que le climat devient de plus en plus dangereux et explosif, à coopérer. Nous les appelons à s’organiser et à faire face : politiquement, organisationnellement, à cette menace dangereuse, à ce poison fasciste.

    Ne laissons aucune place aux provocateurs fascistes !

    Ne cédons ni à la division, ni à la provocation.

  • Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    A Bron (69), hier, la mosquée Omar a été gravement endommagée par des incendies. Deux départs de feu ont ravagé 100m² du rez-de-chaussée. Les enquêteurs privilégient, dans l’état actuel de leurs recherches, la piste criminelle. Un rassemblement de solidarité est prévu à 14h00 devant les ruines de la mosquée.

    Cet incendie probablement criminel semble s’inscrire dans la continuité d’une série d’actes commis par l’extrême-droite lyonnaise. Agressions individuelles, attaques contre les locaux du PCF ou la Plume Noire, raid contre « les tontons burger » dans le 9e arrondissement, tags racistes contre l’hôtel de Trévoux (01)…

    Ces agressions continuelles sont rendues possibles par la permissivité de la part de la police, de la justice, mais également des pouvoirs publics en général. Les fascistes lyonnais ne sont pas des prolétaires, bien souvent des enfants de bonne famille, protégés par leurs réseaux, à l’exemple d’Olivier Marin-Lafleche, condamné pour avoir poignardé plusieurs mineurs en 20141.

    Des agitateurs de bonne famille.

    Cette proximité sociale avec la bourgeoisie de l’ouest lyonnais leur assure une protection importante. La clique Collomb & consort avait d’ailleurs trouvé des trésors de tendresse et de bienveillance envers des agitateurs, privilégiant la répression contre les groupes de gauche. Les fermetures des locaux fascistes n’ont été le résultat que de la mobilisation visible et populaire. Cependant, il demeure la présence de bubons répugnants, la Traboule, l’Agogé2…De quoi se plaignent, en réalité, les fascistes ? Dans le fond, hormis des différences cosmétiques, rien ne sépare fondamentalement leur programme politique, réactionnaire, xénophobe, chauvin, anticommuniste, antiouvrier, antiféministe, de celui des Talibans ou de Daesh. Ils ont d’ailleurs à plusieurs reprise été des interlocuteurs, que ce soit dans la vente d’armes ou dans la signatures de contrats.

    Les fascistes sont dans une situation paradoxale. Ils n’opèrent que dans l’ombre, leurs apparition au grand jour étant mises en scène et en exergue. Ils sont considérés comme une force d’occupation dans le quartier du Vieux-Lyon, et demeurent des éléments socialement étrangers. Cependant, il est indéniable que leurs thèses ont le vent en poupe.

    L’incendie : un révélateur d’un climat dangereux.

    Certaines franges de la droite traditionnelle, voire certains renégats de la gauche, reprennent leurs thèses et leurs publications. Une partie de l’extrême-gauche, elle même, autour d’un courant communiste-conservateur, s’est mise en tête de chasser sur les terres de l’extrême-droite, soit disant pour ne pas lui laisser certains terrains. Mais, au lieu de produire une analyse progressistes, ils se contentent de démagogie réactionnaire. Loin de réduire leur influence, ces récupérations légitiment la parole des racistes.

    Dans la situation de crise actuelle, le discours raciste, xénophobe, islamophobe est un outil précieux. Il permet de maintenir la division entre les exploités et exploitées et de faciliter le travail des exploiteurs. Cette agitation réactionnaire ne se limite pas à des violences localisées, elle prépare une ambiance de « nuit de cristal », un climat pogromiste et d’épuration ethnique. C’est ce qui se cache derrière les discours sur l’incompatibilité des civilisations, sur le grand remplacement, sur la remigration. Ce sont des mots nouveaux pour parler de déportation, de camps de concentration – qui existent déjà, sous la forme des CRA – et d’élimination. Ceux qui ne condamnent pas ces mots d’ordres, ou, pire, les répandent, possèdent une responsabilité morale dans le climat dangereux d’aujourd’hui.

    L’Etat n’arbitre pas, il accompagne la droitisation.

    L’État, aujourd’hui, est d’ailleurs à l’offensive. Les lois contre le communautarisme sont, au contraire, des outils faits pour stigmatiser et polariser. En fait de lutte contre la fragmentation des classes populaires, en fait de moyen pour trouver des espaces communs d’élaboration d’une société nouvelle, d’une véritable synthèse populaire, ce sont des outils de la division. Ils renforcent l’influence des fascistes, qui peuvent clamer qu’il faut rejeter les musulmans – ce qui reste d’ailleurs une appellation camouflage pour dire « arabes et noirs ». Ils renforcent l’influence des imams réactionnaires, qui peuvent prêcher que la société occidentale les exclut et les rejettent. Ces moyens entretiennent une prophétie auto-réalisatrice : celle d’une fracturation des classes populaire en groupes hostiles.

    Il n’existe rien à attendre ou à espérer de la part de l’État, de la part des institutions, de la part des élus. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas les mettre pour autant en face de leurs contradictions ! Mais la seule garantie qui peut exister face à la réaction, d’où qu’elle vienne, est celle de l’unité populaire, de l’unité politique des organisations progressistes & révolutionnaires. La solidarité est un bouclier et l’organisation une épée !

    Aucune place pour les fascistes et leurs thèses !

    1Il est impossible ne de pas relier ce patronyme à celui du « petit prince de l’hôtellerie lyonnaise » Yves Marin-Laflèche, assassiné par le « milieu » en 1974.

    2Les références à Sparte ont toujours une saveur particulière. Surfant sur l’iconographie de 300 pour se positionner en défenseur de l’Europe contre l’Asie métissée, ils oublient la réalité historique : à savoir que Sparte a accepté l’argent des Perses pour lutter contre l’hégémonie d’Athènes. Comme quoi…

  • Dijon. Résister à l’injonction de condamner.

    Dijon. Résister à l’injonction de condamner.

    Dans la ville de Dijon, un conflit d’importance entre les dealers de certaines cités et un grand nombre de membres des communautés tchétchènes a eu lieu. La raison : l’agression d’un jeune tchétchène de 16 ans à Dijon. Il s’en est suivit une impressionnante suites d’images. Combats, armes de guerre, accidents de voiture, embrasements…

    Les réactions ont été vives. L’extrême-droite et la droite élargie se sont emparés de l’affaire, dans le but d’en faire une réponse au mouvement antiraciste. Il a été fait une injonction classique à la gauche : celle de condamner les violences, comme si elle portait la responsabilité. A quel titre ? Elles seraient les conséquences d’une politique permissive, qui, au nom du « vivre ensemble », aurait permis à des groupes étrangers de parasiter la France, de construire des « clusters de non-droit ». Cela mérite investigation.

    Ces violences sont regrettables. C’est un fait indiscutable. Mais elles sont aussi inévitables étant donné le fonctionnement socio-économique du pays. De fait, une condamnation n’a pas de sens, elle revient à condamner des phénomènes sans jamais poser la question des causes. Elle revient également à crier avec la meute et à donner de la légitimité aux discours réactionnaires. Elle induit une causalité fausse entre immigration et délinquance. Dans la réalité, cette réalité que les racistes et les réactionnaires veulent mettre en avant, la responsabilité des violences est ailleurs.

