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  • Tensions en Corse : vers une forme d’autonomie ?

    Tensions en Corse : vers une forme d’autonomie ?

    Yvan Colonna est décédé. L’assassin présumé du préfet Erignac, tué en 1998, est mort des suites des coups reçus en prison par le djihadiste Franck Elong Abé, incarcéré avec lui. La nouvelle de ses blessures, le 2 mars avait entrainé des explosions de violence dans l’Ile de Beauté. L’Etat français avait d’ailleurs été déstabilisé par l’ampleur de celles-ci. Il est décédé le 21 mars sans avoir repris conscience. Aujourd’hui, le retour de son corps dans son pays suscite une vague d’émotion importante. Petit retour en arrière : 

    Yvan Colonna est un prisonnier politique très surveillé, classé DPS (Détenu Particulièrement Surveillé). Cet ex-militant du Front de Libération National Corse (FLNC) avait été au centre d’une affaire particulièrement médiatisée, fin 90 début 2000. En 1998, le préfet Erignac est abattu. Peu de temps après le nom d’Yvan Colonna apparaît dans les médias : il est accusé d’avoir exécuté le haut fonctionnaire. Il s’en suit une longue cavale qui se termine 5 ans après, en 2003. Il est alors condamné dans des circonstances débattables et avec un respect quelque peu douteux des droits de la défense. Ainsi Nicolas Sarkoy, alors ministre, avait largement transgressé la présomption d’innocence. L’affaire Colonna avait fait couler des fleuves d’encre. Elle était une de ces grandes affaires dans lesquelles il ne peut pas ne pas y avoir de coupables. Yvan Colonna, quelque soit la réalité de sa participation à cet assassinat, était condamné d’office. Ne pas trouver l’assassin aurait été un aveu de faiblesse terrible pour l’État. Il a donc mis les bouchées doubles pour obtenir un placement long en préventive, suivi d’une incarcération particulièrement lourde, loin de sa famille, sous le statut de Détenu Particulièrement Surveillé.  Ses soutiens demandaient la fin de ce statut, uniquement décidé par les hautes instances de l‘État, sans justification. 

    Ce statut a été changé par le gouvernement après les émeutes, montrant ainsi que Colonna, et les autres prisonniers politiques, étaient maintenus loin de leurs proches par la seule volonté présidentielle. Cette annonce, loin de calmer les choses, a été perçue comme une provocation, et a suscité encore plus de colère. Il nous rappelle qu’il existe une volonté franche de briser les solidarités autour des détenus. C’est aussi le cas des Basques, qui sont systématiquement écroués loin de leur famille. 

    Nous ne pouvons pas non plus oublier que cet acte de violence illustre le fait que le système carcéral français n’a aucunement des vertus de réhabilitation. Il est un inframonde, un cercle de l’enfer, dans lequel la violence et les mauvais traitement sont continuels. La prison n’est nullement un moyen de « transformation », même selon les critères idéologiques de l’État. Elle est une punition, dans les rats, les cafards, la surpopulation. 

    Le gouvernement : entre tensions et dialogue

    En Corse, la colère a rapidement pris une ampleur telle que l’État s’est retrouvé dépassé. Elle a ravivé une flamme nationaliste qui s’était quelque peu atténuée : certaines concessions économiques avaient permis d’acheter la neutralisation des plus grands courants. Ce réveil est donc fracassant. Aujourd’hui, les mouvements demandent au minimum une autonomie de la Corse, sous la même forme que la Polynésie Française, seule solution pour calmer la colère du peuple. Ils demandent également une enquête sur le meurtre. Des menaces de reprendre la lutte armée, « le maquis », se font également entendre. Le consensus antérieur est donc fracturé.

    Depuis le début de son mandat, Macron prête peu d’importance à la Corse. Il est aujourd’hui obligé d’affronter un ressentiment importante. À la suite des émeutes, Darmanin fut envoyé en Corse, dialoguer avec les différents élus locaux, où il fait miroiter un changement de statut de la Corse. Cette promesse est cependant assortie d’une condition : la réélection de Macron. L’en même temps proverbial fonctionne toujours. Mais le mot est lâché : l’autonomie est à portée de main. Gare à celui qui retirerait aux Corses cette perspective. Cette déclaration a entrainé un retour au calme, même si celui-ci a tout d’une paix surarmée. 

    Malgré le déplacement de Darmanin et les nombreuses réunions avec les élus locaux, le gouvernement garde une attitude offensive suite à l’annonce du décès de Colonna : l’envoi de plusieurs centaines de CRS sur l’île, pour des manifestations qui n’ont pourtant pas encore eu lieu. 

    Des perspectives positive ?

    Nous considérons que l’autonomie va dans le bon sens : celui d’une prise en charge du destin de la Corse par les Corses eux et elles-mêmes. Elle serait encore insuffisante, mais serait un premier pas, pas qui pourrait ensuite permettre à d’autres revendications d’émerger, que ce soit dans l’hexagone ou dans les possessions coloniales. Nous ne pouvons pas oublier que la Corse peut s’enorgueillir d’avoir été la première nation de l’époque moderne à proposer une Constitution démocratique en 1755. Elle est alors le premier État dans lequel les femmes ont le droit de vote. Nous pensons que les questions d’autodétermination sont importantes et ne doivent pas être réduites à un folklore. Elles sont des questions importantes et qui méritent d’être traitées avec sérieux.

    Nous voyons notre tâche, en tant qu’organisation ayant vocation à lutter sur l’ensemble du territoire détenu par la France, non pas comme prenant forcément des positions sur ce qui doit être fait pour tel ou tel territoire. Nous ne sommes pas des décrétistes. Nous la voyons comme une lutte pour permettre d’arriver aux conditions dans lesquelles ceux et celles qui habitent dans ces espaces puissent trancher ces questions : rester, être autonomes, ou partir. 

  • Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Soutenons la marche vers l’indépendance du peuple Kanak !

