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  • Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    A Bron (69), hier, la mosquée Omar a été gravement endommagée par des incendies. Deux départs de feu ont ravagé 100m² du rez-de-chaussée. Les enquêteurs privilégient, dans l’état actuel de leurs recherches, la piste criminelle. Un rassemblement de solidarité est prévu à 14h00 devant les ruines de la mosquée.

    Cet incendie probablement criminel semble s’inscrire dans la continuité d’une série d’actes commis par l’extrême-droite lyonnaise. Agressions individuelles, attaques contre les locaux du PCF ou la Plume Noire, raid contre « les tontons burger » dans le 9e arrondissement, tags racistes contre l’hôtel de Trévoux (01)…

    Ces agressions continuelles sont rendues possibles par la permissivité de la part de la police, de la justice, mais également des pouvoirs publics en général. Les fascistes lyonnais ne sont pas des prolétaires, bien souvent des enfants de bonne famille, protégés par leurs réseaux, à l’exemple d’Olivier Marin-Lafleche, condamné pour avoir poignardé plusieurs mineurs en 20141.

    Des agitateurs de bonne famille.

    Cette proximité sociale avec la bourgeoisie de l’ouest lyonnais leur assure une protection importante. La clique Collomb & consort avait d’ailleurs trouvé des trésors de tendresse et de bienveillance envers des agitateurs, privilégiant la répression contre les groupes de gauche. Les fermetures des locaux fascistes n’ont été le résultat que de la mobilisation visible et populaire. Cependant, il demeure la présence de bubons répugnants, la Traboule, l’Agogé2…De quoi se plaignent, en réalité, les fascistes ? Dans le fond, hormis des différences cosmétiques, rien ne sépare fondamentalement leur programme politique, réactionnaire, xénophobe, chauvin, anticommuniste, antiouvrier, antiféministe, de celui des Talibans ou de Daesh. Ils ont d’ailleurs à plusieurs reprise été des interlocuteurs, que ce soit dans la vente d’armes ou dans la signatures de contrats.

    Les fascistes sont dans une situation paradoxale. Ils n’opèrent que dans l’ombre, leurs apparition au grand jour étant mises en scène et en exergue. Ils sont considérés comme une force d’occupation dans le quartier du Vieux-Lyon, et demeurent des éléments socialement étrangers. Cependant, il est indéniable que leurs thèses ont le vent en poupe.

    L’incendie : un révélateur d’un climat dangereux.

    Certaines franges de la droite traditionnelle, voire certains renégats de la gauche, reprennent leurs thèses et leurs publications. Une partie de l’extrême-gauche, elle même, autour d’un courant communiste-conservateur, s’est mise en tête de chasser sur les terres de l’extrême-droite, soit disant pour ne pas lui laisser certains terrains. Mais, au lieu de produire une analyse progressistes, ils se contentent de démagogie réactionnaire. Loin de réduire leur influence, ces récupérations légitiment la parole des racistes.

    Dans la situation de crise actuelle, le discours raciste, xénophobe, islamophobe est un outil précieux. Il permet de maintenir la division entre les exploités et exploitées et de faciliter le travail des exploiteurs. Cette agitation réactionnaire ne se limite pas à des violences localisées, elle prépare une ambiance de « nuit de cristal », un climat pogromiste et d’épuration ethnique. C’est ce qui se cache derrière les discours sur l’incompatibilité des civilisations, sur le grand remplacement, sur la remigration. Ce sont des mots nouveaux pour parler de déportation, de camps de concentration – qui existent déjà, sous la forme des CRA – et d’élimination. Ceux qui ne condamnent pas ces mots d’ordres, ou, pire, les répandent, possèdent une responsabilité morale dans le climat dangereux d’aujourd’hui.

    L’Etat n’arbitre pas, il accompagne la droitisation.