    Il faut le rappeler : les violences, les expéditions punitives, les régalements de compte n’ont pas attendus l’arrivée de nouvelles populations pour exister. Il est paradoxal que ceux qui condamnent ces violences puissent, dans le même temps, fantasmer sur Peaky Blinders. Les problématiques sont littéralement les mêmes. L’isolement, l’exclusion sociale, l’enclavement produisent mécaniquement ces phénomènes.

    Sans perspectives économiques, sans intégration dans un tissu social, le seules réponses sont logiquement les suivantes :

    • Les trafics comme perspective économiques principales. Hier, les « apaches de la zone »1 se livraient au trafic d’alcool, au vol, au recel et à la prostitution. Aujourd’hui, les drogues ont changé, mais par les mécanismes.
    • Les réseaux de clans et de seigneurs féodaux pour protéger celui-ci. Ces réseaux se constituent sur la base de solidarités de quartier, de solidarité d’origine, de familles élargies. Ce mode d’organisation économique est équivalent au principe des caporégimes2 italo-américains par exemple.

    Sans abolir l’exploitation, pas d’issue !

    Le fait qu’il existe des discriminations amplifie d’ailleurs cette situation, en enclavant encore davantage les habitants et les habitantes de ces quartiers. Mais s’il n’y avait pas de fils et de filles de la migration, ces discriminations se porteraient simplement sur d’autres parties de la population. L’existence de ces modes de fonctionnement est structurel et ne peut être aboli tant que l’exploitation elle-même n’est pas abolie.

    Les mairies de gauche – dans l’ensemble – tentent en général de traiter cette situation avec des moyens dérisoires, apportant des soins palliatifs à quelque chose qui touche à la structure économique et sociale du pays. Elles sont ciblées pour cela comme conciliantes et laxistes.

    En revanche, la droite, quant à elle, s’est très bien adaptée à des rapports avec ces « zones de non droit ». Il suffit de penser à Serge Dassault qui distribuait allégrement les liasses de billets pour acheter les votes et la « paix sociale ». Car, il faut le souligner, la structure économique des réseaux illicites en fait des petits boutiquiers qui ne veulent, paradoxalement, pas de troubles. C’est aussi ce qui explique les liens parfois très proches avec la police, comme dans le cas de la bac de Marseille-Nord ou avec Michel Neyret, dirigeant de la PJ de Lyon.

    Les fascistes eux-même ne rechignent d’ailleurs pas à trafiquer. Historiquement, lafrench connection ou le gang des lyonnais ont servi leurs intérêts, tout comme ceux du PS. Ces groupes mafieux ont financé des milices et la lutte contre la CGT et le PCF. Dans les années 1980,Serge Ayoub a été ainsi arrêté pour trafic d’amphétamines, tandis que Claude Hermant – indicateur, en plus – a vendu des armes pour les terroristes de Daech. Il n’est pas non plus impensable que certains magasins tenus par les fascistes puissent servir d’écran au blanchiment en fonds. D’ailleurs quid des consommateurs de ces drogues ? La cocaïne trouve preneur dans les boîtes de nuit branchées, elles aussi liées aux milieux mafieux. Elle se retrouve même jusqu’au fond des narines des fascistes eux-mêmes, qui parfois en usent et en abusent jusqu’à l’overdose.

    Tout pour servir la réaction.

    Dans le fond, ce ne sont pas les violences ou la nature économique des clans mafieux qui a provoqué cette levée de bouclier de la part de la droite et de l’extrême-droite, mais bien l’occasion. Occasion de stigmatiser toujours davantage les banlieues et les origines de ses habitants et habitantes. Occasion de réclamer leur déportation sous couvert de « lutte contre le communautarisme » et contre le « métissage invasif ». Il est d’ailleurs curieux que métissage et communautarisme s’opposent pourtant, mais les réactionnaires ne sont pas à un paradoxe près. Manuel Valls est aussi parvenu à orienter les choses en direction de l’Islam et des mosquées salafistes, bien que les choses n’aient aucun rapport avec l’affaire en tant que telle. Ils manient des concepts contradictoires pour, comme un voilier virant sous le vent, avancer bords après bords vers ce qu’ils veulent réellement dire : déportation et/ou élimination.

    L’essentiel pour eux est de pouvoir se servir de la situation comme point d’appui. Elle alimente une prophétie autoréalisatrice : plus leur discours progresse, plus l’exclusion se renforce, et donc plus elle donne corps à leur théorie. Leur capacité à atteindre une hégémonie dans ce domaine, entraînant la droite et une partie de la gauche dans leur sillage, doit nous inquiéter au plus haut point.

    Pas d’angélisme.

    Nous ne nourrissons pas d’angélisme béat sur la situation dans ces quartiers et sur le vécu de ceux qui sont confrontés à ces caporégimes, féodaux et mafieux. Il faut une issue. Mais cette issue ne peut pas être un soin palliatif. C’est une remise en cause de la structure économique complète du pays et se remise à plat. Il n’existe pas de solution de court terme. L’appel à la répression, l’appel à la force, l’appel à l’écrasement n’a d’autre effet que de faire parler et de donner de l’espace médiatique. Mais tant que les carcans qui maintiennent dans la misère ces personnes ne sautent pas, il ne peut y avoir d’issue.

    Le seul moyen terme possible passe par la reconstruction de réseaux de solidarité basés sur le progressisme et l’émancipation commune. Précisément ce que la coalition des partis bourgeois a détruit, dans le but d’anesthésier les « classes dangereuses » et leur politisation. Cette reconstruction se heurte au fait que les organisations militantes sont le plus souvent extérieures, et voient leur travail comme un « pèlerinage » occasionnel dans les quartiers.

    C’est dans le cadre d’une démocratie populaire que les questions politiques peuvent être réglées. C’est dans le cadre d’une économie planifiée et bâtie sur la réponses aux besoins qu’il est possible de répondre à la question sociale. Dans des pays comme la Turquie, la lutte contre les mafias menée par les organisations révolutionnaires et progressistes a été un net succès. Notamment car, au lieu de se placer dans le camp de la réaction, ceux et celles qui ont mené cette lutte se sont placés dans le camp, positif, des aspirations légitimes des habitants et habitantes de ces quartiers. C’est cela, cette ligne de masse progressiste, qui doit servir d’exemple.

    Ne cédons pas !

    Nous redoutons que ces violences amènent au basculement politique que souhaitent grand nombre de politiciens : celui de la décomplexion la plus totale sur la racisme et de la censure des mouvements antifascistes et antiracistes.

    Nous appelons a ce que les classes populaires ne se divisent pas, ne se fragmentent pas en groupes ennemis. Qu’elles avancent ensemble pour frapper les exploiteurs, pour faire naître un nouveau monde. C’est dans cette arène que disparaîtront définitivement les caporégimes féodaux, les petits boutiquiers réactionnaires, et que naîtra une société égalitaire et démocratique, seule capable d’assurer la sécurité des individus et leur prospérité.