    Le 4 novembre 2018, la Nouvelle-Calédonie votera. Elle votera pour déterminer son avenir politique et institutionnel. La question qui lui est posée est la suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Occupée depuis 1853 par la France, « le caillou » est à la croisée de chemins.

    Cette date est importante en soi pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et des Kanaks. Elle l’est aussi dans la mesure où elle ouvrirait, si le référendum fonctionne, un questionnement général sur la possession des « confettis d’empire » dont dispose la France, tout comme de la question des territoires contenus dans l’hexagone lui-même.

    Cette date importante, pourtant, est passée sous silence en métropole.

    Dans la très large majorité de la population métropolitaine, la possession de ce territoire, de cette colonie, va de soi. Elle est une évidence. Fort peu d’individus savent que la Nouvelle-Calédonie est considérée par l’ONU comme un territoire à décoloniser, tout comme la Polynésie française -dont le président, Oscar Temaru, vient de porter plainte pour crime contre l’humanité à l’encontre de la France, du fait des essais nucléaires dans le Pacifique. Ce genre de sujet est passé sous silence dans l’enseignement national, car il ne cadrerait pas avec la finalité civique de l’histoire et de la géographie : dire que la France est la patrie des droits de l’homme et que ses frontières et ses possessions sont légitimes.

    Pourtant le gouvernement s’active, et, sur place, les relais de l’impérialisme font massivement campagne pour le non. Leurs arguments jouent sur la peur. Peur de l’indépendance, projets irréalisables, risque de guerre civile, ou d’abandon… De plus, 22 000 kanaks ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Les « loyalistes » mobilisent leurs troupes et incitent massivement à voter. Fonctionnaires issus de la métropoles, cadres d’entreprises se sont inscrits sur les urnes pour répondre à l’appel du gouvernement.

    En métropole, les organisations politiques ne se mouillent guère. Le sujet est épineux et implique de trancher certaines questions, dont celle de l’impérialisme français et du chauvinisme. Ainsi, le PC a pris formellement position sur le principe, mais sans plus en reparler depuis. La France Insoumise, par la voix de son tribun, s’est montrée ambigüe. Le 30 septembre, il déclarait « Indépendants ou Français, notre affection leur est acquise. » tout en ajoutant « si je faisais parler mon cœur, je dirais ‘restons ensemble’ ». Dommage que ce ne soit une affaire de cœur.

    Pour Lutte Ouvrière, le référendum n’a pas d’intérêt car il ne débouche pas directement sur le socialisme. « Même si l’indépendance était votée, les travailleurs ne seraient pas libérés de quoi que ce soit : certainement pas de l’exploitation, et même pas des discriminations en tant que Kanaks. », toujours le même rejet des étapes qui permet de rejeter l’ensemble.

    En revanche, en caractérisant le référendum comme insuffisant en soi, une partie des forces politiques de Nouvelle-Calédonie, notamment le Parti Travailliste, ont annoncé qu’ils boycotteraient le scrutin. Nous ne présumons pas de cette tactique, ne pouvant maîtriser toutes les cartes et nous ne nous érigeons pas en juge de cette tactique.

    En revanche, il nous appartient de soutenir la volonté d’indépendance sous les formes décidées par les organisations combatives locales, de soutenir le peuple de Kanaky, et de combattre les tentacules de l’impérialisme français, qui ne reculent devant rien pour conserver leur mainmise.

    La longue expérience des processus de décolonisation négociés montre que les impérialistes ne renoncent jamais à un bastion. Surtout quand ce bastion offre un promontoire sur le Pacfique (1,74 millions de km² de ZEE), surtout quand ce bastion est riche en nickel (20-30% des réserves mondiales). Une île qui représente 7,165 milliards d’euros de PIB (855,5 milliards de francs CFP, la monnaie coloniale), ne sera jamais abandonée sans bataille. Déjà, un important dispositif policier se dirige vers l’île, dans le but d’assurer le contrôle.

    Les impérialistes prophétisent sur ce que l’indépendance coûterait aux Kanaks -alors que les études faites par le FLNKS – Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste- démontrent l’inverse. Cette prophétie est surtout une menace à peine voilée. Il s’agit de ce que les impérialistes feront payer à l’île si jamais elle n’est plus française. Nul doute qu’il sera tenté de vampiriser toutes les richesses locales, d’abaisser le niveau de vie de la population, de susciter les troubles et les mécontentements pour briser l’Ile et imposer un gouvernement de serviteurs, de compradores.

    L’histoire démontre que les impérialistes agissent toujours ainsi. Leurs alliés de gauche les appuieront certainement, prétextant tout un fatras d’humanisme, de mièvrerie, qui masquent mal la puanteur des charniers qu’ils ont creusés. Dans le fond, ils ne réfléchissent qu’en termes de puissance pour la métropole, et l’intérêt supérieur de la nation est un autre mot pour parler de celui de la grande bourgeoisie.

    Il n’est pas possible non plus de cautionner le fait qu’une indépendance reviendrait à substituer à l’impérialisme français un autre impérialisme. Cela reviendrait à renoncer à lutter contre notre premier ennemi, notre premier bourreau. Et ce ne sont ni les USA, ni l’Allemagne, mais bien la grande bourgeoisie française. Notre impérialisme n’est ni plus ni moins aussi carnassier que les autres, il commet crimes sur crimes pour conserver ses positions.

    Nous pensons qu’il faut prendre le référendum pour ce qu’il est, une consultation dont les aboutissements ne sont pas garantis. En cas d’échec, cela ne doit pas signifier le fait qu’il faille acter le colonialisme comme inéluctable -acterait-on le capitalisme comme juste si un référendum le validait ?- mais qu’il reste des étapes à franchir. En cas de victoire, ce ne serait pas l’aboutissement du cheminement vers la liberté pour le peuple Kanak, mais le début de celui-ci.