    L’État, aujourd’hui, est d’ailleurs à l’offensive. Les lois contre le communautarisme sont, au contraire, des outils faits pour stigmatiser et polariser. En fait de lutte contre la fragmentation des classes populaires, en fait de moyen pour trouver des espaces communs d’élaboration d’une société nouvelle, d’une véritable synthèse populaire, ce sont des outils de la division. Ils renforcent l’influence des fascistes, qui peuvent clamer qu’il faut rejeter les musulmans – ce qui reste d’ailleurs une appellation camouflage pour dire « arabes et noirs ». Ils renforcent l’influence des imams réactionnaires, qui peuvent prêcher que la société occidentale les exclut et les rejettent. Ces moyens entretiennent une prophétie auto-réalisatrice : celle d’une fracturation des classes populaire en groupes hostiles.

    Il n’existe rien à attendre ou à espérer de la part de l’État, de la part des institutions, de la part des élus. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas les mettre pour autant en face de leurs contradictions ! Mais la seule garantie qui peut exister face à la réaction, d’où qu’elle vienne, est celle de l’unité populaire, de l’unité politique des organisations progressistes & révolutionnaires. La solidarité est un bouclier et l’organisation une épée !

    Aucune place pour les fascistes et leurs thèses !

    1Il est impossible ne de pas relier ce patronyme à celui du « petit prince de l’hôtellerie lyonnaise » Yves Marin-Laflèche, assassiné par le « milieu » en 1974.

    2Les références à Sparte ont toujours une saveur particulière. Surfant sur l’iconographie de 300 pour se positionner en défenseur de l’Europe contre l’Asie métissée, ils oublient la réalité historique : à savoir que Sparte a accepté l’argent des Perses pour lutter contre l’hégémonie d’Athènes. Comme quoi…

  • Macron, l’incendiaire.

    Macron, l’incendiaire.

    Ce soir, une nouvelle fois, il y eut un incendie. Là aussi, un pan d’histoire vient d’être ravagé par les flammes. Mais, cette fois-ci, le pan d’histoire n’est pas culturel, religieux, historique, il est social. Ce qui se consume, ce sont les protections sociales, arrachées de haute lutte par le passé. 
    Macron s’est donc, finalement, exprimé devant les Français et les françaises, pour présenter ce qui, selon lui -ou plutôt selon ses commanditaires- est le bilan du Grand Débat et la porte de sortie de la crise de régime qui dure depuis 24 semaines sans discontinuer. 
    Certains ou certaines optimistes ont eu, un moment, l’espoir qu’Emmanuel Macron mettrait de l’eau dans son vin, qu’il arrondirait les angles, qu’il ferait en sorte que les choses se tassent. Nous-mêmes, nous nous attendions à des promesses payées de mots, qui n’engageaient rien ni personne, justes bonnes à démobiliser ceux et celles qui luttent.


    Mais il n’en fut rien. 


    Si le vernis du consensus a bien été appliqué consciencieusement, le fond des annonces transparaît nettement. En fait d’une pause, c’est une nouvelle charge.
    Macron n’a donné aucune précision sur les vraies mesures qui vont émerger à la suite de ce discours, mais les cibles sont claires : 
    -La promesse de « démocratisation », par une intégration de la proportionnelle (20%), maquille mal le fait que la réduction des parlementaires (25/30%) revient à augmenter la taille des circonscriptions, et donc renforce, en réalité, les organisations politiques les plus puissantes. Elle permet surtout aux successeurs de Macron de pouvoir mieux tenir l’appareil d’Etat entre leurs mains. 
    En revanche, les espoirs de prise en compte du vote blanc et du RIC ont été déçus. 
    -Le gouvernement ne renonce pas à son plan maître : Cap 2022, concernant les services publics et les fonctionnaires. Tout ce qui a pu être prononcé allait dans le sens de l’application stricte de cette liquidation en plusieurs actes. Certes, Macron a promis une nouvelle décentralisation, mais basé sur une rationalisation et une autonomisation des services publics. Certes, il promet de ne plus fermer d’hôpitaux ou d’écoles, mais les vide de leur contenu. Certes, il promet de revaloriser le travail des enseignants, mais il leur impose une charge de travail plus grande, et un système de recrutement plus précaire. 
    Il poursuit son ambition de liquider 120 000 postes d’ici 2022. Supprimer l’ENA fait figure de manœuvre dilatoire, pour prétendre s’attaquer à l’élitisme, tout en générant des passerelles vers ces fonctions encore plus sélectives. 