    1Apaches est un terme générique qui sert à désigner des bandes criminelles du Paris de la Belle Époque. Ce terme, qui apparaît vers 1900, résulte d’une construction médiatique basée sur un ensemble de faits divers. En 1902, deux journalistes parisiens, Arthur Dupin et Victor Morris, nomment ainsi les petits truands et voyous de la rue de Lappe et « marlous » de Belleville, qui se différencient de la pègre et des malfrats (notamment la bande à Bonnot) par leur volonté de s’afficher et, parfois, par la revendication de cette appellation. (Source Wikipédia)

    2Un caporegime ou capodecina, généralement abrégé en capo, est un grade utilisé dans la mafia pour un membre de la famille du crime qui dirige un «équipage» de soldats et a un statut social et une influence majeure dans l’organisation.

  • Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde.

    Résolution de l’ICOR sur l’Inde :

    Soutenez le mouvement de masse contre les attaques fascistes anti-populaires en Inde

    Soutenez le mouvement anti-CAA/NPR/NRC en cours en Inde Shaheen Baghs

    Le parti fasciste Bharatiya Janatha (BJP) dirigé par le président de l’Inde, Modi, le front politique du RSS fasciste (Rashtriya Swayamsevak Sangh ou « Force volontaire nationaliste ») ont accéléré leurs efforts pour saper les droits actuels de citoyenneté. Ces droits ont été fixés dans la loi sur la citoyenneté de 1955, qui garantit la citoyenneté à tous les résidents et résidentes ainsi que le droit du sol à celles et ceux qui sont nés dans le pays. Au nom de l’aide aux réfugiés du Pakistan, de l’Afghanistan et du Bangladesh, lesquels se sont réfugiés en raison de la discrimination religieuse, la “Loi d’amendement de la citoyenneté” (Citizenship amendement act) a été adoptée par le Parlement le 12 décembre 2019. Elle donne la citoyenneté à tous les réfugiés en provenance de ces pays qui sont entrés en Inde jusqu’en 2015, à l’exception des musulmans. Ceci constitue une violation des principes laïques de la Constitution indienne.

    Selon un amendement antérieur à la “loi de 1955 sur la citoyenneté”, adopté lors du précédent gouvernement BJP de 1999 à 2004, le gouvernement Modi a émis l’ordre de préparer un Registre national de la population (National Population Register). Celui-ci doit être mis en place entre le 1er avril au 30 septembre 2020, ainsi qu’un nouveau Registre national de la citoyenneté (National Register of Citizenship) sur la base de la Loi CAA. 

    Dans le cadre de l’enquête du NPR, tous les citoyens sont tenus de donner leurs coordonnées ainsi que celles de leurs parents, y compris les documents relatifs aux terres/maisons dont ils sont propriétaires. Ceux qui ne possèdent pas de tels papiers seront alors appelés « citoyens douteux » (DC – Doubtful Citizens). Non seulement la majorité des musulmans, mais aussi les scheduled castes (Dalits) et les scheduled tribes (Adivasis) ainsi que d’autres groupes défavorisés sont sans terre et sans logement, analphabètes. En outre, ils se déplacent fréquemment vers de nouveaux domaines de travail. Ils disposent généralement de très peu de documents. La plupart d’entre eux ne sont pas acceptés. Les passeports, les cartes d’électeur, etc. ont été jugés insuffisants pour fournir la preuve de citoyenneté. On estime que 200 millions de personnes pourraient devenir des « citoyens douteux » (DC) lorsque le NPR sera réalisé. Ils disposeront de trois mois pour prouver leur citoyenneté devant les tribunaux pour étrangers. En cela, presque tous échoueront, comme cela s’est produit récemment en Assam, où un NRC a été préparé.

    Ensuite, la CAA veillera à ce que les musulmans notés comme « citoyens douteux » (DC) perdent leur citoyenneté. Les autres, les hindous, les sikhs, les jaïns, les bouddhistes, les parsis et les chrétiens, peuvent obtenir la citoyenneté sur la base de la CAA. Mais ils ne peuvent l’obtenir si, et seulement si, ils prouvent qu’ils et elles ont émigré du Pakistan, de l’Afghanistan ou du Bangladesh en raison de persécutions religieuses. 99 % d’entre eux ne peuvent pas le prouver.

    Ainsi, dans cette première phase du nettoyage ethnique communautaire, près de 200 millions de personnes, dont la moitié des musulmans, deviendront apatrides. Ils seront jetés dans des camps de détention en cours de construction partout en Inde. Ceci est en accord avec le rêve du parti fasciste RSS de construire l’Inde comme un « Rashtra (nation) hindou ». Voilà la teneur du programme politique de Modi. 

    Conscients de ce danger, peu après la promulgation de la CAA, les étudiants et étudiantes se sont révoltés dans de nombreuses universités. L’Etat a tout fait pour donner une image religieuse à cette révolte. Ainsi, les étudiants des universités dirigées par des musulmans comme l’Université Jamia Millia islamia de Delhi et l’AMU à Aligarh, dans l’État fédéral d’Uttar Pradesh, ont été brutalement attaqués par les forces de police. Les forces de police sont noyautées par des agents endoctrinées par l’idéologie du RSS. 

    Bientôt, les étudiants et étudiantes de presque toutes les universités et autres institutions du pays entier se sont révoltés. Les Dalits et les Adivasis ont commencé à sortir dans la rue. Toutes les forces démocratiques laïques et de nombreux partis non-BJP les ont rejoint, élargissant le mouvement. 

    Les femmes de Shaheen Bagh, à Delhi, ont lancé un sit-in massif, pacifique et indéfini à partir du 17 décembre. Elles revendiquent, elles aussi, l’abolition du triptyque CAA/NPR/NRC. Ce sit-in est rapidement devenu un symbole de résistance, et des mouvements similaires ont éclos dans toutes l’Inde.

    Le mouvement populaire pacifique avait commencé à s’étendre. Il a fait perdre au BJP les élections aux assemblées des États du Jharkhand et de Delhi, dans lesquels Modi faisait campagne sur la base de la CAA et de majorités Hindutva. Des bandits du RSS, lourdement armés, appuyés sur des lumpen prolétaires, ont organisé un pogrom dans le nord-est de la capitale, Delhi. La police et l’administration sont restées des spectatrices muettes lorsque les musulmans et les musulmanes ont été attaqués. Les agresseurs et agresseuses ont torturé et tué beaucoup, ils ont attaqué les femmes, détruit des milliers de maisons et de magasins, brûlé ou pillé leurs biens, forçant des milliers de personnes à fuir vers des camps de secours.

    Même après une semaine, le gouvernement central, les gouvernements des États fédéraux et le pouvoir judiciaire et la police n’ont pas montré une préoccupation quelconque à les aider. Le gouvernement Modi tente de cibler les musulmans et de créer une atmosphère de terreur d’État et de peur pour réprimer la résistance du peuple et imposer les CAA/NPR/NRC à tout prix. Le CPI(ML) Red Star ainsi que de nombreuses autres forces activement impliquées dans le mouvement mobilisent les masses pour boycotter le NPR. Si le NPR n’est pas entravé, une tragédie humanitaire d’une ampleur colossale peut arriver sous le régime guidé par le RSS fasciste. 