    C’est là où la solidarité internationale devra jouer son rôle en plein, pour brider les tentatives de coup de force, pour nuire aux plans de l’impérialisme français, pour dénoncer le social-chauvinisme, non comme une déviation, mais bien comme un ennemi des travailleurs, tant de métropole que des colonies.

    Vive la lutte anti-coloniale !

    À bas l’impérialisme français !

    Solidarité anti-impérialiste entre les peuples !

  • Communiqué : Catalogne, l’indépendance ?

    Communiqué : Catalogne, l’indépendance ?

    Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon concernant la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

    La Catalogne sur la voie de l’indépendance ?

    Le 27 octobre 2017, le gouvernement de la Catalogne, dans un acte solennel, a proclamé la naissance de la République de Catalogne. L’Unité Communiste de Lyon soutient cette initiative.

    Dans le même temps, le gouvernement de Madrid, quant à lui, a confirmé l’emploi de l’article 155, destituant les représentants légaux de la Generalitat, supprimant tous les aspects de l’autonomie et prenant de le contrôle des médias.

    Alors que les dirigeants des mossos, ces policiers Catalans, séjournent en prison sous l’inculpation de sédition, le parquet de l’Etat espagnol semble désormais désirer s’en prendre aux députés ayant voté en faveur de la résolution déposée par les indépendantistes.

    L’indépendance est déclarée, mais demeure virtuelle. 

    Dans l’état actuel des choses, l’indépendance demeure une décision sur le papier. Pour devenir concrète, il lui reste bien des étapes à franchir. Un pouvoir effectif à Barcelone doit disposer de l’obéissance des fonctionnaires, ainsi que de la reconnaissance de la population.

    Dans les faits, la situation s’apparente à un double-pouvoir. Un double-pouvoir autour duquel se trame une partie de poker aux enjeux chaque fois plus élevés. Le référendum fut, pour Madrid, une provocation, à laquelle la couronne répondit par la violence. La violence engendra un mouvement de sympathie et de solidarité, tant au sein de la Catalogne que dans l’Etat espagnol, voir dans le reste du monde. Au final, Madrid donna un appui plus solide à la revendication de l’indépendance, en montrant que la discussion ou la négociation serait impossible. La déclaration de Puidgemont, du 10 octobre, bien que extrêmement modérée, entraîna la menace de l’article 155. Soit la Catalogne renonçait, soit elle bondissait dans l’inconnu. Au final, c’est cette menace qui précipite la rupture, aujourd’hui.

    La Catalogne et l’Etat espagnol font dont un saut en avant l’une et l’autre.

    La mobilisation d’une grande partie des habitants peut-elle permettre l’indépendance concrète ? Madrid usera-t-elle de la violence pour reprendre le contrôle ? Ces questions restent en suspens.

    L’Etat espagnol, pour le moment, menace avec vigueur la direction de la Catalogne de peines de prison extrêmement lourdes. Elle ne semble pas vouloir reculer devant quoique ce soit pour reprendre le contrôle de la Generalitat, tout en affirmant que des élections seront tenues dans les six mois. Elle nourrit les indécis de promesses empoisonnées. L’Union Européenne refuse d’accorder le moindre crédit à la Catalogne et soutient le gouvernement de Rajoy. Manuel Valls, l’apprenti-fasciste, en profite pour s’engouffrer dans cette brèche et pour déverser ses appels à l’écrasement de la Catalogne.

    L’Unité Communiste de Lyon affirme son soutien à celles et ceux qui défient l’Etat espagnol. N’oublions pas la nature de celui-ci.

    N’oublions pas que cet Etat s’apparente plus à une monarchie absolue, bâtie sur le Franquisme, maquillée en démocratie bourgeoise, mais toujours prête à reprendre du service. Les dispositions juridiques et constitutionnelles les permettent.

    N’oublions pas que cet Etat traque, réprime les organisations indépendantistes, notamment celles du pays Basque. L’Etat espagnol ne se prive pas d’étendre sa répression, par le Mandat d’Arrêt Européen, frappant notamment l’organisation de jeunesse SEGI, la militante Aurore Martin, ou, plus récemment, des militants Basques réfugiés à Berlin.

     Que cet Etat ne se prive pas de faire disparaitre, d’assassiner, des militantes et des militants de la question Basque, tel Jon Anza.

    Que cet Etat utilise la torture de manière quasiment systématique contre les militants et militantes politiques.

    Et soudain, cet Etat serait un havre pour la lutte des classes, pour la classe ouvrière, faisant de la question catalane une trahison.

    Ce qui affaiblit le pouvoir de la couronne d’Espagne est positif pour la classe ouvrière catalane, castillane, asturienne ou basque. Ce qui sape son autorité est positif. Ce qui mobilise les masses, les dote de la possibilité de se saisir de l’exercice réel et concret du pouvoir est positif.

    La lutte des catalans et de la classe ouvrière de Catalogne n’est pas séparée de la lutte du prolétariat de la péninsule. Elle ne va pas contre elle.

    Aujourd’hui, c’est la population catalane, c’est la mobilisation de masse qui apportera une réponse finale à la question de l’indépendance. C’est elle, ainsi que ses organisations progressistes et révolutionnaires, qui sera en mesure de pouvoir libérer réellement sa population de l’emprise du pouvoir parasite de Madrid, mais également des rapaces et des bourgeois inconstants de Barcelone.

    Vive la lutte de la Catalogne ! A bas la monarchie de Madrid !

  • La croisée des chemins pour la Catalogne.

    La croisée des chemins pour la Catalogne.

    La croisée des chemins pour la Catalogne.

    Aujourd’hui, 21 octobre 2017, le conseil des ministres de l’Etat espagnol s’est réuni. Il a décidé, après une longue réunion, de recourir à l’article 155. Cet article instaure la suppression de l’autonomie Catalane, supprime le pouvoir accordé à la Generalitat. De facto, la Catalogne cesse d’exister en tant qu’entité juridique reconnue par l’Etat espagnol. Par effet domino, elle cesse d’exister aux yeux de l’Union Européenne et, au final, aux yeux du monde.