    Cela était déjà connu. 


    -En revanche, même si, dans une certaine mesure, ces attaques étaient prévisibles, le gouvernement ouvre officiellement le feu sur la question de la limitation du temps de travail, sur la question des retraites ou de l’assurance-chômage. 
    « Les Français veulent travailler plus », nous répètent en boucle les ténors de LREM, d’Aurore Berger à Macron lui-même. Nous ne sommes même plus à l’ère du « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. Le temps où les attaques se limitaient à des coins enfoncés dans les limites légales est fini. Aujourd’hui, c’est une hausse obligatoire du temps de travail qui se profile, dans tous les secteurs et dans toutes les branches de travail. 
    De plus, s’annonce également une manœuvre pour allonger la durée de travail. Macron annonce qu’il sera toujours légalement possible de partir à la retraite à 62 ans, mais que le temps pour atteindre le taux plein sera plus allongé, pour « inciter à travailler plus longtemps ». Nous savons, par expérience, que les incitations sont des injonctions. 

    Pour faire avaler cet ensemble, Macron l’enrobe de déclarations douteuses, qui ressemblent forte à une véritable offensive réactionnaire sur toute la ligne. Sans la moindre raison, dans le contexte actuelle, il a sorti une grosse ficelle digne de Manuel Valls : l’Islam et l’immigration. Le programme de Mme Loiseau, ex-gudarde « repentie », pour les Européennes, flaire bon la rhétorique identitaire quant à la défense des frontières et l’Europe et de son identité. Même l’espace Schengen est visé.


    Encore que. 


    Nombreux et nombreuses sont ceux qui s’aventurent sur ce terrain marécageux, à gauche comme à droite. De Kuzmanovic jusqu’à Wauquiez, tous essaient d’engranger des voix chez l’extrême-droite en reprenant ses refrains. Sauf que cela ne marche pas. Chaque fois, c’est cette dernière qui s’est nourrie du soutien à ses thèses. 
    La tactique dangereuse d’alimenter le brasier réactionnaire ne sert qu’à détourner des questions économiques et sociales. Elle intoxique le débat publique, tout en permettant de faire passer, derrière un écran de fumée, les réformes exigées par le patronat. 
    Macron ne gagnera pas 2022. Il le sait et ses commanditaires aussi. Il s’agit donc de « bien » les perdre ! Or, pour cela, mieux vaut les perdre à droite qu’à gauche. Donc, faire monter l’extrême-droite, à laquelle Macron et ses laquais ressemblent de plus en plus, n’est pas une gêne. 
    LR/RN, ou un hybride, qu’importe. Ces cliques continueront à appliquer les réformes désirées par les grands capitalistes. C’est ce qu’a fait, ainsi, le gouvernement Autrichien, lequel vient de faire passer à 60h le plafond du travail hebdomadaire. 12H de plus que le maximum en France. 25 de plus qu’en 1997. 


    Nous sommes au pied du mur.


    Il n’est plus possible d’accepter que, pour des raisons X ou Y, de sectarisme, de méfiance, d’agenda conflictuel, les mouvements de masse, les luttes syndicales, les luttes sociales, les luttes écologistes… Restent séparés, divisés, battues et écrasées dans le détail. 
    Toute organisation politique conséquente doit placer le fait qu’il faille unir les forces combatives en premier lieu de son ordre du jour. 


    L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre, à soutenir, à renforcer et à développer les Assemblées Populaires de lutte, qui forment un noyau dur de résistance contre ces attaques. 
    Nous pensons qu’une nouvelle phase de lutte sociale, un nouvel acte, s’ouvre depuis quelques mois déjà. Cet acte peut se jouer sous la forme d’un solo funèbre, ou il peut, conjointement avec les autres forces en mouvement, former une véritable lame de fond. 
    Nous pensons qu’il est également fondamental que les organisations combatives soient renforcées. Nous appelons ceux et celles qui luttent et qui veulent inscrire cette lutte dans la durée, la faire passer de la défensive à l’offensive, à travailler avec nous, à avancer conjointement pour que nous puissions sauvegarder nos acquis sociaux.