    La diaspora indienne dans le monde entier s’est déjà prononcée contre ce nettoyage ethnique communautaire sous le prétexte des NPR/NRC. De nombreux gouvernements et des forces démocratiques dans le monde ont exprimé leur inquiétude. Le commissaire des Droits de l’homme des Nations unies tente d’intervenir dans l’audience de la Cour suprême sur cette question. Mais le gouvernement Modi tente avec arrogance de détourner l’attention de l’opinion publique internationale en prétendant qu’il s’agit d’une question interne à l’Inde !

    Dans cette grave situation, l’ICOR condamne fermement ce nettoyage ethnique communautaire à grande échelle par le gouvernement Modi. Nettoyage qui a conduit à ce que des dizaines de millions de personnes, des minorités religieuses, (principalement des musulmans et des musulmanes) ainsi que des personnes opprimées soient privées de leur citoyenneté.  Leur destin est d’être concentrés dans des camps de détention. L’ICOR soutient la résistance populaire actuelle contre cette situation et appelle toutes ses organisations membres à apporter leur soutien au peuple indien en ce moment critique.

    Plus que jamais l’appel commun de l’ILPS et de l’ICOR à construire un «Front uni international anti-fasciste et anti-impérialiste» s’avère une nécessité. Les forces communistes, anti-fascistes et démocratiques doivent faire face au développement à droite de nombreux gouvernements en cette période de crise profonde du monde capitaliste. 

    Prolétaires et peuples opprimés, unissons nous!

    Signataires (en date du 18/3/2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    3. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    4. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    5. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    6. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    7. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    8. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    9. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    10. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    11. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    12. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    13. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    14. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    15. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    16. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    19. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    22. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. NPCH (ML)   Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)
    25. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Être ou ne pas être Mila ?

    Être ou ne pas être Mila ?

    L’affaire Mila secoue, ces derniers temps, la France. Mila, lycéenne de 16 ans, scolarisée à Villefontaine, avait tweeté une vidéo, à la suite d’une altercation avec un autre lycéen, notamment à propos de l’homophobie. Dans cette vidéo, elle s’exprimait notamment en disant : « Le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. » Ainsi que « votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul. »

    À la suite de ces propos, des milliers de messages lui ont été adressés, allant de simples critiques jusqu’à certaines menaces de viol ou de mort. La vidéo est devenue virale, tandis que la situation de la jeune lycéenne est devenue catastrophique. Dix jours après les faits, elle ne peut toujours pas revenir dans son lycée, de peur de représailles.

    Cette situation a été immédiatement médiatisée, avec des #jesuismila faisant face à des #jenesuispasmila. De part et d’autres, des organisations politiques se sont lancées dans la bataille, avec parfois plus ou moins de sincérité dans leur positionnement, et avec plus ou moins de discernement dans leur analyse.

    Nous-mêmes, nous pensons que ce cas est emblématique des contradictions dans la société actuelle et de leurs imbrications complexes, voire parfois explosives. Si le déferlement de haine et le harcèlement que subit cette jeune femme est à condamner, il doit cependant être compris dans son contexte particulier. Le comprendre ne signifie pas que nous considérions qu’il soit justifiable, ni que nous ne le justifions. Depuis que Manuel Valls avait déclaré que « expliquer c’est justifier », nous précisons systématiquement cela.

    Derrière ce déferlement, il y a donc deux trajectoires : l’une, celle de Mila, l’autre, celle de la population qui s’est sentie agressée par sa déclaration. Derrière ces trajectoires, il y a des contextes : des catalyseurs qui ont rendu les réactions explosives.

    Mila s’est lancée dans une lutte juste sur le fond : dénoncer des discriminations, mais fausse sur la forme : s’en prendre à des individus eux-mêmes échaudés par une campagne extrêmement brutale. Comme bien souvent ces campagnes, sincères mais qui tombent mal, finissent par produire des retours de flammes explosifs. Si nous restons sur la base du principe, la logique veut qu’on soutienne le droit à la critique tel qu’il a été exercé par Mila. Effectivement, la religion est le plus souvent un vecteur de conceptions réactionnaires, anti-féministes et homophobes. Elle est plus que rarement du côté du progrès social.

    Mais si on se contente de questions de principe et qu’on replace pas les dires dans un contexte, on perd toute appréciation juste des choses.

    Or, le contexte, quel est-il ?

    Il existe des discriminations anti-LGBTI. Elles sont massives.

    Il existe également une campagne de fond menée pas un grand nombre d’acteurs dans le but d’attiser la haine anti-musulmans. Elle sert de paravent légal, par la critique de l’Islam, à une campagne fondamentalement raciste, anti-arabe.

    Les discriminations anti-LGBTI ne sont pas, dans leur très large majorité, de la responsabilité des musulmans et musulmanes, et lorsqu’elles le sont, ce n’est pas sur une base religieuse, mais sur une base plutôt patriarcale. En somme, il s’agit d’une hostilité qui pourrait tout aussi bien être « laïque ».

    Il est un effet boule de neige typique des réseaux sociaux et particulièrement de Twitter. De ce point de vue, en revanche, rien de nouveau : il s’agit d’une méthode régulièrement employée. Elle a frappé de nombreuses personnes, notamment des militantes féministes, sans que quiconque s’en émeuve. Cependant, dans ce cadre précis, l’Islam est dans l’équation. C’est cette raison, et cette raison uniquement, qui fait que l’affaire Mila est devenue une affaire publique.

    Avant que la question ne soit posée, nous défendons bien sûr le droit à la critique des religions, la question ne se pose pas. Nous défendons également le droit de caricature. Seulement, toutes ne sont pas égales en termes de contenu. Une critique ou une caricature n’est pas neutre. Elle porte un message. Beaucoup, au nom de ce droit, font du racisme soft. De plus tous les publics ne sont pas égaux face à la caricature, à la critique, ou à l’injure. Car ce ne sont pas des concepts qui sont visés. Ce n’est pas le dogme ou le blasphème du dogme qui est le cœur de l’affaire : ce sont des individus.

    Sous le capitalisme, tous ne sont pas égaux. Dire que « taper sur tout le monde » est une mesure égalitaire revient à ne pas comprendre le fait que les situations des uns et des autres ne sont pas similaires. Nous ne sommes pas égaux.

    Lorsque la religion catholique s’estime attaquée, lorsque la bourgeoisie considère qu’elle est ciblée par des attaques, ces groupes sociaux possèdent suffisamment de relais pour se défendre et riposter. Médias, audience, réseaux… De plus, la plus injurieuse une de journal, la plus scandaleuse pièce de théâtre dirigée contre les grandes fortunes ou envers une religion toujours dominante ne fait qu’écorner les puissants et les puissantes. Elle n’a pas d’impact sur leur vie de tous les jours. Au contraire, les campagnes anti-arabes et anti-musulmanes contribuent chaque jour davantage à compliquer la vie de ceux qui sont ciblés par celles-ci. Elles entretiennent des discriminations puissantes, agressives, anxiogènes. Elles contribuent à accroître l’isolement, la méfiance, facilitent les inégalités à l’embauche, au salaire, face à la répression policière, face à la justice.