    Cette situation était prévisible. Le roi Felipe IV et le gouvernement des fils de Franco s’étaient exprimés sur le sujet. Le fond de leurs discours ne laissait que peu de place à l’ambigüité. Les catalans étaient présentés comme des « sujets déloyaux », comme des « égoïstes économiques », comme des traitres qu’il fallait châtier. Partant de cette expression politique, rien d’autre ne pouvait être envisagé, pour le gouvernement de l’Etat espagnol, qu’une capitulation intégrale, un renoncement total.

    L’article 155 permet à l’Etat espagnol de prendre le contrôle de la police, permet de prendre le contrôle de l’exécutif. Dans son discours, Rajoy indiqua que le pouvoir serait assumé « en principe par les ministères (nationaux) aussi longtemps que durera cette situation exceptionnelle« .  Le contenu de l’article est le suivant :

    « 1. Si une Communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou d’autres lois lui imposent ou si elle agit de façon à porter gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après avoir préalablement mis en demeure le président de la Communauté autonome et si cette mise en demeure n’aboutit pas, pourra, avec l’approbation de la majorité absolue du Sénat, prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l’intérêt général mentionné.

    2. Pour mener à bien les mesures prévues au paragraphe précédent, le gouvernement pourra donner des instructions à toutes les autorités des Communautés autonomes. »

    Au final, cet article autorise tout. Permet tout. Il est illustratif de la nature de la monarchie espagnole, laquelle possède toujours un fond d’absolutisme, un fond de fascisme, vernis de multiples couches de démocratisme.

    Rajoy s’est empressé de tempérer la déclaration : « On ne suspend pas l’autonomie de la Catalogne «  , « On destitue les personnes qui ont placé ce gouvernement en dehors de la loi, de la Constitution et du statut. » Constitution crée à la suite du franquisme, inspirée et négociée dans l’esprit de son pouvoir, de sa droite ligne. En somme, une référence absolue à un texte qui tire ses origines du fascisme.

    Belle manière de faire une négation du contenu du vote des catalans. « Aucun gouvernement d’aucun pays démocratique ne peut accepter qu’on ignore la loi (…) Il faut ouvrir une nouvelle étape, dans laquelle la loi sera préservée. » Le vote de la Catalogne serait donc antidémocratique, serait un camouflet, une offense à la loi de Madrid. Quant à la nouvelle étape, son contenu ne peut que faire couler une sueur glacée  le long de l’échine de celles et ceux qui sont favorables -même pas à l’autonomie- à l’autodétermination.

    Rajoy essaie de se montrer rassurant, en annonçant que des élections auront lieu en janvier. Mais les modalités sont inconnues. Les partis et organisations de cette nouvelle étape seront-elles cooptées par Madrid ? Les organisations indépendantistes auront-elles droit de cité ? Le flou le plus total règne. Ce type de pratique n’est guère surprenant. « On destitue les personnes qui ont placé ce gouvernement en dehors de la loi, de la Constitution et du statut », des personnes membres d’organisations politiques élues, mandatées, pour entamer la séparation. Seront-elles interdites ?

    Nul doute que la démarche de Madrid met en porte-à-faux les indépendantistes modérés. Le président -ou ex-président de facto- Puigdemont participe à la grande manifestation des partisans de la démocratie et de l’indépendance. Mais sa position est minée.

    Le dialogue qu’il promouvait a échoué face au refus complet de Madrid de discuter. Le 10 octobre, nous écrivions, à la suite du discours du Président, la chose suivante : « Du point de vue de Puigdemont, les options sont restreintes : si l’Etat espagnol choisit la voie de la violence et de l’écrasement, il n’y aura que peu de forces pour le sauver. Son option est donc un départ négocié, pour éviter une guerre civile espagnole bis, dans laquelle les Catalans n’auraient ni force armée, ni soutien extérieur, et dans laquelle -de nouveau- les grandioses démocraties regarderaient avec détachement se faire massacrer les masses et les forces progressistes. »

    Cette position de moyen terme, nous ne la partageons pas, mais elles correspond à une rationalité certaine. Une rationalité qui trahit le caractère de classe de Puigdemont, une position bourgeoise vacillante. Enthousiaste face à l’idée d’être indépendant, effrayée par les conséquences.

    Puigdemont est désormais dans les cordes. Désormais le choix est limité à deux options : proclamer unilatéralement l’indépendance ou renoncer, perdre la face, et ravaler la Catalogne au rang de province.

    Madrid, en choisissant une dureté de fer, souffle dans les voiles de celles et ceux qui ont toujours dénoncé le caractère antidémocratique de la monarchie espagnole, mais plus encore, dans les voiles de celles et ceux qui ont toujours dénoncé le fait que la démocratie bourgeoise soit une dictature de classe.

    Car c’est là une illustration fascinante de la vraie nature de cette démocratie de contrefaçon.

    Sans même être une révolution prolétarienne qui mette à bas la propriété privée et l’exploitation, la lutte des catalans déclenche une levée de bouclier de la part de la bourgeoisie madrilène et de l’Europe. Le simple fait de remettre en cause la mainmise de la monarchie sur l’économie provoque une situation explosive.

    Nous soutenons l’indépendance de la Catalogne dans la mesure où le droit des peuples à s’ériger en nation indépendante est un principe essentiel. D’autant qu’il ne s’agit pas d’une fragmentation provoquée par la pression d’un Etat impérialiste sur l’Etat espagnol, mais bien d’une volonté populaire. La Catalogne s’est exprimée et exige l’indépendance.

    Nous la soutenons aussi dans la mesure où la lutte pour l’indépendance est comme un flash dans une pièce obscure, elle fait ressortir les moindres détails d’une sinistre scène. La lutte pour l’indépendance de la Catalogne balaie les théories réformistes, balaie les mensonges des sociaux-démocrates et pose la question, au sein d’une des grandes puissances économiques du monde, du pouvoir.

    Celles et ceux qui veulent « changer les choses » en passant par une « révolution dans le cadre des institutions » doivent regarder cet exemple qui se déroule sous nos yeux. Le gouvernement, élu sur le mandat de préparer l’indépendance, se heurte au cadre d’une Constitution qui maintient le status quo. Qui maintient la situation stationnaire.

    Elle se heurte, en l’occurrence, à un Etat tutélaire qui n’hésitera probablement pas à recourir à la violence. Non pas du fait d’une méchanceté propre, mais bien du fait des intérêts de classe sous-jacents, qui sous-tendent cette volonté de ne pas céder un pouce de terrain. Ces intérêts de classe se retrouvent dans notre Etat, et s’exprimeraient avec une virulence terrifiante si jamais une menace prenait corps. Quant à négocier la fin du capitalisme, en voilà un doux rêve. Les sociaux-démocrates peuvent rêver de trouver un modus vivendi avec la bourgeoisie, peuvent rêver de trouver une sortie du capitalisme sans unilatéralité. De fait tout rupture a un caractère unilatéral, car il s’agit du choc entre une volonté de domination et une volonté de libération. Entre l’esclave et son maître il ne peut exister de rupture qui ne soit pas unilatérale.

    D’autant qu’il ne suffit pas de gagner un vote, un référendum, pour faire d’un désir une réalité. La proclamation ne suffit pas. La réalisation concrète exige des moyens. Au Kurdistan Irakien, le référendum, qui vient de déboucher sur une victoire de l’indépendance, doit maintenant être défendu par les armes, par les masses, par la population. Pour devenir un Etat indépendant, le Kurdistan doit être en mesure d’exercer la réalité du pouvoir et de sanctuariser son territoire.

    Sans le pouvoir de se défendre, sans le pouvoir d’écraser celui de la bourgeoisie, de détruire sa machine d’oppression, rien n’est possible. Tout peut se proclamer, tout peut se déclarer, mais rien ne peut se faire sans pouvoir.

    Ce pouvoir n’est pas décrétiste, n’est pas une enclume qui tombe sur les masses, mais il en est l’émanation. Le pouvoir que nous défendons est un pouvoir populaire. Il est le pouvoir de la mobilisation de celles-ci, mobilisation guidée par le Parti Communiste.

    C’est la signification de la citation de Mao Zedong « Le peuple, le peuple seul, est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle. «  Car c’est entre les mains des masses que peut seul émerger la réalisation concrète de la Révolution.

    En Catalogne, cette citation s’applique également. Seule la mobilisation des catalans et des catalanes, seule leur capacité à s’opposer de manière concrète aux ordres de Madrid peut permettre à une indépendance réelle de s’instituer. Nul doute que cela ne se fera que dans un moment de tension, de brusquerie ou de brutalité.

    La Catalogne, et les masses qui la composent, est à la croisée de chemins. Entre accepter la tutelle ou se battre, il n’existe pas d’entre-deux.

    Nous sommes solidaires d’eux et d’elles, et nous appellerons à toutes les initiatives de solidarité et de soutien. Nos yeux se tournent vers-eux, vers-elles, car leur lutte illustre celle que nous aurons à mener contre la bourgeoisie de France, contre l’exploitation. Elle est un terrible test, une terrible première expérimentation de choc frontal dans les pays impérialistes d’Europe.

    Visca Catalunya ! Solidarité Internationale !

  • Catalunya, entre indépendance et incertitudes.

    Catalunya, entre indépendance et incertitudes.

    Catalunya, entre indépendance et incertitudes.

    Un océan d’incertitudes. Voilà ce qui ressort du discours du président Puigdemont.

    Aujourd’hui, 10 octobre 2017, le dirigeant de la Generalitat de la Catalogne s’est exprimé devant le parlement. Prévu à 18h00, il fut retardé d’une heure, à la suite d’un entretient avec Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne.

    Le discours était attendu. Historique. Nul ne savait réellement à quoi s’attendre, après 9 jours d’incertitudes, de flou total.

    Puygdemont s’est donc adressé à la population catalane, à celle de l’Etat espagnol, à l’Europe, au monde.

    Il a rappelé le cheminement qui entraîna la Catalogne sur la voie de l’indépendance. Il a rappelé avec justesse que le centralisme madrilène s’est montré un maître aigre, tyrannique, vampirique, brisant les désirs d’autonomie.

    Le discours est revenu sur le référendum. Les violences policières, les pressions, les amendes, les arrestations ont été citées. Elles ont été condamnées. Elles ont été l’illustration de la position de la monarchie sur le processus d’indépendance. Une position aussi ossifiée et aussi dure que celle du grand-père du régime : Francisco Franco.

    Puigdemont s’est ensuite attaqué à la question de l’indépendance. Le dirigeant catalan a indiqué que la solution retenue n’est pas la sienne, mais qu’elle serait celle qui serait appliquée. Une manière de dire que les décisions du référendum seraient appliquées.

    Malgré les périphrases, malgré les détours, le couperet tombe : la Catalogne sera proclamée République indépendante. Mais sous condition. Sous condition d’un dialogue avec l’Etat espagnol, avec l’Union Européenne. Sous des conditions qui entachent de « mais » lourds et sombres l’indépendance.

    Une manière amère d’indiquer que la promesse reste, mais que l’application est suspendue.

    Pour beaucoup de catalans et d’observateurs étrangers, ce sont des mots qui sonnent comme une défaite. Mais comment en serait-il autrement pour le moment ?