    Il existe un distinguo à faire entre le sens d’une phrase pour celui qui la prononce et pour celui qui l’entend. Dans le cadre de cette vidéo, il est probable que Mila, d’une manière maladroite, ait ciblé des aspects réactionnaires du comportement de ses camarades d’établissement scolaire, qu’elle a attribué à l’Islam et à sa pratique. Ceux qui l’ont entendue l’ont très vraisemblablement prise pour une tirade raciste. Comment les en blâmer quand, depuis des décennies, c’est ainsi qu’on les définit, en particulier pour s’en prendre à eux sans risque de transgresser la loi.

    Ceux qui ont répondu à Mila l’ont donc fait sur la base d’un sentiment identitaire blessé qui transcende la question de l’adhésion à la foi musulmane. Il est d’ailleurs peu crédible que ce soient de fervents pratiquants et de ferventes pratiquantes qui l’aient harcelée.

    Cela amène à un effet de la campagne raciste camouflée. En ciblant la pratique musulmane pour continuer les attaques racistes de manière légale, les réactionnaires ont créé une équivalence entre l’origine et la pratique religieuse. En gros, une équation de langage codée, qu’on pourrait résumer par « les musulmans sont les noirs et les Arabes d’hier » a été mise en œuvre.

    Et cette équation est désormais intériorisée par une partie de la population issue de l’immigration. Attaquer l’Islam est devenu une manière de faire du « racisme légal ». Donc défendre l’Islam devient un réflexe. Les arguments et les termes employés contre Mila n’étaient d’ailleurs pas du champ lexical de la foi. Ils étaient d’un champ lexical typiquement représentatif de l’homophobie classique et du patriarcat réactionnaire bien commun.

    Cette attitude arrange d’ailleurs parfaitement les fascistes, dans le sens où elle facilite le processus d’exclusion et de stigmatisation. Elle arrange aussi parfaitement les réactionnaires et les obscurantistes islamiste, dans le sens où elle permet de s’appuyer sur cette discrimination croissante comme illustration du caractère incompatible entre l’occident et la foi. Les deux se renforcent mutuellement.

    Dans les affaires comme celle-ci, bien souvent, les organisations politiques sont assez médiocres dans leurs prises de position. Réussir à se positionner d’une manière qui ne soit pas caricaturale ou dogmatique est délicat, car la réalité est toujours plus complexe que les schémas de domination bidimensionnels. En étant paralysée par ses contradictions, elle a laissé le terrain à l’extrême droite. Elle, n’a aucun remords à se positionner de manière complètement contradictoire d’un jour sur l’autre. Elle ne cherche qu’à faire monter les tensions et à attiser les braises. Qu’importe que ceux qui défendent Mila soit les premiers à vouloir « casser du pédé », les autres jours de la semaine.

    Qui, finalement, s’est emparé de cette affaire ? Les premiers bourreaux des LGBTI et des féministes : les réactionnaires les plus influents dans la société ainsi que les fascistes. À aucun moment ces hypocrites ne se soucient de la lutte, ce qui les intéresse c’est de l’instrumentaliser pour attiser la guerre des races dont ils rêvent.

    Les perdants dans l’affaire sont autant les LGBTI que ceux qui veulent pratiquer leur religion dans la tranquillité et qui veulent, en tout premier lieu, qu’on les laisse en paix.

    Nous-mêmes pensons qu’il y a matière à lutter contre les effets réactionnaires de la religion. Mais nous ne considérons pas que c’est à l’État bourgeois de prendre en charge cette question, ni à des individus hors sol, donneurs de leçon, qui envoient des SCUDs contre ceux qui ont des pensées et des pratiques réactionnaires.

    Nous avons foi dans la capacité des masses à se libérer elles-mêmes de leurs entraves. Nous pensons qu’il faut appuyer les parties les plus progressistes des groupes sociaux-culturels dans lesquels nous ne sommes pas présents. Qu’il faut aider à combattre les discriminations du quotidien, le patriarcat et l’obscurantisme sur la base du débat franc et ouvert et de la conviction.

    Nous ne pensons pas que la répression, contre le voile, contre les musulmans, que la stigmatisation et la campagne pogromiste aient le moindre impact positif. Ce sont au contraire des aspects qui rendent la vie toujours plus dure pour ceux -et surtout celles ! – qui sont prisonniers et prisonnières de l’aliénation réactionnaire.

    Nous avons foi dans les mouvements féministes ou LGBTI des quartiers populaires – et ils existent ! – pour permettre que cette question puisse se régler.

    Pour résumer :

    1. Un climat pogromiste anti-musulmans et anti-arabe explique la réaction extrêmement brutale de la part de ceux qui se sont sentis attaqués par la vidéo de Mila.
    2. Sans ce climat, dans un cadre apaisé, cette vidéo n’aurait suscité aucune réaction particulière.
    3. Ceux qui se sont rués au secours de la lycéenne ne sont pas forcément ses alliés : un grand nombre d’entre eux sont des homophobes enragés et des réactionnaires virulents.
    4. Parmi les réactionnaires, ceux qui font peser la plus grande menace sur les LGBTI ne sont pas ceux qui sont dans les quartiers, mais ce sont bien ceux qui ont le pouvoir ou qui sont les plus influents : les congrégations catholiques réactionnaires, les fascistes et autres ennemis de la tolérance. Ex : les villages LGBTfree en Pologne.
    5. La lutte antiraciste et la lutte LGBTI ne sont pas contradictoires : au contraire, elles se renforcent mutuellement. Plus les discriminations sont combattues, plus l’unité des classes populaires est rendue solide, et donc capable de remporter des victoires.

    Nous « sommes Mila » dans la mesure où nous défendons la liberté de pouvoir critiquer les religions et de pouvoir s’exprimer, dans le sens où le harcèlement est a condamner, dans le sens où les propos tenus contre elle relèvent de la réaction la plus virulent.

    Mais nous « ne sommes pas Mila » dans le sens où les discriminations que subissent les LGBTI ne trouvent pas leur source première dans le contenu du Coran. Ni dans le sens où une grande partie des animateurs de son soutien sont des réactionnaires patentés.

    Par ailleurs, les seules no-go zones pour les LGBTI, en Europe, ne sont pas dans les quartiers populaires. Elles sont dans la très catholique Pologne. Mais là, comme l’Islam n’est pas dans l’équation, il n’y a rien à dire !

  • La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    Comment la bourgeoisie instrumentalise les questions politiques.

    Nous sommes à la mi-mandat de LREM et de Macron. La pression progressive des échéances électorales commence à se faire sentir. Les municipales sont au printemps 2020, c’est-à-dire demain électoralement parlant.

    Macron et sa clique ont été employés par la grande bourgeoisie comme un missile à usage unique. Son travail est de liquider la totalité des conquêtes sociales, arrachées par la lutte et par le rapport de force. Seulement, deux facteurs entrent en ligne de compte.

    LREM a bouleversé les rapports de forces traditionnels, entre LR et PS. L’approche de la fin du mandat signifie donc une élection d’une très grande importance dans une configuration impossible à prévoir.

    De même, la clique de Macron a pris goût aux mandats, à la sinécure payée par l’État, aux bureaux et aux fauteuils confortables. D’ailleurs ce confort ne s’accompagne pas d’une contrepartie particulièrement exigeante. Rarement un gouvernement à autant mis en avant l’incompétence et la médiocrité, en même temps que le mépris le plus affiché. Pour ces deux raisons, LREM essaie de s’adapter et de survivre aux prochaines échéances. Comment inscrire dans la durée une organisation conçue pour un one shot ?