    « Espérons que rien ne sera déclaré demain, parce que la personne ayant fait cette déclaration pourrait finir comme celle ayant fait une déclaration identique, il y a 83 ans » déclarait Pablo Casado, faisant ainsi référence à Lluis Companys, fusillé par les franquistes. Casado n’est pas un petit fasciste à croix gammée, un petit rat noir, il est le très haut placé vice-président chargé de la communication du Parti Populaire. Ce même parti dont est issu le chef du gouvernement actuel, Mariano Rajoy, ce même parti dont nous disions qu’il était fils du franquisme.

    Ce genre de déclaration ne peut que donner une teinte particulière à la manière dont les choses peuvent évoluer.

    Dimanche, entre 300 000 et 950 000 « unionistes » ont défilé contre le référendum. Parmi eux, certes, des gens pétris de bonnes intentions. Mais également un grand nombre de fascistes, de phalangistes, de monarchistes, de franquistes. Une force importante qui pèse toujours d’un lourd poids dans la vie politique du pays.

    L’Europe et ses dirigeants ont vilipendé le résultat du référendum. Nul doute que la « conversation » avec Jean-Claude Juncker n’a pas forcément été une causette au coin du feu entre deux amis. Nul doute que des pressions sont exercées pour que Barcelone renonce, abandonne l’expression démocratique du référendum et la sacrifie sur l’autel des intérêts des diverses bourgeoisies. Macron a soutenu le régime de Madrid, a traité les catalans d’égoïstes. Belle manière de donner un point de vue.

    Les bourgeois, les entreprises, les banques, ont plié bagage dans d’autres régions, terrifiées de la perte de leurs liens avec l’Europe. La classe moyenne catalane, tout en étant pour l’indépendance, n’est pas forcément prête à assumer la réalité de ce qu’elle signifie. La petite bourgeoisie radicale de la Catalogne, elle-même, partage les traits de toutes les petites bourgeoisies : elle s’enthousiasme, s’extasie devant le projet, devant les perspectives, mais prend peur devant le risque de perte de pouvoir d’achat, de perte de rentes, de perte de perspectives. Cruels revirements d’une classe vacillante.

    Comment cette indépendance aurait pu être unilatérale et concrète ?

    Bien que les situations soient politiquement différentes, un problème très direct se pose, celui de la capacité à exercer la réalité du pouvoir et de pouvoir tenir son territoire. La Catalogne n’est pas le Kurdistan, n’est pas le Kosovo, pour citer deux indépendances récentes, sans pour autant que ces deux cas de figure soient eux-même, entre eux, comparables. Il n’y a pas de Peshmergas, pas de soutient des YPG pour défendre le territoire, pour le sanctuariser contre les armées irakiennes et turques. Il n’y a pas de A-10 de l’OTAN, prêt à fondre sur le moindre blindé traversant la frontière entre la Serbie et son ancienne dépendance. Il n’y a pas de force armée au service du gouvernement catalan, capable de pouvoir déterminer et tenir des frontières.

    Il n’y a, en Catalogne, qu’une poignée de mossos, une poignée de policiers catalans. L’armée Espagnole n’est pas la pointe du progressisme, loin de là.

    Du point de vue de Puigdemont, les options sont restreintes : si l’Etat espagnol choisit la voie de la violence et de l’écrasement, il n’y aura que peu de forces pour le sauver. Son option est donc un départ négocié, pour éviter une guerre civile espagnole bis, dans laquelle les Catalans n’auraient ni force armée, ni soutien extérieur, et dans laquelle -de nouveau- les grandioses démocraties regarderaient avec détachement se faire massacrer les masses et les forces progressistes.

    Pourtant, l’histoire à montré que des voies existent pour l’indépendance, pour la liberté, même du faible contre le fort. Ces voies sont celles des armées populaires, des armées révolutionnaires. Mais elles restent bouchées pour les forces catalanes, qui ne sont pas en rupture avec l’exploitation capitaliste. Ce sont ces forces, avec la solidarité internationale, qui peuvent garantir une indépendance à la Catalogne tout comme garantir la paix et la prospérité à ses habitants.

    C’est là la faille du processus d’indépendance. Difficile de savoir quelle voie choisira le gouvernement de la Catalogne, entre la soumission et la réalisation du vœu exprimé dans le référendum.

    Nous accordons, malgré ces failles, malgré le fait que seule la voie révolutionnaire est à même de triompher des obstacles, un soutien aux catalans et à l’indépendance.  Ce soutien est au nom du droit des peuples à disposer d’eux mêmes et aux droit à s’ériger en nation.

    Nous soutenons la lutte du peuple catalan. Celui-ci a droit à l’indépendance dans la mesure où elle est souhaitée par la majorité du peuple. Les menaces de Rajoy, les pressions de l’UE et des pays européens, les atermoiements et les capitulations de la bourgeoisie catalane ne pourront pas stopper le processus engagé. Cette indépendance est une onde de choc qui traverse et secoue de nombreux Etats, dont l’Etat français, qui sera lui aussi confronté à cette question. En 2018, la Nouvelle-Calédonie, la Kanaky, votera elle-aussi sur la question de son autodétermination.

    Nous lui souhaitons de réussir ce vote. Tant pour son avenir en tant que nation indépendante que par l’affaiblissement que cela provoque au sein de la métropole impérialiste.

    Nous n’avons aucune honte à souhaiter la défaite de celle-ci.

    Nous n’avons nullement à rougir, malgré les faiblesses, malgré les insuffisance, en soutenant l’indépendance de la Catalogne. 

    A bas la monarchie putréfiée d’Espagne! A bas la répression et les menaces ! Vive la Catalogne indépendante et libre ! Visca Catalunya !

  • Le séisme catalan.

    Le séisme catalan.

    Le séisme catalan.

    Hier, le 1er octobre 2017, la Catalogne a voté par référendum. Hier, les urnes ont parlé en faveur de l’indépendance. Hier, une faille s’est ouverte dans l’oppression nationale que subissent les peuples de l’Etat espagnol, depuis la mise en œuvre de la dictature franquiste.