    Également, sur quel cheval va miser la bourgeoisie aux élections prochaines, si jamais son poulain est grillé aux yeux des masses ?

    Deux possibilités : Une branche de gauche et une branche de droite.

    La possibilité « de gauche » est de renaître en vampirisant les luttes écologistes et en les mariant avec l’écologie libérale.

    L’écologie libérale est un créneau particulièrement intéressant pour la bourgeoisie. Bien que se basant sur une lutte juste, sur des aspirations sincères, elle permet d’obtenir exactement la même chose, dans un sens, que de crier au loup sur l’Islam et l’immigration : obtenir des voix d’individus effrayés. Et, sur la base de cet effroi, de pouvoir maintenir et légitimer l’exploitation.

    Il faut faire des concessions, il faut accepter des contraintes supplémentaires, politiques, économiques, sociales, pour servir une cause transcendantale. Cette cause peut être la race, la nation, la liberté bourgeoise, ou la planète. Mais dans les faits, il s’agit simplement d’accepter la soumission aux intérêts de la bourgeoisie.

    L’ouverture du marché de l’électricité aux énergies vertes, par exemple, a été rendue possible par une hausse de 25 % du prix de l’électricité. L’aspect premier n’est pas écologiste, mais bien de pouvoir libéraliser et privatiser une partie de la production de celle-ci. De même quel sens cela a-t-il de manger des kiwis bio s’ils sont produits en Nouvelle-Zélande et arrivent sur-emballés ? De payer une taxe écologique sur les produits achetés, ce qui fait assumer directement de coût des déchets pas les consommateurs, alors que ce sont les grands capitalistes qui imposent ce que nous consommons ?

    La bourgeoisie est passée maître dans l’art de surfer sur les revendications populaires pour en faire des produits marketing. Elle s’empare donc du désir de manger mieux, d’avoir une atmosphère plus saine, de protéger la planète.. elle s’en sert comme argument de vente hypocrite, prétendant que ses produits sont éthiques et équitables, alors qu’en réalité ils aggravent les choses.

    Elle est également capable de pouvoir retourner contre les masses leurs propres revendication. Cela s’est vu par exemple dans « Le Grand débat », où Macron a tenté d’utiliser le désir démocratique des masses pour faire adouber ses propres projets. Dans le cas de l’écologie, cela permet d’extorquer plus d’argent, de faire monter les prix, de faire accepter des sacrifices aux masses, alors que les plus grands pollueurs sont les bourgeois.

    Par ailleurs, les fascistes se sont immiscés dans de débat. En revanche, ils ont tordu le bâton dans l’autre sens. Ils font leur beurre sur l’hypocrite injonction écologiste libérale. Mais ils le font en niant le problème, en mentant sur la réalité de la catastrophe qui vient, en déclarant que la question du climat est une manœuvre d’une sordide conspiration. Ils ont fait de Greta Thunberg une cible, en s’attaquant à elle sur par l’ad hominem, en se moquant de son physique, de son mental…etc. En somme, par pur opportunisme, ils se sont placés à l’autre bout de l’échiquier politique, en espérant tabler sur le ras-de-bol d’une partie des masses populaires face à l’hypocrisie officielle. Cependant, cela les maintient dans un rôle d’outsiders, allant à contre-courant, préservant ainsi un électorat, mais étant incapable de devenir une force hégémonique.

    La bourgeoisie peut donc compter sur cette possibilité. LREM peut très bien absorber une partie des revendications du mouvement écologiste, en insistant sur le fait qu’elle met en place une transition d’importance.

    Europe Écologie Les Verts pourrait, également, servir de nouveau porte drapeau à la bourgeoisie. Le mouvement a déjà partagé le pouvoir avec le Parti Socialiste. Il est composé d’un grand nombre d’opportunisme, dont l’exemple type est Jean-Vincent Placé. Cette expérience du pouvoir lui a permis de montrer qu’il n’avait aucune vergogne à appliquer un programme antisocial, réactionnaire, ou de justifier les interventions impérialistes, au nom de l’humanitaire. Pour la bourgeoisie, cela serait une sortie « par le haut » de la crise de régime qui vient.

    Seconde possibilité : la sortie par la droite.

    Cela fait maintenant plusieurs années que les questions relatives aux migrants et les questions relatives à l’Islam occupent le devant de la scène. Après la crise de 2008, elles ont pris une propension invraisemblable, aidée par le Débat sur l’Identité Nationale, initié en 2009 par le transfuge du PS Eric Besson.

    Aujourd’hui, cette question a contaminé l’intégralité des organisations politiques, avec des réactions variées. Quelles que soient les opinions sur ce sujet, chaque groupe politique est forcément polarisé par cette question. Elle a mené à des tensions internes importantes dans certains mouvements, allant jusqu’à une scission dans le cas de LFI. Plusieurs acteurs, sans la moindre vergogne, s’emparent de cette question comme un fonds de commerce, dans l’espoir de pouvoir gagner des voix sur la thématique.

    Il s’agit d’un calcul cynique qui ne tient absolument pas compte des réalités sociales, du vécu des individus, qui amalgame allégrement les Français et françaises issues d’une immigration d’il y a 50 ans et les migrants et migrantes. Qui amalgame dans un seul creuset la question de l’Islam et du terrorisme.

    Dernièrement, la campagne islamophobe s’est encore accrue. La convention de la droite, animée par Marion Maréchal Le Pen, réunissant le gratin de l’immonde, a ainsi donné naissance à des discours plus virulents les uns que les autres. Eric Zemmour, ainsi, est allé jusqu’à dire que nous vivons une campagne d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel. En dépit d’un certain tollé autour de ces discours, bien peu l’ont réellement condamné sur le fond. Il faut dire qu’il trouve des relais puissants, y compris dans les déclarations de la présidence de la République. Macron a ainsi évoqué « l’hydre islamiste » et la nécessité de le combattre.

    La situation est suffisamment en plein dérapage pour que des phénomènes invraisemblables se produisent. Jean-Michel Apathie a ainsi été traité de collabo par Zineb El-Rhazoui. Il demandait que Eric Zemmour soit, comme Dieudonné pour son antisémitisme, censuré, puisque condamné pour incitation à la haine raciale. À ce genre de propos se rajoutent une campagne savamment orchestrée sur les réseaux sociaux, faisant feu de tout bois : rumeurs sur des réseaux « pédo-satanistes » ; légendes sur les incendies industriels ; mensonges sur des conspirations islamistes ; inversion des rapports de pouvoir entre les États impérialistes et les pétromonarchies…

    La division des masses populaires et la fragmentation par la peur est une méthode classique des réactionnaires et des bourgeois pour parvenir à leur fin. Qu’importent, finalement, les explications sur la radicalisation de nombreux individus. Manuel Valls, en 2015, déclarait que « expliquer, c’est justifier », refusant qu’on puisse chercher à comprendre pourquoi des individus sans histoire se tournent vers le terrorisme. Il s’agit d’employer les événements dramatiques à des fins électoralistes.

    La terreur et « l’alliance sacrée » contre le terrorisme permet de tout justifier, y compris des hausses du coût des assurances. Elle est moins avantageuse qu’une unité contre un adversaire abstrait, mais elle est tout à fait envisageable comme solution pour conjurer provisoirement la crise de régime. Il n’est absolument pas impossible que les partis sociaux-démocraties ou libéraux puissent intégrer, pour essayer de devenir les poulains de la bourgeoisie, des pans entiers du programme ultra-réactionnaire.

    Sauf que les voix, le plus souvent, se portent sur l’original plus que la copie. Les campagnes réactionnaires, même reprises par des sociaux-démocrates, nourrissent, en dernière instance les réactionnaires d’origine. Le PS, LR, LREM, en alimentant la paranoïa, ne font qu’adouber les discours fascistes.

    Il existe une écologie prolétarienne. Une écologie révolutionnaire. Celle-ci ne se contente pas de parler de normes de pollution (qui ne sont pas respectées), de simples logos, de discours creux. Elle pose la question d’une manière on-ne-peut-plus pragmatique : Puisque la source du mal n’est pas dans la consommation, mais dans la production, puisque cette production n’est pas compatible avec la survie de la planète, nous devons la contrôler.

    On ne vote pas sur les moyens de production. On ne vote pas sur l’extraction de l’uranium, sur le pétrole, sur les ressources stratégiques de l’État et des capitalistes monopolistiques. Il s’agit de sujets trop importants pour qu’il puisse être même envisagé de le discuter dans les chambres d’enregistrement que sont les Parlements. C’est cela que nous devons cibler : le contrôle populaire, un « absolutisme populaire » pour reprendre l’expression de Marc Ferro. Cela ne veut pas dire que les initiatives individuelles, le 0 déchet, l’écologie locale soit à dénigrer, comme certains le font. Non, ils sont des portes d’entrées vers une compréhension plus grande et plus profonde de la question écologiste. Nous les saluons.

    Nous n’avons pas d’opinion sur Extinction Rébellion, nous attendons de voir. Nous pensons cependant que ce mouvement contribue à poser publiquement la question de l’écologie. Mais la transformation de cette énergie en mouvement révolutionnaire ne dépend pas d’elle-même, elle ne dépend que des communistes.

    La seule et unique voie qui permet également de lutter contre le terrorisme et contre l’influence obscurantiste demande aussi des transformations. Dans les pays dominés, c’est l’occupation militaire et l’exploitation impérialiste qui forment la base du terrorisme. C’est également la guerre qui pousse à la fuite, au fait de rechercher l’asile dans des endroits plus sûrs, où pour sortir d’une misère sans fond. Nous sommes pour la liberté de circulation, de visite, d’installation. Cependant, cette « liberté » n’en est pas une pour ceux et celles qui fuient leur pays. Elle est une condition de survie. La plupart quittent leur terroir, leurs familles la mort dans l’âme.

    C’est l’exclusion sociale et la misère qui pousse aussi ceux qui désespèrent à se tourner vers des idéologies ou des courants religieux réactionnaires. Nous pensons que c’est la lutte contre l’exploitation, la fragmentation de la société, l’orientation vers une issue révolutionnaire positive, qui permet de saper les bases de recrutement de réseaux réactionnaires. Ce ne sont pas les interdictions, les brimades, les vexations ou les lois qui peuvent avoir une incidence.

    Les contradictions sur la question des croyances est une contradiction au sein du peuple. Elle se résout par le débat. Il ne nous importe pas que les individus croient en Dieu, n’importe lequel. Cela n’est pas la question. Ce qui est déterminant est la question des pratiques sous-jacentes. Nous pensons qu’il faut lutter sans la moindre relâche contre la stigmatisation et l’instrumentalisation raciste. Qu’il faut soutenir les tendances de gauche, progressistes, partout où elles se trouvent. Et l’expérience a démontré qu’elles existaient largement.

    Ne nous laissons pas abuser. Combattons contre l’instrumentalisation de l’écologie, luttons contre les discours réactionnaires et racistes, maquillés en « lutte contre l’obscurantisme ». Surtout, construisons l’unité qui permet d’avancer et de remporter les victoires : l’unité des communistes, des révolutionnaires !

  • Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Filoche antisémite ?

    Gérard Filoche est désormais expulsé du Parti Socialiste à la suite d’un tweet. Celui-ci présentait Macron avec un brassard marqué d’un dollar évoquant celui du NSDAP, entouré de Jacques Attali, de Patrick Drahi et de Jacob Rothschild le tout agrémenté d’un drapeau Etatsunien et Israélien. L’origine de la photo, issue de la fachosphère, plus précisément de Egalité et Réconciliation, a déclenché le feu aux poudres, entraînant des plaintes de la LICRA et du CRIF et poussant le bureau du Parti Socialiste à voter, à l’unanimité, son exclusion.« C’est une décision très négative, ça va affaiblir le PS car ça repose sur un mensonge » déclare Filoche, qui annonce saisir la commission des conflits.

    Le coordinateur du parti, Rachid Temal, a déclaré : « La famille socialiste (…) a été durement marquée par ce tweet antisémite. (…) Nous touchons à l’essentiel même de nos valeurs, parmi lesquelles les valeurs de la République, l’humanisme, le combat contre le racisme et l’antisémitisme. (…) Il n’est pas possible qu’un dirigeant du Parti socialiste puisse tweeter ce tweet qui reprend les codes antisémites des années 30. (…) Ce soir le PS a pris la seule décision qu’appelait ce tweet ».

    Quant à Jacques Attali, il a annoncé son intention de porter plainte pour incitation à la haine raciale.

    Gérard Filoche a agit avec une stupidité manifeste en publiant cette image, laquelle est clairement antisémite, formant une négation de l’impérialisme français, alimentant -c’est bien son rôle- les approches complotistes et souverainistes. Il s’en est rapidement excusé au travers du même média, retirant l’image et expliquant qu’il avait été inconséquent en la publiant.

    Bien que cela soit révélateur d’une manière d’agir sans réflexion, sans jugement, sans prise de conscience, nous penchons tout de même l’hypothèse de la bonne foi dans ce cas de figure. Filoche n’est pas particulièrement connu pour ses ambiguïtés quant à l’antisémitisme. De ce point de vue là, il semble que la déferlante qui le frappe révèle des troubles sous-jacents au sein du Parti Socialiste, mais bien également au sein de la société française.

    Nous n’aimons pas Gérard Filoche, qui est l’incarnation même du trotskisme dans toute sa splendeur. Il est issu, comme Mélenchon, de l’OCI, cette secte lambertiste, véritable ANPE du trotskisme, centrale de l’entrisme, dont sont issus également Corbière ; l’ex-premier ministre Jospin [comme quoi les trotskistes ont déja exercé le pouvoir !] ; mais aussi le conseiller d’Emmanuel Macron Romain Goupil ; ou encore Gilbert Collard.

    Membre d’une gauche anticommuniste, il est notoirement connu pour avoir, en 1991, sauté de joie à l’annonce de la chute de l’URSS, titrant l’édito de son torchon trotskiste, alors à la LCR, d’un grand « Champagne ! » Il l’a célébré comme l’apothéose de la réussite d’une lutte qui fut l’alpha et l’oméga du mouvement trotskiste : la lutte contre le communisme. De même nous n’aimons guère le sale rôle de rabatteur qu’il effectue au sein du Parti Socialiste, dont il est membre du bureau politique, incarnant une gauche domestiquée, uniquement maintenue pour entretenir l’illusion d’un possible virage à gauche du parti qui a causé le plus de tort aux travailleurs.