    Hier, le gouvernement du Parti Populaire, les héritiers de Franco, a montré une fois de plus son visage de bourreau et de criminel, blessant près d’un millier de personnes par ses forces armées. Il faut dire que ce parti, tout comme le PSOE de « gauche », sont des pourfendeurs des volontés indépendantistes. Quand ce ne sont pas les Catalans qui sont matraqués, ce sont les Basques qui subissent mandats d’arrêts, torture, et meurtres extrajudiciaires.

    Aujourd’hui, ces chauvins sentent le sol se dérober sous leurs pieds.

    Quelques chiffres : 42.3% de participation. Un taux loin d’être ridicule, qui s’approche presque de la participation aux législatives dans l’Etat français. 2.26 millions de personnes ont voté, dont 2.02 millions pour le oui à l’indépendance.

    Les partis opposés à l’indépendance ont appelle au boycott du référendum. Au delà de la manœuvre visant à tenter de diminuer sa valeur, il s’agit d’un aveu de faiblesse. Une lame de fond indépendantiste traverse la Catalogne, une lame de fond que nul ne peut nier.

    D’une manière prévisible, les porte-paroles officiels des autres états ont exprimé leur solidarité avec le gouvernement de l’Etat espagnol, tout en essayant de maintenir une parodie de démocratisme et de rejet de la violence policière.

    Emmanuel Macron s’est exprimé, quant à lui, en déclarant qu’il n’avait pas à juger de l’attitude du premier ministre de l’Etat espagnol. Une belle manière de dire qu’il ne s’oppose pas a ce que le sang coule. Une belle manière de s’inscrire dans une tradition très française du « botter en touche » pendant que la répression frappe. Manière aussi d’éviter que les yeux se tournent vers un Etat français où l’état d’urgence rentre peu à peu dans le droit commun et où la police nasse et écrase les manifestations.

    Nul doute que dans 10 ans, dans 20 ans, les mêmes clameront leur soutien à sans faille à la liberté et leur loyauté vis-à-vis des aspirations populaires. Les partis bourgeois, la bourgeoisie en général, ne se gêne nullement pour mentir et falsifier la réalité. L’essentiel est, pour elle, maintenir son pouvoir et de se prétendre du côté du peuple.

    Cette attitude ne peut qu’évoquer 2011, où Michèle Alliot-Marie, alors ministre des affaires étrangères, proposa à Ben Ali, en Tunisie, l’aide des CRS français pour écraser le printemps arabe. A ce moment là, cette attitude de solidarité entre les ennemis des masses était générale. Aujourd’hui, tous et toutes font mine d’avoir soutenu, en secret, les volontés de liberté.

    Quoiqu’il en soit, quelque soit, aujourd’hui, l’Etat espagnol est à la croisée de chemins.

    Sa répression a creusé un fossé sanglant entre le pouvoir de Madrid et les masses catalanes. Elle a démasqué sa direction, aux yeux du monde comme étant un ordre arbitraire, anti-démocratique, se retranchant derrière des lois scélérates et antipopulaires. Cette répression, dans un sens clausewitzien, entraîne une montée aux extrêmes. Elle ne fait que renforcer le sentiment d’arbitraire et le désir d’émancipation, tant des masses catalanes que des autres composantes de l’Etat espagnol.

    Les indépendantistes sont politiquement les gagnants. Ils sont les gagnants du référendum, les gagnants en termes d’image, les gagnants en termes de gains moraux. Les seules voies qui reste à Madrid sont celles, d’une part de l’aveu d’échec, de prendre le chemin du démantèlement d’un Etat espagnol juridiquement construit sur le franquisme. L’autre est celle du sang. Celle d’une nouvelle guerre civile, celle de l’écrasement de la Catalogne.

    Car se séisme ne se limite pas à la simple question de la perte de la Catalogne -et de 20% de son PIB- pour l’Etat espagnol. Elle est plus vaste. Elle est plus profonde. Elle met fin au paradigme des frontières de l’Europe occidentale, immuables et intangibles.  Aujourd’hui, la Catalogne est un point d’ancrage. Elle créé un précédent. Un précédent qui peut conduire d’autres nations opprimées à lever leur drapeau et a  réclamer, elles aussi, leur droit à l’autodétermination. Nous songeons à toutes ces colonies que les défenseur de l’impérialisme français nomment « ses joyaux. » Nous songeons à toutes ses possessions issues de l’époque coloniale. Nous songeons aux nations oubliées et muselées au sein de l’hexagone. Nous saluons, par ailleurs, l’initiative de Breizhistance d’avoir organisé un meeting commun, en solidarité.

    Un large consensus entoure, dans les milieux de gauche radicale, la question du vote catalan. Il est clair que lorsque les frontières de l’Etat français seront concernées, les visages souriants vont se décomposer. Les alliés de la veille se trouveront mille excuses pour refuser que la Réunion, la Guyane, la Polynésie et, encore pire, d’autres comme la Bretagne, entre autres, puissent poser la même question que les Catalans.

    Nombre de sophismes sont assénés pour justifier cela, et faire du droit des peuples un mot creux et vide de sens. Peur de faire tomber des zones dans l’escarcelle de l’impérialisme américain, peur de l’impossibilité pour ces régions de se gouverner elles-mêmes, rejet absolu de tout « nationalisme ». Tout ces arguments ne font que marquer la peur du démantèlement des Etats impérialistes, d’une tendance à préférer son propre impérialisme à celui des autres, d’un déni de celui-ci.

    L’Unité Communiste de Lyon ne présente pas le référendum de Catalogne comme une révolution démocratique, encore moins comme une révolution prolétarienne. Tout ce qui bouge n’est pas rouge. Mais cela n’ôte en rien le fait que sortir des entraves du parasitisme de la bourgeoisie madrilène, le vaste mouvement populaire, l’immense espoir que représente ce vote et la mobilisation qu’il suscite sont des aspects positifs.

    La bourgeoisie catalane s’attend à ce que la Catalogne lui revienne de droit. Mais elle pourrait bien déchanter, car les organisations populaires et anticapitalistes de Catalogne se sont, plus que toutes les autres, renforcées dans l’affrontement avec le pouvoir madrilène.

    Les organisations populaires et révolutionnaires de Catalogne sont la véritable porte de sortie de la domination et de l’expression libre de la nation catalane. Aujourd’hui Madrid est l’ennemi, lointain et dans sa forteresse. Demain, ce sera probablement la bourgeoisie barcelonaise. Mais elle ne trouvera pas une masse apathique en face d’elle. Elle trouvera des masses populaires qui ont, dance cette lutte, fait l’expérience de la victoire, l’expérience de la libération et de la mise en place d’un autre pouvoir. Espérons que cette étape mène vers d’autres victoires, plus grandes et prolétariennes !

    Aujourd’hui, nos regards sont vers la Catalogne et vers son combat !

    Visca Catalunya ! Som un sol front ! Catalunya al cor !

  • Biji Kurdistan !

    Biji Kurdistan !

    Victoire du référendum pour d’indépendance du Kurdistan Irakien

    Le 27 septembre dernier ont été annoncés les résultats définitifs du référendum qui s’est tenu dans la région autonome du Kurdistan d’Irak, et questionnant les kurdes sur leur volonté d’indépendance. Le résultat parle de lui même, sur 3 305 952 votants (72% de participants), 92,73% ont voté en faveur du oui contre 7,27% de non. Un véritable cri de victoire a retenti au sein du peuple kurde, une victoire sur le papier, pour le moment, mais non encore transcrite dans les faits.

    Si le résultat de ce référendum est une véritable onde de choc dans le Moyen-Orient et dans le monde, le combat pour l’indépandance et l’unification n’est pas terminé pour autant. Le Kurdistan Irakien n’est pas au bout de ses peines, et sa direction politique ne lui facilite pas la tâche. Cette part du Kurdistan est jusqu’ici province de l’État irakien,, bien que bénéficiant d’une certaine autonomie. Elle est dirigée par une clique ambiguë, mi-bourgeoisie compradore, mi-appels à l’indépendance.Le le chef de file de celle-ci est l’héritier d’une lignée de seigneurs féodaux, Massoud Barzani. Barzani, au cours des dernières années, ne s’est guère montré un allié fiable pour ses frères et sœurs. Ainsi, ses forces combattantes, les Peshmergas, on eu un rôle plus que douteux dans la guerre. Ils ont cédé sans combattre le terrain à Daesh, mais, en revanchen s’en sont déjà pris aux YPG dans le Rojava, jouant un rôle d’allié objectif des Turcs dans le secteur.

    Par ailleurs, le président du Kurdistan irakien a déclaré, suite à la victoire du oui, que celle-ci n’impliquerait pas une déclaration d’indépendance immédiate, laquelle ne serait effective qu’après négociation avec Bagdad. Une rétractation qui ne surprend guère, pour un représentant d’un parti qui s’est montré, à de nombreuses reprises, empêtré dans un jeu de double-face. N’oublions, pas en effet, que la lutte concrète contre l’impérialisme, contre le fasciste Erdogan et ses alliés et contre les obscurantistes de Daesh, s’est passée de l’appui de Barzani. Elle est menée depuis le début par les troupes du PKK, par les forces révolutionnaires kurdes et les troupes du TKP/ML – TIKKO. Plus qu’une volonté d’indépendance, c’est un projet de société, d’égalité et de justice qui est porté par ces organisations. Il s’agit du projet que nous soutenons.

    La volonté de Barzani d’obtenir l’indépendance par la négociation, en plus de trahir volonté populaire des Kurdes, est le reflet d’un réalité dramatique. Aucune des forces présentes dans la région ne souhaite entendre parler d’un Kurdistan indépendant. En Irak, Bagdad a d’ores et déjà réclamé le contrôle sur les aéroports. Dans la théocratie voisine, près d’une centaine de militants et militantes kurdes ont été arrêtées depuis lundi pour avoir osé exprimer leur soutien à la victoire du oui. Jeudi dernier, Binali Yildirim, le bras droit de Erdogan, a demandé la tenue d’un sommet Ankara-Téhéran-Bagdad, pour coordonner les actions contre la partition irakienne et contre la guérilla. Trois pays dont les antagonismes restent vivaces -gardons en mémoire le conflit meurtrier Iran/Irak entre 1980 et 1988- tombent soudain d’accord sur cette pierre d’achoppement qui réunit les ennemis d’hier : pas d’Etat pour les kurdes.

    Le risque d’une croisade antikurde est fort. Le camouflet que représente le référendum passe pour une véritable provocation, une véritable défiance face aux frontières héritées du démantellement de l’Empire Ottoma.

    Face à la menace, la réponse des Kurdes est invariablement la même, la résistance populaire. Ainsi, les forces présentes dans le Rojava ont déjà annoncé qu’elles interviendraient en Irak en cas de conflit ouvert. Face à ses bourreaux, le peuple kurde continuera de mener son combat exemplaire, jusqu’à la victoire finale.

    Nous, communistes, soutenons inconditionnellement la lutte héroïque du peuple kurde. Nous soutenons les organisations révolutionnaires qui, chaque jour, œuvre non seulement pour la liberté et la justice, mais aussi, contre la réaction, le fascisme, l’obscurantisme et l’impérialisme.

    Cette victoire du référendum, et l’opposition qu’elle sucite, ne peut que faire écho à la situation qui se profile en Catalogne. Les volontés populaires sont systématiquement broyées, bannies, et écrasées quant elle vont à l’encontre des interêts des bourgeoisie.

    Vive la lutte de libération nationale et vive le Kurdistan libre, indépendant et unifié ! Halte aux menées des réactionnaires et aux trahisons !