    Pourtant, malgré le fait que nous n’apprécions pas ce laquais servile, nous trouvons que sa menace d’expulsion soulève des aspects inquiétants. Si nous le défendons aujourd’hui, ce n’est pas comme nous défendrions un camarade. Nous ne partagerions pas ce que pouvait écrire le NPA sur lui : « Au sein de ce parti de tous les reniements, Gérard Filoche, à sa façon, a défendu les intérêts du monde du travail. » Les trotskistes ne se renient pas. Filoche était un faux-ami, un faux-camarade, un agent de la diversion, un rabatteur de la bourgeoisie.

    Pourtant nous le défendons aujourd’hui.

    Nous ne le défendons pas comme l’ont fait certains, criant à l’omerta, criant au complot juif, clamant que Gérard Filoche venait de trouver la foi, l’illumination, en se dressant contre le lobby, le complot, ou d’autres élucubrations. Non.

    Nous le défendons sur la base de ce qui nous paraît être une manœuvre basse, sordide, utilisant cette erreur comme prétexte pour attaquer ce personnage, mais également pour amplifier un climat vénéneux.

    Depuis plusieurs années, celui-ci semble exprimer des relents plus que putrides. Un sentiment de montée en pression fait jour peu à peu. Il ne date pas d’hier. Depuis la crise de 2008, des tentacules fascistes semblent étendre leurs ramifications dans l’ensemble de la société.

    2015 et les attentats jouent un rôle de catalyseur. Ce qui, avant, était considéré comme des positions honteuses, s’affiche désormais comme une norme. Le terme islamo-gauchiste, réservé à l’extrême-droite, fait même une percée dans le vocabulaire des élections présidentielles. Et ces termes n’apparaissent pas dans une frange proche de l’extrême-droite, mais sortent de la bouche du socialiste Manuel Valls, illustrant la porosité de la politique bourgeoise aux idées fascisantes.

    Manuel Valls, battu, humilié, ridiculisé lors de ces élections, s’est mué en croisé agressif et vindicatif, cherchant à opérer une résurrection par ce biais.

    Aujourd’hui, les attaques pleuvent sans cesse.

    Les « vallsistes » mènent aujourd’hui une campagne de haine permanente. Ce courant protéiforme fédère autant des droitiers notoires que l’équipe dirigeante de l’ex-journal gauchiste Charlie Hebdo. Chacun se lance dans le conflit, instrumentalisant sans la moindre honte tout ce qui peut servir à nourrir leur guerre raciste.

    Un jour contre Sonia Nour, à la suite d’une déclaration qui, il est vrai prêtait particulièrement le flanc à ce genre d’attaques.

    Un jour contre Obono et Mélenchon, en faisant les agents de l’antisémitisme et de l’islamofascisme ou gauchisme, selon le gout du jour.

    Un autre jour contre la France Insoumise et contre le PCF, en prenant appui sur l’affaire Salah Hamouri, tentant d’assimiler l’opposition au colonialisme israélien à de l’antisémitisme. Sur ce point, l’attitude des députés FI et PCF fut exemplaire, quittant l’Assemblée plutôt que de couper dans le jeu sournois des provocateurs.

    Un autre jour contre Edwy Plenel et Mediapart, affaire dans laquelle le dessinateur et éditorialiste Riss a truqué sans vergogne les déclaration de Plenel, lui attribuant des déclarations de guerre fictives.

    Aujourd’hui, c’est Filoche qui arrive sur les bancs de l’accusation pour les raisons précitées. C’est une manière d’enfoncer le clou, mais aussi la liquidation d’un opposant à une dislocation du PS, et à sa reconstruction sous la forme d’une organisation réactionnaire sur toute la ligne.

    Dans le même ordre d’idée, l’avocat Dupont-Moretti subit les foudres de Bernard Henri Levy quant au fait de respecter les droits, pourtant constitutionnels, de la défense, sous prétexte de la qualité de l’accusé.

    Pour finir, dans une note plus exotique, Finkielkraut s’en est pris à la campagne #balancetonporc, utilisée, selon lui, pour « noyer le poisson de l’Islam. »

    Valls et ses réseaux ne partent pas bille en tête, seuls. Macron les adoube. La bourgeoisie les encense. Les classes dominantes les applaudissent : ils et elles préparent l’après Macron.

    L’ennemi de la campagne, l’extrême-droite, n’est plus la cible. Il cède la place aux contestataires de gauche, aux passeurs de migrants, aux anarco-autonomes, aux antifas, aux syndicalistes, aux communistes, à tout ce qui s’oppose à la guerre antisociale.

    L’extrême-droite n’est plus l’ennemi, elle incarne une voie de secours pour la bourgeoisie, après la destruction du centre, inéluctable, liée à la politique kamikaze de Macron.

    A la droite de Macron, un monstre se forme. Un vieux rêve de la droite se réalise, celui d’une jonction donnant naissance à une droite élargie. Wauquiez ouvre les bras au retour d’une Marion Maréchal-Le Pen, ayant fini son éclipse, après avoir « pour le moment, définitivement quitté la politique. » C’est dans ce pôle que réside les espoirs des classes dominantes.

    Derrière ses attaques de surface, une lame de fond balaie également les questions historiques. Lors des anniversaires de 1917 ou de l’assassinat du Che par les milices fascistes, certains intellectuels s’en sont ainsi donnés à cœur joie.

    Pascal Ory, un éminent tapis de bain de la bourgeoisie, officiant à Science Po paris, a ainsi expliqué que Lénine et Che Guevara étaient les parrains de rien moins que le terrorisme international dans son ensemble.

    Une belle manière d’entretenir la chimère de l’islamo-gauchisme, de l’islamo-communisme, et d’opérer une jonction sur deux des projets de la bourgeoisie : mener des guerres de diversions, en instillant la haine au sein des classes populaires, et souffler sur les braises de l’anticommunisme.

    Dans une certaine mesure, l’Islamo-gauchisme remplace, ainsi, le judéo-bolchevisme.

    Ce ne sont pas que des mots.

    Ces attaques ont un caractère de préparation idéologique. Une préparation idéologique au sens propre, frappant les contestations qui vont immanquablement naître de la politique de Macron et de ses sbires. Une préparation idéologique et une mobilisation des esprits dans un sens réactionnaire.

    Une lame de fond dangereuse, tant dans les discours politiques que dans la loi, se met en branle. Tout ce qui s’oppose, même les modérés, même les républicains peuvent être taxés de terroristes ou d’agent du terrorisme.

    Pendant ce temps, les vrais bourreaux, les véritables ennemis du peuple sont protégés, se pâment, se gavent de profits. Pendant ce temps, les apprentis terroristes fascistes, comme ceux de Dijon, sont libres. Libres de semer la haine, libre de frapper. Ce n’est pas l’Etat bourgeois, ce n’est pas la bourgeoisie qui mettre un terme à ces actions.

    Nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, notre unité, notre solidarité.